‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 361 sur 1059 · SÈGRE · texte numérisé non relu

SÈGRE

SICRIN s. m. (si-krain). Ornith. Espèce de corbeau, peu connue, qui habite l'Afrique.

SIC TRANSIT GLORIA MUNDI {Ainsi passe la gloire de ce monde), Pensée tirée de V Imitation de Jésits-Christ ; c'est une variante du « Vunitas vanitatum, omnia vanitas, Vanité des vanités , tout est vanité. »

« Voyez-vous Necker dans la consternation? Il n'a pas réussi, il est atterré et, depuis ce jour-là , le grand homme n'a plus été qu'un pauvre homme Sic transit gloria mundi. »

« Alexandre Dumas publie les Mémoires de Garibaldi. Ayez donc couru avec éclat les aventures dans les quatre parties du monde pour qu'un entrepreneur de romans s'empare de l'histoire de votre vie afin de la refaire k son gré et de la découper en feuilletons! Sic transit gloria mundi. >

Lucien Ddval.

■ Le prince T..., l'homme le plus riche de Rome, en est peut-être le plus malheureux. Sa famille a perdu en peu de temps un beau duché, un héritage important et une entreprise prodigieusement lucrative; sa femme est folle, ses héritiers sont des filles, son frèrs est nul, an de ses neveux est idiot, et xrv.

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l'autre, qui méritait de vivre, ne vivra pas : sic transit gloria mundi. «

Edmond About.

S1CUI.ES, en latin Siculi, ancien peuple de l'Italie , à qui quelques auteurs donnent une origine pélasgiqne. LesSieules, vaincus par les Ombrien.1-:, furent repoussés par ceux-ci vers la partie méridionale de l'Italie ; de la ils passèrent dans la Sicile, dont ils firent la conquête sur les Sicaniens.

SIC1ILIANA, ville du royaume d'Italie, dans la Sicile, province, district et à 15 kilom. N.-O. de Girgenti, avec un petit port à l'embouchure de la Canna, ch.-l. de mandement ; 5,764 hab. Exportation de grains et de soufre.

SICOLUM FRETUM, nom ancien du détroit ou Phare ou Messine.

SIGUREL s. m. (si-ku-rèl). Ichthyol. Nom vulgaire du gascon.

SICDS s. m. (si-kuss — du gr. sikos, concombre). Entom. Syn. de cenohyie, de cono-

PIQUE et de TACHYDROMIE.

SIC VOLO, SIC JUBEO... Altération, que l'on rencontre assez fréquemment, du vers de Juvénal :

Hoc volo, sicjubeo ; sit pro rations volvntas, V. HOC VOLO.

SIC VOS NON VOBIS (AjW... vous travaillez,.,, et ce n'est pas pour vous). Voici l'origine de cette locution. Auguste faisait célébrer à Rome des fêtes publiques qui furent interrompues par un orage; mais, dès le lendemain, les jeux recommencèrent, et Virgile traça le distique suivant sur la porte du palais :

Nocte pluit tata, redeunt spectaeula mnne : Divisum imperium cum Jove Cxsar habel.

■ Il a plu toute la nuit, le matin recommencent les spectacles publics : Auguste partage avec Jupiter l'empire du monde. >

Auguste ayant voulu connaître celui a qui il devait ces vers flatteurs, Virgile ne se présenta pas, et un poète obscur, du nom de Bathylle, finit par s'en déclarer l'auteur. Il fut comblé d'éloges et largement recompensé.

Piqué de voir un autre recevoir des honneurs qui lui étaient dus, bien qu'il ne les eût pas désirés, Virgile écrivit de nouveau les deux vers sur les murs du palais et traça au-dessous celui-ci:

Bos ego versiculos feci, tulit aller honores.

De ces deux petits vers, Romains, je suis l'auteur

Et cependant un autre en reçoit tout l'honneur.

Il y ajouta le commencement de quatre autres vers, dont les premiers mots étaient : Sic vos non vobis. Auguste exprima le désir de les voir achevés; Bathylle essaya vainement, et Virgile les compléta de la manière suivante :

Sic vos non vobis nidifteatis, aves;

Sic vos non vobis vellera ferlis, oves;

Sic vos non vobis mellificatis, apes;

Sic vos non vobis ferlis aralra, boves. Ainsi, mais non pour lui, l'agneau porte saisine, Ainsi, mais non pour lui, le bœuf creusa la plaine ; L'oiseau bâtit son nid pour d'autres que pour lui Et le miel do l'abeille est forme pour autrui.

