‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 358 sur 1059 · SICH · texte numérisé non relu

SICH

à la théologie, c'est-à-dire à la tradition écrite des doctrines chrétiennes, mais un appel à la raison pour résoudre les contradictions des autorités sacrées.

SIGI1ÉE, époux de Didon. V. Didon.

SICHEL (Jules), médecin oculiste, né à Francfort-sur-le-Mein vers 1800, mort à Paris le 18 novembre 1868, au moment où il posait sa candidature à l'Académie des sciences, dont il était membre associé. Reçu docteur à Berlin en 1825, puis à Paris en 1833, il fonda, dans cette dernière ville, une clinique ophthalmique qui lui valut dans le public une clientèle nombreuse et bienveillante, et, dans le corps médical, des critiques nombreuses aussi, mais malveillantes. Membre d'un grand nombre de sociétés savantes, décoré de la Légion d'honneur et de plusieurs autres ordres, le docteur Sichel s'était fait, en dehors de sa spécialité, une place distinguée dans l'étude des insectes. Il fut, pendant plusieurs années, président de la Société entomologique de France, publia plusieurs mémoires Sur l'histoire naturelle en général et sur celle des insectes en particulier. Avant de mourir, il légua, sans conditions, au Muséum d'histoire naturelle de Paris la belle collection d hyménoptères qu'il avait formée.

Ses principaux ouvrages sont : Propositions générales sur l'ophthalmologie (1833, in-8°) ; Traité de l'ophthalmie, la cataracte et l'amaurose (1837, in-8°); Mémoire et observations sur la choroïdite (1836) ; Iconographie ophthalmologique (1832-1856, in -4°, avec planches, le plus beau monument que la science ait élevé à l'oculistique; enfin, une Revue, fondée par lui comme organe de sa clinique.

Sichel a voulu être inhumé sans pompe, sans aucune suite, dans le convoi des pauvres. Il a exigé, par son testament, que ses obsèques se fissent sans que le corps médical en fût averti, sans que ses amis les plus intimes en eussent connaissance; et ce n'est pas sa faute, ajoute M. Figuier, si son corps n'a pas été livré pour leurs dissections aux élèves de la Faculté de médecine. '

Ajoutons que le docteur Sichel était encore un helléniste éminent, comme le prouve la révision qu'il a faite du texte original du Traité de la vision d'Hippocrate, auquel il a ajouté un commentaire d'une grande valeur. Pour ce travail, il examina les manuscrits que possèdent les principales bibliothèques de l'Europe, et l'un des résultats de cet examen fut de reconnaître que deux manuscrits arabes de la bibliothèque Bodléienne d'Oxford, regardés jusqu'alors comme des traductions d'Hippocrate, étaient tout simplement des œuvres de médecins arabes.

SICHEM, ville de la Palestine ancienne, dans la tribu d'Ephraïm, puis comprise dans la Samarie, au S.-E. de la ville de ce nom, au milieu d'une plaine fertile, enfermée entre le mont Garizim et le mont Hébal. Le nom de cette antique cité apparaît souvent dans l'histoire des Hébreux. Abraham dresse sa tente sous les chênes de More, près de Sichem ; Jacob achète un champ dans les environs de la ville ; Jacob envoie son fils Joseph au pays de Sichem pour avoir des nouvelles de ses enfants. Après la sortis d'Egypte, Josué assemble les tribus près de Sichem et bâtit un temple sur le mont Hébal. A l'époque du partage de la terre promise entre les douze tribus d'Israël, Sichem devint ville lévitique. ■Après la mort de Salomon, Roboam fut proclamé roi k Sichem ; enfin, à l'époque du schisme des dix tribus, lorsque se forma le royaume d'Israël, cette ville devint la capitale du nouveau royaume avant la fondation de Samarie ; sous les rois de Perse, elle resta le centre du culte des Samaritains. Lorsque la Judée fut réduite en province romaine, Vespasien fit de Sichem une colonie romaine sous le nom de Flavia JVeapolis, d'où est venu le nom moderne de Naplouse, ville qui occupe remplacement delautiquf

que.

Hique cité hôbraï-

Sichem se trouve à environ 500 mètres audessus des mers, à l'origine de deux vallées, l'une courant au Jourdain, l'autre à la Grande Mer des Hébreux (Méditerranée) ; et ces vallées, descendant l'une k l'est, l'autre à l'ouest, sont riches en sources, et arrosées par des torrents qui ne tarissent point. C'est une joie, dans un pays si aride, de voir de si belles eaux; celles qui vont à l'orient mettent en branle les moulins de Belata; celles qui descendent à l'occident font une vraie cascade au moulin de Ratidieh. Dans ces vallées, ce ne sont que champs opulents, frais vergers, et, s'il y a peu de vignes, c'est que l'islam défend le vin aux vrais croyants.

Pour en revenir à la ville, ouverte du côté de l'ouest et du côté de l'est, elle est protégée Contre les vents, du côté du nord et du cote du sud, par des montagnes qui la dominent d'environ 250 mètres. Heureusement placée comme elle l'est, au sein d'une charmante nature, elle porte en elle-même tous les germes d'une prospérité durable, d'une existence assurée ; elle aura un long avenir, et déjà elle a derrière elle un long passé : ses traditions remontent plus haut que celles de Jérusalem.

SICHEM (Christophe van), graveur hollandais, né vers 1580. Il fut un des meilleurs élèves de Goltzius. Son ouvrage le plus considérable porte le titre d'Icônes hxresiarca-

SICI

rum; c'est une suite de portraits des principaux hérésiarques (Amsterdam, 1609). On cite, parmi ses pièces au burin, les-portraits de Caloin et de Charles-Quint. Parmi ses gravures sur bois, on cite principalement Judith tenant la tête d'IJolopherne et Sainte Cécile touchant de l'orgue.

