C. Délavions
Il Sacrée Majesté, Titre que l'on donne à l'empereur d'Autriche, et qu'on donnait anciennement au roi d'Allemagne et à divers autres souverains.
— Hist. ecclés. Sacré collège, Collège des cardinaux.
— Diplomatiq. Sacre' diplôme, Patente ou brevet par lequel les empereurs grecs conféraient une dignité vacante.
— Théol. Ordres sacrés, Prêtrise, diaconat et sous-diaconat : Etre dans tes ordres sacrés. Recevoir Us ordres sacrés:
— Scolast, Sacrée faculté, Faculté do théologie.
— Littér. Histoire sacrée, Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il Livres sacrés, Ancien et Nouveau Testament. Il Let-
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très sacrées, Etude, connaissance des livres sacrés.
— Anat. Qui appartient, qui a rapport au sacrum : Trous sacrés. Nerfs sacres. Artères sacrées, il Os sacré. Nom donné quelquefois au sacrum.
— Anr, pathol. Mal sacré, Epilepsie. Il Feu sacré, En-si pèle.
— s. m. Ce qui est sacré : Mêler dans ses ouvrages le sacré et le profane. La langue du détracteur est un feu dévorant qui exerce sa fureur sur le sacré tomme sur le profane. (Mass.) Les grandes douleurs ont quelque chose de sacré. (V. Cherbuliez.)
— Encycl. Anat. Artères sacrées. Elles sont au nombre de trois. l° L'artère sacrée moyenne on antérieure, impaire, est située sur la ligne médiane comme l'aorte, dont elle semble la terminaison directe, sous le rapport de la direction. Elle naît de ce tronc principal un peu avant sa bifurcation et se porte verticalement en bas, au devant de la cinquième vertèbre lombaire, du sacrum et du coccyx, auxquels elle est accolée. Arrivée au sommet de ce petit os, elle se bifurque et «"anastomose avec les sacrées latérales. Dans son trajet, elle fournit, au niveau de la cinquième vertèbre lombaire et de chacune des vertèbres sacrées, de petites branches collatérales qui continuent la série des intercostales et des lombaires. Elles se portent en dehors, fournissent des rameaux périostiques et osseux, et s'anastomosent avec les artères sacrées latérales. Dans l'espèce humaine, l'artère sacrée moyenne n'a qu'un faible calibre ; mais, chez les animaux pourvus d'un appendice caudal, elle prend un développement considérable.
2°-3° Les artères sacrées latérales. Elles naissent tantôt de l'ilén-lombaire, tantôt, de la fessière et tantôt de l'hypogustrique. Quelquefois il n'y en a qu'une seule de chaque côté de la ligne médiane; le plus souvent il y en a deux et même trois. Elles font suite aux branches spinales des artères lombaires. Une partie de leurs rameaux se distribue dans le canal sacré à la dure-mère et aux nerfs sacrés; les autres, passant par les trous sacrés posti rreurs.se rendent aux téguments de la région correspondante du dos; quelquesuns, enfin, viennent, à travers les trous sacrés antérieurs, s'anastomoser avec l'artère sacrée moyenne.
— Nerfs et plexus sacrés. Les nerfs sacrés émanent de la terminaison de la moelle épinière. Ils sont ordinairement au nombre de six, et quelquefois de cinq seulement. Leurs rameaux Font les uns antérieurs et les autres postérieurs. Ces derniers, qui sont très-grêles et peu importants, se divisent en filets musculaires allant aux muscles sacro-lombaire et grand fessier, et en lilets cutanés qui se perdent dans la peau de la région sacrée. Les rameaux antérieurs, au contraire, sont volumineux. Les quatre premiers sortent pur les trous sacrés; ld cinquième passe entre le sacrum et le coccyx, et le sixième émerge du canal saero-coecygien au niveau de la première pièce du coccyx.
Les première, deuxième et troisième branches sacrées antérieures se réunissent au nerf lombo-sarre et à un rameau ascendant de la quatrième branche sacrée pour former le plexus sacré. V. ce mot.
La quatrième branche donne encore un rameau descendant qui s'anastomose avec la cinquième paire sacrée, des rameaux viscéraux qui se jettent dans le plexus hypogastrique et quelques ramuscules musculaires destinés à l'ischio-coccygien et au releveur de l'anus.
La cinquième branche s'anastomose par des rameaux ascendants et descendants avec la quatrième et la sixième. Cette dernière envoie des rameaux ascendants à la précédente, des rameaux moyens au plexus hypogastrique et des rameaux descendants qui animent la région ano-coecygienne.
— Trous sacrés. Ils sont au nombre de seize, huit antérieurs et huit postérieurs percés à travers le sacrum. V. ce mot.
— Région sacrée. On appelle ainsi la partie inférieure et médiane du dos, qui correspond à la face postérieure du sacrum.
SACHE (promontoire), dénomination donnée par les anciens à plusieurs caps : 10 k la pointe S O. de l'Hispanie, appelée aujourd'hui cap Saint-Vincent; 2° à la pointe S.-E. de l'Hibernie (Irlande), nommée par lés Anglais Oarnsore-Poinl; 3° k la poinie septentrionale de la Corse, aujourd'hui cap Corse ; 40 à l'extrémité du mont Cragos, en Lycie, actuellement cap Iria ; 5° à l'extrémité de la langue de terre qui s'avance dans la mer Noire, près du limon du Dnieper, nommée uujourd nui pointe de Kinburn.
SACRÉE (voie), une des plus anciennes voies de Rome, datant des premières années de lu fondation; elle donna son nom à tout le quartier situé' au bas du mont Palatin. De i angle N.-E. du Palatin, où était son point de dupurt, elle montait par une pente assez roide jusque vers le temple de Tellus. De cet endroit, qui était son point oulminant et que pour cette cause on appelait Summa sacra via, elle descendait put une autre pente et aboutissait k l'arc de Fa.cius et à la voie Neuve. Là, elle pénétrait dans le Forum, dont elle suivait la limite septentrionale, et yenait 8e terminer vis-à-vis du temple de la
Concorde. La voie Sacrée datait de Romulus et de Tatius. On la nommait ainsi parce que ce fut sur son emplacement que les deux rois jurèrent alliance après la réconciliation qui suivit l'enlèvementdes Sabines. On ne la pava qu'à une époque bien postérieure; sa chaussée, dallée de grands polygones irréguliers de lave basaltique, avait un peu moins de 26 pieds romains de largeur. Plusieurs parties de la voie Sacrée existent encore devant l'arc de Septime-Sévère, devant la basilique de Constantin (appelée auparavant le temple de la Paix), sous l'arc de Titus et au delà. Au bas de la colonne de Phocas, on voit une partie intacte de la voie avec son pavé,
SACRÉ (mont). V. Aventin (mont).
Sacrée. (GUERRES)". V. GUERRES SACRÉES.
SACREBLEU interj, (sa-kre-bleu). Sorte de juron qui parult être une atténuation, une transformation volontaire de sacredieu : Sa- CREnLKu ! que vous êtes long/
SACRÉ-CŒUR s. m. Coeur matériel de Jésus, k qui l'Eglise catholique rend un culte de latrie. Il Cœur matériel de Marie, à qui l'Eglise rend un culte d'hyperdulie.
— Hist. relig. Congrégation religieuse de femmes qui se vouent à l'adoration du cœur de Jésus-Christ.
— Encycl. Le culle du Sacré-Cœur est une pratique toute nouvelle. On en a attribué l'invention à un prêtre d'Oxford nommé Thomas Godwin à qui on a reproché d'être nestorien, soeinien, etc. L'évéque Grégoire, dans son traité consacré aux adorateurs du Sacré- Cœur, qu'il appelle la secte des cordicoles, prétend que rien n'est plus faux et que Godwin n'avait rien imaginé de pareil. Quoi qu'il en soit, la nécessité du nouveau culte l'ut, disent les fervents catholiques, révélée à la religieuse Marie Alacoque par Jésus-Christ lui-même; le jésuite LaColombière se chargea de promulguer cette nouvelle aux fidèles, et, appuyé par son ordre , il fit tous ses efforts pour répandre la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. En France, le clergé et la magistrature se montrèrent hostiles à cette innovation. Les jansénistes l'attaquèrent parce qu'elle était de fabrique loyoliste et que, disaient-ils, elle sentait le nestorianisme. Plusieurs dignitaires de l'Eglise se prononcèrent contre ce culle. Le parlement de Paris, à son tour, interdit(l775) au curé de Saint-André-des-Arts de célébrer la fête du Sacré Cœur; mais, plus tard, Languet, curé de Saint Sulpiee, frère du biographe de Marie Alacoque, eut toute liberté pour prêcher ce culte dans sa paroisse, et plusieurs ecclésiastiques suivirent son exemple.
Les jésuites, promoteurs ardents du nouveau culte, s'effiucèreut de le faire autoriser à Rome. Benoît XIV, dans son ouvrage sur la canonisation des saints, raconte les sollicitations multipliées qu'on rit à Rome pour obtenir l'établissement d'une fête du Sacré-Cœur. La première demande, qui date de 1697, fut rejetée par la congrégation des rites. Deux autres demandes successives faites k Rome en 1727 et 1729 furent également rejetées par la congrégation. Enfin, après trois refus dont le dernier datait de trente-six ans, la congrégation des rites, cédant aux importunités, approuva cette dévotion et, le 6 février 1765, les jésuites obtinrent, contre l'avis de quatre cardinaux, un bref de Clément XIII qui n'institue pas, mais qui seulement autorise la fête, non du cœur matériel de Jésus-Christ, mais du cœur symbolique, c'est-à-dire de son amour pour nous.
« La dévotion du Sacré-Cœur repoussée, dit Grégoire, par l'autorité civile à Naples et à Vienne, repoussée même, dit-on, à Cadix et à Seville par le chapitre de la cathédrale, fut accueillie par la reine de Portugal qui, en 1788, fit bâtir pour les carmélites une église dédiéeau Sacré-Cœur. Cettedévotion futaitaquée par une foule d'écrits bien raisonnes et restés sans réponse. En 1769, la Faculté théologique de Nantes avait censuré' plusieurs propositions extraites d'un livre anonyme qui a pour titre : Manuel des adorateurs du cœur de Jésus -Christ et des serviteurs de Marie, imprimé k Nantes sans approbation et sans nom d'imprimeur. On y lit « que le cœur de » Marie est le grenier des miséricordes divines, » le fourneau du feu céleste, la bibliothèque du » Vieux et du Nouveau Testament, un lit de « pause, un lit de repos, etc. » Guenet, évèque de Saint-Pons, avoue, dans un mandement, qu'il ne comprenait rien à cette dévotion; et cependant il l'a établie et recommandée à ses diocésains. »
Un des plus acharnés adversaires du culte du Sacré- Cœur fut l'évéque de Pistoie, Ricci. Dans une instruction pastorale, publiée le 3 juin 1781, il chercha à faire comprendre au peuple que la vraie dévotion est aussi éloignée d'un superstitieux fétichisme (ce sont ses expressions) que d'un licencieux saducéisme, et il défendit l'adoration du Sacré- Cœur comme inutile. Il s'efforça de ridiculiser le nouveau culte et fit effacer avec indignation le nom du Sacré-Cœur qu'on avait à son insu inscrit sur la cloche d'une église.
Après la suppression des jésuites, la superstition du Sucré-Cœur rit peu de progrès, à cause de la vigilance et de la fermeté de Clément XIV, « et, si la mort prématurée de ce pontife n'eût pas empêché l'exécution de nombre de projets utiles qu'il avait conçus, peutêtre que cette fausse et fantastique dévotion
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eût été ensevelie dans l'oubli avec la société jésuitique. Mais la dévotion du Sacré-Cœur reprit toute sa première force sous Pie VI, qui répandit à pleines mains des indulgences sur les cordicoles...
■ Tout le monde connaît, dit le même évèque, le zèle des jésuites pour la cardiolâtrie. Personne n'ignore, et une funeste expérience ne l'a que trop prouvé depuis les troubles qui agitent encore l'Europe, combien de machinations les jésuites ont mises en œuvre sous la protection du pape Pie VI pour se rétablir en corps de société. Ils ont cru que le culte du Sacré-Cœur était ce qu'il y avait de plus propre à servir de centre et de point de réunion pour tous ceux qui auraient travaillé à ce but, et, dans cette vue, ils n'ont négligé aucun moyen, aucun artifice, pour établir ce même culte et pour le répandre. •
Ce ne fut pas tout; suivant la prédiction de Benoit XIV, après le culte du Sacré-Cœur de Jésus-Christ vint celui du Sacré-Cœur de Marie, fondé par une certaine Marie des Vallées, née à Coutances où elle mourut en 1655 âgée de soixante-six ans et qui rivalisa d'extravagance avec Marie Alacoque.
• En 1646, Jésus-Christ lui ordonna, dit Grégoire, d'aller au ciel saluer tous les saints; elle s'y rendit et, voyant les saints qui ne faisaient rien, elle les prit pour des fainéants, et voulait les chasser pour travailler au salut ries âmes. Que font ces âmes en paradis, disait-elle à Dieu? Que ne viennent-elles nous aider sur là terre ? Le Seigneur lui promit de délivrer chaque jour trentequatre mille âmes du purgatoire. Marie Alacoque avait fait des vers contre ses contradicteurs; Marie des Vallées en rit aussi contre des capucins qui lui étaient opposés. Le Père Eudes avait composé l'office du Cœur de Marie dont il faisait célébrer la fête solennelle avec octave. Dans une de ses prières on lisait : « Je vous salue, Marie, fille de Dieu te Père. » Cette dévotion avait tellement altéré l'esprit d'un minime, nommé Cornet, que prêchant à à Morteau, en Franche-Comté, il disait : r Les ' vierges folles ne purent entrer en paradis, » parce qu'en frappant à la porte elles avaient » dit : Seigneur, Seigneur; si elles eussent crié : » Madame, Madame, à l'instant la salle des no- » ces leur eût été ouverte. • Laficeau,évêque de Sisteron, autorisa le culte du Sacré-Cœur de Marie, par cette raison que » le petit corps
• de Jésus se forma de quelques gouttes de ' sang exprimées du cœur de Marie par la
• force de l'amour. ■
Qu'entendent les cordicoles par adoration du. Sacre-Cœur? On sait que le cœur, d'après les anciens anatomistes, est le siège des sentiments. Est-ce comme symbole de ces sentiments ou simplement comme partie du corps de Jésus-Christ que les cordicoles adorent ce coeur, « fourneau d'amour, chariot d'Elie, miroir de l'unité, cœur rempli de nectur céleste, etc.? •
Les cordicoles répondent avec la plus grande netteté que c'est le cœur matériel qu'ils adorent et non le cœur symbolique. « Par leur langage, dit Grégoire, on voit que tout y est charnel; ils parlent de palpitation, de dilatation, etc.; ce qui a fait demander si, dans le ciel, le mouvement de systole et de diastole continuait, Le cœur disent-ils, a été formé par le sang de David, le plus noble. Il est de la trempe la plus fine et la plus délicate, tissu de fibres sensibles au dernier point à la plus légère impression et d'un mouvement doux. »
On pourrait, disait le pape Benoît XIV, demander aussi des fêtes du sacré côté, des sacrés yeux. De même Renaud, curé de Vaux, diocèse d'Auxerre, auteur de trois ouvrages, anonymes contre les cordicoles, demande s'il ne serait pas convenable d'établir des fêtes de la sacrée glande et du sacré cerveau, et d'ériger des chapelles, de brûler des cierges, de l'encens en l'honneur de ces divers organes.
