‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 1029 sur 1059 · SECONDS CLASSE · texte numérisé non relu

SECONDS CLASSE

Monstres composés ou chez lesouels on trouve les éléments, complets ou incomplets, de plus

d'un indioidu.

ire sous-classe. Monstres doubles.

™ .. r I Fam. I Entomphalimis.

1,11)11 l | Fam. ![.... Monomphaliens.

Ordre I. Monstres doubles autost- / Tvihn tt ) Fam. I Sycéphuliens.

taires 1 lr DU " • • • • j Kam. II ... . Monocéph:iliens.

Tribu III.

Fam. I Sysomiens.

Fam. II ... . Monosomiens.

T .■ T I Fam. I Hétérotypiens.

lràlm ' I Fam. II . ; . . Hétéraliens.

Ordre II. Monstres doubles parasitaires \ Tribu II . .

Fam, I Polygnathiens.

Fam. II ... . Polyméliens.

, Tribu III. . . . Fam. unique. Endocymiens. 2: sous-classe. Monstres triples.

Ordre I. Monstres triples autositaires. Ordre II. Monstres triples parasitaires.

A l'exemple de Chaussier et d'Adelon, nous adopterons la classification de Buffon , et nous donnerons comme Haller la description des monstres les plus intéressants qui s'y rattachent.

— I. Monstres par uxcbs. On appelle ainsi tous ceux qui présentent deux ou plusieurs orgar.es doubles ou multiples, lesquels semblent provenir de la réunion, de 1'accolement de deux, ou trois fœtus unis et fusionnés dans une plus ou moins grande étendue du corps. Plusieurs auteurs citent des exemples de monstres formés de trois fœtus et même d'un plus grand nombre. Ainsi Liceti parle d'un monstre humain a sept têtes et autant de bras, mais n'ayant que deux pieds. Borelli parle d'un autre à trois têtes' qui expira après avoir poussé des cris horribles. Ces faits et quelques autres analogues ne sont pas regardés comme d'une authenticité irréprochable. Mais il n'en est pas de même de3 monstres par excès résultant de J'accolement de deux jumeaux par quelques points de la surface de leur corps. Tout Paris a connu les frères siamois, âgés de cinquante-six ans, mariés tous deux et unis par la région épigastrique que le docteur Nélaton a refusé, dit-on, de diviser {v. frères siamois). Un autre' exemple des plus frappants est celui des deux filles hongroises dont parle Buffon, appelées Hélène et Judith, et qui tenaient ensemble par les reins. Elles vécurent jusqu'à l'âge de vingt et un ans. Hélène naquit la première; elle devint grande et bien faite, tandis que Judith resta petite et un peu bossue. Celleci, à l'âge de six ans, fut atteinte d'une hémiplégie dont elle ne guérit jamais parfaitement et qui affaiblit beaucoup son intelligence. Hélène, au contraire, était belle, gaie et intelligente. Elles eurent en même temps la rougeole et la petite vérole, mais toutes leurs autres indispositions furent séparées. Les règles parurent à peu près k la même époque pour toutes les deux, mais plus tard elles coulaient toujours à des époques différentes. Judith était toujours valétudinaire et Hélène au contraire bien portante. L'anus était commun et le besoin de la défécation se faisait sentir en même temps chez l'une et chez l'autre. Mais il n'en était pas de même du besoin d'uriner. Chacune l'éprouvait à part, et comme il fallait alors que l'une se prêtât au besoin de l'autre, c'était une source de fréquentes disputes entre elles. Comme elles approchaient de vingt-deux ans, Judith fut prise tout d'un coup d une lièvre violente k laquelle elle succomba; la pauvre Hélène fut obligée de suivre son sort : trois minutes après la mort de sa sceur, elle tomba en agonie et mourut presque aussitôt. A l'autopsie on trouva que chacune avait ses organes séparés et distincts, ce qui explique la vie et les sensations indépendantes; l'anus seul était commun, car le rectum de chacune d'elles était parfaitement séparé. Mais les artères aortes et les veines caves inférieures se réunissaient au-dessus du point d'émergence des vaisseaux Hiaques, de sorte qu'on n'aurait pas pu séparer les deux sujets sans leur donner la mort. Cette circonstance explique encore la prompte agonie d'Hélène par suite de la mort de Judith. Le fluide sanguin altéré dans le corps de la première portait la mort dans les artères de la seconde. On trouve dans le Journal de Verdun de l'année 1703 un fait semblable au précèdent. Il est question de deux filles jumelles, jointes parles régions rénales : elles étaient àgees de sept ans, avaient un même anus, pouvaient marcher, s'embrasser et vivre d'une vie individuelle; leur intelligence était telle que, quoique si jeunes, elles avaient pu déjà apprendre plusieurs langues.

U'est le cas de la jeune fille double ou des deux jeunes filles appelées Millie-Christine, nées en Amérique, dans le comté de Colombus, en lS5l,et que l'on a vues a Paris à la lin de 1873. Filles «l'un nègre et d'une métisse, née elle-même d'un Peau-Kouge, elles ne sont réunies que par la région lombaire et n'ont de commun que les organes digestifs. Que l'on se figure deux jeunes mulâtresses de petite taille, d'une physionomie intelligente et douce, placées à côté l'une de l'autre, en telle

sorte que l'épaule droite de l'individu de gauche, Christine, touche l'épaule gauche de l'individu de droite, Millie, les plans des deux poitrines faisant entre eux un angle à peu près droit. Vue de face, chacune d'elles est complète, mais si on les examine par derrière, dans l'angle rentrant que forment les deux corps, on voit que ceux-ci ;m niveau de la première vertèbre lombaire se réunissent intimement; il n'y a plus qu'une seule région sacrée et Coccygienne, qu'un seul et vaste bassin à double charpente osseuse. Enfin, audessous de cette union, quatre jambes bien conformées sont placées comme lesbras, deux en avant et en dedans, deux en arrière et en dehors. Elles se sont refusées à tout examen médical de la région dans laquelle les deux organismes paraissent se confondre ; on n'a donc pu émettre que des conjectures sur certains points délicats. Leur barnum affirmail qu'elles sont conformées comme une femme unique; les médecins prétendaient que cela ne pouvait être absolument exact que pour l'appareil digestif, i Dans les monstres de cette espèce, disait à ce propos le critique médical des Débats, les fonctions vitales sont en partie communes et en partie indépendante^. Toute la partie supérieure du corps de chacun des deux individus dépend du cerveau qui lui correspond, et il ne peut y avoir aucune communication d'un cerveau k l'autre, si ce n'est par les moyens en usage entre deux individus différents. Ces deux jeunes filles peuvent donc lire, manger, causer, travailler manuellement chacune à sa fantaisie, comme si elles étaient complètement .séparées. Mais dans les points où a lieu la fusion, elles redeviennent dépendantes l'une de l'autre, pour se séparer de nouveau, quoique moins complètement que dans le buste, dans les membres inférieurs. On constate, en effetj dans le pouls des artères radiales, une différence qui n'existe plus dans le pouls des artères pédieuses. L'expérience qu'elles exécutent, et qui consiste a démontrer qu'elles ressentent l'une et l'autre les attouchements opérés au pied d'une des deux jambes, est cependant peu concluante ; elles avouent que cette sensibilité commune est fort obtuse; il en résulterait que la soudure des deux moelles k l'extrémité de la colonne vertébrale n'est ni fort étendue ni très-complète. Elle ne consiste peut-être qu'en un aocolcment superficiel qui se présente aussi dans d'autres parties de leurs corps, et les seuls appareils vraiment uniques dans ce monstre double seraient l'appareil digestif, dans sa partie inférieure, et l'appareil circulatoire, dans un point où existerait une anastomose étendue des deux aortes.

■ Quoi qu'il en soit de ces phénomènes d'organisation interne, qui ne seront bien connus qu'après la mort des sujets et qu'une exploration sur te vivant, à laquelle, du reste, elles se refusent absolument, ne permettrait pas même de résoudre complètement, la vie commune ne parait pas gênée. Les deux personnalités se sont développées avec une égale énergie. S'il y a quelque différence d'embonpoint et de vigueur en faveur de Christine, cette différence n'est pas assez considérable pour lui assurer la suprématie qu'avait autreibis Hélène sur Judith. De cette égalité naissent une entente qui n'existait pas entre les deux sœurs du xvme siècle et une identité d'impressions et de physionomie qui excusent ceux qui ne veulent voir en elles qu'un seul et même individu. Les jeunes Américaines ont aujourd'hui vingt-deux ans. Elles sont du type nègre presque pur, avec les longs bras, fâ forte denture, le nez écrasé et les grosses lèvres de cette race; mais les cheveux ne sont pas aussi laineux que chez le nègre. Les jambes internes sont un peu plus courtes et plus maigres que les jambes externes; elles s'en servent cependant avec une grande aisance, et, lorsqu'elles valsent, elles sont presque gracieuses. L'expression de leur visage est intéressante. Elles paraissent intelligentes, panent fort bien l'anglais et l'allemand et chantent dans la première de ces deux langues avec une parfaite virtuosité. Il y a une différence de timbre assez sensible entre les deux voix. > Ce remarquable monstre double,

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qui appartient à la série des pygopages , dans la nomenclature de Geoffroy Saint-Hilaire, a été l'objet d'intéressantes discussions, k la Société d'anthropologie, entre MM. P. Bert, P. Broca, Dareste et Giraldès.

Tons ces exemples offrent cette particularité que les sujets ont vécu longtemps; il en existe beaucoup d'autres qui n'en diffèrent qu'en ce que les monstres n'ont pas vécu. Ainsi Duverney, dans les Mémoires de l'Académie des sciences, décrit un cas de monstruosité formé par deux enfants mâles accolés l'un à l'autre par la partie inférieure du ventre et comme siège à siège. Ces enfants ne vécurent que six jours. Le plus fort mourut le premier et l'autre trois heures après. Les deux corps étaient distincts jusqu'à l'ombilic, et là commençait la réunion. II n'y avait qu'un seul anneau ombilical ; les deux bassins s'étaient accolés et confondus de manière k n'en former qu'un seul; c'était par les pubis que s'était fuite cette union. On ne voyait point d'anus, et, k la place où aurait dû se trouver cette ouverture, on observait trèsdistinctement les deux verges, à la base de chacune desquelles existait le scrotum. A l'autopsie, on trouva que chaque enfant avait son intestin grêle distinct; mais les deux intestins grêles débouchaient dans un gros intestin commun, et celui-ci dans une seule vessie imperforée qui remplissait le rôle de rectum. Haller, dans son traité des monstres, rapporte un cas observé par lui-même et non moins intéressant. 11 s'agissait. de deux filles accolées par le thorax; les deux têtes, les deux cous, les deux bras étaient parfaitement distincts, mais les deux thorax étaient ouverts et articulés entre eux de façon à n'en former qu'un seul; de sorte que la face antérieure du tronc unique présentait deux bras et deux mamelles, et la face postérieure également deux bras et deux mamelles. L'autopsie montra que le système uerveux était double, que les appareils génitaux, urinaiies et digestifs étaient également doubles; seulement il n'y avait qu'un seul foie, une seule rate et un seul cœur ; celui-ci même n'avait qu'une seule oreillette. Les poumons étaient doubles; chacun des deux ventricules du cœur était destiné à l'entretien d'un fœtus; tout le reste de l'appareil circulatoire était double et comme à l'état normal; de sorte qu'il aurait suffi qu'un des deux enfants mangeât pour entretenir l'autre, comme aussi, lorsque l'un serait tombé malade, l'autre l'aurait été également. Haller prétend que ces deux enfants étaient assez bien conformés pour vivre après la naissance, comme ils avaient vécu dans le sein de leur mère, et il attribue leur mort à la pression qu'ils avaient éprouvée pendant l'accouchement, qui avait été très-laborieux. Munster a vu deux petites tilles de dix ans unies par le front. L'une étant morte, on voulut la séparer de l'autre; mais celle-ci mourut des suites de l'opération. Les exemples que nous venons de rapporter suffisent pour faire connaître les monstres par excès provenant de la réunion de deux fœtus. Les cas de ce genre sont trop nombreux pour que nous puissions même nous permettre de lesénumérer ici. Nous nous contenterons de dire que l'union des deux individus peut se faire par n'importe quel point de- la surface du corps, que l'accolenieiit a lieu le plus souvent à la partie antérieure ou latéral'; du thorax ou du bassin, et qu'il est rare que cet accotement ne s'opère que par les parties superficielles et cutanées; presque toujours les viscères ou les vaisseaux profonds subissent des modification:; importantes. Ici se présente naturellement la question de séparation des deux enfants. La réponse nous paraît contenue dans l'exposé des faits que nous venons de citer. Si Ion pouvait s assurer par un moyen quelconque que l'accolement ne. dépend que des muscles ou des téguments, il est évident que la séparation pourrait se faire. On devrait même la conseiller pour rendre la vie plussupportablo à deux êtres qui doivent tant souffrir de leur union forcée. On a l'observation de deux petites filles codées par le thorax depuis le cartilage xipholde jusqu'à l'ombilic, qui était unique. La séparation fut pratiquée et ies deux enfants survécurent à 1 opération. Mais il est très-rare qu'on puisse imiter cet exemple, car nous avons vu qu'il existe presque toujours des connexions intimes entre les viscères ou les gros vaisseaux, et la séparation entraînerait la mort de l'un et le plus souvent des deux individus.

A cote des monstres dont nous venons de parler vient se placer une autre catégorie ne différant des précédents qu'en ce que lu fusion, beaucoup plus profonde, entraîne la perte d'un ou de plusieurs membres. Ainsi, en 1775, on vit publiquement à Paris deux jeunes filles jointes ensemble depuis le cou jusqu'à l'ombilic. La fusion avait eu lieu par l'un (les côtés, et les deux bras de ce côté n'en formaient plus qu'un seul ; de sorte que le ministre présentait trois bras, dont deux bien conformés et placés en leur lieu naturel, et un troisième placé entre les deux corps, auxquels il appartenait également. Ce troisième bras était supporté par deux umoplates; il n'avait qu'un liiiniéius, un cubitus et un radius ; mais le métacarpe était double ; il y avait aussi deux mains bien conformées, et réunies par le pouce. Buttner, Tulpiu^ et Pichart ont décrit des monstres qui, contrairement au précédent, avaient quatre bras et

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j trois jambes. Deux des membres inférieurs ' occupaient leur place naturelle, tandis que | le troisième, situé entre les deux corps aux-

quels il adhérait également, était terminé par un pied qui portait huit ou dix orteils. Bartholin et Haller ont vu et décrit d'autres monstres ayant quatre bras et deux membres inférieurs seulement. Enfin, dans d'autres cas, on a observé quatre membres inférieurs et deux bras seulement. Toutes ces monstruosités résultent évidemment de la fusion de deux embryons.

Un autre genre de monstres dont on a souvent rencontré des exemples est celui où l'individu est double dans une partie du corps et simple dans l'autre. Ainsi le Journal des savants rapporte qu'on envoya d'Oxford ur. enfant qui avait deux têtes diamétralement opposées, quatre bras complets, un seul ventre et deux membres inférieurs. Le monstre reçut deux nom*; l'une des deux têtes fut appelée Marthe et l'autre Marie; l'un des visages était plus gai que l'autre; elles mangeaient isolément. Marthe mourut la première et Marie un quart d'heure après, A l'autopsie, on trouva les deux corps distincts jusqu'au côlon; à partir de cet endroit, tout le reste était simple et comme faisant partie d'un seul individu. La femme Gérard, à Beauvais, mit au monde, en 1701, un enfant double jusqu'au niveau des fausses côtes et simple d;tr,s tout le reste du corps. Il avait deux tètes, quatre bras, deux thorax , mais un seul bassin et deux membres inférieurs. Au bas de l'abdomen, on remarquait deux organes mâles, l'un à sa place ordinaire et l'autre a la place de l'anus. Enfin le Journal de Trévoux (172J) raconte l'histoire d'une jeune fille dite Domrémy-la-Pucelle, double dans tout le haut jusqu'à l'ombilic. Vers lu hanche gauche, elle présentait comme le moignon d'une troisième cuisse. Ce monstre vécut longtemps. Chacune des deux têtes manifestait ses sentiments et ses volontés. Elles percevaient toutes les deux les douleurs ou les impressions qui partaient des parties inférieures du corps, tandis que chacune avait sa sensibilité spéciale pour les impressions appliquées aux parties supérieures. Lémery, dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences, ^ année 1724, rapporte l'histoire d'un monstre à deux têtes et deux cous parfaitement distincts; le reste du corps ne formait qu'un seul individu avec la particularité qu'il présentait les deux sexes. La vulve était située au-dessous de l'anus, dans la région périnéale, et la verge k sa place ordinaire dans l'état normal. Haller a rassemblé diins son ouvrage sur les monstres plus de trente cas d'individus k double tête. Meckel, Baudelocque et Dupuytren ont également décrit de pareils monstres, avec la différence qu'au lieu de deux bras on eu trouvait trois, dont un au milieu des deux cous et presque toujours imparfait, c'est-à-dire manquant tantôt de la main, tantôtde l'avant-bras. Toutes ces monstruosités se rencontrent assez souvent chez les animaux ; on en a de nombreux exemples pris parmi les veaux, les chiens, les chats, etc. Ces anomalies doivent se produire plus fréquemment chez les animaux que chez l'homme, caries premiers étant la plupart du temps multipares , la réunion de doux fœtus en un seul dans la matrice de la mère est beaucoup plus facile.

