‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 333 sur 1059 · SÉVI · texte numérisé non relu

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de résidence royale. Son étendue était alors beaucoup plus grande qu'aujourd'hui, car elle gagnait le bord du fleuve. Il devint, k l'époque de la ronquète de Ferdinand, la résidence des rois chrétiens. Don Pedro Ier en entreprit la restauration complète de 1353 à 136-4, ainsi que l'établit une inscription encore existante ; enfin, à l'occasion du mariage de Charles-Quint, de nouveaux travaux d'agrandissement y furent exécutés (1526). Philippe II, Philippe III, Philippe V y ajoutèrent encore, l'un la décoration actuelle de la salle des ambassadeurs, l'autre la salle des armures, le dernier le vestibule de l'Apeadero. La façade principale, conçue dans le style arabe et couverte de feuillages et de ciselures, est percée d'une porte donnant accès sur une première cour, dite la Monteria, du nom des Monteros de Espinosa, qui l'habitèrent longtemps. De la Monteria on gagne, par un passage couvert, le vestibule dont nous avons parlé ; ce vertibule est supporté par une double rangée de colonnes de marbre. A droite se trouve le patio de Maria-Padilla, contenant les bains de la favorite et la chapelle royale de San-Clemente. Une portu latérale, pratiquée sous i'entrée principale de l'Alcazar, donne accès dans un patio plus vaste encore et dit patio de las Doncellas, de ce que, suivant la tradition, c'est là que les Léonais avaient coutume de venir payer chaque année aux Maures le célèbre tribut des cent vierges. Le patio de las Doncellas est entouré d'une galerie couverte; les murs en sont revêtus d'arabesques et lambrissés de faïence vernissée, étincelante. Quatre portes fotu correspondre le patio avec les plus importantes salles du palais. Le sol est dallé en marbre, et au centre s'élève une fontaine jaillissante entourée de fleurs. L'étage supérieur présente une galerie dont les ares ne correspondent pas avec ceux de hx galerie inférieure et représentent dans leur partie pleine les armes de Castille avec les colonnes u'Hercule et la devise : Nec plus ultra. Le salon des ambassadeurs est la salle la plus considérable de l'Alcazar ; sa coupole dépasse toutes les autres constructions. Cette coupole est un échantillon complet de la décoration mauresque; elle s'élance en demi-orange (média naranja), toute rutilante de couleurs variées, au-dessus de la belle galerie des rois et des reines que Philippe II plaça dans le salon des ambassadeurs, et dans laquelle il admit Maria Padilla à côté de don Pedro. C'est k l'entrée du salon des ambassadeurs que l'infant don Fadrique fut assommé par ordre de Pierre le Cruel, à coups de masse d'armes; on montre encore sur les dalles de marbre une pierre brune qui garde, soi-disant, les marques de son sang. Citons enfin le petit patio de las Mniiecas (des poupées), ainsi nommé k cause des figures qui le décorent, et un élégant oratoire gothique, contenant un autel en faïence. Ou gagne les fameux jardins de l'Alcazar (si popularisés par l'opéra de la Favorite) en passant auprès du réservoir où sont retenues les eaux destinées aux bains et aux irrigations. Les bains des Sultanes sont très-voisins ; ils servirent plus tard k Maria Padilla et en prirent le nom. Ils se composent de galeries voûtées et obscures, soutenues par des ares en brique, où l'eau circule dans de vastes bassins de marbre. » Lorsque la belle favorite se baignait, dit M. Germondde Lavigne, il était d'usage que le roi et ses courtisans vinssent lui tenir compagnie. La galanterie suprême voulait alors que les cavaliers bussent de l'eau du bain des dames. Don Pedro remarqua un jour que l'un de ses courtisans s'en abstenait et lui en demanda la raison : « C'est qu'après avoir » goûté la sauce, répondit celui-ci, je erain- » drais d'avoir envie de la perdrix.» Les jardins sont plantés de buis immenses et d'orangers qui remontent au temps des rois musulmans ; les allées en Sont datlées de mosaïques et de pavés de faïence. D'imperceptibles trous apparaissent entre ces pavés et même sur les murs voisins; ces trous étaient une invention plaisante de Pierre le Cruel. Don Pèdre choisissait le moment où les belles dames de sa cour se promenaient dans les jardins pour faire jouer une pompe dissimulée dans les murs, et aussitôt l'eau, jaillissant dans tous les sens par jets minces et pour ainsi dire imperceptibles, n'en inondait pas moins les promeneuses désolées. Le voyageur peut encore aujourd'hui assister à une séance de ce jeu au moins innocent et se rendre compte de la fraîcheur vraiment exquise'qu'il répand dans tout le jardin. L'Alcazar, tiès-iuutilé il y quelques années et .dont on ne craignit pas un instant de faire une vulgaire caserne, reçoit en ce moment une restauration définitive. Sons la direction de don Joaquin-Dominguez Bequer, les peintures ont été refaites ou réparées, les lambris stuqués et les faïences disparues (et impossibles k remplacer) imitées en couleur. Cette intelligente restauration était terminée en 1875.