« Dans un ordre de choses régulier, dit M. Asseline, le culte du Sacré-Cœur se fût doucement éteint dans le mépris des gens éclairés et dans le ridicule, avec bien d autres innovations. Mais la réaction religieuse de la Restauration le sauva. Déjà le Sacré- Cœur avait brillé sur la poitrine des Vendéens; les jésuites, de'retour et triomphants, voulurent associer à leur triomphe leur dogme chéri; ils répandirent de prétendus écrits de Louis XVI, où le prisonnier du Temple vouait au Sacré-Cœur sa personne et son royaume. Les missionnaires établirent dans chaque ville des confréries. Avec l'instinct théâtral qui leur est propre, ils employèrent toutes sortes de moyens plastiques pour frapper les imaginations ; c est ainsi que le 23 juillet 1823, à Auray, ils promenèrent en procession un gros cœur de Jésus surmonté d'une croix noire et entouré d'épines noires, avec cette inscription : « Unique » salut de la France. » Dans les chapelles obscures, ils mettaient des tableaux représentant le Christ avec la poitrine ouverte et sanglante; une lampe ardente, munie d'un réflecteur 7 projetait toute sa lumière sur la plaie, ou le cœur semblait nager dans un bouillonnement de sang et de feu. Lemontey rapporte avoir vu un tableau ainsi installé au château de la Roche-Guyon , chez l'abbé duc de Rohan-Chabot, et rend témoignage du grand effet produit par les habiles iinpresarii. »
Le grossier instrument de tant de merveil-
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les méritait sa récompense. Marie Alacoque était digne des honneurs des bienheureuses, en attendant le nimbe des saintes... Un premier décret de Pie IX, du 23 août 184G, prononça que Marie Alacoque avaitpraiique.au degré héroïque, les vertus qu'on lui reconnaissait. Un deuxième décret du 24 mai 1864 affirma la vérité des miracles attribués à la fille de la Visitation. Enfin, le 19 août de la même année, fut rendu le solennel décret de béatification, en date de Cast'd-Gandolfo et contre-signe du cardinal Pavaceiani - Clarelli. Ce décret consacre la vérité des visions de Marie Alacoque, donne pour point de départ au culte du Sacré-Cœur la révélation divine racontée pur Languet de Gergy, semble pencher vers l'adoration du cuite matériel et fait prévoir la prochaine canonisation de la pauvre hystérique. Les dames du Sacré-Cœur, cet ordre si rapidement développé, qui possède trente-deux millions d'immeubles et qui élève les filles tant de l'aristocratie que de la bourgeoisie parvenue , pourront bientôt placer la nouvelle sainte sur leurs autels et la proposer comme idéal aux enfants dont elles ont à former l'esprit et le cœur.
■ Ainsi, dit M. I.anfrey, les rêveries d'une pauvre idiote, visiblement atteinte de nymphomanie, prirent corps et devinrent un symbole offert à l'adoration des peuples. » Le culte du Sacré-Cœur a pris une nouvelle extension sous l'Assembl -e de 1871. Le clergé organisa sur la plus large échelle des pèlerinages à Paray-!e-.Monial, où Marie Alacoque avilit eu, disait-elle, avec Jésus-Christ ses « colloques amoureux, » où Jésus-Christ lui avait demandé son cœur et l'avait m.s dans le sien, et où la bienheureuse avait eu une foule d'autres visions de même nature. Ce n'est pas tout; l'Assemblée a déclaré d'utilité publique la construction , à Montmartre, d'une église en l'honneur de ce culte, que le pape Benoit XIV avait appelé idolâtrie. La première pierre de l'église du Sacré-Cœur, appelée par le peuple de Montmartre « église Noire-Dame de la Galette, • à cause de l'ancien moulin de la Galette, vient d'être posée en grande cérémonie (16 juin 1875). A cette occasion, on a chanté naturellement le fameux cantique du Sacré-Cœur, que les pèlerins de Lourdes, de La Salette, du Puy, de Boulogne, etc., ont rendu célèbre depuis quelques années. Le subit de la France n'est que le second souci des cordicoles : lîoine avant tout.
Dieu de clémence,
O Dieu vainqueur!
Sauve» Rome et la France,
Au nom du Sucré- Cœur.
La construction de celte église doit être menée avec toute la rapidité possible, si toutefois les fidèles montrent dans l'avenir plus d'empressement qu'ils n'en ont montré jusqu'ici à fournir les fonds qu'une souscription ouverte par l'archevêque de Paris, Guibert, appelle à grand renfort d'indulgences et do grâces promises, au nombre desquelles se trouve naturellement le salut de la France, qui est à jamais perdue si elle ne se dévoue pas au Sacré-Cœur.
SACREDIEU interj. (sa-kre-dieu — de sacré et de Dieu). Sorte de juron.
SACREDIRE v. n. ouintr. (sa-kre-di-re — de sacré et de dire). Sacrer, jurer, blasphémer. D Vieux mot.
SACREMENT s. m. (sa-kre-rnan — lat. socramentum ; de sacrare, consacrer). Tliéol, Cérémonie religieuse ayant pour but la sanctification de celui qui en est l'objet : Les sacrements de l'ancienne loi. Il Cérémonie chrétienne ayant pour but de donner, de confirmer ou d'augmenter la grilee : Les catholiques admettent sept sacrements, le baptême, la confirmation, la pi-niience, -l'eucharistie, l'exlréme-onelion, l'ordre et le mariage. Jlien n'est plus abstrus ni plus impénétrable que te mystère du sacrement de l'eucharistie. (Le Père Ventura.) Le concile de Trente a condamné comme hérétiques les novateurs du xve siècle, pour avoir soulcnu qu'il y avait moins de sept sacrements. (Gousset.)
— Mariage : Il n'aime pas le sacrement. Ils vivaient ensemble longtemps avant le sacrement. (Acnd.)
Je ne veux me lier que par te sacrement.
Destouches- Ils &'&dorent tous deux, et ce couple charmant S'unit longtemps, dit-on, avant le sucrçmvnt.
BoileaU.
— Saint sacrement de l'autel ou simplement Saint sacrement, Eucharistie : Procession du SAINT SACREMENT. Salui du SAINT SA- CREMENT. Exposer, porter le saint sacrement, il Ostensoir, pièce d'orfèvrerie dans laquelle on place l'hostie consacrée, pour l'exposer k l'adoration des fidèles ; Saint sacrement en argent, en vermeil, en or.
— S'approcher des sacrements, Se confesser et communier,
— Fréquenter les sacrements, Se confesser et communier souvent.
— Derniers sacrements, Pénitence, eucharistie et extrême-onction, que les catholiques reçoivent quand ils sont en danger de mort.
— Hist. relig. Congrégation du Saint-Sacrement, Réforme de l'ordre de Saint-Dominique
bis.
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faite en France par le Père Antoine Lequion.ji Filles du Saint-Sacrement, Communauté de femmes dont l'institution principale a pour but l'adoration du saint sacrement de l'autel, jour et nuit.
— Pop. Avoir tous les sacrements, Etre complet, parfait, ne marquer de rien. Il Avoir bien mangé et bien bu, être entièrement repu.
— Encycl. Théo!. Le mot sacrement {sacratncntum), que Tertullien introduisit le premier dans le langage dogmatique de l'Eglise latine, eut d'abord une signification assez vague et mal déterminée; il s'appliquait tantôt aux dogmes mêmes, aux mystères, tantôt à des actes symboliques, célébrés avec une solennité particulière, ou bien au symbole visible d'une chose invisible, spirituelle. C'est ainsi, dit M. Haag, que les anciens écrivains chrétiens parlent du sacrement de la trinité ou de l'incarnation, et qu'ils désignent quelquefois par ce mot la religion chrétienne ellemême ou une fête religieuse. Saint Augustin n'hésite pas à donner ce nom au sel qu'on mettait sur la langue des catéchumènes, et on le trouve dans Tertullien appliqué k la croix. Ces diverses significations du même mot expliquent en partie le peu d'accord qu'on remarque entre les écrivains religieux des premiers siècles de notre ère quand ils parlent du nombre des sacrements. Ce n'est guère qu'au XIIe siècle que ce nombre fut lixé à sept.
Tertullien paraît n'en avoir connu que deux dans le sens strict du mot, le baptême et l'eucharistie. Dans une de ses lettres, saint Augustin n'en mentionne, lui aussi, que deux, le baptême et la communion, corai e formellement établis par Jésus -Christ, bien qu'ailleurs il qualifie de sacrements l'ordination, le mariage, i'extrême-onetion et même l'exorcisme qui accompagnait le baptême.
Saint Jean Chrysostome ne , parle que de deux sacrements, le baptême, auquel était inséparablement jointe l'onction ou la confirmation, et la communion ; mais Denis l'Aréopugite, ou plutôt l'anonyme qui se cachait sous ce nom, comptait déjà six mystères ou sacrements, savoir ; le baptême, la communion, ht bénédiction du chrême, l'ordination, l'état monacal et les rites mortuaires. Cependant, au IXe siècle, nous voyons encore Ruban ilaur ne reconnaître que deux sacrements, le baptême et le chrême, le corps et le sang du Christ, qui, dit-il, méritaient ce nom par leurs vertus saintes et cachées. Dans sa célèbre exposition de la foi orthodoxe, Jean Damascène ne traite également que du baptême et de la communion, et, dans son Livre des origines, Isidore de Séville n'en mentionne pas davantage. Contemporain de Raban Maur, Paschase Rudbert n'en admet non plus que deux, ainsi que Bérenger de Tours, qui vécut au milieu du xic siècle; il faut descendre jusqu'au siècle suivant pour trouver une opinion différente sur ce sujet. Godefroi, abbé de Vendôme vers 1120, compte cinq sacrements principaux : le baptême, l'ordination, la confirmation, la communion et l'extrème-onction, et, vers le même temps, en 1 124, Otton, évêque de Bamberg et apôtre de la Poméranie, en portait déjà le nombre à sept, s'il faut en croire son biographe Canisius.
Ce chiffre pourtant ne devint général et définitif qu'à partir de Pierre Lombard. Avec l'immense autorité qui s'attachait à son nom, ce docteur n'eut pas de peine à faire adopter son opinion, et dès lors on reconnut les sept sacrements suivants, que nous donnons dans i'ordre établi par le concile de Trente en raison de leur importance : 1<> l'eucharistie, 2» le baptêaie, 30 1 ordre, 4« la confirmation, 5° la pénitence, 6" Pextrême-oncuon, 7» le mariage. Parmi ces sept, trois, le baptême, la confirmation et l'ordre, sont considérés comme communiquant un caractère indélébile, et par suite ne peuvent être reçus deux fois par la même personne.
Fixée définitivement par saint Thomas d'Aquin, la théorie des sept sacrements devint dès lors une des parties essentielles-de l'enseignement scolastique, et au xv« siècle elle fut admise au nombre des articles de foi par le concile de Florence. La décision de ce Coucile fut sanctionnée, un siècle plus tard, par celui de Trente.
D'après la définition que l'Eglise grecque et l'Eglise romaine donnent des sacrements, trois choses constituent leur essence : 1° l'institution divine, 2° le signe visible, 3° la communication de la grâce invisible k l'âme du fidèle. Or, le premier de ces trois attributs essentiels n'est clairement indiqué par l'Evangile que pour le baptême, la pénitence, l'eucharistie, et peut-être l'ordre ; on trouve en etfet dans l'Evangile des passages d'où l'on peut induire que Jésus a voulu réellement instituer ces quatre sacrements. Quant aux trois autres, il faut torturer violemment les textes pour y découvrir quelque chose qui ressetuble, même de loin, k une institution formelle de la confirmation, de l'extrèmeonction et du mariage, comme cérémonies propres k la loi nouvelle que Jésus venait révéler sur la terre. Mais les théologiens, quand on leur présente cette objection, ne manquent pas de répondre que les Evangiles ne racontent qu'une faible partie des actions de Jésus-Christ, et que les apôtres d'abord, puis les successeurs des apôtres, toujours remplis de son esprit, n'auraient pas, à une épo-
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que quelconque, fixé à sept le nombre des sacrements si Jésus, pendant sa vie terrestre, ne les avait pas réellement institués tous les sept. Cette réponse est décisive pour tous ceux qui croient fermement à l'infaillibilité de l'Eglise ; elle est sans valeur, évidemment, pour quiconque n'est pas convaincu de cette infaillibilité.
La question des sacrements est une de celles qui ont donné lieu, parmi les théologiens, aux discussions les plus nombreuses et souvent les plus animées. Pour donner une idée de l'esprit subtil qu'apportaient les théologiens dans ces discussions, de la bizarrerie des termes dont ils Taisaient usage, nous nous bornerons à citer les expressions ex opère operalo, ex opère operantis et ex opère operati, par lesquelles ils désignaient les trois sources de 1 efficacité des sacrements pour produire la grâce. La vertu sanctifiante résultait d'abord ex opère operato, c'est-à-dire de l'acte extérieur par lequel le sacrement est conféré : ainsi, dans le r/aplême des enfants, ceux-ci se trouvent sanctifiés par le fait seul du baptême matériel, sans que le baptisé coopère à sa propre sanctification par aucun acte personnel. La sanctification résulte aussi ex opère operantis, c'est-à-dire de celui qui confère le sacrement; car s'il n'est, pas nécessaire qu'il soit en état de grâce, il faut, pour certains sacrements, qu'il ait reçu les pouvoirs nécessaires, et, pour tous, qu'il ait au moins l'intention de faire ce que fait l'Eglise, qu'il prononce les paroles nécessaires et qu il remplisse toutes les formalités prescrites. Enfin, l'effet devient plus abondant ex opère operati, c'est-k-dire par l'action même de celui qui reçoit un sacrement, quand ses dispositions et ses sentiments personnels le disposent k recevoir la plénitude des grâces attachées par la volonté de Dieu à certains signes matériels qui constituent l'essence même du sacrement. V. les articles
BAPTÈMK, PÉNITENCE, EUCHARISTIE, etC,
— Hist. relig. Plusieurs congrégations ont été créées sous l'invocation du saint sacrement :
— Congrégation du Saint-Sacrement. Réforme de l'ordre de Saint-Dominique, établie en 1G36 par le Père Antoine Lequien. Les religieux de cette réforme s'astreignaient à des austérités extraordinaires ; ils observaient perpétuellement le silence, couchaient sur de simples paillasses, souvent même sur la planche nue ou par terre, et ne vivaient ordinairement que d'herbes et de racines mal assaisonnées; quelques-uns passaient des mois entiers sans manger d'aliments cuits; jamais ils ne s'approchaient du feu, quelque grand que fût le froid; dans leurs maladies ils ne changeaient rien à ce régime et suivaient, sans aucun adoucissement, la communauté dans ses exercices, jusqu'à ce qu'ils fussent obligés de garder le lit. Ces religieux s'adonnaient a la prédication.
— Prêtres missionnaires du Saint-Sacrement. Congrégation instituée en 1632 par l'abbé Christophe d'Authur de Sisgau, qui devint évêque de Bethléem. Cet institut, qui avait pour but la prédication et la propagande, fut approuvé, en 1647, par le pape Innocent X. Le pontife met au nombre des œuvres que la congrégation doit entreprendre la direction des séminaires et des missions dans les pays des hérétiques et des infidèles; il veut, de plus, qu'elle possède dans chaque province ecclésiastique une maison de solitude destinée à former à la science et à la vertu les jeunes ecclésiastiques qui se préparent à la vie de missionnaire. Cette congrégation, qui s'était, considérablement étendue pendant le xvne et le xvme siècle, disparut lors de la Révolution.
