SA1D
cessivement commandant de la Bresse et da Bugey, maréchal de camp, lieutenant du roi aux Invalides et enfin gouverneur de cet établissement. On doit à Sahuguet : Journal historicité de la dernière campagne de l'armée du roi en 1746 (La Haye, 1747, in 8°); Campagne de 1747 (La Haye, 1747, in 12); Journal des campagnes au roi de 1744 à 1747 (Lié^e, 174S, in-12); Essai sur la science de la guerre (Paris, 1751, 3 vol. in-8») ; Supplément aux Rêveries du comte de Saxe (La Haye, 1757, in-8°); Histoire de Maurice, comte de Saxe (Paris, 1773, 2 vol. in-12). Tous ces ouvrages ont été publiés sans nom d'auteur. — Son fils, l'abbé Marc-René Sahugui:t db Damarzit, né à Brive en 1753, mort sur l'échafaud , à Paris, en 1794, se livra sous le ministère Calonne, puis au commencement de la Révolution, comme fournisseur de l'année de Dumouriez, à des spéculations scandaleuses qui le tirent arrêter le 1er avril 1793. Traduit devant le tribunal révolutionnaire en avril 1794, il fut condamné à la peine capitale.
SAHUGCET DE DAMARZIT - LAROCHE
(Jean-Joseph -François-Léonard ) , général français, de la famille des précédents, né en 1756, mort en 1803. Il entra de bonne heure dans les mousquetaires et devint, en 1784, capitaine au régiment de Conti. Ayant adopté les idées de la Révolution, il continua à servir et devint lieutenant-colonel de dragons en 1791. Envoyé à l'armée des Pyrénées, il fut promu général de brigade en 1792, s'empara en 1793 d'Estery, d'Escalu, et reçut le grade de général de division. Mis peu après en disponibilité, il reprit du service en 1796, fit la campagne d'Italie, bloqua Mantoue, puis se rendit maître de tout le Soraglio. Sahuguet donna de nouvelles preuves de sa bravoure au combat de la Favorite et à la prise du fort Saint-Georges, puis devint gouverneur du Ferrarais, du Bolonais et de la Romagne. Appelé ensuite au commandement militaire de Marseille, il quitta cette ville pour remplir, en 1800, une mission en Vendée. En 1801, il fut mis à la tète des troupes qui occupaient l'Etat de Gênes et l'année suivante devint gouverneur général de l'Ile de Tabago, que les Anglais venaient de rendre à la France. Il y mourut de la fièvre jaune.
SAÏ s. m. (sa-i). Mamm. Nom vulgaire d'une espèce de sajou ou sapajou, appelée aussi capucin : Les saïs sont difficiles à prendre. (V. de Bomare.)
SA1ANIENS (monts), chaîne de montagnes de la Russie d'Asie. V. Sayanikns.
SA1BOUYA. V. SlBOUYAH.
SAID s. m. (sa-idd). Comm. Ancien papier d'Egypte.
SAÏD ou SAÏDA, l'ancienne Sidon, ville de la Turquie d'Asie, dans la Syrie, pachalik et à 80 kilom. N. d'Acre, avec un petit port sur la Méditerranée, à 32 kilom. S.-O. île Beyrouth; 5,000 hab., dont 3,000 musulmans; les autres sont catholiques, juifs ou maronites. Consulat français. Commerce autrefois important, mais aujourd'hui bien déi;hu; exportation de grains, soie, coton écru et filé. Saïd occupe la pente N.-O. d'un promontoire qui s'avance au S.-O. dans la mer. «Sur la partie la plus élevée du promontoire, dit Joanne, et du côté S., se trouvent les ruines d'une vieille tour qui domine la ville et remonte, dit-on, à saint Louis. Du côté de la terre, à l'E., la ville est défendue par un mauvais mur ; au N. se trouve l'ancien port, formé par une chaîne de rochers qui s'étendent dans la direction du N., parallèlement à la côte. Sur un de ces rochers, les croisés ont élevé une belle forteresse, qui communique avec la ville par un pont de neuf arches. Du côté de la mer, elle présente un aspect imposant et pittoresque. La ville ressemble, du reste, à toutes les villes de la côte par ses ruelles étroites et ses maisons délabrées. On y trouve six grands kans; le plus important, situé non loin de la porte Basse et dans le quartier le plus commerçant, est le kan français, bâti par Fakhr-ed-Din ; c'est un immense bâtiment carré, à plusieurs étages, qui était le grand entrepôt du commerce français en Syrie et qui renferme aujourd'hui un couvent, une église, une école des Frères, une vaste cour, des jardins, des galeries, des écuries et une fontaine; c'est a la fois un bazar, une forteresse, une ville, • Il n'y a que peu d'antiquités à Saïd ou dans les environs; les fouilles qu'on a pratiquées près de la ville, dans les flancs de la colline voisine, ont amené la découverte d'un beau sarcophage phénicien, de plusieurs médailles et d'un grand nombre d'urnes funéraires.
