V. Seissel
SÉZANNE, en latin Sezannia, ville de France (Marne), chef-lieu de cant., arrond, et k -43 kilom. S.-O. d'Epernay, sur l'Auge; pop. ujjgl., 4,096 hab. — pop. tôt., 4,197 hab. Collège communal. Fabriques de grosses draperies, serges, toiles, briques, chaux, poterie, porcelaine, instruments aratoires; tanneries, moulins k farine et k tan. Commerce de bois, vin!>, vinaigre, miel, cire, moutarde, bougies, eaux-de-vie. Cette ville, située dans une belle contrée, sur les confins de la Brie et de la Champagne, est généralement bien bâtie, pourvue de belles places, assainie par des ruisseaux d'eau courante, et entourée de belles promenades. Sézanne possède deux églises fort anciennes : Notre-Dame et Saint- Denis. Cette dernière, classée au nombre des monuments historiques, date du xne siècle et se fait remarquer a l'extérieur par sa tour carrée, d'une construction hardie, et k l'intérieur par la hauteur de ses voûtes, la légèreté et l'élévation de sa nef; on y voit aussi quelques bons vitraux du xvie siècle. La chapelle de l'Hôtel-Dieu renferme des tableaux du frère Luc, émule de Le Brun et son compagnon k l'Académie de peinture de Rome. Tout près de Sézanne se voient encore aujourd'hui les ruines pittoresques de l'ancien château de Broyés, vieille demeure féodale k fossés, murs, créneaux et ponts-levis, et qui passait pour l'une des plus importantes de la contrée; plus loin sont les ruines de
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l'ancien château de la Salle. Sur la montagne de Crolle, on trouve en grand nombre de coquillages pétrifiés,
— Histoire. Sézanne était avant la Révolution un des comtés de la province de Champagne. Quant k son origine, elle ne parait pas fort ancienne. Vers H 14, Philippe, évêque de Troyes , s'y rendit pour y consacrer 1 église paroissiale de Sainte-Denis. Sézanne fit plus tard partie, avec six autres châ-
I tellenies, du douaire de Blanche, fille de don Sanche, roi de Navarre, mariée au comte de Champagne, Thibaut III. En 1229, Thi- j
■ baut IV la fit détruire presque entièrement, dans la crainte que ses ennemis n'y formassent quelque établissement militaire ; les î
| fortifications furent démantelées, les maisons démolies, et il ne resta debout que le château et quelques dépendances. La ville ne tarda pas cependant k se relever de ses ruines et fut réunie k la couronne avec le comté de Champagne en 1284. fendant les guerres anglaises, Sézanne, assiégée par les troupes du comte de Salisbuiy (1423), résista vaillamment jusqu'k la mort rie son gouverneur. En 1566, sous Charles IX, les huguenots s'en emparèrent ; les maisons, les églises, les couvents furent livrés aux flammes et au pillage. A l'époque de la Ligue, elle Se rangea du côté de Henri IV, qui la visita. Le 20 mai 1632 un incendie terrible se déclara dans Sézanne et y consuma plus de douze cents maisons. Louis XIII exempta alors la ville d'impôts pendant plusieurs années, et lui permit de se pourvoir de bois dans les forêts royales, aria d'en aider la prompte reconstruction. Une nouvelle enceinte fut bâtie, formée de murailles épaisses et entourée de fossés profonds. La ville n'en fut pas moins pillée et mise k contribution par le3 troupes des ducs de Lorraine et de Wurtemberg, lorsqu'en 1652 elles traversèrent la Brie pour assister au siège d'Etampes. Lorsque éclata la Révolution, Sézanne était le siège d'un bailliage qui jouissait de plusieurs droits importants et dont le ressort s'étendait sur plus de cent quatre-vingts villes, bourgs ou villages. A la chute de l'Empire, la ville éprouva de nouveaux désastres. » En 1814, à quatre reprises différentes, dit M. Salle, la ville de Sézanne fut pillée et dévastée par les armées russes : le 5 février, après la bataille de La Rothière ; le 4 mars et le 10 mar3, lorsque l'armée française était dans les environs de Reims, et le" 26 mars, après la bataille de La Fère-Champenoise. »
SÈZE (db), famille de magistrats français, dont le membre le plus célèbre est Romain ou Raymond de SiszE, le défenseur de Louis XVI. V. Diiskzii.