— Congrégation des sceurs du Saint-Sacrement, k Autun. Institut fondé en 1748 par l'abbé Agut, pour le soulagement et le service des infirmes et des malades et pour l'instruction des enfants; les religieuses de cet ordre se divisent en sœurs de chœur et en sœurs converses; elles se dévouent au soin des malades, des pauvres et des enfants ; elles dirigent et desservent des hospices, des maisons de charité, des externats gratuits pour les pauvres, payants pourles riches, des salles d'asile, des pensionnats. Elles s'engagent par les trois vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance; ces vœux ne sont qu'annuels et doivent être renouvelés chaque année; quand les sœurs ont atteint l'âge de trente ans, après dix ans de profession, elles peuvent prononcer dès vœux perpétuels. Cette congrégation compte un nombre considérable de maisons dans les diocèses du sud- est de la France.
■ — Religieuses institutrices et hospitalières de la congrégation du Très-Saint-Sttcrement, k Romans (Urôme). Institut fondé en 1715 par l'abbé Vigne, dans le but d'instruire les jeunes filles. Plus lard, les religieuses de cette congrégation joignirent à cette première vocation le soin des malades dans les hôpitaux. Par lettres patentes de 1787, Louis XVI autorisa cet ordre, pour le service des hôpitaux et hospices et 1 instruction des jeunes personnes. La Révolution dispersa les sœurs de la congrégation de l'abbé Vigne, mais un décret du 12 thermidor an XII leur permit de reprendre leur œuvre de charité. Elles possèdent un grand nombre de maisons dans les diocèses de Valence, de Viviers, d'Avignon et de NUnes.
— Iconogr. Les Sept sacrements ont été figurés par Giotto dans un bas-relief qui décore la façade septentrionale du campanile de Florence; par le peintre flamand Roger van der Weyden, dans un triptyque qui appartient au musée d'Anvers; par le Poussin, dans deux suites de tableaux justement célèbres; par Giuseppe-MariaCrespi, dans sept tableaux qui ont été peints pour le cardinal Ottoboni et qui ont été achetés pour le musée de Dresde à la vente Miron en 1823; par H. de Hess, dans des fresques qui décorent une des voûtes de l'église de Tous-les-Saints, à Munich; par Longhi, dans sept compositions que Marco Pitteii a gravées; par Mat. Greuter, dans sept estampes avec frontispice, datées de 1597 ; par M.-A. Hannas, dans sept petites compositions gravées sur la même feuille; par J.-A. Bellanger, dans sept planches avec frontispice, gravées de 1746 à 1768; par Overbeck (cartons exécutés à Rome); par L, Bèzarâ, dans un tableau-exposé au Salon de 1852 et qui appartient à l'Etat; par Mme Elisabeth Cave, dans un triptyque qui a figuré à l'Exposition universelle de 1855; par Lecointe, dans sept bas-reliefs en terre cuite qui ont paru au Salon de 1771 et desquels Diderot a dit : «Ces sept bas-reliefs m'ont fait grand plaisir; je reconnais en eux un artiste qui a du génie, laborieux et qui aime le naturel. Ces morceaux sont, pour la plupart, composés avec sagesse et intelligence et conviennent k la grandeur et k la simplicité des sujets; partout, M. Lecomte y dessine avec esprit, et il y est fort d'expression. »
Le Sacrement de l'eucharistie est représenté dans le tableau central du triptyque de Roger van der Weyden ; le sacrifice de l'Homine-Dieu se consomme sous la forme réelle et sous la forme mystique, dans l'intérieur d'une église ogivale : sur le devant, le Christ expire sur la croix, au pied de Inquelle sont groupés la Vierge, saint Jean et les saintes femmes; au fond, un prêtre, en chasuble violette, fait l'élévation de l'hostie ; il est assisté d'un servant tonsuré portant l'épéo et armé d'une pique. Les autres sacrements sont représentés sur les volets par des groupes au-dessus de chacun desquels plane un ange portant inscr.t sur une banderole un texte qui te rapporte au sujet. Ce triptyque offre des costumes, des meubles et autres accessoires du xv« siècle fort intéressants.
On trouvera ci - après un article spécial aux deux séries de tableaux que le Poussin a consacrées k représenter les Sept sacrements, sans compter un certain nombre de compositions dans lesquelles il a traité à part le même sujet.
Divers artistes ont représenté séparément certains sacrements. C'est ainsi que Jouvenet a peint V Extrême-onction (v. ce mot). I Le carton dans lequel Overbeck a représenté , le Mariage est une des œuvres les plus remarquables de cet artiste. Au centre de la composition, les époux des noces de Cana viennent à la rencontre de Jésus et s'agenouillent sur le seuil de leur demeure pour recevoir sa bénédiction ; les têtes de ce jeune ' couple, couronnées de roses, respirent le plus chaste bonheur; celle de Jésus 'Ist admirable de bonté et de noblesse, et derrière lui sont la sainte Vierge et un groupe de disciples, taudis que, dans l'intérieur de la maison, les serviteurs activent les préparatifs du festin. Au bas de ce tableau, l'histoire de Tobie occupe une suite de médaillons. D'autres charmants sujets, encadrant la scène principale, représentent les joies et les épreuvres du mariage : à gauche, le premier aveu, le premier enfant; à droite, les deux époux appuyés l'un sur l'autre et s'eut r'aidaut à porter leur croix commune, et, plus haut, un ange leur apparaissant, alors qu'ils se sont assis, découragés, sur le chemin de la vie, et leur montrant la croix du Calvaire, instrument du salut.
Sacrement» (LES SEPT), chefs-d'œuvre de Poussin. Le Poussin a laissé à l'admiration de la postérité deux séries de compositions ayant pour objet les Sept sacrements. De ces deux collections , la première en date fut exécutée pour le commandeur Cassiano del Puzzo, l'un des plus anciens et des plus fidèles protecteurs du maître. Les tableaux qui les composent datent du premier séjour de l'artiste à Rome, à l'exception du Baptême, qui ne fut achevé qu'à Paris en 1642; à la mort du commandeur"del Pozzo, ils passèrent par héritage dans la galerie du marquis Bocca Paduli, à Rouie, où ils furent achetés pour la collection du duc de Rutland, à Beauvoir, en Angleterre; ils sont plus petits que ceux de la secbnde série et les figures n'ont que deux palmes de hauteur; l'un d'eux (la Pénitence) a malheureusement été brûlé ; ils ont été gravés par Dughet et L. de Chàtillon. Le projet de la seconde série avait été formé k Paris. M. ,de Chantelou, grand ami et grand admirateur du Poussin, avait exprimé Je désir d'avoir des copies des tableaux peints pour le commandeur del Pozzo ; le Poussin, revenu k Rome en 1643, avait d'abord eu l'idée de confier le soin d'exécuter ces copies a. Krrard, au Napolitain Chieco et k Claude Lerieux ; mais il préféra ensuite se charger lui-même de ce travail, se réservant, d'ailleurs, d'apporter dans la traduction de son œuvre primitive la plus grande liberté;
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il écrivit à M. de Chantelou le 18 janvier
1644 : • Pensant en moi-même, j'ai cru faire bien, et pour mon honneur et pour votre contentement, de vous prévenir que, demeurant ici, je souhaiterais être moi-même le copiste des tableaux qui sont chez M. le commandeur Pozzo, soit de tous les sept, soit d'une partie, ou bien encore d'en faire de nouveaux d'une autre disposition. Je vous assure, monsieur, qu'ils vaudront mieux que des copies, ne coûteront guère plus et ne tarderont pas plus k être faits. > M. de Chantelou n'eut garde de refuser cette offre. Le Poussin ne mit pas moins de quatre ans pour exécuter les sept tableaux île cette nouvelle série, et il ne parait pas qu'il ait fait, pendant ce temps, d'autre ouvrage de quelque importance. Ilécrivaità M. de Chantelou le 20 août
1645 : « Si je peux finir votre tableau de la Confirmation et vous l'envoyer pour la lin de l'année, je croira" avoir fait beaucoup. Il contient vingt-quatre figures quasi tout entières, sans l'architecture de derrière, de manière qu'il ne faut pas moins de cinq ou six mois pour le bien finir. De plus, monsieur, si vous le considérez, ce ne sont pas des choses que l'on peut faire en sifflant, comme vos peintres de Paris qui, en se jouant, fout des tableaux en vingt-quatre heures. Il me semble que je fais beaucoup quand je fais une tète en un jour, pourvu qu elle fasse son effet. Je vous supplie de mettre l'impatience française à part; car si j'avais autant de hâte comme ceux qui me pressent, je ne ferais rien de bon. » Poussin a exprimé luimême l'opinion que les compositions peintes pour M: de Chantelou ■ sont plus riches et ont, sans parangon, un plus grand style » que celles exécutées pour le commandeur del Pozzo. On sera de l'avis du maître, si l'on juge de ses deux séries d'après les gravures qui en ont été faites. La collection exécutée pour M. de Chantelou a été gravée plusieurs fois, notamment par B. Audran, Pesne, Dughet, Gantiel. M. de Chambray, le frère de M. de Chantelou, k qui l'on demandait quelle était, à son avis, la plus belle des deux séries, répondit : « Ces compositions sublimes ont des variétés, des avantages et de légères imperfections qui se balancent mutuellement. On reproche à celles du Rome leur coloris défectueux et la dureté de l'exécution; mais, par la délicatesse de la conception et la beauté de l'expression, ces tableaux compensent ce qu'ils perdent sous d'autres rapports lorsqu'on les compare à ceux de Pranee. » Ces derniers, après la mort de M. de Chantelou, devinrent la propriété du duc d'Orléans; en 1798, ils furent transportés en Angleterre et entrèrent dans la collection princiere du duc de Bridgewater.
« Nous aurions de la peine k rendre l'émotion religieuse dont nous avons été saisi devant les Sept sacrements de la galerie Bridgewater, dit Cousin (Ou vrai, du. beau, du bien). Non, quoi qu'en dise M. Waagen, il n'y a là rien de théâtral. La beauté de la statuaire antique y est animée et vivifiée par l'esprit chrétien et le génie même de la peinture. L'expression, et nous entendons par là l'expression morale , y est portée au plus haut degré. Cette expression est encore moins dans les détails que dans l'ensenib.e, et elle sort surtout de la composition... Comme chacun des Sacrements est une vaste scène où les moindres détails conspirent à l'effet -du tout, ainsi les Sept sacrements forment un ensemble harmonieux, une seule et même œuvre qui nous présente le développement de la vie chrétienne k travers ses plus augustes cérémonies, de même que les vingtdeux Saint Bruno de Lesueur expriment la vie monastique, la variété n'étant Ik que pour mieux faire sentir l'unité. »
Nous avons consacré des articles spéciaux aux tableaux du Poussin représentant le Baptême, la Confirmation, ['Eucharistie, 1 Extrême-onction , qui peuvent être considérés comme tes plus beaux dans chaque série. Disons quelques mots des autres.
Le Poussin disait, assure-t-on, que rien n'est plus difficile k faire qu'un bon mariage, même en peinture. Ce qui est certain, c'est qu'il a été moins heureusement inspiré dans les tableaux où il a représenté le Mariage que d;ms ceux consacrés aux autres sacrements. Dans sa première composition (celle qui fut exécutée pour le commandeur del Puzzo), il nous montre les deux époux agenouillés devant le prêtre qui les unit; huit personnes assistent à la cérémonie; au-dessus du couple plane le Saint-Esprit. La plupart des iconographes pensent que c'est le mariage de la Vierge et de saint Joseph qui est figure dans ce tableau ; mais M. Bouehitié (le Poussin, sa vie et son œuvre) fait remarquer que le mariage relevant de la loi nouvelle, en tant que sacrement, l'artiste ne saurait avoir eu la pensée de désigner ce sacrement par l'union des parents du Christ. Dans la seconde composition (celle de la Bridgewater Gallery), le temple, d'une architecture plus riche, est orné de guirlandes et laisse apercevoir un riant paysage par ses ouvertures; les deux époux sont agenouillés devant le ministre du culte qui est assis et qui est assisté par un jeune homme en manteau bleu, portant un vase. Ici, comme dans le premier tableau, le sentiment exprimé par les spectateurs de la cérémonie nuptiale semble être, plus que tout autre, celui de la curiosité. Au reste, les groupes ont de la vu-
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riété, les attitudes sont nobles et les draperies offrent de belles dispositions.
Un des deux tableaux de la Pénitence, celui qui a été exécuté pour te commandeur del Pozzo, a disparu ; mais il nous est connu par les gravures de Châtillon et de Dughet. Le sujet est le Repas chez Simon le Lépreux. La Madeleine, prosternée, essuie avec sa chevelure les pieds de Jésus; la table du festin est dressée sous un élégant portique que soutiennent des colonnes composites. Dans l'autre composition, l'architecture est plus simple ; la ligure de Simon, auquel un esclave lave les pieds, est fort belle ; le Sauveur, placé de 1 autre côté, lève une main au-dessus de la Madaleine, dans le geste du prêtre qui absout le pénitent; derrière lui, saint Jean semble admirer cette divine compassion et y applaudir; d'autres convives comparent avec eionnement l'acte servile accompli par le valet sur les pieds de Simon et le libre mouvement de la Madeleine, à qui rien n'a paru trop précieux pour exprimer son amour.
Le sujet choisi pour désigner le Sacrement de l'ordre est le don des clefs fait par Jésus- Christ a saint Pierre, en présence des autres apôtres. Dans la première composition , le Christ, debout et de profil, adroite, remet les clefs à Pierre, qui est agenouillé ; les autres disciples sont groupés en diverses attitudes. Le second tableau est mieux ordonné. Le Sauveur est placé de face au milieu, une clef dans chaque main; de celle qu'il tient de la main droite, il montre le ciel; de l'autre, tournée vers la terre, il désigne ce que l'Eglise a appelé l'enfer (infernum). Saint Pierre, à genoux, tend la main et semble répéter les paroles sacramentelles ; des deux cotés, des disciples, diversement groupés, dans des attitudes habilement combinées, drapés avec ampleur, lèvent la plupart les yeux, comme pour remercier le ciel de rétablissement de ce sacerdoce qui va porter la bonne nouvelle par toute la terre. Le paysage de ce tableau est fort beau, »
Sacrement (LA DISPUTE DU Saint-), célèbre
fresque de Raphaël. V. dispute.
SACRER v. a. ou tr. (sa-kré — lat. sacrare; de sacer, saint, sacré, mot que Pott a rapporté au sanscrit çanlc, craindre, a cause du respect mêlé de crainte; mais il proposa ensuite comme plus probable un composé de sa, avec, et de «ne, honorer, vénérer. Benfey tente une assimilation de sacer et de sancius avec le sanscrit svaccAa, bien transparent, bien clair, de su, bien, et de accha, clair. Ce même composé lui sert déjà à expliquer le grec osios, saint, mais l'assimilation avec sacer est plus difficile. Pictet croit que l'on trouverait une solution meilleure en recourant à la racine sanscrite sac, vénérer, proprement suivre, d'où le védique sacatliya, respectueux. Il est possible aussi que sacer et le sanscrit çakra, fort, puissant, de la racine çuk, pouvoir, aient la même origine). Consacrer par des cérémonies religieuses, en parlant d'un prince ou d'un évêque : Sacrer un empereur, un roi. Sacrer un évêque. Dubois rentre, caracole et dit au régent que le premier aumônier promet de le sacrer. (St- Sim.) Les six premiers rois de la troisième race firent sacrer leurs fils aînés de leur vivant. (Chateaub.) Etienne III vint sacrer Pépin, comme de nos jours Pie Vil est venu sackkr Bonaparte. (Bignon.)
