‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 334 sur 1059 · RALE · texte numérisé non relu

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SÉV1RAT s. m. (sé-vi-ra — lat seviratus; de sévir, sévir). Hist. rom. Dignité de sévir : Briguer le skvirat.

SEVRAGE s. m. (se-vra-je — rad. sevrer). Action de sevrer : Le sevrage d'un enfant. Le sevrage d'un poulain, d'un veau, d'un agneau. Dans les espèces sauvages, les vaches cessent d'avoir du tait après le sevrage du veau. (Maquel.) L'expérience montre que les formes des chevaux se modifient beaucoup par l'effet des différents régimes qu'on leur fait suivre depuis le sevrage. (M. de Doinbasle.)

— Etat d'un enfant qu'on sèvre, qu'on habitue k se passer du sein : Sa petite fille est en sevrage.

— Maison de sevrage, Endroit où l'on prend des enfants pour les sevrer.

— Encycl. Hygiène. On a vu, au mot allaitement, que la seule nourriture qui convienne parfaitement aux enfants nouveau -nés, comme k tous les petits des mammifères k l'époque de leur naissance, c'est le lait puisé par eux aux mamelles maternelles. On a vu aussi que, dans le cas où le lait de la mère manque ou n'est pas dans de bonnes conditions, celui d'une nourrice le remplace trèsbien ou même avec avantage; on a vu ennn que, dans les cas d'absence de nourrice, l'aliment qui convient le mieux est le lait d'un autre mammifère ressemblant autant que pos-

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sible k celui de la mère, soit par sa nature propre, soit par l'addition d'un liquide qui le ramène, s'il est trop gras et trop fort, a une consistance à peu près égale k celle du lait de la mère. Plus tard vient le sevrage. Or, la nature se prépare d'elle-même k ce changement de nourriture, qui est une vraie révolution dans l'organisme naissant. ■ Peu à peu, dit k ce sujet M. Desormeaux, k mesure que les organes croissent et se fortifient, k mesure surtout que les dents sortent de leurs alvéoles et traversent la gencive ; que les mâchoires, par suite du développement des dents, subissent un changement remarquable et que ces organes de la mastication acquièrent ainsi l'aptitude k remplir leur fonction, Je jeune animal s'essaye k mordre les aliments qu'il voit prendre k sa mère et vers lesquels son instinct le porte irrésistiblement? Il prélude ainsi au nouveau mode d'alimentation qui doit entretenir son existence pendant tout le reste de fa vie ; mais c'est seulement lorsque la première dentition est complète qu'il abandonne entièrement les mamelles de sa mère, qu'il fait uniquement usage de sa nouvelle nourriture, qu'il est enfin complètement sevré. »

Trois questions se présentent lorsqu'il s'agit de sevrer un enfant : k quel âge doit-on le sevrer? quelles précautions faut-il prendre pour qu'il ne souffre pas de la privation du lait maternel? quelle est la nourriture qui doit remplacer la lactation?

Il est impossible d'établir une régule générais relative k l'âge auquel les entants doivent être sevrés. Tous ne peuvent pas l'être k la même époque. Il en est qui sont faibles et mal constitués, d'autres très-robustes et précoces; le lait de la nourrice est plus ou moins nutritif, plus ou moins vivifiant; l'état de la inère elle-même et le travail de la dentition doivent surtout être pris en considération. La mère doit sevrer de bonne heure son enfant si elle s'aperçoit que son lait est peu substantiel et que sa santé se détériore ; car le nourrisson lui-même ne tarderait pas k subir cette mauvaise influence, et il serait ainsi prédisposé au rachitisme et au rhumatisme noueux, au lymphatisme, etc. Lorsque le travail de la dentition tourmente les enfants, il faut se garder de les sevrer, alors même qu'ils auraient déjà atteint l'âge voulu. Ce serait les exposer k un véritable danger si on les privait alors du lait de la nourrice. Si l'apparition des dents paraissait devoir être trop tardive, on pourrait, avant cette époque, habituer peuk peu les enfants k prendre une autre nourriture que le lait. Lorsque la nourrice est bien constituée, qu'elle ne souffre point de la lactation et que l'enfant trouve en elle une alimentation suffisante, il n'y a aucun inconvénient k prolonger l'allaitement. Plus les enfants sont faibles, plus on doit retarder le sevrage, k moins toutefois que leur état de faiblesse ne résulte d'une insuffisance de nutrition occasionnée par la mauvaise qualité du lait de la mère.

Dans les circonstances ordinaires, le sevrage devra être opéré de la manière suivante : la nourrice présentera d'abord une fois de moins par jour le sein au nouveau-né dans la première semaine, et ainsi de suite, les semaines suivantes jusqu'k ce que l'enfant ne tette plus qu'une seule fois par vingtquatre heures. Elle attendra alors pour présenter de nouveau le sein qu'il se remplisse et tâchera de ne le donner qu'après un jour et demi, puis deux jours etjiiême trois. En procédant de cette manière,*lu sécrétion lactée se ralentira et s'arrêtera même spontanément sans que la nourrice ait besoin d'user des médicaments antilaiteux. On préviendra encore, par ce moyen, la fièvre hectique qui se déclare très-fréquemment chez les enfants nouvellement sevrés, et qui est due ordinairement k une dépravation du tube digestif encore incapable de supporter une alimentation exclusivement solide. Mais les principales précautions à prendre sont celles qui concernent la remplacement de la nourriture primilive par de nouveaux aliments auxquels les enfants ne sont pas encore habitués. On conçoit aisément qu'on ne peut pas les nourrir k cet âge comme on nuurrit les adultes ; il est des substances alimentaires que l'on doit rechercher, tandis qu'il en est, d'autres qu'on doit rejeter. Tous les médecins sont u'aeccord, en général, pour donner aux enfants faibles des bouillons nutritifs et des sucs de viande pour relever laurs forces; il faut seulement surveiller, en pareil cas, le tube digestif pour prévenir ou combattre une irritation si elle venait k se produire ; car une nourriture trop forte ou trop abondante est cause assez souvent d'une phlegniasie de la muqueuse intestiuale, qui se traduit par une grande diarrhée k laquelle succombent beaucoup d'enfants. La panade faite avec uu lait, du bouillon, et de l'eau de riz si les enfants ont du dévoiement, est une excellente nourriture. Pour boisson, on leur uonne ordinairement du lait coupé avec un autre liquide ; l'usage du vin et de la viande no doit arriver que peu k peu et avec beaucoup de ménagements.