S1CIGNANO, bourg du royaume d'Italie, province de la Principauté Citérieure, district de Campagna, mandement de Postiglione; 3,337 hab.

SICILE, appelée successivement Trinacria, Sicània et Siciiia par les anciens, la plus belle, la plus riche et la plus grande des îles de la Méditerranée, formant une portion considérable du royaume d'Italie, dont elle n'est séparée que par le détroit de Messine, d'uno largeur de 3 kiiom.; comprise entre 36° 40' et 33° 18' de latit. N. et entre 10» 8' et 13020' de longit. E. Diodore donnait à cette île, remarquable par sa forme triungulaire, 541,000 pas de tour, Pline 530,000, Ptolémée 595,000 ; les mesures les plus récentes lui assignent, en tenant compte des anfractuosités de ses côtes, un périmètre de 780 kilom., dont 300 sur la côte septentrionale, 200 sur la côte orientale et 280 sur la côte tournée vers le S.-O. Superficie, 25,379 kilomètres carrés ; 2,289,515 hab. Capitale, Palerme. Au point de vue administratif, eUe est divisée en 6 provinces, qui portent les noms de leurs chefs-lieux : Catane, Girgenti, Messine, Païenne, Syracuse et Trapani ; elle comprend 172 cantons et 320 communes.

Les sommets des trois angles que présente la forme générale de cette île, d'où son nom de Trinacria, sont déterminés par le cap Boco k l'O. (le Lylibseum promontorium des anciens), le cap Passaro (Pac/tynum) au S.-K., le cap Faro (Pelorum) au N.-E. Son extrémité occidentale n'est séparée du cap Bon, sur la côte africaine, que par un canal de 100 kilom. de largeur; sur ce point, par sa flore comme par sa constitution géologique, la Sicile semble unir l'Europe à l'Afrique. La côte septentrionale de cette Ile, baignée par la partie de la Méditerranée nommée quelquefois mer de Sicile et mer Tyrrhénienne, est avoisinée par les lles.Lipari; les accidents les plus remarquables qu'elle présente sont, à partir du cap Faro, les caps Rasaculmo, Bianco, Calavu, Orlando, Rosigerbi, Zafarano, le golfe de Palerme, les caps di Gullo, dell' Uomo-Morto, le golfe de Castela-Mare et le cap San-Vito. Entre ce dernier et le cap Boco, on rencontre les îles Egates, près de l'extrémité occidentale de l'île. Entre le cap Boco et le cap Passaro se présentent les caps Ferro, Sorella, San-Marco, Scalambri, d'Aliga-Graude et le port de Palo, avec le cap du même nom. Près de cette côte se rencontrent quelques bancs madréporiques ; au milieu d'eux se trouve la petite Nérita qui, formée par l'éruption d'un volcan en 1831, disparut deux ans plus tard, en 1833. Enfin, la côte qui est comprise entre les caps Passaro et Faro présente le cap Lungo , le port de Syracuse, la port d'Agosta, le cap Santa-Croce, le cap delli Moiini, la pointe ui Pietra-Gala et le port de Messine.

Le sol de la Sicile est en grande partie moiitueux : une chaîne de montagnes, désignées sous le nom de Neptuntennes , qui semble former la continuation des Apennins, longe à une certaine distance la côte septentrionale et se divise en monts Pélores u l'E. et monts Nébrodes à l'O.; une autre chaîne, partant du cap Passaro au S.-E., traverse l'Ile Uiagonalement et vient se rencontrer avec la première vers le centre de la Sicile. Dans l'espace triangulaire compris entre la côte orientale et ces deux chaînes se dresse l'Etna, qui forme un groupe indépendant. C'est la seule montagne ignivome eu activité dans I cette île; le Malacuba, près de la côte S.-O., est un volcan qui vomit de la boue par plusieurs ouvertures. Entre ces différentes chaînes de montagnes s'étendent de larges et riches vallées que fertilisent plusieurs cours d'eau descendant des sommités vers lu mer des trois côtés de l'îia. Les plus importants sont : laGiaretta, formée du ScinetoetduTraehino; elle se jette dans la mer au S. de Catane ; le Cantara, qui se jette dans la mer sur la côte E. au S. de Taorniine; le Salso, qui a son embouchure sur la côte S.; les autres cours d'eau, moins importants, sont : le Platani, le Belice et le Leouardo. On n'y trouva pas de lacs très-étendus; celui de Lentini à l'E., est le plus grand. Le climat de la Sicile est fort agruable; l'hiver y est très-doux et les chaleurs de l'été y sont tempérées parles brises de mer; la neige y est inconnue, excepté sur les points culminants des montagnes dont nous avons parlé. 11 est difficile de rencontrer un ciel plus beau et plus pur que Celui de la Sicile; quulijues districts, néanmoins, sont insalubres et l'île est sujette à des tremblements de terre, aux éruptions de l'Etna et au siroco, vent qui souflle eu juillet et août et apporte souvent des nuées de sauterelles qui détruisent les récoltes du littoral.

