‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 357 sur 1059 · C. Delavigng · texte numérisé non relu

C. Delavigng

Là, sur des tas poudreux de sacs et de pratique, Hurle tous les matins une sibylle étique; On l'appelle Chicane, et ce monstre odieux Jamais pour l'équité n'eut d'oreilles ni d'yeux.

Boileau.

— Fam. Vieille femme méchante ayant des

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prétentions à l'esprit : C'est une vieille sibylle. Je n'aime point ces bureaux d'esprit présidés par une sibylle qui donne le ton et gui le reçoit à son tour de tous ceux gui environnent son trépied. (Palissot.)

— Feuilles de la sibylle, Feuilles de chêne sur lesquelles la sibylle écrivait ses oracles, et qu'elle livrait ensuite aux vents. Il Fig. Parties éparses avec lesquelles on s'efforce de restituer l'ensemble : La nature n'est pour l'homme gue les feuilles éparses de la sibylle. (Mm<> de Staël.)

— Encycl. Les sibylles avaient pour fonction de faire connaître, non-seulement telles ou telles vérités d'un intérêt particulier, mais surtout les volontés de la divinité. Or, la divinité, prise absolument, est représentée par Jupiter, du moins à l'origine de la société grecque. Aussi donnait-on Jupiter pour père a la première sibylle, la sibylle de Delphes.

Les oracles de Jupiter ayant précédé en Grèce ceux d'Apollon, il est probable que les premières sibylles furent inspirées par Jupiter. Mais on manque de documents sur les sibylles grecques antérieures au vie siècle , époque ou la pythie, prêtresse d'Apollon, est dans toute sa gloire ; époque où, du reste, ces sortes de manifestations religieuses paraissent s'être fort développées sous des influences sacerdotales (v. Grote, Histoire de la Grèce, I, xxxi). Les Romains connurent de bonne heure les sibylles, et ils eurent pour elles presque autant de respect que pour les oracles divins qui émanaient d'elles. S'ils ne les regardèrent pas comme des divinités , ils les crurent au moins d'une nature intermédiaire entre les hommes et les dieux. L'obéissance aux oracles sibyllins est un des faits permanents de leur histoire. Cicéron, dans son neuvième discours contre Verres, voulant établir la grandeur du sacrilège commis par ce préteur avide Contre la Cérès d'Enna, représente i le caractère exceptionnellement vénérable de cette déesse et rappelle qu'elle avait été désignée au culte des Romains par les livres sibyllins consultés après la mort de Tiberius I Gracchus, sous le consulat de P. Mucius et de L. Calpurnius, en présence des craintes publiques les plus graves : tel est l'argument puissant qu'il invoque. Les oracles des sibylles sont ainsi mêlés à toute l'histoire de l'antiquité. L'une' d'elles, suivant Pausanius, avait annoncé que la puissance des Macédoniens, acquise sous Philippe, fils d'Amyntas, devait être détruite par un autre Philippe qui viendrait dans la suite. Ce fut une sibylle, nommée Athénaïs, qui attesta l'origine divine d'Alexandre. Cette crédulité à l'égard des témoignages de ces prophétesses dura jusqu'à la tin du paganisme et même au delà, puisque saint Jérôme croyait encore à leur caractère fatidique et que l'Eglise, dans une de ses proses, invoquait l'autorité de la sibylle :

Teste David cum sibylla.

(Diej ira.)

Les anciens auteurs ne s'accordent ni sur le nombre, ni sur la patrie, ni sur le nom des différentes sibylles. Même ceux qui paraissent connaître le mieux la matière parlent quelquefois de la sibylle comme s'il n'en avait existé qu'une. Heraclite, cité par Plutarque et l'un des premiers auteurs qui fasse , avec Platon, mention de l'inspiration des sibylles, dont il ne se trouve aucune trace dans Hérodote, donnait une durée de mille ans à la vie de la sibylle. Dans cette hypothèse, lasi- .bylle aurait pu habiter successivement divers pays, porter à diverses époques les différents noms sous lesquels on la désigne, tels que ceux d'Athénaïs, de Dapliné, d'Hérophile, de Démophile, etc., et se rendre célèbre dans différentes générations. Cette obscurité qui n'a cessé de régner sur l'origine, la demeure et la succession des sibylles ne paraît pas avoir tenu seulement au soin quelles mettaient spontanément à confondre ensemble leurs diverses personnalités ; elle suppose surtout l'intervention cachée des collèges de prêtres, pour lesquels les sibylles, malgré leur indépendance apparente, n étaient que des: instruments dociles. Cette intervention se montre dans la manière dont les oracles des sibylles étaient reçus et dont les recueils da leurs prophéties étaient formés. La plupart de ces prédictions étaient publiées après l'é-i vénement qu'elles avaient pour but d'annon-i cer. Elles étaient rédigées en vers, quoiqu'il n'y ait pas la moindre apparence que les sibylles aient jamais prophétisé en cette forme, Ajoutons que les recueils de leurs oracles embrassaient des prédictions qui se rapportaient à des époques et à des lieux différents, A tous ces égards, le travail occulte d'un corps sacerdotal est manifeste, a Les sibylles^ dit M. Maury, étaient vraisemblablement, dans le principe, les prêtresses attachées au service du mantéion, comme nous savons qu'il en existait à Delphes et à Claros. »

Suivant Pausanias, la première sibylle connue s'appelait Hérophile ; mais ce qu'il en rapporte est évidemment fabuleux. On trouve ce même nom d'Hérophile attribué à d'autres sibylles, et notamment à celle de Samos. Elien désigne sous le nom de Bacis (mot dérivé de bazô, je parle) toute une classe de prophétesses, bien que ce nom fût également celui d'un prophète béotien qui se disait inpiré par les nymphes. On plaçait une sibylle ï Claros et une autre à Délos. Erythres, qui rétendait aussi à l'honneur d'avoir vu naï-

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. tre Hérophile, avait la sienne. Plus tard l'Kubée, puis Cumes, en Italie, eurent des sibylles non moins célèbres. On admit encore l'existence d'une sibylle phrygienne à Ancyre, celle d'une si/^tehellespontiqueoutroyenne, d'une sibylle babylonienne, d'une sibylle égyptienne, etc.

Diodore de Sicile dit que Daphné, fille de Tirésias, n'était pas moins savante que son père dans l'art de la divination , et qu'après avoir été transportée à Delphes elle écrivit un grand nombre d'oracles. Comme cette fille, ajoute-t-il, était souvent saisie d'une fureur divine en rendant ses réponses, on lui donna le nom de sibylle, répondant au mot grec dont nous avons fait : enthousiaste.

Les oracles sibyllins se rendaient de différentes manières, ou par des billets cachetés, ou verbalement, ou sur des feuilles volantes... Virgile décrit ainsi le genre de fureur qui s'emparait de la sibylle au moment de ce qu'on croyait être l'approche du dieu :

... Subito non vultus, non color «mis.

Non compile manserc coms, scd pectus anhehim Et rabie fera corda tument, mnjorque vitteri; Nec rnartale sonerns, nfflata est numinc quando Jam propiore dit.

A ces mots, on la voit, la tête écheveiéc,

Le cou gonflé de sang, la poitrine essouflée ,

Sa taille s'agrandit, sa voix n'a rien «l'humain ;

Car le dieu s'approchait et lui brûlait le sein. {Trad. Barthélémy.)

Les anciens se sont efforcés de découvrir la source du don de prophétie attribué aux sibylles. Les platoniciens en ont cherché la cause dans l'union intime que la créature parvenue à un certain degré de perfection pouvait avoir avec la divinité. D'autres rapportaient cette vertu divinatrice à l'influence des vapeurs et des exhalaisons des cavernes habitées par les sibylles; d'autres encore, à l'humeur sombre et mélancolique dont elles étaient affectées ou à quelque maladie singulière. Saint Jérôme, qui n'osait pas révoquer en doute leurs facultés prophétiques, considérait ce don comme la récompense de leur chasteté. Ce témoignage contredit celui de l'auteur chrétien de l'un des livres qui nous sont restés sous le titre à'Oracles sibyllins (Chrésmoi sibulliacoi) , livre où la sibylle supposée s'accuse elle-même d'avoir des milliers d'amants ;

Mille mihi lecti, connubia mille fuere, dit la traduction latine conservée par M. Alexandre dans sesOracula sibyllina. Sans s'arrêter à cette insinuation d'un auteur apocryphe dont le but est de tourner en ridicule tout ce qui tient à l'ancienne religion, on peut observer le rapport qui existe entre l'explication de saint Jérôme et les affections maladives qui sont généralement attribuées aux personnes dont il s'agit. Aristote, dans ses Problèmes, examinant en quoi consistait l'enthousiasme des sibylles, avait fort bien rangé cet enthousiasme parmi les genres de délire ou de folie. Les phénomènes analogues, observés si abondamment au moyen âge et jusqu'à nos jours, et baptisés des noms d'illuîninisme, somnambulisme, magnétisme, spiritisme, etc., ont permis aux physiologistes d'étudier et de classer rigoureusement les dispositions anomales sous l'empire desquelles se produisait l'inspiration des pythies, des pythonisses et des sibylles de l'antiquité. En ce qui touche la prétendue réalité de leurs prédictions, il n'est pas nécessaire de recourir à l'explication trunscendantale des platoniciens; les supercheries, les mensonges, les suppositions, les ambiguïtés de toutes sortes, dont le clergé de tous les temps a fait usage pour capter la crédulité populaire, fournissent à cet égard une explication naturelle et suffisante.

Voici quelques détails sur les sibylles les plus renommées ;

— Sibylle de Delphes. La tradition rapportait que la première femme qui avait prononcé des oracles à Delphes s'appelait Sibylla. On lui donnait pour père Jupiter et pour mère Lamia, fille de Neptune ; elle aurait vécu fort longtemps avant le siège de Troie. Son nom aurait été ensuite adopté par d'autres femmes se livrant comme elle à la divination et qui continuèrent de s'appeler la sibylle.àe Delphes, bien qu'elles ne séjournassent pas dans cette ville et que leur principal caractère fut celui de devineresses errantes sans feu ni lieu.

11 est certain que Cette origine fabuleuse était invoquée par les sibylles de la plupart des lieux célèbres par cette sorte d'oracles. Les anciens eux-mêmes n'attachaient aucune signification réelle au titre de sibylle de Delphes qui était pris par ces prophétesses. Elles ne faisaient qu'attester par là le renom et l'antiquité de l'oracle de Delphes, ignorant d'ailleurs qu'il y eût eu des sibylles bien avant l'existence de cet oracle. Quant aux sibylles qui purent se trouver à Delphes, elles n'avaient aucun rapport avec la pythie, ni avec le temple d'Apollon et le divin trépied. Ajoutons qu'on représente Ces sortes de devineresses comme des êtres bizarres, aux allures forcenées et n'ayant rien du caractère moral et sacré de la pythie.

On ne sait rien de plus précis sur la sibylle de Delphes. On a, toutefois, proposé de voir en elle le représentant traditionnel d'un oracle local plus ancien que le culte d'Apollon lui-même, culte thrace qui n'a été introduit

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en Grèce qu'à une époque postérieure indéterminée.

