‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 278 sur 1059 · V. ADAGE · texte numérisé non relu

V. ADAGE

— Sentence, arrêt, jugement. V. ARRÊT.

— Encycl. Législ. Sentence arbitrale. Au lieu de s'adresser aux tribunaux, les personnes entre lesquelles il existe un sujet de contestation peuvent demander à de simples particuliers la solution du débat qui les divise et donner mandat à ces juges improvisés de vider leur différend. Cette juridiction, exercée par des citoyens sans caractère public et limitée à un procès particulier, est ce que l'on appelle l'arbitrage. On nomme sentence arbitrale la décision rendue par las 'uges arbitres. Cette décision est un vérita-

le jugement, identique à plusieurs points de vue aux décisions émanées des autorités judiciaires constituées ; mais elle en diffère sous quelques rapports, vu le caractère purement privé des personnes qui statuent sur le litige. Nous allons 'exposer quels sont les éléments essentiels et les conditions de validité d'une sentence arbitrale.

Les arbitres ne sont investis d'aucune juridiction officielle ; leur droit de juger un différend déterminé résulte uniquement de la volonté des parties litigantes. Cette volonté est exprimée dans un contrat qui porte le nom de compromis et qui investit les arbitres de leur fonction juridictionnelle pour l'ulfaire spéciale dont il s'agit. Naturellement, la validité de la sentence arbitrale qui doit intervenir dépend en premier lieu de la validité du compromis lui-même. Les formes du compromis n'ont rien de sacramentel; il peut être rédigé par acte authentique ou par acte sous seing privé. Il est de rigueur qu'il énonce d'abord l'objet nettement défini de la contestation, puis les noms des arbitres désignés et tout ce qui peut concourir à fixer avec précision leur individualité. Cela est essentiel et requis, à peine de nullité, par l'article 1004 du code de procédure civile. Le compromis peut contenir d'autres clauses, mais qui sont simplement facultatives. Ainsi, il peut déterminer le délai dans lequel les arbitres devront rendre leur sentence; si le compromis est muet à cet égard, les arbitres doivent rendre leur jugement dans l'intervalle de trois mois. Ce terme

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passé, ils seraient sans caractère pour prononcer sur le litige. Une autre clause, également libre et facultative dans le compromis, est celle par laquelle les parties autorisent leurs arbitres àsta tuer comme amiables compositeurs. Cette clause a un effet important. Elle permet aux arbitres de s'écarter dans leur décision des règles du droit et de la légalité stricte, et de juger selon les seules inspirations de l'équité.

Outre les conditions de forme , qui sont de la plus grande simplicité, la validité du compromis dépend encore de certaines conditions d'une autre nature. Il faut que l'objet de la contestation soit de ceux dont les parties ont la libre disposition, qu'elles peuvent aliéner, sur lesquelles elles peuvent transiger, etc. Ainsi, ne peuvent être la matière d'un compromis et soumises à la juridiction de simples arbitres : les contestations concernant l'état civil de3 personnes, une action en désaveu de paternité par exemple, une demande en reconnaissance de filiation légitime, une demande en nullité de mariage, etc. Il en est de même d'un procès en séparation entre époux, d'une- demande tendant à faire interdire un individu ou à le pourvoir d'un conseil judiciaire. Les droits objet du litige doivent donc être des droits dont on peut intrinsèquement disposer, pour 'qu'il y ait lieu à compromis et à arbitrage. Ajoutons que les parties compromettantes doivent être personnellement capables de disposer de ce qui fait la matière du procès, c'est-àdire qu'elles doivent être majeures et non frappées d'interdiction ni d'aucun autre genre d'incapacité. Certaines personnes morales sont placées dans un état de tutelle administrative perpétuelle; telles sont les communes, tels sont encore les hospices et autres établissements publics. Ces personnes fictives n'ont point la capacité de soumettre à des arbitres les procès dans lesquels elles sont intéressées.

Une condition non moins essentielle de la validité de toute sentence arbitrale est la capacité des arbitres eux-mêmes, leur aptitude juridique à exercer cet acte de juridiction privée.

