‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 28 sur 1059 · BOUFFLERS · texte numérisé non relu

BOUFFLERS

Tous les «âges, si grands aux yeux de l'avenir. Vus de près, sont ce que nous sommes.

Si leurs vertus nous font oublier qu'ils sont hommes, Leurs faiblesses bientôt nous en font souvenir.

Deuoustier.

— Prov. Un fou avise bien un sage, U» sage peut trouver d'utiles leçons dans la conduite et les paroles d'un fou.

— Kcrit. sainte. Le Sage, Titre qu'on donne à Salomon, auteur présumé des livres dits supientiuux : Comme dit le Sage en son livre des Proverbes...

— Hist. Les sept sages de la Grèce, Nom donné à sept philosophes grecs qui vivaient dans le même temps.

La Grèce, si féconde en fameux personnages,

Que l'on vante tant parmi nous.

Ne put jamais trouver chez elle que sept sages : Jugez du nombre de ses fous!

Grécourt.

Il Sages de la mer, Magistrats de Venise qui avaient l'administration de la marine.

— s. m. Jeux. Nom donné, pendant la Révolution, par certains fabricants de cartes, aux ligures qui remplaçaient les rois, et qui représentaient des personnages renommés par la sagesse de leurs doctrines : Quatorze de SA- GES. Quatrième au SAGE dépique.

— Grawm. En rapport avec le substantif femme, l'adjectif sage change de signification avec la place qu'il occupe : une femme sage est celle dont la conduite est pleine de sa-

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gesse; une sage-femme est celle qui exerce ia profession d'accoucheuse.

— Encycl. Hist. Les anciens historiens, de la Grèce parlent souvent des sept sages, et il faut entendre par 1k un groupe d'hommes remarquables de la Grèce qui vécurent a peu près du même temps. Voici comment s'ex-

Frime Diogène à leur sujet : « On connaît histoire du trépied trouvé par des pécheurs et que les Milésiens offrirent aux sept sages. Des jeunes gens achetèrent, dit-on, un coup de filet k des pêcheurs de Milet; un trépied ayant été tiré de l'eau, une contestation s'éleva, et les Miiésiens, ne pouvant accorder les parties, envoyèrent consulter l'oracle de Delphes. Le dieu répondit en ces termes : • Enfants de Milet, vous m'interrogez au sus jet du trépied; je l'adjuge au plus sage. « En conséquence, on le donna k Thaïes, qui le transmit k un autre, celui-ci à un troisième, et ainsi de suite jusqu'à Solon qui l'envoya k Delphes en disant que le premier des sages était le dieu. Les sept sages dont il est question ont tous été des hommes politiques ; leur sagesse s'exprimait en discours d'une concision extrême. Socrate, dans Protagoras, fait ressortir le caractère de la sagesse antique. Les sept sages, suivant lui, furent Thaïes de Milet, Pittacus de Mitylène, Bias de' Priène , Solon d'Athènes, Cléobule de Lindos, Myson de Khen et Cléobule de Lacédémone. D'après la tradition, on substitue généralement le tyran de Corinthe , Périandre , k Myson de Khen.

Diogene Laeroe raconte qu'on admettait aussi au nombre des sages Epiménide et Phéréeyde de Scyros, ainsi que le Scythe Anacharsis. Dans le Banquet des sept sages , Plutarque porte le nombre des sages k seize, qui tous furent des hommes d'Etat plutôt que des philosophes : cela peut servir k nous apprendre que la Grèce ancienne faisait assez peu de cas de la philosophie, qui était k peine née, et préférait la science sociale à toute autre. Ces sages n'étaient point des hommes de spéculation ; ils agissaient, et leur mérite consistait dans leurs exemples autant que dans leurs bienfaits politiques, llsn'écrivaient point; de temps en temps, une courte sentence, facile k conserver par la mémoire et, par conséquent, k transmettre à la postérité, sortait de leur bouche, connue un oracle. « On gravait ces sentences-, dit M. Artaud, sur des plaques de marbre exposées dans les temples, et particulièrement dans celui d'Apollou, k Delphes. Ces règles de prudence pratique, exprimées avec énergie et brièveté, ne sont pas encore la philosophie, mais elles l'annoncent, elles la préparent; c'est la naissance de la réflexion, qui marque déjà un progrès dans la civilisation et une raison déjà assez formée pour entrer dans les voies de la science dès qu'un esprit supérieur les ouvrira. •

Cependant Thaïes est déjà un philosophe. Il était issu d'une famille phénicienne, débarquée en Grèce avec Cadmus, tixee a Athènes, puis k Milet. 11 avait voyage et s'était fait initier aux mystères d'Egypte. U fut le fondateur de l'école d'ionie. illja trois choses dont je remercie la fortune, disait-il : de m'avoir fait membre de l'espèce humaine plutôt que béte, homme plutôt que femme, Grec et non barbare. » Ses aphorismes ont traversé les siècles et ne sont point encore k dédaigner : > Qu'y a-t-il de plus ancien ? Dieu, car il n'a pas eu de commencement. — De plus beau? Le monde, car il «st l'œuvre de Dieu.

— De plus grand î L'espace, car il contient tout. — De plus rapide'} La pensée, car elle s'élance partout. — De plus fort? La nécessité, car elle soumet tout. — De plus sage? Le temps, car il découvre tout. — De plus

commun? L'espérance, car elle reste même à ceux qui n'ont plus rien. — De plus utile? La vertu, car elle fait bien user de tout. — De plus nuisible? Le vice, car il corrompt tout. — De plus facile? Ce qui est selon la nature, car on se lasse de tout, même du plaisir. ■

Le poste Alcée chargea le nom de Pittacus d'èpithetes outrageantes dont plusieurs ont traversé les âges. Le suge se vengea eu rendant la liberté k son ennemi devenu son prisonnier : « 11 vaut mieux, dit-il, pardonner que punir. » On a retenu quelques maximes de Pittacus, par exemple les suivantes : a N'annunce jamais ce que tu dois faire, car si tu échoues, on se moquera de toi, — Ne dis pas de mal de ton ami, ni de bien de ton ennemi. — Ne fais pas toi-même ce que tu reproches à ton prochain. — Ne reproche pas au malheureux sa mauvaise fortune, car c est un tort que punit la vengeance des dieux. — De tous les animaux sauvages, le pire est le tyran; des animaux domestiques, c'est le llatteur. — Qu'y a-t-il de plus obscur? L'avenir. — Le commandement est l'épreuve de l'homme. »

On n'a conservé qu'un petit nombre des sentences de Bias. En voici quelques-unes : « Pendant que vous êtes jeune, faites-vous de la sagesse un viatique pour la vieillesse, car c'est là le moins fi agile de tous les biens. — Soyez lent k entreprendre, mais ce que vous avez commence, poursuivez-le avec persévérance. — C'est le propre d'une âme malade de désirer l'impossible et de ne pas songer aux maux d'autrui. — Les gens ue bien sont faciles k tromper. — U faut aimer comme si l'on devait haïr un jour. »

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Cléobule de Lindos, dont la théorie du juste milieu devint la base de la morale d'Aristote, était un moraliste éminent et d'une grande expérience de la vie. » Ne sois ni fier dnns la prospérité, disait-il, ni humble dans l'adversit». — Marie-toi parmi tes égaux, car El tu prends femme dans un rang plus élevé, tu auras des muitres et non des parents. » L'éducation et surtout celle des tilles était le thème habituel de ses exhortations.

Parmi tous les récits qui avaient cours au sujet des sept sages de la Grèce, nous rapporterons entin celui-ci. Chacun d'eux ayant été interrogé sur le gouvernement le plus parf'nt, ils répondirent de la manière suivante. Solon : Celui où l'injure faite à un citoyen est ressentie par -tous; Bins : Celui où la loi tient lieu de tyran; Thaïes : Celui où règne l'égalité des fortunes; pittacus : Celui où l'honnête homme gouverne, et jamais le méchant; Cléobule : Celui où la crainte du ^ reproche est plus forte que ta loi; Chiloit : Celui où la loi parle au lieu de l'orateur. Périandre conclut en faveur de l'aristocratie.

