SCIENCE CERTAINE
— Ane. loc. Avoir plus d'heur que de science, Réussir en quelque chose par l'effet du hasard plutôt que par son habileté.
— Prov. Expérience passe science, Les connaissances pratiques acquises par l'us;ige sont plus sûres que celles qui sont de pure théorie.
— Théol. Science moyenne, Science par laquelle Dieu connaît les effets et les conséquences qui doivent résulter des causes, il Science de vision, Science de pure perception intellectuelle, par laquelle Dieu sait, non pour avoir appris, mais parce que la vérité lui est présente, qu'il la voit. Il Science de simple intelligence, Faculté que Dieu a de se connaître lui-même.
— Ilist. relig. Arbre de la science du bien et du mal, Ai lire que Dieu, suivant la Bible, avait planté dans le paradis terrestre, avec défense à nos premiers parents de toucher à ses fruits.
— Chancell. De notre certaine science, pleine puissance et autorité royale, Formule des anciens édits, par laquelle le roi déclarait agir en connaissance de cause et en vertu de son autorité.
— Mar. Ligne de science, Ligne qui marque la limite iiu doublage d'une carène.
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— Syn. Science, érudition, littérature, etc. V. ÉRUDITION.
— IlnCyCl. I. DÉFINITION DK LA SCIENCE.
Domu r une définition nette et précise (tune idée générale est chose presque toujours difficile; mais les raisons de cette difficulté ne sont i as toujours les mêmes : elles tiennent tantôl à la comptéhension insuffisante de l'idée k définir, tamôtà la multiplicité des objets auxquels n été appliqué le mut dont il s'unit de dt terminer le sens. C'est Je dernier eus qui se présente quand il s'agit de définir la science. Ce mot, l'un des plus communément employés de notre langue, a reçu des applications très-variées. On le fait tantôl synonyme de savoir et tantôt de connaissance. 11 désigne tantôt lu somme de faits et de lois posstdée par un esprit particulier, et tantôt l'ensemble des faits et des lois qui sont devenus le domaine commun de l'humanité. Il s'applique tantôt à la série des faits et des lois qu'embrasse un sujet spécial, et tantôt à la somme des lois qui régissent l'univers et des faits qui les manifestent.
Sans entrer dans cette inutile série de déiînilijns, nous croyons nécessaire, aprèsavoir fait remarquer que les sciences ne sont pas la science, de donner une détinition brève de celle-ci, qui doit faire seule l'objet de cet article.
On a donné de la science bien des définition!] diverses : système des connaissances mises dans l'ordre déterminé par leurs analogies connues et leur dépendance mutuelle constatée; connaissance des modifications que comporte l'ordre universel, etc., etc., etc. La plupart des définitions qu'on a essayées ont le tort d'être inspirées par un système philosophique préconçu et o être comme le germe d'un argument en faveur de ce système, ha définition de la science doit être cunçue dans un esprit plus large et plus indépendant, et nous croyons pouvoir la donner en deux mots très -simples, qui ont, selon nous, le double avantage d'être clairs et de ne rien préjuger d'aï bitraire sur les déductions philosophiques qu'on pourra être appelé k tirer de la définition. La science, pour nous, est le savoir coordonné. Ceci demande quelque développement. Observer, comparer, abstraire, telles sont les trois opérations essentielles de l'esprit huma.n, énoncées dans l'ordre de leur succession naturelle. L'homme sent : c'est une faculté physiologique qu'il possède en commun avec l'immense majorité des animaux. L'obset vation le place uéjà dans une classe beaucoup plus restreinte, sans le classer encore da is la série des êtres qu'on est convenu d'appeler animaux supérieurs. 11 compare : ceuo faculté ne laisse à côté de lui qu'un no.iiljre d'animaux très-peu nombreux, chez qui, du reste, l'esprit d'observation n'est cousu té que d'une façon confuse, sinon hypothétique. Eiilin il abstrait, et cette opération le porte résolument en haut, presque en dehors de l'échelle animale. Observer suffit pour savoir ; comparer et abstraire sont nécessaires pour coordonner et, par conséquent, pour constituer la science. L'observation, en effet, fait connaître les faits; mais de même qu'un amas de matériaux confusément entassés ne compese pas un édifice, une collection de faits incohérents ne constitue pas la science.
Le résultat naturel de la comparaison des faits, c'est la constatation de leurs analogies el de leurs différences, ce qui conduit d'abord à les définir, c'est-à-dire à les disting îer par la détermination rie leur nature prop 'e et à les classer ensuite par séries. Ces séries, successivement accrues par les découvertes progressives, restent d abord indépendantes, ayant toute leur raison dans les unalogies spécifiques, puis se classent entre e.ies par les analogies sérielles constatées. Quand l'esprit a cuiiçu une idée générale, c'est-à-dire une an.:logie générale, sous laquelle il a pu classer plusieurs séries, quandi, a réussi a former une série de séries, il est en possession d'une science; quand il sera parvenu, s'il y parvient jamais, k trouver l'i- <-ée générale des sciences particulières, lasélic universelle des faits et des lois, il possécera la science. Mais, en attendant qu'on puisse réserver ce nom au savoir absolu, absolument eooruonné, nous l'appliquons, un peu ambitieusement, au savoir humain tel que nous avons pu l'acquérir et tel que nous avons i.u le coordonner. Dans cet édifice construit avec les matériaux entassés par les générations successives.il reste un nombre immense de lacunes que l'humanité, très-certainement, cherchera en vain à combler; mais loin d'être découragés par cette insuffisance connue, par ^et insuccès facile k prévoir, nous devons être animés par cette certitude du progrès indétini, par cette pensée que le travail est la condition nécessaire de l'esprit, pour qui le repos équivaut k la mort, et que cet aliment essentiel de l'intelligence ne lui fera jamais défaut. La science, telle que nous la possédons, estdonc un édifice incomplet et, qui pis est, incohérent dans plusieurs de ses parties ; mais l'esprit humain, sans cesse et de plus eu plus actif, est constamment occupé à en combler les vides et à en corriger l'ordonnance. Il est démontre que 1 oeuvre entreprise est inachevable, étant intime, mais il est prouvé qu'elle progresse toujours. Allons donc résolument en avant, avec la certituue que le terrain ne manquera pas sous nos pieds.
Dans la définition que nous avons donnée
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de la science, nous avons eu pour but d'être aussi large que possible ; mais quelque extension qu'on s'efforce de donner k sa pensée, on ne saurait définir qu'un objet défini, c'est-àdire limité par lui-même. C'est pourquoi, dans la définition de la science telle que nous l'avons conçue, nous n'avons pu faire entrer que le savoir, et par là même nous en avons exclu ta foi, et par conséquent la théologie. Il est nécessaire, à cet égard, d'entrer dans quelques explications.
La science, avons-nous dit, est le savoir coordonné; lathéologie, pourrions- nous dire, ce sont les dogmes coordonnés. Il y a donc, entre lu science etla théologie, malgré les prétentions de cette dernière à constituer une science, toute la différence qui existe entre croire et savoir. On remarquera bien qu'entre la science et la théologie nous ne cherchons pas pour raison distinctive la vérité, n'ayant pas à discuter ici la certitude des dogmes révélés. La vérité est essentielle à la science, qui a pour base les faits discutés par la raison; elle peut se concilier avec la foi, qui est une adhésion non raisonnée à une affirmation supposée infaillible. Mais si ia foi est conciliable avec la vérité de fait, elle est l'ennemie naturelle et déclarée de la raison, et par conséquent de ia vérité prouvée, de la vérité de droit, l'ennemie de la philosophie, l'eunemie de la science*
Affirmer est un besoin incontestable de l'esprit humain ; mais pour former la conviction, qui se manifeste par l'affirmation, deux voies existent, bien d.lférentes l'une de l'autro : croira et savoir. La croyance a sa raison en elle-même, ou plutôt se passe de rai-on ; on croit par besoin de croire, parée que c'est un penchant de la nature, penchant qu'on satisfait en fournissant k l'esprit un aliment quelconque, vérité, mensonge, hypothèse, peu importe. Le savoir a une base nécessaire , le fait; une méthode nécessaire, la comparaison et l'abstraction ; une conclusion nécessaire, la possession de la vérité. Nous négligeons, bien entendu, les erreurs d'observation ou de méthode, qui conduisent à l'illusion et n'ont de la science que l'apparence. C'est un sophisme par trop naïf que d attribuera la science les conséquences ue la légèreté de l'observation ou de l'insuffisance de l'esprit humain, pour se donner le plaisir de l'accuser d'erreur. Nous n'avons pas ici à venger la raison des attaques de la foi, à montrer dans quel sens et flans quelle limite la raison est infaillible; ce qu'il nous importe de constater dans le débat entre la science et la théologie, c'est ta différence des procédés : affiimation d'un côté et discussion de l'autre.
Nous savons bien ce qu'on nous répondra : la foi aussi discute; la foi aussi repose sur des faits, faits d'autant plus dignes de déterminer la croyance, qu'ils sont révélés, c'està-dire communiqués par une autorité infaillible. Mais la méthode historique appliquée à la connaissance des faits naturels nous parait aussi incertaine que pleine de périls. Ouvrir les livres saints ou prétendus tels pour y chercher les lois de l'univers nous parait un moyen bien inoins sûr et bien plus détourné que de consulter le grand livre de la nature. Nous ne dirons rien des difficultés immenses que l'on rencontre à constater l'authenticité d'une prétendue révélation. Une discussion avec ses partisans est d'autant moins utile qu'ils n'ont pas la liberté d'esprit nécessaire pour suivre un pareil débat. Que peut avoir de commun avec la science un Credo qui exclut le doute et le condamne au feu éternel? Le doute est le début nécessaire de la science. ennemie naturelle du préjugé, des opinions préconçues. Le doute fait donc partie essentielle du développement logique du savoir, au lieu qu'il est absolument exclu de la foi. En admettant même la certitude de celle-ci, l'authenticité prouvée de la révélation, la foi resterait l'ennemie de la raison, se substituerait nécessairement à elle et serait, par conséquent, incompatible avec la science. Celle-ci réclame la liberté, l'autre la condamne. Ecoute et crois : c'est le précepte de la foi. .Discute et juge : c'est ceiui de la science. Qu'y a-t-il de commun entre l'une et l'autre?
Une seule chose leur est commune : la conviction également nécessaire au savant et au croyant. Et ce besoin d'affirmer est si nécessaire à l'esprit humain que, pour deux raisons différentes, presque opposées, nous comprenons qu'on en ait demandé la satisfaction à la foi. Ces deux raisons sont : la paresse d'un esprit borné et le découragement d'un esprit qui connaît ou s'exagère son impuissauce. L'ignorance et l'incuriosité, a-t-on dit, sont deux doux oreillers pour une tête bien faite ; mais qui a dit cela? Deux esprits lassés de chercher la vérité et désespérés de ne pouvoir l'atteindre : Montaigne et Pascal; l'un ayant abouti au scepticisme et l'autre k la foi, formes diverses de I'iguorance et de l'incuriosité, négations opposées mais également radicales de la raison et de la science. Ignorance et incuriosité aboutissant au quiétisme, telle est donc la raison d'être de la foi ; savoir de plus en plus étenuu, curiosité insatiable animant à un travail incessant, tel est l'apanage de la science. On peut, comme Pascal, se dégoûter de la science faute d'avoir pu l'épuiser, comme tel renoncerait au commerce eu perdant l'espoir d'y devenir vingt fuis millionnaire; on peut se jeter dans la foi, comme on se jette à la rivière, par lassitude de la vie et du labeur; mais les plus sages vivent
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au jour le jour, accroissant leurs connaissan- | ces petitement, lentement, comme leur na- I ture le leur permet, et, tout en conservant | une idée moleste de leur force individuelle, ■ s'inspirent d'une confiance sans limite dans I le progrès de l'humanité. La science encou- I rage le travail; la foi conduit au repos du ! cloître. Nous ne savons si la foi est plus divine, mais il nousparait évident que la science est plus humaine, et partant plus convenable à l'homme. En cela, du reste, nous ne sommes qu'à moitié contredits par les partisans de la foi. Si quelques théologiens, emportés malgré eux par le mouvement des esprits, ont tenté l'œuvre difficile de la réconciliation de la science et de la foi, les plus instruits et les plus autorisés d'entre eux ont fait, après saint Paul et le chef lui-même de l'Eglise, l'éloge de l'ignorance et ont accusé \ascience d'enfier et de pervertir le cœur. Chercher dans la révélation une base scientifique est donc une entreprise vaine, suspecte d'hérésie. Outre le tort grave, irrémédiable d'étouffer la raison, la foi, au point de vue philosophique, a l'immense inconvénient de présupposer résolues des questions fondamentales, que la philosophie a de tout temps débattues, telles que l'existence de Dieu, l'existence et l'immortalité de l'âme, la création ou l'éternité de la matière, etc., etc. Lors même que les déductions de la théologie seraient rationnelles, que sa méthode serait scientifique, sa base ne le serait pas.
Mais, dit-on, la foi donne la solution des questions qui sont insolubles pour la science, par exemple des questions d'origine et de fin, éternelle difficulté où se sont brisées les philosophies de tous les siècles. Il faut s'entendre ; s'agit-il seulement de donner une solution quelconque de ces difficiles questions ? Le problème serait résolu en mettant dans une urne toutes les solutions imaginables et les tirant au sort. Non, il ne s'agit pas de répondre d'une façon quelconque à ceux qui demandent k connaître le secret de leur origine et celui de leur fin, il. faut leur fournir une réponse capable de satisfaire leur intelligence, et par conséquent appuyée sinon sur des faits qui malheureusement font défaut en celte matière, au moins sur des principes et des déductions logiques. De réponse de cette espèce, la philosophie n'en a pas une, mais vingt; et ceux k qui cette variété de Solutions inspirera une défiance très-légitime auront une dernière ressource que la vraie science a toujours réservée soigneusement : la liberté de juger et de choisir. La foi, elle, donne à ces questions une solution unique; autoritaire, tyrannique, menaçant de l'enfer tout esprit qui refuserait de l'accepter. Si cette façon tout alexandrine de délier le nœud gordien peut satisfaire quelques esprits las de ia lutte et résolus k se reposer dans la foi, nous n'y trouvons pas k redire; nous nous contentons de leur faire remarquer que cette paresse d'esprit usurpe le nom de science. Abêtissez- vous, dit Pascal avec une nuance de colère contre lui-même et de protestation contre l'immolation volontaire de sa raison. Nous n'aurions pas osé risquer un mot si sévère, mais on reconnaîtra sans peine que ce conseil brutal, donné au nom de la foi, est diamétralement opposé à celui que donne la science : instruisez-vous. La foi ne fournit donc de solution des grands problèmes qu'aux esprits qui sont décidés à ne plus faire aucun effort pour les résoudre.La solution des grands problèmes n'est pas trouvée peut-être ; tout au moins leur solution ne s'impose pas encore par une démonstration irrésistible. Que conclure de là? Certains esprits, trop prompts peutêtre k se décourager, en sont venus k penser que certains problèmes scientifiques sont inabordables k l'esprit et ont condamné comme une perte de temps la recherche de ce qu'ils appellent l'inconnaissable.
Les positivistes, notamment, font entrer dans la classe des problèmes inconnaissables: la recherche de l'absolu, des causes premières et finales, de la nature intime des êtres, du mode essentiel de la production des phénomènes, enfin la recherche du pourquoi, se bornant k celle du comment. Ceci demande quelques explications; bien que nous n'ayons pas k combattre ici les principes du positivisme, il entre tout k fait dans notre sujet de définir les caractères limitatifs de la science humaine.
La science subjective ou faculté scientifique de l'homme est bornée ; tout porte k croire que la science objective ou ensemble des faits et des lois ne l'est pas. Rien de plus spécieux que de conclure que l'esprit borné de l'homme restera éternellement eonnné dans les limites étroites que lui assigne sa force propre, qu'il tournera sans fin dans un cercle qu'il serait possible, sinon facile, de tracer d'avance. Nous avons déjà les éléments du cercle limitatif tracé par les positivistes, ttien n'est plus spécieux, disons-nous, que ce raisonnement, et rien n'est plus faux cependant. Il ne serait pas moins absurde d'assigner d'avance les problèmes dont l'esprit humain atteindra la solution que de marquer ceux qui lui resteront inaccessibles. L'esprit humain marche en avant; où s'arrêtera-t-il ? nulle part. Si les conquêtes de la science étaient purement individuelles, si la science mourait avec chaque savant, si chaque nouveau savant était réduit k reconstruire l'édifice des connaissances humaines, on pourrait assigner une limite maximum que l'esprit humain ne dépasserait
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pas; mais la science humaine est un trésor qui s'accroît sans cesse de nouvelles acquisitions ajoutées aux anciennes; même en admettant que l'esprit humain lui-même ne se perfectionne pas, que les facultés ne sont pas soumises à la loi du progrès, les connaissances acquises ne sauraient être soumises k ce stationnement. La science est un champ immense où le travail d'un ouvrier est à peine visible, mais qu'une interminable série de générations sont appelées à défricher. Les positivistes assurent que la science ne définira jamais la nature intime des êtres ; mais n'est-il pas incontestable que depuis l'époque où Aristotû a énoncé tes observations anatomiques de son temps jusqu'à celle où M. Claude Bernard étudiait le rôle physiologique du grand sympathique, jusqu'à celle où M. Robin faisait l'anutomie et l'analyse chimique vivantes, n'est-il pas évident, disons-nous, qu'il a été fait un pas immense dans la recherche de la nature iniime des êtres)? Dira-t-on que l'histologie d'Aristote n'est pas inférieure k celle de Ch. Robin? que la nature intime des tissus n'est pas mieux connue du savant membre de l'Institut que du philosophe de Stagire? Ou prétemira-t-on que les dernières découvertes ont atteint les dernières limites de la science? L'une de ces affirmations serait aussi téméraire que l'autre. S'il y a quelque chose d'impossible, à propos de la nature intime des êtres, c'est peut-être de la définir; mais cela peut venir de ce que ce mot est dépourvu do sens. Qu'est-ce en effet que la nature intima des êtres? se distingue-t-elle de leur constitution moléculaire ? Si elle se confondait avec elle, non-seuleinent la question ne serait pas insoluble, mais les chimistes affirment, en donnant de très-bonnes raisons, qu'ils l'ont déjà résolue. Disent-ils vrai ? nous 1 ignorons ; mais si la solution est encore incertaine, elle reste pendante entre deux solutions entre lesquelles la science paraît en mesure de choisir prochainement. Nous n'affirmerons donc pas qu'un problème, quel qu'il soit, est insoluble, s'il n'eat pas absurde, mais nous reconnaîtrons volontiers qu'il est de nombreuses questions dont la solution n'est pas encore suffisamment préparée par l'expérience ou les connaissances acquises et qu'il serait téméraire d'aborder dès maintenant, lia tout cas, il serait souverainement hasardeux, et même dangereux, d'exclure de la science , comme inconnaissables, toute une catégorie de problèmes, ainsi que le faisait Auguste Comte. Rappelons seulement qu'il était arrivé à bannir de la science, non pas seulement la théodicèe, mais l'étude de l'âme et de la conscience, et i elle même de l'économie politique telle qu'elle avait jusqu'alors été comprise , comme n'étant que des branches de la métaphysique , science vaine et inabordable.
L'exclusion de la métaphysique se comprendrait mieux au point de vue d'un utilitarisme plus étroit que n'est le positivisme, car les positivistes sont respectueux de tout savoir humain. Nous le sommes aussi, et nous ne croyons pas qu'il faille bannir aucun elfort capable de procurer à l'humanité la connaissance d'une vérité quelconque. L'esprit humain, avons-nous dit, curieux d'affirmer, se jette dans la foi quand on le chasse de la science. Laissons-lui donc, dans la science, toute liberté de s'étendre k sa volonté, persuadés qu'aucun exercice intellectuel n'est inutile à l'homme, s'il concourt à développer ses facultés. Craignons, du reste, eu voulant tracer la ligne de démarcation du connaissais et de l'inconnaissable, de l'utile et do l'inutile, d'exclure des méditations et des recherches des savants des sujets dont la vraie signification nous aurait échappé ou dont nous aurions méconnu les conséquences pratiques.
— Il, Classification des sciences. Il n'es» guère de philosophe qui n'ait été séduit par la pensée de classer les connaissances humaines en grandes catégories qui comprendraient, non-seulement toutes les sciences constituées, mais celles même qui seraient conçues comme simplement possibles. Rien de plus naturel qu'une pareille idée; car il est utile et convenable, après avoir amassé du bien, de mettre de l'ordre dans ses acquisitions, pour en tirer le meilleur parti possible. Aristote, Platon, Bacon, Leibniz, Locke, d'Alembert, Ampère, Aug iste Comte ont l'ait tour k tour des tent.itives remarquables. Sirs eussent pleinement réussi, ils auraient rendu un véritable service à la science générale; une classification bien faite aurait l'avantage incontestable d'aider la mémoire, de faciliter l'intelligence des lois scientifiques, de guider la marche de l'esprit humain, en montrant dans un ttbleau l'état actuel de la science et ses desiderata. Il ne convient pas, cependant, de s'exagérer l'intérêt pratique d'une pareille entreprise ; les défauts de délimitation précise entre deux sciences voisines n'ont pas d'aussi graves inconvénients qu'on pourrait se l'imaginer; les excursions d'un chimiste dans le domaine de la physique ou celles d'un physicien dans celui de la chimie embarrassent quelque peu mais pas très-sérieusement la marche dans ces deux sciences. La question est plus importante au point de vue de l'enseignement qu'à celui nés progrès généraux de la science. Les positivistes, dont nous rappellerons bientôt l'entreprise, se sont fait k cet égard de graves illusions. Auguste Comte croynit avoir trouvé la classification nutu-
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lelle des sciences et s'imaginait avoir ainsi > résolu un problème d'une importance tout à fait capitale. Sa classification lui paraissait la base inébranlable de tout son système. Nous croyons qu'il commettait, en cela, une erreur presque enfantine.
Mais quel que soit le mérite, l'utilité pratique d'une classification exacte et complète, une telle classification est-elle possible? four répondre k cette question, il est nécessaire de connaître l'esprit, qui a inspiré les classifications adoptées par les diverses écoles philosophiques. Il est possible d'en rattacher les procédés à deux grandes méthodes : la méthode à priori et la méthode expérimentale. L'application de la première, entre les mains d'un homme de génie, a donné les catégories, conception profonde, sublime effort d'un grand esprit qui avait deviné l'ensemble des sciences ayant qu'elles fussent créées, qui avait prévu, tracé, l'unité la marche de 1 esprit humain. Toutefois, une pareille tentative, malgré le génie de celui qui l'a faite, devait aboutir où elle a finalement abouti, à l'insuffisance notoire. Elle a même eu le tort immense d'enfermer pendant de longs siècles l'esprit humain dans un cercle étroit d'où les efforts désespérés d'autres hommes de génie étaient seuls capables de le faire sortir. Un pareil résultat était bien capable de décourager définitivement les classiticateurs de la science humaine. Heureusement, aucun autre nom n'a usurpé, après Aristote, une autorité comparable à la sienne, aucune méthode scientifique ne s'est imposée après la méthode aristotélique.
La méthode à priori est donc fausse dans son essence. La méthode expérimentale, qui s'occupe seulement de classer dans un ordre méthodique les sciences positives, acquises, constituées, est rationnelle dans son principe, mais nous la croyons impraticable si elle a la prétention decréer unclassementdéfinitif. Toute classification sérieuse doit être, selon nous, mobile comme le progrès, si l'on ne veut qu'elle ressemble a ces édifices qui, construits sur un plan défini, ont été successivement agrandis, modifiés et finalement ne présentent plus à l'œil qu'une masse incohérente de bâtiments sans ordre et sans proportion.
La classification de Bacon était tout à fait artificielle. Les sciences, pour lui, se classaient d'après les facultés de l'âme, base fort incertaine, comme on sait, bacon admettait trois facultés : mémoire, imagination, raison, et y rattachait trois catégories de sciences ; histoire, poésie, philosophie. Mais, pour se rendre compte de son système, il faut savoir qu'il comprenait sous le titre d'histoire ce qu il appelait l'histoire civile et l'histoire naturelle, ce qui ressemble plutôt à uu jeu de mots qu'à un clussement analogique.