Quelles personnes sont capables d'être arbitres? Ici, comme partout, la capacité est la règle, l'incapacité est l'exception; elle ne se présume point et doit résulter avec certitude d'un principe de droit ou d'une disposition de la loi. Pour vider la question, il s'agit uniquement de déterminer quelles personnes sont incapables; manifestement, toutes celles qui ne sont pas comprises dans l'exception de l'incapacité sont par là même capables. Quelques auteurs estiment que les mineurs ne peuvent être arbitres. Cette opinion est discutée, et cela est, en effet, fort discutable. On ne voit pas pourquoi, en effet, un mineur doué d'une convenable maturité d'esprit ne serait pas apte à juger un différend quand il y est appelé par la confiance des parties intéressées. Le mineur n'est incapable que de s'obliger et d'aliéner. L'arbitrage ne comporte aucune obligation civile et aucune responsabilité, sinon une responsabilité purement morale et le devoir da juger selon les lumières de sa conscience. Un arbitre, comme un juge ordinaire, ne s'oblige réellement à une réparation quelconque qu'autant qu'il prévarique en se laissant corrompre ou en vendant son jugement. Or, un mineur en âge de raison est parfaitement capable de s'obliger pour ses délits ou ses quasi-délits. Nous pensons donc qu'un mineur peut être arbitre.

Une femme le peut-elle? Il y a controverse sur la question; quelques auteurs opinent pour la négative. La femme, disent-its, ne jouit pas de là plénitude des droits civils ; elle ne peut pas être témoin instrumentale dans un acte authentiqua. C'est vrai ; mais il n'y a aucune parité de raison. Une disposition positive de la loi exclut pour la femme le droit d'être témoin instrumentale dans les actes notariés ; il. n'existe aucune disposition prohibitive analogue relativement à l'arbitrage,' et il faut toujours revenir à la règle que la capacité est le principe et l'incapacité l'exception, qui doit toujours être formellement exprimée par le législateur. Par nature, la femme est apte à tous les actes de la vie civile, sauf à ceux que la loi lui interdit expressément quand elle est en puissance de mari. M, Gide, professeur à la Faculté de droit de Paris, soutient énergiquement l'aptitude des femmes pour l'arbitrage. Il est constant que des femmes sont souvent nommées experts par les tribunauxdans des affaires rentrant spécialement dans la compétence féminine. Dans maint procès de chiffons, le tribunal de la Seine a confié d'importantes expertises à des dames; on ne voit pas pourquoi les fonctions d'arbitre leur seraient refusées. Celles d'expert sont tout aussi graves et elles comportent une attribution importante, à savoir le droit d'imprimer le caractère de l'authenticité au rapport rédigé sur l'expertise. Les faillis peuvent être arbitres. Les déchéances tlont ils sont atteints ne portent que sur quelques points déterminés; ils sont inhabiles à remplir les fonctions d'agent de change, et l'entrée de la Bourse leur est interdite ; hors de là, leur capacité est entière. Tout le monde est d'accord que les aveugles ue peuvent être arbitres ; il leur serait impossible de lire et de vérifier lei pièces. Même décision jrunr lea

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sourds-mnets ; ils ne peuvent entendre les j explications verbales des parties ou de leurs conseils.

Intrinsèquement, la sentence arbitrale, pour être valide, doit réunir les conditions substantielles ries jugements ordinaires. S'il y a plusieurs erbitres, elle doit se former à la majorité des suffrages. Le contexte de la sentence, comme celui des jugements des tribunaux, doit énoncer les qualités des parties, leurs conclusions et enfin les motifs et le dispositif de la sentence elle-même'. La jurisprudence, du reste, se montre facile sur les questions de forme et ne s'attache ici qu'à la substance des choses. Ainsi, une sentence arbitrale qui ne portait explicitement dans son dispositif aucune condamnation de payer et se bornait à apurer le compte d'entre parties et à en fixer le reliquat a été reconnue valide et satisfaisant suffisamment au vœu de la loi, par arrêt de la cour de Colmar du 8 janvier 1810.

Une sentence arbitrale peut être frappée d'appel comme le serait un jugement rendu par les tribunaux ordinaires sur la même matière et d'après l'ordre hiérarchique ordinaire des juridiptions. Ainsi, si la cause arbitrée est du ressort du juge de paix, l'appel de la sentence sera porté au tribunal eivil de l'arrondissement. Il sera porté à ia cour si l'affaire, par sa nature et sa qualité, était du ressort du tribunal civil en premier degré de juridiction. Les parties peuvent, par une clause du compromis, renoncer à l'appel; les arbitres, en ce cas, jugent en premier et dernier ressort. Il peut être renoncé au droit d'appel implicitement. On est généralement d'accord que les parties renoncent tacitement à faire appel de la sentence lorsqu'elles ont chargé leurs arbitres de statuer comme amiables compositeurs. L'arbitrage est alors, en effet, un arbitrage d'équité. La cour qui connaîtrait de la décision en appel serait, quant à elle, obligée de juger selon le droit strict; les éléments de décision ne seraient plus les mêmes; ce serait un nouveau procès, ce ne serait plus une seule et même cause simplement soumise à deux degrés successifs de juridiction.