Saïd occupe l'emplacement de l'antique Sidon, une des villes les plus anciennes et les plus importantes de la Phénicie. Moïse cite cette ville comme étant la limite septentrionale du pays de Chanaan. A l'époque où les Juifs, sous la conduite de Josué, entrèrent dans la terre promise, Sidon était appelée la Grande, et ce fut une des sept villes que les Hébreux ne purent enlever aux habitants du pays qu'ils venaient occuper. Toutefois, cette ville fut prise plusieurs fois par les puissants monarques de l'Orient; elie se soumit sans résistance à Alexandre et passa plus tard des Séleucides aux Ptolémées. A partir de l'ère chrétienne, le rôle de cette ville dans l'histoire s'efface à peu près totalement. Bau-
SAIG
douin s'en empara en 1111, mais les croisés furent contraints de l'abandonner en 1891, Les différents sièges qu'elle avait soutenus, tantôt contre les chrétiens, tantôt contre les musulmans, l'avaient ruinée à peu près complètement, lorsque, au xvne siècle, l'émir Fakhr-ed-Din la releva et, en accordant sa protection aux chrétiens ot aux Français, contribua puissamment à lui rendre une partie de son ancienne splendeur; le port de Saïd devint le port de Damas. Mais les Français furent expulsés de la ville en 1791 par Djezzar- Pacha. A partir de ce moment, le commerce languit, et, depuis lors, Alep et Beyrouth ont succédé à Saïd pour les affaires avec l'Europe.
SAÏD-PACHA (Mohammed), vice-roi d'Egypte, ne au Caire en 1822, mort dans cette ville en 1863. 11 était le quatrième fils de Méhémet-Ali et d'une Circassienne, qui se consacra tout entière à son éducation et le fit élever à l'européenne par des professeurs, français pour la plupart, entre autres Kœnig-Bey, qui devint plus tard son secrétaire des commandements. Malgré . son aptitude pour les études littéraires et scientifiques, il préféra, en raison de son tempérament fougueux, une existence très-active. Son père ayant expressément désiré qu'il entrât dans la marine, il fut, très-jeune encore, nommé grand amiral de la flotte. La mort de son neveu Abbas l'éleva au rang de vice-roi, en vertu du firman de 1841, qui déclare la viceroyauté d'Egypte héréditaire dans la famille de Méhémet-Ali par ordre deprimogeniture. 11 alla donc recevoir l'investiture à Constantinople et s'appliqua à gagner la confiance de tous les membres du divan impérial, puis, de retour au Caire, il arma un corps de 10,000 hommes qu'il envoya au sultan pour l'aider à soutenir la guerre contre les Russes. Il fit ensuite les efforts les plus intelligents pour continuer l'œuvre civilisatrice ébauchée par son père et interrompue par son prédécesseur. A cet effet, il exécuta plusieurs voyages dans l'intérieur de l'Egypte et jusque dans le Soudan. Grâce à son initiative personnelle, toutes les branches de l'administration, la justice, le système de la propriété foncière, les finances, furent l'objet d'heureuses modifications. Il abolit les monopoles, distribua aux chefs de famille des terres non cultivées, allégea les charges qui pesaient sur les fellahs et entreprit ou continua plusieurs travaux d'utilité publique, entre autres le barrage du Nil, commencé sous Méhémet-Ali. Le service militaire, qui pesait alors exclusivement sur les pauvres, fut rendu obligatoire pour toutes les classes, par suite d'un système de recrutement qui appela indistinctement tous les jeunes Egyptiens sous les drapeaux. « Eu même temps, dit un biographe, qu'il remplaçait l'impôt en nature par l'impôt en argent, le vice-roi s'appliquait k fonder le crédit de son pays sur la bonne gestion des revenus publics. Aujourd'hui, 1 Egypte peut compter parmi les Etats musulmans dont le crédit est le mieux assis, ainsi que l'a démontré le succès de l'emprunt de 40 millions que son gouvernement a contracté à Londres en août 1860, pour liquider une partie de sa dette flouante. 1 Mais le principal titre de Saïd-Pacha à l'estime do la postérité est le patronage qu'il accorda au percement de l'isthme du Suez, entreprise gigantesque qu'il encouragea par tous les moyens dont il put disposer, malgré la résistance passive du sultan (v. Suez [isthme dej). Un gouvernement si énergique a. la fois et si sage acquit à Saïd-Pacha l'estime de l'Occident et particulièrement de la France, où il reçut, en mai 1863, l'accueil le plus sympathique. Saïd-Pacha est mort laissant deux femmes et un enfant, Toussoun, âgé de dix ans. Il a eu pour successeur son neveu Ismaïl-Pacha.