— Sibylle Erythrée. Aucune sibylle n'est plus célèbre dans l'antiquité que celle qui porta ce nom, dans lequel beaucoup d'auteurs ont voulu voir un nom propre, mais qui n'indique, en réalité, que le siège de la sibylle troyenne. Ce siège était la ville d'Erythres (aujourd'hui Erelri), ville de l'Asie Mineure, située dans la presqu'île de Clazomène. Mais, eu égard à la renommée de la sibylle d'Erythres, les prophétesses de plusieurs autres villes se donnèrent le nom d Erythrée ou revendiquèrent Erythres comme patrie. Du nombre des sibylles étrangères dont on se plaisait à placer ainsi l'origine danslaTroade, se trouvait notamment la fameuse sibylle de Cumes. Les logographes grecs , toujours prompts à recueillir les fables les plus invraisemblables, ont rapporté sur la sibylle Erythrée des faits qui ne concernent ni la même personne ni une époque déterminée. C'est ainsi que Pausanias, formant un seul tout des divers écrits produits sur ce nom, nous apprend que la sibylle Erythrée se donne tantôt comme la femme, tantôt comme la sœur ou la fille d'Apollon. Elle passa, ajoute-t-il, une bonne partie de sa vie à Samos; ensuite elle vint à Claros, puis à Délds et de là à Delphes, où elle rendait ses oracles sur une roche. Elle finit ses jours dans la Troade; son tombeau subsistait encore vers la fin du no siècle de notre ère, époque à laquelle écrivait l'historien géographe que nous citons. Il était situé dans un bois consacré à Apollon Sminthée. L'épitaphe de la sibylle était gravée sur une colonne en vers élégiaques. On la traduit par ces mots :

a Je suis cette fameuse sibylle qu'Apollon voulut avoir pour interprète de ses oracles; autrefois vierge éloquente, maintenant muette sous ce marbre et condamnée à un silence éternel. Cependant, par la faveur du dieu, toute morte que je suis, je jouis de la douce société de Mercure et des nymphes mes compagnes. ■

La stbylle d'Erythres est donnée comme prêtresse d'Apollon. On la désigne, comme les autres sibylles, sous divers noms, particulièrement sous celui d'Hérophile et sous celui d'Athénaïs, qu'elle portait sous Alexandre. On lui attribuait un recueil de prédictions qui fut longtemps célèbre dans toute la Grèce et dont on faisait remonter la rédaction avant les temps homériques; mais la critique moderne ne considère pas les fragments les plus anciens qui nous en restent comme antérieurs au vie siècle, et c'est à cette date environ que l'on place l'institution du mantéion de la sibylle d'Erythres.

— Sibylle de Cumes. Cumes paraît avoir reçu une colonie de Chalcis, en Eubée, ce qui explique pourquoi la sibylle de Cumes est quelquefois appelée Euboique. Cette sibylle {au sujet de laquelle nous avons déjà donné quelques détails à l'article Cumes), à la différence de la plupart des prophétesses ainsi désignées, était manifestement attachée à un temple et se trouvait ainsi dans une situation analogue à celle de la pythie de Delphes. Comme la pythie, elle était attachée au culte d'Apollon. Ovide suppose qu'au temps d'Enée elle avait déjà vécu sept cents ans et qu'elle devait vivre encore pendant trois siècles. Aristote lui donne le nom de Mélanchrène, mais, d'autre part, les habitants de Cumes l'appelaient Dêmd. Rien n'était plus célèbre en Italie que son antre. Aristote lui-même en parle comme d'un lieu très-remarquable. Virgile nous en a laissé une brillante description, ainsi que du temple que, suivant la tradition, Dédale y aurait élevé à Apollon, Il place près de ce temple l'entrée de l'Averne et y conduit le héros de l'Enéide, lorsque celui-ci se propose , sur l'ordre du Destin et surtout à l'exemple de l'Ulysse d'Homère, de visiter vivant les sombres bords,

Virgile ne dit rien de la patrie de la sibylle de Cumes, qu' Aristote fait venir d'Erythres. Ovide la fait naître à Cumes même. 11 montre Apollon lui adressant la parole en ces termes : Virgo Cumasa, à une époque où, fort jeune encore et inexperte dans l'art de la divination, elle ne pouvait être rangée au nombre des sibylles. Servius, qui suit la version d'Aristote, raconte, au sujet de son départ d'Erythres, la légende suivante : « Apollon l'aima d'un amour pieux et l'invita à lui adresser une demande. Elle prit du sable et demanda de vivre autant d'années que ce sable avait de parûelles. Apollon lui répondit que son vœu serait rempli, si elle quittait sa patrie et ne la revoyait plus. Elle partit alors et alla habiter Cumes. » Ovide reproduit la même légende avec des variantes.

— Sibylle de Gergis. Les habitants de Gergis, dans la Petite Phrygie, avaient coutume de représenter sur leurs médailles la sibylle qui était née dans cette ville comme étant leur grande divinité. On la désigne aussi sous le nom de sibylle phrygienne.

— Sibylle de Tibur. La sibylle de Tibur ou sibylle tiburtine était honorée par les Romains presque à régal d'une déesse. Près du lieu où aurait été situé son antre, on voit les ruines d'un petit temple qui , à ce qu'on prétend, lui avait été consacré.

Sur les sibylles et sur leurs vers, les documents abondent dans une foule d'uuteurs anciens: Aristote, Cicéron, Pline, Strabon,

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Varron , Diodore , Pausanias , Solin , Hermias, Procope, Agathias, Jamblique, Ammien Marcellin, Justin, Lactance, etc. Parmi les ouvrages modernes, on cite des études spéciales de Gallœus, Sex dissertations de sibyllis (Amsterdam, 1688); P. Petit, De sibylla iractatus (Leipzig, 1686); Th. Hyde,5e religione Persarum ; Van Dale, De oraculis ethnicorum, etc. Le dernier éditeur des Oracuta sibyllina, M. Alexandre, a rempli plusieurs pages de cette liste bibliographique. Ce savant a résumé tout ce que l'on sait sur les sibylles de l'antiquité, auxquelles il ajoute diverses sibylles du moyen âge, au commencement du second volume de 1 édition qu'il a donnée (1841, 1853, 1856, 3 vol. in-8°) des Oracles sibyllins fabriqués par les chrétiens et par les Juifs, vers le ne siècle de notre ère.

— Allus. littér. En littérature, on fait quelquefois allusion à la manière dont la sibylle rendait ses oracles :

«Nous ne continuerons pas à examiner les uns après les autres tous les décrets de ce gouvernement provisoire , qui avait en main l'avenir de l'humanité et qui, comme la sibylle antique, en a dispersé lés feuillets à tous les vents. Tous sont marqués au coin de l'ignorance, de la duplicité ou, ce qui est pis, de la philanthropie. »

Alfred Darimon.

« Mon aide distribuait de petits carrés de papier a chacune des personnes qui voulaient affronter la redoutable épreuve, et leur donnait en même temps un numéro d'ordre; puis il les ramassait , en recevant un sou en échange. Je les introduisais duns ma boîte, à portée de mon génie familier, lequel, mû aussitôt par un ressort que je pressais sans qu'on pût s'en apercevoir, agitait sa main, armée d'une plume, et semblait griffonner la sentence des destins sur chaque morceau de papier.

«Tiens, interrompis-je, c'est comme les o feuilles volantes de la sibylle de Cumes. » Victor Fouhnel.

Sibylle. Iconogr. Les sibylles, auxquelles la tradition chrétienne attribue des pronostics plus ou moins lucides sur les choses de la religion, ont été souvent représentées par tes peintres, les sculpteurs et les graveurs. Elles figurent tantôt seules, tantôt avec les prophètes (v, ce mot) dans la décoration intérieure ou extérieure des églises, et principalement de celles qui sont placées sous l'invocation de la Viergt-. C'est ainsi qu'elles ont été sculptées en marbre par Guillaume délia Porta dans la célèbre église de Lorette, en Italie, et qu'elles ont été peintes à fresque par Michel-Ange à la chapelle Sixtine, par Raphaël dans l'église Santa - Maria - della- Pace, à Rome, par J. Stradanus dans l'oratoire de Saint- Clément et par Bernardino Poccetti dans l'église de Saint-Marc, à Florence, par P.-Girolamo Piola dans l'église de Sainte-Brigitte (chapelle de la Vierge) et, par ■ Giuseppe Paganelli' dans l'église de Santa- Maria-di-Consolazione, à Gènes, etc. Nous consacrons ci-après des articles spéciaux aux chefs-d'œuvre de Michel-Ange et de Raphaël. Au Cambio ou tribunal des changeurs, de Pérouse, on voit des Sibylles peiutes par le Pérugin en 1500. D'après M. von Rumohr, la main de Raphaël se reconnaîtrait dans ces belles ligures; mais il faut croire pour l'honneur du Pérugin, dit M. Passavant, que ce grand peintre ne pouvait abandonner ainsi les parties les plus importantes de ses ouvrages à une main étrangère, quelque habile qu'elle fût.

Dans la chapelle des fonts baptismaux, à la cathédrale d'Autun, il y a un bas-relief de l'année 1520, où sont figurées douze Sibylles tenant divers symboles ayant rapport à quelques-unes des circonstances de la vie du Christ. Les Sibylles sont également figurées au nombre de douze dans les planches de l'ouvrage de Bern. Benagius , De sibyllarum nomine et origine, publié à Venise (in-40). Il y en a une suite assez bien gravée dans les Sibylliea oracula de Servet ùallée. Une autre suite de 12 planches, représentant les Sibylles, les unes assises, les autres en marche, a été gravée, en 1572, par un artiste inconnu et retouchée parle maître aux initiales I. H. S., dit le maître au Nom de Jésus. Auxvo siècle, douze Sibylles ont été gravées par Buccio Baldini d'après Sandro Botticelh. D'autres suites de 12 planches ont été gravées par Corn. Danckerts, Isaac Briot, Th. de Leu, Crispin de Passe le vieux, etc. Huit Sibylles seulement sont gravées dans la grande Chronique de Nuremberg. R. Schiaminosci a gravé sept figures de Sibylles; Fr. van Hulsen en a gravé neuf. Les Sibylles figurent dans le Triomphe de Jésus-Christ gravé par Théodore de Bry d'après le Titien. Une sculpture du portail de l'église de l'ancienne abbaye de Saint-Antoine (Dauphiné) nous montre une Sibylle assistant au jugement dernier : ce morceau, qui date du ïiii« siècle, a été publié dans 1 atlas de l'Essai descriptif de l'église de Saint-Antoine (1844), Les Sibylles sont représentées dans les vitraux du transsept de la cathédrale de Beauvais; dans une suite d'intailles en cristal de roche gravées par Val. Belli (le Vicentino) et qui ont fait partie de la galerie Pourtalès ; dans des fres-

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q jes de Bart. Gesi qui décorent une ancienne chapelle devenue la bibliothèque de l'Académie îles beaux-arts de Bologne, etc. Des Sibylles ont été gravées par Philippe Galle (d'après Blocklandt), par Giuseppe Roli (d'après Lorenzo Pasinelh), par Gio.-B. Angolo del Moro, J. Merz (d'après Luca Cambiaso), Autenrieth (d'après P.-F. Hetsch), M"» Berihelin (1787), Madeleine de Passe (la Sibylle d'Europe, d'après Crispin de Passe), Melchior Lorch (la Sibylle Tiburtine, 1571), Ed. Steinle, Giuseppe Canule (d'après Angelica Kauff- Bianu), etc.

La Sibylle Erythrée et la Sibylle de Cumes ont été peintes en grisaille par Van Evck dans un des compartiments du célèbre tableau de l' Agneau mystique; ces deux figures sont au musée de Bruxelles. Un tableau d'Orazio Lomi, dit Gentileschi, représentant la Sibylle Erythrée, appartient au musée de Gaen. Une énergique figure de Sibylle, le menton appuyé sur la main droite, le bras découvert , la chevelure enveloppée d'une draperie verte, se voit au musée de Madrid ; elle est l'œuvre de Ribera. Le Guide , le Guerchin et leDoininiquin ont peint de trèsbelles figures de Sibylles auxquelles nous consacrons ci-après des articles spéciaux. D'autres Sibylles ont été peintes par Guido Cagnacci ( galerie Borghèse ) , le Giorgione (autrefois dans la galerie Giustiniani), le Volterrano (au palais Corsini, à Florence), etc.

Une scène fréquemment représentée est la Sibylle Tiburtine révélant à Auguste le mystère de t'-Incarnation ; des tableaux sur ce sujet ont été peints par le Garofalo (palais Pitti), Raphaël (peinture en camaïeu dans la chambre délia Segnatura) , Paris Bordone (palais Pitti), Giovanni-Maria Falconetto (pinacothèque de Vérone), Baldassare Peruzzi (église de la Fonte-Giusta, à Sienne), Pietro de Cortone (autrefois dans la galerie de l'hôtel de Toulouse, à Paris), le Tintoret (gravé par Gio.-Ant. Lorenzini), le Parmesan (gravé en clair-obscur par Ant. Fantuzzi et par Nie. Baldrini), etc. Le tableau de Paris Bordoue a été gravé par Giuseppe Beretta. Lunzi a dit de la composition peinte à fresque par B. Peruzzi que c'est une des peintures les plus dignes d'admiration qu'il y. ait à Sienne : « L'auteur a donné à la prophétesse un enthousiasme si divin que nonseulement le Guide ou le Guerchin, qui ont laissé tant de Sibylles, lui sont demeurés inférieurs, mais que Raphaël lui-même n'a pu le surpasser. » Une miniature des Heures d'Anne de Bretagne, qui a été publiée par Dusommerard, représente les Sibylles et la légende de la Vierge montrée à Auguste.