Autre traduction citée par Victor Hugo dans Marion Delorme ; Ainsi, pour vous, oiseaux, au bois vous ne nichez;

. . [chez ;

Ainsi, mouches, pour vous aux champs vous ne ru- Ainsi, pour vous, moutons, vous ne portez la laine; Ainsi, pour vous, taureaux, vous n'écorchez la plaine! Vers qui ont un air évident de parenté avec les suivants, tirés d'une tragi-comédie portant la date de 1605 :

Ainsi, oyseaux, pour vous ne sont point vos nichées ; Ainsi, mouches, pour vous ne sont pas vos ruchées; Ainsi, moutons, pour vous la laine ne portez ; Ainsi, taureaux, pour vous la terre n'écartez.

Enfin Castil-Blaze, qui maniait la rime provençale avec autant d'aisance qu'en montrèrent oncquesles chevaliers de la gaie science, a traduit ainsi les vers de Virgile .

Ploû, touta la niu pluû, et lou matin li joya : Ame César, Jupin a partagea l'auchoya.

Yeu faguèré li vers, l'autre aguet li-z-ounour. Ansin vous, noun pervous, bioù, tirassas l'arairé; Ansin vous, noun per vous, mousca, fasez lou mèu ; Ansin vous, noun per vous, moutoun, sias de lanairé; Ansin vous, noun per vous, nisas, pichû-z-Oussèu.

« Constamment dépouillé , Sauvage put commencer celte fois l'exploitation de son réducteur, la seule de ses créations où lui ait été épargné le fatal sic vos non vobis, et qui est employé aujourd'hui par son fils à la reproduction des antiquités du Louvre. • Louis Combes.

« C'est un mauvais calcul que de dérober, même en littérature. On sait ce qu'il en advint k Bathylle. Gare au sic vos non vobist On s'expose ainsi à des risques proportionnés à la valeur de l'objet dérobé, à une honte : proportionnée a la gloire qu'on a usurpée. »

Arnault.

«Machinalement, j'ouvris le papier resté dans ma main ; une boucle de cheveux s'offrit à ma vue, une jolie boucle dorée, soyeuse, récemment coupée et, selon toute apparence,

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destinée k l'auteur légitime du sonnet, qui l'attendait depuis près d'un mois.

» Sic vos non vobis, dis-je, .en me laissant tomber sur le banc, avec une hilarité d'écolier. •

Ch. be Bernard.

« Lorsque Mesmer, k Londres, apprit le succès de M. Deslon, son élève, il crut ne pas devoir se borner à dire : Sic vos non vobis... Il repassa bientôt le détroit de Calais, accourut à Paris, et son premier soin fut d'accuser d'infidélité et surtout d'ignorance un élève qui osait magnétiser pour son seul et privé compte. »

Grimm,

On cite souvent aussi, et dans le même sens : Tulit aller honores, Un autre en a eu l'honneur,

• Il est évident que , d'ici à très-peu de temps, la France devra reconnaître le nouveau royaume d'Italie. Il est déjà fâcheux qu'elle se soit laissé devancer dans cette reconnaissance par l'Angleterre et parla Suisse. Grâce k cette hésitation, si c'est elle qui fait la besogne, d'autres plus diligents en ont l'honneur : tulit aller honores. »

A. Guéroult.

Sio vos dod -vobis, comédie de marionnettes, en un acte, de M. Marc Monnier (Genève, 1853, in-12). Cette bagatelle, écrite en 1852, est une spirituelle satire politique; elle ne put être imprimée que hors de France. L'allégorie est facile k saisir. Polichinelle, c'est le peuple, toujours k la poursuite du pouvoir et de la liberté ; mais, dupé tantôt par les bourgeois, tantôt par les nobles, tantôt par les prêtres, le pauvre diable sue, travaille, reçoit des coups et se fait casser les reins toujours pour les autres. A leur tour, bourgeois, prêtres et nobles sont forcés de lâcher leur proie k l'apparition de Sabre-de- Bois, neveu de Sabre-d Acier. Le théâtre représente une tour à poivrière, un palais tout doré, une église et une caserne. Polichinelle etGéronte se rencontrent au pied de la tour dans laquelle est enfermée la Belle ; elle y est retenue par un vieux ladre de marquis et ils la convoitent tous deux. Polichinelle se défend d'abord de toute prétention k l'égard de la Belle, puis, croyant Géronte disposé k l'aider, il écoute ses conseils. Géronte iui montre la fenêtre et l'invite k tenter l'escalade ; Polichinelle hésite, il craint que cet exploit ne le conduise k la potence, mais Géronte lui fait un tableau si vif du bonheur qui l'attend, de la colère du vieux marquis auquel il aura ravi sa proie, de la gloire dont il va se couvrir, que 1 autre est k demi persuadé. Le dernier mot de Géronte : « Vous avez peur, sans doute, t décide Polichinelle k monter k l'assaut. Pendant qu'il y va des pieds et des mains et que Géronte se félicite de son stratagème, le vieux marquis, attiré par le bruit, se met k la fenêtre au moment où la Belle, aidée de Polichinelle, descend de la tour.