L'idée d'Ampère était plus sérieuse, et, si ce savant n'a pas donné une classification absolument rationnelle, il a du moins réussi à dresser un tableau simple, large et plus complet qu'aucun autre de toutes les connaissances humaines, ai Ampère eût réalisé le projet qu'il avait conçu de remplir son cadre par des traités sur toutes les sciences, il eût certainement créé l'encyclopédie la plus remarquable qui ait jamais été conçue. Mais il ne l'a pas pu, et nous croyons qu'il s'est t'ait illusion quand il a avancé que le temps seul lui avait manqué. La elassifieatiou d'Ampère est complètement oubliée. Elle avait un tort, secondaire en lui-même, capital dans la pratique, celui d'introduire dans la dénomination des sciences des termes aussi nouveaux, que barbares. Un autre tort, fondamental celui-là, c'est la règle que s'était imposée Ampère de procéder uniquement par divisions binaires. (Je procédé, d une grande élégance, d'une simplicité fort séduisante, a l'inconvénient d'imposer des sacrifices considérables, de subordonner le fond à la forme. Ampère reconnaît dans la science deux règnes, divisés chacun en deux sous-règnes, se subdivisant chacun en deux embranchements, etc., et arrive ainsi à cent vingt- huit sciences, dont toutes, à beaucoup près, n'ont pas une égale raison d'être. Les doubles emplois ne font pas défaut dans ce projet de classification, et les progrès de la science y ont déjà révélé des lacunes.
11 nous reste à parler d'une dernière tentative de classification, celle d'Auguste Comte. On a fait autour de la classification imaginée par le chef de l'école positiviste un bruit auquel, croyons-nous, l'enthousiasme d'école n'était pas étranger. A. Comte divise comme il mit la science positive, la seule qu'ilaiimetle: mathématique, comprenant le calcul, lu géométrie et la mécanique; physique, comprenant la barologie, la thermologie, l'optique, l'acoustique et l'électrologie ; chimie ; biologie, comprenant la biotomie (anatomie générale), la biotaxie (anatomie comparée), la biouomie (physiologie végétative), la bionomie végétale. Il serait facile, mais inutile, de signaler dans ce tableau, d'ailleurs assez banal, de la science humaine des lacunes importantes (sans parler, bien entendu, des lacunes-volontaires) ; de montrer que certaines divisions, en physique sut tout, ont un caractère essentiellement provisoire; que la Ji.ste même des tètes de séries n'est pas garantie contre des remaniements ultérieurs; que les limites sont mal tracées entre la physique et la chimie, entre la lumière et la chaleur, entre la mécanique même et la biolu-
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gie, etc. Mais en laissant de côté ces inconvénients il nous est malaisé de comprendre l'importance prodigieuse attribuée à cette clussification pur les dévots du positivisme. Nous savons bien qu'Auguste Comte a* eu la prétention, en dressant ce tableau assez vulgaire, non pas seulement de tracer le cercle de l'activité scientifique, mais d'indiquer l'ordre historiquedu développeinentde la science. La science, d'après lui, débute par des généralités et descend progressivement aux détails ; c'est pourquoi elle a débute par la mathématique, abstraction pure, pour descendre à la biouomie, pure observation des détails de la vie. L'homme, dans ce système, a commencé par étudier ce qui s'écartait le plus, était le plus en dehors de sa nature individuelle, et ne s'est replié que peu à peu sur lui-même,. Le point de vue est original ; mais est-il vrai? C est une tout autre question. La preuve historique est très-difficile ; quant à l'argument logique, il conduirait peut-être à une conséquence absolument opposée, et peut-être l'illustre créateur du positivisme, en posant l'abstraction à la base et l'expérience au sommet du monument, s'est-il laissé séduire par la pensée que le positivisme, philosophie de l'expérience, est le couronnement de l'édifice scientifique. Cet enthousiasme, très-naturel dans une secte philosophique qui a pris tous les caractères d'une secte religieuse, doit inspirer quelque défiance k ceux qui, étrangers aux passions d'école, ne cherchent que la vérité.
— III. Histoire dk la science. L'histoire des développements de l'esprit humain est le récit le plus grave, le plus noble, le plus sain qu'on puisse offrir à notre méditation. Le tableau du développement scientifique ne nous montre en présence que deux forces : l'intelligence et l'amour du vrai. Tableau magnifique où vivent presque toujours des personnages dont le désintéressement nous charme, dont la grandeur nous émeut, dont les travaux nous passionnent, dont les idées nous illuminent. Le tableau de l'histoire politique, avec ses luttes sanglantes , ses intrigues souterraines, ses ambitions honteuses, n'offre souvent que l'aliment d'une curiosité poignante et des enseignements souvent suspects. La science plane dans des régions plus élevées où domine une seule passion, celle de la vérité. La science ne saurait être complètement comprise sans l'histoire des sciences. Si la science nous montre en leur plénitude l'ensemble des lois qui régissent les métamorphoses de ce monde, l'histoire de la science nous montre en leur plénitude l'ensemble des lois qui régissent les métamorphoses de l'esprit humain k la recherche du vrai.
L'histoire de la science se confond avec celle de l'esprit humain et commence avec l'homme lui-même. « L'homme naît, dit Condon-et, avec la faculté de recevoir des sensations ; d'apercevoir et de distinguer les sensations simples dont elles sont composées, de les retenir, de les reconnaître, de les combiner; de comparer entre elles ces combinaisons ; de saisir ce qu'elles ont de commun et ce qui les distingue; d'attacher des signes k tous ces objets, pour les reconnaître mieux et faciliter des combinaisons nouvelles.
■ Cette faculté se développe en lui par l'action des choses extérieures , c'est-à-dire par la présence de certaines sensations composées, dont la constance, soit dans leur identité, soit dans les lois de leurs changements, est indépendante de lui. Elle se développe également par la communication avec des individus semblables à lui; enfin, par des moyens artificiels que ces premiers développements ont conduit les hommes k inventer.
> Les sensations sont accompagnées de plaisir et de douleur ; et l'homme a de même la faculté de transformer ces impressions momentanées en sentiments à la vue ou au souvenir des plaisirs ou des douleurs des autres êtres sensibles. Enfin, de cette faculté unie à celle de former et de combiner des idées naissent, entre lui et ses semblables, des relations d'intérêt et de devoir, auxquelles la nature même a voulu attacher la portion la plus précieuse de notre bonheur et les plus douloureux de nos maux. •
Voilà ce qu'on peut dire de plus général sur ce qui a déterminé la sociabilité humaine, et cette sociabilité est la première raison des sciences. Les sciences sont nées des arts utiles, et ces derniers ne se conçoivent que dans un système de solidarité et de concours entre les hommes. Même pour faire de la théorie il faut des relations sociales.
C'est en Orient, dans l'Asie occidentale qu'apparaissent les premiers indices positifs de la science humaine ; science bien rudimentaire, mais digne d'être signalée comme étant le premier germe connu de l'immense développement scientifique qui devait se produire en Occident. L'astronomie fait sa première apparition en Chaldée. On l'y cultive dans un but éminemment pratique. Convaincus qu'il y a une corrélation constante et intime entre les mouvements célestes et les chuses de la vie humaine , les prêtres chaldéeus étudient la marche des astres pour y découvrir le secret de l'avenir. Les arts de l'architecture et de la navigation, qui furent une des premières nécessités de ces hommes sans . ressources, jetés sur des terres brûlantes,
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exposés à toutes les intempéries du climat, voisins d'une mer pleine d'attraits inconnus, leur suggérèrent les premières notions de la géométrie et de la mécanique. Le besoin d'ustensiles résistants et d'armes de toute sorte donne naissance a la métallurgie. Moïse ne paraît pas avoir été étranger à la météorologie. Il conna'ssait l'année lunaire. Mille ans après, Hérodote, voyageant en Egypte, y trouva établi l'usage de compter par années solaires de trois cent soixante-cinq jours.
En Assyrie, on exposait les malades à la vue des passants, pour s'informer auprès de ces derniers s'ils n'avaient point été attaqués d'un mal pareil et pour savoir comment ils avaient guéri. Les malades guéris plaçaient dans le temple du dieu de la médecine un tableau indiquant les remèdes auxquels ils devaient la santé. Hippocrate passe pour avoir profité de semblables observations inscrites dans le temple de Cos. Liodore de Sicile rapporte que les Egyptiens connaissaient les vomitifs, les purgatifs et la diète. Ils avaient de plus l'habitude d'embaumer les cadavres. Hérodote note, comme un fait curieux, l'existence en Egypte d'un médecin particulier pour chaque genre de maladie.
Inutile d'insister sur ces fragments d'histoire, d'une autorité d'ailleurs problématique, mais qui révéleraient, s'ils étaient démontrés, un fait important à constater : c'est que les sciences sont nées des arts utiles et que le besoin a été le premier éducateur de l'homme. Les arts ont dû se perfectionner par empirisme, par tâtonnements, par inspirations successives, car l'homme est né intelligent, et c'est la contemplation du produit de ses arts qui, en suggérant certaines conceptions théoriques, a pu donner lieu aux rudiments de la science. Le besoin de compter, de se loger, de naviguer a fait naître l'arithmétique, la mécanique, la géométrie ; celui de soigner la santé a conduit aux premières recherches médicales, aux premières investigations anatomiques ; la métallurgie a été le commencement des recherches chimiques, etc.
Plusieurs obstacles s'opposaient malheureusement en Orient au développement de ces sciences initiales. D'abord la science était le privilège d'une caste jalouse de ses prérogatives, ennemie de ce qu'on appellerait aujourd'hui la diffusion des lumières et contente de conserver pour elle des secrets dont elle tirait grand profit. La religion, dans ces temps primitif-, était avant tout l'exploitation organisée de l'ignorance publique. En outre, la science était intimement mêlée aux doctrines religieuses, et les faits les plus ' simples, les vérités les plus claires perdaient leur signification, grâce aux interprétations mystico - théologiques. La science a besoin, pour progresser, d'air et de lumière; il lui faut la libre discussion au grand jour; il lui faut la coopération d'un grand nombre de travailleurs et le contrôle incessant de tous- La science, en passant à d'autres mains, dans un autre pays, en Grèce, va prendre une autre forme et une autre direction. Au lieu d'être le privilège d'une caste qui l'exploite, elle va devenir le lot d'un public avide de savoir. Elle va se dégager des allégories et des emblèmes pour devenir plus populaire, tout en restant profondément théologique et métaphysique. La science primordiale de l'Orient est tout k fait concrète et pleinement utilitaire d'une part , absolument mystique et religieuse de l'autre ; ïascience primordiale de l'Occident nous offre la première ébauche de l'abstraction et de la spéculation.
A l'époque où l'Occident naquit à la vie scientifique, toutes les sciences étaient confondues. L'ensemble de toutes ces sciences n'en formait qu'une, qu'on appelait du nom de philosophie. Les premiers philosophes étaient des encyclopédistes qui ne restaient étrangers k rien et croyaient devoir tout connaître, parce que le tout était un; large conception, mais qui n'aurait pas tardé à écraser l'esprit humain. 11 a fallu introduire le grand principe de la division du travail dans l'œuvre scientifique. Cette réforme essentielle se produisit peu à peu, à mesure que le domaine des sciences s'est étendu. Les sciences, l'une après l'autre, se sont séparées de la philosophie et ont aspiré k devenir indépendantes, à, conquérir une autonomie. La philosophie s'est ainsi peu à peu démembrée, s'est ainsi trouvée peu a peu réduite k la psychologie et à la métaphysique, que la philosophie positive a même tenté d'exclure du domaine scientifique. Une distinction inouïe jusque-là, un antagonisme que nul n'avait rêvé s'est alors produit : on a opposé la science k la philosophie comme on l'avait opposée déjà à la théologie. Fiére de ses succès relativement faciles, la science expérimentale n'a cessé de reprocher it sa nouvelle rivale ses échecs trop naturels et s'est résolument réservé le nom de science. Nous croyons que c'est Une usurpation. Les faits psychiques sont des faits; les abstractions métaphysiques peuvent être atteintes par des méthodes vraiment scientifiques ; et bien que la nature même de ces questions rende la certitude difficile k conquérir, il est injuste de nier que la vérité objective, que personne ne songe à nier, ne puisse Se subjectiver par des procédés rationnels, et que les faits psychiques démontres, soumis à dus lois définies, ne puissent constituer une véritable science. Il serait puéril d'assigner une place d'honneur à une science
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ou à l'autre, mais il est impossible de nier l'une en lui opposant les progrès de l'autre. La philosophie, qui a signifie pendant un temps la science universelle, ne veut p us dire aujourd'hui que la science abstraite. Il faut lui laisser ce domaine, où, indifférente à l' implication matérielle, physique, concrète, elle conserve un très-beau rôle, celui d'agrandir et d'élever l'intelligence. Loin donc d'accentuer le divorce entre la science positive et la philosophie, il convient de nouer et de resserrer des liens qu'on n'aurait jamais dû briser. L'expérience a fait de tels progrès jque ses découvertes se rapprochent de plus en plus des limites du palpable, du matériel. On commence k douter si les observations anatomico-physiojOgiques appartiennent k l'étude de l'âme ou a celle du corps; le temps approche donc où la distinction entre ces sciences s'effacera complètement, où l'on pourra mettre le scalpel et le microscope au service de la psychologie. Le temps va venir, nous n'en doutons pas, où la philosophie redeviendra, mais en un sens nouveau, plus profond et plus vrai, ce qu'elle fut et ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, la science générale, la science des sciences, la science des principes communs k tous les ordres de connaissances. Toutes les conceptions générales qui sont le résumé suprême du savoir se préciseront dans la philosophie, à mesure que le détail sera mieux connu et la nature des choses approfondie davantage. La philosophie a précédé la science et l'a engendrée; k son tour, la science se mettra au service de la philosophie, laquelle, devenue plus clairvoyante, réagira sur la marche des sciences pour la rectifier au besoin, l'activer, bref lui imprimer la plus efficace impulsion, l'impulsion logique ou méthodique. Ces considérations nous ont quelque peu éloigné de notre sujet; il est temps d'y revenir.
Cette époque rudimentaire où les sciences se confondent avec la philosophie, où la philosophie est l'unique scienc", date de Thaïes et de Pythagore. La philosophie qui émane d'eux et qui fut professée par eux en Grèce est d'origine orientale, comme nous l'avons dit. C'est sur les bords du Nil et de l'Euphrate, k Thèbes et à Babylone, qu'elle naquit, et c'est de là qu'elle'fut importée en Occident pour y être fécondée. On n'a guère d'autres renseignements précis sur les auteurs de cette importation que ceux qui se rapportent a Pythagore. Elève de Phérécide, d'Anaximandre et de Tlialès, Pythagore avait quitté de bonne heure la Grèce pour visiter 1 Assyrie. Les hasards d'une vie aventureuse le conduisirent ensuite eu Egypte, où il resta de longues années au milieu des prêtres et s'initia k tous les mystères da la science sacerdotale. Revenu dans sa patrie, Pythagore agrandit par la méditation les notions qu'il avait puisées dans le commerce de la science orientale. Il tenta d'animer la science sèche et littérale de l'Afrique et de l'Asie au souffle naissant et déjà subtil du génie grec ; il généralisa les faits symbolisés que la philosophie égyptienne lui avait révélés, les soumit k des lois, bâtit sur des fondements exotiques un édifice peu solide assurément, mais qui témoignait qu'une ère nouvelle s'ouvrait pour l'intelligence. Pythagore et Thulès venaient de fonder la philosophie, c'est-k-dire la science.
Peu k peu, comme nous l'avons indiqué plus haut, les sciences particulières déchirent leurs langes. L'ère définitive commence alors, celle de la division du travail scientifique et de l'évolution propre k chaque science. L'activité humaine est lancée pour jamais dans la voie éternelle et intime des labeurs. Elle sait ce qu'elle cherche, et voilà que l'histoire positive des sciences commence pour ne plus finir. Ainsi que l'a bien marqué Georges Cuvier, l'origine des sciences se divise en trois .phases. La première est toute religieuse. La science y est secrète, concrète, mystérieuse, entourée d'allégories et d'emblèmes, et demeure le privilège de quelque* hommes-, qui se la transmettent héréditairement. Cette époque obscure commence et finit en Orient. La seconde est philosophique et occidentale. Les sciences y sont séparées de la religion, mais confondues toutes ensemble; il n'y a qu'une science, la philosophie, qui étudie l'unité confuse de toutes choses. Les philosophes, les savants d'alors, ne s'entourent plus
I de mystères et communiquent la vérité à qui veut l'entendre. Dans la troisième pénoue, les sciences se séparent de lu philosophie et
I deviennent indépendantes. Elles se développent isolément et font des progrès de plus en plus rapides, Nous n'avons donc plus k faire l'histoire de la science, mais celle des sciences, en restant cependant dans les généralités que nous impose notre sujet.
Il est k croire que les mathématiques ne s'étaient point élevées avec Pythagore et Thaïes beaucoup plus haut que dans les collèges sacerdotaux de l'Orient; mais elles prirent un essor vigoureux dans l'école de Platon, où les sections coniques furent étudiées avec un soin particulier. Anaxagore avait déjà émis sur l'atomisiiie des idées qui son. restées dans la science, et Démocrite avait fait les premières dissections d'animaux.
Hippocrate, le plus grand médecin de l'antiquité, a étudié avec une grande pénétration l'influence des agents extérieurs sur l'homme. L'hygiène raisonnee date de lui. Il préconisa l'observation rigoureuse des ma-
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lades et répudia les interventions surnaturelle:!. Ses œuvres renferment une somme énorme de matériaux, non-seulement suries maladies, niais encore sur l'anatomie, car Hippocrate connaissait les viscères, les os et les vaisseaux.
Aristote inaugure d'une façon décisive l'ère des iciences distinctes et autonomes, considéré is comme ayant chacune un objet propre et dts principes qu'il faut établir par des procède s spéciaux. II a fait des traités sur toutes les sciences, et dans tous il institue des règles auscuelles la postérité n'a pas eu toujours à retoucher. Il a donné, dans son Histoire des animaux, une classification et un catalogue des animaux connus de son temps. Sa Phy- Biqiu et sa Météorologie n'ont guère été dépassées pendant près de mille ans. Il a beaucoup expérimenté, sans être parvenu à comprendre toute la valeur scientifique de l'expérimentation.
D'Aristoteà Archimède,un grand intervalle se passe où l'on ne fait guère que développer les vues du premier, mettre à profit ses indications, employer ses méthodes ou tirer parti de SiS idées. Kucljde, cependant, doit être cité '.onime le vrai fondateur de la géométrie. Ses Eléments de géométrie ne diffèrent pas beaucoup d'un livre de géométrie moderne. Les mathématiques eurent dès le début la préc sion positive et la rigueur absolue qu'on leur connaît aujourd'hui. Elles furent soustraites de fort bonne heure au joug des concept ons théologiques des prêtres orientaux et des conceptions métaphysiques de l'école de Fythagore. A l'époque où nous sommes, l'aii hmétique et la géométrie existent. Archiu ôde va les compléter et y ajouter une nouvelle science, la mécanique, qui sera en mène temps le commencement de la physique.
Aiehimède découvrit la quadrature de la parabole, la mesure de Ja sphère, ie rapport entre la sphère et le cylindre. On lui doit également la première ébauche de la théorie des limites, où est le germe de ce que les modernes ont appelé le calcul infinitésimal. La théorie du levier, la théorie des centres de gravité, la vis qui porte son nom, te poids des corps immergés, la construction de plusieurs machines aussi puissantes qu'ingénieuses sont autant de titres mémorables qui placent Archimède parmi ces rares génies qui impriment à la marche de l'esprit humain un élan décisif.
L'astronomie positive naît avec Hipparque. Ce grand homme indiqua la précession des équinoxes, institua la trigonométrie, détermina les inégalités des mouvements du soleil et d; la lune, calcula la distance de ces deux astres à la terre, prédit le cours des planètes poui six cents ans et dressa un catalogue des étoiles.
Galien coordonna les travaux anatomiques d'Herophile et d'Erasistrate, pour en faire une synthèse qui est le résumé de la science biologique de l'antiquité. Le traité De usu
Îmrtium de l'illustre médecin de Pergame est e premier livre de physiologie un peu raisonnable qu'on ait écrit. Il avait composé aussi des œuvres médicales fort remarquables.
Pline le Naturaliste, dans son histoire naturelle, donne, comme Galien, une encyclopédie, mais celle-là zoologique, botanique et minéralogique. Pline n'était point un savant, dan;i l'acception propre du mot, mais un érudit, un curieux, un compilateur dont le travail est d'ailleurs dépare par une incroyable crétulité. Ptulemée soutint le système de l'im tiobilité de la terre et rendit compte du mouvement des astres autour d'elle. Il a créé la théorie des mouvements apparents. C'est ver: la même époque que Diophante créait l'algèbre, admirable instrument qui devait être si fécond en résultats. Nous arrivons au moyen âge. Il ne nous arrêtera pas longtem )S. Le moyen âge est pour la science un tem js de profonde obscurité. La science s'étein; au moyen âge, sous le double éteignoir de 1 autorité d'Aristote et de la foi religieuse. La philosophie et la science abdiquent volontairement entre les mains du maître de Stagire et forcément devant les bûchers de l'inquisition. Quelques noms brillent sur ce fond noii de l'ignorance universelle, mais d'un éclat purement relatif. C'est à ce titre que nous rappellerons les noms de Clément d'Alextndrie, d'Iiusèbe de Cés;irée, de Basile, de For.unat, d'Isidore de Séville, de Bède, d'Alcuiii, de Gerbert, de Bernard de Chartres, d'Albert le Grand.
Nous touchons à la Renaissance, à cette 'aurore de la grande rénovation littéraire et scientifique, à cette préparation si remarquable de l'émancipation de l'esprit humain. Léonard de Vii.ci, à la fois artiste, philosophe et savant, découvre la théorie du plan incliné, celle du choc des corps, celle du frottement; invente un nombre infini de machines fait faire de grands progrès à l'hydraulique et à l'optique. La découverte de l'action cap.llaire et de la diffraction lui appartiennent. Fraeastor, Maurolico, Antonio de Dominis , Porta et d'autres perfectionnèrent beaucoup l'optique à la même époque. La fin de ce mouvement de la Renaissance est marquée par de mémorables travaux relatifs à la bio.ogie : ceux de Vesale et de Harvey. André Vénale, sans avoir fait pour son compte beaucoup d'observations nouvelles, a l'immense mérite d'avoir coordonné et résumé tou ;es les connaissances antérieures touchant
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l'anatomie descriptive. La physiologie mécanique lui doit d'importantes découvertes. Guillaume Harvey n'a pas seulement mis en lumière la circulation du sang (162S), mais encore les principaux phénomènes de la génération des animaux. Quelques années plus tard, Pecquet devait découvrir les vaisseaux chylifëres.Leuwenhoek les vaisseaux capillaires, Malpighi les globules sanguins, Stenon les conduits parotidiens. Ils avaient été précédés dans la voie des découvertes organographiques par Eustache, Fallope et Bartholin. Glisson avait étudié le foie, Willis le cerveau et les nerfs, Warthon les glandes. L'anatomie descriptive a fait de grands progrès au xvib et au xviie siècle. Les immortelles découvertes astronomiques de Tycho-Brahé, de Copernic et de Kepler font de cette époque une des plus mémorables dans l'histoire de la science. Au commencement du xvne siècle, un fait immense se produit : c'est l'éclosion de la physique mathématique et expérimentale, grâce à la triple action de Galilée, de Descartes et de Newton. Comme la physique était alors la seule science bien caractérisée, comme la chimie et la biologie manquaient entièrementde consistance et se confondaient en plusieurs points avec celle-ci, les historiens ont pu, sans trop se tromper, parler d'une réforme de toutes les sciences naturelles, alors qu'il ne s'agissait, en réalité, que d'une réforme de !a physique; mais Une erreur grave, c'est d'avoir pris le chancelier Bacon pour l'auteur de cette réforme. Sans nier l'importance de sa méthode, le coup décisif que son grand ouvrage porta à la méthode scolastique, il faut bien reconnaître que de grands expérimentateurs l'avaient devancé dans la voie nouvelle, que les savants qui expérimentaient pendant qu'il écrivait n'avaient pas lu leNovum organum. La grande réaction avait commencé avant lui; il a, par son ardeur et son éloquence, plus que par sa science, contribué à en assurer le succès.
Galilée, un savant bien autrement sérieux, a créé la physique en promulguant les lois fondamentales du mouvement et de la pesanteur, en construisant le thermomètre, le microscope et une lunette astronomique, en perfectionnant la mécanique, la physique, en instituant la théorie des corps flottants. On lui doit les taches du soleil observées, le mouvement de la terre démontré, les phases de Vénus et les satellites de Jupiter découverts. Notons que, dans ces grandes observations, il était guidé par un esprit profondément philosophique, une rigueur admirable dans les déductions, une foi exclusive à la méthode expérimentale.
Descartes expérimenta peu ; mais il contribua à la fondation de la physique par la découverte des lois de la réfraction, par l'explication des principaux météores et surtout par la création de la géométrie analytique, cet admirable instrument, l'un des plus puissants qui aient été mis entre les mains de la science. Descartes, malgré des erreurs de détail qu'il serait puéril de lui reprocher, est un des hommes qui ont le plus largement compris la raison et la nature. Embarrassé encore dans les liens du dogme religieux, ayant, entreprise prodigieuse, à exposer la vérité scientifique sans faire suspecter son orthodoxie, il a pu formuler les plus grands principes de la science moderne. « Donnezmoi de la matière et du mouvement, et je ferai le monde, » s'est-it écrié un jour. Celui qui a prononcé cette mémorable parole n'était pas loin d'avoir pénétré le secret de l'univers.