La Sibylle de Cumes a inspiré plusieurs compositions mythologiques; il nous suffira de citer : la Sibylle de Cumes demandant à Apollon de vivre autant d'années qu'elle tient de grains de sable dans la main, tableau du Guaspre, au musée de Dijon ; la Sibylle entrant dans le bateau de Caron avec Enée, tableau de G.-M. Crespi, au musée du Belvédère ; la Sibylle montrant, au sein de la forêt ténébreuse, le rameau d'or, conquête des grands cœurs et des favoris .des dieux, tableau d'Eugène Delacroix, exposé au Salon de 1845 et qui a reparu à l'Exposition universelle de 1855. Ce dernier ouvrage a été payé 3,350 francs par M. Haro, à la vente posthume de Delacroix en 1864.

Sibylles (les), célèbres fresques de Michel- Ange, k la chapelle Sixtine. Autour du plafond de cette chapelle, sur les pendentifs, Michel-Ange a peint sept figures de Prophètes (v. ce mot) et cinq figures de Sibylles, savoir : la Sibylle Persique, entre Jérémie et Ezéchiel ; la Sybille Erythrée, entre Ezéchiel et Joël; la Sibylle de Delphes, entre Zacbarie et Isaïe; la Sibylle de Cumes, entre Isaïe et Daniel, et la Sibylle Libyque. Ces figures de femmes, de proportions colossales, sont comptées parmi les plus admirables créations de l'art. « Rien n'y rappelle la vie commune, les visages connus, et tout cependant y est vraisemblable, a dit M. Ch, Blanc. Leur physionomie, leur ajustement, leur attitude indiquent en elles des êtres appartenant à un monde idéal, des personnages que le peintre n'a pu voir que dans la chambre claire de son génie. Grandioses, imposantes, ces sibylles sont dignes d'accompagner les prophètes de la Bible. Erythrée esc belle comme une statue grecque, pensive comme une divinité égyptienne. La sibylle Persique lit de près, comme une personne qui a les yeux fatigués, dans un livre tout plein sans doute de mystères redoutables et qu'elle semble dévorer; celle de Cumes parait obsédée, elle aussi, par des énigmes indéchiffrables. La sibylle de Delphes est la plus fière image de l'intelligence qui commande, et la sibylle de Libye, tenant son livre haut et laissant tomber un regard dédaigneux au-dessous d'elle, exprime comme le mépris du vulgaire, auquel il est interdit de jeter les yeux sur les livres sibyllins. C'est ici qu'on peut voir combien est misérable cette prétendue doctrine du réalisme, renouvelée de nos jours par des ouvriers en peinture. N'est-il pas remarquable que des ouvrages placés par l'admiration publique au sommet de l'art, des ouvrages impossibles à surpasser, à égaler, ont été faits par un artiste qui, enfermé tout seul dans la chapelle Sixtine, sans copier la nature, sans avoir besoin de faire poser le modèle autrement que pour s'assurer d'une forme

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ou d'un mouvement, a su créer, en vertu de sa science profonde, des êtres à la fois naturels et humains? Où donc les aurait-il trouvés, autre part que dans son âme, ces types qui représentent et qui résument les sentiments les plus élevés sous des formes si puissantes et si génériques ? Aurait-il suffi de se promener dans les rues de Rome pour y rencontrer la sibylle Erythrée, ou la sibyV.e Persique ou celle de Libye? Quelle femme, quel modèle de profession aurait eu autant de majesté dans son attitude, autant de profondeur dans son attention, et dans son mouvement autant de superbe? Qu'on nous cite un peintre naturaliste qui ait inventé de pareilles choses ou qui en ait seulement approché? Pourtant, elle est puisée dans l'essence même de la vérité, l'invention de ces figures de sibylles; mais c'est une vérité choisie, épurée, primordiale, c'est-à-dire dégagée de tous les accidents qui ont pu la défigurer ou la corrompre dans l'individu vivant, et c'est ainsi que Michel-Ange nous enseigne par la seule éloquence de ses œuvres ce grand principe de l'art : Qu'il faut prendre la nature pour modèle et qu'il ne faut pas prendre un modèle pour la nature. > .■

Les Sibylles de la chapelle Sixtine ont été gravées plusieurs fois, notamment par Cherubino Alberti.

Sibylle» (les) , célèbres fresques de Raphaël, dans l'église Santa-Maria-delïa-Pace, à Rome. Agostino Chigi, riche négociant de Sienne, fit décorer à ses frais une des chapelles de cette église et chargea Raphaël d'y peindre quatre Prophètes et autant de Sibylles. Le grand artiste dessina les huit figures, mais il confia le soin de peindre les Prophètes (v. ce mot) k son compatriote Timoteo Viti ou délie Vite. Quant aux Sibylles qui occupent la partie inférieure de la composition, elles sont tout entières de sa main. A gauche, la Sibylle de Cumes est assise, le bras droit levé, tenant un rouleau de parchemin qu'entoure un ange volant au-dessus d'elle; sur ce parchemin, on lit des mots en langue grecque qui signifient : « La résurrection des morts. » A côté de la Sibylle de Cumes est assise la Sibylle Persique, appuyée sur le cintre de l'arcade qui forme rentrée de la chapelle et écrivant, sur une tablette que que tient un ange, cette parole : « Il aura la destinée de la mort; » un autre ange, agenouillé sur la clef de l'arcade, porte un flambleau, et un troisième est assis, montrant du doigt une tablette qu'il tient et sur laquelle on lit : « Le ciel entoure le vase de la terre, » Les deux autres sibylles odeupent la droite de la composition et regardent en bas ; l'une, la jeune Sibylle Phrygienne, est debout, appuyée contre le cintre de l'arcade, et l'autre, la vieille Sibylle Tiburtine, est assise k l'extrémité du tableau. Une petit ange, placé entre elles, tient une tablette portant cette inscription : « J'ouvrirai et je ressusciterai. » Au-dessus de la Sibylle Tiburtine vole un autre ange avec une banderole de parchemin sur laquelle sont écrits ces mots, tirés de la quatrième églogtie de Virgile : « Déjà une nouvelle génération... » Le fond de la coin- , position représente une architecture d'un ton sombre, sur laquelle les figures se détachent lumineusement.

Les Sibylles de Santa-Maria-della-PacÇ ont été exécutées vers 1514 ; elles brillent à la fois par la majesté et par la grâce, « Sous quelques rapports, dit Passavant, elles se rapprochent des trois Vertus cardinales, peintes dans la chambre délia Segnatura; toutefois, elles sont traitées plus librement, quoique avec le même soin, mais avec plus d'ensemble et de puissance dans l'elfet, plus de vigueur et de chaleur dans le ton. Vasari prétend que Raphaël a peint ces Sibylles après avoir admiré celles de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine, et que la vue des magnifiques peintures de Buonarroti lui fit tout à coup changer sa manière en style plus grandiose. Ce sont là deux faits distincts. Le premier seul est incontestable. Quant au second, il n'a rien de sérieux, attendu que le style grandiose de Michel-Ange n'a inllué que d'une manière générale sur le développement du génie de Raphaël, et cela sans lui faire perdre son individualité et même sans lui faire adopter aucun style étranger à cette individualité si franchement caractérisée. Bien plus, les fresques de Santa-Maria-della- Pace prouvent précisément de la façon la plus péremptoire la vérité de ce que nous venons de dire, en ce qu'elles révèlent partout le génie de Raphaël et que l'on n'y saurait découvrir la moindre imitation de Michel- Ange. » Une autre erreur non moins accréditée, quoique plus grossière encore et qui a été en dernier lieu répétée par Carlo Fea, consiste à représenter Raphaël comme ayant imité ses Sibylles d'après celles qui se trouvent dans l'église de Saint-François-d'Assise et que l'on attribue vulgairement à l'Ingegno ; or, le contrat et les comptes relatifs k ces peintures d'Assise existent encore et prouvent qu'elles ont exécutées par Adone Doni, contemporain de Vasari, qui travaillait encore en 15S0, dans le goût des imitateurs de Michel-Ange.

Restaurées une première fois, de 1566 à 1661, sous la direction du cavalier Fontana, les fresques de Santa- Maria-della-Pace ont reçu de nos jours une seconde et consciencieuse restauration par les soins de Palma-

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roli. Les Sibylles ont été gravées par un élève de Marc -Antoine (comme représentant la Dialectique et la Logique, la Théologie et la Métaphysique), par J. Volpato (1772), par Ferd.Ruschweyh, par M. -F, Dien (1838), etc. Des dessins originaux exécutés pour les Sibylles par Raphaël sont conservés dans la collection Albertine, à Vienne, et au collège d'Oxford.

Une estampe de Marc-Antoine, d'après un dessin de Raphaël, représente deux Sibylles accompagnées d'un zodiaque ; toutes deux sont debout; l'une tient un livre et lève les yeux vers le ciel, l'autre écrit. Cette pièce a a été copiée plusieurs fois. On désigne sous le nom de Sibylle au flambeau une composition de Raphaël qui a été gravée par un élève de Marc-Antoine et où l'on voit une jeune femme assise et lisant à la lueur d'une torche que tient un enfant. Il existe aussi plusieurs reproductions de cette pièce. Agostino Veneziano a gravé, d'après Raphaël, en 1516, une Sibylle de Cumes vue de profil et marchant vers le côté droit; un chien la suit; le sable qu'elle porte est changé en grains d'or par le soleil. Cette composition est considérée aussi comme une allégorie de V Instabilité.

Sibylle de Cumea (la), tableau du Dominiquin ; au musée du Capitule, k Rome. A micorps, la tête coiffée d'un turban et légèrement tournée vers l'épaule droite, la sibylle lève vers le ciel ses yeux noirs; elle est revêtue d'une draperie rose qui laisse une partie de sa poitrine à découvert, et elle tient des deux mains un rouleau de papier. Cette figure, d'une beauté plutôt gracieuse que sévère, rappelle beaucoup le typo de la Sainte Cécile du Louvre. Elle a été gravée par P. Fontana. 11 y en a une répétition, avec changements, dans la galerie Borghèse : la draperie est ici de couleur rouge. Une Sibylle du Dominiquin, qui était autrefois dans la galerie du Palais-Royal k Paris, a été gravée par J.-B. Fosseyeux. Il y en a une autre au musée de Modène.

Sibylle Persique (la), tableau du Guerchin; au musée du Capitule, k Rome. Accoudée du bras gauche sur un livre, tenant d'une main une plume et soutenant de l'autre son visage, la jeune prophétesse fixe sur le spectateur ses regards pensifs ; elle est coiffée d'un turban gris et revêtue d'un manteau rouge; on aperçoit la naissance de ses seins. Cette peinture, d'une exécution très-vigoureuse, a été gravée par Al. Cunego, par P. Fontana, par Kaupert, par Bettelini, etc. Au musée des Offices, un tableau du Guerchin représente la Sibylle Samie, appuyée sur un livre ouvert et levant les yeux au ciel.

Sibylle de Cumes (la), tableau du Guide ; au musée des Offices. Comme dans les tableaux du Dominiquin et du Guide, la sibylle a ici l'attitude méditative et dirige vers le ciel ses regards inspirés. Cette figure, k micorps, a un caractère assez majestueux. Elle a été gravée. Le Guide a peint un assez grand nombre de Sibylles ; il y en a une au musée de Bruxelles, une autre au musée du Belvédère, une au palais Strozzi k Florence, quatre au palais Briguole-Sale k Gênes, etc. Ces quatre dernières ont figuré à l'exposition organisée à Paris, en 1874, au profit des Alsaciens-Lorrains ; elles avaient été envoyées par Mma la duchesse de Galliera, propriétaire actuelle du palais Brignole-Sale.