SAIDSCHUTZ, village de l'empire d'Autriche, dans la Bohême, cercle de Leitmeritz, à 7 kilom. S.-O. de Bilin. Célèbres sources alcalines purgatives, découvertes vers 1720 et dont ou expédie annuellement 300,000 cruchons.
SAIE s. m. (se — lat. sagum, même sens). Antiq. rom. Sagum, vêtement de guerre des Romains, des Perses et des Gaulois : Des Gaulois changèrent la saie de leurs ancêtres contre le laticlave romain. (H. Martin.) Il Bas de saie, Partie inférieure de la saie; vêtement que portaient, sur le théâtre de Rome, les personnages d'un rang très-êlevé.
— Hist. relig. Serge dont les moines se faisaient des chemises.
SAIE s. f. (se — du lat. seta, soie de pore). Techn. Brosse à l'usage des orfèvres.
SAIETTE, SAIETTERIE , autre orthographe des mots sayette, sayetteriis.
SAIETTER v. a. ou tr. (sè-ie-té — rad. saie). Techn. Nettoyer avec la saie : Saihtter des pièces d'orfèvrerie,
SA1FF s. m. (sèf). Ichthyol. Nom vulgaire du cyprin vaudoise.
SA1FFERT (André), médecin allemand. V.
SEU'FliRT.
SAÏGA s. m. (sa-i-ga). Mamm. Nom vulgaire d'une espèce d'antilope : Les ressemblances du saïga avec la chèvre domestique sont dans la figure du corps et dans te poil, (V. de Bomare.) Il Nom du chevrotain portemusc chez les Tartares.
SAIG
— Encycl, Le saïga est de la taille du daim et a des formes plus trapues que celles du cerf; son pelage est lisse, d'un gris jaunâtre en été, blanc en dessous, composé de [ioils plus longs et d'un gris blanchâtre en hiver; ses cornes, aussi longues que la tête, Sont jaunes et comme transparentes, annelées presque jusqu'à l'extrémité et disposées en lyre. La femelle se distingue par l'absence de cornes. Cet animal a encore la tête ovale ; les oreilles droites, larges à la base, pointues; les narines et les cornets du nez fort grands ; la lèvre supérieure très-proéminente et comme pendante. Sa tête est busquée comme celle du bélier; mais, par l'ensemble de ses formes, comme par son pelage, il se rapproche
luiôt de la chèvre; de là son nom qui, en angue tartare, signifie chèvre sauvage. Cet animalsemble conformé tout particulièrement pour la course; il a la trachée-artère large et Jes poumons très-grands.
Le saïga habite le nord de l'Europe et de l'Asie ; il est tt'ès-répandu surtout en Tartarie. Il fréquente le bord des eaux, comme les endroits découverts, arides et sablonneux. L'absinthe, l'armoise, l'aurone forment su nourriture principale. On assure que la disposition de sa lèvre supérieure entraîne chez lui une singulière manière de paître et qu'il ne broute qu'en rétrogradant. Il vit en grandes troupes et saute comme les gazelles, dont il a toute la légèreté. Une partie du troupeau veille à la sécurité de l'autre. Quand ces animaux sont attaqués par les loups ou les renards, les mâles se rangent en un cercle dans lequel ils renferment leurs familles et, faisant face k l'ennemi, se défendent vigoureusement avec leurs cornes.
Néanmoins, le saïga est faible et d'un tempérament délicat; il court vite, mais il est bientôt fatigué et succombe à la moindre blessure. Sus yeux sont recouverts d'une membrane qui adoucit l'effet d'une lumière trop vivenientréverbérée sur la rétine ; grâce à cette disposition, il peut parcourir les déserts arides, les sables blanchâtres, sans que ses yeux en soient affectés. Sa vue est courte ; mais par contre son odorat est d'une finesse incomparable et l'avertit de la présence du chasseur, lorsque celui-ci est encore fort éloigné. Vers la fin de l'été, il se retire vers des climats plus doux, qu'il quitte au commencement du printemps. IJans beaucoup de localités, la chair de cet animal, par suite du régime auquel il est soumis , contracte une saveur désagréable et une odeur nauséeuse, et les vers qui s'engendrent sous la peau pendant les grandes chaleurs contribuent à augmenter le dégoût qu'elle cause. On dit pourtant qu'en hiver elle est trèsbonne à manger. La corne est quelquefois employée aux mêmes usages que l'écaillé.
