‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 192 sur 1059 · V. Hcoo · texte numérisé non relu

V. Hcoo

— Personne chargée de concourir U lu formation d'un scrutin , de le dépouiller , do compter et de vérifier les votes : Nommer des scrutateurs. Malgré quelques bulletins contestés par des scrutateurs envieux, je fus nommé par une imposante majorité. (Laboulaye.)

— Nom donné, dans les conciles, à ceux qui font le relevé des suffrages et en portent la liste aux consulteurs.

— Adjectiv. Qui scrute, qui sonde, qui examine avec attention : Un œil, des regards scrutateurs. La vérité mène à sa suite l'analyse scrutatrice, la raison aux cent yeux. (Domergue.)

SCRUTER v. a. ou tr. (skru-té — lat. scrutare; de scruta, gr. grutê, vieilles hardes). Sonder, examiner dans le détail, chercher à pénétrer : L'économie politique scrute les ressorts du mécanisme social. [b\ Bastiat.) Distinguez, scrutez mieux sa conduite funeste,

N. LEMEKCIEtt.

— Absol. : Les versificateurs, les grammairiens, les commentateurs, les èrudits, les philosophes raturent, épluchent, scrutent, cornptètent et dissertent. (Th. Gaut.)

SCRUTIN s. m. (skru-tain — rad. scruter). Vote émis au moyen de boules ou de billets qu'on dépose dans une urne et que l'on compte ensuite : Ouvrir, fermer le scrutin. Aller au scrutin. Faire un tour, deux tours de scrutin. Les scrutins et les flots sont changeants. (E. de Gir.) Le SCRUTIN, c'est le progrés, c'est la patience. (E. de Gir.) Si les citoyens sont égaux devant /«scrutin comme devant ta loi, il ne resteplus aucun prétexte aux distinctions nobiliaires, dotations, majorais. (Proudh.) il Ensemble de votes émis : Dépouiller le scrutin, il Billet sur lequel un vote est écrit ; Déposer son scrutin dans l'urne. Il Peu usité dans ce sens.

— Fig. Examen, discussion k laquelle plusieurs personnes prennent part : Tu vus être ballotté longtemps au scrutin de l'opinion publique. (Beaumarch.)

— Scrutin individuel ou uninominal. Scrutin d'élection dans lequel l'électeur n inscrit

?u'un seul nom sur sou bulletin. Il Scrutin de isle, Celui où chaque électeur écrit sur son bulletin autant île noms qu'il y a de candidats à élire, il Scrutin secret ou couvert, Celui dans lequel les billets déposés ne font pas connaître les noms des votants. Il Scrutin découvert, Celui qui fuit connaître les noms tins votants. Il Peu usité.

— Encycl. V. élection, suffrage, vote.

SCRUTINER v. n. ou intr. (skru-ti-né), Fam. Faire un scrutin.

SCUBAC s. m. (sku-bak). Liqueur spiritueuse au safran.

SCUDENS1S PaGCS, nom latin du pays de Scobingue, dans la Franche-Comté.

SCUDERY, SCUDERY ou SCUDÉRl (Georges DU), poète français , né au Havre en 1601, mort à Paris en 1667. Il appartenait à une famille originaire de la Sicile, famille qui suivit k Naples les princes de la maison d'Anjou et vint ensuite s'établir k Apt. Le père de Georges de Scudery fut nommé lieutenant du roi au Havre, sous le règne de Henri III. Le poète fut élevé k Apt, où la plus giande partie de sa famille résidait, et il y aima une jeune tille, Catherine, de Rouyère, à qui il a dédié ses premières poésies, des vers ridicules, qu'il allait chanter la nuit sous les fenêtres de sa belle, en raclant de la guitare. On ne sait trop ce qu'il fit jusqu'à l'âge de vingt-huit ans; il donne à entendre, dans les préfaces de ses comédies, qu'il voyagea, vit des combats et des tempêtes, aborda sur des côtes inconnues; mais il ne parle d'aucun des pays qu'il aurait visités, et cette géographie vague a fait penser que ses grands voyages ne s étaient probablement accomplis que dans son imagination. En 1029, il commandait un régiment dans le corps envoyé par Louis XIII pour soutenir en Savoie Charles de Gorrzague contre les Espagnols, et il parait même qu'il se distingua. Lorsque plus tard il fut présenté à Louis XIV, Turenne, qui était là, dit : ■ Je donnerais volontiers tout ce que j'ai fait pour la retraite do M. de Scudery au pus de Suse. ■ Turenne était trop modeste. Les grands faits d'armes de Scudery ne sont pas Lien prouvés; ce qui est plus certain, c'est la morgue insupportatable qui lui en resta. Ayant quitté 1 armée, on ne sait pourquoi, il vint k l'aris tenter la fortune uans les lettres, et, même la plume à la main, il sut toujours montrer l'homme qui a l'épée au coté. Sa première œuvre fut une édition des poésies de Théophile de Viaud, qu'il fit précéder de la préface la plus extraordinaire (1629). Il déclare que Théophile est le plus gmnd poète du monde et il a l'air de provoquer en duel tous ceux qui ne seront pas da son avis : « Je ne fuis pas difficulté de publier hautement que tous les morts et tous les vivants n'ont rien qui puisse appro*