L'œuvre de Newton est immense : la loi de la gravitation universelle, la décomposition de la lumière, le télescope figurent en tête de ses prodigieuses découvertes. L'astronomie lui doit, en outre, presque toute la théorie de la lune; dans les mathématiques, il a créé l'analyse infinitésimale, dont il partage l'honneur avec Leibniz. Il se distingue également par la justesse de ses aperçus philosophiques et par sa prédilection pour la méthode expérimentale. Hypothèses non fingo, répétait-il souvent. C'est le mot d'ordre de la science moderne.
Ces trois hommes, Galilée, Descartes et Newton, sont peut-être les plus grands dont l'histoire des sciences ait gardé le souvenir, et il est heureux pour l'humanité qu'ils se soient presque rencontrés à la même époque. Ces trois grandes forces associées ont imprimé à la science un mouvement décisif qui ne s'arrêtera plus.
L'impulsion donnée par eux fut si grande qu'elle se communiqua même aux sciences voisines et que Je xvn<= siècle fut un des plus actifs eu tous sens. Pascal, Mariotte, Roberval, Cassini en France; Huyghens, Otto de Guericke, Gregory, Hulley en Hollande, en Allemagne et en Angleterre; ïorricelli et les académiciens de Florence en Italie en témoignent. Le principe de la transmission des pressions dans les liquides, la pesanteur de 1 air, la loi de compression des gaz, le télescope, la machine électrique et la machine pneumatique, etc., sont de cette épo-
Le xviiib siècle est caractérisé par les développements mathématiques considérables qu'Euler, Clairaut , d'Alembert, Lagrange et Laplace donnèrent au calcul transcendant, à la mécanique et à l'astronomie. C'est en ce temps-lù que Vicq d'Azyr, Buffon, Camper, Daubenton et Pallas étudiaient l'anatomie
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comparée et la zoologie ; que Haller préludait à la fondation de la biologie par ses mémorables travaux physiologiques. Les hommes célèbres que nous venons de nommer sont, à des titres et avec des mérites divers, les précurseurs de ceux qui devaient s'appeler, moins d'un siècle plus tard, Cuvier et Geoffroy Saint-Hiiaire; Cuvier, à qui l'on doit la paléontologie, la subordination des caractères et la classification des animaux; Geoffroy, qui a trouvé la philosophie anatomique. Au siècle de Diderot, les travaux de taxonomie végétale, déjà commencés par "Magnol et Tournefort, illustrèrent Linné, auteur de la méthode artificielle, et de Jussieu, auteur de la méthode naturelle. Les travaux d'Ingenhousz, de Senebier et de Saussure sur le sujet capital de la respiration des plantes liée à l'air et à la lumière s'ajoutent à ceux que nous venons d'énumérer. Le xvmo siècle est une grande époque, nonseulement pour la biologie, mais encore pour la chimie. Toutes .deux apparaissent, après une vie embryonnaire de plusieurs siècles. La physique n'y fait de progrès que dans l'électricité statique, l'électricité atmosphérique et l'acoustique entre les mains de Dufay, de Franklin et de Bernouilli. Les progrès de la chimie sont, au contraire, trèsconsidérables. Les frères Rouelle, Macquer, Lemery, Scheele, Bergmann, Priestley, Cavendish, Guyton, Fourcroy sont les précurseurs du grand Lavoisier, le véritable fondateur de cette science. L'air et l'eau décomposés, le feu expliqué, la substance des animaux et des plantes connue, la nomenclature promulguée, voilà les grands traits de la réforme de Lavoisier. Ils terminent dignement le siècle, aveu la rénovation de la biotogie par Xavier Bichat, ce prodigieux génie qui, après avoir analysé les organes, étudié les tissus, exposait ainsi la méthode qu'il se proposait de suivre : « Analyser avec précision les propriétés des corps vivants ; montrer que tout phénomène physiologique se rapporte en dernière analyse à ces propriétés considérées dans leur état naturel ; que tout phénomène pathologique dérive de leur augmentation, de leur diminution ou de leur altération, que tout phénomène thérapeutique a pour principe leur retour au type naturel dont eiles étaient écartées; fixer avec précision les cas où chacune est mise en jeu ; bien distinguer, en physiologie comme en médecine, ce qui provient de l'une, ce qui émane des autres, p (Anatomie générale, an X.) Telle est la doctrine générale de cet ouvrage.
Jjuus le xixe siècle, la science a fait des progrès dont le tableau seul étonne l'intelligence. Pas une science nouvelle n'a été fondée, sinon peut-être la sociologie; mais toutes ont fait des pas de géant. Les découvertes accomplies en physique et en chimie ont exercé sur l'industrie une influence prodigieuse, et la médecine a profité de l'accroissement de l'anatomie et de la physiologie. Volta et Galvani, en découvrant l'électricité dynamique et en créant la pile, ont mis aux mains de l'homme un agent dont les effets demeurent incalculables. Les expériences d'Œrsted touchant l'électro-magnétisme, bien vite complétées et fécondées par celles d'Ampère et d'Arago, sont devenues le point de départ du télégraphe électrique. Stepheuson, transformant la voiture à vapeur de Cugnot, construit la locomotive. Quelques années plus tard, Jacobi, Eikington et Ruolz, mettant à profit les belles observations de M. Becquerel, trouvent le moyen d'appliquer les métaux en couche mince sur tous les corps au moyen de la pile. N'oublions pas non plus le daguerréotype et la photographie, arts fondés sur les propriétés que possèdent certains corps de changer de couleur sous l'influence de la lumière et auxquels se rattachent les noms de Nicéphore Niepce, de Daguerre et de Talbot. Voilà pour ce qui est des industries physiques. La spéculation théorique n'est point restée en arrière; Malus, Fresnel et Biot ont créé toute une partie de l'optique, l'étude de la polarisation et la doctrine de l'éther; Œrsted, Ampère, Arago et Faraday toute une partie de l'électricité en ouvrant les horizons de l'électro-magnétisme, de l'électro-dynamique et de l'induction; Mayer, Clausius, Joule et Him toute une branche nouvelle de la science en découvrant la thermodynamique. Ajoutons à ces noms ceux de Gay-Lussac et de Rognault, à qui la physique est redevable de travaux importants. La chimie, grâce aux efforts successifs et au génie de Berthollet, de Berzélius, de Chevreul, de Dumas, de Laurent, de Gerhardt, de Kékulé, de Wurtz et de Berthelotest cent fois plus vaste que le domaine connu de Lavoisier. La théorie des proportions chimiques instaurée par Berzélius, la théorie des types par Dumas, Laurent et Gerhardt, celles des radicaux et des séries pur Gerhardt, celle de l'atomicité par Kékulé et Wurtz concourent à donner à cette science une grandeur philosophique inespérée et qui a été la source des travaux les plus féconds. Il convient de citer, parmi ces derniers, la grande quantité de couleurs splendides qu'on a pu extraire de la houille, un millier de substances précieuses pour la thérapeutique, parmi lesquelles le chloroforme, la quinine, etc., les procédés de teinture les plus expéditifs et les plus avantageux. La nature chimique de presque toutes les sub-
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stances qu'on trouve à la surface de l'organisme a été pénétrée par la chimie nouvelle. L'analyse spectrale a même permis de savoir quelque chose de la constitution des astres placés à des millions de lieues de notre planète. Cette mémorable découverte, due à Bunsen et à Kirchhoff, a montre l'universalité plénière des lois physico-chimiques et fourni un nouveau procède d'investigation analytique, le plus délicat et le plus sensible de tous.
La biologie, aux mains de Broussais, de Blainville, de Magendie, de Cl. Bernard, de Robin en France; de Muller, de Lehmann, de Virchow, d'Helmholtz en Allemagne, la biologie semble assez avancée pour préparer une prochaine et définitive réforme de la médecine. Il n'y a pas d'amélioration dans la pratique sans perfectionnement préalable de la théorie. La médecine, qui n'est qu'une application des connaissances biologiques à l'art de guérir, ne saurait manquer de recevoir le contre-coup de la connaissance précise des principes immédiats, des éléments anatomiques des tumeurs et des tissus qui composent l'organisme. Le trouble et la lésion de ces parties diverses amènent les maladies; la médecine contemporaine étudie la cause qui amène ces troubles. Quand tout cela sera connu, il y aura des médicaments d'une efficacité certaine; le diagnostic sera positif et l'arbitraire aura disparu.
Le xrxo siècle est donc un des mieux remplis dans l'histoire des sciences. S'il n'est point caractérisé comme te xvie et le xvne siècle par une originalité grandiose que l'ignorance antécédente suffit à expliquer, comme le xvnie, par une incomparable hardiesse philosophique due à la réaction universellp contre le dogmatisme, il se distingue par uneextraordinaire activité et par son immense influence sur les choses de la vie matérielle. Il n'en a pas moins son beau côté spéculatif, car la constitution scientifique de la biologie et la découverte des relations qui la lient k la médecine sont dues k des penseurs de ce temps-ci. Et puis, à côté des sciences physiques, il ne faut pas oublier la sociologie, que notre siècle peut revendiquer comme lui appartenant en propre. Les travaux de Fourier, d'Auguste Comte, de Proudhon, ceux d'une foule d'économistes qu'il serait trop long d'énumérer, ne sont certainement pas le dernier mot de cette science si' belle et si nécessaire, ne fournissent pas la solution définitive des grands problèmes qu'engendrent les relations sociales, mais marquent certainement une ère nouvelle dans l'histoire de la civilisation. Sans exclure aucun genre de mérite, le mouvement scientifique aura son cachet à part, l'utilité. La science nouvelle a décidément revêtu ce caractère spécial. Au temps de saint Paul, on reprochait à la science de ne produire que l'orgueil, on l'accusait d'enfler; aujourd'hui elle fait vivre, elle nourrit. Elle n'a rien perdu, même au point de vue de sa grandeur et de sa dignité, dans une pareille transformation.
Dans cette esquisse rapide de l'histoire des sciences, nous avons eu des guides qu'il est juste de faire connaître. Il n y a pas beaucoup d'historiens qui aient envisage tout l'ensemble du développement des sciences avec le souci d'en montrer l'harmonie. Chaque science en particulier a eu son historien ou ses historiens; mais la synthèse de toutes les histoires particulières n a pas fait l'objet d'un grand nombre de travaux. IJ y avait pourtant un grand intérêt à rechercher la solidarité qui a uni le développement de tontes les sciences, attendu que cette solidarité sainement observée donne la clef d'une foule d'anomalies apparentes qui se rencontrent dans le progrès des divers ordres de connaissances. Plusieurs auteurs ont recherché la solidarité , l'harmonie, la logique justement là où il est le plus difficile de l'apercevoir, dans la sociologie; personne ou presque personne n'a compris l importance qu'il y avait à la découvrir dans la série des investigations purement scientifiques. Vico, dans sa Science nouvelle, Herder, dans ses Idées sur la philosophie de l'histoire, Condorcet, dans son Tableuu des progrès de l'esprit humain, de nos jours Saint-Simon et d'autres ont recherché les lois do l'évolution sociale. Auguste Comte a essayé à son tour de résoudre le même problème ; mais tous ont adopté soit une base fausse, soit un point de vue trop spécial.
Pour ce qui est du développement simultané des sciences considérées dans leur ensemble, il y a bien dans le Tableau de Condorcet quelques indications précieuses. Condorcet trace avec beaucoup d'éloquence, unie à une érudition qui n'exclut pas la finesse, les mouvements les. plus importants de l'humanité dans son triple l'apport avec la science, la philosophie et ia politique. 11 y a là-dedans pas mal de faits et bon nombre de remarques ingénieuses ; malheureusement épris ue la science théorique, mathématique, il n'insiste pas suffisamment sur le rôle de la science positive.
Monlucla a publié une grande Histoire des mathématiques, véritable monument d'exactitude et d'érudition où les découvertes arithmétiques, géométriques, algébriques, astronomiques, mécaniques, ainsi que toutes celles qui ont rapport à l'analyse et au calcul transcendant sont relatées dans l'ordre chronologique et appréciées d'une façon compétente.
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Mais nous n'avons encore là qu'un récit purement descriptif, et les grandes divisions de l'auteur ne sont guère propres k éclairer le lecteur sur les phases réelles du travail mathématique aux époques de l'histoire. On en peut dire autant de l'Histoire des sciences naturelles de Georges Cuvier. Personne plus que nous ne rend hommage au mérite de cet ouvrage et n'admire la clarté, la sagacité, la critique judicieuse de l'immortel auteur de VAnntomie comparée; nous 6ommes cependant bien obligés de reconnaître que l'Histoire de Cuvier est à la fois incomplète et dépourvue de pensée philosophique.
Auguste Comte, en plusieurs endroits de ses livres et particulièrement dans le premier volume de son Cours de philosophie positioe, touche à l'histoire générale des sciences; mais il a plutôt indiqué l'esprit de ce sujet que traité le sujet lui-même.
IV Histoire de la civilisation de l'Anglais Buckle est un ouvrage considérable, trop peu connu en France et où l'on sent un écrivain émancipé, rompu à l'habitude des spéculations historiques. Tous les éléments de l'activité humaine y ont une place; l'histoire des sciences, des arts, de la morale et de la politique y est envUagée successivement dans chaque pays , et les trois premières de ces sciences y sont continuellement subordonnées à la dernière. Buckle accorde une importance exagérée au régime politique , aux religions, aux. climats.
Bluinvilte, dans son Histoire des sciences de l'organisation considérées comme base de ta philosophie, a eu la pensée d'envisager ce grand côté abstrait de l'histoire scieniilique. Le sujet est étroit; mais dans ses limites Blainville a bien saisi les grands moments de l'histoire de la biologie, et pour cette science on peut dire que son histoire est trésluinineuse. Il montre parfaitement l'enchaînement des découvertes et 1 influence des hommes; il ne prend que les types principaux, autour desquels il groupe les hommes secondaires.
Nous ne dirons rien de V Histoire de la physique de Libes, des Histoires de la chimie publiées en France par Hœfer et en Allemagne par Hermann Kopp,. de l'Histoire des sciences naturelles au moyen âge, par Pouchet. Ce sont des œuvres trop restreintes pour tenir une place dans l'histoire générale de la science. Nous nous bornerons, pour la même raison, à noter l'Histoire des connaissances chimiques de M. Chevreul. En résumé, il reste k faire une grande histoire générale de la science. C'est un sujet difficile, mais bien digne de tenter un grand esprit.
— IV. Sciences occultiîs. Si la science était une production spontanée et logique de l'esprit humain ; si, sans révolutions, sans renier ce qu'elles avaient établi, Sans adorer ce qu'elles avaient brûlé, les sciences s'étaient constituées lentement, sûrement, progressivement; si, à chaque besoin nouveau des hommes les savants avaient été chaque fois en mesure de donner une satisfaction immédiate, il n'y aurait jamais eu de sciences occultes ni dans l'antiquité ni au moyen âge. Si la raison était, de nos jours, chose forte et accomplie, il n y aurait pas, en plein xixe siècle, de sciences occultes.
Etudier la progression, heureusement décroissante, des sciences occultes, c'est étudier la naissance, les conditions véritables d'accroissement, les révolutions, le progrès inégal mais réel de la science. Dans l'antiquité, les sciences occultes et la science étaient indissolublement unies par un lien commun : la religion. Cette considération va nous suggérer une première conception des sciences occultes. Des temps les plus reculés jusqu'à Démocrite et Aristote, les hommes, confondant le moi et le non-moi, ont anime la nature d'esprits semblables à leur esprit, mais plus puissants, c'est-à-dire divins. Mêlant beaucoup de spéculation à très-peu d'observation (ils ont observé beaucoup, mais spéculé plus encore), ignorant l'expérimentation, qui seule vérifie, c'est-à-dire n'ayant d'autre vérification de leurs idées que leurs désirs et leurs besoins, ils ont inventé de l'univers une explication allégorique, mystique, souvent profonde, jamais logiquement déduite. Enfin, vivant dans une confusion absolue de la philosophie, de la physique, de la religion et de la politique, ils avaient rêvé une domination complète de la nature et des , hommes par les miracles, par les prodiges, par les apparitions, par l'ascendant, par les Oracles, par les philtres, par les sorts; cette explication de l'univers qui devançait la science et cette domination immorale et absurde des êtres et des choses, voilà ce qu'étaient les sciences occultés dans l'antiquité.
A partir d'Aristote, le monde subit trois secousses. La première tut l'inondation des idées, des mœurs, du scrvilisine oriental provoquée par A.exandre, par ses conquêtes, par son asiitisme. La Grèce logique et républicaine fut submergée. Le rempart du bon sens et de la vertu européenne fut emporté. La Seconde secousse fut la conquête du monde par un peuple dur, étroit, le peuple romain. Puis, ce peuple fut lui-même conquis par César et par les empereurs, qui représentaient bien son insuiiubilité, sou inaptitude à la philosophie, sa démence, son avarice, su prodigalité. Alors les mages, les f.iux sages,
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les courtisans de tous les pays les plus corrompus de l'Asie, les sophistes de la Grèce orientalisée achevèrent de détruire les derniers restes de la vertu romaine, et, comme il s'était préparé à Alexandrie un compromis entre toutes les religions et toutes les philosophes et tontes les politiques de l'Inde, de la Judée et de l'Egypte, ce syncrétisme se répandit de là dans le monde, grâce à trois forces : le beau langage grec, la simplicité des premiers chrétiens et l'appui de I administration romaine. Les sciences, qui allaient se constituer, subirent un temps d'arrêt. Ce fut dans le monde une rivalité entre toutes les religions et entre toutes les sectes d'une même religion. Constantin, empereur mesquin et cruel, défendait le christianisme enfin arrêté dans ses lignes mnUresses ; Julien, un grand esprit, sinon un grand homme, représentait le paganisme qui s'était, lui aussi, orientasse et opposait résurrection à résurrection. Lechriiianisme l'emporta. Julien devint Julien l'Apostat, Constantin s'appela Constantin le Grand. La troisième secousse acheva l'œuvre d'Alexandre, de César et de Constantin. L'inondation barbare couvrit les plus beaux pays de l'Europe. Or, ces barbares si vite civilisés, si vite corrompus, c'était l'Orient pratique; c'était la hiérarchie réalisée, c'était la féodalité. Une nuit sans espoir couvrit le monde; la pensée, l'art, l'industrie périrent ; la science rentra dans le néant d'où elle allait sortir. En l'an 1000, dévorants et dévorés, érudits et ignorants, prêtres, moines et séculiers, les rois et les peuples, tous pensèrent mourir. Cette panique universelle fut suivie d une espérance générale. Sous le nom de croisades, l'Europe rit des expéditions dont la première seule fut religieuse et dont les autres furent intellectuelles et industrielles. L'Europe retournait à sa grande source, l'Orient.
Les prêtres, selon le mot de saint Anselme, cherchèrent la raison de leur foi. Les œuvres d'Aristote, sous un costume arabe, furent l'évangile de cette raison. Les sciences occultes, pendant cette nuit de ce monde, avaient été, comme à sa naissance, des superstitions greffées sur des observations enfantines; puis elles grandirent autant dans le mal que dans le bien. Sorcellerie à l'usage des pauvres, magie à l'usage des puissants, tour à tour orientales, grecques et même chrétiennes, les sciences occultes servirent aux ambitions malsaines, aux besoins de jouissance, aux désirs de connaître, aux passions les plus hautes comme les plus basses de l'humanité. Le rôle des sciences occultes au moyen âge et à la Renaissance, époque où elles jetèrent leurs dernières et leurs plus vives lueurs, peut se résumer ainsi: les p-hysiciens et les alchimistes ont, les premiers de tous les hommes, expérimenté et par conséquent sont le aïeux des médecins, des physiologistes ;et des chimistes. En commerco direct avec l'Orient, ils ont jeté les premières bases de la philosophie moderne : théisme, panthéisme, matérialisme. Ils trouvaient en chemin la philologie, la loi du progrès, les idéesde transformation, de série et d'unité. Tantôt ennemis cachés, tantôt amis déclarés du christianisme, ils ont réagi autant contre la puissance alanguissante de Rome que contre la puissance desséchante'de l'Aristote défiguré du moyen âge. Si la pensée humaine n'a point péri des suites du mauvais régime de la scolastique et du syllogisme, elle le doit, non certes à la science occulte, mais aux savants occultes. Le crime de ces mages de l'Europe, c'est que, n'ayant pas les excuses des mages de l'Asie, ils ont spéculé sur l'ignorance universelle et que, par toutes les voies, ils ont tenté la conquête matérielle du monde à l'aide de l'aristocratie de l'intelligence. Ils allaient à la Renaissance, grâce à Platon et aux platoniciens d'Alexandrie, dont les oeuvres venaient d'être publiées ; ils allaient, avec l'appui de ces ancêtres revivifiés par l'imprimerie, arriver à l'apogée de leur puissance.
Après ce rapide aperçu, nous allons entreprendre l'histoire abrégée des sciences occultes dans l'antiquité et les temps modernes.
Les découvertes de la science moderne ne nous laissent plus de doute sur l'état sauvage de l'homme primitif. Un paradis n'a point été le berceau de l'homme. La guerre a éié sa loi, la force a été son droit; ne sachant rien créer, ne sachant ni penser, ni travailler, l'homme ancien détruisait pour vivre, struggte for life, comme .dit Darwin. Contemporaines de ïelephas primigenius, du rhinocéros velu, du grand tigre, de l'ours à front bombé et de la grande hyène, les premières hordes humaines ont vécu comme les peuplades modernes de l'Océanie dans l'ignorance, dans l'indolence, dans l'anthropophagie. Au sein de toutes les races, il existe toujours un homme, dèiliè plus tard, qui enseigne à ses contemporains la danse, la musique, le mariage; mais il est évident que, les milieux étant différents, la sélection se faisant plus ou moins favorablement, les races humaines ont dû être multiples et les unes mieux douées que les autres. La conquête, seule ressource des époques sans industrie, a fait disparaître les races trop faibles et a soumis aux fortes celles qui éiaient moins ciicrgiqueiuent constituées. L'histoire de ces temps se rcsuino ainsi : meurtre, pillage, servage. Le servage, si justement répudié de nos jours, a été un
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progrès immense sur le meurtre pur et simple. Ce progrès s'est accompli très-lentement. L'histoire des sciences occultes nous apprend que les prêtres, philosophes, magiciens ont institué des sacrifices humains, réglant ainsi le meurtre et le soumettant à une loi, et que l'animal n'a pas pu être partout substitué à l'homme comme victime des sacrifices, puisque nos ancêtres, les Gaulois, s'immolaient encore d'eux-mêmes à Ilésus, très-peu de temps avant notre ère. Le progrès se fit de deux façons, directement danschaque groupe humain, et indirectement par l'influence du groupe le mieux doué, ou peuple, sur le groupe moins favorisé par son milieu, ou peuplade. La cause du frottement des races entre elles fut le trop-plein d'une population qui, ignorante de toute action sur la nature, ne connaissait d'autre remède que l'émigration. Les peuples forts étaient prolifiques. Les' centres de l'Asie, si propices à la formation de l'homme, Turkestan, bords moj ens de l'Indus, etc., déversèrent sur le monde des hordes, des tribus, des peuples entiers déjà civilisés ou très-civilisables, avec une fécondité qui ne s'épuisa qu'au V-- siècle de notre ère. De ce préambule vont se dégager nettement toutes les causes et toutes les occasions qui ont produit et nourri les sciences occultes deptiis leurs origines, qui sont celles mêmes de l'humanité. Nous dénombrerons : îo les caractères communs à tous les hommes de toutes les races avant la science, avant l'industrie, avant l'avénemcnt de la raison; 2» l'opposition nécessaire qui s'établit entre les hommes qui dominaient par la i force et ceux qui plus tard dominèrent par la parole, par le geste, par la pensée ; 3° la domination des peuples surles peuplades ; 40 les luttes de peuple à peuple.
1° Les caractères communs à tous les hommes primitifs, qu'ils soient de la Polynésie moderne ou de l'antique archipel grec, peuvent se résumer ainsi : ignorance, terreur de l'inconnu, confusion de toutes les idées.
Que de nos jours tombe une pluie de lichen (cela est arrivé en 1828), on donnera ce lichen aux bestiaux; jadis un peuple s'en fût nourri et aurait remercié un dieu do cette manne. Les causes occultes ou surnaturelles suffisaient alors à tout expliquer.
