‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 276 sur 1059 · V. perception · texte numérisé non relu

V. perception

— Encycl. V. sens et sensibilité.

Sensations (traité des), par Condillac. Cet ouvrage, publié en 1754, a été pendant cinquante ans l'Evangile philosophique de la France. Le plan est presque le même que celui de l'Essai analytique sur les facultés de l'âme, par Charles Bonnet. L'objet que s'y propose l'auteur est de faire voir comment toutes nos connaissances et toutes nos facultés viennent des sens ou, pour parler plus exactement, des sensations. Pour cela, il imagine une statue organisée intérieurement comme nous et animée d'un esprit privé de toute espèce d'idées. Il suppose que l'extérieur, tout de marbre, ne permet à cette statue l'usage d'aucun de ses sens, et il ouvre ceux-ci successivement aux différentes impressions dont ils sont susceptibles. « J'avertis, dit Condillac dans sa préface, qu'il est important de se mettre exactement à la place de la statue que nous allons observer. Il faut commencer d'exister avec elle, n'avoir qu'un seul sens quand elle n'en a qu'un, n'acquérir que les idées qu'elle acquiert, ne contracter que les habitudes qu'elle contracte. En un mot, il faut n'être que ce qu'elle est. Elle ne jugera des choses comme nous que quand elle aura tous nos sens et toute notre expérience, et nous ne jugerons comme elle que quand nous nous supposerons privés de tout ce qui lui manque. »

Condillac nous apprend lui-même dans un avant-propos que c est à MHe Ferrand, son amie, qu'il doit cette idée « de considérer séparément nos sens, de distinguer avec précision les idées que nous devons à chacun d'eux et d'observer avec quels progrès ils s'instruisent et comment ils se prêtent des secours mutuels. » Le Traité des sensations se divise en quatre parties. La première partie traite des sens qui, par eux-mêmes, ne jugent pas des objets extérieurs, odorat, ouïe, goût, vue. La seconde partie traite du toucher ou du seul sens qui juge par lui-même des objets extérieurs. La troisième partie nous montre comment le toucher apprend aux autres sens à juger des objets extérieurs. La quatrième partie analyse les besoins, l'industrie et les idées d'un homme isolé qui jouit de tous ses sens. Suivant Condillac, toutes les idées ne sont que des sensations transformées. Locke avait admis deux sources des idées, la sensation et la réflexion, ou la connaissance que

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l'âme prend de ses propres opérations. Condillac s'efforce d'établir que toutes nos facultés intellectuelles dérivent , par génération successive, d'un élément unique,la sensation. C'est la sensation qui devient successivement attention, mémoire, comparaison, jugement, raisonnement, réflexion, abstraction, imagination, c'est-à-dire toute l'intelligence. L'attention est l'effet d'une sensation plus vive que les autres; la mémoire, c'est la sensation conservée ; la comparaison résulte d'une double attention ; le jugement, de la comparaison ; la réflexion, c'est 1 attention qui se porte d'un objet sur l'autre en considérant séparément leurs qualités ; l'abstraction, c'est 1 attention qui se porte sur une qualité de l'objet; le raisonnement n'est qu'un double jugement; l'imagination, c'est ia réflexion combinant des images. C'est la sensation qui engendre également toutes les facultés de la volonté. Le désir provient de la différence de nos sensations, dont chacune est en elle-même agréable ou désagréable. Du désir naissent les passions, l'amour, la haine, l'espérance, la crainte et enlin la volonté, laquelle n'est autre chose « qu'un désir absolu et tel, que nous pensons qu une chose désirée est en notre pouvoir. », Les notions abstraites d'être, de substance, d'essence, de nature sont des fantômes palpables seulement au tact des philosophes. Un corps n'est qu'une collection de qualités, le moi qu'une collection de sensations. Les idées du temps et de l'espace sont relatives: chacun ne juge du premier que par la succession, du second que par la coexistence de ses idées. Quant à l'idée d'infini, elle doit se réduire à celle d'indéfini. Il y a un fait qui domine dans le Traité des sensations, c'est la physionomie passive de la statue-homme, toujours dominée par les sensations qu'elle éprouve et ne se soustrayant au joug des unes qu'en invoquant le secours des autres. Condillac a voulu atténuer l'effet de cette situation en joignant a son ouvrage un appendice consacré à déterminer la nature du libre arbitre dans sa statue. Si elle n'éprouvait, dit-il, que des plaisirs constants, elle s'abandonnerait à tous ses penchants; mais elle éprouve des sensations pénibles et elle arrive au repentir par le chemin de la douleur. Alors elle délibère avant d'agir. On prévoit de quelle manière elle délibère. Elle veut jouir toujours et toujours éviter la douleur. Elle atteint ce but par le seul fait de l'expérience; de sorte que sa délibération revient à s'éloigner de ce qu'elle redoute et à rechercher ce qu'elle désire. Condillac appelle cela agir librement. Il lui suffît que la statuehomme ait le pouvoir d'agir et de ne pas agir. « Dès que notre statue, dit-il, se connaît un pareil pouvoir, elle se connaît libre ; car la liberté n'est que le pouvoir de faire ce qu'on ne fait pas et de ne pas faire ce qu'on fait. « Il ajoute que l'exercice de ce pouvoir suppose des connaissances. Chacun a besoin, pour être libre, de savoir computer les avantages et les inconvénients d'obéir à ses désirs ou d'y résister. La liberté suppose donc de l'expérience et des connaissances. Mais l'homme étant une série de sensations et les sensations étant des êtres passifs, il faudrait donc admettre que ce sont des sensations qui délibèrent; qu'elles délibèrent comme des poids qui oscillent dans les plateaux d'une balance. Condillac a expliqué la manière dont il entendait une certaine liberté; mais il a oublié ce qu'il y avait de plus important, de dire quel est ce moi qui se dit : je suis libre.

Sensations de Josquiu (les), recueil de nouvelles par Champtleury; ouvrage où l'on trouve de l'observation et du style, en dépit des prétentions réalistes de l'auteur (1855). Le titre n'a aucun rapport avec le volume, à moins que l'auteur ne raconte ses propres sensations sous le pseudonyme de Josquin; mais, en tout cas, le livre est intéressant. Laissant de côté les amours faciles d'étudiants et d'étudiantes, certaines études psychologiques qui eussent figuré avec avantage dans les Excentriques, nous résumerons en quelques lignes l'histoire philosophique du Bonhomme Misère. Saint Paul et saint Pierre sont venus dans un village, comme jadis Jupiter et son compagnon dans celui de Philémon et Baucis, sans y trouver de toit hospitalier, si ce n'est celui du bonhomme Misère. Pour le remercier, ils lut accordent la réalisation d'un vœu qu'il avait formé. On lui volait ses pommas ; il exprima le désir que tous ceux qui monteraient sur son pommier n'en puissent descendre qu'avec son autorisation. Ses pommes furent respectées, et quand la Mort vint, il la pria de lui en cueillir une. Elle se hasarda sur l'arbre et, soumise comme les autres à la loi, elle n'eu put descendre qu'avec la permission de Misère et avec promesse de le laisser vivre jusqu'au jour du jugement dernier. C'est pourquoi Misère restera sur la terre tant que le monde sera monde.