Apres l'Alcazar, viennent par ordre d'importance le palais de l'Audiencia, siège du tribunal de la province, et le palais de l'Ayuntatniento , dit aussi Casas - Uapitulares et Casa-de-Ciudad. C'est un remarquable édifice du style plateresque, construit au xvie siècle et formant trois façades, dont l'une sur la place de la Constitution et une autre sur la place Neuve. La porte principale ouvre sur la troisième, qui donne sur la rue de Genova.

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Des colonnes corinthiennes entremêlées de pilastres du même ordre, des médaillons d'un fin travail et une ornementation où les arabesques, les fleurs et les feuillages jouent le principal rôle, font de ces façades des ouvrages de premier ordre. L'édifice est malheureusement resté sans couronnement et tout semble indiquer qu'il ne sera jamais terminé. A l'intérieur, on remarque la Sala capilular baja, dallée en marbre lilanc et entourée de sièges recouverts en damas cramoisi ; la frise et la voûte sont décorées d'ornements et de médaillons du meilleur goût. La Sala capitulai- alla est presque identique, si ce n'est qu'elle possède un Saint Ferdinand, peint par Murilld. Après la Casade-Ciudad, il faut citer la Casa-Lonja ou Consulado, construite par Herrera et formant un carré parfait ; elle se compose de deux corps d'ordre toscan, percés sur chaque face de onze ouvertures et couronnés par une balustrade de pierre soutenue de place en place par des pilastres. « Aux quatre angles, dit l'écrivain dont nous résumons le très-complet travail, se dressent quatre pyramides d'un aspect un peu lourd. La porte principale esfà l'occident et conduit à un magnifi-que patio entouré de vingt arcades en plein cintre, soutenues par des colonnes d'ordre dorique ; de belles salles, occupées par le tribunal de commerce et ses dépendances, ouvrent sur ce patio qui est dallé en marbre blanc et noir et au milieu duquel s'élève une fontaine également en marbre. A l'étage supérieur se trouve une élégante galerie sur laquelle ont lit la devise des rois d'Espagne : Nec plus ultra, et que termine une immense voûte ornée de sculptures, de rosaces et de riches caissons. Celte voûte est éclairée par une lanterne soutenue par huit colonnes corinthiennes. Un magnifique escalier conduit aux parties supérieures de l'édifice, où se trouvent les célèbres archives des Indes. Un autre escalier, d'une légèreté et d'une hardiesse remarquables, conduit extérieurement au-dessus de la voûte du patio aux terrasses qui terminent l'édifice. »

Nous ne parlerons que pour mémoire du palais archiépiscopal, édifice assez vulgaire, mais qui contient deux bons tableaux de l'école espagnole : une Décollation de saint Jean- Baptiste et une Résurrection de Lazare; de la Casa-de-Monida, monument à façade ionique sans grand intérêt; de la Douane; de la Alhondiga ou Halle aux blés, construction arabe formée d'un immense patio entouré de galeries voûtées servant de magasins; enfin du Matadero on abattoir.

La statistique fixe lu vente quotidienne du blé à Séville k 540 hectolitres et la consommation du bétail à 11,000 têtes environ. La fabrique de tabacs, située hors des murs, n'a, malgré ses proportions colossales, aucune valeur architecturale ; mais c'est la plus considérable de l'Espagne. Bile occupe 4,540 individus, sut lesquels 4,000 femmes, et livre k la consommation annuelle une moyenne de 2,800,000 livres de tabac, sans compter une profusion de cigarettes, ce premier besoin des Espagnols. C'est de là que sort le fameux tabac rayé, dont Séville a le monopole, et qui est si recherché par les priseurs. La fabrique des tabacs de Séville absorbe annuellement un budget de 152,000 réaux.

Nous terminerons la série des édifices publics de Séville eu mentionnant la fonderie de canons (Fundiciar de artilleria). Créée par Charles III, elle est aujourd'hui en pleine activité et outillée comme les plus remarquables établissements de France et d Angleterre en ce genre. Le cuivra nécessaire ù la. fabrication des bouches à feu est extrait des mines voisines de Rio-Tinto, province d'Huelva. Aux environs de la fonderie se trouve la Pirotecuia où se fabriquent les capsules et où s'opérait la transformation des armes à pierre en aimes k piston.