Il existe un mode particulier de recours contre les sentences arbitrales; c'est l'opposition à l'ordonnance d'exécution que doit rendre le président du tribunal civil du ressort, opposition réglée par l'article 1028 du Code de procédure civile. En effet, la sentence arbitrale émane de juges simples particuliers ; par elle-même, elle n'est en quelque sorte qu'un simple avis; la force exécutoire ou coercitive doit lui être communiquée par une ordonnance du président du tribunal civil de l'arrondissement. La partie mécon^ tente de la sentence peut, dans certains cas déterminés, l'attaquer indirectement en formant opposition à l'ordonnance d'exécution. Cette voie est admise dans plusieurs cas énumérés par l'article 1028 : 1" Lorsque les arbitres ont statué après l'expiration des délais fixés par le compromis ou par la loi. Après l'évolution de ce délai, en effet, ils n'avaient plus qualité pour juger. La même voie est ouverte. 2» Lorsque les arbitres ont statué en dehors des termes du compromis et de l'objet même de la contestation qui leur était soumise, ou qu'ils ont prononcé sur choses non demandées. Leur droit de juridiction résulte uniquement du mandat que leur ont donné les parties; du moment qu'ils s'écartent des termes de ce mandat ou en excèdent la limite, leur décision n'a manifestement plus de valeur et doit demeurer comme non avenue.

Sentences, de Publius Syrus. Ce sont d'excellentes pensées morales, exprimées avec une très-remarquable précision, avec une grande vigueur poétique. Les sentences consistent dans un seul vers ïambique ou trochalque. Aulu-Gelle, Macrobe et Sénèque nous les ont conservées, et elles ont été assez souvent imprimées, soit avec les œuvres de Sénèque, soit avec les fables de Phèdre. La plus ancienne édition des Sentences de Publius Syrus est due à Erasme; elle date de 1502 (Bâle, in-4°), et elle est faite d'après le manuscrit de Cambridge. La plus complète est celle de J.-C. OrelUus. Elle a paru à Leipzig en 1822 (in-8°), cum natis variorum et avec la traduction grecque de Scaliger. Il existe une traduction en vers français ; mais cette traduction ne vaut pas assurément celle de Levasseur (Paris, 1811), ni surtout celle de M. Chenu, dans la Bibliothèque latine-française de Panckoucke (Paris, 1835).

« Quand Publius, dit Sénèque, veut abandonner ses farces ineptes, bonnes tout au plus pour les spectateurs des derniers rangs, il a plus d'énergie que tous les poètes tragiques et comiques. Dans une foule de pensées, il s'élève non-seulement .au-dessus de la scène mimique, mais du cothurne même. » Et, dans sa huitième lettre, Sénèque s'écrie : « Que de vers, et des plus éloquents, gisent avilis dans les mimes I Que de sentences dans Publius qui devraient être prononcées, non par des bateleurs sans souliers, mais par des tragédiens en cothurnes I »

Les pièces de P. Syrus, qui firent autrefois l'admiration des Romains, ne sont point parvenues jusqu'à nous, et nous ne possédons qu'une partie des sentences morales qu'il y avait semées. Ce précieux recueil, dont les vers, h. la fois élégants et concis, sont comme

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le dépôt de la morale antique, servait encore de livre classique à la jeunesse romaine plus de quatre siècles après la mort de son auteur. C'est saint Jérôme qui rapporte le fait. Sénèque le tragique lui fit plus d'un emprunt, et Sénèque le philosophe, clans ses déclamations de philosophie stoïcienne, cite souvent comme une autorité les sentences de P. Syrus, et plus souvent encore il les développe comme une morale féconde. ■ Des préceptes, dit-il, enfermés dans un seul vers font sur l'esprit une impression plus vive et plus durable que de longs discours, et c'est là le but glorieux que s'est imposé P. Syrus. »