SENSÉ, ÉE adj. (san-sé — rad. sens). Qui a du bon sens, du jugement, de la raison : Somme sensé. Femme sensée. C'est un esprit sensé. Une femme sensée ne doit jamais prendre de mari sans le consentement de saraison, ni d'amant sans le vœu de son cœur. (Ninon de Lenclos.) Cet entraînement de sottises et d'atrocités qu'on appelle histoire ne mérite guère {'attention d'an homme sensé. (P.-L. Courier.) Dans tous Us temps, l'attrait de la nouveauté, l'empire de l'imagination et de la mode

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n'ont-ils pas fait perdre la juste mesure aux esprits les plus fermes et les plus sensés ? (H. Rigault.)

Hé ! mon Dieu, nos Français, si souvent redressés, Ne prendront-ilB jamais un air de gens sensés ?

Modère.

S'il m'est permis ici d'en dire ma pensée, A quoi peut être bonne une femme sensée, A moins que ce ne eoit pour garder la maison î

La Chaussée.

— Conforme au bon sens, à la raison : Action sensée. Discours sensé. Paroles sensées. Votre projet m'a paru sensé. Le sage qui entend une parole sensée la loue et se l'applique à soi-même. (Boss.) Dans une révolution, le fanatisme est plus sensé que l'ambition. (Mme de Staël.) Il n'est guère de femmes avec lesquelles il soit possible de discuter d'une manière sensée. (S1"ib Romieu.)

SENSÉE, rivière de France. Elle prend sa source près de Mory (Pas-de-Calais), à i kilom. N. de Bapaume, et se jette dans l'Escaut, à Bouchain, après avoir parcouru 62 kilom. et reçu comme affluents la Cajeul et l'Hirondelle.

Scusce (canal SB la). Le canal de la Sensée, alimenté par cette rivière, joint l'Escaut et la Scarpe. Il commence dans la Scarpe, à 4 kiloin. au-dessus de Douai, passe à Arleux et rejoint l'Escaut à Etrun, à 12 kilom. de Cambrai. Il a 25 kilom. de longueur et im,75 de tirant d'eau. Commencé par Vauban en 1690, ce canal ne fut complètement terminé qu'en

SENSÉMENT adv. (san-sé -man — rad.

sensé). D'une manière sensée ; Parler sensément. Juger sensément. Écrire sensément,

SENSIBILISABLE adj. (san-ci-bi-li-sa-ble

— rad. sensibiliser). Photogr. Qui peut être sensibilisé : Papier sensibilisâble.

SENSIBILISATION s. f. ( san-ci-bi-li-zasi-on — rad. sensibiliser). Photogr. Action de sensibiliser : ia sensibilisation de la plaque daguerrienne.

SENSIBILISER v. a. ou tr. (san-ci-bi-li-zé

— rad. sensible). Photogr. Rendre sensible à l'action, de la lumière : Sensibiliser du collodion.

SENSIBILITÉ s. f. (san-ci-bi-li-té — rad. sensible). Faculté Je sentir, d'éprouver des impressions physiques : La perfection d'un sens dépend principalement dudegréde sa sensibilité. (Buff.) Les nerfs sont les organes de la sensibilité. (Cabanis.) La sensibilité est dans les nerfs et dans la moelle épinière. (Flourens.) L'obésité émousse la sensibilité et par conséquent la pensée. (Raspail.) La sensibilité d'un organe a souvent une influence marquée sur celle d'un autre organe. (Piorry.)

— Faculté d'éprouver des impressions morales; disposition à éprouver des impressions de cette espèce : Avoir beaucoup de sensibilité. La langue du cœur est universelle ; il ne faut que de ta sensibilité pour l'entendre et la parler. (La Rochef.) La prospérité endurcit pour ainsi dire aux plaisirs et ne laisse de sensibilité que pour la peine. (Mass.) Le plaisir et la douleur sont les deux extrêmes de ia sensibilité. (Condorcet.) Il ne peut y avoir de sensibilité sans douleur, ni de plaisir sans la sensibilité. (Mlle de Lespinasse.) La sensibilité et l'imagination entretiennent la jeunesse immortelle de l'âme. (Mme de Staël.) Qu'est-ce que le génie d'un artiste, sinon l'exercice de la sensibilité la plus vive et la plus profonde? (N. Lemercier.) Les tyrans, les méchants pleurent au théâtre, et c'est peutêtre un malheur, car ils se croient absous par cette sensibilité stérile et passagère. (Lemontey.) Il est bon de mettre ordre aux écarts de la sensibilité mal dirigée; il y a des vertus dangereuses. (Ch\ Nodier.) La sensibilité, dans les enfants, revêt un charme inexprimable. (Mme Monmarson.) La sensibilité épargne plus de maux qu'elle n'en donne ; car elle détruit d'un coup les chagrins de l'égoïsme, de la vanité, de l'ennui, de l'oisiveté. (Mme Guizot.) llien ne s'use comme la sensibilité dont on exige de continuels sacrifices. (Guizot.) Il en est de nos penchants comme de la sensibilité tout entière : il s'agit de les diriger, non de les abolir; mais tout est perdu si nous ne les dirigeons pas. (H. Heine.) La sensibilité ne peut guère avoir que deux issues, le rire et tes larmes. (H. Taine.) Le privilège d'une grande sensibilité est aussi le privilège des grandes souffrances. (Latena.) La femme a plus de sensibilité que de raison. (H. Pelletan.) La sensibilité est le thermomètre de la bonté. (A. Guyard.)

La sensibilité du génie est la source.

Piron.

— Disposition à s'offenser, à sentir vivement les injures : La sensibilité pour la moindre offense prouve que l'on sent toute son imperfection, toute sa faiblesse. (Mirab.) La sensibilité surexcitée rend injuste. (Lamart.)

— Grande facilité à céder à certaines impulsions, à certaines actions physiques : La sensibilité d'une balance, d'un thermomètre. Du collodion d'une extrême sensibilité.