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cher des forces de ce vigoureux génie; et si parmi les derniers il se rencontre quelque extravagant qui juge que j'offense sa gloire imaginaire, pour lui montrer que je le crains autant que je l'estime, je veux qu'il sache que je m'appelle : de Scudery. » En 1631, il donna sa première comédie, Lygdamon, et s'excusa de la sorte des fautes de style qu'il pouvait y avoir commises : « J'ai compté plus d'années parmi les armes que d'heures dans mon cabinet; j'ai usé plus de mèches en arquebuses qu'en chandelles et sais mieux ranger les soldats que les paroles et mieux quarrer les bataillons que les périodes. C'est manquer, me dira-t-on peut-être, que de se servir à la fois de l'épée et de la plume. Mais je tiens cette faute glorieuse qui m'est commune avec César. Minerve d'ailleurs n'élait-elle pas savante et guerrière?» Ce ton de matamore ne l'abandonna jamais. Lygdamon est une pure extravagance, digne de la préface. On y voit un amoureux qui dit tendrement à sa belle :

Pouvez-vous voir de l'eau sans penser a mes larmes !

et qui affirme que le vent de ses soupirs courbe les arbres de la contrée. Scudery croyait pourtant fermement se poser par cette pièce en légitime successeur de Hardy, dont il enviait la fécondité, et en rival de Rotrou qui venait d'aborder la scène avec éclat. Corneille débutait aussi à. celte époque, mais sans grand succès, et tant qu'il ne fut que l'auteur de Mélite et de la Galerie du palais, Scudery daigna lui accorder sa protection, lui donner des conseils; Corneille, en retour, mit des vers élogieuxen tête de quelques-unes des tragi-comédies de Scudery; leur bonne intelligence cessa dès que le succès du Cid fit présager un maître devant lequel tous les autres allaient s'effacer. De 1631 à 1036, l'année du Cid, Scudery montra une activité prodigieuse. A Lygdamon succédèrent : un poème allégorique, le Temple, écrit en l'honneur de Richelieu (1632, in-lbl.j; une Epitre héroïque sur le siège de Nancy (1633, in-4°) ; le Trompeur puni, tragi-comédie en cinq actes et en vers (1635) ; la Comédie des comédiens, comédie en cinq actes et en vers (1635); Orante, tragi-comédie en cinq actes et en vers (1635); le Vassal généreux, tragi- ' comédie en cinq actes et en vers (1636); lu Priiwe déguisé, tragi-comédia en cinq actes et en vers (1636) ; la Mort de César, tragicomédie en cinq actes et en vers (1636) ; Bidon, tragi-comédie en cinq actes et en vers (1636); l'Ama«( libéral, tragi-comédie en cinq actes et en vers (1636). Cinq grandes pièces dans la même année! Scudery seul était capable de ce tour de force, et l'on se rend compte de l'amertume avec laquelle il dut voir le public l'abandonner pour courir aux représentations du Cid, une mauvaise pièce, suivant lui, mal conduite, dont le sujet est absurde, où il n'y a guère que des vers détestables et dont les rares beautés ne sont que des plagiats. Il avait beau dire, dans ses préfaces, qu'Orante avait tiré des larmes des plus beaux yeux de la terre, que le Vassal généreux faisait les délices et les passions de la cour, que toutes les femmes voulaient en savoir les stances par cœur, il sentait le public lui échapper et, d'accord avec Richelieu qui voyait aussi d'un mauvais œil le succès de Corneille, il écrivit ses Observations sur le Cid (1636, in-40). Cette brochure est aussi absurde que violente, mais elle révèle un remarquable talent de polémiste, et Scudery s'y montre un prosateur plein de verve. Corneille répondit par sa Lettre apologétique et surtout par le rondeau si connu où il envoie Scudery au diable; celui-ci répliqua par la Preuve des passages allégués dans les Observations sur Je Cid (1637, m-4»), et la querelle fut terminée, comme on sait, par le fameux Jugement de l'Académie qui donnait raison à Scudery et tort à Corneille. La véritable réponse de Corneille à ses détracteurs, ce fut l'apparition à'Horace, de Cinna et de Polyeucte; Scudery aussi rentra dans l'arène par l'Amour tyrannique , tragi-comédie en cinq actes et en vers (1638), où il se plia, bien à contre-cœur, et pour imiter son rival, à la règle des unités. Ce qui le chagrinait surtout, c'était de voir les jeunes gens lui en remontrer sur ce chapitre, à lui qui s'était fait « tout blanc d'Aristote » pour démolir Corneille. « Je dis aux jeunes gens de la cour, s'écria-t-il, que lorsqu'ils se contenteront de dire qu'une pièce est belle, sans approfondir les choses, leur bonne mine, leur castor pointu, leur belle tête, leur collet de 1,000 francs, leur manteau court et leurs belles bottes feront croire qu'ils s'y connaissent ; mais, lorsque, pour condamner un ouvrage, par une lumière confuse, ils feront un galimatias de belles paroles et voudront parler de règles, d'unité d'action et de lieu, de vingt-quaire heures, de liaisons de scène et de péripétie, qu'ils ne trouvent pas étrange si ceux qui savent l'arc s'en moquent. J en connais de spirituels, mais tous ceux de leur cabale ne sont pas d'égale force et j'en connais qui n'ont que l'épée et la cape. ■ C'est dans son Apologie du théâtre (1639, in-S°) qu'on lit cette déclaration ; il avait à cœur de se relever du coup que lui avait porté Corneille : ■ Vous vous faites tout blanc d'Aristote et autres auteurs que vous n'avez jamais lus ; > il ne réussit qu'à montrer sa profonde ignorance, masquée par un grand étalage de citations latines qui, pour lui, étaient de l'hé-

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breu ; tout ce qu'il savait de littérature, il l'avait puisé dans Lope de Vega et dans les romans de chevalerie.