Semence* (le LivBE des) [Sententiarum libri quatuor], par Pierre Lombard, évêque de Paris, ouvrage célèbre parmi les œuvres de la philosophie scolastique et dont la première édition avec date est de 1477 (Venise, 1 vol. in-fol.). Lombard n'était pas à proprement parler un philosophe et n'a écrit sur cette matière que le Livre des sentences, « C'est lui, dit M. Hauréau (Histoire de la philosophie scolastique, t. 1er, p. 330), que nous reconnaissons comme le chef des indifférents en matière de philosophie. Que s'est-il en effet proposé dans son livre fameux des Sentences? De réduire les thèses dogmatiques à de simples propositions tirées des Pères, à des aphorismes ni trop subtils ni trop emphatiques, et de placer l'enseignement de la théologie hors des atteintes compromettantes de la logique et de l'enthousiasme. Rien ne lui appartient dans le livre célèbre qui porte son nom ; c'est une compilation, et dans les anciens manuscrits on voit à la marge l'indication des auteurs où il a puisé toutes ses sentences. Cependant, quelle a été la fortune de son livre ? Fait (Hist. littêr. de la France, t. XII) pour bannir de la théologie toutes les questions inutiles et dangereuses, pour marquer les bornes où l'esprit humain doit se renfermer, il a eu des suites contraires à sa destination. Jamais, en effet, la licence n'a été plus grande que depuis qu'il a paru. Pitts ne compte pas moins de cent soixante commentaires des Sentences, faits par des théologiens anglais; la France en a produit plus encore ; les écoles d'Italie , d'Espagne et d'Allemagne n'ont pas eu durant trois siècles d'autre manuel théologique. Ce qui a fait le prodigieux succès de ce livre, c'est sa méthode. Toutes les'questions de l'ordre doctrinal y sont distribuées avec art, occupant la place qui leur appartient. On le prit donc, et sur tous les problèmes qu'il contient on se proposa des doutes. Dès lors, la disputé recommença plus vive , plus passionnée qu'auparavant, mais mieux conduite, mieux réglée. •

Dans le premier des quatre livres qui composent l'ouvrage qui nous occupe, l'auteur traite de tout ce qui a rapport à la Trinité. Dans le second, il s'occupe de la création, de li dignité des diverses espèces de créatures, notamment de l'ange, de l'homme, et du péché originel. Le troisième est un Traité de l'Incarnation, des vertus et des dons du Saint- Esprit; le quatrième et dernier est consacré k l'étude des sacrements.

Nous avons dit plus haut dans quel but Pierre Lombard avait entrepris d'écrire sur la philosophie. Ce n'était rien de plus qu'un simple théologien ; aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir parler de la philosophie comme servante de la théologie (ancilta theologix).

Malgré sa répugnance pour la dispute et les témérités de l'école, on rencontre sous sa plume des problèmes fort indiscrets. Pourquoi, demande-t-il, le Fils de Dieu s'est-il incarné plutôt que le Père ou le Saint-Esprit? Les deux autres personnes de la Trinité eussent-elles pu se faire hommes? Dieu aurait-il pu revêtir l'humanité sous la forme d'une femme? Plusieurs poètes l'ont cru, et il y a des amants qui le croient encore tous les jours.

En l'an 1300, les docteurs de l'Université de Paris se réunirent pour dresser une liste des questions qu'ils n'approuvaient pas dans le Livre des sentences et s'engagèrent d'un commun accord à ne pas les enseigner.

A consulter : Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique (2 vol. itl-8°, t. 1er) ; Franck, Dictionnaire des sciences philosophiques, au mot Pierre Lombard.

SENTENCIER v. a. ou tr. (san-tan-si-ê — rad. sentence. Prend deux »' de suite aux deux prom. pers. pi, de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous sentenciions ; que vous seutenciiez). Condamner par sentence, prononcer une sentence contre : Sentencier un accusé.

— v. n. ou intr. Porter une sentence, des sentences : Les avocats et juges ont beau sentuncibr, nature tirera cependant sou train. (Montaigne.)

SENTENCIEUSEMENT adv. (san-tan-sieu-ze-man — rad. sentencieux). D'une manière sentencieuse, par sentences : Parler

SENTENCIEUSEMENT. Ecrire SENTENCIEUSE- MENT.

SENTENCIEUX, EUSE adj. (san-tan-si-eu, eu-ze — rad. sentence). Qui contient des sentences, des maximes : Discours sentencieux. Dans la dispute, chacun donne à son opinion un tour sentencieux ; c'est que, de toutes les formes de discours, c'est la plus solide. (J. Joubert.) Il Qui a la forme d'une sentence : Phrases sentencieuses.

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— Qui parle comme par sentences, d'une façon brève et comme en donnant des décisions : Vieillard sentencieux. Ecrivain sentencieux. Il Qui affecte la gravité de la sentence : Ton sentencieux.

SENTÊNE s. f. (san-tè-ne). Techn.V. centaine.

