V. SACCOGLOTTE
SACOLÈRE s, m. (sa-ko-lè-re). Mar. Navire en usage en Turquie et en Grèce : Que de fois les Sarrasins maudits, bravant la protection des comtes de Provence , ont fait échouer au pied de ton môle leurs sacoléres qu'ils venaient charger de ces jeunes Provençales: toujours si recherchées aux bazai's de Smyrue et de Tunis.' (E. Sue.)
SACOMBE (Jean-François) , médecin et poète français, ne à Caroassonne vers 1750, mort en 1822. Il s'est acquis une sorte de célébrité par la chaleur avec laquelle il s'éleva contre l'opération césarienne. Sacombe attaquait les nombreux partisans de cette méthode avec une telle violence qu'il se lit condamner, eu 1803, à 3,000 francs de dommagesintérêts pour un pamphlet diffamatoire dirigé contre Baudeiocque, à propos d'une opération de ce genre dans laquelle l'habile praticien avait échoué. Sacombe, ne pouvant payer cette somme , s'enfuit en Russie, d'où il revint peu après sous le faux nom de Lacombe. Nommé professeur, puis principal du collège de Paray-le-Monial en 1807, il fut destitué, en 1812, k propos de sou changement de nom. Poursuivi en 1815 pour vente de remèdes secrets, il fut emprisonné. Rendu k la liberté par les Bourbons, il acheva son existence dans l'obscurité. Parmi ses ouvrages, nous citerons : le Médecin-accoucheur, ouvrage utile aux mères de famille et nécessaire aux personnes qui se destinent à la pratique de l'art des accouchements (Paris, 1791, lu-U); Avis aux suges-fe.-^-'tes (1792, in -faoj ;
la Luciniade ou VArt des accouchements (1792, in-8°); Observations médico-chirurgicales sur
I la grossesse, le travail et la couche (Vt^3,\n-ia);
j Eléments de la science des accouchements , avec un traité des maladies des femmes et des
' enfants (1802, in-8°); Lucine française ou Recueil périodique d'observations médicales, chirurgicales, pharmaceutiques, historiques, critiques et littéraires relatives à la sci"iice des accouchements et aux maladies des femmes et des enfants (1802); Instruction aux pères ci aux mères sur les convulsions des enfants (1804, in-8°), Traité de l éducation physique des enfants (1806, in-12); la Vénusalgie ou Maladie de Vénus (1814, in-so).
SACOME s. m. (sa-ko me — ital. sacoma, même sens). Archit. Moulure en saillie. Il Calibre, profil de cette moulure.
SACONAY ou SACOIN'NEX (Gabriel de), théologien français, né k Lyon ou aux environs de cette ville vers le commencement du xvic siècle, mort en 1580. Il était issu d'une famille noble, originaire du pays de Gex, où l'on trouve le Grand et le Petit-Saconnex, villages catholiques des environs de Genève, sur la route de Ferney. Il devint chanoine de l'église métropolitaine de Saint-Jean de Lyon et s'opposa inflexiblement k l'impression de tout ouvrage contraire au catholicisme. Ce fanatique publia une édition de l'ouvrage de Henri \ III, roi d'Angleterre, contre Luther et la lit précéder d'une préface virulente contre les réformateurs. ■ Calvin, dit Weiss, lui répondit par un petit écrit non moins satirique intitulé : Congratulation à vénérable prêtre messire Gabr. de Suconay, touchant ta belle et mignonne préface dont il a remparé le livre du roi d'Angleterre. Saconny ne s'en montra que plus ardent k poursuivre les hérétiques. Jusqu'à la fin de sa vie, il soutint une lutte k outrance contre la Réforme, qu'il se proposait de terrasser. Sa liaino pour les protestants était si violente qu'il alla jusqu'à représenter audacieusement au roi Charles IX qu'il ne pouvait tolérer deux religions dans son royaume et qu'il ne devait pas hésiter à exterminer les hérétiques. Les principaux ouvrages de oe fanatique sont ; De la providence de Dieu sur les rois de France très-chrétiens, par laquelle sa sainte religion ne défaudra dans leur royauii.e (Lyon, 1568,'iii-4<>); Traité de la vraie idolâtrie de notre temps (Lyon, 1568, in-s°) ; Discours des premiers troubles advenus à Lyu„ (en 1562), avec l'apologie pour la ville de Lyon contre le libelte intitulé : la Juste c, sainte défense de la ville de Lyon (Lyon, 1569, in-S°). ouvrage devenu rare; la Généalogie-et la fin des hugueuauxet découverte du calvinisme, etc. (Lyon, 1572, in-8°). On recherche encore ce livre k cause des curieuses estampes qu'il contient.
SACQU1ER s. m. (sa-kié — rad. sac). Mar. Nom donné, dans quelques ports, aux agents chargés de faire mettre eu sac le sel et les grains.
SACRAMENTAIRE s. m. (sa-kra-mantè-re — rad. sacrement). Liturg. Livre qui contient les prières de la messe et celles qu'on récite lorsqu'on administre les sacrements.
— Hist. ecclés. Nom donné par les écrivains de l'Eglise romaine à tous les hérétiques qui ont enseigne des erreurs touchant [eucharistie, niant ou la présence réelle do Jésus dans ce sacrement ou la transsubstantiation. Il Nom donné par les luthériens aux disciples de Carlostadt, aux zwingliens, aux calvinistes et k tous les autres d.ssidents qui soutiennent, les uns que la communion est un t3"po, un symbole du corps et du sang de Jésus, les autres que c'est une simple commémoration de la cène.
SACRAMENTAL, ALE adj. (sa-kra-man-tal, a-le — rad. sacrement). Qui a rapport aux sacrements, il On dit plus ordinairement sacramentel.
SACRAMENTALEMENTadv. (sa-kra-mauta-le-miui — rad. satramentat). Syn. peu usité de Sacramentellemekt.
SACRAMENTEL, ELLE adj. (sa-kra-mantèl, è-le — rad. sacrement). Qui appartient, qui a rapport aux sacrements; qui tient du sacrement : Paroles sacramentelles. Espèces sacramentelles. L'acte de la conversion de Clovis ne fut qu'une cérémonie sacramentelle. (Lainart.)