SAIGEY (Jacques-Frédéric), mathématicien français, né à Alontbéliard en 1797. Il était depuis un an à l'Ecole normale lorsqu'elle fut licenciée en 1822. Peu. après, il devint Secrétaire de Cousin, qu'il aida à réunir les matériaux nécessaires pour la publication du cinquième volume des Œuvres de Descartes, fut attaché en 1825 à la rédaction du Bullelin de Férussac, puis fonda avec François Raspail les Annales des sciences d'observation (1829). M. Saigey s'est fait connaître par un grand nombre de mémoires , par plusieurs ouvrages scientifiques élémentaires et par les observations sur les étoiles filantes qu'il a faites pendant longtemps de concert avec M. Coulvier-G ravier. Nous citerons, parmi ses mémoires : Explication des phénomènes physiques et ckimiqttcs par les mouvements vibratoires de l'élher; Lois des phénomènes attribués au magnétisme en mouvement ; Détermination de la figure de la terre par les oscillations du pendule, etc., dans les Annales des sciences d'observation; Lettre Sur la chaleur de la terre; Démonstration d'un théorème général sur les surfaces d'égale température moyenne ; Observations sur tes étoiles filantes, etc., dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences. Nous mentionnerons, parmi ses ouvrages : Problèmes d'arithmétique et exercices de calcul du second degré (1835, in- 18) ; Questions de mathématiques, de cosmographie, de physique et de chimie (1*41, in-12); Jleeherches sur les étoiles filantes (1847, in-8°), avec IL Coulvier -Gravier; Petite physique du globe (1850, in-12); Eléments d'aïUhmétiçue, de géométrie et de physique (1859, in-iS); Eléments des sciences physiques et naturelles (1SS1, in-12), avec M. Sonnet, etc. La plupart de ces ouvrages ont été très-souvent réédités.
SAIGEV (Emile), savant français, né en 1829, mort à Paris en 1872. Elève de l'Ecole polytechnique, il choisit le service des télégraphes et devint inspecteur des lignes télégraphiques à Paris. Sous le pseudonyme d'Edsar Savcnny, M. Saigey collabora à la Revue des Deux-Mondes, ou il a fait paraître pendant une dizaine d'années de nombreux travaux scientifiques et critiques. On lui doit, en outre, des ouvrages estimés : la Physique moderne, essai sur l'unité des phénomènes naturels (1868, in-18); Problèmes d'arithmétique et exercices de calcul (1871, in-18); les Sciences au xvute siècle; la physique de Voltaire (1873, in-8°), etc.
SAIGNANT, ANTE adj. (sé-gnan, an-to; 0ii in 11. — rdà. saigner). Qui saigne, dégoutte de sang : Avoir le nez tout saignant, la bouche toute saignante. (Acad.)
SAIG
— Fig. Récent, nouveau, en parlant d'un mal, d'une plaie morale : La plaie est encore saignante. Aie pitié de moi; un peu de baume sur mes plaies saignantes. (A. Karr.)
— Art culin. Viande saignante, Viande assez peu culte pour laisser couler du sung.
— Prov. Bœuf saignant, mouton bêlant, II faut que le bœuf et plus encore le mouton soient servis peu cuits.
SAIGNÉ, ÉE (sè-gné ; gn mil.) part, passé du v. Saigner. À qui l'on a tiré du sang : Le malade vient d'être saigné.
— Qu'on a fait mourir par l'effusion du sang : La chair du canard étouffé est bien plus savoureuse que celle du canard saigné. (Joigneaux.)