Au point de vue géognostique, le sol est composé de terrains granitiques à l'extrémité N.-E. et de terrains volcaniques dtins le groupe et le voisinage de l'Etna; le reste est constitué en grande partie par des terrains calcaires. Ce sol est d une fécondité admirable; les anciens avaient consacré h Cerès cette île qui fut appelée le grenier de Home

SICI

et qui a toujours été célèbre par sa fertilité. Dans les environs de Messine, les citronniers sont constamment couverts de feuilles; rien n'égale la beauté des récoltes de blé de Catane, celle des raisins de Syracuse et de Vittoria. Les jardins ravissants des environs de Palerme ont valu le nom de Conco d'oro att territoire de cette ville. Les montagnes élevées du N.-E. présentent une végétation à peu près identique à celle des Apennins de Calabre, tandis que, près de la côte méridionale, on rencontre les productions tropicales de la flore africaine, les cactus, les agaves, les palmiers ; toutefois, de même que sur la riveseptentrionale d'Afrique, la datte a peine à mûrir. Malgré cette fertilité prodigieuse, la Sicile est fort mal cultivée; l'eau y manque et les canaux d'irrigation y sont complètement inconnus; plus de la moitié des terres arables est abandonnée. 1,500,000 hectares seulement sont cultivés et produisent en abondance du blé, de l'orge, des fèves, haricots, oranges, pour plus de 140,000,000 de francs, citrons, amandes, sumac et jujube. Le vin est aussi une des richesses du pays, et ceux de Marsala et de Syracuse rivalisent avec le

" xérès et le malaga d'Espagne. L'île possède beaucoup de pâturages"; aussi, bien que l'élève des bestiaux soit loin d'être ce qu'elle pourrait devenir, y fait-on néanmoins d'excellent beurre et de bons fromages. Les plantations des bois sont fort négligées; et les petites forêts qui couvrent quelques parties des monts Neptunienset Pélores, composées de chênes, de frênes et d'ormes, sont la propriété exclusive de l'Etat, qui en tire peu de profit.

Les richesses minérales de la Sicile sont importantes et variées : on y trouve, en effet, des mines d'or, d'argent, de plomb, de fer et de cuivre; les carrières de marbre et de pierre à bâtir y sont abondantes. Le sol renferme des agates, du jaspe, porphyre, émeraudes, alun, albâtre, pétrole, salpêtre, sel; de l'ambre jaune, plus diaphane que celui de la Baltique, aux environs de l'Etna; de la houille près de Messine ; les eaux sulfureuses et thermales se rencontrent dans beaucoup d'endroits. Mais le plus grand produit minéralogique de la Sicile est le soufre ; il est exploité dans plus de 150 mines par environ 15,000 ouvriers. L'emploi de plus en plus répandu que l'on fait du soufre dans tous les pays vignobles contre l'oïdium a fait presque doubler le prix de ce produit. Les soufrières de Sicile ont fourni, en 1865, près de 150 millions de kilogrammes de soufre, représentant une valeur de 20 millions de francs. Les animaux domestiques sont en Sicile, ainsi que nous l'avons déjà dit, peu nombreux et de races médiocres. Pour le labourage et les transports, on se sert généralement de bœufs ; pour voyager, on emploie des mulets et des ânes. Le gibier y est commun, et on y rencontre la plupart des animaux sauvages du continent. Les abeilles de l'Hybla donnent toujours un miel renommé, et l'éducation des vers a soie s'y fait en grand, principalement dans les districts de Messine et de Catane. Aussi trouve-t-on dans ces deux centres des manufactures de soieries assez importantes ; Palerme compte aussi quelques faoriques de

"tissus de coton et de soie; c'est à cela que se borne à peu près l'industrie manufacturière de la Sicile; cette source de richesse y est aussi négligée que l'industrie agricole. Ajoutons que l'absence ou le mauvais état des routes a rendu jusqu'à ce jour les communications dans l'intérieur de l'Ile très-difliciles, et que, par une conséquence toute naturelle, le mouvement commercial inté-

• rieur est fort peu important. Toutefois, depuis 1870, cet état de choses tend à s'améliorer; les ports de Palerme, de Messine et de Catane traitent avec les villes de commerce d'Europe et d'Amérique des affaires assez considérables. Quand cette Ite, placée dorénavant dans des conditions économiques plus favorables, aura joui pendant quelques années des bienfaits de l'unification italienne, il n'est pas douteux qu'elle n'entre dans une nouvelle ère de prospérité,

— Résumé historique. La situation géographique de la Sicile au centre du bassin méditerranéen, sur la limite de plusieurs continents et de plusieurs civilisations, sa fécondité prodigieuse, la douceur de son climat, ont fait de cette île le rendez-vous des nations, qui s'en sont disputé la possession ou partage les provinces. Aussi, de nos jours y trouve-t-on encore les traces de tous les peuples qui sont venus successivement ou ensemble y apporter les monuments de leur génie particulier. Ce pays, bouleversé si souvent par les armées étrangères et par les secousses de son volcan, montre, en témoignage des révolutions qu'il a subies, les cavernes des Troglodytes, des restes d'architecture punique, de temples grecs, d'amphithéâtres romains, quelques ogives de construction arabe et les tours carrées des Normands.

