COMPTES COURANTS
Débit Crédit
portant. C'était jadis la capitale d'un Etat indépendant de Mexico et qui porta pendant un certain temps le nom de Segura-de-la- Frontera. Le fort a servi de retraite à Cortez.
TEPELEN ou TÉPELINI, ville de la Turquie d'Europe (Albanie). V. Tkbklen.
TÉPÉMAXTLA s. m. (té- pé-makss-tla.) .
Mamm. Un des noms desconépates ou moufettes, au Mexique.
TÉPÉMAXTLATON s. m. (lé-pé-makss-tlaton). Mamm. Un des noms du margay, au Mexique.
TÉPÉSIE s. f. (té-pé-zî). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des rubiacées , tribu des cofféacées, dont l'espèce type croît au Chili.
TÉPÉTOTOLT s. m. (té-pé-to-toltt). Ornith. Oiseau gallinacé, du genre hocco, qui vit au Mexique.
TÉPEYTZCUITLI s. m. (té-pètl-zkoui-tli).
Mamm. Mammifère carnassier du Mexique, que les divers auteurs rapportent au glouton, au carcajou ou au chien crabier.
TÉPHRACANTHE adj. (té-fra-kan-te — du gr. tephros, cendré ; akantha, épine). Bot. Qui a des épines -de couleur cendrée.
TÉPHRANTHE s. m. (té-fran-te — du gr.
tephros, cendré; anthos, fleur). Bot. Syn. de
MÉBORIER.
TÉPBRAPOTE s. m. {té-fra-po-te — du gr.
tephra, cendre ;potês, buveur). Membre d'une société secrète italienne.
— Encycl. La société des téphrapetes est mal connue. Son action, suivant une opinion généralement répandue en Italie, aurait conduit la plupart des événements contemporains qui se sont accomplis dansla péninsule. On en rattache l'origine à la mort de Savonarole, le moine réformateur brûlé à Florence le 24 mai 1498 par ordre de la cour de Rome. On raconte que, lorsque la flamme eut consumé te corps du martyr, le peuple rompit la ligne des gardes, malgré les coups de pique, se jeta sur les cendres encore fumantes et les emporta en criant qu'on venait de tuer un saint. Trois des disciples de Savonarole s'emparèrent de la tête et du cœur carbonisés du maître, déjouèrent les poursuites des gardes et parvinrent à se réfugier dans une masure attenante au couvent de Sant'Onofrio. Dans la bagarre, l'un deux avait été blessé d'un coup de hallebarde à l'épaule. Une fois en sûreté, ils adorèrent les restes de celui qu'ils regardaient comme uu saint; puis une scène étrange eut lieu : ils mêlèrent à du vin quelques parcelles de ces cendres, l'arrosèrent du sang du blessé, et, ayant communié sous ces nouvelles espèces, jurèrent de combattre par tous les moyens possibles, perfas, per nefas, dans les ténèbres ou à la lumière, par la parole ou par le glaive, le pouvoir du pape et toutes les puissances qui en découlent. Telle fut l'origine de la Société des téphrapotes (buveurs de cendre).
Les chefs sont au nombre de sept et portent les noms des sept rois édomites prédécesseurs des rois d'Israël. Au commencement du xviiio siècle, dans une conspiration qui fut découverte à Rome, un des téphrapotes fut arrêté; interrogé, il répondit qu'il avait nom Bêla, fils de Béor. — Quel âge as-tu? — Trois cent douze ans. On le crut fou. Enfermé au château Saint-Ange, il parvint & s'évader.
Le gouvernement romain, croyant que la mort de Savonarole était la seule cause de la haine jurée, voulut réhabiliter le martyr. Paul III déclara hérétique quiconque -attaquerait sa mémoire. Paul IV reconnut que ses écrits étaient irréprochables. Benoît XIV n'hésita pas à le ranger au nombre « des serviteurs de Dieu qui méritent la béatification. » Ces mesures n'étaient point faites pour désarmer des hommes qui s'attachaient, nonseulement à un souvenir, mais à une idée dont la réalisation était leur seul but : la destruction du pouvoir temporel et de toutes les monarchies de droit divin.
Les téphrapotes ne restreignirent pas leur action à l'Italie ; ils prirent, dès l'origine, une part importante à la Réforme, entrèrent es
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lutte contre la maison d'Autriche et concoururent à la création du royaume de Prusse, qui leur paraissait destiné k renverser le vieil édifice des Habsbourg. Lors de In Révolution française, ils eurent un de leurs chefs siégeant à la Convention dans le parti do Robespierre. Leur action occulte influa sur plusieurs déterminations de Napoléon relativement au pouvoir temporel. A la Restauration, ils furent en relation avec lescarbonari français, notamment avec les loges du Dauphiné. Ils ont contribué puissamment à l'indépendance de la Grèce, ei l'unité de l'Italie actuelle est regardée comme leur œuvre. Les hommes les plus séparés par le caractère et la position sociale ont fait partie, dit-on, du groupe des téphrapotes , ont prêté le serment de la société et porté des noms édomitcs. Chacun s'engage à une obéissance absolue; quel que soit le pouvoir dont un membre est investi sur terre, il ne doit jamais en user que pour arriver plus vite et Plus sûrement au but suprême poursuivi par association. Le chef de la société habite » au delà du Jourdain,» c'est-à-tlire en dehors du pays où a lieu l'action des affiliés. L'assassinat peut être un moyen employé par les téphrapotes, mais seulement dans les cas désespérés, car ce ne sont point les dépositaires de l'autorité, mais Vautoritti elle-même qu|ils veulent renverser. On trouve des détails intéressants sur cette société dans un livre de M. Maxime Du Camp : les Buveurs de cendre,
TÉPHHÉE s. f. (té-fré — du gr. lephraios, cendré). Kntom. Genre d'insectes coléoptères pentainères, de la famille des lamellicornes, tribu des scarabées roélitophilcs, comprenant deux, espèces, qui vivent au Sénégal.