— Par ext. Qui s'emploie comme formule efficace, décisive, déterminante, obligée: Mots sacramentels. Paroles sacraliintelles.
— Hist. Charte sacramentelle ou Charte du serment, Charte, acte quelconque, par lequel on s'engageait sous la religion du serinent.
SACRAMENTELLEMENTadv.(sa-kra-mattè-le-inan — rad. sacramentel). D'une manière sacramentelle, par sacrement : Le corps de Jésus-Christ est réellement et sacramentel- Lemisnt dans l'eucharistie. (Acad.)
SACRAMENTO(COLONIAL-DEL-), ville forte de la republique de l'Uruguay, avec un port de commerce sur le rio de la Plata, vis-à-vis de B.ienos-Ayres, par 34<> 28' de Jatlt. S. et 60° 10' de longit. O. ; eh.-l. de département. Cette ville, fondée par les rurtugaisen 1678, cédée k l'Espagne en 1750, iwec le reste de l'Uruguay, en échange du Paraguay, est au-
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jourd'hui indépnri'lante et fait partie de la république de l'Uruguay.
SACRAMËNTO, rivière des Etats-Unis d'Amérique, dans l'Etat de Californie. Elle prend sa source dans la partie septentrionale de cet Etat, sur le penchant d'une chaîne de montagnes, ramification occidentale de la sierra Nevada, coule d'abord au S.-O., puis au S., et i-e perd dans le Saint-Joaquin, après un cours de 425 Uilom., en grande partie navigable. Les eaux de cette rivière roulent de l'or et sont extrêmement poissonneuses.
SACRAMENTO-CITY, ville des Etats-Unis d'Amérique, capitale de l'Etat de Californie, sur le fleuve dont elle a emprunté le nom, un peu au-dessous du confluent de la rivière ainéiieaine, k l'endroit même où s'élevait le fort Sutier, célèbre dans la découverte des placers californiens, à. 225 kilom. N.-E. de San-Krancisco, par 3S« 57' de latit. N. et 1Î3°45' de longit. 0.; 30,000 hub. Entrepôt considérable des placers aurifères du Nord. Pêcheries importantes de saumon dans le Sacramento; centre commercial des produits agricoles de la vallée arrosée par ce fleuve; beaux établissements de carrosserie, Commerce de volaille, de bestiaux, et de chevaux. Comme centre commercial, cette ville possède de grands avantages. Non -seulement les bâtiments k vapeur, mais aussi les bâtiments à voiles du plus fort tonnage peuvent y aborder à quai et en toutes saisons. Les quais de débarquement sont nombreux et bien entretenus; une magnifique levée, qui défend maintenant la ville des inondations du fleuve, s'étend sur une longueur de M kilom. et forme, pour ainsi dire, le port de la ville. La ville elle-même est régulièrement bâtie ; ses rues, parallèles a. la rivière, sont coupées à angle droit par d'autres voies transversales, que l'on distingue par les lettres de l'alphabet. Jusqu'en 1830, la plupart des maisons étaient bâties eu bois ; aussi fa ville fut-elle plusieurs fois détruite par l'incendie ; mais, depuis cette époque, presque toutes les maisons ont été reconstruites en pierre , et actuellement cette ville présente l'aspect des autres cités américaines que le commerce et l'industrie rendent chaque jour plus prospères. Tout nouveau que soit le pays dans lequel s'élève Sacramento, il possède déjà plusieurs voies ferrées, de nombreuses routes de terre et plusieurs services de bateaux à vapeur qui desservent cette ville.
SACRARIUM s. m. (sa-kra-ri-omm — mot lat. formé de sacer, sacré), Antiq. rom. Sorte d'oratoire domestique. Il Partie du temple où l'on gardait les objets sacrés.
— Liturg. Petite voûte qui existait autrefois dans le chœur des églises, et où l'on serrait les vases sacrés, il Nom donné anciennement à la sacristie.
— Encycl. Les Romains se sont servis de ce mot pour désigner des objets différents, mais tous relatifs au culte. Ils appelèrent principalement sacrarium une chapelle, une sorte d'oratoire qu'ils avaient dans leurs maisons et qui contenait les images de quelques divinités, surtout celles des dieux lares. C'est en général le matin, aussitôt après s'être levés, qu'ils allaient faire leurs prières dans cet oratoire, dont l'ornementation était quelquefois fort riche. Si l'on s'en rapportait k l'exemple de l'empereur Alexandre Sévère, on admettrait qu'il pouvait exister plus d'un sacrarium. dans la même demeure. Ce prince en avait deux. Dans le plus grand se trouvaient, avec les images des lares, les statues du Christ, d'Abraham, d'Orphée et d'Alexandre le Grand. Parmi les statues que contenait l'autre, on mentionne celles d'Achille, de Virgile et de Cicéron. Souvent les papiers de famille se trouvaient déposés dans ces petits temples domestiques.
On donnait aussi le nom de sacrariutn h la partie d'un temple public où étaient gardés les objets sacres : les ustensiles du culte. Ainsi, dans le temple de Jupiter Capitolin, le sacrarium était spécialement affecte aux chariots et aux chars sacrés des processions; ainsi les saliens avaient uu sacrarium où ils renfermaient les anciles et le lituus. Sous l'empire, on appela également sacrarium la chapelle où l'on érigeait la statue d'un empereur. Ou lit, par exemple, dans les Annales de Tacite ill, 41): « Sacrarium geuii Jutix effiyiesgue diuo Augusto apud bovillas dieantur (un sanctuaire à la famille Julia et une statue au divin Auguste sont consacrés prés de Bovillse [ancienne ville du Latium]). » Tite-Live donne le nom de sacrarium à tout endroit sacré non public.
Chez les auteurs ecclésiastiques, le sacrarium est le plus souvent la sacristie d'une église ou bien l'armoire dans laquelle on plaçait les espèces consacrées et qui était creusée dans la muraille ou dans un pilier, du côté de l'Evangile.
Quelques eguses avaient deux sacrariums, à droite et k gauche du sanctuaire, comme cela existe eucore dans l'ancienne cathédrale de Carcassonne; d'autres enfln n'avaient pour sacrarium qu'un édicule en pierre ou en bois placé près de l'autel. Cette pièce, renfermant les richesses des cathédrales, était construite aveu beaucoup de soin et était mise à l'abri des coups de main et de la malveillance par des portes étroites et ferrées qui ue s'ouvraient qu'à l'intérieur do
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l'église. Rarement munis de fenêtres, ces réduits n'avaient généralement aucune ouverture à l'extérieur.