Sans compter la fable homérique des Cyclopes, que les récits de la mythologie grecque présentent comme les premiers habitants do la Sicile, nous dirons, d'après le témoignage de Diodore et de Timée, que les Sicaniuns furent le peuple indigène de cette Slo, appelée primitivement Sicauie, du nom de ses habitants, et Trinacrie, a cause de sa forme triangulaire. Bientôt arrivèrent d'Italie les

SICÎ

Sicules que pourchassaient les habitants de l'Ombrie ; ces nouveaux venus s'établirent d'abord sur la côte orientale, refoulèrent ensuite dans l'intérieur de l'île les Sicaniens qu'ils finirent par subjuguer complètement et donnèrent à leur patrie adoptive le nom qu'elle a conservé depuis. Les Sicules, a leur tour, ne restèrent pas longtemps seuls possesseurs de la Sicile ; les Phéniciens, les Carthaginois et les Grecs vinrent tour à tour peupler les côtes de l'île et y fondèrent d'importantes colonies. Refoulés des côtes vers l'intérieur, les Sicules y conservèrent leurs mœurs et leur langue, qui se modifièrent cependant peu à peu au contact des Hellènes. Les Phéniciens et les Carthaginois avaient devancé les Grecs dans la colonisation de la Sicile. « Les Phéniciens, dit Thucydide, formèrent d'abord des établissements sur les rivages de la Sicile et dans les petites îles qui l'avoisinent; mais, lorsque plus tard les Grecs vinrent s'y établir, ils se retirèrent à Motya, à Soloès et à Panorme. » (Livre "VI, g 2.) Ce fut seulement vers la fin du viuo siècle avant notre ère que l'Athénien Théoclès, à la tète d'une colonie de Chalcidiens, fonda Naxos et Leontium, sur la côte orientale de la Sicile. En 736 av. J.-C, Archias, exilé de Corinthe, fonda Syracuse, qui donna elle-même naissance à Acra, à Camarine et à Casméné. Sélinonte fut fondée en 028 par des Mégariens et Gela par des Cretois, qui fondèrent aussi Agrigente en 582. Vers la même époque, Messine s'élevait sur la côte septentrionale, grâce à une colonie de Cumes et de Chalcis, dont les descendants fondèrent Himère. Toutes ces villes eurent d'abord un gouvernement oligarchique, puis un gouvernement démocratique; elles revinrent, sous l'empire de causes que nous n'avons pas à examiner ici, au gouvernement d'un seul. C'est ainsi que Pancetius devint le tyran (dans le sens antique) de Leontium, Simicus de Ceutoripe, Scytês et Anaxilas de Zancle ou Messine, Pythagoras de Sélinonte, Phalaris d'Agrtgente, Gélon de Gela. Ces petites royautés, si voisines les unes des autres, devaient bientôt être absorbées par l'une d'elles devenue prépondérante. Le tyran de Gela, Gélon, appelé par les riches de Syracuse contre le peuple, transporta le siège de sa puissance dans cette ville et conçut dès lors le projet de placer la Sicile entière sous sa domination. Il conquit successivement Naxos, Messine, Leontium et Himère; sous les murs de cette dernière ville, il défit les Carthaginois et leur imposa un traité honorable pour sa mémoire : les Carthaginois s'engageaient, en effet, par ce traité à payer les frais de la guerre et à s'abstenir désormais de sacrifices humains. Hiéron succéda à son frère Gélon, et, sous sa domination, Syracuse devint une des villes les plus florissantes de l'antiquité ; sa cour était savante et lettrée : Simonide, Pindare, Eschyle s'asseyaient souvent à la table de ce prince qui confia l'éducation de ses enfants au philosophe Epicharme. Après , avoir vaincu les pirates tyrrhéniens et les Agrigentins, Hiéron mourut en.468 av. J.-C, laissant le pouvoir à son frère Thrasybule. Ce dernier, injuste et cruel, fut contraint d'aller mourir en exil, et le gouvernement démocratique fut rétabli. Ce fut quelques années plus tard qu'eurent lieu les diverses tentatives des Athéniens pour s'emparer de la Sicile. Appelés par les Léontins, qui étaient en guerre contre les Egestains, les Athéniens voulurent se rendre maîtres de Syracuse. On connaît la déplorable issue des expéditions commandées par AlcUnade et Nicias (415 av. J.-C). Le triomphe des Syracusains dans cette lutte mémorable contre Athènes semble marquer l'apogée de leur puissance. Cependant, les Carthaginois, appelés par les Egestains contre la puissante Syracuse, détruisirent tour à tour Sélinonte et Himère; Syracuse, affaiblie par des luttes intestines, se soumit de nouveau au pouvoir d'un seul chef. Ce nouveau tyran fut Denys l'Ancien, homme remarquable par ses talents militaires et par son habileté politique (405). Il soumit à sa puissance la plus grande partie de la Sicile, d'où il essaya inutilement d'expulser les Carthaginois, maîtres de la partie occidentale. Il signa un traité avec Cartilage et mourut en 368, laissant le trône à son li!s Denys le Jeune. Ce prince, d'un caractère timide et faible, oublia bientôt les préceptes que lui avait enseignés le divin Platon et se laissa perdre par les flatteries de quelques courtisans avides. Il alla à Corinthe expier dans l'exil le tort d'avoir méconnu ses vrais amis, Dion et Platon. Le Corinthien Timoléon, après avoir vaincu plusieurs fois les Carthaginois, se démit do ses fonctions de stratège qu'il avait exercées pendant quelque temps à Syracuse, et rendit ainsi la liberté à toute la partie grecque de la Sicile. Le règne de cette liberté fut de courte durée. Agaihocle, qui de simple soldat s'était élevé aux plus hauts grades militaires, s'empara par un coup de main du pouvoir, l'an 317 av. J.-C, et sut le conserver pendant vingt-sept ans. Pendant cette période, il lutta avec succès contre les Carthaginois et porta même deux fois ses ormes en Afrique, attaquant ainsi l'ennemi sur son propre territoire. Après sa mort, la Sicile fut en proie à l'anarchie; les tyrans Tynion et Icétas l'opprimèrent tour à tour ; les Carthaginois l'attaquèrent plus énergiquement. Les Siciliens appelèrent à leur secours Pyrrhus, qui faisait alors la guerre aux Ro-

