‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 1056 sur 1059 · TERS · texte numérisé non relu

TERS

d'une bénignité de mœurs extraordinaire. (Cha teaub.)

— Encycl. Sous cette dénomination , on comprit, quelques mois après le 9 thermidor, tous ceux qui s'élevaient contre la réaction dont cette journée avait été le signal. Leur désarmement fut ordonné par décret, puis leur arrestation. Ces mesures frappaient principalement les révolutionnaires qui avaient exercé des fonctions publiques pendant la Terreur, Les prisons furent bientôt encombrées de ces nouveaux suspects, et les royalistes les égorgèrent par centaines à Lyon, à. Tarascon et a Marseille. Les commissaires de la Convention, parmi lesquels il faut citer Cadroy et Isnard, dirigèrent eux-mêmes le poignard des assassins. Pourtant, lorsque les thermidoriens virent que l'effet de ces persécutions était, de relever les espérances des ennemis de la république, ils firent élargir un grand nombre de patriotes qui défendirent courageusement la Convention nationale au 13 vendémiaire. Le 4 brumaire suivant (26 octobre 1795), une amnistie leur ouvrit les portes des prisons. Là finit la dénomination de terroriste, qui fut remplacée, sous le Directoire, par celle d'anarchiste.

TERROU s. m. (tè-rou — rad. terre)'. Min. Un des noms vulgaires donné par les ouvriers au gaz hydrogène protocarboné des mines, appelé aussi feu grisou.

— Adjectiv. : Feu terrou.

TERRURE s. f. (tè-ru-re Agric. Syn. de terrage.

rad. terrer).

TERRY (Edouard), voyageur anglais, ne vers 1590, mort on ne sait à quelle époque. 11 accompagna, en 1615, comme chapelain, Thomas Roe, ambassadeur de la Urunde-Bietagne auprès du Grand Mogol, et recueillit au cours de cette excursion une foule d'observations curieuses, qu'il consigna dans un ouvrage qui ne fut publié que vers la fin de la vie ou peut-être même après la mort de l'auteur. 11 a pour titre : Voyage aux Indes orientales^ dans lequel sont décrits notre traversée jusqu'à ces pays, le séjour que nous y avons fait, le riche et vaste empire du Mogol (Londres, 1655, in-8»; 1778, m-8<>). A côte de faits qui dénotent une assez grande crédulité de la part de l'auteur, cette relation renferme sur cette contrée lointaine une foule de détails dont les observations des voyageurs modernes ont pleinement confirmé la véracité. A son retour eu Angleterre, Terry était devenu recteur d'une paroisse du Middlesex, où il résida jusqu'à sa mort. Un abrégé de sa relation, qui avait paru dans les Pèlerins de Purchas (1625), a été traduit en français et inséré dans la collection de Thévenot.

TERSA s. m. (tèr-sa). Ornith. Syn. de tersine.

TERSA, rivière de la Russie d'Europe. Ella prend sa source à 27 kilom. S.-E. de Bala-

chev, dans le gouvernement ne Saratov, coule au S., puis au S.-E., et, après un cours d'environ 200 kilom., se jetto dans la Medvieditza.

TERSAN (Charles-Philippe Campion de), antiquaire français, né à Marseille en 1730' mort en 1819. Il entra dans les ordres, fit ensuite un voyage en Italie, et, passionné pour les antiquités, il réunit à l'Abbuye-aux-Bois une des plus curieuses collections d'objets d'art. Dans sa vieillesse, il se vit réduit à vendre un grand nombi e des objets les plus précieux de son cabinet. Campiou de Tersan avait fait des recherches particulières sur les inscriptions chrétiennes portant la formule sub ascia et prétendait y trouver une représentation formelle du signe de la croix. Il a, publié avec Gosselin le Catalogue des médailles de d'Ennery (1788, in-40). H avait fait graver 130 planches représentant des antiquités recueillies dans une ancienne ville romaine située sur la montagne de Chàtelet, près de Saint-Dizier, et il se proposait d'écrire sur les arts et métiers des anciens un grand ouvrage qui n'a pas vu le jour.

