V. Sedhiou
SEGMENT s. m. (sè-gman — lat. segmentuni; de secare, couper). Géom. Portion de figure définie : La perpendiculaire abaissée du sommet de l'angle droit sur l'hypoténuse est moyenne proportionnelle entre les Segments de l'hypoténuse. Il Surface limitée par une portion de courbe et la corde qui la soustend : Segment de cercle, d'ellipse, a hyperbole. Il Portion de volume limitée par une surface courbe et un ou deux plans sécants : SEG- MENT sphérique. Segment d'ellipsoïde, de paraboloïde.
— Encycl. Géom. Un segment est habituelment limité par une droite s'il s'agit d'une figure plane, par un plan s'il s'agit d'une surface courbe ou d'un volume. Un segment de cercle est la portion du cercle comprise entre un arc et sa corde; il en est de même d'un segment de courbe quelconque, segments d'ellipse, d'hyperbole, de parabole, etc. Un segment de courbe peut aussi être compris entre deux cordes parallèles. Un segment de sphère est la portion du volume de la sphère comprise entre un plan sécant et la calotte ou zone qu'il détache; il en est de même d'un segment de volume courbe, segments d'ellipsoïde, d'hyperboloïde, de paraboloule, etc. Un segment de volume peut aussi être compris entre deux plans parallèles. Le segment de cercle est la différence entre le secteur qui comprend le même arc et le triangle au centre ayant pour base la corde qui limite le segment. En désignant par x la distance du centre à la corde, la mesure du segment est
- R' arc cos x VR' — x1.
Le segment sphérique est équivalent à la somme d'une sphiis qui aurait pour diamètre la hauteur du segment et de deux cylindres, qui auraient la moitié de la hauteur du segment pour hauteur commune et ses deux bases.
Les segments d'une courbe ou d'un volume sont les parties que l'on se propose de déterminer dans la quadrature de la courbe ou la cubature du volume. Si la courbe ou le volume sont limités de toutes parts, on passe des segments à la surface totale ou au volume total en étendant le segment jusqu'aux deux extrémités.
SEGMENTAIRE adj. (sè-gman-tè-re — rad. segment). Qui est formé de plusieurs segments.
SEGNER (Jean-André de), naturaliste et mathématicien allemand, né à Presbourg eu 1704, mort en 1777. Il étudia la médecine et les mathématiques à Iéna, exerça la médecine d'abord à Presbourg, puis à Debreczin et, n'ayant point réussi, accepta une place do professeur suppléant de mathématiques i.
l'université d'iéna. Successivement professeur de philosophie dans cette dernière ville, professeur de mathématiques et de sciences naturelles à. Gœttingue, conseiller privé à l'université de Halle, il reçut du gouverne-
SEGO
ment prussien des titres de noblesse comme hommage rendu k ses talents et, en dernier lieu, fut nommé titulaire d'une chaire de physique et de mathématiques. Ses principaux ouvrages sont : Invitatio ad lectiones phitosophiœ naturalis expérimentait* publicas (Gœttingue, 1741, in-4°); E Iementa arithmeticœ et geometrix (Gœttingue, 1739, in-8°); Spécimen logics (léna, 1740, in-8°) ; E Iementa analysées finitorum (Halle, 1758, in-8«); Elementa analyseos infinitorum (Halle, 1761, 2 vol. in-80) ; Leçon) astronomiques (Halle, 1775, 2 vol. in-so).
SEGNERI (Paolo), prédicateur italien, né à Netiuno en 1624, mort à Rome en 1694. Il entra chez les jésuites, professa quelque temps ta grammaire, puis prêcha dans les principales villes d'Italie. Orateur populaire, imagé, violent, plein de passion et d'enthousiasme, Segneri acquit une telle influence sur la multitude que le Vatican s'en émut etqu'Innocent XII appela le jésuite à Rome avec le titre de prédicateur ordinaire du pape. Sur les beaux esprits du haut clergé, sa parole ne produisit pas la même impression que sur les campagnards; aussi le confiiia-t-ori dans le poste de théologien de la pénitencerie et d'examinateur des évêques, fonctions dont il se démit en raison de sa surdité. On lui doit, entre autres écrits : la Concordia tra la fatica e la quiète (Venise, 1680, in-4°); II Cristiano istruito (Florence, 1686, 3 vol. in-40); Il Pénitente istruito (Venise, 1691, in-12); Il Parochio istruito; La Manna dell' anima {Venise, 1693, 3 vol. in-12). Les ouvrages du Père Segneri ont été réunis à Venise (1712, 4 vol. in-4").
SEGNERI (Paolo), dit le Joaoe, prédicateur italien, neveu du précédent, né à Rome en 1673, mort à Sinigaglia en 1713. Il entra chez les jésuites et se livra k la prédication à Florence, à Modène et à Bologne ; sa voix éloquente détermina de nombreuses conversions. On cite, parmi ses plus beaux triomphes, l'abjuration du prince Frédéric, fils aîné d'Auguste 1er, roi de Pologne. Les œuvres de Sefneri le Jeune ont été réunies sous le titre 'Opère posthume (Bassano, 1795, 3 vol. in-8°).
SEGN1 (Bernard), historien, helléniste, diplomate italien, né à Florence vers la fin du xve siècle, mort en 1558. L'abord partisan zélé de la liberté florentine, il se rallia ensuite à Cosme de Médicis, qui le cliargea de Plusieurs missions. L'Académie délia Crusca élut pour son consul. Outre des traductions de quelques traités d'Aristote, on a de lui : Storie florentine daW anno 1527 al 1555, publiées pour la première fois en 1723. Cet ouvrage ne manque pas de mérite ; mais les détails minutieux dont il est surchargé le font ressembler à une chronique plutôt qu'à une histoire proprement dite.
SEGNI (Lothaire de), pape. V. Innocent III.
SEGNO s. m. (sé-gno; gn. mil. — mot ital. qui si^mf. signe). Mus. Al segno, Au signe, reprenez à partir du signe indiqué.
SEGO, lac de la Russie d'Europe, dans la partie septentrionale du gouvernement d'Olonets, entre le lac Onega au S. et le lac Vigo à l'E., dans lequel ses eaux s'écoulent. Le lac Sego mesure 45 kilom. de longueur sur 36 kilom, de largeur.
SEGO, ville de l'Afrique centrale, dans la Nigritie, capitale du haut Bambara, sur les deux rives du Kouara ou Niger, par 130° 5' de latit. N. et 70 35' de longit. O. ; 30,000 b'ub. Visitée par Mungo-Park à la fin du xvmo siècle. La ville est divisée en quatre quartiers, dont deux sur la rive droite et deux sur la rive gauche du fleuve; la partie de Sego située sur la rive droite est entourée de murailles en terre. Les rues, étroites et peu régulières, soni bordées de maisons en terre, de forme carrée et à toits plats et presque toutes badigeonnées en blanc On y trouve plusieurs belles mosquées et de vastes bazars, entrepôts du commerce de l'Afrique centrale.
SEGOBR1GA, ville de l'Espagne ancienne, dans la ïarraconaise, au N.-O. de Sagonte, chez les Edétans. C'est actuellement la ville de Segorbe.
■ SEGOBRIGES, en latin Segobrigii, ancien peuple de la Gaule, d'origine ligurienne. Il habitait te territoire de Marseille avant l'arrivée des Phocéens.
SEGODUNUM, ville de la Gaule, dans l'Aquitaine Ir6, capitale des Rutènes, sur l'emplacement de la ville moderne de Rodez.
SEGONTIA, ville de l'Espagne ancienne, dans la Tarraconaise, chez les Arévaques. C'est aujourd'hui Siguenza. Pompée et Metellus y livrèrent à Sertorius une bataille indécise, l'an 75 av. J.-C.
SEGONT1AQDES, en latin Segontiaci, peuple ue l'ancienne lie de Bretagne, voisin des Trinobantes. Il habitait la contrée située au N. du Hampshire actuel et au S.-O. du comté de Berks.
SKGONTIUM, ville de l'ancienne lie de Bretagne, chez les Ordovices, sur la côte, en face de l'île Mona (Anglesey). Aujourd'hui CAR-
NARVON.
SEGONZAC, bourg de France (Charente), ch.-l. de cant., arrond. -et à 13 kilom. S.-K. de Cognac, à l'entrée d'une vaste plaine ; pop, ■tiggl., 620 halj. — pop. tôt., 2,880 hab. Fa-
SEGO
bricatton d'eau-de-vie renommée. Commerce de oestiaux et grains. Belle église paroissiale du xvie siècle, surmontée d'un élégant clocher.
SÉGOR, nommée Bala dans l'origine, ville de la Palestine ancienne , près de la rive S.-E. de la mer Morte. Elle fut la seule des villes de la vallée de Siddim que Dieu, suivant la Bible, épargna, à la prière de Loth, lorsque le feu du ciel tomba sur Sodome. Elle eut, vers le i«r siècle de notre ère, une garnison romaine et fut dans les premiers temps du chistianisme le siège d'un évêché; au moyen âge, elle fut appelée Zoghnr ; elle porte actuellement le nom de Ghor-Zafiéh et est habitée par quelques familles arabes.
SEGORA, ville de la Gaule ancienne, dans l'Aquitaine Ile, chez les Pictaves. C'est aujourd'hui Bressoire, d'après les calculs de d'An ville.
SÉGORAGE s. m. (sé-go-ra-je). Féod. Droit féodal qui consistait dans le prix de la cinquième partie des bois que vendaient les vassaux, et qui devait être payé au seigneur avant la coupe de ces bois.
— s. f. Comm. Laine d'Espagne qui vient de Ségovie.
SEGORBE, l'ancienne Segobriga, ville d'Espagne, province et à 42 kilom. O. de Castellon-de-la-Plana, sur le Murviedro; 6,207 hab. Evêché suffrugant de Valence. Fabriques d'amidon, papier, eau-de-vie, poterie; aux environs, mine de plomb et carrières de marbre. Cette ville, bien bâtie, aux rues larges et bien pavées, renferme quelques beaux édifices, entre autres la cathédrale, le palais épiscopal et quelques fontaines publiques. Elle fut conquise sur les Maures en 1245 par Jacques 1er d'Aragon , et occupée par les Français en 1812. Elle est titre d'un duché appartenant à la maison de Medina-Cœli.
SEGOVKLLANI, peuple de la Gaule. V. Se-
GÀLAUNI.
SEGOV1A (Jean de), peintre de marine, né dans les premières années du xvii» siècle. Il se rendit à Madrid vers 1650 et y peignit des toiles remarquables par leur coloris, par leur élégance et par la vérité avec laquelle le peintre a rendu tout ce qui tient à la forme des vaisseaux et de leurs agrès. Le défaut reproché aux tableaux de Segovia est l'incorrection du dessin.
SÉGOVIE, en latin Segovia et Segubia, ville d'Espagne, chef-lieu de la province de son nom, à 78 kilom. N.-O. de Madrid, sur un roc élevé, près de la rivière d'Eresma, par 40° 55' de latit. N., 6« 27' de longit. O.; 13,000 hab. Evêché suffragant de Tolède, école de cadets d'artillerie, séminaire, hôtel des monnaies, fonderie de canons, manufactures de draps, lainages, papier; tisseranderies, verrerie, ouvrages d'or et d'argent. Aux environs, mines de cuivre. L'industrie et le commerce de Ségovie étaient autrefois beaucoup plus importants qu'aujourd'hui.
Ségovie, bâtie à 924 mètres d'altitude, conserve encore son antique ceinture de murailles. Au delà de ces murailles, d'importants faubourgs s'étagent sur les pentes. Cinq portes principales, pratiquées dans les murailles, hautes de 10 mètres , crénelées et flanquées de quatre-vingt-trois tours, donnent accès à la ville.
Ségovie, dont une légende essaye de faire remonter l'origine à Hercule, est une ville fort ancienne. Etape de la domination romaine en Espagne, elle devint capitale au temps de la conquête arabe et conserva un rang important après le triomphe du christianisme dans cette contrée. Le roi Alphonse le Sage en fît notamment sa résidence favorite, et ce fut là qu'il composa ses célèbres tables astronomiques. 11 est peu d'événements, pendant le xuie, le xivo et le xv» siècle, qui n'aient eu à Ségovie leur contrecoup. La ville, plus heureuse que beaucoup de ses anciennes rivales, a conservé les monuments que lui ont légués ses maîtres successif*; nous les passerons en revue ci-après. Mais le commerce y est à peu près nul. La fabrique de dra^s, si célèbre jadis et qui produisait annuellement jusqu'à 25,000 pièces, en livre à peine 200 aujourd'hui. Son hôtel des monnaies, autrefois un des plus considérables de l'Espagne, conserve encore cependant la fabrication des cuartos de cuivre.
— monuments. Bien que la cathédrale de Ségovie mérite peut-être la première place au point de vue véritablement monumental, nous parlerons tout d'abord de l'aqueduc, nous conformant à l'ordre chronologique. L'aqueduc de Ségovie est, en effet, une des plus majestueuses constructions que nous ait léguées l'art antique; en outre, point essentiel à noter, il continue encore aujourd'hui à remplir l'emploi auquel il fut destiné jadis. C'est assez dire son inébranlable solidité. L'eau, sortant à 17 kilomètres environ de la ville, parvient, par des canaux habilement tracés, jusqu'à la tour dite du Caseron. Là commence l'aqueduc proprement dit. Tout d'abord se présente un massif de maçonnerie, long de 772 mètres, portant la conduite d'eau et aboutissant à un réservoir où l'eau dépose les sables entraînés par elle. De ce réservoir part une succession d'arches, au nombre de cent dix-neuf, couvrant sur la vallée une longueur de 818 mètres etnes'arrêtant qu'à l'Alcazar, La hauteur de ces arches, qui varie selon les accidents de terrain, est de 7 mètres au
SEGO
point de départ et de près de 29 mètres à certains endroits. Elles sont divisées en doux étages sur une étendue de 276 mètres. La construction tout entière, d'une hardiesse et d'une légèreté peut-être sans rivales en Europe, est en pierres sombres, polies avec un tel soin qu'elles ont pu être posées à sec, sans mortier ni ciment. Un détail achèvera de montrer la perfection de la bâtisse romaine : quelques arcades ayant été abattues pendant les guerres presque continuelles du xve siècle, les habitants de Ségovie en obtinrent la reconstruction d'Isabelle la Catholique. Mais moins de trois siècles plus tard, Cette reconstruction fléchit et nécessita do profondes réparations. L'œuvre des Romains, au contraire, demeura immuable. En 1808, un mot resté historique échappa au maréchal Ney qui visitait 1 aqueduc. Parvenu devant la partie moderne : « C'est ici, dit-il, que commence le travail des hommes. » Le maréchal ne se doutait pas que les Espagnols partageaient d'instinct son opinion : l'aqueduc de Ségovie es.t communément désigné par eux sous le nom de pont du Diable.
La première cathédrale de Ségovie, antique édifice du xi» siècle, n'existe plus. La cathédrale actuelle, due à Alphonse VI, est un des plus beaux monuments gothiques de l'Espagne; ses proportions mesurent 113 mètres de long et 56 de large; la plus grande de ses trois nefs a 33 mètres de voûte et la coupole atteint 67 mètres. L'ornementation est presque entièrement gothique, bien que la date de reconstruction de l'édifice soit le xvie siècle. Le maître-autel, l'autel de la Capilla-Mayor, celui du trascoro (arrière-chœur) sont de marbre d'un grand prix, ainsi, du reste, que la plus grande partie du pavage du temple. Les chapelles, fermées de grilles de fer artistement ouvragées, contiennent presque toutes des oeuvres dignes d'attention. Mais la plus remarquable et celle sur laquelle il convient d'insister, c'est le grand tableau placé dans une chapelle du coté gauche et désigné sous le nom de la Piedad de Juni (Juin, sculpteur de Valladolid, vivait vers 1570). Don Juan-Pascal Meudoz a fait de cette œuvre du premier ordre une description dont nous empruntons la traduction à M. Germond de Lavigne : « Au premier plan et presque sur la table de l'autel, le corps du Christ est étendu sur un drap. Il porte les traces de toutes ses souffrances, et cependant il n'y a rien qui porte atteinte à la majesté et à la beauté divines; le peintre a fermé et essuyé ces plaies sanglantes que d'autres laissent voir pour exciter l'horreur. La victime est pâle ; son corps repose sans rigidité, avec une apparente souplesse, excitant la pitié et provoquant des larmes d'attendrissement. Joseph soutient la tête et les épaules du corps, et regarde avec une profonde expression Marie qui , un genou posé sur le sol et l'autre à moitié relevé, soutient aussi le corps de son divin fils. Rien n'est admirable comme cette pose extatique, comme ce visage illuminé de beauté et de majesté où s'imprime une affreuse douleur, ces regards immobiles et secs arrêtés sur la poitrine déchirée du Christ, ces bras ouverts, ces lèvres sans mouvement, cette gorge serrée où la parole semble retenue et qui se gonfle sous les sanglots. Salomé, pâle et accablée de douleur, n'ose pas regarder la Mère du Seigneur; le disciple bien-aimé s'approche pour soutenir Mûrie qu'il craint de voir tomber évanouie sur le cadavre ; Madeleine meurtrit son beau visage , ses yeux sont las de pleurer et ses mains n'ont pas de force pour porter le vase qui contient le saint baume. Nicodème regarde ce groupe douloureux et semble demander qu'on le laisse enlever le corps pour le porter à sa sépulture. Les petits anges pleurent au-dessus de la croix, les soldats semblent touchés de compassion. Au loin, on aperçoit la malheureuse Jérusalem, et, du milieu des nuages, Dieu lu Père bénit cette scène douloureuse. » L'auteur de cette éloquente description ajoute que, si, au lieu d'être quasi enfoui dans une chapelle sans lumière, ce magnifique ouvrage était à Paris ou à Rome, il y serait autant admiré que le Spasimo de Sicitia (Portement de croix) de Raphaël ou que la Descente de Croios de Mengs.