Indépendamment des monuments dont nous venons de parler et qui tous ont une destination publique , Séville possède un grand nombre de palais particuliers ou maisons curieuses qui méritent d'être également passés en revue. De ce nombre est la Casa-de-Pilatos (maison de Pilate L qui occupe à elle seule une superficie de 98,000 pieds carrés. Propriété du duc de Mediuaceli, -la Casa-de- Pitatos fut construite au xvif siècle par don Fadrique de Rivera, premier marquis de Tarifa, qui, de retour d'un voyage en terre sainte, voulut reproduire exactement k Séville la maison de Pilate à Jérusalem, d'où le nom du palais. Le portail est en marbre et d'ordre corinthien ;le lout est surmonté d'une magnifique balustrade qui borde une terrasse gigantesque. Les galeries qui entourent le patio, formées par vingt-quatre ares d'une variété de dessin égale k leur légèreté, sont revêtues de faïences k la manière arabe et ornées de vingt-quatre bustes des illustrations antiques, supportées par des consoles sculptées. Une élégante fontaine d'albâtre, soutenue par quatre dauphins et surmontée d'un buste de Janu3, s'élève au milieu du patio. La Casa-de-Pilatos contient une chapelle érigée par bulle spéciale du pape en église et qui est une des stations du saint sacrement les vendredi et samedi saints. Au centre de cette chapelle s'élève une colonne haute de 1 mètre environ, reproduction de celle sur laquelle le Christ subit sa passion k Jérusalem. « On s'est efforcé, dit M. Germond de Lavigne, d'appliquer à toutes les

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parties de la Ca.ua.- de- Pilatos des noms qui pussent rappeler des épisodes de la passion du Christ : une belle salle garnie de faïences et dont le plafond lambrissé présente au milieu de ses suffîtes dorés les écus aux armes des marquis de Tarifa et des ducs d'Alcala, a été nommée le Prétoire; une petite pièce voisine aussi richement décorée s'appelle le cabinet de Pilate; un grillage placé dans un arc, au haut d'un magnifique escalier du palais, indique la place d'où le coq chanta lorsque saint Pierre renia le Sauveur; sur la façade qui regarde la place, un balcon de fer grossier avec un appui en bois est désigné comme le balcon de Pilate ; enfin, au milieu ■d'une salle carrelée, quelques faïences formant une rosace signalent la place où Jésus se tint, en présence de Pilate. » Contradiction bizarre, mais bien dans le goût de l'époque, les plafonds de la plupart des pièces de cette habitation sanctifiée par le souvenir de Jérusalem sont décorés de sujets mythologiques. Signalons en terminant le grand escalier débouchant sur la galerie k colonnes qui forme l'étage supérieur du patio. Telle quelle, la maison de Pilate est une curiosité unique au monde, et c'est à ce titre surtout qu'elle devait trouver place dans notre résumé. La Casa-de-los-Taveras , aujourd'hui propriété particulière des marquis del Moscoso, est remarquable k d'autres titres : elle fut, de 1626 s 1G39, le siège du tribunal de l'inquisition, alors en pleine activité. Son patio est orné au centre, comme le patio de la maison de Pilate, d'une belle fontaine de marbre, et ses appartements contiennent une collection de portraits de famille, en pied, précieuse au point de vue de l'histoire et du costume. La Casa-de-los-Taveras doit son nom, qu'elle a conservé même après l'installation du tribunal de l'inquisition dans ses inura, à la célèbre famille des Taveras dont un des membres, doiïaEstiella, surnommée l'Etoile de Séville, a été k jamais illustrée par Lope de Vegu dans sa comédie de Sancho Ortis de Las Roelas. On montre encore aujourd'hui la place où don Bustos Tavera frappa mortellement l'esclave noire qui introduisait chaque nuit le roi don Sanche le Brave auprès de dofia Estrella, sœur de l'hidalgo, jaloux de son honneur et impuissant à se venger de son souverain. Le palais deSan-Telmo, résidence ordinaire depuis 1848 du duc de Montpensier, fut destiné à l'origine de sa fondation par Charles II, en 1681, k une école publique où tous les orphelins et les vagabonds pussent recevoir l'instruction nécessaire au service de la marine, du pilotage ou de l'artillerie de la flotte. C'est un bel édifice rectangulaire d'un seul étage, flanqué aux quatre angles de tourelles surmontées de paratonnerres. La porte principale, construite en marbre précieux, n'a que le tort d'être surchargée d'ornements bizarres trahissant l'école architecturale de L'huriguerra. Derrière l'édifice s'étendent de magnifiques jardins.