TER-SCHKLL1NG, lie de la mer du Nord, située sur la côte septentrionale de la Hollande, à qui elle appartient, dans la province de Frise , arrondissement de Leeuwarden, à 4 kilom. de l'île d'Amland, par 53» 25' de latit. N. et 130 de longit. E. Elle a 25 kilom. de longueur sur 4 kilom. environ de largeur et est séparée de la côte par le détroit du Waden. Cette île est protégée contre les irruptions de la mer par des dunes et des bancs de sable. On y trouva de beaux pâturages et un phare. Les habitants, au nombre d'euviroa 2,000, s'adonnent surtout à la pèche.

TERSER v. a. ou tr. V. tkrcer,

TERSERUS (Jean), prélat suédois, né en Dulécarlie en 1005, mort à une époque inconnue, A la suite d'un voyage en Allemagne, il entra dans le d ordres et parvint rapidement à l'évêché d'Abo; mais une explication qu'il donna du catéchisme de Luther excita contre lui un violent orage (1SS3) et lui lit perdre son siège épiscopal. Il remplit alors les plus humbles fonctions ecclésiastiques jusqu'en 1071, époque où il succéda a son ennemi Euaiider comme évêque de Linkœping. On lui doit, outre des Sermons et des Lettres ; une Explication du catéchisme (Abu, 16G3)' Relation d'une assemblée de notables en IG60' insérée dans les Particularités historiques. '

TERT

TEBSET s. m. (tèr-sô — rad, terser). Agric. Iloue à fer large et à manche court.

TERSINE s. f. {tèr-si-ne). Ornith. Genre de passereaux, de la famille des coiingas, dont l'espèce type habite le Brésil : La tersine bleue.

TERSTEEGEN (Gérard), écrivain ascétique allemand, né à Mcers en 1697, mort en 17C9. Issu d'une famille peu aisée, il fut successivement commis négociant, tisserand et relieur et se relira des aifaires en 1730 pour se consacrer entièrement à la littérature ascétique et au « travail pour le royaume de Dieu, i II déploya une grande activité comme prédicateur dans les assemblées pieuses et entreprit de Mulheim, où il avait fixé sa résidence, plusieurs voyages dans le grandduché de Berg et dans les Pays-Bas pour y réunir autour de lui les « réveillés. » Il obtint le plus grand succès, surtout parmi les basses classes de la société, et se fit connaître dans toute l'Allemagne par ses poésies religieuses. On a de lui, entre autres écrits : le Petit jardin fleuri; Mies de pain; la Voie de ta vérité; Prières (Mulhouse, 1853,2e édit.) et Lettres. Keerlen a publié sa biographie (Mulhouse, 1853, 2e édit.).

TERTIADE adj. V. TiiRCIADE.

TERTIAIRE adj. (tôr-si-è-re — du lat.

tertius, troisième). Qui est placé au troisième rang.

— Géoi. Terrains tertiaires, Terrains de sédiment superposés aux grands dépôts de craie. Il Période tertiaire, Période de formation des terrains tertiaires.

— Bot. Pédoncule tertiaire, Pédoncule qu' naît sur un pédoncule secondaire.

TERTIANAIRE adj. (tèr-si-a-nè-re — du lat. tertius, troisième). Paihol. Qui a rapport k la fièvre tierce. Il Peu usité.

— s. f. Bot. Nom vulgaire des scutellaires ou toques.

TERTIO adv. (tèr-si-o — mot lat formé de tertius, troisième). Troisièmement, en troisième lieu ; s'emploie quand on compte par les adverbes latins primo, secundo.