— v. n, ou intr. Jurer, blasphémer, faire des imprécations :
De leur coté, les bateliers juraient.
Rimaient en Dieu, blasphémaient et sacraient.
Gresset.
— Syn. Sacrer, conaacrer. V. CONSACRER,
SACRET s. m. (sa-krè). Fauconn. Sacre mâle, tiercelet.
— Ane. artill. Canon plus petit que le sacre et lançant des projectiles de i livres.
SACRIFIABLE adj. (sa-kri-fi-a-ble — rad.
sacrifier). Qui peut être sacrifié.
SACRIFICATEUR, TRICE s. m. (sa-kri-fika-leur, iri-se — lat. sucrificator ; de sacrificare, sacrifier). Autiq. Piêue ou prèireaso qui offrait les sacrilices : Les sacrificateurs juifs. Les sacrificateurs grecs et romains.
En ce lieu hantaient d'ordinaire Gens de cour, gens de ville et sacrificateurs.
La Fontaine.
Déjà, la main des sacrificateurs A présenté la génisse sacrée.
Malfilatre.
— Grand sacrificateur, Grand prêtre des Juifs, que l'on choisissait dans la famille d'Aaron.
— Adj. Mythol. Vénus sacrificatrice, Titre que porte "Venus sur quelques médailles.
— Encycl. En général, ce mot ne se trouve employé qu'eu parlant des Ht.br eux et des païens. C'est par extension qu'on l'a quelquefois appliqué aux ministres du culte catholique.
Cliez les Hébreux, le nom de grand sacrificateur était donne au souverain pontife qui, chef purement religieux avant la captivité de Bubylone, obtint aussi le pouvoir civil après cette captivité et devint chef suprême de la nation. Les autres sacrificateurs du peuple hébreu étaient les seuls descendait d'Aaron ; les autres membres de la tribu de Lévi, qui étaient également consacrés à Dieu, ne pouvaient en aucun cas rem-
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çlir leurs fonctions. Il ne faut donc pas conlondre les lévites et les sacrificateurs. Ceux-ci avaient des devoirs et des droits spéciaux. De même que les autres membres de la tribu de Lévi, ils recevaient leur part de tous les fruits que recueillaient les douze autres tribus; ils participaient aux prémices de tous les animaux et, en outre, aux offrandesjournalières dont les prêtres subsistaient lorsqu'ils servaient à l'autel. Ils étaient mariés et devaient l'être; mais ils étaient séparés de leurs femmes pendant le temps de leur service. Ils ne buvaient alors ni vin ni autres liqueurs qui pussent enivrer. Dans leurs fonctions, ils étaient nu-pieds et portaient des vêtements de lin ; la laine leur était interdite. Aussitôt qu'ils sortaient de leur enceinte pour entrer dans la cour du peuple, il = quittaient les vêtements sacrés. Les sacrificateurs seuls pouvaient pénétrer dans l'intérieur dutem-
file, et ceux-là qui étaient de service, aux leures réglées le soir et le matin, pour allumer les lampes, offrir les pains et les parfums. I.e grand sacrificateur seul, c'est-àdire le pontife, pouvait entrer dans le sanctuaire, et une seule fois l'année. Devant le temple, dans une grande cour, était l'autel des holocaustes, plate-forme carrée ayant 1 5 pieds de hauteur. Les sacrificateurs y mon taient par une rampe sans degrés, pour disposer le bois et placer les victimes. Dans la même cour étaient dix grands bassins d'airain, posés sur des bases roulantes, ainsi que celui qui était porté sur douze bœufs, et que la Bible nomme la mer d'airain. Cette cour était la place des sacrificateurs, particulièrement 1 espace compris entre l'autel et le vestibule; car les laïques pouvaient s'avancer jusqu'à l'autel, quand ils offraient des sacrilices, pour présenter leurs victimes et les égorger. Sur les degrés du vestibule, qui faisaient l'ace au devant du temple, étaient les lévites qui chantaient et qui jouaient des instruments. Dans les bâtiments qui entouraient le temple, il y avait des cuisines pour cuire les chairs des victimes et des salles à manger pour les sacrificateurs. Tous les jours on offrait quatre agneaux en holocauste, deux le matin et deux le soir; c'était le sacrifice perpétuel. Les jours de sabbat et les fêtes, on multipliait les sacrifices. Il y avait, en outre, ceux des particuliers, qui étaient toujours en grand nombre. « Nous sommes choqués , dit l'abbe Fieury dans les Mœurs des Israélites, de ces sacrifices sanglants qui attiraient la boucherie dans le temple ; mais il en était de même chez les autres nations, et les Israélites avaient pris toutes sortes de précautions pour faire ces sacrifices avec toute la propreté et la bienséance possibles. La situation du temple y aidait; car, comme il était sur une montagne, on avait creusé par-dessous des conduits pour faire écouler le sang et les immondices. Les fonctions propres des sacrificateurs n'étaient que de répandre le sang, allumer le feu et mettre dessus les parties qui devaient être offertes. C'étaient les particuliers qui tuaient les victimes, qui les préparaient, les mettaient en pièces et les faisaient cuire : on le voit dans la loi et dans l'histoire des enfants d'Héli. Les sacrificateurs ne faisaient ces fonctions qu'aux sacrifices publies, qui s'offraient pour tout le peuple. Après cela, nous ne devons pas trouver étrange la comparaison d'une marmite, que nous lisons dans Jérémie et dans Ezéehiel, pour représenter Jérusalem. Ces deux prophètes étaient sacrificateurs et accoutumés à voir cuire les viandes sanctifiées ; or, ils estimaient grund et noble tout ce qui servait au culte ue Dieu et à l'exécution de la loi. » Nous ne voyons pus qu'aucune fonction de la vie civile fût interdite aux sacrificateurs chez les Hébreux. Us portaient les armes comme les autres. • Les sacrificateurs, ajoute Fieury, sonnaient de la trompette à l'armée et partout ailleurs ; car ils se servaient de trompettes d'argent pour marquer les fêles et appeler le peuple aux pijères publiques. » Nous n'avons pas besoin de parler de l'obligation ou se trouvaient les sacrificateurs hébreux du se purifier, cette obligation ayant été formulée par la lui, non-seulement pour eux, mais pour tout le peuple. Chez les E-ypuens, il y avait également des purifications imposées aux sacrificateurs ; ils devaient se raser tous les trois juurs, se laver le corps deux fois lu nuit et plusieurs fois dans le jour. Les sacrificateurs égyptiens s'abstenaient de vin, comme ceux des Israélites ; pour ne rien porter qui vînt des bêtes mortes et qui tendit à la -corruption, ils avaient des vêtements faits exclusivement de lin et des chaussures fabriquées avec la plante nommée papyrus.
En Grèce, les rois remplirent, dans les premiers â^es, les fonctions de sacrificateurs. Ils immolaient même les victimes de leurs propres maius dans les sacrifices qui avaient un objet important. C'est pour cela qu'ils portaient un couteau renfermé dans un étui, a côté de leur épée. On voit, chez Homère, Againemnon égorger lui-même les agneaux, dont le sang était comme le sceau du traité qu'il faisait avec les Troyens. Quand Nestor sacrifie à Minerve, ce sont ses fils qui tuent la victime, le mettent en pièces et la grillent. U 'Iliade et l'Odyssée présentent en grand nombre des exemples semblables. Plus tard, les sacrificateurs appartinrent exclusivement à certaines familles, qui exercèrent tout le ministère sacerdotal. Cependant, à Athènes,
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un archonte, qui recevait le titre d'archonteroi, fut chargé de rappeler, dans ]<;s cérémonies religieuses, le rôle de grand prêtre qui avait appartenu aux rois dans les siècles antérieurs à la république. Il serait inutile de donner ici des détails sur les sacrificateurs en Grèce. La plupart de ceux que nous pourrions produire vont se trouver dans ce que nous allons dire des sacrificateurs chez les Romains, ce dernier peuple ayant emprunté aux Grecs presque toute sa religion et une grande partie de ses rites religieux.
Le grand sacrificateur, à Rome, était le pontife maxime, qui avait l'intendance suprême de tous les sacrifices, même des sacrifices célébrés dans l'intérieur des familles., qui déterminait le jour où ils devaient se faire et le choix des victimes , qui réglait le culte public et présidait aux plus grands sacrifices. Les rois avaient été pontifes maximes ; les empereurs le devinrent aussi plus tard. Après la chute de la royauté, on chargea spécialement un prêtre de remplir les fonctions sacerdotales que s'étaient attribuées les rois, et on l'appela roi des sacrifices. Il eut, en réalité, un titre plutôt qu'un ministère important et ne fut qu'un pontife très-secondaire, comparé au pontifa maxime. .Le sacrificateur romain qui tenait le rang lo plus élevé après celui-ci, était le flr.mine diale ou flainine de Jupiter, le premier de tous les flamines. On peut dire qu'il était le premier des sacrificateurs, parce que le pontife maxime, occupé de tout l'ensemble du culte, sacrifiait très-rarement et que, le temple de Jupiter Capitolin étant la demeure du roi de 1 l'Olympe, et par là même le centre des rites 1 religieux, on y faisait presque toujours les sacrifices importants. Le flamine diale mar- , chait de pair avec les grands magistrats ; il I portait la toge prétexte, s'asseyait sur une I chaise curule et avait toutes les distinctions 1 honorifiques des consuls, si ce n'est qu'il | avait un seul licteur au lieu de douze, mais i il était soumis à une foule de prescriptions. Son mariage devait se faire par confarreatio : répudier sa femme lui était interdit; s'il devenait veuf, son ministère cessait, car sa femme partageait ses fonctions sacrées et était indispensable à leur accomplissement. \ U ne pouvait sortir sans sa toge prétexte et sans son casque (apex); il ne pouvait quitter sa tunique de dessous que dans un endroit couvert, pour ne pas se trouver nu sous le ciel {sub Dio, sous Jupiter). Monter à cheval lui était défendu; il ne pouvait aller qu'en char. Il ne lui était pas permis de toucher ni même de nommer une chèvre, de la chair crue, du lierre, des fèves ; de passer sous des berceaux de vigne, d'entrer dans un lieu où se trouvait un bûcher, de toucher un mort ou de la farine fermentée. Ses chaussures devaient être du cuir d'un animal tué et non pas mort. Quand il se faisait tailler les cheveux, il fallait que ce fût par un homme de condition libre; les parties taillées devaient être enfouies au pied d'un arbre non stérile; il en était de même pour les rognures de ses ongles. La plupart de ces prescriptions avaient en vue la pureté et la dignité du flamine diale. On tenait rigoureusement à ce qu'elles fussent observées. On raconte, par exemple, que deux flamines des plus nobles familles furent déposés de leur sacerdoce, l'un parce qu'il avait laissé tomber sa coiffure en sacrifiant, l'autre parce qu'il présentait les entrailles des victimes dans un ordre différent de celui où il fallait les offrir. Si nous voulons nous représenter le sacrificateur romain au milieu même de ses fonctions, nous devons nous transporter en imagination au temple de Jupiter Capitolin. Connue on n'immolait pas dans l'intérieur des temples, l'autel des sucrifit es s'élevait en avant du portique. Quand les prêtres sortaient du temple, où ils étaient entrés pour adorer Jupiter, le sacrificateur, qui était le flamine diale , s'écriait: «Que les langues soient captives.» Telle était la formule par laquelle on demandait le silence. Puis le sacrificateur se purifiait les mains dans l'eau qu'on lui versait et les essuyait avec une serviette de lin. Ensuite, les popes ayant présenté les victimes à l'autel, il aspergeait ces victimes avec de l'eau lustrale et jetait sur leur tète de la farine de blé rôti mélangée de se). De la même I farine il saupoudrait Pautel et les couteaux du sacrifice. Il prenait alors un de ces couteaux et en promenait obliquement la laine sur chaque victime, depuis lo front jusqu'à la queue. Puis il arrachait à chacun de ces animaux une petite touffe des plus longs poils d'entré les cornes et la jetait sur un feu de bois de pin .allumé sur l'autel. Ayant pris une large patère d'or, couronnée de fleurs et pleine de vin, il la portait à ses lèvres et faisait ensuite une libation sur le front de chaque victime. Après une prière qu'il adressait au dieu en l'honneur do qui on allait sacrifier, et qu'il répétait quatre fois, un pope s'approchait d'une victime, prêt à frapper, et demandait au sacrificateur : « Agirai-je? ■ Lorsque le sacrificateur en avait donné l'ordre, le pope frappait de son maillet l'unimai à la tempe; les cultraires achevaient de le renverser et l'égorgeaient; les victiinaires recueillaient le sang. Le sacrificateur faisait des libations de ce sang sur les flammes de l'autel des sacrifices. Quand la victime était dépecée, on présentait les extrémités et le cœur, saupoudrés de farine d'orge, au aaci-tficateur, qui les faisait btûler en les arrosant
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de vin et d'huile. Il terminait la cérémonie par une invocation a Vesto, et congédiait les assistants par ce mot : Licet (vous pouvez vous retirer), ou bien par cette autre formule : Ex templo (sortez du temple).
L'habit du sacrificateur devait être blanc. Il portait une couronne faite des fleurs ou des feuilles de l'arbre consacré au dieu à qui il sacrifiait. Si le sacrifice était votif, il avait les cheveux épars, la robe déliée, les pieds nus; telle était, en effet, la tenue des suppliants. Le sacrificateur se voilait la tête en la couvrant d'un pan de sa toge, pour qu'aucun objet extérieur ne vînt troubler son attention. Ce n'était pourtant pas une règle constante ; sur la colonne Trajane, l'empereur est souvent représenté sacrifiant; quelquefois il est non voilé ; il est toujours voilé dans les suovetaurilia (-acrifices du porc, du bélier et du taureau réunis).
Dans quelques sacrilices, les fonctions du sacrificateur présentaient des particularités intéressantes. Ainsi, dans le sacrifice naval, les sacrificateurs s'avançaient dans la mer, frappaient les victimes, puis les prenaient entre leurs mains et, montant sur des barques, faisaient trois fois le tour de la flotte. Nous rappellerons surtout ce qui se passait dans le taurobole, sacrifice institué au m* siècle de notre ère pour l'opposer au baptême des chrétiens. Ce sacrifice, offert à Cybèie comme une expiation, consistait à immoler un taureau sur une pierre creuse, percée de trous. Le sacrificateur descendait dans une fosse sous le taurobole. 11 était vêtu d'une robe de soie; il avait la tête entourée de bandelettes et portait en outre une couronne. Quand on égorgeait la victime, le sang coulait par les trous sur la sacrificateur, qui devait alors se tourner de tant de manières que chaque partie de son Corps en fût arrosée. Lorsqu'il était remonté, ainsi couvert de sangjChacun se prosternait devant lui comme s'il eût représenté la divinité à laquelle s'adressait le sacrifice. Ses vêtements ensanglantés étaient devenus pour les païens des objets sucrés, et on les conservait avec un soin religieux. Prudence a décrit le sacrificateur du taurobole dans le passage qui commence ainsi :
Summus saardos nempo sub terrain scrobe Acta, in profundum consecrandus mergitur. Mire infutatus, secta vittis tempera Ncctens, corana tum irpcxus uurca, Cinctu sabino scricam fulius togam...