A côté des monstres k double tête et k un seul corps, on peut placer les monstres-à double corps et k une seule tête. Le premier exemple que nous trouvons de celte monstruosité est celui qui fut décrit par Jliehe! Heyland. Le tronc de l'enfant était unique, niais il avait quatre membres inférieurs et quatre membres supérieurs. Le squelette offrait deux colonnes vertébrales et vingt-quatre côtes articulées à un double sternum. Tous les viscères intérieurs étaient doubles, excepté l'estomac et l'intestin; la tête était unique, forte, etquetques-uns des os du crâne étaient doubles. On remarquait, outre les deux oreilles placées comme dans l'état normal, deux autres oreilles rudimen taires sur la face. Duvermù rapporte l'observation d'un monstre à peu près sembluble, ayant quatre oreilles I très-distinctes sur une seule tête, quatre bras, I quatre jambes et un tronc unique. On voyait i seulement au niveau du bassin que le monstre résultait de la fusion de deux fœtus. Huiler et Meckel rapportent un grand nombre de cas de ce genre, tant, chez les différents animaux que dans l'espèce humaine. Eu résumé, on voit clairement que toutes les monstruosités que nous avons passées en revue jusqu'ici résultent de la fusion de deux fœtus, et les monstres sont d'autant plus bizarres que la fusion est plus profonde. Ainsi, Moieau ue la Sarthe donne le dessin d'un monstre résultant de l'accolement de deux fœtus par la tête et le thorax; mais la jonction était telle que les deux enfants, ayant chacun un crâne distiuetet séparé, n'avaient qu'une seule face. Lu réunion s'était si bien opérée sur la ligne médiane, que le visage unique était réellement formé par la muitie gauche de la tête de l'un et pur la moitié droite de l'autre. Le second exemple donné par le même auteur est une jeune fille espagnole qu'on promenait de ville eu ville pour la montrer en spectacle. Elle n'avait rien de double que la tête ou plutôt une double face commune à deux crânes fondus en un seul. L'enfant présentait en effet deux faces, mais reunies, pur les trois quarts, sur la ligne médiane de la face unique

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qui en résultait; do sorte qu'on voyait deux bouches qui tétaient séparément et deux nez parfaitement conformés. Sur chacune des deux faces était un œil bien conformé aussi et placé au-dessus du nez; mais il y avait un troisième œil sur le milieu du front, appartenant également aux deux faces et situé un peu au-dessus du niveau des deux autres. Oet œil, placé entre deux paupières, au-dessous d'un sourcil, était formé de deux prunelles. Sœmmering rapporte un exemple à peu près semblable au précédent; il n'en diffère qu'en ce que les deux faces étaient plus distinctes, c'est-à-dire que leur point de jonction était à la circonférence, de sorte que chaque face avait son nez, sa bouche et ses yeux parfaitement conformas. Un fait oeaucoup plus curieux encore est le cas d'un enfant du Bengale, lequel avait deux têtes distinctes et superposées. Les deux têtes présentaient à peu de chose près le même volume et la même conformation régulière.

L'une occupait la place et la position normales, l'iiutre était renversée sur la première et reposait sur le sommet ; de sorte que les sommets des deux têies paraissaient continus et recouverts d'une enveloppe cutanée commune. La face de la tête supérieure n'était pas directement nu-dessus de la face inférieure. Elle avait par rapport à celle-ci une direction oblique dont le centre répondait à l'oreille droite de la tête inférieure. Chaque tète avait ses organes et ses vaisseaux propres; il y avait d'eux cerveaux et deux sensibilités distinctes. Souvent, quand l'une des deux têtes donnait, l'autre avait les yeux ouverts. Quand on tirait les cheveux de la tête principale, l'autre pleurait; quand l'une tétait, l'autre souriait et la salive coulait abondamment dans sa bouche. Ce monstre vécut jusqu'à i'âge de quatre ans et mourut par suite d'une morsure de serpent venimeux. Un cas bien plus bizarre encore est celui que rapporte Winslow dans les Mémoires de l'A endémie royale des sciences. C'était une jeune tille de do< ze ans, assez grande pour son âge, et du liane gauche de laquelle sortait la moitié inférieure du corps d'une autre jeune tille plus petite d'un tiers environ. On aurait dit que la moitié du corps de cette dernière se cachait dans l'estomac de l'autre par une ouverture pratiquée au niveau de cette région. On croyait même que la partie supérieure du corps de la plus petite existait réellement dans l'intérieur du corps de la plus grande. Ce qui semblait confirmer cette opinion, c'est que la première rendait des excréments indépendamment et sans la volonté de la seconde. Lo ventre du corps parasite correspondait à celui de la grande fille, et le sternum de celle-ci semblait être soudé par la partie inférieure avec l'épine dorsale de lit plus petite. Les fesses, les cuisses, les jambes du petit corps étaient bien nourries et bien conformées en apparence; ces petits membres, poids très-incommode pour 1 individu normal, étaient toujours immobiles et doués d'une sensibilité commune avec le corps de la jeune fille, car celle-ci percevait toutes les impressions produites sur le petit corps. A l'autopsie de ce monstre, mort à l'âge de douze ans, Wiuslow ne trouva rieH de particulier sur le corps de la jeune fille jusqu'au niveau de la partie moyenne de l'iléon. Là l'intestin se divisait en deux parties, une pour chaque corps. Le parasite avait le côlon qui débouchait dans la vessie, laquelle tenait lieu de rectum ; il n'avait point d'organes génitaux et les petits membres extérieurs, quoique bien conformés en apparence, n'étaient composés que d'os, de nerfs, de vaisseaux et de graisse, le tout recouvert par la peau ; il leur manquait une chose importante, les muscles. Les monstruosités de ce gmire ne sont pas rares dans la science; Winslow, l'auteur de l'observation précédente, rapporte qu'il avait vu un enfant de huit ans a travers les côtes duquel sortait, du côté gauche, la tète parfaitement conformée d'un deuxième enfant. Les deux têtes avaient reçu le baptême séparément; l'une s'appelait Jacques et l'autre Matthieu. La sensibilité était commune aux deux individus. Le marquis de l'Hôpital, ambassadeur à Naples, vit pendant son séjour dvis cette ville un homme déjà avancé en £ge, bien conformé, du reste, et de la région épigastrique duquel pendait la croupe d'un enfant mâle. On aurait dit que le reste du corps de celui-ci était logé dans le ventre de l'autre. Le docteur Schenkins, dans son Tfaité des monstres, rapporte seize exemples de cas semblables, st tous les auteurs qui se sont occupés de cette matière en ont réuni un plus ou moins grand nombre. Ces bizarreries se rencontrent assez fréquemment chez les animaux; on en a vu chesi la vache, le mouton, le chien ; on a observé un chat qui portait à la partie antérieure, entre les pattes et le cou, toute la moitié antérieure du corps d'un autre chat. De sorte que le monstre avait deux têtes, deux Cous et trois paires de pattes. La tête principale était beaucoup plus développée que l'autre, et l'animal, au lieu d'être vif et impétueux comme le sont les chats en général, était au contraire triste et marchait péniblement.

Ce dernier genre de monstres résulte , comme tous ceux que nous avons vus jusqu'ici, de la fusion plus ou moins grande de deux foetus. L'un d'eux s'est, pour ainsi dire, p.mboUé dans l'autre, et celui-ci a acquis son

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entier développement, tandis que le premier ne s'est développé que dans une de ses moitiés et souvent d'une manière assez imparfaite. Le cas le plus surprenant de deux fœtus emboîtés l'un dans l'autre est celui de Dupuytren, dans le premier volume du Bulletin de la Faculté de médecine. Il s'agit d'un jeune garçon né à Verneuil, dans le département de l'Eure. « Ce jeune homme, appelé Bissieu, avait eu une enfance pénible ; dès qu'il avait pu balbutier, il s'était plaint d'une douleur au côté ganche, et ce côté, dès les premières années de sa vie, s'était élevé et avait présenté une tumeur qui était toujours restée depuis. Cependant Bissieu n'avait pas laissé que de croître jusqu'à treize ans et de voir se développer selon l'ordre naturel ses facultés physiques et morales. Tout à coup, à cet âge, cette tumeur devint subitement plus grosse et très-douloureuse , la fièvre saisit l'enfant; après quelques jours, Bissieu rend parles selles des matières puriformes et putrides ; bientôt tous les symptômes d'une phthisie se manifestent; une fois le malade rend par les selles un peloton de poils, et enfin, après six semaines de maladie, il succombe, âfjé de quatorze ans, dans un état de consomption très-avancé. Le cadavre est ouvert, et, dans un kyste contenu dans l'épaisseur du mésocôlon transverse, on trouve quelques pelotons de poils et une masse organisée qui, examinée avec soin , se trouve être un fœtus humain. Le kyste , d'abord , est évidemment situé dans l'épaisseur du mésocôlon transverse, dans le voisinage de l'intestin côlon et, conséquemment, hors des voies de la digestion; il communiquait bien avec l'intestin, mais cette communication était récente, accidentelle en quelque sorte, et l'on voyait manifestement les traces de la cloison qui séparait primitivement ces deux cavités. La masse organisée qui y est contenue est évidemment un fœtus, car la dissection y fait voir la trace de quelques-uns des organes des sens, un cerveau, une moelle épinière, des nerfs très-volumineux, des muscles, .un squelette composé d'une colonne vertébrale, d'une tête, d'un bassin et de l'ébauche de presque tous les membres, etc. On ne peut donc l'assimiler à quelques-unes de ces végétations que l'on voit quelquefois s'élever des diverses parties des corps organisés. A la vérité, on n'y a pas trouvé d'organes de digestion, de respiration, de génération et de sécrétion urinaire; mais cela ne contredit pas l'assertion, puisque l'on sait que ces fonctions ne sont pas nécessaires pour la vie fœtale et ne s'exercent pas pendant sa durée. On voyait d'ailleurs par quel mécanisme ce fœtus avait vécu jusqu'alors. Il y avait un cordon ombilical fort court, composé d'une artère et d'une veine et, d'un côté, allant s'insérer dans le kyste qui faisait réellement ici l'office d'utérus, et, de l'autre, se distribuant au fœtus. Maintenant, comment en concevoir la formation ou en expliquer la présence en ce lieu insolite? • Dupuytren rejette d'abord toutes les suppositions absurdes qui furent faites par le vulgaire, comme celle que le jeune Bissieu aurait avalé avec ses aliments le germe de ce fœtus qui ensuite se serait développé dans son appareil digestif; comme celle encore que le jeune Bissteu eût été fécondé par quelque rapprochement coupable ; mais il établit que ce fœtus était à coup sûr dans l'intérieur de Bissieu depuis les premiers temps de celui-ci, et, en effet, les progrès, l'ancienneté, les symptômes de la maladie à laquelle ce jeune garçon a succombé en font foi. D'ailleurs, plusieurs parties du fœtus annonçaient, par le développement qu'elles avaient acquis, une existence de plusieurs années ; par exemple, il y avait plusieurs dents sorties des alvéoles, des cheveux longs et en assez grande abondance ; la peau était épaisse et ridée, etc. Voici comment Dupuytren explique l'étiologio de ce singulier phénomène. « Par une cause quelconque, le germe, l'embryon de Bissieu fut, au moment de sa création, de la conception, pénétré par un autre germe; ou peut-être, lorsque Bissieu était à une époque déjà avancée de la vie fœtale, un autre germe, amené par une superfétation, pénétra dans sa substance; ce nouveau germe rit alors développer accidentellement autour de lui un kyste avec lequel il contracta une adhérence et qui lui tint lieu d'utérus, absolument comme cela arrive dans les grossesses extra- utérines. Ainsi Bissieu vint an monde avec ce germe dans son intérieur. Ce germe crût à l'aide de la communication vasculaire qui existait entre lui et le kyste, et tant que celui-ci ne gêna pas trop par sa présence les parties voisines, la santé de Bissieu ne fut pas altérée ; mais, à la fin, le kyste s'étant crevé, et les parties qu'il contenait ayant, par leur présence, enflammé les parties voisines, l'intestin s'ulcéra et une phthisie abdominale emporta le malade. Il eût été rigoureusement possible que Bissieu survécût, comme on le voit dans certains cas de grossesse extra- utérine, si les débris du fœtus mort alors eussent pu être tous rejetés par les selles, comme il en avait été de quelques cheveux. « (Chau.-sier et Adelon.) Ce fait, un des plus curieux qui existent dans la science, n'est pourtant point unique. Un autre exemple, non moins intéressant que celui de Dupuytren , est celui que rapporte George-William Yongs, d'un enfant appelé John Hare, âgé de dix mois et portant un fœtus dans son intérieur. Il naquit le 18 mai

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1807. Bien constitué et plein de santé d'abord, il ne tarda pas à avoir de fréquents vomissements. En même temps, il se développa à la, partie supérieure du ventre, du côté gauche, une tumeur qui acquit bientôt des dimensions considérables. L'enfant succomba a une maigreur extrême, et l'ouverture du cadavre fit voir dans la tumeur un véritable fœtus enduit d'une matière sébacée semblable à celle qui couvre les enfants dans l'utérus. Une fois la matière enlevée, l'enfant parut aussi sain, aussi vermeil que s'il eût été animé. Ses membres étaient courts, vigoureux, fermes et potelés, placés comme à l'état normal. L'enfant n'avait ni cerveau ni moelle épinière; il était anomocéphale. La vie avait été entretenue par deux vaisseaux implantés, d'un côté sur le kyste, et, de l'autre, sur l'abdomen du fœtus. Yongs établit de ce phénomène la même étiologie que Dupuytren pour Bissieu.

En résumé, tous les différents monstres que nous avons fait connaître jusqu'ici résultent évidemment de la jonction, de. la fusion plus ou moins grande, de l'emboîtement de deux fœtus. Ajoutons seulement que dans l'exenjr pie de Bissieu celui-ci pouvait vivre, s'il eût rendu par les selles tout le contenu'du kyste, comme cela arrive dans certaines grossesses extra-utérines, et que, si pareil cas se présentait chez une jeune fille pubère, on pourrait suspecter injustement sa conduite antérieure; elle serait mère, en apparence, sans néanmoins avoir cessé d'être Vierge.

Nous nous bornerons à l'exposé que nous venons de faire, pour le premier ordre de monstruosités, e'est-à-dire pour celles qui résultent évidemment de la réunion de plusieurs fœtus. Nous n'avons pas besoin de dire que nous n'avons pas passé en revue tous les cas qui peuvent se présenter, car la fusion qui peut s'opérer entre deux individus offre une infinité de nuances, et, lors même qu'on écrirait l'histoire de tous les monstres connus dans la 'science, il est certain qu'il se présenterait encore à l'avenir des cas inconnus.

Tous les cas précédents se ramènent à trois groupes :

1° Les inonocéphales à corps double;

2° lesdiplocéphales à corps simple;

3° les diplosomes à tête et à corps doubles.

— Monocéphales à corps double. Dans ce premier cas de deux jumeaux monstrueux, oeuvre incomplète et déviée de la nature, les deux corps peuvent être opposés, soit par leurs parties antérieures, soit par leurs parties postérieures, soit par leurs parties latérales; ils sont tantôt isolés jusqu'au cou, tantôt seulement à partir du thorax, de l'abdomen ou du bassin. A quelque hauteur néanmoins que les corps se confondent, la tête, quoique unique, présente ordinairement des parties surnuméraires témoignant, à n'en pas douter, d'une fusion, là aussi, de parties primitivement doubles. D'après la disposition que présentent le plus communément les os supplémentaires du crâne, il est permis de croire que les deux têtes étaient placées l'une au devant de l'autre, et que celle qui était située en arrière ne s'est pas développée. D'ordinaire, le cerveau, dans sa partie inférieure, est simple; dans sa partie postérieure, il offre des parties surnuméraires; ainsi, ou a trouvé plusieurs fois deux cervelets, Le squelette, au-dessous du crâne, est double : chaque cavité thoracique contient deux poumons; il y a deux trachées, deux larynx, deux cœurs, d'un volume inégal parfois. Dans certains cas, les deux aortes se réunissent supérieurement en une seule, d'où partent les artères qui se distribuent à la tête : quelquefois aussi il n'existe qu'un seul cœur pour un thorax double ; dans ce cas, les vaisseaux qui en prennent naissance ont une division double de la division ordinaire. Quelquefois enfin, malgré une ouverture buccale unique, les parties subséquentes de l'appareil digestif sont doubles ; on compte, par exemple, deux langues, deux œsophages, deux estomacs; mais cette duplication varie souvent, commençant tantôt seulement au-dessous da l'estomac, tantôt avec la terminaison de l'intestin grêle ; le foie estordinairement simple, mais d'un volume considérable et pourvu de deux vésicules biliaires. Les pancréas, la rate et les organes génitaux sont doubles le plus souvent. Quant aux membres, leur nombre varie suivant la hauteur à laquelle a lieu la jonction des corp3. Quelques monocéphales ont leurs quatre bras tout à fait isolés ; d'autres n'ont que deux bras et parfois un troisième informe, fusion incomplète des deux naturels, se détachant du centre du tronc commun. Les membres inférieurs offrent, suivant les degrés' de jonction des corps, les mêmes anomalies.

— Diplocéphales à corps simple. loi la duplication du corps a lieu dans un sens opposé au cas précédent, mais à des degrés qui varient de même. Ainsi, la tête est tantôt double seulement dans sa partie ai 'érieure et simple dans sa partie postérieure, et l'on trouve alors un crâne unique, avec deux faces plus ou moins régulières, accolées par leur côté opposé, et séparées par un sillon longitudinal dont la profondeur varie. Le côte par lequel chaque face se correspond offre généralement quelque imperfection; le nez et la bouche sont doubles; on n'a relaté

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qu'un cas de bouche simple ; chaque» face a deux yeux, sauf un cas unique également relaté dans les annales médicales; quelquefois enfin, au lieu de quatre oreilles parfaitement distinctes, oniren distingue que trois, cette troisième étant le résultat d une fusion, et même deux seulement. Tantôt les deux têtes, séparées, distinctes, complètes, sont réunies en arrière par un prolongement cutané qui rapproche aussi cette disposition de la précédente; tantôt enfin la duplication plus prononcée s'étend à tout le cou : on observe en un mot deux têtes et deux cous distincts et séparés. « Déjà ici, dit le docteur Ollivier dans un intéressant travail des Annales de médecine, on peut trouver une augmentation dans le nombre des membres supérieurs; on a vu un troisième membre s'élever entre les deux cous, a une distance inégale de l'un et de l'autre. La structure de ce membre surnuméraire est variable ; tantôt il se compose de deux humérus ou d'un seul plus volumineux que dans l'état normal, de deux radius, d'une main portant deux pouces, ou plus ou moins de cinq doigts, tantôt il y a deux mains surmontant un avantbras et un bras simple. Ce membre surajouté est fixé sur un scapulum tantôt unique, tantôt double. Dans ces divers degrés, la variation dans le nombre des membres ne porte pas seulement sur les membres supérieurs : elle existe aussi, mais bien plus rarement, dans les.membres inférieurs, en sorte qu'on a vu avec deux membres supérieurs seulement un membre pelvien surnuméraire se détacher du bassin, qui offre en même temps quelques traces de duplication. Enfin, si les têtes sont opposées par leur face et non placées l'une à côté de l'autre, les membres supérieurs peuvent être parfaitement doubles. Quant aux membres inférieurs, ils peuvent l'être également, les membres surajoutés offrant un développement plus on moins complet. » A l'intérieur du système , dans sa portion thoracique principalement, la duplication est d'autant plus prononcée que les deux cous sont mieux séparés dans leur partie inférieure. Le poids des têtes séparées indique ep effet la nécessité d'un surcroît de force. Les os du bassin sont doubles le plus souvent : lorsque le cœur est double, le poumon suit la même loi et l'appareil digestif offre la même duplication correspondante, sauf cependant un anus unique. Le foie, simple mais d'un volume exagéré, est muni de deux vésicules biliaires. La rate est' double ; enfin la vessie et les organes sont ordinairement simples et bien conformés.