SEZZA, l'ancienne Suessa, ville du royaume d'Italie, située k 35 kilom. S.-O. de Frasinone, près des marais Pontins ; 6,200 hab. Evêché érigé en 1727. On y voit les restes d'un temple de Saturne.
SEZZE, bourg du royaume d'Italie, province et district d'Alexandrie, chef-lieu de mandement, entre la Bormida et l'Orba; 3,008 hab.
SFAH.IA, bourg de la Turquie, dans l'île de Crète, près de la côte S., k 35 kilom. S.-O. de La Canée; 2,100 hab. Les habitants de Sfakia, belliqueux et presque indépendants, sont regardés comme des descendants des anciens Cretois.
SFAX ou SFAKES, ville maritime de la Tunisie, sur la côte septentrionale du golfe de Cabès, vis-k-vis des lies Keikna, k 225 kilom. S.-E. de Tunis, par 34° 45' de latit. N., 8° 18' de longit. E. ; 16,000 hab., dont 12,000 musulmans, 2,000 israélites et le reste chrétiens. Les musulmans habitent un quartier; les chrétiens et les juifs un autre quartier; la population flottante des étrangers habite des caravansérails. Consulats de France, d'Angleterre, d'Italie et des Etats- Unis. Fabriques de tissus de laine, connus sous les noms de burnous, baracan et batania; autres tissus de laine et de coton assez estimés et très-répandus comme linge de bain, serviettes, torchons, etc. Dans les jardins qui I entourent la ville se cultive un jasmin très- ! odoriférant, dont on fabrique l'essence de ce . nom si renommée k Tunis; les environs produisent aussi de l'orge, du maïs, des figues, des melons et d'excellents concombres (sfakous en arabe), qui ont donné leur nom k la ville. Le comraefce maritime de Sfax est assez actif; il consiste principalement dans l'exportation des laines, des huiles et des éponges que l'on pêche sur les côtes voisines. Les principales marchandises importées sont le coton filé, les articles de mercerie, quincaillerie, poterie, verrerie, salaisons, spiritueux, lin, coton, lentilles, pois chiches, fer en barres et en fils, plomb, alun, sucre raffiné, etc. Près de la ville on rencontre les ruines de l'antique Usilla.
SFONDRATEou SFONDRAT1 (François) cardinal italien, né k Crémone en 1493, mort dans laméme ville en 1550. Fils d'un jurisconsulte et diplomate distingué, il se fit recevoir | docteur en droit (1520), puis il professa le . droit civil dans plusieurs universités d'Italie, k Padoue, Pavie, Bologne, Home et Turin. , Le duc de Savoie, qui le nomma sénateur, François Sforza et Charles-Quint le chargèrent successivement de négociations importantes. Nommé gouverneur de Sienne , il parvint k rapprocher les partis qui déehi-
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raient cette ville et k rétablir l'union entre les citoyens, qui lui décernèrent le titre de Père d« I» patrie (1543). Quelque temps après la mort de sa femme Amie Viseonti (1535), dont il avait eu six enfants, dont l'un devint
Fape sous le nom de Grégoire XIV, et dont autre reçut de Philippe II le titre de comte, Sfondrate entra dans les ordres. Le pape Paul III, qui l'avait en grande estime, se servit de lut lorsqu'il voulut faire des réformes dans l'Eglise, puis l'envoya avec le titie de légat aupjès de l'empereur et auprès du roi d Angleterre. Promu au cardinalat en 1544, il devint cinq ans plus tard évêque do Crémone. On a de lui un poème héroïque, De raptu ffelenie (Venise, 1559 , in-4°), quelques traités de jurisprudence et des lettres relatives k ses négociations.
SFONDBATK (Niccolo), fils du précédent, pape sous le nom de Grégoire XIV. V. Grkqoire XIV.
SFONDRATE ou SFONDRATI (Paul-Emile), cardinal italien, petit-fils de François, né k Milan en 1560, mort k Tripoli en 1618. Il entru de bonne heure dans l'ordre de l'Oratoire et il avait trente ans lorsque son oncle, Grégoire XIV, lui donna le chapeau de cardinal. Sous ce pontife, il fut successivement légat k Bologne, gouverneur du palais et directeur de l'inquisition. Après la mort de son oncle (1591), Sfondrate ne joua plus de rôle actif dans les affaires pontificales. Il devint évoque de Crémone en 1607, puis évêque d'Albano (1611). Ce fut lui qui s'occupa de l'impression duJïituale romunum sons Paul V. — Il avait un frère plus âgé que lui, Ercole Sfondrate, mort en 1637, et qui devint duc do Montemarchio. I! suivit le métier des armes, et reçut de Grégoire XIV M mission de conduire en France un corps de troupes pour venir en aide aux ligueurs.