Voici ce que dit M. Desormeaux de la bouillie faite avec du froment et du lait, qui a été, pendant longtemps, presque l'unique aliment des enfants en bas âge : ■ Depuis que Jean-Jacques Rousseau a éloqueitunent déclamé contre cet aliment, la bouillie a encouru le blâme général, et on a proposé de

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lui substituer une foule d'autres substances qui presque toutes ne la valent pas. Un médecin, dont l'autorité en pareille matière est bien au-dessus de celle de Jean-Jacques Rousseau, Halle, ne s'est pas laissé aller à cet entraînement général. En effet, de toutes les farines qui servent à la nourriture de l'homme, la farine de froment est celle qui fournit le meilleur aliment; elle est certainement préférable à la fécule de pommes da terre et autres substances purement féculentes qu'un grand nombre de personnes lui substituent pour faire des bouillies avec du lait. Je sais que beaucoup d'enfants périssent d'indigestions produites par de la bouillie de froment mal préparée et donnée en trop grande quantité. Mais tout autre aliment mal préparé ou donné en trop grande quantité ne produira-t-il pas d'aussi funestes effets? Au lieu de ces bouillies, on donne souvent aux enfants une panée faite avec de la mie de pain de froment séchée, réduite en farine grossière et cuite ensuite dans l'eau jusqu'à ne plus former qu'une sorte de gelée homogène, qu'on peut passer nu travers d'un tamis de soie et à Inquelle on ajoute un peu de sucre, et même quelquefois de lait. Si on doit substituer un aliment à la bouillie, ce serait celui-là qui me semblerait mériter d'être adopté. »

Parmi les autres aliments qu'on pourra donner progressivement à l'enfant nouvellement sevré, on doit citer la semoule, les panades avec du beurre et du jaune d'œuf, des potages faits avec des bouillons de viande légers, augmentant ainsi progressivement la consistance et la quantité de la nourriture jusqu'à l'amener à l'alimentation habituelle.

« Je ne saurais trop répéter, dit encore M. Desormeaux, qu'une diète ténue et liquide est celle qui convient le mieux aux enfants, comme Hippocrate l'exprime et comme on l'avait sûrement déjà observé avant lui. J'ajouterai que c'est bien à tort que l'on croit fortifier les enfants en leur donnant des jus de viande, du vin et d'autres aliments trèssubstantiels et stimulants qui peuvent peutêtre convenir dans quelques états de maladie, mais qui, en général, développent un état d'excitation, de tièvre même qui produit un résultat opposé à celui qu'on se propose, i

— Art vétér. On ne saurait rien établir de positif sur l'âge auquel on doit sevrer les jeunes animaux; chez eux, l'époque du sevrage doit varier, non-seulement dans les différentes espèces, mais encore quelquefois dans les individus d'une môme espèce. L'état de la mère et celui de son lait doivent aussi être pris en considération. Si la mère travaille, si elle porte, si elle est médiocrement nourrie, elle a peu de lait ; on peut sans inconvénient cesser de faire teter son petit. Mais il n'en est pas de même si elle reçoit une nourriture abondante et si la sécrétion des mamelles est active. Elle désire alors ardemment le petit, son instinct l'excite à sa recherche, et la tension douloureuse que produit le lait augmente encore ce désir. Lorsqu'elle est malade et que son lait exerce une action irritante sur le nourrisson, il est utile de sevrer celui-ci, au moins pour lui ; mais comme, da,ns nos animaux domestiques, nous avons plus d'intérêt à conserver la santé de la mère que celle du petit, toutes les fuis qu'il est utile à la première de continuer l'allaitement, on s'inquiète peu de l'effet que pourra en ressentir le petit, qui n'a pas encore une grande valeur. Il est une précaution qu'il ne faut jamais négliger de prendre, c'est celle de sevrer lentement, en accoutumant peu à peu le petit à sa nouvelle nourriture. Ainsi, on commence par diminuer la nourriture et augmenter le travail pendant quelques jours avant d'éloigner le petit ; ces moyens suffisent seuls dans les femelles pleines, surtout si on les prive graduellement de leur nourrisson, en ne permettant plus à ce dernier d'approcher de sa mère qu'à certaines heures, Jusqu'à ce qu'on soit arrivé au point de ne le laisser teter que le matin, à midi et le soir. Ensuite, on supprime une fois, puis deux, et enfin toutes les trois. Mais, en même temps, on donne au petit des aliments convenables, d'abord en petite quantité, toujours choisis, évitant ceux qui exercent trop l'activité des organes digestifs. Quand on est obligé de faire un sevrage trop brusque, il faut traire les femelles d'abord tous les jours, ensuite tous les deux jours, et, au besoin, faire des lotions sur les mamelles avec des liquides froids astringents ou administrer un ou deux purgatifs.

On a cru pendant longtemps que les poulains, pour devenir de bons chevaux, avaient besoin du lait de leur nourrice pendant neuf à dix mois au moins, et même qu'on devait les laisser teter pendant onze, douze mois et ne faire porter les juments que tous les deux ans. Mais Lafont-Paulati avait déjà remarqué qu'un jeune poulain qui tette pendant un an a le tempérament moins ferme, moins vigoureux, le sang moins vif, la teille moins dégagée que celui qui est sevré plus tôt. Aujourd hui, c'est vers l'âge de six mois environ que l'on sèvre les poulains. Quand ils vivent dans de très-bons pâturages, qu'ils reçoivent du grain au râtelier, ils se sèvrent même naturellement à l'âge de sept à huit mois. Il faut donner au jeune poulain qu'on sèvre des aliments bien divers pour maintenir l'appétit et lui donner une bonne consti-

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tution : des grains concassés cuits ou macérés, des farines, des carottes, des pommes de terre, des navets de Suède, etc. A l'époque du sevraye, les Anglais donnent aux poulains une drachme ou une drachme et demie d'aloès avec autant de savon de Castille et autant de gingembre ; mais un régime rafraîchissant, relâchant même, est préférable à cette médication.