SIBYLLE, femme de Robert, ,duc de Normandie. C'était au commencement de ia première année du xn<* siècle; ce prince, revenant de la croisade où il s'était distingué entre tous les seigneurs par sa bravoure, s'arrêta en Italie. Il y vit Sibylle, fille du comte de Conversona, et fut épris des grâces de cette personne, toute jeune encore et presque enfant. Ne songeant plus qu'une couronne l'attendait, il ne vécut que pour l'amour qu'il ressentait. « Livré, dit Hume dans son Histoire d'Angleterre, aux premiers transports de cette nouvelle passion et avide de goûter le repos et les plaisirs après de si rudes campagnes, il séjourna un an dans ce délicieux climat. Ses amis du Nord attendaient en vain son retour. Ce retard fit perdre à Robert le royaume d'Angleterre, que la grande renommée de ce prince après les croisades, le droit de sa naissance et celui qu'il avait encore acquis par le traité précédemment fait par le l'eu roi, son frère, lui auraient infailliblement assuré. »

En échange de la couronne, Robert eut l'amour de Sibylle, dont une légende a poétisé la mémoire. Robert ayant été blessé par une flèche empoisonnée, les médecins annoncèrent que sa mort était certaine si quelqu'un ne suçait promptement la blessure et ne s'exposait k mourir ainsi pour lui. Sibylle profita de son sommeil pour sucer la plaie et mourut victime de son dévouement.

SIBYLLE, reine de Jérusalem, née vers 1150, morte k Jérusalem en 1190. Fille d'Amaury I" et sœur do Baudouin IV, elle fut mariée d'abord k Guillaume de MoutferraÉ, dit Longue-Epée , qui mourut en lui laissant un enfant, depuis Baudouin V. Elle épousa en 1130 Gui de Lusignan et lui apporta le comté d'Ascala et de Jaffa, qu'elle avait eu en dot. « Le roi régnant, Baudouin IV, conféra, en outre, k son beau-frère la régence du royaume, que sa maladie incurable ne lui permettait plus de gouverner. Mais Gui de Lusignan était profondément incapable; la

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régence lui fut retirée en 1183 et fut conférée au comte de Tripoli. En 1186, Baudouin IV étant mort, le fils de Sibylle et de Guillaume de Montferrat fut appelé au trône sous le nom de Baudouin V. Sibylle espéra un instant que son époux allait redevenir maître du royaume ; mais de l'assentiment des barons, réunis en haute cour, la tutelle du jeune roi fut confiée a. Jocelin, autrefois comte d'Edesse, et Raymond, comte de Tripoli, resta chargé de la régence du royaume. Baudouin V garda peu longtemps la couronne sur sa tête; il ne survécut que quelques mois k son oncle. On accusa Gui de Lusignan de l'avoir empoisonné et l'on enveloppa dans cette accusation Sibylle elle-même. C'était k elle que revenait la couronne en qualité d'aînée des deux seules héritières survivantes du roi Amaury. Aussitôt les barons, excités par le comte de Tripoli et par le patriarche de Jérusalem, formèrent une ligue, se retirèrent k Naplouse, dans les montagnes de la Samarie, et de là mandèrent k la reine qu'ils ne la reconnaîtraient que si elle répudiait Gui de Lusignan. Sibylle eut recours k la ruse ; elle feignit de consentir aux exigences des hauts barons, déclara qu'elle répudierait solennellement son mari et que, dans la même cérémonie, elle offrirait sa main et sa couronne au plus digne des seigneurs français. Chacun des barons se flatta de devenir roi. La cérémonie du divorce eut lieu dans l'église du Saint-Sépulcre et la séparation fut prononcée parHéraclius, patriarche de Jérusalem. Puis, cette première partie de la comédie étant jouée, la reine fit approcher les barons présents et leur fit jurer obéissance à celui que, suivant sa promesse, elle allait prendre pour époux. Tous jurèrent. Alors elle appela près d'elle G ui de Lusignan et lui mit la couronne sur la tête (1187). L'incapacité de ce prince hâta la fin du royaume ; la même année, Saladin entra dans Jérusalem, et Sibylle, dépouillée de tout pouvoir, mourut obscurément trois ans après,

SIBYLLIN, INC adj. (ci-bil-lain, i-ne — rad. sibylle). Qui appartient aux sibylles, à une sibylle : Oracles sibyllins. Fureurs sibyllines.

— Antiq. rom. Prêtres sibyllins, Duumvirs, décemvirs ou quindécemvirs , qui étaient chargés de garder et de conserver les livres sibyllins.

■— • Bibliogr. Vers sibyllins, Recueil d'oracles grecs. Il Livres sibyllins, Recueil d'oracles romains. II Oracles sibyllins, Recueil d'oracles publiés par des juifs et des chrétiens, et attribués aux sibylles.

— Encycl. Bibliogr. Sous les titres de Vers sibyllins, de Livres sibyllins, à'Oracles sibyllins, on désigne trois recueils qui ont joui, le premier chez les Grecs, le second chez les Romains, le troisième chez les néo-platoniciens et les chrétiens, de la plus grande célébrité. Le dernier seul, que l'on peut considérer comme un remaniement très-étendu des deux autres, nous est parvenu. Malgré l'intime cohésion de ces trois recueils, qui proviennent d'une origine commune, leur importance et leurs destinées diverses nous engagent, tout en les réunissant sous un même titre, k faire l'historique de chacun d'eux séparément.

— Vers sibyllins. Les anciens auteurs font mention de trois recueils d'oracles répandus dans la Grèce : celui de Musée, celui de Ûa-

■i cis et celui de la sibylle, ou plus particulièrement de la Sibylle Erythrée. Ce dernier recueil était considéré par les Grecs comme d'une haute antiquité. L'usage en était trèsrépandu, et le poète Aristophane en fait le sujet de ses plaisanteries dans deux des co-. médies qui nous restent de lui. • La plus ancienne collection d'oracles sibyllins, qui a subi plus tard tant d'additions et d'interpolations, dit M. Grote dans son Histoire de la Grèce (I, xxxi), et qu'on rapportait, d'après l'habitude des Grecs, k une époque même

i antérieure à Homère, semble être d'une date de peu postérieure à Epiménide. D'autres vers prophétiques, tels que ceux de Bacis, étaient gardés précieusement k Athènes et dans d'autres cités. Le vie siècle avant l'ère chrétienne fut fertile en ces sortes de manifestations religieuses. » M. Charles-Alexandre a inséré dans le second volume de son édition des Oracula sibyllina (Excursus II, supplément) les fragments assez considérables qui nous restent des collections de vers sibyllins répandus dans la Grèce antique.

— Livres siby Mus. Les Livres sibyllins, qui jouent un rôle si considérable dans la politique du sénat romain, étaient un recueil ou plutôt une suite de recueils d'oracles et de prédictions dont le gouvernement de Rome faisait remonter l'origine au temps des rois, mais dont en réalité il tirait k discrétion ce qu'il jugeait nécessaire k se3 desseins , et que, dans ce but, il avait soin de tenir éloignés des regards du public.

Les anciens écrivains eux-mêmes mentionnent plusieurs éditions des prescriptions divines que l'on disait contenues dans ces livres. La première de ces éditions avait, selon la légende, été apportée kTarquin l'Ancien, ou, suivant d'autres, à Tarquin le Superbe, par une vieille femme qui ne se fit pas connaître. Etait-elle l'auteur de ces livres? On ne le sut pas. On la crut au moins l'une des sibylles .les uns virent en elle la sibylle de Cumes, d'autres celle d'Erythres, plus ancienne et

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plus célèbre encore que celle de Cumes ; on la nomma Démophile, Hérophile, Amalthée, noms que l'on décernait volontiers k toutes les sibylles. Quelle que fût cette vieille femme entourée de mystère, elle aborda donc le roi de Rome et lui présenta neuf livres qui, disaitelle, contenaient la destinée des Romains et les indications qu'il était indispensable de suivre pour que cette destinée s'accomplit. Elle demandait pour prix, des neuf volumes 300 philippes d'or, ce qui faisait alors une somme considérable, nous assure Servius (inutile de faire observer que cela se passait plus de deux cents ans avant l'existence de cette monnaie célèbre). Le roi se moqua de ses prétentious et de sa marchandise. Mais la vieille femme, après avoir brûlé trois des volumes, revint vers le roi et lui demanda la même somme des six livres restants. Sa nouvelle proposition ayant eu le même succès que la première, elle brûla encore trois livres et revint demander des trois derniers la somme totale, menaçant de les brûler comme les autres si cette somme ne lui était pas immédiatement payée. Le roi, surpris de cette obstination, prit les livres et paya la somme demandée. La vieille femme partit aussitôt et ne reparut plus.

Les trois livres mystérieux une fois payés, on na douta point qu'ils ne continssent des secrets du plus haut intérêt. On assembla les augures, qui confirmèrent cette opinion. On serra les précieux volumes dans le temple de Jupiter ou dans celui de Junon, au Capitole; on créa des pontifes pour les garder.

Ces livres , qui renfermaient le salut de l'empire, ne purent être sauvés eux-mêmes lors de l'incendie du Capitole, l'an 671 de Rome, sous la dictature de Sylla. On se hâta de remédier à la perte qu'on venait de faire, et, pour cela, il- suffisait évidemment de frapper à la porte d'une sibylle quelconque ; car, es prédictions des sibylles n'étant que l'ex-, pression de la volonté des dieux, il importait peu qu'elles fussent émises au me siècle ou au vus siècle de Rome, à Tibur, à Ancyre ou à Delphes.

Dès l'an 76 av. J.-C, le sénat, sur la proposition des consuls Octavius et Curion, chargea trois députés d'aller chercher dans la ville 3'Erythr.es, en Asie Mineure, ce qu'on y conservait des antiques prédictions de la sibylle. Denys d'Hnlicarnasse et Tacite ajoutent que l'on s'adressa également aux sibylles dos villes grecques de la Sicile et de l'Italie. Ce dernier historien, qui fut attaché au sacerdoce des Livres sibyllins, et qui, par conséquent, devait en connaître l'historique autant que personne, dit qu'après le retour des députés ou chargea les prêtres sibyllins de faire l'examen des différents morceaux qu'on avait apportés, et Varron assurait que la règle qu'ils avaient suivie était de rejeter comme faux tous ceux qui n'étaient pas assujettis à la méthode acrostiche, c'est-à-dire dont les vers de chaque section ne commençaient pas par des lettres qui, écrites à la suite l'une de l'autre, reproduisissent le vers initial.

Ceite seconde édition des Oracles de la sibylle touchant les destinées de l'empire fut remaniée par Auguste. Etant devenu souverain pontife après.la mort de Lepidus, le neveu de César ordonna une recherche de tous les écrits prophétiques, soit grecs, soit latins, qui se trouvaient entre les mains des particuliers, et dout les mécontents pouvaient se servir pour troubler la nouvelle domination. Ces livres furent remis au préteur, pour être brûlés, au nombre de deux mille volumes ; on ne conserva que les Livres sibyllins, mais on en fit une révision conforme aux circonstances. On profita pour cela de l'urgence qu'il y avait à recopier l'exemplaire écrit au temps de Sylla et qui commençait à s'altérer. Cette copie fut exécutée par les prêtres sibyllins, loin de tous les regards profanes. Pour donner au volume ainsi formé un aspect antique et vénérable, ils se servirent des mêmes sorn tes de toiles façonnées qui avaient composé les anciens Libri lintei ou • livres de lin, » toile en usage pour écrire avant que l'on connût en Occident l'emploi du papyrus d'Egypte et qu'à Pergame on eut découvert Part de préparer le parchemin.

Cet exemplaire des Livres sibyllins fut en-? fermé dans deux coffres dorés et placé dans la base de la statue d'Apollon Palatin, d'où il ne fut point enlevé par les premiers empereurs chrétiens. Il y était encore au temps de Julien, qui le fit consulter en 363 sur son ex* pédition contre les Perses; mais, au mois de mars de cette même année, le feu ayant consumé le temple d'Apollon, on eut beaucoup de peine à sauver les Livres sibyllins, qu'oit plaça sans doute dans quelque autre sanct tuaire ; car Claudien nous apprend qu'on le$ consulta quarante ans après, sous Honorius, lors de la première invasion de l'Italie par Alaric, en 403. Ce poète en parle encore dan$ son poënie sur le second consulat de&tilicou, en 405. Rutilius Numatianus , poète de la même époque et zélateur ardent de l'ancienne religion, accuse Stilicon d'avoir, en même temps qu'il aurait appelé les barbares, détruit les Livres sibyllins, en vue de causer la ruiné de l'empire en lui enlevant le gage de sa durée éternelle.

