V. la remarque
— Servir à, Etre destiné, être propre, utile à, employé à : Cette machine sert k élever l'eau. Les forces navales servent A protéger le commerce. (Volt.) O despotisme! tu sers a quelque chose, c'est à faire mieux aimer la liberté. (Dider.) Tout ce qui sert à la nourriture des hommes vient de la terre ou des eaux. (Franklin. ).Les hommes ne veulent connaître que l'histoire des grands et des rois, qui ne sert k personne. (B. de St-P.) L'absolutisme ne sert qu'kalimenter les r évolutions.^ ronàh.) Tout sert A qui a la vérité de sou côté. (P. Leroux.) Le lait de brebis sert dans l'Aveyron À préparer le fromage de Roquefort. (L. Uruveillùer.) La science sert à multiplier la science. (Le P. Félix.) Ce que le savant connaît ne lui sert qu'k désirer de connaître. (J. Simon.) Quand on a une fille, on veut la marier, et tout naturellement à quelqu'un qu'elle n'aime pas; tes pères ne servent qu'k cela (Th. Gaut.)
Mais sans un Mécénas, à quoi sert un Auguste?
Boileau.
A quoi nous servirait d'unir notre misère?
Flo&ian.
[I Faire servir à, Employer, consacrer & :
SERV
Ils font servir X V ambition la religion même qui tes condamne. (Mass.) Vous faites servir votre corps k l'iniquité. .(Muss.)
— Aveu que interrogatif, mis pour de quoi, à quoi, Etre utile : Que sous servira-*-!'/ de plaider?
Et que sert un beau choix dans une Ame inconstante ?
Corneille.
Que sert, quand on est dégoûté, L'abondance des mets et leur délicatesse?
La Fontaine.
Et que me servira que la Grèce m'admire, Tandis que je serai la fable de l'Epire?
Racine.
— Il n'y a qu'un mot qui serve, II faut dire le mot décisif, ne pas s égarer dans des circonlocutions.
— Cela sert comme un cautère sur une jambe de bois, comme une cinquième roue à un carrosse, comme un clou à un soufflet, Cela n'est d'aucune uiilité.
Se servir v. pr. Etre, devoir être servi : La salade se sert avec le rôti.
— Faire pour soi-même ce que ferait un domestique : Il vit tout seul et SE sert luimême.
— Prendre de ce qui est sur la table, en mettre sur son assiette ou dans son verre : On ne doit pas se servir le premier. Point de
façons, SERVEZ-VOUS.
— Prendre, acheter ses fournitures : Je me sers depuis longtemps chrz cet épicier, chez ce boulanger, chez ce papetier.
— Se servir de, Faire usage de : Se servir du la bourse, du crédit de ses amis. Se Servir de toutes sortes de moyens. Se servir o'nn bon dictionnaire. Il se sert trop souvent nu même mot. (Aeud.) Un conquérant est un homme dont la iêie se sert, note une habileté heureuse, du bras d' autrui. (Volt.) Les Romains ne se servirent louy temps que de monnaie de cuivre. (Moutesq.) lin général, les oiseaux SE servent ue leurs duiyts beaucoup plus que les quadrupèdes, soit pour saisir, soit pour palper tes corps. (B .if.) Toutes choses ici-bas servent au monde; l'homme seul se sert du monde à son profit et sel02i son dessein. (Guizot.) Ou a beau répudier ta raison, on s'en sert toujours. (V. Cousin.) Le paysan de France a duus le caractère certaine naïveté moqueuse dont il se sert avec ses égaux souvent, toujours avec ses supérieurs. (A. de Vigny.) Pour n'être pas bêle, il ue suffit pas d'avoir de l'esprit, il faut encore suvoir s'en servir. (Buuehêne.)
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.
La Fontaine.
Les sages de tout temps se sont servis des fous.
Voltaiee.
— Syn. Servir (»e), employer, user. V. EM- PLOYER.
— Kern. Ne servir à rien et Ne servir de rien, çelon l'Académie, s'emploient dans le même sens pour exprimer qu'une chose n'est d'aucun usage[; cependant elle dit que lu dernière locution s'emploie surtout quand on veut marquer l'inutilité absolue : Il NU sert à rien de s emporter; Mon voyage NE m'eût servi de rien, s'il avait étèsi court. (M™-" de Sévigné.) Pour un aveugle, des lunettes kh servent dk rien. Il serait peut-être plus vrai de dire que de rien s'emploie surtout quand il y a un autre régime marqué par à.
SERVIS s. m. (sèr-vi — rad. servir). Péod- Cens et autres petits devoirs annuels que rendaient au seigneur les sujets et tenanciers d'un héritage.