QÉR.ONTE.

Vivat, seigneur Polichinelle I

Mais attendez, ne bougez pas !

Je vois venir le guet là-bas.

Le guet n'entend pas raillerie;

Cachez-vous donc bien, ja vous prie,

Et m'attendez

Polichinelle se cache, et Géronte emmène la Belle dans son palais doré. Polichinelle, n'entendant plus aucun bruit, appelle Géronte et s'aperçoit qu'il a disparu :

Hé ! Géronte! vieille pécore !

Comment veut-il être appelé?

Vilain museau de chat pelé,

Fourbe, coquin, voleur, infâme.

Veux-tu bien me rendre ma femme!

Arrive avec sa lanterne le philosophe Pancrace. Il exaspère Polichinelle en lui disant que tout ce qui lui est arrivé est bien fait, eût-il été rossé et même pendu :

Notre philosophie a dit

Que tout va bien sur notre terre.

Cela n'empêche pas qu'il enseigne k Polichinelle un moyen de reconquérir la Belle : il faut mettre le feu au palais. C'est ce que Polichinelle s'empresse de faire ; mais pendant qu'k la faveur de l'incendie il entre par une porte, la Belle sort par une autre et Paucrace s'en empare. « Je vous tiens, » dit le doctrinaire. Survient le Père Ignace, qui sort de l'église et dispute la Belle k Pancrace :

Madame appartient au clergé;

C'est un bien du sacré collège

Et tu commets un sacrilège....

Lâche ou je casse ton baptême

Et je te frappe d'anathème.

Le marquis et Géronte arrivent à la hâte et tous tirent la Belle chacun de son côté. Polichinelle, qui survient, veut aussi tirer du sien. Ignace s'adresse alors k ses « frères » et leur persuade d'abandonner momentanément l'objet de leur dispute :

Mieux vaudrait vous unir, mes frères.

Et, réunis, rouer de coups

Le plus dangereux d'entre vous :

Cette Ame basse et criminelle,

Ce fripon de Polichinelle 1 Ils lâchent la Belle, se précipitent sur Polichinelle, l'attachent k un poteau et le bat-

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tent d'importance. Ignace, les yeux levés un ciel, chante : Gloria tibi, Domine! Pendant ce temps, Sabre-de-Bois sort de la caserne et y fait entrer la Belle en lui disant :

Je suis un illustre officier,

Je descends de Sabre-d' Acier;

Pour cette raison je m'appelle

Sabre-de-Bois. Marchez, la Belle !

Les quatre autres s'élancent vers la caserne; Sabre-de-Bois les couche en joue Convaincus par de si bonnes raisons, ils s'agenouillent et s'écrient :

Heur, honneur et gloire cent fois

A monseigneur Sabre-de-Bois.

Quant k Polichinelle, il est bien guéri de son ambition, et lorsque Géronte lui dit, en lui montrant la fenêtre de la caserne : « Grimpez lk-haut ! » il répond :

Oh! que nennil

Tu m'as attaché tout & l'heure

A ce gros poteau ; j'y demeure

Et me trouve ainsi beaucoup mieux

Qu'en m'éreintant pour tes beaux yeux.

Cours, mon gros; grimpe, monbrave, entre!

Qu'on te baille & travers le ventre

Plus que n'en ai jamais reçu

Et je rirai comme un bossu.

SICYDION s. m. (si-si-di-on — du gr. «'hua, courge ; idea, forme). Ichthyol. Genre de poissons acanthoptérygietis, de la famille des gobioïdes, comprenant quatre espèces, qui habitent les eaux douces des lies des régions chaudes : Le SICYDION de Plumier était connu à la Martinique sous le nom vulgaire de sucet. (E. Baudeinent.)

— Bot. Genre de plantes, de la famille des cueurbHaeées, dont l'espèce type croît au Mexique.