SFONDRATE ou SFONDRATI (Célestin), cardinal et théologien italien, neveu du précédent, né k Milan en 1649, mort k Rome en 1696. Admis dans l'ordre des bénédictins, il y enseigna la théologie, la [ihilosophij et le droit canon , puis devint successivement évêque de Novare (1684), prince abbé de Saint-Gall (1687), enfin cardinal (1695). Il est surtout célèbre pur l'ardeur aveu laquelle il défendit les prétentions du Saint-siege lors do la fameuse déclaration du clergé de France (1682). Ses principaux ouvrages sont : De lege in prssumptione fundala advenus probabilismum (1681, in-4°) ; Tractatus regalix contraclerumGaUicanum(S!xint-Gnll, 1682, in-4°); Regale sacerdoiium romunopontificiassertum et quatuor propositionibus cleri Oallicani explicatum (Saint-Gall, 1684 , iu-4») , sous le nom d'Eugène Lombard; Gallia vindicaia (1687, in-4«J; Cursuspliilosopldcus (1699, 3 vol. in-4°) ; Alodus prsdestinatiunis dissolutus (16,96, in-4<>), ouvrage que plusieurs prélats français déférèrent en 1697 au pape comme entaché de propositions condamnables.
SFORCE, nom francisé de la célèbre famille italienne des Sforza. V. les articles suivants.
SFORZA, en français Sforce, nom d'une famille de condottieri italiens, qui conquirent le duché de Milan et jouèrent un rôle considérable en Italie au xvo et au xvie siècle.
Les personnages les plus importants de cette famille sont les suivants :
SFORZA (Giacomuzzo ou Jacques Attendolo), célèbre condottiere, né k Cotignola (Rouiagnej en 1369, mort devant Aquila eu 1424, 11 est la tige de l'illustre maison de Sforce ; il suivit d'abord la profession de son père, simple cultivateur. Un jour qu'il travaillait aux champs, il fut entraîné par des soldats qui passaient et s'habitua rapidement k cette existence vagabo-.de. Il mérita par sa vigueur et son impétuosité le surnom de Sforza et devint, en 1401, chef d'une troupe de 150 gendarmes, qui s'augmenta successivement et avec laquelle il survit d'abord les Florentins (1405), puis le pape, la maison d'Esté, le roi de Naples (1412), les Milanais, la reine Jeanne 11, vendant ses services au plus offrant, suivant les meeurs de tous les condottieri, et trahissant tour k tour tous ceux qu'il servait. Le roi de Naples Ladislas le nomma grand connétable. La reine Jeanne II lui donna plusieurs grands fiefs (Bénévent, Manfredonia, etc.). H épousa, en 1414, la sœur d Alopo, favori de cette princesse, et prit avec lui la direction des affaires. Arrêté k Bénévent après le retour du roi Jacques de Bourbon, il fut jeté eu prison, mis k la torture et^auvé par sa sœur Marguerite, qui fit saisir par des condottieri quatre ambassadeurs napolitains, destinés k servir d'otages et k garantir la vie de Sfurza. Ce dernier recouvra la liberté en 1416, se rangea pendant quelque temps dans le parti de Louis III d'Anjou, puis se remit en 1423 au service de Jeanne, qui le chargea de combattre Alphonse d Aragon. Sforza était un homme d'une rare audace et dépourvu de tout scrupule. « Il avait appelé auprès de lui tous ses parents, dit Siamondi, et donné à tous quelque commandement, trouvant entre ces hommes, élevés comme lui dans la pauvreté et la fatigue, un grand nombre de braves guerriers, d'officiers intrépides et rideles, qui n'avaient d'autre ambition que celle de rendre puissant le chef de leur famille, d'exécuter les projets qu'il concevait seul et de demeurer les instruments d'un génie supérieur. » Presque toujours il guerroya con-
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tre un autre condottiere non moins célèbre, Braccio de Montone, qui avait foraiô une milice rivale de la sienne, et qui était le plus souvent engagé dans un parti opposé. Sforza se noya dans la Pescara en voulant secourir Aquila, que Braccio assiégeait pour Alphonse d'Aragon. Il laissa une postérité nombreuse; le plus célèbre de ses rejetons fut celui de ses fils naturels dont la biographie suit.