SAGE (Bulthazar-Georges), chimiste et minéralogiste, né k Paris eu 1740, mort en 1824. Il était lils d'un apothicaire, qui le fuélever au collège des Quatre-Nations. De bonne heure il prit le goût de la chimie en faisant des manipulations dans VofriVine de son père, puis il suivit les leçons île Nollet et de Rouelle. Dès l'âge de dix-neuf ans, Suge lit des cours gratuits dont le succès fut tel que quelques amis des sciences lui avancèrent 30,000 fr. pour l'établissement d'un laboratoire de chimie et d'un cabinet de minéralogie. Eu 1762, il adressa ù l' Académie des heiences les résultats d'expériences remurijuables et devint membre de cette compagnie à la mort de Rouelle, en 1768. Nommé aide-inajor k l'hôtel des Invalides, puis censeur royal, il fut désigné, en 1778, pour occuper k I hôtel des Monnaies une chaire de minéralogie expérimentale, créée exprès pour lui. En 1783, l'Ecole des mines était fondée k son instigation et il en était nommé directeur. Par un inexplicable entêtement, ce chimiste repoussa obstinément les découvertes des Lavoisier, des • Guyton de Morveau, des Chaptal, qui changeaient la face de la chimie. Sa haine pour les innovations heureuses de ses collègues s'étendait k la Révolution, contre laquelle il se mit à déblatérer hautement. Il perdit alors la plupart de ses emplois; mais, sous le Directoire, il reprit sa chaire k l'hôtel des Monnaies et entra à l'Institut lors de la création de ce corps. Sous la Restauration, qu'il acclama, il n'obtint pour toute faveur que le cordon de Saint-Michel. Suge continua k adresser k l'Institut et k publier une foule de mémoires dans lesquels perce, avec un sentiment d'extrême personnalité, une répulsion très-vive pour les nouvelles théories scientifiques. Outre des articles publies dans le Journal de physique et des Mémoires insérés dans le recueil de l'Académie des sciences, on a de lui un nombre considéra b)n d'ouvrages, de brochures, de notices, etc. Nous nuus bornerons k ci er les principaux : /iranien i chimique de différentes substances nuné/ales ■ (1703, in-12) ; Eléments de minéralogie doci- I musique (1772, m-8°) ; Mémoires de chimie j (1773, iu-8°); Analyse des blés (1776, in-8"); j Expériences propres à faire connaître que \ l'alcali volatil fluor est le remède le plus efficace contre les asphyxies (1777 , iii-s°) ; l'Art I de fabriquer lesalin et la potasse (1777, in-8°); l'Art d'imiter tes pierres précieuses (1778, in-8») ; l'Art d'essayer l'or et l'argent {l7au, in- 8°); Analyse chimique de concordance des trois règnes de ta nature (1786, 3 vol. iu-8°) ; Recherches et conjectures sur la formation de iélectricité métallique (1807, in-8°) ; Nature et propriété des trois espèces d électricité (1809, in-8°); Théorie de L'origine des montagnes (1809, in-8°) ; Exposé des effets de la contagion iiomenelulioe (1810, iu-8u); Moyens de remédier aux poisons végétaux (I811,in-B°); Institutions de physique et de minéralogie (1811, 3 vol. in-8°j; Supplément aux Institutions (IS12, i.u-S°); Opuscules de physique (1813, iii-io) ; Exposé sommaire des principales découvertes faites dans t'espace de ciuqwiutequulre ans (1813, in-8») ; Traité des pierres précieuses (18H, in-so); Opuscules de physique (1815, jn-8«) ; Vérités physiques fondamenta- •tes (1816, in-»0); Mémoires lustoriques et physiques (1817, in-s°) ; Analyse de feuu de mer (1817, iu-8°) ; Formation des monts ignivomes (1817, in-80) ; Opuscules phyiico-clumiques (1818, iu-8°); Enumération des dt couvertes minérales fuites pendant l'espace de soixante années (1819, in-8°) ; Probabilités physiques sur ta cause des cuntuyions pestilentiel Ivs (1822, in-8«) ; Théorie de la rituiiie (1823, in-8°), etc.

SAGE (Le), célèbre romancier et auteur dramatique. V. LE Sage.

SAGÉDIE s. f, (sa-jé-di — du gr. sage, bit; idea, forme). Bot. Genre de lichens, voisin des endocarpons, et comprenant plusieurs espèces qui croissent sur la terre, les rochers et les murs.

SAGE-FEMME s. f. (sa-je-fa-me — de sage, instruit, savant, et de femme). Femme dont la prole-siun est de faire «les accouchements : Faire un cuurs d'accouchement pour les SAGEs-n.:i.Mi.s. (Acad.) (Ja a besoin d'une sage -femme pour eittrir dans le monde it d'un homme sage pour en sortir, (Ménage.) Sucrait

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était /ils d'un pauvre sculpteur et d'une sagefemme. (Lamerm.)

— Fig. Ce qui provoque la naissance, l'apparition, la production : La conquête normande a été non pas la mère, mais ta sage-femme de la civilisation anglaise. (E. Montégut.)

— Antiq. Encycl. On ignore ce qui se passait chez les anciennes nations orientales relativement à la pratique des accouchements. Une tradition, dont l'origine est inconnue, tendrait même à faire croire que la délivrance de la femme fut, dans ces contrées, presque entièrement abandonnée à la nature jusqu'au jour où elles apprirent des Egyptiens l'art des accouchements. Quant à l'Egypte, où cet art était pratiqué, soit qu'il .y ait été inventé, comme on l'a dit, soit qu'il y fût venu d'ailleurs, on ignore s'il était confié à des hommes ou à des femmes, et l'on ne peut dire, par conséquent, s'il y eut des sagesfemmes dans l'ancienne Egypte.

En Grèce, la délivrance des femmes fut d'abord opérée exclusivement par des hommes. La raison en est simple. Les lois interdisaient aux femmes d'étudier la médecine, et cette science comprenait alors la chirurgie. Sous ce rapport les femmes se trouvaient placées sur le même rang que les esclaves, auxquels était appliquée la même interdiction. On rapporte qtie la pudeur de plusieurs femmes grecques, en les empêchant d'employer le ministère des médecins, amena leur mort au milieu des douleurs de l'accouchement. Suivant Hygin,la première femme grecque qui ait pratiqué l'art des accouchements fut une Athénienne nommée Agnodice. Elle se déguisa en homme pour suivre les leçons d'un médecin nommé Hiérophile et se voua spécialement à l'étude de l'accouchement ainsi que des maladies de son sexe. Puis, toujours revêtue de ses habits d'homme, elle se mit à soigner spécialement les femmes et de préférence celles qui étaient en couche. Elle obtint un si grand succès que plusieurs médecins, enflammés contre elle de jalousie, la citèrent devant l'Aréopage et l'accusèrent de corrompre les mœurs de ses malades. Elle répondit victorieusement â cette accusation en faisant connaître Son sexe. Aussitôt elle se vit accusée de nouveau pour avoir violé la loi ; mais, défendue par les femmes des principaux personnages d'Athènes, auxquelles elle avait donné ses soins, elle fut acquittée, et, à la suite de cet acquittement, survint l'abrogation de la loi. Cette histoire ne repose que sur l'autorité d'Hygin, et il n'en donne pas la date. Divers érudks ont supposé que cet auteur avait voulu parler du célèbre médecin Hérophile, comme maître d'Agnodice, et que le nom avait été changé en Hiérophile par une faute des manuscrits. Une telle faute était effectivement très-facile et la correction, à première vue, semble très-plausible. Elle n'est pourtant pas sans objections. D'abord Hérophile enseignait à Alexandrie, et nous n'avons aucune raison de croire qu'Agnodice soit allée dans cette ville ou que Hérophile soit venu à Athènes ; ensuite, il n'est pas facile d'admettre qu'en parlant d'un médecin si fameux Hygin se soit permis de dire : « Un certain Hérophile, Herophilus quidam; a en troisième lieu, il semble résulter de la place occupée par cette histoire dans le texte d'Hygin qu'elle se rapportait au ve ou au VIe siècle avant notre ère, tandis qu'en faisant de Hérophile le maître dAgnodice il faudrait la placer au me siècle ou tout au plus à la fin du ive.

Quoi qu'il eu soit du récit fait par Hygin Sur Agnodice, des sages-femmes commencèrent à pratiquer en Grèce l'art des accouchements vers le ive ou le ve siècle avant notre ère. Dans ceux des Etats grecs où, comme à Sparte , les enfants contrefaits étaient mis à mort, il appartenait aux sagesfemmes de juger elles-mêmes, aussitôt après l'accouchement, si l'enfant qu'elles venaient de produire kla lumière méritait de vivre ou bien s'il n'avait aucune chance de devenir beau et vigoureux. Dans ce dernier cas, elles remettaient l'enfant à l'exécuteur chargé de le supprimer et d'en débarrasser l'Etat.

Chez les Romains,, ce sont des suyes- femmes qui donnèrent leurs soins aux personnes de leur sexe , non-seuleinent dans les accouchements, mais dans les diverses maladies. Elles étaient donc de véritables médecins. Rarement des hommes exerçaient les fonctions d'accoucheur. Une inscription antique porte ces mots :

VALERIE. BERECUNDI^:. IATROM-iEjE. REGIONIS. SU.&. PRIMEE.