S1CYOÏDE s. m, (si-si-o-i-de — du gr. si' kua, courge; eidos, aspect). Bot. Syn. de sicyos, genre de cucurbitacées.

SICYOÏDÉ, ÉE adj. (si-si-o-i-dé — de si~ cyos, et du gr. idea, forme). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte au sicyos.

— s. f. pi. Tribu de la famille des cucurbitacées, ayant pour type le genre sicyos.

S1CYONE, ville de la Grèce ancienne, située dans la partie septentrionale du Péloponèse (Argolide), sur l'Asopos, près de son embouchure dans le golfe de Corinthe, ancien ch.-l. d'un petit Etat dit Siajonie. Les ruines de la ville antique se rencontrent k 18 kilom. N.-O. de Corinthe, près du village moderne de Vnsilikhon ou Vasiiika. Le nom primitif de Sicyone fut Mécone ; puis jEgia- -lée, tils d'Inachus, ayant remplacé par ses compagnons les Telchines , premiers habitants de la cité, donna son nom k la ville. Enfin le nom de Sicyone prévalut , mais rien n'est moins précis, que son étymologie, et M. Beulé lui-même , dont les savantes Etudes sur le Péloponèse nous servent ici de guide principal, s/abstient de la fournir. Quoi qu'il en soit, on voit Sicyone conquise par Agamemnon , lequel en entraîne les habitants, sous ses ordres, au siège de Troie. Plus tard, la ville tombe au pouvoir de l'Héraclide Phalère, mais l'obscurité règne sur ses successeurs. Démocratique k l'origine, le gouvernement de Sicyone devint monarchique k partir d'Orthagoras ; cette monarchie dura cent années et son dernier représentant fut Clisth'ène, choisi par les amphictyons pour commander les Grecs dans la guerre contre Cirrha. Redevenue république, Sicyone fut déchirée par les factions. Malgré les événements dont nous venons de parier et qui semblent indiquer que la ville avait une certaine importance, on ne voit pas Sicyone figurer dans les grandes entreprises militaires pour l'indépendance du territoire grec, et le contingent qu'elle fournit contre les Perses est insignifiant. Néanmoins, elle s'allia k Corinthe et k Sparte lors de la guerre du Péloponèse et vit Périclès et Iphicrate ravager son territoire. Elle se rendit ensuite k Epaminondas et fut soumise sans difficulté par Alexandre. Détruite en 303 parDéméttius Poliorcète, qui la rebâtit presque aussitôt, Sicyone, sous les ordres du célèbre Aratus, entra dans la ligue, achéenne. Les Cléomènes, puis les Etoliens lui firent subir eucore les désastres de l'invasion. Enfin, k l'époque de la conquête romaine , le gouvernement consulaire avait commencé k en faire une des places les plus considérables du Péloponèse, au détriment de Corinthe, dont on tenait k châtier la résistance, lorsqu'un tremblement de terre renversa la plus grande partie de la ville ec des édifices nouveaux qui venaient d'y être élevés. Aujourd'hui, Sicyone n'offre plus que des ruines, mais ces ruines, que nous décrirons succinctement d'après M. Beulé, peuvent figurer parmi les plus admirables de cette partie de la Grèce.

Nous avons dit ci-dessus la situation des ruines de Sicyone ; la ville ancienne, dont le nom cesse de figurer dans l'histoire k partir du vie siècle, s'étendait sur un plateau primitivement couvert par l'acropole et auquel on monte encore aujourd'hui par la voie des Tombeaux et la porte de Corinthe, sorte de chemin taillé dans le roc et bordé de pierres helléniques. « A plusieurs centaines de pas du village de Vasilika, dit M. Beulé, on remarque les ruines d'un petit temple dorique dont le nom est incertain ; une ouverture de rocher, régularisée jadis par la inain des hommes, descend otUqueraont vera la plaine

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et répond à la porte Sacrée, qui conduit à, la ville basse.... A l'extrémité ouest, on trouve lo théâtre, adossé aux collines qui forment l'extrémité du plateau ; des restes de murs, à droite et à gauche, indiquent qu'il était enclavé dans le mur d'enceinte. » Au centre du plateau, on distingue les thermes. Les gradins du théâtre sont encore aujourd'hui dans un état de parfaite conservation. On en compte quarante rangs, taillés dans le roc. Sur leurs ailes, ils sont formés par des constructions en pierre, avec deux escaliers et deux passages voûtés appartenant sans doute à l'époque romaine. Enfin, au-dessus du théâtre se trouve le stade, soutenu a son extrémité par une muraille polygonale. M. Beulé croit devoir attribuer la construction du stade et du théâtre aux prédécesseurs de Démétrius.