TÉPHR1NE s. f. [té-fri-ne — du gr. tephra, cendre), Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, delà tribu des phalénides, dont l'espèce type habite la France.
TÉPHRITE s. f. (té-fri-te — du gr. tephra, cendre). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, type du groupe des téphritides, comprenant une tren laine d'espèces, dont la plupart habitent l'Europe : Une espèce de tb- PHRITK, dans l'île de France, nuit beaucoup à la culture du citron. (H. Lucas.)
— Encycl. Les téphrites sont caractérisées par une tête plutôt transverse que longitudinale, quand on la voit en dessus ; un corps et des pattes de moyenne longueur; des ailes généralement latérales, qu'elles haussent et abaissent continuellement dans le repos; l'abdomen composé de cinq segments et terminé, chez les femelles, par un oviducte tubulaire toujours saillant. Les espèces assez nombreusesdece genre se trouvent en grande partie en Europe et vivent sur diverses plantes appartenant surtout à la famille des composées. La femelle, a l'aide de son oviducte ou tube écailleux, dépose ses œufs sous l'écorce des tiges, dans les fruits ou dans les graines, ce qui occasionne souvent des excroissances en forme de galles. Les oeufs donnent naissance à des larves qui rongent les tissus où elles sont nées, y prennent leur développement et s'y transforment quelquefois en nymphes.
La léphrite de l'onoporde est longue de 0m,005 environ et elle est d'un brun verdâtre, avec le front testacé à reflets blancs et les ailes noirâtres. Sa larve, qui est d'un blanc verdâtre étiolé et ressemble k un petit asticot, vit dans le parenchyme des feuilles des grandes ombellifères; dans les jardins maraîchers, elle attaque surtout le panais; elle creuse, sous l'épiderme,de3 galeries dont la présence se manifeste par de larges taches blanches ou roussâtres, a travers lesquelles on l'aperçoit. Toutefois, le panais étant cultivé surtout pour sa racine, cette larve ne cause pas de dégâts appréciables. Elle ne nuit pas non plus sensiblement aux berces ou aux férules, qui repoussent l'année suivante avec la même vigueur. Vers le milieu de juin, elle perce l'épidémie et se laisse tomber à terre pour se transformer on nymphe; celle-ci est renfermée dans une petite coque roussâti e ; l'insecte parait en juillet et août, et se montre souvent aussi en mai.
La léphrite de la bardane est d'un vert jaunâtre, couverte de poils gris, avec quatre bandes transverses d'un brun clair sur les ailes. Ces insectes volent en grand nombre autour des fleurs de la bardane, et déposent leurs œufs dans ses graines, dont les larves rongent l'intérieur au moyen d'un appareil écailleux en forme de crochet rétractile. C'est là qu'elles se convertissent en nymphes vers la lin d'août; l'insecte parfait ne paraît que l'année suivante au mois de juin. La léphrite du chardon est d'un noir luisant, nvecl'écusi«n et les pattes jaunes ; la femelle pique les tiges du chardon hémorroïdal pour y déposer ses œufs ; il en résulte une galle où les larves trouvent à la fois le vivre et le couvert. On cite une espèce qui, à l'Ile Maurice, nuit beaucoup à la culture des citronniers. On rangeait autrefois aussi dans ce genre la mouche de l'olivier, V. dacus.
TÉPHRITIDE adj. (té-fri-ti-de — de léphrite, et du gr. eidos, aspect). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte à la téphrite.
— s. m. pi. Division de la tribu des musciaes, ayant pour type le genre téphrite.
TÉPHROCLYSTIE s. f. (té-fro-kli-stl). En-
TEPI
tom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des phalénides ou des géomètres, suivant les divers auteurs.
TÉPHROB-ORN1S s. m. (té - f ro-âor-niss — du gr. leplirôdês, cendré; omis, oiseau). Ornith. Genre d'oiseaux, de la famille des lanidées, formé aux dépens des pies-grièches.
TÉPHROMANCIE s. f. (té-fro-man-sl — du gr. tephros, cendré; manteia, divination). Sorte de divination que les anciens pratiquaient avec la cendre des sacritices.
TEPHROMÈLE adj. (té-fro-mb-le — du gr.
tephros, cendré ; mêlas, noir). Hist. nat. Qui est d'un noir cendré.
TÉPHRONIE s. f. {té-fro-nl — du gr. tephros, cendré). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des phalénides.
TÉPHROPHYLLE adj. (té-fro-fi-le — du gr. tephros, cendré; phullon, feuille). Bot. Qui a des feuilles cendrées.
TÉPHROSANTHE adj. (té-fro-zan-te — du gr. tephros, cendré; anlhos, fleur). Bot. Qui a des fleurs de couleur oendrje.
TÉPHROSE adj. (té-frô-ze — du gr. tephros, cendré). Hist. nat. Qui est de couleur cendrée.
TÉPHROSIE s. f. (té-fro-zl — du gr. te' phros, cendré). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des géomètres, comprenant quelques espèces, qui habitent le nord de l'Europe.
— Bot. Genre de végétaux herbacés ou ligneux, de la famille des légumineuses, tribu des lotées, comprenant plus de cent espèces, répandues.dansles régions chaudes du globe.