Les cloîtres, dont la construction remonte à 1524, renferment plusieurs sépultures célèbres, celles, entre autres, des anciens évoques de Ségovie, de l'infant don Pedro, dis de don Henri de Transtamare et d'une juive nommée Maria Saltos, qui, accusée faussement d'adultère et condamnée à se précipiter du haut des rochers de la Grageras, glissa doucement jusqu'au bas sans se faire le moindre mal. On considéra la chose comme un miracle : Maria Saltos fut réhabilitée et plus tard enterrée dans le cloître, comme nous l'avons vu (1237).
Il est temps de dire quelques mots de l'Alcazar, l'un des plus beaux monuments de Ségovie avant le désastreux incendie qui, le 7 mars 1862, en a fait une ruine. L'Alcazar de Ségovie fut élevé vers la fin du xi« siècle par Alphonse VI, le même dont il e=t question dans la légende du Cid. Alphonse VI, contraint par son frère don Sauche le Fort à chercher un refuge chez les Maures, employa les loisirs de son exil à étudier le système de construction des infidèles et en particulier de celle de l'Alcazar de Tolède. Son premier soin, de retour en Espagne, fut d'é-
SEGR
lever à Ségovie, d'après ses souvenirs et ses idées propres, l'Alcuzar do celte ville. Autant qu'on peut encore en juger après ie sinistre dont nous avons parlé ci-dessus, l'Alcazar de Ségovie se compose d'une suite de tourelles crénelées entourant une grosse tour carrée centrale, dont la plate-forme est également flanquée de tourelles. Il a longtemps servi de prison d'E.at, et Le Sage y place captif Gil Blas, son héros. L'intérieur, dont il ne reste plus trace aujourd'hui, présentait un grand intérêt historique. « On y trouvait, dit M. Germond de Lavigne, des appartements décorés de mosaïques et de peintures bien conservées; la eha|>e!le, qui renfermait de belles arabesques; la salle del Cordon, ainsi nommée parce que ie cordon de saint François était ligure dan.', la frise qui l'entourait; enfin, le grand salon des Rois, entouré d'un lambris doré dont la partie supérieure offrait une collection de cinquante-deux statues en bpis peint et de grandeur naturelle des anciens rois d'Oviedo, le Léon et de Castille, depuis Pelage jusqu'il la reine Jeanne, morte en 1555, et après laquelle commençait la dynastie autrichienne. A ce royal curtége, on avait ajouté les images de deux guerriers célèbres, le comte .^ernand Gonzalès et le Cid. • Une école d'à itillerie occupait depuis près d'un siècle les divers bâtiments de l'Alcazar, lorsque éclata en 1862 l'incendie qui a réduit, pour ainsi dire, ce magnifique édifice à l'état de souvenir.
Enfin nous mentionnerons successivement : le Musée provincial, fort médiocre et qui est installé dans le pala s épiscopal; le couvent de Santa-Crtiz-la-Ktal, fondé par Ferdinand et Isabelle; San-Juar et ses mausolées; San- Martin et son portail gothique; San-Estebau et sa tour-, la Casa de Segovia, qui passe pour la plus ancienne maison de la ville; la maison du marquis del Arco et son patio surchargé de sculptures représentant des groupes de tofos les âges; la Casa de los Picos (maison
i des pointes) , bizarrti construction qui doit son nom aux saillies aiguës ménagées entre
: chaque pierre, etc.
j Hors de la ville, il faut encore citer : la Vera-Cruz, ancienne église des templiers,
; construite sur le mod'ile du temple du Saint- Sépulcre de Jérusalem et dans le style go-
1 thique; puis l'église des Hiéronyinites del Parral, fondée en 1447 et enrichie par un grand nombre de souverains de l'Espagne. Les bâtiments de l'ancien couvent qui en dépendait sont assez ben conservés. De vastes et magnifiques jurdins s'étendent alentour, justifiant lu proverbe du pays :
Las huertas del Parral, Paraiso larrenal.
« Jardins du Parral, paradis terrestre, a
SÉGRAIRIE s. f. (sé-grè-rî). Eaux et for. Bois possédé par indivis ou en commun, soit avec l'Etat, soit avec des particuliers.
SÉGRAI9 s. m. (sé-ghrè — du lat. segregatus, séparé). Enux H for. Bois sépare des grands bois, et qu'on exploite à part.
SEGRA19 (Jean Recuauld de), poète français, né à Caen en 1624, mort à Paris en 1701. Il fit ses études jhez les jésuites et fut d'abord destiné à l'èt.u ecclésiastique; mais il préféra s'adonner à la littérature. 11 composa d'abord un poème d'AfAis, où déjà se font jour ses tendances pastorales et bucoli-
?ues; dans cette oeuvie de jeunesse, il transonne en une sorte il Arcndie ou de vallée de Tempe une petite localité normande et y place des bergers de Virgile; un roman intitulé Bérénice (1648-16M, 4 vol. in-80) et une tragédie ù'Hippolijte, qui n'a pas été imprimée., complétèrent ses premiers essais. Le comte de Fiesque s'étmt intéressé au jeune auteur l'amena à Paris et lui fit obtenir en 1648 la place de secrétaire et de gentilhomme ordinaire de la duché ;se de Monipetisier. Il exerça ces fonctions jusqu'en 1672, ce qui ne l'empêcha aucunement de cultiver les lettres et de publier succossi\emt:nt : les Nouvelles françaises ou Divertissements de la princesse Aurèlie (Paris, 16J6-1C57, 2 vol. in-8») ; Pnèsies diverses (1058,111-4'»); le Tolédanu\x Histoire romanesque de don Juan d'Autriche (1659, 5 vol. in-8°); il donna aussi en 1608 la traduction des premiers chants de l'Enéide. Quatre ans auparavant, l'Académie française l'avait élu en remplacement de Boisrobert. S'étant brouillé avec la duchesse de Montpensier, il trouva en 1672 une place équivalente auprès de Mon* de La Fayette et aida certainement celie-ci dans la composition de la Princese de Clones, dont la première édition (1678, in-12) parut sous le nom de Segrais;' ajoutons qu'il avait aussi mis son nom aux deux rotinns attribués à la duchesse de Montpensie' : helalion de l'île imaginaire et la Princesse de Paphlagonie (1659, in-12). C'est dans ses Poésies diverses, rééditées d'une façon ilus complète après la mort de l'auteur (Amsterdam, 1723, 2 vol. in-! 2), que se trouvent les Eglogues, auxquelles Segrais doit lit meilleure partie de sa renommée littéraire. Elles sont moins artificielles que la plupart des compositions de ce genre, et André Chénier, qui les a certainement surpassées, les estimait assez pour se les proposer comme modèles. Il y a aussi un certain souffle lyiique dans les odes adressées à Chapelain, x Ménage et au comte de Fiesque, Segrais se retira en 1676 dans sa ville na-
SEGR
taie, y épousa une riche héritière et réunit autour de lui un petit groupe d'hommes distingués avec le concours desquels il réorganisa l'Académie de Caen, qui avait été détruite en 1674, et qui est devenue la Société des antiquaires de Normandie, une des plus sérieuses Académies provinciales. El avait refusé la charge de gouverneur du duc du Maine, que lui offrait M"16 de Maintenon, pour se livrer, dans le repos, à la culture des lettres, et mit alors la dernière main à la traduction de l'Enéide et des Géorgiques (1681, 2 vol. in-8°); il réunit aussi les éléments des deux volumes de Mélanges qui parurent après sa mort sous le titre de : Segresiana ou Mélanges de littérature.
SÉGBAYER s. m. (sé-grè-ié — j-ad. seqruis). Eaux et for. Propriétaire d'un huis possède par indivis.
SEGRE, ville de France (Maine-et-Loire), chef-lieu d'arrond. et de canton, à 36 kiloin. N.-O. d'Angers, sur l'Oudon et la Verzée ; pop. aggl., 2,140 hab. — pop. tôt., 2,861 hab. L'arrondissement comprend 5 cantons, 61 communes et 65,109 hab. Tribunal de ire instance; justice de paix. Teintureries, tanneries; fabrication de serges. Commerce de vins, bestiaux, porcs, moutons, chevaux, volailles, beurré, céréales. Exportation active (jar l'Oudon, qui y devient navigable.
L'origine de Segrè se perd dans la nuit de l'histoire, dette ville fil au moyen âge partie du douaire de Bérengère, femme de Richard Cœur de Lion (1199). Elle forma ensuite une des annexes les plus constantes de la seigneurie de Craon. Elle fut prise eu 1066 par Conan II, duc de Bretagne, et en 1422 parles Anglais. Ces derniers détruisirent 10 château que Segré possédait depuis plusieurs siècles, mirent la ville k contribution, retinrent ses principaux habitants comme otages, en un mot réduisirent Segré au plus complet dénûnient. Comme ils s'éloignaient après leurs exactions, le comte d'Aumale les poursuivit et, les ayant atteints k La Brossinière, leur livra un sanglant combat. Tous furent tués, k l'exception d'un très-petit nombre, et leur commandant, Jean de La fouille, tomba au pouvoir du vainqueur. Cette victoire rendit a Segrè ses otages et tout le butin que l'ennemi lui avait enlevé. Pendant les guerres de religion, les ligueurs de l'Ouest s'emparèrent de Segré et reconstruisirent son château (1591). Mais, après la pacification de la province, Henri IV s'empressa de faire abattre cette forteresse, dont il ne reste plus aujourd'hui que des ruines insignifiantes. On peut dire hardiment que Segrè ne doit sa fortune actuelle qu'à la position inattendue que lui a faite la nouvelle division territoriale et administrative de la France.
— Monuments. L'église Notre-Dame de Segré, édifice du roman de transition, présente un plan dont le style est fort remarquable, et qui consiste dans une nef sans latéraux, terminée reetaugulairement à ses deux extrémités. Elle mesure dans son plan une étendue de 36 mètres sur 7. Le vaisseau se divise en cinq travées avec voûtes en moellons de blocage, séparés par des arcs-doubleaux ogives que supportent des pilastres à demi-colonnes, adossés aux murs butés par de vigoureux contre-forts. A droite et à gauche s'élèvent des colonneties qui reçoivent les nervures des arcatures. Uue seule fenêtre donne de chaque côté le jour aux travées; mais la dernière, à l'extrémité orientale, possède six fenêtres disposées deux a deux sur les troi3 faces. Euliu, au-dessus du point central des cinq voûtes se dressa une tour que terminent deux pignons et un toit à deux eaux. La façade, composée d'une porte ogive avec jambages ornés de trois colonneties à baie attique et chapiteaux ornés de feuillages larges, et de tailloirs k dents de scie, présente une voussure formée de trois tores et une archivolte gurnie de crucifères aux feuilles lancéolées et disposées en sautoir. Une fenêtre ogive assez grande, avec tore profilé aux jambages et aux cintres, et dont les claveaux, un peu épais et symétriques, sont entourés d'une archivolte k dents de scie, surmonte le tout.
SÈGilE, en latin Sicoris, rivière de France et d'Espagne, formée dans le département des Pyrenees-Urientaies par la réunion de plusieurs petits ruisseaux au pied du pic de Sègre (2,795 mètres). Elle coule au S.O., baigne le territoire de la commune de JSuillagou^e, entre ensuite eu Espagne, province de ISarcelone, arrose la province de Leriua, par Uigel, Balaguer, Lenua, et se jette dans l'Ebre, uu peu au-dessous de Mequinenza, après un cours de 240 kilom.
SÉGRÉGATIF, IVB adj. (sé-gré-ga-tiff, i-ve — lai. aeyiegatiaus; de seyregare, séparer. V. ségrégation;. Qui divise, qui sépare plusieurs objets.
SÉGRÉGATION s. f. (sé-gré-ga-si-on — latin seyreyaiio ; de se, préfixe marquant l'éc;ai teiiiciu, l'action ne mettre k part, et de yrex, troupeau. Le mot seyregaliu signifie doue proprement action u'e- auer du troupeau, et au ligure action de séparer une personne ou une chose d'un tout dont elles font partie).' Action de meure à, part, de séparer d'un tout, d'une musse.
SÉGRÉGAT1VEMENT adv. (sé-gré-ga-tive-mun — rad. ségrégatif). D'une manière ségrégative, séparément, l'un après l'autre ;
SEGU
Les voix prises par masse et collectivement vont toujours moins directement à l'intérêt commun que prises segrégativement et par individu. (J.-J. Kouss.)
SÉGRÉGER v. a. ou tr. (sé-gré-jé — lat. segregare, séparer. V. ségrégation. Prend un e après le g devant a et o .* Il ségrégea; nous ségrégeons). Séparer, mettre à part. Il Peu usité.
SÉGRÉYAGE s. m. (sé-gré-ia-je). Syn. de
SKGORAGE.
SEGRIS (Emile-Alexis), homme politique français, né à Poitiers le 4 mars 1811. Lorsqu'il eut fait son droit dansjsa ville natale, il alla se fixer à Angers, où il exerça avec succès la profession d'avocat et devint bâtonnier de son ordre. M. Segris était adjoint au maire d'Angers et membre du conseil général de Maine-et-Loire lorsque, en 1859, il se porta candidat officiel au Corps législatif dans la première circonscription de Maineet-Loire. Elu député et réélu au même titre en 1863, M. Segris vota contre l'abrogation de la loi de sûreté générale, appuya le gouvernement à propos de l'expédition du Mexique et fut le constant approbateur du gouvernement impérial jusqu au jour où le chef de l'Etat comprit l'impérieuse nécessité de modifier un système odieux, contre lequel l'opinion publique "commençait a protester avec énergie. A partir de ce moment, M. Segris se rangea parmi les libéraux timides qui se rapprochèrent de M. Emile Ollivier, devenu un des partisans de l'Empire. Réélit député en 1869, il fut un des signataires de l'interpellation des 116 et, lors de la formation du cabinet Ollivier (2 janvier. 1870), il reçut le portefeuille de l'instruction publique. Le nouveau ministre nomma une commission de hautes études, dont la présidence fut conférée à M. Guizot; révoqua M. Leverrier de ses fonctions de directeur de l'Observatoire (5 février), adressa en avril une circulaire aux préfets, relativement au service de l'instruction primaire ; ferma pour un mois l'Ecole de médecine, k la suite de manifestations qui s'y étaient produites contre le professeur Tardieu, et fut appelé, le H avril, à succéder k M. Buffet comme ministre des finances. Ce fut k ce titre qu'il fut chargé, au mois de juillet suivant, de l'emprunt de 750 millions, contracté par le gouvernement après la déclaration de guerre à la Prusse. A la suite de nos premiers revers, il se vit contraint de quitter le pouvoir en même temps que M. Emile Ollivier, le 9 août 1870. Depuis lors, il a vécu dans la retraite. Politique indécis, avocat distingué, M. Segris était au Corps législatif un des meilleurs orateurs de la majorité.
SEGUE (sé-ghoué — mot ital. qui signif. suis). Mus. S'emploie sur les partitions pour indiquer que l'on continue a exécuter ce qui suit, comme on a exécuté le passage précédent, bien que cela ne soit plus indiqué qu'en abrégé. Il Segue l'aria, Seyue l'allégro, Attaquez sans interruption l'air, l'allégro qui suit.
SÉGUIDILLE s. f. (sé-ghi-di-lle ; Il mil. — espagn. seyuidilla, même sens). Genre de chanson espagnole : Deux séguidilles commencent et terminent le poème. (Baiz.) Demandez! faites-vous servir! musette ou lyre. Romance tendre ou bien séguiditle en délire. Tu. DE BiM VILLE.
Il Air vif, à trois temps, avec une ritournelle. Il Danse qui s'exécute sur cet air. Il On dit aussi séguedille.
— Encycl. La seguidille est une sorte de variante du boléro. Les Espagnols en reconnaissent de deux sortes : les seguidillas boleras, ainsi appelées lorsque l'air en est chanté et que le chant est accompagné d'une guitare ; la grande difficulté dans celles-ci, pour les danseurs , consiste à reprendre en son temps le paseo ou promenade qui vient immédiatement après la première partie de l'air, dans le prélude de l'accompagnement qui précède Vestribilto ou couplet dans lequel se trouve enchâssée l'épigramme de la chanson ; les seguidtttus munckeyas, qui se dansent à quatre, six, huit ou neuf personnes, et qui sont beaucoup plus rapides dans leurs mouvements que les précédentes. Cette danse, extrêmement vive, qui a été léguée par les Maures à la province de la Manche, d'où elle s'est répandue dans toute l'Espagne, est eu geaude faveur chez le peuple, qui s'y abandonne avec un plaisir tout particulier. Th. Gautier a écrit, sous la titre de Séguidilles, quelques petites chansons d'un rhythme rapide, dans le goût de celles qui se chantent en Espagne pour accompagner la danse de ce nom. On ne trouve de séguidilles espagnoles que dans les recueils de poésies populaires.
SEGUIEB, nom d'une ancienne famille du Languedoc, qui, du XV» siècle jusqu'à nos jours, a fourni à la France un grand nombre de magistrats recommandables par leurs lumière» et même leur Courage, Les principaux personnages de cette famille sont :
SEGUIER (Martin), écrivain ecclésiastique français. 11 vivait au xvie siècle. Ou iguyre la date de sa naissance et celle de sa moi t. Martiu Séguier entra dans les ordres et devint conservateur des privilèges de l'Université. Nommé à deux reprises conseiller au
SEGU
parlement, il refusa d'accepter des fonctions qu'il regardait comme incompatibles avec ses devoirs de prêtre. 11 a publié plusieurs ouvrages, dont la plupart ont trait k des sujets religieux : Soupirs du bon pasteur (1570, in-8u) ; Prières du roi (1577, in-S°). Le plus important de ses écrits est intitulé : Epitre envoyée à un gentilhomme français étant en Allemagne (1580, in-$o),
SÉGDIER (Pierre), célèbre magistrat, frère du précédent, né k Paris en l504ymort dans la même ville en 1580. Il débuta comme avocat au parlement de Paris et ne tarda pas k s'y faire remarquer par la netteté et la concision de son langage. François I", qui l'avait distingué, le nomma en 1535 avocat à la cour des aides et chancelier de la reine Eléonore. En 1550, Henri II l'appela aux fonctions d'avocat général au parlement de Paris. Peu après, le roi ayant eu un différend, au sujet du duché de Parme, avec le pape Jules II qui menaça de l'excommunier (1551), Pierre Séguier, adversaire déclaré des empiétements de la cour de Rome, répondit aux menaces du pontife en faisant enregistrer par le parlement un édit qui défendait sous des peines sévères d'envoyer au pape de l'or ou de l'argent. La fermeté de son attitude lui valut d'être nommé en 1554 président à mortier. L'année suivante, il se rendit à Villers-Cotterels pour présenter k la cour des remontrances contre un édit qui établissait l'inquisition en France et que le parlement refusait d'enregistrer. Malgré la présence du cardinal de Lorraine et du connétable de Montmorency, malgré les avertissements et les menaces, il parla avec une respectueuse, mais inflexible énergie, émut le roi, déconcerta les ministres et préserva la France d'un infâme tribunal. Cette courageuse harangue, consignée sur les registres du parlement, appartient aux plus nobles pages de notre histoire nationale et elle a été publiée par Garnier dans la continuation de Velly (t. XXVII). Ce fut aussi Séguier que François II chargea de traiter de la fixation des limites entre le Dauphiné et le Piémont. Il se montra toujours d'une extrême modération lorsque les protestants furent traduits devant le parlement, et, après l'horrible massacre de la Saint-Barthéiemy , il s'attacha, dit Le Maistre, k « émouvoir le cœur du roi par des conseils pleins de douceur et de sagesse. » Ce grand magistrat, que Scévole de Sainte-Marthe appelait « l'une des plus bril- ! lantes lumières du temple des lois, » se démit de ses fonctions en 1578. Il avait coinposé un traité intitulé : De cougnitione Dei et sut (1636, in-12), qui a été traduit en français par Colletet. De son mariage avec Louise Boudet, il avait eu seize enfants, dont six fils : François , Pierre, Jérôme, Louis, Antoine et Juan. — François Séguier devint président aux requêtes et mourut en 1572. — Pierre Séguier succéda à son père comme président à mortier du parlement de Paris en 1578. Après l'assassinat de Henri III, il se rallia k la cause de Henri IV, k qui il rendit d'importants services. On a conservé un recueil manuscrit de ses harangues au parlement. — Jérôme Séguier devint grand maître des eaux et forêts. — Louis, Antoine et Jean ayant joué un rôle assez important, uou3 allons leur consacrer une courte notice.
SÉGU1EU (Louis), magistrat et ecclésiastique, quatrième fils du président Pierre. Il vivait uans la seconde moitié du xvie siècle, entra dans ies ordres, devint chanoine, puis doyen de Notre-Dame et fut nommé conseiller clerc au pailement de Paris. Lors de l'avénement de Sixte-Quiut, il fit un voyage à Rome avec l'évêque de Goncli (1585). Etant devenu suspect aux chefs de la Ligue, il fut jeté k la Bastille en 1589 et n'obtint sa liberté que moyennant rançon. Quelque temps après, le conseil des Seize le chassa de Paris. Louis Séguier se rendit auprès de Henri IV, s'attacha k lui persuader que Paris valait bien une messe, fut témoin de son abjuration et fit ensuite partie de l'ambassade qui se rendit auprès du pape pour obtenir l'absolution du rusé Béarnais. Henri IV le nomma à l'évêchu de Laon, qui conférait un siège k la pairie; mais, dépourvu d'ambition, Louis Séguier refusa, préférant continuer de rester k Paris.
SÉGDIER (Antoine), magistrat, frère du précèdent et cinquième fils de Pierre, né k Paris en 1552, mort dans la même ville en 1624. Entré de bonne heure dans la magistrature, il devint conseiller au parlement de Paris et maître des requêtes. En 1576, il accompagna, en qualité de surintendant de justice, le président de Mesmes en Provence pour y tempérer les rigueurs exercées parle parlement contre les calvinistes. De retour a Paria, Antoine Séguier fut nommé conseiller d'Etat. Quelque temps après , il retourna en Provence, chargé d'aider de ses conseils le gouverneur d'Epernon, et se fit remarquer en restant k Aix, décimée par la peste, pendant que d'Epernon et le parlement avaient quitté leur poste en toute hâte. Nommé avocat général et investi le premier du titre de premier avocat général, Séguier revint k Paris, resta attaché k la cause royale pendant la Ligue et, fidèle aux traditions paternelles, il se constitua l'énergique défenseur des droits et des libertés de 1 Eglise gallicaae contre les empiétements eje
SEGU
Rome. C'est ainsi que, sur ses conclusions, la bulle de Grégoire XIV, se disant pape, fut condamnée à être lacérée et brûlée par la main du bourreau (1591). 11 fut nommé président à mortier en 1597 et, l'année suivante, ambassadeur de Henri IV k Venise, où il parvint a détourner la république de donner son appui au duc de Savoie contre la France dans le conflit soulevé au sujet du marquisat de Saluées. Séguier présida ensuite la chambre créée en 1607 pour poursuivre les traitants qui s'étaient enrichis aux dépens de l'Etat et figura parmi les juges de la maréchale d'Ancre. Il se démit de sa charge de président à mortier en faveur de son neveu, le célèbre Pierre Séguier, fonda l'hospice de la Miséricorde pour les jeunes orphelins , et, comme il n'avait pas d'enfants, il légua en mourant toute sa fortune aux pauvres.
SÉGUIER (Jean), dit Séguier d'A.iirj., magistrat, frère du précédent, mort k Paris en 1596. Il était lieutenant civil lorsqu'il quitta Paris k la suite de Henri III. Apres la mort de ce prince, il se rendit auprès de Henri IV et contribua a lui faire ouvrir les portes de la capitale. Ce fut dans la maison qu'il occupait à Saint-Denis que fut signé le traité qui permit à ce prince d'entrer a Paris. Séguier reprit alors dans cette ville possession de son siège et s'attacha k faire disparaître les pamphlets et les écrits qui attaquaient le roi. Jean Séguier fut emporté par la peste en 1596. Il avait épousé Marie Tudert, née en 1567, et l'une des femmes les plus séduisantes de son temps. Henri IV lui rit inutilement la cour. Devenue veuve k vingt-neuf ans, elle éleva ses enfants, puis entra en 1615 chez les carmélites de la rue Saint-Jacques, où elle prit le nom de Marie de Jésus-Christ et mourut en 1638. De son mariage avec Jeun Séguier d'Autry, elle avait eu deux fils et deux filles : le chancelier Fierre -Séguier, dont nous allons parler; Dominique SÉGUIER, qui fut évêque d'Auxerre, puis de Meaux et premier aumônier du roi; la présidente de Gourûues, qui, devenue veuve, fonda uue maison de carmélites à Bordeaux; enfin, Jeanne de Jésus, successivement prieure k Pontoise, k Gisors et à Saint-Denis.
SÉGUIER (Pierre), chancelier de France, fils du précédent, né à Paris le 28 mai 15S8, mort k Saint-Germain-en-Laye le 28 janvier 1672. 11 fit de fortes études et eut pendant quelque temps l'idée de se faire chartreux , mais, ayant reconnu que sa vocation était insuffisante, il quitta le couvent où il s'était enfermé. Devenu membre du parlement de Paris en 1612, il épousa en 1615 la fille do Fabri, trésorier de l'extraordinaire des guerres, fut nommé maître des requêtes en 1620 et devint ensuite intendant de Guyenne. En 1624, Pierre Séguier succéda k son oncle Antoine comme président k mortier du parlement de Paris. Grand travailleur, ayant une remarquable entente des affaires, il attira sur lui l'attention du cardinal de Richelieu qui le désigna pour remplacer Chateauneuf comme garde des sceaux (1633). Entré au conseil, Pierre Séguier ne se souvint plus qu'à diverses reprises il s'était fait l'organe vigoureux des remontrances du parlement, suivit avec une docilité qu'on lui a souvent reprochée les instructions du cardinal et exila le président de Mesmes. « En même temps, dit M. de Barthélémy, il se montrait, avec un zèle un peu excessif, soigneux des intérêts des divers membres de sa f:unille,et il prenait un appui dans la haute aristocratie eu mariant sa fille aînée avec le marquis de Coislin. Séguier vivait très -grandement, quoique avec une économie qui plus d'une fois excita les plaisanteries de ses contemporains; enfin, il sut se ménager le concours des gens de lettres, très-intluents déjk, et il ne contribua pas peu à la fondation de l'Académie, dont Richelieu s'était déclaré le protecteur; cela lui valut un renom, une popularité qui agrandirent considérablement sa situation et l'imposèrent tout naturellement comme le ssul successeur possible au chancelier d'Aligre quand celui-ci mourut en décembre 1635. A quarante-sept ans, Pierre Séguier était arrivé au premier degré de la hiérarchie civile sans efforts, sans intrigue apparente, comme désigné par l'unanimité des suffrages au choix du roi ou plutôt du cardinal de Richelieu, s
Le nouveau chancelier débuta en faisant revivre au parlement d'anciens usages tombés en désuétude, en remettant en vigueur les mercuriales destinées k maintenir la magistrature dans le devoir, en établissant desVègles sur l'âge nécessaire pour entrer dans la magistrature, etc., et en fixant les honneurs dus au chancelier, ce qui le lit taxer d'une vanité puérile. En 1637, le cardinal de Richelieu l'ayant chargé de faire une perquisition au Val-tle- Grâce, maison religieuse fondée par Anne d'Autriche et où elle se retirait souvent, il fit secrètement prévenir la reine, soupçonnée d'entretenir avec l'Espagne une correspondance contraire aux intérêts de l'Etat, et rendit ainsi, par Cette répréhensible complaisance, la mesure du cardinal inutile. En cette circonstance, le chancelier agit de telle sorte que, sans se compromettre vis-k-vis du cardinal et du roi, il gagna les bonnes grâces de la reine, ce qui n'eut pas eu lieu si, comme l'ont dit k tort des mémoires du temps, il avait interrogé Anne d'Autriche comme uue criminelle et
SEGU
« avait visité ses poches et fouillé jusque dans son sein. » Deux ans plus tard, en 1639, il reçut la mission do se rendre en Normandie avec les pouvoirs les plus étendus, pour y comprimer la révolte des nu-pieds; il arriva à Rouen le 2 janvier 1640, accompagné de 7,000 hommes, sous les ordres de Jaujeon, désarma les habitants, exila le parlement, la cour des aides et le bureau des finances et y fit procéder & de nombreuses exécutions sans jugement. Le capitaine des gardes Picot, chargé d'exécuter une sentence, ayant demandé qu'on lui montrât le jugement, Séguier se borna à répondre : a La sentence est au bout de mon bâton. » Après avoir établi à Rouen une cour de justice, il parcourut la basse Normandie en continuant à procéder a des exécutions sommaires contre ceux qu'il regardait comme des voleurs et non comme des soldats. Ce mépris des formes judiciaires de la part du chef de la magistrature n'a pas été assez reproché à Séguier, qui vivait.il est vrai, dans un temps où la royauté s'arrogeait audacieusement le droit de tout faire. Comme circonstance atténuante, on doit reconnaître que le chancelier refusa d'accepter la propriété des terres values que Louis XIII lui donna avec le cordon du Saint-Esprit, et qui se trouvaient dans la province qu'il venait de pacitier. Le cardinal de Richelieu trouva en lui un instrument docile pour condamner à mort le duc de La Valette (1639), Cinq-Mars et de Thou,et,si l'on en croit le lJère Griffet, il contribua à la mort de ce dernier en amenant par des promesses illusoires Cinq-Mars à compromettre son ami.
Après la mort de Richelieu, Séguier fut maintenu à soit poste par Mazarin, continua k rester attaché au parti de la cour et, après la mort de Louis XUI, il contribua h faire casser par le parlement le testament de ce prince et.à faire reconnaître Anne pour régente. Les frondeurs, dont il devint l'adversaire déclaré, le surnommèrent le chien au grand collier. Lors du lit de justice du 6 septembre 1645, le chancelier requit l'enregistrement d'oflice d'une vingtaine d'édits que le parlement repoussait avec persistance, et par cette mesure il ne rit qu'accroître son impopularité. A la suite du lit de justice du 15 janvier 1648, pendant lequel Séguier prononça une harangue des plus sévères, les compagnies souveraines, en dépit de la volonté du roi , rendirent un arrêt d'union entre elles. Au mois d'août suivant, l'arrestation de Broussel et de Blancmesnil mit au comble l'irritation des Parisiens contre la cour, et la ville se hérissa de barricades. Séguier étant allé au parlement pour le présider (27 août), fut assailli par la multitude, parvint k s'enfuir dans 1 hôtel de Luynes, où il se cacha dans une armoire, fut dégagé par le maréchal de La Meilleraye et regagna, non sans ilanger, le Palais- Royal. Le chancelier quitta Paiis avec la reine et se montra oppose, lors des conférences de Ruel, à toute concession er.vers les frondeurs. Anne d'Autriche le créa duc et pair de Villemor (janvier 1650), niais il ne prit jamais ce titre. A la suite de concessions faites par Mazarin dans le but d'amener la paix, Séguier dut déposer les sceaux et fut remplacé par Chàleauneuf (1" mars 1650). 11 se relira alors à Rosny chez son gendre Sully, reprit les sceaux le 13 avril 1651, mais dut se démettre de nouveau de ses fonctions le 19 septembre suivant. En 1652, Séguier prit part aux négociations de paix et, après la mort de Mole en 1656,il repritpour la troisième fois les Sceaux, qu'il conserva jusqu'à sa mort.
La mort de Mazarin n'ébranla en rien son crédit. Depuis quelques années il vivait d'une existence fort calme, partugée entre ses devoirs politiques et ses goûta littéraires, lorsque, à l'instigation de Colbert, Loui XIV ordonna d'instruire le procès de Fouquet (1661). Séguier présida le parlement qui instruisit et jugea cette longue atfaire.se montra un des adversaires déclarés du surintendant, vota pour la mort (1664) et s'attira, par sa déploruble attitude dans cette circonstance , de nouvelles inimitiés, parmi lesquelles il comptait celle d'Arnanliid'Aiidiliy, qui l'appelait un Pierrot déguisé en Tartufe. A cette époque, affaibli par l'âge, il avait perdu une grande partie de son influence dans le conseil du roi, où Colbert était tout- puissant; cependant il prit une part importante aux célèbres ordonnance':* de 1669 et 1670, counues sous le nom de Code Louis. Le £0 avril 1663, en présence du roi, il infligea à ses anciens collègues du parlement une suprême humiliation en arrachant de leurs registres les pages contenant les délibérations de l'époque de la Fronde. Le 19 août, il assista au fit de justice tenu pour l'enregistrement de vingt-cinq édits en souffrance depuis plusieurs mois. 11 y fit encore « une harangue générale sur les biens que le roi avoit promis à son Etat, dit d'Ormesson, et qu'il vouioit faire encore par les édits qu'il apportoit. 11 parla un peu hésitant, sa mémoire diminuoit, et comme un chancelier de quatre-vingt-un ans passés.» A partir de ce moment, il ne parut plus au parlement; sa santé s'affaiblit de plus en plus et il s'éteignit à Saint-Germain.
Le chancelier Séguier, dont la conduite politique fut loin d'être à l'abri de tout reproche, mais qui, au milieu des intrigues de parti, eut du moins le mérite de rester constamment attaché à la cause qu'il avait embras-
SEGU
sée, était un orateur élégant, à la parole facile, claire, énergique et grave. Très-instruit, très-versé dans la connaissance des lettres, de la philosophie et de la théologie, il avait formé une précieuse bibliothèque, qu'il légua à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Séguier fut un des fondateurs de l'Académie française, dont il avait donné l'idée et le plan h Richelieu; il hérita du protectorat de cette compagnie et rassembla ses collègues pendant trente ans dans son hôtel. En outre, il prit une part active à la fondation de l'Académie des inscriptions (1663), et à celle de l'Académie de peinture (1664). L'accusation de rapacité etd avarice portée contre lui par plusieurs de ses ennemis retombe sur sa femme et non sur lui ; car il est constant que, pendant ses quarante années de ministère, il ne s'était pas enrichi. De Madeleine Fabri, morte en 1683, il n'avait eu que deux filles ; l'une, Madklkinis, épousa le marquis de Coislin, puis le marquis de Lava! ; l'autre, Charlotte,devint duchesse de Sully, puis duchesse de Verneuil. On consultera avec fruit sur ce personnage : les Séguier, par M. Sapey (1860), et lo Chancelier Pierre Séguier, par M. René Kervilière (1874). Le Journal de son voyage en Normandie a été publié en 1S42 (in-8«).
SÉGUIER (Jérôme), seigneur d'Estioles, magistrat et écrivain français, parent du précédent. Il vivait dans la seconde moitié du xvte siècle et au commencement du xvue. Il était (ils de Nicolas Séguier, un des frères du premier Pierre Séguier, mort en 1580. Jérôme devint président au grand conseil et employa ses loisirs à cultiver les lettres. On a de lui des poésies, notamment : Daphnidium, seu Henrici 1 V heroica (Paris, 1606, in-4», 3<= édit.) et une Histoire miraculeuse de la sainte hostie gardée en l'église de Saint-Jean-en-Grève, ensemble avec quelques Hymnes au saint sacrement de l'autel (Paris, 1606, in-4°).
SÉGUIER (Antoine-Louis), magistrat, né à Paris le 1er décembre 1726, mort à Tournay le 26 janvier 1792. 11 descendait de Claude- Alexandre Séguier, chef de la branche des Séguier d'Aude, et son père, Louis-Anne, était conseiller au parlement de Paris. Avocat du roi au Châtelet dès l'âge de vingtdeux uns (1748), il fut nommé en 1755 avocat général au parlement de Paris, fonctions qu'il conserva jusqu'à l'époque de la Révolulion. Son nom et le crédit de sa famille furent pour beaucoup dans cette rapide élévation que, du reste, son talent justifia. ■ Par son éloquence, par sa dignité, par toutes ces qualités émiueutesqui distinguent et l'orateur et le magistrat, disait de lui Berryer, Séguier s'est placé à côté des Talon et des d'Agnesseau. » A ces hautes facultés, Séguier enjoignait une précieuse pour l'orateur, la mémoire. Berryer raconte à ce sujet l'anecdote suivante : ■ Après avoir entendu un discours dont Je manuscrit vint à se perdre, Séguier le rétablit tout entier dans l'espace a'une nuit. Il lit, une autre fois, un effort de ce genre aussi extraordinaire : à Ja fin de la première représentation ù'Hypermnestre de Lemierre, l'auteur, qui était son ami, vint le trouver pour recevoir les compliments usités en pareil cas. Séguier ne s'y refusa point, mais il glissa malignement dans l'oreille de Lemierre quelques reproches de plagiat, et, pour preuve, il lui récita sur-le-champ les plus belles tirades de sa tragédie. Le pauvre poôte était dans un embarras difficile a dépeindre, lorsqu'un éclat de rire lui découvrit tout le mystère. » Bien qu'il n'eût absolument rien écrit, il fut appelé à succéder à Fomenelle comme membre de l'Académie française en 1757. Mais, au Heu de prendre la défense des gens de lettres, il devint l'implacable adversaire des philosophes, demanda, en février 1759, au parlement de supprimer l'Encyclopédie, dénonça à ce sujet « un complot formé par plusieurs écrivains pour renverser ia religion et l'Etat, • demanda en 1770, dans un fulminant réquisitoire, la condamnation de sept ouvrages, notamment du Système de la nature de d'Holbach, et souleva à tel point contre lui l'indignation des philosophes, que Thomas, chargé de prononcer à l'Académie l'Eloge de Marc-Aurète (26 août 1770), profita de l'occasion pour flétrir ■ ces hommes en place qui, par amour-propre ayant désiré d'être admis dans le sein de l'Académie, la trahissent ensuite en calomniant les lettres et leurs sectateurs. » Séguier fut vivement piqué de cette allusion qui le frappait en plein visage. Le chancelier, sur sa demande, ayant interdit l'impression d'un nouveau discours, prononcé par Thomas, le 6 septembre suivant, et dans lequel se trouvaient de nouveaux traits à l'adresse de l'avocat géuéral, l'Académie décida que ce n'était que par respect pour le nom de Séguier qu'on ne prendrait contre lui aucune délibération, mais qu'on ne communiquerait plus avec lui. Ce fut à cette époque qu'on lit courir le quatrain suivant :
Entre Séguier et Fréron Jésus disait a sa mère :
Enseignez-moi donc, ma chère, Lequel est le boa larron 1
A cette époque, Séguier alla à Ferney faire une visite à Voltaire. Il lui annonça qu'on le pressait de poursuivre Y Histoire du parlement et lui déclara que l'affaire pourrait aller loin. Mais la dissolution des parlements, en 1771, empêcha cotte menace d aboutir.
SEGU
Dans la lutte engagée par Maupeoa contre les parlements, Séguier se montra le défenseur des privilèges et des droits de ce grand corps et sacrifia sa position plutôt que de contribuer à son humiliation. Le 19 janvier 1771, les conseillers reçurent l'ordre de quitter Paris. C'était le chancelier Maupeou qui pressait le dénoûment de la lutte avec le parlement. Réorganisé le 13 avril, le parlement fut installé a Versailles en séance solennelle, la roi tenant son lit de justice. Dans cette mémorable séance, Séguier dut, comme avocat général, conclure à l'enregistrement des édits ; mais il refusa de paraître le soir à la fête que donna le chancelier et envoya sa démission. (Jette conduite lui concilia les sympathies des parlementaires, et il fut un des premiers réintégré dans sa charge quand, en 1774, Louis XVI rappela les parlements. Au reste, ce n'est pas le seul point de ressemblance que Séguier ait eu avec nos plus illustres parlementaires. Partisan de l'Eglise gallicane, il s'opposa avec une grande énergie aux progrès de l'ultramontanisme. «En cette résistance, dit Portails, Séguier se montra digne de ses ancêtres et de tous les hommes illustres qui l'avaient précédé dans l'important ministère qu'il remplissait. Si la France n'a jamais subi le joug uliramontain, si elle a su échapper aux dangers et aux fureurs de 1'inquisiiion; si, dans les temps les plus difficiles, elle est parvenue a faire reconnaître son indépendance par les papes eux-mêmes, elle en est redevable a ces grands corps de magistrature qui ont défendu en tout temps, avec autant de fidélité et do courage que de lumière, le dépôt sacré de nos franchises et de nos libertés, ■ Il dénonça notamment, en
1762, l'Histoire impartiale des jésuites, qui réhabilitait cet ordre, dont l'expulsion venait d'être prononcée, et attaqua vivement cette société de Jésus, «dont la passion jalouse était de dominer l'Eglise et l'Etat, > dit-il. Il soutint également avec ardeur l'indépendance du pouvoir temporel contre la paj uulé, k l'occasion du bref de Clément XIII en 1768.
En politique, Séguier se montra un réactionnaire acharné, un ennemi des réformes les plus utiles. C'est ainsi qu'il s'opposa à l'enregistrement des édits sur l'abolition des corvées, sur la liberté du commerce des grains, sur la suppression des maîtrises et des jurandes. Ce défenseur du trône et des privilèges ne pouvait voir sans en être révolté la grande œuvre réformatrice de la Révolution. Un des premiers il quitta la France et se retira à Tournay, où il mourut. Parmi les harangues et mercuriales qu'il prononça, on cite les suivantes : l'Amour des lettres (1770) ; l'Amour de ta gloire (1774); l'Esprit du siècle; ia Stabilité de ta magistrature, etc.
SÉGUIER (Antoine-Jeaii-Matthieu, baron), magistrat, lils du précédent, né à Paris en
1763, mort dans la même ville en 1848. A l'âge de vingt et un ans, il fut reçu avocat et devint presque aussitôt substitut du procureur général. Peu après, le 6 septembre 1790, la Révolution ayant supprimé les parlements, Antoine Séguier, privé tisses fonctions, quitta la France avec sou père et revint dans son pays sous le Consulat. Grâce à Cambacéres, il rentra dans la magistrature en 1800, en qualité de commissaire près le tribunal de la Seine, fut nommé, des 1802, président de la cour d'appel, devint commandeur de la Légion d'houneur en 1804, baron en 1808 et premier président de la cour impériale en 1810. Séguier se montra un des plus plats adulateurs de Bonaparte dans des harangues qu'il prononça en maintes circonstances connue interprète des sentiments de la cour d'appel. C'est ainsi que, le £8 juillet 1807, après 1 entrevue de Tilsitt, il s'écriait : « Napoléon est au delà de l'histoire humaine, il appartient aux temps héroïques : il est au- dessus de L'admiration; il n'y a que l'amour qui puisse s'élever jusqu'à lui. ■ Lors du retour de la campagne de Russie, le s 6 décembre 1812, il disait à Bonaparte : «Nous sommes prêts à tout sacrifier pour votre personne sacrée, pour la perpétuité de votre race, w Mais, un peu plus d un an après, Séguier changeait singulièrement de langage. Ce fut sur sa proposition que la cour d'appel déclara, le 6 avril 1814, que, « sentant tout le prix des efforts qui ont enfin délivré la France d'un joug tyraniîique, « elle adhérait à la déchéance de Napoléon. Séguier retrouva toutes ses hyperboles adulatrices en face du comte d'Artois et de Louis XV11I, qui le maintint à son poste et le nomma conseiller d'Etat. Pendant les Uent-Jours, Bonaparte lu destitua et l'exila. Reintégré dans ses fonctions en 1815, il entra la même année à la Chambre des pairs, fut chargé d'instruire le procès du maréchal Ney et prononça, à la rentrée de la cour royale en 1816, un discours empreint du plus fougueux royalisme, qui a inspiré à Berauger une de ses chansons les plus piquantes. A l'occasion de l'assassinat du duc de Berry, il n'hésita point à conseiller au roi de prendre des mesures d'exception, analogues à celles qui avaient frappé les adversaires de la royauté sous la Terreur blanche. Toutefois, dans les derniers temps de la Restauruiion , le fougueux magistrat parut revenir à des idées plus saines et plus dignes de la justice, montra une certaine mesure dans plusieurs procès faits à des journaux de l'opposition et manifesta des sentiments gallicans qui indisposèrent contre lui le parti
SEGU
de la cour dirigé par les jésuites. Après la révolution de Juillet, il s'empressa de faire acte d'adhésion k Louis-Philippe et continua à remplir ses fonctions de président jusqu'à sa mort. C'était un homme très-versé dans les affaires, à l'esprit vif et prompt.
SEGUIER (Armand-Louis-Maurice, baron), diplomate et littérateur, frère du précédent, né à Paris en 1770, mort dans la même ville en 1831. Admis dans les pages de la grande écurie du roi en 1783, il entra comme souslieutenant, en 1788, dans le régiment de dragons de Lorraine. A l'époque de l'émigration, Séguier sortit de France et alla s enrôler dans l'armée de Condé. A sa rentrée sous le Consulat, il fut nommé consul à Patna, puis à Pondichéry, tomba entre les mains des Anglais (1805) et ne recouvra la liberté qu'au bout de quatre ans. Il devint ensuite consul à Trieste (1806), aux lies Ioniennes (1814) et enfin consul général à Londres en 1816. Créé par Louis XVIII baron (1821), chevalier do Saint-Louis et de la Légion d'honneur, il voulut reconnaître k force de zèle la faveur royale et s'imposa des travaux excessifs qui ruinèrent sa santé. Ramené à Paris par son neveu, Armand Séguier, de l'Académie des sciences, il succomba à la maladie de langueur qu'il avait contractée.
En dépit de ses graves et incessantes occupations, Maurice Sfguier a eomposé, soit seul, soit en collaboration, plusieurs pièces de théâtre dont les titres suivent : le Maréchal ferrant de la ville d'Anvers (Paris, au VII,iii-8°) ; la Girouette de Saint- Cloud, pièce en prose avec Barré, Ratlet, Desfontaines, Bourgueil et Dupaty (Paris, an VIII, in-s») ; V Entrevue et te rendez-vous (Paris, an VIII); les Hasards de la guerre, comédie en un acte (Paris', 1802, in-8<>); l'Un pour l'autre, comédie en un acte, avec Thésigny (Paris, 1802); la Parisienne à Madrid, un acte (Paris, 1805, in-8«); le Lendemain de la pièce tombée, un acte, avec Dupaty et Dubois (faris, 1805); Isavre ou 17aconstance dans l'embarras, un acte (Paris, 1806, in -so) ; Lavater, un acte (Paris, 1800, in-8°). Il a donné, en outre, avec Duputy : les Otages, le Procès de Scudery et le Sauvage de l'A veyron. L'œuvre littéraire de Maurice Séguier destinée à lui survivre est lu poème intitulé la Naissance de la Mode (Paris, 1819, in-8°), petit poSine écrit en vers de dix syllabes, dont la versification est brillante et facile.
SÉGUIER (Armand-Pierre, chevalier, puis baron), magistrat et savant français, fils d'Antoine-Jean -Matthieu, né à Montpellier en 1803. Avocat en 1824, conseiller auditeur à lu cour royale en 1826 et conseiller après la révolution de Juillet, il se démit de ses fonctions en 1848 et s'adonna à la mécanique, pour laquelle il a fait preuve de rares aptitudes. En 1833, le baron Séguier a remplacé Rosily-Mesroes en qualité de membre libre de l'Académie des sciences et il a été nommé, en 1851, officier de la Légion d'honneur. En octobre 1872, plusieurs journaux ont annoncé qu'il venait d'être atteint d'aliénation mentale. On doit à ce savant, trèsversé dans la connaissance des machines et des procédés industriels, outre de nombreux mémoires et rapports relatifs à des perfectionnements industriels et scientifiques , divers écrits, notamment : Sur les appareils producteurs de la vapeur (1832, in -8°); Perfectionnements dans la marine d vapeur (1848, in-BO), etc.
SÉGUIER (Sidoine-Charles-François), marquis de tsAiNT-BwssoN, littérateur français, né en 1738, mort en 1773. 11 descendait de Nicolas Séguier, frère du président Pierre Séguier, né ou 1504. Le marquis de Saint- Brisson était depuis 1764 capitaine au régiment de Limousin quand, pris d'un bel enthousiasme pour les doctrines que Jean-Jacques expose dans son limite, il apprit l'état de menuisier et fit part de sa résolution à Rousseau, qui s'empressa de calmer ces velléités de démocratie romanesque (1766). Séguier se jeta dans ia littérature et publia, sous le voile de l'anonyme : Arisle ou les Charmes de l'honnêteté (Paris; 1764 ,in- 12); Lettres à Philopénès ou liéflexions sur le régime des pauvres (Paris, 1764, in-12); Truite des droits du génie ((Jarslruhe, 1769, in-8<>), écrits qui valent mieux par la générosité des sentiments que par le Style.
SÉGUIER ( Nicolas - Maximilion - Sidoine), marquis de Saint-Brissom, administrateur et érudit français, liis du précèdent, né à Beauvais en 1773, mort à" Paris en 1854. Emigré à l'âge de dix-sept ans, il servit dans l'armée de Condô jusqu'à son licenciement, acheva ses études àLeyde, revint en France et entra dans le corps du génie, qu'il ne tarda pas à quitter pour voyager à l'étranger. Sous la Restauration, il administra successivement comme préfet le département du Calvados (1814), de la Somme (1815), de la Meurtlie (1816), de la Côte-d'Or (1821), de l'Orne (1S23) de la Nièvre (1830) et donna sa démission après lu révolution de J uillet. Nicolas Séguier était membre libre de l'Académie des inscriptions et de plusieurs autres sociétés savantes, Outre des articles publiés dans le Journal asiatique, le Journal des savants, les Annales de la philosophie chrétienne, on doit k cet érudit, qui s'était particulièrement occupé de philologie et d'archéologie, les écrits suivants : De l'emploi des conjonctions dans lu
SÉGU
langue grecque (1814, in-g°) ; la Philosophie du langage d'après Aristole (Paris, 183S, in-8<>); Essai sur le polythéisme (Paris, 1840, 2 vol. in-12); Mémoires sur Miltiade (1841, in-4°); une traduction de la Préparation évangétique d'Eusèbe Pamphile (1846, î vol. in-8°); Examen des IX livres de Sanchonia- Ihan (ing°), etc.
SÉGUIER (Pierre), dît E.prJi Séguier, prophète eamisard, cardeur de son métier, né a Majestavols vers 1650, brûlé vif au Pontde-Montvert le 12 août 1702. Au mois de juillet de l'année 1702, un certain nombre de Cévenols s'enfuyaient dans la direction de Genève, chassés par les cruautés de l'archiprêtre du Chayla; mais ils furent assez malheureux pour tomber dans une embuscade dressée par l'abbé, qui s'empressa d'instruire le procès des prisonniers. En vain leurs parents allèrent-ils sejeterkses genoux, l'abbé resta inflexible. Ils résolurent alors, dans une assemblée tenue au Bougés, de les sauver des galères par une tentative à main armée. Des nommes de bonne volonté, au nombre de cinquante environ, prirent Séguier pour chef et se dirigèrent pendant la nuit au Pont-de- Montvert, où demeurait l'archiprêtre. ■ L'archiprêtre était chez lui, dit M. Peyrat, avec douze ou quinze ecclésiastiques, valets ou soldats, composant sa petite cour cléricale, son service et sa garde ; tout à coup il entendit une lointaine psalmodie qui s'approchait toujours et semblait descendre de Bougés; c'était Séguier et ses compagnons qui, formant un petit bataillon, précédé de huit hommes d'avant-garde, entrèrent bientôt en chantant dans le faubourg du sud. Menaçant de leurs fusils les habitants que ce tumulte inattendu attirait aux fenêtres, les conjurés traversèrent rapidement le faubourg, se dirigeant vers le pont et la maison de l'archiprêtre. Celui-ci, écoutant cette mélodie qui résonnait vers le bourg, crut que c'élait une assemblée nocturne : « Allez voir, » dit-il k ses soldats, qui descendirent aussitôt pour la surprendre ; mais ils ne purent sortir de la maison déjà investie par les montagnards, qui criaient : «Les prisonniers l les prisonniers l — Reti- » rez-vousl leur répondit d'une fenêtre du
• Chayla; retirez-vous, canailles de hugue- » nots!«Etsur leur refus, les milices firent feu et tuèrent un des conjurés, .furieux, ils saisissent un tronc d'arbre couché le long du mur ety le balançant horizontalement comme un bélier, ils brisent la porte et en élargissent la brèche à coups de- hache. ..Du Chayla voit que sa dernière heure est venue; il doune l'absolution à ses gens qui, du haut de l'escalier, refoulent les assaillants; Chaptal, l'un de ces derniers, a la face effleurée par une balle. « Enfants de Dieu, s'écrie le prophète, armes » bas! brûlons dans sa maison le prêtre et les
• satellites de Bual 1 » A ces mots, ils entassent les chaises, les paillasses des soldats, les bancs de la chapelle voisine et y mettent le feu. L'archiprêtre et ses gens se réfugient dans un cabinet voûté, sous les combles; ils nouent à la fenêtre des draj.s de lit tordus en câble et l'archiprêtre tente le premier de se laisser glisser dans le jardin ; mais il tombe, se rompt une cuisse et ne peut que se cacher dans le feuillage de la huie de clôture... La flamme, dépassant les combles, montra aux conjurés le malheureux arcliiprêtre blotti dans son buisson. Du Chayla leur demanda la vie ; « Si je suis damné, leur dit-il triste- » ment, voulez-vous vous damner aussi?»
Mais on ne l'écouta pas ; il fut impitoyablement massacre. « Voila pour ma mère, disait » celui-ci en le frappant; voilà pour mou père » expiré sur la roue, » disait un autre, etc. Du Chayla, perce de cinquante-deux blessures, ne larda pas à expirer. Les conjurés so retirèrent à l'aurore en continuant leurs psalmodies. »
Du Pout-de-Montvert. Séguier se jeta sur Frugères. Eu entendant le chant des psaumes, le curé de co village s'enfuit dans un pre, où il tomba percé d'une balle. Séguier trouva dans sa soutane une liste de vingt de ses paroissiens qu'il dénonçait à l'ubbé du Chayla. De Frugères, le prophète descendit à Saint-Maurice; mais, menacé, 11 se relira sur une montagne où il passa la nuit; te lendemain, il sortit de ses forets, dit Biueys, ■ comme la foudre sort dos nuages • et se jeta sur Saint-Audré-de-Lancise. Le curé épouvanté se mit à sonner le tocsin; un insurgé le précipita du haut du clocher. Partout sur son passage Séguier détruisait les églises, les croix et tout ce qui était du catholicisme, exerçant ce. qu'il appelait le jugement de Dieu.
Mais Bàville avait envoyé sur ses traces le fameux capitaine Poul. Celui-ci, apprenant que Séguier campait à Fontmorte, parvint à investir sou camp et à s'emparer luimême du prophète, qu'il s'empressa d'amener enchaîne à Florac. Chemin faisant, foui, qui n'avait pas l'âme tendre, s'avisa de dire à Seguier : « Eh bien, malheureux I présentement que je te tiens, après les crimes que tu as faits, comment t'atteuds-tu d'être traité?
— Comme je t'aurais traité moi-même, si je t'avais pris, » répondit froidement te prophète.
Il comparut devant ses juges avec une calme fierté, o Votre nom ? — Pierre Séguier. — Pourquoi vous appelle-t-on Esprit? — Parce que l'esprit de Dieu est en moi. — Votre domicile?
— Au désert, et bientôt au ciel. — Demandez
SEQU
ardon au roi. — Nous n'avons, nous, d'anfe roi que l'Eternel. — N'avez-vons pas au pins remords de vos crimes? — Mon âme $ un jardin plein d'ombrages et de fontaines, t Condamné à être brûlé vif et auparavant à avoir le poignet coupé, il subit courageusement le supplice. Il disait au peuple: «Frères! attendez et espérez en l'Eternel! Le Carrnel désolé reverdira et le Liban solitaire refleurira comme une rose. •
Le massacre de l'abbé du Chayla et le supplice de Séguier furent le signal de la guerre des camisards.
SÉGUIER (Jean-François), antiquaire et botaniste français, né à Nîmes en 1703, mort dans la même ville en 1784. Elevé chez les jésuites, il manifesta les plus grandes disposions pour la numismatique et pour la botanique. Néanmoins, cédant aux sollicitations de son père, il allait entrer dans la magistrature, quand l'arrivée de Maffei, qui sut apprécier son intelligence (1737), décida de son avenir. Séguier suivit ce savant italien dans ses excursions a travers l'Europe, et, à la mort de Maffei, il revint se lîxer à Nîmes, dont il étudia les antiquités avec un soin sans égal. Ildevint, en 1772, membre correspondant de l'Académie des inscriptions. On lui doit, entre antres écrits : Bibliotheca botanica (La Haye, 1740, in-4»); Dissertation sur l'inscription de ta Maison carrée (Paris et Nîmes, 1759, in-8°); Osservazioni sopra la cometa di 1744 (Vérone, 1744, in-S»); Plants veronenses (Vérone, 1745-1754,3 vol. in-8») ; Viridarium lusitanum (1749, in-12); la traduction des M émofres tlu feld-maréchal A. Maffei (1740, 2 vol. in-18). Séguier a laissé, en outre, un assez grand nombre d'ouvrages restés manuscrits.
SÉGUIÉRIE s. f. (sé-ghié-r! — de Séguier, sav, fr.). Bot. Genre d'arbres et d'arbrisseaux, de la famille des phytolaccées, com- Freuant plusieurs espèces, qui croissent dans Amérique tropicale.
SEGUIN (Charles-Antoine), jurisconsulte français, né à Vaivres en 170S, mort k Jallerange en 1790. Il était professeur de droit à l'université de Besançon et il a publié : Discours sur tes avantages qu'on peut tirer de l'étude de l'histoire (1752); Dissertation sur le nombre des rois bourguignons gui ont précédé Gondebaud (1752) ; Discours sur le véritable auteur des lois des Bourguignons (1753).
SÉGUIN (Richard), littérateur et historien français, né à Vire en 1772, mort dans la même ville en 1847. Il a publié, sous le voile de l'anonyme, les écrits suivants : Histoire militaire des Bocains (Vire, 1816, in-8<>) ; Histoire archéologique des Bocains (Vire, 1822, in-18), et il a donné sous son nom : Histoire de la chouannerie et de la Restauration (Vire, 1826, 2 vol. in-18).
SÉGUIN (Auguste), historien français, né à Avignon en 1799, mort à Montpellier en 1839. Il exerçait la profession de libraire dans cette dernière ville et il a publié ; le Duc de Berry peint par lui-même (Montpellier, 1821, in-8<>); Actes des martyrs de 1793 et 1794 (Montpellier, 1822, in-8°) ; le Curé de village (Avignon, 1S28, in-12); Considérations sur la mort de Louis XVI (Montpellier, 1829, in-go)les Actes du martyre de Louis XVI (Valence* et Paris, 1837, in-8o).
SÉGUIN (Marc), ingénieur français, né k Annonay le 20 avril 1786, mort dans la même ville le 24 février 1875. Il était le neveu de Joseph Montgoltier, l'inventeur des baltons, et son père, fabricant de draps à Annonay, le laissa librement suivre ses goûts, qui le portaient à l'étude de la mécanique. Sans maître, sans passer par aucune école et rien qu'en cherchant à se rendre compte du jeu des machines et des métiers qu'il voyait fonctionner chez son père, Marc Séguin fit tout seul son éducation. Né pour inventer, il créait tout seul des méthodes; quand il ne savait pas, il imaginait ses procèdes de calcul, inventait ses instruments ; il était apte surtout a perfectionner les inventions étrangères, k trouver ce qui leur manquait pour être viables et pratiques. La première création à laquelle il attacha son nom est celle des ponts suspendus en (ils de fer, dont les ponts suspendus en cordages ou en lanières de cuir, usités depuis longtemps aux Etats-Unis, lui donnèrent l'idée. Apres avoir fait de savantes expériences sur la résistance des cables métalliques, il construisit comme type le pont sur le Rhône, entre Tain et Tournon (1824), et depuis plus de quatre cents ponts ont été construits sur ce modèle; les Américains eux-mêmes ont utilisé l'invention de Marc Séguin, et c'est un pont de fils de fer qu'ils ont construit pour le passage d'une voie ferrée sur le Niagara. Séguin cependant n'approuvait pas cette extension donnée aux ponts suspendus. Sollicité, lors de rétablissement du chemin de fer de Saint- Etienne, d'en construire un au confiueut du Rhône et de la Saône, il s'y refusa complètement. • Les ponts de cette espèce ne sont pas encore assez éprouvés, dit-il, et il est fort douteux qu'ils puissent résister à un mouvement aussi considérable que doit l'être celui du chemin projeté. » Il construisit un pont de pierre, et la pratique a montré depuis que ses réserves étaient parfaitement justifiées.
L'invention qui immortalisera surtout le nom de Marc Séguin est celle de la chaudière tubulaire, Il la livra à l'industrie dès 1827 et
SEGU
l'appliqua aux locomotives en 1829. Stephenson venait de construire les premières locomotives, et quelques-unes de ces machines primitives, très-imparfaites, circulaient déjà sur le chemin de fer de Stocbton à Darlington, où la traction était auparavant opérée par des chevaux. Elles produisaient à peine assez de vapeur pour fournir cinq milles anglais à l'heure (9 kilomètres). En leur appliquant sa chaudière tubulaire, dans la- ?ueile le feu n'agit plus seulement sur les suraces extérieures, mais est conduit pur des tubes à travers la masse d'eau à vaporiser, il résolut le problème qui semblait insoluble: produire beaucoup de vapeur en un temps très-court et dans un appareil do petit volume. La chaudière tubulaire de Séguin, appliquée à l'une des locomotives de Stephenson, la Fusée, fut expérimentée en Angleterre en 1830; dans une première expérience, laFusée ainsi modifiée fit 15 lieues à l'heure ; dans une seconde , on la poussa ju>qu'à 25 lieues » l'heure, a Pourque ces machines, dit Arago, marchent avec de si grandes vitesses, il faut que la chaudière fournisse sans cesse et sans retard à la consommation des coups de pompe. Une immense chaudière résoudrait le problème, mais elle pèserait immensément, et la machine, loin de faire un travail utile, loin d'entraîner avec rapidité des files de vagons, se déplacerait à peine elle-même. Eh bien, la personne qui est parvenue à imaginer une chaudière de petite dimension, d'un poids médiocre et qui cependant fournit largement à la consommation de la locomotive, c'est notre compatriote Marc Séguin, Si les admirables locomotives anglaises se meuvent avec une vitesse qui effraye l'imagination, elles le doivent à la belle et ingénieuse découverte de Séguin. » [Moniteur du 25 juin 1837.)
On doit encore à Marc Séguin la substitution, sur les chemins de fer, des rails en fer aux rails en fonte empruntés aux Anglais, et des traverses en bois aux dés en fer ; il a de plus imaginé en mécanique une multitude de perfectionnements et d inventions qui ont fait la fortune des autres, entre autres une chaudière pulmonaire, disposée de" manière à rendre à la vapeur la chaleur qu'elle perd à chaque coup de piston, conception hardie dont la pratique a su tirer parti. En 1839, il publia un livre resté célèbre : De l'influence des chemins de fer et de l'art de les tracer et de les construire. Il venait de consacrer une dizaine d'années à construire la ligue de Saint- Etienne, et il consigna ses observations dans ce livre, qui peut encore servir de guide aux ingénieurs. Entre antres observations reniarquables, on y voit l'indication d'une des idées nouvelles qui allaient révolutionner la science. Remarquant que la vapeur d'une locomotive, en produisant un travail, perd île la chaleur, et que la chaleur perefue correspond précisément au travail produit, il formula nettement le nouveau théorème de l'identité du mouvement et de la chaleur, tout en demandant aux physiciens de procéder à des vérifications qui ont depuis transformé ses assertions en vérités classiques et fondamentales. « Cette page mémorable de son livie, a dit très-justement M. Bertrand dans un discours à 1 Académie des sciences, suffirait pour placer l'éminent auteur au premier rang parmi les fondateurs de la grande théorie de l'équivalence de la force et de la chaleur. La profondeur de ces conceptions théoriques doit rendre son nom à jamais illustre. • On trouve aussi dans les Mémoires de l'Académie des sciences, dont il était membre correspondant depuis 1845, d'ingénieux travaux de Marc Séguin sur la cohésion, sur la physique moléculaire, sur les comètes, sur l'origine et la propagation de la force, etc. Il a écrit un appendice fort remarquable au livre du physicien anglais R. Grove : Corrélation des forces physiques (Londres, 1842, in-S»).
SEGUIN (Camille), ingénieur français, frère du précédent, né à Annonay (Ardèche), mort à Toulon en 1852. C'est à Camille Seguin et à sou frère atnè Marc que nous devons l'idée première des ponts suspendus. Il a construit, soit seul, soit en collaboration avec sou frère, en France , en Espagne et eu Italie quatre-vingt-six ponts suspendus. Pnrm. les autres grands travaux qu'il entreprit figurent cinq ports maritimes, trois chemins de fer, et notamment celui de Lyon à Saint- Etienne, construit en 1824, alors qu'il n'existait encore aucun rail-way en Europe. Comme ingénieur, Camille Séguin se distinguait par une promptitude singulière de conception, une grande hardiesse de vues, une profonde sûreté d'appréciation.
SEGUIN (Armand), chimiste, économiste et financier français, né à Paris en 1765, mort en 1835. Il lit, en commun avec Fourcroy et Bjrthollet, des expériences sur la chimie appliquée aux. arts, et découvrit, en 1734, un moyen pour tauuer le cuir en trois semaines. Sur un rapport fait par Fourcroy à la Convention (janvier 1795), Séguin obtint la cession de l'Ile de Sèvres etune propriété près de Nemours pour y établir deux grandes tanneries, et il devint le fournisseur général de toutes les armées de la République. Pendant la Révolution, il gagna une fortune considérable et participa à l'avance de 2 millions qu'Ouvrard lit au premier consul après le 18 brumaire, puis à celle de 150 millions faite en 1804. Bonaparte l'ayant soumis à d'énor-
SÉGU
mes restitutions, il se lassa bientôt de les payer et se laissa conduire en prison, où il resta jusqu'à la chute de l'Empire. Pendant Sa captivité, il recevait beaucoup de monde et avait su, grâce k sa fortune, rendre sa situation assez agréable. Rendu k la liberté sous la Restauration, il put jouir tranquillement de ses grandes richesses. C'était un homme d'un caractère extrêmement original et bizarre. Il payait fort mal ses créanciers et il fallait le plus souvent l'intervention des huissiers pour le forcer à s'acquitter. Dès qu'on lui avait fait des frais, il s'empressait de payer. On raconte qu'il refusa de vendre à Napoléon quatre magnifiques chevaux et qu'il répondit à une nouvelle demande en faisant tuer les chevaux. Un jour, il donna dans son château dejouy une fête à laquelle tout le monde fut admis et qui devait se terminer par un feu d'artifice. Mais il fît disposer les fusées de telle sorte qu'elles vinrent atteindre au visage les assistants, qui s'enfuirent effrayés ou blessés, et dont beaucoup tombèrent dans des chausses- trapus qu'il avait l'ait recouvrir de fleurs. De 1817 jusqu'il sa mort, Armand Seguin a. publié annuellement des brochures sur les questions fiuanc.ères k l'ordre du jour. Parmi ses écrits, nous nous bornerons k citer : Rapport à t'Iaslitut sur la manière de tanner les cuirs (1790); Observations succinctes sur quelques points de finances (1817) ; Observations sur les emprunts, sur l'amortissement et sur les compagnies financières (1816) ; Des finances de la France (1818); Observations sur tes courses de chevaux en France ( 1820 ) ; Barème des contribuables (1824); Considérations sur les systèmes suivis en France dans l'administration des finances (1825, 2 vol. iu-8°); liêgulateur des rentiers (1S25J ; Rêve d'améliorations administratives et financières (1S28) ; Régulateur des classements de vitesse des chevaux de course (IS29); Projet d'un nouvel aménagement financier (1829); Plan de suppression de l'impôt des boissons (1830); Essai sur les causes réelles du malaise qu'éprouvent aujourd'hui généralement en trauce toutes les fortunes individuelles (1831) ; Du bilan financier de la France (1833); Idées sur l'état actuel des finances (iu-4<J), etc.
SÉGUR, village et commune de Franco (Corieze), cant. de Lubersac, arrond. et ;i 49 kilom. N.-O. de Brive- la.- Gaillarde ; 1,022 hab. Vieux château, berceau de l'illustre famille de Ségur.
SÉGVR (Henri-François, comte de), général français, né en 1689, mort en 1751. Il lit les campagnes d'Espagne, des Pays - Bas, d'Italie, fut blessé à la bataille de Guaatatla, où il servait sous le duc d'Orléans, depuis régent, dont il épousa une tille naturelle, Angélique de Croissy (171 s). Il parvint en 1733 au grade de mnreohul des logis de la cavalerie, servit en Lorraine sous le comte de Iielle- Isle et fut nommé lieutenant général eu 1738. En cette qualité, il commanda en chef, en 1742, un curps d'armée qui opérait dans la haute Autriche, fit de fausses manœuvres qui le forcèrent à s'acculer sous la ville de Lintz et de subir une capitulation. Il prit sa revanche en 1745, k la têtu d'un corps envoyé en Bavière, battit les impériaux a Lichtenau et se signala aux batailles de Raucoux et de Laufeld (1746). Il commanda, ensuite un corps d'année sur la Sainbre et lit le siège de Charleroy. Il venait d'être nommé gouverneur de la ville de Metz lorsqu'il mourut.
SEGUR (Jean-Charles ce), prélat français, frère du précédent, né à Paris en 1695, mort dans la même ville en 1748. Il avait d abord suivi la carrière militaire et il quitta le régiment des gardes pour entrer k l'Oratoire. Des qu'il sut deux mots de latin et quelques bribes de théologie, il décida qu'il elait bien assez savant pour ce qu'il voulait faire et sollicita un bénéfice ecclésiastique. Le Régent lui donna l'abbaye de Veriuand, dans le diocèse de Noyou. Ch. de Ségur se fit rapidement conférer les ordres, fut adjoint comme grand vicaire k l'èvèque de Laon et peu de temps après, par le crédit de sou frère, se fit nommer évèque de Saint-Papoul (1724). C'était un des choix les plus scandaleux faits par le Régent et il souleva les protestations du clergé, qui cependant en avait vu bien d'autres. Une fois évèque, il donna deux mandements en faveur de la constitution Unigenitus (1728), puis, sur les conseils d&l'évéque de Senez et de l'èvèque ce Montpellier, se rétracta dans un troisième mandement qui fut déféré au parlement de Toulouse (1735) et condamné par arrêt du conseil. Ch. de Ségur se démit alors de son siège épiscopal, quitta son diocèse et vint résider à Saint-Liè, près d'Orléans, sous un faux nom. Un historien ecclésiastique, d'Orsanne, représente ce prélat comme un homme d'un esprit borné, d'une tête faible, qui ne sut jouer dans les affaires religieuses que le rôle d'un brouillon.
SEGUR (Philippe-Henri, marquis de), maréchal de France, fils du comte Henri-François de Ségur et neveu du précédent, né à Paris en 1724, mort jlans la même ville en 1801. Il lit avec son père les campagnes de Bohême et d'Italie et fut blessé à ses côtés à la bataille de Raucoux (1746). Colonel de cavalerie k Laufeld, il chargea quatre fois k la tête de son régiment, fut repoussé trois fois et k la quatrième eut le bras fracassé; il lui fallut subir l'amputation. Louis XV le noiûmu,
SEGU
aussitôt maréchal de camp, puis lieutenant général. Dans la campagne suivante, il se distingua a Warburg où, avec 10,000 hommes, il tint tête pendant cinq heures à tout un corps d'armée et parvint à se dégager; à Clostercamp, il fut haché de coups de sabre, laissé pour mort sur le champ de bataille et fait prisonnier. Revenu en France, il fut nommé gouverneur de la Franche-Comté, maréchal de France , puis ministre de la guerre (1781). C'était un bon administrateur et il opéra quelques réformes; ses ordonnances sur le.iégime des casernes et sur celui des hôpitaux militaires réalisèrent de notables progrès ; mais le maréchal de Ségur' est aussi l'auteur de la fameuse ordonnance qm attribue à la noblesse seule les emplois d'officiers, mesure désastreuse, qui, à la veille de la Révolution, souleva dans l'année les plus justes mécontentements. Il quitta leportefeiiille de la guerre à l'entrée du cardinal de Loméiiie au ministère et acheva ses jours dans la retraite, au château de Châtenay, l'ancienne résidence de Voltaire.
SÉGUR (le comte Louis-Philippe de), fils aîné du précédent, né à Paris en 1753, mort dans la même ville en octobre 1830. « Le hasard, dit-il dans Ses Mémoires, a voulu que je fusse successivement colonel, officier général, voyageur, navigateur, courtisan, fils de ministre, ambassadeur, négociateur, prisonnier, cultivateur, soldat, électeur, poete.auteur dramatique, collaborateur de journaux, publiciste, historien, iiépiué, conseiller d'État, sénateur, académicien et pair de France, a
Après avoir fait de brillantes études, il entra dans la carrière militaire à dix-huit ans et parvint en peu de temps au grade de colonel en second du régiment de cavalerie Orléans-dragons.
Malgré son âge et les mœurs du jour", à son entrée dans le monde, ce n'étaient pas les galanteries et les amusements d'une jeunesse frivole qui occupaient le plus le jeune et brillant officier; il cherchait avidement la société des savauts et des hommes de lettres les plus distingués; il allait souvent chez Mma Geoffrin et chez Mm« Du Deffunt; il lisait les ouvrages d'Helvétius, de Voltaire, de Rousseau, de Duclos, de Murmontel. Le comte de Ségur garda un souvenir très-vif des visites de Voltaire à sa mère, et il a raconté avec beaucoup d'émotion ces dernières relations de sa mère mourante avec l'homme illustre qui lui-même n'avait plus alors que quelques mois à vivre.
Il suivit en Amérique le corps de volontaires emmené par Rochambeau, y conquit le grade de colonel et, de retour en Fiance, eut le commandement d'un régiment de dragons. Une importante mission qui lui fut conliée lui fournit bientôt l'occa.-ion de déployer un vrai talent diplomatique. Les cours de Saint-Pétersbourg et de Versailles étaient depuis trente ans dans un état de froideur et de mésintelligence que la France se décida entin à. faire cesser. Le ministère français jeta les yeux sur le comte de Ségur, qui, quoique bien jeune encore, avait donné des marques de maturité, et le nomma amba sadeur de France et ministre plénipotentiaire en Russie.
Le nouvel ambassadeur accrédité près de Catherine II, dont il sut d'abord gagner les bonne» grâces pur son esprit, débuta par un traité île commerce dont la négociation fut adroitement improvisée avec Potemkin durant le célèbre voyage que l'impératrice lit eu grande compagnie et eu grande pompe dans sa nouvelle conquête, la Crimée.
Ségur raconte très -bien ce magique voyage de Crimée, où les villes, les hameaux et les habitants étaient improvisés, et où les décorations théâtrales dressées chaque jour, presque sous les yeux de Catherine, par la flatterie de Potemkin, servaient à lui persuader qu'elle avait ajoute à son empire une province riche, puissante et peuplée, taudis qu'elle n'avait conquis qu'un vaste désert habité par quelques Tartares.
Pendant son séjour en Russie, Ségur contribuaauxainuseuienlsde la Cour somptueuse de Catherine, qu'il charma pur aeà vers. 1J Jit jouer quelques pièce», entre autres une tragédie de Coriolan, sur le théâtre de l'Erinitage, ou l'impératrice avait t'ait représeiuer quelquefois des pièces, assez médiocres, de sa propre composition. Il venait de faire accepter à Catherine la médiation de la France pour l'arrangement de ses différends avec la Porte, lorsqu'il tut rappelé a Paris par les premiers événements de la Révolution.
Les choses avaient bien changé pendant son absence, et il a fait dans ses Mémoires un tableau piquant de Paris et de la société française, tels qu'ils les avait laissés à sou départ et tels qu'il les retrouvait en 1789. La noblesse puristeune l'élut suppléant aux états généraux, et la mort du ti uluire, le comte de Ructieuhouart, en 1791, l'eleva au rang de députe, il dunna presque aussitôt sa démission. Le roi venait de le nommer maréchal >ie cuinp et ambassadeur de Fiance près la cour de Rome. 11 parut pour sou poste; mais telles étaient des lors les prétentions de ceite cour, que Pie VI refusa de le recevoir. Oblige de retourner k Paris, il n'accepta point le ministère des affaires étrangères, qu'on lui offrait, et préféra les fonctions d'ambassadeur à Berlin. L'objet de sa mission était d'empêcher la déclaration de guerre iuintf-
SÉGU
nente entre les deux nations. Il y parvint, malgré de nombreux obstacles, et il revint à Paris jouir de quelque repos. Les événements se précipitaient cependant. Ségur se tint éloigné des affaires; il n'émigra point, et, livré tout entier aux travaux littéraires, il traversa la Révolution sans être inquiété. Arrêté un moment le 10 août 179S, il fut rendu, après une courte détention, à la liberté et continua dans la retraite à s'occuper de littérature et d'histoire.
C'est durant cette période de repos qu'il composa la plus grande partie de ses œuvres : Pensées politiques (1795, in-8°); Théâtre de l'Ermitage (1799, Z vol. in-8»), recueil de pièces dont plusieurs seulement ont été jouées à Saint-Pétersbourg; Histoire des principaux événements du règne de Guillaume 11, roi de Prusse, ou Tableau historique et politique de l'Europe de 1786 <i 1796 (1801, 3 vol. in-8°) ; Politique de tous les cabinets de l'Europe pendant les règnes de Louis XV et de Louis X VJ (1801, 3 vol. in-8°); Conteï, fables, chansons et vers (1801, in-8<>). Beaucoup d'autres de ses ouvrages, composés à cette époque ou pendant 1 Empire, ne virent le jour que sous la Restauration, le comte de Ségur, en parfait courtisan, n'ayant pas cru devoir heurter la volonté de Napoléon, qui voyait, comme on sait, la littérature d'un mauvais œil. Un jour, Napoléon ayant demandé avec quelque dédain si le Ségur, homme politique, était bien le purent du Ségur faiseur de livres, quoiqu'il sût parfaitement que c'était le même homme, Ségur se le tint pour dit et ne fut plus un écrivain que dans le silence du cabinet. Il avait fait représenter, de 1795 à 1799, d'assez nombreux vaudevilles qui ont été publiés et où le nom du citoyen Ségur aîné ligure assez souvent à côté de ceux des citoyens Barré et Desfontaines. Mais il se lança de nouveau dans le monde politique lorsque le gouvernement consulaire eut ramené les formes et presque l'extérieur de la monarchie. 11 avait perdu dans les troubles sa fortune, tant en France qu'à Saint-Domingue ; il truuva moyen de reconquérir, par des travaux littéraires, une existence honorable. Le sénat l'appela comme député au Corps législatif et Bonaparte le nomma peu après conseiller d'Etat.
Lorsque Napoléon se fut fait proclamer empereur, de Ségur parvint aux plus hautes fonctions ; il obtint la charge de grand maître des cérémonies et devint comte de l'Empire, grand-aigle de la Légion d'honneur, grand officier civil de la couronne, puis sénateur le 5 avril 1813. Il possédait l'art dp plaire au souverain par des flatteries quelquefois délicates, mais le plus souvent hyperboliques. Ainsi il s'écriait en 1809, dans un morceau de prose officielle : « Quelle louange donner à un tel monarque, lorsque le simple récit des faits est au-dessus de tout éloge, lorsque sa rapidité est telle que la renommée a peine à le suivre. > Une autre fois qu'il avait fait attendre le maître et que celui-ci lui reprochait avec aigreur de lui avoir fait perdre quelques minutes : « Sire, repondit-il, j'ai un million d'excuses sans doute à présenter à Votre Majesté; mais aujourd'hui ou n'est pas toujours maître de circuler dans les rues. Je viens d'avoir le malheur de donner dans un embarras de rois dont je n'ai pu sortir plus tôt; sire, voilà la cause de ma négligence. ■ Chacun sourie en se rappelant que six rois étaient en ce moment à Paris, entre autres les rois de Bavière, de Saxe et de Wurtemberg, venus pour faire leur couru Napoléon.
En janvier 18U, il fut envoyé, eu qualité de commissaire extraordinaire, dans la isc division militaire, pour y prendre des mesures de salut public et il adressa aux habitants de Troyes une proclamation destinée à enflammer tous les esprits. Du peu plus tard, lorsque, par suite ues désastres de l'invasion et des mauvaises combinaisons de sa politique, Napoléon fut forcé de descendre du trône, Ségur n'en adhéra pas moins, comme les autres membres du Sénat , à sa déchéance , à la formation du gouvernement provisoire et, par suite, à la réiustailation des liourbons sur le trône. Le 4 jum, il entra a la Chambre des pairs, établie par la charte, et dans laquelle Luuis XV 111, par une assez sage politique, tenait à donner le plus de places possible aux sénateurs du l'Empire. Napoléon, à son retour dél'îie d'Elbe, trouva son ancien maître des cérémonies prêt à reprendre son poste; il le lui redonna et le nomma membre de la Chambre des pairs qu'il venait d'instituer. Eulin , lorsque le sceptre tomba pour toujours des mains de Bonaparte, le comte de Ségur se trouva dans uue situation équivoque : il voulut un moment attacher ses destinées à celles de l'empereur proscrit et demanda par écrit la faveur d'aller partager son exil à Sainte-Hélène ; mais le nombre des élus fut tres-reStreint, et le comte de Segur resta en France, où la seconde Restauration l'élimina de la Chambre des pairs, tout eu manteiiaiit son nomsuries registres de l'Académie française, où il avait été appelé en 1803. Sa disgrâce politique ne fui, uu reste, pas de longue durée ; Louis XVIII lui rendu en 1819 sou titre de pair de France. Dans les dix années qu'il vécut encure, il prit uue part modeste aux travaux de la Chambre, où il vota constamment pour les mesures les moins illibèrale^, et il consacra ses loisirs à composer de nombreux ouvrages et à publier ceux qu'il gar-
SEGU
dait depuis longtemps en manuscrit. I imprimer sous la Restauration sa Galeriu raie et politique (Paris, 1817, 3 vol. in un Abrégé de l'histoire universelle (1817* années suiv., 44 vol. in-is); les Qnat; e âges de la vie (1819, in-8°); Romances et chansons (1819, in-8°); Histoire de France (1824-1830, 9 vol. in-8»); Mémoires ou Souvenirs et anecdotes (1824, 3 vol. in-8<>), son plus curieux ouvrage, le seul qui soit lu aujourd'hui, avec son Histoire de Frédéric II. On lui doit encore un Recueil de famille (1826, in-8<>), composé de diverses pièces de théâtre, et il a aussi collaboré à un grand nombre de journaux ou revues : les Nouvelles politiques, l'Historien, le Publiciste, la Bibliothèque française, le Mercure, les Nouvelles littéraires, etc. Ses œuvres complètes (Paris, 1824 et années suiv.) forment un ensemble de 34 vol. in-8°.
Séeur (MÉMOIRES OU SOUVENIRS ET ANECDO- TES, par le comte de) [1824, 3 vol. iu-80]. Ce livre, écrit avec la netteté qui distingue la langue du xvme siècle, est rempli de considérations élevées, de Unes observations, de portraits habilement touchés et d'anecdotes agréables, « Ma position, dit l'auteur, ma naissance, mes liaisons d'amitié et de parenté avec toutes les personnes marquantes de la cour de Louis XV et de Louis XVI, le ministère de mon pèie, mes voyages en Amérique, mes négociations en Russie, l'avantage d'avoir connu, sous des rapports d'affaires et de société, Catherine II, Frédéric le Grand, Potemkin, J-oseph II, Gustave III, Washington, Kosciusko, La Fayette, Nassau, Mirabeau, Napoléon, ainsi que les chefs des partis aristocratiques et les plus illustres écrivains de mon temps; tout ce que j'ai vu, fait, éprouvé et souffert pendant la Révolution; ces alternatives bizarres de bonheur et de malheur, de crédit et de disgrâce, de jouissances et de proscriptions, d'opulence ou de pauvreté; tous les états différents que le sort m'a forcé de remplir m'ont persuadé que celte esquisse de ma vie pourrait être piquante et intéressante. • Un des grands mérites de ces Mémoires, c'est de reproduire avec une lidélité parfaite les impressions, les idées, les aspirations, le mouvement de la société française après la mort de Louis XV. On voit arriver la Révolution; ceux mêmes qui la combattront plus tard ne lui sont pas hostiles au début. La jeune noblesse est libérale et philosophique ; les idées nouvelles la passionnent, l'égalité la ravit. Les uns acceptent la philosophie plébéienne par générosité, beaucoup par imprévoyance et par entraînement. Ou trouve du plaisir à descendre parce qu'on croit pouvoir remonter dès qu'on le voudra. Tous les cœurs battent en France pour la noble cause de l'indépendance américaine. M. de Ségur va rejoindre Rochambeau combattant avec Washington. Cette partie des Mémoires est très-intéressante. Colonel d'un régiment de dragons, il n'assiste qu'à uu combat naval. Rentré eu France, il est désigné par M. de Vergennes pour le poste d'ambassadeur en Russie. Un ami de sa famille, le comte d'Arauda, ambassadeur d'Espagne à la cour de France, l'initie en un quart U heure aux secrets de la diplomatie. • Regardez cette carte, lui dit l'ambassadeur espagnol; vous y voyez tous les Etats européens, grands et petits, n'impurte leur étendue, leurs limites. Examinez bien; vous verrez qu'aucun de ces pays ne nous présente une enceinte bien régulière, un cane complet, un parallélogramme régulier, uu cercle partait. On y remarque toujours quelques saillies, quelques renfoncements, quelques brèches, quelques échaucrures... Vous sentez bien à présent que toutes ces puissances veulent conserver leurs saillies, remplir leurs échaucrures et s'arrondir entin selon l'occasion, lih bienl mou cher, une leçon suffit; car voilà toute la politique. • Le nouveau diplomate se met eu route et s'arrête à Berlin. Dans une conversation familière, Frédéric rend hommage à la nation française , mais l'accuse ensuite de légèreté et d'inconstance. ■ Sire, répond M. de Segur, nul n'est exempt d'imperfection, pas même les plus grands hommes. Si Voue .Majesté me permet de le dire, u'avons-nous pus eu quelquefois nous-mêmes à nous plaindre de son inconstance lorsque nous étions ses allies? > Arrivé à Saint- i"étersbourg, M. de Ségur, sur lequel l'impératrice cause une trëa-vive impression, gagne sa confiance et son amitié par la loyauté de son caractère et aussi par la grâce de sou esprit. Il a tracé de Catlierine 11 uu portrait plus exact que les médaillons complaisants donnés par les philosophes du xvnie siè'de. • Le génie de Catherine était vaste, sou esprit lin ; on voyait en elle un mélange étonnant des qualités qu'où trouve le plus rarement réunies. Trop sensible aux plaisirs, et cependant assidue uu travail, elle était naturelle dans sa vie privée, dissimulée dans sa politique ; son ambition ne connaissait point de bornes, mais elle la dirigeait avec prudence. Coustaute, non dans ses passions, mais dans ses amitiés, elle t/émit fait en administration des principes fixes ; jamais elle n'abandonna ni un ami ui un projet. Majestueuse en public, bonue et familière en société, sa gravité conservait de l'enjouement, su gaieté de la décence. Avec une âme élevée, elle ne montrait qu'une imagination médiocre; sa conversation même paraissait peu biillante, hors les cas très-rures où, elle se
SEGU
^laissait aller à parler d'histoire et de politique; alors son caractère donnait de l'éclat à se3 paroles; c'était une reine imposante et une particulière aimable... Philosophe par opinion, elle se montrait religieuse par politique; jamais personne ne sut avec une aussi inconcevable facilité passer des plaisirs aux affaires; jamais on ne la vit entraînée par les uns au delà de sa volonté ou de ses intérêts, ni absorbée par les autres au point d'en paraître moins aimable. Dictant elle-même à ses ministres les dépêches les plus importantes, ils ne furent réellement que ses secrétaires, et son conseil n'était éclairé et dirigé que par elle, »
On trouve des faits bien curieux dans ces intéressants Mémoires, notamment une relation impartiale de l'affaire de La Chalotais. Quelques lignes de ce morceau sont à citer : ■ Dans ce temps, la lutte contre les jésuites commençait; la cour soutenait et les parlements accusaient cet ordre trop célèbre, cette milice tiltramontaine qui, toujours combattant pour l'autorité temporelle du saint-siège contre celle de la royauté, sut toujours, en flattant, en menaçant, en effrayant, en punissant même les rois, les intéresser à sa cause; ordre redoutable qui s'est constamment relevé de tous ses revers, que les philosophes, les ministres, les parlements, le clergé , Rome même ont cru tuer, et qui, triomphant du monde entier, pourrait, par sa résurrection inconcevable, affirmer sans folie qu'il a le don des miracles. » On pourrait encore citer une foule de traits et d'anecdotes piquantes.
SÉGUIt (Joseph-Alexandre, vicomte de), frère cadet de Louis- Philippe de Ségur, militaire et auteur dramatique, né à Paris en 1756, mort k Bagnères en 1805. Après avoir rapidement parcouru la carrière militaire comme colonel des régiments de Noaiiles, de Royal- Lorraine et des dragons de Ségur, et comme maréchal de camp, il prit sa retraite eu 1790 et se consacra dès lors aux lettres. Il publia successivement : Correspondance secrète entre Ninon de Lenclos, le marquis de Villarceaux et jj/wu de M... (1790, iu-12), roman épistoiaire, où l'on remarque de la finesse et beaucoup d'intelligence du cœur des femmes ; mais les lettres données comme écrites par Ninon étaient celles d'une femme galante, connue de l'auteur ; la Femme jutouse |1791, in-12), imitation des Liuisbns dangereuses. Il donna ensuite à divers théâtres : la Création du monde, à l'Opéra, traduction du livret allemand du chef-d'œuvre de Haydn ; Rosaline et Floricourl, le Fou par amour, le Retour du mari (Théâtre-Français) ; l'Amant arbitre, Edmond et Verseuil (Odéon) ; Roméo, la Dame voilée, les Vieux fous , le Cabriolet jaune (Opéra-Comique).
Le vicomte de Ségur, passionné pour le théâtre, ne l'était pas moins pour la poésie chantante. Homme du monde, spirituel, beau causeur, il brillait dans la grandi', société par ses bous mots. Convive assidu des dîners du Vaudeville, il y paya sa contribution poétique par des chansons qui sont spirituelles et faciles, mais qui manquent de vraie gaieté. Celle de l'Amour et le Temps a donné lieu à nombre de dessins et de gravures. Sa dernière production : les Femmes (1802, 3 vol. iu-12), a été souvent réimprimée, notamment en 1819, 1820, 1821, 1828, 1829, 1834. On a augmente les dernières éditions d'un travail intitulé; De l'influence des femmes sous l' Empire, par Ch. N"*' (Charles Nodier), et de notes dues à MM. Barginet, Ratier et Horace Raissou. Le vicomte de Segur fut aussi (éditeur des Mémoires du baron de Beseiwal, qui firent scandale ; mais on l'a pleinement justifié des reproches qui lui furent adresses à ce sujet. Ses Œuvres diverses, précédées d'une nonce par Fayolle, ont été publiées en 1819, iu-8°, à Paris.
SÉGUR (Octave-Henri-Gabriel, comte de), fils aîue du comte Louis-Philippe de Ségur, militaire et écrivain français, né à Paris en 1779, mort dans latneine ville en J818. Sa courte carrière fut singulièrement accidentée. Sorti de l'Ecole polytechnique en 1803, il fut envoyé comme soua-prefet a Soissous et parut se consacrer d'abord à l'administration, à la littérature et a la science. 11 publia des Lettres eicmentaires sur lu chante (1803, i vol. in- 12); lu Flore des jeunes personnes ou Lettres familières sur ta botanique (1804, in-12) et diverses traductions de" romans anglais. Tout d'un coup, en 1805, il disparut, et Fouche, ministre de la police, lit insérer dans les journaux une note d'après laquelle on devait supposer qu'il s'était noyé volontairement. Ou sut plus tard qu'à la suite de chagrins domestiques il avait quitte la France et s'était engagé, sous un faux nom, dans l'année d'Italie, où il conquit le grade de capitaine. Il fut fait prisonnier et interné en Hongrie. Il passa de lu eu lispayne et devint aide de camp de Masséua, rentra eu France, lit la campagne de Russie et s'illustra, à Wilna, par une mugn.lique charge de cavalerie; il avait alors le graue de chef d'escadron. Fait prisonnier une seconde fuis, il resta à Saratotf jusqu'à la chute de l'Empire et revint eu France eu 1816. Deux ans après, toujours tourmente des mêmes chagrins mystérieux qui lui avaient fait quitter Soissous, il se jeta dans la Seine, du haut du pont Royal, et se noya.
SÉGU» (Philippe-Paul, comte de), général
SÉGO
et historien, né à, Paris en 1780, mort dans la même ville en 1873. Il eut pour premiers instituteurs son père et son oncle, tous deux, hommes de beaucoup d'esprit, qui lui inspirèrent dès l'enfance le goût des lettres. Il faisait des vers à quinze ans, et à dix-sept, lors de la vogue des dîners du Vaudeville, il apporta son contingent de chansons et de bluettes à cette joyeuse réunion ; quei- ■ques-unes furent insérées dans le premier volume du Recueil de chansons du diner du Vaudeville (1797, in-12). Sun père le poussa à. des études plus sérieuses, relie de l'histoire particulièrement et des grands maîtres de l'antiquité, Thucydide, Xénophon, Polybe surtout, qui devait plus tard lui servir de modèle. Petit-fils d'un maréchal de France, fils d'un père qui, avant dentier dans la diplomatie , avait porté les armes sous La Fayette et Rochambeau, dans les glorieuses guerres d'Amérique, le jeune de Ségur songea naturellement à la carrière des armes, et il y entra modestement comme simple hussard (février 1800). Il avait vingt ans. Nommé sous-lieutenant peu de teints après, il lit sous Moreau la campagne de Bavière et assista à la bataille de Huhenlinden. De là, il passa avec le grade de lieutenant dans l'armée de Macdonald, chargé de combattre les Autrichiens dans le canton de- Grisons. Il écrivit à cette occasion son premier ouvrage, Lettre sur la curnpngne de Macdonatd (Paris, 1802, in-8°),où se révélèrent dcjk se* grandes qualités d'écrivain militaire. L'auteur, qui s'était distingué dans cette campagne, n'avait encore que vingt-deux ans; capitaine deux ans plus tard, eu 1804, il eut occasion, sous les auspices de son père devenu grand maître des cérémonies, de voir quelquefois la cour de Napoléon. Il plut au maître, qui le chargea d'abord d'une mission délicate, à demi diplomatique, en Danemark, puis, lors de la formation du camp de Boulogne, de l'inspection des ouvrages militaires des côtes de la Manche, des frontières belges et de celles du Rhin. M. de Segur fit la campagne de 1805 en qualité d'officier d'état-major, assista k la bataille d'Austerlitz, puis fut choisi par Napoléon, avec quelques autres officiers, pour accompagner à Naples le roi Joseph. Il se distingua au siège de Gaëte et y gagna les épauleues de chef d'escadron; rappelé k Paris, il y épousa la fille du comte de Luçay, premier préfet du palais, puis fit la campagne de Prusse et prit part k la bataille d'ieua et à la série de combats meurtriers livrés à l'armée russe du 23 décembre 1806 au 9 février 1807 .Blessé deux foisà Nazielsk.il tomba entre les main8 des Russes et fut interné comme prisonnier de guerre au deià de Muscou, à Vologiia, où il séjourna jusqu'à la paix de Tilsitt (juillet 1807). Dés qu'il fut rendu à la liberté, le comte de Ségur passa en Espagne (1808) avec le grade de major, gagna en peu de jours, par sa bravoure au combat de Somo-Kierra, celui de colonel ; mais, criblé de blessures dans cette journée, il se vit contraint de rentier en France et de prendre un peu de recos. Napoléon le chargea de missions diplomatiques (1810) auprès des cours du Nord. Promu général de brigade le «juin 1811, il fut appelé à l'étal-mujur de f'eiupcreur, et fit en celte qualité toute la désastreuse campagne de Russie. En 1813, il fut chargé de combattre sur le Rhin, k la tète du 5° régiment des gardes d'honneur et contribua à la défense des frontières, devant Landau et Strasbourg. Dans la campagne de France, il se distingua particuliereiieut à Montmirail, à Château-Thierry et dans l'affaire de Keims (14 mats lSU).
Là s'arrête la carrière militaire de Philippe-Paul de Ségur. Lo Restauration lui laissa son gradu, niais le mit eu non-activité, pour le punir d'avoir accepté un commandement pendant les Cent-Jours. L'homme de guerre se lit alors l'historien des grandes choses dont il avait été le témoin ; il résolut de retracer la campagne de KusSie, cet effroyable épisode des guerres de l'Empire , dans une vaste composition historique et mit huit ans à rassembler tous les traits de cet immense tableau. C'est en 182-4 seulement que parut {'Histoire de Nucléon et de la grande armée en. 1812 (Paris, Beaudoiu, ï vol, in-8"). (Jet ouvrage eut un succès extraordinaire et tient toujours un bon rang parmi les histoires particulières de l'Empire; son apparition souleva de vives po.émiques. Tout en jugeant avec déférence l'homme au service duquel il avait passé la munie de sa vie, le comte de Segur eut le premier le courage et l'honneur d'exprimer toute sa pensée sur Napoieun et 3ur le désastre de 1812. Il lu montra tel qu'il l'avait vu d près, durant tout le cours de cène uesasercuse expédition, et surtout après l'évacuation de Moscou, dans un état d'affaiblissement complet, au moral et au physique, et ayant perdu son génie. Le tableau qu'il a tiacé des horreurs de cette fameuse letraite lui mérite véritablement le titre d'historien. Son style sobre fait image par sa précision, et une émotion pénétrante anime ce^ pages, d'une vérité à la fois si éloquente et si uouioureust:. Parmi ses contradicteurs, le plus ardent fut le gênerai Gourgaud, qui entreprit une réfutation de l'Histoire de Napoléon et de la grande armée, réfutation uoul les termes violents amenèrent une rencontre entre les deux généraux; le comte de Sègur fut blessé.
Dans le but de coutiuuer l'Histoire de
SEGU
France, laissée interrompue par son père à la moit de Louis XI, le comte de Ségur publia, en 1834, une Histoire de Charles VIII, qui fut moins heureusement accueillie. Son véritable talent consiste dans la narration des grands spectacles qui ont frappé ses regards ; aussi était-il sur son terrain en décrivant la retraite de Moscou ; ses principales qualités l'abandonnent s'il veut, k l'aide des documents, faire revivre des époques disparues. Le peu de succès de ce fragment historique l'empêcha de donner suite a son projet de continuer 1 histoire de France jusqu'à la Révolution de 1789.
Le comte de Ségur entra à l'Académie française le 25 mars 1830, en remplacement de M, de Lévis. Nommé lieutenant général, puis pair de France, par le gouvernement de Louis-Philippe, il eut occasion de prononcer à la Cliambre haute quelques discours remarqués ; il s'éleva, entre autres, à la grande approbation de Royer-Coilard, contre la commémoration du 21 janvier. On lui doit, en dehors des ouvrages cités plus haut, un Eloye du maréchal Loûau (1839, in-8°), des articles spéciaux dans le Journal des sciences militaires et un livre qui a paru au lendemain de sa mort, Histoire et mémoires (1873, in-8''). L'auteur y retrace parallèlement l'histoire de Napoléon et sa propre vie, en tant que mêlée aux principaux événements de l'Empire.
SEGUR (Sophie Rostopchine, comtesse de), femme de lettres française, née à Saint- Pétersbourg en 1799, morte à Paris en 1874. Fille du célèbre comte Rostopchine, gouverneur de Moscou lors de l'incendie de cette ville en 1812, elle épousa le comte Eugène de Ségur, fils du couite Octave-Henri-Gabriel de Ségur. Le comte Eugène, né en 1798, devint pair de France en 1830. La comtesse Sophie, douée d'un esprit aimable et cultivé, a écrit pour la jeunesse un grand nombre de livres pour la plupart ornés de vignettes. Nous citerons, entre autres : la Santé des enfants (1857, iu-12) ; Nouveaux contes des fées pour tes petits enfants (1757, in-16); les Petites filles modèles (185S, in-12); Livre de messe des petits enfaiHs (1858, in-32) ; les Vacances (1859, in-12); Mémoires d'un une (1860, in-12); la Sœur de Gribouille (1861, Ln-12) ; Pauvre Biaise (1862); les Deux nigauds (1862); les Bons enfants (1862); l'Auberge de fange gardien (1863) ; les Malheurs de Sophie (1864); François le Bossu (1864) ; le Général Dourakine (-1864) ; Evangile d'une grund'mère (1865, in-8°) ; Jean qui grogne et Jean gui rit (1865, in-12); Un bon petit diable (1865); Comédies et proverbes (1865) ; Diloy le chemineau (1870) ; Après fa pfuie fe beau temps (1871); la Fortune de Gaspard (1871); le Mauvais génie (1871), etc. M°« de Ségur était la mère du prélat Louis-Gaston de Ségur et du comte Anatole de Ségur, conseiller d'Etat, dont nous allons parler.
SËGUR (Louis-Gaston de), écrivain ecclésiastique, fils de la précédente, né à Paris en 1820. Il entra dans les ordres, se fit ordonner prêtre et fut frappé quelques années plus tard de cécité. Prélat de la maison du pape, il fut nommé sous l'Empire chanoine-èvèque du chapitre de Saint-Denis. M. Gaston de Ségur a publié un grand nombre de petits opuscules destinés a faire de la propagande religieuse et d'une complète insignifiance ; nous citerons, entre autres : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion (1851, in-ltjj ; Jésus-Christ (l85G, in-18) ; Pratique de l'adoration du saint sacrement (1857, in-32); la Religion enseignée aux petits enfants (1857, in-32) ; ¥ a-t-il un Dieu qui s'occupe de nous? (1857, in-18) ; Causeries familières sur le protestantisme (1858, in-18); le Pape (1860, in-18J; la Passion de Noire-Seigneur (1861, in-18}; la Très-sainte communion (1860, m-18); le Denier de Saint- Pierre (1861, in-32j; Opuscules (1862, 2 vol, in-12); je Souverain pontife (1862. in-18); la Divinité de Jésus-Christ (1S62, in-18); la Confession (1862, iu-18); la Piété et la vie intérmure (1863-1864, 4 vol. Ln-18); Instruction» familières et lectures du soir sur toutes tes vérités de la religion (1863, 2 vol. in-12); V Enfant Jésus (1864, in-18); Causeries sur le protestantisme (1864, in-18); Conseils pratiques Sur la confession (1864) ; Conseils pratiques sur la piété (1864); Conseils pratiques sur la prière (1865); Conseils pratiques sur les tentations (1865); Objections populaires contre l'encyclique (1865). Citons encore : l'Eglise, Grosses vérités, la Présence réelle, Prie Dieu, la Sainte Vierge, les Volontaires de la prière , les Saints mystères , la Tiers ordre de Saint-François, la Messe, Mois de Marie, les Pâques, la Passion, le Concile (1869); le Pape est infaillible (1870); la Foi devant la science, Au soldat en temps de guerre (1870) ; Hommage aux jeunes catholiques libéraux (1874), etc. Indépendamment de ces petits écrits, M. de Segur a publié quelques diatribes destinées, d'après lui, à réduire en poudre la Révolution et les révolutionnaires; telles soûl : lu Révolution (1861, in-18); la Liberté (iti-18); les Francs-maçons (1870, in-18); Vive te roi (1871, in-18); Nobles et prêtres (1871, in-18), etc. Dans ces èlucubraiions venimeuses, aussi grotesques par le fond que par la forme, l'auteur, à qui il ne faut demander ni discussion sérieuse m esprit de justice, remplace les raisons par des injures et n'hésite point, s'il le juge utile,
SEGU
à recourir à la diffamation. Particulièrement dans le factum intitulé : Nobles et prêtres, ce maladroit disciple de M. Veuillot se livre à un dévergondage de plume tout à fait étourdissant et d'un ridicule achevé. Pour donner une idée de son style et de sa manière, nous nous bornerons aux citations suivantes: «Ce que la démocratie appelle les hommes de progrès et de lumière, c est la foule des borgnes, des aveugles et des cornichons qu'elle a le talent de séduire. — Les révolutionnaires et les républicains (en pratique, c'est la même chose) sont les ennemis de la religion ; ils sont les ennemis de nos gloires nationales les plus pures, les plus splendides; ils sont les ennemis des sciences, des lettres et des arts ; ils sont, pouf la plupart, remarquablement bêtes, malgré les audaces de leur langage ; presque tous sont ignorants et grossiers ; presque tous, pour ne pas dire tous, sont pétris de vices... — Le roi, le roi légitime, c est l'autorité ; les nobles, ce sont les hommes de l'autorité : les prêtres et la religion, c'est la sanction divine, c'est la sauvegarde de l'autorité. Les républicains ne veulent ni de l'autorité ni de ceux qui la leur rappellent ; l'autorité les gêne en les empêchant de piller et d'égorger. C'est donc l'autorité qu'il nous faut ; l'autorité religieuse : Vive le pape 1 vive l'Eglise 1 l'autorité civile : Vive le roi ! et les hommes du roi 1 >
SÉGUR (Anatole-Henri-Philippe, comte de), administrateur et écrivain, frère du précédent, né k Paris en 182a. Il fit ses études de droit, puis entra comme auditeur au conseil d'Eiat eD 1846 et fut, en 1851, préfet de l'Ariége, puis de la Haute-Marne. Maître des requêtes en 1852, il devint conseiller d'Etat en service ordinaire en 1868 et remplit ces fonctions jusqu'à la chute de l'Empire. Lors de la reconstitution du conseil d'Etat par l'Assemblée nationale, il fut nommé conseiller le 22 juillet 1872. On lui doit un assez grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Fables (1848, in-12) ; le Dimanche des soldats, contes et récits (1850, in-18); la Caserne et le presbytère, contes et récits (1863, in-12), souvent réédité; les Païens et les chrétiens (1&5S, in-12); Vie et mort d'un sergent de zouaves, Hélion de Villeneuve- Trans (1856, in-18) ; Quelques mots sur la législation et la jurisprudence en- matière de donations et de legs charitables (1858, in-18); Témoignages et souuenii'S (1857, iu-lî) ; les Mémoires d'un troupier (1858, iu-18); Nouveau recueil de cantiques pour les réunions d'hommes et spécialement pour les réunions de mititaires (1859, 3<! édit.) ; les Martyrs de Castetfidardo (1861, in-12); Un épisode de la Terreur (1864, in-18); le Poème de saint François (1866, in-18); Sainte Cécile, poBme (1858, in-12), couronné par l'Académie française; Sabine de Ségur (1870, in-12); Histoire populaire de saint François d'Assise (1870, in-18); Vie de Rostopchine (1872, in-8u) ; De iiudemnitè de logement duepar les communes aux curés (1874, in-8°) ; Sursum cordai poésies (1874, ii:-18) ; la Maison, stances.et sonnets (1874, in-12), etc.
SÉGUR ( Louis-Philippe-Charles-Antoine, comte de), homme politique, né à Paris le 22 décembre 1838. Il est lils-de M. Cbarles- Louis-Phihppe de Ségur, qui fut député de 1842 à 1846. M. Louis de Ségur épousa en 1866 Ml'e Thérèse Casimir Pèrier, puis devint conseiller général de Seine-et Marne. Lors de la convocation des électeurs pour l'Assemblée nationale, il déclara, le 5 février 1871, qu'il avait vote non lors du plébiscite, qu'il était partisan du gouvernement qui nous divise le moins et que, serviteur do la volonté nationale, il serait fermement républicain, si la nation consultée adoptait les institutions républicaines. Elu député de Seine-et-Marne, le dernier sur sept, par 15,044 Voix, le 8 février suivant, il alla siéger au centre droit, vota pour la paix et fit partie du groupe monarchiste-orléaniste qui se sépara de M. I'hieis et contribua aie renverser lorsqu'il demanda l'organisation de la République (24inai 1873). Devenu un des adeptes du gouvernement de combat, ce jeune député vota toutes les nesures de reaction proposées par le cabinet de Broglie et ses successeurs. Il se prononça pour le septennat (20 novembre 1873), pour M. de Broglie (16 mai 1874), s'abstint sur la proposition faite par son beau-père d'organiser les pouvoirs publics (23 juillet), repoussa la demande de dissolution faite par M. de Maleville (29 juillet 1S74), mais finit pur se joindre aux uèputés qui votèrent, le 25 février 1875, la constitution organisant les pouvoirs publics. Depuis lors, il a voté contre la loi sur l'enseignement supérieur (12 juillet) et pour la loi sur le mode d'élection du Sénat (2 août), Uu des secrétaires de la Chambre, M. de Ségur a été chargé de faire des rapports sur les marchés de Lyon et sur les marchés faits dans Je département du Nord pendant la guerre. Il a défendu le premier de ces rapports, très-viveinent et très-justement attaqué, dans un discours prononcé le 31 janvier 1873. On a de lui : Une caravane française en Syrie au printemps de 1860 (1861, in-12), extrait de la Revue des Deux- M ondes, et les Marcliës de la guerre à Lyon et à l armée de Garibaldi (1873, in-8°). *
SEGUR DAUUESSEAU (Raymond -Paul, comte de), homme politique, né à Paris en 1803. Troisième dis du comte Octave-Henri- Gabriel de Ségur, le neveu du comte Philippe- Paul, il joignit à son nom paternel le nom
SEGU
de sa mère, Mlle Félicité d'Aguesseau. M. Ségur d'Aguesseau étudia le droit k Paris, puis a Aix, ou il se Ht recevoir licencié, et épousa à Rome, en 1825, M1'0 Nadine-Espérance de Swetchine. En 1828, il entra comme auditeur au conseil d'Etat et passa, l'année suivante, dans la magistrature. Substitut à Rambouillet, puis substitut du procureur général à Amiens (1830), il se rallia au gouvernement de Louis- Philippe, qui le nomma substitut près ta cour d'appel de Paris. En 1833, M. Ségur d'Aguesseau quitta la magistrature pour
1 administration et fut successivement préfet des Hautes-Pyrénées (1833), du Lot (1835) et de nouveau des Hautes-Pyrénées (1837).
Destitué peu après pour n'avoir pas donné un appui assez chaud aux candidats agréables pendant les élections, M. Ségur d'Aguesseau passa à l'opposition légitimiste et essaya sans succès, à diverses reprises, de se faire élire député. Après la révolution de 1848, ie légitimiste se transforma immédiatement en un chaud républicain, fit une profession de foi en ce sens, mais ne fut point élu. Plus heureux en 1849, il fut nommé député à la Législative par les électeurs des Hautes-Pyrénées et donna, k l'ouverture de la session, le signal des cris de : Vive la République! I! ne se jeta pas moins aussitôt dans le parti de la réaction, vota toutes les lois réactionnaires qui furent présentées à cette époque, puis se sépara de la majorité pour passer dans le camp de Louis Bonaparte. Membre de la commission consultative , après l'attentat du
2 décembre 1851, il se signala comme un ardent bonapartiste et fut nommé membre du Sénat le 25 janvier 1852, et, au mois d'août suivant, il Ht émettre par le conseil général de3 Hautes-Pyrénées, dont il était vice-président, le vceu que l'Empire fût rétabli. Au Sénat, il se signala comme un des partisans les plus acharnés de l'arbitraire, du despotisme eldes idées cléricales. En 1866, il demanda que la France forçât l'Italie à tendre au pape toutes les provinces qui s'étaient spontanément détachées des Etats pontificaux. Le discours aux allures démocratiques prononcé au Sénat par le prince Napoléon lo 2 septembre 1809 lui causa une vive irritation et il le qualifia à diverses reprises de triste et de scandaleux. Le 15 janvier 1870, il blâma vivement le gouvernement de ne pas être assez rigoureux envers la presse ; mais, le 18 avril suivant, il félicita le chef de l'E'at de recourir au plébiscite, de donner au pays le couronnement de l'édifice, et crut devoir profiter de l'occasion pour expliquer son attitude républicaine en 1848. « Vous me dites, s'écria-t-il , quelle valeur croyez-vous doue qu'ont vos paroles, vous qui avez ciiè : Vive la République I en 1849 et qui, un an auparavant, faisiez une profession de foi républicaine? Vous croyez bien m'embarrasser peut-être? Eh bieiil détrompe/,- vous; si j'ai fait ainsi, c'est que pour moi comme pour le peuple aussi il n'y avait pas autre chose à faire.., Mais, dites-vous, et ce cri de : Vive la République 1 que vous profériez en 1849. — Ohl eYst bien simple. Messieurs, nous étions alors en république, d M. Ségur d'Aguesseau applaudit à la déclaration de guerre à la Prusse et assista à la dernière séance du Sénat le 4 septembre 1870. Le dernier, il
, prononça le cri de : Vive l'empereur I vive l'impératrice 1 et disparut avec ses collègues de la salle en apprenant que la République venait d'être proclamée. Depuis lors, il a vécu dans la retraite.
SEGURA, autrefois Tader, rivière d'Espagne. Elie prend sa source k l'extrémité S.-O. du la province d'Albacete, sur la limite de celle de Grenade, au pied de la sierra de Segura, couie d'abord au N., puis au N.-E., entre dans la province ne Murcie, se dirige à l'E. et au S.-E., baigne Archeua, Murcie, arrose ensuite la province d'Alitante et Se jette dans la .Méditerranée, à 28 kiluin. S.-O. U'Aiicaute, après un cours de 245 kikun. Elle alimente dans sou parcours de nombreux canaux d'irrigation.
SEGÛltA-DE LÉON, l'ancienne Secura, .ville d'Espagne, province de Badajoz, k 45 kilom. O. de Llercna; 4,107 hab. Château fort, antiquités romaines.
SEGURA-DE-LA-SIERRA, en latin Castrum AUuin, villt: d'Espagne, province et à 110 kilom. S.-O. d'Aibacète, près des sources de la Segura et du Guadalquivir. sur le versant oriental de la sierra Segura'; 4,200 hab. Tissage de laine, lin et chanvre. Elevé de bestiaux.
SEGURANA (Catarina), héroïne niçoise, née à Nice en 1510. Fille de pêcheurs, ede était marchande de poisson lorsque, au siège de Nice en 1542. elle se distingua par un acte d'héroïsme que les historiens locaux comparent à celui de Jeanne Hachette. Le duc de Savoie, a qui appartenait le comté de Nice, ■ était alors l'allié de Charles -Quint contre François 1«. Celui-ci ayant négocié avec Soliman II le traite aux termes duquel une flotte turque devait opérer un débarquement sur les côtes de Provence, Soliman piaça k la tête de l'expédition le fameux corsaire Khaïr-Eddin, vulgairement connu sous le nom do Hariadan BarueroUsse, dey de Tunis, l'un des hommes de mer les plus hardis de 1 époque. La Hotte ottomane opéra de concert avec une flotte française sortie de Toulon et de Marseille sous le commandement du ce m te de
SÉIC
Grignan, et, après vingt-deux jours de siège, Nice fut emportée d assaut et livrée au plus horrible pillage. Les derniers défenseurs de la ville se réfugièrent dans la citadelle, qui ne put être prise, pas plus que les forts de Montbozon et de Montalban, et c'est à un assaut livré contre la citadelle, le 15 août 1542, que s'illustra Catariua Segurana : elle renversa d'un coup de hache un porte-étendard turc qui avait, déjà escaladé la muraille et dont la mort fut le signal de la déroute des assaillants. L'héroïne s éteignit obscurément après ce haut fait dont il n'est question que dans les annales niçoises, mais son souvenir était resté cher à ses concitoyens, et les échevina de Nice le consacrèrent par l'inscription suivante sur une plaque de marbre, qui fut placée dans une des salles de la maison commune :
NIC.ENA AMAZON
IRRUENTIBUS TURCIS OCCURRIT
EIÎEPTOQUE VEXILLO
TRIUMPHUM MERU1T.
Il lui a été élevé depuis, sur une des promenades de la ville, une statue en bronze exécutée par M. de Pierlas.
SEGUBO (POBTO-). ville du Brésil.