SICÎ

tnains. Il accourut à cet appel ; mais l'esprit versatile des Syracusains le força bientôt à repasser le détroit. Hiéron fut alors proclamé roi ou tyran de Syracuse (265 av. J.-C). Les Romains, appelés par les Mamertins, franchirent le détroit et dépassèrent pour la première fois les limites de la péninsule italique. Hiéron, qui s'était d'abord déclaré contre les Romains, vaincu par eux, implora la paix et put, pendant cinquante ans, régner paisiblement, sous la protection de Rouie, sur tout le littoral oriental de la Sicile, Hiéronyme, son petit-fils et son successeur, tyran orgueilleux et cruel, périt assassiné l'an 214. Pendant la seconde guerre punique, la fraction démocratique de Syracuse se déclara pour Annibal ; Marcellus vint alors assiéger Syracuse, qui succomba (212) malgré le génie d'Archimède. Deux ans après, la Sicile fut réduite en province romaine, et son histoire se confond dès lors avec celle de Rome. Sous la domination de ses nouveaux maîtres, la Sicile conserva, il est vrai, ses lois et ses magistrats, mais un préteur romain résida à Syracuse, et deux questeurs, résidant l'un dans . la partie occidentale, l'autre dans la partie orientale de l'île, percevaient les impôts. Jusqu'à Auguste, l'histoire de ce pays ne présente d'autres faits saillants que deux révoltes d'esclaves en 134 et 106, et les concussions de Verres (71) si éloquemment flétries par Cicéron.

Lorsque l'empire romain s'effondra sous les coups redoublés des barbares, la Sicile

fiassa successivement aux mains des Vandaes (440), des Goths (493), de l'empire d'Orient (535). Ce fut sous Justinien que Bélisaire rendit la Sicile aux empereurs de Cons'tantinople, qui devaient la conserver pendant près de deux siècles, pour la laisser envahir par les sectateurs du Coran. D'après Anastase le Bibliothécaire, ce fut en 652 de l'ère chrétienne que les Arabes firent pour la première fois leur apparition en Sicile ; dans les années suivantes, ils tentèrent plusieurs descentes, mais ce ne fut qu'en 827 quele prince aglabite Ziadjt-Allah s'empara de l'Ile et la soumit à la domination musulmane. Une fois la conquête accomplie, les nouveaux possesseurs partagèrent l'île en trois vais : val Demone, val di Noto et val di Mazzara, division parfaitement appropriée à la configuration du pays; chaque val (ou vallée) était subdivisé en plusieurs districts administrés par des caïds. Deux appréciations tout à fait opposées ont été faites sur la période sarrasine de l'histoire de Sicile : plusieurs historiens, échos fidèles de la papauté, ont regardé cette époque comme un temps de désolation pendant lequel l'Ile, en proie au prosélytisme des musulmans, avait vu ses monuments détruits, ses enfants soumis de force à la circoncision et Ses hommes forcés d'apostasier ou de périr dans les tourments. D'autres écrivains plus impartiaux ont constaté queles Sarrasins se conduisirent en Sicile ainsi qu'ils l'avaient fuit en Espagne et en Asie ; ils laissèrent aux vaincus deux partis : embrasser l'islamisme ou payer un tribut au vainqueur. Au surplus, l'occupation de la Sicile par les Arabes eut lieu à l'époque où la civilisation de ces Orientaux était arrivée à son apogée, et l'île dut a ses vainqueurs les plus grands progrès de son agriculture. Le coton, la canne à sucre, le pistachier, le frêne (fraxinus) qui produit la manne (ornus), ne sont connus en Sicile que depuis l'occupation sarrasine.

Les musulmans, sous la dynastie des Aglabites et sous celle des Faùmites, restèrent maîtres de la Sicile jusqu'au xt<= siècle. De 1058 à 1090, ils luttèrent pour s'y maintenir contre les Normands, ces aventuriers du Nord, qui, secondés par une partie de la population restée chrétienne, finirent par expulser complètement les envahisseurs africains. Roger fut le premier grand comte de la Sicile, qui en 1 130 fut réunie au comté de Pouille et au priucipat de Capoue. La descendance mâle du prince normand s'éteignit en 1189; la fille de Roger avait épousé Henri, empereur d'Allemagne : de là les prétentions desHohenstauffeu sur la couronne de Sicile. Les rivalités des papes et des empereurs portèrent sur le trône de Sicile Charles d'Anjou, frère de Louis IX, roi de France. Le gouvernement de Charles fut dur, cruel, insolent; mais la vengeance qu'en tirèrent les Siciliens fut plus cruelle encore ; le sanglant épisode des Vêpres siciliennes livra la Sicile à Pierre d'Aragon (1282) ; la période de la dynastie aragonaiso fut pour la Sicile une époque de dissensions intestines. Après avoir été momentanément réunie au royaume de Naples sous Alphonse 1er (1435-1458), et après une nouvelle séparation sous Jean d'Aragon, l'île lut de nouveau réunie à Naples en 1504 par Ferdinand le Catholique. A partir de cette époque, son histoire se confond avec celle du royaume dont -elle fit partie. (V. Deux- Siciles [royaume des ]). En 1713, la Sicile fut donnée à la maison de Savoie, qui l'échangea contre la Sardaigne, alors possession autrichienne. En 1806, à l'arrivée des Français a Naples, les Bourbons de Naples se réfugièrent en Sicile, et, grâce aux secours des Anglais, parvinrent a s'y maintenir jusqu'à la chute de Napoléon 1er. Après 1815, la constitution assez libéi'nlo dont la Sicile avait été dotée fut abolie et l'île fut replacée sous la domination despotique des Bourbons. En 1848 éclata à Messine une insurrection qui fut vi-