20 Le guerrier dominerait seul s'il n'avait un rival, le prêtre, qui est en même temps philosophe et magicien. Tout est sorti du temple, l'astronomie astrologique des Chaldéens, la médecine magique, l'industrie, la politiqueet surtout l'art inépuisable de tromper le public, de le tenir, par des prestiges, sous une domination tyrannique. En Grèce même, pays de liberté et de critique, les statues automates des dieux obéissaient aux prêtres dans ces petits temples de la Grèce autour desquels le peuple s'assemblait sans jamais y pénétrer. Les prêtres se réservaient tout; tout était soigneusement caché, parce que tout secret est un moyen de puissance. Ils se réservaient les prodiges, c'est-à-dire les faits naturels que l'ignorance d'alors n'expliquait pas. Tout servait à leur but : un bout d'ambre, une composition liquéfiable, une boisson enivrante, la profondeur des bois, les mystères des clairières, une recette pour mûrir les raisins ou pour les conserver, l'influence de la musique, tout concourait à frapper les simples, à enrichir les temples, à assurer la domination des prêtres. La science n'avait alors qu'un but, le miracle, et pour atteindre ce but elle devait s'envelopper de mystère, elle devait rester occulte. Certes, du temps de Démosthène quand le grand orateur accusait la pythie de philippiser, tous les Athéniens croyaient très-bien que la pythie était vendue à Philippe ; mais dans des temps plus reculés, unepareille allégation eût passé pour une horrible impiété.
Autant de grandes races, autant de religions, autant de politiques, autant de magies différentes. Le prêtre égypt.en,danssa. crypte, embaume les morts et crée la chimie, et spécule avant tout sur la résurrection. En Assyrie, pays de ces vanités monstrueuses auxquelles tout despotisme aboutit fatalement, le collège sacré des Chaldéens avait trois catégories d'initiés : les chasehdim, astronomes et astrologues ; lesasaphim, physiciens et sorciers; les mecasphim, médecins et assassins; tous prouvant leur puissance occulte en charmant les serpents. La Bible enregistre ses devins, les khartumim ; les prophètes eux-mêmes n'auraient pas, aux temps de l'influence égyptienne et babylonienne, prophétisé sans l'os sacré, cette omoplate couverte de caractères étranges, qui a donné lieu, en magie, au mythe do la clavicule de Sulomon, mal traduit comme toujours par le mot et par l'idée moderne de clef.
3° Chez les Perses, dans les premiers temps qui suivirent leur violente séparation d'avec les autres Aryas ; chez les anciens Chinois, dont Confucius n'a fait que restaurer le rationalisme, la philosophie existait presque pure de toute magie, la religion était presque exclusivement naturelle. Un aura l'explication de ce fait curieux si l'on médito sur la grande classification que fait Vico des premiers groupes d'hommes en peuples et en peuplades. En Chine, dans l'Iran, il n'existait pas de peuple conquérant et de peuplades conquises. La politiqueet son grand moyen, la magie, n'avaient dès lors aucune raison dêtre; aucune nécessité no pouvait se produire d'impressionner les foules, de faire des
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miracles. Mais si l'on se transporte dans d'autres temps et d;ins d'autres pays, où le peuple s'est trouvé en contact avec des peuplades, on verra ces pasteurs poètes et presque philosophes faire usage de leur science naissante pour conserver, après la conquête, leur pouvoir politique sur les hordes fétichistes. Dans l'Inde, les philosophes aryas devenus prêtres, après avoir soumis l'esprit faible des Dravidas jaunes et des Varvaras noirs, organiseront, avec ce nouvel appui, un massacre général des guerriers. Les innombrables peuplades de l'Asie, voyant des anges dans hs hommes blancs qui les subjuguaient plus par l'ascendant que par la furiebrutale, se mirent, aussi bien en Assyrie qie dans l'Inde, à leur complète dévotion. Partout la conquête eut polir résultat fatal l'abaissement moral des conquérants, la dégénérescence de leurs instincts de poésie et de philosophie en pratiques magiques.
C'étaient cependant de fortes races que ces races aryennes qui, avant toute industrie, accomplissaient de tels voyages qu'ils nous étonnent encore. On retrouve dans toutes les religions des pays qu'ils colonisèrent des traces de leur esprit de science et d'investigation. Mais une fois la conquête achevée, fis s'immobilisaient dans leur politique nécessairement religieuse et magicienne. Qu'est-ce que l'observation des oiseaux, la délimitation précise du point d'où la foudre partait, l'inspection des entrailles des victimes, si ce n'est l'imitation superstitieuse des expériences rationnelles que les ancêtres avaient faites jadis? C'est un point de l'histoire des sciences occultes qui n a pas échappé à l'esprit si perspicace de Démocrite.
Les mages de tous les peuples se rendaient volontiers visite. C'était en voyageant qu'ils s'instruisaient. L'Egypte , la Chaldée , la Perse et l'Inde étaient les grandes étapes du savoir. De l'Egypte, de la Chaldée, do la Perse, ils rapportaient la connaissance de l'astrologie, superstition ridicule, basée sur cette idée que l'histoire des premiers progrès des hommes en civilisation est écrite dans les signes du zodiaque. Dans l'Inde, on allait chercher la chose la plus difficile, l'abstraction, les lois générales de tous ces mythes et de tous l*s moyens de domination. La fameux cri : Kongx, om, Panx! qui, jusqu'au temps de Lucien , s'échappait des temples d'Eleusis pour annoncer que les mystères de la Bonne déesse étaient consommes; ce cri n'est autre que celui par lequel les brahmes indiens chantaient leur Ite missa est, ainsi formulé : Canscha, om. Panschal Le lo Evohë! des mystères des bacchantes, c'est le nom de Jehovah. Les mages se visitaient donc, rapportant de leurs voyages une pensée ou une recette, respectant scrupuleusement le caractère étranger dans lequel le secret était écrit; car, en ces tt'inps de superstition, le caractère, lui aussi, avait un pouvoir magique. Le secret était scrupuleusement gardé; l'initiation avait plusieurs degrés. Cependant la paix ne régnait pas toujours entre les thaumaturges de races différentes. Il y avait des spectateurs. Tout public est cause do discoïde aussi bien entre les savants de nos jours qu'entre les mages d'autrefois. Moïse, « instruit dans toute la sagesse des Egyptiens, grâce à eux puissant en paroles et en œuvres t (Actes des apôtres, chup. vu, v. xxu), Moïse était forcé d'entrer en lutte de magie avec ses anciens maîtres. Elie défiait les prêtres de Baal. Zoroastre réduisait au silence les mages de son pays.
De la lutte des religions et des races sont nés le polythéisme et le génie grecs. Les demi-mages, Pythagore et Empédocle, marquent le passage de la magie à la philosophie.
Les premiers philosophes grecs, les uns en Grande-Grèce, les autres en lonie, ceux-ci en Europe, ceux-là en Asie, tous, selon le mot de Pascal, émirent des principes vrais; mais, poètes, confinés dans leur patrie, c'est-à-dire dans l'idée qui émanait de leur milieu physique et social, ils ne pouvaient faire faire de progrès à leur philosophie. Heureusement, les Mélisse, les Zenon d'Elée, les Démocrite voyagèrent et heurtèrent dogme contre dogme. La controverse établie entre les systèmes particuliers fit naître cette chose générale, la logique.
Pendant la nuit du moyen âge, les sciences occultes furent la seule et fausse lueur que donnât l'esprit humain. Tous les grands hommes, aussi bien Albert le Grand, le maître de saint Thomas, que lîeuchlin,Ie pere du panthéisme moderne, s'occupèrent de mu^ie.
Toute la science publique officielle se réduisait alors à faire un bon syllogisme. La Sorbonne n'était pas moins intolérante que Rome. On anathéuiatisait aussi bien au nom d'un Aristote pointilleux que d'un Christ implac. bis. Le livre faisait foi; l'érudition décidait de tout. Dans les discussions, ou n'apportait jamais des faits, mais des textes. La meilleur raisonnement en dehors des formes était proclamé faux. L'étioitesse d'esprit, le soupçon et la haine étouffaient les meilleurs élans. La pensée mourait de l'intolérance philosophique plus encore que de l'intolérance religieuse. Bref, de la logique, instrument si fécond quand il est mis au service des faits, on avait forge une machine à inventer gravement des sottises. Tout le travail du moyen âge portait sur les mots. La forme analytique des langues modernes , leur pré -
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cision et aussi leur sécheresse sont îe résultat le ce lubeur patient de longs siècles. Mai; l'abstraction, cette faculté maîtresse du noyen âge, n'aurait servi qu'à exprimer des entités et des chimères, si d'autres esprits que les scolastiques n'avaient étudié les faits. Sans les sciences occultes, qui éiaient l'étude, malheureusement folle ou absurde, de la. nature, l'humanité aurait passé sans transition de l'enfance à la sénilité.
L'ieole positiviste a reconnu que l'alchimie et la physique étaient le trait distinctif du moyen âge, en ce point seulement supérieur à l'antiquité. Celle-ci connaissait à. peine la fusion des corps. Les riverains d'E;-rypto avaisnt trouvé le verre; les montagnards de l'Inde, de la Grèce et de la Sicile avaient trouvé le bronze et ensuite le fer. Mais l'idée de combiner les corps et de faire des corps nouveaux appartient exclusivement aux alchimistes du moyen âge. Seulement, par une sorte de fatalité singulière, les recherches les plus sérieuses des savants de ce temps sont toujours liées à quelque idée folle et accompagnées de ridicules formules et manœuvres opératoires. La, science ne peut se débarrasser de sa forme occulte.
Toutes les recherches des savants de ce temps sont fondées sur l'hypothèse d:un parallé isme absolu de l'homme et de la nature, du microcosme et du macrocosme. Elles s'opère ît à l'aide de digestions, de gestations dans des cornues appelées estomacs , pendant des mois entiers, dans des circonstances astrenomiques déterminées. Une mauvaise éche le peut servir à une bonne escalade. Basanés, noirs comme des forgerons et des charbonniers, les alchimistes, disait le dernier d'entre eux,Paracelse,ne se glorifiaient ras d'avoir de jolies figures, bien débarbouillées. Ils inventaient tout le matériel de leur science, depuis les matras jusqu'au souftlet, et conquéraient un à un les degrés de leur œuvie, qui étaient « la distillation, la résolution, la putréfaction, l'extraction, la caleination, la réverbération, la fixation, la séparatio.i, la réduction,. la coagulation, » etc. La chim e a retenu beaucoup de ces mots et presque toutes ces opérations.
Po ir saisir toute la portée de la révolution opérte par l'instauration des sciences occultes au moyen âge, il faut bien se pénétrer du cette idée que l'aristotélicien d'autrefois expliquât sans cesse le phénomène par le phénomène, et qu'après l'avoir rangé dans une des catégories du maître il se tenait content de son explication. L'expérimentation était inutile, et jamais un esprit scolastique n'eût songé à la tenter. Les découvertes médicales, chimiques, biologiques du moyen âge donnèrent naissance à une légion d'esprits, d'archées, d'éléments prédestinés, d'arcanes, de magistères et à toute une mythologie copiée sur les anciennes , enrichie do nouveaux dieux, le Sel, le Soufre, le Mercure. Lo secret, recommandé par Roger Bacon, imposait aux initiés l'obligation de parler par figures. Qu'est-ce que le lait de la Vierge, le lion vert, etc.? On sait que la teinture du soleil est l'or potable, employé contre le mal américain, italien, français, maintenant cosmopolite.
Qiiclqiie-s-uns ont lu les alchimistes comme l'abbt Burgier lisait les mythologies ; « Vulcain découvrit le commerce que Vénus avait avec Mars et le rendit public, après les avoir enclu înés l'un et l'autre. On a voulu dire que Vulct.in avait découvert le secret d'unir étroitement xvitfoî (Cypris, Vénus), le cuivre, avec afin (Ares, Mars), le fer, et qu'il apprit aux hommes ce secret. » Avec un pareil système d'interprétation, les savants du moye 1 âge paraissent avoir été calomniés et euvent étonner un homme aussi versé dans histoire de la chimie que M. Hœfer. Mais il faut l'éduire de beaucoup 1 enthousiasme de ces grands enfants qui créaient pour la première fois quelque chose; il faut ne voir dans 'es homonuules que les résultats d'expériences d'hétérogénie ; dans leur pierre philosophale, que du phosphore; dans leurs croyances et dans leurs fastueuses promesses, que 1-js juvenilia trop poétiques d'un esprit scientifique encore mal formé, La cabale, qui était leur philosophie cosmogonique, leur enseignait que = le monde est vif et plein de vie; eue la matière est une; que la vie de l'homme est composée: 1° de terre , 2" d'eau , 3° d'tir, 4° de feu, qui résulte de la combinaison des trois autres éléments. » Il n'est que trop lacile de trouver à ce fatras une explication scientifique, si l'on se jette dans le système d'interprétation symbolique transporté par les théologiens de l'Ecriture sainte aux mythes des Grecs. C'est un moyen plus commode qu'on ne pourrait croire de donner un sens U ce qui en est absolument dépourvu. Les prophéties de Nostradamus se trouvent très-exactement accomplies, grâce à un procédé tout semblable d'interprétation. Toutefois, i n'est que juste de reconnaître que, la forme occulte étant la seule forme de la science du moyen âge, elle a dû compter do vrais savants. Elle réclame à juste litre Van Itelmout et Sthal, c'est-à-dire le vitalisme, et Hahnemann lui-même, c'est-à-dire l'homiEopathie , dont le simitia simitilius est ttxtuellement écrit dans Paraceise. Le xixe siècle a maltraité la cabale, et c'est justice. Mais le XIXe siècle a peut-être un peu t op oublié que les idées scientifiques qu'il s fait prévaloir et dont il se glorifie à si
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juste titre ne sont pas nées spontanément. La vérité, sous des formes plus ou moins enveloppées, est éternelle. Les grands principes que nous faisons aujourd'hui briller au grand jour ont existé en germe dans tous les temps de l'histoire scientifique. Or, au moyen âge, dans cette nuit profonde, ce germe précieux a été conservé par les cabalistes, par les adeptes des sciences occultes. C'est chez eux seulement qu'il faut chercher, à cette époque, les premières traces du principe de 1 identité de la force et de la matière, les conceptions panthéistes et matérialistes, les utopies sociales, en un mot tous les éléments de révolte contre le dogme religieux et philosophique. Cette cabale n'était pas juive d'essence, même dans les livres juifs, puisqu'elle est née du contact des Juifs et des autres Orientaux ; mais, au moyen âge, malgré force textes de la Bible toujours invoquée, la cabale perd tout ce qu'elle tient du judaïsme. Avec Reuchlin, Pic de La Mirandole, des orientalistes ; avec tous les magiciens de la Wartburg, avec un voyageur comme Paraceise, elle redevient indienne, c'est-à-dire pure de scolastique, d'intolérance et d'anthropomorphisme. Celait un cabaliste, ce J.-B. Robinet qui soutenait si rudement, à la fin du xvme siècle, l'incompréhensibilité absolue de l'idée de Dieu. La cabale, cette tradition qui, par une suite de siècles, vient en droite ligne des premiers concepts des Aryas, la cabale, qui est la philosophie des poésies sanscrites les plus primitives, est tout simplement du naturalisme. Ne forçons pas ces déductions, mais respectons les adeptes de la cabale comme les ancêtres des grands révoltés modernes, comme les fondateurs de la liberté de penser, comme les champions obscurs, dédaignés mais tenaces de la raison individuelle.
Les trop hautes visées ont ceci de terrible qu'on en retombe durement. Qui veut faire l'ange fait la bête; qui se prétend Dieu est monstre souvent. Toute prétention non justifiée de puissance revêt le caractère du charlatanisme. Le besoin d'argent, toujours si cruel, l'ambition qui n'abandonne jamais sa victime, les mécomptes du savant qui se faisait charlatan pour les revendre avec bénéfice aux princes aussi ou plus ignorants que les foules, les croyances aux esprits méchants d'un ciel fait à l'imitation de la terre, la détestable imitation qui jouait à la science et au pouvoir, tel est ie côté néfaste et véritablement occulte des sciences du moyen âge. L'Europo, singeant en cela l'Orient, avait ses sociétés mystiques et sceptiques à la fois , sanguinaires et voluptueuses , qui entouraient les rois, circonvenaient les républiques pour leur offrir leur orviétan magique, spirituel et physique. Les sciences occultes, dans les mains des jouisseurs séculiers ou inonasiiques, étaient bien telles que les définit un de ceux qui 1 s démasquèrent, l'Anglais Harris : « Un art sans art, dont le principe est le mensonge, le moyen de travail et la fin la mendicité. » On ferait des odyssées avec la vie d'un tien- Agrippa (l'Herr Trippa de Rabelais) , d'un Esehenbaeh et d'un Klingsor, vivant tous entre l'or et le bûcher, entre la puissance et la misère. On ne saurait trop reprocher aux cabalistes d'avoir flatté tour à tour et simultanément Ruine et César, les autoritaires et les plébéiens.
Nous touchons aux temps modernes. Ici nous ne dirons pas que les sciences occultes n[existent plus; mais elles perdent tout intérêt et tout caractère scientifique.
Un philosophe du xvmc siècle, Deslandes, expliquait la divination des anciens muges par cette pensée toute rationaliste : « Je soupçonne que c'était en examinant de près la physionomie et les allures de ceux qui venaient les consulter. Il se trouve en chaque homme je ne sais quoi de décisif, soit dans le port, soit dans les manières, soit dans un certain enchaînement des passions qui pourrait presque faire deviner à coup sur ce qui doit arriver. » Le procédé, un peu exagéré peut-être, s'applique aux mages de nos jours, aux tireurs de cartes, aux magnétiseurs, aux spirites. Les sorciers modernes conservent une base de plus en plus étroite d'exploitation. Les sujets leur manquent; espérons que l'instruction leur enlèvera les derniers qui leur restent.
— Ieonogr. De Prézel, dans son Diction' nuire iconutogique (1779), dit que la Science est urdiiiairementcaraclériséeparunc femme âgée qui a auprès d'elle une sphère, un coinpas, une règle et des livres. 11 ajoute: « On la voit encore représentée avec des ailes à la tête, tenant d'une main un miroir et de l'autre un triangle : ce qui peut avoir rapport aux trois termes d'une proposition. Les ailes n'ont pas besoin d'explication. A l'égard du miroir, on a dit qu'il était le symbole de l'imagination qui reçoit l'image ces objets par le moyen des sens. Lorsqu'on a fait tenir un flambeau à. la Science, on a voulu marquer' qu'elle dissipe les ténèbres do l'ignorance. La figure peut encore être éclairée par un rayon de lumière descendant du ciel. Les peintres doivent d'autant moins négliger ces coups de lumière qu'ils sont toujours favorables pour l'effet du tableau. » Dans un tableau du Curiége, le Triomphe de la Vertu sur les Vices, qui, après avoir fait partie de la collection de Charles II, avait été acheté par
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le roi de France et placé dans la galerie de Versailles, la Science est figurée par une femme accompagnée d'un enfant qui d'une main nous montj-e le ciel et de l'autre semble avec un compas prendre des mesures sur un globe. Une estampe d'Agostino Veneziuuo (commencement duxvio siècle) représente la Science sous les traits d'une femme agenouillée près d'une grotte et tenant à la main une lentille de verre. Une figure de la Science peinte par Paul Véronèse et qui décorait autrefois le palais Barbarizo, à Venise, appartient aujourd'hui au musée de Lille. Dans ses fresques de la chapelle des Espagnols, à Florence, Taddeo Gaddi a représenté les diverses Sciences par des femmes ayant près d'elles le portrait de l'un des hommes par qui chacune des sciences a été illustrée ; c'est ainsi que Y Arithmétique est accompagnée par Pythagore , la Géométrie par Euclide, \ Astronomie par Ptolémée, etc. On trouvera au nom des principales sciences la description des monuments artistiques qui concernent spécialement chacune d'elles. Quelquefois, lorsqu'elles sont réunies ou même isolées, les Sciences sont figurées par des enfants on des génies qui tiennent les instruments et les attributs par lesquels on a coutume de les désigner; ainsi, un génie tenant une boussole et un gouvernail figure la Navigation; un génie tenant un compas désigne la Géométrie, etc. Les Sciences ont été aussi représentées par des groupes d'enfants dans une suite de dix planches gravées par Fr.Ertinger. Dans un tableau du musée de Madrid, dont un élève de Rubens a peint les figures et J. Breughel les accessoires, les Sciences et les Arts sont représentés par des femmes et des enfants groupés dans une magnifique galerie remplie d'une multitude d'objets. Chardin avait peint, au château de Choisy, dans les dessus de porte, les attributs des Sciences et des Arts. Dans le plafond du petit appartement du roi, à Versailles, Mignard avait représenté Apollon distribuant des récompenses aux Sciences et aux Arts. Cette composition a été gravée parG. Audran. Le plafond de la salle de Mercure peint dans le même palais par J.-B. Champagne, représente Mercure sur son char, escorté par les Arts et les Sciences. Bartolozzi a gravé, d'après Angelica Kauffinann, la Science se reposant dans les bras de la Paix. Dans l'ancienne salle des bronzes antiques, au Louvre, Manzaisse a peint des ligures allégoriques des Sciences et des Arts. Des ligures analogues, par Alexandre liesse, ornaient l'un dos salons de l'Hôtel do ville de Paris; elles sont gravées dans le grand ouvrage consacré à ce monument par Leroux de Liney. Les Sciences, l'Etude, Y Eloquence et d'autres allégories avaient été peintes par Bénédict Masson dans une des salles du palais du conseil d'Etat; comme les peintures de liesse, elles ont péri en 1871. Un plafond de D.-A. Magaiid, à l'hôtel de la préfecture de Marseille, représente les Arts, les Sciences et les Lettres.
Un bas-relief de Rauch, qui décore le piédestal de la statue colossale de Maximilien- Joseph, à Munich, représente les Sciences naturelles. Des statues de la Science ont été ' exécutées par A. Desbœufs (marbre, pour la bibliothèque du Luxembourg, 1843), Elias Robert (pierre, pour la décoration extérieure du pavillon Colbert, au Louvre), J. Maillet (pierre, pour la décoration extérieure du nouveau Louvre), Ch.-A. G.imery (bronze, pour la ville de Chambéry, Salon de 1885). M. J.-E. Mareellin a sculpté pour la décoration d'un œd-de-bœuf du pavillon Mollien, au Louvre, un bas-relief représentant la Science et l'Industrie. M. Hyacinthe Chevalier a figuré les Sciences dans un bus-relief exécuté pour le lyeée Saint-Louis. Un bas-relief de M. Maniglier, la Science et l'Art, orne une des façades latérales de l'Opéra, a Paris. Citons enfin une peinture murale exécutée par M. Janmot dans l'église de Saint- François, à Lyon : l'Union de lu Science et de la Religion.
Science (arbre de la), ouvrage de Raymond Lulle, dont il existe plusieurs éditions, notamment une de Lyon (1515, in-4°). Sur le titre de celle-ci, l'auteur, qui était moine, est qualifie de vénérable et d'illuminé d'en haut. En effet, le livre a une couleur mystique fort accusée. C'est une encyclopédie naturelle, c'est-à-dire un tableau général des connaissances humaines telles qu'on les concevait à la fin du moyen âge. Raymond Lulle est un lettré doué d'assez d'imagination et d'un grand orgueil; il ne vise à rien moins qu'à faire une bible scientifique, et il n'a aucune connaissance qu'il ait acquise lui-même, aucune observation personnelle à fournir, aucune force intellectuelle et active. Il écrit en un latin facile et possède bien le jargon scolastique du moyen âge. Il a cotte f.iusse profondeur qui consiste dans les mots. Les circonstances dans lesquelles il commença son Arbre de la science sont tout à fait merveilleuses; il les a racontées lui-même : t Raymond était debout sous un arbre, dans la désolation et dans les larmes; il chantait sa douleur afin d'en alléger le poids et de se consoler de n'avoir pu réussir à la cour de Rome. Survient un moine qui l'interroge sur les causes d'un si profond chagrin. Raymond lui apprend qu'il u consacré trente ans de sa vie à l'étude, ■ qu'il connaît le fond des « choses humaines et de la vérité, muais que
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cette connaissance lui est inutile. Il a écrit des livresque personne ne lit. Son interlocuteur lui conseille d'en écrire encore un, qui sera lu. A l'instant même Raymond aperçoit \ h côté de lui un arbre immense venu là par j l'opération du Saint-Esprit. Ce fut un coup I du ciel ; l'idée d'écrire un Arbre de la science illumina soudain son âme. Le moine étranger avait disparu. Ce devait être un ange, sinon Dieu lui-même. »
L'Arbre de la science se compose de seize parties, qui sont : l'arbre des éléments, l'arbre végéta], l'arbre des sensations, l'arbre des impressions, l'arbre de l'humanité, l'arbre des mœurs, l'arbre impérial, l'arbre apostolique, etc. Ces seize arbres servent de cadre à la philosophie de toutes les sciences. Derrière une méthode factice, qui consiste dans les mots plutôt que dans les choses, on découvre, dès qu'on ouvre le livre, le plus grand désordre. La théologie et les sciences naturelles sont confondues dans les mêmes divisions; la morale coudoie les sciences physiques; les sciences mathématiques sont mélangées avec l'art divinatoire, les enchantements, la magie, la chimie élémentaire. C'est un fouillis inextricable. Raymond Lulle, affectant des formes rigides, procède par définitions. Or, toutes ses définitions sont des pétitions de principes; il explique chaque chose par elle-même. Cela revient toujours à la fameuse définition de Molière de la vertu dormitive de l'opium. Dans son Arbor elemenlalis, il traite des principes généraux, et l'émimération de ces principes, qu'il appelle transcendants, est des plus réjouissantes. Ces principes transcendants, ce sont la bonté, la grandeur, l'éternité, la puissance, la sagesse, la volonté, la vertu, la vérité, la gloire, l'infini. Demandez-lui ce que c'est que la vérité ; il vous répondra que c'est ce qui est vrai : Veritas est illud quod est verum. M. de La Palisse n'eût pas mieux dit. De quoi qu'il s'agisse, l'auteur a un questionnaire à l'aide duquel il épuise entièrement le sujet. Voici son questionnaire : Utrum, guid, de quo, quare, quantum, quate, qunndo, ubi, quomodo, cum, quo. Il se flatte, avec ce questionnaire, de composer toutes sortes d'idées, de même qu'avec nos dix chiffres élémentaires on peut composer toutes sortes de nombres.