SACHE s. m. (sa-kre. —V. sacrer). Action de sacrer un roi, de consacrer par une cérémonie religieuse, en parlant des princes et des évêques : Le sacre des rois de France avait lieu dans l'église cathédrale de Jïeims.
— Fig. Consécration qui inspire une sorte de respect religieux : La Révolution française, c'est le sacre de l'humanité. (V.Hugo.) La gloire est le sacre des morts. (Balz.)
— Hist. relig. Nom donné, dans quelques provinces, à la procession de la Fête-Dieu : Le sacre du Mans. Le sacre d'Angers.
— Encycl. Hist. Il faut remonter à l'histoire des peuples bibliques pour trouver l'origine de la cérémonie du couronnement.
Lorsque les Hébreux, fatigués de l'administration des juges, demandèrent à être gouvernés par un roi, le prophète Samuel oignit Suiil, fils de Sis, et le sacra roi en répandant une tiole d'huile sur sa tête; puis il lui ceignit le diadème. David fut sacré et couronné après lui, Sulomon ensuite et tous ses successeurs.
Chez les Perses, le nouveau roi recevait le diadème des mains du pontife et, revêtu d habits et d'ornements royaux, était conduit sur un trône élevé sous une voûte de saphir que soutenaient des colonnes d'or enrichies de pierres précieuses. Cyrus avait fait bâtir le temple de Pallas pour y proclamer et couronner les rois de Perse.
Les Francs faisaient élever leur chef sur un pavois et porter devant lui le sceptre et la main de justice. Ainsi fut élu Pharamond, d'après l'histoire classique; Clovis, le premier, fut sacré, toujours d'après la même histoire; mais les détails de son couronnement nous manquent. 11 faut arriver h Pépin le Bref pour avoir des données exactes sur la cérémonie du couronnement, qui se lit alors à Soissons. Nous trouvons ensuite le couronnement de Cbarlemagne, celui de Louis 1er le Débonnaire, pour lequel le pape Etienne V vint tout exprès de Rome en France, apportant deux couronnes d'or : l'une toute couverte de pierreries, pour le roi, l'autue plus simple, pour sa femme.
Les onze rois de la seconde race, en prenant la couronne, étaient sacrés par le ministère d'un évêque. Les ornements royaux étaient : le sceptre, la main de justice, la couronne, les bracelets, la chape avec ie dorsal par-dessus la tunique. Hugues Capet, chef de la troisième race, fut couronné à Noyon et sacré k Reims par l'archevêque Adalbéron. Depuis loi\s, la ville de Reims fut choisie pour le lieu du sacre et du couronnement des rois de France. Le cérémonial constamment suivi en cette circonstance fut réglé par Louis le Jeune, et la cérémonie du sacre et du couronnement de Louis XVI, voire même de Charles X, fut calquée sur le règlement de ce prince. Louis le Jeune, d'ailleurs, aimait kse faire couronner, car il le fut quatre fois : la première à Reims, en 1131; la seconde k Bordeaux, le jour de son mariage avec Elôonore d'Aquitaine; la troisième encore k Reims, sous le pontilieat d'Eugène III, et, enfin, la quatrième à Orléans, par l'archevêque de Sens, en 1152, avec sa seconde femme Constance. Le formulaire des cérémonies du sacre et du couronnement fut rédigé par lui en 1175, en vue du couronnement de son fils Philippe-Auguste, qui eut lieu en 1179, du vivant de Louis VU ; mais celui-ci ne put se donner le plaisir de cette cérémonie, qu'il affectionnait tant, empêché qu'il en fut par la paralysie. Ce fut k ce couronnement que parurent pour la première fois les pairs de France. Nous allons décrire la cérémonie, en prenant pour type le couronnement des rois de la troisième race.
Le roi quittait son palais, accompagné des princes du sang, des grands officiera de la couronne, des seigneurs, des dames de la cour et des ministres. Il était escorté du guet, des gardes du corps et du quartier des gendarmes, des chevau-légers, ue la garde, des mousquetaires gris et des mousquetaires noirs, et du vol du cabinet, tous leurs officiers en tête. Le guet des gardes du corps suivait le carrosse royal et les gendarmes fermaient la marche militaire. Après eux venait un nombreux cortège tonné par les Carrosses des gens qui suivaient le roi. A quelque distance de Reims, les troupes étaient sous les armes; c'étaient celles de la maison du roi, les régiments de gardes-françaises et de Suisses rangés en bataille. Le gouverneur de la Champagne, accompayné du lieutenant général de la province, allait au-devant du roi, à la tète du corps de la ville, et lui présentait les clefs. Un détachement de mousquetaires ouvrait la marche; puis venaient les gendarmes de la garde, les carrosses des princes du sang, le vol du cabinet, un carrosse royal dans lequel se trouvaient le grand écuyer de France, le grand chambellan, le premier gentilhomme de la chambre et les principaux ut'liciers de la maison. Les pages de la grande et de la petite écurie précédaient le roi, qui était accompagné dans son carrosse des princes de sa famille. Le gouverneur et le lieutenant général de la province, le grand maître et le maître des cérémonies allaient à cheval devant la voiture, aux portières de laquelle se tenaient les capitaines dos gardes de quartier, et qui
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était environnée de vingt-quatre valets de pied. Le guet des gardes du corps, les grenadiers k cheval, quatre compagnies de gardes du corps, deux compagnies de mousquetaires, ,les chevau-légers suivaient. Les gendarmes de la garde fermaient la marche. Des arcs de triomphe étaient dressés aux portes de la ville: le roi passait dessous et s'avançait entre les régiments de gardes-françaises et suisses, rangés en haie, jusqu'au grand portai! de l'église métropolitaine. En descendant de son carrosse, il était reçu k la porte de l'église parrarchevéque-ducdeReîins,àla i tête de son chapitre, dont tous les chanoines étaient en chape de drap d'or, et assisté de l'évèque de Soissons, de l'évêque-oomte de j Châlons,de l'évèque de Laon.pairde France, de ceux de Senlis, de Beauvais, d'Amiens et de Noyon. Le roi se mettait k genoux à la porte de l'église, sur un riche carreau, et, après avoir fait une courte prière et baisé le livre des Evangiles, il se levait et recevait le compliment de l'archevêque, après quoi le clergé entrait dans l'église en ordre de procession, La musique jouait le répons Ecce ego mitto, et le roi était conduit k un prie- Dieu dressé au milieu du choeur, sous un magnifique dais. Après quelques prières, le Te , Deum était chanté par les musiciens du roi et ' ceux de la métropole. Pendant ce chant, il était d'usage que le roi fit un présent k l'église : Louis XV donna un soleil de vermeil du poids de 125 mnres; Louis XVI donna un ciboire d'or. La Te Deum fini, l'archevêque i donnait la bénédiction, et le roi se retirait ' dans le palais archiépiscopal, orné des plus superbes meubles de la couronne. Il y reco- , vait les hommages du chapitre et ceux des j différents corps de la ville, qui apportaient des présents. Le lendemain, veille de la fête du couronnement, le roi, accompagné des princes de sa famille et suivi de toute la cour, se rendait de nouveau à l'église pour assister aux vêpres ; il était reçu par l'archevêque en chape et en mitre, à la tète du chapitre et assisté des évêques suffragants. Après les vêpres, un des évêques prononçait un discours sur la solennité du sacre.