— Encycl. Bot. Les léphrosies sont des arbres, des arbrisseaux ou des plantes herbacées, revêtus d'un duvet soyeux et comme cendré, à feuilles imparipennées et munies de stipules, à fleurs blanches, carnées ou violacées, disposées en grappes terminales; le fruit est une pousse linéaire, comprimée, droite ou arquée, renfermant des graines comprimées ou anguleuses. La téphrosie tinctoriale croit à Ceylan et fournit un indigo de bonne qualité. Les feuilles de la téphrosie séné, qui habite la province de Popayan, sont purgatives et remplacent le séné dans ce pays. La téphrosie à épis minces est une plante annuelle, originaire du Sénégal, où sa racine est employée aussi comme purgative. La téphrosie ioccigue croit dans l'Amérique centrale; elle sert à empoisonner le poisson, sans toutefois lui communiquer ses propriétés vénéneuses.
TÉPHROTIQUE adj. (té-fro-ti-ke — dugr.
tephros, cendré). Hist. nat. Couvert de poil gris.
TEPIC, ville du Mexique (Xalisco), à peu près au centre d'une vallée formée par une chaîne de montagnes volcaniques et arrosée par un affluent du Rio-Grande de Santiago, k 200 kilom. N.-O. de Guadalaxara, par îio 36' de latit. N. et 107» 5' de longit. O. ; 10,000 hab. C'est une assez jolie ville. Ses places et ses principales avenues sont plantées de beaux arbres; elle a des promenades agréables et de magnifiques jardins particuliers. Malgré sa population de 10,000 habitants, les rues sont désertes, et les galets à pointe de diamant qui en forment le pavage sont enchâssés dans le vert émail du gazon, ■ C'est Versailles, dit le Tour du monde, le Versailles actuel, moins son château et sa garnison, mais riant sous les chaudes caresses du soleil. L'absence de boutiques est pour beaucoup dans cet air d'abandon; le commerce de détail, dans les villes espagnoles d'Amérique, est ordinairement concentré sur un seul point, une rue ou une place, sous des portâtes ou arcades; en dehors de là, c'est rarement que l'on voit, à l'angle de deux rues, le mot de vinoteria ou celui de tienda de abarrote tracé en grosses lettres au-dessus d'une porte, indiquant un cabaret ou un magasin d'épiceries. De temps en temps, un coche du xvi« siècle, tiré par des mules le plus souvent, trouble le silence de cette Thébaïde ; pas de charrettes, point d'omnibus, très-peu de chiens errants, jamais de saltimbanques, marchands d'orviétan, musiciens ambulants et autres industriels de cette espèce qui animent nos places et nos rues. Dans quelques carrefours, ou sur les degrés d'une église, une rangée de tortilleras, assises sur leurs talons et drapées dans leur rebozo, attendent, en caquetant entre elles sur un ton bas et rhythmique, que la pratique ait vidé le cAi» quihuite ou corbillon qui contient leur marchandise; la marchande de tortillas est un type commun au Mexique, où la tortilla est un mets national qui remplace le pain.
» IL y a quelque animation autour du marché. Sous des halles en bois, assez semblables à celles qu'on voyait autrefois en face de Saint-Eustache, à Paris, se trouvent réunis les produits des deux zones, fruits et légumes, volailles en abondance, peu ou point de marée, Car l'industrie de la pêche est trèsnégligée sur ces côtes poissonneuses; pas davantage de gibier, encore que les forêts et les montagnes voisines en soient abondamment pourvues, et que lâchasse ne soit nullement interdite; veau, bœuf, mouton et porc, voilà pour la viande ; le bœuf valait l réal. Les étaux des bouchers sont répugnants.
L'animal a toujours été mal soigné; élevé en
TÈPI
liberté, dans un état demi-sauvage, il est coriace; aussi les gens riches et les étrangers ne mangent-ils que le filet. Le reste est découpé en lanières sans distinction de catégories.
» Tepic fut fondé en 1531 par NuHo de Guzman, un des capitaines eleCortez, qui venait de conquérir toute cette région. Il la baptisa Villa-del-Espiritu-Santo-de-Tepique, ce qui laisse supposer que le lieu portait déjà ce dernier nom. La position de Tepic est heureusement choisie au milieu d'une vallée fertile, entourée da montagnes, à 8S5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le climat en est sain; c'est celui de la 3<ine tempérée. Il est à propos de dire ici que le Mexique est divisé en trois zunesdistinctes, désignées sous 1 les noms de tierra caliente ou terre chaude, tierra templada ou terre tempérée, et d'erra fria, terre froide. La latitude n'est pour rien, en dépit de ce qu'on pourrait supposer, dans cette division, mais bien le plus ou moins d'élévation des plateaux au-dessus du niveau de la mer. Il y a quelques manufactures à Tepic ; la plus importante est celle de Forbos, pour la tilature des cotons et le tissage de toiles dites manias, qui servent exclusivement à vêtir toute la basse classe au Mexique. On fabrique également beaucoup do cigares, et l'on en fabriquerait davantage encore n'était Yestonco ou la régie. Le tabac est origiuairo du Mexique; Montézuma le fumait mêlé à la résine odorante du liquidambar. Le partido de Tepic, do même que ceux d'Autlan, d'Aguacatlan et d'Acacaponeta qui i'avoisinent, produit un tabac justement apprécié, dont les cigares ne le cèdent en rien à ceux de La Havane. Malheureusement, Vestanco étouffa ce commerce, qui pourrait contribuer si puissamment à la richesse nationale. La culture de cette plante est restreinte à quelques districts et à la quantité nécessaire à la consommation locale, par une loi qui en interdit l'exportation, sous n'importe quelle forme, hors du district producteur. La fabrication des cigares est limitée , et, ce qui est plus singulier, l'approvisionnement du consommateur l'est également, l'ersonna ne peut avoir chez lui plus de 1 50 à 200 cigares ; Yeslanco fait faire des visites domiciliaires auxquelles l'aristocratie parvient seule à se sousiraire en mettant les employés à la porte ou en les corrompant, h'estanco est un fermage, et les fermiers, qui sont généralement des étrangers, fort soigneux de leurs intérêts personnels, trouvent un profit plus immédiat, et surtout plus de garanties contre la concurrence, à importer le tabac qu'à en favoriser la culture à l'intérieur. D'autres pensent de même à l'égard du coton, et ce malheureux pays est ainsi privé de deux branches d'industrie qui, à elles seules, suffiraient à l'enrichir, ■
TÉPIDARIUM s. m. (tépi-da-ri-omin — mot lat, formé de tepidus, tiède). Antiq. rom. Chambre des thermes où l'on prenait des bains tièdes.