— Encycl. Philos. Aristote définissait la sensation : l'acte commun de l'animal sentant et de l'objet senti. Pour se rendre compte de la vision, par exemple, il faut n'omettre ni l'activité des objets ni l'activité de l'œil, ni le rapport de ces activités, qui est la aen-

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sation de la couleur. Tandis que, pour Aristote, la lumière était la visibilité des choses, Empédocle croyait à la réalité de la lumière et savait qu'elle emplissait l'éther. Mais à l'émission du dehors au dedans d'éléments détachés des choses par la lumière, il ajoutait l'émission du dedans au dehors, c'est-à-dire le renvoi en dehors de l'œil de ces éléments coordonnés en images. La théorie des images de Démocrite n'a pas un autre sens. Au moyen âge, les cabalistes avaient cette opinion que, dans l'acte de la vision, le cerveau n'était pas moins actif que la lumière. Si on leur eût parlé des phosphènes, ces images lumineuses qu'on obtient en faisant une pression mécanique sur la rétine, ils eussent cité deux vers de leur maître Empédocle « ce feu antiqu?, protégé par de fines membranes, à travers des voiles subtils, se répandant dans la ronde pupille. » Le Père Gaspard Schott, dans sa Magia universalis, parle aussi de ces « partisans de l'optique ancienne qui attribuent à l'œil un pouvoir d'émettre des rayons. • De leur côté, les mathématiciens qui avaient étudié la mécanique ne pouvaient admettre que dans la vision une réaction de l'œil et du cerveau ne suivit pas l'action du monde extérieur. On lit dans Montferrier : « Dans les sensations de l'organe de la vue, la vision est le résultat composé de l'action d'un objet matériel sur l'œil et de la réaction de 1 œil sur cet objet; de cette action réciproque naît la sensation de la couleur ; couleur dont on ne peut chercher exclusivement l'origine ni dans l'objet ni dans l'organe affecté, mais bien dans la réunion de leurs activités. »

Déjà le mot de Condillac, que l'idée est une sensation transformée, ne peut plus soulever d'objection que dans l'hypothèse d'une sensibilité passive. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

On peut critiquer le nom de transformation appliqué à deux effets, la sensation et l'idée. Mais cela revient à dire que, la sensibilité étant active, il n'y a plus solution de continuité, mais série entre elle et l'intelligence. C'est là la série proudhonienne des images, des intuitions, des concapts, obtenus tous par .une même sorte d'acte, par la perception. Ce que l'homme voit du plus simple coup d'oeil, c'est un rapport de son moi au non-moi. Toutes les intuitions et tous les concepts sont en germe dans la perception de ce rapport. C'est l'œuvre de la série de mettre 1 ordre dans la complexité. Déjà apparaît l'unité des opérations intellectuelles.

Les spiritualistes ont dédaigné l'étude anatomique et physiologique des organes et du phénomène de la sensation. Nous ne devons pas les imiter, car cette seconde manière d'envisager le problème est une vérification. Or, la série va nous permettre de constater la progression sensorielle. Ce serait ignorer une des conditions principales de la logique sérielle de ne considérer ia sensibilité que chez l'homme. Au bas de l'échelle, chez les protozoaires, volvox, vorticelle, etc., la sensibilité existe, puisqu'on voit les animaux microscopiques éviter adroitement des obstacles ; mais on ne saurait dire que cette sensibilité ait des organes spéciaux, c'est-à-dire des sens et surtout que ces sens soient reliés à un centre nerveux. Tout cela doit exister, mais indistinct. Au commencement de chaque série règne toujours la confusion. Arrivant à des degrés plus élevés d'organisation, on rencontre des ganglions, ensuite des renflements de consistance et d'aspect médullaires, puis une moelle longitudinale, ensuite des ganglions, une moelle épinière et un cerveau disposés en système d'innervation générale. Telle est la progression du système nerveux. Mais les sens ont aussi leur série. Qu'estce qu'un sens? C'est un appareil spécial à la reproduction de l'un des grands ordres de phénomènes naturels, c'est un organe. Donc, avant une certaine organisation, il ne peut y avoir de sens spécial; mais il peut exister une sensibilité diffuse dont l'organe est le corps tout entier de l'animal. Aussi tout élément zooiogique jouissant d'indépendance at-il pour premier sens le sens de sa superficie qui s appelle le toucher. Ce toucher ne commence pas par être direct ni volontaire; il n'est pas encore tact ; la peau de l'ombilic est le siège confus de ce sens diffus. Cependant, aussitôt que la forme de l'animal se dessine en s'écartant de l'aspect trop simple d'un tube intestinal, on voit le toucher devenir tact et atteindre des finesses de perception qui étonnent le véritable observateur. Tandis que l'impression totale du toucher n'est sentie qu'au travers de carapaces et de coquilles, la sensibilité tactile a des organes distincts ; les cils vibratiles ou buccaux, les barbillons, les antennes... De Blainville voyait dans l'antenne le point de départ de l'œil, et assurément la vue est du tact à distance. Si on passe à la sériation des organes de la vision, on reconnaîtra d'abord que l'animal a senti la lumière bien avant d'avoir un organe spécial qui lui permît d'être en rapport direct avec elle. Puis la confusion fonctionnellejoint dans le limaçon l'organe de la vue à l'organe du tact. La séparation a lieu chez les mollusques supérieurs. Alors commence la série des perfectionnements de l'œil. On devrait étudier de même la sériation auditive, olfactive, gustative. Puis, de l'idée de sensibilité passant à celle de rapport, on arriverait aux besoins, qui ne sont que le sentiment et la conséquence d'une rupture d'équilibre, aux in-

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stincts, qui sont la perception des moyens de rétablir ce rapport troublé , cet équilibre rompu, enfin à la série des signes, c'est-à-dire des expressions mimiques et vocales.

Le cerveau a été justement nommé le sensarium commune, et c'est à tort qu'on nierait le sentiment de la vie, de la faim, du bienêtre et du mal-être internes ou externes, sentiment qui, pas plus chez l'homme que dans l'animal inférieur, n'a de sens spécial, mais qui est senti par 1 être entier.

