V. Huoo
■ C'était dans les années qui suivirent immédiatement la révolution de 1830... On venait de renversertrès-héroîquement un grand pan de muraille qui cache l'avenir; on découvrait un horizon inconnu et qui semblait immense; on pouvait distinguer de loin la terre promise, ce qui vaut peut-être mieux que d'y entrer; les hommes, enfin, avaient l'imagination et les -choses avaient le mirage. •
Paul Meurice.
o Malesherbes, ce Franklin de vieille race, avait très-nettement embrassé la société moderne dans ses articles fondamentaux; il l'avait d'avance prévue et anticipée; mais, s'il ne s'était pas trompé sur le but, il s'était fait illusion sur les distances et les incidents du voyage. Il avait, en un mot, cru à la terre promise avant le passage de la mer Rouge.» Sainte-Beuve.
« Les peuples vont où Dieu les mène ; si éloignée que soit la terre promise, si grand que soit le nombre des générations qui devront succomber à la tâche pendant ce long et rude voyage, les générations vivantes y marchent avec une entière confiance, avec cette foi profonde que rien n'ébranle, et que nous sommes heureux de partager. •
Louis Jourdan.
« Le frère et la sœur commençaient à trouver l'atmosphère de la rue Saint-Denis malsaine, et l'odeur des boues de la halle leur faisait désirer le parfum des roses de Provins. Ils avaient k la fois une nostalgie et une monoiuanie contrariées par la nécessité de vendre leurs derniers bouts de fil, leurs bobines de soie et leurs boutons. La /erre promise de la vallée de Provins attirait d'autant plus ces Hébreux , qu'ils avaient réellement souffert pendant longtemps, et traversé, haletants, les déserts sablonneux de la mercerie. >
Honoré de Balzac.
Terre (théorib DE la), ouvrage de Buffon publié en 1749. Buffon y explique par lit seule action des eaux l'état actuel du globe. Il appuie cette théorie sur trois grands faits, la présence des coquilles et autres productions marines dans les lieux les plus éloignés de la mer et jusque sur les sommets des plus hautes montagnes, la disposition constante des matières qui composent la terre en couches parallèles et horizontales, la correspondance constante des" angles saillants d'une montagne avec les angles rentrants de la montagne voisine. Les coquilles sont des témoins que la mer a laissés de son action et de son passage. Les couches parallèles et horizontales ne peuvent avoir été formées que par le mouvement et le sédiment des eaux. Les angles correspondants des montagnes et des collines ne peuvent avoir -d'autre caus« que les courants de la nier. Cette Théorie, qui fait de la terre un fond de mer, serait irréprochable, si les trois faits sur lesquels elle est fondée n'étaient pas incomplets, ne souffraient pas d'exception, en un mot, pouvaient être généralisés. « Au moment où parut la Théorie de la terre, dit M. Flourens, l'histoire du globe, la science de la terre n'était qu'un chaos où tout se trouvait confondu, les laits et les hypothèses, les observations et les conjectures. Buffon démêla toutes ces choses. Avec l'autorité que donne le génie, il mit d'un coté les faits et les observations, ec de l'autre les hypothèses et les conjectures." • La Théorie de la terre, dit M. Nisard, est le premier ouvrage français où l'éloquence, comme on l'entendait au xviie siècle, c'est-àdire l'art de persuader lit vérité, a passé des lettres dans la science, et mis au service des vérités de l'ordre physique la grande langue employée jusqu'alors à l'expression des vérités de l'ordre moral... Je ne sais rien de plus imposant et de plus entraînant tout à la fois que cette histoire de la formation des montagnes au fond de la mer. Buffon conçoit Je phénomène comme une supposition, mais il le raconte comme un spectacle dont il est témoin... Buffon est pompeux parce que la pompe sied aux peintures des choses merveilleuses. Ces phrases qui se développant avec une sorte de majesté sévère semblent
représenter le mouvement lent et irrésistible dont la nature accomplit ses créations. »
Terre ei ciel, essai de philosophie, par Jean Reynaud (1854), un livre capital de notre temps. Le rêve généreux qui anime les pages de ce beau livre, c'est la conciliation impossible de la philosophie et de la religion. Suivant M. Jean Reynaud, l'heure de cette conciliation a Sonné. Il juge que depuis deux cents ans l'astronomie, la |ihysique, la géologie, l'histoire naturelle et l'histoire ont transformé l'idée qu'on se faisait de la nature, et que l'idée ainsi acquise doit à son tour aujourd'hui transformer les dogmes chrétiens, mais il juge eu même temps que les anciennes croyances contiennent autant de vérité que les découvertes modernes, que la tradition et l'autorité ont les mêmes droits à notre foi que l'examen et l'expérience, et que, loin de renverser la religion, il faut en faire la première pierre du nouvel édifice. Pressé entre deux méthodes et deux doctrines, il ne peut se résoudre à sacrifier ni l'une ni l'autre.