Ni son théâtre ni ses livres n'avaient enrichi Scudery; venu pauvre a Paris, il restait pauvre, et on le rencontrait le soir dans le jardin du Luxembourg dévorant un morceau de pain sec en se cachant la figure sous le pan de son manteau. Richelieu, sollicité par M">« de Rambouillet de faire quelque chose pour un poète qui avait si bien servi ses rancunes contre Corneille, lui donna le gouvernement de Notre-Dame- de-la- Garde, près de Marseille, petit fort délabré dont se sont si plaisamment moqués Chapelle et 6achaumont r

C'est Notre-Dame-de-la-Garde, Gouvernement commode et beau, A qui suffit pour haute garde Un suisse avec sa hallebarde Peint sur la porte du château.

Comme Situation au-dessus du niveau de la mer, c'était un poste élevé, convenant parfaitement à un homme qui pour rien au monde, disait Mme de Rambouillet, n'aurait voulu un gouvernement dans une vallée; mais les émoluments étaient modiques, 400 livres, et Scudery, qui avait emmené avec lui sa sœur, mourait de faim sur son rocher. Il accompagua Richelieu, en 1640, dans le voyage que le cardinal faisait en Piémont et lui demanda de l'augmentation :

Oui, sur cette roche écartée, Si ta main ne m'y secourait, Je serais comme Promélhée Qu'on dit qu'un vautour dévorait.

La faim, ce vautour effroyable Et que l'on doit tant redouter, Avec un bec impitoyable Y viendrait me persécuter.

Grand duc, ôte-moi cet obstacle !

Prends soin d'un soldat qui te sert Et fais, par un nouveau miracle, Pleuvoir la manne en ce désert!

Il ne paraît p;is que Richelieu ait fait droit à cette requête, car dix ans plus tard Scudery se plaignait encore de sa détresse a Mazarin. Il revint à la littérature et, de 1641 à 1644, dans de fréquents voyages qu'il Ht à Paris, il donna cinq nouvelles tragi-comédies, dont quatre en cinq actes et en vers : Eudoxe (1641), Andromire (1642), Ibrahim ou l'Illustre Bossa (1642), Arminius (1643), et Axiane (1644), essai de tragédie en prose. Les extravagances de ses premières pièces, dont les héros, Grecs, Romains ou Gaulois, sont tous transformés en capitans de la comédie espagnole ou en bergers d'Arcadie, étaient encore dépassées dans ces derniers efforts de sa muse tragique. Toutes tombèrent après quelques représentations, et Scudery, renonçant au théâtre, se tourna vers la poésie descriptive, la poésie lyrique et l'épopée. Tous les

| genres lui étaient également bons. Il publia d'abord le Cabinet de M. de Scudery (1645, in-40), recueil imité de la Galerie de Marini et qui se compose d'une série de pièces descriptives dans lesquelles, sous prétexte d'exposer le contenu de son cabinet de curiosités, un cabinet qui peut-être n'exista jamais, il décrit une foule de tableaux allégoriques, mythologiques, historiques et quelques portraits de contemporains illustres. Chapelain dit qu'il fut a ravi, transporté, enlevé » par ce recueil. Les Discours politiques des rois, qui suivirent (Paris, 1648, in-4»), furent écrits par Scudery pour montrer ses aptitudes à gouverner les peuples et la profondeur de vues qu'il ne manquerait pas d avoir s'il était appelé à quelque poste important. Il choisit vingt actions mémorables dans les règnes des temps passés et fait discourir longuement chacun des rois qui accomplit l'une d'elles pour avoir le prétexte d'exposer les motifs de leurs déterminations. Le but de l'auteur apparaît dans la préface: où il gourmande Mazarin de laisser se rouiller dans l'inaction un gentilhomme « qui avait approché tant de cours différentes, visité tant de peuples, fréquenté tant de grands hommes; qui s'était trouvé dans tant d'armées, tant de guerres, tant d'occasions, tantôt comme volontaire et tantôt en charge I » Un volume de Poésies diverses (1649, in-4<>) compléta cette série de productions. « Ce volume est de vers d'amour, dit-il, et le dernier que l'on en verra. Ce n'est pas que j'aie encore besoin de beaucoup de poudre pour cacher la blancheur de mes cheveux, ni que ma vieillesse

t soit décrépite ; mais enfin j'ai quarante-huit ans et ma première maîtresse n'est plus belle.» Il finit, a force d'importunités, par obtenir un brevet de capitaine entretenu sur les galères du roi avec une pension de 4,000 livres et entra vers la même époque à l'Académie (1650). Les loisirs que lui créa cette aisance inespérée l'excitèrent à mettre le sceau à sa gloire en composant un grand poème épique, VAlaric, dont s'est tant moqué Boileau (Paria, 1654, in-fol.).

Je chante le vainqueur des vainqueurs de la. terre,

s'écrie-t-il en débutant, et il continue sur ce ton-là pendant cinq ou six mille vers. Il y a de tout dans ce poème prodigieux, des séraphins et des démons, des forêts enchantées, des îles magiques, des nécromanciens qui habitent d'horribles spélunques; Alaric ne combat pas seulement les hommes, mais les ours et les lions ; son palais, dont la description touffue occupe une trentaine de pages,

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réunit ensemble le Louvre, Fontainebleau, Anet et tous les paiuis connus; le poète ne fait grâce ni d'une naïade, ni d'une cariatide, ni d'un chiffre, d'une moulure, d'un cartouche. Ce n'est pas tout; il prétend aussi faire découvrir dans sa composition les plus hautes intentions mystiques : Alaric, c est l'âme qui tombe dans le péché faute de la grâce ; Amalasonthe, c'est la volupté; le sac de Rome, c'est la victoire de la raison sur les sens, etc. Quant à l'exactitude des détails géographiques, fort nombreux dans un ouvrage dont le héros parcourt toute l'Europe à pas de géant, Scudery met la main sur le pommeau de son épée et défie quiconque d'y relever une erreur, attendu qu'il n'a écrit, dit-il, que « la carte sous les yeux ! »

L'année même où Scudery uvait publié Alaric, il se maria, à cinquante-trois ans. Sa vieillesse, adonnée à la dévotion, fut chagrine et morose. Un poëme, la Franciade, par lequel il comptait compléter l'œuvre inachevée de Ronsard ; une tragédie, le Grand Annibal, qui fut outrageusement sifûée (1660); une traduction du Caloandro de Marini, restée manuscrite, occupèrent ses derniers moments; mais, de 1650 à 1667, les romans de sa sœur, Artamène ou le Grand Cyrus, Clélie, parurent sous son nom et semblèrent continuer sa redoutable fécondité.