SENTEUR s. f. (san-teur — rad. sentir). Odeur, ce qui frappe l'odorat : Bonne senteur. Mauvaise senteur. Les arbres des zones torrides recèlent d'exquises senteurs dans leurs tissus ligneux. (G. Sand.) La senteur de l'oranger et de la rose de Constantinople est surtout propre à développer l'exaltation du cœur et du cerveau. (G. Sand.)

Les airs des pâtres sont charmants

Dans la senteur des pâturages.

P. DDPONT.

— Parfum, composition exhalant une agréable odeur : Eau de senteur. Poudre de senteur. Un sachet de senteurs. L'une apporta de l'eau chaude et me lava les pieds, une autre me versa de l'eau de senteur sur les mains. (Galland.)

— Bot. Pois de senteur, Nom vulgaire de la gesse odorante.

— Syn. Senteur, odeur. "V. ODEUR.

SENTI, IE (san-ti, 1) part, passé du v. Sentir. Perçu par les sens : Odeurs senties. Froid vivement senti. Douleur sentie à la tête.

— Eprouvé, dont on a le sentiment : Les choses ont souvent besoin d'être quittées pour être senties. (Volt.) Saisies par l'homme de génie, senties par l'homme de goût, aperçues par l'homme d'esprit, les nuances sont perâues pour la multitude. (D'Alemb.) Les beautés littéraires n'ont pas besoin d'être vues longtemps pour être senties. (D'Alemb.) Une belle action sentie par un peuple élève plus les

^esprits que tous les conseils du goût. (Villem.) Les peiues ne sont peines qu'autant qu'elles sont senties, (Mesnard.) Point de contact réel, immédiat, senti entre les âmes légères. (Vinet.) Les grands exemples ne sont pas sentis par les hommes médiocres. (De Guibert.) Le bonheur est le bien senti en nous. (E. Alaux.) Le cœur a besoin de s'attacher, mais ce besoin n'est senti que par les bonnes âmes. (Bonnin.)

— Fortement compris et rendu, exprimé : Une situation dramatique bien sentie. Des reproches bien sentis. Tu ne dis pas cela comme il faut; ce n'est pas assez senti. (Alex. Dum.)

— s. m. Littér, et b.-arts. Qualité de ce qui est senti, compris et rendu avec force : On désirerait, chez ce peintre, plus de senti et moins de grâce maniérée.

SENT1ENS, en latin Sentit, peuple de la Gaule, dans la province romaine des Alpes Maritimes, au S. des Avantici et au N. des Albicsi ; leurs villes principales étaient Dénia (Digne) et Sanitium (Senez). Leur territoire est aujourd'hui compris dans le département des Basses-Alpes.

SENTIER s. m. (san-tié — de sente. Sentier est proprement un adjectif; on disait d'abord chemin sentier. Dans quelques provinces, sentier signifie sergent de ville, guet ; mais il est possible que, dans cette acception, il appartienne au même radical que sentinelle). Chemin étroit et ne servant qu'aux piétons : Sentier détourné. Sentier battu , frayé.

Prendre, suivre un sentier. Je gravissais lentement et à pied des sentiers assez rudes. (J.-J. Rouss.) Nous nous acheminâmes par le Sentier des guérets, sur la gauche de la grande route, vers le couchant. (B. de St-P.) Nous traversâmes les blés, parmi lesquels serpentaient des sentiers à peine tracés. (Chateaub.)

Que faisons-nous, dit-il, de ce meuble inutile Qui s'en va balayant tous les sentiers fangeux?

La Fontaine.

L'araignée étendait ses fils dans les sentiers Et ses toiles d'argent au-dessus des landiers.

A. Brizbux.

— Fig. Voie morale, direction des actes de l'esprit : Le sentier de la vertu. Le sentier de l'honneur, de la gloire. La droiture est une habitude des sentiers de la vertu. (Vauven.) Dévier du sentier de l'honneur est pour la femme mariée un crime inexcusable. (Balz.) Celui-là n'arrive jamais à rien qui marche dans les sentiers battus, (J. Janin.) Les fleurs sont rares sur les sentiers qui mènent à la science. (Jouffioy.) En marchant dans cette vie dont le sentier semble si étroit, on s'éparpille, l'un à droite , l'autre à gauche. (Béranger.)

Le sentie? de nos jours n'est vert qu'en le montant.

Lamartine.

J'aime mieux, m'écartant des routes de la terre, Suivre dès le matin mon sentier solitaire.