SAIGNÉE s. f. (sè-gné ; gn mil. — rad. saigner). Méd. Evacuation de sang provoquée dans un but médical : Pratiquer la saignée, l'opération de ta saignée. Saignée du bras. Saignée du pied. Saignée à la jugulaire. (Acad.) La saignée est xm étrange remède qui fait brûler la chandelle par les deux bouts. (Mme de Sév.) L'exercice poussé jusqu'à la sueur peut très-bien remplacer, dans certains cas, les sangsues, les saignées et les purgatifs. (Maquel.) Une Saignée faite mal à propos produit moins de mal qu'une saignée omise lorsqu'elle est nécessaire. (Nysten.) La saignée convient dans la plupart des affections auxquelles sont sujets les individus jeunes, vigoureux et pléthoriques, (Cloquet. ) Il Sang qu'on tire en ouvrant la veine : Abondante Saignée. Saignée copieuse, il Pli formé par le bras et l'avant-bras : Il a reçu un coup sur la saignée. Il Saignée révulsive, Celle qu'on, pratique loin de la partie où le sang se porte en trop grande abondance. Il Saignée capillaire, Celle que l'on pratique au moyen de sangsues, de mouchetures et de scarifications, il Saignée blanche. Celle qui est manquée, la veine n'ayant pas été ouverte.
— Rigole que l'on fait pour tirer de l'eau de quelque endroit : Faire une grande saignée aux fossés de la place. Faire des saignées pour dessécher un marais. (Acad.) Combien de pays arides ne sont habitables que par les saignées et par les canaux que les hommes ont tirés des fleuves! (J.-J. Rouss.)
— Fig. Exaction, sacrifice pénible que l'on impose : C'est une grande saignée, une rude saignée qu'on tui a faite, qu'on a faite à sa bourse. Mazarin continua d'affaiblir la France par des saignées ; elle- tomba en léthargie et il fut assez malhabile pour prendre ce faur. repos pour une véritable santé. (Cal de Retz.) Les déceptions sont les saignées de l'âme. (Commerson.)
— Prov. Selon le bras la saignée, Les charges doivent être proportionnées à la fortune de celui qui les supporte.
— Encycl. Méd. La saignée est une opération médicale des plus anciennement pratiquées et des plus populaires, qui demande à être étudiée, chez l'homme, aux divers points de vue de la chirurgie, de la physiologie, de la pathologie, de la thérapeutique, et, chez tes animaux domestiques, au point de vue de la chirurgie vétérinaire.
— I. La saignée chez l'homme au point de vue de la chirurgie. On distingue trois sortes de saignées ; la saignée veineuse ou phlébotomie, qui consiste dans l'extraction du sang veineux par une veine artificiellement ouverte; la saignée artérielle ou artériotomie, par laquelle on extrait de même le sang d'une artère, et la saignée capillaire, dans laquelle le sang s'écoule à travers des piqûres de sangsues, des mouchetures ou des scarifications. Celte dernière saignée est appelée locale par opposition aux deux précédentes, qui sont appelées générales.
1° Saignée veineuse ou phlébotomie. C'est la saignée proprement dite. « On peut la pratiquer, dit Vidal (Pathologie externe), partout où les veines sont d'un volume moyen, placées immédiatement sous la peau ou sous une membrane muqueuse, pouvant être comprimées suffisamment pouv retenir le sang dans leur cavité avant l'opération et pour arrêter l'écoulement de ce liquide une fois que la quantité voulue est sortie. » Avant de percer une veine, on doit toujours la comprimer, au moyen d'une ligature, entre le point où on va la percer et le cœur, afin de forcer le sang de s'y amasser, puisque le sang veineux revient des extrémités capillaires, où il quitte les artères pour entrer dans les veines. Les veines que l'on peut ouvrir avec le plus d'avantage sont celles du pli du b:us, du dos du pied et du cou. On se sert, à cet ed'et, d'une lancette bien afiilée, qu'on appelle aussi phlébotome. Les autres objets nécessaires ou, du moins, très-uliles à l'opérateur sont : l" une bande de drap rouge ou simplement de toile, longue d'un mètre environ et large de deux doigts. Cette bande est destinée à comprimer la veine entre le coeur et l'endroit où elle va être piquée. En arrêtant le cours du sang veineux, elle rend son écoulement à l'extérieur plus rapide et plus abondant. 2» Un vase gradué destiné à recevoir le sang, de manière que le chirurgien puisse apprécier immédiatement, avec exactitude, la quantité qu'il retire. 3° Une petite compresse fine pliée en double et une bande de linge pour le pansement consécutif. 4° De l'eau fraîche, du vinaigre et des sels poulie cas ou il surviendi'ait un syncope. Quand
SAIG
tous ces objets sont mis à sa portée, le chirurgien fait placer son malade assis ou couché , suivant qu'il le juge convenable ; il choisit la veine qu'il veut piquer, fixe sa ligature audessus et saisit la lancette de la main droite, entre le pouce et l'indicateur. De la main gauche, il tend régulièrement la peau sur le vaisseau qu'il va inciser, afin de faire ;iux téguments et à la veine une ouverture parallèle. Il enfonce alors sa lancette à la profondeur convenable et agrandit un peu l'incision ainsi produite, en retirant son instrument et en relevant le tranchant par un léger mouvement de bascule. Quand il n recueilli la quantité de sang désirée , il enlève la ligature, nettoie les parties souillées de sang et procède au petit pansement consécutif. Le sang cesse alors de couler et reprend sa marche normale dans la veine redevenue libre.