Il s'agit d'une nommée "Valeria Berecundia, qui était médecin et sage- femme , le mot iatromxa étant formé de deux mots grecs, iatros, médecin, et viaia, sage-femme. L'inscription nous apprend, en outre, qu'elle était sage-femme de son quartier ou de sa région et qu'elle était la première. L'une des plus renommées, parmi les sages-femmes romaines, fut Victoria Sabina, a qui Priscien, auteur de l'ouvrage intitulé Iierum medicarum libri quatuor, dédia le troisième livre de son ouvrage, Sur les maladies des femmes; elle vécut au ive siècle de notre ère. C'était la coutume à Rome qu'une sage-femme fût appelée dès que la grossesse se manifestait ; elle se rendait auprès de la personne qui se croyait enceinte, et, pour mieux s'assurer de la réalité du fait, menait avec elle quelques

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autres femmes qui lui donnaient leur avis. Quand les douleurs commençaient à se faire sentir, elle était appelée de nouveau et remplissait alors son office k peu près de la même manière que les sages-femmes de nos jours. L'accouchement terminé, elle prenait soin de la mère et de l'enfant jusqu'au cinquième jour, remettait l'enfant à la nourrice, puis recevait son salaire. Les lois romaines défendaient surtout aux sages-femmes de supposer un enfant quand il n'y avait eu ni accouchement ni grossesse. Cette supposition était, en effet, très-fréquente. Des femmes mariées cherchaient à se soustraire au reproche de stérilité en faisant croire qu'elles avaient été mères. Les courtisanes feignaient un accouchement dans le but d'arracher des cadeaux à un amant, auquel elles persuadaient qu'il était le père de l'enfant substitué. Par là s'expliquent ces paroles d'Horace dans sa cinquième épode, Contre Canidie : « Au nom de tes enfants, si Lucine invoquée t'a assistée dans de vrais accouchements :

Per tiberos te, si vocata partubus Lucina veris adfuit. ■

Il reprend de nouveau cette accusation sous la forme ironique dans sa dix-septième épode, contre la même Canidie : « C'est bien de ton sein qu'est sorti Pactuméius ; c'est bien ton sang qui rougit les linges que lave la sagefemme chaque fois que , ayant accouché, pleine de force, tu sautes hors do ton lit: Tuusque venter Pactuméius, et tuo Cruore rubros obstetrix pannes lavit, Utcunque fortis exsilis yuerpera. ■

Le mot obstetrix, qui désignait en latin la sage-femme, se compose des deux mots ob, devant, et stare, se tenir debout; il exprimait donc l'attitude même de la sage-femme dans son emploi. Le mot mai a, qui la désignait en grec, exprimait les qualités morales qu'on lui supposait; car il avait signifié primitivement la grand'mère.

— Administr. Dan3 nos trois Facultés de médecine, il est ouvert chaque année des cours d'accouchement où sont admises gratuitement toutes les femmes qui témoignent le désir d'apprendre à exercer la profession d'accoucheuse. Indépendamment de cette instruction, il est établi dans l'hospice le plus fréquenté de chaque département un cours annueL et gratuit d'accouchement théorique et pratique destiné particulièrement à l'instruction des sages-femmes. Avant d'être admises comme élèves sages-femmes, les aspirantes à ce titre doivent : l« justifier qu'elles savent lire et écrire correctement; 2° qu'elles sont âgées de plus de dix-huit ans ; 3° produire leur acte de naissance et celui de leur mariage, si elles sont femmes, ou celui du décès de leur mari si elles sont veuves; 4" témoigner de bonnes vie et moeurs par un certificat du maire de la commune où elles résident; ledit certificat devra énoncer l'état des père et mère et celui du mari.

— Sages-femmes reçues par les Facultés ou sages-femmes de première classe. Les examens de cette classe ont pour objet les accouchements, les différentes manœuvres auxquelles ils peuvent donner lieu, les premiers soins que réclament l'état de la mère, celui de l'enfant, etc. Le prix de ces examens a été fixé ainsi qu'il suit :

îo Deux examens à 40 fr. . 80 fr. 2° Un certificat d'aptitude de

40 francs 40

3° Visa de ce certificat ... 1.0

Total 130

Le prix d'un duplicata de ce diplôme est de 5 francs.

Les sages-femmes de première classe peuvent exercer leur profession dans toute l'étendue du territoire français.

Pour être admises aux examens, les élèves sages-femmes doivent présenter le certificat de la sage-femme en chef, du professeur et du directeur de l'hospice, constatant qu'elles ont suivi très-régulierement les cours qui leur ont été destinés et que leur conduite n'a donné lieu à aucun reproche.

— Sages-femmes reçues par les jurys spéciaux ou sages-femmes de deuxième classe. Les conditions d'admission et les matières de ces examens sont les mêmes que pour les sages-femmes reçues par les Facultés. Les examens sont gratuits; les aspirantes payent seulement :

20 fr.

Total 25

Le prix d'un duplicata de ce diplôme est de 2 fr. 50.

Les sages-femmes reçues par les jurys ne peuvent exercer leur profession que dans le département pour lequel elles ont été reçues. . — Echange de diplômes de sage-femme dé- • livrés par la Maternité de Paris. Le prix de cet échange est de 25 francs ; il a lieu sans examen et confère tes mêmes droits que le diplôme de sage-femme de première classe. L'échange de cette pièce doit avoir lieu exclusivement devant la Faculté de médecine de Paris, par les soins du secrétaire agent comptable, moyennant la somme ci-dessus indiquée de 25 francs.

— Ecole spéciale d'accouchement. Il est ouvert à Paris, à l'hospice de la Maternité, une

Le certificat d'aptitude.

Le visa de ce certificat.

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école d'accouchement destinée à former des élèves sages-femmes pour tous les départements.

On y enseigne : 1° la théorie et la pratique des accouchements; 2» la vaccination ; 3° la saignée; i» la connaissance des plantes usuelles plus particulièrement destinées aux femmes enceintes et en couche. Les élèves y sont logées, nourries, chauffées, éclairées en commun et fournies de linge de lit, etc., au moyen d'une pension. L* résidence ries élèves dans cette école ne peut être moindre d'une année. L'année scolaire commence le l«r juillet et se compose de deux cours de six mois chacun, dont le premier expire le 31 décembre, l'autre le 30 juin, époque à laquelle ont lieu les examens généraux, les réceptions et une distribution des prix.

Les préfets des départements envoient, chaque année, à l'hospice de la Maternité, un nomore de sujets proportionné aux fonds dont ils peuvent disposer, soit sur ceux mis à leur disposition pour l'instruction des sagesfemmes, soient sur ceux provenant des frais de réception des officiers de santé, soit enfin, dans le cas d'insuffisance, sur les fonds affectés aux .dépenses variables.

Les élèves ne peuvent être choisies que parmi les femmes ou filles du département qui se destinent à l'état d'accoucheuse , ayant l'âge de dix-huit à trente-cinq ans; il n y a d'exception pour l'âge qu'à l'égard des femmes qui , exerçant déjà l'état d'accoucheuse depuis un certain nombre d'années et se trouvant rejetées par le jury médical, seraient envoyées à l'hospice de la Maternité pour y compléter leur instruction.

La profession de sage-femme exigeant, de la part des personnes qui l'exercent, une garantie morale fondée sur la probité et les bonnes mœurs, les préfets sont tenus de s'assurer que les élèves qu'ils envoient k l'école d'accouchement sont dignes, sous ces deux rapports, de l'avantage qui leur est accordé.y

Les élèves sages-femmes doivent, pour obtenir leur nomination : 1» savoir lire et écrire ; 2° produire leur acte de naissance et celui de leur mariage, si elles sont femmes, et celui du décès de leur époux si elles sont veuves; 3° témoigner de bonnes vie et mœurs par un certificat du maire de la commune, énonçant l'état des père et mère et celui du mari. Les renseignements particuculiers pris par le préfet sont, après le vu de ces pièces, ce qui détermine son choix. Aucune femme enceinte ne peut être envoyée comme élève à l'école de laMaternité.Les commissions administratives des hospices civils, dont les ressources annuelles s'élèvent à 20, 000 fr.,ont pour obligation d'entretenir à l'école d'accouchement une élève, choisie de préférence parmi les filles élevées dans ces établissements ; s'il ne s'en trouvait pas, leur choix se porterait au dehors. Dans le mois de mai de chaque année, les commissions des hospices font connaître au ministère ce qu'ils ont pu faire pour envoyer des élèves; sur ces données, il est pris des précautions pour que le nombre des élèves susceptibles d'être reçues, logées, instruites à l'école soit complet sans être dépassé, et pour que les sages-femmes de tous les départements soient tour à tour admises, afin que les diverses parties de la France profitent, en une juste proportion, des bienfaits de l'établissement. Le départ des élèves pour l'hospice est calculé de façon qu'elles n'arrivent pas avant le fer juillet m après les six premiers jours de ce mois.

S'il est des élèves qui se présentent à l'hospice pour recevoir l'instruction à leurs frais, elles sont admises en fournissant les pièces exigées, dont la commission administrative des hospices civils de Paris vérifie l'exactitude.

Les arrêtés de nomination et les pièces à l'appui restent entre les mains de l'agent de surveillance et ne sont rendus aux élèves qu'à la fin de leur cours.

Après l'examen des pièces, les élèves sont inscrites au bureau d'admission, sur un registre dont les feuillets sont cotés et parafés par un membre de la commission administrative ; ensuite il est donné à chacune deux bulletins d'admission, qu'elle remet, l'un à la sage-femme en chef, l'autre à la première surveillante; le billet de vivres qu'elle a reçu au bureau d'admission est transmis au chef de la cuisine.