Amitié ! don du ciel, fleur des vertus de l'homme, Le cœur qui t'appartient et qui suit ton sentier Aux austères vertus reste encor tout entier.

LapradB.

Sentiers et grands chemins, Ouvrage humoristique de l'Irlandais Grattan (18S5-1827, 2 vol. in-8°). L'auteur voyage à pied à travers le3 provinces françaises, en touriste, mais non a la façon ordinaire des Anglais ; car il étudie plutôt les mœurs que la pays. « Ayant des jambes pour me porter et un

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cœur pour sentir, je ne veux pas , dit-il , abandonner la riante compagnie de la nature pour mettre mon corps en cage dans un coche public et étouffer mes pensées dans cette atmosphère viciée. Non! non! prenons notre havre-sac et marchons.. Errons, rôdons, arrêtons-nons en chemin, jetons-nous au milieu du peuple comme par hasard et non par curiosité. Passons un jour ici, une semaine là. Que l'instruction coule pour nous de sources abondantes et faciles, mais n'essayons pas de la pomper de force. » Grattan cherche, non avoir du pays, mais des caractères; il voyage moins en touriste qu'en philosophe. Et cependant il ne se méprend pas sur le résultat, lisait que partout il trouvera l'homme imparfait, variable, incomplet; ici les circonstances l'abaisssent, là elles l'élèveat ; dans un siècle il déploie son beau côté, dans un autre son mauvais; dans tous les temps, sous tous les climats, il est essentiellement le même. Il cherche sans cesse à atteindre cette perfection qu'il rêve , tandis que la nature même de ses efforts prouve son irrémédiable imperfection. Telle est la morale évidente de Sentiers et grands chemins.

• L'Anglais, dit l'auteur, nourri dans son admiration patriotique, arrive sur le sol français boudeur, grognon, chargé de préjugés et, décidé à tout trouver mal , trouve tout mal. Une autre classe d'Anglais à l'étranger vit entre Anglais et à l'anglaise, pais croit pouvoir juger le pays. Ce n'est pas dans la capitale ni dans les villes de province que nous trouverons les traits nationaux. Un autre champ est ouvert à l'observateur , les villages et les habitations de campagne, où, séparé de l'orgueil britannique et de la présomption française, il verra se développer des contrastes piquants, des mœurs nouvelles. » C'est donc là qu'il a étudiéla France, et il a écrit non des dissertation;:, mais des nouvelles ; il a donné, au lieu de conjectures, des faits, des tableaux réalistes au lieu d'ébauches de fantaisie.

Sesdessinssont d'autant plus vivants, qu'en sa qualité d'étranger, pour lui, tout était nouveau ; il n'était blasé sur rien ;' les mots, les choses avaient toute leur valeur; il marchait de découverte en découverte; sa curiosité, sans cesse éveillée, profitait de tout. L'habitude n'ayant point refroidi ses impressions, le pittoresque le frappait plus vivement dans ses études sur l'aspect du pays et la physionomie nationale de ses habitants. Accomplissant son pèlerinage ù pied, un bâton à la main, s'arrètant, selon son caprice, dans un hameau, une vallée, sur le penchant d'une colline , ici il recueille quelques souvenirs historiques sur la province et le peuple qui ont vu naître Henri IV, là il dépeint avec beaucoup de vérité les landes de Bordeaux, le caractère et les usages des Basques. Plus loin, la Vendée lui fournit une triste histoire, liée aux grands désastres qui ont fait le malheur de cette contrée. Il s'empare tour à tour d'une circonstance, d'une situation touchante, d'une légende populaire, d'une catastrophe. Isolé des petites passions, des intérêts mesquins de la société, doué d'une observation naïve, de l'amour de la vérité et de l'art de saisir le pittoresque, il regarde, se recueille et s'élève à la contemplation du beau. Son esprit, affranchi des préjugés, distingue le vrai, et, en révélant ce qu'il a senti, en retraçant avec énergie ce qu'il a vu, l'auteur nous fait partager ses plaisirs.

Nous n'analyserons point ces récits, qui perdraient à être résumés; car leur principal charme consiste dans les détails et surtout dans la peinture des sentiments, où Grattan excelle. L' épisode de Marie- Antoinette est considéré généralement comme un chefd'œuvre de sentiment et de délicatesse.

Le style de Grattan est net, vif, élégant, chaleureux ; mais, en dépit de sa bonne volonté pour rester impartial, il juge' avec une extrême sévérité le mouvement de 1189 et tous les hommes qui ont pris une part active à la Révolution. Grattan aurait mieux fait de ne point prendre parti dans une cause ou il n'était nullement intéressé.