— Diplosomes. Ici, l'isolement de deux jumeaux réunis est complet, du moins extérieurement : on distingue séparément deux têtes et deux troncs. Les membres toutefois présentent de fréquentes anomalies ; ainsi, il arrive par exemple que l'une des quatre extrémités inférieures n'est qu'à l'état rudimentaire, ne constitue qu'un appendice charnu, informe; qu'ainsi, au lieu d'une jambe, il u'existe à l'extrémité d'une cuisse qu'un tubercule irrégulier. Mais très-souvent aussi les deux jumeaux ainsi accouplés présentent chacun une absolue et complète conformation. L'accouplement a lieu le plus ordinairement par la tète ou par le tronc. L'adhérence, dans le premier cas, peut être à la fois syncipitale et occipitale; alors les deux individus ne sont pas opposés directement l'un à l'autre, suivant l'axe vertical du corps de chacun d'eux. Lorsque l'adhérence a lieu au tronc, elle s*opère tantôt par la partie antérieure ou les parties latérales du thorax ou de l'abdomen, tantôt par les régions dorsale ou fessière. Cette adhérence est profonde ou superficielle, suivant qu'elle n'est établie que par la peau et les os, ou bien que, dans le point de jonction, deux cavités viscérales, isolées en apparence, n'en forment au contraire qu'une seule, soit qu'il existe ou non un commencement de fusion de quelques-uns des organes des deux fœtus. Ainsi, par exemple, lorsque l'accouplement a lieu parla partie antérieure de la poitrine, le sternum manque, les deux thorax communiquent et leurs organes offrent de nombreuses anomalies. Tantôt on trouve deux cœurs bien formés, soit séparés, soit renfermés dans une seule enveloppe; tantôt leur développement est incomplet; tantôt enfin on n'en trouve qu'un seul, résultat d'une fusion intérieure. Dans leî cas de réunion par l'abdomen, l'appareil digestif peut être simple dans une certaine étendue ; le foie est le plus souvent unique ou inultilobé avec deux vésicules biliaires, l'anus unique, les parties génitales simples. Le nombre des os du bassin est alors augmenté; d'autres fois, on trouve à peine trace du bassin ; dans ce dernier cas, les membres inférieurs manquent complètement ou ne consistent qu'en appendices irrégulier3, fixés à la terminaison du rachis par l'intermédiaire de quelques productions osseuses informes.

Nous allons passer maintenant à un autre ordre de monstres par excès, c'est-à-dire b. ceux qui paraissent n'être formés que par un seul fœtus.

Ce genre de monstruosités offre moins d'intérêt que les précédents au point de vue de la curiosité, mais non au point de vue scientifique. L'état anomal peut exister sur tous les organes da l'économie. En commençant par le système osseux , nous voyons d'abord

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le nombre des vertèbres qui se trouve fréquemment augmenté, soit d une vertèbre dor- Bale, soit d'une lombaire et, plus rarement, d'une vertèbre cervicale. Avec l'augmentation des vertèbres, a lieu, le pius souvent mais pas toujours, l'augmentation du nombre des cotes. Il n'est pas rare de rencontrer treize côtes ; on en a vu jusqu'à quinze du même côté. Quant aux dents, il n'est rien de plus commun que d'en trouver quelques-unes de surnuméraires; mais ce qui est plus rare, c'est de trouver un double râtelier à l'une des deux mâchoires, principalement à la mâchoire supérieure. Le système musculaire offre assez souvent des anomalies : tantôt c'est un muscle qui manque ; tantôt, au contraire, c'est un muscle surnuméraire que l'on rencontre ; mais le plus ordinairement c'est la division de certains muscles en un plus grand nombre de faisceaux qu'à l'état normal. Nous n'insisterons pas sur ces anomalies, qui ne sauraient constituer une monstruosité au point de vue où nous nous plaçons. L'appareil digestif présente quelques bizarreries plus remarquables ; c'est ainsi qu'on a observé des estomacs, des rates, des foies doubles. Blasius a vu deux fois l'œsophage double, Caldérus le duodénum, et Dillenius une double langue. Les deux langues superposées étaient presque aussi grandes l'une que l'autre, séparées dans les deux tiers antérieurs et unies dans le tiers postérieur. L'appareil génital est celui où l'on trouve le plus souvent ces parties en plus, et ces parties sont tantôt celles de l'un et de l'autre sexe, tantôt celles d'un même sexe, mais seulement doubles. Le premier cas constitue l'hermaphrodisme proprement dit. Sans nous étendre sur cette monstruosité,nous dironsqu'il n'existe point d'hermaphrodites actifs, ou que du moins ou n'en a pas rencontré jusqu'ici. 1, 'hermaphrodisme actif, en effet, serait la possibilité d'action du sexe mâle et du sexe femelle chez le même individu, c'est-à-dire que l'hermaphrodite devrait non-seulement jouer tour à tour le tôle de mâle et celui de femelle, mais il devrait encore pouvoir se féconder lui-même; c'est ce qu'on n'a jamais encore rencontré. En général , tous les exemples d'hermaphrodisme qu'on rapporte sont des individus doués d'organes génitaux incomplets; ce sont tantôt les organes mâles, tantôt les organes femelles qui dominent, mais toujours d'une manière imparfaite, et, loin de pouvoir féconder et être fécondés, ils sont ordinairement impuissants; ils ne peuvent remplir ni l'un ni l'autre rôle. Le cas d'hermaphrodisme ie plus complet que l'on connaisse est celui d'un individu qui vivait à Lisbonne en 1807. Agé de vingt-huit ans, il avait les testicules d'un homme, avec une verge érectile recouverte au sommet d'un prépuce rétractile et perforée jusqu'au tiers environ de sa longueur. La physionomie présentait des traits mâles, un teint brun et un peu de barbe. D'un autre côté, on remarquait les organes féminins comme chez une femme bien conformée. Les lèvres de la vulve étaient cependant très-petites : la voix , le larynx , les mœurs et toutes les habitudes étaient d'une femme plutôt que d'un homme ; les seins étaient fermes et très-dévelcppés; la menstruation était régulière ; la grossesse eut lieu deux fois, mais elle se termina prématurément au troisième et au sixième mois. En 1754, il mourut à l'Hôtel-Dieu de Puris un individu nommé Jean Dupin, âgé de dixhuit ans, qui avait d'un côté une verge, un testicule et une vésicule séminale; de l'autre côté, il avait une petite matrice ovale, un ovaire et une trompe de Fallope. On trouve dans la science une multitude de cas analogues, mais pas un seul de ces individus n'a pu se féconder lui-même. C'est ce qui nous fait dire que l'hermaphrodisme actif n'existe pas. Quanta la duplicité des organes sexuels dans les deux genres, les exemples sont encore plus nombreux. Ainsi, l'on a vu sur le même individu trois, quatre at cinq testicules; Haller et d'autres auteurs ont observé des cas de double pénis. Testa rapporte l'observation d'un père et d'un fils qui avaient à l'extrémité de la verge deux oritices, dont l'un servait à l'émission de l'urine et l'autre à celle du sperme. Loder produisit à l'Académie de Gœttingue un cas où tout le sexe mâle était double : deux verges, deux scrotums, quatre testicules, etc. Si nous examinons les organes génitaux femelles, nous trouverons Jes mêmes cas de duplicité. C'est ainsi qu'on a rencontré des femmes ayant trois, quatre et jusqu'à cinq mamelles. Julia, mère d'Alexandre Sévère, et Anne deBoulen en avaient trois. L'utérus a été aussi plusieurs fois trouvé double. Ainsi, Haller décrit l'appareil génital d'une jeune fille qui avait deux utérus, deux vagins et une seule vulve. Chaque utérus avait sa trompe et son ovaire correspondant. Le même auteur rapporte d'autres exemples de double utérus, double clitoris, avec un seul vagin. On a observé à l'hôpital de la Pitié une femme à deux vagins, dans chacun desquels on introduisait facilement le spéculum. L'un des deux aboutissait au col et à l'ouverture de la matrice, l'autre se terminait en cul-de-sac. L'appareil de la sécrétion urinuire présente assez souvent une disposition contre nature. Tantôt il n'y a qu'un seul rein, tantôt il s'en trouve au contraire un de plus qu'à l'état normal. Dans le premier cas, le rein unique présente un développement considérable ;

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dans le second, le troisième rein se trouve entre les deux autres, au niveau de la colonne vertébrale. On a prétendu encore avoir trouvé des cas de double vessie; mais il est plus probable que la vessie unique était simplement bilobéo ou séparée en deux par une cloison médiane. Les organes des sens sont quelquefois plus nombreux que d'ordinaire ; ainsi, on a trouvé souvent trois oreilles sur le même individu, et Moreau de la Sarthe, dans son ouvrage sur les monstres, donne le dessin d'une vache tuée dans une boucherie de Paris, en 1775, laquelle avait cinq yeux : deux ilu côté droit et trois du côlé gauche. Enfin, le cœur lui-même a été trouvé double et même triple dans certains cas. Les monstres les plus remarquables de tous ceux que nous venons de voir sont évidemment ceux qui présentent des membres surnuméraires. Haller rapporte un grand nombre de cas de ce genre. Plancus donne l'observation d'un enlant nouveau-né qui portait un troisième membre, inférieur implanté sur le bassin. Ce membre, quoique plus petit que les deux autres, ne laissait pas de grandir en proportion des membres normaux, ûuméril cite un cas plus curieux : le membre surnuméraire était attaché au milieu de la région lombaire ; il paraissait complètement dépourvu d'os dans son intérieur et était couvert de longs poils. Vagner parle d'une petite tille ayant au bas de la fesse droite un troisième membre supérieur. Au bout de dix-huit mois que vécut l'enfant, on lit la dissection du bras surnuméraire, auquel on trouva un humérus, deux 03 difformes dans l'avant-brus, du tissu graisseux et de la peau; il n'y avait point de muscles. Un grand nombre de cas semblables se rencontrent dans les différentes esj pèces animales. Un fait de monstruosité trèscommun est celui où l'on rencontre aux ' pieds ou aux mains un plus grand nombre | île doigts qu'à l'état normal. Cette anomalie I s'observe parfois à un seul membre, 'mais le I plus souvent elle existe en même temps aux ! deux membres supérieurs ou aux deux mem- | bres inférieurs, et quelquefois aux quatre ! membres à la fois, ici les exemples sonttel- I lement nombreux que nous n'avons que l'embarras du choix. Kerkringius [Journal des Savants) rapporte deux cas : l'un de sept doigts et l'autre de neuf, à la même main. Morand en a vu huit et Saviaid dix à chaque membre. Considérés en eux-mêmes, les doigts surnuméraires ne présentent pas tous la même structure anatomiqne. Les uns ne sont formés que de tissu graisseux recouvert parla peau; les autres ont une charpente formée par un seul os, sans division en phalanges, et d'autres enfin offrent tous les caractères d'un doigt bien conformé. On peut dire cependant, d'une manière générale, que les doigts surnuméraires sont le plus souvent imparfaits, 11 existe des familles chez lesquelles l'anomalie que nous signalons parait I héréditaire. Tel est le fait publié par Réau- I mur et observé dans l'île de Malte par le docteur Grodehen de Riville. 11 s'agit d'un . homme qui avait six doigts à chaque main et ' à chaque pied. Le doigt surnuméraire des deux mains était parfaitement conformé ; il i tenait à la fois du médius et de l'annulaire, et se mouvait avec une facilité égale à celle avec laquelle se remuaient les autres doigts. Aux pieds, les doigts étaient difformes et en forme de couronne. Cet homme. eut quatre enfants : Salvator, Georges, André et Marie. Le premier fut, comme son père, sexdigitaire, avec la différence que les doigts sur- ' numéraires des pieds étaient bien conformés, tandis que ceux des mains l'étaient moins | bien. Salvator eut à son tour quatre enfants I dont trois furent sexdigituires comme le père ! et l'aïeul. Georges, le second fils, n'avait ; que cinq doigts en apparence, mais le pouce i de chaque main, volumineux at difforme, ! présentait au toucher une division longi- | tudiuale, de façon à laisser sentir sous la peau un double doigt. Georges eut quatre enfants dontdeux sexdigitaires ; un troisième ne l'était qu'aux mains et à un pied. André et ses enfants furent exempts de la difformité. Enfin, Marie, le quatrième enfant, présentait aux pouces la même difformité que son frère Georges, et, de quatre enfantsqu'elle eut, un seul fut atteint de l'infirmité héréditaire dans la famille. On trouve dans les annales de la science un grand nombre de familles chez lesquelles on voit régner ainsi héréditairement cette espèce de monstruosité.

A cette catégorie appartiennent encore les hommes velus d'une façon anomale, comme celui qui s'est fait voir a Paris, en 1873, et le Birman signalé par Crawtind, en 1824. Chez le premier, âgé de cinquante-cinq ans, et dont le fils, âgé de trois ans, présentait les mêmes particularités, les poils de la face, au lieu de rester, comme d'ordinaire, à peine visibles à la loupe, ont pris l'apparence de véritables cheveux. Le Birman visité par Crawtind, sa fille et un enfant de celle-ci étaient tous remarquables par la même anomalie. On a signalé, chez ces sortes de monstres, un certain rapport entre le dévelop-

eu de canines ni de molaires à la mâchoire inférieure. Shwe-Maong, le Birman de Crawtind , n'avait également en bas que quatre incisive3, sans canines ni molaires; on a

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fait la même observation sur sa tille adulte, et une danseuse espagnole, Julia PastruSa, mentionnée par Darwin, avait à la fois la face couverte de cheveux et une anomalie analogue dans le nombre des dents.

— H. Monstrks par défaut. On appelle monstres par défaut ceux qui présentent un corps incomplet, c'est-à-dire manquant d'une ou de plusieurs parties. L'espèce de monstruosité la plus frappante qui se présente dans cette classe est celle où la foetus est dépourvu de tête, et que Chaussier désigne sous le nom à'acephalie. espèce qu'il ne faut pas confondre avec l'anencéphiilie, qui s'applique aux monstres privés de crâne et de cerveau. Les exemples de monstres acéphales sont extrêmement nombreux. Le professeur Béslard, dans un mémoire spécial, en décrit un grand nombre de cas empruntés à différents auteurs ou observés par lui-même. Nous croyons suffisant d'en rapporter un seul exemple, qu'il a observé lui-même et que Chaussier et Adelon résument comme il suit : ■ Une femme d'Angers, en 1813, accouche, au sixième mois de sa grossesse, de deux jumeaux, dont l'un est acéphale, c'est-à-diro qu'il ne présente que la moitié inférieure du corps. Cet être, en effet, est en entier, sans tête ni bras; il y a seulement un petit tubercule rouge audevant de la poitrine, qui est vers )e haut, comme la première partie de l'individu. Les organes sexuels, qui sont miids, le cordon et l'ombilic sont bien conformés ; les pieds sont contournés en dedans et manquent de plusieurs orteils. Le tissu cellulaire de l'abdomen contient plusieurs kystes séreux ; celui des membres est infiltré, compacte et sans graisse. Le tronçon forme une seule cavité sans diaphragme. Il y a derrière le sternum un entrelacement de vaisseaux dans une substance rougeâtre assez dense, d'où partent des ramifications qui passent entre les côtes et se distribuent à la poitrine. Il n'y a point d'autres viscères thoraciques. Le foie, la rate, l'œsophage, l'estomac manquent de même. Les intestins commencent par une extrémité fermée, attachée au sommet du tronc; ils sont vides, grêles, contournés et attachés au mésentère; le rectum contient du mucus. Le pancréas, les reins, les capsules surrénales, les uretères, la vessie existent. La veine ombilicale se rend dans la veine cave ; les artères ombilicales partent des hypogastriques. Le tubercule indiqué tient à un petit os creux fixé dans le sternum; il y a dix côtes de chaque côté. Le rachis contrent une moelle de laquelle partent des nerfs. Le pied gauche n'a que deux os du métatarse et les deux premiers doigts ; le pied droit a le premier doigt bien conformé et le second os du métatarse bifurque, pour soutenir deux orteils recouverts par la peau. Les restes des autres os du métatarse sont cachés sous la peau, » Cette observation d'acéphale, dont le dessin est joint au mémoire cité et dont le cadavre même est conservé dans les cabinet3 delà Faculté do médecine de Paris, suffit pour faire concevoir les généralités que Béclard a déduites sur ce genre de monstruosité. 1<> La première est que 1 acnphalie s'observe plus fréquemment chez les jumeaux ; la moitié des observations qu'on en a recueillies fait, en effet, mention de cette circonstance; la plupart des observations qui n'en parlent pas sont incomplètes et aucune ne fait mention de la circonstance opposée. î° Cette acéphalie est plus ou inoins complète, selon le nombre des parties de la moitié supérieure du corps qui manquent. Sandifort, k cet égard, avait établi trois classes d'acéphales : une de ceux auxquels il ne manque que la tête; une de ceux auxquels, outre la tête, il manque encore quelques autres parties, et, enfin, une troisième de ceux qui sont réduits à une masse irrégulière et informe. Mais la première classe n'existe pas; il n'est aucun acéphale à qui la tête manque seulement; toujours il y a quelques viscères intérieurs qui manquent aussi ; et, en n'ayant égard qu'à l'apparence extérieure, on peut dire que les acéphales diffèrent en ce qu'ils sont privés de la, tête seulement, ou de la tête et du cou, ou de la tête, du cou et des bras, ou de la tête, du cou, des bras et du thorax, ce qui reste de la moitié supérieure du corps étant de moins en moins grand. 3U Dans la plupart des observations d'acéphales qu'on possède, il y avait à la surface du corps incomplet des vestiges, des inégalités, comme des ruines, qui semblaient indiquer que quelque chose de plus avait existé. Il y avait, par exemple, ou des cicatrices, des ouvertures, qu'on a prises pour une bouche, des yeux, des oreilles, ou des poils au voisinage de l'extrémité supérieure du tronçon, ou des rudiments des membres supérieurs, ou des os irréguliers, fixés dans les chairs, aux environs des irrégularités de la peau, etc. 4° Toujours on a vu dans les acéphales manquer les parties tant externes qu internes qui reçoivent leurs nerfs des centres nerveux qui siègent dans la partie du corps qui manque. Cette loi même est si générale, qu'elle se retrouve dans les deux autres monstruosités désignées sous les noms A'anencéphnles et de cyclopes ou monopses. On y verra de mémo l'absence d'une partie externe ou interne suivre irrésistiblement le manque du centre nerveux qui la vivifie; par exemple, l'ethmoïde manquer, et, par suite, les deux yeux se confon-

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dre en un seul, quand le nerf elhmoldal ou olfactif n'existe pas ou sera accidentellement détruit; de même tout le crâne manquer, quand le cerveau proprement dit manquera lui-même. Or, il en est de même do 1 acéphalie. Par exemple, la tête manque-telle seule , comme alors il n'y a rien de la masse encéphalique que le bulbe supérieur du prolongement rachidien, la moelle allongée manqunnt aussi bien que le cerveau proprement dit, non-seulement il n'y a pas da crâne comme dans les anencéphaies, mais encore pas d'organes des sens, de larynx, de pharynx, de face conséquemment; et même il n'y a aucun des organes intérieurs qui reçoivent leurs nerfs de ce bulbe supérieur du prolongement rachidien, de coeur, de poumons, par exemple. I/aeéphulie est-elle pins considérable, y a-t-il avec l'absence de la tête celle du cou, et conséquemment défaut d'une portion de la moelle cervicale, alors les bras et le diaphragme manquent aussi ou ne sont qu'un vestige. L'acéphaïie est-elle portée au point que la portion dorsale de la moelle manque, les parois du thorax manquent aussi. Enfin, n'existe-t-il pas ou presque pas de moelle, et n'y a-t-il que quelques ganglions splanchniques sur les cotés des vertèbres restantes, les muscles abdominaux et les membres inférieurs manquent aussi complètement, ainsi que les orteils. En un mot, l'on voit toujours l'absence de certaines parties internes et externes coïncider avec la privation plus ou moins étendue des centres nerveux, à partir de l'origine du nerf olfactif ethmoïdul jusqu'à la presque totalité des centres. Cette loi bien remarquable explique les différences qu'on trouve dans les observations des auteurs relativement à l'état des viscères intérieurs; ceux-ci auront été retrouvés ou auront manqué, selon le degré auquel aura été portée l'acéphaïie et l'étendue de la portion nerveu.se centralo qui aura été détruite ( Dictionn. des se. méd.). Dans ce genre de monstres, les tissus existants offrent rarement une structuré normale ; ainsi, les muscles sont décolorés, blanchâtres, comme Jardacés; le tissu cellulaire est fortement engorgé ou infiltré; les os, de forme plus ou moins irrégulière, sont presque toujours déviés; en un mot, le fœtus est presque méconnaissable. Cependant on ne peut pas admettre qu'il n'ait vécu au moins jusqu'à la naissance, puisqu'on en a vu plusieurs dont les membres inférieurs exécutaient des mouvements quelques instants après être sortis du sein maternel. Leurs fonctions vitales se bornent seulement à la circulation, l'innervation, la nutrition, les sécrétions et l'action musculaire.