Quelles sont les phases principales du phénomène sensoriel dans l'homme ? A cette place, cette question se pose d'elle-même. Le système nerveux a-t-il seulement la propriété da porter aux centres nerveux l'action du dehors, sans qu'une réaction du système nerveux réponde à cette excitation ? Beaucoup de grands penseurs, beaucoup de faits observés peuvent être invoqués en faveur de la négative. Peltier , l'inventeur de l'électroscope.anatomiste et météorologiste distingué, observateur du premier ordre, professa toute sa vie que la sensation était composée : iode l'impression sur un organe ; 2° de la transmission de cette impression au cerveau; 8f de la perception effectuée par Je cerveau ; 40 enfin d'une réaction du cerveau sur l'organe impressionné qui se bifurquait en attention, si la réaction ne portait que sur l'innervation sensitive, et en volonté si elle revenait sur les muscles paries nerfs moteurs. M. Claude Bernard, il est vrai, a voulu établir entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs une distinction absolue. Selon lui, les premiers n'ont qu'une transmission centripète, les seconds une transmission centrifuge ou périphérique. Mais M. Vulpian nie cette distinction, et 1 expérience de M. Bert, qui insère à rebours une queue de rat dans le dos d'un autre rat, donne raison à M. Vulpian, puisque la sensibilité revient dans cette queue transplantée et queles nerfs qui avaient transmis dans un sens opposé avant l'opération transmettent dans 1 autre sens après l'opération. Les physiologistes ont admis des actions réflexes ou réactions du système nerveux dans quelques cas de la vie végétative de l'homme. Le courant de la science est de généraliser ces sortes de découvertes. M, Edgar Saveney est arrivé au résultat suivant : « Le coeur, qui est le plus sensible des organes de la vie végétative, reçoit le premier (par le nerf pneumo-gastrique qui lui sert de régulateur) l'influence cérébrale, et le cerveau, qui est le plus sensible des organes de la vie animale, reçoit le premier l'influence de la circulation sanguine. Ces deux rouages culminants de la machine vivante réagissent donc incessamment l'un sur l'autre par des effets d'autant plus nombreux et plus déliés, que l'organisme est plus développé et plus délicat. » Beaucoup de cas pathologiques viennent à l'appui de l'influence réflexe des nerfs. Le docteur Chouippe, dans un travail remarquable qui a reçu 1 adhésion du docteur Guépin (de Nantes), a envisagé dans son ensemble et suivi dans ses détails le phénomène de la sensibilité. • La sensibilité est un rapport, et non quelque chose existant en soi. Ce rapport est déterminé par la rencontre et la convenance d'un sensibilisablé donné (l'organe d'un sens au repos) avec un excitant possible (lumière, son, molécules vibrant dans l'air, pression, etc.). Là où ce rapport existe, la sensibilité se montre, et elle se confond exactement avec la vie, dont elle est un autre nom. > La série des phénomènes est ainsi résumée par le docteur Chouippe : « io les sollicitations venues de l'extérieur se dirigent de la circonférence vers le centre-cerveau. Ce sont les excitations convergentes, qu'elles viennent soit des membranes internes et des viscères, soit des sens externes. 2<* Les excitations convergentes qui ont pénétré dans le centre-cerveau le parcourent ou se localisent; ce sont les excitations centrales- 3° Enfin les excitations centrales, quand elles partent du cerveau pour se diriger vers ia circonférence, s'appellent excitations divergentes. « A divers degrés de corrélation, la sensibilité devient percept dans l'animal, percept et perception dans l'homme, c'est-à-dire sentiment quand le percept domine et raison quand la perception l'emporte. Ainsi comprise, la sensibilité est un rapport nécessaire d'excitant à sensible ; elle est le lien du moi et du non-moi et par suite leur synthèse. L'homme n'est pas isolé de la nature ni confondu avec elle. Sentir, c'est vibrer et vivre à l'unisson de ce qui vit et vibre. Dès lors, la sensation étant au début la mode initial de l'activité et au sommet de la Série la forme la plus nette et la plus plastique de la vie, la science du sentir, l'esthétique, possède son origine sérielle, son rapport et son but particulier. L'origine sérielle est la première manifestation de sensibilité ou de vie. Son rapport est la réaction d'abord minime, puis efficace, enfin triomphante de l'homme sur son milieu. Son but, par toutes les séries diverses, mais convergentes, de l'utile et du beau, est tout simplement la réconciliation de deux principes à l'origine contradictoires, l'homme et la nature.

— Physiol.' La sensibilité est un mode de l'innervation, c'est-à-dire une propriété vitale élémentaire de certaines parties périphériques et centrales du système nerveux.

Un grand nombre de conditions sont nécessaires pour que la sensibillé conserve ses caractères physiologiques. Les principales

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sont: l'intégrité de l'organe impressionnable, celle du nerf sensitif chargé de transmettre l'impression jusqu'au cerveau, et celle enfin des facultés intellectuelles. Pour que la sensation s'exécute normalement, il faut encore que les divers organes des sens ne reçoivent ni trop ni trop peu de sang et que fie liquide ne soit pas altéré dans ses éléments essentiels. Pour s'assurer de ces faits, il suffit de pratiquer la ligature de -l'artère iliaque chez un animal ; on verra bientôt l'anesthésie s'emparer de tout le membre privé de l'afflux normal du liquide sanguiu. Les névroses et névralgies, si communes dans l'état de chloronnémie, montrent également combien l'intégrité des éléments constituants du sang est nécessaire a l'exercice physiologique de la sensibilité. De plus, cette propriété peut encore être troublée comme les autres propriétés vitales, comme l'intelligence oulamotilité, sans que les tissus soient altérés d'une manière appréciable à nos sens. On dit alors qu'il y a névrose.

La sensibilité n'a pas son siège indifféremment dans toutes les parties du système nerveux. On peut dire, d'après les travaux des physiologistes modernes, qu'elle est particulièrement localisée dans les cordons postérieurs de lamoelle rachidienne, dans leur expansion cérébrale, dans les organes des sens et dans les nerfs qui s'y rendent. Elle n'est pas partout identique à elle-même; de là sa distinction naturelle en sensibilité générale et en sensibilité spéciale. Piquez la rétine ou exposez-la simplement à l'action de la lumière, elle n'accusera jamais qu'une sensation lumineuse. Irritez de même la terminaison du nerf auditif mis à nu avec un stylet, vous ne pourrez produire qu'une sensation sonore, comparable à celle que déterminent normalement sur l'ouïe les vibrations d'un corps sonore.

Chose curieuse, certaines parties de l'économie, les tendons, les ligaments, les cartilages, les os, la membrane médullaire et les aponévroses, parfaitement insensibles à l'état physique, acquièrent, par l'effet de la maladie, une sensibilité parfois très-vive. Incapables de nous procurer en aucun temps la moindre sensation agréable, ces organes deviennent, à un moment donné, la source des plus cruelles douleurs. De même, le foie, le cœur, le tube digestif, qui d'ordinaire exécutent leurs importantes fonctions sans que nous en ayons conscience, peuvent devenir douloureux, à l'état pathologique. Dans ces cas, est-ce le cerveau qui perçoit plus vivement que d'habitude, ou bien les nerfs sontils plus fortement excités pendant lu maladie qu'à l'état normal? Nous ne saurions trancher cette question, mais la dernière hypothèse nous parait plus probable. Les troubles de la sensibilité, quel qu'en soit le siège, jouent tantôt le rôle d'éléments essentiels de la maladie, et tantôt figurent seulement à titre de symptômes ou d'accidents sympathiques. Pans le premier cas, ils peuvent être considérés comme des névroses. Dans le second, ils dépendent d'une lésion matérielle appréciable du cerveau, de la moelle des nerfs sensitifs ou des organes des sens. Dans le troisième cas, ils surviennent sous l'influence d'une maladie générale oa locale, et d'une manière tout à fait indirecte. On peut tous les rapporter à4rois types principaux : l'accroissement ou l'hyperesthésie, l'abolition ou l'anesthésie et la perversion proprement dite. Il importe, toutefois, de remarquer que l'augmentation pathologique de la sensibilité est une véritable perversion.