— Bibliothèques et musée. Les principales bibliothèques de Séville se composent des archives de l'Inde, installées dans les étages supérieurs de la Casa-Lonja (v. plus haut) ; de la bibliothèque Colombine fondée par Fernand Colomb, fils de Christophe, et par lui léguée au chapitre ecclésiastique; de la bibliothèque provinciale et de l'université ; enfin de la bibliothèque particulière de don Juan de Alava, professeur de droit romain. Toutes ces bibliothèques, qui ont eu la chance de traverser les époques tourmentées de la Féninsule sans se disperser, sont une des richesses de Séville et offrent k l'historien des documents inestimables. Nous n'insisterons pas sur la composition du musée, question d'une importance capitale et qui a été traitée ailleurs avec tous les développements qu'elle comporte. Il nous sufiira de renvoyer le lecteur k la nomenclature résumée de l'école sévillane que nous avons donnée plus haut. Le musée de Séville est aujourd'hui installé dans les vastes bâtiments du couvent de la Merced. Devant le inusée, au centre de la place sur laquelle se présente sa façade principale, s'élève la statue eu bronze du peintre Munllo.

— Théâtres. Le théâtre proprement dit, construit en 1847 par des architectes français, s'élève sur l'emplacement de l'ancien hôpital del Espiritu-Santo. Trois grandes portes y donnent accès; les dégagements en sont larges et commodes et la salle en forme de fer k cheval, distribuée en trois rangs de loges, peut contenir environ 2,300 personnes. La Plaza-de-Toros est, comme sou nom l'indique, l'arène ordinaire des combats de taureaux , qui sont, k Séville, d'une magnificence exceptionnelle ; les nombreux voyageurs qui en ont été témoins les ont trop bien décrits pour que nous soyons tenté de recommencer leur œuvre. La Plaza-de-Toros a été inaugurée en 1760 ; le cirque forme un immense polygone de trente côtés; l'arène embrasse une superficie de 67 mètres de diamètre. Un des côtés de l'amphithéâtre a été emporté en 1805 par un ouragan et n'a jamais été réédilié. Par la brèche ouverte, ou aperçoit au loin les maisons de la ville et la cathédrale, et, les jours de grandes courses, ce panorama ajoute encore k la variété du tableau. Mentionnons enfin pour en finir avec les lieux ce plaisir de Séville, les Eseuelesde-Bailes, salles de bat où les Espagnols se livrent à leurs danses nationales ; le Casino, etc.

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— Promenades. Les principales promenades de Séville sont : l'Aiameda-de-Hercules, qui mesure une étendue de cinq cents pas et se compose de quatre grandes allées d'arbres séculaires; elle doit son nom k la statue d'Hercule qui s'y élève à côté de celle de Jules César; les Delicias de Cristiua, dominant le Guadalquivir et la Tour-de-1'Or (Torre del Oro); cette tour, où l'on enfermait jadis les trésors provenant de l'Amérique, est aujourd'hui occupée pur une adminis.tration maritime. Les quais, nouvellementconstruits, peuvent également être mis au rang des promenades de Séville, En terminant, mentionnons le beau pont de fer qui unit la ville proprement dite au faubourg de Triana, faubourg habité par une population étrange qui tientkla fois du bohémien de l'Arabe et de l'Andalou. Triana a, k peu de chose près, conservé l'aspect pittoresque qu'il offrait au moyen âge et n'est pas une des moindres curiosités de la capitale de l'Andalousie.

La description abrégée que nous venons de faire de Séville justifie amplement le proverbe espagnol :

Quienno ka visto Sevilla No ha visto maravilta' « Qui afa pas vu Séville n'a pas vu de merveille.»

— Histoire. Avant d'arriver au degré de splendeur qui a mérité k Séville le surnom meroeilte que constate le proverbe que nous venons de citer, cette ville a traversé une série d'existences diverses ; son origine est entourée des nuages de la Fable :