Le jour du couronnement, l'église métropolitaine, décorée avec magniticence, était disposée de façon à recevoir un nombreux public. Tous les piliers du chœur disparaissaient sous une colonnade ornée de grandes figures ailées qui portuient des girandoles garnies de lumières. A l'entrée du chœur était le jubé, où se trouvait placé ie trône sous un dais aux colonnes duquel on avait attaché des pentes de satin violet parsemées de fleurs de lis d'or. Le grand autel était paré d'ornements de drap d'argent galonné d'or et chargé des armes de France et de Navarre. Tous les sièges et gradins étaient couverts de velours violet brodé de fleurs de lis d'or. On commençait par chanter prime, et l'archevêque, revêtu d'habits pontificaux, s'asseyait sur une chaise, vis-à-vis du prie-Dieu du roi, le visage tourné vers le choeur; les évêques prenaient place dans l'ordre prescrit : ceux qui remplissaient les fonctions de diacre et de sous-diacre, aux côtés de l'archevêque; ceux qui devaient chanter les litanies, au côté droit de l'autel; le grand aumônier de France et les cardinaux invités, en chape, sur une forme un peu plus haute que le banc des pairs ecclésiastiques, mais un peu moins avancée ; les archevêques et les évêques invités, derrière les pairs ecclésiastiques ; après eux, les agents du clergé, derrière lesquels étaient les aumôniers en rochet et en manteau noir. Les conseillers d'Etat et les maîtres des requêtes invités, tous en robe de cérémonie, occupaient les formes placées au-dessous de celles des archevêques et des évêques. Après eux venaient six secrétaires du roi, députés de leur compagnie. Les pairs ecclésiastiques, en mitre et en chape de drap d'or, conduits par le grand maître des céré- | monies, se plaçaient sur un banc couvert de , velours violet, semé do fleurs de lis d'or, au- \ près de l'autel, du côté de l'épltre. Trois ma- | réchaux de France, nommés par le roi pour i porter la couronno, le sceptre et la main de justice, se plaçaient sur un banc, derrière | celui des pairs laïques ; les quatre secrétaires i d'Etat occupaient un banc séparé, au-dessous ■ de celui des trois maréchaux; les autres ma- ! réchaux prenaient place sur une forme, derrière le banc des honneurs. Sur les autres formes, et derrière la même ligne, étaient les , principaux officiers du roi et les seigneurs de la cour. La reine, les princesses et les dames qui les accompagnaient occupaient , une tribune élevée au côté droit de 1 autel. ] Le nonce du pape et les ambassadeurs occupaient la tribune de gauclie, et les introduc- I teurs qui les y avaient conduits se plaçaient 1 auprès d'eux, sur la même ligne; le reste de . la tribune était garni de princes et de set- j gneurs étrangers. Toutes les autres person- j nés de distinction prenaient place dans les galeries en amphithéâtre élevées entre les piliers, des deux côtés du chœur. Les pairs laïques , décotés de leurs colliers d'ordre, devaient être vêtus d'une veste d'étoffe d'or, d'une ceinture d'or et, par-de-sus leur longue veste, d'un manteau ducal de drap violet doublé et bordé d'hermine, ouvert sur l'épaule droite, de l'épitoge aussi bordée d'hermine. Ils portaient une couronne ducale sur un bonnet de satin violet. Le duc de Normandie, le duc d'Aquitaine, le comte de Toulouse, le comte de Flandre et le comte do
Champagne devaient être représentés à la cérémonie p:tr trois pairs, qui répondaient pour eux. Dès que les pairs Iniques avuient pris leurs places, ils s'approchaient, ainsi que les pairs ecclésiastiques, de l'archevêque de Reims et convenaient de députer les* deux évêques chargés d'aller chercher le roi. Ces deux prélats, revêtus de leurs habits pontificaux, partaient processionnelleinent, précédés de tous les chanoines de l'église, au milieu desquels était la musique. Le chantre et le sous-chantre marchaient après le clergé et devant le grand maître des cérémonies Ils passaient par une galerie couverte, construite depuis le portail de l'église jusqu'à la grande salle de l'urchevêché, et, lorsqu'ils étaient arrivés k la chambre du roi, le rhantra frappait k la porie avec son bâton. Le grand chambellan, sans l'ouvrir, disait : « Que demandez-vous? » Et l'un des évêques ré-