■ TERTIUS DE LAKIS (Franciscus), naturaliste et physicien italien. V. Lana-Terzi. •

TERTRE s. m. (tèr-tre. — Estienne faisait venir ce mot du grec terthron, sommité d'une chose; mais liiez le rapporte au latin et il l'explique par terne torus, élévation de terre. Cette étj'molog'ie de Wiaz est appuyée par le grec gêlophos, qui a précisément la même signification et qui est formé de la même manière), Elévation peu considérable de terrain, isolée de toute part; monticule : Nous sommes émus, à la vue d'un petit tertre gui couvre les cendres d'un enfant aimable, par te souvenir de son innocence. (B. de St-P.)

— Techn. Sorte d'établi sur lequel les tanneurs préparent les mottes de vieux tan.

— Nom donné, dans le haut Languedoc, à la terre d'un fossé rejelée du côté des champs.

TERTItE (Jacques du), missionnaire français. V. DUTKRTRK.

TERTRÉA s. in. (tèr-tré-a — de Dutertre voyageur fr.). Bot. Genre d'arbrisseaux, do la famille des rubiacées, tribu des cofféacées, dont l'espèce type croît à la Martinique.

TERTOIiLIANISMEs.m.(tèr-tu-li-a-ni-sme).

Hist. relig. Opinions, doctrine des tertullianistes.

TERTULLIANISTE s. m. (tèr-tu-li-a-niste). Hist. relig. Partisan des idées montanistes de Tertullien.

TERTULLIEN (Quintus Septimus Florens), célèbre Père de l'Eglise latine, né à Carthuge vers l'un .160 de noue ère, mort vers l'an 230. C'est une des ligures les plus originales du panthéon ecclésiastique. Son père, un centurion romain au service du proconsul d'Afrique, lui fit donner une instruction soignée. On le voit, dans ses écrits, faire preuve, sinon d'une critique judicieuse, du moins de connaissances nombreuses pour le temps en histoire, en jurisprudence, en philosophie et en sciences naturelles. Comme tous les jeunes gens qui aspiraient alors à se distinguer dans les carrières libérales, il apprit le grec et en vint à le posséder au point de pouvoir écrire dans cette langue plusieurs ouvrages, qui malheureusement ne nous sont point parvenus. Son père le destinait à entrer dans l'administration impériale, et son étude de prédilection fut d'abord celle du droit romain. Sa réputation comme jurisconsulte était encore trèsgrande au temps d'Eusèbe de Césarée (ive siècle), et même on a parfois voulu reconnaître en lui ce Tertillus ou Tertullianus auquel sont attribués quelques fragments conservés dans les Pandectes. Ce qui est plus certain, c'est que bien des passages obscurs du droit romain trouvent dans ses écrits leur explication et que, dans son style, dans ses raisonnements faVoris, dans toute sa manière de comprendre et de discuter les choses religieuses, on discerne à chaque instant les défauts et les qualités de l'ancien avocat.

Ses parents étaient païens. Lui-même partages jusqu'à son âge mûr leur préférence pour les croyances antiques et leur dédain du iliribtianisme. Hiec et nos risimus, « Et moi aussi j'ai ri de tout cela, » dit-il dans son Apologie, adressée à ses anciens coreligionnaires. Quelques aveux, échappés dans la cha-

TERT

leur des controverses ultérieures, nous donnent même lieu d'ajouter que sa jeunesse se ressentit des mœurs relâchées, alors si générales au sein des familles riches. Les calculs les plus plausibles placent la date de sa conversion entre sa trentième et sa quarantième année. Du reste, Tertullien est encore du nombre de ces écrivains chrétiens des temps primitifs dont les ouvrages furent nombreux, très-répandus, très-influents, dont le rôle fut très-considérable, sans que l'hUtoire ni même la tradition uient conservé sur eux de ces données biographiques et chronologiques dont on pourrait se servir pour constituer avec quelque précision le récit de leur vie. On doit se contenter pour eux des conjectures que l'on peut induire de leurs ouvrages mêmes, et quand on a fixé la date de la conversion de Tertullien au christianisme aux environs de l'an 190, et celle de son opposition déclarée à l'Eglise catholique épiseopale vers l'an 800, on a dit tout ce qu'il est possible d'affirmer avec quelque sécurité.