Scudery a été définitivement enterré sous les plaisanteries de Boileau ; Bienheureux Scudery, dont la fertile plume Peut tous les mois sans peine enfanter un volume! Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants, Semblent être formés en dépit du bon sens; Mais ils trouvent pourtant,quoiqu'on en puisse dire, Un marchand pour les vendre et des sots pour les lire ! A l'époque où Boileau écrivait ces vers, le goût du xvmo siècle avait été formé par les chefs-d'œuvre de Corneille, de Molière et de Racine; on ne se rendait plus compte comment le Lygdamon, \Orante et V Illustre Bassa avaient pu un moment faire concurrence au Cid et à Polyeucte. La raison des premiers succès de Scudery est dans l'enfance où était alors l'art dramatique, à peine sorti des mystères et des soties du moyen âge. D'ailleurs, Scudery, si ridicule qu'il soit, se sauve par quelques qualités; il a de l'imagination, de la verve et une facilité de style singulière; il n'est jamais médiocre, précisément parce qu'il atteint les dernières limites de l'extravagance. Son poème d'Alarie, absurde comme œuvre sérieuse , serait excellent comme parodie épique, et il est certain qu'il faudrait beaucoup de talent pour faire une parodie de cette taille ; malheureusement pour Scudery, il croyait être sérieux.

« Dans ses débuts au théâtre, dans sa pleine maturité, dans sa décadence , Scudery, dit M. Ch. Labitte, méconnaît également I éternelle vérité des passions , les sentiments même les plus vulgaires et les plus simples données de l'histoire. Que la scène se passe en Asie ou a Rouen (qu'il appelle Rothomage), sous Alexandre ou du itemps de Mérovée, dans les mystères du sérail ou dans le palais des ducs de Bretagne, les personnages s'appelleront, à tout hasard, Cléandre, Bradiniante, Alcidor. Ses amants romains, chrétiens ou turcs ne savent donner qu'un même pli à leur manteau; la douleur, pour eux, n'a qu'une formule. Ils parlent sans cesse de sympathie , d'attractions , de regards foudroyants et prennent volontiers puur tombeau l'albâtre du sein des princesses ou des bergères qu'ils adorent, car ils adorent toujours des bergères ou des princesses. Aux moindres rigueurs, ils se plaignent de vertige ou de faiblesse dans les jambes. » Mais leur désespoir tourne le plus souvent à l'idylle, et ces infortunés sujets de l'amoureux empire, répétant des stances aux échos des bois, appuyant sur leur cœur la pointe d'une rapière, oublient ordinairement de se tuer pour admirer le miel qui tombe le matin sur les fleurs ou écouter les disputes des oiseaux. L'amour dans Scudery est prodigue de tirades désolées, mais avare de poison et de coups de poignard; il se venge des refus inflexibles par des emportements d'épithètes; la femme qui résiste est un aspic, une salamandre de glace, un rocher ; il menace a tout moment, mais ne tue jamais. Bien que toujours prétentieuse, la forme, chez Scudery, l'emporte de beaucoup sur l'idée. Ses vers marchent vifs et dégagés, qu'ils se brisent dans le dialogue ou s enchaînent dans la tirade solennelle; mais cette poésie facile est tout extérieure et, pour ainsi dire, de métier. Elle n'a rien de naïf, de spontané : elle affectionne l'apostrophe, recherche, a défaut de pensées, les oppositions de mots et se montre déjà fort soucieuse de la fausse noblesse du langage. Parfois aussi elle vise à la maxime et plus d'un vers devenu proverbial retrouve ici des aînés :

Vaincre sans nul péril serait vaincre sans gloire, s'écrie Arminius dans un des chevaleresques transports qui saisissent à tout propos les rois et les bergers de ses tragi-comédies. Bien avant Ra> me, Scudery avait aussi; dans Rudoie, laucé l'axiome contre les flatteurs qui perdent les trônes, et, comme Tiiéramène, i! avait parlé de « montagnes humides > à propos de la mer et des vagues. Mais personne, que je sache, ne lui a tenu compte d'un vers proverbial souvent cité ni d'une image longtemps regardée comme une hardiesse. Scuderv était venu trop tard ; il eût été le digna

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contemporain de Hardy, il fat le rital ridicule de Corneille..