— Art vétér. Chez nos animaux domestitiques, l'examen de la sensibilité pathologique démontre qu'elle peut être augmentée, abolie ou pervertie. L'augmentation ou l'exaltation de la sensibitté peut provenir des centres nerveux primordialement malades, irrités ou enflammés. Elle est alors primitive, essentielle ou idiopatbique. Dans ces cas pathologiques, toutes les fonctions soumises à la dépendance des centres nerveux sont troublées. La vue est très-sensible à la lumière, l'ouïe s exalte au moindre bruit, le contact le plus léger détermine une impression douloureuse. Certains instiricts naturels se développent avec énergie : les animaux cherchent à mordre, à frapper avec leurs pieds, à donner des coups de tête, à blesser avec leurs cornes et se montrent parfois sous l'influence d'un véritable orgasme vénérien. Enfin, la respiration, la circulation, la digestion, les sécrétions diverses se montrent également influencées par les troubles .des centres nerveux auxquels ils sont subordonnés. Ces phénomènes se montrent dans la rage, la cérébrite, l'arachnoïdite aiguë de tous les quadrupèdes domestiques. L'exaltation dont il s'agit peut aussi être seulement locale. C'est ainsi que l'œil seul peut se montrer impressionnable à la lumière, l'ouïe à l'audition. La circulation, la digestion peuvent seules aussi être manifestement troublées.

Généralement, le point de départ de l'exaltation de la sensibilité a lieu dans les parties périphériques où l'impression excitative s'est produite ; elle est ensuite transmise aux centres nerveux, qui réagissent énergiquement en provoquant un trouble plus ou moins violent dans tout l'organisme. Cette excitabilité morbide générale, bien différente de celle qui a pour point de départ initial les centres

du système nerveux, a été désignée par les noms de secondaire sympathique ou symptomatique. Ces deux points d'originede l'exaltation de la sensibilité sont très-importants à connaître ; car ils forment la base des indications curatives à mettre en pratique pour combattre un grand nombre de maladies.

La sensibilité exagérée ou morbide qui se manifeste soit dans les centres nerveux, soit dans la périphérie des nerfs, a reçu le nom particulier de douleur. Les causes de la douleur sont nombreuses. Nous citerons les plaies, les déchirures, les contusions, les brûlures, l'inflammation des tissus, le froid vif, la faim, la soif, la fatigue musculaire et particulièrement les blessures, les dilacérations, les compressions, les inflammations des nerfs sensitifs, des nerfs mixtes, de la moelle êpinîère, de la moelle allongée et de ses dépendances. L'intensité de la douleur peut être fort variable, selon la nature de la cause qui l'a provoquée et l'organisation des parties où elle se produit primitivement ou consécutivement. Elle dépend aussi de l'état de sensibilité normale des animaux a ressentir plus ou moins vivement la douleur; elle varie encore selon leur espèce et le tempérament de chacun d'eux.

Le cheval paraît être, parmi les divers quadrupèdes domestiques, le plus sensible à la douleur. Chez les chevaux de race distinguée notamment, tels que les chevaux arabes, anglais, et en général chez tous les descendants de ces deux races nobles, la sensibilité est très-marquée et son exaltation facile à provoquer. Aussi, dans les animaux tout à la fois sensibles et vigoureux, la fièvre de réaction s'allume-t-elleavec rapidité, énergie, et cause-t-elle promptement des accidents redoutables. Il n'est même pas rare de voir succomber de tels animaux sous la seule influence d'une très-vive douleur, déterminée par une opération chirurgicale un peu grave. Les chevaux de race commune sont infiniment moins accessibles à la douleur et peu exposés aux réactions dangereuses qu'elles peuvent provoquer. Eu général, les espèces bovine et ovine sont moins sensibles à la douleur que les chevaux. Les opérations chirurgicales les plus graves, les maladies externes ou internes, qui provoquent une violente fièvre traumatique chez d'autres espèces, ne sont suivies chez elles que de faibles réactions cérébro-spinales. De trèsgrandes différences se montrent à cet égard chez le chien. Ainsi, tandis que la douleur est vivement sentie, prompte à s'exalter et à être suivie d'accidents redoutables chez les chiens de chasse, de berger et les petits chiens des appartements, elle se montre, au contraire, peu développée chez les chiens de garde et particulièrement chez les chiens de combat, connus sous le nom de bouledogues. Chez ces derniers, les opérations les plus graves, les maladies internes les plus aiguës ne déterminent généralement que des douleurs obscures, qui n'arrachent souvent ni mouvements, ni plaintes, ni cris.

Les jeunes animaux sont généralement très-sensibles à la douleur; chez eux, les souffrances violentes de quelque durée provoquent les accidents les plus redoutables, soit pendant le cours des maladies, soit après des opérations chirurgicales de quelque gravité. De semblables effets sont produits sur les animaux nerveux. Les chevaux de race distinguée, sensibles et irritables, réagissent avec énergie contre la douleur et sont, par conséquent, exposés aux perturbations nerveuses, telles que le tétanos, les mouvements désordonnés, les convulsions cloniques, qui en sont trop souvent les Conséquences. Aussi, pendant le cours des maladies, soit externes, soit internes, qui s'accompagnent de vives souffrances, les opérations chirurgicales qui font naître une violente fièvre de réaction, doit-on considérer la douleur comme un des phénomènes maladifs qu'il importe toujours de prévenir, de calmer et de combattre.

Quant aux caractères qu'affecte la douleur, selon les sensations pénibles qu'elle fait éprouver, l'homme peut les exprimer d'une manière assez exacte.au médecin, qui en déduit des signes diagnostics précieux ; mais les vétérinaires sont privés de cette ressource. Ainsi les douleurs dites, chezl'homme, tensive, gravative , pulsative, lancinante, brûlante , mordicante , dont 1 homme peut rendre compte par la parole, ne sont point accusées par les animaux. Quant à la douleur connue sous le nom de douleur prurigineuse ou démangeaison, à cause de la sensation spéciale qu'elle détermine, cette douleur particulière, les animaux ta témoignent par le désir irrésistible qu'ils manifestent de se gratter avec leurs pattes, se mordiller avec leurs dents ou se frotter parfois avec fureur contre les corps environnants. La gale, certains herpès, les plaies en voie de cicatrisation font naître cette douleur chez les animaux. En médecine vétérinaire, comme dans la médecine de l'homme, la manifestation plus ou moins intense de la sensibilité sous la forme de douleur, son existence continue ou intermittente, de même que sa disparition subite ou lente, peuvent fournir d utiles renseignements au diagnostic et au pronostic des maladies.