Sentier dans les blés (le), tableau de Français; au musée du Luxembourg, Sous un ciel d'été où passent des nuages rapides, gonflés par la pluie, des paysans jettent bas, à coups de faux, les hautes tiges des blés inûrs. « Ce paysage, a dit Th. Gautier, n'a rien de pous sinesque; d'un côté, une tranche de blés mûrs, piqués de bluets et de coquelicots; de l'autre, un revers de fossé ombragé de quelques touffes de buissons ; au milieu, le sentier ; par-dessus, un ciel taché de deux ou trois gtos nuages qui font hâter le moissonneur. Rien n'est moins historique; mais quel accent de nature ; quelle touche libre et franche, sans accent et sans minutie 1 » Ce beau tableau a figuré à l'Exposition universelle de

M. Camille Bernier a exposé, au Salon de 186S, un bon tableau intitulé le Sentier dans les genêts, à Bannalec (Finistère) ; il l'a reproduit à l'eau-forte (Salon de 1869). Une gravure sur bois de ce même tableau a été exécutée par M. J. Langeval. M. Alfred Auteroche a peint une composition intitulée le Sentier aux ânes (Salon de 1865) ; M. Louis Caillou, un Sentier sous bois (Salon de 1873); M. Emile Lévy, un tableau intitulé le Sentier, idylle (Salon de 1873). Dans ce dernier ouvrage, une Chloô en robe bleue, montée sur

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un âne qui descend une pente très-accidentée et ombragée, est soutenue par son Daphnis, assis en croupe derrière elle.

SENTIES (Joseph), littérateur français, né à Toulouse vers 1756, mort à Paris en 1824. Tout en occupant un emploi à la loterie de Paris, il publia sans nom d'auteur quelques ouvrages : Doléances des dames de la Italie '1789, in-8°) ; la Pauvre orpheline ou la Force lu préjugé (1801, 8 vol. in-12); le Joueur ou ie Nouveau Stukély, par M°*° de D... (1807, S vol. in-12), ouvrage qui fut saisi par la police à la requête de 1 administration des jeux.

SENTIMENT s. m. (san-ti-man — rad. sentir). Faculté de sentir, d'éprouver des sensations physiques : Perdre le sentiment, les nerfs, qui sont les organes du sentiment, aboutissent tous à la cervelle. (Buff.)

En baignant son -visage,

Mes pleur» du sentiment lui rendirent l'usage.

Racine.

— Sensation physique : Un sentiment agréable. Un sentiment douloureux. Eprouver un sentiment de brûlure.

— Faculté de percevoir des impressions morales : Avoir le sentiment poétique, le sentiment littéraire. Avoir le sentiment de ta couleur, du dessin. Avoir le sentiment des formes. Comme on se gâte l'esprit, on se gâte aussi le sentiment. (Pasc.) La nature n'a point placé 7iotre guide dans notre intérêt bien entendu, mais dans notre sentiment intime. (B. Const.) Pour bien écrire un voyage, il faut un littérateur avec des qualités de peintre, ou un peintre avec un sentiment littéraire. (Th. Gaut.) Le sentiment du droit, développé, développe le sentiment du devoir. (V. Hugo.)

il Faculté de sentir instinctive, indépendante de la réflexion, du raisonnement : La vraisemblance dans les choses de sentiment n'est que l'accord parfait du génie du poêle avec l'âme du spectateur. (Martnontel.) Les hommes agissent plus par sentiment que par réflexion. (Duclos.) En beaucoup de cas, le sentiment dispense de recourir au raisonnement. (Portalis.) La raison est toujours mesquine auprès du sentiment. (Balz.) Le sauvage n'a que des sentiments. (Balz.)

— Sensibilité, disposition à être facilement touché, attendri, ému, : Le sentiment par luimême est une source d'émotion, non de connaissance. (V, Cousin.)