Chaque élève doit être munie d'une malle ou d'une cassette fermant à clef, qui est placée dans sa chambre. La pension des élèves sages-femmes est fixée à 600 francs, payables d avance et par semestre. En outre, il est fait des fonds pour les ouvrages classiques relatifs à l'art des accouchements, quelques instruments de chirurgie et pour le blanchissage. Cette somme est acquittée par les préfets ou par les administrateurs d'hospices entre les mains du receveur général des hospices civils de Paris. Les élèves reçoivent immédiatement le Catéchisme de Baudelocque, et, quand il est constaté, par un certificat de la sage-femme en chef, qu'elles sont assez avancées pour profiter de l'étude du grand ouvrage du même auteur, elles en reçoivent un exemplaire.

L'indemnité de blanchissage leur est délivrée ii raison de 3 francs par mois. Les frais de voyage sont réglés par les préfets et les commissions administratives de la manière jugée la plus convenable; le montant en est remis k l'élevé", au moment de son départ.

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! Les frais de retour sont adressés, en même temps que le second terme de la pension, au receveur général des hospices, qui les fait remettre k l'élève à sa sortie définitive de l'école.

A chacun des semestres qui composent l'année scolaire, il est fait un cours d'accouchement par un professeur. Le professeur donne par semaine deux leçons, pendant lesquelles il instruit les élèves des principes de son art; la sage-femme en chef leur donne chaque jour des leçons de théorie. Les élèves sont divisées en sections, dans chacune desquelles la sage-femme en chef désigne une première pour exercer les autres, par des répétitions, sur les leçons de théorie, et une secoride pour la remplacer en cas de maladie ou de tout autre empêchement. L'honneur d'être première ou seconde n'est accordé qu'aux élèves qui se distinguent par leur bonne conduite parmi les plus instruites. La sage- femme en chef révoque celles qu'elle a désignées quand elles ne répondent pas k sa confiance. Les répétitions ont lieu le matin, da dix heures à rnidi, et le soir de six heures à huit, à moins que le professeur ou la sage-femme en chef ne donnent des leçons pendant ce temps ou que tout autre motif prévu par la sage-femme en chef ne s'y oppose. Il est défendu aux élèves chargées des répétitions de réunir leur section pour quelque autre motif que ce soit ou dans un autre heu que celui qui a été indiqué par la sage-femme en chef. Pendant les heures d'étude, toutes les élèves doivent être réunies dans les salles et y garder le silence. Une surveillante inspecte les réunions de section, pendant le temps des répétitions, pour y maintenir le bon ordre.

Les femmes qui suivent le cours d'accouchement de l'Ecole de médecine sont admises gratuitement à assister aux cours de la Maternité, k la condition qu'elles soient munies de cartes du professeur; elles n'entrent que dans la salle ou il donne les leçons et ne participent pas à la pratique des accouchements. Indépendamment des leçons théoriques et élémentaires, les élèves internes sont exercées au manuel opératoire des accouchements par la sage-femme en chef.

Toutes lès élèves s'ont appelées tour à tour aux accouchements qui se font dans l'hospice; mais aucune n'agit, même dans les cas les plus ordinaires, si elle n'a été reconnue, par le professeur et la sage-femme en chef, comme ayant les connaissances requises. Pour déterminer l'ordre de tour des élevés dans les accouchements, la sage-femme en chef dresse un tableau où sont inscrits les noms des élèves, distribuées par sections, en tête desquelles est une première. La première ne fait pas seulement l'accouchement qui lui échoit à son tour, elle préside encore, sous la direction de la sage-femme en chef, à celui que chaque élève de sa section est appelée à faire. Le tableau qui détermine l'ordre de tour pour les accouchements est affiché dans la salle où ils se font.

Quand l'accouchement est jugé impossible par les seules forces de la mère ou qu'il y a nécessité de l'opérer, les élèves y sont appelées au nombre que juge convenable la sagefemme en chef. La sage-femme en chef opère ces sortes d'accouchements si elle n'entrevoit pas de danger pour la mère ou pour l'enfant ni de très-grandes difficultés pour l'exécution ; mais, dans l'un et l'autre cas, elle en fait donner avis au professeur, à moins qu'il n'y ait danger plus imminent à différer l'exécution. Le but de l'institution étant de former les élèves à la pratique, elles sont admises tour à tour à opérer dans les cas difficiles, lorsque le professeur et la sage-femme en chef les en jugent capables, mais ce ne peut être qu'en présence de l'un de ces chefs. Il est tenu une note exacte des accouchements de chaque jour, avec les circonstances qui les ont accompagnés; elle est rédigée par les élèves elles-mêmes, sinon par la sage-femme en chef, et déposée dans un carton, où le professeur peut toujours en prendre communication. Aucune élevé ne peut, pour se rendre au parloir, quitter la femme eu travail près de laquelle elle a été placée. Deux élèves de tour sont constamment près de l'accouchée et ne peuvent la quitter que deux heures après l'accouchement. L'une veille à ce qu'il ne lui survienne pas d'accident et fait appeler la sage-femme en chef si les circonstances l'exigent; l'autre donne ses soins à l'enfant. Ces deux élèves visitent trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la femme qu'elles ont accouchée, afin de bien observer tout ce que présente l'état ordinaire de couche, de prévenir à temps la sage-femme eu chef des complications survenues clans cet état et de rédiger avec exactitude les bulletins cliniques. A l'instant de la visite de la sage-femme en chef, chaque élève doit se trouver au lit de la femme qu'elle a charge de veiller, afin de rendre compte de son état.

Les visites d'élèves près des femmes malades se multiplient selon la gravité des maladies. Une des élèves est constamment de garde pour veiller à ce que le service se fasse ponctuellement.

L'élève de garde près d'une femme malade doit se trouver à la visite du médecin, pour lui rendre compte de ce qui s'est passé dans l'intervalle d'une visite k l'autre. La sagefemme en chef détermine l'ordre à observer pour la garde d'une malade. Il est défendu aux élèves de procurer des aliments d'au.-

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cune espèce aux femmes en couche, de recevoir d'elles aucune gratification, d'écrire pour elles aucune correspondance.

En général, les élèves sont tenues de se conformer à tout ce qui est prescrit pour la police des salles. Les élèves n'assistent aux dissections eue si elles y sont appelées par le professeur, le médecin ou la sage-femme en chef.

Les élèves sages-femmes sont formées à vacciner, sous la direction de l'élève interne en médecine et toujours en présence de la surveillante de l'emploi des nourrices. Pour que toutes les élèves jouissent, sans distinction, de l'avantage d'apprendre à vacciner , la sage-femme en chef les distribue toutes en sections de huit, par la voie du sort. Chaque section est appelée tour à tour à la vaccination de huit enfants; en conséquence, sur l'avis que reçoit la sage-femme en chef que ce nombre d'enfants est à vacciner à la maison d'allaitement, elle y envoie la section de tour. En arrivant à la maison d'allaitement, l'éiève n« 1 prévient la surveillante de l'arrivée de sa section et lui remet la liste des huit élèves qui doivent vacciner. Chaque élève procède, par ordre de numéro, à la vaccination d'un enfant, en présence de la surveillante et sous la direction de l'élevé en médecine.

Les élèves se conforment, pendant tout le temps qu'elles résident dans la maison d'allaitement, ii l'ordre qui leur est prescrit par la surveillante. Chaque jour elles visitent les enfants qu'elles ont vaccinés, afin d'observer les progrès de la vaccination. Après les six ou huit jours consacrés k l'effet de la vaccination, huit autres enfants se trouvent préparés a être vaccinés par une seconde seclion , qui est remplacée par une troisième, de sorte que la vaccination n'est jamais interrompue. Indépendamment de cette étude pratique, il est ouvert à la maison d'accouchement un cours de vaccine où, deux fois par semaine, le médecin en chef, assisté d'un élève interne, instruit lesélèves ja^es/emmes. La vaccination y est gratuite pour toutes les personnes qui se présentent ou y amènent îles enfants. L'entrée de la salle du cours est interdite aux élèves en médecine autres que ceux de la maison, de même qu'à toutes personnes qu'amènerait la curiosité. Il est tenu un registre portant les nom et prénoms du vacciné, son âge, les nom, état, domicile de ses père et mère, ainsi que la date du jour où il a été reconnu que la vaccination a eu son effet. Un certificat de l'opération, dûment signé et timbré, est remis à ceux qui le demandent.

Aussitôt que la saison le permet, il s'ouvre chaque année un cours d'instruction sur les plantes usuelles dont la connaissance est utile aux sages-femmes. Les leçons se donnent à toutes les élèves assemblées, dont la présence se constate par un appel nominal. Les élèves sont formées à la pratique de la saignée autant qu'il s'offre d'occasions dans l'hospice.