SCUDERY, SCUDERY ou SCUDEHI (Madeleine de), femme de lettres française, sœur du précédent, née au Havre en 1607, morte à Paris en 1701. Quoiqu'elle ait eu beaucoup plus de talent que son frère, on ne la lit guère davantage aujourd'hui, mais ses longs romans, surtout Clélie et le Grand Cyrus, servent encore à étudier les mœurs du commencement du xviie siècle et ils ont eu une influence littéraire considérable. Les Contemporains de Mlle de Scudery nous ont transmis les plus minutieux détails sur son enfance, sa jeunesse, son éducation, les prodiges de son intelligence précoce, absolument comme on Je fait pour les personnes les plus célèbres. Son père, qui exerçait au Havre une charge militaire, comme on l'a vu dans la biographie précédente, étant venu à mourir, elle passa sous la tutelle d'un oncle qui l'éleva lui-même avec soin. « L'écriture, 1 orthographe, la danse, à dessiner, à peindre, à travailler à l'aiguille, elle apprit tout, dit Conrart, et elle devinait d'elle-même ce qu'on ne lui enseignait pas. Comme elle uvait dès lors une imagination prodigieuse, une mémoire excellente, un jugement exquis, uns humeur vive et naturellement portée à savoir tout ce qu'elle voyait faire de curieux et tout ce qu'elle entendait dire de louable, elle apprit d'elle-même les choses qui dépendent de l'agriculture, du jardinage, du ménage, de la campagne, de la cuisine; les causes et les effets des maladies, la composition d'une infinité de remèdes, de parfums, d'eaux de senteur et de distillations utiles ou galantes pour la nécessité ou pour le plaisir. Elle eut envie de savoir jouer du luth, et elle en prit quelques leçons avec assez de succès. Mais ce luth lui demandait trop de temps, et, sans y renoncer, elle aima mieux se tourner

farticulièreraent du côté des occupations de esprit. Elle apprit en perfection l'italien, l'espagnol, et son principal plaisir était dans la lecture et dans les conversations choisies, dont elle n'était pas dépourvue dans son voisinage. > Son premier roman est intitulé Ibrahim ou l'Illustre Bassa et parut sous le nom de Georges de Scudery (Paris, 1641, 4 vol. in-8°) ; celui-ci en tira une tragi-comédie, qui fut représentée l'année suivante sous le même titre. L'un et l'autre ouvrage roulent sur une intrigue de sérail sans intérêt, où les mœurs de I Orient sont travesties en dépit du bon sens. Mais le style du roman est assez élégant. Tout l'hôtel de Rambouillet commença à se pâmer et cette admiration augmenta encore lorsque parurent Artamène ou ie Grand Cyrus (1650, 10 vol. in-8») et Clélie, histoire romaine (1656, 10 vol. in-8"). Ce né furent pus seulement les habituées de l'hôtel de Rambouillet, les précieuses, qui s'extasièrent devant ces ouvrages de l'une des leurs; des gens de goût, d'un esprit délicat, comme Huet, évéque d'Avranches, Ménage, Alascaron, proclamèrent que le Cyrus et Clélie étaient des chefs-d'œuvre. « Ceux qui blâment la longueur des romans de Mlle de Scudery, dit Ménage, font voir la petitesse de leur esprit, comme si l'on devait mépriser Homère et Virgile parce que leurs ouvrages contiennent plusieurs livres churgés de beaucoup d'épisodes et d'incidents qui en reculent nécessairement la conclusion. » Mascaron déclare qu'il y puisait avec beaucoup de plaisir des textes et des maximes pour ses sermons. « Quoique vous n'ayez pas eu le public en vue dans tout ce que vous avez l'ait, écrivait-il à l'auteur, je sais très-bon gré au public de vous avoir toujours en vue et de s'informer de l'emploi d'un loisir dont il me semble que vous devez quelque compte à toute la terre. L'occupation de mon automne est | la lecture de Cyrus, de Clélie et à'Ibrahim. Cesouvrages ont toujours pour moi le charme de la nouveauté, et j'y trouve tant de choses propres pour réformer le monde que je ne fais point de difficulté de vous avouer que dans les sermons que je prépare pour la cour vous serez très-souvent à côté de saint Augustin et de saint Bernard. » Ces éloges hyperboliques ne furent pas ratifiés par Boileau : « Voulant faire de Cyrus, dit-il, un modèle de toute perfection, elle en composa un Artamène plus fou que tous les Célauons et tous les Sylvandres, qui n'est occupé que du soin de sa Manuane, qui ne sait du matin au soir que se lamenter, gémir et tiler le parfait amour. Elle a encore fait pis dans un autre roman intitulé Clélie, où elle représente tous les héros de la république romaine naissante, les Horatius Uoclès, les Alutius Scaevola, les Cléiie, les Lucrèce, les Brutus encore plus amoureux qu'Artamène, ne s'occupant qu'à tracer des cartes géographiques d'amour, qu'à se proposer les uns aux autres des questions et des énigmes galantes.» C'est dans Clélie que se trouve la fameuse carte du Tendre, où l'on voit le fleuve de l'inclination, ayant sur sa rive droite le village des Jolis-Verset sur sa gauche ceux de Complaisance, de Petits-Soins et d'Assiduités, arroser un peu plus loin le hameau de Légèreté et se perdre dans le lac de l'Indifférence. Cette géographie ridicule eut un énorme succès auprès des précieuses, et Je sentimentalisme écœurant qui l'accompagne parut être le dernier mot du génie; les conversations d'Horatius Codés et de Porsenna offrent, paraît-il, le modèle des conversations ingé-

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nieusos et savantes île l'hôtel de Rambouillet; cela ne nous en donne pas une grande idée, mais cela nous explique le succès, dans un certain monde, de ces fastidieuses élucnbrations, puisque l'hôtel de Rambouillet donna pendant plus de vingt ans le ton à la mode. De plus, tout ce galimatias amphigourique n'est qu'une suite d'allégories, demt la clef, longtemps perdue, a été retrouvée par V. Cousin qui a parfaitement prouvé que sous des noms romains, arméniens, persans, turcs sont représentés tous les contemporains illustres de l'auteur, ceux dont la France et l'Europe s'entretenaient sous la régence d'Anne d'Autriche et dans la première n:oitié du règne de Louis XIV. Le plaisir de lever ces masques, de deviner les allusions et les énigmes entrait sans doute pour beaucoup dans le succès de ces interminables histoires, et c'est encore ce plaisir que recherchent les érudits qui, il l'exemple de V. Cousin, osent en affronter la lecture.