SFORZA (François-Alexandre), duc de Milan, fils naturel du précédent, né a San-Miniato le 23 juillet Mol, mort le 8 mars 1466. Doué d'une grande vigueur corporelle et d l'une rare intrépidité, il se signala sous les ordres de son père, qu'il suivit dans ses expéditions, et, à la mort de ce dernier, il lui succéda à la tête de son armée de condottieri (1424) et introduisit la tactique dite des sforzesehi, qui consistait à faire manœuvrer sur le champ de bataille les bataillons par masse. En 1426, Sforza entra au service de Philippe-Marie Visconti. duc de Milan, qu'il quitta pour entrer, quatre ans plus tard, au service de Lucques. Après avoir conquis, en 1434, la Marche d'Ancône sur le pape Eugène IV, qui dut lui céder sa conquête k titre de fief, il battit le condottiere Forte-Braccio, prit le commandement de l'armée envoyée contre le due de Milan par Venise, Florence et le pape coalisés, et vainquit en 1437, à Barga, le fameux condottiere Niccolo Piccinino, qu'il eut fréquemment pour adversaire. Le duc de Milan, pour mettre dans ses intérêts le redoutable Sforza, lui offrit la main de sa fille ; mais celui-ci se tourna encore contre lui en 1439. A la suite d'une nouvelle guerre, terminée par la paix de Cavriana (1441), Sforza épousa la fille do Visconti, Bianca-Maria, qui lui apporta en dot Crémone, Pontremoli et un district de Milan. Soutenu par les secours d'argent de Cosine de Médicis et par une armée nombreuse, concentré dans sa souveraineté d'Ancône, il put résister aux nombreux ennemis que son beau-père lui suscitait -et résolut, après la mort de ce dernier (1447), de se faire reconnaître comme duc de Milan, malgré les Milanais et les prétentions d'Alphonse V, de Louis de Savoie et du duc d'Orléiuis (depuis Louis XII), fils de Valentine, sœur du dernier duc. Toutefois, il dut ajourner ses ambitieux projets. Après la mort de Visconti, les Milanais se proclamèrent en république ; mais, de leur côté, Pavie, Parme, Tortone et autres villes comprises dans les Etats du dernier duc se détachèrent de Milan pour former des républiques indépendantes. Venise voulut profiter de cette division pour s'emparer d'une partie de la Lombardie, La gouvernement de la république de Milan, pour se défendre, donna le commandement de son armée k Sforza, en lui promettant de lui donner une ville. L'habile condottiere accepta, reprit Pavie et Plaisance, battit les Vénitiens sur terre et sur mer (1447- 144S) et, devenu maître de la situation, il fit soudain volte-face, se joignit aux Vénitiens (1448) et marcha contre Milan. Aussitôt toutes les villes hostiles k Milan se déclarèrent en sa. faveur. Venise lui ayant proposé de partager avec lui la Lombardie, l'astucieux Sforza feignit d'y consentir, retira ses troupes et laissa les Vénitiens attaquer Milan ; mais lorsqu'il vit cette ville aux abois, lorsqu'il y eut formé dans le peuple un parti prêt à se prononcer en sa faveur, il fondit sur les Vénitiens, les chassa et se présenta devant la ville, qui lui ouvrit ses portes et consentit k le, reconnaître pour duc (26 février 1450). Sforza gouverna sa souveraineté en politique habile ; mais il eut tous les vices de son siècle et de sa nation et ne dut sa grandeur qu'à un tissu de perfidies. Il parvint à dissoudre une ligue formée contre lui, fut re' connu duc de Milan par le traité de Lodi (1454), sut écarter les Français de l'Italie et tenta de former une confédération entre les Etats delà péninsule, dont il devint l'arbitre. 11 devint l'aini de Cosine de Médicis et fut au mieux avec Louis XI, qui, frappé de la politique profondément machiavélique de Sforza, lui demanda des conseils pendant la ligue du Bien public et eu obtint îles secours. Le roi de France lui abandonna en 1463 Savone et ses prétendus droits sur Gênes, qui, l'année suivante, reconnut l'autorité du duc de Milan. Sforza accueillit avec faveur à sa cour les Grecs qui fuyaient de Constantinople. Il succomba à une attaque d'hydropisie. De sa seconde femme, Bianca-Maria, il eut six (ils et deux filles, sans compter ses bâtards. Son (ils alnô, Galéas-Marie, lui succéda. Un autre de ses fils, Marie Sforza, ne en 1449, mort en 1479, devint duc de Bari et épousa Léonora, peùte-fille du roi deNaples ; un autre, Ludovic, succéda comme duc de Milan à Jean- Galéas ; un autre, Ascagne-Marie, fut cardinal. De ses deux filles, l'une, Hippolyte- Marie, épousa le roi de Naples, Alphonse II; l'autre, Elisabeth-Marie, devint marquise de Montferrat.