L'exactitude et l'application, dans cfiaque poste des études, sont reconnues par des bulletins, dits saiisfecit, que délivrent, tous les trimestres, aux élèves qui le méritent, le professeur, le médecin et la sage-femme eu chef. Les satisfecit sont recueillis par un comité, dont le rapport éclaire le jury annuel sur les deux médailles d'urgent ù. décerner comme prix d'assiduité et de vigilance cliniques. A la (in de l'année scolaire, il est procédé à l'examen de capacité par un jury composé du professeur, du médecin et du chirurgien de 1 hospice, d'un membre de la Faculté de médecine et d'un commissaire nommé par le conseil général des hospices. Les membres du jury interrogent tour à tour chaque élève sur toutes les parties de l'art; ensuite il est délibéré, et des certilicats de capacité sont délivrés gratuitement aux élevés reconnues en état d'exercer. Ces certilicats sont échangés, comme nous l'avons dit plus haut, contre des diplômes de sage-femme de lr" classe, sans examen et moyennant 25 francs, par la Faculté de médecine de Paris. A celles des élèves qui le désirent, il est en outre délivré, également Sans frais, des certificats du temps d études et de bonne conduite. Après l'examen général de capacité, il est procédé a un examen comparatif entre les plus instruites , pour la distribution des prix. 11 est décerne quatre prix, cinq accessits et cinq mentions honorables. Le premier prix est une médaille d'or du poids de 556r,50; le second, une médaille d'argent de 1 10 grammes, et des livres sur les accouchements ou les maladies des femmes et des enfants, reliés avec luxe; le troisième et le qualri me, une médaille d'argent. Le premier accessit est un livre d'accouchement, relié avec luxe; les quatre autres, un même livre relié plus simplement. Le procès- verbal do la distribution des prix est imprimé,- distribué aux autorités, envoyé à chaque préfet et remis aux élèves qui ont obtenu des prix.

Les élùvts qui veulent doubler leur année scolaire en font la demande au professeur dans le mois d'avril, et s'il juge que, m.lgré leurs effoits pendant les neuf mois écoulés, elles n'ont pas atteint le degré d'instiuction convenable pour exercer avec succès , il leur délivre un certificat constatant le besoin qu'elles ont de passer k l'hospice une nouvelle année scolaire. Si, d'ailleurs, leur conduite est exemute de reproche, le certificat est envoyé au préfet pour demander la prolongation, qu'il doit accorder, avec l'ap-

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probation du ministre, pour qu'elles puissent

continuer leurs études.

Les élèves sont levées à six heures et demie en été, sept heures et demie en hiver, à moins qu'un service nécessaire ne s'y oppose, La surveillante prend garde k ce que les lits soient bien faits, les chambres tenues proprement, les croisées exactement ouvertes. Les élèves doivent être toujours vêtues avec propreté, pour n'inspirer aucune répulsion aux femmes a qui elles doivent des soins. Les élèves malades sont admises à l'infirmerie sur un billet de la sage-femme en chef ou du médecin. Une élève reste de garde à l'infirmerie et n'en est relevée qu'après vingt-quatre heures ; elle ne peut s'en absenter que pour les repas. Le régime des malades et les médicaments autres que la tisane ne sont accordés qu'aux élèves admises à l'infirmerie.

La surveillante et la sous-surveillante assistent à tous les repas. Au demi-quart avant midi et avant six heures, la cloche sonne, et toutes les élèves doivent se rendre au réfectoire, munies de leur serviette, de leur pain, de leurs couvert et gobelet, à la place respectivement indiquée à chacune. A midi et six heures, les repas sont servis, et, lorsque tous les plats sont sur la table, le réfectoire est fermé pour n'être ouvert qu'à l'instant où la surveillante en donne le signal.

Aucune élève ne peut être dispensée de se rendre au réfectoire ; le séjour à l'infirmerie et le service à la salle d'accouchement auprès des femmes en douleur sont les seuls motifs qui puissent être allégués pour ne pas s'y rendre au son de la cloche. Pendant le repas, des lectrices désignées chaque semaine font une lecture; leur repas est conservé k la cuisine, où elles reçoivent une double ration en dessert. Il est veillé à ce que les aliments Testés sur la table n'en soient pas détournés ; il n'est permis d'emporter que son vin et son pain. Aucune élève ne peut se faire apporter ou recevoir d'aliments du dehors. Les élèves ne peuvent recevoir leurs parents ou leurs amis qu'au parloir, en présence d'unu surveillante, et hors des heuies consacrées aux leçons et à la pratique. Le parloir est ouvert : le dimanche, de huit à neuf heures le matin et de quatre à six heures le soir; les autres jours, de huit à onze heures le matin, d'une heure à trois et de quatre à six le soir. Il n'est permis ni de boire ni de manger au parloir.

Sous aucun prétexte, il ne peut entrer dans le pensionnat de blanchisseuse ni aucune autre sorte d'ouvrières; c'est seulement au parloir que les élèves reçoivent leur linge ou tout autre objet. La sage-femme en chef a la faculté de priver une élève de se présenter au parloir lorsqu'on la demande.

Hors des heures consacrées aux leçons du professeur et de la sage-femme en chef, aux répétitions, k l'étude et aux soins dus aux femmes en couche, les élèves peuvent disposer de leur temps pour la récréation et la promenade. Les dimanches et fêtes, les élèves qui ne sont pas de service sont tenues d'aller aux offices, à moins qu'elles ne soient pas de la religion catholique. Avant le départ pour la chapelle, il est fait un appel nominal, et les élevés, vêtues proprement et décemment, sont conduites parles surveillantes. Pendant l'année de leur résidence, les élèves ne peuvent sortir de la maison, k moins qu'elles ne soient demandées par leur père ou leur mère en personne, ou, si elles sont femmes, par leur mari; et la permission n'en est accordée que quatre fois.

Lorsque le père, la mère ou le mari d'une élève veut obtenir sa sortie, il en fait la demande en justifiant de sa qualité; aucune autre personne, même avec l'autorisation du père, de la mère ou du mari, n'obtient cette permission. La permission de sortir n'est que pour la journée, qui finit, d'avril k septembre inclusivement, k neuf heures, et les autres mois à huit. C'est d'après ces certificats que se donnent les prix de bonne conduite. Les fautes sont punies, suivant leur gravité, de ces diverses manières : l« la privation du parloir pour un ou plusieurs jours, même pour toute l'année scolaire ; 2° la privation de la faculté de sortir ; 3° la chambre de discipline pour un ou plusieurs jours ; 4° l'exclusion des examens; 5° le renvoi de l'école. Pendant son séjour k la chambre de discipline, l'élève ne peut avoir de communication avec ses compagnes et ne sort que pour les heures de leçons, durant lesquelles elle est placée sur un banc, particulier. La privation d'un à trente jours de parloir et d'un jour de sortie peut être infligée par l'agent de surveillance, la sage-femme en chef et les surveillantes. La réclusion d'une semaine dans la chambre de discipline, la privation de deux sorties ou du parloir pendant un k trois mois sont des peines qui ne s'infligent que par l'autorisation du conseil général.

L'exclusion des examens et le renvoi de l'école ne sont prononcés que par le ministre de l'intérieur. Quand le renvoi d'une élève est demandé, elle est mise k la chambre de discipline, en attendant la décision à intervenir.

Les sages- femmes qui ont été instruites aux frais d'un département sous la condition de se fixer dans une commune désignée sont obligées d'y souscrire. Celles qui n'ont contracté aucune obligation sont invitées par le préfet à s'établir dans une des communes où le besoin de bonnes accoucheuses se fait

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sentir. Celles dont les frais d'instruction ont été faits par une commune ne peuvent refuser de s'y fixer. Quant k celles qui ont été envoyées par des commissions administratives, elles sont, de droit, attachées k l'hospice d'où elles ont été tirées, s'il s'y fait des accouchements et que leur présence y soit nécessaire. Les élèves de la Maternité, et particulièrement celles qui ont reçu des récompenses, doivent être choisies de préférence pour donner, dans les communes, leurs soins aux pauvres.

Les sages-femmes ne pourront employer les instruments, dans les cas d'accouchement laborieux, sans appeler un docteur. Elles feront enregistrer leur diplôme au tribunal de lf* instance et k la sous-préfeeture de l'arrondissement où elles s'établiront et où elles auront été reçues. (Art. 33 et 34 de la loi du 19 ventôse an X.)

SAGEMENT adv. (sa-je-man — rad. sage).

D'une manière sage, avec sagesse : 5e conduire sagement. Parler sagement. Les institutions rallient les opinions beaucoup plus sagement que les circonstances. (Mme de Staël.) Le repos de l'âme est nécessaire à quiconque veut écrire sagement sur les hommes. (Chateaub.)

SAGÈNE s. f. (sa-jè-ne). Métrol. Mesure de longueur employée en Russie, et valant 3 tirchines ou 3m, 1336.

SAGÉNITE s. f. (sa-jé-ni-te — du lat. sagena, seine, sorte de filet). Miner. Variété de rutile, remarquable par sa structure en aiguilles qui se croisent régulièrement, de manière k former une sorte de filet, il On l'appelle aussi CRISPITE.