Quant aux jeunes animaux de l'espèce bovine, on les sèvre à des époques variables, selon la facilité que l'on a de vendre le lait et de remplacer ce liquide par des substances propres à bien nourrirles jeunes animaux. Dans la plupart des pays, on ne laisse teter que trente à quarante jours au plus les veaux que l'on destine à la boucherie; si on ne les livre immédiatement au boucher, on leur donne des œufs crus et du lait bouilli avec de la mie de pain pour les engraisser plus proinptement. Mais les animaux qu'on élève pour le travail où la reproduction sont sevrés vers l'âge de deux à cinq mois et d'une manière graduée. On commence à les sevrer en leur donnant un peu de foin choisi ou de la bonne herbe, afin de les accoutumer insensiblement à cette alimentation. On augmente progressivement leur ration en fourrage et l'on diminue le lait dans le même rapport, en ayant soin de traire les mères avant de faire teter les nourrissons. De cette manière, on pratique le sevrage sans que les vaches s'en aperçoivent. Dès que les veaux mangent bien, on peut les séparer pour toujours de leur mère. Lorsque les élèves vivent avec les mères à l'état de liberté, ils se sèvrent vers l'âge de six à sept mois et quelquefois auparavant. Si l'on veut hâter ce moment, sans séparer les petits des mères, on met aux premiers des muselières qui ne leur empêchent pas de paître, mais qui sont garnies de pointes. Alors, quand les veaux s'approchent des vaches pour teter, ils les piquent et les font fuir. Mais ce moyen a l'inconvénient de tourmenter les animaux. On peut sevrer dès l'âge de deux mois les agneaux qui sont nés tard, c'est-à-dire près de la saison où il y a de l'herbe aux champs ; quant à ceux qui naissent en décembre ou janvier, on peut les sevrer plus tard et attendre quatre ou cinq mois. On doit se régler, à cet égard, sur la force des petits sujets et la facilité qu'ils ont de trouver dans les pâturages une nourriture convenable.

L'opération n'offre rien de particulier; on se borne seulement à faire teter plus rarement les agneaux à mesure qu'on augmente leur ration et qu'on diminue celle des mères. On donne aux élèves du bon foin, du regain, des . racines, des graines concassées, du son et de la farine d'orge. On continue ce régime jusqu'à l'âge de six ou huit mois. Une fois sevrés, les agneaux mâles et femelles doivent être sépurés et ne plus revoir leurs mères ; car les agneaux mâles, devenant aptes à la copulation dès l'âge de cinq à six mois, pourraient féconder les mères et même les agnelles. Celles-ci ne profiteraient plus, celles-là ne donneraient peut-être que de faibles productions, et les jeunes béliers s'énerveraient, tandis qu'en isolant ceux-ci à temps on prévient tous ces inconvénients.

Quant aux cochonnets, on les sèvre généralement vers l'âge de deux mois. « On doit, dit d'Arboval, commencer par les mener aux champs pour paître l'herbe, si la saison le permet, et leur donner soir et matin de l'eau blanchie avec de bon son et du lait. Les lavures d'écuelles, mêlées avec le lait ou le petit-lait, constituent un bon aliment. En hiver, on fait tiédir ces lavures sur le feu, puis on les jette dans l'auge avec le son, quelques légumes ou fruits cuits, ou bien aussi quelques morceaux de graisse. On entretient ainsi les jeunes porcs jusqu'au moment où les herbes commencent à fournir la meilleure partie de leur nourriture; on les envoie ensuite aux champs tous les jours jusqu'à la fin de l'été. « Quant aux animaux de l'espèce canine, on les sèvre ordinairement vers l'âge de trois mois. On les nourrit avec des soupes maigres et du pain. Il faut surtout éviter de leur donner de la viande salée et épicée pendant leur première année.

— Hortic. Quand une marcotte a émis assez de racines pour pouvoir vivre par ellemême- et sans le secours de la sève qu'elle recevait du pied mère, on la sépare de celui-ci et elle forme alors un nouvel individu tout à fait indépendant. C'est cette opération que l'on désigne sous le nom de sevrage. Elle se fait en une ou plusieurs fois, suivant la vigueur et le tempérament du sujet. On a remarqué souvent un temps d'arrêt dans la production des nouvelles racines et dans l'accroissement de celles qui sont déjà formées ; dans ce cas, il est quelquefois avantageux de sevrer la marcotte avant l'époque où elle doit être arrachée pour être plantée à demeure. Mais souvent la marcotte périt ef l'opération est manquée; on doit donc, avant de l'entreprendre, s'assurer que la marcotte est assez bien enracinée pour se suffire à elle-même.

■ Quelques jardiniers, dit Bosc, Bèvrent toutes leurs marcottes un an avant de les enlever, d'autres le font dès que la sève d'automne est passée, quelques-uns même avant la sève d'août. Quand on les sèvre un an d'avance, on a. des marcottes très-bien enracinées, dont la vigueur assure la reprise,

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mais on perd le terrain propre à en faire d'autres. Quand on les sèvre entre les deux sèves, on détermine la pousse de nouveaux bourgeons Sur la mère, bourgeons qui pourront être couchés dès le printemps suivant et former de nouvelles marcottes. « Il serait donc difficile de formuler à cet égard une règle générale ; les circonstances particulières où l'on se trouve influent beaucoup sur la saison où l'on doit opérer; toutefois, dans la plupart des cas, la meilleure époque est celle du repos de la végétation, qui s'étend, suivant les climats, depuis octobre ou novembre jusqu'en février ou mars. Pour les végétaux sensibles au froid, on sèvre les marcottes à l'automne, puis'ou leur fait passer l'hiver, les unes tout près des autres, soit en serre froide, soit en jauge, contre un mur exposé au midi, sous une couverture de feuilles, de litière ou de paillassons qui les garantit des gelées.

Quand on sèvre des marcottes, il faut les couper près de.leur origine, supprimer la partie du talon qui n'a pas de racines, raccourcir un peu ces dernières si elles sont trop longues, puis planter les marcottes en pépipinière pour qu'elles prennent de la force et forment des tiges ou des touffes. Les espèces vigoureuses peuvent quelquefois être employées la même année; mais les essences délicates, qui souffrent plus ou moins du sevrage, doivent être, après cette opération, mises sous châssis, abritées contre le soleil et privées d'air pendant quelque temps.