fiondait : » Le roi. — Le roi dort, ■ reprenait e grand chambellan. Et le chantre, frappant de nouveau, obtenait la même réponse. Il recommençait une troisième lois, et on lui répondait de même. Alors, l'un dus évêques disait : « Nous demanduns N..., que Dieu nous a donné pour roi. • Aussitôt les portes de Sa chambre s'ouvraient, et le grand maître des cérémonies conduisait les évêques auprès du roi, qui était couché sur un lit de parade et vêtu d'une longue camisole de satin cramoisi, garnie de galons d'or et ouverte, ainsi que la chemise, aux endroits où il devait recevoir les onctions. Par-dessus cette camisole, il avait une longue robe de toile d'urgent et, sur la tête, une toque de velours noir, garnie d'un cordon de diamants, d'une plume et d'une aigrette blanche. L'un des évêques lui donnait de l'eau bénite et disait une oraison. Ensuite, aidé du second évêque, il le soulevait de dessus son lit et le conduisait processionnelleinent a l'église en chantant un répons. Voici l'ordre de la marche : les gardes de la prévôté de l'hôtel, ayant k leur tête le grand prévôt et précédant le clergé qui avait accompagné les évêques; les Cent- Suisses de la garde en habit de cérémonie, ayant k leur tète leur capitaine habillé de drap d'argent, avec un baudrier de même étoffe et brodé, un manteau noir doublé de drap d'argent et garni de dentelles, ainsi que les chausses retroussées et une toque de velours noir garnie d'un bouquet de plumes; le lieutenant des Cent-Suisses, vêtu d'un pourpoint, d'un manteau de drap d'argent, coiffé d'une toque de même étoffe; les autres officiers, vêtus d'habits de muire blanche et de satin blanc; les hautbois, les tambuurs et les trompettes de la chambre ; six hérauts d'armes eu habit de velours blanc, les chausses retroussées, garnies de rubans, et leur toque de velours blanc, ayant par-dessus leur pourpoint la cotte d'armes de velours violet, chargée des armes de France, et le caducée a la main; le grand maître et le maître des cérémonies, vêtus de pourpoints de toile d'urgent, de chausses retroussées de velours noir coupées par des bandes, coiffés de capots de velours noir garnis de dentelles d'urgent, avec une toque de velours noir chargée de plumes blanches; les maréchaux et chevaliers du Saint-Esprit, chargés de porter les offrandes et vêtus du grand manteau de l'ordre; un pair laïque représentant le connétable de France, et, k ses côtés, les huissiers de la chambre portant leur masse et habillés d'un pourpoint de satin blanc, les manches tailladées à plusieurs étages et la chemise bouti'unie par les ouvertures, les hauts-de-ehausses de satin blanc retroussés, avec le manteau (la même étoffe doublé de même, les bas de soie gris perle et les souliers de velours blanc; devant eux, huit pages de la chambre du roi, superbement vêtus ; le roi entre deux évêques et environné de six gardes écossais ; le grand écuyer, chargé de porter la queue du manteau royal; le capitaine des gardes du corps, commandant la garde écossaise ; le capitaine des gardes de quartier; le chancelier, représenté pur le garde des sceaux, vêtu d'une soutane de Satin cramoisi, d'un grand manteau d'ecarlate avec l'épitoge retroussée et fourrée d'hermine, coiffé du mortier de chancelier en drap d'or bordé d'hermine; enfin, le grand maître Ua la maison du roi portant son bâton a la main, le grand chambellan, le pivmier gentilhomme de la chambre, le grand maure ut» la garde-robe marchant sur la même ligne, la couronne de comte sur la tête. Les officiers des gardes du corps fermaient lu marche.
Arrivé à l'église, le clergé s'arrêtait k l'entrée de la nef; l'un des évêques disait une oraison pour le roi et l'on chantait un psaume: le roi, précédé du clergé, entrait dans le chœur avec les évêques et se mettait k genoux au pied de l'autel. L'archevêque se levait de son siège et disait une oraison. Ensuite le roi était conduit par les évêques uu fauteuil placé sous le dais; on lui présentait l'eau bénite, on chantait le Veni Creator; après quoi les chanoines commençaient tierce, et la sainte ampoule arrivait de Saiut- Remi, apportée par ie grand prieur de cette abbaye eu chape d'étoile d'or et monté sur un cheval blanc de l'écurie du roi, que deux maîtres palefreniers de la grande écurie conduisaient par les rênes. Le cheval était couvert d'un petit palefroi d'étoffe d'argent très-richement brodé. Le religieux était sous un dais de même étoffe, porté par les chevaliers de la
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sainte ampoule vêtus de satin blanc, d'un manteau de soie noire et d'une échurpe de velours blanc garnie de franges d'argent, arec la croix de chevalier passée au cou et attachée à un ruban noir. Les religieux minimes, les chanoines de Saint-Timothée, les religieux de Saint-Remi, en aube, précédaient le,dais, devant lequel marchait l'aide des cérémonies. Les otages de la sainte ampoule se tenaient aux quatre coins, précédés chacun de son écuyer.