On trouvera les détails relatifs aux autres sacrificateurs romains dans les articles sur le flamine martial et le flamine quirinal, sur les potitiens et les pinariens, sur les LU-
PERQUES, les ARVALS, etc.
Nous dirons un mot, en terminant, des sacrificateurs chez les Gaulois. Ce n'étaient pas les druides eux-mêmes, mais un ordre de prêtres dépendant des druides et connus sous le nom d'eubages. Les eubages, suivant Amédée Thierry, étaient chargés de la partie extérieure et matérielle du culte et de la célébration des sacrifices. Dans les villes, à la cour des chefs, à la suite des armées, dans toutes les circonstances de la vie, ils imposaient la volonté du puissant corps religieux dont ils étaient les interprètes. Aucune cérémonie publique ou privée, aucun acte civil ou religieux ne pouvait s'accomplir sans leur ministère. Tandis que les druides étudiaient surtout les sciences philosophiques et religieuses, les eubages s'adonnaient spécialement aux sciences naturelles, appliquées à la religion, à l'astronomie, à la divination par le vol des oiseaux et parles entrailles des victimes; ils étudiaient aussi la médecine, afin d'étendre leur influence par leurs connaissances en cette matière.
SACR1FICATOIRE adj. (sa-kri-fi-ka-toi-re — du lat. sacrificutus, sacrifie). Qui appartient, qui a rapport au sacrifice : Pompe sa-
CRIFICATOIRE.
SACRIFICATCRE s. f. (sa-kri-fi-ka-ture — rad. sacrificateur). Dignité, fonction de sacrificateur : Exercer ta sachificature. Bérode, roi de Clialcide, eut tout pouvoir sur le temple, le trésor sacré et la grande Sacri- FICATURE. (Chateaub.)
SACRIFICE s. m. (sa-kri-fi-se — latin sacrificium; Ue sacrificare, sacrifier). Offrande faite à la divinité ou à une divinité avec certaines cérémonies solennelles -.Les sacbjficks de l'ancienne loi. L'autel des sacrifices. Faire un sacrifice. Offrir en sacrifice une génisse, un bélier, un agneau. Jésus-Christ est offert tous tes jours en sacrifice sur vos autels. (Acad.) Le temple de. Salomon était l'unique lieu où il fût permis d'offrir au Seigneur des dons et des sacrifices. (Muss.) Une religion qui n'a pas de sacrifice n'a pas de culte proprement dit. ( Cliateaub. ) Les druidesses avaient des sacrifices nocturnes et sanguinaires. (St-Alnrc U/raid.)
— Fig. Abandon volontaire d'un bien ou d'un droit que l'on possède : Faire à Dieu le sacrifice de soi-même , de sa volonté. C'est un sacrifice d'amour-j.ropre que l'on exige de moi. Je vous fais ce sacrifice. Votre honneur vous impose ce sacrifice. Nous som~ mes responsables de nos fautes et de nos négligences; nous avons le mérite de nos succès et de nos sacrifices. (St-Sim.) Il n'y a de vraie grandeur sur la terre que dans le sacrifice de soi. (Prince de Ligne.) Tout est sacrifice, tout est oubli de soi dans te déuouement exalté
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de l'amour. (Mme de Staël.) L'honneur est une divinité à laquelle on s'attache par les sacrifices mêmes qu'on lui fait. (Chuteaub.) Nous devons au repos public beaucoup de sacrifices. (B, Const.) La conscience nous dit de faire à l'intérêt de tous le sacrifice de notre propre intérêt. (Géruzez.) La société humaine ne vit que des sacrifices de ses membres au bien général. (Lamart,) Rien ne s'use comme la sensibilité dont on exige de cotitinuels sacrifices. (Guizot.) La France est plus souvent que les autres peuples en humeur de dévouement et de sacrifices. (V. Hugo.) H ne peut y avoir d'ingratitude en amour; le plaisir actuel paye toujours et au delà les sacrifices les plus grands. (H. Beyle.) Le renoncement à soi-même a de grands dangers, et plus d'une femme est arrivée à la faute par le sacrifice. (Mme Guizot.) Le sacrifice du prochain précède toujours le sacrifice au prochain.
(Proudh.) La fraternité implique un SACRI- FICE, un cite de dénouement d'une des parties. (Mu'h. Chev.) Tout grand succès qui n'a pas coûté un grand effort se patje par un grand sacrifice. (E. de Gir.) L'amour est inépuisable en sacrifices. (I„ Veuillot.) L'Eylise est, de toutes les carrières libérales , celle qui exige le sacrifice le plus absolu de notre liberté. (Ed. About.) La liberté vit des sacrifices de l'individu à la niasse des associés. (H. Castille.) La joie nous paye comptant du sacrifice fait au devoir. (De»curet.) Il n'y a pas d'amour vrai sans dévouement et sans sacrifice. (Rigault.) La seule preuve des affections humaines, ce sont tes sacrifices qu'elles imposent. (Mme C. Fée.) Le caractère ne se forme que par le sacrifice de notre propre volonté. (De Théis.)
La vertu qui n'est pas d'un facile exercice, C'est la persévérance aprè s le sacrifice.
Ponsarl.
— Sacrifice sanglant, Immolation d'une victime offerte à la divinité : Les populations exclusivement pastorales pratiquent de préférence les sacrifices sanglants, (A. Maury.)
— Sacrifice humain, Immolation d'une personne offerte comme victime à la divinité : Les sacrifices humains ont été établis chez presque tous les peuples. (Volt.)
— Sacrifice d'argent ou simplement Sacrifice, Dépense que l'on s'impose : Faire de grands sacrifices pour l'éducation, pour l'établissement de ses enfants.
t —Dans l'Ecriture, Faire ou Offrir un sacrifice de louanges à, Célébrer les louanges de : Les fidèles assemblés offraient tous ensemble au Seigneur un sacrifice de louanges dans des cantiques spirituels. (Mass.)
Offres, à l'exemple de» anges, A ce Dieu, votre unique appui, Un sacrifice de Icuamjes, Le seul qui soit digne de lui.
J.-B. Rousseau.
— Prov. Obéissance vaut mieux que sacrifice. Rien ne plaît à Dieu autant qu'une entière soumission à sa volonté. Ce proverbe est emprunté à l'Evangile.
— Hist. relig. Sacrifice perpétuel, Sacrifice de quatre agneaux que les Juifs offraient chaque jour. Il Sacrifice de jalousie, Cérémonie par laquelle un mari jaloux mettait à l'épreuve la fidélité de sa femme. Il Sacrifice de la croix, Mort volontaire de Jésus sur la croix, en expiation des péchés des hommes.
II Saint sacrifice de ta messe ou simplement Saint sacrifice, Messe : Offrir te saint Sacrifice. Assister au saint sacrifice de la messe.
— B.-arts. Artifice qui consiste à négliger certaines parties d'une composition, pour mieux, faire ressortir d'autres pariies.
— Encycl. Hist. relig. Chez tous les peuples anciens, les fidèles ont offert à leurs divinités certains dons, prescrits par les autorités religieuses. Il en est de même chez un grand nombre de peuples modernes. Ces dons ou sacrifices ont été de ditt'ereiues sortes. Les dieux ou déesses de certains cultes étaient satisfaits, disait-on, par l'offre d'un animal, d'un gâteau, etc.
D'autres dieux ou déesses, moins accommodants, n'étaient censés satisfaits que par des sacrifices humains. Souvent encore l'homme a cru plaire à son maître céleste en imposant des peines et des souffrances à sa propre personne. 11 n'y a pas jusqu'à la chasteté des jeunes filles dont le sacrifice n'ait été considéré par certains peuples comme agréable à la divinité.
S'il faut en croire les théologiens chrétiens, l'usage des sacrifices aurait pour mobile le Besoin, raisonne chez l'homme civilisé, inconscient chez le sauvage, de.se réconcilier avec le Dieu qu'il a ottensé par ses péchés. Le sacrifice serait une pénitence, une amende imposée aux coupables par le législateur divin, une expiation qu'ils doivent accomplir volontairement. Tel a été, en effet, chez quelques peuples, le sens attribué à quelques sacrifices. Mais on ne conçoit pas un coupable qui se rachète en tuant un innocent. Comment admettra-t-on que le Romain qui, pour se rendre les dieux propices, massacrait des vaincus, que le Gaulois qui brûlait ses prisonniers en l'honneur deTeuiaiès,eto., aient cru s'imposer une souffrance, une pénitence? Et le sauvage, en tuant et en dévorant son ennemi, croit-il ainsi faire pénitence? Au contraire, il se réjouit à l'avance à cette
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idée. L'opinion de ceux qui voient des pénitences dans tous les sacrifices est donc inadmissible. Nous ne nous donnerons pas la peine de réfuter ceux qui voient dans l'usage des sacrifices une preuve évidente que les païens (mieux informés apparemment sur le dogme du péché originel que les premiers chrétiens, k qui ce dogme était inconnu) ont de tout temps éprouvé le besoin de se laver de ce péché et de lé laver quelquefois dans le sang des autres. La seule théorie réellement sérieuse, la seule conforme à la vérité historique et qui explique tous les sacrifices anciens et modernes, est celle que nous trouvons exposés dans l'ouvrage de M. Gliillany,les Sacrifices humains { traduction française dans : Qu est-ce que la Bible d'après la nouvelle philosophie allemande? par Hermann Ewerbeck, Paris, 1S50, in-8°).
« On a dit : le sacrifice sanglant a pour but de réconcilier l'homme avec les dieux. C'est une idée qui n'y entre que plus tard. L'idée primitive est : donner à manger aux dieux ; c'est peu poétique, mais c'est naturel et vrai.
» Les hommes ne subsistent qu'en mangeant et en buvant; or, leurs (lieux, faits d'après leur image, demandent également avec instance à buire et à manger. Voilà une réflexion qui vient à l'homme barbare et qui se perpétue chez l'homme plus ou moins civilisé. On sert donc sur la table de ces dieux surtout les aliments qu'on aime soi-même : de la viande de la meilleure qualité, des fruits, des gâteaux, des confitures, de l'eau, du vin. On n'y oublie pas non plus le pain et le sel, ces deux substances culinaires de première nécessité. L'Américain offre à ses divinités du tabac et le nègre de l'eau-de-vie, parce que eux-mêmes font grand cas de ces deux objets. Dans le nouveau temple de Jérusalem, le sang des animaux ruisselait chaque jour, le matin et la soir; les victimes étaient toutes jeunes, sans défaut et bien nourries. Tous les sabbats, on plaçait les pains blancs, de la plus fine farine de blé, sur la table d'or devant l'arche sainte, et on ôtait ceux du sabbat précédent. On mettait sur chaque pain du sel et on offrait à Jéliovah du vin; dans un temps antérieur, de l'eau (Samuel, I, vu, 6). Cela constitue un repas parfaitement sain et succulent.
» Manger la chair de son prochain et boire le sang est une habitude cannibale fort ancienne, tant dans les autres parties du monde qu'en Europe et en Asie. » En effet, les fouilles archéologiques démontrent que les habitants primitifs de tous les pays civilisés ont été anthropophages. Dans les cavernes de l'époque préhistorique en France, en Angleterre, en Allemagne et en Italie, etc., on trouve des os humains rongés par des dents humaines. L'homme primitif, créant un Dieu à son image, croyait donc rassasier ce Dieu k l'aide de victimes humaines.
Nous examinerons successivement les diverses catégories de sacrifices : les sacrifices d'animaux et d'objets inanimés, les sacrifices humains , les sacrifices chréliens , les sacrifices de l'amour et ceux de la chasteté des jeunesfilles; enfin les sacrifices des peuples modernes non chrétiens.
— Sacrifices d'animaux et d'objets inanimés. D'après la Genèse , ces sacrifices remonteraient à la création du monde ou peu s'en faut, puisque Abel et Caïn font déjà des sacrifices au Seigneur.
Chez les Hébreux, les sacrifices étaient de deux sortes : les uns étaient accomplis sans effusion de sang; c'étaient des parfums, des espèces de gâteaux faits avec de l,i farine et de l'huile; enfin des libations de vin ou de farine mêlée avec de l'huile, qu'on versait sur les victimes; ces libations accompagnaient presque toujours les sacrifices d'animaux. Ces derniers étaient de trois- sortes : les holocaustes, les sacrifices de prières ou ceux de péché et enfin les sacrifices de grâces. Les animaux victimes étaient immolés dans le temple même. Une exception était faite pourle fameux bouc émissaire. Lors de la fête des Expiations, le grand prêtre chargeait la tête do cet animal infortuné de tous les péchés des Hébreux, avec force malédictions; ensuite le bouc, avec tous ces péchés, était chassé dans le désert pour y être dévoré par les bêtes féroces.
Les Grecs sacrifiaient aux dieux des animaux et des gâteaux faits de farine et de miel. Les Babyloniens, les Egyptiens, les Phéniciens, les Romains, les Etrusques, les Celtes, les Scythes, les Scandiuaves et la plupart des modernes ont également offert aux dieux des animaux, des grains, des fruits, etc.
— Sacrifices humains. Tandis que les .SHCrïfices dont nous venons de parler n'ont qu'un intérêt de curiosité historique, les sacrifices humains offrent un large champ d'observations au philosophe désireux d'étudier les aberrations auxquelles l'esprit humain a été conduit par la superstition religieuse.
La Bible, qui condamne les sacrifices humains faits eu l'honneur des faux dieux, ne réprouve pas toujours ceux qui sont faits en l'honneur du • vrai Dieu > et les exige même parfois. Ainsi le dieu des Hébreux ordonne de détruire les peuples ennemis de la Palestine, hommes, femmes, enfants, vieillards, et de massacrer jusqu'aux bestiaux, aux chiens et aux' chats. Et il témoigne à diverses reprises sa colère contre ceux qui ont éunrgué
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les victimes humaines qu'il a désignées. Il ordonne lui-même à Abraham le sacrifice de son (ils Isaac; Abraham ne reçoit un contreordre qu'au dernier moment. Jephté, moins heureux, ne peut se dispenser de sacrifier sa fille au vrai Dieu. La croyance à la nécessité des sacrifices humains pour fléchir Dieu était d'ailleurs universellement répandue en Judée. Sur le vaisseau que monte Jonas, on tire au sort pour désigner l'individu qui doit être précipité dans ta mer afin de calmer la colère céleste, qui a provoqué la tempête. 11 est permis de supposer que dans bien d'autres circonstances les tempêtes furent considérées par les peuples anciens et en particulier par les Hébreux comme des signes de la colère céleste qu'un sacrifice humain pouvait seul apaiser. On pouvait espérer, i! est vrai, que le mortel honoré de la fonction de victime jouirait, une fois lancé par-dessus bord, d'un domicile commode à l'intérieur de quelque monstre marin ; mais on ne trouve pas tous les jours des baleines placées là tout exprès pour répéter le miracle de Jonas.
Les Perses, tout ennemis qu'ils étaient des sacrifices humains dans les pays conquis, d'après les préceptes élevés de Zoroastre, en ont fait de temps k autre, et cela d'une manière extrêmement cruelle. L'épouse du roi Xerxès, Amestris, lit enfouir vivants douze hommes pour se rendre propice le monde souterrain ; les mystères de Mitbra, où l'on immolait tant de victimes, viennent de la Perse.