La saignée demande quelques explications et des attentions spéciales, selon qu on la pratique au bras, au pied ou an cou.
— Saignée du bras. Les principales veines
Sue l'on peut ouvrir au pli du bras sont : la r.iiale, la médiane céplialique, la médiane basilique, la médiane commune et la cubitale. Elles présentent dans leur calibre, leur profondeur et leurs rapports une foule de variétés trèsimportantes. La médiane basilique est U plus apparente et elle donne beaucoup de sang, mais son voisinage de l'artère brachiale , qu'elle croise , rend sa piqûre dangereuse. C'est pourtant celle que les chirurgiens ouvrent de préférence. Les autres sont moins superficielles en général, moins visibles et plus difficiles à atteindre. Le sang s'en échappe plus lentement et en moindre quantité, et leur piqûre est parfois très-douloureuse, parce qu'elles sont entourées, surtout à la partie interne du bras, par des filets nerveux qu'on ne peut pas toujours éviter, quelle que soit l'habileté du chirurgien acquise par une longue pratique.
Pour pratiquer la saignée du pli du coude, il convient de découvrir toute la partie inférieure du bras. On applique ensuite la ligature à un ou deux pouces au-dessus du pli qui correspond à l'interligne articulaire et on la serre de manière à faire gonfler les veines de l'avant-bras, c'est-à-dire à arrêter la marche du sang veineux sans entraver celle du sang artériel, ce dont on s'assure aisément en tàtunt le pouls radial, qui doit continuer de battre. Ces précautions prises , le chirurgien saisit le bras du malade, dont il applique la main sous son aisselle, et pratique la phlébotomie en opérant, autant que possible, sur le bras droit avec la main droite et sur le bras gauche avec la main gauche. Le sang jaillit aussitôt que la lancette est retirée, et, pour accélérer sa sortie , ou recommande au malade de tourner dans sa main un étui, un lancettier, une bande de linge ou un morceau de bois, ce qui amène la contraction des muscles de l'avant-bras et fait refluer le sang des veines profondes dans la veine superficielle ouverte. Pendant les vingt-quatre heures qui suivent; le bras doit être maintenu demi- fléchi et dans le repos.
Si simple et si facile que soit la saignée du pli du coude, qui est de beaucoup la plus ordinaire, elle n'en est pas moins une opéralion toujours délicate; elle peut avoir, quand elle est mal exécutée, des conséquences trèsgraves, telles que la perte du bras si l'artère est atteinte, et elle présente parfois quelques difficultés.
Ces difficultés peuvent tenir d'abord k l'indocilité du malade ; chez les enfants et chez certains adultes, des mouvements involontaires peuvent gêner beaucoup l'opérateur; il lui faut alors celte adresse de la main que donne l'habitude, et, en suivant tous les mouvements du malade, il parvient à percer la veine comme en l'air et au vol. Si l'opérateur ne se sent point la dextérité et la précision nécessaires pour agir ainsi, il devra, selon le conseil du docteur Velpeau, fixer le eoude du malade sur le genou préalablement relevé au moyen d'un tabouret ou du barreau d'une chaise. Si l'on est obligé de pratiquer la saignée sur la veine médiane basilique, qui est au devant de l'artère, parce qu'elle serait la seule apparente, < il faut alors, dit Littré, reconnaître exactement ses rapports avec l'artère brachiale et marquer avec l'ongle l'endroit où elles s'entre-croisent, afin d'ouvrir la veine au-dessus ou au-dessous. » Mais il peut arriver, dans ce cas, qu'en plaçant le bras on écarte un peu la •veine de l'artère, que celle-ci aille s'accoler au tendon du biceps et qu'étant ainsi pressée de côté contre la veine, clic se trouve blessée par le- tranchant de la lancette qui s'enfoncera de son côté. On a proposé, pour éviter ce danger, l'emploi d'une lancette n'ayant qu'uu tranchant comme un canif; l'opérateur ferait la piqûre horizontalement, en présentant le dos de la lame à l'artère. On a conseillé encore de faire l'opération en deux temps : 1° diviser la peau et le tissu sous-cutané jusqu'à la veine par une incision horizontale ; 2° faire à la veine devenue visible une petite ponction. On a conseillé enfin de fléchir légèrement l'avant-bras sur le bras, afin de relâcher l'expansion aponêvrotique du biceps et d'éloigner la veine de l'artère. Tous ces moyens sont ingénieux et, dans les cas très-difficiles, leur application peut prévenir ia lésion de l'artère; mais, pour les ap-