Hercules me edifico, Julio César me cerca De muros y terres allas,

Ainsi s'exprimaient trois vers gravés jadis au-dessus de la vieille porte de Jerez; e esta-dive : « Hercule m'a bâtie; Jules César m'u entourée de murailles et de hautes tours. » Le point relatif k Hercule est difficile k éolaireir, mais celui qui a trait k Jules César ne saurait être mis en doute. A l'époque de la conquête romaine, la cité se nommait Uispalis, et cette conquête fut jugée d'une importance tellement capitale qu'elle figura dès lors k la date du 9 août sur le calendrier civil de Rome. On lisait en effet k cette date : Hoc die Cassai- Hispalim 'oicit; «En cejour, César a vaincu Hispalis.» Le conquérant, après l'avoir fortifiée, dota la ville de nombreux monuments, parmi lesquels demeure encore debout un aqueduc. A l'époque de l'invasion des Vandales, des Suèves et des Goths, Séville, déjà puissante, devint la capitale des nouveaux maîtres de l'Espagne ; parmi les souverains qui y résidèrent k cette époque antique, on cite Athanagilde, Léovigilde et fcurumt Herméiiégilde, qui, après sa mort violente, fut mis au nombre des saints et servit de patron k un ordre de chevalerie célèbre. Au temps du roi Rodrigue, « dernier roi des Goths, » dit Je Romancero, un des premiers complices de la trahison du comte Julien, qui livra l'Espagne aux Maures pour venger, comme chacun sait, l'honneur de sa fille, fut un prélat de Séville, Opax, oncle de Vitiza. La trahison consommée, Séville fut une des premières places envahies par les infidèles. Le gouverneur Ab-el-Aziz y transféra de bonne heure le siège de la domination arabe, et Séville, après une longue rivalité avec Cordoue, fut définitivement choisie pour capitale, en 1021, du royaume indépendant fondé en Espagne par Mohumed-Abu-el-Iiasem. La singulière position de ce royaume nouveau, impuissant k se soutenir seul contre ses ennemis de même race, détermina le roi Alphonse, dans son propre intérêt, k contracter alliance avec lui et inêuie k l'aider k conquérir Tolède. Mais les vaincus appelèrent k leur secours le célèbre Yusuf, alors en Afrique ; Yusuf accourut, Vainquit Alphonse k Zacca, prit Cordoue, entra k Séville et déposa le roi, qui, abandonné de tous, alla mourir oublié k Aghmat. Ce fut k Séville, redevenue la sentinelle avancée plutôt encore que la capitale du royaume des Maures d'Afrique, que fut rassemblée en 1211, par l'émir Mohamed -el-Nassar, l'année puissante destinée k conquérir l'Espagne chrétienne. Un au plus tard, on sait que cette année était écrasée k la bataille de Las Navas de Tolosa (16 juillet 1212). Ce succès décisif commença la ruine de la domination mauresque, et la division qui recommença k régner parmi les diverses provinces fut le signal de leur ex- . pulsion. Des expéditions poussées par les Espagnols chrétiens jusque sous les murs de Séville aboutirent bientôt k l'occupation d'ouvrages avancés, et cette occupation fut suivie, en 124S, d'un siège en règle dirigé par Ferdinand. Séville capitula le 19 novembre de cette année, et 300,000 Maures en sortirent sains et saufs pour gagner le midi de l'Espagne. Ils furent rapidement remplacés par une population nouvelle, exclusivement chrétienne et dont la présence fut la meilleure garantie contre les nouvelles tentatives des infidèles. Séville fut la capitale du roi Alphonse le Sage, auquel, seule de toutes les villes de l'Espagne, elle demeura fidèl« lors de la lutte d'Alphonse contre don Sanche ' son fils. Eu récompense, Alphonse décerna k Séville les noms de noble, loyale et invincible ville. Après le roi Alphonse, celui qui a laissé k Séville le souvenir le plus profond est don Pèdre, appelé Pierre le Cruel dans l'histoire ; il fit de Séville sa capitale et de J l'Alcazar son palais. Nous aurons occasion

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de rappeler en leur lieu les nombreux épisodes qui signalèrent k Séville le séjour de ce monarque violent et de la célèbre Maria Padilla, sa maîtresse. Sous la domination chrétienne, Séville fut pendant plusieurs siècles non-seulement la ville la plus somptueuse de l'Espagne tout entière, mais encore l'une des plus riches de l'univers. Son port était le rendez-vous des galions chargés d'or qui arrivaient chaque jour de l'Amérique,

. iiussi bien que des flottes venant y débarquer les marchandises des Flandres, de France, d'Italie et d'Angleterre. Des manufactures