En revanche , il est peu d'écrivains dont il soit plus facile de retracer la physionomie morale d'après ce que leurs ouvrages révèlent de leur caractère et de leur génie individuel. Ainsi, l'on peut affirmer que son passage au christianisme fut déterminé par l'ascendant qu'exerça sur son esprit, mécontent des hommes, des choses et surtout de lui-même, le spectacle de la famille chrétienne aux prises avec les persécutions et les séductions du vieux paganisme. « C'était une nature impétueuse et ardente, dit M. Réville, que celle de ce Romain d Afrique, chez qui l'esprit positif et dominateur de sa race se mêlait au génie sombre et violent qui semble indigène sur la vieille terre punique. Ce ne fut pas le christianisme doux et miséricordieux, celui de la mansuétude infinie et de l'activité joyeuse et confiante, qui l'attira. Ce ne fut pas non plus ce christianisme spéculatif, philosophie non moins que religion, qui avait déjà de son temps son type canonique dans le quatrième Evangile et allait avoir sa théologie dans la savante Alexandrie. Ce fut le christianisme de l'austérité surhumaine, de la guerre acharnée au monde et à l'erreur, de la haine inextinguible contre les ennemis du règne de Dieu. Sous ce rapport, Tertullien est uu homme de l'Ancien Testament plutôt que du Nouveau. C'est là aussi ce qui fit sa puissance au sein d'une société décrépite, énervée, dont la civilisation, presque uniquement extérieure, ne servait plus qu'à farder le servilisme et la hideuse corruption. Quand on compare les mâles accents de Tertullien au langage froid et compassé qui s'étale chez les rhéteurs et les panégyristes de cette époque, on Comprend qu'il faut à l'éloquence non moins qu'à la poésie des indignations sincères. La grande éloquence, celle qui vit de passions et de convictions généreuses, devait donc être chrétienne, et ce n'est pas faire tort à la sincérité de Tertullien, c est uniquement démêler un des motifs secrets, ignorés probablement de lui-même, qui le décidèrent à. se faire chrétien, que de dire qu'en lui le génie oratoire s'unit aux besoins de la conscience pour lui inspirer le désir d'entrer dans l'Eglise. »

Tertullien, après avoir rompu avec les traditions de son enfance, parce que le paganisme avait révolté en lui îe sens moral, devint dans l'Eglise chiétienne un catholique ardent, un partisan déterminé de la tradition reçue contre l'esprit novateur ou critique des partis religieux, qui refusaient 'd'en reconnaître l'autorité. C'est Tertullien qui, le premier, a tracé, dans un livre intitulé De la prescription des hérétiques, la théorie de la soumission absolue à la tradition ecclésiastique antérieurement à toute investigation et à tome discussion. Ni la raison ni l'Ecriture, selon lui, ne doivent être alléguées contre l'hérésie. On n'arrive à rien par là. 11 faut tout simplement refuser le débat avec elle en lui opposant le fait qu'elle est la dernière venue et que la doctrine catholique a pour elle la prescription de l'antériorité. Voilà un vrai raisonnement d'avocat transporté dans la théologie. Que si on lui demande comment le simple fidèle peut s'assurer de l'antiquité plus grande de la doctrine catholique, Tertullien répond qu'il lui suffit de savoir si la société chrétienne tiout il est membre est en communion avec quelqu'une de ces illustres Eglises dont la fondation remonte aux temps apostoliques et qui, toujours d'accord sur l'objet de la foi, l'ont transmis régulièrement et par une succession coulinue à leurs membres actuels.