SAIG
pliquer, il faut une habitude qu'ordinairement on n'a pas; ils présentent, si on- fait quelque faute , de notables inconvénient». Aussi vaut-il mieux chercher toujours una autre veine. Si l'on n'en trouve point au pli du coude, on en cherche ailleurs; voici l'avis de Littré : «Si l'on n'a pas, dit-il, l'habitude de saigner, il vaut mieux ouvrir la veine du dos de la main ou celle de l'avant-bras qui présenterait le plus de volume, en ayant soin de plonger auparavant le membre dans un bain chaud. ■
Les veines, étant très-petites, sont parfois peu apparentes. On peut souvent, alors, les faire paraître en appliquant une ligature longtemps avant de pratiquer la saignée. Si l'on reconnaît qu'elles sont très-mobiles, on remédie à cet inconvénient en les fixant solidement et en faisant la ponction perpendiculairement à leur axe. La veine bonne àat» taquer est souvent couverte de cicatrices, par suite de saignées antécédentes. Dans ce cas, il faut toujours faire la saignée au-dessous. Aussi, lorsqu'il est à supposer qu'un bras sera souvent saigné, le chirurgien doitil saigner le plus haut possible, afin de pouvoir ensuite aller en descendant. Enfin l'embonpoint de la personne a saigner est parfois tel qu'on u'aperçoit nullement !es veines;, c'est ce qui arrive souvent chez les femmes. Le toucher doit alors diriger le chirurgien ; on sent, sous les doigts, un cordon dur, résistant, qu'il est assez facile de distinguer des cordons formés par les tendons, au moyen d'un sentiment de fluctuation et de vibration que l'on éprouve, soie en faisantarriverlesang dans les vaisseaux par quelques légères frictions, soit en exerçant quelques percussions sur un des points éloignés de celui où l'on a mis le doigt. Ce même embonpoint interpose quelquefois entre les lèvres de la plaie des paquets graisseux, formant bouchon, qui empêchent l'écoulement du sang. On remédie a cet inconvénient en enlevant le flocon avec précaution au moyen d'une pince à disséquer ou de ciseaux. ,. "
Lorsque le chirurgien veut faire une saignée, s'il n'ouvre pas la veine, il fait ce que l'on appelle une saignée blanche. Cette circonstance peut tenir à ce que l'incision n'a pas pénétré jusqu'à la veine; dans ce cas, on aperçoit quelquefois le vaisseau au fond de la plaie et on peut l'ouvrir en le ponctionnant ; d'autres fois, la veine a roulé devant l'instrument ou elle a été déplacée par les mouvements du malade. Le seul moyen de remédier k la saignée blanche, quand on n'aperçoit pas la veine entre les bords de l'incision, est de faire une autre saignée, soit sur la même veine, soit sur une autre.
Nous sommes entré dans ces détails, nonseulement pour l'utilité des jeunes chirurgiens, mais aussi et surtout pour celle do toute personne qui peut se trouver dans l'obligation de pratiquer une saignée absolument nécessaire, en l'absence de tout chirurgien, dans le cas d'un coup de sang et de certains accidents.
— Saignée du pied. Les veines qu'on ouvre dans cette région sont : la saphèue interne et lu saphène externe, à la hauteur des malléoles ou un peu au-dessus. On commence par faire prendre au malade un pédiluve tres-chaud jusqu'à ce que les veines gonflées deviennent apparentes. Le chirurgien porte ensuite sur son genou le pied dont il a fait choix, convenablement essuyé. Il place une ligature k la partie inférieure de la jambe et pique la veine qui paraît devoir donner le plus de sang. Si le liquide s'échappe eu jet, on le recueille dans un vase gradué ; s'il s'écoule en bavant, on replace le pied dans l'eau chaude et on recommande au malade de remuer les orteils. Cette double manœuvre favorise la déplétion sanguine, mais elle ne permet pas d'estimer exactement la quantité de sang tiré.