SEVRE NANTAISE, en latin Suavedria, rivière de France. Elle prend sa source dans le département des Deux-Sèvres, arrond. de Parthenay, dans le canton et à 6 kilom. 0. de Secondigny, coule au N.-O., sépare, sur une petite partie de son cours, le département des Deux- Sèvres de celui de la Vendée, entre dans ce dernier département et le sépare du département de Maine-et-Loire, pénètre ensuite dans le département de la Loire-Inférieure, passe à Clisson, Vertou et se jette dans la Loire, à Nantes, au faubourg de la Madeleine, après un cours de 126 kilom., dont 16 navigables. Son principal affluent est la Moine.

SEVRE NIORT AISE, en latin Sépara, rivière de Fiance. Elle prend sa source dans le département des Deux-Sèvres, urrond. de Melle, dans les collines du village de Seporet, canton de Chenay, coule d'abord au N.-E., puis au N.-O., baigne La Mothe-Sainte-Héray, Niort, continue son cours vers l'O., se divise en plusieurs bras très-profonds et très-sinueux, sépare ensuite le département de la Vendée de celui de la Charente-Inférieure, passe à Marans et se jette dans l'Atlantique, à l'anse de l'Aiguillon, après un cours de 155 kilom. , navigable sur 85, de Niort à l'Océan. Ses principaux affluents sont : ï'Autise, la Vendée et le Mignon.

SEVRER v. a. ou tr. (se-vré — du latin separare, d'où nous avons tiré aussi la forme plus moderne iéparer. Sevrer et son composé désevrer signifiaient autrefois séparer, éloigner de. Change e en è devant une syllabe muette : Je sèvre ; je sèvrerai). Déshabituer de teter, éloigner définitivement du sein : Sevrer un enfant. Sevrer des agneaux. On sevré trop tôt les enfants. (J.-J. Rouss.)

— Fig. Priver : On l'A. sevré des droits, des avantages attachés à cette place. Un contre-temps m'A sevré du plaisir dont je m'étais flatté. (Le Sage.)

Un jour, le temps jaloux, d'une haleine glacée, Fanera te» couleurs comme une fleur passée

Sur ces lits de gazon, Et sa main flétrira sur tes charmantes lèvres Ces rapides baisers, hélas ! dont tu me sèvres

Dans leur fraîche saison.

Lamartine.

— Hortic. Sevrer une marcotte, La séparer du pied mère, après qu'elle a pris racine : Quelques jardiniers sèvrent toutes leurs marcottes un an avant de les enlever. (Bosc.)

Se sevrer v. pr. Etre sevré : Les enfants SB sèvrent ordinairement de douze à quinze mois.

— Se priver soi-même : Se sevrer de tout plaisir. Le malheur des temps l'a obligé à se sevrer de bien des choses. (Acad.)

— Syn. Sevrer, frustrer, priver. V. FRUS- TRER.

SÈVRES s. m. (sè-vre). Porcelaine faite à la fabrique de Sèvres : Un service en sèvres. Il Vieux sèvres, Porcelaine fabriquée à la manufacture de Sèvres avant la Révolution.

SÈVRES, ville de France (Seine-et-Oise), ch.-l. de canton, arrond. et à 9 kilom. N.-E. de Versailles, sur la rive gauche de la Seine, à 10 kilom. S.-O. de Paris; pop. aggl. , 5,631 hab. — pop. tôt., 7,096 hab. Impressions sur étoffes, blanchisseries de toiles, distilleries, pépinières. Son église, qui date du xmo siècle et a été fréquemment restaurée, n'offre rien de remarquable. Sèvres doit sa célébrité européenne à sa manufacture nationale de porcelaine, dont nous allons parler dans l'article suivant.

Sèvre* (manufacture de). Morin, chimiste de Toulon et membre de l'Académie des sciences, établit à Saint-Cloud, en 1695, une fabrique de poterie dont la direction fut confiée à des potiers du nom de Chicanueau,qui

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prirent pour marque un soleil, sans doute dans un but de flatterie à l'adresse de Louis XIV. Cette fabrique, visitée en 1700 par la duchesse de Bourgogne, obtint des privilèges en 1702. En 1722, Henri Trou, gendre de Chicanneau, et son frère Gabriel prirent la direction de l'établissement. De cet atelier, où l'on avait la prétention d'imiter la porcelaine de Chine, sont sorties un assez grand nombre de pièces que l'on reconnaît à un uécor bleu symétrique, sur une pâte d'un blanc laiteux un peu épaisse. En 1735, les frères Dubois, l'un peintre et l'autre modeleur, tous deux transfuges de la fabrique de Saint-Cloud, fondèrent à Chantilly, sous la protection du prince de Coudé, une manufacture qui fut placée sous la direction de Cicaire Oiroux et qui imita avec uit assez grand bonheur certains décors chinois. En 1740, les frères Dubois vendirent les secrets de leur fabrication au ministre des finances, Orry, qui les établit dans les bâtiments du château de Vincennes ; mais les essais n'ayant point réussi, les Dubois furent remplacés par un «nommé Gravant, un de leurs ouvriers. En 1745, Orry de Fulvy, frère du minisire, se lit concéder la nouvelle manufacture pour une durée de trente ans, sous le nom des frères Adam. Une société de huit bailleurs de fonds dont chacun versait 30,000 francs, fut alors formée sous la direction du sculpteur Charles Adam. Boileau fut placé à la tète de l'exploitation. Le secret de la composition des couleurs fut vendu à la nouvelle société par uu certain Caillât et celui de la dorure par le frère Hippolyte; Hellot était l'arcaniste ou le chimiste de la fabrique, Duplessis le modeleur des formes et Mathieu, émailleur du roi, le dessinateur des ornements, que l'on continua d'imiter d'après les porcelaines chinoises. Le privilège accordé à Adam passa, en 1753, à Eloi Briohard, en exécution d'un arrêt du roi qui s'était associé à la fabrique pour un tiers (d'autres disent pour les trois quarts) du capital. L'établissement, placé à cette époque sous la direction de Boileau, produisit de belles porcelaines à pâte tendre qui obtinrent un tel succès, que les ateliers de Vincennes devinrent insuffisants et qu'on les transporta, en 1756, dans des bâtiments construits exprès à Sèvres. Quatre ans plus tard, le roi acheta le reste des actions et devint ainsi seul propriétaire de la manufacture à laquelle il consacra environ 90,000 francs par aunée. Un arrêt du conseil royal, en date du 17 janvier 1760, résilia les privilèges précédemment accordés. L'article 8 de cet arrêt est ainsi conçu : • La manufacture de Sèvres, près de Saint-Cloud, continuera d'être exploitée sous le titre de manufacture de porte lainesde France. Ellejouira, conformément à nos arrêts des 24 juillet 1745 et 19 août 1753, du privilège exclusif de faire et fabriquer toutes sortes d'ouvrages et pièces de porcelaine peintes ou non peintes, dorées ou non dorées, unies ou de relief, en sculpture, fleurs ou figures. Fait de nouveau Su Majesté défense à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles puissent être, de fabriquer et faire fabriquer , sculpter , peindre ou dorer aucun desdits ouvrages, sous quelque forme que ce puisse être, et de les vendre ou débiter, à peine de confiscation tant desdites porcelaines que des matières et ustensiles servant à leur fabrication, de la destruction des fours et de 3,000 livres d'amende pour chaque contravention, applica-" blés, un tiers au dénonciateur, un tiers à l'Hôpital général et l'autre tiers a ladite manufacture royale. Sa Majesté, voulant néanmoins favoriser les privilèges furticuliers qui auraient été ci-devant obtenus et qui pourraient être dans la suite renouvelés , pour la fabrication de certaines porcelaines communes, poterie à pâte blanche ou faïence, permet aux fabricants desdites porcelaines communes d'en continuer la fabrication «en blanc et de les peindre en bleu façon de Chine seulement; leur fait Sa Alajeste tresexpresses inhibitions et défenses, sous les peines ci-dessus, d'employer aucune autre couleur, et notamment l'or, et de fabriquer aucunes figures, fleurs de relief ou autres pieces de sculpture, si ce n'est pour garnir et coller auxdits ouvrages de leur fabiicatiun. A l'égard des fabricants de poterie u pâte ou faïence, Sa Majesté leur permet d'eu continuer l'exploitation , sans néanmoins qu'ils puissent les peindre en fond de couleur, en cartouches ou autrement, ni employer or, sous les mêmes peines. ■ Comme ou voit, les fondateurs de la manufacture royale n'eurent d'autre préoccupation que de la prémunir contre la concurrence de l'industrie privée ; les privilèges excessifs qu'ils lui assurèrent eurent pour effet inévitable de tuer la fabrication de la porcelaine en France. La Révolution est venue heureusement détruire ce monopole, comme élle-en a détruit tant d'autres.