— AiTection , passion , mouvement de l'âme : Sentiment noble, élevé, généreux. Sentiment bas, vit, ignoble. Sentiment d'honneur, de probité. Sentiment de joie, de plai~ sir. Sentiment d'espoir, de crainte. Sentiment d'amour, d'amitié. Sentiment de vénération, de respect. Sentiment de haine. Sentiment de reconnaissance. Sentiment de vengeance. De quelles attentions n'a-t-on pas besoin pour revenir des premiers sentiments dont l'âme avait d'abord été imbuel (Mass.) La paresse se rend en toutes rencontres la maîtresse de nos sentiments. (La Rochef.) Les sentiments ne se commandent pas. (Volt.) La pitié est un sentiment si délicieux, qu'il n'est pas étonnant qu'on cherche à l'éprouver. (J.-J. Rouss.) L'expression des sensations est dans les grimaces, et celle des sentiments dans les regards. (J.-J. Rouss.) Lorsque notre âme est pleine de sentiments, nos discours sont pleins d'intérêt. (Vauven.) Les sentiments légers ont souvent une longue durée; rien ne les brise parce que rien ne les resserre. Ils suivent les circonstances, disparaissait et reviennent avec elles; tandis que les affections profondes et sans retour ne laissent après elles qu'une douloureuse blessure. (Mme de Staël.) Les hommes sans passions, sans vertus et sans vices n'ont qu'un seul sentiment, la vanité mal déguisée. (Condorcet.) C'est la beauté des sentiments qui fait la beauté du style. (Chateaub.) L'homme flotte de sentiment en sentiment, de pensée en pensée. (Chateaub.) Le premier sentiment qu on doit chercher à inspirer, c'est t'estime. (La Rochef. -Doud.) L'amour est, de tous les sentiments, le plus égoïste. (B. Const.) Il y a des sentiments plus propres les uns que les autres à émouvoir l'âme, (St-Marc Gir.) Quand l'homme est grossier, ses sentiments ne sont que des instincts; quand l'homme est poli par l'éducation, ses instincts deviennent des sentiments. (St- Marc Gir,) Le prisonnier, n'éparpillant point son âme et la concentrant sur une seule idée, arrive d une grande énergie de sentiment. (Balz.) Tous les sentiments du catur humain s'abrègent dans un seul : l'amour. (Le P. Félix.) Lavanitéest un sentiment naturel, l'orgueil un sentiment fuclice. (Mme de Puisieux.) De tous nos sentiments, le plus délicat est peutêtre celui du frère et de la sœur. (P. Janet.) Ce n'est pas avec une idée qu'on soulève les hommes, c'est avec un sentiment. (H. Taine.) Tous les raffinements du monde ne valent pas un bon sentiment. (E, Renan.) La dignité est un sentiment d'honnew et de devoir. (De Ficqueliuoiit.)

Bientftt l'amour, fertile eD tendres sentiments, S'empara du théâtre ainsi que des romans.

Boilbau, Je veux que le cœur parle et que nos sentiments Ne se masquent jamais sous de vains compliments.

Molière.

Non, l'homme ne vit pas uniquement de pain ; 11 vit de sentiment, et son cœur en a faim.

A. Ba&bieb.

SENT

— Amour, passion pour une personne de l'autre sexe; s'emploie surtout au pluriel ; Nous nous fîmes une déclaration réciproque de nos sentiments. (Le Sage.) C'est toujours la faute d'une femme quand un homme ose lui laisser entrevoir ses sentiments. (Mme de Genlis.) Une femme ne saurait éprouver de sentiment profond et durable que pour un homme supérieur à elle. (A. d'Houdetot.)

Un premier send'men*, quoi qu'on dise ou qu'on fasse, Gravé dans notre cœur, jamais ne s'en efface. C. Délavions.

De plaire un jour sans aimer j'eus l'envie 1 Je ne cherchais qu'un simple amusement; L'amusement devint un sentiment, * Le sentiment le bonheur de ma vie.

La marquise de BOOFflerS.

— Opinion : Je partage votre sentiment. Tel n'est pas mon sentiment. Vous parles contre votre sentiment. Il a plusieurs fois changé de sentiments. Que de Bassesses pour parvenir ! point de sentiment à soi, ne penser que d'après les autres ! (Mass.) On change de sentiment parce qu'on change de santé et de sensations. (Le prince de Ligne.) La morale a le privilège de réunir en un même sentiment tous les esprits- honnêtes. (Renan.)

Comme nos intérêts, nos sentiments diffèrent;

Corneille.

Le courtisan n'a plus de sentiments a soi.

Boileau.

— Grands sentiments, Sentiments outrés, affectés : E lie affiche de grands sentiments.

— Etre capable de sentiments, Se piquer de sentiments, Avoir l'âme sensible, délicate; se piquer de sensibilité, de délicatesse.

— Pousser de beaux sentiments, Dire avec affectation des choses passionnées. Il Vieille loc.

— Chasse. Odorat du chien : Un chien qui a du sentiment. Lorsque la terre s'émaille de fleurs, leur parfum rend moins sûr le sentiment du chien. (BufF.)

— Syn. Sentiment, perception, aensntlon.

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