SAGERET (Augustin), agronome français, né en 1763, mort en 1852. Il fut membre de la Société royale d'agriculture et publia plusieurs mémoires, parmi lesquels nous citerons : Mémoire sur les cucurbitacées, principalement le melon, contenant la culture de celui-ci et les perfectionnements dont elle serait susceptible (Paris, 1826-1827, 2 part, in-go); Pomologie physiologique ou Traité du perfectionnement de la fructification (Paris, 1830, in-8°). Cet agronome adonné, en outre, dans les journaux spéciaux une quantité d'articles qui ont été très-remarques. On lui doit enfin une Statistique agricole du canton de Lorris.

SAGERÉT1E s. f. (sa-je-ré-sî — de Sageret, botan. fr.). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rhamnées, tribu des frangulées, comprenant une dizaine d'espèces dont le type croit en Chine.

SAGESSE s. f. (sa-jè-se — rad. sage). Connaissance de la vérité; instruction; qualité de savant : Les bornes de la sagesse humaine. Moïse alla s'instruire dans la sagesse des Egyptiens. (Acnd.) La SAGESSE est la lumière des esprits, l'ignorance est comparée aux ténèbres. (Boss.) La sagesse est la connaissance et l'affection du vrai bien. (Vauven.) La sagesse ou la science nous fait sortir de l'animalité. (Virey.) La sagesse est l'heureux résultat de nos lumières naturelles et des leçons que nous recevons de l'expérience. (Poilalis.) La civilisation a changé le sens du mot sagesse. (St-Marc Girard.)

— Raison, saine appréciation du vrai, particulièrement du vrai moral : La philosophie est l'amour, l'étude et la pratique de la sagesse. (Gassendi.) Toute la SAGESSE de l'homme est renfermée en deux mots : Souffre et abstiens-toi. (J. de Muistre.) La sagesse est une science par laquelle nous discernons les choses qui sont bonnes à l'âme et celles qui ne le sont pas. (J. Joubert.) Il g a une sorte de sagesse d connaître sa propre folie et à s'en amuser, et une sorte de folie à se trop prévaloir de sa sagesse. (Lingré.) La sagesse est la santé de l'esprit et du cœ>ir, elle doit rendre heureux et gai. (A. Karr.)

Chacun veut en sagesse ériger sa folie.

Boiléac En ce monde, il n'est point de parfaite sagesse.

Boileau.

. . . . D'où vient que l'homme le moins sage Croit toujours seul avoir la sayesse en partage ?

Boileau.

Je voudrais m'en tenir à l'antique sagesse Qui du sobre Epicure a fait un demi-dieu.

— Conduite sage, prudence, circonspection d'une personne sage : Il a trop de SA- GESSE pour s'embarquer dans celte a/faire. Il s'est toujours conduit avec beaucoup de sagesse, h a une grande réputation de sagesse. (Acad.) Il n'y u pas de plus grande sagesse que d'endurer la folie d' autrui. (Charron.) La sagesse ne consiste pas d faire toujours les choses promptemeitt, mais d les faire dans le temps qu'il faut. (Uoss.) Il est des succès qu'on doit à la bizarrerie du hasard plus qu'à ta sagesse des mesures. (Mass.) Les honneurs sont inventés pour récompenser le mérite et pour exercer ta sagesse. (Pléch.) Qn ne trouve le repos que dans la sagesse. (J,-J. Rouss.) L'infortune est le creuset de la sagesse. (lime Dussiilet.) Il faut oser en tout genre; mais ta difficulté, c'est d'oser avec sagesse. (Fouten.) La défiance de soi-même est une espèce de sagesse. (Christine de Suède.) La prospérité est la plus forte épreuve de la sagesse. (Laharpe.) La gravité n'est que l'éeorce de la sagesse, mais elle la conserve.

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(J. Joubert.) Il faut savoir garder par la sagesse ce qu'on acquiert par te courage, (E, Mrnnechet.) L'ironie est bonne et saine lorsqu'elle est ta sagesse humiliant la sottise. (P. Janet,) Comme il avait raison, ce Mirabeau, de dire que le peu de sagesse que possède ce monde lui a été apporté par les fousl (Toustenul.) Prendre les choses comme elles sont et les employer comme les circonstances le permettent, c'est la sagksse pratique de la vie. (Lno retelle.) La sagesse est fille de la prévoyance. (Azaïs.) La sagesse ne peut rien sur ce qui est ; sur ce qui sera, elle peut beaucoup et, en un certain sens, presque tout. (La» menn.) La suprême sagesse est de subordonner le rêve au possible. (E. Souvestre.) La sagesse, c'est l'amour. (L. Jourdan.) La sagesse est plus rare que l'habileté, plus rare même que le génie. (Thiers.) La vraie sagesse est celle qai avertit, ce n'est pas celle qui récrimine. (E. de Gir.)

Quiconque eat riche est tout ; sans sagesse il est sage

Boileau.

11 n'est pas sûr que la sagesse Suive partout les cheveux gris,

Quinault.

— Modération, retenue : Il faut beaucoup de sagesse p'iur ne pas s'emporter en pareille occasion. Dans ses plus grandes prospérités, il a toujours conservé beaucoup de sagesse. (Acad.) La sagesse dans te plaisir est le plus beau produit de la moralité. (Senuncour.)

— Caractère de ce qui est sage, fait ou dit sagement : J'admire la sagesse de vos réponses.

— Soumission, docilité, habitudes paisibles d'un enfant : Cet enfant est d'une Sagesse admirable.

— Modestie, pudeur, chasteté d'une femme : Il y a une fausse sagesse qui est pruderie. (La Bruy.)

— Qualité qui fait éviter les écarts de goût, les hardiesses outrées : Dans les arts, la sagesse est nécessaire, mais ta froideur en est bien voisine.

— Sagesse des nations, Morale vulgaire exprimée en proverbes : Qui se ressemble s'assemble est une des nombreuses sottises qui tendent d discréditer la sagesse des nations. (J. Sandeau.)

— Prov. Toute la sagesse n'est pas enfermée dans une tète, Personne ne peut se fier k sa propre sagesse, tout le monde a besoin d.- conseils.

— Théo). Connaissance inspirée : Le don de Sagesse est un des sept dons du Saint-Esprit. [| Sagesse étemelle , Sagesse incréée , Verbe, seconde personne de la Trinité, il Sagtsse incarnée, Verbe uni k l'humanité, u Sagesse humaine, Sagesse du monde. Sagesse du siècle, Sagesse de la chair, Raison humaine considérée pur les théologiens comme impuissante et trompeuse.

— Anat. Dents de sagesse, Grosses molaires dont l'éruption n'a lieu qu'à l'âge adulte : Le nombre des dents en général ne varie que parce que celui des dents de sagesse n'est pas toujours le même. (Buff.) L'homme n'est jamais moins sage que lorsqu'il a ses dents de sagesse. (Rigault.)

— Bot. Sagesse des chirurgiens, Nom vulgaire du sisymbre sagesse.

— Syn. Sugesao, prudence. V. PRUDENCE.

— S«ge*«e, chonlolé, continence, etc. V. CHASTETÉ.

— Encycl. Iconogr. Les anciens représentaient ordinairement la Sagesse sous la ligure de Minerve tenant un rameau d'olivier et ayant près d'elle une chouette. « Quand les Lacéiiemoniens voulaient représenter la Sagesse, d'à de.Prézel, ils lui donnaient la figure d'un jeune homme avant quatre mains, quatre oreilles, un carquois k son côté et en sa main droite une flûte; ces quatre mains marquaient que la vraie sagesse est agissante; les quatre oreilles, qu'elle est toujours prête à recevoir des conseils; la flûte et le carquois, qu'elle doit se trouver partout, au milieu des fatigues comme dans les plaisirs. ■ C'est sous la figure antique de Minerve que les modernes ont le plus souvent personnifié la Sagesse: elle nous apparaît ainsi dans une gravure d'Abraham Bosse ; dans un pastel de Rosalba Carriera, qui est au musée de Dresde; dans une statue de pierre sculptée par F. Girardon pour la décoration de lu cour de marbre, à Versailles ; dans les tableaux da Mantegna et du Tintoret représentant lu Sagesse victorieuse des Vices, etc. Les œuvres de ces deux derniers maîtres méritent d'être décrites. Dans le tableau de Mantegna, qui est au Louvre, la Sagesse (Minerve), précédée de la Chasteté (Liane) et de la Philosophie (une femme portant un flambeau), chasse devant et poursuit la Luxure uux pieds de satyre, l'Oisiveté et l'Inertie enfoncées dans un bourbier, la Fraude, la Malice, l'Ivrcgnerie, la Volupté et l'Ignorance portées par l'Ingratitude et l'Avarice ; la Justice, la Force et la Tempérance, qui planent dans les airs, reviennent sur la terre pour y fixer leur séjour. Dans te fond, des arbres taillés en arcades laissent apercevoir la campagne. Ce tableau a fait partie du cabinet d'Isabelle d'Esté. Dans le tableau du Tintoret, qui est au musée de Madrid, on voit la Sayesse, au milieu d'une galerie resplendissante, chassant les Vices personnifies par des femmes et dont deux sont précipités la tète en bas, et

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amenant, pour les remplacer, la Justice, le Travail et l'Abondance.