— Encycl. Les tépidariums étaient des chambres voûtées aussi hautes que larges ; leur plancher était creux et suspendu pour recevoir la chaleur de l'hypocauste, sorte de grand fourneau placé au-dessous et qui chauffait non-seulement le tépidarium, mais encore le vasarium. Le tépidarium servait aussi de garde-robe; c'était ordinairement un grand talon octogone de forme oblongue. On a trouvé un tépidarium assez bien conservé à Lincoln en 1739, et on peut en lire la description dans les Transactions philosophiques (n» 461, sect. 29).
Tépidarinm (le), tableau de M. Th. Chassériau. On sait que dans les thermes antiques le tépidarium était une chambre tiède où les baigneurs venaient se sécher auprès d'une espèce de brasero avant de se hasarder à l'air libre. Le peintre a représenté les femmes de Pompéi entourant le brasier d'airain à griffes de lion, où brûlent des bois odoriférants. La salle existe encore, telle qu'il l'a peinte, dans la ville exhumée de son tombeau de cendres: la voûte bordée d'une frise d'enfants et de dauphins, la lucarne qui laisse apercevoir l'azur du ciel et les Hercules de terre cuite séparant les niches à serrer les vêtements des baigneurs. « Ces jeunes femmes, dit Th. Gautier, les unes demi-nues, les autres ayant repris leurs vêtements, assises dans des attitudes charmantes de rêverie et de nonchahince, rajustant leurs cheveux, consultant le miroir de métal poli, cherchant une parure dans leur boite à bijoux, ou causant entre elles de la prochaine représentation de la Casina de Plaute au théâtre comique, des luttes de gladiateurs au cirque ou de la danseuse gaditane, nouvellement arrivée, forment un bouquet vivant très-agréable aux yeux. • Ce tableau, un des meilleurs de Chassériau, obtint un très-grand succès au Salon de 1850-1851 et à l'Exposition universelle de 1855, où il fut exposé de nouveau. « Cette foule est vraie, dit M. E. About; cette variété de couleurs, de poses, d'ajustements ne satisfait pas seulement les yeux ; elle donne à penser, et l'esprit y trouve son compte. La nature de ces femmes est toute lascive et bestiale ; combien y a-t-il de siècles que la femme fait partie de l'humanité ? sept ou huit. Elles reposent doucement sans bruit, les unes contre les autres, comme des hirondelles, après une longue traversée, sur la flèche d'un même clocher. Leur demi-soraineil n'est pas pesant j
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elles goûtent ce repos léger et animé qui suit un bon bain de vapeur; on se sent à la fois soulagé et affaibli, comme si on avait laissé , tomber une portion du fardeau de la vie. Co qui nuit un peu à l'effet du tableau, c'est que les figures ne sont pas assez belles pour être examinées de près. >
TÉP1DE adj. (té-pi-de — du lat. tepidus, même sens). Tiède, il Peu usité.
TÉPIDITÉ s. f. (té-pi-di-té — lat. tepiditas; de tepidus, tiède). Tiédeur, état de co qui est tiède, il Peu usité.
TEPIS s. m. (te-pi). Comm. Etoffe de soie et de coton, mais où le coton domine, qui se fabrique dans l'Inde.