Quant à la perversion de la sensibilité, elle doit assurément se manifester aussi bien chez les bêtes que chez les hommes, mais ces perversions exprimées chez ces derniers par la

SENS

parole, ne sont quetrès-difflcilement appréciables chez les animaux ; ce n'est, chez ceux-ci, que par certains actes dérivant des sensations perverties qu'il est possible de les apprécier. La perversion de la vue existe assurément dans certaines maladies des animaux. On voit, en effet, quelques chiens atteints de la rage chercher avec leur gueule à attraper des mouches qu'ils croient sans doute voir voltiger autour d'eux ; chez d'autres, l'ouïe est altérée, et l'on voit l'animal redresser les oreilles et paraître écouter avec anxiété un bruit qui vient frapper son oreille. Les chiens semblent donc éprouver, dans les cas dont il s'agit, de véritables hallucinations. Certaines terreurs paniques manifestées par les animaux au début de quelques maladies dont le siège et la nature ne sont pas encore bien connus, telles que la flèvre charbonneuse, le début de l'épilepsie, terreurs pendant lesquelles ils s'échappent, courent, se jettent dans les objets qui se trouvent devant eux, n'obéissent plus à la voix de leur maître et se montrent insensibles au frein, peuvent être rattachées à des hallucinations de la vue ou de l'ouïe. Les inquiétudes, les regards effrayés, les mouvements variés des oreilles, les agitations de la queue, les trémoussements des muscles sous-cutanés, le héris-' sèment des poils que l'on constate dans le cours de certaines maladies nerveuses, sont probablement dus à des perversions de la vue et de l'ouïe.

Quant à la diminution et à l'abolition de la sensibilité, on dit qu'il y a anesthésie ou paralysie incomplète lorsque la sensibilité est seulement diminuée, et, lorsqu'elle est entièrement abolie ou éteinte, on dit alors que la paralysie ou l'anasthésie est complète. Lorsque l'anesthésie ne se manifeste que dans une région circonscrite du corps, comme aussi lorsqu'elle n'affecte qu'un seul organe, on la désigne par le nom d'anesthésie locale ou partielle ; que si, au contraire, ce qui est fort rare, la diminution ou l'abolition de ia sensibilité se montre dans tous les points du corps, l'anesthésie reçoit alors le nom de générale.

L'anesthésie locale se rencontre assez fréquemment chez les animaux, mais le plus souvent elle est réunie à la paralysie du mouvement. L'œil est cependant atteintd'une paralysie locale de la rétine et, dans ce cas spécial, l'anesthésie reçoit le nom d'amaurose ou goutte sereine. L'effet de l'amaurose est toujours croisé, et la perte de la vue de l'œil atteint correspond, dans la plupart des cas, à une lésion du "nerf optique opposé. Certaines anesthésies locales peuvent aussi affecter les muscles de la face concourant aux mouvements des naseaux et de la lèvre supérieure. Ces anesthésies sont dues à une lésion du nerf de la cinquième paire outrifacial. Enfin, * quelques anesthésies peuvent affecter exclusivement les membres postérieurs droit et gauche, mais ces cas sont rares.

SENSIBLE adj. (san-si-ble — lat. sensibilis; de sentire, -sentir). Qui a des sens, qui est doué de la faculté de sentir : Les êtres sensibles. Les animaux seuls sont sensibles. Ce cheval a la bouche frès-SENSlBLE. Sujet à mille besoins et sensible au dernier point à l'action des corps extérieurs, notre corps serait bientôt détruit si le sovi de sa conservation ne nous occupait, (D'Alemb.) Sois doux et pitoyable envers les animaux, car ils sont sensibles comme toi. (Ch. Fauvety.)

— Facilement impressionnable : Etre sensible à l'harmonie, à la musique. Être sensible à l'amour, à l'amitié, à la reconnaissance. Etre sensible à la plaisanterie, à la raillerie. Etre sensible aux maux d'autrui. Si nous n'aimions point l'approbation des hommes, nous serions peu sensibles à tous les discours désavantageux qu'ils pourraient faire de nous. (Nicole.) Où est la femme assez perdue pour n'être pas sensible aux outrages? (J.-J. Rouss.) Quelques animaux, des insectes mêmes, dit-on, se montrent sensibles o l'harmonie de nos instruments. (Lamenn.) Les enfants sont singulièrement sensibles à l'idée de contribuer au bonheur de parents qu'ils aiment. (Mma de Rémusat.) Les hommes sont plus sensibles à l'estime -qu'à l'amitié; ils sont plus vains qu'ils ne sont aimants.(De Bréhan.)

— Qui a la faculté d'éprouver des impressions morales, qui est porté à éprouver des impressions de cette espèce : Un cœur sensible. Un homme sensible. Une femme sensible. Cet enfant est trop sensible. Il suffit, ce semble, d'être né heureux pour n'être pas né sensible. (Mass.) Tout devient sentiment dans un cœur sensible, (J.-J. Rouss.) La vertu, n'appartient qu'à un être sensible par sa nature et fort par sa volonté. (J.-J. Rouss.) Les malheureux sont plus sensibles que les autres. (Mme de Tencin.) Les cœurs sensibles sont faits les uns pour les outres (Grimtn,) Etre servi rend tyran, mais être aimé rend sensible. (M°»o de Staël.) Une femme qui ne peut être aimée n'a pas le droit d'être sensible. (Custine.) La conscience est le point le plus sensible de l'homme. (Larnart.)

Le ciel fait un prédent bien cher, bien dangereux, Quand il donne un cœur trop sensible.

Quinault.

Femme sensible, entenda-tu le ramage De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux? Us font redire a l'écho du rivage :

• Le printemps fuit, hâtez- vous d'être heureux. • Hoffmann.

SENS

n Qui est susceptible d'éprouver de l'amour; s'employait surtout dans le style de l'ancien théâtre :

Hippolyte est sensible et ne sent rien pour moi!

■ — Qui fait impression sur les sens : Froid sensible. Le mal de dents est uti mal trèssensible. (Acad.)

— Qui tombe sous les sens, qui peut êtr > perçu par les sens : Dieu, par le corps, nous a unis à toutes les choses sensibles. (Malebr.) Ecouter est, pour la grande élude de l'humanité, ce que voir est pour celle du monde sensible. (De Gérando.) Le beau est le vrai manifesté dans une forme sensible. (Lamenn.)