sici

goureusement réprimée; maïs, en 1860, Palerme, secondée par l'héroïque Garibaldi et ses valeureux compagnons d'armes débarqués à Marsala, arbora le drapeau italien et en peu de jours chassa de l'île les troupes bourboniennes. Depuis lors, l'île fait partie intégrante du royaume d'Italie, et elle a été l'objet particulier de l'attention du gouvernement italien, qui s'est empressé d'y faire tracer quelques routes indispensables et de pourvoir à la sûreté des habitants menacés par ues bandes de brigands. Le parlement italien s'est occupé en 1874, à la suite d'attentats commis sur des étrangers, de la répression du brigandage qui, sous la dynastie bourbonienne, était passé à l'état d'institution presque officiellement reconnue par le pouvoir. Des mesures sévères ont été prises et des troupe3 expédiées en Sicile contre les bandes qui rançonnaient le pays.

La Sicile, qui semble, au premier abord, n'être couverte que de rochers, est l'une des îles les plus fertiles du monde. Pour ne parler que des vignes qui y croissent en abondance, nous dirons qu'elles fournissent des vins délicieux de tous les genres et de toutes les qualités. Les vins de liqueur donnent lieu à une exportation de plus de l million de francs. Ses principaux vignobles sont ceux de l'Etna, de Lipari, de Stroinboli, de Mascoli, de Catane. Les environs de cette ville fournissentlea meilleurs vins d'ordinaire de la Sicile; ils' sont très-capiteux, supportent bien l'eau et ont un léger goût de goudron. Nous citerons encore les vins de Marsala et de Syracuse. La mesure en usage se nomme somma ou satina, elle varie de dimension suivant les localités et vaut 88 litres à Messine et 78 à Syracuse. 12 salmas font une tonne, qui se divise en tonneaux de diverses capacités.

— Beau&arts. Les deux noms les plus illustres de la peinture en Sicile sont ceux d'Antonello de Messine et de Pietro Novelli de Morreale. Antonello degli Antoni, sur> nommé Antonello da Messina, fit beaucoup de portraits. Ses œuvres sont excessivement rares, et on les a souvent confondues avec celles de différents artistes. Le musée du Belvédère de Vienne a un Christ porté par les anges; celui de Berlin possède une Madone et l'Enfant, un Saint Sébastien, un portrait de jeune homme, etc. On cite de lui, à Messine, douze petits tableaux entourant une ancienne mosaïque de la Madone au monastère de Sah-Gregorio; à Utrecht, un Crucifiement appartenant à M. Ertborn, signé : A11tonellus Messaneus pinxit 1475. La collection de M. Pourtalès, à Paris, possède un portrait également signé de cet artiste. Le chevalier Pietro Novelli, surnommé il Morrealese, du lieu de sa naissance, a décoré de nombreux ouvrages à fresque et à l'huile les édifices de sa patrie. 11 vécut longtemps à Palerme. L'ouvrage le plus considérable qu'il y exécuta entièrement de sa main est la peinture de la voûte de l'église des Pères conventuels, a Novelli a un pinceau large, une couleur agréable et parfois vigoureuse lorsqu'il s'élève à la hauteur de l'Espagnolet. Sa manière tient aussi de celle de Van Dyck, qu'il avait beaucoup connu. Les ouvrages de cet artiste jouissent avec raison de la plus haute faveur en Sicile. Il y a plusieurs bons portraits de lui à Rome. "Voici encore les noms de quelques artistes dont on trouve les œuvres dans différentes villes de Sicile : Alfonso Franco, né à Messine en 1466, mort de la peste en 1524. On conserve.de lui, à Messine, une Déposition de croix, à San-Franeeseodi-Pola, et une Dispute de Jésus avec les docteurs, à San-Agostino. Girolamo Alibrandi imita les maîtres italiens. Elevé à l'école des Antoni, il devint, à Venise, l'élève du Giorgione et son compagnon de plaisir. Musicien comme le Giorgkme, il allait avec lui, le soir, donner des sérénades sous les fenêtres des belles Vénitiennes. Après la mort du Giorgione, il étudiait les œuvres des grands maîtres et retournait à Messine en 1514, en compagnie de Cesareda Sesto. Son grand tableau de la Présentation au temple, dans l'église délia Candelara, passe pour un des chefsd'œuvre de la peinture tessinoise. Polydore de Caravage, qui avait établi une école à Messine, admirait tellement ce tableau qu'il peignit à la détrempe une Déposition de croix pour lui servir de couverture. Salvo di Antonio, neveu d'Antonello de Messine, vivant en 1511, cherchait à imiter Raphaël. Son tableau de la Mort de la Vierge est conservé dans la sacristie de la cathédrale de Messine. Pietro Bozzolone, de Palerme, florissait dans les premières années du xvio siècle. Vincenzo Anemolo, de Palerme, vivait au xvie siècle ; on l'a cru, k tort, élève de Raphaël. Son long séjour à Rome le fit surnommer il Uomano. Antonello Ricci, de Messine, vivait vers 1570. Il a laissé beaucoup d'ouvrages à Messine, entre autres, dans l'église de Santa- Lucia; à l'hôpital, un tableau de 1591, la Vierge, saint Placide et ses compagnons. Alfonzo Rodrigue*!, de Messine, séjourna à Rome et acquit un style mâle sous l'influence de ses études de Raphaël et de Michel-Ange. Messine possède beaucoup d'ouvrages de lui. Luigi Rodriguez, de Messine, frère du précédent, appelé à Naples Luigi Siciliano, fut élève de Bellisario Corenzio; celui-ci l'empoisonna par jalousie des louanges données aux fresques exécutées dans l'église del Carminé, à Naples, par cet artiste, qui succomba en 1630. Vito Carrera, né à Trapani ; Gia-

