‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 374 sur 1059 · V. Morena, Nevada · texte numérisé non relu

V. Morena, Nevada

S1ERRE, bourg de Suisse. V. Siders.

SIESTE s. f. (siè-ste — espagnol siesta, du latin sexia, sixième heure du jour ou midi. La sixième heure , dans la manière de compter des Latins, correspond à midi). Somme qu'on fait vers le milieu de la journée, dans les pays chauds : Faire la sieste. Ma sieste a été interrompue. (Acad.) Vous nves fait une longue sieste. (Acad.) // n'nvait pas honte, après déjeuner , de dire qu'il était fatigué pour quon l'engageât à faire une sieste. (X. Marmier.)

S1ESTER v. n. ou intr. (siè-sté — rad sieste). Faire la sieste. Il Peu usité.

SIESTRZBNCEW1CZ (Stanislas), archevêque de Mohilev, métropolitain d« l'église catholique romaine en Russie, né dans le gouvernement de Wilna en 1731, mort en 1825. Comme ses parents, il fut longtemps attaché à Ta religion calviniste. Après avoir successivement lait ses éludes à Kœnigsberg, à Francfort, à Amsterdam et h Londres, il revint duns sa patrie avec l'intention de devenir précepteur chez un magnat polonais. Chargé par son père de vendre des blés, il eut le malheur de perdre l'argent qu'il venait de recevoir. Désespéré de cette perte, il passa la frontière, entra dans les hussards prussiens, où il gagna bientôt les épautettea, fut blessé dans un duel, revint, en 175 1, en Lithuanie, où il entra dans la cavalerie en qualité de porte-enseigne, fut nommé capitaine et quitta jeune encore la vie militaire. Il devint aussitôt après précepteur des princes Kadziwill à Zyrmuny. Ayant demandé la main d'une rtoho héritière polonaise, on lui posa pour condition sa conversion au catholicisme. Siestrzencewicz consentit à faire ce qu'on exigeait de lui et entra alors en relation avec l'évêque de Wilna, Massolski, qui, frappé de son savoir et de son intelligence extraordinaire, résolut d'en faire une recrue active pour l'Eglise et parvint à l'amener à se faire ordonner prêtre. En 1763, il devint chanoine de Samogilie et curé de Bobrujsk, puis chanoine de Wilna et administrateur du diocèse de Wilna de 1771 à 1774. A cette époque, il prononça à Wilna, à propos d'un attentat contre la vie de Stanislas-Auguste, un discours qui eut un très-grand retentissement. Peu après, sur la recommandation de l'évêque Massolski, il fut nommé par la cnur de Russie évêque in partibus de Malsk (1773), puis évêque du diocèse de Bialorok et enfin archevêque de Mohilev (1782). En 1795, il obtint le titre de légat apostolique. Trois ans plus tard, il devint cardinal et fut élevé à la dignité de métropolitain des Eglises catholiques romaines de Russie , qu il administra pendant plus de cinquante ans. Ce savant prélat fut un zélé protecteur des sciences, des lettres et des arts. En mourant, il légua toute sa fortune aux pauvres et fit des dons considérables aux institutions d'enseignement public. Parmi ses œuvres, nous nous bornerons à citer : \'Art de conserver la vie, par Mackenzie, traduit de l'anglais (Wilna, 1769, in-8»); Lettres (1779); les Constitutions de la czarine Catherine 11, traduit du russe (Mohilev, 1777, in-4<>); Providentix divin* evi-

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dens argumentant, consideratio de summo régit periculo (Wilna, 1771, in-8<>); Socya co Faurydrie, tragédie en vers polonais (Mohilev, 1783, in-8*) ; Recueil de sermons, en latin et en polonais (Mohilev-, 1794); Diarium congregationis synodalis ulriusque cleri in imperio Russico (Mohilev, 179-1, in-4°); Recherches historiques sur l'origine des Sarmates, des Esclavons et des Slaves, en français (Saint-Pétersbourg, 1812, 4 vol. in-8°), traduit en russe (Saint-Pétersbourg, 1818); Sermons prononcés en 1819 à Wilna (Wilna, 1798) ; le Règlement pour les églises et les couvents catholiques dans l'empire russe (Wilna, 1798) ; Histoire de la Tauride (Brunsiyick, 1800, 2 vol. in-8<>), en français. Siestrzencewicz a laissé, en outre, une grande quantité d'ouvrages manuscrits qui sont devenus la propriété de Parczewski.

SIEUR s. m. (sieur — contraction de seigneur). Titre usité, dans le style du palais et dans les actes publics , pour désigner un homme : Il plaide pour le sieur un tel.