Sieyonc (écolhs de). On désigne sous ce nom les écoles de sculpture et de peinture établies dans cette ville pendant l'antiquité grecque, et qui portèrent à un haut degré l'empreinte du génie dorien. L'école de sculpture est de beaucoup la plus ancienne ; nous aJions l'examiner la première.

— Ecole de sculpture. L'orgueil national des habitants de Sicyone disputait à ceux de Corinthe l'invention de la plastique. Dibutades, qui en avait tenté le premier essai, était né à. Sicyone, mais il avait vécu à Corinthe, et c'était Corinthe qui gardait sa première oeuvre (v. Dibutades). Au reste, dès la plus haute antiquité, Sicyone avait été la patrie des travailleurs de métaux. Au commencement du vie siècle, deux artistes crétois, Dipoenos et Scyllis, y introduisirent l'art de travailler le marbre. Cette innovation importante lésa tant d'intérêts que les deux ingénieux étrangers furent contraints de s'exiler avant d'avoir achevé les premières statues commandées par les Sicyoniens. Dipœnos et Scyllis passèrent en Etolie. Aussitôt après leur départ, une peste envoyée par les dieux vengea sur la ville injuste les deux exilés. L'oracle de Delphes ordonna leur rappel, et, à force de présents et d'honneurs, le peuple sicyonien obtint qu'ils revinssent achever leurs statues. Elles représentaient Apollon, Arthémis, Héraclès, Athéné. Ces deux vieux maîtres tirent encore pour la ville une autre statue d'Athéné et remplirent de leurs œuvres Argos et Cléone, cités voisines. Ils laissèrent non-seulement des oeuvres, mais aussi des élèves, Donatas, Doryclidas, Médon et ïhéoclès de Lacédéraone, Cléarque de Rhegium, Tactœos et Angélion. Aristoclès, Cretois ainsi que Dipœnos et Scyllis, leur succéda dans la direction de l'école. Nous savons qu'il fit un Héraclès combattant avec une Amazone à cheval, groupe commandé par Evagoras de Zancle pour la cité d'Olympie. Cléœtas, son fils, fut sculpteur et architecte ; il construisit, dans le stade d'Olympie, l'édifice nommé Hippaphesis et modela la statue de bronze que Pausanias admira dans l'Acropole d'Athènes, laquelle représentait un homme coiffé de son casque, et dont les ongles étaient en argent. Les fils de Cléœtas, Aristoclès et Canaehos, imprimèrent un nouvel éclat à l'école de Sicyone. Le témoignage des anciens, plus précis à propos de Canaehos, nous permet de juger de l'état de perfection que l'art avait atteint sous ce sculpteur célèbre. Cicéron nous dit de lui que, tout en conservant quelque chose de la simplicité et de la roideur archaïques, il contribua puissamment au progrès de l'art. Canaehos et son contemporain Agélados d'Argos travaillèrent avec un égal succès le bronze et le marbre, l'or et l'ivoire. Une trèsgracieuse épigramme de X Anthologie nous a conservé le souvenir du groupe des trois Grâces, qu'il exécuta avec Agélados. Voici, d'après M. Beulé, les œuvres de Canaehos dont les noms sont connus : la plus considérable d'abord, une statue colossale en bronze d'Apollon Pbilésien, laquelle, transportée à Ecbataue par Xerxès, tut rendue au sanctuaire de Didyme par Séleucus Nicator. Canaehos fit aussi pour les Thébains un Apollon Jsménien en cèdre ; il fit le fameux groupe de bronze des Célétizontes, ou enfants conduisant un cheval, et enfin, pour la ville de Corinthe, une Venus en or et en ivoire, assise, un pavot dans une main, dans l'autre une pomme. Son frère Aristoclès fit un groupe de Zeus et Ganymède, consacré à Olympie. « Il forme un des chaînons de cette série de sculpteurs qui, pendant sept générations, soutinrent et développèrent les principes du vieil Aristoclès. Telle était la suite et la fermeté de l'enseignement, tel était peut-être le mérite de ces mattres, dont les noms sont aujourd'hui sans écho, que l'on savait encore, au temps de Pausanias, l'ordre dans lequel ils se succédèrent, comme s'il se fût agi d'une dynastie de rois. » (Beulé.) Voici la chronologie de cette imposante et légitime royauté de trois siècles :

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