SICI

como Laverde, de Trapani (xvn» siècle) ; Andréa Carrera, de Trapani ; Giovanni Fulco, de Messine, passa à l'école du chevalier Stanzioni; fresques de la chapelle de la Nunziata-di-Teatini. Antonio Alberti dit B'arbdlunga, de Messine, élève du DotniniquitJ ; Alonzo Rodriguez le surnommait le Carrache de la Sicile. Palerme et Syracuse conservent avec soin ses productions. Francesco Cozz<i, peintre et graveur. Domenico Maroli, de MeSsine; Gabrielli Onofrio, de Messine; Ago$tino Scilla, de Messine; il se forma à l'école de Barbalunga et de Sacchi ; on voit beaucoup de ses ouvrages à Messine. Antonio M8diana, dé Syracuse ; Antonio Esrano, élève de Monrealese; Vito d'Anna; Andréa Zuppa; Filippo Tancredi, de Messine: Giori Porcello, de Messine, élève de Solimène; GiOvacchino Martorana, Palermitain, peintre à grandes machines ; Filippo Randazzo, vastes fresques à Palerme ; Filippo Cianetti , de Messine, mort à Naples en 1702, surnommé le Giordano des paysagistes; Nicolo Lapiceola, de Païenne; Giuseppe Velasquez, de Palerme; Gius. Patania, de Palerme; Jatark, architecte célèbre, né k Messine en 1685, étudia sous Kontana, construisit à Turin un grand nombre d'édifices ; Antoine Gagini, de Palerme; il étudia k Rome sous Raphaël et Michel-Ange, qui l'employa dans son Tombeau de Jules II; il eut troi3 fils qui suivirent ses • traces.

SICILËS (royaume des DEUX-). V. Deox-

SlCILES.

SICILIEN, IENNE s. et adj, (si-si-li-aip, i-è-ne). Géogr. Habitant de la Sicile ; qui appartient à la Sicile ou à ses habitants : Un Sicilien. Une jeune Sicilienne. Mœurs siciliennes.

— Céramiq. Vases siciliens, Vases grecs peints, trouves en Sicile, il Nom donné à tort à des poteries du même genre, qui sont caractérisées par des dessins blancs et rouges en rehauts, mais qui ont été faites dans le sud de l'Italie continentale, où on les a découvertes, principalement à C urnes, Antiuiti, Sorrente, Pouzzoles et Pœstun».

— s. f. Chorégr. Danse d'origine sicilienne, que l'on exécute sur un air à six-huit, il

lir à six-huit sur lequel on exécute cette il anse.

— Théâtre. Comédie sicilienne. V. dorien.

— Encycl. Chorégr. La sicilienne est une danse vive et rapide, animée et entraînante, pleine de gaieté, et qui n'est pas sans quelque analogie avec le fandango espagnol. Les paysans de la Sicile et du royaume de Naples la considèrent comme une danse nationale et l'exécutent avec un brio merveilleux; ils sont heureux et presque tiers de se livrer à ce divertissement.

L'air de la sicilienne doit être écrit sur Un rhythme à six-huit et s'exécuter allegro; On voit souvent se reproduire dans le dessin mélodique des groupes de trois notes par temps, dont la première est une double croche, la seconde une croche pointée et la troisième une croche simple. C'est ce rhythme particulier qui en fait l'originalité. L'air adorable des Noces de Figaro, de Mozart ; Déjà la nuit nous couvre de ses ombres (traduction Castil-Blaze), est une sicilienne.

Sicilien (LE) OU l'Amour peintre, Comédie

en un ai-te et en prose, par Molière; représentée en 1667. Cette petite pièce, premier essai de la comédie romantique en France, est une œuvre charmante que le public de Molière n'admire pas assez. On y retrouve l'esquisse de deux types développés pttr Beaumarchais : Barlhoto et Figaro. Don Pèdre, gentilhomme sicilien, est épris des charmes ii'une jeune Grecque qu'il a achetée et u'il tient renfermée. Un jeane seigneur rançais est amoureux aussi ac la belle esclave, tille raisonneuse et difficile à garder. Le seigneur Adraste invente mille moyens pour voir l'adorable Isidore et pour lui parier. Il est aidé par un valet hardi, entreprenant, astucieux, Hali, qui se plaint, comme Figaro, de la » sotte condition d'être toujours tour, entier aux passions d'un maître, de n'être réglé que par ses humeurs et de se voir réduit à taire ses propres affaires de tous les succès qu'il peut prendre. » Adraste, après avoir perdu son temps à donner des sérénades sous les fenêtres de sa belle, sans avoir pu entrer dans le logis, apprend que don Pedre veut faire peindre Isidore; le peintre est de ses amis; il se fait envoyer à sa place chez dtm Pèdre. Au surplus, il sait peindre ; il manie le pinceau « contre la coutume de France, qui ne veut pas qu'un gentilhomme sache rien faire. • Adraste déclare sa tendresse k Isidore, qui ne balance pas entre un vieux et un jeune amant. La belle ne demande pas mieux que de se laisser enlever. Comment faire sortir l'oiseau de cage? Adraste fkit semblant de poursuivre une de ses esclaves, Zaïde, qui a osé se dévoiler en public; Zaïde se réfugie dans la maison de don Pèdre, lequel s'entremet dans cotte affaire et cherche à l'arranger honnêtement. Adraste, ayant l'air de céder à ses raisons, a rengainé son épée; on va chercher Zaïde; mais à la place de Zaïde, Isidore, couverte d'un grand voile, s'échappe avec son amant. Don Pèdre, furieux, a recours» la justice, afin de la mettre à la poursuite des fugitifs ; mais la justice donne un us' : la justice le remet au lende-

SICI

main. Cette dernière scène, absolument nécessaire, est supprimée par les acteurs du Théâtre-Français, qui ne respectent pas Molière pour vouloir trop respecter les gens de robe.