L'archevêque, averti de l'arrivée de la Sainte ampoule, allait à la porte de l'église, accompagné de ses assistants, pour la recevoir des mains du grand prieur, puis rentrait dans le chœur et allait ta poser sur l'autel. Le grand prieur, le trésorier et les quatre seigneurs otages se plaçaient dans les stalles des chanoines, et l'archevêque commençait une oraison, allaitrevéïirses ornements pour direja messe et s'asseyait sur une chaise devant" l'autel. S'approchant ensuite du roi, il lui faisait une requête pour toutes les églises de Fiance qui lui étaient sujettes ; le roi y répondait. Lesévêques le soulevant alors de son fauteuil et l'archevêque lui ayant fait une seconde demande et présenté le serment, le roi, assis, la tête couverte, prétait ce serment en lutin, sur l'Evangile, ainsi que celui dechef et souverain grand maître de l'ordre du Saint-Esprit. Pendant ce temps, les habits et les ornements royaux étaient mis sur l'autel; c'étaient : la grande couronne de Charlemagne et deux autres, dont une enrichie dé pierres précieuses et l'autre d'or, l'épée, le sceptre, la main de justice, les éperons, le livre des cérémonies', une camisole de salin rouge garnie d'or, une tunique et une dalmatique, des bottines et un manteau royal de velours bleu, semé de fleurs de lis d'or, doublé d'hermine. Après avois prêté le serment, le roi était conduit à l'autel et s'y tenait debout. Le premier gentilhomme de la -chambre lui ôtait sa longue robe de toile d'argent, qui était remise au premier valet de chambre, ainsi que la toque. Le rot allait s'asseoir devant l'archevêque, et le grand chambellan venait lui chausser ses bottines. Le pair représentant le duc de Bourgogne lui mettait les éperons d'or et les lui ôtait de suite. L'archevêque bénissait l'épée, la ceignait au roi, la lui ôtait, puis, la tirant du fourreau, il faisait une prière et la remettait nue au roi, qui la tenait la pointe levée, tandis que le chœur chantait une antienne, puis, la baisant, il l'offrait k Dieu en la replaçant sur l'autel, où elle était reprise par 1 archevêque, qui la rendait au roi agenouillé. Celui-ci la prenait et la donnait au connétable, qui la tenait haut pendant toute la durée de la cérémonie. L'archevêque récitait quelques prières, puis mettait sur l'autel la patène d'or du calice de Saint-Remi.Le grand prieur de cette abbaye, ouvrant alors la sainte ampoule, la donnait à l'archevêque qui, avec une aiguille d'or, en tirait la grosseur d'un grain de blé d'huile, qu'il mélangeait sur lu patène avec du saint chrême, puis disait le verset et l'oraison de Saint-Kemi. Le roi se prosternait alors devant l'autel sur un long carreau de velours violet, semé de fleurs de lis d'or ; l'archevêque se prosternait à sa droite ; les évêques se tenaient debout à sa gauche, et ceux qui étaient désignés pour chanter les litanies les entonnaient. Le chœur y répondait, et l'archevêque, assis, disait six oraisons sur le roi, agenouillé devant lui, puis, prenant avec le pouce l'huile sacrée, il commençait à oindre le roi sur te sommet de la tête, en faisant le signe de la croix et disant en lutin : « Je vous sacre roi avec cette huile sanctifiée, au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. » Les assistants répondaient amen, et il recommençait <m! i'oignantsur l'estomac, entre les deux épaules, sur l'épaule droite, sur la gauche et aux plis et jointures des bras. Pendant ce temps, les musiciens chantaient Une antienne. Aptes ces onctions, suivies de nouvelles oraisons, l'archevêque et les évêques refermaient les ouvertures de la chemise et de la camisole avec des lacets d'or. Le roi se levait, le grand chambellan lui mettait sa tunique, sa dalmatique et son manteau, puis il se remettait à genoux devant l'archevêque, qui lui oignait les mains, disait une oraison, bénissait les gants et les mettait au roi, bénissait l'anneau royal et le passait au quatrième doigt de la tuain'droite du roi, prenait sur l'autel le sceptre, qu'il lui plaçait dans la main droite ainsi que la main de justice, entremêlant de prières chacune de ces simagrées.
Alors le garde des sceaux, représentant le chancelier, montait a l'autel, et le visage tourné vers le roi il appelait les pairs laïques selon leur rang, en leur disuui nominativement: «Présentez-vous à cet acte. > Puis il appelait de même les pairs ecclésiastiques, après quoi il retournait à sa place. L'archevêque, prenant sur l'autel la grandecouronne de Charlemagne, la soutenait seul sur la tète du roi sans le toucher. Aussitôt les pairs y portaient la main pour la soutenir, et le prélat, la tenant toujours de la main gauche, faisait une prière, puis mettait seul Ta couronne sur la tète du roi en continuant de prier.
Après'le couronnement., l'archevêque faisait encore quelques bénédictions, puis, précédé de son porte-crosse et de deux chanoines en chape, il prenait le roi par le bras droit et le conduisait au trône élevé sur le <ubé> On y allait dans l'ordre suivant : les six.
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hérauts; les pairs ecclésiastiques et laïques; le maréchal de France représentant le connétable, tenant l'épée haute et nue, ayant h ses côtés deux huissiers de la chambre; le roi, couronne en tête, tenant le sceptre et la main de justice; deux capitaines des gardes du corps, précédés de six1 gardes écossais, escortant le roi ; le grand écuyer, portant la queue de son manteau; le chancelier; le grand maître de la maison du roi, à la droite du roi ; le grand chambellan, à sa gauche ; le premier gentilhomme de la chambre. Le roi montait à son trône et s'y asseyait. L'archevêque priait, puis, ayant déposé sa mitre, faisait une profonde révérence au monarque et l'embrassait, disant trois fois à haute voix : Vivat rex in telernum! Ensuite les pairs venaient également l'embrasser en faisant la même acclamation. Les hérauts montaient au jubé et aussitôt les portes de l'église s'ouvraient pour donner entrée au peuple, tandis que la musique se faisait entendre et que les assistants criaient : Vioe le roi! Au même instant, des oiseleurs tâchaient une grande quantité d'oiseaux, et les gardes-françaises et suisses faisaient une triple salve de mousqueterie. Pendant ces acclamations, les hérauts distribuaient, dans le chœur et dans la nef, une grande quantité de médailles d'or et d'argent frappées pour la cérémonie. L'archevêque, descendu du jubé et retourné k l'autel, entonnait le Te Deum, et la musique du roi continuait en plain-chant. Toutes les cloches de la ville se faisaient entendre, ainsi que le bruit des salves. Le Te Deum fini, l'archevêque commençait la messe. A l'oblation, et tandis que la musique chantait l'offertoire, le roi d'armes et les hérauts allaient prendre sur les crèdences de l'autel les offrandes qui y avaient été déposées et les portaient, sur des tavaïoles de satin rouge bordées de franges d'or, aux quatre chevaliers de l'ordre du Saiut-Ksprit, qui se trouvaient dans les quatre premières hautes stalles du chœur, et qui, conduits par le grand maître et l'aide des cérémonies, les remettaient au roi. Celui-ci, invité à aller à l'offrande, descendait de son trône et, suivi d'un cortège, arrivait à l'autel, où l'archevêque de Reims était assis, le visage tourné vers le choeur. Le roi se mettait k genoux, et, ayant donné son sceptre à l'un des maréchaux et sa main de justice à l'autre, il présentait les offrandes à l'archevêque en lui baisant la main. Après l'offrande, le roi reprenait son sceptre et sa main de justice et regagnait son trône. Pendant l'offertoire, un aumônier apportait sur le grand autel une grande hostie et une petite pour la communion du roi. Avant l'élévation, le pair représentant le duc de Bourgogne ôtait au roi sa couronne et la posait sur le prie-Dieu. Au Pax Domini, l'évêque qui faisait office de diacre annonçait la bénédiction, qui était donnée par l'archevêque. Aussitôt après, les hérauts, le grand maître, le maître et l'aide des cérémonies faisaient les révérences et les pairs allaient recevoir le baiser de paix du roi; puis, la messe finie, le roi, les pairs et les grands officiers de ta couronne descendaient du trône pour la communion. Le roi arrivé devant l'autel, le pair qui représentait le duc de Bourgogne lui ôtait de nouveau sa couronne et la remettait aux mains d'un maréchal de France. Le roi communiait sous les deux espèces. Pendant qu'il communiait, la nappe était tenue par le grand aumônier, le premier aumônier et les pairs représentant le duc de Bourgogne et le duc de Normandie. Après la communion, l'archevêque remettait au roi la couronne de Charlemagne, qu'il gardait quelques moments en restant à genoux, puis, après la purification du calice, il se levait, l'archevêque lui ôtait la grande couronne et lui en mettait une autre plus petite et plus légère, faite pour la circonstance et enrichie de pierreries; la grande était mise entre les mains d'un maréchal de France, qui la portait, au retour, devant le roi sur un riche coussin. La cérémonie achevée, le grand prieur de Saint-Remi rapportait la sainte ampoule au trésor rie Saint-Remi, le roi retournait à l'archevêché et un festin royal terminait les fêtes du couronnement.
