SENTIMENTALISME
SENTI NATEUR s. m. (san-ti-na-teur — rad. sentine). Mar. Celui qui est chargé du soin de la sentine.
SENTINE s. f. (san-ti-ne — lat. sentina, même sens. L'origine de ce mot latin est incertaine. On serait tenté de le faire venir de sentire, sentir, k cause des mauvaises odeurs de la sentine; mais sentire signifie percevoir une sensation, et non exhaler une odeur. D'autre part, il paraît difficile de rattacher sentina au grec antlos, qui a le même sens. La liaison de sentine avec sentinelle, quoique probable, n'est guère plus claire. V. sknïjnislle). Mar. Partie la plus basse de la caie où s'amassent les eaux : Nettoyer la sentine. Vider la sentine.
— Fig. Milieu impur, corrompu : Les sentines du vice.
Paris n'est maintenant qu'une sentine impure. Un égout sordide et boueux.
Â. Barbiek.
— Navig. fiuv. Sorte de bateau chaland, dont on se servait autrefois sur la Loire pour transporter le Sel.
SENTINELLE s. f. (san-ti-nè-le. — Ce mot, qui correspond à l'italien sentinella et à l'espagnol centinelar a pris naissance en Italie. Vossius et quelques autres prétendent qu'il vient de sentire, entendre, comme l'équivalent italien scolla vient de scoltare, écouier; mais, dans cette hypothèse, il est difficile de se rendre compte de la terminaison inella. Galvani regarde ce mot comme un dérivé du latin sentina, sentine, et pense qu'il désignait d'abord, comme le latin sentinator, le gardien qui veillait à la sentine ; d'où le sens se serait élargi en celui de veilleur en général. Scheler émet deux autres conjectures qui ne sont pas sans vraisemblance : sentinella, dit-il
SENT
est évidemment une petite sentina; quant à ce substantif, on peut le prendre dans le sens de détachement militaire", piquet de garde, et le rattacher soit au vieux haut allemand sentan, nouveau haut allemand senden, gothique sandjan, envoyer, charger d'une mission, ou au verbe roman seniare, placer, qui vient du participe sedens, sedentis, de sedere, être assis. Dans ce dernier cas, sentina serait un terme analogue à planton, poste, piquet. Dans l'une et 1 autre de ces conjectures, il faut admettre que le sens abstrait ou collectif de garde a tourné au sens concret ou individuel d'homme de garde, conversion de sens qui est très-fréquente et que nous retrouvons dans le mot garde lui-même et son équivalent allemand wache). Soldat à pied qui fait le guet : Poser la sentinelle. Relever la sentinelle. On trouva la sentinelle endormie. Une sentinelle ne peut jamais être trop vigilante. (St-Mare Girard.)
Le qui-vive perçant des rauques sentinelles Résonne dans le creux des tombes éternelles. Méry et Bartuélemy.
— Individu isolé quelconque qui fait le guet : Vous ferez sentinelle au coin de la rue. Les oiseaux gui vivent en troupes ont une sentinelle gui veille à la sûreté commune. (Buff.) Les arbres qui balancent tristement leurs cimes dépouillées ne portent que de noires légions qui se sont associées pour passer l'hiver; elles ont leurs sentinelles et leurs gardes avancées ; sottoent une corneille centenaire, antique sibylle du désert, se lient perchée sur un chêne avec lequel elle a vieilli. (Chateaub.)
— Fig. Ce qui garde, préserve : Dieu a posé te travail pour sentinelle de la vertu. (Volt.) Un poêle a placé la critique à la porte du temple du Goût, comme sentinelle des beaux-arts. (Rivarol.) Le sens du goût est une sentinelle posée en avant pour reconnaître les aliments avant de les laisser entrer dans l'estomac. (De Jussieu.) Un journal est une sentinelle. (E. de Gir.) Une femme doit être pour elle-même une sentinelle vigilante. (Boiste.) La critique est une sentinelle ; elle a tort si elle s'assoupit. (Rigault.) L'odorat est ta sentinelle des poumons, (tVIaquel.) Il n'y a de secrets bien gardés que ceux auxquels la vanité fait sentinelle. (D. Stern.) Le cœur est te dépositaire des nobles sentiments, le caractère en est la sentinelle. (Bougeart.)