L'unité de lieu n'est pas observée dans cette pièce k l'espagnole, dont l'imbroglio révèle une imagination gracieuse. Cailhava a remarqué que le style si coquet de cette comédie porte des traces de versification d'un rhythme analogue à celui d'Amphitryon. Le Sicilien fut intercalé dans le Ballet des Muses de Benserade. Louis XIV, M"e de La Vallière, Mme Henriette d'Angleterre y jouèrent des rôles.

Siciliennes (VEPRES). V. VÊPRES SICILIEN- NES.

SIC1LIQUE s. m. (si-si-li-ke — lat. sicilicus; de Sicilia, la Sicile). Métrol. anc. Une des divisions du poids romain, qui valait le quart de l'once ou le quarante-huitième de l'as. Il Monnaie- qui valait le vingtième d'un denier d'argent, il Mesure de longueur valant le quart du pouce. Il Mesure agraire qui était la quarante-huitième partie du jugerum. Il Mesure de temps, qui valait un quarante-huitième de l'heure.

— Anc. pharm. Poids qui représentait un sextule et deux scrupules, ou environ 66' ,33.

— Philol. Espèce d'accent ou d'apostrophe que les écrivains de la basse latinité plaçaient après une voyelle, pour indiquer qu elle était longue, et après une consonne pour la doubler.

S1CIN1US BBLLUTUS (Caïus), tribun romain. Il fut l'un des orateurs qui déterminèrent le peuple, en 491, a se retirer sur le mont Sacré. Le tribunat ayant été établi l'année suivante, Sicinius fut, s'il faut en croire Denys d'Haliearnasse, un des cinq tribuns élus alors. Suivant une autre version u'on a lieu de croire plus exacte que celle e Denys, Sicinius ne fut élu tribun que deux ans plus tard. Son éloquence en rit la bête noire du sénat. H fut avec M. Duillius l'accusateur d'Appius Claudius et lui accorda un sursis, dont celui-ci n'eut pas le temps de profiter.

SICINIUS (Caïus), flls du précédent. Il fut élu tribun en 449 av. J.-C, lors de la retraite du peuple sur te mont Aventin.

SICINIUS (Titus), descendant des précédents, tribun du peuple. Il proposa, après la prise de Véies, d'y transporter la moitié du sénat et du peuple romain. Le projet de loi qu'il rédigea en ce Sens fut rejeté par l'opposition des patriciens et de Camille.

SICINIUS, tribun du peuple en 127 av. J.-C. Il s'efforça en vain de faire rétablir après la mort de Sylla les prérogatives du tribunat et accabla de railleries les consuls Curion et Octavius, qui s'opposaient à ce projet. Il tournait en ridicule les personnages les plus importants de l'Etat, k l'exception de Crassus, qu'il craignait d'attaquer. Curion, irrité de ce que Sicinius l'avait comparé, k cause de ses gestes outrés, à Barbaleius, farceur de théâtre à demi fou, fit assassiner l'audacieux tribun.

SICINIUS DENTATUS (Lucius), centurion romain assassiné en 450 av. J.-C. Il avait combattu daus cent vingt batailles et avait reçu une infinité de couronnes, de colliers, d'armes d'honneur, etc., pour les actes d'héroïsme qu'il avait accomplis. Il n'était pas moins recommandable par ses moeurs que par son courage. Lors des débats au sujet de l'inexécution de la loi agraire (455 av. J.-C), il prononça dans l'assemblée du peuple un discours destiné à faire ressortir l'avidité des patriciens et dans lequel, après avoir rappelé sommairement et avec une admirable simplicité ses éclatants services pendant quarante années : • Voilà, dit-il, ce que j'ai fait; et cependant, Romains, Sicinius ne possède pas, non plus que vous, les compagnons de ses travaux, la moindre partie des terres que votre valeur a conquises sur les ennemis de la république. • L'année suivante, il fut élu tribun et fit condamner le consul Romilius à une amende. Plus tard, ayant manifesté son indignation contre la tyrannie des décemvirs, il fut assassiné par leurs satellites et d'après leurs ordres. Su bravoure héroïque lui avait mérité le surnom d'Acbiiie romain.

SICINNIS s. f. (si-sinn-niss — mot gr. dérivé de Silcinnos, n. pr. d'homme). Antiq. gr. Danse satycique. Il On emploie aussi fa forme francisée sicinne.

— Encycl. Pollux divise les danses théâtrales (ip^^a-ra) en trois sortes, ï'emmélie ou danse tragique, la cordace ou danse comique, la sicinnis ou danse satyrique, c'est- k- dire propre au genre théâtral appelé le drame sulyrique. Le scoliaste d'Aristophane , Eustathe, et d'autres auteurs, nous donnent la même division. Cependant Eustathe applique quelque part à cette danse l'épithète de comique. Iiesychius définit la. sicinnis une sorte de danse militaire, remarquable par sa véhémence. L'auteur de VEtymologicum lui prête un caractère religieux ou hiératique et la distingue de la cordace par le caractère inoins noble de cette dernière danse. Lucien, dans son Traité de la danse, donne les satyres, ministres de Bacchus, comme les inventeurs des trois danses, la sicinnis, la cordace et

Page 1