En Egypte, d'après Manéthon, les anciens immolaient chaque jour trois hommes dans le temple de la ville du Soleil (Héliopolis) jusqu'au temps du roi Amasis, qui ordonna de les remplacer par trois cierges en cire. D'après Eusèbe, les Phéniciens immolaient une fois par an des enfants pour apaiser le dieu par ce sacrifice, absolument comme les Carthaginois qui tiraient au sort pour choisir les jeunes victimes. En outre, on en immolait par exception dans les disettes, dans les épidémies , dans les guerres. « Sanchoniaton , dit Porphyre, en cite des exemples presque innombrables dans ses annales phéniciennes, traduites en grec par Philon le Byblien. »
Absolument comme tes Mexicains du temps de Codez, les Carthaginois immolaient des prisonniers à leurs idoles. Ainsi, après avoir battu le roi sicilien Agathoele, ils font mourir les plus beaux des Grecs captifs. Photius dit que dans les prières universelles les Carthaginois mettaient un garçon vivant sur les bras d'airain rougis au feu du Moloch, et qu'ils observaient avec une attention superstitieuse les mouvements d'agonie de l'enfant, probablement pour en augurer l'avenir. Chez les Hellène? de la haute antiquité, il en était de même. Presque chaque tribu avait l'habitude, avant d'entrer en campagne, d'immoler une victime humaine. Achille immole douze Troyens ; trois cents hommes sont immolés par Aristomène le Messénien à Zeus dans le château fort d'Ilhome. Au centaure Chiron et à Pelée on immolait des hommes dans la ville thessalienne de Pella, et, selon Pnusnnias, Zeus du mont Lycéus, en Arcadie, recevait des victimes humaines encore après Jésus- Christ. A Sparte, ce fut Lycurgue qui abolit les sacrifices humains qu'avant lui ou faisait à Diane Xauiienne. L'Athénien Ereehthée immole sa fille aux divinités de l'enfer souterrain. Thémistocte immole trois prisonniers perses. Suidas, sous le mot katharma, rapporte qu'à Athènes des criminels condamnés à mort furent, à de certains jours, couronnés comme des bœufs et des moutons, qu'ils furent conduits ainsi ornés sur un rocher et solennellement précipités en guise de sacrifice. Dans toutes les îles et les îlots de la mer Méditerranée, surtout entre l'Asie et l'Hellénie, les Phéniciens avaient introduit cette coutume ; dans les îles deTénédos et deChios, on déchirait en lambeaux un homme vivant en l'honneur du dieu Dionysos Omadios ; les Phocéens jetaient des hommes dans le feu de l'Artémis Taurienne ; les Lesbiens sacrifiaient des hommes à Dionysius et les Cretois à Zeus. Chez les Marseillais, colonie hellénique, pour prévenir une épidémie , on vouait mi mendiant à la mort; après l'avoir nourri abondamment une année, on te conduisait, magnifiquement orné, k travers la ville et on le jetait du haut d'un rocher. Dans la Rome antique, à la fête des lares compitales, on sacrifiait des enfants vivants ; plus tard on sacrifia des poupées; les vestales et les prêtres précipitaient du haut d'un pont des hommes dans les flots du Tibre; plus tard ils se contentaient de précipiter des figures faites de cire ou de rameaux. Sous Jules César, les prêtres de Murs sacrifiaient religieusement deux hommes à Rome, sur le champ de Mars; Auguste Octave, après avoir défait Antoine, immole devant l'autel de Jules César déifié 400 chevaliers et sénateurs romains du parti ennemi. Néron sacrifie, effrayé d'une comète, plusieurs patriciens romains, et Antinous se sacrifie pour l'empereur Adrien. L'empereur Commode immole de ses propres mains un homme dans les mystères inithriaques, et Héliogabale fait requérir dans toute l'Italie des enfants de haute naissance pour les immoler à Rome dans ses mystères syriens. Les Pères de l'Eglise assurent avec unanimité que, jusqu'au ive siècle, le sang humain continua de couler devant l'idole de J upiter Latial, à Rome.
• Tous les historiens conviennent, dit l'abbé
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Bertrand, que nulle part les sacrifices humains n'ont été organisés plus en grand que dans le Mexique ; ni l'Afrique, ni le reste de l'Amérique, ni l'Océanie n'offrent des exemples aussi révoltants que ceux qu'on voit dans cette contrée, une des plus policées du nouveau monde lors de sa découverte. C'était dans la vue d'immoler paisiblement des hommes à leurs dieux que les Mexicains épargnaient le sang de leurs ennemis pendant la guerre et qu'ils s'efforçaient de faire un grand nombre de prisonniers. Montézwma ne fit pas difficulté d'avouer à Cortez que, malgré le pouvoir qu'il avait de conquérir une fois pour toutes la province de Tlascala, il se refusait cette gloire pour ne pas manquer d'ennemis, c'est-à-dire pour assurer des victimes à ses temples... On voyait des fêtes où le nombre des victimes était de cinq mille, rassemblées soigneusement pour un si grand jour. Il se faisait à Mexico des sacrifices qui coûtaient la vie à plus de vingt mille captifs. Si l'on mettait trop d'intervalle entre les guerres, le topilzin portait les plaintes des dieux à l'empereur et lui représentait qu'ils mouraient de faim. Aussitôt on donnait avis à tous les caciques que les dieux demandaient à manger. Toute la nation prenait les armes, et, sous quelque vain prétexte, les peuples de chaque province commençaient à faire des incursions sur leurs voisins. Cependant quelques historiens prétendent que la plupart des Mexicains étaient las de cette barbarie, et que s'ils n'osaient témoigner leur dégoût, dans la crainte d'offenser les prêtres, rien ne leur donna plus de disposition à recevoir les principes du christianisme. » Leur destinée fut encore pire sous le christianisme ; ils furent torturés et brûlés vifs en l'honneur de Jésus-Christ et des apôtres, comme nous l'avons raconté ailleurs (v. persécution), et enfin exterminés.
— Sacrifices chez tes chrétiens. La mort du Christ sur la croix, qui, selon les théologiens, put seule obtenir à l'homme le purdon de la divinité irritée par le péché d'Adam et par les crimes de tous ses descendants, n'est en réalité qu'un sacrifice de même nature que tous ceux dont nous venons de parler. L'eucharistie est à la fois le symbole de ce sacrifice et un sacrifice réel, parce que, d'après la doctrine catholique, Jésus-Christ est réellement mangé par le prêtre et par les fidèles.
D'après la doctrine chrétienne comme d'après celle de Boudduh, l'homme qui fait à Dieu le sacrifice de son bonheur donne ainsi des preuves de piété. C'est la seconde phase des transformations de l'idée de sacrifice. « Il plaît à Dieu, disent les théologiens chrétiens, que l'homme se mortifie, » c'est-à-dire qu'il souffre. L'idéal du chrétien est donc de se créer la vie la plus malheureuse et la plus incommode possible, et il parvient à ce résultat à l'aide de pénitences souvent cruelles et presque toujours ridicules, parmi lesquelles les principales sont le jeûne, le cilice, les coups de discipline, le célibat, enfin le défaut des soins de propreté qui a suffi pour assurer la béatification au bienheureux Labre , et, en général, tout ce qui peut être pénible à l'homme d'une manière quelconque.
— Sacrifices chez les non-chrétiens modernes. Les peuples modernes qui ne sont pas chrétiens ont des sacrifices qui diffèrent autant entre eux que leurs dieux et leurs religions. Nous ne citerons que les plus curieux.
Les anciens missionnaires parlent d'une coutume barbare dont ils ont été témoins dans les royaumes de Tanguth et do Bat-an tola, qui font partie du Thibet. A certaines époques de l'année, on fait choix d'un jeune homme fort et robuste, qui se revêt d'un habit bigarré de diverses couleurs et, armé d'une épée, d'un arc et de flèches, parcourt les rues comme un furieux et tue indifféremment les personnes qu'il rencontre, quels que soient leur sexe, leur âge et leur condition, sans qu'on lui oppose la moindre résistance. On relève ensuite ceux qui ont été ainsi mis à mort par ce furieux, qu'on appelle buth, c'est-à-dire meurtrier, et on les porte devant une idole à laquelle les missionnaires donnent le nom de déesse Menipa, mais qui n'est autre que le dieu Hopamé. On est persuadé que cette divinité se montre favorable à ceux qui ont été tués en son honneur et qu'elle leur procure dans l'autre vie un état de béatitude parfaite.
Les Mazatiques, peuple de l'Amérique du Sud, célébraient annuellement une fête dont nous allons donner une idée succincte. Peu de jours avant la solennité, les prêtres montaient au sommet du temple, d'où, ils faisaient entendre le son de leurs instruments. Ce bruit terrible était pour les habitants le signal de rentrer en diligence dans leurs maisons, car les prêtres sortaient et ne manquaient pas de saisir tous ceux qu'ils rencontraient depuis le matin jusqu'à midi. Les malheureux Mazatiques qui, n ayant pus eu le temps de se sau- . ver, tombaient entre les mains de leurs prêtres, étaient marqués à la tète pour servir de victimes dans le sacrifice qui devait se faire le jour de la fête.
Les peuples de Bénin reconnaissent un dieu bon qu'il ne faut représenter sous aucune forme, parce qu'il est invisible, ni honorer, parce qu'il est au-dessus des hommages des mortels, ni prier, parce qu'il est naturellement porté à faire le bien ; mais ils admettent aussi un dieu malfaisant, et c'est celui-ci
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qu'il convient de se rendre propice par des sacrifices et des offrandes.
Les anciens Canadiens ne faisaient jamais de sacrifices de créa turcs vivantes au Kitchi- Manitou; mais ils brûlaient en son honneur des marchandises dont ils trafiquaient avec les Français, et le sacrifice allait quelquefois à plus de 100,000 éi'us. D'autres voyageurs assurent que les anciens Canadiens immolaient des chiens au soIe;l. Ils offraient aussi des sacrifices aux torrents ou cascades nommées sauts ànns les relations d'Amérique. Les sacrifices consistaient en peaux de castor, en tabac et en porcelaines qu'ils attachaient à un arbre voisin du torrent ou qu'ils jetaient dans la cascade même. Ils étaient persuadés qu'il y avait un esprit qui résidait au fond de ces cascades, et c'est à lui que l'offrande était adressée. Ils demandaient son secours lorsqu'ils allaient à la chasse ou à la guerre, et s'ils avaient remporté la victoire dans un combat, ils la lui attribuaient et immolaient en son honneur les prisonniers qu'ils avaient faits.
Les Kainti'hadales ne se ruinent pas on sacrifices; ils offrent à, la divinité qu'ils estiment le plus les ouïes, les nageoires, les queues des poissons et, en général, tout ce qui ne peut leur servir.
Les Lapons, avant leur conversion au christianisme, croyaient que les animaux qu'ils tuaient pendant les sacrifices ressuscitaient, grâce aux dieux, plus parfaits qu'ils n'étaient auparavant.
Les Bouriates sacrifiaient de temps en temps pour l'expiation de leurs péchés, non pas des animaux, mais quelques-uns de leurs prêtres qu'ils choisissaient parmi les plus dévots et les plus exemplaires. Avec ces prêtres, ils avaient soin d'enterrer de l'argent et des vêtements, afin qu'ils ne manquassent de rien dans l'autre monde. V. sacrificateur.
Sacrifice* de l'amour (les), roman épistolaire, p;ir Dorât (177Î). 11 réussit à nous intéresser, malgré son genre faux, aux amours platoniques de la comtesse de Sénanges et du chevalier de Versenai. L'auteur, en le composant, a visé à un but élevé : il a voulu prouver, d'un côté, qu'une femme qui aime peut être intéressante tout en restant vertueuse ; de l'autre, qu'il n'y a point de sacrifice que cette femme ne» puisse obtenir de l'homme qui l'aime. Dorât n'a mis en jeu que des caractères et des passions. ■ La peinture des mœurs, dit-il, suffit k l'esprit et tout est événement pour le cœur. Que de nuances, que de révolutions, quelle instabilité dans le même sentiment! • Pour donner plus de vérité a sa correspondance, l'auteur a distingué autant que possible par le style ses différents personnages.
La critique qu'on fit de ce roman lors de son appariiion témoigne singulièrement de la dépravation des mœurs. On cria à. l'invraisemblance parce qu'une femme, en dépit de sa passion, restait fidèle à ses devoirs. Pour apaiser ces sourdes rumeurs, Dorât eut besoin de faire remarquer que son héroïne n'était point entièrement responsable de sa vertu, car elle s'était trouvée liée par les circonstances, et que son mari, en la faisant enfermer dans un couvent, l'avait probablement sauvée d'une chute. Le public comprit beaucoup mieux un autre personnage, M"" d'Krcy, qui passe d'un amant à un autre comme une jolie femme change de robe.
Sacrifies (le) [Jl Sagrifizio], drame pastoral d'Agostino Beoeari. (Je poème bucolique, représenté, eu 1554, dans le palais du duc de Ferrare, Hercule II, et imprimé l'année suivante, est un des premiers exemples du drame pastoral en Italie. La scène est en Ar cadie ; les personnages ont les mœurs et la mythologie de l'antiquité, et leurs dialogues sont liés par plusieurs actions dramatiques. Pendant les fêtes annuelles de Pan, qu'on célébrait entre les monts Ménale et Kryinantlie, trois couples de bergers et de bergères, séparés par des obstacles différents, sont réunis par les soins de deux vieillards favorables aux amants et deviennent heureux, eu dépit des embûches qu'un satyre tend aux bergers, et de la jalousie avec laquelle Diane veut conserver la froide indifférence de ses nymphes. Tel est le sujet de cette pastorale. Quant au mérite de la pièce, voici le jugement de Sismoudi : • Des chœurs et des morceaux de chant sont entremêlés dans cette pièce, dont la musique a eu quelque célébrité; mais les cinq longs actes dont elle est composée sont d'une froideur mortelle. On entend les bergers discourir sans cesse, on ne les voit jamais agir; leurs conversations langoureuses dégoûtent presque de l'Arcadie et de l'amour, et quant au satyre et à un valet ivrogne, qui furent destinés à rejouir les spectateurs, leur gaieté grossière rebute et ne fait pas rire. ■
Sacrifice d'Abraham (le), tragédie française, par Théodore de Bèze. (Jette pièce, malgré son titre tout moderne de tragédie, est eu somme un mystère ramené aux proportions du drame antique, avec un prologue et des chœurs, dont l'auteur a su tirer, avant Racine, un effet parfois puissant. Cette pièce exprime bien le double sentiment qui inspire la Reforme, l'un enthousiaste et dogmatique, l'autre agressif et destructeur. A ces exilés volontaires, qui ont délaissé les douceurs de la famille et du pays natal, elle offre dans Abraham, dans Isaac, dans Sara, les plus
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sublimes modèles de résignation aux volontés divines, le sacrifice le plus émouvant qui ait jamais excité la pitié humaine, l'effort suprême de l'amour paternel et de la piété filiale. Les chants du chœur exaltent l'héroïsme des martyrs et font gronder la menace des vengeances célestes sur la tête des persécuteurs. Le souffle ne manque pas à de B»-ze ; mais la langue trahit trop souvent ses efforts, comme elle avait déjà trahi ceux de Marot, dans la version des psaumes. Du reste, les contemporains y cherchaient moins les grâces et les splendeurs de la forme que le sens mystique et l'application à leurs besoins présents. Qu'on se ligure de tels chants répétés en chœur par les écoliers de Genève, en face de ces réfugiés échappés la veille, comme Isaac, au glaive et au bûcher, et l'on comprendra quels souvenirs et quelles espérances ils remuaient au femd des cœurs.