— Fonction de celui qui fait le guet ; Faire sentinelle. Etre en sentinelle.
— Sentinelle perdue, Soldat placé dans un poste avancé et dangereux.
— Faire sentinelle, Etre en sentinelle, attendre, guetter, épier : Eies-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes choses et faites sentinelle jour et nuit? (Mol.)
Sur la branche d'un arbre était en sentinelle Va vieux coq adroit et matois,
La Fontaine.
— Mettre quelqu'un en sentinelle, Le mettre dans un endroit d'où il puisse observer ce qui se passe.
— Technol. Tuyau de conduite de l'air, dans un appareil de soufflerie hydraulique,
— s. f. Ornith. Nom vulgaire du genre macronyx.
— Rem. Quelques poètes ont fait ce mot masculin : ,
Parmi tous nos dangers, sentinelle assidu...
Voltaire.
L'oreille du lion est le sûr sentinelle.
De Fontanes.
Ces postes menaçants,'ces nombreux sentinelles Qui veillent choque jour aux portes éternelles...
Delille.
La nuit règne, et tous deux au camp des infidèles Veillent au même poste, assidus sentinelles. Parseval-Grandmaison.
— Syn. Senliuelle, Tautioiiuaire, vedelto. V. FACTIONNAIRE.
— Encvcl. Ce mot n'était pas encore usité au temps de Du Bellay, qui se sert de la périphrase « être aux écoutes. » Henri Estienno, qui écrivait en 1570, déclare qu'alors, à l'imitation de l'italien, le terme sentinelle commençait à avoir cours dans l'armée française. Sentinelle ne s'applique qu'à l'infanterie, tandis que vedette est un terme de cavalerie. Depuis la guerre de la Révolution, le mot factionnaire, jusque-là pris dans un sens tout différent, est devenu synonyme de sentinelle. La sentinelle est l'œil des postes et des corps de garde. Elle doit constamment observer ce qui se passe autour d'elle.
Les Grecs, Rome, le moyen âge ont employé à ce genre de fonctions, les uns des chiens, les autres des ours et même des oies. La manière de tenir les sentinelles en éveil et d'obtenir d'elles-mêmes la preuve de leur, vigilance a consisté dans des moyens différents, suivant les temps et les pays. A Rome on leur a longtemps interdit le port du bouclier, de peur qu'elles ne s'endormissent en s'y appuyant. Dans la milice turque, à l'imitation de celles de l'iode, le retentissement du tam-tam avait le même objet. En Allemagne on s'est servi de cloches; en France et en Angleterre, les sentinelles ont crié, comme en écho, de demi-heure en demiheure : < Sentinelles, prenez garde à vous I * L'usage s'en est maintenu dans quelques ports de mer. En Chine et en Cochinchine,
SENT
on obtient le même résultat au moyen du cliquetis de deux baguettes.