Dans une salle de la maison du Bois, près de La Haye, Grebber a peint la Sagesse et la Force ouvrant la porte du temple de la Paix, à la mémoire du stathouder Frédéric-Henri de Nassau. Le musée du Belvédère, à Vienne, possède un tableau de B. Spranger, représentant le Triomphe de la Sagesse sur l'Ignorance, et un tableau de Sandrardt, la Sngesse et le Temps protégeant les Beaux- A ris contre l'Envie (1644). Une gravure de W. Kiltan (1634) montre la Sagesse tenant une corna d'abondance. L. Desplaees a gravé, d'après P. Véronèse, une composition intitulée : la Sagesse, compagne d'Hercule. Charles Meynier a exposé au Salon de 1810 un tableau exécuté par M. de Sommariva et représentant la Sagesse préservant l'Adolescence des traits de l'Amour. Un petit groupe en bronze de Pradier, la Sagesse repoussant les traits de l'Amour, a figuré au Salon de 1846. Un basrelief exécuté par Gérard pour l'arc de triomphe du Carrousel, la Sagesse et la Force tenant la couronne de l'Etat, a paru au Salon de 1S0S. Diaz a peint la Sagesse entourée de petits Amours qui voltigent et enlacent de guirlandes sa chaste nudité (Salon de 1846). Une statue de la Sagesse, sculptée par Pietro Bracci, décore le tombeau de Benoit XIV, à Saint-Pierre de Rome. Un sculpteur français contemporain, M. Lepère, a exécuté pour la cour du Louvre une statue de la Sagesse tenant de la main droite la bride et le frein symboliques et pressant de la main gauche sur sa poitrine une tablette où sont écrits ces mots : « Connais-toi toi-même. » Cette figure, noblement et chastement drapée, est d un beau style.

La Sagesse divine a été représentée par Andréa Sacchi, trônant sur les nues et entourée des différentes Vertus ; un soleil resplendit sur sa poitrine et son front est ceint d'un riche diadème; d'une main elle tient un miroir et de l'autre un sceptre, au bout duquel est un œil ouvert. Ce tableau appartient au musée du Belvédère. Une autre allégorie de la Sagesse divine a été peinte par Paolo Mattei dans le plafond d'une des salles de l'université, à Gènes.

Sagesse (livre de la), un" des livres deutéroeanoniques de l'Ancien Testament, qui ne faisait point partie du canon hébreu fixé par Esdras. L'usage de l'Eglise,, dit dom Calînet, a toujours donné aux livres attribués à Salomon le titre de Livres sapientiaux. Les Pères les citent assez souvent sous le nom général de Sagesse de Salomon, et, dans le langage ecclésiastique, le Livre de la sagesse comprend non-seulement tous les vrais ouvrages de ce prince, mais aussi l'Ecclésiastique et celui dont nous allons parler, qui, par un privilège particulier, a été nommé par excellence le Livre de la sagesse... Quelques anciens le citent aussi sous le nom de Panaretos, c'est-à-dire letrésorde toute vertu, ou recueil de toutes sortes d'instructions qui conduisent à la vertu.

Les meilleurs critiques de notre temps pensent que le Livre de la sagesse a été écrit originairement en grec ; il ne contient, en effet, aucun hébraïsme;mais,parcontre,il s'y trouve plusieurs jeux de mots qu'un traducteur n'eût pas pris la peine de conserver et <jui supposent évidemment que l'écrivain qui les fait a écrit dans la langue grecque, dans laquelle seule ils peuvent exister; ce livre contient, d'ailleurs, un certain nombre d'expressions qui supposent des idées inconnues dans l'idiome hébreu et qui viennent de la philosophie ou de la mythologie des Grecs ; telles sont, par exemple, sôphrosunê, tempérance ; p/iilanthrôpos, philanthrope; ambrosia, ambroisie. Enfin, ce qui parle en faveur du texte est l'abondance des mots et la nature de certains passages qu'on sent avoir été pensés en grec et non en hébreu.

La version latine que nous avons de la .Sagesse est l'ancienne Vulgate, faite dès les premiers siècles de l'Eglise sur le grec qu'elle suit littéralement. Il y a un grand nombre de variantes dans les exemplaires grecs, mais il y en a beaucoup plus encore dans les Bibles latines. La traduction arabe qui se lit dans la Polyglotte de Londres suit aussi le texte grec avec une grande fidélité. On ignore à quelle époque remonte son origine.

Dans ce livre, composé de dix-neuf chapitres, et que les uns divisent d'une manière, les autres d'une autre, l'auteur se propose pour fin principale l'instruction des rois, des grands et des juges de la terre. Les neuf premiers chapitres sont consacrés à l'éloge de la sagesse. L'écrivain sucré décrit cette vertu par les heureux effets qu'elle produit; et pour mieux persuader «es lecteurs, ii retrace le tableau des suites funestes de la folie. Ainsi, la sagesse console et procure le bonheur en ce inonde, ou, s'il arrive au sage quelque calamité, elle lui donne plus tard une vie immortelle. La folie, au contraire, n'offre que malheur ici-bas et prépare pour l'autie vie des tourments éternels. Ici l'auteur propose pour exemple Salomon lui-même, au nom duquel il parle, et il expose les moyens par lesquels ou peut acquérir la sagesse. Au chapitre ix commence une espèce de paraphrase de la prière que Salomon lit au Seigneur au commencement de son règne pour lui demander la sagesse. Depuis le chapitre x jusqu'au xix« inclusivement, l'auteur s'attache à

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prouver par des exemples tirés de l'histoire sainte que ceux qui pratiquent la sagesse sont heureux, tandis que ceux qui s'en écartent et surtout les idolâtres éprouvent les effets terribles de la^juslice de Dieu. Ces exemples sont d'un côté Adam, Noé, Abraham, Loth, Jacob, Joseph, le peuple hébreu en Egypte .et dans le désert; de 1 autre Csiïn, les Egyptiens et les Chananéens. La thèse générale de ce livre est donc que la sagesse, source de tout bien, conduit à l'immortalité, point de vue essentiellement différent de celui.de l'Ecclésiaste, qui parait un impie à l'auteur de la Sagesse.

Les sentiments sont partagés sur l'auteur de la Sagesse. Plusieurs Pères et un grand nombre d'interprètes l'ont attribué à Salomon; quelques anciens ont pensé qu'il ét;iit l'ouvrage de Philon ; Grotius croit qu'il est d'un Juif qui l'aurait composé en hébreu depuis Esdras et avant le pontificat du grand prêtre Simon ; Corneille de La Pierre soutient de son côté qu'il a été écrit primitivement en grec depuis le retour de la captivité de Babylone et vers le temps de Ptolémèe Philadelphie; Faber se déclare pour Zorobabel ; enfin quelques critiques admettent plusieurs auteurs.

Ce que nous avons dit plus haut sur la langue dans laquelle ce livre a dû être originairement écrit éloigne évidemment l'hypothèse de Salomon, de Zorobabel ou de tout autre auteur hébreu. Quant à la variété du style sur laquelle s'appuient ceux qui attribuent le livre de la Sagesse à plusieurs auteurs, cette variété n'est pas assez grande pour qu'on puisse en toute sûreté l'attribuer à des plumes différentes; elle vient uniquement de ce que les sujets particuliers traités dans le courant du livre ne sont pas les mêmes. Il ne nous reste qu'à dire, avec la plupart des exégètes allemands, que l'auteur de ce livre est inconnu. Ce qui est certain, dans tous les cas, c'est qu'il offre un mélange curieux d'idées juives et d'idées grecques, et surtout d'idées néo-platoniciennes et stoïciennes. Ce mélange montre que le livre a dû Être composé en Egypte. C'est ce dont témoigne avec plus d'évidence encore la polémique engagée dans cet écrit contre le culte égyptien des idoles et contre les Egyptiens en général. Les Juifs Alexandrins avaient, en effet, avec les Egyptiens des querelles et des inimitiés perpétuelles. Les plus savants critiques de l'Allemagne s'accordent à fixer la date de ce livre au i" siècle avant l'ère chrétienne.