En morale, il a neuf péchés capitaux ou vices au lieu de sept. Il ajoute k ceux de l'Eglise le mensonge et l'inconstance. Pareillement, il a neuf vertus, qui enferment tout le cycle de nos bonnes actions : la justice, la prudence, la force, la tempérance, la foi, l'espérance, la charité, la patience, la piété.
Malgré tout, ce livre a joui d'une vogue inouïe durant deux siècles. Sa fausse profondeur, sa physionomie rigide, sa prétention de parler de toutes choses et de donner de tous les problèmes de la pen-ée une solution définitive, lui ont acquis une autorité dont il ne reste que le souvenir, mais qui fut longtemps réelle et incontestée. Il demeure comme un témoignage authentique de la pauvreté scientifique du temps et de l'inanité effective de tout ce labeur scolastique qui travaillait sur des mots et n'avait que fort peu d'idées justes.
Sciences (INCERTITUDE ET VANITR DFiS) [De
incertitudine et vanitate scientiarum] (1530, in-12), un des livres les plus connus du fameux philosophe hermétique et cabalistique Cornélius Agrippa. Dans aucun autre de ses ouvrages, si pleins d'érudition et de verve, il n'a mieux mérité les reproches caustiques de l'épigramme : « Agrippa n'épargne rien ni personne; il méprise; il sait et il ignore; il pleure et il rit; il s'irrite et s'adoucit; à la fois philosophe, diable, héros et dieu! » C'est une folie, suivant lui, que de croire, avec les anciens sages, que l'intelligence humaine, apte à de si grandes choses, à des découvertes si inattendues, s'élève ainsi par moments, chez des esprits privilégiés, presque au niveau de l'intelligence divine; la science n'est qu'une illusion; l'esprit de l'homme ne peut percer l'obscurité qui l'environne. Dans uno longue série de petits traités dogmatiques, prenant corps à corps ce que l'homme sait dans toutes les branches des connaissances humaines, il en démontre l'incertitude, la variabilité, la confusion. Encore, le peu quo l'on sait avec certitude est-il plu3 nuisible qu'utile; c'est un poison et non un breuvage salutaire. Toutes les inventions sont perverses, puisque c'est l'homme, être pervers, qui les a faites. Comment croire à la poésie, à 1 histoire, à la philosophie, œuvres d'écrivains vaniteux? à la géométrie, à l'astronomie, à l'alchimie, œuvres d'imposteurs? Ce sont des rêveurs qui ont créé l'éthique, la physique et la métaphysique; des marchands qui ont inventé l'économie politique et des prêtres les religions. Quelle foi faut-il ajouter, â leurs préceptes?.... Assurément, ce ne sont là que des paradoxes, mais ils sont écrits avec cette verve, cette érudition un peu confuse, mais originale, qui distinguent les œuvres de ce philosophe. Nul mieux que lui n'était apte à se moquer de la magie, de la cabale, de l'astrologie, delà pierre philosophale; it avait professé tout cela et avec un grand succès. Le clergé poursuivit avec acharnement certains chapitres très-librement écrits, où il était attaqué dans sa vénalité et dans sa superstition avec beaucoup d'esprit ; il contraignit les éditeurs à faire disparaître cer-
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tains passages. C. Agrippa ne l'avait pas ménagé dans les chapitres intitulés : Des cérémonies du culte, Des magistratures ecclésiastiques, Des sentes monastiques, De la mendicité, etc. Les plus curieux chapitres sont, outre ceux qui sont relatifs à la magie, aux sciences cabalistiques et à l'alchimie, les traités De anima, De medicina in génère et de medicina opératrice, De jure canonico; on y voit un résumé excellent de la science de l'époque, avec toutes ses contradictions. Comme érudition plus singulière, deux petits traités : De arle meretricia et De lenonia, méritent une place à part.
Le Traité de l'incertitude et vanité des sciences a été anciennement traduit en français par Gueudevillo (Leyde, 1726) et par Louis Turquet (Paris, 1582, in-8°). Cette dernière traduction a été faite sur un texte plus complet.
Sciences (HISTOIRE DE L'ACADÉMIE DES), par Fontenelle. Cet ouvrage, qui comprend la suite des travaux de l'Académie des sciences depuis l'année 1699 jusqu'à la mort de Fontenelle, fut publié sous la direction de l'illustre secrétaire perpétuel. Les travaux des membres de l'Académie y sont reproduits ou résumés, les académiciens morts y sont appréciés (v. ÉLOGKS par Fontenelle). Bref la marche de la compagnie y est racontée dans tous ses détails. 11 fallait pour cela être écrivain, philosophe, mathématicien, physicien, chimiste, naturaliste et ingénieur. Fontenelle a été tout cela. Véritable Protée, il a su revêtir d'un langage pur et élégant, d'une extrême souplesse, les discussions diverses et souvent complexes dont il eut à rendre compte.
Un des plus beaux morceaux de cette histoire est la Préface de l'histoire de l'Académie des sciences depuis 1666 jusqu'en 1699. Fontenelle y présente un tableau succinct des progrès accomplis dans les sciences au xvno siècle, des progrès qui ont précédé la création de l'Académie et suggéré la pensée de cette création.
C'est peut-être ce que Fontenelle a écrit de plus beau et de plus éloquent. On n'y aperçoit aucune trace de la subtilité ni de l'affectation qui sont les défauts ordinaires de son style. C'est la pure, claire et noble langue du xvno siècle, la prose de Descartes et de Pascal. Les belles découvertes de Descartes, Galilée, TorricellijCavalleriuSjNfcper, Harvey, Warthou, Glisson, Willis, Lover, Pecquet, Bartholin, SJtenon, Mulpighi sont rapidement et magnifiquement résumées.
Fontenelle montre ensuite l'origine de l'Académie des sciences . « Ce goût de philosophie, assez universellement répandu, devait produire entre les savants l'envie de se communiquer mutuellement leurs lumières. 11 y a plus de cinquante ans que ceux qui étaient à Paris se voyaient chez le Père Mersenne qui, étant ami des plus habiles gens de l'Europe, se faisait un plaisir d'être le lien de leur commerce. Gassendi, Descartes, Hobbes, Roberval, les deux Paschal, père et fils, Blondel et quelques autres s'assemblaient chez lui. 11 leur proposait des problèmes de mathématiques ou les priait de faire quelques expériences par rapport à de certaines vues, et jamais on n'avait cultivé avec plus de soin les sciences qui naissent de l'union de la géométrie et de la physique.
» II- se ht des assemblées plus régulières chez de Moniuor, maître des requêtes, et ensuite chez Thévenot. On y examinait les expériences et les découvertes nouvelles, l'usage ou les conséquences qu'on en pouvait tirer Aussi, après que la paix des Pyrénées eut été conclue, le roi jugea que son royaume, fortifié par les conquêtes qui venaient de lui être assurées, n'avait plus besoin que d'être embelli par les arts et par les sciences, et il ordonna a Colbert de travailler à leur avancement. ■
L'Académie fut fondée en 1666, et Fontenelle nous entretient de ses premiers travaux. La Bibliothèque du roi était le rendez-vous commun. Les historiens s'assemblaient les lundis et les jeudis ; ceux qui étaient dans les belles-lettres, les mardis et les vendredis; les mathématiciens et les physiciens, les mercredis et les samedis. Ces derniers ne tardèrent pas a se séparer, formèrent l'Académie des sciences, distincte de l'Académie française et de l'Académie des inscriptions, et débutèrent quelques années plus tard par de mémorables travaux astronomiques.
Fontenelle a donné dans le même ouvrage une autre Préface sur l'utilité des mathématiques et de la physique et sur les travaux de l'Académie des sciences. 11 avait été frappé de l'espèce de dédain avec lequel on accueille ces sciences dans le monde et de l'indifférence avec laquelle on traite les gens qui s'y livrent. Aussi écoutez son début : « On traite volontiers d'inutile ce qu'on ne sait point ; c'est une espèce de vengeance; et comme les niathénui tiquas et la physique sont assez généralement inconnues, elles passent assez généralement pour inutiles. La source de leur malheur est manifeste : elles sont épineuses, sauvages et d'un accès difficile. » On n'est pas plus piquant.
Viennent ensuite de nombreux exemples artistement et ingénieusement disposés pour montrer l'utilité des sciences et mettre en lumière tous les services qu'elles rendent à l'esprit humain et à la société. Fontenelle
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montre qu'il importe d'amasser le plus possible de vérités spéculatives, au hasard de ce qui en arrivera. Leur utilité se manifestera tôt ou tard. 11 en est qui séparément sont stériles, mais ne le seront plus quand on s'avisera de les rapprocher. Enfin, au pis aller, il en est qui seront inutiles éternellement. Mais ces dernières encore, si elles demeurent inutiles pour la vie pratique, ne le sont pas pour l'esprit. Toutes les vérités deviennent lumineuses les unes par les autres. D'ailleurs, il est constant qu'elles serviront à donner à notre raison l'habitude de penser juste en nous montrant l'enchaînement régulier des choses.
La préface se termine par ces réflexions profondément justes : « Les recueils que l'Académie présente tous les arts au public ne sont composés que de morceaux détachés et indépendants les uns des autres, dont chaque particulier qui en est l'auteur garantit les faits et les expériences, et dont l'Académie n'approuve les raisonnements qu'avec toutes les restrictions d'un sage pyrrhonisme.
» Le temps viendra peut-être que l'on joindra en un corps régulier ces membres épais ; et s'ils sont tels qu'on le souhaite, ils s'assembleront en quelque sorte d'eux-mêmes.
Plusieurs vérités séparées, dès qu'elles sont en assez grand nombre, offrent si vivement k l'esprit leurs rapports et leur mutuelle dépendance, qu'il semble qu'après avoir été détachées par une espèce de violence les unes des autres elles cherchent naturellement à se réunir. »
Science nouvelle lur la nutare des nations
(principes d'une), par Vico (Naples, 1725, 2 vol. in- 12). La Science nouvelle, adressée aux universités de l'Kurope par une épître dédicatoire, eut quelque succès en Italie. Plusieurs grands personnages, entre autres le pape Clément XII, écrivirent à Vico des lettres flatteuses. Dans cette première édition, Vico avait suivi une marche analytique ; il changea de système dans les éditions suivantes, dont les principales sont celles de 1730 et de 1744. Il y débute par des axiomes, des formules, en déduit toutes les idées particulières et s'efforce de suivre une méthode géométrique, que le sujet ne comporte pas toujours. « Dans la première édition de la Science nouvelle, dit-il, j'errais, sinon dans la matière, au moins dans l'ordre que je suivais. Je traitais des principes des idées en les séparant des principes des langues, qui sont naturellement unis entre eux. Je parlais de la méthode propre à ia Science nouvelle, en la séparant des principes des idées et des principes des langues. »
Michelet a publié en 1827 l'ouvrage de Vico, avec une remarquable introduction.
En 1835, il a publié en deux volumes les œuvres choisies de Vico, contenant ses mémoires écrits par lui-même, la Science nouvelle, les opuscules, lettres, etc. C'est lui qui a appelé l'attention sur le grand ouvrage de Vico, et l'on peut affirmer que la Science nouvelle n'a pas peu contribué à la rénovation des études historiques en France. Les principes de la philosophie de l'histoire sont contenus en cinq livres : 1° des principes; 2° de la sagesse poétique; 3° découverte du véritable Homère ; 4° du cours que suit l'histoire des nations ; 5° retour des mêmes révolutions lorsque les sociétés détruites se relèvent de leurs ruines. « La gloire de Vico, dit Jouffroy, est d'avoir conçu le premier que le développement de l'humanité est soumis à une loi et qu'il faut la chercher; par lui a commencé la philosophie de l'histoire, science nouvelle, comme il la nomme, et qui est encore bien neuve après un siècle d'existence. »
Nous n avons pas à discuter ici cette théorie des lois immuables de l'histoire, d'après laquelle les mêmes événements se succéderaient constamment dans le même ordre sans cesse renouvelé ; mais il faut reconnaître que, dans le débrouillemant pénible de son idée, Vico ouvre de grandes perspectives, qu'il a des vues très-justes et très-hardies, des idées originales et vraies.
« Le mot de la Sciensa nuova, dit Michelet, est ceiui-ci : l'humanité est son œuvre à ellemême. Dieu agit sur elle, mais par elle. L'humanité est divine, mais il n'y a point d'homme divin. Ces héros mythiques , ces Hercule dont le bras sépare les montagnes, ces Lycurgue et ces ttomulus, législateurs rapides qui, dans une vie d'homme, accomplissent le long ouvrage des siècles, sont les créations de la pensée des peuples. Dieu seul est grand. Quand l'homme a voulu des hommesdieux, il a fallu qu'il entassât des générations en une personne, qu'il résumai en un héros les conceptions de tout un cycle poétique... Les peuples restaient prosternés devant ces gigantesques ombres. Le philosophe les relève et leur dit : Ce que vous adorez, c'est vous-mêmes, ce sont vos propres conceptions... Les miracles du génie individuel se classent sous la loi commune. Le niveau de la critique passe sur le genre humain. Ce radicalisme historique ne \a pas jusqu'à supprimer les grands hommes. H en est sans doute qui dominent la foule, de la tête ou de la ceinture ; mais leur front ne se perd plus dans les nuages. Ils ne sont pas d'une autre espèce, l'humanité peut se reconnaître dans toute son histoire, une et identique à elle-
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même. La science sociale date du jour où cette grande idée a été exprimée pour la première fois. Jusque-là, l'humanité croyait devoir ses progrès aux hasards du génie individuel. Les révolutions de la politique, de la religion, de l'art étant rapportées à l'inexplicable supériorité de quelques hommes, il ne restait qu'à admirer sans comprendre. »
On ne saurait nier que cette atténuation du rôle des hommes providentiels ait été un véritable service rendu à l'esprit public. Cela dit, nous aurions à faire sur l'éloge qui précède des réserves que le lecteur devine sans qu'il soit nécessaire de les formuler.
L'auteur de la Science nouvelle s'attache à montrer que l'histoire de l'humanité tire son unité de la religion, qu'elle est une théologie sociale, s'appuyant à la fois sur la philosophie, qui reconnaît l'existence de la Providence et l'immortalité de l'âme et qui règle les passions, et sur la philologie, qui fournit les faits à la pnilosophie. La Science nouvelle montre le monde gouverné par une divine Providence, et la variété des événements humains ayant leur unité dans la pensée de Dieu.
Dans le développement de la société humaine, Vico distingue trois périodes : 1° âge divin ou théoeratique, règne des prêtres; 20 âge héroïque, règne de la force ; 3° âge humain ou civilisé. Même classification pour les langues : 1° langue hiéroglyphique ou sacrée; 2° langue métaphorique et poétique; 3° langue analytique, celle que nous parlons. Les fondateurs de la société sont ces cyelopes dont parie Homère, ces géants par lesquels commence l'histoire profane aussi bien que l'histoire sacrée. L'idolâtrie fut la première religion ; elle était nécessaire pour soumettre la force par la superstition. Les premiers hommes symbolisèrent tous la nature, virent partout des divinités; de là vinrent les poètes ou créateurs. Les héros parlent par emblèmes, par signes, plus tard par métaphores. Vico donne souvent des étymologies, mais il rencontre assez rarement la véritable racine. Les premiers hommes placèrent des types idéaux sous des noms propres, et ce qui a fait la confusion des historiens, c'est qu'ils ont pris ces types pour des individus. Il faut considérer les noms de Romulus, d'Hercule, d'Homère comme les expressions de tel caractère national à telle époque. Vico nous fait connaître l'origine de la religion, de la poésie et des langues, l'organisation des premières cités, les commencements du droit et la fondation successive des divers gouvernements. » Les nations, dit-il, passent successivement sous trois gouvernements : la législation divine fonde la monarchie domestique et commence l'humanité; la législation héroïque ou aristocratique forme la cité et limite les abus de la force ; la législation populaire consacre dans la société 1 égalité naturelle ; la monarchie enfin doit arrêter l'anarchie et la corruption publique qui i'a produite. Quand ce remède est impuissant, il en vient inévitablement du dehors un autre plus) efficace, c'est l'invasion étrangère, qui rajeunit le peuple conquis. Il existe donc une sagesse supérieure qui gouverne le monde. Mais Vico, en introduisant dans l'histoire de l'humanité ces cercles constants, ces ricorsi perpétuels, a méconnu la grande loi du progrès. « Vico, dit Hippolyte Rigaud, n'a pas pénétré dans toutes les profondeurs de la question du progrès : il n'a ni décomposé cette idée complexe du progrès en général, ni étudié successivement les progrès divers qu'elle embrasse, ni examinéjusqu'à quel point ils se concilient entre eux, encore moins montré comment le perfectionnement général de l'humanité s'accorde avec le déclin accidentel des lumières, des vertus et même avec les décadences particulières de certaines nations. Ce sera l'étude de l'avenir. Mais l'éternel honneur de Vico, c'est d'avoir été le premier qui, prenant des mains de Bacon et de Pascal, de Perrault, de Fontenelle et de Terrasson l'idée du progrès de l'esprit humain, a entrepris de s'en servir comme d'une explication philosophique de l'histoire et cherché dans les siècles écoulés les preuves manifestes de ce progrès et le secret de ses lois. On connaît la Science nouvelle; on connaît cette théorie des phases uniformes par où passent toutes les nations, théorie qui blesse quelquefois la raison et l'histoire, par l'application des déductions mathématiques à la succession purement contingente des événements humains, mais qui dénote une si grande puissance d'esprit. Formée par des efforts et des enfantements successifs, sou œuvre est dépourvue de cette unité visible, vraie perfection d'un système de philosophie. C'est l'image exacte de son éducation, comme elle eu est le fruit laborieux; éducation commencée avec ardeur, abandonnée avec découragement, reprise comme dans un accès de cette lièvre implacable de savoir dont brûlait ce grand esprit, éparpillée sur mille sujets, partagée sans règle et sans méthode entre les lettres et les sciences, l'érudition et l'histoire, le droit et la poésie, la théologie, la rhétorique, la médecine et la philosophie, et placée par Vico sous l'invocation de quatre hommes d'inégale grandeur et de génies étrangement assortis : Platon, Tacite, Bacon et Grotius. »
Science Au bonhomme llicliord (hk) OU Aîinannch du boubomnio Ricdurd, titre d'un
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ouvrage publié par Franklin. Ce livre, où les plus sages conseils et les vérités les plus graves sont présentés avec une originalité d'expression, une tournure pr iverbiale qui les rendent faciles à saisir et impossibles à oublier, renferme toute la science de lu via pratique et est resté, pour le fond comme pour la forme, le chef-d œuvre des livres populaires. Franklin met en scène le bonhomme Richard qui, dans une suile de dialogues simples et concis, donne à ses voisins les plus judicieux conseils pour la conduite dans toutes les circonstances de la vie. Franklin y formule treize principes d'où découleront toutes les vertus nécessaires à un bon Américain, et qui sont :
îo La tempérance : ne mangez pas jusquà vous abrutir; ne buvez pas jusqu'à vous échauffer la tête.
2° Le silence : ne parlez que de ce qui peut être utile a vous ou à autrui.
3° L'ordre : que chaque chose ait sa place. Assignez à chacune de vos affaires une partie de votre temps.
40 La résolution : prenez la résolution d'exécuter ce que vous devez faire et, la résolution prise, exécutez-la.
50 La frugalité : ne faites que des dépenses utiles.
6° L'activité : ne perdez pas de temps. N'accomplissez que les actions nécessaires, car il s'agit de réussir (c'est en effet l'idéal qui règne en Amérique).
70 La sincérité : n'usez d'aucun détour; l'innocence de la pensée rend la vie heureuse.
8° La justice : elle consiste à rendre à autrui les services qu'ils ont le droit d'attendre de vous.
9° La modération : évitez les extrêmes, ils ne mènent à rien.
10° La propreté : ne souffrez aucune mal-
Eropreté, ni sur votre personne, ni sur vos abits, ni dans votre maison.
lio La tranquillité d'urne : ne vous laissez décourager par aucun accident de peu d'importance ; vous perdriez le sang-froid nécessaire pour en triompher.
12° La chasteté : usez rarement des plaisirs de l'amour, c'est-a-dire n'en usez que dans l'intérêt de votre santé ou pour avoir des enfants. Dans tous les cas, ne compromettez ni votre réputation ni celle d'autrui.
13° L'humilité : imitez le Christ et Socrate.
Ce dernier précepte forme une disparate assez singulière avec les précédents; on voit que Franklin ne l'a inséré dans ce catéchisme de morale pratique que pour obéir au sentiment commun et pour faire comprendra qu'il ne désapprouve pas que la conduite soit assaisonnée d'un brin de religion.
La Science du bonhomme Richard parut en 1732. Dans une seule année, il s'en vendit plus de 10,000 exemplaires en Amérique, succès prodigieux si l'on considère l'état du pays et le ehitfre de sa population d'alors.
« La Science du bonhomme Richard, dit Condorcet, est un modèle unique, dans lequel on ne peut s'empêcher de reconnaître l'homme supérieur, sans qu'il Soit possible de citer un seul trait où il se laisse apercevoir. Rien dans les pensées ni dans le style n'est au-dessus de l'intelligence la moins exercée; mais la philosophie y découvre aisément des vues fines et des intentions profondes. L'expression est toujours naturelle, souvent même commune, et tout l'esprit est dans le choix des idées. Pour que ses leçons soient plus utiles, il n'avertit pas ses lecteurs qu'un savant de la ville veut bien s'abaisser jusqu'à les instruire ; il se cache sous le nom du bonhomme Riehard, ignorant et pauvre comme eux. »
M. Mignet appelle cet ouvrage le bréviaire de morale pratique. « C'est, dit-il, l'enseignement même du travail, de la vigilance, do l'économie, de la prudence, de la sobriété, de la droiture. Il les conseille par des raisons simples et profondes, avec des mots justes et lins. La morale y est prèchée au nom de l'intérêt, et la vérité économique s'y exprime en sentences si heureuses qu elles sont devenues des proverbes immortels. Voici quelques-uns de ces proverbes, agréables à lire, utiles à suivre : x
• L'oisiveté ressemble à la rouille, elle use beaucoup plus que le travail ; la clef dont on se sert est toujours claire. — Ne prodiguez pas le temps, car c'est l'étoffe dont la vit. *st faite. — La paresse va si lentement, que la pauvreté l'atteint bientôt. — Le plaisir court après ceux qui le fuient. — Il en coûte plus cher pour entretenir un vice que pour élever deux enfants. — C'est une folie d'employer son argent à acheter un repentir. — L'orgueil est un mendiant qui crie aussi haut que le besoin et qui est bien plus insatiable. — L'orgueil déjeune avec l'abondance, dinu avec la pauvreté et soupe avec ia honte. — Il est difficile qu'un sac vide se tienne debout. — On peut donner un bon avis, mais non pas la bonne conduite. — Celui qui ne sait pus être conseillé ne peut pus être secouru. — Si vous ne voulez pas écouter la raison, elle ne manquera pas de se faire sentir. — L'expérience tient une école où les leçons coûtent cher; mais c'est la seule où les insensés puissent s'instruire. »
La Science du bonhomme Richard a étêtra-
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duite dans toute les langues et l'on y fait de fréqi entes allusions.