— Saisissable, facile à percevoir : Des progrès sensibles. Une vérité sensible. Il n'est point de vérité physique qu'on ne puisse rendre sensible par une image. (A. Libes.) L'allégorie se propose d'embellir la vérité et de ta rendre plus sensible. (Marmontel.) Les plus hautes vérités sont sensibles aux cœurs les plus simples. (Chateaub.) En général, les effets d'une réaction intellectuelle ne deviennent sensibles qu'au bout d'une génération. (Renan.)

— Qui produitune impression morale •.Platsir sensible. Joie sensible. Déplaisir sensible. Chagrin très-simsiBUi. Sa mort m'a été bien sensible, m'a porté un coup bien sensible.

J'ai rougi devant vous; il n'était pas possible D'inventer un affront qui me fut plus sensible.

Ponsard.

— Qui est facilement impressionné par certains agents : Balance, thermomètre sensible.

— C'est son endroit sensible, C'est ce qui le touche, ce qui l'émeut le plus.

— Philos. Idées sensibles, Idées qui sont directement fournies par les sens.

— Mus. Note sensible, Note placée h un demi-ton au-dessous de la tonique. H Accord sensible, Accord de septième dominante, dans le système de Rameau.

— s. m. Philos. Ce qui est sensible, ce qui tombe sous les sens, il Sensibles communs, D'après Aristote, Qualités premières, qualités sensibles qui sont inhérentes à l'idée même de corps, et qui, par suite, sont communes à tous les corps, abstraction faite des effets que ces- corps produisent sur certains de nos sens, li Sensibles propres, D'après le même philosophe, Qualités secondes, qualités qui ne sont pas inhérentes à l'idée même de corps.

— s. f. Mus. Note sensible.

— Syn. Sensible, tendre. Un cœur sensible est facile à émouvoir; il se laisse affecter par les souffrances des autres, il se laisse gagner par l'affection qu'on lui témoigne. Un cœur tendre est porté à aimer: il va au-devant de l'affection, il en éprouve le besoin, il cherche à la faire naître. La sensibilité est passive; il faut qu'elle soit provoquée par quelque chose d'extérieur; la tendresse est active de sa nature. Il est vrai que la sensibilité porte à soulager ceux qui souffrent; mais la tendresse tait plus, elle partage leurs maux, elle console les malheureux en leur montrant qu'ils ont encore des amis.

— Encycl. Mus. Note sensible. Le septième degré du mode majeur fournit la note sensible. Quant au mode mineur, il n'a pas dans sa gamme naturelle de note sensible. Il faut, pour l'y introduire, élever d'un demi-ton chromatique le septième degré de la gamme, de façon a rapprocher à distance de demi-ton la note sensible de la tonique. Il arrive trèsfréquemment qu'on prend le mot sensible substantivement; dans ce cas, on dit sensible au lieu de note sensible.

L'accord de dominante, avec ou sans septième, prend le nom d'accord sensible, parce que la tierce du son fondamental est représentée dans les deux modes par la note sensible du ton.

Dans cet accord, deux notes ont un mouvement résolutif obligé ; 10 la septième, qui, selon la règle des dissonances, doit descendre d'un degré; 2» la note sensible, qui doit monter à la tonique. Qu'on l'envisage harmoniquement ou mélodiquement, la note sensible a sa résolution obligée sur la tonique, à inoins d'une cadence rompue.

SENSIBLEMENT adv. (san-si-ble-man — rad. sensible). D'une manière sensible, notable, perceptible : La belette est sensiblement plus petite que l'hermine. ( Buff. ) La population, qui s'accroît dans tous les Etals de l'Europe, augmente sensiblement la consommation. (Chaptal;)

— D'une manière qui affecte, qui émeut :

O Dieu ! que ce discours sensibleme/it me blesse I

Maiket.

SENSIBLERIE s. f. (san-si-ble-rï — rad.

sensible). Sensibilité fausse, affectée : Ce drame est plein de sensiblerie. (Acad.) C'est pour l'appliquer à Bouilly que Ion a enrichi le tangage littéraire du mot sensiblerie, destiné à exprimer la sensibilité sans mesure et sans goût. (A. Fée.)

Que de sensiblerie et d'hélas ! Quel ennui !

E. Aubier.

Il Ce mot est un des meilleurs qu'ait créés Mercier.

SENSITIF, IVE adj. (san-si-tiff, i-ve — du lat. sensus, sens). Qui a la faculté de sentir ;

SENS

Juger et sentir ne sont pas la même chose :je ne suis pas simplement un être sensitif et passif, mais un être actif et intelligent. (J.-J. Rouss.) U Qui a rapport aux. sens ou a la sensation : Faculté, vertu sensitivb.

— Philos. Ame sensitive, Ame distincte de l'âme raisonnable, que certains philosophes ont admise dans l'homme, et qui aurait pour fonction unique la perception des sensations.

SENSITIVB s. f. (san-si-ti-ve — rad. sensitif). Bot. Espèce d'arbrisseau du genre •mimeuse : On prétend que les feuilles de la sensitive, étant mâchées, excitent le crachement et modèrent la toux. (V. de Bomare.) Si vous êtes pierre, soyez aimant ; si vous êtes plante, soyez sensitivb; si vous êtes homme, soyez amour. (V. Hugo.) Comme la sensitive, aux regards je ma cacha. Mme L. Colet.

Me dira-t-on pourquoi la tendre sensitive Se flétrit sous nos mains, honteuse et fugitive?

Voltaire. .

Ah! je te reconnais, o tendre sensitive, Seule, parm iles fleurs, devant l'homme craintive 1

Boucher.

— Encycl. V. mimeuse.

SENSOR1AL, ALE adj. (sain-so-ri-al, a-le

— rail, sensorium). Anat. Qui appartient, qui a rapport au sensorium : Phénomènes senso- RIAUX. "

SENSORIUM s. m. (sain-so-ri-omm — mot lat. formé de sensus, sens). Philos. Centre commun de toutes les sensations. Il On dit aussi sensorium commun, ou, sous la forme latine, sensorium commune.

— Encycl. D'après Aristote, le sensorium ou sensorium commune était l'organe intérieur où venaient se réunir, comme en un centre, les impressions fournies par chacun de nos sens. Plusieurs philosophes modernes ont regardé cet organe comme étant le siège propre de l'âme, Aristote, non content d'avoir affirmé l'existence du sensorium, voulut déterminer le lieu précis qu'il occupe, et il désigna le cœur comme étant le principe même de la sensibilité. Les philosophes modernes placent le sensorium dans le cerveau. Descartes a voulu fixer l'endroit précis où réside l'âme et où elle a perception des images sensibles ; il a désigné le conarion ou glande pinéale. D'autres se sont arrêtés aux ventricules du cerveau, puis au corps calleux ou au centre ovale. Enfin quelques autres, laissant de côté le cerveau comme on avait abandonné la position du cœur choisie par Aristote, ont soutenu que le système nerveux tout entier pourrait bien être le siège du sensorium. Newton appelait l'univers le sensorium de Dieu.