SFORZA (Galéas-Marie), duc de Milan, fils aine du précèdent, né à Fermo en 1444, assassiné k Milan en 1476. Il apprit la mort de son père en France, où il commandait un corps de troupes italiennes au service de Louis XI, et revint précipitamment à Milan pour se mettre k la tête du gouvernement. Ce prince épousa Bonne de Savoie, bellesœur de Louis XI (1466), se rangea du parti de Pierre de Médicis contre les exilés floren-
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tins et se déshonora par tous les excès de la tyrannie. Passionné pour le faste et les ruineux plaisirs, profondément débauché, cruel et se plaisant à la vue des tortures, il exila à Crémone sa mère, qu'il fit empoisonner, dit-on (24 oct. 1468), multiplia les impôts et ne montra nul goût pour les lettres. Sa conduite envers son ancien précepteur, Cola de Montano, qu'il fit fustiger et promener dans les rues, excita une vive indignation chez un petit nombre de patriotes à l'âme virile. Une conspiration se forma contre lui, et il tomba enfin sous les poignards de Lampugnano, Ch. Visconti et J. Olgiati, qui vengèrent ainsi la liberté publique et leurs propres injures. Mais ils payèrent de leur vie leur tentative républicaine. Lnmpugnano fut tué sur la place et les deux autres conjurés, après avoir tenté vainement de soulever le peuple, subirent la torture et périrent sur l'échafaud. Galéas avait empoisonné, en 1468, sa première femme, Dorothée, fille du duc de Mantoue. De sa seconde femme, Bonne de Savoie, morte en 1485, il eut deux fils, dont l'un, Jean-Galéas, lui succéda, et deux filles, dont l'une, Blanche, épousa l'empereur Maximilien.
SFORZA (Jean-Galéas), duc de Milan, fils du précédent, né en 1468, mort en U94. Il succéda k son père en 1476, sous la tutelle de sa mère, Bonne de Savoie, et du ministre Simonetta,qui luttèrent courageusement contre les frères du dernier duc, qui cherchaient à sa rendre maîtres de l'Etat. Mais l'un d'eux, Ludovic le More, surpritTortone en 1479, s'introduisit dans le château de Milan et força la duchesse Bonne à lui donner une part dans le gouvernement. 11 ne tarda pas à s'emparer de toute l'autorité, fit mourir Simonetta (1480), exila Bonne de Savoie et ?» fit proclamer régent (3 novembre 1480). Ludovic abandonna le parti des gibelins pour embrasser celui des jjuelfes, et força Gènes à reconnaître la domination de Milan, après avoir triomphé d'une ligue à la tête de laquelle se trouvaient le pape, Sienne, Venise, G&ies, etc. (1484). En 1489, le jeune Jean-Galéas épousa la fille du duc de Calabre, Isabelle; mais cette princesse entra aussitôt en lutte, pour des questions de préséance, avec Béatrice d'Esté, femme de Ludovic. Pour y mettre un terme, Ludovic enferma son neveu et sa femme dans le château de Pavie où, selon toute vraisemblance, Jean-Galéas fut empoisonné (1494), pendant que son oncle se créait des alliances pour obtenir la possession du duché de Milan et ralliait à ses intérêts le pape Alexandre VI, l'empereur Maximilien et Venise. De son mariage avec Isabelle, morte en 1524, Jean- Galéas avait eu deux filles, dont l'une, Bonnk, épousa Sigismond, roi de Pologne, et un fils, François Sforza, né à Milan en 1490. Ce prince fut emmené en France par Louis XII, qui lui donna l'abbaye de Marmoutiers; il mourut d'une chute de cheval en 1511.