M"« de Scudery n'était pas seulement une des étoiles de la fameuse chambre bleue, elle avait son royaume à el.e, tout comme Mmo de Rambouillet; ses samedis étaient fort connus, tous les beaux esprits s'y donnaient rendezvous : Fellisson, Conrart, le duc de Saiiit- Aignan, Sarrasin, l'évéque Godeau, Chapelain , Une Arragonuis, Almo d'Aligre, sa 1111e, etc. Chacun avait son surnom; M"0 de Scudery s'appelait S'ipho (c'est le nom raodes'e qu'elle s'omit donné dans le Cyrus) ; Conrart s'appelait Théodamas; Peliisson , Aeante;le duc de tsaitit-Aigrian, Aitnban ; Godeau, qui a. l'hôtel de Rambouillet était surnommé le nain de Julie, ici était baptisé le mage de Sidon ou le mage de Tendre. Les dames habillaient deux poupées, la grande et la petite Pandore, et décrétaient les modes du lendemain; les hommes faisaient des madriguux. Un jour, Conrart en apporta un, accompagnant un cachet de cristal dont il faisait présent à la reine du io^is. Celle-ci repondit aussitôt par ces vers :

Pour mériter un cachet si joli, Si bien gravi1, si bridant, si poli,

11 faudrait avoir, ce me semble,

Quelque joli secret ensemble,

Car enlin les johs cachets

Demandent de jolis secrets

Ou du moins de jolis billets;

Mais comme je n'en sais point faire,

Que je n'ai ritn qu'il faille taire

Ou qui mérite aucun mystère,

Il faut voua dire seulement

Que vous donnez si galamment Qu'on ne peut sa défendre De vous donner son cœur ou de le laisser prendre.

Les assistants s'extasièrent et tous se mirent ù, faire des madrigaux sur le même sujet; c'est ce qu'on appela la journée des madrigaux. Le produit de ce tournoi littéraire existe en manuscrit à la bibliothèque de l'Arsenal; il serait difficile de reunir un pareil choix do billevesées. M"e de Scudery était laide; elle avait la peau noire et rude, les yeux noirs, les ongles noirs; elle suait l'encre par tous les pores, disait Mme (Jornuel. Cela ne l'empêcha pas de tracer d'elle-même, dans le Cyrus, un portrait enchanteur, sous le nom de Sapho, et de donner dans la galanterie platonique. On vient de voir qu'elle offrait à Conrart de lui laisser prendre son cœur; elle fut séduite aussi pur la monstrueuse laideurde Pellisson, àqui elle trouvait une grâce incomparable ; elle lit pour lui ces vers qui renfermaient son doux aveu :

Enfin, Acante, il faut se rendre!

Votre esprit a charmé le mien.

Je vous fais citojen du Tendre; Mais, de grâce, n'en dites rien.

Mlle de Scudery a encore pub.ié : Almahide ou V Esclave reine (16U0, in-S") ; Céliitde(lQt)l, in-8u) ; les Femmes illustres ou Harangues héroïques (1665 , in-12) ; AJat/iitde d'Aguiiar, histoire espagnole (1603, m-12); la Promenade de Versailles ou Histoire de Célautre (1669, in-8°); Discours de la gloire (1G71, in-12); ce ULcours remporta en 1671 le premier ptix académique d'éloquence française, fonde par lialzaoj ses admirateurs lui firent cadeau à cette occasion u'une mngiiifi ,ue couronne de laurier en orfèvrerie einaillée; Conversations sur divers sujets (1680, 3 vol. in-12); Conversations nouve.tes sur divers sujets (1684, 2 vol. ifi-12) ; Conversations morales (1^66, 2 vol. iu-12); Nouvelles conversations de mijrule (1U88, 2 vol. in-12); Entratiens de morale (1692, 2 vol. in-12). La Biographie Michami dit que ces dix derniers volumes sont les meilleurs ouvrages de Aille de Scudery ; ces Conversations sont littéralement extraites. d'Ibrahim, de Cyrus et de Clélie et ne forment conséquennneiit pas des ouvrages originaux. Les vers de M11" de Scudery, et ils sont nombreux, ont ete recueillis dans le Mercure galant, les Poésies choisies éditées par le librune Sercy, les Délices de ta poésie galante de R.bou et le Recueil de vers choisis du P. liouhours.

SCUDO s. m. (sku-do). Métrol. Ancienne monnaie d'argent U'itahe valant, selon les pays, de 1 fr. 98 à 8 fr. 13. il Monnaie d'or frappée à. Rome sous la République française, et valant 17 fr. 28.

SCCDO (P;iul), musicographe et compositeur français, né a Venise le 6 juin 1800, jnort à Ulois lu 14 octobre 18G4. Il vint à