Il ne nous reste sur les Livres sibyllins aucun témoignage postérieur à ceux-là. Zosime rapporte, comme aj-ant fait partie du premier recueil, un long fragment prescrivant les cérémonies qui devaient accompagner les jeux

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séculaires. On a tout lieu de considérer cette supposition comme dénuée de fondement. Les vers dont il s'agit n'offrent, ni'par la forme générale, où la règle acrostiche n'est pas observée, ni par les détails ou la suite de la rédaction, le caractère que devaient avoir les anciens vers sibyllins.

Varron assurait que le second recueil, celui qui fut compilé sous Sylla, contenait d'abord mille vers au plus. Comme Auguste ordonna une seconde révision qui en fit encore rejeter quelques-uns, ce nombre aurait été diminué.

Ces prêtres sibyllins, auxquels fut confiée dès l'origine la garde des Livres sibyllins, sorte de magistrats pontifes nommés à vie et jouissant d'un caractère sacré, de plusieurs privilèges et d'exemptions considérables, furent d'abord au nombre de deux (duumtiri sacris faciundis). Quand les plébéiens eurent été admis à partager les emplois avec les patriciens, on augmenta le nombre de ces prêtres; il y en eut alors (366 av. J.-C.) jusqu'à dix, dont cinq seulement étaient patriciens : les duumviri devinrent ainsi des decemviri. Dans la suite ce nombre fut encore accru de cinq pontifes. L'époque précise de ce dernier changement n'est pas connue. On sait seulement, par une lettre de Cœlius à Cicéron, que le quindécemvirat (comme fut définitivement appelé ce sacerdoce) est plus ancien oue'la dictature de César. On a conjecturé que cette institution pouvait dater de la même époque que la rédaction du second recueil des Livres sibyllins, c'est-à-dire de la dictature de Sylla.

Ces duumvirs créés par Tarquin, ces décemvirs issus des revendications plébéiennes, ces quindécemvirs institués par Sylla et au collège desquels appartint l'auteur des Annales, n'étaient pas seulement les gardiens des oracles sibyllins, ils en étaient aussi les interprètes. Le vieux Publius Decius, dans Tite-Live, les appelait les interprètes des destinées de la nation (fatorum populi Romani interprètes). Cicéron les nomme tantôt sibyllini sacerdotes, tantôt sibyllinorum interprètes. 11 leur était interdit de communiquer à personne les livres sacrés. Eux seuls avaient le droit de les consulter, et encore ne leur était-il pas permis de les ouvrir sans l'ordre du roi, dans l'origine, et, plus tard, du sénat. De là l'expression si souvent répétée dans Tite-Live : « Libros adiré jussi sunt, Ils reçurent l'ordre de consulter les livres » ( mot à mot, «d'aller aux livres»). Lorsqu'ils avaient reçu cet ordre, recueilli la parole écrite du dieu, le fatum, ils présentaient au sénat un rapport sur le résultat de la consultation. Ce rapport était reçu sans examen et le sénat ordonnait ce qu'il croyait conforme à la volonté divine ou du moins ce qu'il jugeait opportun. Cette consultation , arme ménagée pour les cas difficiles, ne s'opérait qu'eu présence d'un danger imminent, après une nouvelle alarmante"; des présages fâcheux, et pour rassurer les esprits si facilement inquiets du peuple de Rome : Ad deponendas potius guam ad suscipiendas religiones, « Pour faire tomber plutôt que pour faire naître les idées superstitieuses, » dit Cicéron, noua livrant dans ces simples mots l'un des secrets de la politique autant que de la religion officielle des Romains. Varron et Tite-Live expriment la même idée en disant que les oracles sibyllins étaient consultés afin de connaître ce qu'on devait faire pour apaiser les dieux irrités et pour détourner l'effet de leurs menaces. C'est là tout l'espri,t de la vieille religion étrusque : averrunçare, détourner.

On connaît dans tous leurs détails les circonstances d'une consultation des Livres sibyllins qui eut lieu sous l'empereur Aurélien. Les Marcomans, raconte Vopiscus, l'un des petits historiens latins, ayant traversé le Danube et forcé le passage des Alpes (an 270 de J.-C), étaient entrés dans l'Italie, ravageaient les pays situés au nord du Pô et menaçaient même la ville de Rome, dont un mouvement malencontreux de l'armée romaine leur avait ouvert le chemin. A la vue du péril où se trouvait l'empire, Aurélien écrivit aux pontifes pour leur ordonner de consulter les Livres sibyllins , s'engageant pour sa part à fournir les victimes dont le sacrifice serait exigé par l'oracle. Il fallait encore, pour la forme, un décret du sénat. Le préteur proposa dans l'assemblée le réquisitoire des pontifes et rendit compte de la lettre du prince. Le sénat ordonna par un décret aux pontifes sibyllins de se purifier, de se revêtir des habits sacrés, de monter au temple, d'en renouveler les branches de laurier, d'ouvrir les livres avec des mains sanctifiées, d'y chercher la destinée de l'empire et d'exécuter ce que ces livres ordonneraient. Voici les termes dans lesquels Vopiscus rapporte l'exécution du décret : Itum est ad templum,inspecti libri, proditi versus, lusirata urbs, cantata carmina, ambnrbium celebratum, ambarualia promissa, algue ita solemnitas qnse jubebatur explela est; • On alla au temple, les livres furent consultés, les vers produits, la ville purifiée, les hymnes chantés, l'amburbium célébré, les ambarvales promises, et ainsi fut accomplie la solennité ordonnée. <

Les prédictions contenues dans les Livres sibyllins étaient intentionnellement rédigées en termes vagues et se prêtaient k toutes les interprétations; elles n'offraient aucune désignation de temps ou de lieu, • en sorte, dit Cicéron , qu'au moyen de l'obscurité dont l'auteur s'est prudemment enveloppé, on peut

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appliquer la même prédiction a des événements différents. ■

La réponse des Livres sibyllins, toujours conforme à l'esprit dans lequel était posée la question, portait communément que, pour se rendre la divinité favorable, il fallait instituer une nouvelle fête, ajouter de nouvelles cérémonies aux anciennes, immoler telles ou telles victimes. Malgré cette facilité d'interprétation, César et quelques autres maîtres de Rome ne se sont pas toujours contentés d'interpréter selon leur intérêt les oracles de la sibylle; ils ont été jusqu'à fabriquer l'oracle à, leur guise, le dieu ne se montrant pas encore assez accommodant pour leur ambition.

Dans quelques circonstances d'une gravité exceptionnelle et lorsqu'il paraissait utile de frapper vivement l'imagination populaire, l'oracle ordonnait même des sacrifices barbares. Deux fois, par exemple, dans les premières luttes de Rome contre Carthage (227 et £17 av. J.-C), les livres de la sibylle déclarèrent qu'on ne pourrait détourner l'effet du courroux céleste qu'en immolant des victimes humaines. Dans une autre circonstance, les décemvirs ayant appris par l'oracle que des Gaulois et des Grecs devaient s'emparer, de Rome, Urbem occupaturos, on imagina que, pour détourner l'effet de cette prédiction, il fallait enterrer vifs dans la ville un homme et une femme de chacune de ces deux nations et les faire ainsi prendre possession du sol, de manière que l'oracle fût accompli sans dommage pour la cité. Toute puérile, dans sa cruauté, qu'était cette interprétation , un très-grand nombre d'exemples nous montrent que les principes de l'art divinatoire, chez les Romains, admettaient ces sortes d'accommodements avec la destinée.

— Oracles sibyllins. Malgré la révision ordonnée par Auguste, malgré la destruction, par la main du préteur, de plus de 2,000 exemplaires de faux livres sibyllins, les premiers siècles de 1ère chrétienne furent inondés, dans un but facile à saisir, par celte sorte de contrefaçon religieuse. Tibère s'efforça également d opposer une digue à la vague montante des prédictions apocryphes; la digue fut impuissante contre ce torrent qui emportait avec lui la foi aux anciennes institutions politiques et religieuses des Romains, et c'est à la faveur de ce désarroi universel des consciences que diverses sectes de Juifs et de chrétiens purent donner quelque crédit a des recueils prophétiques de leur composition, où ils ne craignirent pas d'attaquer ouvertement, dès la lin du icr siècle de notre ère, la religion de l'Etat et tous les fondements de la société antique. Une partie de ces recueils inspirés par la haine du paganisme nous est restée sous le titre de Chiêsmoi sibulliaeoi ou Oracles sibyllins. Ce que nous en possédons est écrit en vers grecs, divisés en quatorze livres. La dute de la composition peut être conjecturée à l'aide même des circonstances énoncées par les maladroits devins. La première édition imprimée des huit premiers livres, qui ont été longtemps considérés comme les seuls, date de l'année 1545; • elle a été publiée à Bâle parXyst. betuleius. Dès l'année suivante (1546) parut des mêmes livres, également à Bâle, une traduction en vers latins, signée Sebasiiaims Castalio; en 1555, une nouvelle édition de cette traduction fut accompagnée du texte grec. D'autres éditions furent données, en 1599 (Paris) pur Jos. Opsopœus, en 1689 (Amsterdam) par . Servatius Gallaeus. Au commencement de notre siècle, le célèbre cardinal Angelo Mai publia à Milan (1817), d'après un manuscrit de la bibliothèque Ambrosienne, le quatorzième livre de ces Oracles, avec une traduction en vers latins composée par lui; puis il donna à Rome (1S28), d'après les manuscrits du Vatican, une édition des quatre derniers livres. Deux éditions complètes des Oracles sibyllins ont été publiées depuis lors, l'une en France, pur M. Alexandre, qui a remanié et complété la traduction de Castalio (Paris, Didot, 184 1-1853), l'autre en Allemagne (Leipzig, 1852), par M. Kriedlieb. M. Alexandre a fait suivre (1856) son édition d'un volume d'une importance capitale, où il embrasse toute la matière des récits, des textes et des contrefaçons de toute sorte qui se rapportent aux sibylles , et plus tard il donna une édition entièrement refondue des Oracula sibyllina. C'est à cette édition, faite avec tout le soin possible, et aux traités contenus dans le second volume de la première publication de M. Alexandre (celui de 1856) que l'on devra recourir pour les développements et les détails trop nombreux qui ne peuvent trouver leur place ici.

Lorsque les huit premiers livres des Oracula sibyllina virent le jour en 1545, beaucoup de lecteurs inexpérimentés crurent y voir le texte plus ou moins défiguré des célèbres livres sibyllins qui étaient conservés avec soin au Capitole par la politique romaine. Si insoutenable que fût cette hypothèse, elle a été soutenue dans un grand nombre d'ouvrages, et bien qu'elle ait été entièrement abandonnée par la science, il ne sera pas inutile de faire connaître aux personnes qui n'ont pas les textes entre les initins les raisons qui rendent impossible toute assimilation des deux recueils.

La date dea divers morceaux qui composent le recueil moderne, tant des huit pre-

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miers livres que des suivants, est la plupart du temps indiquée par les détails historiques auxquels il y est fait allusion. C'est ainsi que; dans le huitième livre, la ruine de Rome est annoncée comme devant arriver dans la neuf-cent-quarante-huitième année de sa fondation (les lettres du nom de Rome, comptées en grec d'après leur valeur numérique, donnent 948); or, cette prédiction n'es que la répétition du bruit qui, sous Tibère, donnait l'an 900 comme devant être le dernier de la ville éternelle. Il résulte de là que le huitième livre des Sibyllina que nous possédons a été écrit entre l'an 900 et l'an 948 de Rome, c'est-à-dire dans la seconde moitié du n« siècle de J.-C. Dans le cinquième livre, il est dressé une nomenclature de quinze princes, dont le nom est indiqué par la valeur numérique de la lettre initiale; le quinzième, un empereur chauve, rappelle par son nom une mer voisine; cet empereur est Adrien, dont le nom rappelle celui de la mer Adriatique, et qui avuit, en effet, la tête chauve. 11 est fait mention des successeurs d'Adrien et des diverses adoptions et associations qui constituaient alors la famille impériale. Mais l'uuteur fait régner après Commode Lucius Verus, qui mourut, comme chacun sait, avant son frère. On voit par là que le cinquième livre des Oracula a été écrit pendant la vie de Lucius Verus. On a pu établir par des moyens analogues que les divers morceaux de la collection sont tous du n° siècle de notre ère ou se rapprochent beaucoup de cette date.