L'ouvrage a deux grundes divisions : la Terre, le Ciel; mais il est subdivisé en six parties : la 2'erre, les Ages , le Premier homme, le Ciel, les Anges , V Enfer. Pour exposer ses idées et leur contradiction possible, Jean Reynaud a employé la forme du dialogue. Un théologien et un philosophe prennent tour à tour la parole. Le théologien représente saint Thomas et Bossuet, les deux plus grands interprètes de l'esprit théologique; le philosophe représente k la fois la liberté de penser, la science moderne et le mysticisme indépendant. C'est l'incarnation même de l'auteur.
« Des deux personnages qu'il met en scène, dit M. Taine, le théologien arrive firdinairenient le premier et expose la croyance de l'Eglise. Le philosophe écoute respectueusement, admet le fond du dogme, puis présente des interprétations, des adoucissements, des restrictions et dci accommodem»nt-5 de toute espèce. Il ne veut pus renverser le christianisme, mais luffermir; il prétend le ramener à ses origines, lui rendre son sens primitif, le pousser dans sa voie naturelle; il est plus chrétien que les chrétiens. Il oppose au théologien non-seulement les découvertes et l'esprit moderne, mais les Ecritures et l'esprit ancien. Il l'engage à abandonner l'enfer et les peiues éternelles, non-seulement au nom de la justice et de l'humanité, mais encore au nom des livres saints et de la primitive Eglise, qui a proclumé l'éternité de l'institution de l'enfer, mais non celle des peines individuelles. >
L'ensemble de cette œuvre est si vaste qu'il est difficile d'en donner un résumé succinct. Tous les problèmes qui se rattachent à l'origine des mondes, à la création, à la vie présente et à la vie future y sont l'objet d'une exposition et d'un examen où les idées mystiques de M. Jean Reynaud se donnent libre carrière.
Dans la première partie intitulée Terre, l'auteur étudie les conditions astronomiques de notre planète et ses révolutions antérieures. Sa science profonde et la puissance de son imagination l'élèvent très-haut. L'histoire géologique du globe, les périodes successives qu il parcourt, soUs le uom d'âges, lui donnent l'occasion des descriptions les plus grandioses; l'apparition de l'homme enfin le fait pénétrer dans les plus ardus problèmes. M. Jean Reynaud est un apôtre de la métempsycose ; il croit que l'homme « est aux travaux forces sur ce point égaré da l'univers où nous nous rencontrons. »
La partie intitulée Ciel est une excursion extatique dans l'espace. Les dogmes chrétiens, les dogmes païens et le mysticisme particulier de l'auteur s'y trouvent associés avec une grande poésie. Jean Reynaud qui, dans la première partie, a admis le péché originel et la rédemption, admet ici la résurrection, les anges, l'enfer. En mêlant au dogme de- la résurrection le mythe platonique de l'androgynte, il compose un paradis assez semblable, comme le fait remarquer le théologien, au paradis de Mahomet ; mais la persistance des formes corporelles , devenues seulement plus parfaites, et les différences sexuelles lui paraissent la condition essentiolle du dogme. Pour ce qui regarde les unges, Jean Reynaud ne fuit que commenter ce qu'en ont écrit les docteuts du moyen âge, aont il accepte les croyances; mais quoiqu'il admette qu'il y a des peines après la vie, l'enfer n'est pour lui qu'une conceptioa barbare indigne dêtre attribuée à Dieu.
« Tandis que d'autres philosophes , dit M. Hippolyte Rigaud, combinent le progrès et le matérialisme, M. J. Reynaud est, pour ainsi dira, le docteur séraphique de la religion da ia perfectibilité. Il s'est chargé d'une tâche qui aurait effrayé des esprits moins hardis et moins puissants que le sien, celle de fondre en un seul deux systèmes, celui do la métempsycose et celui de la perfectibilité indéfinie, et, par surcroît, de les concilier tous deux avec le christianisme , non tel que la tradition l'enseigne , mais tel qu'il le comprend, en un mot de commenter l'Evangile avec Pythagore et Condorcet. Son livre est un mélange de philosophie et de théologie. Ses persounages, un philosophe et un théologieu, représentent, pour ainsi parler, le dédoublement de sa propre personne; car M. J. Reynaud se compose d'un théologien et
TERR