Sciences pendant la Révolution française
(essai sur i/histoiris GÉNÉRALE DUS), par J.-B. Biot (Pans, 1803, in-8°). Comment, malgréja guerre étrangère et les discordes civiles, les lettres, la philosophie et les avts sont-ils sortis victorieux, de la crise révolutionnaire? Comment le dépôt des connaissances générales s'est-il mêine accru? Tel est le phénomène dont l'auteur essaye de développer les causes. Il en assigne deux principales, dont la première est l'état même dans lequel se trouvait la science à l'époque de la Révolution française. Il ne pense pas qu'elle pût a. ors ni qu'elle doive jamais rétrograder; il ne ;roit point à ce fatalisme qui condamne les choses humaines, et surtout la science, à passe •, par des points déterminés, du berceau de l'cifance à l'âge mur et à la décrépitude. Les détails dans lesquels il entre à cet égard ne soit pas la partie la moins curieuse de son œuvre. Après avoir remonté à l'origine de chicune des sciences, il en suit les progrès ,'iuccessifs jusqu'au moment où, leurs principes étant irrévocablement fixés, ellf-s ne peuvent que s'étendre et affermir leur empire. Deux périodes marquent dans les progrès de l'esprit humain: l'une avant, l'autre après la renaissance des lettres en Occident. Dans la première, qui comprend toute l'antiquité, les philosophes imaginent à priori de vastes systèmes dont ils s'efforcent ensuite de démontrer la vérité. Quelques traités sont composés par des hommes de génie; ils renferment la collection des résultats connus et non des méthodes d'avancement et de re- . chercles. L'ensemble des sciences n'existe pas. Li seconde période , qui comprend les temps modernes, est le triomphe de la méthode expérimentale. Les sciences, unies patcette méthode éminemment philosophique , s'avancent de front; leur marche est .sûre et féconde, elle sera toujours croissante et irrésistible. Le xviib et le xvmc siècle avaient assez uffermi 1 édifice des connaissances humaines pour que les luttes si absorbantes et si vives durant la Révolution française no pussenl l'ébranler.
La seconde cause qui protégea la science, ce fut l'appui qu'elle prêta à l'intérêt national. Il fallut créer, improviser l'acier, le cuivre, les cartes topographiques, le salpêtre, la souda ; analyser les eaux-de-vie suspectes de sopl istication. On créa une Ecole de Mars, une Ecsle polytechnique, une Ecole des mines, una Ecole normale ; on créa l'enseignement el sa méthode , non par des voies lentes, mais par des moyens rapides. Et l'impulsion fut si énergique, l'enthousiasme fut si général, que la France doit encore à la Révolution les arts les plus utiles et ses plus bellesirstitutions scientifiques. La Révolution avait ajoli les corporations civiles et religieuses, qu'elle regardait comme des soutiens du despotisme ou comme des repaires de la superstition; elle avait supprimé les corps enseignints, les universités, les académies et jusqu'aux écoles de médecine, à l'époque même o!i leur service devenait le plus nécessaire. Mais sur les débris des anciennes institutions s'élevèrent bientôt des établissements qui portaient l'empreinte du génie et un caractère de grandeur et d'utilité. On décréta l'agrandissement du Muséum d'histoire naturelle, transformé en établissement d'instruction publique. L'organisation de l'Institut national offrit surtout aux savants un point de réunion, et à la science des avantages inappréciables. Une grande idée réalisée, c'es; encore celle d'un système uniforme de poids et mesures. Le Collège de France était resté intact. On adopta trois degrés d'instructior publique, d'où trois sortes d^enseignement : les écoles primaires, les écoles secondaires et les écoles centrales, liais les premières et les dernières furent seules établies. Depuis, les trois degrés d'enseignement se régularisèrent : écoles primaires et secondaires, prytanées, lycées, Institut national, écoles supérieures, écoles spéciales donnèrent une nouvelle impulsion à la science. Fas une époque, pas un pays n'a tant fait, en si peu de temps, pour l'esprit humain. Le même peuple, passant tout à coup des arsenaux de la guerre aux ateliers des arts, déploie dans ces études paisibles la même supériorité que dans les combats.
Cet essii historique de M. Biot, fort utile à connaître sous le rapport des idées et des faits, est écrit avec élégance et précision. Peut-être pourrait-on lui reprocher d'avoir trop acco.'dé à la force propre de la science, et pas assez à l'esprit politique des gouvernements lévolutionnaires. S'attacher à montrer que li Révolution fut pour la science un
• péril dont elle triompha par sa seule vitalité, c'est, ce nous semble, entreprendre une thèse qui n'est pas absolument juste. La vérité est que les hemmes qui gouvernèrent alors la nation, que 1 1 nation elle-même étaient pris d'un égal enthousiasme pour le vrai et le grand ; que les st.vants, entraînés par la lièvre générale, se mirent résolument à la tête de ce
* généreux mouvement, et c'est ainsi qu'il faut s'expliquer comment notre pays a pu conduire de front la révolution sociale et la rénovation scientifique.
Science (LA DOCTRINE OU LA THÉORIE DE La),
par Fiente (Staubingen, 1807, in- 8"). Ce qui frappa surtout Fichte dans le système de
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liant, ce fut le défaut de rigueur et d'homogénéité. Kant, en effet, reconnaissait qu'il existe par delà les phénomènes et par delà les lois que l;ur impose la pensée des êtres, inaccessibles il est vrai, mais réels. Cette rigueur et cette homogénéité parfaite qui faisaient défaut dans le système du maître, c'est ce que chercha avant tout le disciple; de là sa fameuse Théorie de la science. Ici, le principe de Kant est poussé à sa dernière conséquence. Plus d'éléments objectifs supposés arbitrairement; tout est sévèrement déduit d'un seul terme, de la connaissance du sujet. Le problème que s'est posé Fichte est celui-ci : « Tirer du moi la philosophie tout entière ; » et l'audacieux analyste prétend donner à cette déduction toute la rigueur des mathématiques. Celles-ci supposent, en effet, la loi de l'identité qui s'exprime ainsi : A = A. Fichte n'en demande pas davantage; il ne réclame qu'une donnée primitive, moi = moi; c'est sur cette pointe aiguë qu'il prétend faire reposer l'édifice entier de l'esprit humain. La nature et Dieu no sont que des développements du moi ; le moi seul est principe, expliquant tout, posant tout, créant tout, s'extuiquant, se posant, se créant lui-même. Il faut également .admirer ici l'excès de l'extravagance de l'esprit humain et l'étonnante fécondité de ses ressources. Le voilà réduitpir Kant à lui-même, voilà la philosophie enfermés dans le moi, enchaînée à une sorte de point mathématique. Dans cet état, il doute d'abord, puis il va bientôt se vanter non-seulement de tout connaître, mais de tout créer, de créer Dieu ! Ce sont les propres paroles de Fichte, paroles à la fois absurdes et conséquentes, également merveilleuses de rigueur logique et de folie. Oui, Fichte tire du moi la nature et Dieu; le moi, en effet, suppose le non-moi; il se limite lui-même, il n'est lui-mêmequ'un autre quesoi, il ne se pose qu'en opposant son contraire, et lui-même est le lien de cette opposition, la synthèse de cette antinomie; si, en effet, le moi n'est pour luimême qu'en se limitant, cette faculté qu'il a de se limiter suppose qu'en soi il est infini, illimité. Il y a donc au-dessus du moi relatif, du moi divisible, du moi opposé au non-moi, un moi absolu qui enveloppe toute la nature humaine : ce moi absolu est Dieu. Voilà donc la pensée en possession de ces trois objets essentiels : l'homme, la nature et Dieu, membres d'une même pensée à trois termes séparés à la fois et réconcliés. Tel est le système de Fichte. Qu'on trouve ce système absurde, bizarre, obscur, il n'en est pas moins vrai qu'il marque une période essentielle de l'histoire de la philosophie allemande ; il est un anneau nécessaire de la chaîne. On peut sans doute expliquer aussi l'influence qu il a exercée par la beauté de quelques-unes de ses applications; la morale de Fichte, par exemple, est une suite , imprévue peut-être, mais rigoureuse, de sa métaphysique ; elle est fondée sur le moi. Le caractère éminent du moi, c'est la liberté. Conserver sa liberté, faire respecter son moi, c'est le droit; respecter le moi, c'est respecter la liberté des autres, c'est le devoir. Le système de Fichte a été hardiment appelé par lui-même Y idéalisme subjectif absolu. Il a ce caractère singulier, qu en poussant à ses plus extrêmes conséquences le scepticisme de Kant, il prépare le dogmatisme de Schelling et de Hegel, et vise à l'explication universelle des choses.
Sciences métaphysiques, morales et politiques (HISTOIRE ABRÉGÉE DES), par Dugald-
Stewart (Edimbourg, 1816-1821), traduit en français par Buchon (Paris, 1S20-1S23). Ce travail, qui devait avoir une troisième partie (non publiée), n'est proprement ni un traité ni une histoire ; c'est une collection assez indigeste d'essais et de notices. La méthode et le plan y font défaut. L'auteur disserte assez longuement sur les systèmes de métaphysique, mais l'histoire de la morale et de la politique est entièrement absente. Au point de vue de l'exécution, il s'est laissé distancer par d'autres historiens de la philosophie. Gérando, Ritter et V. Cousin ont fait beaucoup mieux que lui. Un de ses compatriotes, Mnckintosh, dont le meilleur ouvrage est précisément le complément de la prétendue Histoire de D.-Stewart ( Vue générale des sciences morales), lui est infiniment supérieur. Nonobstant ces défauts, qui portent surtout sur le plan et sur la méthode , le livre da Dugald-Stewart, empreint des principes de la philosophie écossaise, a joui d'une haute autorité et se recommande encore aux esprits studieux par l'élévation des idées, la sagesse de l'exposition et l'exactitude des aperçus. « La confiance de l'auteur dans les progrès toujours croissants de la raison humaine, dit M. Patin, la vive espérance qu'il exprime de voir les hommes plus heureux à mesure qu'ils seront plus éclairés rendent cet ouvrage propre à encourager le goût des études sérieuses parmi les jeunes gens. Ces efforts sublimes vers la vérité, continués par une longue suite d'hommes supérieurs qui se sont transmis tour à tour le flambeau toujours plus éclatant de la science, offrent à l'esprit un spectacle qui lui donne de ia force et de l'élévation. Il y a d'ailleurs dans l'expression nette et parfaitement claire de l'écrivain anglais, dans la manière facile dont il expose les systèmes, dans le calme de sa raison, dans le ton de dignité impartiale qu'il conserve parmi tant d'opinions ennemies une
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sorte d'attrait qui rend ses recherches philosophiques aimables, si j'ose le dire, sans leur rien ôter de leur importance. »
La traduction faite par Buchon a le mérite de la fidélité ; elle est accompagnée de notes et de remarques d'autant plus nécessaires pour mieux faire sentir la différence de l'école française et de l'école écossaise , que l'auteur original, appartenant à cette dernière, se laisse souvent entraîner par ses préventions.
Science* naturelles , depuis leur origine jusqu'à nos jours , elles tous les peuples connus, par Georges Cuvier (Paris, 1841- 1845, 5 vol in-8°). Cette histoire n'est que le résumé des leçons que Cuvier lit au Collège de France, dans sa chaire d'histoire naturelle. Cuvier préparait ses leçons avec un très-grand soin, et tout le monde désirait que, à défaut du professeur, qui n'en avait pas le temps, quelqu'un se chargeât de réunir et de publier cette savante exposition du développement des sciences naturelles. M. Magdeleine de Saint-Agy accepta cette besogne, et, avec l'agrément de Cuvier, il a publié les leçons de l'illustre maître.
Cette histoire forme une vaste encyclopédie, car on y montre le développement de tout l'ensemble des sciences naturelles depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours et en y comprenant la médecine, la chirurgie, l'agriculture, la chimie, la botanique, la zoologie, l'anatoinie, la physiologie, la géologie, etc. Cet exposé, plein d'érudition, d'ordre et de clarté, manque peut-être d'esprit philosophique. Cuvier semble avoir méconnu ou négligé les liens qui rattachent entre elles les découvertes de l'esprit humain; il se contente de faire une histoire didactique, empirique; il dédaigne d'être un penseur et se borne à être un érudit.
La première leçon du cours contient des réflexions très-justes sur l'utilité da l'histoire des sciences. « L'histoire des sciences naturelles est indispensable aux naturalistes. En effet, les notions dont ces sciences se composent ne sauraient être le résultat de théories faites à priori; elles sont fondées sur un nombre presque infini de faits qui ne peuvent être connus que par l'observation. Or, notre expérience personnelle est tellement limitée par la brièveté de notre existence, que nous ne saurions presque rien si nous ne connaissions que ce que nous pouvons apprendre nous - mêmes. Nous sommes donc obligés de recourir à l'histoire, où sont consignées les observations des hommes qui nous ont précédés; mais à cette histoire des faits il faut joindra celle des savants, car la valeur de leur témoignage dépend souvent des circonstances de lieu, de temps et de position dan3 lesquelles ils se sont trouvés.
» La connaissance de l'histoire des sciences est encore utile en ce qu'elle empêche de se consumer en efforts superflus pour reproduire des faits déjà constatés.
» Enfin, il résulte de l'étude de cette histoire deux autres avantages : celui de faire naître des idées nouvelles, qui multiplient les connaissances acquises, et celui d'enseigner le mode d'investigation qui conduit le plus sûrement aux découvertes. »
Cuvier admet chez l'homme trois dons naturels qui le placent au sommet de l'échelle des êtres; ce sont : l'instinct de sociabilité, l'instinct du langage et l'instinct de l'abstraction. C'est l'action combinée de ces trois instincts qui a produit toutes les connaissances que nous possédons.
Cuvier expose l'histoire des sciences chez les peuples primitifs, puis chez les Grecs et chez les Romains. Hippocrate, Thaïes, Aristote, Platon sont étudiés avec un soin minutieux. Cuvier nous parie encore d'Apollonius de Tyane", de Plutarque, d'Elien, de Galien, et le premier volume se ferme sur la science du moyen âge, étudiée principalement chez les Arabes.
Avec le second volume nous arrivons à la Renaissance et nous sommes conduits jusqu'à la fin du xviiB siècle. C'est le volume le plus intéressant de tout l'ouvrage. Mundi, Bérenger de Carpi, Michel Servet, Sylvius, Vésale, Fallope, Eustache, Columbo, Varoli, Césalpin, Ambroise Paré, Fabrice d'Acquapendente, Aselli, Harvey, Riolan, comme anatomistes et chirurgiens; Paul Jove, Massaria, Gilles, Salviani, Turner, Conrad Gessner, Aldrovandi, Ûlaùs Magnus, comme zoologistes; Gaza, Monardi, Fuchs, Valérius Cordus, Guy de La Brosse, Césalpin, Bauhin, comme botanistes; Agrieola, Stella, Bernard Palissy, comme minéralogistes ; Basile Valentin, Cardon, Paracelse, Libnrius, comme chimistes : tels sont les principaux savants que Cuvier nous montre au xvie siècle. Au xvne siècle, la liste est bien plus longue. Quels noms que ceux de Bacon, Galilée, Descartes, Kepler, Torricelli, Pascal, Lefèvre, Glazer, Lemery, Homberg, Brandt, Kunckel, Boyle, Mazow, Willis, Wirsung, Hoffmann, Peequet, Bartholin, Stenon, Vieussens, Alalpiglii, Zuysch, Leuvenhoek, Warthon, Needham, Cooper, Perrault, Duverney, Swamuierdam, Glisson, Borelli, Jean Ray, Lahire, Mariotte, Leibniz, Tournefortl Cuvier connaît tous ces hommes et les aime ; il nous les fuit connaître et aimer. Son style, abondant et noble, élégant et digne, va bien au récit des grandes choses qu'a faites l'intelligence humaine et k l'histoire de ses plus beaux efforts.
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Les trois derniers volumes contiennent l'histoire détaillée des sciences au xvme siècle et pendant les premières années du nôtre. L'histoire y est très- bien exposée. Cuvier et Magdel<4ne de Saint-Agy (car, pour les derniers volumes, la besogne leur est commune) y montrent Lieu comment les découvertes du siècle dernier ont préparé celles du nôtre.
Sciences de 1 organisation el de leur progrès comme base de la philosophie (HIS- TOIRE des), par de Blain ville (Paris, lS4i>, 3 vol. in-8°). Un homme enchaîné, comme Biainville, par la foi religieuse semble parfaitement impropre à écrire sur un s.ujet qui réclame avant tout une si grande indépendance de pensée et qui semble conduire fatalement au matérialisme ceux qui l'abordent. En outre, l'Histoire des sciences n'a pas été rédigée par Biainville, mais par l'abbé Maupied, sur les notes de l'éminent naturaliste. Il serait donc superflu d'en indiquer les conclusions et d'y faire pressentir un mélange assez bizarre de recherches physiologiques et d'élucubrations mètaphysico-théologiques. Toutefois, ce livre, malgré ces préoccupations orthodoxes, reste très-remarquable au point de vue de l'exposition nette, précise, sincère des faits scientifiques. L'auteur, naturellement, s'enquiert des opinions religieuses de tous les savants dont il raconte l'histoire, mais il rend un compte exact et impartial de leurs travaux. Son livre porte comme première épigraphe : Philosophia veritatem gusrit, tlwuloyia iiivenil, relitjio sola possidet; et comme seconde : Nec vero pietas adversus deos, nec quanta his gratin debeatur, sine expticatioue natures inleUiyi potest. Ce livre résume le cours professé par Biainville à la Sorboune, de 1839 à 1841.
L'Histoire des sciences de l'organisation de Biainville est composée d'un certain nombre de biographies particulières, rédigées toutes d'après le même plan et dans le même ordre. Chacun des hommes célèbres dont on raconte l'histoire est envisagé sous sept points de vue différents. Biainville fait connaître : 1° les sources originales où il a puisé ses renseignements ; 2° les différentes circonstances biographiques de la vie du savant en question, les secours d'éducation et d'instruction qu'il a reçus, les places qu'il a occupées, etc. ; 3° les éléments que ce savant a pu employer pour la composition de ses ouvrages; 40 l'ensemble méthodique des travaux originaux laissés par le savant; 5° la manière dont ces ouvrages nous sont parvenus et se sont répandus dans le monde scientifique ; 6" le contenu raisonné des principaux de ses ouvrages ; 7» les faits et principes définitivement acquis à la science par l'ensemble des travaux du savant.
Les biographies sont encadrées dans huit périodes distinctes, dont voici l'énumération :
Période 1. Premières notions de la science dans l'humanité.
Période 2. Epoque grecque, avant et pendant Aristote.
Période 3. Epoque romaine.
Période 4. Epoque grecque dans l'école d'Alexandrie.
Période 5. Moyen âge, Albert le Grand.
Période 6. Transition du moyen âge aux temps modernes.
Période 7. Temps modernes.
Période 8. Contemporains.
Plusieurs chapitres sont traités d'une manière supérieure; nous signalerons, dans la troisième volume, ceux où l'auteur montre la révolution biologique s'opérant grâce aux efforts combinés de Pinel, de Bichat et de Broussais. a Ainsi, dans les trois hommes éminents, dit l'auteur, qui ont changé la face de lu médecine de nos jours, Pinel, analyste, méthodiste profond, démontre la marche que doivent suivre la science dans toutes tes parties pour mériter ce nom et l'art pour devenir rationnel. Il pose les bases immuables, mais d'une manière philosophique et calme. Bichat emploie toute l'activité de sa jeunesse, toute la sagacité de son génie à reprendre ces bases en sous-œuvre, à les sonder, à les étendre proportionnellement à la grandeur de l'édifice dont il commence 1 élévation ; mais le temps ne lui permet pas de le terminer. Broussais, initié de bonne heure à cet effort, à cette direction, emploie la vigueur de son âge, la force de son esprit, non-seulement à soutenir les bases, mais à couronner l'œuvre par une large conception pathologique et thérapeutique, dont il a pu exagérer l'application, mais qui n'en restera pas moins comme une des preuves les plus fortes de son génie médical, ■ Telle est l'appréciation du savant. Le catholique ne tarde pas à se montrer. Il reproche à Broussais d'avoir travaillé « avec acharnement à la destruction de la morale, que Bichat seul a comprise et respectée. »
Puis il poursuit ; « Bien que Gall ne puisse être considéré comme une conséquence directe de Piuel, cependant il est l'accomplissement du .dernier besoin de la science et doit, par conséquent, être regardé comme la nécessité de son époque. Il sera pour nous celui qui a donné à l'étude du système nerveux la seule base, la physiologie du cerveau. »
Science bippique (la) , par Abd-el-Kader (1854, ia-18). Sous ce titre ont été publiées
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des lettres du célèbre émir adressées au général Daumas, au sujet de son livre intitulé : les Chevaux du Sahara, dans lequel il faisait le plus grand éloge du cheval arabe. On avait contesté quelques-unes des conclusions du général; Abd-el-Kader, choisi comme arbitre, lui donna raison et écrivit à ce propos une série de lettres qui sont un véritable cours de science hippique, avec des explications particulières à l'Algérie. Nous nous contenterons d'en indiquer les points les plus saillants, qui battent en brèche plus d'un préjugé européen ou sujet du cheval et de la jument arabes.
L'émir fait d'abord valoir les admirables qualités du cheval arabe et prouve qu'aucun cheval n'est capable de supporter, comme lui, la faim, la soif, les fatigues, les intempéries et, par conséquent, ne remit k un degré égal les conditions qui doivent distinguer le cheval de guerre. Puis il répond successivement à toutes les questions en controverse : 1° La mère donne-t-elle an poulain plus de ses qualités et de ses perfections que 1 étalon, ou bien, au contraire, le poulain prend-il plus des qualités et perfections de son père? « Lus parties essentielles du corps procèdent du père. Le père donne au produit plus que la mère et le poulain suit l'étalon. « 2« Si du père ou de la mère l'un doit être d'origine commune, vaut-il mieux que ce soit le père, ou bien y a-t-il moins d'inconvénients à ce que ce soit la mère ? ■ La question précédente a déjà résolu celle-ci. Le prix du cheval est dans sa race ; le poulain suivant l'étalon , le choix de celui-ci est plus important que celui de ta jument. Le cheval, dont le père est noble et la mère d'origine commune, est supérieur à celui dont la mère est de sang pur et le père de sang mêlé, comme l'homme dont le père est noble et la mère négresse est supérieur à celui dont la mère est noble et le père nègre. » 3° On prétend que les Arabes préfèrent la jument au cheval. Cette préférence provient-elle ou des avantages qu'ils peuvent en retirer par la vente des produits, ou de ce que les services de l'étalon sont moins bons que ceux de la jument? « Les Arabes préfèrent les juments aux chevaux, mais pour les trois motifs suivants : le premier, c'est qu'ils considèrent le bénéfice qu'on peut attendre des produits d'une jument comme considérable. Le proverbe dit : • La ■ tête de la richesse, c'est une jument qui » produit une jument. » Le second motif, c'est que la jument ne hennit pas k la guerre, qu'elle est plus insensible que l'étalon k lu faim, à la soif, à la chaleur, et qu'elle rend, dès lors, plus de services à un peuple dont la fortune consiste en troupeaux de chameaux et de moutons. Le troisième motif enfin, c'est le peu de soins que nécessite la jument, qui n'a besoin ni de gardien, ni de nourriture choisie, deux choses indispensables à l'étalon. La préférence de l'Arabe pour la jument se base donc sur des intérêts matériels, car, à tout autre point de vue, l'étalon est bien supérieur, i 4" S'il est constaté par les Arabes que le poulain participe toujours des qualités de son père, pourquoi vendent-ils donc assez facilement leurs étalons et ne se défont-ils de leurs juments que dans des circonstances très-graves? «Les Arabes préfèrent garder la jument pour les trois motifs que nous venons d'énumerer; c'est une question d'argent. A moins d'un étalon doué de qualités extraordinaires, le propriétaire d'un cheval ne peut gagner en un grand nombre d'années ce que le propriétaire d'une jument gagne en une seule, si elle met bas. » 5° Pourquoi, lorsqu'on veut citer un animal remarquable, dit-on toujours : la jument du cheik, et presque jamais : le cheval du cheik? «C'est tout simplement parce que, les Arabes vendant habituellement leurs chevaux et conservant les juments, U y n naturellement chez eux beaucoup moins de chevaux que de juments. Mais cela ne prouve rien en faveur de la femelle contre le mâle. La seule supériorité de la jument sur l'étalon, c'est que a son ventre est • un trésor, » comme a dit Mohammed , l'envoyé de Dieu. •
Abd-el-liader termine en réfutant cette opinion que le cheval barbe de nos possessions d'Afrique est inférieur au cheval arabe. Il le déclare même supérieur, a Les Berbères, dit il, ont occupé la Palestine, et c'est là qu'ils ont élevé ce cheval qtii est devenu le modèle du cheval de guerre. Amenés en Afrique par la vicissitude de leur vie aventureuse, ils y ont soigneusement conservé l'hôte de leur tente, l'instrument de leurs chasses, le compagnon de leurs combats. Leurs chevaux ont gardé des qualités si éminentes qu'Amrouel-Kaïs, l'un des anciens rois arabes, s'efforçait de se procurer pour la guerre des chevaux barbes, doutant du succès s'il lui fallait se fier aux qualités du cheval arabe ordinaire. »
Au point de vue pratique, les éclaircissements fournis par Abd-el-Kader au général Daumas établissent la supériorité du coursier arabe sur le coursier européen, comme cheval de guerre. Au point de vue littéraire, ces lettres sont simples, dignes, graves, assez dégagées de ce luxe d'images particulier aux Orientaux.