SFORZA (Ludovic-Marie), duc de Milan, surnommé le More, sans doute à cause de la couleur de son teint, né k Vigevano en 1451, mort k Loches (Touraine) en 1508. Fils de François Sforza et oncle de Jean-Galéas, il s'empara de la régence pendant la minoritéde ce prince, qu'il fit empoisonner, et se fit proclamer alors duc de Milan (1494), pendant que son petit-neveu François se rendait en France et y mourait abbé de Marmoutiers. Ludovic, pour empêcher le roi de France, Charles VIII, de s'emparer du Milanais, fit alliance avec lui et lui promit des troupes et des subsides pour conquérir les Etats du roi de Naples, son ennemi. Mais bientôt, inquiet des succès rapides des Français, il se ligua, en 1495, contre eux avec le pape, les Vénitiens, l'Espagne et Maximilien, empereur d'Allemagne. Il coupa les convois envoyés à l'armée française, assiégea dans Novare lé duc d'Orléans, héritier de Visconti et qu'il considérait comme un compétiteur dangereux, et obtint de Charles VIII, parle traité de Verceil (10 octobre 1495), la cession de Gênes et de Novare. Sa politique constamment astucieuse, ses incessantes intrigues pour amener la division dans les petits Etats de l'Italie lui avaient fait un grand nombre d'ennemis lorsque Louis XII monta sur le trône. Ce prince fit valoir ses éternelles prétentions au duché de Milan et envahit le Milanais (1499). Ludovic perdit tous ses Etats en quinze jours, s'enfuie en Allemagne et, voulant profiter de l'impopularité de la domination française, reparut l'année suivante en Italie. Trahi par jes Suisses qu'il avait à sa solde, il fut fait prisonnier devant Novare et enfermé au château de Loches, en Touraine, où il acheva ses jours (1510). Malgré ses crimes et ses perfidies, ce prince mérite quelques éloges pour la protection éclairée qu'il accorda aux arts. 11 fut le bienfaiteur de Léonard de Vinci, qui composa d'après son désir son chef-d'œuvre, la Cène, lit construire à Milan le premier théâtre qu'aient eu les modernes, créa une académie et fit élever de somptueux édifices. Outre des enfants naturels, il avait eu, de son mariage avec Béatrice d'Esté, deux fils, Maximilien et François- Marie , qui furent successivement ducs de Milan.
SFORZA (Maximilien), duc de Milan, fils aîné du précédent, né en 1491, mort à Paris en 1530. Après avoir erré pendant douze ans en Suisse et en Allemagne, il fut rétabli dans le duché par la ligue de Jules II (1512). Mé-
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prisé par ses sujets, qui se soulevèrent contre lut, assiégé dans Novare, il fut sauvé par une victoire de ses Suisses sur le maréchal de Trivulce (1513), victoire qui amena de nouveau l'évacuation de l'Italie par les Français. Il rentra k Milan, mais il se rendit de plus en plus odieux par les amendes énormes qu'il imposa aux villes qui s'étaient révoltées contre lui. En 1515, lorsque François 1er envahit l'Italie, Maximilien lui opposa en vain 35,000 Suisses, qui furent vaincus à Marignan. Il traita alors avec le roi de France, lui abandonna tous ses droits au duché de Milan, moyennant une pension, et se retira en France.
SFORZA (François-Marie), dernier duc de Milan, deuxième fils de Ludovic le More, né en 1492, mort en 1535. Après la capitulation par laquelle son frère avait cédé le Milanais k François I", il vivait k Trente dans l'obscuritf, lorsque le pape Léon X et l'empereur Charles-Quint résolurent de rétablir les Sforza k Milan. Il fit son entrée dans sa capitale en 1522, combattit k La Bicoque avec Prosper Colonna et, par la défaite de Lautrec, resta maître de la Lombardie. La descente de François Ier en Italie l'obligea un moment de se réfugier k Crémone ; mais la victoire de Pavie (1525) ayant assuré la supériorité aux impériaux, il put se croire affermi sur le trône ducal. Cependant il devint le jouet des Espagnols et le vassal de Charles-Quint, qui occupait toutes les places fortes du duché et qui réclama, pour prix de sa pesante protection, d'énormes subsides. François - Marie mourut sans avoir eu d'enfant de Christine de Danemark, qu'il avait épousée en 1534, et légua par son testament ses Etats k l'empereur.