— Saignée du cou. Elle se pratique sur la jugulaire externe. Les médecins l'emploient beaucoup plus rarement de nos jours qu'autrefois, a cause de la gravité particulière des accidents auxquels elle expose et qui sont : la pénétration de l'air dans le cœur par la plaie delà veine, la phlébite ou inflammation ile la veine et l'érysipèle, qui seraient plus dangereux que partout ailleurs. Quand on a résolu d'ouvrir la jugulaire externe, on fait coucher le malade, on lui place au-dessus de la clavicule une compresse épaisse maintenue par le plein d'une bande ou d'une cravate, dont les extrémités sont conduites sous l'aisselle du côté opposé et confiées à un aide qui exerce ainsi la compression. «Une fois lu veine apparente, dit Vidal, l'opérateur applique le pouce de la main gauche sur la compresse et, avec l'index de la même main, il fixe la veine, qu'il ouvre comme dans le cas de saignée du bras; seulement, ici on enfoncera davantage la lancette et on fera une
ouverture plus large Si, du premier coup,
la veine n'a pas été ouverte, on la saisira avec des pinces à disséquer et on lui fera une petite incision longitudinale. Souvent le sang ne sort qu'en nappe; on le reçoit alors avec une gouttière de métal ou avec une carte. Ou ordonne au malade de mouvoir la mâchoire, on lui introduit des linges dans la bouche; il les mâche pour favoriser l'écoulement du sang. Une mouche de taffetas d'Angleterre suffit pour fermer la plaie; la compression levée, Je sang ne coule plus; mais quelque-
SAIG
fois et même assez souvent, on éprouve des difficultés à arrêter la saignée. On doit alors fuire largement respirer le malade et enlever tout ce qui peut comprimer la poitrine. » S'il y a nécessité, on fera un point de suture k la plaie ou bien l'on emploiera las serre-fines.
Dans toutes les saignées que nous venons de décrire et dans celle du bras surtout, les accidents qui peuvent survenir, autres que les difficultés dont nous avons parlé, sont la douleur excessive, la persistance de l'écoulement du sang après le retrait de la ligature, la syncope, le thrombus ou tumeur dure à l'endroit de la blessure, l'ecchymose ou tache livide résultant d'une extravasationde sang et l'inflammation de la peau. Ces accidents sont raies, mais il n'est pas toujours au pouvoir du chirurgien de les prévenir,
2» Saignée artérielle ou artériotomie. Cette saignée o ne peut guère être pratiquée, dit Littré, que sur de petites branches qui présentent un point d'appui solide, telles que l'artère temporale. » Ô est, en effet, s»'" cette artère qu'on la pratiquait ordinatrem^iit autrefois, car elle est à peu près abandonnée aujourd'hui. On ouvrait aussi les artères auriculaires postérieures. Ces artères superficielles, sous lesquelles les os du crâne offrent un point d'appui qui permet d'arrêter facilement, par la compression , l'écoulement du sang, peuvent, d'ailleurs, être facilement atteintes et se cicatrisent sans difficulté. Nous n'en dirons pas davantage sur cette opération, qui n'a rien de difficile et qui, dans la chirurgie moderne, ne présente plus aucun intérêt. V. artériotomie.
3° Saignée capillaire. Cette saignée se pratique, avons-nous dit déjà, à l'aide des sangsues ou de scarifications artificielles, que l'on appelle mouchetures lorsqu'elles sont trèssuperficielles. Ce sont toujours de petites piqùies qui sont pratiquées sur la peau, à l'endroit du mal ou dans son voisinage, et par lesquelles suinte ou est sucée une quantité de sang, qui ne peut être considérable que par la multitude des piqûres. Dans le cas des sangsues, cependant, cette quantité est encore assez notable ; car, chaque sangsue pouvant sucer de 15 à 10 grammes, il suffit de huit à neuf pour qu'il en toit retiré ce qu'on appelle une palette dans la saignée ordinaire, c'est-à-dire 1S5 grammes. Y. sangsue.
Les scarifications se pratiquent avec la lancette ou le bistouri pour dégorger certaines parties obstruées de sang ou de pus ; quand ou perce un furoncle, on fait une scarification. Elles se pratiquent également sur les membranes cutanées et sur les muqueuses. La ventouse, qui, étant un sucement artificiel au moyen du vide fait par un peu de papier brûlé sous un verre appliqué sur la peau, remplace Ja sangsue, vient en aide aux scarifications en attirant le sang dans les capillaires du lieu ventouse et en les gonflant avant que la scarification y soit pratiquée.