SOUL

Paris vers 1824, fit ou compléta son éduca- \ tion musicale à l'école célèbre de Choron et, i en sa qualité d'Itnlien, fut choisi par le directeur des Bouffes pour créer un rôle peu important dans II Viaggio à Reims, opéra de circonstance écrit par Ro^ini à l'occasion du sacre de Charles X. L'école de Choron ayant disparu à la suite de la révolution de 1830, Scudo dut chercher les moyens de pourvbir à sa subsistance. 11 s'engagea comme musicien dans un régiment, devint ensuite professeur de musique et de langues vivantes au collège de Tours, puis à celui de Vendôme et vint enfin se fixer à Paris, où il publia un certain nombre de mélodies : l'Aurore, les Bluets, la Captive, Chant vénitien, Fleur de l'âme, les Jtegrets du chevrier, Sérénade napolitaine. Souvenir, Ton reyard, le Vœu, la Baigneuse, Résignation, le liante, boutade, les Deux anges, l'Aveu, l'Hirondelle et te Prisonnier, etc. Parmi ces compositions, celle qui était intitulée le Fit de ta Virrge obtint un tresgrand succès. Scudo songea alors à s'occuper de littérature musicale et donna ses premiers articles à la Revue et gazette musicale de Paris; il collabora ensuite à la Réforme, à la première Revue de Paris, au Musée des famil/es, à la Itevue indépendante, au Siècle, à, l' Ordre, où il écrivait un feuilleton musical > hebdomadaire, et, après la disparition de ce journal en 1851, il entra à la Revue des Deux- ' Mondes, à laquelle il fut attaché jusqu'à sa ! mort. Il lit soii entrée dans ce dernier recueil par une étude très-remarquable et trèsremarquée sur Mozart et son Don Juan, qui a été reproduite dans son premier volume de Critique et littérature musicales.

M. Féth, que Scudo avait parfois assez malmené, a durement traité ce critique dans i-a Biographie universelle des musiciens. Mais ' on ne doit pas prendre à la lettre le jugement du directeur du Conservatoire de bruxelles, j très-rancunier de sa nature et sujet à caution sous beaucoup de rapports. Scudo n'était certainement point un critique parfait; il était peut-être incomplet au point de vue scientifique ; mais il comprenait merveilleusement les défauts et les beautés des grands maîtres, et il n'existe pas en France un livre où le génie de Mozart ait été mieux apprécié et mis eu évidence, pour employer une de ses expressions favorites, d'unu façon plus lumineuse, que dans l'excellent travail que nous avons cité plus haut. On ne doit pas admettre complètement que les musicien-;, et surtout les musiciens profonds, soient seuls aptes à juger en matière musicale. Si cela est incontestablement vrai au point de vue de la théorie, il n'est pus moins certain qu'un dilettante sincère, amoureux de l'art, doué d'une intelligence véritable et de cette faculté rare qui s'appelle l'enthousiasme, peut vendre de véritables services à la critique et exprimer des jugements sains et justes. Tel a été le rôle de Scudo dans sa carrière d'écrivain, et il serait à souhaiter que la critique musicale fût toujours faite d'une façon aussi digne et aussi élevée. 11 mania. t d'ailleurs, quo.que étranger, notre langue avec une rare perfection, et il est un des nombreux exemples des remarquables facultés philologiques que la nature a départies aux Italiens.

Scudo fut atteint d'une grave affection mentale vers la lin de l'année 1863. Bientôt il devînt complètement fou, et, transporté à Blois au sein d'une famille amie, il mourut dans cotte ville au bout de peu de mois.

Voici la liste de ses ouvrages : Critique et littérature musicales, 1"> série (1850, in-8°); Critique et littérature musicales , 2« série (1859, in-12); l'Art ancien et l'art moderne, nouveaux mélanges de critique et de littérature musicales (1854, in-12) ; le Chevalier Sarti, î-oinaii musical dédie a Meyerbeer (1857, in-12); l'Aimée musicale (1860-1861-1802, 3 vol. in-12); ki Musique en l'année 1862 (1863, in-12). Citons encore de lui : les Partis politiques (1838, in-8°); la Philosophie du rire (1839, in-12). Dans les premiers mois de l'année 1864, la Revue des Deux-Mondes publiait de Scudo un second roman musical, Frédérique, suite du Chevalier Sorti, que la mort l'a empêché de réunir en volume; il s'occupait aussi, à cette époque, de la publication d'un livre intitulé les Compositeurs modernes, qui n'a jamais paru.

SCULDA s, m. (skul-da). Crust. Genre de crustacés isopodes.

SCULIER s. m. (sku-lié — du lat. sculeltum, ecuelle). Ane, coût. Officier chargé du soin de la vaisselle.

SCCLLY (Vincent), écrivain et homme politique irlandais, ne en 1810. Il commença à Duijlin des études qu'il termina a, Cambridge, suivit, à partir de 1833, la carrière du barreau et fut nommé en 1849 avocat de la reine. Klu en 1852 membre de la (Jhambre des communes dans le comté de Cork, M. Scully a presque constamment sié^é depuis lors au Parlement, où il fait partie des libéraux. Outre des rapports judiciaires faits à la chancellerie d'Irlande et des ouvrages relatifs à des questions économiques, on lui drit un livre , intéressant intitulé la Question de la terre. j

SCULPTABLE adj. (skul-ta-ble). Qui peut ' être sculpté ; qui peut être reproduit en sculp- ' ture : Ce bloc n'est pas SculptaBLe. Le vieux magot que Pigalle veut iculpter a perdu toutes ses dents et perd ses yeux • il n'est point du | tout SCULPTAULE. (Volt.)

SCUL

SCULPTAGE s. m. (skul-ta-je — rad. sculp' ter). Action de sculpter : Le scdlptagb d'un chapiteau.

— Techn. Opération consistant à creuser, à finir, dans les poteries, les ornements en relief que le moulage n'a pu pro luire que d'une manière plus ou moins grossière.

SCULPTER v. a. ou tr. (skul-té — latin sculpture, fréquentatif de sculpere, au supin sculplum, graver, ciseler, de même origine que scalpere, couper, scalprum, couteau). Tailler, fouiller pour produire une œuvre d'art : Sculpter du marbre, de iivoiie, du bronze, du bois.

— Produire en taillant, fouillant une matière dure : Sculpter une statue, des feuillages, des ornementi. Le vieux magot que Pignl veut sculpter a perdu toutes ses dents et perd ses yeux; il n'est point du tout sculhtablb. (Volt.)