TEPLITZ, ville d'Autriche, dans la partie septentrionale de la Bohême, sur un petit ruisseau appelé le Saubach, dans une vallée entre l'Erzgebirge et le Mittelgebirge; 11,000 hab. Elle doit sa célébrité à ses bains, qui attirent chaque année plus de 2o, 000 étrangers. Le château du comte Clury, bâti en 1751, rappelle un souvenir historique: le roi de Prusse, l'empereur d'Autriche et 1 empereur de Russie y ont signé, en 1SI3, le premier traité de la Sainte-Alliance. Les principales curiosités de Teplitz sont, après le château : l'église paroissiale; une colonne haute de 15 mètres, érigée, en 1718, en souvenir de la peste de 1713; l'hôtel de ville et les restes d'un ancien monastère de bénédictines qui fut ravagé, en U26, par les hussites. « L'origine de Ta ville de Teplitz, quoique des plus anciennes, n'est pas des plus nobles, dit M. Adolphe Joanne. C'est à une truie, suivant la tradition, qu'elle est due. La truie d'un seigneur slave, dont la résidence était dans les environs, s'étant égarée, on se mit en recherche et on finit par la trouver an milieu d'un bois fort épais, enfoncée dans un marécage, où elle se réchauffait avec ses petits; on était sans doute en hiver. On fit part de la découverte au seigneur, qui, frappé de la merveille, vint s'établir avec sa famille près de ces sources bienfaisantes et donna ainsi naissance au foyer de population qui ne tarda pas à s'y grouper autour de lui. Quelques historiens de Bohême donnent ce fait comme s'étant passé au viti" siècle, c'est-à-dire à peu près au temps où Chailemagne commençait à pousser ses soldats jusque dans ces montagnes. D'autres, moins ambitieux, l'indiquent comme appartenant au xrc siècle. 11 est parfaitement certain que Teplitz existait dès le xne siècle, car il en est fait mention dans les titres d'une abbaye fondée à cette époque par Jutta, femme de Vladislas II, duc de Bohême. La construction des bains parait beaucoup plus moderne. Elle remonte à Radislas Kinsky, oncle du Kinsky qui périt à Eger avec Wallsnstein. Les eaux étaient cependant dès lors en jjrnnd renom, car on les trouve citées parmi les plus célèbres du monde'dans les ouvrages do Paracclse et d'Agricola, qui sont du xvio siècle. Dans le milieu du même siècle, un poiite bohème, Mitisde Liinussa, a fait de leurs vertus le sujet d'un poème latin qui nous montre que, dès cette époque, il existait des salles dans lesquelles on se baignait en commun, comme cela se pratiqua encore dans quelques endroits et notamment à Teplitz mèine. Les bains sont la propriété du comte de Clury, qui est en même temps le seigneur de la ville, et ce mot de seigneur doit s'entendre dans le pur sens du moyen âge. Du reste, dit un voyageur contemporain, on ne peut qu'adresser des éloges à cette opulente famille pour la manière libérale et éclairée avec laquelle sont entretenus les thermes, les promenades et tout ce qui louche à la prospérité de la ville. Les eaux de Teplitz sont extrêmement abondantes. Elles sortent au pied d'une montagne de formation volcanique, dans le fond de deux fissures assez étroites qui se joignent à peu près à angle droit et dont l'une se nomme proprement Teplitz et l'autre Schœnau, Les maisons ont juste la place nécessaire, surtout dans la vallée de Schœnau. Les pentes abruptes du porphyre les enserrent des deux côtés. Les sources sont au nombre de douze. Sur chacune de ces sources est construit un établissement, et, comme ces établissements sont tous assez considérables, ils remplissent véritablement la ville. Toutes les eaux jouissent à peu près des mêmes propriétés physiques et chimiques et ne sont vraisemblablement que des conduites diverses d'une même chaudicre souterraine. Suivant que ces conduites sont plus étroites et plus sinueuses près de la surface ou reçoivent des infiltrations du sol, ies eaux en sortent avec une température moins élevée et une proportion de sels plus restreinte. La source la plus forte de Teplitz porte le nom de Hauptquelle; elle sort d'un gouffro qui descend verticalement dans le porphyre et donne à peu près 500 litres par minute, avec unj température de 30° à 31° Réaumur. Les baigneurs, quelle que soit leur alïluence, ne sont donc jamais exposés à manquer d'eau ; la nature a pourvu à leurs besoins avec une libéralité digne de sa puissance. Les produits réunis da toutes ces sources forment une petite rivière d'eau tiède dont la chaleur a déterminé le nom de la ville bâtie sur ses rives, en bohème Tepiice, des deux mots tepla, chaude, et ti/i'ce, rue. » La température des eaux de Teplitz varie entre 26» et 49» centrigrades ; elles sont limpides et incolores
TERA
k Ja sortie de !a source ; mais elles prennent dans les bassins de réception une couleur verdàtre. Leur saveur e*t fade, leur odeur nulle; elles sont, en effet, peu minéralisées, et 1 litre de cette eau contient :
Carbonate de soude Og',348
• Carbonate de chaux .... OS',042
Chlorure de sodium 0Sr,056
Traces de manganèse, de magnésie, de silice et de
fer og',184
0gr,630 En présence d'une si petite quantité de sels minéraux, il est bien difficile d'expliquer l'action thérapeutique de ces eaux ; il faut se borner h constater leur efficacité, parfaitement établie par l'expérience, sans chercher à en donner chimiquement la raison. Les eaux de Teplitz, uniformes dans leur composition, de quelque source qu'elles sortent, ne sont employées aujourd'hui qu'en bain» et en douches. Cependant on boit encore à la source de Gartenquelle, qui est la source la moins chaude, à moins qu'on jie fasse usage en boisson, et à Teplitz même, des eaux minérales étrangères, ce qui est le cas le plus fréquent.
Les eaux de Teplitz sont excitantes et leur action porte sur le système nerveux. Elles réussissent d'une manière remarquable dans la goutte atonique, le rhumatisme, lea névralgies, et surtout la névralgie sciatique; on y traite encore quelques paralysies, des maladies chirurgicales diverses, des suites de fractures, par exemple. C'est à ce dernier titre que la Prusse, 1 Autriche et la Saxe entretiennent k Schœnau de vastes hôpitaux militaires organisés sur le modèle de ceux que la France possède à Bourbonne et à Baréges.