Le genre de monstruosité le plus voisin du précédent est l'anencèphalie caractérisée , comme nous l'avons déjà dit, par l'absence du crâne et du cerveau. Les exemples sont ici plus nombreux que pour les autres espèces ; presque tous les accoucheurs ont eu l'occasion d'en observer. Nous en citerons un cas tiré du Journal des savants. « L'enfant est né à terme; la partie supérieure des os frontal, occipital, temporaux et pariétaux manque; la peau seule est tendue presque horizontalement sur ces os; au-dessous do cette enveloppe se trouve une poche formée parla dure-inère et dans laquelle est renfermée une substance spongieuse, rougeâtre, fibreuse, qui ne peut être que la masse encéphalique transformée , puisque tous les nerfs en partent. La poche descend jusqu'à la troisième vertèbre du dos; l'occipital et le rachis sont ouverts jusqu'à la première vertèbre lombaire. Les yeux sont en haut et à nu ; il n'y a point de cou; la mâchoire inférieure semble être attachée au devant du thorax; il n'y a point d'intervalle entre les oreilles et les épaules. • Ce seul exemple suffit pour donner une idée des monstres anencéphales. Ou peut leur appliquer la même loi qu'aux acéphales, c'est-à-dire qu'il ne manque au fœtus que les parties en rapport avec le centre nerveux, qui ne s'est pas lui-même développé. Ainsi, le cerveau venant à manquer, la boite osseuse qui est destinée à le protéger manque aussi; mais, la moelle épinière étant intègre, tout le reste du corps se trouve parfaitement en harmonie avec elle et comme à l'état normal. Les parties absentes sont toujours en proportion de la destruction plus ou moins complète de l'encéphale. Il serait difficile de décrire toutes les variétés que présente ce genre de monstruosité ; mais ce qu'on rencontre le plus souvent, c'est ou l'absence complèie du cerveau et du cervelet, ou la développement, à biplace de ces organes, d'une masse fongueuse, de couleur et de consistance diverses. La peau recouvre toujours les os plis ou moins déformés de la base du crâne. Ces monstres peuvent vivre quelques instants; on en a vu prolonger leur existence jusqu'à deux jours; mais, le siège de l'intelligence étant absent, on comprend quel peut être le genre de vie de ces êtres informes.

Un troisième genre de monstres par défaut est ce qu'on appelle les cydopes ou monopses, et qui paraît résulter de la destruction d'un œil ou de la fusion des deux eu un seul. Ce genre de monstruosité est assez rare ; tantôt il existe seul, tantôt il se trouve réuni aux deux genres précédents. Nous avons déjà parlé d'un monstre à double face décrit par fcjœmmering. Ce monstre provenait de la fusion de deux fœtus ; il avait trois yeux, un de

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chaque côté de la double face et le troisième au milieu. Ce dernier, quoique unique en apparence , renfermait presque tous les éléments de deux yeux. On lit dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences l'observation suivante : • Un enfant naît mort au Septième mois de la grossesse; il n'a pas de nez; la face est tout à fait plate au lieu OÙ cette partie doit exister et, au-dessous de ce lieu, on ne peut pas même trouver les fosses nasales. En même temps, il n'y a qu'un seul œil, situé au milieu du front. Cet oeil n'a pas au devant de lui son sourcil, mais les sourcils occupent sur le côté leur place ordinaire. Au contraire, il a ses paupières, représente un globe rond et est composé de la conjonctive, de la sclérotique et de la cornée, k en juger par les apparences extérieures. Au travers de la cornée, on voit deux petits corps ronds, l'un à droite et l'autre à gauche. Le globe de cet œil unique étant ouvert, on ne trouve pas intérieurement de choroïde, et l'on reconnaît que les deux petits corps sont les deux yeux, qui ont dû exister primitivement et qui sont alors renfermés sous une même enveloppe; et, en effet, chacun avait son nerf optique, sa rétine, ses ligaments ciliaires, son iris, son corps vitré, son cristallin; l'humeur aqueuse seule était commune ; toutes les parties étaient petites, excepté les cristallins qui avaient leur grosseur ordinaire; chaque œil formait un globe distinct qui ne touchait l'autre que par le milieu. L'individu était aussi anetieeply.de ; le cerveau paraissait réduit en bouillie ; mais le nerf optique en sortait, et, bien qu'il passât par un seul trou , néanmoins ce nerf était double. > Nous pourrions citer plusieurs autres exemples de ce genre de monstruosité; mais tous sont à peu près semblables et rentrent dans le même ordre de ouuses, c'est-à-dire l'absence primitive du centre nerveux cérébral, et particulièrement la destruction du nerf olfactif.

Enfin , dans une quatrième catégorie de monstres par défaut, nous placerons tous ceux qui manquent d'une partie quelconque du corps moins importante que les parties dont nous venons de parier. On ne peut pas invoquer ici l'absence du centre nerveux cérébro-spinal comme cause de monstruosité, car il existe toujours; mais nous dirons plus loin à quoi il faut attribuer ces anomalies. Contentons-nous de rappeler qu'il n'est pas dans l'organisme un seul organe dont on n ait pu constater l'absence dans un grand nombre de cas. Les monstres de l'espèce dont nous parlons sout donc les plus nombreux. Ainsi, il y en a qui manquent d'une ou des deux oreilles externes , de l'ouverture et même de la cavité buccale; d'autres ont les paupières soudées et quelques-uns, privés dû cou, ont la tête implantée directement sur le thorax. L'appareil digestif est assez souvent incomplet; ainsi, on a constaté l'absence de la langue , du pharynx , de l'oesophage, de l'estomac , du foie , de la rate, du petit intestin, du gros intestin , de l'anus et même du cœur L'ancien Journal de médecine rapporte l'observation d'une jeune fille dépourvue d'anus et d'organes sexuels. Les lieux où ces parties auraient dû se montrer étaient exactement recouverts par la peau; tous les jours, la jeune tille , qui était restée bien portante et âgée de quatorze ans, ressentait à l'ombilic une douleur profonde, une irritation gravalive, à la suite de laquelle survenait un vomissement qui la débarrassait des matières fécales. Souvent, dans les cas d'absence de l'ouverture anale à l'endroit normal, on remarque un anus artificiel congénital au niveau des aines ou de l'ombilic. Quelquefois celte ouverture correspond au vagin chez la femme et à l'urètre chez l'homme. L'appareil génital que nous avons vu précédemment acquérir des parties doubles ou oon.-tituer l'hermaphrodisme fait quelquefois complètement défaut. Dans d'autres cas, il est plus ou moins incomplet. Ainsi, c'est tantôt le scrotum ou les testicules, tantôt le pénis ou les vésicules séminales qui sont en moins. Il en est de même chez la femme du vagin, de l'utérus, des trompes et des ovaires. Ou a vu des femmes chez lesquelles l'utérus s'ouvrait dans le rectum par suite de l'absence du vagiu ; ces femmes n'ont pas laissé de devenir enceintes et d'accoucher par l'oriftce anal. Enfin, de toutes les parties du corps, celles qui .sont le plus exposées à manquer sont les membres supérieurs et inférieurs. Tantôt ce sont les membres tout entiers, tantôt quelques parties seulement qui fout défaut. Un des cas les plus curieux est celui où les pieds et les mains, parfaitement conformés d'ailleurs, sont attachés non point aux membres, qui n'existent pas , mais directement au tronc, c'est-à-dire à l'épaule et à la hanche. Enfin, dans certains cas, les membres sont remplacés par des moignons plus ou moins longs.

— III. Monstres offrant des irrégula-

RJTKS DANS LA GRANDEUR, LA SITUATION RES- PECTIVE KT LA STRUCTURE DES PARTIES. NûUS

comprendrons dans cette classe toutes les difformités ou anomalies congénitales relatives aux dimensions, à la situation et à la conformation particulière des organes.

lo Des dimensions. Le corps humain tout entier présente certaines dimensions qui varient , à la. vérité , d'uu individu à l'autre, mais qui ne sauraient être dépassées

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d'une grande quantité sans tomber daus un cas de monstruosité par excès ou par défaut; l'un constitue le géant et l'autre le nain. Nous ne voulons pas parier ici de quelques races exceptionnelles, dont la stature varie suivant le climat. Nous ne voulons pas examiner non p!us s'il existe des nations de géants ou de pygmées. Nous voulons simplement parler des hommes nés parmi nous et offrant une monstruosité de stature, soit que celle-ci soit gigantesque, soit qu'elle constitue un nain. Personne ne doute de l'existence de'certains géants nés parmi nous. On en voit presque tous les ans se promener de ville en ville et se montrer en spectacle à la curiosité du public. Les livres sont remplis d'exemples de ce genre de monstruosité. En 1735, on montrait à Paris un Finlandais, né à Tornéo, qui avait 6 pieds 8 pouces 3 lignes. Un garde du duo de Hanovre-Brunswick avait 7 pieds et quelques pouces ; un autre garde du roi de Prusse avait 8 pieds 6 pouces 8 lignes. Le Tyrolien Gilly avait 8 pieds 2 pouces 8 lignes. Haller cite plusieurs autres cas du même genre.

Les nains ne sont pas plus rares que les géants. On en rencontre à toutes les époques de l'histoire. Les Romains en faisaient un objet de luxe et d'ostentation. La plupart des souverains en ont eu presque toujours à leur cour. En 1686, Louis XIV se trouvait un jour à Fontainebleau, lorsqu'on lui présenta, dans un plat d'argent et couvert d'une serviette, un nain âgé de trente-six ans et haut de 16 ppuces. Le petit personnage, bien conformé, du reste, se dégagea des plis de la serviette pour saluer et complimenter le monarque. En 1750, on faisait voir k Londres deux nains : l'un, âgé de vingt-deux ans, avait 32 pouces et pesait 36 livres ; l'autre, âgé de quinze ans, n'avait que 9 pouces de haut et pesait 12 livres. Tous les deux étaient bien conformés. Deux autres nains connus dans l'histoire de la science sont : l'un le fameux Nicolas Jerry, dit Bébé, nain de Stanislas, roi de Pologne, et l'autre appelé Borwilaski, noble polonais. Bébé était fils d'un paysan et d'une paysanne des Vosges, qui étaient l'un et l'autre sains et bien faits; il avait 9 pouces de long lorsqu'il naquit et pesait 15 onces; un sabot rembourré lui servit de berceau ; il fut allaité par une chèvre, et encore avec peine, sa bouche étant trop petite et ne pouvant s'appliquer qu'en partie au mamelon. Son accroissement fut proportionné à sa petitesse première; il ne marcha qu'à deux ans, et ses premiers souliers n'eurent pas 18 lignes (1 pouce 1/2) de long. Ayant eu la petite vérole à trois mois et dans la suite plusieurs autres maladies graves, à cinq ans il n'avait que 22 pouces de haut et paraissait entièrement fornié. A douze ans, la nature parut faire un effort; mais cet effort ne se soutint pas, et il n'en résulta qu'un accroissement inégal dans quelques parties. A dix-sept ans, les signes de la puberté se prononcèrent, et même avec une assez grande énergie, relativement à la petite structure de cet individu; on dit même que Bébé de lui-même abusa, et c'est k cela qu on attribue la caducité précoce dans laquelle il tomba, et qui était entière à l'âge de vingttrois ans, auquel il mourut. Son intelligence, d'ailleurs, fut toujours incomplète, et son historien la compare à celle d'un chien passablement dressé. Il aimait la musique, était susceptible de colère, de jalousie, etc. Son squelette se trouve encore dans les cabinets d'histoire naturelle de Paris. Le second nain que nous avons nommé, Borwilaski, n'avait que 28 pouces de haut ; il était bien pris dans sa taille et jouissait d'une santé parfaite; son intelligence était bien supérieure à celle de Bébé; il savait lire, écrire, parlait plusieurs langues, faisait des calculs; il avait des reparties spirituelles, la mémoire bonne, un cœur sensible. Ce qui est encore digne de remarque dans l'histoire de ce nain, c'est que deux de ses frères étaient nains comme lui et que, s'étant marié à vingt-deux ans, il eut des enfants de stature ordinaire (Chaussier et Arielon, Dictionnaire des sciences médicales). Nous pourrions rapporter l'histoire d'un grand nombre de nains ; mais cet exposé, en augmentant la longueur de notre travail, n'y ajouterait aucun intérêt; c'est pourquoi, renvoyant pour les détails à l'article nain, nous passerons rapidement aux considérations générales sur ce genre de monstruosité. ' Et d'abord, à propos des géants, on a remarqué, d'après des observations scrupuleusement suivies, qu'il existe chez eux un affaiblissement considérable des fonctions animales et intellectuelles. Les affections morales et physiques les abattent plus promptement que les autres hommes, et les maladies sont pour eux plus graves et plus fréquemment mortelles. Les fonctions digestives sont lentes et pénibles; les forces musculaires sont moins grandes qu'elles ne le paraissent; les organes génitaux présentent un volume en proportion moindre que celui des autres organes et leur activité s'exerce mollement, la plus souvent sans résultat ; l'intelligence est peu vive, peu étendue et les passions ne sont jamais ardentes; la vieillesse est toujours précoce, et la mort arrive ordinairement avant le terme habituel de la vie humaine. Il semble, dit Chaussier, que les forces intrinsèques de la vie aien' été épuisées par l'extrême développement qui s'est fait, et. que, par suite, il en soit resté moins pour subve-

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nir à la dépense qui s'en fait journellement dans l'exercice de chaque fonction et pour servir à un entretien un- peu prolongé de l'existence. Les mêmes observations pourraient être appliquées aux nains, avec la différence que, chez les premiers, c'est le trop grand développement du corps qui détruit en partie les propriétés et les fonctions vitales, tandis que chez les seconds c'est au contraire le développement incomplet, inachevé, qui produit les mêmes effets. Tous les nains que l'on connaît sont morts jeunes; leur vieillesse est caduque à vingt-cinq ou trente ans ; ils sont imbéciles ou peu intelligents, sauf quelques rares exceptions. Toutes leurs fonctions, depuis la naissance jusqu'à la mort, sont dans un état de langueur permanente, et si on leur a trouvé quelquefois de l'esprit, c'est qu'on ne les a jamais comparés avec les enfants ou les adolescents du même âge.

Si, au lieu d'examiner tout le corps en général, nous prenons quelques organes en particulier, nous trouverons également des cas de monstruosité très-remarquables. Ainsi, sans parler des hydrocéphales, ou a vu des enfants présenter un développement énorme de la tête, développement du uniquement à la grosseur du cerveau. Ces enfants, que les anciens appelaient macrocéphales ou capitones, ont de grandes prédispositions au rachitisme et aux convulsions. Les idiots, au contraire, ont une tête extrêmement petite relativement au reste du corps. Haller parle d'un homme de quarante-cinq ans qui avait la taille d'un entant et la tète d'un géant; d'un enfant dont la tête avait 1 pied de hauteur et 2 pieds de diamètre, du front à l'occiput, et d'un troisième, enfin, chez qui la circonférence de la tète était plus grande que tout le corps. Ce que nous disons de la tète peut s'appliquer également aux autres parties de l'organisme, comme les bras, les mains, les cuisses et les pieds. On a vu des individus dont les membres supérieurs descendaient jusqu'au niveau des genoux ; d'autres dont les mains et les pieds avaient trois fois la longueur ordinaire, et la monstruosité paraissait d'autant plus bizarre, que les jambes et les bras étaient beaucoup plus courts qu'à l'état normal. Quelquefois ce sont les mâchoires qui sont tellement développées qu'on a comparé le visage à la face de certains animaux, au porc par exemple. Le coccyx, au lieu de se replier en dedans, se relève parfois en dehors, et, pour peu qu'il soit développé, on dirait une véritable queue, Moreau de la Sarthe rapporte l'observation d'un jeune homme ch'ez lequel un testicule avait pris, dès l'âge de six ans, un développement extraordinaire. Le corps de l'enfant était en même temps tout couvert de poils, la voix grave et forte ; il était obligé, à cet âge, de se faire raser la barbe et avait une force physique extraordinaire. A douze ans, le testicule était devenu tellement volumineux qu'il fallait le soutenir par une ceinture, et cependant la santé générale était parfaitement conservée. Dupuytren rapporta l'exemple d'un autre enfant dont la verge, à l'âge de deux mois, prit tout à coup un développement considérable, ainsi que tout le reste du corps. Le pubis se couvrit de poils, la voix devint grave, il survenait de fréquentes érections; tout annonçait chez cet enfant une précocité extraordinaire. A trois ans, il avait 39 pouces de hauteur et pesait 50 livres. L'intelligence ne répondait pas au développement du corps.