. de soieries, de toiles d'or et d'argent, une fabrique de faïences aujourd'hui recherchées par-dessus toutes les'autres par les collectionneurs, faisaient de l'antique capitule mauresque une ville sans rivale. Le règne de Philippe II vit l'apogée de la grandeur de Séville ; après lui elle déclina et, sous Philippe IV, la décadence se continuait avec une vertigineuse rapidité. Néanmoins, un historien assure qu'en 1700 les manufactures de soieries occupaient encore k elles seules 130,000 ouvriers. Quoiqu'il en soit, un siècle [dus tard, ce chiffre était tombé a 400. Un iléau terrible vint encore ajouter à la ruine de l'opulente cité : en 1800, la lièvre jaune emporta, dans la ville proprement dite, 30,000 habitants, et 12,000 bohémiens dans le faubourg de Triana. Le transporta Cadix de presque toute l'exploitation commerciale maritime de cette partie de l'Espagne fit le reste, et aujourd'hui on aurait peine a reconnaître dans le Guadalquivir sans voiles le port bruyant et encombré de richesses des règnes de Charles-Quint et de Philippe II.

Séville, à l'époque de la conquête française (180S), se leva contre l'étranger et institua une junte suprême de gouvernement. Cette junte se retira devant le maréchal Soult, qui occupa la ville jusqu'en 1812. Plus tard, ce fut à Séville, dont les nombreux prommeiamientos avaient affirmé les opinions constitutionnelles, que se réfugièrent les cortès, chassées de Madrid par le gouvernement absolutiste de Ferdinand VII. Les cortès ne quittèrent Séville pour Cadix que devant l'approche des troupes françaises, commandées par le duc dAngouléme, le vainqueur du Trocadero. En 1834 , Séville se prononça contre Isabelle en faveur du prétendant don Carlos, proclama la constitution de 1812 et organisa une junte suprême. Ce ne fut qu'après des luttes souvent sanglantes que l'autorité royale, représentée successivement à Séville par Cordova, Narvaez et enfin Sanjuanena, parvint k s'y rétablir. En 1843 se place le dernier, mais étrange épisode historique se rattachant k Séville. Malaga et Grenade Vêtant prononcées contre le gouvernement d'Espartero, duc de la Victoire, Séville suivit leur exemple et orgunisa une junte présidée par le général Figueras. Espartero marcha aussitôt contre la ville, accompagné de Van Hnlen, et, sur le refus de Séville d'ouvrir ses portes, en commença le bombardement. Séville résista héroïquement, et le retour k Madrid de Marie-Christine, en contraignant Espartero à fuir, mit fin k ses maux.

Lors de l'insurrection des intransigeants (juillet 1873), Séville fut occupée par eux ; mais les cantonalistes durent céder devant l'armée régulière et abandonner la ville.

Le rapide résumé qui précède nous a fait négliger un côté de 1 histoire de Séville non moins important que son ancienne prospérité industrielle et commerciale, non plus que son importance comme capitule : nous voulons parler de son influence morale. Les académies, les collèges, les bibliothèques de Séville la placèrent en effet longtemps k la tète du mouvement scientifique; comme sa littérature et sa poésie, son école de peinture la lit briller entre toutes les nations. C'est de l'école de Séville, formée k l'époque de la lienaissance, que sortirent Zurbaran, Herrera, Fernandez, Velnzquez, Polanco, Martinez, Alonso Cano, Louis de Vargas, Pablo de Los Roelas, Murillo (que revendique aussi la petite ville de Pilos); Cervantes, La Cueva, Salia le Maure, Marie Asfaisali, Félicienne Henriquez de Guzman, enfin Barthélémy de Las Casas achèvent de faire du livre d'or de Sévilte un des plus glorieux non-seulement de l'Espagne, mais du monde entier.

— Conciles de Séville. 530. Saint Léandre, évêqui de Séville, tint ce concile avec sept de ses suffragants. Il ne nous en reste que trois canons. Les deux premiers ont été faits pour répondre au mémoire que les diacres de Pégase, évèque d'Astigis, présentèrent au concile, mémoire qui contenait les noms des esclaves de l'Eglise que son prédécesseur Oaudence avait prétendu pouvoir mettre en liberté et dont il avait donné une partie k ses parents. Le concile, suivant la disposition des canons, déclara qu'un évèque ne pouvait pas nieltre des esclaves en liberté, ni rien donner k ses parents, si l'Eglise ne possédait rien de ses biens. A l'égard des esclaves que cet évèque avait légués k ses parents, le concile ordonna que l'Eglise les reprendrait si elle n était pas dédommagée de cette [ erte. Le troisième canon défend aux clercs d'avoir chez eux des femmes étrangères ou des esclaves et ordonne que, si les prêtres, les diacres ou les autres ecclésiastiques n'obéissent pas aux remontrances de leurs évèques, les juges des lieux puissent prendre ces femmes,

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avec la permission de l'évêque, k la charge, néanmoins, qu'ils promettront de ne les rendre jamais aux clercs, sous peine d'excommunication. Elles seront données k des monastères de filles en qualité de servantes.