Quelque beaux qu'ils fussent, les premiers produits de la manufacture de Sèvres n'étaient que de laporcelaine à pâte tendre, d'un excellent usage pour le décor, parce que les couleurs s'y incorporaient facilement sur la couverte fusible à une basse température mais de peu de résistance pour un emploi journalier. En raison même de cette fragilité, ceux que le temps a épargnes atteignent aujourd'hui des prix exorbitauts dans les ventes publiques. Les décors à fleurs de 1 année 1760 sont particulièrement estimés.

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En 1761, P.-A. Hannong, de Strasbourg, fils du directeur de la fabrique de Krankenihal (Palatinat), vendit à la manufacture de Sèvres le secret de la fabrication de la porcelaine à pâte dure ; mais, pour utiliser ce secret, il fallait posséder le kaolin, produit naturel qui, en Chiite et en Allemagne, avait permis de faire cette poterie, et aucun gisement n'était encore connu en France. Le naturaliste Guetlard, ayant trouvé prèsd'Alençon un kaolin de basse qualité avec lequel il fabriqua de la porcelaine grise dans le laboratoire du duc d'Orléans, publia à Paris, en 1765, une Histoire de la découverte faile en France de matières semblables dont la porcelaine de Chine est composée. Peu de temps après, un heureux hasard fit découvrir à Saint-Yrieix une matière qui, outre le kaolin nécessaire pour faire la paie, renferme encore le pe-tun-tse qui sert à fabriquer la glaçure. C'est en voulant employer, en guise de savon, une terre blanche et onctueuse qu'elle avait trouvée que Mme Darnet, femme d'un chirurgien de Saint-Yrieix, lit connaître la précieuse substance que l'on cherchait partout. Le chimiste Maouuer, ayant étudié et essayé celte terre, établit, en 1769, la fabrication de la porcelaine à pâte dure dans les ateliers de Sevrés, où celle de la pâte tendre subsista concurremment jusqu'en 1808.

Comme celle des Gobelins, la fabrique de Sèvres fut conservée pendant la Révolution. De 1800 à 1847, elle a été placée tous la direction de Brongniart qui, suivant quelques connaisseurs, aurait introduit un grand nombre de perfectionnements dans la fabrication de la porcelaine, mais qui, de l'avis de beaucoup d'autres, se serait laissé entraîner vers des recherches purement scientifiques et aurait laissé fabriquer des produits déplorables au point de vue artistique. Avant lui, la manufacture avait eu pour directeurs Boileau, Bachelier, Parent, Régnier, Batelier, Salomoi),Meyer et Hettinger; après lui sont venus MM. Ebelmen, Regnault et Robert (1871). Parmi les décorateurs en réputation qui ont été employés à Sèvres, de 1756 à 1800, on cite : Baildon, Bar, Baruest, Bertrand, Binet, Mme Binet, Boulanger, Mme Bunel, Buteux aîné, Cardin, Cattïce, Chalot, Mmc Chanon, Chapuis, Chavaux cadet, de Choisy, Commelin, Cornaille, Dasolle, Dutauda, Fumez, Mme Gérard, Grémont, Henrion, Hérieourt, Ilunny, Joyau, La Roche, Lebel jeune, Mme Maqueret, Massy, Micaud, Michel, Mirault jeune, Moiron fils, Niquel, M°>®Nouailhier, AU'e Parpette, Pfeiner, Pierre aîné, Pierre jeune, Poiiillot, Raux, Rousael, Sinsson, Siaux, Taillandier, Tandart, Tardi, Thévenet père, qui ont peint particulièrement des fleurs, soit en bouquets détachés, soit en guirlandes; Alonde, Armand, Boueot, Castel, C'bupuis aîné, K vans, Falot, Le> épèie, Schrader, qui ont peint des oiseaux; Bouchet, Bouillat, Castel, Schrader, des paysages; Morin, des marines et des sujets militaires; Andin, Dodin , Pithou aîné, des portraits; Buteux cadet, Caton, Gérard, Hilken, des sujets pastoraux; Dieu, Drand, Lecot, Leguay, Levé fils, des chinoiseries ; Baudoin, Falot, Gérard, Mirault aîné, Nuet, Tliévenet père, ïhévenet fils, "Vavasseur, VeiUard, Xrowt, des frises, des arabesques et autres ornemente; Bienfait, Chavaux aîné, Conirier, Fonlenelle.Grison, Jubin,LeGuay, l'rovost, Théodore, Vandé, Vincent, qui ont particulièrement réussi dans les dorures. Parmi les artistes de notre siècle, nous citerons : Jules André, Antoine Béranger, Fr. Barbier, A. Boulliuner, Cb. Develly, Didier, Mino Dueluzeau, Fonuine, Georget, Huard,K. Jnllienne, Langlancé, Le Bel, Le Guay, Philippine, Ach. Poupart, Régnier, L.-F. Schilt, P. Sinsson.Swebach, Constantin, Jaeobber, Mme Jacottot, Robert, etc. Indépendamment des marques paniculières k chacun de ces artistes^ les produits de la manufacture de Sèvres portent la date de leur fabrication. En 1769, année où parut une comeie, la marque adoptée à Sevrés fut une comète à queue. Sur une tasse avec sa soucoupe, faisant partie de la collection de M. Chainpfteury et qui a été fabriquée sous la première République, ou voit le niveau égalitaire, le bonnet rouge et des rubans tricolores.