2« Une monstruosité un peu moins fréquente peut-être que la précédente est constituée par la situation anomale de certains organes relativement aux autres. C'est ainsi qu'on a observé plusieurs fois le cœur à droite, le foie à gauche, et le déplacement ou la transposition de tons les viscères en général. On peut mémo comprendre dans ce genre de monstruosité tous les cas de hernies congénitales qui ont. lieu avec un déplacement considérable de certains viscères, depuis l'intestin et l'estomac jusqu'au cœur, qui se trouve quelquefois dans ces tumeurs herniaires. Un des cas de hernie les plus extraordinaires est rapporté par Béclard. Cet auteur* décrit une exomphale dans laquelle se trouvaient à la fois des organes abdominaux et des organes thoraciques, eu même temps qu'une partie du front et de la face de l'enfant. Le diaphragme était percé, au centre , d'une ouverture à travers laquelle le cœur sortait du thorax et s'échappait par l'ouverture abdominale pour aller se loger dans la gaine du cordon. Là, il était situe de manière que sa pointe tournée en haut adhérait au paluis et qUe la base ne tenait que par les vaisseaux qui en émanent.

3° Il est des monstres qui n'ont qu'une déformation de certains organes, et la monstruosité est plus ou moins bizarre, selon le degré de déformation. Tels sont, par exemple, le bec-de-lièvre, l'extroversion A? la vessie, ou bien encore l'occlusion de diverses ouvertures naturelles, comme les yeux, les oreilles, la bouche et plus souvent l'anus. Quelquefois la déformation frappe le centre nerveux cérébro-spinal et l'on observe alors l'hydrocéphalie ou le spina bilida. Quand ce sont les organes génitaux qui ont été atteints, on rencontre d'habitude l'hypospadias, l'epispadias ou l'hermaphrodisme; mais toutes ces anomalies ayant été traitées dans des articles spéciaux, nous nous contenterons d'y renvoyer le lecteur. Enfin, une mon-

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struosité des plus fréquentes et qui occupe le plus l'imagination du vulgaire est constituée par ce quon appelle les envies, et pour elle nous renvoyons également le lecteur à l'article envies des femmes enckintks.

Nous nous arrêtons ici pour ce qui regarde la description d-es monstres dans l'espèce humaine, bien convaincu que nous n'avons pas passé en revue tous les cas qui peuvent se présenter; le nombre en est si grand qu'il faudrait plusieurs volumes pour en écriro l'histoire. Cependant le cadre que nous avons tracé suffit pour classer toutes les monstruosités que l'on peut observer, et notre article, quoique imparfait sous certains rapports, sera néanmoins suffisamment complet, lorsque nous aurons énuméré ies causes qui donnent lieu à ces bizarreries de la nature.

Nous avons omis à dessein de parler des monstruosités qu'on a supposées résulter du rapprochement de l'espèce humaine, hommes ou femmes, avec certaines espèces animales. La crédulité publique et la Fable ont pu admettre l'existence de pareils monstres, m:iis la science les repousse énergiquement. Ainsi, on ne peut accepter que comme une fable tout ce qu'on a dit de la fécondation des chèvres par les bergers de Sicile, ou des dévotes de l'Egypte par le bouc sacré de Memphis.

— Causes des uionairuosirê*. Les monstres ont de tout temps frappé L'imagination des peuples. Aussi, abstraction faite de toutes les erreurs de la Fable, nous voyons dès la plus haute antiquité l'esprit des philosophes s'exercer à découvrir les causes de ces productions insolites. C'est ainsi qu'Empèdocle, dont Plutarque nous transmet les opinions, attribuait la production des monstruosités « au trop ou trop peu de semonce, à la turbulence et à la perturbation du mouvement, à la division en plusieurs parts ou à l'épanchement du sperme. » En résumé, ces causes ne sout que la perturbation ou l'imperfection de l'acte générateur. Dèmocrite et après lui Aristote ne font que reproduire lés mêmes idées sur la naissance des monstres. Cette théorie, à laquelle la crédulité du moyen âge avait ajouté l'intervention de Dieu ou du diable, a régné jusqu'à la fin du XVII» siècle, A celte époque, Liceti, en admettant les opinions de ses prédécesseurs, reconnut trente causes différentes, presque toutes relatives à la nature du sperme ou k l'imperfection de l'acte générateur. Il «joutait encore l'accouplement de l'espèce humaine avec une espèce animale plus ou moins rapprochée. Enfin, dans les dernières années du • xvno siècle, le médecin Pierre-Sylvain Régis créa l'hypothèse des germes originairement anomaux, et tel était l'état de la science, lorsque éclata, au commencement du xvme siècle, la fameuse discussion entre Lémery et Winslow, tous deux membres de l'Académie des sciences. Winslow soutenait énergiquement que l'origine des monstruosités était dans le germe, et Lêmery, au contraire, prouvait avec plus de raison que les causes de ces anomalies étaient accidentelles et postérieures à la fécondation. Haller essaya d'appuyer les idées de Winslow, qui parurent triompher à cette époque, mais qui sont aujourd'hui complètement abandonnées. L'impuissance, dit I. Geoffroy Saint-Hilaire, où se sont trouvés les défenseurs modernes du. système des anomalies originelles de. rendre quelque force aux arguments anciennement présentés en sa faveur; l'inutilité d6 toutes les tentatives qu'on a faites depuis Winslow pour le fortifier de quelques preuves nouvelles; enfin la tendance constante et de plus en plus marquée de la science vers l'abolition de ce système suranné sont sans doute très-significatives contre lui et attestent d'une manière irrécusable la fragilité des bases sur lesquelles on l'avait un instant élevé si haut. Ainsi, dans l'énumériuion des causes que nous allons entreprendre, nous ne nous occuperons que des causes accidentelles, laissant de côte, comme non admissible, la théorie ou plutôt l'hypothèse qui place l'origine des monstres dans l'absence des q'ualitês ou des propriétés normales de la semence. Nous ne parlerons pas non plus de l'influence de l'imagination de la mère sur lo prouuit de la conception, influence à laquelle on a fait jouer un grand rôle et qui n'est guère admise aujouru hui que par l'ignorance et la crédulité du vulgaire.

« En premier lieu, dit Geoffroy Saint-Hilaire, le système qui place l'origine ues anomalies dans des perturbations survenues après la conception est déjà incontestable dans un grand nombre de cas où l'on a vu un accident, par exemple une chute, un coup, une vive impression morale, venir troubler une grossesse jusque-là régulière, et celle-ci, dès lors toujours difficile, maladive, extraordinaire, se terminera sept, k huit, à neuf mois par la naissance d'un monstre.,.. Il naît moins de monstres dans les classes aisées de la société que dans les classes les plus pauvres, où les femmes sont obligées de se livrer, lois même qu'elles sont enceintes à de pénibles travaux et, de plus, où elles ont souvent k souffrir de mauvais traite m en ta de la part des personnes grossières et brutales au milieu desquelles elles vivent. Un fait très-analogue au précèdent est la fréquence plus grande des grossesses monstrueuses parmi les femmes non mariées. Les inquié-

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tudes, les chagrins, les tourments moraux de tout genre qui accompagnent et troublent si souvent les grossesses illégitimes, surtout chez les femmes enceintes pour la première fois, expliqueraient déjà suffisamment cette fréquence plus grande ; mais elle tient aussi en partie, comme on le verra par la suite, aux précautions dangereuses que les femmes non mariées prennent souvent pour dissimuler leur grossesse, ou même aux tentatives d'avortenient auxquelles elles ont recours pour la faire cesser. • A ces faits, qui prouvent évidemment l'origine accidentelle d'un certuin nombre de monstruosités, il faut encore ajouter les expériences de Geoffroy Saiiit-Hilaire sur l'éclosion des œufs. Ce célèbre naturaliste suumettait à l'incubation naturelle ou artificielle un grand nombre d'osufs de poule. Dès le troisième ou le quatrième jour d'incubation, il agitait les uns, il perforait les autres en divers points avec une aiguille ; sur d'autres, il appliquait par places un vernis ou de la cire, afin d'empêcher la pénétration de l'air à l'intérieur; il ■es maintenait presque tous dans une position verticale, sur le gros ou sur le petit bout. Ces perturbations ont produit constamment des anomalies, soit simples, soit complexes, telles que la iriocéphalie, l'atrophie ou la destruction complète des yeux, l'éventiation, la fissure spinale, etc.

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui nous a donné le travail le plus complet que nous ayons aujourd'hui sur les monstruosités, divise les causes de ces anomalies en causes prochaines inhérentes à l'embryon ou à ses enveloppes, et en ciuses efficientes, relatives aux parents et principalement à la mère.

— Causes prochaines. Toute inégalité dans la nutrition de l'embryon, toute dill'érence en plus ou en moins par rapport à ses conditions ordinaires et moyennes; toute altération dans son état de santé, toute déviation un peu importante dans sa situation au sein de l'utérus, dans la disposition de ses membranes, dans la quantité des eaux de l'amnios; toutes ces modifications et une foule d'autres ou déjà observées ou inobservées, mais indiquées par les prévisions de la théorie, ou même entièrement ignorées, tendent nécessairement, lorsqu'elles existenlduns les premiers temps de la vie intra-utérine, à modifier les formations ou au moins les développements futurs. De là, dans le volume, dans la forme, dans la structure, dans la disposition, dans le nombre même des organes, des différences qui sont le plus souvent presque insensibles, mais qui, si les causes ont agi avec plus d'intensité, peuvent, les effets étant proportionnels aux causes, devenir tres-muni testes, en d'autres termes constituer de véritables anomalies, soit seulement légères et locales, soit même graves et complexes. Une cause de monstruosité assez fréquente est l'état pathologique du foetus, car celui-ci n'est pas exempt de maladies, quoique enfermé dans le sein de sa mère. Béclard insiste surtout sur ce genre de causes, et il attribue à l'hydrocéphalie et à l'hydrorachis toutes les monstruosités acéphuliques et anencéplialiques. Généralisantensuiteces idées, il pense que, par suite d'une pareille affection, les centres nerveux ayant été primitivement détruits dans une pius ou moins grande étendue, tous les organes qui puisent les rameaux nerveux sur les points où le fuyer d'innervation n'existe plus deviennent le siège d'une monstruosité. En résumé, selon Béclard, il y a monstruosité partout où le système nerveux a été primitivement détruit.

— Causes efficientes. Geoffroy Saint-Hilaire.conduit par ses expériences sur les oeufs des oiseaux, se jette dans un autre ordre de causes : il suppose que, dans les premiers mois de la grossesse, une violente commotion physique ou morale ayant été éprouvée par la mère, tien résulte une contraction vive et subite du système musculaire, et en particulier de l'utérus; que, celui-ci exerçant une forte pression sur les membranes de l'œuf, il en résulte une déchirure plus ou moins grande de ces membranes et par suite un épanchement des eaux del'amnios, puis une cicatrisation entre les lèvres de la plaie et le point correspondant du corps de l'embryon. Cette cicatrisation peut occasionner la formation de bridosou de lames qui persistent plus ou moins longtemps en donnant lieu à la production des monstres. ■ Des brides, des "lames, dit-il, ou des membranes interposées entre le sujet en développement et les membranes ambiantes du placenta paralysent l'action vitale ou l'entraînent violemment dans des voies détournées. Or, ces membranes surajoutées par la monstruosité exercent leur influence de deux manières : d'abord mécaniquement, en tant qu'elles font l'office d'une lame de suspension quant au fœtus. Effectivement, on conçoit que, fixées d'une part aux membranes ambiante-* de l'œuf ou au placenta et attachées de l'autre k quelques organes du fœtus, elles tiennent ces organes eu particulier dans un tiraillement qui est d'autant plus puissant et plus efficace pour les entraîner au dehors que le poids, les mouvements et peut-être les soubresauts du fœtus agissent en seus contraire. Les lames placentaires ont en second lieu ce résultat, qu'insérées sur plusieurs organes du sujet et s'y distribuant à la manière d'un diaphragme vertical, elles privent le3 vaisseaux qui, ordinairement, rampent à la

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surface des organes de revenir les uns sur les aut'-es et de s'y anastomoser. Elles exercent, en outre, une influence toute contraire, s'il leur arrive de servir de véhicule au système vasculaire pour entraîner celuici du sujet au placenta, ou vice versa, d'où résultent les plus singulières et les plus fâcheuses aberrations.) Ce genre de causes, qui peut être appliqué à quelques cas en particulier, ne saurait être admisd'une manière générale. On peut en dire autant du système de Serres. Celui-ci, considérant l'appareil vasculaire comme le formateur et le régulateur de tous les autres, explique tout manque ou tûute atrophie, toute duplication ou toute hypertrophie d'un organe ou d'une région, par le manque ou l'atrophie, la duplication ou l'hypertrophie des vaisseaux sanguins, etspécialement des artères. Cette théorie, comme le fait judicieusement observer Isidore Jeoffroy Saint-Hilaire, pourrait être généralisée jusqu'à un certain point; mais il est des cas où 1 on ne peut absolument l'appliquer ; elle est même contraire, parfois, à l'observation. En effet, on trouve des monstres chez lesquels, un organe, un membre, par exemple, ayant acquis un développement extraordinaire, on ne trouve à l'autopsie ni hypertrophie ni duplicité des artères. Enfin, en aucun cas on ne peut appliquer le système de Serres aux cas de monstres doubles. Ceux-ci résultent évidemment, comme nous l'avons déjà fait observer, de la jonction, de la fusion ou de l'emboîtement de deux embryons, et, dans quelques cas, de l'arrêt de développement de l'un des deux, tandis que l'autre poursuit toutes les périodes de son évolution. Meckel explique la fusion des deux fœtus par l'effet d'une pression utérine due à une capacité insuflisantede la matrice. I. Geoffroy Saint-Hilaire pense qu'il faut ajouter à cette pression une inflammation locale des parties réunies. Enfin, nous ferons remarquer en finissant que, pour qu'il y ait jonction ou fusion de deux fœtus, il faut qu'ils soient en contact par des parties ou des organes similaires ; car il résulte des nombreuses observations faites sur les monstres doubles qu'on n'a jamais vu se réunir des punies dissirailaires, comme, par exemple, un bras et une jambe, la région antérieure de l'un avec la région postérieure de l'autre, la tète avec tout autre organe qu'une autre tête, etc.

— Tératol. végét. L'organisation et les fonctions des plantes offrant en quelque sorte moins de fixité que celles des animaux, les monstruosités doivent par cela même s'y produire plus aisément et plus fréquemment, du moins si on entend ce terme dans le sens le plus large. On désigne, en effet, le plus souvent sous le nom de monstruosités tous les écarts de la végétation, les accidents, les perturbations provenant de l'action des causes extérieures, de l'influence de la culture, dé la piqûre des insectes ou des dégénérescences amenées par, quelque altération dans les tissus ou par une lésion dans les fonctions physiologiques. Les monstruosités végétales peuvent se diviser en trois groupes : les unes sont des maladies et rentrent par conséquent dans le domaine de la physiologie végétale ; les autres consistent en des formes bizarres, irrégulières ou insolites, et rentrent dans les phénomènes de métamorphose ou de transformation d'organes ; les autres, enfin, ne sont que des anomalies résultant de l'inégalité des développements ou d'avortemems plus ou moins complets.

■ Les véritables monstruosités, dit T. de Berneaud, n'existent que là où certains organes, soumis à l'examen, se refusent de rentrer clairement dans ceux qui composent d'ordinaire le réceptacle des organes de la reproduction, ou ces organes eux-mêmes, ou d'autres tout aussi essentiels à l'existence végétale, aux fonctions vitales des plantes. A ce premier degré de monstruosité vient s'en ajouter un second, celui de l'absence totale de l'un ou de l'autre de ces organes, de la transposition d'une de leurs parties ou de toutes à la fois, d'une double configuration dans les portions visibles et de la multiplicution excessive d'une partie aux dépens de l'autre. •

Tous les organes des plantes sont susceptibles de présenter des anomalies. Sans parler des racines, qui, à cause de leur position souterraine, ont été peu ou point observées sous ce rapport, nous voyons les liges et les rameaux présenter assez fréquemment le phénomène de la torsion ou des cannelures causées par la pression d'une tige volubile, ou bien encore de la fasciation. Une tige fasciée est celle qui, cylindrique à l'état normal, devient par accident aplatie et élargie en forme de ruban ; cette anomalie est toujours accompagnée d une belle végétation, et les fibres ligneuses, ou lieu de se disposer cireulairemeiit, se placent sur des plans parallèles. On l'observe souvent sur l'aspergo, la chicorée, le frêne, le chardon à foulon, et surtout le passe-velours.

Les bourgeons subissent des déformations remarquables ; ceux des épicéas, quand ils sont piqués par certains insectes, forment des excroibsances ou des sortes de gulles en forme de cône, connues sous le nom vulgaire de balai de sorcier. Les galles sont du reste des monstruosités assez fiequenles sur toutes les parties des végétaux, notamment sur les rameaux, les feuilles, les pétioles ou les pé-

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doncules. Les organes foliacés eux-mêmes sa découpent, se crispent, s'enroulent de toutes les manières, et il n'est pas rare de voir, dans les tomates, de véritables rameaux se développer sur les nervures. D'autres fois, la piqûre d'un insecte produit un développement exagéré des feuilles ou la phyllomanie; c'est ce qu'on appelle vulgairement des têtes de saule. Enfin, la panachure est une anomalie de couleur bien connue et qui se montre surtout sur ies organes foliacés.

11 se forme quelquefois sur la tige ou sur les rameaux des amas plus ou moins considérables de substance subéreuse; on peut citer particulièrement l'orme, l'érable champêtre et surtout le chêne-liége . Les lenticelles ont été regardées comme des productions analogues. D'autres fois les tigps ou les racines portent des loupes ou bronssins, excroissances produites accidentellement par diverses causes et qu'on peut reproduire artificiellement par l'emploi d'un certain mode d'élagage. Enfin, quand la sève se trouve accumuiée sur certains pointa, il se produit des bourrelets qui varient de forme et de volume. Quelques insectes, tels que les pucerons, produisent aussi des excroissances.

Il serait trop long d'énumérer toutes les anomalies que peuvent présenter les fleurs. Citons-en quelques-unes. On voit quelquefois des œillets dont la tige porte, au lieu de fleur, une sorte d'épi composé d'écaillés calicinales. L'involucre du cornouiller herbacé double quelquefois à l'état sauviig*. Mais c'est surtout dans les jardins qu'on trouve ou qu'on obtient ces fleurs doubles, semidoubles ou pleines qui constituent, au point de vue botanique, de vraies monstruosités. • Certaines composées, dit Th. de Berneaud, offrent parfois des fleurs auxquelles le style manque totalement; la lychnide des Alpes, par un contraste singulier, perd entièrement sa corolle sous Te ciel rigoureux de laLaponie; la boccone en cœur, qui vient en Chine sous les mêmes degrés de latitude que la France, est privée chez nous de sa belle corolle blanche; le pharnace diehotoine compte cinq etauiines au Sénégal ; en France, il n'en a constamment que doux. Voila des exemples de l'absence totale d'un organe essentiel. Deux des cercles ou couronnes de filaments que l'on observe sur les passiflores, autour d'un troisième, tantôt postérieur et tamôt antérieur, et qui est fécondant, sont des étamines réduites à l'état rudimenluire, par suite du déplacement de l'écaille qui se montre dans I état normal à la base de leur filet, et nous fournissent la preuve de l'absence partielle d'un organe important.»