TEPLOFF (Grégoire), savant russe, né vers 1720, mort en 1779. Après avoir été instituteur, il fut attaché k la direction du cabinet d'histoire naturelle, à l'Académie des sciences, devint, en 1741, membre adjoint de ce corps savant et fit un cours de philosophie morale. Son savoir lui valut d'être choisi pour accompagner le jeune comte Razumowski dans ses voyages, ce qui lui permit d'étendre beaucoup le cercle de ses connaissances. De retour en Russie, il coopéra aux réformes qui eurent lieu dans la constitution de l'Académie des sciences, dont il devint membre titulaire. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Notices concernant la philosophie en général (1751, in-8°) ; Instructions à son fils (1751, in-8°) ; Recueil de diverses chansons; Culture de diverses espèces étrangères de tabac dans la Petite Russie. Teploff a laissé quelques ouvrages manuscrits, notamment une Géographie de la Russie.
TEPT1AR1S, peuple de la Russie d'Europe, répandu dans le gouvernement d'Orenbourg et celui de Perm. Ils sont au nombre d'environ 52,000. Ce sont des chasseurs déterminés, de bons laboureurs, et ils ont adopté des Baskirs, leurs voisins, une excellente méthode pour élever les abeilles. Ils ont a peu près les mêmes moeurs et habitudes que ces derniers; mais ils ont introduit dans leur culte beaucoup d'usages du paganisme que les Tcheremisses et autres peuples de race finnoise y ont apportés. Un certain nombre d'entre eux sont employés au transport des produits des mines de sel de l'ilek jusqu'à la Beluïa,
TEK adv. (ter — mot lat.). Trois fois, pour la troisième fois; s'emploie particulièrement pour indiquer que des paroles mises en musique ou la musique elle-même doivent être répétées trois fois.
— Se dit d'un numéro de maison répété pour la troisième fois dans la même rue : Il demeure au numéro 12 ter de la rue.
TiiH , ancienne Alba, rivière d'Espagne (Catalogue). Elle descend du versant S. des Pyrénées, sur la limite du département français des Pyrénées-Orientales, coule au S., pu. s au N.-fc., et se jette dans la Méditerranée, à 32 kilom. de Girune, après un cours de ISO kilom. Elle est navigable pendant une grande partie de son cours. Le maréchal Jules de Noailles battit les Espagnols sur le Ter en 1694. En 1812, Napoléon décréta l'organisation d'un département du Ter; mais ce projet ne put être réalisé.
TÉRA s. m. (té-ra). Autre orthographe du
mot TliRRAT.
TÉRABDELLE s. f. (té-ra-bdè-le — du gr. têrein, prendre; bdella, sangsue). Appareil qui sert k provoquer k volonté la saignée locale ou la révulsion, au moyen de tubes qui vont d'une machine pneumatique k des ventouses.
TÉRACOLE s. m. (té-ra-ko-le — du gr. feras, prodige ; kolos, mutilé). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, de la tribu des papilionides, comprenant des espèces étrangères à l'Europe. .
TÉBAMBE, fils de Neptune ou, selon d'autres, d'Eusirus. 11 se rendit fameux en jouant de la lyre et de la flûte. Il faisait paître ses troupeaux sur l'Othrys, sous la protection des nymphes, lorsqu'il insulta gravement celles-ci, perdit ses troupeaux et fut métamorphosé en cerf-volant (cérambyx).
TERA
TÉRAMNE s. m. (té-ram-ne). Bot. Syn. de glycine, genre de légumineuses.
TERAMO, ancienne Inleramna ou Interamnum Prasstutiorum,Ti\\\e du royaume d'Italie, ch.-l. de l'Abruzze Ultérieure ire, sur une hauteur, au confluent du Trontino et du Vezz»la, à 24 kilom. S.-E. d'Ascoli, 343 kilom. N. deNaples; par 42" 41' de latit. N. et 10026' de longit. E. ; 19,100 hab. Evéché. Elle est assez bien percée et assez bien bâtie. On y remarque la cathédrale. Cour criminelle, tribunal civil. Fabriques de lainages. Commerce de grains. Ruines romaines. Détruite au Xlie siècle par le comte Robert de Lovetello, neveu du roi Roger, elle fut, par la suite, rebâtie près de son ancien emplacement.
TERAMO (Jacques Palladino, dit de) ou d'ANCARANO, prélat et écrivain italien, né à Teramo (Abruzzes) en 1349, mort en Pologne en 1417. Il étudia le droit k Padoue, entra ensuite dans les ordres et devint successivement chanoine, archidiacre d'A versa, secrétaire des brefs et de la pénitencerie à Rome, évêque de Moseopoli (1391), archevêque de Tarente (1400), archevêque de Florence (1401), évêque et administrateur de Spolète (1410). Il assista au concile de Constance, qui confirma sa nomination à ce dernier siège, et fut envoyé comme légat en Pologne, par Martin V, en 1417.. Teramo est l'auteur de plusieurs ouvrages restés manuscrits ; mais il n'est connu que par une sorte de roman ascétique assez bizarre, le Procès de Bélial, ou il suppose que les démons, irrités de ia victoire de Jésus, élisent Bélial pour, demander justice a Dieu. Salomon, Moïse, Abraham, tous les patriarches, Virgile, Hippocrate, saint Jean, etc., figurent dan? cette grotesque production, dont le style ne se ressent pas moins que la composition de la barbarie du siècle. Farget en a donné une traduction française (Lyon, 1442). La première édition et la plus estimée de cet ouvrage, dont le sujet est emprunté au Procès de Satan contre la Vierge, par Barthole, a paru sous le titre de Jacobi de Teramo compendium perbreve, consolatio peccatorum nuncupatum et apud nonmillos Bélial vocatum (Augsbourg, 1472, in-fol.).
TERAPHIM s. m. (té-ra-fimm). Sorte d'idole dont il est parlé dans la Bible.