Les porcelaines de Sèvres du temps du premier Kinpire sont remarq ables par la roideur de leurs formes et la laideur... académique de leurs décors. C'est de cette époque que date l'abus qui a été fait des compositions historiques et des reproductions de tableaux de maîtres pour l'omemenpaiion des vases, des coupes, des plats même et des assiettes, abus qui s'est prolonge jusque sous le règne de Napoléon 111 et qui n'est peutêtre pas entièrement détruit aujourd'hui. Dans un article publié par la lieoue des Deux- Mondes (juin 1862;, M. Adalbert de Beaumont a formulé les critiques suivantes contre ce système de décoration : a La manufacture de bevres est une des gloires de l'industrie française ; elle a porte autrefois jusqu'en Chine quelques-uns de ses produits, précieusement conservés comme objets d'art dans les palais impériaux; mais ce qu'elle savait fabriquer alors, elle ue le sait plus aujourd'hui. Méconnaissant les vrais principes, elle a voulu, par trop d'ambition, par trop de foi peut être dans les ressources de la science et sans but déterminé, se jeter dans une voie qui n'est point la sienne et qui aboutit forcément à une impasse... Nous voudrions avant

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toute chose voir la manufacture de Sèvres chercher, comme celle de King-te-tchin, les couleurs unies , mais non pas uniformes , c'est-à-dire modulées, vibrantes, comme l'exigent les lois de la couleur, et qui, par l'éclat et la finesse des nuances, valent tous les sujets décoratifs les mieux réusais. Loin de là, elle passe son temps à chercher ces gammes de tons si péniblement trouvés à force d'essais, d'argent et de patience, et si funestes à la décoration céramique, car ils n'ont leur raison d'être que dans la peinture à l'huile. C'est là l'erreur funeste, c'est la le vice inhérent à tout ce qu'elle enfante. La chimie, qui domine tout ici, ne veut admettre que les procédés mathématiques et les formules certaines. Les seules couleurs dont elle fait cas Sont celles de grand feu; peu lui importe le charme de la nuance. Ainsi, cet oxyde de chrome, dont Sèvres est fière d'avoir fait la découverte en 1802 et qu'elle emploie à outrance, donne des verts et des jaunes détestables et toujours inharmoniques. Voyez ces paysages, ces arbres et ces gazons d'un ton si faux, si dur, si écrasant, qui couvrent les vases et les assiettes 1 N'est-ce pas un ennemi véritable introduit dans la gamme des couleurs? On croit logique de se proposer comme but suprême de I art industriel l'imitation de la peinture à l'huile, parce que ses ressources puissantes permettent de reproduire le relief et la couleur, et l'on ne songe aucunement à la forme, à la dimension ou à l'usage de l'objet qu'il s'agit de décorer. La Vierge à ta chaise, un portrait de Van Dyck ou tel autre chef-d'œuvre de ce rang sont reproduits sans hésitation au fond d'un plat ou sur le ventre d'une potiche. Vous sortez de même des lois du bon sens et du bon goût, lorsque vous imitez en porcelaine l'argent, le bronze, l'or ou l'acier. Le résultat ne saurait être qu'un pitoyable objet d'art... Si vous voulez le progrès dans l'art du décor céramique, renoncez à ce système déplorable : « Faire de la grande peinture, » Transformer une industrie de pure décoration en un art d'expression, c'est la détourner de son but. Non-seulement il y a la difficulté de peindre sur des matériaux impropres, mais encore 1 inconvénient d'appliquer l'objet peint à un usage qui jure avec l'effet qu'on a voulu produire. Ainsi, quoi déplus ridicule que ce service de table où chaque assiette représente, d'après les tableaux de J. Vernet ou de Gudin, des marines au clair de lune, des tempêtes, des naufrages et des hommes à la mer ? Tout cela est admirablement peint, mais en désaccord complet avec le bord rouge, vert ou bleu qui encadre ce tableau, et l'œil n'est pas moins choqué que le goût par ces contresens. Aussi le public qui admire s'écrie-t-il tout d'abord que ce joli plat devrait être encadré, critique d'autant plus sévère qu'elle est offerte comme un éloge. Et pourtant voilà des assiettes - tableaux qui reviennent à 500 francs la pièce, tant il faut de soins et de patience pour obtenir ce résultat si déplorable au point de vue de l'art céramique 1 Sous Louis XV et au commencement du règne de Louis XVI, lorsqu'on se permettait de faire, soit un portrait sur un vase ou une assiette, soit des Amours et parfois des paysages, c'était avec une légèreté de touche, une fraîcheur de nuancés qui laissaient la chair, les draperies ou les fleurs sans ombres, sans traits noirs, sans dureté, mais seulement tracées et modelées, ou, pour mieux dire, modulées par des nuances du même ton. Souvent le paysage était peint tout en rose, en bieu ou eu violet, avec les dégradations de ces couleurs, et cela suffisait à l'ornementation. Ou se gardait bien alors de ces entassements de dessins et de couleur que, par un singulier euphémisme, vous appelez composition, de ces ombres noires que vous prenez pour du relief et qui percent le vase an lieu je l'arrondir. ■

Ces critiques ne sont pas seulement spirituelles , elles sont malheureusement justes. La réputation dont la manufacture de Sevrés jouit dans le monde entier n'en est pas moins méritée, si l'on a égard aux perfectionnements considérables qu'elle a apportés dans la composition des pâtes, les procédés de façonnage, d'encastage et de cuisson, la pureté, la variété des formes, le glacé, l'éclat des couleurs, la peinture en bleu sous couverte, la sculpture en cru sur' fond de couleur, les \itraux colorés, la peinture sur émail, etc.