Parmi les nombreuses variétés de choux répandues dans nos jardins, et qui toutes proviennent primitivement de quelque monstruosité accidentelle obtenue et fixée par la culture, il n'eu est pas de plus curieuses que ies choux-fieurs et les brocolis, dus à un développement exugéré et vraiment monstrueux du réceptacle floral. Dans les rosacées, le3 étamines sont souvent remplacées par des glandes; d'autres fois, lus feuilles accaparent toute la sève et prennent la place des fleurs ou tout au moins du pistil, comme il arrive souvent dans certains pruniers et cerisiers.

Une monstruosité fort remarquable et assez commune est la prolification ; elle consiste eu ce que le sommet du pédoncule, au lieu de porter une fleur, se ramifie et donne naissance à de nouveaux axes, qui portent chacun une fleur plus petite ; la scabieuse, te souci, le trèfle en fournissent des exemples. Une variété du paturin bulbeux a des graines qui germent sur la plante même, en sorte que de ohuqua glumelle sort, au lieu d'une fleur, une petite touffe de feuilles. D'autres fois, le calice ou les organes sexuels sont remplacés par une ou plusieurs corolles emboîtées. Les céréales ont quelquefois des épis ramifiés ; on observe assez souvent cette déformation dans le blé de miracle, la pétanielle, l'épeautre, le seigle, l'ivraie vivace et surtout le maïs. Ou voit encore des prunes creusées dans leur milieu et portant a leur extrémité supérieure un vestige de noyau.

«Sait-on, dit encore l'auteur cité, la cause de ces monstruosités? Je ne le pense pas, et l'on s'éloigne de la route vraie des investigations en les classant, avec de Caudolle, dans la catégorie des dégénérescences. On peut dire qu'il y a avortement; mais, au lieu de résoudre la difficulté, on ne fait que la déplacer. Si la monstruosité proprement dite n'a pas lieu pendant les premiers développements de l'ovule ; si elle n'est pas déterminée par des modifications particulières, par un changement de position au moment de l'accroissement sensible, comment s'en rendre un compte exact? Si elle n'a lieu que lorsque la plante est parfaite, la monstruosité devient le fait de la piqûre d'un insecte ou celui d'une maladie du suc végétal dévié ou dénaturé par l'action directe d'un météore ou d'un corps étranger. »

Entre autres faits à l'appui de sa thèse, l'auteur cite une jeune pousse d'aubépiue qui offrait dans la partie affectée, gonflée et contournée, de petits cylindres jaunâtres semblables à un calice monophylle, surmonté de feuilles et découpé à l'extrémité en quatre ou cinq parties ; le tout était accompagné d'un duvet brûlant, comme celui de l'ortie, et dont la couleur verdâtre ou violette con-

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trastait avec le rouge de l'écorce et le jaune des loges. La forme tourmentée de toute la partie monstrueuse la faisait prendre, au premier aspect, pour u e chenille velue et garnie de tubercules, à peu près comme celle du lépidoptère connu sous le nom de grand paon.

Il e>t .assea fréquent d« voir des roses prolifères; du centre de lu llenr s'élève un rameau feuillu terminé lui-même par des boutons; on observe surtout ce phénomène dans les années chaudes et pluvieuses. Duhamel dit aussi avoir vu sur un pommier greffé en écusson, et à l'endroit de l'insertion, un bouton qui aproduit des feuillps et une tige ; les pétioles et, la tige elle-même étuirnt d'une substance charnue, absolument NQtnblable, pour le goût et l'odeur, à la chair d'une pomme vert'-. Bonnet à vu une poire de l'œil d<- laquelle sortait une touffe de feuilles très-bien conformées et dont plusieurs avaient leur dimension normale; une autre qui donnait naissance à une tige ligneuse et nouée, dont le sommet portait une seconde poire un peu plus grosse que la première. 11 n'est pas rare d'ailleuis de voir des nèfles porter des feuilles ass'-z développées.

Les monstruosités semblent, dans certains cas, un retour vers un type idéal et symétrique; telle est la singulière anomalie désignée sous le nom de pélorie. Elle s'observe quelquefois dans la linaire commune ; lu fleur pélonée a une corolle régulière et munie de cinq éperons symétriquement disposés. On cite également des balsamines à trois éperons. Souvent aussi, la monstruosité, au lieu de se porter sur tel ou tel organe, agit sur tout le végétal. Les végétaux, sous l'empire de causes qui ne sont pas toujours connues, deviennent nains ou géants, ou subissent une déformation qui les rend méconnaissables. Ainsi l'euphorbe petit cyprès, quand il est attaqué par un champignon parasite, du genre œeidie, se rabougrit dans toutes ses parties, change complètement de port et d'aspect et ne ressemble plus du tout à la plante ordinaire.

Tous les auteurs ne sont pas d'accord sur le sens et l'extension à donner ou mot u;onstruosilè; les opinions les plus diverses ont été émises sur la nature et sur les causes de ces anomalies. Ou a dit que la monstruosité était individuelle et n'avait d'autre durée que celle du végétal qui en est atteint, tandis que la variation est susceptible de se transmettre ou de se propager de diverses manières et de produire une race ou une variété. Mais on sent qu'il serait souvent difficile d'établir une ligue de démarcation précise entre ces deux ordres de faits.

Mais, de quelque nom qu'on appelle les anomalies qui se produisent dans l'organisation végétule, il est certain qu'elles peuvent souvent se transmettre ou se propager soit par semis, soit par greffe, bouture, marcotta ou tout autre moyen de multiplication. Celte transmission ou propagation est quelquefois assez avantageuse a l'homme pour qu'il cherche à la favoriser de tout son pouvoir. C'est ainsi que se perpétuent certaines races ou variétés de légumes, de fruits et de végétaux d'ornement. Mais il faut bien distinguer sous ce rapport les anomalies qui ont leur origine dans le végétai lui-même et celles qui sont dues à l'influence des agents extérieurs.

TÉRATOLOGIQUE adj. (té-ra-to-lo-ji-ke

— rad. téiutologta). Qui concerne la tératologie : Jusqu'alors, on n'avait vu dans las phénomènes tératologiques que des arrangements irréguliers. (Is. G. Saitit-Hilaire.)

— Monstrueux : L'ensemble des anomalies des acépfialiens en fait tes plus impurfniis de tous les êtres tératologiques, uprès tes parasites et les uitidiens. (is. G. Suuil-Hilaire.)

TÉRATOLOGUE s. m. (té-ra-to-lo-gue — rad. tératologie). Pnysiologiste qui s'occupe spécialement de l'étude des monstruosités organiques, qui a écrit sur celte matière ; L'organisation des acépltatiens a fixé l'attention des tératologuks de tous tes temps. (Is. G. Saint-Hilaire). Il On dit aussi TÉRatologiste.

TÉRATOPTÉRIS s. m. (té-ra-to-pté-riss

— du g. teras, prodige; pteron, aile). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des bombycites.

TÉRATOSCOPîE s. f. (té-ra-to-sko-pî — du gr. teras, prodige ; skopeù , j'examine). Sorte de divination qu'on pratiquait au moyen des phénomènes considérés comme des prodiges.

TERBINE s. f. (tèr-bi-ne — rad. terbium). Chini. Corps qu'on a pris pour de l'oxyde de terbium. V. ce dernier mot.

TERBIUM s. m. (tèr-bi-omm). Chim. Métal qu'on suppose, ainsi que l'erbium, exister uvec l'yttrium dans la gadolinite d'Ytterby, en Suède.

— Encycl. Le terbium et l'erbium sont deux métaux qu'on suppose coexister avec l'yttrium daus la gadolinite d'Ytterby, en Suède. Mosander, en 1843, a étudié l'yttna brute obtenue au moyen de la gadolinite par le procédé de Berzélius (v.yttrium) et a conclu de ses expériences que c'était un mélange de trois terres différant par leur pouvoir basique. La plus basique des trois, c'est-k-dire celle qui se préci pite en premier lieu lorsqu'on

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traite la solution chlorhydrique du mélange par une quantité d'ammoniaque insuffisante a en opérer la précipitation complète, a reçu le nom d'erbia ou d'erbine; celle qui vient après a reçu le nom de terbia ou terbine, et le nom d'yttria a été réservé a la troisième, c'est-à-dire à la moins basique. On obtient une séparation plus complète de ces terres en opérant la précipitation lractionnée au moyen d un oxalate acide, A cet effet, on dissout l'yttria brute dans un excès d'acide chlorhydrique et l'on ajoute goutte à goutte au liquide une dissolution d'oxalate acide de potassium aussi longtemps que le précipité formé se redissout par l'agitation. Dès qu'une dernière goutte de réactif donne un précipité permanent, on s'arrête et l'on abandonne la liqueur au repos. Au bout de quelques heures, l'oxalate d'erbium se sépare à l'état cristallin. On le recueille sur un filtre et l'on mêle le liquide filtré avec une nouvelle quantité de bioxalate potassique, qui donne un nouveau précipité très-riohe en terbium; on filtre une seconde fois et l'on achève la précipitation de la liqueur par le bioxalate. Le dernier précipité ainsi obtenu ne renferme presque que de l'yttriura. Le premier précipité est toujours un peu rougeâtre; le dernier est incolore. D'un autre côté, lorsqu'on fait digérer avec de l'acide sulfurique le mélangedesoxalates d'yttiïum, de terbium et d'erbium, le sel d'ytirium se dissout le premier, le sel de terbium ensuite, et le sel d'erbium ne se dissout qu'en dernier lieu, ce qui est la contre-partie naturelle et évidente de ce qui se passe dans la précipitation de ces trois bases.

L'erbium et le terbium métalliques n'ont point été isolés. Les caractères de Terbine (oxyde d'erb uni) et de deux sels d'erbium que Mosander a étudiés ont été décrits au mot kebium. L'erbine se distingue surtout par la propriété qu'elle possède de jaunir quand on la calcine à l'air et de redevenir incolore lorsqu'on opère la calcination dans un courant d'hydrogène, ce qui semble indiquer qu'il ,-,e produit là des phénomènes d'oxydation et de réduction.

Les caractères de la terbine ou terbia (oxyde de terbium) n'ont point été décrits par Mosander; niais ses sels sont décrits comme possédant une saveur astringente et sucrée; à l'état solide, ils ont uno couleur améthyste , mais l'intensité de cette teinte n'est pas toujours la même. L'azotate est une masse cristalline, déliquescente, d'un rouge rose ; ses solutions se colorent quand on les soumet à Tévaporation bien avant qu'aucun cristal se dépose. Le sulfate forme des cristaux plus volumineux que ceux du sulfate d'yttrium. A 50° environ, il s'effleurit et se réduit en une poudre blanche.

Depuis Mosander, de nouvelles investigations, entreprises par difiéients chimistes, ont jeté des doutes considérables sur l'existence du terbium. Berlin, en 1860, eu appliquant sur une beaucoup plus large échelle la méthode de séparation décrite [dus haut, n'est parvenu à obtenir que de l'erbia et de Tyttria. Il a trouvé que les précipités intermédiaires, décrits comme terbia, ne sont que des mélanges et peuvent-toujours se résoudre par des précipitations fractionnées nouvelles en oxalates d'erbium et d'yttrium. Il n'a jamais pu obtenir le sulfate eftlorescent à 50° que Mosander donne comme distinguant l'eibium Uu terbivm.

Des résultats analogues ont été obtenus par Popp, qui a trouvé cependant que le spectre d'absorption des solutions d'erbium offre certaines raies identiques avec celles que donne le didyine et que, lorsqu'on dirige un courant de chlore à travers une solution d'un sel d'erbium additionnée d'acétate sodique et qu'on chauffe ensuite jusqu'à I'ébullition, il se forme un précipite jaune particulier caractéristique du cerium. De là Popp a conclu que les prétendues terres erbia et terbia ne sont rien aune quede l'yttria mélangée avec les oxydes des métaux ilu groupe du cerium. Ces expériences ne suffisent cependant pas k faire rejeter l'existence de Terbium, cardes mélanges de sels d'erbium avec des sels de cerium et de didyine offriraient tous les caractères que nous venons de mentionner. Mais les résultats obtenus par Popp concordent avec ceux de Berlin et tendent à montrer, comme ces derniers, que la terbia de Mosander est en réalité un mélange d'yttria et d'erbia. Cette conclusion a été corroborée depuis par les travaux plus récents de Balir et de Bunsen. Ces deux derniers chimistes séparent l'yttria de Terbia comme il suit : le précipité que l'acide oxalique fait naître dans la liqueur qu'on obtient eu dissolvant la gadolinite dans l'acide ehlorhydrique renferme des oxalates d'erbium, d'yttrium, de calcium, de cerium, de lanthane, de didyme, en même temps que des traces d'oxalate manganeux et de silice. On convertit ces sels en azotates et in traite la solution par le sulfate potassique, pour en précipiter le cerium, le lanthane et le didyme, en prenant les précautions qui ont été indiquées au mot CBRiUM. L'yttrium et Terbium qui demeurent en solution en sont reprécipités par l'acide oxalique ; on calcina les oxalates ; on fait bouillir les oxydes qui restent comme résidu, pour les débarrasser du sulfate potassique avec lequel ils sont mélangés, et on les dissout dans l'acide azotique pour les reprécipiter de cette solution acide

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au moyen de l'acide oxalique. On répète cette série d'opérations jusqu'à ce que la solution du mélange d'erbine et d'yttria dans l'acide azotique n'offre plus du tout au spectroseopa les bandes caractéristiques des métaux du groupe du cerium. Pour séparer ensuite la chaux et la mngnésie, on précipite Terbia et l'yttria en solution azotique par l'ammoniaque, qui laisse la magnésie et la chaux en dissolution. Enfin, on redissout dans l'acide azotique le précipité, qui ne renferme plus que des oxydes d'erbium et d'yttrium, et on précipite la liqueur par l'acide oxalique.

Pour séparer Terbia de l'yttria, on convertit les oxalates en nitrates, comme ci-dessus; on évapore la solution de ces sels dans une capsule de platine jusqu'à ce qu'on voie apparaître les premières traces de vapeurs nitreuses, et Ton refroidit alors brusquement la capsule en la plongeant extérieurement dans l'eau froide. La substance pâteuse se prend alors en une masse extrêmement friable. On dissout cette masse dans l'eau, en n'employant que la quantité de liquide strictement nécessaire pour empêcher la solution de se troubler par l'ébullitian,et on laisse refroidir lentement la liqueur. L'azotate d'erbium, renfermant encore de Tyttrium, se sépare alors en aiguilles que Ton peut séparer de l'eau mère en décantant celle-ci et en lavant rapidement les cristaux avec un peu d'eau additionnée de 3 pour 100 d'acide azotique. L'eau mère, évaporée de nouveau et de nouveau abandonnée à un refroidissement lent, donne un second dépôt de cristaux d'azotate d'erbium renfermant de l'yttrium. L'eau mère de cette seconde opération donne une troisième cristallisation, et ainsi de suite, les proportions d'erbium allant en diminuant et celles d'ytirium en augmentant de cristallisation en cristallisation. En prenant les premiers cristaux, qui sont les plus purs, et en les soumettant à un nouveau traitement semblable à celui que nous venons de décrire, on obtient des produits encore plus purs, et si Ton répète ce traitement un nombre de fois suffisant, on finit par obtenir des cristaux d'azotate d'erbium qui ne contiennent plus d'yttrium en quantité appréciable.

L'erbine pure, obtenue par la calcination de l'azotate et de l'oxalate, a une faible couleur rouge rose (et non jaune, comme l'affirmait Mosander). Elle ne fond pas, même aux plus hautes températures, .mais elle s'agrége en une masse spongieuse, incandescente, d'un vert brillant intense. Examinée au spectroscope, cette masse donne un spectre continu, coupé par un certain nombre de lignes brillantes. D un autre côté, les solutions des sels d'erbium donnent un spectre d'absorption dans lequel se trouventdes bandes obscures, et les points d'intensité maxima des bandes lumineuses dans le spectre d'émission de Terbia incandescente coïncident exactement avec les points occupés par la portion la inoins éclairée des bandes obscures dans le spectre d'absorption. La position de ces bandes diffère complètement de la position des bandes qu'offrent les spectres d'émission et d absorption du didyme. Il n'y a même pas une seule raie du spectre de lerbium qui corresponde à une raie du spectre du didyme.

L'erbia est un protoxyde répondant à la formule Eb"U ; elle renferme 87, ô pour 100 d'erbium et 12, 4 d'oxygène. Elle ne se combine pas directement avec l'eau; les acides chlorhydrique, sulfurique et azotique étendus et modérément chauds la dissolvent, mais avec une certaine lenteur. Les sebi d'erbium ont une couleur rose qui est plus foncée dans les sels hydratés que dans les sels anhydres; ils possèdent une réaction acide et une saveur à la fois astringente et sucrée.

L'azotate d'erbium, obtenu comme nous l'avons indiqué plus haut, est un sel hasique Eb"(Az0aJ*EbO,3H«O. 11 cristallise eu petites aiguilles mal définies, permanentes à l'air, d une couleur rose brillant , susceptibles de perdre leur eau de cristallisation à une douce chaleur et qui, à une température élevée, se convertissent en oxyde d'erbium sans changer de forme. L'acide azotique dissout assez difficilement ce sel ; l'eau le décompose en acide azotique et en un sel hyperbasique gélatineux et insoluble.

Le sulfate [Eb'f<S04)]3-f8HSO, isomorphe avec les sulfates d'yttrium et de didyme, forme des cristaux rose tendre qui perdent leur eau de cristallisation lorsqu'on les chauffe et reprennent cette eau en subissant une élévation considérable de température lorsqu'on les mouille. Le sel hydraté est très-peu soluble dans l'eau ; le sel anhydre s'y dissout au contraire facilement, caractère qui rapproche encore Terbium des métaux du groupe du cerium. Par la calcination, il se décompose en partie.

L'oxalate C^Eb"0* + H«0 se précipite lorsqu'on ajoute de l'acide oxalique ou un oxalate soluble à la solution acide bouillante d'un sel d'erbium. Il forme une poudre lourde, de l'apparence du sable, d'un rose tendre, qu'on peut facilement laver par décantation et qui n'abandonne son eau de cristallisation qu'a une température très- voisine de celle où sa décomposition commence.