Les sentinelles ne doivent pas s'éloigner de leur poste au delà de trente pas. Elles arrêtent par le cri : • Halte-là I qui vive 1 • les rondes et patrouilles, et, suivant les cas, elles les appellent au mot de ralliement. Elles crient : ■ Aux armes I » en cas d'alerte. Elles ne doivent pas se laisser approcher de trop près par les passants et se servent de l'injonction : « Au large. « Elles ne doivent pas quitter leur fusil ni' en détacher la baïonnette. Il leur est interdit de chanter, siffler, causer, fumer ou s'asseoir en faction ; on les relève de deux heures en deux heures. L'article 27 du code militaire disposait que toute sentinelle ayant crié trois fois : a Qui vive I n sans obtenir de réponse, et après avoir annoncé qu'elle allait faire feu, pouvait exécuter sa menace. De tout temps, les sentinelles trouvées endormies ont été passibles de peines graves. Autrefois, tout officier de ronde pouvait leur passer son épée au travers du- corps. Depuis le xvre siècle, la punition des galères perpétuelles était prononcée en cas d'assoupissement dans un poste peu important. Le code pénal de 1793 punissait de mort la sentinelle endormie, si c'était près de l'ennemi, et de cinq ans de fers dans tout autre poste. Le code de l'an V ne la punissait que de deux années de fers dans l'un et l'autre cas. Il a été quelquefois d'usage d'unir deux à deux les sentinelles, de peur qu'une seule ne .fût pas assez attentive, ne risquât d'être enlevée ou ne désertât, mais ou a abandonné cette coutume depuis qu'on n'emploie plus les mercenaires ; on se sert cependant encore des sentinelles doubles dans quelques postes d'alarme, afin que l'une des deux puisse quitter et accourir au poste en cas de besoin. On place souvent ces sentinelles au haut d'un arbre, dans des clochers, sur un toit. Le code de l'an V punissait de mort le crime d'une sentinelle abandonnant son poste pour songer à sa propre sûreté. Les sentinelles ne doivent entrer dans leur guérite qu'en cas de mauvais temps ; leur distance sur le rempart doit être telle qu'elles puissent se faire entendre les unes des autres au moyen de la voix. Les sentinelles de l'avancée reconnaissent les troupes arrivantes, et, dès qu'elles les découvrent, elles leur crient : ■ Halte-là I » et appellent la garde. Il a été d'usage de ne donner qu'une cartouche' à chaque sentinelle.
Sentinelle perdue (la), opéra-comique en un acte, paroles de Saint-Georges, musique de Rifaut; représenté à l'Opéra-Comique le 9 décembre 1834. On a remarqué dans cet ouvrage une valse élégante, les jolis couplets du Papillon voltigeur et surtout la belle voix de Mlle Annette Lebrun, élève de Rossini.
Sentinelle (la), paroles de Braut, musique de Choron. Nous croyons intéressant pour le lecteur de donner l'historique de cette romance que Scudo, dans son enthousiasme immodéré pour son ancien professeur, qualifie de Marseillaise de l'Empire.
Braut, l'auteur des paroles, les avait écrites pour un de ses amis nommé Roger ; Roger composa une mélodie qu'il fit graver et publier. Six mois après I apparition de l'œuvre de Roger, Choron, trouvant les paroles U son gré, se les appropria et y adapta uu nouveau chant. Braut, mauvaise tête s'il en fut, voulut venger l'insulte faite à Roger, mais son courroux, dit la chronique, ne tint pas contre un bon déjeuner que Choron avait commandé comme auxiliaire dans le litige.
Chantée sur tous les théâtres de l'Europe, variée pour tous les instruments, du violon à la petite flûte, veudue, en deux ans, à plus de vingt mille exemplaires, la Sentinelle valut k son auteur une célébrité extraordinaire. Choron était si fier de son succès qu'il signait ainsi ses ouvrages : « par Alexandre Choron, auteur de la Sentinelle. » On cite même une anecdote assez curieuse qui a trait à cette petite vanité très-excusable. Un soir que l'artiste passait sur le boulevard du Temple, il entendit un pauvre aveugle qui assassinait sur son violon l'air de la Sentinelle. Furieux d'entendre ainsi estropier sa mélodie, Choron arracha le violon des mains du musicien nomade et lui dit : ■ Malheureux I 'Qui t'a permis de massacre^ ainsi un chef-d'œuvre ? Tiens, voilà dix francs, mais à condition que tu apprendras à mieux jouer un air que toute l'Europe sait par cœur. •
1" couplet. Marche.