Cet effroi de tout mouvement intellectuel indépendant nous explique pourquoi Tertullien fait partie de ces auteurs chrétiens des premiers siècles qui enveloppèrent la littérature et la philosophie dans la condamnation prononcée sur la religion païenne. On sait qu'au contraire les Pères grecs en général, et surtout les docteurs d'Alexandrie, reconnurent que le Verbe divin avait disséminé les germes de l'éternelle vérité chez les poètes et les philosophes, frayant ainsi la voie à l'Evangile par leur intermédiaire, chez les Grecs, comme chez les Hébreux par le ministère des prophètes. Cette belle et grande idée n'est nullement du goût de Tertullien. Pour lui, la philosophie n'est qu'une misérable singerie de la vérité, comme ces parcelles de vérité religieuse qu'on peut discerner au sein des traditions et des cérémonies païennes.

TERT

Pour mieux séduire les hommes, le diable a mêlé quelque peu de choses bonnes et vraies dans l'amas d'erreurs et de corruptions dont il a rempli l'esprit humain. Il ne faut pas s'interdire l'étude des lettres païennes, parce que c'est seulement par elles que l'on apprend à bien connaître et à bien combattre l'idolâtrie; mais voilà tout, et, quant aux philosophes, ils ont fait sciemment ce que la multitude a fait sans le savoir sous l'inspiration du démon. Le philosophe n'est qu'un

« animal glorieux, ■ gtarix animal, « interpelateur de l'erreur, » c'est-a-dire glissant-dans l'amas de faussetés qu'il enseigne quelques bribes de vérités dérobées aux prophètes de l'Ancien Testament. Socrate lui-même, « bien qu'animé d'un certain souffle de vérité, i n'échappe pas à la condamnation générale. Le seul philosophe pour lequel Tertullien se sente une certaine sympathie , c'est Sénèque, sans doute à cause de sa rigidité stoïcienne; mais il ne pardonne pas à Platon sa mielleuse faconde. Il appelle les philosophes les • patriarches des hérétiques, • Ce sont les philosophes, dit -il, qui ont communiqué aux hérétiques le mal de la recherche , cette inquiétude malsaine qui trouble l'intelligence et la pousse sans cesse à se poser de nouvelles questions. « Hérétiques et philosophes ressassent les mêmes sujets, s'embarrassent dans les mêmes détours. D'où vient le mal, et pourquoi? Et d'où vient l'homme, et comment? Misérable Aristote, toi qui leur as institué cette dialectique artificieuse a construire et rusée à détruire, aux sentences étroites, aux conjectures pénibles, aux argumentations laborieuses, désagréable à elle-même, soulevant toutes les questions de peur d'en résoudre une seule I... Tant pis pour ceux qui ont produit un christianisme stoïcien, platonicien ou dialectique I Nous n'avons plus besoin de curiosité après Jésus-Christ ni d'investigations après l'Evangile. »

11 nous reste à exposer les principes généraux de la théologie de Tertullien. En cette exposition, qui ne peut être ici qu'abrégée, nous prendrons pour guide un savant critique contemporain, M. Réville. On doit remarquer tout d'abord que, pour Tertullien, l'esprit n'est pas autre chose qu'une sorte de^orps très-subtil. Il n'y a d'incorporel que ce qui n'existe pas, dit-il catégoriquement. Si nous ne voyons pas le corps de Dieu, c'est que nos sens naturels ne sont pas assez tins pour cela. Si l'eau est l'élément du baptême, c'est qu'au commencement l'esprit de Dieu, porté sur les eaux, leur a communiqué la sainteté de son essence. Si Jean- Bapiiste, après avoir proclamé la mission divine de Jésus, a plus tard douté de lui, c'est que la portion d'esprit divin qui lui avait été accordée pour l'accomplissement de son ministère prophétique s'est retirée de lui une fois ce ministère achevé, parce que toute la substance dts l'esprit divin a dû se ramasser dans la personne du Christ. En vertu de la même tendance, Tertullien se représente la vie future sous la forme la plus charnelle ; c'est la résurrection du corps actuel, moins les infirmités qui ont pu l'affliger en cette vie, qui en est la condition indispensable, et si l'on demande à quoi pourront servir des organes désormais inutiles, Tertullien a réponse à tout : la bouche et la langue serviront toujours à parler et à célébrer les louanges de Dieu; les dents couronneront le rire éternel; les organes de la digestion et de la génération ne seront plus à charge; déjà, sur la terre, les ascètes ont réussi à se délivrer presque entièrement de ce joug. Les damnés Ù4 ùleront éternellement sans être jamais consumés, car le feu qui les tourmentera sera doué de la merveilleuse propriété de rétablir ce qu'il dévore. Les volcans ne nous montrent-ils pas que cela n'a rien que de très-possible ? Montes uruntur et durant; quid nocentes et Dei hostes! Joies et peines corporelles, Tertullien n'admet pas qu'il puisse y eu avoir d'autres. La négation de la résurrection de la chair est à ses yeux la plus pernicieuse des hérésies. « Sans elle, dit-il, toute rémunération future s'évapure dans des notions vagues qui ôtent à la religion toute sa vertu sur nos cœurs. •