Science de l'homme , physiologie religieuse, par Prosper Enfantin (1853, in-S"). Le Père Enfantin, que ses disciples appelaient le prêtre-roi, s'est proposé de résumer
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dans ce livre toute sa doctrine ; il a la prétention d'y dévoiler la science de l'homme, c'està-dire, suivant ses propres expressions, « de révéler la vérité entière sur l'homme physique et sur l'homme moral, sur les relations de la matière et de l'esprit, sur la morale et ses lois, sur l'aine et ses destinées. • La grande découverte qu'il fait d'abord, c'est l'antagonisme du cerveau et du cervelet, le cerveau étant le laboratoire de la pensée et le cervelet étant le centre des sensations physiques. La tendance générale a été jusqu'ici de donner la prééminence au cerveau sur le cervelet, c'est-à-dire k la pensée sur les sens, et delà décuulent tous les maux des sociétés modernes ; le eerveaudoit être remisa sa place. « L'homme harmonique, > une des expressions du Père Enfantin, est régi par une trinitè dont les trois termes sont : le cerveau, laboratoire de la pensée; l'organe de la génération, siège du fait, et la moelle épinière, qui réunit les deux autres termes. Les trois termes sont égaux et leurs fonctions sont de mime valeur, a L'organe de la génération et ses appendices excréteurs sont les frères du cerveau et de ses appendices excréteurs; de même l'œsophage n'est pas plus noble que l'anus, les poumons que la vessie, les aliments ingurgités que ceux qui sont normalement expulsés, les cheveux que les poils
Ne soyons pas si petites maîtresses, nous, enfants du Dieu universel I nous, frères de notre non-moi qui nous nourrit et que nous nous nourrissons l Est-ce que le saint lait de nos mères, est-ce que le sperme sacré de nos pères ne sont pas aussi du fumier? Adorez, adorez, fier Sicambre, votre Dieu est dans cette hostie, n Puis, abandonnant le ton lyrique, l'auteur reprend : «Je reviens maintenant avec plus de calme, avec sérénité religieuse , au tube élémentaireetaliinen taire. J aborde saintement la digestion , la transpiration , les sécrétions et les excrétions et vais «l'occuper avec un égal respect des deux extrémités du tube élémentaire, sur lequel et autour duquel l'homme tout entier a été divinement organisé. •
Au fond, le côté le plus saillant du système du Père Enfantin est la réhabilitaion de la chair, que Saint-Simon et lui regardent comme une de leurs créations. Mais, avant eux, dans son Wilhelm MeUter, Goethe, ce grand harmoniste , n'avait-il pas avec une haute raison et une parfaite mesure reconnu les droits delà chair? Ne les avait-il pas proclamés non comme une théorie, mais comme un fait? Nous devons aimer la matière, cet auxiliaire si utile, mais tans lui permettre do troubler notre bonheur en lui laissant trop de pouvoir, comme le dit si bien Goethe : > Ce' n'est pas le plaisir qui est un mal, c'est l'asservissement de la volonté au plaisir. »
Le Père Enfantin, qui est venu au monde pour faire cesser la guerre du cerveau contre le cervelet et proclamer la sainteté des organes sexuels, a févé une société fondée sur le fatalisme do la nature. Tout ce qui se rapproche de ce fatalisme, l'instinct animal, la crédulité, la force, lui va a merveille; tout ce qui s'en éloigne, la volonté, la raison, la liberté , la force morale, tout cola le gène fort. En conséquence, il déteste l'intelligence indépendante, et son idéal, c'est une société d'artisans commandée par une hiérarchie de contre-matires ayant à sa tête un prince de l'industrie; une société d'artisans, de producteurs, travaillant du haut en bas de l'échelle sociale à des objets d'utilité pratique, heureux de recevoir en échange do leur travail matériel la plus grande somme de bonheur matériel possible. Ce serait là, en effet, une société facile à gouverner et la métaphysique de M. Enfantin est celle d'un homme heureux qui, préoccupé de fortilier son cervelet et de ménager son cerveau, digère bien et pense peu. De là sa campagne' contre le cerveau : déclarer la volonté une reine tyrannique, la raison une usurpatrice, la liberté un mythe, le savoir une idolâtrie, l'amour des choses de l'esprit un fanatisme , c'est un travail préliminaire pour étouffer la personnalité et prévenir toute révolte morale. Il n'est pas jusqu'aux intuitions de génie de son maître Saint-Simon, la so.ieté considérée conuneun organisme vivant, l'idée d'une organisation scientifique de la société, la nécessité d'une alliance entre le sentiment religieux et les sciences naturelles, qu'il ne trouve moyen d'appauvrir. M. Enfantin est panthéiste, mais primitivement, puérilement. U nous ramène à l'enfance des sociétés et prêche, à grand renfort de mauvaises formules scientifiques, un fétichisme comparable au fétichisme symbolique des anciens Egyptiens. Ce n'est pas seulementl universellosubstance et les éternelles lois du inonde qu'il adore; non ; c'est chaque partie de la matière prise isolément, chaque molécule animée , chaque fonction naturelle. Il adore sous toutes ses formes le non-moi qui le nourrit, il adore la respiration, il adore la digestion, il adore la génération et cela doublement, dans la fonction par laquelle la vie s'entretient et s'exerce en lui et dans l'organe par lequel la fonction s'accomplit. C'est nous ramener à la métaphysique des sauvages, aux cultes équivoques de l'Egypte et aux religions de Babylone, qui bravent, selon l'expression même de l'auteur, toute pudeur bêle.
Le Père Enfantin complète Ces belles théories par ses idées sur la vie éternelle, qui peuvent se résumer en trois propositions :
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1» il croit k l'éternité moléculaire, à l'immortalité atomistique de chacune des parties de son être physique; 2° il croit à l'éternité idéale de sa vie intellectuelle; il vivra éternellement dans les œuvres qu'il aura faites, dans les idées qu'il aura semées, dans le bien à venir que ces œuvres et ces idées produiront, dans les hommes qui en auront recueilli le bénéfice ; 3° l'âme individuelle est-elle éternelle? Le Père Enfantin n'a pas l'air de le croire pour les autres hommes, mais il le croit fermement pour lui. Il a déjà vécu dans le passé ; il vivra éternellement dans l'avenir : «Je crois à la perpétuité de ma personnalité à travers les siècles, dans le passé et dans l'avenir; j'ai foi que j'ai vécu et que je vivrai éternellement en Dieu éternel , puisque et comme j'y vis en co moment même; surtout que j'ai été, suis et serai un organe spécial, défini, personnifié, individualisé de sa vie éternelle. »
Une particularité curieuse de cet ouvrage, c'est qu'il est dédié à Napoléon III. Dans ht lettre dédicatoire, il est question de toutes sortes de belles choses : des droits sacrés de l'autorité, du mythe de la liberté, de la paix universelle, de Londres et de Paris, qui sont le cerveau et le cervelet du monde. Le Père Enfantin assimile aussi la guerre du cerveau etdu cervelet à la queue de l'empire et de la papauté au moyen Age; le cerveau c'est le pape, et le cervelet c'est l'empereur. Continuant l'allégorie jusqu'à l'époque contemporaine, il déclare à Napoléon III qu'il est empereur comme lui, le Père Enfantin, est pape, co qui était assez fin, s'il y a mis de la malice. En tout cas, l'assimilation ds Napoléon III à un cervelet, étant donné le rôle que fait jouer k cet organe le Père Enfantin dans son ouvrage, est assez drolatique. Il veut aussi inculquer k l'homme du S décembre ses idées sur la métempsycose : «De même, lui dit-il, que vous sentez vivre Napoléon en vous, je sens l'homme dont je porte l'héritage et qui vit en moi (Saint-Simon) se réjouir de ce que j'adresse à l'héritier de Napoléon la mémo requête qu'il remettait en 1813 à l'empereur, à l'effet de terminer la crise de dissolution et d'enfantement dont l'humanité est agitée depuis trois si -clés par la création de l'organismo social nouveau qui doit succéder à l'organisme mourant du passé. ■
Science de l'esprit (la.), par François Huet (Paris et Bruxelles, 18G3, S vol. in-s»). Ce livre peut être considéré comme le résumé des cours de l'auteur à l'université de Gand. Sans en suivre tous les détails, nous indiquerons sommairement le plan, l'esprit et les conclusions de cet ouvrage.
Au lieu des divisions ordinaires (psychologie, logique, théodicée, etc.), l'auteur pose d'abord l'unité de la philosophie comme science de l'esprit, soit de l'esprit en nous, soit de l'esprit en Dieu, soit même de l'esprit dans les autres inanillistations qu'il peut nous offrir ; puis il n'aborde l'esprit qu'après avoir pris pour introduction la connaissance de la vie animale, faisant ainsi de la physiologie le préambule de la philosophie.
La nature de l'esprit est essentiellement activité. Cette activité a trois principaux caractères : elle est libre (volonté), intelligente (pensée) et aimante (sentiment); ce ne sont pas là des facultés réellement distinctes, puisque dans chaque acte de l'esprit elles sont mêlées et confondues. L'acte volontaire peut être ramené par l'analyse k trois moments : le projet ou effort initial, la délibération ou examen des motifs, car il n'y a jamais d'acte sans motifs; enfin, la résolution, qui transforme une simple velléité en une détermination décisive. Quelle est la fin de la volonté, le résultat de l'acte? -C'est le bien» J'ai agi est synonyme de j'ai bien agi : tout acte véritable esc un accroissement de l'être et, comme tel, un bien. Le mal, au contraire, est l'altération ou la diminution de la liberté. Si l'esprit pouvait d'un seul coup sa réaliser dans un acte absolu, il serait parfait. Sur la question du libre arbitre, l'auteur, également opposé à l'indifférentisme et au fatalisme, conclut avec Bordas : « La liberté se meut entre ces deux limites : la nécessité mathématique et le hasard d'Epieure, elle ne les atteint jamais, mais peut se rapprocher indériniment de l'une ou de l'autre. » En l'examinant plus attentivement, on découvre que la volonté, siimmensèmentsnpérieureau monde animal, est pourtant convaincue d'iinpuissanco par une loi intérieure qui la règle, qui la domine et qui l'accable : cette loi, c est Dieu même que nous trouvons ainsi, dit M. Huet, au fond de notre aine, présent dans chacun desactes de notre première faculté, la volonté. La première forme de l'intelligence est la conscience : je pense, donc je suis. Mais on ne commit pas le moi seul et sans rapport au reste; le moi appelle le non-moi, c'est-à-dire le monde entier, qu'il juge et connaît par rapport à lui-même. Nous ne connaissons chaque chose que grâce k sa relation avec notre nature spirituelle. Mais il faut faire une autre distinction dans nos connaissances : nous pouvons connaître l'essence ou l'existence, soit de nous, soit de quelque autre chose. L'essence est le fond permanent des propriétés constantes inhérentes k un objet ; et la science peut en être constituée, pour ainsi dire, tout d'une pièce par la raison pure. L'existence est la suite des actions particulières qui se succèdent dans la temps et l'espace, et qui ne
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Eeut être étudiée que partie aprè* partie, par i raison appliquée ou l'expérience (interne ou externe). Mais, de même que les actes de volonté peuvent être ou n'être pas conformes îi une certaine règle intérieure, de même nos idées peuvent correspondre on ne pas correspondre k certains types qui [«résident k nntro intelligence, immuables, certains, sources do toute vérité : voilà Dieu présent dans ma pensée. Je ne suis pas seul dans ma volonté, je ne suis pas seul dans mon intelligence.
Comme notre volonté est poussée au bien, notre intelligence au vrai, nous avons une faculté de chercher le beau, c'est celle que l'auteur nomme amour ou sentiment, et il montre les marques de raison et de volonté qui distinguent les semimnnts humains des appétits ou sensations physiques. Ici encore, une troisième fois, le cœur humain sent luimême son néant et, dans son aspiration incessante et inassouvie vers un idéal du beau absolu, il trouve une nouvelle manifestation de ce Dieu qui est en nous, objet suprême et parfait où tendent toutes nos facultés pur des voies diverses.
L'union de l'âme et du corps constitue l'homme ou la nature humaine. L'action de l'âme se manifeste dans les trois vies de l'homme : dans sa vie active, où elle engendre l'industrie rationnelle, dans sa vie intellectuelle, où elle produit l'attention, condition de l'expérience, de la mémoire, de la pensée tout entière; enfin dans su yie affective, où elle constitue les passions de l'âme et l'imagination poétique. L'action du corps h son tour mérite d'être étudiée (influence de l'âge, de sexe, du tempérament, du régime, des climats, des malad.es, etc.).
L'état social a pour origine et pour premier élément la famille, qui repose elle-mèine sur la double loi de sexualité et d'hérédité. Lu sociabilité est d'ailleurs un instinct primitif de l'homme, dont les preuves sont nombreuses; de là, divers ordres de sociétés: d'abord la société naturelle ou générale, la société affective ou famille, la société éducutive ou école, religieuse ou église, juridique, économique, etc. L'examen comparatif du iule de l'individu et de celui de la société dans ses différentes formes est uno des parties les plus intéressâmes de cet ouvrage.
La loi de perfection donne à Dieu un droit absolu sur ses créatures et k celles-ci un devoir absolu envers lui : c'est là l'obligation morale. Nous en avons à la fois la connaissance et le sentiment dans la conscience morale. Apres avoir exposé les principaux caractères de la moralité actuelle et habituelle, ses conditions", ses effets et enfin les sanctions de la loi morale, l'auteur fait la critique des faux systèmes de morale correspondant aux faux systèmes de métaphysique.
Dans la morale sociale, il pose comme premier droit naturel la liberté ; comme second, l'égalité ; en troisième lieu, la fraternité, et il cherche les devoirs sociaux qui s'y rattachent et qui se résument dans le socialisme libéral. Rien de plus pur et de plus suave que les chapitres consacrés à la famille, k ses devoirs et k ses joies. Un des chapitres les plus originaux u pour titre : Morale économique, ou droits et devoirs relatifs au trava.J, k l'échange, au commerce, à la consommation et à la distribution des richesses, du luxe et k l'indigence. « Un temps viendra, dit Chateaubriand, où l'on ne concevra plus qu'il fut un ordre social où un homme avait t million de revenus quand un autre n'avait pas de quoi payer son dîner : un nuble marquis et un gros propriétaire paraîtront des personnages fabuleux. »
Le livre s'achève par une étude sur la destinée future de l'homme ou l'immortalité de l'âme, fondée principalement sur des preuves morales. L'auteur conclut : ■ La religion de l'esprit (christianisme), la société de l'esprit (démocratie universelle) et la science do I esprit (platonisme) triompheront ensemble et assureront le progrès continu de l'humanité. • Cet ouvrage considérable n'exprimait qu'un moment de la pensée de François Huet; plus tard il se détacha plus entièrement du christianisme et même du platonisme. V. l'article Révolution rkligikuse, par F. Huet.
Science do l'invisible (la), études do psychologie et de théodicée, par M. Charles Lévêque, professeur au Collège de France (1863). Dieu, 1 âme, la liberté, tels sont les trois sujets traités dans ces éludes. • Quiconque, dit l'auteur, n'est pus exclusivement dominé par lu passion des intérêts matériels et a conservé quelque souci de la dignité de l'homme, de sa grandeur vraie, de son progrès moral, sent bien qu'il doit prendre un parti à l'égard de ces problèmes dont la solution négative ou affirmative entraine de si grandes conséquences. • M. Lévêque est pour l'aftirmativB,
Quoique composés séparément, comme des leçons, les fragments qui composent ce volume se tiennent entre eux. Us vont naturellement de la liberté k l'âme, de l'âme a Dieu, de la psychologie k la théudict'e. Le livre est terminé pur deux études biographiques et littéraires, consacrées k MM. l'h. Damiron et Emile Saisset.
Charles Levéqne part de ce principe, qu'audessus de ses autres alfections l'âme humaine a un sentiment du bien, une soif plus ou moins ardente de la perfection, un irrésistible umour de l'infini, qui tend k la porter sans cesse au delà d'elle-même et au-dessus du mondj et
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des êtres créés. Cet élan inné, ce maître ressort d î notre énergie, est te principe des progrès de l'humanité. Quand l'humanité y obéit, elle s élève et donne le spectacle imposant de ses grandeurs; quand elle y résiste, elle s'abaisse, elle décline et ne lègue guère à la postérité que le souvenir de ses plus tristes misères. De ces prémisses, il déduit que l'homme peut, à son gré, obéir ou résister à ses élans naturels, bien plus qu'il peut en diminuer ou en ac ;roître la puissance. Il en conclut donc que l'.iomuie est libre, et c'est surtout sur ce grand sujet de la liberté, du libre arbitre, qu'il aime à s'étendre. Sur cette matière, il conttole les théories des anciens par les théories modernes et par ses investigations personnelles. 11 arrive enfin à des conclusions qu'il formule en ces termes : « A quoi nous serviiait de connaître les métaux, les plantes, les an maux; à quoi servirait aux générations présentes d'avoir appris et la dislance qui nous sépare des nstres et le poids de ces grands corps, et même la composition chimique du soleil; à quoi nous servirait d'avoir lait reculer en tous sens les horizons de la scient e, si nous venions à perdre la notion de notre âme et de ce qu'il y a dans notre âme de plus personnel, de plus noble, de meilleur? A lu science de l'univers n'allons pas sacrifier la science de l'homme. Un tel sacrit.ee n'est pas nécessaire, et rien ne le saurait compenser. Etudions les forces fatales, irais étudions plus attentivement encore notre puissance libre. Que la postérité ne puisse pas dire de nous que, si nous n'avons pas gjûté tous les fruits de la liberté, c'est que nous l'avons ou niée ou méconnue. » M. Levèque l'a-t-il prouvée, notre puissance libre " A-t-il levé tous les doutes qui se présentent à l'esprit quand on étudie cette importante matière r A cet égard, nous sommes forcé de reconnaître qu'il n'a pas apporté d'arguments bien nouveaux.
Scl'Mico (DE I.a) et de la nature ; estai do la philo iopbie première, parMagy (Paris, 1865, in-8u, . Malebraiiehe reconnaît deux principes des elioses : la grandeur et la perfection , principes hétérogènes qui sont unis en Dieu. M. Mi gy, dans son ouvrage, substitue aux principes de Malebranclie deux autres principes : l'étendue et la force. En admettant le second de ces principes, l'auteur semble se rapprocher un peu de la philosophie leibnizienne. M. Mugy entreprend ensuite l'explication dynamique de l'espace, c'est-à-dire la génération ce l'espace par la force. 11 s'attache à montrer que le premier de ces principes, le principe des phénomènes sensibles, n'est rien par lui-même, qu'il est purement subjectif, et que lu second seul est objectif et fait le fond de toute réalité.
Celte théorie, comme l'a fait remarquer M. Bavaisson, se rapproche beaucoup des idées émises et soutenues par Bordas-Dcmoul n, dans son Cartésianisme. Selon lui, toute substance était composée de deux éléments, l'un susceptible de calcul : la grandeur l'autre échappant par sa nature même à toute évaluation numérique : la perfection. • On peut dire que BorUas-Demoulin , qui croyi.it ces deux principes partout inséparables, s'est montré physicien en métaphysique, comme jadis les stoïciens et comme Spinoza, et que M. Magy, dans son Essai de physique générale, montrant le principe supérieur indépendant de l'inférieur, s'est montré surtout métaphysicien. •
Science sociale (ESSAI SUR LA), par M. Am-
broise Clément (Paris, 1867, 2 vol. in-8"). Dans cet important ouvrage, M. Clément étudie succesïivement les trois grandes branches, dans lesquelles se divise, selon lui, la science sociale : économie politique, morale expé.imeutale, politique théorique. Il prétend que te ces trois branches, l'économie politique est lu seule qui présente un corps de doctrine scientifique dèlinitiveinent constitué. Cette assertion soulève plus d'une objection. D'abord, il tant reconnaître que l'économie politique dépe id à bien des égards de la morale, du droit, puisqu'elle en tire ses principes fondamentaux : la liberté personnelle, la piopriété, l'échange, le contrat, etc. Ensuite, on ne voit guèr i que les grandes questions de l'échange international, du crédit, de la population, de la rtute foncière, de l'impôt, du salariat et de l'rssociatiou ouvrière aient jusqu'ici trouvé des „olutions dont le caractère scientifique s'imroxe d'une manière souveraine à ceux qui les oit étudiées. Il faut être enfermé dans uue orthodoxie économique bien étroite pour ne pas convenir que, sur tous ces sujets, la lumièrî est loin d'être faite et de brillera tous les yeux.
Sciences (LES) et la philosophie, essais de Crili jue philosophique et religieuse, par Thomas- Henri Martin (1863). D'après 1 auteur, la raisen, la science et la religion, n ayant les mêmes ennemis, doivent s'accorder entre elles. » Le volume consacré à cette oeuvre de Conciliation contient six essais. Dans le premier, l'auteur s'est appliqué à définir la notion de la science, a montrer les rapports mutuels des sciences diverses, ce que ces rapports ont été, ce qu'ils sont et ce qu'ils doivent ètro pour le progrès des connaissances auiuaines.
Le second essai montre que le matérialisme proposé par certains savants au nom des scicicus expérimentales n'est qu'une hypothèse qui, non -seulement n'est pas démon-
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trée d'après la méthode de ces sciences, mais ne pourra jamais l'être. Le matérialiste, à son avis, est tenu de démontrer que l'âme n'existe pas. Ne serait-il pas plus juste et plus simple de demander nu spiritualiste de démontrer qu'elle existe? Tout, dans cette question, se réduit, en effet, à l'examen des preuves données en faveur de l'existence de l'âme.
Le troisième essai est destiné à combattre une pensée commune à certains matérialistes et à certains spiritualistes, qui s'accordent à prétendre que la question de la génération spontanée est pour le spiritualisme une question de vie ou de mort. L'auteur s'efforce de montrer que, même liée à la question de l'origine de la matière et de la vie sur la terre et à la question de la variabilité des types spécifiques, la question de l'hétérogénie ne peut conduire au matérialisme ni à l'athéisme. Dans un complément de cet essai rejeté à la fin du volume, l'auteur examine les théories les plus récentes sur l'origine des espèces animales et des races humaines, sur l'antiquité de l'homme, sur la sélection naturelle, etc. Plaidant à la manière des avocats, l'auteur montre : 1° que l'hypothèse de Darwin est absolument fausse; 2° que, fût-elle vraie, elle ne porterait aucune atteinte au spiritualisme et à la Providence. Ce procédé oratoire nous paraît révéler une médiocre confiance dans la première partie de sa thèse. Le quatrième essai concerne le domaine mixte de la psychologie et de la physiologie. Parmi les questions qui intéressent les rapports do ces doux sciences, M. Martin a choisi celle du principe ou des principes de la vie organique. Il a pris à tâche d'indiquer les bases d'une conciliation entre les animistes, les vitalistes et les organicistes, ces frères ennemis du spiritualisme.
Ceci est le fond de l'entreprise de M. Martin : unir contre le matérialisme toutes les forces de ses adversaires divers; faire une coalition de spiritualistes.
Le cinquième essai a pour objet la question des rapports de l'étendue et de la durée du monde avec l'immensité et l'éternité de Dieu.
! L'auteur y combat la doctrine de M. Emile Saisset, qui, dans ses Essais de philosophie religieuse, avait soutenu la possibilité d'un monde éternel dans le passé et infini en étendue,
• Dans le sixième et dernier essai, l'auteur s'efforce de prouver que le scepticisme, le matérialisme et le rationalisme conduisent à toutes les superstitions en supprimant la Providence. Ce n'est pas la partie la moins curieuse de la thèse de l'auteur, et il n'est réellement pas sans intérêt de voir par quel tour de main il s'efforce de prouver qu'en ne
i croyant rien du tout on arrive à croire aux sorciers; qu'en niant l'existence des esprits on est conduit au polythéisme.
I Science (la) el la conscience, par E. Va-
cherot (1870, 1 vol. in-18). Tontes les sciences morale3 subissent, à notre époque, une crise dont le signe caractéristique peut se résumer dans cette formule : contradiction des théories do la science et des principes de la conscience. Comment faire cesser cette contradiction? Tel est le but du livre de M. Vacherot, qui essaye de montrer que les écoles philosophiques qui se contredisent et s'excluent réciproquement ont chacune leur part légitimé dans l'œuvre commune des ■ sciences morales; que la contradiction entre I leurs diverses conclusions ne commence que I du moment où elles dépassent la mesure de leur compétence propre.