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eux, Por- ter mes chants vers ma pa-
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■ tri ■ e! Di-tes que je veille en ces lieux, Dites que
EgÈEfEifeÉ
E^EEjrzïHE^E:
je veille en ces lieux, Pour la gloire
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et pour mon a -mi - e,
Di - tes que
je veille en ces lieux, Di - tes que
|ppE|Milill!
je veille en ces lieux Pour la gloire et pour mon a mi - e, pour mon a mi -
DEUXIEME COUPLET
A la lueur des feux des ennemis, La sentinelle est placée en silence, Mais le Français, pour abrégnr les nuits, Chante appuyé sur le fer de sa lance : Allez, volez ! etc.
TROISIÈME COUPLET
L'astre du jour ramène les combats;
Demain il faut signaler sa vaillance.
Dans la victoire on trouve le trépas ;
Mais, si je meurs à côté de ma lance, Allez encor, joyeux zéphyr, Allez, volez dans ma patrie Dire que mon dernier soupir Ifiis) Fut pour la gloire et mon amie!
Sentinelle marocaine (la), tableau d'Henri Regnault; dans la galerie du baron E. de Rothschild. Un soldat, vêtu d'une gandoura rose, les jambes nues, la face bronzée, l'œil au guet, tient un long fusil qu'il arme de la main droite ; il est debout devant un mur blanc auquel est fixé un râtelier de fusils à crosse incrustée d'ivoire et une étagère rouge sur laquelle sont placés des vases de terre émaillés et un bassin de cuivre. A droite de la sentinelle pend un long tapis africain.
Ce tableau, une des productions les plus délicates et les mieux finies de Regnault, lui avait été payé 1,500 francs par M. Allou, le célèbre avocat; quelque temps après la mort du peintre, il a été acheté 24,000 francs par le baron de Rothschild.
Un petit tableau de Meissonter, la Sentinelle (liallebardier du temps de Henri III), a été payé 4,450 francs à la vente de Kât en 1S66. Gallait a peint une Sentinelle croate (Expos, de Bruxelles); M. Lecomte-Dunouy une Sentinelle grecque (sujet tiré de lOrcstie, Salon de 1865) ; M. A de Neuville, une Sentinelle avancée (Salon de 1865)-, M. ^rotais, une Senliuelle perdue (lithographiée par G. Dharlingues); P.-A. Baudouin, la Sentinelle en défaut, scène erotique gravée par Nicolas de Launay (1781).
SENTI NU HI, ville de l'Italie ancienne, dans la partie septentrionale de l'Ombrie. Les Etrusques, les Samnites et les Ombriens y furent défaits par le consul romain Fabius Rullianus l'an 295 av. J.-C.
SENTIR v. a. ou tr. (san-tir — lat. sentire, même sens. Je sens, tu sens, il sent, nous sentons, vous sentez, ils sentent; je sentais, nous sentions ; je sentis, nous sentîmes ; je sentirai, nous sentirons; je sentirais, nous sentirions; sens, sentons, sentez; que je sente, que nous sentions; que je sentisse, que nous sentissions ; sentant; senti, ie). Percevoir par les sens, par les organes du corps : Sentir le froid, te chaud. Sentir la faim, la soif. Sentir une douleur à la tête. Sentir des inquiétudes dans les jambes. Sentir battre son cœur. Pour devenir sensible, pitoyable, il faut que l'enfant sache qu'il y a des êtres semblables à lui, qui souffrent ce qu'il a souffert et qui sentent les douleurs qu'il a senties. (0.-J. Rouss.) Les souffrances imaginaires sont réelles pour celui qui les sent. (Latena.) J'ai senti tout à coup un homicide acier. Que ie traître cd mon sein a plongé tout entier.
— Eprouver dans l'âme : Sentir de la joie,
du plaisir. Sentir du chagrin, de la douleur.