Ces morceaux sont, d'ailleurs, écrits dans une vue absolument différente de celle que s'étaient proposée les auteurs des vers qui composaient les recueils gardés à Rome sous le nom de Livres sibyllins. Les anciens vers sibyllins prescrivaient les sacrifices, les cérémonies et les fêtes par lesquels les Romains pouvaient apaiser le courroux des dieux. Le recueil moderne est, au contraire, rempli de déclamations contre le paganisme, et, que l'auteur soit juif ou chrétien , il y défend toujours l'idée monothéiste,

La forme de la rédaction ne diffère pas moins que le fond des écrits. Les prédictions des vers sybiltins conservés à Rome et celles "qui étaient répandues dans la Grèce, dès le temps d'Aristophane et de Platon, étaient des prédictions vagues, applicables à tous les temps et à tous les lieux et pouvant même s'ajuster avec des événements opposés. Au contraire, dans la nouvelle collection, tout est si bien circonstancié, qu'on ne peut se méprendre aux faits que l'auteur avait en vue. S'il ne nomme pas toujours les villes, les pays et les peuples dont il veut parler, il les désigne si clairement qu'on ne saurait les méconnaître, et le plus souvent il indique le temps où ces choses sont arrivées d'une manière qui n'est point susceptible d'équivoque.

De plus, la loi générale de rédaction des anciens livres sibyllins, cette forme en acrostiche dont nous avons parlé plus haut, n'est ici jamais observée. Un seul fragment, inséré dans le huitième livre postérieurement à la confection de l'ensemble, offre, par les initiales de ses vers, cette suite de mots : Jésus- Christ, fils de Dieu, croix du salut; mais cette suite de mots ne forme point un vers.

Beaucoup d'autres preuves de fait démontrent que le nouveau recueil n'est point du tout la collection célèbre que lit reviser Auguste après Sylla; mais les preuves particulières deviennent inutiles dès qu'on jette les yeux sur l'ensemble de cette compilation informe, pleine d'emprunts faits à la Bible et à l'Evangile et dont chaque ligne porte des traces manifestes de falsification. La falsification étant donc admise, voyons quelle en fut l'origine.

L'historien Josèphe, qui écrivait à la fin du ier siècle de notre ère, cite à l'appui du récit de Moïse un ouvrage de la sibylle où l'on parlait de la tour de Babel et de la confusion des langues, à peu près comme dans la Genèse. Cet ouvrage, s'il avait été écrit en Europe , était nécessairement déjà ancien à cette époque, avant d'arriver, par l'intermédiaire des Grecs, à la connaissance de l'auteur juif des Antiquités judaïques; il est plus que probable que son auteur était quelque Juif d'Alexandrie. Mais le fait rapporte montre qu'il avait acquis quelque autorité. Les Oracles sibyllins que nous possédons offrent certaines parties exemptes de toute trace de christianisme et qui pourraient tort bien être attribuées à quelque Juif platonicien d'une époque voisine du commencement de notre ère. Malheureusement, l'absence de citation textuelle dans le passage de Josèphe ne permet pas d'établir l'identité de l'ouvrage auquel il se réfère et du recueil actuel en au-, cune de ses parties.

D'autre part, il est certain que des vers sibyllins favorables au christianisme étaient déjà fort répandus au temps d'Adrien, c'està-dire dès la première moitié du nu siècle de notre ère. Celse, qui écrivait sons cet empereur et sous ses successeurs, reproche aux chrétiens d'avoir corrompu le texte des vers sibyllins, desquels, leur dit-il, quelques-uns d'entre eux emploient les témoignages. « Et vous les avez corrompus, ajoute-t-il, pour y mettre des blasphèmes. » Celse, ennemi des chrétiens, entendait sans doute par blasphèmes les invectives contre le polythéisme. S'il est ici question des plus anciens d'entre les livres sibyllins que nous possédons, on voit.

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par ces expressions de Oelse que les chrêr tiens avaient déjà eu l'audace, un siècle seulement après le Christ, de prétendre en imposer aux. Romains eux-mêmes par leur falsification des livres sibyllins. Origène, au commencement du ine siècle, réfutant tardivement le Discursus de Celse contre le christianisme, ne réfute pas cette accusation autrement qu'en déclarant que les autres éditions des livres sibyllins ne sont pas moins altérées.

Les livres sibyllins de Rome ou les exemplaires que Ton répandait sous leur nom et que les premiers empereurs s'étaient vainement efforcés de détruire n'étaient pas la seule source où les chrétiens, grâce à leur système de falsifications, eussent puisé des arguments contre l'ancienne religion. Leurs Oracles sibyllins sont remplis d'emprunts faits aux nouvelles écoles orphique, platonicienne et pythagorique. Ils se montrent peu délicats sur le choix des armes et emploient confusément toutes celles qui leur tombent sous la main. Comme les auteurs des oracles et des vers philosophiques qu'on répandait alors à l'ombre des noms antiques d'Orphée, de Musée, d'Eumolpe, etc., supposaient la spiritualité, l'infirmé, la toute-puissance du Dieu suprême, que plusieurs blâmaient le culte des intelligences inférieures, condamnaient les sacrifices et, faisant allusion à la triade platonicienne, parlaient d'un Verbe Fils de Dieu, les chrétiens crurent qu'il leur était permis d'employer ces autorités dans la controverse avec les païens pour les battre par leurs propres armes.

Parmi les morceaux qu'on a le plus souvent cités comme méritant d'appeler l'attention dans ces prétendus Oracles sibyllins, nous signalerons celui qu'on désigne sous le nom d'énigme de la sibylle. Cette énigme, composée en vers grecs, est placée dans la bouche du Tout-Puissant, commandant à Npé de prêcher le repentir aux hommes de cette génération et de bâtir l'arche; en voici la traduction exacte : • Je suis celui qui est. Réfléchis et comprends. Je me revêts du firmament comme d'un manteau; la mer est ma ceinture, la terre mon marchepied ; l'air est répandu autour de ma personne, et devant moi s'agite en cadence le chœur entier des astres. J'ai neuf lettres et quatre syllabes. Comprends-moi bien ; les trois premières ont chacune trois lettres et le reste les autres; il y a cinq consonnes. De mou nombre entier font partie deux fois huit, trois» fois trois dizaines et sept. Si tu comprends qui je suis, tu seras initié par moi à la sagesse divine. » Les commentateurs ont fait des efforts désespérés pour trouver le mot de cette énigme. Theos saler (Dieu sauveur) et Auekphûuos (l'inénarrable) sont généralement considères comme les meilleures réponses. On a aussi proposé arcltê-telos, tin -commencement, répondant à l'alpha et l'oméga, dont les écrivains sacrés font souvent l'application à Dieu comme principe et fin de toutes choses. Archê-telos remplit bien les conditions de l'énigme, car on y trouve neuf lettres, quatre syllabes, cinq consonnes (ch est le % des Grecs), deux lettres dans chacune des trois premières syllabes et trois dans la quatrième.

SIBYLLIQUE adj. (si-bil-li-ke — rad. sibylle). Qiii a rapport aux sibylles, aux prédictions des sibylles, à la faculté de prédire l'avenir : Les hautes facultés sibylliques de l'Indienne ne semblaient guère s' arranger avec nos joyeux danseurs , gui , jusque dans le désert, avec uti hiver de huit mois , dansaient aux chansons de Paris. (Michelet.)

SIBYLLISME s. m. (si-bil-li-sme — rad.

sibylle). Hist. relig. Croyance aux oracles des sibylles.

SIBYIXISTE s. m. (si-bil-li-ste — rad. sibylle). Hist. relig. Nota donné aux chrétiens qui prétendaient trouver dans les livres sibyllins des prédictions relatives à Jésus-Christ.

— Encycl. Ce nom fut donné par Celse, écrivain païen du ne siècle de notre ère, à une secte chrétienne de cette époque qui regardait les sibylles comme des prophétesses véritablement inspirées de Dieu. Origène, répondant plus tara à Celse, faitobserver à ce sujet qu'à la vérité ceux d'entre les chrétiens qui ne voulaient pas regarder la sibylle comme une prophétesso désignaient par ce nom les partisans de l'opinion contraire, mais qu'on n'avait jamais connu 'de sectes particulières de sibyllistes. Il résulte du moins de cette discussion la certitude qu'une partie des chrétiens du ne siècle croyaient aux prédictions des sibylles, avant que les vers falsifiés de ces prophétesses devinssent entre leurs mains une arme contre le paganisme. Plutarque donne également le nom de sibyllistes aux interprètes des prédictions de ia sibylle ou chresmologues. On l'a enfin appliqué vulgairement à tous les auteurs de vers sibyllins.

SIBYNE s. m, (si-bi-ne — du gr. sibunê, trait, lance). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétrauières, de ta famille des charançons, tribu des érirhinides, comprenant une trentaine d'espèces, qui habitent surtout l'Europe et l'Afrique.

SIBYNOMORPHE s. m. (si-bi-no-mor-fe — du gr. sibunon, épieu; morphé, forme). Erpét. Genre de reptiles ophidiens, formé aux dépens des couleuvres.

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SIBYNON s. ni.(ai-bi-non — du gr. sibunon, épieu). Erpét. Genre de reptiles ophidiens, formé aux dépens des couleuvres.

SIBYNOPHIS s. m. (si-bi-no-fiss — du gr. sibunon, épieu; ophis, serpent). Erpét. Genre de reptiles ophidiens, formé aux dépens des couleuvres.

SIC adv. (sik — mot lat.). Ainsi; se met à la marge d'un écrit ou entre parenthèses, dans le cours d'un texte, pour indiquer que l'on cite textuellement, malgré ce qu'il peut y avoir d'étrange dans le texte cité : Un prospectus d'un établissement scolaire du premier ordre mettait l'hortographe (sic) au nombre des matières de son enseignement. Je me, suis toujours conformé à l'orthographe souvent bizarre des auteurs cités; j'en avertis une fois pour toutes, afin d'éviter des SIC trop répétés. (Viollet-le-Duc.)

SICA s. f. (si-ka — mot lat.). Antiq. rom. Sorte de poignard.

— Encycl. La sica était de forme recourbée, et telle que les voleurs et les meurtriers pouvaient facilement la cacher sous leurs vêtements. On portait la sica au côté, comme le dit Avienus :

Sica cornes iateri est; manus autem hastilia vibrât.

Sidoine Apollinaire a placé la sica dans la main de Spartucus : « Ces glaives des consuls que tu avais l'habitude, Spartacus, de mettre en fuite avec ta sica victorieuse. »

Vel quos, Spartace, consulum sokbas

Yiclrici gladios fugam sica.

La sica était aussi une arme des gladiateurs. Mais c'est surtout comme arme des assassins qu'on la voit chez les anciens auteurs. « Ce que l'alêne t'a gagné, dit Martial, la sica te le ravit; »

Quodque tibi tribuit subula, tica rapit. De là est venu le mot sicarius (sicaire, assassin gagé), et ce mot, après avoir signifié celui qui tuait avec la sica, signifia toutes sortes de meurtriers. Il en résulta que les expressions de sicariis et inter sicarios (du nombre des sicaires) furent employées dans les procès, criminels pour désigner un assassin en général. Cicéron a dit aussi, dans le discours pour Roseius, judicium inter sicarios (jugement pour meurtre) et, dans la seconde philippique, defendere inter sicarios (défendre contre une charge de meurtre).

lia sica différait <le Vaciuaces, arme venue à Rome de la Perse et qui était eom te, droite et se portait au côté droit, insignis acinace dexlro, tainiis que la sica se portait au côté gauche. Elle différait aussi du pugio, poignard droit, large et qui pouvait atteindre une longueur de plus d'un pied. On désignait quelquefois la sica par un diminutif", soit qu'il s'a gît d'une sica plus courte, soit que la sica ordinaire, par son peu de longueur, méritât elle-même le diminutif. On disait sicila ; Plaute a même dit sicilicula.