Nous n'attachons k ces longs détails d'autre intérêt que celui qu'on peut trouver dans la description de vieilles coutumes que l'esprit nouveau a tuées et qui ne sont pas destinées à revivre. Dans notre pensée, cette description même ne peut avoir pour effet que de rendre plus vive encore la satisfaction qu'on éprouve à penser que nous sommes débarrassés k tout jamais de pareilles cérémonies, bonnes tout au plus a figurer quelquefois sur le théâtre de Guignol.
Sacre de Charles X, tableau de Gérard; musée de Versailles. Ce tableau fut commandé par Charles X au peintre, qui a su éviter dans une semblable composition la roideur de l'étiquette et la gêne du cérémonial, où toutes les ligures auraient été placées d'une manière uniforme et par conséquent disgracieuse. Gérard choisit le moment où, le sacre terminé, Charles X, placé sur son trône, reçoit les hommages des princes du sang et où tous les spectateurs, transportés d'enthousiasme, font retentir lus voûtes de l'église des cris de Vive le roi! Auprès du groupe principal, on voit l'archevêque de Reims appelant encore les grâces célestes sur le roi, à qui il vient de donner l'onction
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sainte. Sur le devant est ie vicomte de Latour-Maubourg, puis le due d'Aumont, ayant le chapeau sur la tête; près d'eux se trouvent le cardinal de Clermont-Tonnerre, debout, et le cardinal de La Fare, assis; sur le côté, à droite, sont MM. de Polignac, de Lauriston, de Brissac, Jourdan, de La Rochefoucauld, les maréchaux de Trévise et de Dalmatie, De l'autre côté, vers le milieu, on voit le chancelier, ayant a sa gauche le prince de Talleyrand et le duc d'Avaray; derrière lui, debout, sont MM. de Brézé, de Saint- Félix et de Boisgelin. Sur le devant est assis le duc d'Uzès, et le duc de Conegliano est debout, tenant l'épée de connétable; près de lui sont MM. de Maillé et de F'nz-James, etc. Dans le fond est une tribune où sont placées les princesses. Ce tableau eut un immense succès, mérité par les qualités de la composition, par la correction du dessin et la variété des attitudes. 11 a été gravé par Réveil, dans le Musée de peinture.
S ACRE s. m, (sa-cre — bas latin sacer, sacre, mot que quelques-uns regardent comme identique avec le latin sacer, sacré, regardant Ce mot comme une traduction du grec ierax, épervier, faucon, qu'ils font venir de ieros, sacré. Ce rapprochement repose sur une erreur. Le bas latin sacer vient de l'arabe saler, znkr, qui vient du persan shakrah, shakraw, faucon, shikarah, tout oiseau dressé pour la chasse. Pictet rapporte ce nom au sanscrit cakra, fort, d'où quelques-uns tirent aussi le latin sacer. Pictet compare aussi le bengali sokun, vautour, le lithuanien sakalas, faucon, ancien slave et russe sokola, polonais et illyrien sokol. L'irlandais segh, seigh, faucon, appartient sans doute au même groupe ; mais il doit avoir perdu un suffixe). Orattli. Espèce de faucon : Le sacre est de passage dans nos contrées. (V. de Bomare.)
— Pop. Homme sans conscience, sans mœurs : C'est tin sacre, un vrai sacre. // se conduit comme un sacre. Dubois était en plein ce gu'en mauvais français on appelle un sacre, mais gui ne se peut guère exprimer autrement. (St-Sim.)
— Loc. fam. Jurer comme un sacre, Jurer, blasphémer grossièrement.
— Artill. Ancienne bouche à feu qui lançait des projectiles de 6 livres et demie.
— Encycl. Ornilh. Le sacre est une espèce voisine, peut-être même une simple variété du gerfaut. Il a le plumage teint de brun ou de roux, quelquefois noirâtre en dessus ; les yeux noirs; le bec et les pieds bleus; les jambes assez courtes. Il est un peu moins grand que le faucon commun. Il est de passage en France; mais il y était beaucoup plus commun autrefois. Belon l'appelle : l'oiseau de fauconnerie au plus laid pennage. ■ Il est, ditil , court , empiété , mais plein de courage. Quoiqu'on fasse de hauts vols avec le sacre pour le milan, on peut aussi le dresser pour prendre les oies sauvages, les outardes, les faisans et autres gibiers de campagne. Il est, ajoute t-il, originaire du nord de la Russie et de la Tartarie. » On trouve en Amérique une variété de sacre un .peu plus grande et à plumage moins ■ Nombre ; elle est tout aussi vorace.