Sentir des remords. Sentir les douceurs de
l'amitié, les charmes de la retraite. Il ne sent
SENT
plus tes humiliations, Us affronts. Il coûte peu aux femmes de dire ce qu'elles ne sentent point ; il coûte encore moins aux hommes de dire ce qu'ils sentent. (La Bruy.) Il arrive quelquefois qu'une femme cache à un homme toute la passion qu'elle sent pour lui. (La Bruy.) Celui qui n'A. rien senti ne sait rien apprendre. (J.-J. Rouss.) Tout ce qu'on Sent fortement est une espèce de découverte pour l'âme. (Thomas.) Peut être faut-il avoiii senti l'amour pour bien connaître l'amitié. (Chamfort.) Celui qui exprime une chose comme il la SENT n'exagère point ; il rend fidèlement son sentiment ou sa pensée. (Marmontel.) Le peuple ne comprend que ce qu'il sent; les seuls orateurs, pour lui, sont ceux qui l'émeuvent. (Lamart.) La femme est née pour inspirer et pour sentir l amour. (Latena.)
Qu'il est doux, quand le cœur, de ses ennuis presse, Lève ù peine le poids dont il est oppressé, De rencontrer un cœur qui sente nos alarmes. Qui plaigne nos douteurset s'unisse a nos larmes!
Ducis.
— Reconnaîtra, s'apercevoir, avoir le sentiment de : Je sentais bien qu'il n'était pas de bonne foi. Il sent sa nullité, son ignorance. Je sens que mes forces s'en vo7it. Ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres? (La Bruy.) Quand on sent qu'on n'a pas de quoi se faire estimer de quelqu'un, on est bien près de le haïr. (Vauven.) La France de la Iiéuolution sent ce qu'elle est , bien qu'elle ne soit pas tout ce quelle doit devenir. (Guizot.)
Même quand l'oiseau marche, on tent qu'il a des
[ailes.
Lemierre, Il Comprendre, se rendre compte : Vous sentez bien que je ne peux souffrir cela. On sent Qu'il ne pouvait en être autrement.
— Révéler, rappeler, avoir l'apparence, les qualités de : Voilà une proposition qsi sent l'hérésie. Ce qui sent trop la flatterie dégoûte un honnête homme au' lieu de le réjouir. (D'Ablanc.) Le style de Pascal, si admirable qu'il soit, sent l'effort et le travail comme sa vertu. (S. de Sacy.) Un écrit q„i sent le travail n'est pas assez travaillé. (Latena.)
La ballade, à mon goût, est une chose fade; Ce n'en est plus la mode;el!e sent son vieux temps.
Molière.
— Flairer, aspirer l'odeur de : Sentir une rose, un œillet. Quand on est enrhumé, on ne sent n'en.
— Exhaler l'odeur : Sentir la rose. Sentir l'ait. Cela SENT le brûlé. L'infusion d'avoine sent la vanille. (Muquel.) Il Avoir le goût, la saveur de: Ces fruits , ces légumes ne sentent rien. Ce fromage sent le moisi. Ces tanches sentent la bourbe, Votre vin sent ta lie, sent le bouchon.
— Absol. Eprouver des sensations physiques ou morales : La faculté de sentir. Notre bonheur ne dépend que de ta manière de sentir, (Pasc.) Bien sentir et bien rendre, c'est avoir de l'âme et du goût. (Buff.) Quand on commence à raisonner, on cesse de sentir. (J.-J. Rouss,) La faculté de sentir est ta première des facultés de l'âme. (Condill.) L'être qui ne fait que sentir ne pense pas encore, et l'être qui pense sent toujours. (Rivarol.) La première condition pour écrire, c'est une manière de sentir vive et forte. (Mme de Staël.) Presque toujours notre manière de voir et de sentir tient aux réminiscences de notre jeunesse. (Chateaub.) L'homme, par la raison qu'il est doué de la faculté de sentir, jouit aussi de celle de distinguer et de comparer ses sensations. (Cabanis.) Raisonner là où il faut sentir est le propre des âmes sans portée. (Balz.) L'homme pense en même temps Qu'il sent. (Guizot.) On ne comprend que par l'entendement , comme on ne sent que par le corps. (Le P.Ventura.) La femme sent et pense autrement que l'homme. (Ch. Leinomiier,) La première condition du talent , du génie, de la force du caractère, c'est de sentir profondément, t L'abbé Bautain.) L'homme a senti avant dépenser. (Latena.) L'antiquité, dans sa manière de sentir, est droite et simple. (Renan.) La femme est plus capable de sentir que de raisonner. (Descuret.)