Ainsi, la physiologie, dont les progrès depuis le commencement de notre siècle ont changé complètement l'étude de la psychologie, ne se contente pas du résultat do l'obj servation ; mais, empiétant sur un domaine qui ne lui appartient pas et enorgueillie de ses découvertes, elle formule, suivant l'auteur dont nous nous occupons ici, des conclusions absolues, nie le libre arbitre, la volonté et, infidèle en cela aux règles de la science, se hâte, sans preuves suffisantes, d'admettre les doctrines du matérialisme.
La physiologie est, sans nul doute, trèshabile et très-forte ; ses observations sont indispensables à l'étude des rapports du physique et du moral de l'homme ; grâce ù des hommes comme Gall, Broussuis, Pinol, Esquirol, Richerand, Magendie, Flourens, qui, suivant la voie ouverte par l'école de Buffon, de Bonnet el de Cabanis, mais avec des méthodes d'observation plus conformes aux progrès des sciences naturelles, sont parvenus à classer les organes cérébraux et à déterminer le siège de chacune des facultés de l'homme, la physiologie doit être regardée par la psychologie, non comme una ennemie, mais comme une auxiliaire. On savait depuis longtemps que tout concourt et travaille au phénomène vital dans le système organique, depuis les organes extérieurs jusqu'au cerveau ; que l'action des corps étrangers produit une impression; que cette impression, transmise au cerveau par le système nerveux, se transforme en sensation d'abord, puis en perception proprement dite ety éveille l'intelligence et la volonté, qui n'entrent en jeu qu'à la suite de ces excitations successives. On savait également que, par un mouvement analogue en sens inverse, la volonté transmet, à travers tout, le système des organes intermédiaires, son action aux. nerfs moteurs et aux muscles qui déterminent le
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mouvement; mais ce qu'on ne savait pas, c'est le rôle de chacun de ces organes dans le jeu total de la vie psychologique, la part distincte et précise des muscles, des nerfs, de la moelle épinière, de la moelle allongée, du cervelet, des couches optiques, des corps striés, des lobes cérébraux. Voilà ce que nous a appris la physiologie moderne.
Ces résultats sont admirables de précision et de clarté, il faut le reconnaître; qu'ils puissent contrarier la métaphysique , soit ; mais il n'est pas possible de contester l'expérience, les faits établis. « Que ce mouvement des principes élémentaires s'accomplisse sans conscience et sans volonté, dit M. Vacherot, cela ne fait pas le moindre doute. Toujours est-il qu'il tend à une fin, laquelle n'est autre que la vie, l'être vivant. C est donc en cet être qu'il faut rechercher la vraie cause de tous ces mouvements... On peut donc conclure à la liberté, à la personnalité, à l'autonomie de l'être humain, non pas seulement au nom de la loi morale, comme liant le veut, mais au nom de la science positive ellemême. »
Le chapitre qui suit est relatif à la psychologie et étudie les travaux qui se sont produits particulièrement en France et en Angleterre sur cette matière dans notre siècle. L'auteur définit les méthodes, signale les tendances générales, indique les conclusions des diverses écoles qui se sont partagé le travail psychologique de notre époque, en tâchant de faire ressortir comment chacune d'elles a servi la science à sa façon. Après avoir montré qu'elles peuvent toutes être ramenées à deux psyehologies : celle de la conscience et celle de l'expérience, il en arrive à cette conclusion : a Toutes deux concourent également à l'œuvre de la science de l'homme et chacune d'elles y a son rôle à part, de manière à ne pouvoir se passer l'une de l'autre. A la psychologie de 1 expérience appartient la recherche des lois; à la psychologie de la conscience revient l'intuition des causes... Ces deux psyehologies bien faites ne peuvent se contredire, pourvu qu'elles ne franchissent pas les limites de leur domaine propre. Si, par exemple, l'école tie l'expérience nie le libre arbitre, c'est une conclusion qui dépasse la portée de sa méthode. Si l'école de la conscience soutient la liberté d'indifférence, la volonté sans motifs, par peur du déterminisme et rejette toute espèce de loi dans la production des phénomènes volontaires , c'est qu'elle prétend tirer la science entière de l'homme des simples données de la conscience. Egale erreur, égale impuissance de part et d'autre, égal besoin de s'éclairer et de se compléter mutuellement. »
De même que la physiologie et la psychologie, en ramenant certains phénomènes ps}'chiques à leurs conditions organiques, changent la face de la vie humaine et font disparaître avec le libre arbitre la moralité ellemême ; de même l'histoire, étudiée d'une certaine manière, ne laisse plus de place au libre jeu des facultés et des volontés humaines. Mais si l'on vient à comprendre que tout se tient, se lie, se correspond dans la vie des sociétés comme dans celle des individus, on peut considérer les événements politiques et sociaux, tels que guerres, traités, institutions, lois de toute espèce, dans leurs rapports avec les conditions, les causes qui ont concouru à l'avènement et à la durée de ces faits. Alors, derrière l'exhibition toute superficielle et toute dramatique de la scène extérieure, se laisse apercevoir, au fond du théâtre, une action moins animée, moins brillante, moins intéressante pour un simple public de spectateurs, mais bien plus propre à tixer les regards de l'observateur curieux de connaître le mystère des choses. Et il arrive alors parfois que, dans cette étude de l'histoire élevée à la dignité de science, on considère combien peu pèsent les forces morales des individus et des peuples eux-mêmes dans la balance des destinées humaines, combien l'influence des idées, des volontés, des vertus individuelles est faible sur la direction des masses et des foules, et l'on conclut, au nom de la science, à une philosophie de l'histoire qui ne compte plus ni avec la liberté ni avec la conscience des hommes. Mais il n'y a pas là non plus contradiction entre la science et la conscience. Les deux puissances de l'histoire, la fatalité et la liberté, font chacune leur œuvre suivant leurs lois propres. La première obéit aux lois de la force, la seconde à celles de la conscience et de la raison. Aussi le droit et le fait ne .peuvent-ils avoir une commune mesure. On peut admirer le génie triomphant par la force ; heureuse ou malheureuse, la vertu au service de la justice a toujours droit à la même estime.
Quant à la métaphysique, dont l'étude termine le volume, M. Vacherot montre que toutes ses spéculations sont en contradiction avec la psychologie, mais que cette contradiction, si l'on ne peut la résoudre, ne saurait infirmer le témoignage de la conscience, et il s'efforce de faire voir quelles lumières on peut tirer de cette conscience. Pourquoi, dit-il en terminant, l'histoire incline-t-elle au fatalisme? Pourquoi la politique tourne-t-elle à l'empirisme /Pourquoi l'économie politique risque-t-elle de se perdre dans les détails de la statistique? Pourquoi la morale se laisset-elle ramener, elle aussi, à une simple théorie mécanique des passions où il n'est plus question de liberté, de droit et de devoir?
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C'est toujours parce que ces sciences oublient les enseignements du sens intime. Elles oublient que la conscience n'est pas seulement la lumière, qu'elle est le principe, la substance même dont elles vivent, et que, si elles négligent ces révélations, elles restent aveugles en dépit de toutes les méthodes qu'elles peuvent emprunter aux sciences physiques.» On pourrait répondre, au nom des sciences physiques, qu'il manque à la conscience, pour être le vrai principe des choses, une condition essentielle : celle d'être une et de parler le même langage chez tous les hommes. Les savants écoutent leur conscience aussi bien que M. Vacherot écoute la sienne; mais c'est elle précisément qui leur conseille de ne croire que l'expérience matérielle.
Sciences (DE LA DIGNITÉ ET DE l'accroissement des), traité philosophique de François Bacon. V. dignité.
Science de la législation, par Filangieri. V. LÉGISLATION.
Science morale (PRINCIPES DE LA), par R.OSmini. V. morale (philosophie de la).
Sciences (ESSAI SUR LA PHILOSOPHIE DES),
par Ampère. V. philosophie.
Sciences nirtlbéiuntique* en Italie (HISTOIRE
des), par G. Libii, V, ITALIK.
SCIENCE, ée adj. (si-an-sé— rad. science). Pop. Instruit, savant.
SC1ENDUM s. m. (si-ain-domm — mot.
lat. signifiant gui doit être su). Chancell. Ancien titre de la chancellerie qui contient les règlements pour les officiers.
SCIÈNE s. f. (si-è-ne — lat scixna, gr. skiaina; de skia, ombre. Ces poissons étaient également appelés timbra en latin, et s'appellent vulgairement ombres en français, ce qui est !a transcription du mot grec. Ce nom leur venait probablement de leur couleur un peu vague, qui les fait voir comme une ombre quand ils nagent entre deux eaux). Ichthyol. Genre de poissons acantlioptérygiens, type de la famille des scienoïdes, dont l'espèce type habite les mers d'Europe.
— Encycl. Lessciènes ont pour caractères : une tête bombée, soutenue par des os caverneux; pas de dents canines ni de barbillons, mais une rangée de fortes dents pointues et à peu près égales, accompagnée d'une bande étroite de dents en velours à la mâchoire supérieure; le préopercule denté; l'opercule terminé par des pointes ; sept rayons aux branchies; deux nageoires dorsales; l'anale courte et garnie d'épines très-faibles. La couleur de ces poissons est d'un gris argenté assez uniforme, tirant cependant un peu au brunâtre sur le dos, au blanchâtre vers le ventre; les nageoires sont rouges ou brun rougeâtre. Ce sont généralement des poissons d'assez grande taille; quelques-uns atteignent ou dépassent même la longueur da 2 mètres. Leur chair est très-estimée. L'espèce la plus commune est la sciène aigle, connue aussi sous le nom vulgaire de maigre.
SCIÉNOÏDE adj. (si-é-no-i-de — descieiie, et du gr. eidos, aspect). Ichthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte à la sciène.
— s. m. pi. Famille de poissons acanthoptérygiens, ayant pour type le genre sciène.
— Encycl. Le genre sciène des anciens auteurs et quelques poissons qui en sont assez voisins constituent pour les ichthyologistes modernes la famille des scienoïdes, qui renferme plus de trois cents espèces propres à toutes les mers ou à quelques eaux douces et réparties en une quarantaine de groupes génériques. Les scienoïdes ont de grands rapports avec les percoides et présentent à peu près toutes les mêmes combinaisons de caractères extérieurs, ce qui permettrait de les placer en séries parallèles suivant la méthode de Geoffroy Saint-Hiluire, notamment les dentelures du préopercule, les épines de l'opercule, le corps écailleux et la joue non cuirassée, la dorsale simple ou double ; mais ils n'ont pas de dents au vomer ni au palais, qui est tout à fait lisse; la bouche peu protractile ; le plus souvent les os du crâne et la face sont caverneux, c'est-à-dire que des sortes d'arêtes, comparables à des ogives gothiques, relèvent et "boursouflent en quelque sorte ces divers os, et les nageoires verticales sont un peu éeuilleuses. Les joue3 cuirassées semblent établir le passage des percoides aux, scienoïdes, et quelques-uns des genres qui y entrent les lient les uns aux autres. Ces poissons ont k peu près les mêmes habitudes que les percoides ; cependant, une particularité que l'on a. notée parce qu'elle se rencontre rarement chez les poissons, c'est que plusieurs d'entre eux et en particulier les pogonias, qui pour cela ont reçu le nom vulgaire de tambours, font entendre un bruit assez fort, semblable à celui de basses et de tambours, quand on les saisit et mémo quelquefois sous l'eau. On recherche beaucoup ces poissons, car presque toutes les espèces sont bonnes à manger, et plusieurs sont d'un goût exquis. Leur taille est moyenne ou même grande. On les divise en deux grandes familles : t° scienoïdes à dorsale échancrée ou double; genres : sciène ou maigre, corb, johnius, lèiostome, chevalier, othalithe, ancylodon, nébris, oinbrine, raieropogon; 20 scienoïdes à dorsale simple ; genres : rougegueule, pristipome, diagramme, lobote, microptère, etc.
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SCIENTIFIQUE aûj. (si-an-ti-fi-ke — • rnd. science). Qui a rapport à la science ou h une science : Ouvrage scientifique. Langage scientifique. Nomenclature scientifique. La langue scientifique est presque toujours grecque, artificielle et systématique. (E. Liuré.) N'est-il pas remarquable que ce n'est pas de la docte Piidoue, mais de la poétique et légère Florence qu'est sortie la grande direction scientifique, celle de Galilée? (Renan.) La morale est moins une science qu'une doctrine scientifique. ( L'abbé JJauiuiii. ) Dans toute société en. progrès , la religion fléchit en proportion du développement scientifique. (Proudh.) Le génie de l'homme a créé le monde scientifique. (E. de Gif.) Arago fut le grand éducateur de la génération scientifique du siècle. (F. Mornaml.) Les siècles littéraires et scientifiques ont toujotirs marqué des époques florissantes dans les fastes des natiotts. (Dupin.) Dans le siècle où nous vivons, poser une question scientifique aoec netteté, c'est la résoudre à moitié. (Arago.) H n'y a nimagie ni sortilège qui résiste à une enquête scientifique assez sincère pour tenir compte de tous les faits. (A. de Gasparin.) Le remords ne peut être l'élément scientifique de la morale, car la souffrance du remords n'est pas différente des autres souffrances. (Mesnard.)
— Hist. ecclés. Titre que l'on a donné autrefois aux ecclésiastiques, comme celui de clerc, qui a le même sens : Vénérable et scientifique prélat.
SCIENTIFIQUEMENT adv. (si-an-ti-fi-keman — rad. scientifique). Au point de vue ou selon les procédés, d'après les données do la. science : S'exprimer scientifiquement. lies objes scientifiquement déterminés, définis. L'enfant et le sauvage seront tes deux grands objets d'étude de celui qui voudra construire scientifiquement la théorie des premiers âges de l'Immunité. (Renan.)
SCIER v. a. ou tri (si-é — du. latin secare, couper, qu'Eichhoff rattache à une racine sanscrite sagli, couper, rompre ; mais ce rapprochement est plus que douteux. Ce verbe a bien des affinités étendues, mais son origine primitive reste incertaine. En latin, on trouve encore securis, hache, secula et sicilis, faux, d'où 1'ungio-saxon sicet, l'ancien allemand silihila, même sons, l'irlandais seical, séran, et dans le germanique : l'ancien allemand salis, anglo-saxon seax, Scandinave sax, Couteau, à côté de l'ancien allemand se/i, set-h, soc, suocha, herse. Le celtique nous oifre : l'irlandais soc, soce, génitif suie, bec; le kymrique suh,su>cli, soc et groin, l'ancien comique soch, armoricain sonch, soh. Le kyrariquu hicel, hoc, serpe; le seanclivave sigd, faucille, et l'ancien allemand segansa, faux, appai tiennent à la même racine, de même que le latin serra, scie, l'anglo-saxon et ancien allemand saga, même sens, l'ancien slave sieshli, couper, siekyra, siecivo, hache, polonais siekiera, même sens, siekacz, trancliet, etc., le russe et polonais socha, charrue, et le persan sikiz, hache de charpentier, sikanah, sikinuh, foret. Mais la racine de toutes ces formes ne se retrouve ni en persan ni eu sanscrit, et comme le s initial du persan ne répond pas dans la règle au s primitif du sanscrit qui devient /( en persan, on pourrait rapporter les formes en question et particulièrement le persan à l'arabe sa/clca, shukka, shaqqa, il a fendu, percé, coupe, divisé, lequel se retrouve même dans l'ancien égyptien Sekeu, sekea, labour, copte skui, skei, labourer, et siki, si/ce, broyer, et d'où proviennent en arabe sikkut, soc, sakka, coin à monnayer, clou, sikkiu, couteau, eu hébreu sakkin, même sens. Cette racine aurait pu appartenir en commun aux Aryas et aux Sémites. Scier était orthographié anciennement sier; le c a été introduit par méprise, comme dans sçavant pour saoant et sceau pour seau. Prend deux i de suito aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous sciions; que vous sciiez). Trancher, diviser avec la scie ; SciEn du bois, du marbre, de la pierre, du cuivre. Scier les barreaux de sa prison.
— Découper avec une scie le corps de : Chez les Hébreux, on sciiwt en deux certains criminels, ou même des prisonniers de guerre.
— Par ext. Séparer, couper : Nupt-'éon scie en deux l'armée autrichienne. (Chateauh.)
— Fam. Scier le boyau, Jouer du violon. Pop. Scier le dos ou simplement Scier,
Ennuyer par la continuité : Cette affaire me bcie le dos. Ta me scies; va-t'en.
— Techn. Sct'er à contre-passe, Scier le marbre en suivant les joints du bloc.
— Agric. Sciei- du blé, Le couper avec la faucille.
— Manège. Scier du filet ou du bridon, Faire aller alternativement l'embouchure du frein à droite et à gauche, en tirant tantôt une rêne tantôt l'autre.
— v. n. ou intr. Mar. Manœuvrer les avirons en sens inverse de la marche, pour faire reculer l'embarcation, la faire mouvoir par l'arrière. Il Mettre les voilesàscier, Leur fairo recevoir le vent par devant, pour faire reculer le navire. D Scier bâbord ou tribord, Manœuvrer les avirons de bâbord ou de tribord, comme pourfaire reculer l'embarcation, et lui imprimer ainsi un mouvement de rotation sur elle-même, l'avant tournant du côté où
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l'on scie. Il Scier partout, Scier k la fois à bâbord et k tribord, ce qui fait reculer l'embarcation.
Se scier v. pr. Etre scié : Ce bois sa scie aisément.
SCIERIE s. f. (sl-rî). Techn. Usine où L'on scie les bois de construction et de menuiserie : Construire nue scierie. Zu scierie a été incendiée. Il Machine qui meut plusieurs scies à la fois : Une SCIKIUE mécanique.
— Encycl. Les plus simples et les plus anciennes machines à. scier procèdent avec des scies verticales à mouvement alternatif. Le mouvement est communiqué au châssis qui porte la scie au moyen d'un arbre tournant qui, en même temps, fait avancer un chariot sur lequel est fixée la pièce de bois à débiter. Généralement, on place côte à côte et parallèlement autant de lames de scie que l'on veut faire de planches dans un madrier, et toutes les entailles se font à la fois et progressivement.
On désire, dans ces sortes de machines, que le mouvement de la scie soit, autant que possible, le même que celui qu'imprime la main de l'homme ; que la lame n'agisse qu'eu descendant, que le frottement du châssis portescie soit aussi peuimportantque possible, etc. Les scieries mécaniques à Scies verticales sont fort communes dans les pays de montagnes, où les cours d'eau fort rapides, les torrents, les chutes d'eau sont fréquents et les bois abondants; mais les prescriptions dont il vient d être question y sont pou ou point observées. Connue la force motrice y est fort abondante, on attache peu d'importance k la ménager, et ces appareils sont fort imparfaits et véritablement primitifs.
En Hollande, en Belgique et dans d'autres contrées où régnent des vents violents, on se sert de moulins a vent pour mouvoir les scies. C'est par ces différents moyens que le commerce est fourni de la plupart des planches, plates-formes, voliges employées dans les arts.
Mais l'établissement d'une scierie bien ordonnée demande des soins plus grands que ces établissements primitifs, où la force motrice n'est pas ménagée parce qu'elle ne coûte rien. Les frottements du châssis porte-scie doivent être diminués autant que possible et la force appliquée spécialement au bas du châssis. La forme du châssis, celle des dents, l'épaisseur delà scie doivent être étudiées de façon k produire le moins de déchet possible. Dans certains cas, on devra employer la scie circulaire. Ces questions deviennent fort importantes lorsqu'on emploie une force motrice coûteuse , comme par exemple la vapeur, et surtout s'il s'agit de débiter des bois précieux et chers, pour l'ébénisterie, comme le noyer, l'acajou, l'ébène, le palissandre, etc.
i Les plus beaux ateliers montés dans ce genre le furent avec des scies circulaires ! dont on doit l'invention à l'ingénieur brunel. Ces scies sont, en effet, plus convenables à cet usage que les scies alternatives, parce que leur grande vitesse et leur forme plus ramassée permettentdeles faire beaucoup plus minces, ce qui fait moins de déchet. Comme ces scies sont très-minces, on doit les presser entre deux coussinets pour les empêcher de vibrer. Lorsqu'on fait du placage, le madrier est pousse sur la scie automatiquement par le mouvement même de i'arbre, avec une vitesse et une force qui varient avec la dureté du bois et la vitesse de rotation de la scie. A mesure que la feuille de placage se détache du madrier, elle se déjette de côté en roulant sur un rouleau vertical. L'épaisseur de chaque lame est réglée par une vis.
Maintenant, les scies circulaires commencent à être moins employées pour le découpage des feuilles de placage depuis que l'on a imaginé des appareils dans lesquels le bois est débité au moyen de couteaux tranchants, qui ont sur les scies l'avantage de ne donner aucun déchet en sciure ; or , comme les feuilles de placage sont très-minces, il en ré-suite que le déchet produit par les scies est quelquefois supérieur en volume à celui du bois débité et utilement employé.
La pièce de bois ou bille est placée sur un chariot qui s'avance contre un couteau placé obliquement à la direction du mouvement, arin de ne pas attaquer de front toutes les fibres ensemble, ce qui rend le découpage plus facile. Apres chaque allée, et tandis que le chaiiot revient sur lui-mémo, un enciiquetage automatique agit sur la plate-forme qui porte la bille, laquelle s'élève de la hauteur égale à l'épaisseur du placage que l'on fabrique. La feuille coupée glisse par-dessus le couteau sur une plate-forme disposée pour la recevoir.
On rend tes bois très-aptes à subir facilement cette opération en les laissant séjourner quelque temps dans une étuve avec de la vapeur d'eau qui les pénètre, les rend plus élastiques et empêche les feuilles de se fendre.
On fait avec cet appareil des feuilles de bois qui ont une épaisseur excessivement minime, jusqu'à 1/5 de millimètre.
On peut parler, pour terminer, d'une machine spéciale imaginée pour scier les arbres sur pied. C'est une scie horizontale à laquelle on communique un mouvement rapide de vaet-vient au moyen d'une manivelle k main, ou par une locomob.le, si on opère en grand
SCIE
et que l'on ait un certain nombre d'arbres k abattre dans une forêt.
Cet appareil présente de grands avantages sur le mode ordinaire d'abatage au moyen de bûcherons. D'abord il est très-rapide ; il économise la main-d'œuvre et il permet de couper les arbres juste au ras de terre. On économise ainsi une longueur d'environ 0ln, 50, qui est toujours détériorée par les coups de hache, et que l'on est obligé d'abattre avant de débiter les troncs d'arbres.
SCIERIES s. f. pi. (si-é-rl — du gr. skia, ombre). Anùq. gr. Fêtes dans lesquelles on portait sous un dais la statue du dieu ou de la déesse, il Fêtes que les femmes d'Alée, en Arcadie, célébraient en l'honneur de Baechus, en se flagellant devant la statue de ce dieu placée sous un abri.
— Encycl. C'était en Grèce un usage assez répandu de porter sous un dais ou sous une ombrelle la statue du dieu on de la déesse en l'honneur de qui se faisait la solennité, et il nous est d'autant plus facile de nous en faire une idée, qu'il a passé dans le culte catholique, où, à la procession de la Fête-Dieu, les prêtres portent sous un dais l'ostensoir contenant l'hostie consacrée, qui, pour les fidèles du culte catholique, est le corps même de Jésus-Christ. Chez les anciens Grecs, on donnait plus spécialement le nom de scieries à une tête en l'honneur de Dionysos, qui se célébrait en Arcadie ; cette fête était fameuse surtout par une brillante procession, dans laquelle on portait sous un dais la statue du jeune dieu à la chevelure flottante, couronné de pampres et de lierre, vêtu d'une peau de panthère , chaussé de cothurnes et tenant le thyrse de la main droite.
SCIÉROPIE s. f. (si-é-ro-pl — du gr. skieras, ombreux; ops, vue). Pathol. Lésion de la vue qui fait voir tous les objets avec une teinte plus foncée.
scieur s. m. (si-eur). Ouvrier qui scie : Scieur de bois. Scieur de pierres. Scieur de métaux.
— Scieur de long, Ouvrier qui débite les troncs d'arbres en planches, en les sciant dans le sens de leur longueur : Les scieurs de long travaillent deux à deux.
— Agric. Ouvrier qui scie les blés: Mettre les scieurs dans un champ.
Scieurs de long (lus). Il est fâcheux que ce poëine ne soit connu que très-imparfaitement par ceux mêmes qui le chantent le plus souvent; car il existe évidemment des lacunes entre les couplets que nous donnons, La troisième et la quatrième strophe ne se lient pas. On se trouve jeté sans préambule au cœur d'un drame sinistre dont l'exposition manque ; cette mie qui est tant infidèle qu'on la pousse à l'eau; cette sirène qui a la mer à boire et la mie à manger sont deux sphinx dont nous n'avons pu deviner les bizarres énigmes.
Ândn0 can moto. ^-^ p