Indépendamment do la porcelaine à pâte tendre et à pâte dure , Sevrés a fabriqué aussi des porcelaines à relief biscuit sur fond bleu, sans émail, dans la manière des faïences biscuit anglaises de Wedgwood. Ce sont particulièrement des médaillons historiés d'une grande finesse de pâte et de bons modules, représentant des grands hommes de toutes les époques, Cicéron, Brutus, Galilée, Gassendi , Molière , Corneille, Racine, Diderot, fllurat, La Fayette, Marlborougb, Newton, Locke, etc. Il parait que les repasseuses qui travaillaient à cette porcelaine k biscuit mouraient toutes jeunes et poitrinaires. Les contre-façons de ce genre d'ouvrages sont tiès-nombieuses.

A la manufacture de Sevrés est annexé un musée céramique fondé, eu 1805, par Brongniart, mais dout le développement doit être attribué aux soins et au zèle persévérant du peintre Hiocreux qui en a été longtemps le conservateur. Composé de toutes sortes de

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productions céramiques, anciennes et modernes, ce musée est particulièrement destiné à l'étude technique des poteries, de la marche progressive de leur fabrication et des manufactures des différents pays. Les produits, depuis la brique jusqu'à la porcelaine, y sont rangés par ordre chronologique : poteries grossières et charbonneuses trouvées parmi les ustensiles en os et en pierre ; briques entaillées de Khorsabad, magnifiques porcelaines de l'extrême Orient , ustensiles barbares de la Polynésie, vases exquis de l'antique Grèce et de l'Etrurie, faïences artistiques de la Renaissance , rustiques figulines de Bernard de Paiissy, produits d'une infinie variété créés par les céramistes modernes de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Italie, de la France, etc.

A la fin du second Empire, la manufacture de Sèvres fut transportée des bâtiments où ses ateliers étaient établis depuis 1756 dans de nouveaux bâtiments construits k l'extrémité du parc de Saint-Cloud, et dont les ateliers sont cachés par une pompeuse façade. A celte époque, la manufacture de Sèvres, qui coûte annuellement k l'Etat 480,000 fr. ut qui vend à peine pour 80,000 fr. de porcelaine, était tombée dans un profond état de décadence. A l'Exposition universelle de 1867, ses produits avaient fait assez triste figure, ce qui fut très-remarque. Après la guerre de 1870-1871, de nouvelles plaintes s'élevèrent à ce sujet dans le monde artiste. « Il faut, écrivait en 1871 M. Chartes Garnier à propos de Sèvres, il faut sans hésitation rompre avec les tendances actuelles; il faut que la céramique française rejette ces vases mal dessines et mal composés, qu'elle renonce à ces maigres et timides peintures sur porcelaine exécutées înievrement, sans aspect défini, sans volonté, sans couleur, j Quelques-uns demandèrent que Sèvres cessât de produire commercialement et que la manufacture fût transformée en une école de hautes études céramiques , expérimentant tous les produits nouveaux, formant des chimistes, des contre-maîtres, ouvrant à l'étude les laboratoires les mieux outillés, la bibliothèque la plus riche, le musée céramique le plus complet. D'autres proposèrent de donner à la manufacture pour directeur non un chimiste, mais un artiste, comme étant seul capable d'assurer la supériorité des produits. M. Jules Simon, alors ministre de l'instruction publique, mit, en 1871, M. Robert à la tête de la manufacture, en remplacement de M. Regnault. Mais le nouveau directeur, ne sachant vers quel style il fallait tendre, demanda au ministre de nommer une commission pour lui tracer sa ligne de conduite. M. Simon institua en conséquence, eu juillet 1872, une commission de perfectionnement, Composée d'abord de six membres, puis de treize(1874), etdontfaisaientpartieMii. Charles Blanc, Robert, Duc, Mazerollea, Adrien. Dubouché, etc. Cette commission ouvrit une longue enquête, à la suite de laquelle elle chargea M. Duc, le célèbre architecte, de rédiger un rapport qui fut loin de répondre aux espérances de ceux qui désiraient une reforme sérieuse. Ce rapport, après avoir déclare que la fabrication éiait o supérieure, > que les artistes avaient pour la plupart • une virtuosité sans égale, » affirma que » l'éducation et l'instruction seules manquent a cet ensemble de belles qualités. » En conséquence, la commission conclut en demandant : 1° la création à Sèvres d'une école élémentaire, graduée et pratique de dessin, dans laquelle les élèves entreraient à la suite d'un concours; 2<> la création d'un concours national annuel, à la suite duquel le modèle couronné serait exécuté à Sèvres dans le cours de l'année et prendrait le nom de l'auteur. Le ministre de l'instruction publique, par un règlement publié dans le Joumai officiel le 18 février 1875, institua ce concours et un prix, dit prix de Sèvres, d'une valeur de 2,000 francs. Ce même mois, le ministre décida qu'une école de mosaïque, réclamée depuis longtemps par M. J. Garnier, serait instituée à la manufacture de Sèvres.