— An 619. Isidore de Séville, avec huit évèques, tint ce concile auquel assistèrent tout le clergé de la ville et deux laïques portant le titre d'illustres, Pisiselle, gouverneur de la Eétique, et Suanila, intendant du fisc. Les décrets du concile sont divisés en treize sections ou chapitres, dont quelques-uns concernant des affaires particulières. Dans le premier chapitre, l'évêque de Malaga, Théodulfe, se plaignit que son diocèse, ayant été ravagé par la guerre, était devenu la proie des évèques voisins qui s'en étaient emparés. Il fut ordonné qu'on lui rendrait toutes les églises qui lui appartenaient, sans qu'on pût se servir de prescription, parce qu'il n'y en a point k alléguer quand les hostilités sont cause de la possession. Hors ce cas, la prescription de trente ans doit avoir lieu, selon les décrets des papes et les édits des princes, entre deux évèques qui se disputent la possession de quelques églises particulières. Le sixième rétablit un prêtre de Corcloue qui avait été injustement condamné par son évê-

3ue et défend, en général, aux évèques de époser un prêtre ou un diacre, si leur cause n'a été examinée. Le neuvième veut que les évèques choisissent un économe pour administrer les biens de l'Eglise, afin qu'ils aient un témoin de leur conduite; mais qu'un laïque ne fasse point cette fonction, parce qu'il devient en quelque sorte, dans cette charge, le vicaire de l'évêque. Il est défendu aux évèques, par le dixième chapitre, de supprimer aucun monastère et de le dépouiller de ses biens. Le onzième porte que l'administration des biens des monastères de filles est confiée aux moines, mais que leurs demeures doivent être éloignées, que les visites seront rares et les conversations courtes.

— Au 1352. L'archevêque Numio tint ce concile dont on ignore les décrets. Le cardinal d'Aguirre seul rapporte qu'on y restreignit au nombre de quatre les parrains de baptême.

— An 1512. L'archevêque de Séville, dom Diego Deza, renouvela les constitutions de ses prédécesseurs, faisant défense aux prêtres de jouer aux cartes ou k des jeux de hasard; d'établir des bureaux de fabriques dans leurs églises sans la permission expresse de l'évêqueetdesouffrirque lessacristains,kquiétait confiée la garde de l'église pendant la nuit, en sortissent, au lieu de se tenir k leur poste; de célébrer la messe ou des mariages hors de l'église; d'avoir des concubines; d'assister aux noces; de se livrer au négoce. Il défend aux fidèles de contracter des mariages dans les degrés prohibés par l'Eglise; de contracter un second mariage du vivant d'un époux ou d'une épouse légitime ; de proférer des blasphèmes; d'employer les ornements de l'église k des usages profanes; d'aliéner les Biens ecclésiastiques ; de violer les immunités de l'Eglise, etc. '

SÉV 1 LLE (Henri-Marie-Ferdinand de Bourbon, duc db). V. Henri de- Bourbon.

SEV1N (Pierre), moine de l'ordre des auguslins et sur lequel nous ne possédons aucun renseignement. Il est l'auteur d'une plaquette gothique fort rare, intitulée : la Légende des onze mille vierges, avec plusieurs autres saints et saintes (Paris, sans date, 2S feuillets).

SEV1N (l'abbé François), philologue français, né k Villeneuve-le-Roi en 1682, mort en 1741. En 1728, il reçut la commission d'aller avec Fourmont à Constantinople pour y rechercher des manuscrits, et ils en rapportèrent un assez grand nombre, qui font aujourd'hui partie de la Bibliothèque nationale. Nommé, en 1737, garde des manuscrits, il rédigea, de concert avec Fourmont et Mélot, les deux premiers volumes du catalogue, qui contiennent les manuscrits orientaux et grecs. Le recueil de l'Académie des inscriptions contient de Sevin une foule de Remarques philologiques et de corrections sur des passages d'auteurs anciens ; de3 Recherches sur l'histoire d'Assyrie et sur celle des petits royaumes de l'Asie Mineure; des Dissertations sur divers points de philologie, d'histoire et d'antiquité.

SÉVIR s. m. (sé-vir — mot lat. formé de sex, six, et de vir, homme). Hist. rom. Chacun des six chefs des décuries de chevaliers, n Sévir augusial, Chacun des six plus anciens membres de chacun des collèges de prêtres établis par Tibère pour honorer la mémoire d'Auguste.