SICAIRE s. m. (si-kè-re — lat. sicarius; de sica, sorte de poignard). Assassin gagé : Soudoyer, payer des sicaires. Il fut tué par les sicairbs que son ennemi avait envoyés à sa poursuite. (Acad.) // avait envoyé à Paris quelques sicaikes, avec tnission d'assassiner te premier consul. (ïhiers.)

SICAIRE adj. (si-kè-re — rad. ficus). Entoin. Qui ressemble ou qui se rapporte à la cénomyie ou sicus.

— s. in. pi. Tribu d'insectes diptères, de la famille des notocanthes, ayant pour type le genre sicus ou cénomyie : Les sicaires fréquentent particulièrement les bois. (E. Desmares t.)

Sical s. m. (si-kal). Mamm. Un des noms du chacal.

SICAMBRES, en latin Sicambri, peuple de la Germanie septentrionale, qui habitait d'abord près du Rhin moyen, mais qui, plus tard, s'étendit jusqu'au Wéser, au N. de' la Lippe. Drusus les vainquit et en transporta un grand nombre dans la Gaule Belgique, où ils se mêlèrent aux Francs, avec lesquels on les a souvent confondus.

Le nom des Sicambres vient, selon les uns, du fleuve Sica, dont ils auraient habité les bords; selon d'autres, il signifie hommes vaillants, d'une racine qu'on a cru retrouver dans toutes les langues d'origine germanique : anglo-saxon secg, Scandinave seggr, etc.

S1CAMOR s. m. (si-ka- m or). Blas. Cercle lié comme un cercle de tonneau. I! C'est une autre forme du mot Ciclamok.

SICANIE, en latin Sicania, nom primitif de la Sicile, venant de ses premiers habitants, les Sicanes, qui furent subjugués par les Sicules, venus d'Italie.

SICABD, prince de Bénévent, mort en 839. Fils de Sicon, auquel il succéda en 833 et auquel il avait auparavant été associé , il fît comme lui la guerre aux Napolitains , assiégea Naples, mais fut forcé de lever le siège à l'arrivée des Sarrasins, .venus au secours de cette ville. 11 soumit Amalfi et périt massacré par des conjurés.

SICARD, chroniqueur, natif de Casai ou Casel, mort à Crémone en 1215. Il fut ordonne sous-diacre en 1183 et succéda, deux ans après, sur le siège de Crémone à l'évoque Oifredo. Ce fut à l'intercession de Sicard que fut due la an des hostilités entre l'empereur Frédéric I«» et la ville de Crémone.

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Malgré tous ses efforts, Sicard ne put obtenir la permission de reconstruire un château dépendant de Crémone et qui avait été détruit par l'empereur. Pour éluder l'interdiction qui lui était faite, Sicard jeta les fondements de Castel-Leone. Il fit, en 1203, un voyage en Orient jusqu'en Arménie et revint ensuite à Crémone, où il mourut. Son principal ouvrage est une Chronique universelle, dont Muratori a publié la seconde partie, qui s'étend depuis Jules César jusqu'à l'année 1213, dans les Scriptores rerum italicarum (t. VII, p. 625). Sicard a écrit, en outre, un traité historique intitulé le Mitrale et plusieurs autres ouvrages.

SICABD (Claude), géographe français, né à Aubagne (Bouches -du- Rhône) en 1677, mort au Caire en 1726. Il était membre de la compagnie de Jésus et fut envoyé en mission en Syrie et en Egypte. Il fit un grand nombre d'excursions dans ce dernier pays et recueillit des observations qui présentent un très-vif intérêt. Il préparait un grand ouvrage sur l'Eo ypte, lorsqu'il trouva la mort en allant soigner avec un noble dévouement les malades de la peste au Caire, Les observations du Père Sicard sur l'Egypte ont été insérées dans les Lettres édifiantes et dans les Mémoires du Levant du premier recueil (tomes II, V, VI et VII). Un Discours sur l'Egypte de Sicard a été imprimé à la fin d'un livre intitulé : Réflexions historiques et politiques sur l'empire ottoman, pur C. C.-L. D (Paris, 1802, in-8°). Les manuscrits, la carte d'Egypte, etc., du Père Sicard sont aujourd'hui perdus. Tout ce qui nous est parvenu de lui a été traduit en allemand dans le Recueil des voyages les plus remarquables en Orient, publié par Paulus (Iéna, 1798 et années suiv., iii-8°).

SICARD (l'abbé Roch-Ambroise Cuourron), célèbre instituteur des sourds-muets, né à Fousseret (Haute-Garonne) le 20 septembre '.742, mort à Paris le 10 mai 1822. Il fît ses études à Toulouse, puis entra dans la congrégation de la doctrine chrétienne. Sicard avait reçu la prêtrise lorsque l'archevêque de Bordeaux, Champion de Cicé, voulant fonder dans cette viile une école de sourdsmuets, l'envoya à Paris pour s'initier à la méthode de l'abbé de l'Epée, En 1780, Sicard fut mis à la tête de l'Institut des sourds-muets de Bordeaux. Les progrès qu'il fit faire à ses élèves, dont le plus remarquable fut Jean Massieu, fondèrent en peu de temps sa réputation. Après la mort de l'abbé de l'Epée (23 septembre 17S9), il lui succéda comme directeur de la maison de Paris, à la suite d'un concours ouvert par l'Académie. Arrêté comme suspect eu 1792, il tut vainement réclamé par ses élèves à la barre de l'Assemblée législative, et il venait d'être transféré à l'Abbaye lorsque eurent Heu dans les prisons les massacres de septembre. Grâce à un horloger , nommé Monot , l'abbé Sicard échappa à la mort, et, conduit à l'Assemblée nationale, il y prononça un discours dans lequel il remercia ceux qui l'avaient délivré. Peu après, il reprit la direction de l'Institut des sourds-muets, puis il devint professeur de grammaire générale à l'Ecole normale (30 octobre 1794) et membre de l'Institut, lors de sa création (25 octobre 1795). L'année suivante, Sicard fonda, avec l'abbé Jauifret, les Annales religieuses. Condamné à la déportation, comme journaliste, après le coup d'Etat du 18 fructidor, il parvint à se cacher. Après le coup d'Etat du 18 brumaire, il reprit la direction des Sourds-Muets, rentra, en 1800, à l'Institut et cette même année, grâce au ministre Chaptal, il établit une imprimerie dans l'école des Sourds-Muets. En 1803, il fut compris parmi les membres de l'Académie française, où il fit partie de la commission du Dictionnaire. Deux ans plus tard, l'archevêque de Paris le nomma chanoine de sa cathédrale ; mais Napoléon, qui, pour des motifs qu'on ignore, n'avait aucune sympathie pour lui, refusa de reconnaître cette nomination. En 1804, il devint membre de l'administration des hospices.Vers cette époque, son excessive facilité de caractère et son ignorance des affaires le jetèrent dans des embarras d'argent qui vinrent troubler sa vie. L'abbé Sicard « avait souscrit des billets par complaisance, dit Durozoir, et fut poursuivi pour des dettes qu'il n'avait point contractées. Napoléon, auquel il s'adressa dans sadétresse, ne lui donna, dit-on, au lieu de secours qu'une réponse sèche et mortifiante. Les arrangements que Sicard fut obligé de prendre avec ses créanciers le réduisirent à un état voisin de la misère. Il se dépouilla du revenu de ses. places, vendit sa voiture et son mobilier et ne se réserva qu'une petite pension. Avec ces sacrifices, il parvint à se libérer au bout de quelques années; mais de nouvelles imprudences le condamnèrent encore sur la fin de'ses jours à de nouvelles privations. » Lorsqu'en 1814 les souverains alliés vinrent à Paris, l'abbé Sicard leur fit visiter son établissement, et ils assistèrent aux exercices de ses élèves. Décoré de la Légion d'honneur eu 1815, il devint, cette même année, administrateur de l'hospice des Quinze-Vingts et, l'année suivante, administrateur de l'hospice des Jeunes- Aveugles et chanoine honoraire de Notre- Dame. Enfin, il était membre de la Société académique des sciences de Paris.

L'abbé Sicard avait un remarquable talent comme professeur- il excellait à soumettre

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les procédés de la grammaire aux opérations de 1 analyse. Très-vaniteux, il parlait de la méthode qu'il employait pour instruire les sourds-muets avec un enthousiasme tout méridional. > Avant lui, dit Durozoir, l'abbé de l'Epée avait traduit les choses par des signes et ensuite les signes par des mots ; mais, n'appliquant son procédé qu'aux objets physiques, il avait adopté la méthode inverse pour les objets intellectuels, c'est-à-dire que, dans l'impossibilité de les faire connaître à ses élèves par des signes, il leur avait enseigné matériellement les mots qui les expriment et les leur avait ensuite traduits par des gestes convenus. Il en résultait que les yeux et la mémoire avaient seuls part à ces opérations et que les sourds-muets ne faisaient que traduire des mots qui ne disaient rien à leur esprit par des gestes qui n'en disaient pas davantage. Sicard parvint à étendre aux choses métaphysiques le procédé qui avait réussi à l'abbé de l'Epée pour les choses matérielles ; et, à force de patience et de logique, il est venu à bout de donner à l'intelligence de'ses élèves le plus grand développement auquel elle pût atteindre. On peut lire dans son Cours d'instruction d'un sourd-muet la marche qu'il avait suivie pour introduire ces infortunés dans le champ de la métaphysique; et l'on jugera combien il lui avait fallu d'adresse et de patience avant de faire arriver à leur intelligence des notions auxquelles elle semblait devoir être à jamais étrangère. Au reste, cette méthode , tout ingénieuse qu'elle est , ne peut avoir sur tous un succès égal, puisqu'elle suppose dans le sourd-muet une intelligence peu ordinaire. » Sicard avait, en outre,imaginé un système d'écriture universelle, qu'il appelait pasigraphie et qu'il a exposé dans un ouvrage resté manuscrit. Ou lui doit les ouvrages suivants : Mémoire sur l'art d'instruire les sourds-muets de naissance (1789, in-8°); Second mémoire sur le même sujet (1790, in-8°); Relation des événements de septembre 1792, publiée dans les Annales religieuses et dans la Bibliothèque des mémoires relatifs à l'histoire de France ( 1846- 1864 ) de Barrière, tome XIII; Manuel de l'enfance (1796, in-12) ; Catéchisme à l'usage des sourdsmuets (1790, in-8°); Eléments de grammaire générale appliquée à la langue française (1799 ■ 1808,2 vol. iu-S°) ; Cours d'instruction d'un sourd-muet de naissance (1800, in-8°); Journée chrétienne d'un sourd-muet (1805, in-12); Théorie des signes pour l'instruction des sourdsmuets (1808, 2 vol. in-S<>); Rapport lu à l'Institut sur le Génie du christianisme de Chateaubriand (18U, in-8°). On lui doit, en outre, une traduction de l'ouvrage intitulé : De l'homme et de ses facultés, par l'Anglais Hartley (1802, 2 vol. in-s°) -, enfin divers morceaux et articles sur la grammaire générale, l'art d'instruire les sourds-muets, etc„ insérés dans îe Magasin encyclopédique, les Mémoires de l'Institut, etc.

SICARD (François), écrivain militaire français, né à Thionville (Meurthe) en 1787. Enrôlédès l'âge de quinze ans, il prit part aux campagnes d'Italie, d'Allemagne, de Saxe, de France et de Belgique et fut, en 1818, attaché à l'état-uiajor de la place de Thionville. On lui doit, entre autres écrits ; Histoire des institutions militaires des Français ( 1830 , 4 vol. in-8° et atlas); Annuaire historique, militaire et statistique (1839, 2 vol. in-8°)j Tableaux chronologiques des combats, sièges et batailles (1845). M. Sicard, qui fut rédacteur en chef du journal l'Armée, a publié un grand nombre d'articles dans le Journal des sciences militaires, le Spectateur militaire, le Mémorial encyclopédique, le Magasin universel, le Dictionnaire de la conversation.