— Encycl. Ce mot, qui revient souvent dans l'Ancien Testament, a été l'objet de différentes interprétations. Les uns ont voulu voir dans les teraphims des dieux adorés par les Hébreux. Dans le Livre de Samuel, il est dit qu'ils avaient des formes humaines. Dans la Genèse et dans les Mois, on les trouve désignés comme des espèces de dieux lares, d'esprits du foyer auxquels les Hébreux rendaient un culte superstitieux, mais non pas idolâtre , comme pourrait le faite croire le mot grec de la version des Septante, traduisant teraphim par eidola, les images, les idoles. Zaeharie et le Livre des Juges nous apprennent que les teraphims étaient fréquemment consultés comme des oracles dans certaines circonstances Cette assertion se trouve confirmée par un passage de Samuel, où la consultation des teraphims est rangée parmi tes sciences divinatoires.
térapon s. m, (té-ra-pon). IchthyoL V.
THÉRAPON.
TÉRAPOPE s. m. (té-ra-po-pe — du gr. teras, prodige; dps, aspect). Entom. Genre mille des charançons, tribu des byrsopsides, dont l'espèce type vit au Cap de Bonne-Espérance.
TÉRAS s. m. (té-rass — du gr. teras, prodige). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des tortricides, dont l'espèce type habite le nord de la France.
TÉRASIE s. f. (té-ra-zl — du gr. teras, prodige). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des bombyciles.
TÉRAT-BOULAN s. m. ( té-ra -bou-lan).
Ornith. Passereau du genre grive, qui habite l'Inde.
TÉRATHOPIE s. m. (té-ra-to-pî). Ornith.
Nom scientifique des bateleurs.
TÉRATICHTHYS s. m. (té-ra-ti-ktiss— dn gr. teras, prodige ; ichtftus, poisson). Ichthyol. Genre de poissons cténoïdes.
TÉRATODE s. m. (té-ra-to-de — du gr.
teratàdês, monstrueux). Entom. Genre d'insectes orthoptères sauteurs, delà famille des acridiens, dont l'espèce type habite Java.
TÉRATOGÉNIE s. f. (té-ra-to-jé-nl — du gr. teras, prodige: geneia, naissance). Physiol. Mode de production des monstres,
TÉRATOLOGIE s. f. (te-ra-to-lo-jl — du gr. teras, prodige ; logos, discours). Physiol. Histoire des monstruosités organiques : La tératologie animale et la tératologie végétale se lient intimement l'une à l'autre. (Is. Geoffroy Saint-Hilaire.)
— Encyol. Tératol. animale. La tératologie est une science toute moderne; cela ne veut pas dire que ses éléments ou les sujets sur lesquels elle s'exerce n'aient existé dès la plus haute antiquité. De tout temps il y a eu des monstres, surtout si l'on prend ce mot dans son acception la plus large, c'està-dire comme synonyme d anomalie dans la forme ou ia structure des animaux ou des
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végétaux. Mais ces anomalies, ces monstruosités sont souvent passées inaperçues ; on n'a remarqué d'abord que celles qui, par leur intensité, frappaient fortement les yeux et l'esprit. Un monstre a été non plus un simple écart de l'organisation normale, mais un objet difforme, hideux, propre à inspirer la crainte, le dégoût ou la pitié. Les monstres furent alors regardés comme une marque de la puissance ou delà colère des dieux ou des démons, et souvent comme un présage de grandes calamités publiques. Quelques-uns occupent une place importante dans les diverses mythologies.
Toutefois, à cette époque reculée, on trouve déjà quelques observations scientifiques dues à des naturalistes, à des médecins ou k des philosophes ; mais elles sont isolées et portent sur des faits mal vus ou mal interprétés. C'est à peine si l'on trouve dans Empédocle et Démocrite quelques idées à ce sujet. Aristote lui-même se contente de voir dans les monstruosités ou anomalies des erreurs de la nature, erreurs dont il néglige l'étude. Pline les regarde comme des jeux ou des caprices de ia nature, opinion qui a été longtemps en vogue. Galien rapporte aussi quelques faits, dont on ne saurait tirer des conclusions scientifiques. Tite-Live, Valère- Maxiine et quelques autres font mention de certains monstres; mais ce qu'ils en disent est purement anecdotique. L'amour du merveilleux envahit alors toutes les parties de la science. Au lieu d'examiner les faits, on répète, en le grossissant, ce qu'on a entendu dire. Malheureusement, ces idées ont en morale des conséquences funestes ; c'est ainsi que les lois grecques et romaines condamnent impitoyablement à mort tout enfant affecté de quelque monstruosité.
Au moyen âge, l'ignorance est encore plus profonde, si c'est possible. On fait toujours intervenir la divinité dans la production des monstres. Mais c'est surtout le diable qui joue un grand rôle tantôt en faisant glisser dans la matrice des causus de monstruosité, tantôt en substituant au fœtus naissant un monstre apporté d'ailleurs, tantôt enfin en fascinant les yeux des spectateurs de manière k faire paraître monstrueux un enfant bien conformé. La croyance aux accouplements bestiaux devient générale, et d'innombrables victimes doivent la mort à cet infâme préjugé. Les haines populaires assignent pour père k Attila un chien, et pour bisaïeul à Suénon, roi de Danemark, un homme tout velu, fils lui-même d'un ours. Et cela se continue ainsi pendant dix siècles.