SENSUALISER v. a. ou tr. (san-su-a-li-zô

— du lat. sensualis, qui a rapport aux sens). Philos. Attribuer aux sens : Sensualiser toutes les idées.

SENSUALISME s. m. (san-su-a-li-sroe — du lat. sensualis, qui a rapport aux sens). Système philosophique qui ramène toutes les" idées à la sensation, à l'expérience des sens.

— Principes, conduite de ceux qui s'abandonnent aux plaisirs des sens • L'ascétisme ne nous convient pas plus que le sensualisme. (V. Cousin.) L'or est dans le monde l'instrument du plaisir et l'aliment du sensualisme, (Le P. Félix.) L'épicurisme se nomme aujourd'hui le sensualisme. (L'abbé Bautain.)

— Encycl. Philos. On a proposé de distinguer trois formes principales de sensualisme : le sensualisme objectif, subjectif et moral. Le sensualisme objectif prononce non -seulement sur ce qui se passe en nous, mais sur ce qui est en dehors de nous, et il affirme que, dans la réalité, il n'existe rien qui ne soit sensible, c'est-à-dire matériel. Au- début de la pensée humaine, le sensualisme ne se présente que sous cette forme ; tous les systèmes roulent sur le monde physique; tout tombe sous les sens dans ce monde de la matière, tout n'y est que phénomène affectant nos organes, quelle que soit, du reste, la valeur intrinsèque de ces phénomènes. L'important est de constater que rien d'immatériel, de suprasensible ne mérite le nom de réalité.

Le sensualisme subjectif ne commence a se dégager que plus tard. Pyrrhon, iEuésidème, quelques stoïciens et quelques philosophes de la nouvelle Académie semblent l'avoir ébauché, (nais ébauché seulement. Tout le moyen âge ne pratique le sensualisme ou ne le réfute que sous la première forme. C'est avec la philosophie moderne que, passant du dehors au dedans^l' esprit humain commence à examiner ses facultés et à juger le monde d'après l'image qu'elles lui en donnent. C'est alors aussi que certains philosophes commencent à poser en principe l'impuissance, la stérilité ou l'incertitude de toute faculté autre que la perception sensible. Bacon, sans exclure expressément toute autre source d'information, insiste infiniment plus sur les résultats acquis par la sensation que sur ceux des autres facultés. Il remarque que toutes nos connaissances se produisent à l'occasion et à la suite d'un phénomène sensible. Là où il n'y a pas eu d'expérience par les sens, il ne peut se former de sérieuses connaissances; à peine naîtra-i-il de chimériques conceptions et de fragiles hypothèses. Uobbes va bien plus loin et ôte toute valeur, toute vérité à toutes ces prétendues notions absolues et su-

SENT

praexpérimentales. Enfin vient l'instigateur discret et prudent du sensualisme subjectif, le sage Locke; ici ce n'est plus par une simple ébauche, mais par une analyse détaillée, approfondie que va s'établir la thèse fameuse, devise du sensualisme ; Nihil est in inlellectu quod non prius fuerit in sensu. Locke s'efforce, en effet, de prouver que toutes nos facultés spirituelles se réduisent naturellement à deux, la sensation et la réflexion, la première qui nous fournit tous les matériaux essentiels de nos connaissances, la seconde qui opère et travaille d'une façon particulière sur ces données pour les transformer, les combiner, les classer, les généraliser. Le plus illustre disciple de Locke, Condillac, achève d'exposer la pensée de son maître en, faisant habilement rentrer la réflexion et toutes ses merveilles dans les simples opérations de la sensation. On connaît sa fameuse hypothèse de la statue qui, peu h peu, en ajoutant une sensation à une autre, devient l'homme, l'homme tout entier, sans qu'il soit nécessaire, pour en expliquer toutes les plus 'admirables évolutions, de faire intervenir autre chose que la sensation transformée. Bien transformée, en effet, puisqu'à la fin elle se trouve produire 'la connaissance de l'absolu, quoiqu'elle soit de «a nature essentiellement relative, nous révélant les causes, les lois, tout ce qu'il y a de moins sensible, quoiqu'elle s'appelle encore la sensation et prétende se borner à saisir ce qui tombe sous les sens. L'attention, qui n'est qu'un très-haut degré d'intensité dans la sensation, la réflexion ou attention portée sur soi-même et enfin la comparaison ou double attention engendrent tous ces mystères sans effort et sans embarras. Le condillacisme est l'expression la plus complète du sensualisme subjectif le plus logique et le plus rigoureux. 11 arrivait par ces conclusions extrêmes à donner la main au système de Hobbes et de Gassendi ; il se rattachait d'un autre côté à la théorie du nominalisme radical, d'après lequel les idées générales sont de simples flatus vocis. S'il ay a dans la réalité ni idées générales, ni cause première, ni substance absolue, si tout ce qui existe est relatif, contingent, fini, on comprend que tout puisse être perçu par la sensation ; le problème est ainsi bien simplifié ; on écarte, on supprime tout ce qui n'est pas réductible aux sens ; il ne reste naturellement alors que des sensations, et l'on arrive à la négation de tout suprasensible.

La troisième et dernière forme du sensualisme, que nous avons nommée sensualisme moral, est celle qui cherche les fondements de la morale même dans les faits manifestés par les sens, c'est-à-dire dans les conséquences matérielles et visibles de nos actes. Ce sensualisme n'est autre chose au fond que ce qu'on appelle la morale de l'intérêt, mais de 1 intérêt bien entendu. Il a trouvé ses représentants dans l'école cyrénaïque qui, d'Aristippe à Théodore l'Athée, développe crûment la philosophie du plaisir et du plaisir par tous les moyens possibles. Le cyrénaïsine eut peu de durée sous cette forme par trop révoltante ; mais il s'épura et se raffina entre les mains d'Epicure, qui le para d'un vernis d'élégante modération ; il s'appela alors l'épicurisme. Il trouva sous cette forme et il trouve encore des adeptes nombreux et ardents. Mais nous cous bornerons ici à le nommer, et nous renvoyons pour les détails au mot ÉPicuRissiE lui-même. V. aussi les mots

ATOMISME et MATÉRIALISME.

SENSUALISTE adj. (san-su-a-li-ste — du lat. sensualis,(pii a rapport aux sens). Philos. Qui appartient, qui a rapport au sensualisme : Philosophie sensualiste. Philosophe

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