Les eaux mères d'où Ton a séparé, par cristallisations successives, l'azotate d'erbium renferment l'azotate d'yttrium renfermant encore une certaine quantité d'azotate d'erbium et des traces d'azotates des métaux

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du groupe du cerium, qui, n'ayant pas cristallisé avec Tnzolate erbique, se sont accumulés dans les eaux inères. Pour obtenir un sel d'yttrium pur, il f:iut donc d'abord éliminer les métaux du groupe du cerium au moyen de traitements répétés au sulfate de potasse, jusqu'à ce que le produit, examiné au speetros'Ope, ne busse plus apercevoir la moindre raie du didyme. Le sulfate d'yttrium, ainsi purifié, mais renfermant encore de l'eibium, est alors converti en azoïaie. On évapore la solution de ce dernier sel; on chauffe le résidu à une température voisine du rouge et Ton traite par l'eau froide le mélange des oxydes et des azotates surbasiques d'yttrium et d'erbium. On obtient ainsi une solution d'azotate d'yttrium beaucoup moins riche en erbiuin que les précédentes, tandis que le résidu est, au contraire, plus riche en erbium. En répétant à plusieurs reprises cette opération on tinit, à la longue, par obtenir de l'azotate d'yttrium qui ne donne plus de spectre d'absorption et qui, calciné, laisse de l'yttria toutk fait incolore.

Le résultat des opérations que nous venons de décrire est donc de séparer l'yttria brute provenant de la "gadolinite en deux terres, Terbia et l'yttria, sans aucune indication d'une troisième terre, intermédiaire entre les deux autres par ses propriétés basiques, la terbia.

Mais M. Delafontaine, à la suite d'expériences publiées en 186* et en 1866, maintint l'existence séparée de l'erbine et de la terbine. Il a trouvé que les premiers précipipités que Ton obtient au moyen des oxalates acides, comme dans la méthode de Mosander, dans une solution acide d'yttria brute, donnent, à la calcination, un résidu jaune, résidu qui, redissous et soumis à plusieurs reprises au même traitement, laisse une terre d'une couleur jaune de plus en plus foncée, qui est principalement constituée par de Terbia mélangée d'un peu de terbia et d'yttria dont on peut la débarrasser plus complètement en la redissolvant dans Tacide azotique, évaporant la liqueur, calcinant au rouge te résidu, redissolvant dans Teau, saturant à froid la solution neutre par du sulfate potassique en poudre et lavant le précipité (de sulfate erbio-potassique) avec une solution saturée de sulfate de potasse qui dissout les sulfates doubles des deux autres métaux. Le sulfate erbio-potassique ainsi obtenu serait facilement soluble dans Teau chaude, et sa solution, additionnée de potasse, donnerait l'hydrate d'erbium facile à reùissoudre et à purifier complètement du terbium et de Tyttrium qu'il renferme encore, par la répétition du même traitement.

L'erbia anhydre ainsi obtenue est décrite comme ayant une couleur jaune plus ou moins foncée et comme devenant blanche par la calcination dans un courant d'hydrogène. L'hydrate serait blanc , absorberait l'anhydride carbonique de Tair et, calciné, laisserait un oxyde anhydre en morceaux durs et denses d'une couleur jaune orangé. Ses solutions seraient incolores ou présenteraient quelquefois une légère teinte rose, mais ne donneraient aucun spectre d'absorption.

La terbia, dont M. Delafontaîue ne décrit pas spécialement la séparai ion d'avec l'yttria, serait, d'après ce chimiste, une terre de couleur rose pale qui ne deviendrait pas incolore dans un courant d'hydrogène ; elle'se dissoudrait facilement dans les acides en formant des solutions roses donnant un spectre d'absorption. M. Delafontaine pense que la terre décrite par Bahr et Bunsen comme erbia est en réalité de la terbia, Terbia vraie, qui est précipitée la première par Tacide oxalique de la solution des terres mélangées, ayant, comme il a été dit plus haut, une couleur jaune (et non rose) et n'ayant pas de spectre d'absorption. Bahr et Bunsen, au contraire, pensent que la couleur jaune et les quelques autres caractères de l'erbia de M. Delafontaine doivent être attribués à la séparation incomplète des métaux du groupe du cerium.

De nouvelles expériences sont peut-être nécessaires pour permettre de résoudre d'une manière tout à fait satisfaisante la question de savoir si, outre les métaux du groupe du cerium, l'yttria brute renferme deux ou trois métaux propres; tnaiSj jusqu'à ce jour, les expériences si méthodiques, si bien conduites de Bahr et Bunsen doivent être regardées connue de nature à jeter les plus grands doutes sur l'existence de la troisième terre, la soi-disant terbia. Le fait qui milite le plus en faveur de la vue opposée est que la terbia de Delafontaine présente un spectre d'absorption, tandis que Terbia du même chimiste n'en présente pas ; mais les méthodes de séparation employées par ce dernier chimiste ne sont pas décrites avec assez de précision pour que nous puissions juger de leur efficacité.

D'après M. Delafontaine, le poids atomique de Tyttrium est de 74,4 (le poids moléculaire de l'yttria étant de 90,4 et la formula de cet oxyde étant Y"0) ; le poids atomique de Terbium est plus élevé et celui du terbium plus élevé encore. M. Delafontaine croit que probablement la gadolinite renferme un quatrième métal, dont les sels offriraient un spectre d'absorption correspondant en partie avec celui du didyme.

D'après MM. Bahr et Bunsen, le poids

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atomique de l'yttrium est 61,7 et celui de Terbium 112,6.

TERBUHG {Gérard Ter Borch, Tkk Burq ou), célèbre peintre hollandais, qui naquit à Zwolle, dans la province d'Over-Yssel, en 1608, la même année que Rembrandt. Son père, peintre obscur, qui avait habité Rome pendant plusieurs années, lui enseigna les éléments de l'art. Génird alla ensuite étudier à Harlem ; mais on ignore sous quel maître. On ne sait pas non plus quels furent ses premiers travaux; ses biographes racontent qu'il fit de longs voyages, qu'il parcourut successivement l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre et la France, laissant partout des preuves de son talent de peintre de portraits et d'intérieurs. M. Charles Blanc a mis en doute son voyage en Italie, par la raison « qu'il ne reste pas dans ses peintures la moindre trace d'un tel Voyage; » mais il nous parait très-vraisemblable, au contraire, que son père lui ait inspiré de bonne heure le désir de voir un pays où il avait luimême vécu, et, s'il est vrai que l'école italienne n'exerça aucune influence sur la manière de peindre de Gérard, cela ne prouve qu'une chose, l'originalité profonde de son tempérament artistique. C est j Munster, en 1646, que Terburg, âgé de trente-huit ans, 1 se révèle dans toute ta plénitude de son talent. Le célèbre congrès réuni dans cette ville pour traiter de la pacification générale l'avait sans doute attiré. Avait-il cédé à une simple curiosité ou à Tespoir de rencontrer des clients parmi les grands personnages qui se pressaient alors à Munster? Les biographes n'en disent rien ; mais ils racontent que, s'étant Hé avec te peintre du comte de Penaranda, ambassadeur d'Espagne, il l'aida à terminer un tableau du Crucifiement destiné à ce gentilhomme, et que celui-ci, reconnaissant dans cet ouvrage la main d'un artiste supérieur, se fit présenter Gérard et lui commanda son portrait. Terburg s'acquitta de ce travail à la grande satisfaction du comte de Penaranda. « Ce premier tableau, dit Hou-, braken, lui en procura plusieurs autres pour le même seigneur ; il n'y eut même aucun des ambassadeurs qui se trouvaient au congrès de Munster qui ne voulût avoir son portrait peint par Terburg. » L'artiste fut ainsi amené à composer le fameux tableau du Congrès de Munster, son œuvre capitale, qui a atteint le prix de 45,000 francs à la vente de la duchesse de Berry, en 1837, et celui de 180,000 francs à la vente du prince Demidoff (San-Donato) en 1868. V. congrès.

. Après la conclusion de la paix de Westphalie, Terburg suivit le comte de Penaranda en Espagne et fut présenté par lui à la cour. Philippe IV, qui ne manquait pas de grands peintres autour de lui et qui avait pour artiste ordinaire Velazquez, fit bon accueil à l'artiste hollandais ; il voulut être peint par lui et lui témoigna sa satisfaction eu le créant chevalier et, suivant la coutume en pareil cas, en lui donnant un collier d'or, une médaille à son effigie, une épée de prix et des éperons 4'argent. A l'exemple du souverain, plusieurs seigneurs de la cour rirent faire leur portrait par Terburg; les grandes daines ne s'enthousiasmèrent pas moins du pinceau fin, délicat et expressif du maître hollandais, et, si Ton en croit Houbraken, plus d'une se laissa séduire en même temps par ses manières distinguées et son esprit entreprenant. De Madrid, Terburg se rendit à Londres, puis à Paris, et dans chacune de ces villes les travaux ne lui manquèrent pas. Il rentra enfin dans son pays natal, y épousa sa cousine, deiint bourgmestre (d'autres disent simple conseiller) de Deventer et mourut dans cette ville en 1681. Le Dictionnaire de Siret et le catalogue du musée d'Anvers disent qu'il n'eut pas de postérité; d'autres veulent qu'il ait eu une fille, qui aurait cultivé la peinture avec quelque talent; d'Argenville la nomme Marie et J.Smith Constantia. Ce qui est certain , c'est qu'il eut une sœur nommée Gezina, dont on voit des dessins à la sépia dans quelques collections, notamment au musée de Rotterdam. A Deventer, Gérard lit, en 1672, le portrait du jeune prince d'Orange, Guillaume III. Nous ne savons ce que cet ouvrage est devenu. On ne possède, du restj, qu'un assez petit nombre de portraits peints pur Terburg, bien que ce fût le genre auquel il dut la plus grande partie de sa fortune et de sa réputation. Un tableau de lui repi-éseiitantle grand pensionnaire de Witt et sa famille a été payé 1,375 francs à la vente de Galonné, en 1795, et 1,450 francs k la vente Bryan, en 1798. Deux portraits excellents, celui d'un gentilhomme et de sa femme, figurent dans la galerie du marquis de Bute, à Luton (Angleterre). Au musée de La Haye est un portrait que Ton croit être celui de Terburg lui-même. Voici la description qu'en fait Bùrger {.Musées de Hollande) : « 11 est debout, de face, grave sous son manteau noir, tombant jusqu'aux genoux et sous lequel sont dissimulés les bras; les deux jambes rapprochées, la droite en avant, cachant presque la gauche. On dirait un terme antique, habillé à Ja mode hollandaise du xvii"> siècle. Une majestueuse perruque, enfoncée bas sur le front, se déroule en grosses boucles sur les épaules et fait cascade jusque sur le rabat en^guipure. Des nœuds noirs pendent à la jarretière sur des bas do soie gris. De longues rosnttes

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noires ornent les hauts souliers, de forme Molière. Tout ce costume accuse sa date; nous sommes vers 1660; Terburg a environ cinquante ans. Sa tête effilée est un peu revêchi". Il a le nez Ion;,', mince et droit, lu bouche ferme, surmontée d'une grêle moustache ; !e menton très-long et plat, c'est-adire une trës-longue distance du nez au bas du menton, signe habitue! de rigidité. Les têtes de ses tableaux sont souvent de son propre type. Le fond du portrait est gris neutre, comme le parquet, et tout cet entourage de la figure se confond dans une fine harmonie et paraît peu. Cela rappelle certains portraits doux de Veluzquez, où il semble qu'il n'y ait que de l'air autour du personnage, La toile a seulement 2 piels de. hauteur sur 17 pouces de largeur. ■ Houbraken, dans le troisième volume de son Grand théâtre, a publié un portrait de Terburg, Il y en a un autre gravé par Burtsch, qui vise ou parait viser à la caricature, et qui est, d'ailleurs, très-spirituel, très-expressif. M. Beaucé en a fait un dessin

3ui a été gravé sur bois par M. Deghouy, ans l'Histoire des peintres de toutes les écoles.

Terburg est un des praticiens les plus habiles et, sans contredit, l'artiste le plus distingué, le plus élégant de i'école hollandaise. Voici le jugement que porte sur lui W. Biirger (T. Thorè), l'émiiient connaisseur qui a' fait une étude si approfondie des maître* de cette école : «P.irmi les petits grands peintres hollandais, il y en a un qui ne s'est jamais encanaillé : c est Terburg, vrai gentleman, comme Cuyp, et de la même génération. Il a sa bonne pari d'influence dans l'école de son pays. Metsu est son jeune frère et son ég-;j]. Tous deux, dans leur genre, qui est analogue, distancent de bien loin tous leurs rivaux. Mais Terburg a sur Metsu l'avantage d'être l'initiateur. C'est lui qui a inventé les scènes d'intérieur élégant, conversations, parties de cartes, galanteries discrètes, réceptions de billets doux, concerts intimes, dans un petit salon tendu de soie, où de jeunes ladies coquettement parées étaient avec nonchalance leurs robes de satin. La robe de salin appartient à Terburg. Il a fourni l'étoffe à Metsu, a Mieris, même k Wouwerman pour ses cavalcades seigneuriales, même à Jean Steen, qui ne l'a pas trop froissée dans ses belles malades d'amour. Terburg a beaucoup voyagé, et il est le seul artiste de son pays qui, en son temps ait ainsi couru le monde. Il a visité l'Italie et il a vu les grands maîtres-, il a vu l'Allemagne et il a peint d'après nature son Congrès de Munster ; il a vu l'Espagne, où, dit-on, il ne fut pas insensible à la beauté des femmes, et il a dû connaître à Madrid Velazquez; il a peint en France, en Angleterre..., et, malgré tout.il est demeuré pur Hollandais de style et d'exécution. La terrible épreuve de l'Italie ne l'a point perverti. La fréquentation des rois, princes, ambassadeurs, cardinaux, grands personnages de tant de pays, ne lui a point fait perdre le naturel ; il n'y a gagné qu'une rare distinction et une grâce exquise pour interpréter la société hollandaise dans ses types des classes supérieures. Aucun des maîtres étrangers ne lui a laissé la inoindre empreinte, quoiqu'il se soit assimilé mystérieusement leurs plus fines qualités. S'il a songé parfois à quelqu'un d'eux, c'est peut-être à Velazquez ; et il en a, dans certains de ses tableaux, les tons verdatres argentés, d'une nuance si harmonieuse et presque indéfinissable, Smith lui trouve de la ressemblance avec • la manière fascinait trice » de Corrégel... La vérité est que Terburg ne ressemble à personne. C'est là un maître original et de premier ordre. Je ne sais pas si, après Rembrandt, on ne devrait pus le mettre tout à fait hors ligne, seul a son rang, comme les vrais grands hommes. » Relativement à la nature des sujets de prédilection de Terburg, M. Ch. Blanc s'exprime ainsi : t La vérité, ce fut tout le génie de Terburg. Il peignit admirablement, non pas ce qu'il imaginait, mais ce qu'il avait vu. En ce sens, on peut dire que c'était un Hollandais de pur sang. Appartenant à lu haute bourgeoisie, ii fut naturellement porté par son éducation à choisir les sujets qui ont fuit sa renommée de peintre. Ce qu'il aimait à observer, il le trouvait chaque jour sous ses yeux, sans sortir de la maison paternelle. Ces robes de satin , qui ont tant préoccupé ses regards et son pinceau, il les voyait à sa mère, à ses sœurs ; et la toge noire dans laquelle il a si souvent enveloppé ses personnages était un costume en vénération dans sa famille, où les fonctions de la magistrature civile avaient été plus d'une fois exercées. Il faut donc attribuer à l'influence des traditions domestiques le goût prononcé de Gérard Terburg pour ces simples et paisibles drames de la vie intime, drames sans mouvement et sans bruit, qui n'agitent que la pensée, et dont toute l'intrigue consiste dans un serrement de main, duns l'abaissement d'une prunelle, dans l'échange d'un regard ou d'un sourire. ■ Voici maintenant l'opinion de Wuagen au sujet de la manière de peindre de Terburg: • Ce maître doit sa place dans l'histoire de l'art a une série de tableaux comprenant rarement plus de trois personnages, n'en comptant souvent qu'un seul, pris dans la classe opulente, et remarquables par l'élégance des costumes et des accessoires, l'harmonie de l'ensemble et la finesse d'une •îxecution qui c'a cependant rien de léché.

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On peut le considérer comme le créateur de ce genre, dans lequel, après lui, plusieurs autres peintres hollandais se sont distingués. Dans ses tableaux, la robe de satin blanc d'une dame forme ordinairement lamasselumineuse et donne le ton harmonieux au reste de l'ouvrage, même lorsque les figures ont une certaine chaleur îe coloris. Animé d'un sentiment délicat du yttoresque, il évite la monotonie par l'introduction de quelques tons chauds. >

Les œuvres authentiques de Terburg ne sont pas nombreuses. Smith n'en a pas catalogué plus d'une centaine. Le Louvre en a cinq : le Concert, le Galant militaire, la Leçon de musique, une Assemblée d'ecclésiastiques et la Lecture de la leçon. Ce dernier morceau provient de la collection La Caze. Un charmant tableau, le J/es.sn$e,r-,ppartient uu musée de Lyon. Les musées de Hollande ne sont pas des plus riches ; celui de La Haye possède, outre le portrait du peintre, décrit ci-dessus, une charmante composition, la Dépêche ou l'/iiierru/jfio», qui a malheureusement souffert des restaurations; au musée de La Haye est un tableau célèbre, l'Instruction paternelle, qu'on intitule encore : la Robe de satin; le musée de Rotterdam a deux petits portraits, et le musée Van der Hoop un Jeune garçon prenant les puces d'un chien. Un tableau sur ce dernier sujet se voit aussi k la pinacothèque de Munich, qui possède, en outre, un Intérieur de chaumière et un Trompette apportant un message à une jeune dame. A la paierie de Dresde, on voit une Jeune dame se lavant les'mains, une Dame en robe de salin, la Leçon de musique et un Trompette attendant une dépêche qu'un officier est en train d'écrire; au musée du Belvédère, une Femme pelant une pomme pour son enfant et une Jeune fille écrivant; au musée de Berlin, une répétition de V Instruction paternelle; au musée de Cassel, ia Joueuse de tuth; au musée de Copenhague, deux portails; au musée d'Anvers, la Joueuse de mandoline ; au musée de l'Ermitage, une Jeune fille lisant une lettre, une Jeune fille à laquelle un grand seigneur présente de l'argent et quatre autres tableaux ; au musée des Offices, une Femme gui boit ; dans la galerie du prince d'Areuberg, le Duo; dans la galerie de Buekingham Palace, une Jeune fille lisant une lettre à sa mère, un des plus beaux ouvrages du maître ; dans ia galerie de lord Ellesmère ( Bridgewuter Gallery), la Ilobe de satin, autre répétition du tableau d'Amsterdam ; dans la collection du baron Sellières, à Paris, la Curiosité, etc. Terburg a été gravé par Vaillant, \V. Baillie, Bartsch, Simon Pokke, Van Somer, H. Barry, Suydeihoef (le Congrès de Munster), Wille [l'Instruction paternelle, la Gazetière hollandaise), Fr. Lucas (le Coup réfléchi), Ch.-L. Courtry (un Fumeur), P. Audouin (la Joueuse de mandoline), Basan (le Magister hollandais et le Médecin hollandais), Nicolas Massaloff (le Messager), Chevillai (la Santé portée et la Santé rendue), R. Gaillard (la Soucieuse Hollandaise), etc.