Comme si les monstres réels ne suffisaient pas , les fables populaires apportent leur contingent. Alors nous voyons apparaître l'homme monstrueux qui s ombrage de son pied comme d'uû parasol, et les oiseaux dorés k tête de femme, et les hommes cornus qui n'ont qu'un oeil devant et trois ou quatre derrière, et ceux qui ont le pied rond comme un cheval, avec un talon en arrière, et quatre côtes fortes et tranchantes qui sont pour eux des armes de combat, telles qu'aucune armure ne peut leur résister; et les cynocéphales, êtres humains k tète de chien, peutêtre proches parents de nos loups-garous; et l'homme sans tête ; et l'homme à queue du Thibet, qui ne peut s'asseoir qu'après avoir l'ait un trou en terre pour y loger son appendice caudal, etc. Mais ceci est plutôt de 1 histoire naturelle fantastique; rentrons dans le domaine de la tératologie.
La Renaissance elle-même ne change rien k cet état de choses. Sous Charles IX et au temps d'Ambroise Paré , l'apparition d'un monstre est considérée comme le présage d'une guerre ou d'une famine. Toutefois, nous trouvons k citer k cette époque un passage intéressant de Montaigne : > Ce que nous appelons monstres, dit-il, no le sont pas k Dieu, qui veoid en l'immensité de son ouvrage l'infinité des formes qu'il y a comprinses, et est k croire que ceste figure qui nous estoune se rapporte et tient k quelque autre figure du même genre iucogneu k l'homme. De sa toute sagesse il ne pan rien que bon, et commun, et réglé ; mais nous n'y voyons pas l'assortiment et la relation. Nous appelons contre nature ce qui advient contre lacoustume; rien n'est que selon elle, quel qu'il soit. Que cette raison universelle et 11a-
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turelte chasse de nous l'erreur et l'estonnement que la nouvelletô nous apporte. •
Vers le commencement du xviie siècle, Fortunio Liceti publia un traité des monstres, de leurs causes et de leurs différences, ouvrage qui eut un grand succès. Ses idées sont fortement empreintes d'aristotélisme et son style sent la scolastique la plus obstinée ; mais son érudition est immense, souvent récréative, car elle s'appuie sur des fables et des récits mensongers. Il admet pour les monstres, qui pour lui sont des substances et non des accidents, des causes finales, formelles, matérielles et efficientes. Du reste, tel est l'empire des idées régnantes, que presque tous les écrivains de cette époque s'accordent à approuver les lois grecques et romaines mentionnées ci-dessus. Riolan lui-même, si supérieur k son époque, établit, comme une nouveauté hardie, que l'on peut se dispenser de faire périr les géants, les nains, les sexdigitaires, les individus k tête disproportionnée, et qu'il suffit de les reléguer loin de tous les regards.
« Au xviii' siècle, dit Is. Geoffroy Saint- Hilaire, la tératologie devient positive. Sans doute, de fausses explications exercent encore leur fâcheuse influence sur les hommes les plus distingués de ce temps; sans doute, les préjugés du siècle précédent n'ont point encore disparu; mais déjk l'importance de l'observation est sentie, et un grand nombre de faits sont recueillis avec exactitude. A la vérité, exception faite de Duvernay,de\Vinslow, de l.émery et de quelques autres, les anatomistes qui se livrent k des recherches sur les monstres y sont portés moins par un véritable sentiment de l'utilité de ces recherches que par un intérêt né de la curiosité et de ce goût pour la nouveauté qui est si naturel k l'homme. Ils se complaisent dans un spectacle tout nouveau pour eux et notent avec empressement toutes les anomalies qu'ils observent. La science, qui profite de ces travaux, n'en est point le but réel. Si les monstres ne sont plus des objets d'épouvante, ils ne sont donc point encore les sujets d'études vraiment scientifiques. >
Ce dernier caractère se trouve pour la première fois dans l'ouvrage de Haller sur les monstres. L'auteur, en résumant fidèlement les connaissances de l'époque, sépare, avec une admirable sûreté de jugement, le vrai du faux, et la tératologie, affranchie de ses entraves, marche désormais résolument dans la vole du progrès. Alors on applique les connaissances térato logiques k l'étude des fonctions et des phénomènes de la vie. Les grands travaux de Bichat en anatomie exercèrent une heureuse influence sur la tératologie. Il était réservé aux Geoffroy Saint-Hilaire de couronner l'édifice élevé par leurs devanciers en appliquant k l'étude des monstres les savantes théories de l'unité de composition et des inégalités de développement. Dès lors, les monstres peuvent être ramenés au plan général de la nature, et Is. Geoffroy Saint- Hilaire peut dire : • Toute loi tératologique a sa loi correspondante dans l'ordre des faits normaux, et toutes deux rentrent comme cas particuliers dans une autre loi plus générale. •
— Description de» dlT«r»e» moniiirtiosite*. Il faudrait plusieurs volumes pour consigner l'histoire particulière de tous les monstres qu'on a décrits jusqu'k nos jours. Un pareil travail serait non - seulement inutile , mais encore déplacé dans cet ouvrage. Aussi, après avoir établi une division générale, nous nous bornerons à citer quelques exemples pour faire comprendre dans quelle classe doit être rangé tel ou tel monstre en particulier. Bonnet et Blumenbach ont fait quatre classes de monstres : 1° les monstres par excès, ou qui présentent [quelques parties de plus ; 20 les monstres par défaut, qui, au contraire, ont quelques parties de moins; 3» ceux qui offrent quelques changements dans la structure des parties; 4° ceux enfin qui présentent des anomalies dans la disposition des organes. Buffou n'admet que trois classes : 1° tes monstres -par excès; 2» les monstres par défaut; 3U les monstres offrant des irrégularités dans la grandeur, la situation respective et la structure des parties.
La classification d'Isid. Geoffroy Saint-Hilaire est plus compliquée ; en voici le tableau :