SFORZA (Alexandre), seigneur db Pesaro, h oui nie de guerre italien, né k Cotignola eii 1409, mort en 1473. Après la mort de son père Alexandre (1434), il aida François, son frère, dans ses expéditions, se fit céder, en 1435, par GaleazzoMalatesta, la seigneurie de Pesaro, où il se maintint contre Sigismond Malatesta et brava l'excommunication d'Eugène IV, excommunication qui fut levée dans la suite par Nicolas V. Sforza fut un dés plus habiles généraux de Ferdinand, roi de Sicile ; battu k San-Fabiano en 1460 par Jacob Piecinino, il prit sa revanche sur ce général en 1462 près de Troia et fut récompensé de cette victoire par le titre de connétable. Il combattit ensuite k la tête des troupes de Paul 11 et de celles des Vénitiens.contre Robert Malatesta et continua jusqu'à sa mort k exercer le métier de condoitiere. Il mourut d apo-
filexie dans un voyage k Venise. Le chevaier Annibal Olivieri a publié, en 1785, des mémoires sur la vie d'Alexandre Sforza;
SFORZA (Constant), fils du précédent et condottiere comme lui, mort en 1483. Il succéda k son père en 1473. Il fut cause, en 1479, de la déroute des Florentins dans le combat qu'ils eurent k soutenir k Poggio-Imperiale contre Alphonse, duc de Calabre, et commanda ensuite tour à tour les armées des Florentins et celles des Vénitiens.
SFORZA (Jean), fils naturel du précédent et mari de la célèbre Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre VI, mort à Venise vers 1501. Il succéda en 1483 k son père et épousa Lucrèce en 1493. Les noces furent célébrées dans le palais pontifical, mais Lucrèce abandonna son mari en 1497, fit prononcer son divorce par le pape, son père, et se remaria peu de temps après. Sforza, attaqué par César Borgia dans Pesaro, fut forcé de se réfugier k Venise.
SFORZA (Catherine), célèbre par sa fermeté toute virile et par l'héroïsme guerrier dont elle fit preuve, surtout en deux circonstances.
Fille naturelle de Galéas-Marie Sforza, duc de Milan, assassiné en 1476, elle fut mariée k Jérôme Riario, prince de Forli. Les sujets de son mari s'étant révoltés et ce prince ayant été mis k mort par François Ursua, chef des rebelles, elle-même fut jetée en prison avec ses enfants. Cependant une forteresse, R'unini, tenait encore pour la femme de son maître et ne voulait pomt se rendre, même sur l'ordre arraché k la princesse, ordre qu'on présentait au commandant de la place. Catherine Sforza propose alors aux révoltés d'aller porter elie-mème cet ordre k ses sujets. La proposition est acceptée, elle entre dans Rimini; mais tout k coup, alors, elle relève la tête. « Elle commanda aux rebelles, dit un auteur anonyme (L. P.), de mettre bas les armes, les menaçant des derniers supplices s'ils n'obéissaient. Les conjurés, frustrés de leurs espérances, la menacèrent, de leur côté, de tuer ses enfants, qu'elle leur avait laissés en otage. Elle leur répondit en accompagnant ses paroles d'un geste énergique « qu'il lui restait encore de quoi en faire » d'autres. » Sur ces entrefaites, elle reçut un secours considérable que lui envoyait Ludovic-Marie Sforza, son oncle, et peu après, par sa prudence et son courage, elle recouvra le pouvoir souverain.
• Pendant les guerres des Français en Italie, dit le même auteur anonyme, elle se montra toujours ferme, toujours courageuse et se lit respecter même de ses ennemis. Elle se remaria k Jean de Médicis, père de Cosme, dit le Grand. Le duc de Valentinois, fils bâtard du pape Alexandre VI, l'ayant assiégée dans Forli en 1503, elle s'y défendit viguu-
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reusement et ne céda qu'k la dernière extrémité. On l'emmena prisonnière dans le château Saint-Ange, et peu après on la mit en liberté, mais sans lui restituer ses Etats, dont le duc de Valentinois fut investi et qui, après la mort d'Alexandre VI, furent réunis au saint-siège. Elle se retira k Florence, où elle mourut quelque temps après.
SFORZA. (Bonne), reine de Pologne. V.
Bonne.
SFORZA (Sixte RIARIO), cardinal italien.