Deux principes dominent, selon M. Réville, la théologie de Tertullien : le principe de simplicité et le principe de continuité. Tertullien montre un goût prononcé pour ce qui est simple, primitif, sorti tout frais éclos, si l'on peut aillai dire, du sein de la nature ou des mains de Dieu. • Tout ce qui naît est de Dieu; tout ce qui est fabriqué ou artificiel {quod fingitur) est du diable. • — « La nature est notre première école à tous; ce qui est contre nature est monstrueux, » Ce goût du primitif et du simple se retrouve partout dans ses écrits et sur tous les sujets, aussi bien dans les li- ^ tes qu'il oppose aux spéculations bizarres du gnosticisme que dans son idée favorite que la doctrine la plus ancienne est nécessairement la plus vraie, aussi bien que dans l'éloquent appel qu'il fait au christianisme naturel de l'âme humaine (anima naturaliter christiana) que dans ses furieux anathemes contre la parure des jeunes tilles et des femmes. « Si Dieu, dit-il, avait voulu qu'elles portassent des vêtements de couleurs brillantes, n'aurait-il pas pu ordonner aux moutons de produire ues laines écarlates ou bleu d'azur?»

Le principe de continuité est appliqué par Tertullien à la marche de la révélation di-

TERT

vine. Il mène de la révélation primitive de Dieu, dans toute conscience humaine, à la révélation bien autrement complexe que contiennent les livres saints et la tradition chré- , tienne. « Rien de brusque, rien de subit n'est de Dieu, dit-il aux marcionites, parce que rien n'apparatt qui n'ait été prédisposé par Dieu. • Selon lui, les choses dévient graduellement de leur simplicité première, mais gravitent ensuite vers leur reconstitution. Ce développement s'accélère au commencement et à la fin. Il ne faut donc pas s'étonner si, dans les derniers temps, les révélations et les événements majeurs se succèdent coup sur coup. Le temps est comme une grande circonférence où les points qui s'écartaient le plus d'une des extrémités du diamètre semblent ensuite se précipiter pour rejoindre l'autre. Donc, pour connaître la vérité, il faut partir de la nature primitive et suivre la ligne courbe, mais continue, qui mène peu à peu du commencement à une fin qui lui soit identique. Jésus-Christ est le premier et le dernier, l'alpha et l'oméga, parce qu'il rétablira bientôt l'humanité et le reste de la création dans l'état supposé par la perfection édénesque. Et comme les Ecritures saintes des Hébreux, les plus anciennes de toutes, croitil , mènent sans interruption du premier homme aux derniers temps, éclaircissant, développant, amenant à maturité les germes contenus dans l'âme, ce sont elles, ainsi que toutes les récentes manifestations de l'Esprit saint dans l'Eglise chrétienne, qu'il faut prendre pour guide dans la recherche de la vérité.