— S'emploie par mépris ou par plaisanterie, dans le langage ordinaire ; Un siuuiî Denis prétendait avoir des droits sur la propriété. Connaissez-vous un sieur Michel, nouvellement installé dans le pays?

S1EUREL s. m. (sieu-rèl). Ichthyol. Nom vulgaire du gascon.

SIEURIE s. f. (sieu-rî — rad. sieur). Féod. Domaine seigneurial.

SIEVEKING (Charles), diplomaleallemand, né a Hambourg en 1787, mort en 1847. 11 lit ses études à Heidelberg et à Gœttingue, prit ses grades universitaires d:ins cette dernière ville en 1812 et retourna à Hambourg en 1813. Peu après, il fut envoyé en mission par ses concitoyens auprès de Bernadotte. En 1815, il conclut la convention par laquelle la ville de Hambourg s'engageait à prendre part à la ligue hansèatique. Nommé en 1819 chargé d'affaires des villes hanséatiques à Saint-Pétersbourg, il devint, en 1821, syndic de Hambourg et alla, au nom de cette ville, conclure un traité avec le gouvernement brésilien à Rio-Janeiro en 1828.

SIEVEKING (Amélie), fondatrice de plusieurs sociétés philanthropiques, née à Hambourg en 1794, morte en 1859. Son père était négociant et membre du sénat de la ville. Sa mère mourut en 1799. L'esprit d'indépendance et d'investigation s'éveilla de bonne heure en elle. Non contente des études que lui taisait faire sa gouvernante, elle étudiait et lisait en son particulier, faisait avec ses frères des compositions sur des sujets classiques. A la mort de son père, arrivée en I809,[on la mit en pension, et son instruction fut bornée au bagage strictement nécessaire à une institutrice. En 1811, elle passa quelque temps chez une dame Brunneman comme dame de compagnie. C'est dans cette maison qu'elle ouvrit sa première école qui, d'abord, était composée seulement de huit petites filles et qu'elle dirigea pendant dix-huit ans. Cependant Amélie Sieveking cherchait à sa vie un but plus utile qui répondit à son besoin d'activité et de dévouement, et elle publia plusieurs petits ouvrages religieux. En 1831, quand le choléra s'étendit sur toute l'Europe, Amélie Sieveking sentit que sa vocation l'appelait aupiès des malades. Elle quitta son école, déjà désorganisée par la terreur qu'inspirait le fléau, et el.e s'engagea dans un hospice pour tout le temps que durerait le choléra; ce fut jusqu'à la lin de l'année. Elle avait bientôt été mise à la tête des infirmiers, et sa douceur et sa fermeté avaient exercé le meilleur effet sur le moral de son entourage, comme son dévouement et sa bonté de cœur l'avaient fait chérir de tous.

Dès le commencement de 1832, elle s'occupa à mettre à profit les expériences qu'elle avait faites pendant son séjour de quelques mois à l'hospice. Elle avait beaucoup rélléchi aux moyens à employer pour secourir la classe pauvre autrement que par les comités officiels qui se forment en temps de calamité publique. Une association de charité pour visiter les pauvres, soigner les malades, distribuer des secours et s'occuper aussi de relever le moral et d'instruire la classe pauvre fut établie d'une manière permanente. L'association grandit rapidement et, au bout de la première année, elle possédait de zélés et puissants protecteurs et avait enrôlé de nombreux, médecins. Kn 1837, Amélie Sieveking fouda un séminaire pour former de bonnes institutrices. Cet établissement était surtout destiné aux jeunes tilles pauvres, qui y recevaient gratuitement une excellente instruction. La même année 1837, la ville de Hambourg lui fit don d'un terrain pour la construction de maisons pour les pauvres. Les fonds dont l'Association de charité pouvait disposer n'étant pas suffisants, Amélie Sieveking fit avec un docteur qui projetait la fondation d'un hôpital pour les enfants un arrangement d'après lequel l'Association devrait, contre une somme de 1,500 marcs donnce pour ces constructions, fournir les salles nécessaires pour cet hospice et se charger aussi du soin des enfants. Ces 1,500 luarcs, joints aux fonds que possédait l'Association, permirent de commencer les constructions. Dès l'automne de 1840, l'inauguration du bâtiment eut lieu ; il contenait neuf logements de trois pièces avec

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quelques salles communes, et pour l'hôpital deux grandes salles de 16 lits chacune. L'établissement entier reçut le nom d'Ainalienstieft. En 1842, lors du terrible incendie de Hambourg, il donna asile à une centaine de malheureux et fut, sur la demande et avec le concours de la ville, agrandi de deux bâtiments contenant vingt-quatre logements chacun. Au bout de trois ans, la société devait en avoir la propriété. Peu de temps après, