‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 273 sur 1059 · SENO · texte numérisé non relu

SENO

Géogr. Habitant de Sens ; qui appartient à cette ville où à ses habitants : Les Sénonais. La population sénonaise.

SENONAIS (le), petit pays de l'ancienne France, dans la ci-devant province de Champagne, entre l'Ile-de-France, l'Orléanais, le Nivernais et la Bourgogne. La capitale était Sens; les autres villes principales : Joigny, Montereau, Tonnerre, Chablis et Nogent-sur- Seine. Ce pays est actuellement partagé entre les départements de l'Yonne et de 1 Aube.

SENONCHES, bourg de France (Eure-et- Loir), ch.-l. de cant., arrond. et à 34 kilom. S.- O. de Dreux, près de la source de la Biaise et de la forêt de Senonches; pop. aggl., 1,217 hab. — pop. tôt., 1,946 hab. Fabrication de chaux, tuileries, briqueteries-, usine métallurgique. Commerce de bois de charpente et de "chauffage. Restes d'un vieux château.

SENONES, petite ville de France (Vosges), ch.-l. de cant., arrond. et à 25 kilom. N. de Saint-Dié, sur ta rivière de Rabodeau ; pop. aggl, 2,380 hab. — pop. tôt., 2,757 hab. Filatures de coton, moulins à grains, scieries, teinturerie. Commerce de planches de sapin. Senones est une ville agréable, située sur les deux rives du Rabodeau, dans un magnifique amphithéâtre de verdure. Des montagnes boisées bordent son horizon (le toutes parts. Elle doit son origine à uuc abbaye fondée en 662 par saint Gondebert, évoque de Sens, lequel, en souvenir du siège épiscopal qu'il avait abandonné pour cette retraite, lui donna le nom de Senones, racine de celui de Sens. L'abbaye de Senones, que Charlemagne concéda plus tard aux évêques de Metz, était une des plus riches et des plus considérables de la province, et ses abbés, qui avaient le droit aux jours de grandes fêtes de porteries insignes de la dignité épiscopale, en exerçaient les droits temporels et spirituels dans toute l'étendue du domaine abbatial. L'abbaye de Senones doit surtout la notoriété dont elle jouit aux travaux d'érudition dont elle fut longtemps le centre et en quelque sorte le foyer. Parmi les hommes qui l'illustrèrent en ce genre, nous nous bornerons à citer dom Calmet. En 1754, Voltaire, voulant témoigner toute son estime au savant bénédictin, vint à Senones et fit à l'abbaye un séjour d'un mois. Il y vécut comme ses hôtes et de leur vie commune, et c'est là qu'il jeta les premiers fondements de son célèbre Essai sur les mœurs, profitant pour élever ce monument anticatholique des nombreux matériaux historiques que la patience et le travail de dom Calmet et de ses compagnons étaient parvenus à rassembler. Ce fait peut être rais au nombre des meilleures malices de Voltaire.

Senones devint en 1751 la capitale de la principauté de Salm, dont les titulaires y construisirent un château. Ce château est aujourd'hui affecté, ainsi que les débris des anciens bâtiments conventuels, à l'une des plus importantes filatures des Vosges. La maison abbatiale, le monastère et l'église de Senones furent reconstruits au xvmc siècle, à la suite d'un incendie qui les avait à peu près ruinés. De l'église il ne subsiste qu'une tour renfermant un bel escalier. Les restes des princes de Salin et ceux de dom Calmet, qui y étaient jadis déposés, ont été transférés dans l'église paroissiale. Cette église paroissiale est fort ancienne, car sa fondation est attribuée à suint Gondebert. La partie de la nef originaire encore debout présente tous les caractères de l'époque de transition ; ses colonnes s'amincissent et s'élancent vers les voûtes, et la lourdeur romane commence à faire place à la légèreté ogivale. Un chœur d'architecture grecque fut ajouté au siècle dernier ; il a été depuis détruit en partie; le nouveau chœur est formé du cloître attenant à l'église. De ce bouleversement résulte un ensemble incohérent et bizarre.

SE NON E VERO, E BENE TROVATO, Proverbe italien qui signifie : St cela n'est pas vrai, c'est du moins bien trouvé.

« 5e non e vero, e bene trovato, dit la marquise avec un malicieux sourire ; vous vous tirez fort bien d'un mauvais pas. Et pour mettre du baume sur votre blessure, je vais rendre hommage à votre esprit. ■>

Charles de Bernard.

« M. Granter de Cassagnac continue sa campagne contre l'abolition de l'esclavage. L'ennemi acharné de Racine aurait même, dit-on, l'intention de donner sur cette question brûlante des consultations publiques, sans doute pour faire concurrence a Vriès, ce fameux docteur noir qui prétendait avoir trouvé le secret de guérir le cancer. Se non e Vriès, e bene trovato. »

A. Legendre.

SÉNONIEN , IENNE adj. (sé-no-ni-ain, i-è-ne). Qui a rapport aux Sénonais.

— Géol. Terrain sénonien, Banc de craie qui occupe une grande partie du Sénonais et d'autres régions de la Champagne.

SENONNES (Alexandre de La Mottb-Bakacé, vicomte de), littérateur français,'né en- Bretagne en 1781, mort en 1840. Devenu orphelin de bonne heure, il s'occupa d'abord de peinture et fournit ensuite des articles à la Gazette de France. En 1S16, il fut nommé secrétaire général des musées royaux et plus

SENS

tard conseiller d'Etat. La révolution de 1830 lui ayant fait perdre tous ses emplois, il sa retira en Bretagne, où il mourut dix ans après. On lui doit : Lettres de Jacopo Ortis, trad. de l'italien (1814, 2 vol. in-12); Choix de vues pittoresques d'Italie, de Suisse, de France et d'Espagne (1821, in-fol.); Promenade au pays des Grisons ou Choix des vues les plus remarquables de ce canton, dessinées d'après nature etlithographiées par Pingret (Paris, 1827-1829). Il a aussi donné une belle édition des Œuvres dramatiques de Destouches.

SÉNOPROSOPE s. m. (sé-no-pro-zo-pe — do préf. séno, et du gr. proso'pon, visage). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des asiliques,

SÊNOPTÉRINE s. f. (sé-no-pté-ri-ne — du préf. séno, et du gr. pteron, aile). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, formé aux dépens des dacus ou daques, et dont l'espèce type habite l'Amérique du Sud.

SENS s. m. (san — latin sensus, mot qui, selon Eichhoft, représente exactement le sanscrit çansâ, opinion, et l'allemand «h;i, anglais sensé; toutes formes venues, d'après lui, de la racine sanscrite fa* ou çans, approuver, vouloir, qui serait devenue en latin censeo et sentio et en allemand sinnen. Scheler croit que sinnen, ancien haut allemand sinnan, méditer, penser, est identique avec l'ancien haut allemand sinnan, partir, aller vers, lequel vient sans doute de la racine sanscrite sidh, sindh, aller, d'où pourrait aussi venir le latin sentire. L'ancienne langue avait aussi pour sens une forme sen, provençal sen, ce», italien senno, d'où le vieux, français séné, provençal sénat, espagnol senado, sensé, et le composé forsené, forcené, hors de sens. Diez et quelques autres donnent une autre origine à cette forme sen et la rapportent au germanique : ancien haut allemand sin, nouveau haut allemand «nu, qui appartient, du reste, à la même famille que le latin sensus, ainsi que nous venons de le voir. Scheler avait d'abord pensé que la dualité sens et sen était fondée sur ce que, ayant interprété le s final du mot sens comme la flexion habituelle du nominatif, on en aurait déduit, pour les cas obliques, une forme sen; mais la comparaison de l'italien senno l'a ramené à l'opinion de Diez. Il existait aussi dans la langue d'oil un autre substantif sen avec la valeur de sentier, chemin. Scheler le rapporte au vieux haut allemand sinnan, partir, aller vers, qui, selon lui, est identique avec sinnan, méditer, penser. Il est bon de citer cette vieille forme sen, chemin, parce que le mot sens actuel dans les locutions : inarcher dans tel sens, mettre du mauvais sens, à contre-sens, nous laisse encore apercevoir les relations qui existent entre les notions raison et sens. Le mot sens actuel rend à la fois la valeur du vieux fiançais sen, intelligence, et sen, chemin, direction). Chacune des facultés que possède l'animal d'éprouver des impressions par l'intermédiaire de ses organes : Le sens de la vue, de l'ouïe, du goût, du toucher. Les cinq sens. Le chien a le sens de l'odorat très-fin. (Acad.) L'imagination est la mémoire des sens. (Turgot.) Nos sens sont les premières facultés que nous remarquons. (Coudill.) Nos sens ne laissent pas de nous être des occasions d'erreur. (Malebr.) Platon appelait la vue et l'ouïe tes sens de l'âme. [H. de St-P.) Les sens sont des espèces d'instruments dont il faut apprendre à se servir. (Buff.) De l'action continuelle des corps extérieurs sur les sens de l'homme résulte la partie la plus remarquable de son existence. (Cabanis.) C'est par tous les SEN&que l'éducation s'infiltre chez les enfants. (M^o Monmarson.) Nos sens nous trompent tout en nous recelant le monde extérieur. (Petit-Senn.) Toute impression gui flatte nos sens est un plaisir. (Latena.) Le sens de l'odorat est celui qui a le plus d'affinité avec les facultés voluptueuses. (Beauchêne.) La vie sauvage développe certains sens qui s'émoussent da)is la vie civilisée. (A. Maury.) Tout entre dans l'esprit par la porte des sens.

Deulle.

Il PI. Faculté d'éprouver le plaisir; passion physique, concupiscence , sensualité : L'ivresse des sens. Mortifier ses siîns, Ajjoiser l'ardeur de ses sens. Le bonheur n'est point le transport passager des sens ; c'est un état constant et permanent de l'âme. (Boss.) L'iuresse est le plaisir des sens porté jusqu'à une sorte de détire gui suspend l'empire de la raison. (Latena.) llapides et fugitifs, les plaisirs des sens ne laissent après eux que du vide. (Laroiniguière.) L'amour est un mouvement des sens qui a son principe dans le rut. (Proudh.)

Combattez-vous vos sens ? domptez-vous vos faiblesses î

Boileau.

Un auteur vertueux, dans ses vers innocents, Ne corrompt point les cœurs en chatouillant lessens

Boileau.

Par l'ardeur de ses sens le jeune homme emporté Dévore le prisent avec rapidité.

Deluxe.

C'est un plaisir perfide

Que d'euivrer son âme avec le via des sens.

A. DE Ml'SSET,

Calme des sens, paisible indifférence.

Léger sommeil d'un cœur tranquillisé,

SENS

Descends du ciel ; éprouve ta puissance Smr un amant trop longtemps abusé.

Parut.

Chaque objet me ramène à ces aimables jours Où les plaisirs Bont vifs» les peines sont légères, Où l'âme vierge encor, dans le sommeil des «ois, Des Toiles passions ignore les tourments.

LEaoavÉ.

— Sentiment, faculté de goûter, d'apprécier : Cilui que l'art laisse froid manque d'un sens. Vous n avez pas le sens de la musique. Qui ment toujours perd le sens du vrai. (Ph. Ohasles.) Le sen-s du beau tie se développe guère sans éveiller le sens du bien, il Jugement, faculté de comprendre : C'est un homme de sens, de grand sens, de peu de sens, de petit sens. // a du sens. Il a le sens droit. Il a perdu le sens. Il a le sens troublé, égaré, aliéné. (Acad.) Il y a un certain sens droit gui fait qu'on prend son parti nettement. (Boss.) Il faut demandera Dieu du sens plutôt que de l'esprit. (Chapelain.) Rien ne persuade plus les gens qui ont peu de sens que ce qu'ils n'entendent pas. (Cal de Retz.) C'est manquer de sens que de maudire ou de condamner les sens. (L. Jourdan.) A un homme d'esprit, il ne faut qu'une femme de sens ; c'est trop de deux esprits dans une maison. (De Donald.)

Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.

La Fontaine.

J'ai beaucoup vu : le sens vient avec l'âge.

Voltaire.

— Signification : Le vrai sens de la loi. Détourner le sens d'un passage. Donner un faux sens à une phrase. Des paroles à double sens. Ce mot a deux sens. Le sens propre. Le sens figuré. Le sens littéral et le sens mystique de l'Ecriture sainte. Le sens métaphorique, allégoriqae. Dans cette période, le sens n'est pas achevé, le sens reste suspendu. Ce ne sont pas ses propres mots, mais c'est le sens de ce qu'il a dit. (Acad.) L'usage ne fixe le sens des mots que par le moyen des circonstances où l'on parte. (Condill.) Tous les vrais philosophes ont reconnu que le hasard est un mot vide de sens. (Volt.) Ce n'est pas tant le son que le sens des mots qui tient si souvent en suspens ta plume des bons écrivains. (J. Joubert.) // faut que te discours soit ferme, que le sens y soit naturel et facile, le langage exprès et signifiant, (Th. de Viaud.) Le sens des mots est principalement idéal et symbolique. (Mesnard.) Le sens des mots est ce qui nous aide le plus à les retenir. (Mm<> Gui- 2ot.) Dieu n'a point fait les animaux éducables dans le sens complet du mot. (V. Hugo.) Une des plus grandes erreurs de l esprit humain, c'est de s'attacher au signe et d'en oublier le sens. (J. Simon.) Les mots ne sont immuables ni dans leur orthographe, ni dans leur forme, ni dans leur sens, ni dans leur emploi. (E. Littré.) En politique, les mois finissent par avoir le sens qu'on leur donne. (Pontmartin.)

Tout oracle est douteux et porte un double sens.

La Fontaine.

Un oracla toujours se plaît & se cacher. Toujours avec un sens il en présente un autre.

Racine.

La plupart, emportes d'une fougue insensée, [sée. Toujours loin du droit sens vont chercher leur pen-

Boileau.

Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre, Mon esprit aussitôt commence à se détendre.

Doileau.

Il Force des mots qui leur fait signifier quelque chose, qui no laisse pas la signification faible, indécise, flottante :

Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressants, Affecta d'enfermer moins de mots que de sois.

Boilsau.

— Chacun des côtés d'une chose : Mettez celte table, cette couverture de ce sws-là, mettez-la de bon sens. On a mis celle étoffe du mauvais sens. Je l'ai retourné en tout sens. Le plus grand de tous les œufs de casoar qu'on a observés avait quinze pouces de tour d'un sens et un peu plus de douze de l'autre. (Buff.)

Il Bon côté, côté qu'il faut prendre : Cette pièce de bœuf n'est pas coupée dans le sens. (Acad.) Il Direction ; Les spectateurs s'enfuirent dans tous les sens. Les épigrammes se croisaient en tout sens, il Manièro spéciale dont une action se produit, voie particulière qu'elle prend : Un système se développe toujours dans le sens de son principe, (E. Scherer.)

— Aspect, point de vue, manière de considérer ; Il a pris cette affaire de tous les SENS qu'on peut imaginer. J'ai tourné cet homme-là dans tous les sens, et je n'en ai pu rien tirer, rien apprendre. (Acad.) Tout ce qui est utile aux hommes est digne en un sens de la reconnaissance des hommes. (Mass.) Le siècle où nous vivons est en tout sens celui de la décadence. (Volt.) Il fait bon suivre le torrent et ne se faire remarquer ni dans un Skns 7ii" dans l'autre. (Huet.) Galilée palpe l'univers dans tous les sens, comme s'il le connaissait d'avance. (Quinet.) Le pouvoir de plus en plus agrandi de l'homme sur la matière est un bien évident, et il faut applaudir aux progrés que notre siècle a accomplis en ce sens. (Renan.)

Ma foi, de quelque sens que vous tourniez l'affaire. Prendre femme est a vous un coup bien téméraire.

Molière.

— Avis, opinion, sentiment : A moi» sens.

SENS

J'abonde dans votre sens. (Acad.) C'est te défaut de la plupart des hommes, et plus encore de ceux qui se piquent d'être spirituels, d'abonder en leur sens. (Fléch.) un homme qui a eu la faiblesse d'être auteur doit, à mon sens, réparer cette faiblesse en réformant ses oiwruqes jusqu'au dernier jour de sa vie. (Volt.)

L'un et l'autre, à mon sens, ont le cerveau troublé.

BOILEAU

Pour un pauvre animal.

Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

Adolescent qui tranche du Caton Est, a mon sens, un animal bernable.

Voltaire.

— Sixième sens. Faculté de sentir les impressions physiques intérieures, il Nom que quelques-uns ont donné à la faculté de sentir les plaisirs de l'amour.

— Sens musculaire, Nom donné quelquefois à la faculté de sentir les impressions reçues par les muscles.

— Sens de la douleur, Nom qu'on donne quelquefois k la faculté de sentir la douleur.

— Bon sens, Droite raison, sentiment vrai de ce qui est juste, permis, convenable : Le bon sens est plus rare qu'on ne s'imagine, (Acad.) Nous ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont de notre avis. (La Roclief.) Le bon sens, c'est le maître de la vie humaine. (Boss.) Le bon sens n'est que l'habitude de voir juste et de se conduire en conséquence. (Nicole.) Le bon sens est une faible lumière qui éclaire un horizon borné. (Chamfort.) Le bon sens prévaut sur les illusions de la fantaisie. (St-Evrem.) Le bon sens est de toute condition. (Le Sage.) Il y a partout des gens de bon sens, qui savent prendre leur parti de tout. (Volt.) Le bon sens est de savoir ce qu'il faut faire; le bon esprit, de savoir ce qu'il faut penser. (J. Joubert.) Le bon sens est la qualité du petit nombre, et non pas du plus grand. (H. Rigault.) Le génie n'est que le bon sens sublime. (Ph. Chasles.) Le bon sens est le génie de l'humanité. (Guizot.) Il n'y a point de métaphysique quintessenciée qui puisse prévaloir contre le bon sens. (V. Cousin.) Au bout de quelques générations, ce qui était le génie d'un homme devient le bon sens du genre humain, et une nouveauté hardie se change en usage universel. (Mignet.) Le bon SENS est à l'esprit ce que la santé est au corps. (Ero. Saisset.) Le bon sens et le génie sont de la même famille. (De Bonald.) />eB0N sens va tout d'une pièce. (Renan,) Le ûon sens est l'esprit du peuple. (E. de Gir.) Gouverner la France est une œuvre qui peut se passer plus facilement de génie que de bon sens. (E. de Gir.)

Il faut, même en chansons, du bon sens et de l'art.

Boileau.

Aux dépens du bon sens gardez de plaisanter.

Bon, EAU.

Il Gros bon sens, Jugement simple et naturel fondé, non suc l'instruction, mais sur l'instinct de ce qui est vrai ou juste : Nous avons un gros bon sens qui fait que nous allons toujours au but. (Scribe.) Il En dépit du bon sens, Contrairement à la saino et simple raison : Raisonner, se conduire en dépit du bon SENS. H Etre dans son bon sens, Avoir sa présence d'esprit, être en possession de sa raison : Ne sms-je pas dans mon bon sens? (Mol.)

— Sens commun, Raison générale, faculté par laquelle la plupart des hommes jugent sainement : Cela est contre le sens commun. C'est un sot, qui n'a pas le sens commun. Cela choque le skns commun. Cela est fait en dépit du SENS commun. (Acad.) Tout esprit qui n'a pas le sens commun pour base est faligaut et ennuyeux à la longue. (Mme rju Ueiliuit.) Qu'est-ce que le sens commun? N'est-ce pas les mêmes notions que tous les hommes ont précisément des mêmes choses? (Fén.) Le sens commun est le moins commun de tous les sens, (CJtcsse de Biessington.) Le sens Commun se forme de la conception et du sentiment. (Mesnard.) Le sens commun prend le monde tel qu'il est et le laisse aller comme il va; la philosophie veut l'expliquer. {S. de Sacy.) Sans te sens commun, la philosophie nest qu'une spéculation arbitraire. (Cousin.) Le sens commun, exactement le même chez tous les hommes et à toutes les époques, n'avance ni ne recule. (E. Saisset.) il Auot'r le sens commun, Jouir de la raison commune il tous les hommes, juger sainement les choses simples ; être conforme à la simple et saine raison : On peut se passer d'esprit quand on a le sens commun. Voire proposition «'a pas le sens commun. Loin de nous les terreurs paniques, qui u'ont pas le sens commun. (J.-J. Rouss.) Quede héros ne l'auraient pas été, s'ils avmwst eu le sens commun.' (De Bruix.)

— Sens moral, Conscience du bien et du mal moral : Quiconque rit du mat, quel que soit ce mal, n'a pas le sens moeal, parfaitement droit; s'égayer du mal, c'est s'en réjouir. (J. Joubert.) L'intérêt ne passionne exclusivement les peuples que lorsque leur suns moral est profondément perverti. (P. Lanfray.) L'instinct qui se connaît et se gouverne par sa propre science devient le sens moral. (Ch. Dollfus.) Le cynisme des mœurs ramène dans la société, en annihilant le sens moral, une sorte de barbares. (Chateaub.) A mesure

SENS

que le sens moral se développe chez un peuple, la femme croit en dignité et en liberté. (Lamenn.) Le sens révolutionnaire est un sens moral. (V. Hugo.)

— Contre-sens. V. ce mot à son rang alphabétique.

— Tomber sous le sens, sous les sens, Etre clair, évident, palpable : Cela tombe sous le

SENS

— Abandonner quelqu'un à son sens réprouvé. Le laisser dans soc erreur, son obstination.

— Prov. Qui perd le sien perd le sens, La perte des biens trouble la raison.

— Philos. Sens interne ou intime, Faculté de l'esprit qui se considère lui-même.

— Théol. Peine du sens, Souffrances physiques des damnés, dans l'enfer.

— Loc. adv. Sens dessus dessous, De façon que ce qui devait être dessus ou en haut se trouve dessous ou en bas : Cette boite est sens dessus dessous. Renverser un objet sens dessus dessous. (Acad.) Il Dans un grand désordre, un bouleversement complet : Tous mes papiers sont sens dkssus dessous. Ma bibliothèque est sens dessus dessous. (Acad.)

J'ai voyagé, j'ai vu du tintamarre, Je n'ai jamais vu semblable bagarre ; Tout le logis est sens dessus dessous.

Voltaire.

I) Dans un grand trouble moral : Je suis tout sens dessus dessous ; voir défiler comme cela toutes ses pratiques les unes après les autresl (Th. Leclercq.) II V. plus loin la remarque.

— Sens devant derrière, De façon que co qui devait être devant se trouve derrière : Elle a mis son bonnet sens devant derrière. Sa perruque est sens devant derrière.

(Acad.)

— Rem, Les locutions sens dessus dessous, sens devant derrière sont des altérations orthographiques fort singulières , où le mot sens n'entre pas du tout. Ces locutions se sont écrites primitivement c'en dessus dessous, c'en devant derrière, ou ce dessus dessous, ce devant derrière, et signifiaient cela, qui devrait être dessus, dessous; cela, qui devrait être devant, derrière.

Princes qui tençs les très-grans Estai, Sans regarder la façon et manière.

Vous couroucez tant de gens en un tas, Que pour vous va c'en devant derrière.

(Poésies de CoquiUart.)

Encor i a clers d'autre guise,

Que quant il ont la loi apriso

Si vuelent estre pledéeur,

Dont il bestornent les quereles

Et metent ce devant derrière

Ce qui est avant va arrière.

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