— Encycl. Tous les chevaliers qui n'étaient pas appelés hors de Rome pour un service public devaient résider dans cette ville où, tous les cinq ans, aux ides de quintilis (15 juillet), ils étaient passés en revue par les censeurs et maintenus dans leur ordre ou dégradés, selon le jugement rendu par ces magistrats. Ils étaient divisés en six turmes ou escadrons, ayant chacun k leur tête un officier nommé sévir. On trouve souvent dans les inscriptions: Sévir equitum Rom. turmse I, II, III, etc., Sévir du premier, du deuxième, du troisième escadron des chevaliers romains. Les sévirs perdirent beaucoup de leur importance peu après le temps de Dioctétien ; les chevaliers eux-mêmes, quoiqu'ils conservas-

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sent le second rang dans la cité, furent alors bien déchus de leur antique situation et ne formèrent plus qu'une sorte de garde, dont les services étaient réservés k la ville de Rome.

Le nom de sévir fut, en outre, donné à certains magistrats des municipes. L'institution de ces magistrats se rattache au culte des dieux lares, tel quête rétablit Auguste. Pour identifier les divinités de sa famille avec les divinités nationales, cet empereur décréta que l'ancien culte des lares serait restauré et qu'on y joindrait celui du Génie des Césars. En vertu de cette décision, des autels furent élevés et des fêtes célébrées dans chaque quartier de Rome l'an 7 avant notre ère. Deux ans plus tard, les mêmes cérémonies religieuses furent instituées dans tous les municipes de l'empire romain. Le soin des sacrifices et des fêtes en l'honneur des lares et du Génie des Césars fut confié kdes hommes qui étaient en même temps prêtres et magistrats. Us eurent k Rome le nom de magislri vicorum, et dans les municipes celui de sévirs, parce qu'ils étaient au nombre de six pour chaque municipe. La situation des séairs municipaux était analogue à celle que les chevaliers occupaient dans la ville de Rome. Ils formaient un ordte intermédiaire entre les décurions, ou sénateurs du municipe, et le çeuple. Tandis que les décurions ne pouvaient être choisis que parmi des hommes libres de naissance, il était permis aux affranchis de se faire admettre parmi les sévirs. Ce fut Ik un pas en avant dans la voie de l'égalité civile, et les historiens l'ont noté comme trèsdigne de remarque. De lourdes charges étaient attachées k la fonction de sévir. On imposait aux sévirs l'obligation de donner des fêtes et des repas, et même de faire des distributions d'argent. Ils devaient, en outre, servir de patrons aux corporations d'ouvriers, k ce qu'on appelait collegia. Malgré ces charges, les affranchis qui avaient acquis assez de fortune pour y faire face s'empressaient de briguer la fonction de sévir, dans le but de participer k la vie publique, où tendait toute leur ambition. Comme la place était peu faite pour tenter des hommes de naissance libre, il en résultait que les sévirs municipaux étaient presque tous des affranchis.

SÉVIR v. n. ou intr. (sé-vir — lat. ssvire; du l'adjectif sxvis ou sxuus, cruel, méchant. Pictet croit que sxvus est pour savius et compare l'ancien irlandais saib, faux, d'où soibud, fausseté, saibibem, très-pervers; irlandais moderne saobh, faux, erroné, de travers, insensé, mauvais. Ce savant pense qu'il faut rattacher toutes ces formes au sanscrit satina, gauche, puis secondairement, Contraire, inverse, rétrograde). User de sévérité, ne rigueur : Sévir contre les séditieux, contre les coupables. isùviacontre les abus, contre les crimes.

. . . Il est toujours imprudent de sévir, A moins qu'en sûreté l'oa ne puisse punir.

C&ÉB1LLON.

— Exercer des sévices, des mauvais traitements k l'égard de sa femme, de ses enfants, de ses domestiques : Cette femme se plaint oue sou mari a sbvi plusieurs fois contre elle.

— Fig. Exercer des ravages, causer un mal public : La peste sÉvir en Orient. Le froid SÉVIT depuis quinze jours. La division du travail sévit de plus en plus par la parcellarité. (Proudh.)ie paupérisme sévit s;ir les nations civilisées autant que sur les hordes barbares. (Proudh.) Le gibier de France est bien bas, et la destruction sévit bien atrocement sur lui, (Toussenel.) Les araignées, dès que le froid sévit, se pelotonnent sur elles-mêmes. (II. Berthoud.)

SÉV1RAL, ALE adj. (sé-vi-ral, a-Ie — lat. seviratis; de sévir, sévir). Hist. rom. Qui appartient aux sévirs : Fonction, dignité sévi-

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