SERVITE s. m. (cèr-vi-te — du lat. servi, serviteurs, parce que ces religieux prenaient le titre de serviteurs de Marie). Uist. ecclés. Membre d'un ordre religieux établi en Italie au xme siècle, sous la règle de saint Augustin : Un SERVITE.
— s. f. Religieuse de l'ordre des servîtes.
— Encycl. L'ordre des servites, ainsi nommés parce qu'ils font profession d'être serviteurs de la sainte Vierge, fut institué par sept marchands florentins qui renoncèrent au négoce l'an 1223 et se retirèrent à Monte- Leuario, à dix lieues de Florence, pour vaquer aux exercices de piété et de mortification ;l'un 1239, ils reçurent de leur évêque la
- règle de saint Augustin, et ils élurent pour leur général Bonlilio Monaldi, l'un d'entre eux. Cet ordre fut redevable de ses principaux accroissements, dans la suite, à saint Philippe Benizi, leur général. Il fut approuvé par Alexandre IV, contirmé au concile général de Lyon par Grégoire X et par Benoit XI ; dans le xve siècle, Martin V et Innocent VIII le mirent au nombre des ordres mendiants. L'an 1593, le relâchement s'y étant introduit, une partie des religieux se réformèrent et rétablirent l'observance rigoureuse de leur institut dans les ermitages de Monte-Lenario; ces réformés prirent le nom de servites ermites. Cet ordre n'est point établi en France, mais il est connu en Italie et ailleurs; il est aujourd'hui divisé en vingt-sept provinces; il y a aussi en Italie des religieuses servites qui observent la même règle que les religieux.
SERVITEUR s. m, (sèr-vi-teur — lat. servitor; de seroire, servir). Celui qui sert, qui est au service, aux gages de quelqu'un : un bon, un fidèle serviteuk. Maîtres et serviteurs, tous mangeaient à la même table.
SEIIV
(Acad.) Le serviteur use sa vie au service de son maître. (I.'aljbé Bautain.) Les bons serviteurs ne prennent point racine où il y a mauvaise tablf. (Joigneaux.) On te peut appeler le roi des serviteurs.
Molière.
— Celui qui est au service de l'Etat ou du souverain : Un prince est le premier SERVI- TEUR et te premier magistrat de l'Etat. (Frédéric II.) Bonaparte triompha tant qu'il fut le premier serviteur de ta nation; il succomba dès qu'il voulut en faire Sa servante.' (Boiste.)
Il pensa mettre en désarroi Ce brave jeru£<cur du roi.
La Fontaine.
— Amant soumis, dans le langage de l'ancienne galanterie :
J'ai perdu tout mon bonheur; J'ai perdu mon serviteur.
J.-J. Rousseau.
— Fig. Objet dépendant d'un autre, réglé, dirigé, gouverné par lut : Le corps est le serviteur de l'âme. (Uéruzez.) L'homme est te maître de la nature, mais le serviteur de la vérité. (Mesnard.) La concurrence illimitée fait du journal non plus le maître, mais le serviteur de l'opinion. (E. Labuulaye.)
La raison est pour l'homme un serviteur habile. Mais un serviteur froid, paresseux, indocile.
Du Kesnel.
— Serviteur de Dieu, Homme voué à la pratique des œuvres religieuses : Voulezvous voir quel était l'esprit d'oraison de ce fidèle serviteur de Dieu j lisez ses méditations, toutes pleines de lumière et de grâce. (Buss.)
— Faites serviteur, Se dit k un enfant pour lui ordonner de saluer. Il Vieille loc.
— Je suis votre serviteur, votre très-humble serviteur, ou elliptiquement Serviteur, Formules de politesse dont on se sert en parlant ou en écrivant it quelqu'un. Ii S'emploie ironiquement pour exprimer un refus : Vous voudriez que je vous. ttccumptty nasse? Votre SER- VITEUR. Il comptait me tirer quelque argent, mais serviteur. Un autre seruit assez sut pour donner tu-dedans; mais moi, serviteur. (Le Sage.)
— Serviteur, Adieu pour toujours, c'en est fini pour : Je commence à vieillir, serviteur à ta danse. Le temps est à l'orage, serviteur à ta promenade.
Lu portier du logis était un chien énorme,
Expédiant les loups en terme.
Celui-ci s'en douta : Serviteur au portier, Dit-il; et de courir...
La Fontaine.
— Votre serviteur, Moi-même : Personne ne peut eu parler plus sûrement que votre serviteur, car j'y étuis. Permettez à votre SERVITEUR de faire une réserve.
— Hist. relig. Serviteur des serviteurs de Dieu, Qualification que prend le pape dans ses bulles.
— Syn. Serviteur, domestique, laquai*, etc.