— Sacre d'Egypte. L'oiseau qu'on a désigné sous ce nom paraît être une espèce de vautour assez voisine du vautour de Norvège. Tout son plumage est d'un blanc sale, varié de quelques taches brunes. Cet oiseau était vénéré, dans l'ancienne Egypte, à l'égal de l'ibis, non pas, comme le croit Belon,
{>arce qu'il fait la guerre aux reptiles, mais lien plutôt, suivant l'opinion de Mauduyt, parce qu'il se nourrit des animaux morts et consomme les charognes, qui infecteraient l'air. Dans des temps plus rapprochés de nous, le gouvernement de l'Egypte veillait avec soin a, la conservation de ces oiseaux et poussait même la sollicitude jusqu'à leur faite donner de la viande fraîche, ce qui allait précisément contre le but qu'on se proposait. Ce rapace a, du reste, toutes les habitudes des autres vautours.
— Artill. Le sacre était un canon qui faisait partie des modèles adoptés par l'empereur Charles-Quint; on ne peut trop préciser l'année, mais ce fut certainement avant 1544, puisque, à lu bataille de Cérisoles, les Français prirent seize de ces modèles. Le sacre avait 10 pieds de longueur; il avait trois anses, deux au-dessus des tourillons et une troisième à l'emplacement de notre bouton de culasse. Le poids du projectile lancé parcelle bouche à feu était de 6 livres 1/2 et son diamètre mesurait o™,lo. Le sacre que nous avons enlevé, k la bataille de Cérisoles, aux troupes impériales, portait, comme toutes les autres pièces, les colonnes de l'empereur et les deux inscriptions : Plus oultre et Carolus V. Le.nom de celui qui l'a fait est près de l'anse du bouton de culasse. Il y a dans l'ouvrage du général Paré (Eludes sur l'artiilerie) une gravure qui représente ce sacre.
SACRÉ, ÉE (sa-kré) part, passé du v. Sacrer. Qui a reçu la consécration, qui a subi les cérémonies du sacre : Napoléon /" fut sacré à Notre-Dame de Paris. Joséphine avait été sacrée, et Marie-Louise ne le fut pas. (Chateaub.)
Quand le sacre? — La roi sera sacré demain. C. DELAVIONS.
SACRÉ, ÉE adj. (sa-kré — du lat. sacer.
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V. sacrer). Qui a rapport k la religion, qui est consacré au culte : Les choses sacrées. Les vases sacrés. L'éloquence sacrée. Les auteurs sacrés. Un bois sacré. On suspend aux voûtes sacrées des temples tes drapeaux sanglants pris sur l'ennemi. (Fléch.) Les prêtres de l'Egypte nourrissaient-ils un bœuf sacré, un cliien sacré, un crocodile sacAé ? (Volt.)
J'entends déjà, j'entends la trompette sacrée. Et du temple bientôt on permettra l'entrée.
Racine.
Sur son trépied divin, la sibylle inspirée Parle et se couvre encor d'une écume sacrée.
Legouvé, Des Grecs et des Romains autrefois révéré, Le coq était des dieux l'interprùle sacré.
Rosset.
— Se dit des personnes qui inspirent ou. doivent inspirer un respect religieux, une vénération profonde : La personne d'un père doit être Sacrée pour ses enfants. (Ac;>d.) Les femmes^ trompent quelquefois l'amant, jamais l'ami; c'est pour elles au être sacre. (Mercier.) La personne de tout citoyen est sacrée, (Lacord.)
Liban, dépouille-toi de tes cèdres antiques; Prêtres sacres, préparez vos cantiques.
Racine.
Il Qui est inviolable, que l'on ne peut enfreindre sans un grave manquement de respect :
Un droit sacré. Une loi sacréh. Un devoir sacré. Le secret qu'on nous a confié est chose
sacrée. Les dernières intentions des mourants sont sacrées parmi les hommes. ( Mass. ) Rien ne doit être si sacré aux hommes que les lois destinées à les rendre sages, bons et heureux. (Fén.) L'ordre social est un droit sacré qui sert de base à tous les autres. (J.-J. Rouss. ) Un bienfait reçu est la plus sacréb de toutes les dettes. (Mme Nocher.) La liberté de l'âme est sacrée, et, pour qui a compris cela, toute prescription gui nous la refuse perd sa force et son droit. (G. Sand.) La générosité est si sacrée chez les Arabes, qu'il est permis de voter pour donner. (H. Beyle.) Toute guerre de délivrance est sacrée, toute guerre d'oppression est maudite. (Lacord.) La famille est à la fois ce qu'il y a de plus sacré nu monde et de plus doux. (J. Simon.)
Surtout qu'en vos écrits ta langue révérée Dans vos plus grands écarts vous soit toujours sacrée.
Boileau.
Elle est là sur les monts la liberté sacrée; C'est là qu'à chaque pas l'homme la voit venir. A. de Musset.
— A quoi l'on ne touche pas, à quoi l'on ne doit pas toucher : Rien de plus sacré qu'un dépôt.
Tenez, prenez mes cantiques aacréj; Sacres ils sont, car personne n'y touche.
Voltaire.
— Maudit, exécré; en ce sens, le mot s'emploie avec certaines expressions le plus souvent injurieuses, et dans un grand nombre de jurons : Quel sacré menteur! Sacré chien de temps! Cette sacrée fièvre m'empêche de sortir. Il m'a fallu une sacrée patience. Sacré nom d'une pipe!
— Feu sacré, Feu que certains peuples entretenaient sur l'autel de leurs dieux ; Le feu sacré de Vesta. Il Fig. Sentiment enthousiaste, exalté, passionné, inspiré : Le fiîu sacré de la liberté. Le feu sacré des beauxarts. Poète animé du feu sacré, gui manque du FEU SACRÉ.
— N'avoir rien de sacré, Ne rien respecter, n'être retenu par aucun sentiment de respect ou de religion.
— Pop. Sacré chien, Eau-de-vie trèsforte.
— Antiq. gr. Année sacrée, Nom qu'on donnait, dans un grand nombre de villes, a, l'année pendant laquelle on célébrait certains jeux périodiques. Il Voie Sacrée, Route d'Elis à Olympie. Il Poulets sacrés. Poulets que les prêtres romains élevaient pour tirer des aug-ures de leur manière de manger.
— I-Iist. Bataillon sacré, Bataillon de l'armée thébaine, dont les hommes étaient unis par un serment de combattre et de mourir les uns pour les autres. S'est dit, par analogie, de certaines troupes dont les hommes étaient fortement unis entre eux :
Le bataillon Sacré, seul devant une armée, S'arrête pour mourir.