— Faire sentir, Faire éprouver, faire reconnaître : Partout et dans tous les temps, les lois se multiplient à mesure que tes mœurs se dépravent; cest le nombre croissant des maux qui fait sentir la nécessité des remèdes. (De Ségur.)
Tu ne m'as prodigué tes perfides bienfaits Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie.
Il Accentuer, marquer : Il fait trop sentir les finales en parlant.
— Se faire sentir, Etre inarqué , visible , sensible : Le travail se fait trop sentir dans ees vers.
— Sentir de loin, Prévoir les choses bien avant qu'elles arrivent.
— Ne pouvoir sentir, Eprouver une antipathie invincible pour : Ne me parlez pas de cette femme, je ne pois la sentir.
— Sentir le corps de garde, Etre grossier, libre, cynique : Ce sont des propos qui sentent LE CORPS DE GARDE. Cette ChauSOn SENT trop LU CORPS DE GARDE.
— Sentir te fagot, Etre suspect d'hérésie.
SENT
Se dit par allusion aux bûchers sur lesquels on brûlait autrefois les hérétiques.
— Sentir le gibet, la potence, Etre digne du dernier supplice, des plus sévères châtiments. Il Se dit souvent par exagération.
— Sentir le vieux battu, Se négliger, parce qu'il y a longtemps qu'on n'a été châtié.
— Sentir le sapin, Avoir une santé fort altérée, être menacé d'une mort prochaine.
— Sentir l'huile, Avoir coûté de longues, de pénibles veilles. Se dit surtout des œuvres de l'esprit dans lesquelles le travail est trop visible.
— Sentir son bien, Avoir les manières des gens bien élevés, il Vieille locution-
— Sentir le terroir, Avoir un goût, une odeur provenant de la nature du terrain : Ce vin sent le terroir. Il Fig. Avoir les'défauts des gens de son pays.
— Ne rien sentir pour, N'éprouver aucun amour pour : Je ne sens n'en pour elle. File ne sent rien pour mon frère.
— Prov. La caque sent toujours le hareng, On se ressent toujours de son premier état ; on conserve toujours Quelque chose de ses premières habitudes, de son origine.
— Manège. Sentir son cheval, Se rendre compte de tous ses mouvements. Il Sentir son cheval dans sa main, En être complètement maître.
— Mar. Sentir le fond, Toucher presque le fond, en parlant d'un navire mouillé. || Sentir la barre, Obéir vivement aux impulsions du gouvernail.
— v. n. ou intr. Exhaler une odeur : Ces fleurs ne sentent pas bon. Cela- sent mauvais. Les Polonais ne trouvent pas l'huile bonne si elle ne sent bien fort. (Regnard.) Il faut que la fleur sente bon et que la femme ait de l'esprit. (V. Hugo.) || Exhaler une odeur désagréable : Son haleine sent. Cette viande commence à sentir.
C'est un cadavre; otons-nous, car il sent. La Fontaine.
— Ne pas sentir bon, Exhaler une odeur désagréable. Il Fig. Avoir quelque chose de fâcheux ou de malhonnête : Ne vous mêles pas de cette affaire, cela ne sent pas bon.
— Impersonnellem. : Il sent bon, il sent