S1CAUNIES, tribu indienne de l'Amérique du Nord. V. Chépéwyans.

SICCABDl' (Joseph, comte), homme d'Etat italien, né en 1804, mort en 1857. Il étudia le droit et, après avoir occupé d'importantes fonctions politiques sous Charles-Albert, il devint, eu 1849, ministre de la justice. Il résigna son ministère en 1849 et, en 1851, fut nommé sénateur. Siccardi a donné son nom à la loi de suppression des immunités du clergé sarde, dite loi Siccardi.

SICCATIF, 1VE adj. (sik-ka-tiff, i-ve — du lat. siccatus, part, passé du v. siccare, sécher). Se dit des substances qui ont la propriété de faire sécher promptement les couleurs auxquelles on les mêle : Huile siccative.

— Méd. Se dit des médicaments qui hâtent la dessiccation des plaies.

— s, m. Substance siccative, matière liquide ou pulvérulente qu'on ajoute à la peinture, pour en hâter la dessiccation.

— Méd. Substance qui a la propriété d'activer la dessiccation des plaies.

— Encycl. L'essence mêlée à l'huile, et l'alcool ou le copal mêlés Uu vernis jouissent de lapropriété d'enactiver la dessiccation. Mais l'essence n'est pas le seul siccatif et n'est pas non plus le plus actif employé dans la peinture a l'huile. Il on est d'autres communément usités qui ont une action très-énergique ; ce sont la litharge, la couperose ou vitriol et surtout un composé connu sous le nom d'huile grasse. <,

La litharge est un oxyde de plomb demi-vitreux qu'on retire des cendrées ou de l'écume de cendre de charbon et de plomb oxydé qui surnage sur les chaudières dans la fonte

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que font les plombiers avant le coulage da ce métal, ou qu'on obtient par l'affinage de l'or ou de l'argent. Il est deux sortes de litharges, connues dans le commerce sous les noms de litharge d'or et de litharge d'argent, qui ne diffèrent entre elles que par leur couleur et leur manière d'être fondues. On se sert pour les siccatifs de la litharge d'argent,

La couperose est un sel formé d'une base et d'acide sulfurique. Les sels que produit sa combinaison sont des sulfates. Ils sont de trois espèces, désignées dans le commerce sous les noms de vitriol blanc, de vitriol bleu ou »«'iriol de Chypre et de vitriol vert; le premier est un sulfate de zinc, le second un sulfate de cuivre et le troisième un sulfate de fer. Le premier, c'est-à-dire le sulfate de zinc, est presque le seul qui soit mis en usage dans les siccatifs. Quant on veut lui donner cette destination, on le choisit en gros morceaux blancs, durs, bien nets, ressemblant à du sucre en pain. On les fait sécher s'ils sont humides, mais avec modération, en évitant leur dessiccation complète et prenant soin de n'en point respirer la vapeur, qui est dangereuse. Il ne faut user de ce si cca tif qu'avec précaution, parce qu'il ternit et jaunit la couleur. On le broie, on le réduit en poudre très-fine et c'est ainsi broyé, rendu presque impalpable, " qu'on l'ajoute à la couleur broyée à l'huile dans des proportions minimes et en remuant bien la couleur pour que le siccatif s'y mêle intimement et d'une manière égale. Le sul-> fate de fer est réservé pour la fabrication deg encres, qu'il rend très-solides, et pour plu^ sieurs teintures noires.

Dans ces derniers temps et depuis que le blanc de zinc a remplacé dans une notable proportion le blanc de céruse, d'une préparation et d'un emploi si malsains, comme on le sait, on a cherché pour cette couleur de$ siccatifs a base de manganèse. Plusieurs tentatives ont été faites dans ce sens ; un concours même a été ouvert; enfin on a trouvé un siccatif de ce genre qui donne de trës-bonS résultats. Ce siccatif est composé de la façon suivante :

Parties.

Sulfate de manganèse pur. 1 Acétate de manganèse pur. 1 Sulfate de zinc calciné. ... i Oxyde de zinc blanc. ... 97

Total ; JÔÔ

On mêle ces divers corps dans un mortier où on les réduit en poudre jusqu'à la rendre ira-

fialpable, puis on tamise cette poudre et on a mélange dans la proportion de 1/2 ou 1 pour 100 au blanc de zinc broyé a l'huilé, qu'elle fait sécher très-rapidement.

L'huile grasse, le plus commun et le plus général des siccatifs, est un composé de 1 kilogramme d'huile de lin, de 60 grammes de litharge, d'une même quantité de céruse calcinée, enfin d'autant de terre d'ombre et 4e talc. On fait bouillir ce mélange pendant deux heures sur un feu doux et égal, en remuant souvent pour qu'il ne noircisse pas; lorsque ce mélange en ébullition mousse, on l'écume, répétant cette opération chaque fois qu'il est nécessaire; lorsque l'écume devient rare et rousse, la préparation est à peu .près terminée; on retire le mélange du feu, puis on le laisse reposer. C'est eu reposant qu'il se clarifie complètement; aussi faut-il ne point le remuer tant qu'il n'est pas parvenu à un état

' de clarification suffisante. Quand cet état est obtenu, on verse l'huile ainsi préparée doucement dans des bouteilles hermétiquement fermées, dans lesquelles on la conserve. Mais il est essentiel que ces bouteilles soient bien fermées pour que l'huile ne se sèche pas et ne forme pas un corps épais, pâteux. On ne la mêle à la couleur qu'au moment où l'on doit s'en servir, parce qu elle la fait épaissir trèsvite et qu'elle y provoque la formation de couches épaisses, opaques, qui forment comjne une espèce de peau. On se sert aussi de l'huile

. grasse dans la dorure, où elle joue le rôle de mixtion, destinée à rendre les feuilles d'or adhérentes à la surface sur laquelle on les pose. Enfin, dans certains cas, 1 huile grasse peut tenir lieu de colle et même en forme une qui se durcit avec le temps et devient très-solide.

Dans les travaux de peinture où l'on veut obteiiirun brillant et un poli parfaits, on peint d'abord avec des teintes dures qui sont des sortes d'enduits siccatifs et qui sont composées d'huiles siccatives, c'est-à-dire de celles qu'on a rendues telles par l'adjonction des corps que nous venons d'indiquer, et de massicot broyé dans ces huiles qu'on fait recqire et qui, séchées, forment une couche dure, Une sorte de placage aussi ferme et aussi solide que les placages de bois et même souvent plus. C'est ainsi que sont peintes les voitures dont les surfaces sont si unies et si polies.

Parmi ces siccatifs -différents, on emploie de préférence la litharge pour les couleurs sombres, dans la proportion de 30 grammes par kilogramme île couleur. Pour les Couleurs claires, on se sert de la couperose blanche qu'on détrempe parqunntitéde3à 4 grammes par kilogramme de couleur dans 1 huile de noix ou d'œillette. L'huile grasse convient surtout pour les couleurs citron et les Verts composé;!, c'est-k-dire obtenus par le mélange de jaune de chrome et de bleu de Pru&sc ou d'iniligo. On l'emploie en y broyant la couleur et sans y ajouter ni essence ni d'autre huile. Ces différents corps, s'ils ont l'a-

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vantage d'augmenter la siccité et la dureté de la couleur, ont aussi l'inconvénient de l'altérer dans une certaine mesure; aussi n'en faut-il user que d'une façon très-modérée, surtout de la litharge et de la couperose. Lorsqu'on doit vernir, on ne mêle de siccatif qu'à la première couche; dans le cas contraire, on peut en mettre dans toutes, mais très-peu.

II existe deux siccatifs principalement employés à enduire ou vernir ies parquets, et connus dans le commerce sous les noms d'encaustique et de siccatif brillant. Le premier, qui peut être appliqué sur la plupart des bois, sur les parquets et les meubles, surtout sur ceux de chêne, est ainsi composé :

Grammes.

Eau de rivière 4,000

Cire jaune 4,000

Savon 1,000

Sous - carbonate de potasse. 0,335

On fait chauffer d'abord l'eau et le savon coupé par petits morceaux très- menus ; quanti Celui-ci est complètement dissous, on ajoute la cire jaune, coupée, elle aussi, en petits morceaux pour aider sa fusion, puis enfin le souscarbonate de potasse en remuant bien et constamment le mélange.

Le siccatif brillant, qu'on étend principalement sur les carrelages et sur les murs pour préserver de l'humidité et qui forme une sorte d'enduit vernissé, est fait de la manière suivante :

Huile de lin bouillie pendant seize heures, 2 kilogrammes.

Gomme copal qu'on fait fondre et qu'on mélange à l'huile, 500 grammes.

A ce premier mélange, on ajoute :

Galipot. .....,., 4 kilogr.

Sandaraque 2 —

Gomme blonde .... 6 — Mastic en larmes ... 1 — Gomme copal tendre, i —

On mélange le tout, que l'on fait cuire pendant deux heures sur un grand feu; avant que le mélange soit tout a. fait froid, on y ajoute 20 litres d'alcool à 33°, puis on le remet au feu pour déterminer une dissolution complète; quand cette dissolution est achevée, on retire du feu et l'on verse dans le liquide en poudre impalpable la couleur dont on veut teindre le siccatif brillant; enfin on le passe chaud au tamis et on le met dans des pots en faïence vernissée à l'intérieur et bien recouverts.

SICCA-VENEREA, ancienne ville de l'Afrique romaine, dans laNumidie, près du Bagradas, à l'O. de Zama et au N.-E. de ïipasa. Marius y défit Jugurtha l'an 109 av. J.-C. C'est aujourd'hui la bourgade d'El-Kef, dans la partie S.-O. de la Tunisie.

SICCITÉ s. f. (si-ksi-té — lat. siccitas; de siccus, sec). Qualité, état de ce qui est sec.

— Chim. Evaporer à siccité, Evaporer jusqu'à ce qu'on obtienne un résidu complètement sec.

S1CELEG, ville de la Palestine ancienne, dans le pays des Philistins, près de la frontière de la tribu de Juda. Elle fut donnée par le roi de Geth à David, qui se retira pour éviter les persécutions de Sauf.

Sic et non, c'est-à-dire oui et non, ouvrage célèbre d'Abailard, inédit jusqu'en 1836, publié à cette époque par V. Cousin sur deux manuscrits, l'un de la bibliothèque d'Avranches, l'autre de celle de Tours. C'est un recueil de nombreuses citations tirées des Ecritures et des Pères, énonçant le pour et le contre sur les matières théologiques et distribuées en 157 questions d'une importance inégale. La première est celle-ci : « Qu'il faut fonder la foi sur des raisons humaines, et le contraire (Quod fides humanis rationibus sit adslruenda, et contra). » Si sur cette première question, remarque M. de Rémusat, Abailard n'eût pas été décidé pour l'affiriuati\e, aurait-il jamais écrit son ouvrage? Le Sic et non fut une des premières compositions théologiques d'Abailard; on peut, dit V. Cousin, le considérer comme la table des matières de ses traités dogmatiques de théologie et de morale. Abailard nous apprend lui-même qu'en faisant cette collection de maximes dissonantes, il s'est proposé pour but d'exciter déjeunes lecteurs à la recherche de la vérité et de les rendre plus pénétrants par l'inquisition. « C'est par le doute, dit- il, que nous arrivons à l'inquisition, et par l'inquisition que nous atteignons la vérité, suivant cette parole de la vérité même : « Cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. » Le Sic et non ne fut peut-être pas publié par son auteur; mais l'existence et le titre de l'ouvrage étaient universellement connus, et ce titre, qui semblait l'étiquette du scepticisme religieux, suffisait pour alarmer le zèle des défenseurs de la foi catholique. Guillaume de Saint-Thierry, dans une lettre à saint Bernard, le dénonce comme monstrueux. « On se tromperait cependant, dit Ch. de Rémusat, si l'on y cherchait un recueil d'antinomies destiné k établir le doute eu matière de religion. ■ En réalité, b Sic et non avait pour but de rendre la foi lumineuse et non de l'affaiblir ; c'était une méthode de Controverse, non le produit et l'expression du scepticisme ; ce n'était pas la conclusion, mais le point de départ do l'examen appliqué

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