Sacrifice. Iconogr. Il existe un assez grand nombre de monuments antiques, peintures et bas-reliefs, qui représentent des sacrifices païens. Au musée de Naples est une peinture découverte à Pompéi et dont le sujet est un Sacrifice à Cérès; on y voit le victiinaire en costume de sacrificateur et le Camille ou ministre des sacrifices conduisant la victime à l'autel. Le même musée possède un bas-relief provenant de l'Ile de Capri et qui représente un Sacrifice nocturne à Priape : une femme, tenant un llambeau allumé, et son amant sont montés sur un même cheval qu'un esclave entraîne vers la statue de Priape; on a cru reconnaître Tibère dans le personnage de cette scène mystérieuse. Dans un autre bas-relief de la même collection, provenant d'Ischia, est figuré un Sacrifice votif à Apollon et aux nymphes. Sur un sarcophage du musée de Florence, parmi plusieurs oas-reliefs représentant les différentes époques de la vie d'un héros, on en remarque un qui a pour sujet un Sacrifice : un personnage, habillé d'une tunique et tenant de la main gauche une palme, incline de l'autre main une patère au-dessus du feu, devant un temple; un victiinaire, demi-nu, abaisse la tête d'un taureau, tandis qu'un autre sacrificateur lève sa hache pour abattre l'animal ; derrière l'autel se lient un joueur de double flûte. Dans les musées du Vatican, des Etudes, etc., on voit plusieurs bas-reliefs et pierres gravées, représentant des Sacrifices à Priape (v. Priape) et des Sacrifices à Mithra.
Des Sacrifices antiques ont été peints par le Primatice (à Fontainebleau), le Garolalo (autrefois dans la galerie Salamanca), Paolo Farinato (musée du Belvédère), J.-1I. Schœnfeldt (musée du Belvédère), Claude Vignon (musée de Tours), J.-M. Vieil (gravé par Plipart), etc. M. Gendron a exposé au Salon de 1830 un Sacrifice humain (appartenant à l'Etat). Un tableau de G. Netscher, daté de 1668 et qui est au musée des Offices, représenta un Sacrifice à l'Amour. Une composition d'Honoré Fragonard, sur le même sujet, a été gravée par le comte de Paroy. Des Sacrifices à Bacc/ius ont été peints par G. Hoet (vente Ithalil-Bey, 1860), Stanzioni (musée de Madrid), Michel Hovasse (musée de Madrid); des Sacrifices à Diane, par P.-F. Mola (Académie des beaux-arts de Venise), le Coitone (grave par P. Aquila) ; un Sacrifice à Flore, par Gio.-B. Mola (musée des Offices) ; des Sacrifices à Jupiter, par Piero di Cosiino (musée des Offices), Noël Coypel (autrefois dans la salle des Gardes de la reine, ii Versailles), J.-B. Corneille (gravé par Jean Mariette); un Sacrifice au Nil, par F. Faruffini (Salon de 18G7); des Sacrifices à Pan, par T. Gherardini (musée du Belvédère), Bastiano Ricci (au musée de Dresde), Berîiardino Luini (musée de Milan, gravé par Michèle Bisi), J.-B. Lallemaml (gravé par Mm» de Maugein) ; des Sacrifices à Venus, par Cornelis Sehul (galerie de Dresde), Gaspard Netscher (musée des Offices), etc.
Un sujet souvent traité par les artistes anciens et modernes est le Sacrifice dlphigénie (v. Iphigénie). Un tableau de Fr. Lemoyne, sur ce sujet, a été payé 9,050 livres à la vente Lalive de Jully, eu 1770; il a été gravé par L. Cars.
Le Sacrifice d'Abraham a été également représenté par un grand nombre d'artistes modernes. Aux compositions que nous avons citées dans l'iconographie d Isaac, il faut ajouter : un graffito<\\x pavé de la cathédrale de Sienne, par Beccafuini; une fresque de Benozzo Gozzoli, au Cam,io-Santo de Pise ; une fresque de Raphaël, dans la chambre d'Héliodore, au Vatican (gravée par Iliéron. Cock, Fr. Aquila, 11. Ferroni, J. Alexander, P. Soaluerge, etc.) ; des tableaux, par Cristofano Alton (au palais Pilti), Rembrandt (au musée de l'Ermitage, gravé par Murphy et par Haid), A. Bellucci (gravé par Peiioieri), Ant. Coypel (gravé par P. Drevet), Frauceschini (au palais Pallavicini , à Gênes) , Jordaens (au musée Brera, à Milan, gravé par B.si), Greg. Lazzarini (au musée de Venise), Ch. Lebrun (gravé par L. Desplaces), Lossenko (à Saint-Pétersbourg), Livio Menus (aux Offices) , PiazeUa (au musée de Dresde (gravé par Ph. -André Kiliati), Stefano Pieri (aux Offices), Ribera (gravé par Oeser), D. Temers (gravé par Berkowetz), le Titien (gravé par (J. von Haecht), etc. Un tableau d Andréa del Sarto, qui appartient au musée de Dresde et qui u été gravé par
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L. Surrugue, mérite une mention spéciale; c'est, dit-on, l'un des deux tableaux que le célèbre artiste envoya de Florence à François 1er pour implorer son pardon. > Ce tableau, comme la Vision d'Ezéchiel, prouve qu'il n'est pas besoin do grandes proportions pour s'élever au plus haut style, dit M. Viardot. Il est difficile de composer un sujet avec plus d'adresse et de clarté, de le rendre avec lus de vigueur et d'effet. C'est assurément 'un des meilleurs ouvrages du grand coloriste florentin. On a cru voir que la figure firincipale, celle du jeune Isaac, qui baisse a tête avec résignation sous le couteau de son père, était imitée de l'un des enfants de la Niobé, dans le fameux groupe antique que possède le musée des Offices. Loin de nuire au mérite d'Andréa del Sarto, cela prouverait que, si coloriste qu'il fût, il étudiait le dessin sévère dans ses œuvres les plus parfaites. »
Le Sacrifice d'Abel et de Caïn a été peint en grisaille par Van Eyck dans l'un des compartiments de son fameux tableau de l'Agneau mystique. Le Sacrifice de Manoah (le père de Samson) a été représenté par Rembrandt (au musée de Dresde , gravé par A. -F. Oeser et par J. Houbrnken), par A. Decamps (v. Samson), etc. ; le Sacrifice de Noé, par le Poussin (gravé par K. Gantiel), Sinibaldo Scorza, etc. (v. Noé) ; le Sacrifice de Afelchisédech , par N. Coypel (autrefois dans l'église Saint- Nicolas -du- Chardonnet) ; le Sacrifice de Samuel, par Rubens (gravé par A. Lotnmelin), etc.
Un artiste contemporain, M. Luc-ûlivier Merson, pensionnaire de la villa Médicis, a envoyé de Rome, en 1871, un grand tableau allégorique intitule : Sacrifice à la patrie. Au bas de l'escalier d'un temple antique, sur un autel où est écrit Palria, le cadavre d'un jeune guerrier est couché, enveloppé d'un linceul qui ne laisse à découvert que la face décolorée, le haut de la poitrine et le bras gauche qui pend. En avant de cet autel, la mère du guerrier, vêtue d'une tunique blanche et d'un manteau noir, est agenouillée et vue de dos, la tête renversée en arrière, les bras relevés et les mains plongées dans la chevelure qui est dénouée. L'attitude de cette figure est bien douloureuse et le dessin en est très-ressentû De chaque côté de l'autel se tiennent deux personnages allégoriques du style le plus emphatique et le plus boursoufle : à gauche, la Religion, en manteau bleu, tenant un calice et étendant la main sur la mère éplorée; à droite, la Renommée, qui enfle démesurément les joues en sonnant de la trompette et dont la robe rose et l'immense écharpe grise sont tourmentées par un vent venu on ne sait d'où. Sur le devant du tableau, enfin, un petit génie à la mine sérieuse tient un cartel où ou lit les mots du poète : Bella matribus detestata. Cette peinture, dont les nombreux défauts sont compensés par des qualités de composition et quelques finesses de détail, a reparu au Salon de 1875.
SACRIFIÉ, ÉE (sa-kri-fi-é) part, passé du v. Sacrifier. OHert en sacrifice : Les anciens juifs ne s'unissaient pas seulement en esprit d l'immolation des oictimes qui étaient offertes pour eux, mais ils mangeaient la chair sacrifiée. (Boss.)
— Abandonné, livré, délaissé : David veut jouir de son crime, et l'élite de son armée est bientôt sacrifiée. (Mass.) L'intérêt du petit nombre doit être sacrifié à celui du plus grand; le droit du plus obscur ne peut être Sacrifié à l'intérêt général. (De Gérando.) Jl est difficile de développer le physique et le moral sans que l'un soit sacrifie à l'autre. (Ed. About.)
SACRIFIER v. a. ou tr. (sa-kri-fi-é — lat. sacrificare; de sacrum, sacrifice, et de fucere, faire. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. du pi. de i'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous sacrifiions; que vous sacrifiiez). Offrir en saciificc, immoler comme victime : Abraham consentit à sacrifier son pro/ire fils, pour obéir à Dieu. (Acad.) Presque tous les peuples ont sacrifié des enfants à leurs dieux. (Volt.)
Pour obtenir les vents que le ciel vous déaic, Sacrifiez Iphigénie.
— Abandonner volontairement, renoncer volontairement a, se priver volontairement de : Sacrifier sa oie pour sauver un ami. Ce n'est pas toujours à la raison que les hommes sacrifient Iturs intérêts. (Boss.) L'habile homme est celui qui cache ses passions, qui entend ses intérêts, qui y sacrifie beaucoup de choses, qui a su acquérir du bien ou en conserver. (La Bruy.) Les petites affaires sont des victimes qu'il faut toujours sacrifier aux grandes vues. (Volt.) Malheur à qui ne sait pas sacrifier un jour de ptaisir aux devoirs de l'humanité! (J.-J. Rouss.) Qui écrit dans l'espoir d'un nom sacrifie sa vie à la plus sotte comme à ta plus vaine des chimé7~es. (Chateaub.) L'homme sacrifie plus facilement ses intérêts que ses opinions, (De Ségur.) Lu femme n'a que du dédain pour l'homme capable de SACRiFxiiR son amour à sa conscience. (Proudh.) Itien, pas même le salut de ta patrie , ne me ferait sacrifier la justice. (Proudh.) La France sacrifie la liberté pour échapper à la révolution. (Guizot.) Qui u'a jamais été sur le point de tout sacrifier à
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son amour n'a jamais aimé. (Mme C, Fée.) Celui qui ne veut rien sovffrir, rien sacrifier, est indigne de toute jouissance. (Le P. Ventura.) La politique a pour règle de sacrifier tes- détails à l'ensemble. (Vacherot.) Il faut conserver les traditions du passé, garder pieusement la mémoire des grands hommrs, mais ne pas leur sacrifier le présent. (Tli. Gant.) Il faut sacrifikr son humeur à son rôle et ses vertus mêmes à son decoir. (J. Joubert.) Il Abandonner volontairement 1rs intérêts, les droits de : Sacrifier ses amis. C'est charmant d'être ministre : on vous accuse de tout immoler à votre famille, et votre famille se plaint qu'on la sacrifie (Scribe.) il Consacrer en entier : Sacrifier tout son temps, tous ses loisirs à l'étude d'une question, au triomphe d'une idée.
— v. n. ou intr. Offrir un sacrifice, immoler des victimes : Sacrifier à Dieu. Sacrifier aux faux dieux Sacrifier eux idoles. Il n'était pas permis de sacrifier hors de Jé~rusalem. (Pasc.)
— Sacrifier aux Grâces, Avoir de la grâce, de l'élégance dans son style, dans ses discours, dans ses manières : Il manquait à Buileau d'AvoiR sacrifié aux Grâces. (Volt.)
— B.-arts. Négliger, pour faire valoir d'autres parties du travail : Ce peintre sacrifie ses fonds pour faire valoir ses ciels.
Se sacrifier v. pr. Se dévouer entièrement : Se sacrifier pour sa patrie, pour le bien public. Se sacrifier pour quelqu'un. Les institutions sont de vaines furmes, lorsque nul ne veut se sacrifier pour les institutions. (B. Const.) L'amour ne s'élève point au-dessus des autres, mais il se sacrifie aux autres. (Lamenn.)
— Syn. Sacrifier, immoler. V. IMMOLER.
SACRILÈGE adj. (sa-kri-lé-je — latin sacrilegus, littéralement qui recueille des objets sacrés; de sacer, sacré, et de légère, recueillir. Sucrilége, substantif, vient du substantif latin sucrilcgium, action de recueillir des objets sacrés). Qui commet une profanation de choses sacrées : Homme Sacrsi.éùk. Femme sacrilège.
... Mathan, ce prêtre sacrilège.
Plus méchant qu'Athalie, a. toute heure l'assiège.
Racine.
Il Qui appartient, qui a rapport à une personne sacrilège, à ses actes; qui tend à une profanation d'objets sacrés : Alain, bras sacrilège. Bouche SACRILÈGE. Pensée sacrilège. Action, tentative sacrilège. Saint Louis condamna à un supplice rigoureux toutes les langues Sacrilèges. (Fleoli.) Où courez-vous, cruels ? quel démon parricide Arme vos sacriléyes bras?
J.-B. Rousseau.
— Substantiv. Personne qui a commis une profanation de choses sacrées : La morale condamne les impies, les sacrilèges. (Acad.)
— s. m. Profanation d'un objet sacré : Commettre un sacrilégi:. L'usage indigne des sacrements est un sacrilège. Le sacrilège consiste dans une voie de fait commise sur Jésus-Christ. (Royer-Cobard.)
— Par ext. Outrage fait à une personne sacrée ou digne de vénération ; violation d'une chose qui mérite un grand respect : C'est un sacrilège que de lever la main sur son père. Insulter tes malheureux, n'est-ce pas un sacrilège? C'est un sacrilège à des hommes de se faire tes vengeurs de la Divinité. (J.-J. Rouss.)
— Par exagér, Acte très-répréhensible :
Ce serait un sacrilège que de retoucher ce chef-d'œuvre, que d'abattre un si beau monument.
— Syn. Sacrilège, profamtlion. V. PROFA- NATION.
— Encycl. Hist. Le sacrilège est né le jour même où a été instituée une religion. L'homme est ainsi fait qu'il s'accommode difficilement de toute résistance. Ne pas faire comme lui, c'est faire mal ; ne pas adorer le Dieu devant lequel il se prosterne, c'est ne pas avoir de Dieu; ne pas s'agenouiller devant quelques images auxquelles il attache un sens quelconque, tout de convention, c'est commettre un sacrilège. Il en est ainsi aujourd'hui, il en a été ainsi dans tous les temps. Les Juifs surtout étaient si jaloux de leur Jéhovah, qu'ils en vinrent a donner le nom de sacrilège à l'idolâtrie et aux autres religions. Nous voyons, en effet, dans le livre des Nombres, (xxv, 18), qualifier de sacrilège l'action des Israélites qui, pour plaira aux tilles madiaiiites, se mirent à adorer Belphegor. Tous les rois qui envahirent Jérusalem y commirent des sacrilèges. Pour n'en citer qu un, nous lisons au deuxième livre des Macchabées (iv,3a) que Lysiinaqua commit un très-grand nombre do sacrilèges et que, entre autres, il ravit au temple beaucoup de vases d'or.