TERCEAO s. m. (têr-so). Féod. Droit consistant dans une certaine quantité de vin que le seigneur prenait dans les caves et celliers des paysans, qui, avant de tirer leur vin, devaient avertir le seigneur, à peine de 60 sous d'amende.

TERCEIRA ou TERCKRE, île du groupe des Açores, au N.-O. de celle de Sun-Miguel, par 38» 38' do iatit, N. et par 29" 40' de longit. O.; 590 kilom. carrés; 40,000 hab. Ch.-]., Angra. Ses côtes, bien escurpées, sont d'un accès difficile, excepté Surquelques points, qui sont fortifiés. Le sol en est montagneux, surtout dans la partie centrale, où les hauteurs prennent le nom de Bugacinu, se continuant à l'O. sous le nom de Serrettu, jusqu'à l'extrémité ia plus occidentale de l'île. Des pentes assez douces descendent vers le midi, taudis qu'au N. la côte ne présente que des rocs verticaux -et anfraclueux, dont les plus remarquables sont celui du Peneireiro ou du Tainisier et le Queimado ou Brûlé. Les traces de l'action volcanique se montrent de toutes parts. Sur plusieurs points, les masses montagneuses, dans un état incontestable de ealcination, semblent avoir tout récemment subi la puissance des feux intéi leurs. Des mornes, entièrement formés de pierre ponce friable et de tuf, paraissent prêts à s'écrouler et s'affaisser sur les terres intérieures, aux premières pluies. Il y a eu, en effet, de ces écoulements, et, à des époques reculées, ils paraissent avoir eu lieu sur d'assez vastes espaces, eusevelissunt dans leur chute les villages et le bétail répandus sur les plaines environnantes. Desarbres entiers, enveloppés d^jis ces désastres, sont cités avec assurance et montrés aux voyageur-, comme des vestiges incontestables du déluge de Noé, Le capitaine Boid en vit un près des hauteurs de Bagueina ; c'était un grand tronc engagé sous les couches inférieures d'un amas de terrain volcanique; il ne uifférait en rien des arbres vivants d'alentour, et il conservait même tous les caractères ligneux. La pierre ponce existe partout en grande quantité, et l'on pourrait sans doute, en l'utilisant pour les arts, en faire une source de profit pour le pays. L'éruption la plus récente dont on ait conservé le souvenir est celle du pic de Bagaciua, qui, en 1761, jeta au dehors un courant de lave dont la musse fluide s'avança jusqu'à près d'une lieue de la mer. A plusieurs

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reprises, les tremblements de terre ont causé des ravages considérables, et celui de 1614 renversa presque tous les édifices de ta ville de Praya. Depuis cette époque, l'émission des vapeurs aux cratères d'Euxofre et en d'autres lieux a, dit-on, sensiblement diminué d'intensité, et des sources minérales ont disparu.

Du reste, au milieu des sites de Terceira, le peintre et le dessinateur peuvent amplement donner carrière à leur génie ; les formes heurtées et rudes des montagnes, des précipices et des cavernes, l'aspect âpre et austère des régions volcaniques, s'y marient sans cesse au plus délicieux paysage. En général, le Sommet des hauteurs y est couvert de taillis, d'impénétrables broussailles, de cèdres rabougris, d'arbustes presque arborescents, tels que le myrte, le genévrier, le buis, tandis qu a leur base et dans les vallées croissent le pin et le hêtre. Terceira est, d'après les indigènes, celle de toutes les Iles Cjui a le plus de gibier; elle abonde, disentils, en lapins, cailles, bécasses et perdrix; mais le capitaine Boid dit n'y avoir vu que des myriades de lapins et une quantité prodigieuse de pigeons. L'Ile est bien arrosée. On y recueille du froment, du maïs et des fèves en abondance ; des pommes de terre, beaucoup de fruits, entre autres des citrons et des oranges; du chanvre, du lin, du pastel, du vin, dont la plus grande partie est convertie en eau-de-vio, etc. On y élève aussi du gros et du menu bétail, des porcs très-estimés pour la délicatesse de leur chair, des chèvres, des chevaux et de la volaille. La mer environnante est très-poissonneuse, et les côtes abondent en tortues et eu huîtres. On y fait des fromages et des jambons renommés. Voici la manière toute particulière dont ou y fait le beurre, qui est exquis : on met une certaine quantité de crème dans une calebasse, à laquelle des femmes, tout en vaquant à leurs autres occupations, impriment un mouvement rotatoire rapide, jusqu'à na que le beurre soit formé; on Je retire alors et on le sale immédiatement. Enfin, on fabrique à Terceira une assez grande quantité ds toiles. Le commerce, qui a particulièrement lieu avec l'Amérique du Sud et surtout avec le Brésil, est assez actif, et se fait sur le vin, les toiles, la graine de lin et le pastel. Les habitants, qui se livrent particulièrement k l'agriculture, à l'éducation du bétail et à la navigation, sont doux et plus civilisés que eeux des autres îles. Terceira n'a point de port; les seuls mouillages sont Angra et Praya. L'île de Terceira est célèbre dans l'histuire par sa fidélité envers ses souverains. Le roi d'Espagne Philippe H, qui s'était emparé du Portugal dès 1580, ne put la soumettre qu'en 1583. Cette lie fut, de 1829 à 1833, pendant l'usurpation de doin Miguel, le siège du gouvernement de dona Maria.

TERCEIRA (Antonio-José du Souza Manokt,

B MENliZHS DK NORONHA, duc DIS), comte DK

VilLaFLor, homme d'Etat et général portugais, né en 1792, mort à Lisbonne en 1860. 11 débuta duns la carrière des armes pendant la lutte soutenue par la péninsule ibérique contre la domination de Napoléon, combattit sous les ordres de Wellington et parvint au grade d'officié;' d'état-major. Après la paix, il se rendit at> lirésil (1816), devint colonel et fut successivement gouverneur de Para et de Bahia. En 1821, il revint en Europe avec le roi Jeun VI, devint aide de camp de l'infant et fut nommé général en 1823. A la,mort de ce prince (1826), le comte de Villaflor, qui était gouverneur de l'Alentejo, se prononça en faveur des idées libérales et de la tille de dom Pedro, dona Maria, proclamée reine de Portugal. 11 battit les partisans de dom Miguel et reçut le grade de maréchal. Mais, peu après, doin Miguel s'étunt emparé de la régence, le comte de Villaflor fut destitué de ses emplois et dut s'enfuir à bord d'un bâtiment du guerre anglais. Après avoir passé quelque temps à Londres, il retourna en Portugal (1828), tenta sans succès de secourir la ville d'Oporto, assiégée par les troupes du régent, passa l'année suivante dans l'île de Terceira, s'empara de tout l'archipel des Açores et reçut de dom Pedro Je titre de duc de Terceira. Il prit ensuite parla l'expédition de 1831, et, après la vie- ! toire navale remportée sur les tniguélistes par Napier, il débarqua Jans les Algarves, contribua puissamment au succès de li bataille d'Almada et rit son entrée à Lisbonne le 24 juin 1833. Le duc de Terceira commença par décréter une amnistie et par réduire les impôts, puis il prit des mesures énergiques pour empêcher les iniguélistes, ralliés sous les ordres du général français de Bourmont, de faire un mouvement offensif sur la capitale, les chassa de Santarem, remporta sur eux de nouveaux succès et les défit au combat d'Asseiceha (16 mai 1834), qui détermina, dix jours plus tard, la capitulation d'Evôra, laquelle mit fin à la guerre civile. Dona Maria et le parti constitutionnel triomphaient. Mais si les iniguélistes se voyaient forcés de renoncer à leurs prétentions, il n'en était pas de même des démocrates. Le duc de Terceira, devenu premier ministre (183C), s'attacha à maintenir dans sou intégrité la charte de doiu Pedro; mais il fut violemment renversé du pouvoir vers lu fin de cette même année. Ayant vainement essayé d'amener une contre-révolution, il resta à l'écart des

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affaires jusqu'en 184S, époque où Costa-Cabral rétablit la charte et appela le duc au ministère de la guerre, qu'il garda peu de temps. En 1848, une nouvelle insurrection démocratique éclata. Le duc de Terceira voulut étouffer l'insurrection d'Oporto ; mais il tomba entre les mains des insurgés, et lorsque, quelque temps après, Costa-Cabral eut été appelé à former un nouveau ministère conservateur, le duc ne fut point désigné pour en faire partie. Lorsque, en 1851, je parti démocratique se souleva de nouveau à 1 appel de Saldanha, le due de Terceira essaya vainement, sur la demande de la reine, de former un ministère et de tenir tête à l'orage ; il dut céder, et, à partir de ce moment, il vécut presque complètement à l'écart des affaires. Le duc de Terceira était grand échanson, grand écuyer, gentilhomme de la chambre, pair du roj'aume et président du conseil supérieur de justice militaire, enfin ministre et secrétaire d'Etat honoraire.

TERCER ou TERSER v. a. ou tr. (ter-sé — du lat. terlius, troisième). Agric. Labourer pour la troisième fois, en parlunt d'une vigne : Tiîrcer une vigne.

TBHCEUE, rivière des provinces unies de Rio-de-la-Plata. Elle descend du versant S. des inonUignes de Cordova, à 90 kilom. S.-O. de Cordova, coule au S.-S.-E., sa tourne ensuite à l'E. et se jette dans le Parana, après un cours de 750 kilom.

TBRCERBou TERCEIRA, Ile du groupe des

Açores. V. Tercisira.

TERCET s. ni. (tèr-sè — du lat, tertius, troisième). Littér. Couplet, stance de trois vers,: Le sonnet est composé de deux quatrains et de deux tkrckts.

Il voulut que six vers, artislement rangés, Pussent en deux tercets par le sens partagés.

Boileau.

— Agric. Instrument dont on se sert pour tercer les vignes.

— Encycl. Littér. Les stances de trois vers, on tercets, sont rarement employées dans la poésie française sans mélange d'autres stances, et même, unies à d'autres rhythmes, l'usage en est peu fréquent. On on trouve quelques exemples dans les choeurs à'Esther et d'Athalie. Ainsi, dans le premier chœur A'Esther : Le Dieu que nous servons est le Dieu des combats ;

Non, non, il ne souffrira pas Qu'on égorge ainsi l'innocence.

Hé quoi! dirait l'impiété, Où donc est-il ce Dieu si redouté Dont Israël nous vantait la puissance?

Cette manière de construire le tercet, deux rimes plates suivies d'une rime isolée à laquelle répond ia dernière rime du second tercet, est la plus simple. C'est celle qu'a aussi employée J.-B. Rousseau :

Quel bouheur! quelle victoire I Quel triomphe I quelle gloire!

Les Amours sont désarmés.

Jeunes cœurs, rompez vos chaînes; Cessons de craindre les peines Dont nous étions alarmés.

{bitme, cantate.)

On peut aussi construire les tercets avec deux rimes uu lieu de trois ; dans ce cas, chaque rimo est triple. Les tercets qui terminent obligatoirement le sonnet sont disposés comme duns les exemples cités plus haut, sauf que, dans le sonnet régulier, le troisième vers du premier tercet doit rimer avec le second vers du deuxième tercet, et non avec le troisième. Quel que soit l'entrelacement des rimes, leur série n'en est pas moins close au second tercet, et c'est ce qui explique pourquoi ce rhythme est peu usité; deux tercets équivalent ainsi à un sixain coupé en deux; aussi dans les poëmes de longue haleine a-t-on employé le sixain de préférence au tercet.

Le tercet construit sur une seule riin>; triple se prêterait davantage a un long développement; mais il a le défuut d'être monotone. Racine l'a employé accidentellement dans un des chœurs d'Athatie :

Cieux. écoutez ma voix; terre, prête l'oreille 1 Ne dis plus, 6 Jacob, que ton Seigneur sommeille I Pécheurs, disparaisses! le Seigneur se réveille ! Brizaux a éorit sur ce rhythme un assez grand nombre de petits poèmes, qu'il appelle ternaires, où un tercet a triple rime masculine alterne avec un tercet à triple rime féminine. C était uu rhythme assez usité dans les anciennes proses de la liturgie catholique :

Vies irse, dits ilta Solvet sxclum in favilla.

Teste David euni sibtjlla.

Quanlus tremar est futuru* Çuandojudex est vcnlurus Cvncta aincté discussurus. . .

Les Italiens, qui emploient le tercet pour écrire de longues compositions, des épopées telles que la JJwine comédie, ont imaginé un croisement jjle rimes triples tel que la série des rimes nést pas close au second tercet. C'est ce qu'ils appellent la terza rima. Le premier tercet étaut construit de cette façon :

Noi leggevamo, un giorno, pe» diletto, Di Lancilolto, e corne amor lo strinse; Soii eravamo, e sens' ulcuu sosjjelio,

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la rime intérieure, strinse, fournit les deux rimes extérieures du tercet suivant :

Per pîû fuite, gli occhi i sospinse Questa Icttura e scoloroci il visa ; il a tolo fù impunlo çue! cfte ci iriiise.

La rime intérieure viso fournit à son tour les rimes extérieures du troisième tercet, et ainsi de suite. La disposition des rimes dans cette combinaison peut se figurer ainsi : a b a, 6 c b, c d c, d e d, e f e, f g f, etc. La rime a a du premier tercet seule n'est pas triple ; il en est de même de la rime intérieure du dernier tercet du poème; on clôt la pièce de vers ou le chant par un vers isolé : y s y, s.

Quelques poètes français contemporains ont employé ce rhythme difficile. En voici un exemple emprunté aux Stalactites de M. Th. de Banville :

Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites, Tout un jardin s'accroche au rocher spongieux, Lis de glace, rûseaux, lianes, clématites.

Des fhyrses pâlissants, bouquets prestigieux, Naissent, et leur éclat mystique divinise Des villes de féerie au vol prodigieux.

Voici les Alhambras où Grenade éternise Son trèfle pur; voici les palais aux plafonds En feu, d'où pendent clairs les lustres de Venise. Transparents et pensifs, de grands sphinx, des griffons Projtttunt das regatds longs et mélancoliques Sur des dieux monstrueux aux costumes bouffons...

TERCIADE adj. (tèr-si-a-de ~ du lat. terthts, troisième). Comm. Qui occupe le troisième rang, qui est de troisième qualité : Vanille tisrciade. h On écrit aussi tehtiade. j

TERCIEK (Jean-Pierre), diplomate fran- j çais, ne à Paris en 1704, mort dans la même ville en 1767. Son père était un Suisse du canton de Fribourg. Il étudia le droit sous la j direction de l'avocat Bairé, qui devint son protecteur et le présenta au marquis de Monti, ambassadeur de France en Pologne. Ce diplomaje, chargé de préparer les Polonais à rendre le trône k Stanislas, après la mort d'Auguste II, emmena avec lui Tercier, en qualité de secrétaire (1729). Lorsque le moment d'exécuter ce projet fut arrivé, Tercier fit traverser en secret Ja Pologne k Stanislas et le tint caché pendant plusieurs jours dans Ba chnmbre k l'ambassade. Bientôt après, Stanislas dut s'enfuir, et. ce fut encore Tercier qui le iit évader, à travers les armées lusses, sous le costume d'un paysan. Furieux de n'avoir pu s'emparer du roi de Pologne, le maréchal Munich donna, contre le droit des gens, l'ordre d'arrêter Monti et Tercier, qui subirent une longue détention dans plusieurs villes. Enfin, en 1736, Tercier revint en France, la santé profondément altérée. Pour ie récompenser de son dévouement, Stanislas lui lit une pension et lui donna des lettres de noblesse. Envoyé en 1748 avec le comte de Saint-Séverin à Aix-la-Chapelle, il prit une grande part aux négociations qui aboutirent à un traité de paix, puis il devint premier commis au ministère des affaires étrangères et censeur royal. Dans ces dernières fonctions, i'. laissa imprimer sans opposer son veto le livre de l'Esprit d'Helvétius (1758), et perdit pour ce fait ses deux places; mais, comme il avait conservé la confiance du roi, il reçut une pension de 6,000 livres, une rente de 4,000 livres réversible sur sa femme et ses enfants et fut chargé de diriger la correspondance secrète de Louis XV avec ses agents à l'étranger. Tercier consacra le reste de sa vie à 1 étude. Il était depuis 1747 membre de l'Académie des inscriptions, dont le recueil contient d'intéressantes dissertations de lui. C'était un homme d'un caractère aimable et gai, très-versé dans la connaissance de l'histoire et qui parlait fort bien l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol et le polonais. La bibliothèque du ministère des affaires étrangères possède en manuscrit des Mémoires historiques et poliligues de Tercier, formant environ 15 volumes.

TERCINE s. f. (jtèr-si-ne — du lat. tertitts, troisième). Bot. Troisième enveloppe de l'embryon.

TEKCIS, village de France (Landes), cant., arrond. et à 7 kiloin. de Dax, à 59 kilom. de Mont-de-Marsau, sur le Leuy; 742 hab. Ce- I lebre par ses eaux thermales sulfureuses. ' Il possède, dit M. Adolphe Joanne, un établissement thermal, très-fréquenté pendant la belle saison. Les eaux minérales sont tellement abondantes que dix-huit minutes suffisent pour remplir les deux bassins destinés k les contenir. L'eau de -Terris est limpide, douce, très-onctueuse au toucher; elle offre k sa surface une substance blanche, floconneuse, qui, sechée, répand en brûlant une odeur de soufre; sa saveur est légèrement salée et piquante ; son odeur est un peu hépatique ; sa tempéruture est constamment de 4l",2. Analysée par MM. Thore et Meyrac, . elle a fourni par litre :

gr. mil. j

Carbonate de magnésie. . . . 0,085

— de chaux 0,042

Sulfate de chaux 0,021

Soufre 0,011

Chlorure de sodium 2,124

— de magnésium. . . 0,223 Matière terreuse insoluble. . 0,032

TE RE

L'eau de Tercis, connue de temps immémorial et probablement à l'époque romaine, émerge d'un rocher calcaire ; elle est excitante; elle agit sur la peau et sur les muqueuses à la manière des' eaux sulfureuses, et, par la proportion notable de chlorure sodique qu'elle renferme, elle est tonique et reconstituante et peut aussi remplir les mêmes indications que certaines eaux purgatives de l'Allemagne. La vallée- du Leny est charmante et offre des sites riants et pittoresques.

tercol s. m. (tèr-kol), Ornith. Nom du torcol, dans quelques provinces.

TERCOU s. m. (tèr-kou). Ornith. Syn. de

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