SÈVRES (DEUX-) , division administrative de la région occidentale de la France, formée en 1790 de parties des provinces du Poitou, de l'Aunis, de la Saintonge et des marches communes ds la Bretagne et du Poitou. Elle tire son nom des deux rivières de Sèvres qui y prennent leur source, l'une au N., l'autre au S. Borné au N. par le département de Maineet-Loire, a l'E. par celui de la Vienne, au S. par ceux de la Charente et de la Charente- Inférieure, à l'Oi par celui de la Vendée, ce département mesure, du N. au S., 133 ki.om. et 73 de l'E. à l'O. Supetficie, 599,983 hectares, dout 409,738 en terres labourables, 73,127 en prairies naturelles, 21,660 eu vignes, 1,595 en autres cultures arborescentes, 21,116 en pâturages, landes, bruyères, pâtis, 72,752 eu bois, forêts, étangs, chemins, cours d'eau, etc. Il est adiuinistratjvement divisé en quatre arrondissements: Niort, chef-lieu; Bressuire, Melle et Parthenay. Il comprend 31 cantons, 356 communes et 331,243 hab. Il forme, avec le département de la Vienne, le diocèse de Poitiers, suîl'iagant de Bordeaux ; il ressortit à la cour d'appel de Poitiers, à l'académie de Poitiers, à la 24# conservation des forêts.

Le sol de ce département, généralement formé de terrains calcaires jurassiques , pré-

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sente dans la forme de sa surface de grandes variations. La partie septentrionale forme un massif montueux, coupé de vallées profondément encaissées; cette région, appelée Gàtine et nommée aussi Bocage, à cause de ses bois, présente partout une campagne agreste et sévère; elle est coupée par une chaîne saillante constituant la ligne de partage des eaux de la Loire et celles de la Sevré Niortaise et de la Charente; cette chaîne peu élevée n'est qu'une section du contrefort des monts d'Auvergne; sa hauteur varie de 160 à 272 mètres. Elle présente une succession de collines rocheuses, où croissent le seigle, les bruyères et les genêts; ses vallées, arrosées de nombreux ruisseaux, renferment de belles prairies et des champs où abondent les chênes et les châtaigniers. La partie méridionale, dite la Plaine, est un pays plat, légèrement ondulé, fertile en blé et en pâturages. Dans cette région, on distingue un district nommé le Marais, situé au S.-O., dans l'arrondissement de Niort. Ce pays charmant, sillonné de nombreux canaux qui le fertilisent, est ainsi décrit par M. Lukomski , dans la Géographie des Deux-Sèvres : « Comme Venise, le Marais à ses gondoles ; les canaux y tiennent lieu de sentiers. Chaque habitant a sa barque amarrée à la rive, et là, comme à Venise, toutes les communications se font par eau. Les nombreux îlots que forment ces canaux sont appelés mottes et terrées. Les mottes, successivement créées du limon provenant du curage périodique des fossés qui les longent, sont des jardins où l'on cultive avec un grand succès divers légumes et le chanvre; les terrées sont couvertes de peupliers, d'aunes et de trembles, mais surtout de frênes et de saules. Ces arbres, dont les racines plongent dans un sol tourbeux , poussent avec une vigueur extraordinaire et fournissent des émondes d'un bon produit. ■ Le département est arrosé par plus de trois cents cours d'eau qui prennent leur source dans la chaîne de collines dont nous avons déjà parlé et dans le plateau de la Gàtine; les' plus importants sont : la Sèvre Niortaise et la Sèvre Nantaise, la Vendée, l'Autise, l'Argenton, la Boutonne, la Dive, le Thouet et le Taillé. Le département, arrosé en outre par le canal du Mignon, ne renferme point de lacs; mais on rencontre dans ia partie septentrionale un grand nombre d'étangs et de vastes marais dans la région du Sud. Les richesses minérales des Deux-Sèvrea sont importantes et variées : on trouve des mines de fer, dont un certain nombre sont mises en exploitation; celles de l'arrondissement de Parthenay alimentent les forges de La Mcilleraie, et celles de Sauzé-VaussaiSj de MontalenibiTt, envoient leurs produits aux usines de Ruffec, dans la Charente. Aux environs de Melle, il y a des gisements de initierai de plomb; k Saint-Laure, une mine de houille ; dans l'arrondissement de Bressuire, du minerai d'antimoine. On trouve près de ■ Châtillon des eaillous transparents, qui imitent la topaze de Bohême ; près d'Ardin, plusieurs variétés de marbre ; de beaux cristaux de quartz colorés en rouge, en vert et en violet près de Celles; sur plusieurs points des argiles en grande quantité ; des marnes, des schistes, des pierres calcaires et à bâtir, etc.

La température est loin d'être uniforme sur tous les points du département : les froids sont plus vifs et plus longs, les chaleurs de plus courte durée dans le Bocage que dans la Plaine ; dans cette dernière région, la chaleur de l'été y est tempérée par des brouillards très -fréquents et très-épais. Les vents du N.-E., du S. et du S.-O. sont ceux qui régnent le plus fréquemment à Niort et dans les environs; ceux de l'O., du N.-O. et du S.-O. à Bressuire; ceux du N. et du S.-E. dans l'arrondissement de Melle , et enfin ceux du N. et du N.-E. à Parthenay et dans les environs.

Depuis quelques années, l'agriculture est en prugrès dans ce département, qui produit en abondance des céréales, pommes de terre, légumes secs, artichauts, asperges, choux, amandes, noix, châtaignes, vins (360 000 hectolitres, dont environ 180,000 sont consommés sur les lieux; le reste est converti en eau-de-vie). Les crus les plus estimés sont ceux de La Faye-Montjault et de Roehénard. D'autres donnent des produits agréables; tels sont ceux de Thouars, d'Ain auit, de Saiut- Varent, de Bouille-Loretz, d Argenton-le-Chàteau, etc. Un grand nombre de marais ont été desséches; des landes et des bruyères ont été défrichées dans ce département depuis un certain nombre d'années, et l'on a mis en valeur beaucuup do terrains incultes, pendant que, grâce à des amendements intelligents, on parvenait à faire produire du blé à oes terraius pauvres qui ue pouvaient produire que du seigle. Les progrès sont surtout notables dans les arrondisssements ds Parthenay et de Bressuire, eu ègurd spécialement aux difficultés a vaincre. «La jachère a presque disparu dans les arrondissements de Niort et de Melle, dit M. Greilet; les prairies artificielles se sont développées; la chaux a été employée en grand comme amendement dans les terrains argilo- siliceux, et les propriétaires ou fermiers k la tète d'exploitations un peu importantes s'attachent a cultiver les plantes tardées et les racines fourragères, à varier leurs engrais, à multiplier leurs bestiaux et à les améliorer. Dans un.

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