Chez les Grecs, le sacrilège le plus célèbre est celui que commit Erostrate eu incendiant le temple de Diane à Epliese. Le sacrilège commis par les Phocéens contre Apollon détermina la guerre sacrée et servit admirablement les projets ambitieux de Philippe de Macédoine, chargé par le conseil ampliictyonique de châtier les Phocéens. Arracher un coupable au temple où il était allé se réfugier était un sacrilège. Aussi, lorsque Pausanias, général lacédéinonien, convaincu d'avoir correspondu avec le roi de Perse, se fut
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réfugié dans un temple pour échapper au châtiment qui l'attendait, on ne songea pas un instant a le tirer de cet asile inviolable. Il est vrai qu'on éluda la difliculté et qu'on "changea l'asile en tombeau, en murant la porte du temple; et l'on sait que la mère même de Pausanias, en vraie Spartiate, vint apporter la première pierre. Mais peu a peu la piété se perdit, et Démosthène, réfugié dans le temple de Neptune pour échapper aux Macédoniens, dut s'empoisonner au pied de l'autel afin de ne pas tomber vivant aux. mains de ses ennemis, qui venaient le saisir dans le temple même.
L'histoire romaine nous fournit aussi de nombreux exemples de sacrilèges. Un des plus connus est celui du consul Àppius Ciaudius Pulcher. Avant une bataille navale, il consulta les poulets sacrés, qui, par leur appétit, devaient assurer la victoire aux Romains. Comme les poulets refusèrent de mander, Je consul irrité s'écria : • S'ils ne mangent pas, qu'ils boivent I » et il les fit jeter à l'eau. Tite- Live, qui raconte ce sacrilège, ajoute que, tout naturellement, Appius Ciaudius perdit la bataille. C'était un sacrilège pour les hommes que d'assister aux. mystères de ht bonne déesse. L'un des plus célèbres dans ce genre fut celui pe Clodius, que Brantôme raconte en ces termes : a Publias Clodius, beau gentilhomme romain, estant éperdument amoureux de Pompéia (femme de César), et elle de luy, espia l'occasion qu'un jour elle faisoit un sacrifice, où il n'y entroit que des dames ; il s'habilla en garce, luy qui n'avoit encore point de barbe au menton, qui, se meslant de chanter et de jouer des instruments, et par ainsi, passant par cette monstre, eut loisir de faire avec sa mulâtresse ce qu'il voulut ; mais estant recogneu, il fut chassé et accusé; et par moyen d'argent et de faveur il fut absous, et n'en ' fut autre chose. Cicéron y perdit son latin pour une belle oraison qu'il et contre luy. Il est vrai que César, à ceux qui luy persuadoient sa femme innocente, respondit qu'il ne vouloit pas seulement que son lict fust taché de ce crime, mais exempt de toute suspition. Cela estoit bon pour en abbreuver ainsi le monde ; mais dans son ame, il sçavoit bien ce que vouloit dire cela: » (Vie des dames galantes, dise. I".) Dans ses discours contre Verres, Cicéron cite un grand nombre de sacrilèges commis par ce préteur en Sicile. Il paraît qu'il avait dépouillé les temples des dieux de tous les bijoux et des statues d'or. La Sicile avait déjà été autrefois le théâtre de sacrilèges semblables, entre autres de celui que commit un jour Denys, le tyran de Syracuse, qui enleva le manteau d'or qui recouvrait la statue d'une déesse, sous prétexte que ce manteau ne pouvait que nuire à cette divinité, étant trop lourd pour l'été et trop froid pour l'hiver. Vers la fin de la république, l'impiété était à son comble. Les magistrats, les sénateurs, les préteurs, tous les citoyens envoyés en mission pillaient à qui mieux mieux les temples et les autels des dieux.
Nous avons indiqué au mot paganisme la recrudescence de ferveur qui apparut, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, chez les sectateurs de l'ancienne religion. Les chrétiens, animés d'un zèle fanatique, s'attirèrent de nombreuses persécutions par les sacrilèges qu'ils commirent. Ici, comme Polyeucte, ils couraient au milieu d'un sacrifice païen, renversaient les autels, parfois même tuaient le prêtre. Là, comme Marc d'Aréthuse, ils allaient jusqu'à détruire les temples; et paitout, après avoir commis ces actes frénétiques, ils se livraient volontiers aux bourreaux, et couraient avec joie au supplice qu'ils avaient cherché.
Théodore! nous cite un chrétien persan, nommé Abdus ou Abdaa, qui, en 414, mit le feu au temple du Soleil et attira, par ce sacrilège, une longue et terrible persécution sur les chrétiens, qui jusqu'alors étaient parfaitement tolérés.
— Législ. En droit canon, le sacrilège est un acte de mépris dirigé contre Dieu, contre ses ministres ou contre les choses saintes. L'Eglise considère et punit comme sacrilège : 10 la réception des sacrements en état de péché mortel; 2° tout acte irrévérencieux dirigé contre les choses ou les ministres du culte; 3° les voies de fait commises à l'égard des membres du clergé, tant régulier que séculier; 4° la profanation des vases sacrés, des ornementa, et le fait, par le prêtre, d'avoir livré ceux-ci volontairement en temps de persécution ; 5° la profanation d'un temple catholique par l'effusion du sang humain, « ou de la semence humaine, » disent les casuistes;6<> la violation des privilèges canoniques, le refus fait à l'Eglise de la jouissance de ses droits légaux ou traditionnels ; 7« enfin le péché de la chair est un sacrilège, sacritegium curnale, pour tout individu engagé dans les ordres. Le sacrilège est puni, d'après le droit canon, de l'anatheme, de l'excommunication et du refus de sépulture, suivant les cas.
Lorsque la législation positive s'est occupée du sacrilège, elle a fait consister ce crime dans la profanation, par voie de fait, des choses consacrées aux mystères du culte religieux. La voie de faitétait un des éléments essentiels et caractéristiques du sacrilège; c'était le trait particulier qui le distinguait du blasphème, puisque celui-ci ne supposait
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la réalisation d'aucun acte matériel, et consistait uniquement en paroles. Le blasphème était puni de peines spéciales, Suivant un édit de 1681. Quant au sacrilège, la peine était arbitraire. Les juges appréciaient souverainement le degré de criminalité du fait et y proportionnaient l'horreur et l'intensité du supplice. Néanmoins, la peine la plus généralement appliquée était celle du feu. En 1766, le présidial d'Abbeville condamna au bûcher le jeune chevalier de La Barre convaincu de s'être rendu coupable de sacrilège en exerçant des mutilations sur un crucifix. Sur l'appel du chevalier de La Barre, le parlement, en considération sans doute de l'extrême jeunesse du condamné (il n'était âgé que de dix-huit ans), disposa, par grâce, qu'il serait décapité et que son cadavre serait seul livré aux flammes expiatoires. Voltaire protesta après l'exécution ; mais, il faut bien le dire, il le fit avec moins de véhémence et de courage que lors de l'assassinat juridique de Culas. Le philosophe eut même la prudence de se couvrir d'un pseudonyme pour flétrir les juges de La Barre.
En abolissant le principe d'une religion d'Etat, la Révolution fit, du même coup, nécessairement disparaître les anciennes pénalités du blasphème et du sacrilège. Ces pénalités étaient manifestement inconciliables avec le principe nouveau de la liberté des cultes et des consciences. Le concordat de I80l restitua au culte catholique son sacerdoce et son exercice public, mais il ne lui rendit point son ancienne prédominance. La législation se contenta de punir de peines diverses l'outrage fait aux ministres des divers cultes dans l'exercice de leurs fonctions; mais quant au sacrilège en lui-même, par exemple le vol d'un vase consacré au culte, il n'en fut pas question; la loi ne faisait aucune différence entre le vol d'une burette accompli dans une sacristie et le même vol pratiqué chez un orfèvre, ce qui semblait aux prêtres une abomination. Ils n'obtinrent satisfaction que sous le règne de Charles X, par la promulgation de la loi du 20 avril 1825, dite Loi du sacrilège. D'après l'article 1er Je cette loi, le sacrilège au premier chef consistait uniquement dans la profanation par voie de fait soit des hosties consacrées, soit des vases sacrés, calices, ostensoirs, à la condition que les espèces eucharistiques y fussent contenues. Les hosties étaient réputées consacrées, et les vases où elles étaient contenues étaient également présumés avoir reçu le caractère de la consécration lorsqu'ils étaient renfermés dans le tabernacle, ou portes, ou exposés à la vénération des fidèles dans une cérémonie du culte. L'expiation était extrême : c'était la peine de mort lorsque la profanation avait été commise publiquement; en outre, reculantde deux siècles, la loi avait ajouté à la peine capitale l'ancien cérémonial de l'amende honorable qui devait précéder l'exécution. Si la condition aggravante de la publicité faisait défaut, la peine du sacrilège était abaissée d'un degré et réduite aux travaux forcés à perpétuité. Cette loi atroce ne passa pas sans discussion. Dans la Chambre des députés, le projet fut combattu avec véhémence par des orateurs animés d'un esprit fort différent. Benjamin Constant le repoussait au nom des droits de la libre pensée; Royer-Collard le combattit au double point de vue des principes de 1789 et de cette tradition janséniste et gallicane dont il était le plus énergique représentant. L'argumentation de Royer-Collard a laissé sa trace dans la discussion. Cette argumentation était pressante, et l'autorité en était d'autant plus forte que l'orateur ne parlait pas en libre penseur, à beaucoup près, mais en chrétien, en croyant pénétré de la sainteté du mystère eucharistique : « Vous croyez avoir défini le sacrilège, disait-il en substance, parce que vous avez déclaré qu'il consiste dans la profanation de l'hostie consacrée. Vous n'avez rien fait encore ; il faut aller plus loin et définir ce qu'est l'hostie consacrée elle-même ; il faut dire qu'elle est l 'Homme-Dieu i.t confesser législativmnent le dogme de la présence réelle. Vous n'allez pas jusque-là! Vous n'avez pas jusqu'au bout la logique et le courage de votre loi I Pourquoi cela? Parce que vous sentez que vous ne pouvez faire législativement un acte de foi, un acte de foi coercitive et s'imposant même aux dissidents par des sanctions pénales redoutables. Vous comprenez cela; vous comprenez en conséquence que votre loi est inconstitutionnelle comme violatrice de la liberté de conscience ; qu'elle ne se borne pas à protéger la religion comme institution sociale , mais qu'elle la protège et l'impose comme article de foi. » La loi fut votée, mais sans qu'on eût répondu à cette critique réellement irréfutable.
Parallèlement au sacrilège proprement dit ou au premier chef, la loi de 1825 contenait quelques dispositions secondaires et d'un intérêt à peu près égal pour les différents cultes. L'article 261 du code pénal ne punissait les troubles apportés aux exercices religieux qu'autant que les actes de perturbation avaient été commis dans l'enceinte des temples. La loi de 1825 frappa de la même peine les actes de perturbation qui se produisaient en dehors de l'enceinte consacrée, par des danses, par exemple, ou autres réunions tumultueuses à proximité des églises ou des temples. La peine des vols commis dans l'intérieur de ces édifices fut aggravée ; un surcroît de pénalité fut
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également édicté relativement au délit de dégradation des monuments et en général des choses vouées à un usage public, lorsqu'il s'agissait d'objets Se rattachant, de près ou de loin, à l'exercice d'un culte. Ainsi, la pénalité exceptionnelle de la loi de 1825 fut appliquée au fait de la dégradation d'un tronc fixé au socle d'une croix de pierre sur un chemin public.
La charte de 1830 abolit de nouveau le principe de la religion d'Etat et rendit aux différents cultes leur égalité devant la loi." La chute de la législation de 1825 devait être l'inévitable conséquence- de ce retour aux principes de 1789 ; la loi du sacrilège fut abrogée par celle du il octobre 1830, et tous les cultes sans distinction furent ramenés au régime de protection égalitaire des articles 260 et suivants du code pénal.
Sacrilège (HISTOIRE ABRÉGÉE DO) Chez les
différents peuples et particulièrement en France, par L. F. du Loiret (Paris , 1825, 2 vol. in-8"). Cet ouvrage fut publié dans un moment où l'esprit clérical dominait la France, sous la Restauration. De tous côtés, les jésuites et les prêtres demandaient des garanties pour la religion; c'est à cette époque que furent présentées à la Chambre la loi relative à l'autorisation des communautés religieuses et la loi relative au sacrilège.
Dans une première partie, l'auteur examine ce que fut le sacrilège pour les nations païennes et les peines infligées à ceux qui s'en rendaient coupables ; il montre quelle fut la cruauté du paganisme contre les contempteurs de ses dieux. Socrate meurt comme coupable de sacrilège, et c'est comme tels qu'on poursuit les premiers chrétiens. Cependant ils ne profitent pas de cette grande leçon, et lorsque le christianisme est lui-même devenu la religion de l'Etat, des peines non moins sévères sont édictées contre les sacrilèges. Il serait impossiblede compter les victimes de ces édits sanguinaires, car il faudrait pour cela faire le dénombrement de tous ceux qui ont été mis à mort comme hérétiques ou schismatiques ou pour avoir offensé la divinité. Une des plus illustres victimes de ces lois inhumaines fut, dans le siècle dernier, le chevalier de La Barre. Sous la Révolution, toutes les cruautés légales sous prétexte de religion disparurent, et le code de 1810 gardait le silence sur les délits religieux.
Mais lorsque le clergé eut recouvré son influence, il s efforça de les introduire de nouveau dans la législation. Dans ce but, on proposa la loi sur le sacrilège. C'est à faire l'historique de cette loi qu'est consacrée la seconde partie de l'ouvrage. En 1824 , un projet de loi relatif à la punition des vols d'objets sacrés avait été adopté à la Chambre des pairs par 136 voix contre il. Ce succè-i encouragea le ministère à demander davantage, et en 1825 le garde des sceaux présenta à la Chambre des pairs une nouvelle loi répressive contre le sacrilège, où l'on proposait de punir non-seulement le vol des objets sacrés, mais aussi leur profanation. Dans l'ardeur de son zèle religieux, il assimilait le sacrilège au parricide et proposait contre ceux qui commettraient des voies de fait sur les vases sacrés les mêmes peines que contre les enfants assassins de leur père. Cette loi agita profondément la France j attaquée à la Chambre des pairs à divers points de vue par le comte Mole, le comte de Bastard, le duc de Broglie, le comte Lanjuinais, le baron de Barante, le baron Pasquier et Chateaubriand, elle fut défendue par MM. de La Bourdonnaye, de Villefranche, de Bonald, de Chastellux, de Fitz-J aines et de Pontécoulant. Elle fut adoptée dans son ensemble par 127 voix contre 92. A la Chambre des députés, le projet de loi, soutenu par MM. de Berthier, de Chenevaz, Miron de l'Epinay, Kigarol et Lecaze, fut attaqué comme insuffisant par M. Duplessis- Greuedan, et pour des motifs entièrement opposés par MM. Bourdeau, Devaux, Royer- Collard, Bertin de Vaux , Chabaud-Latour et Benjamin Constant. L'auteur a reproduit les discours de tous les orateurs opposés au projet de loi,
SACR1LÉGEMENT adv. (sa-kri-lé-je-man- — rad. sacrilège). D'une manière sacrilège: Communier sacrilégkment.
SACRIPANT s. m. (sa-kri-pan — nom d'un personnage que l'Arioste avait emprunté à Boïardo). Rodomont, tapageur, faux brave : C'est un sacripant, un vrai sacripant.
Cherchons ce sacripant, frûttons.le comme un diable.
Grahdval.
Le sacripant quitte sa fraise,
Son haut-de-chausses, son manteau.