Les Juifs de la Palestine n'ont pas connu le livre de la Sagesse. L'ancienne Eglise chrétienne l'a compté tantôt au nombre des écrits canoniques, tantôt au nombre des écrits apocryphes. Il tient le milieu entre la prose et la poésie didactique. « Le style, dit Zowth, en est inégal, tantôt enflé et plein d'emphase, tantôt abondant, chargé d'épithétes contre l'usage ordinaire des Hébreux, tantôt enfin tempéré, élégant, sublime et poétique. Le tour sentencieux y est observé avec assez de soin et on reconnaît clairement l'inteniion que l'auteur a eue d'imiter les anciens modèles ; mais, en général, il s'éloigne beaucoup de ce caractère pur et classique. ■

Sagesse (de la), par Charron. Cet ouvrage parut pour la première fois à Bordeaux eu 1601 (trois livres en 1 vol. in-8°). L'auteur se disposait a en donner une seconde édition quand la mort l'en empêcha (1603) La meilleure édition moderne est celle d'Amaury Duval (Paris, 1827, 3 vol. iu-S°). Charron est un disciple et un imitateur de Montaigne. Il a divisé son traité De la sagesse en trois livres comme les Essais. 11 cultive comme Montaigne l'érudition, le doute et la défiance à l'endroit des idées religieuses. Il n est ni catholique ni réformé; il est ce qu'on a nommé depuis un libre penseur. < La religion, dit-il, n'est tenue que par moyens humains et est toute bâtie de pièces maladives; et encore que l'immortalité de l'âme soit la chose la plus universellement reçue, elle est la plus faiblement prouvée; ce qui porte les esprits à douter de beaucoup de choses. »

Le premier des trois livres composant le traité De la sagesse s'occupe a de la cognoissance de 'soy et de l'humaine condition. » L'auteur est fort méthodique ; il examine successivement le corps et l'âme, et il se place toujours au point de vue exclusif de l'utile. 11 préfère la santé à tous les biens de ce monde et voici pourquoi : » Sans elle, la vie est sans goust, voire est injurieuse; la vertu et la' sagesse ternissent et s'esvanouissent sans elle ; quel secours apportera au plus grand homme' qui soit toute ia sagesse, s'il est frappé du haut mal, d'une apoplexie? » Après la tante, la chose la plus nécessaire à l'homme esc la beauté :« La beauté vient après, qui est une pièce de grande recommandation au commerce des hommes. C'est le premier moyen de conciliation des uns avec les autres, et est vray-seinblable que la première distinction qui a esté entre les hommes et la première considération qui donna prééminence aux uns sur les autres a esté 1 advautage de la beauté. >

Charron termine son étude des qualités du corps par celle de l'influence des vêtements sur l'organisme. « Il y a grande apparence, dit-il, que la façon d'aller tout nud, tenue encore par une granue partie du inonde , soit l'originelle des hommes; et l'autre de se

SAGE

vestir artificielle et inventée pouresteindrela nature, comme ceux qui par artificielle lumière veulent esteindre celle du jour. •

Arrivé à la question de l'âme, Charron constate qu'elle est difficile entre toutes, que les plus savants hommes n'ont encore pu parvenir à soulever le voile qui la couvre et ont donné une solution différente de ce problème, suivant la religion ou le pays auquel ils appartenaient. Puis il se résume : « Les principaux points sont de l'origine et de la fin des âmes, leur entrée et sortie des corps d'où elles viennent, quand elles y entrent et où elles vont quand elles en sortent ; de leur nature, estât, action, et s'il y en a plusieurs en l'homme ou une seule. » 11 est d'avis que le siège de l'âme est le cerveau et non pas ^e cœur. Il reconnaît dans l'âme trois facultes : l'entendement, la mémoire et l'imagination. Suivant lui, l'entendement est sec dans la vieillesse, particulièrement dans les pays méridionaux ; mais la mémoire est humide pendant l'enfance et surtout dans les pays du Nord. Quant à l'imagination, elle est chaude dans l'adolescence. Charron parle ensuite des divers tempéraments que l'homme est susceptible d'avoir reçus de la nature ou de s'être créés lui-même. Il n'en reconnaît que trois, correspondant aux trois facultés de lame. » De la diversité «les tempéraments, il advient que l'on peut estre médiocre en toutes les trois facultés, mais non pas excellent, et qui est excellent en l'une des trois est faible èz autres. » Après avoir étudié ce qu'on pourrai t appeler la partie positive de l'homme, Charron, dans son deuxième livre, trace des «instructions et reigles générales de sagesse.» La première est de fuir les passions et les vices qui ont cours dans le monde, la seconde de savoir garder son libre arbitre et cultiver sa volonté. Moyennant ce travail considérable, on arrive a la « vraye et essentielle preud'horaie, première et fondamentale partie de sagesse. Alors il importe d'avoir un but et train dévie certain. Il faut régler ses désirs et ses plaisirs , ne point excéder les bornes de la modération. Enfin on doit toujours se tenir prêt à la mort. » Le troisième livre du traité De la sagesse est la reprise en sous-œuvre du sujet dont l'auteur s'était occupé dans le livre précédent. On pourrait l'intituler : Des moyens d'arriver à la sagesse par la culture de quatre grandes vertus morales : la prudence, la justice, la force et la tempérance. En ce qui concerne la prudence, Charron se borne à en analyser l'application aux affaires publiques. Il distingue deux sortes de justice, la justice naturelle et la justice positive, c'est-à-dire la jurisprudence. Parmi les vertus privées dont traite l'auteur daus ce troisième livre, il serait curieux de comparer ce qu'il dit de l'amitié avec ce qu'en dit Montaigne, son maître et son guide habituel. A l'exemple de Montaigne, il lui trouve une saveur infinie; il en décrit les variétés diverses ; il conclut comme Montaigne qu'elle est supérieure à l'amour, en d'autres termes qu'elle n'est possible que d'homme à homme, et que les femmes ne sauraient y atteindre. La troisième des quatre vertus cardinales de Charron est la force. Les précédentes ont pour but de régler les rapports de l'homme avec la société. Les deux autres, la force et la tempérance, se proposent de le gouverner lui-même. La force « est une droicte et forte asseurance équable et uniforme de l'âme à rencontre de tous accidents dangereux, difficiles et douloureux, tellement que son object et la matière après laquelle elle s'exerce, c'est la difficulté et le danger, bref tout ce que la prudence humaine peut craindre, i Ce qui caractérise l'énergie ou la force d'âme chez l'homme, c'est la conscience du danger qu'on affronte : « La vertu ne peut estre sans cognoissance et appréhension ; l'on ne peut vrayement mespriser le danger que l'on ne sçait, si l'on ne veut aussi recognoistre cette vertu aux bestes. » Charron énumère ensuite les occasions qu'on a de faire usage de la force. Ces occasions sont la maladie et la douleur, la captivité, l'exil, la pauvreté, l'infamie, la perce de ses amis, la mort. On en a aussi besoiu contre soi-même, pur exemple pour se dérober à la crainte, k la tristesse, à la haine, à l'envie, à la vengeance, à la jalousie. En un mot, la force est nécessaire pour résister aux maux de la vie. Au contraire, la tempérance nous met en garde contre les abus de la prospérité. Charron dissèque longuement les différents genres de plaisirs susceptibles d'entraînement. Le mal qu'il trouve dans la doctrine d'Epicure ■ es-

| toit au titre et aux mots, non en la substance, n'y ayant jamais eu de doctrine ni vie plus

1 sobre, modérée et ennemie des desbauches et des vices » que la doctrine et la vie des épicuriens. Charron blâme la continence.» Il est mal aisé de la garder,, dit-il; aussi est-ce la plus grande recommandation qu'elle aj'e que la difficulté, car, au reste, c'est uuo vertu sans action et sans fruict. C'est une privation, un non faire, peine sans profit : la stérilité est signifiée par la virginité. «Charron a même eu l'étrange idée de faire raisonner saint Augustin dans ce sens : a Si nous honorons les vierges par des éloges, avait dit l'évèque d'Hippone, ce n'est pas de ce qu'elles sont vierges, mais de ce qu'elles ont consacré à Dieu leur virginité. » Quoique Charron manque d'originalité vraie, il tient une place distinguée parmi les moralistes du second ordre. On le ht peu, mais on le cou-

SAGI

suite quelquefois, on le cite même comme une autorité.

SAGET, ETTE adj. (sa-jè, jè-te — dimin, de sage). Un peu sage. Il Inusité.

— Personne sage :

J'ai beau faire ici le saget.

Le plaisir vient saisir le cœur le plus discret. Le P. Brumot.

SAGETTE s. f. (sa-jè-te — lat. sagitta, même sens). Flèche : Il porta la main à la SAGTiTTE, l'arracha de son bras et la brisa tranquillement sur son gros genou. (V. Hugo.) En disant ces mots, il se jette Sur l'arc, qui se détend, et fait de la sagette Un nouveau mort...

La Fontaine.

Il Vieux mot. On a dit aussi saktth.

— Bot. Nom vulgaire de la rléchière ou sagittaire commune.

SAGETTER v. a. ou tr. (sa-jè-té — rad, sagette). Percer de flèches :

Contre les feus ardents du dieu qui rao sagette...

R. Beli.eau.

Il Vieux mot.

SAGH, ville de Hongrie. V. Ipoli-Sagh.

SAGRALA ou SIGHLA, sangiac de la Turquie d'Asie, partie occidentale de l'Anatolie, dans le pachalik d'Aïdin. Le territoire de cette division administrative , qui mesure 130 kilom. sur 110, projette à l'O. une grande presqu'île entre le golfe de Smyrne au N. et celui de Seala-Nova au S. Le pays est montagneux et souvent ravagé par la peste et les tremblements de terre. Ch.-l., Smyrne.

SAGHALIAN ou SAGHAI.1EN, île d'Asie.

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