La doctrine de Tertullien sur la Trinité divine est assez différente de celle qui a fini par devenir orthodoxe. Il n'admet pas la personnalité éternelle du Eils. Antérieurement à la création, qui a un commencement déterminé, Dieu était seul avec lui-même, ipse sibî et mundus et tocus et omnia; mais il avait de toute éternité en lui-même sa pensée ou sa raison. Cette raison n'avait pas encore toutefois d'existence personnelle et distincte, et Tertullien a pu dire impunément en termes propres, ce qui fut, cent ans après lui, si fortement condamné dans l'urianisme ; « Il fut un temps où Dieu était sans le Fils. "Quand donc le Fils est-il sorti de la substance divine avec la conscience et la volonté distincte-! qui fout la personne? Tertullien le sait. Ce lut au moment même de la création, et le premier mot que Dieu prononça : Fiat lux, accompagna ou plutôt fut rémission du Verbe hors de son sein, car le Verbe est la vraie lumière, de laquelle provient la lumière sensible; une fois émis, il a été le serviteur de Dieu dans la création. C'est à lui que le Père parle quand il dit : o Faisons l'homme à notre image ; » c'est à lui qu'il faut attribuer les interventions divines dont il est parlé dans l'Ancien Testament; c'est lui qui a inspiré ou visité les patriarches et les prophètes.

Un autre point intéressant et particulier de la théologie d» Tertullien est Je tradueiauisme, qui nie tout à la fois la préexistence et la création distincte des âmes. Le traducianisme de Tertullien tient à sa conception matérialiste de l'àme. Pour lui, l'aine n est autre chose qu'une substance fluide, volatile, injectée par Dieu dans les conduits et méandres du corps, dont, par conséquent, elle a pris la forme. C'est là cet homme intérieur dont parle l'apôtre, et voila pourquoi la métempsycose est absurde; car comment, dit-il, voudrait-on que l'âme humaine pût s'étendre assez pour remplir un éléphant ou se resserrer de manière à tenir dans un moucheron? Tertullien, on le comprend, ne pouvait guère être embarrassé pour se prononcer sur les rapports de l'âme ainsi comprise avec l'organisme corporel. L'àme, selon lui, n'est ni préexistante au corps ni créée après lui par un acte spécial de la volonté divine, attendu que le foetus vit de sa vie personnelle, ou du moins distincte, dès le moment de la conception, et qu'un corps sans âme n'est pas autre chose qu'un corps sans vie. L'âme est transmise comme le corps par les parents aux enfants, d'où le mot traducianisme. Le corps et l'âme sont conçus en vertu du même acte gô nérateur; ils croissent ensemble, ont ensemble leur puberté, leur maturité et ne se séparent pour un temps qu'à la mort.

Tertullien, qui avait invoqué d'un ton si impérieux l'autorité de la tradition ecclésiastique, finit par tomber dans l'hérésie montaniste et mourut brouillé avec l'Eglise. Saint Jérôme pense que ce furent les mauvais procédés du clergé romain qui le poussèrent dans le schisme. Mais il paraît plus probabU que son adhésion au montamsine fut le résultat naturel de ses tendances personnelles. Ce qui le prouve, c'est que d'un bout à l'autre de ses écrits on peut discerner les principes et les dispositions qui devaient faire de lui un montaniste. Uu de ses commentateurs a dit avec beaucoup de justesse que, si Tertullien n'a pas toujours été moutanista, il a toujours été moutu?iisuns.

Voici la liste des ouvrages de Tertullien, basée, autant que faire se peut, sur les deux phases de sa vie religieuse. 10 Appartiennent à la période catholique les traités De la prière, Du baptême, A sa femme, Aux martyrs, Delà patience, De la prescription des hérétiques (la tin de ce traité n'est pas de lui). 20 Les livres De l'Apologie, Aux nations, Du témoignage de l'âme, Dupullium, Contre Hermogène, Contre les valentiniens, A Scapula Des spectacles, De

Page 1