— Par ext. Produire, modifier, donner une forme permanente à : L'étude du grec et des mathématiques avait sculpté une foule d angles aigus sur sa figure. (Mèry.) Chez elle, l'expression sculptait un nouveau visage dans te marbre vivant de sa chair. (L. Enault.)

— Fig. Traduire, imiter, reproduire d'une façon nette et précise : Cet écrivain ébauche sa pensée et la laisse indécise; cet autre ta sculpte et la rend dure et crue. De nos jours on a voulu, non plus seulement dessiner les sentiments du cœur humain, on a voulu les sculpter. (St-Marc Girard.) Il Orner, parer, embellir ; On sculpte, oh dore l'idole pour n'avoir pas à rougir d'adorer une bûche. (M'a» Roland.)

— Absol. : IJart de SCULPTER.

— Machine à sculpter, Appareil au moyen duquel on reproduit des sculptures, avec facilité d'en varier au besoin les proportions.

— Encycl. Machines à sculpter. L'invention de ces machines date d'environ une trentaine d'années. Avant cette époque, on n'avait pu encore exécuter que la reproduction des médailles à. l'aide des tours à portraits avec lesquels on ne pouvait copier que des objets ayant des reliefs de peu de saillie; mais l'application du pantograplie, destiné h réduire, à augmenter ou a reproduire de simples dessins, a donné un nouvel essor à l'idée de copier la sculpture, même en ronde bosse. La première machine à sculpter paraît être de M. Sauvage et date de 1836. Elle consistait en deux plateaux montes horizontalement, dont l'un recevait le modèle et l'autre la copie à reproduire. Ils étaient commandés simultanément par trois roues d'engrenage; deux d'entre elles étaient rapportées sur leur axe respectif et l'autre servait d'intermédiaire ; de façon que les plateaux pouvaient tourner sur eux-mêmes et dans le même sens, en décrivant ensemble des angles égaux. Sur la même ligne que les plateaux, on avait disposé un support qui servait de point tixe de rotation à un véritable pantographe, muni de deux branches articulées terminées par des touches. L'une de celles-ci, suivant exactement les saillies du modèle, servait de guide, et l'autre permettait de les reproduire en les réduisant ou en les augmentant, suivant la disposition adoptée. Les outils n'étaient point disposés pour travailler la matière dure; ils ne pouvaient dans ■ e cas que servir à vérifier les contours exécutés; cette fixité des touches ne rendait cette machine applicable qu'aux c.irps mous, tels que le p.àtre frais, la terre glaise ou la cire. Depuis l'apparition de ce premier appareil, les machines à sculpter ont subi des améliorations importantes et ont été l'objet d'études approfondies qui ont permis d'obtenir des réductions de ronde bosse avec une grande perfection dans du marbre ou de la pierre dure. Parmi la série des machines de ce genre qui ont fourni les plus beaux résultats, on peut citer celles de M. Collas, devenu célèbre par le grand nombre de produits artistiques qui lui sont dus, et en particulier par ses gravures nuinismatiques; ses machines, basées sur les principes décrits plus haut, se faisaient remarquer par les combinaisons particulières, très-ingeuieuses, de tous les organes, qui ont permis d'arriver à une très-grande délicatesse dans le fini d'exécution des objets reproduits. A l'Exposition universelle de 1855 figurait une machine à sculpter de M. Blanchard, avec laquelle on exécutait les réductions de ronde bosse avec une grande perfection. Le principe sur lequel elle reposait était à peu près celui d'un tour entre, les pointes duquel on plaçait le bloc de marbre ou de pierre destiné a. être taillé; ce dernier tournait en forçant l'outil à s'appuyer contre sa surface, suivant le mouvement d'avance ou de recul de la touche qui, dans le même tour, s'appliquait aussi contre les parties extérieures du modèle monté également sur un axe tournant. M. Blauchaidnexéeuté pendant l'Exposition un buste en marbie dj l'es-impérauiee des Français et un buste de M. Webster.-Toutes ces machines n'opèrent généralement la réduction que dans le rapport de

'là 2, c'est-à-dire quelles sont construites pour un rapport fixe et constant entre la réduction et le modèle; M. Valet, ingénieur, a cherché k rendre ce rapport variable ; il est arrivé, par une disposition particulière, à établir des machines qui fournissent une variat.on du réduction dans les limites di." 1/4 à 1)2.

SCUL

SCULPTET s. m. (skul-tè). Hist. ecclés.

Bailli dans la dépendance d'une abbaye.

SCULPTEUR s. m. (skul-teur). Arliste qui sculpte, qui sait sculpter : Un célèbre sculpteur. Un sculpteur en brnuze, en marbre, en bois. Ce n'est pas le sculptkur qui fait les dieux, c'est celui qui tes prie. (Martial.) Les sculpteurs et tes peintres ne nous montrent guère que des corps inhabités. (J. Jimbert.) Pour l écrivain comme pour le sculpteur et le peintre, l'art a deux éléments : le modèle idéal et la forme extérieure qui la rend perceptible aux sens. (Luineiin.) Il y a de* aveugles sculptkuus. (Mitpiel.) Un sculptkur ne sait f)uère quelle sera la valeur du groupe qu'il a rêvé qu'après l'avoir modelé. (F. Arago.) Un grand nombre de peintres et de sculpteurs reçoivent de l'extérieur l'expression du beau et procèdent du matériel à t idéal. (Th, Cuut.) Une époque qui produit de grands sculptkurs fournit aussi de bons peintres. (Th. Gaut.)

La forme, ô grand sculpteur, c'est tout et ce n'est Ce n'est rien sans l'esprit, c'est tout avec rirteV, [rien !

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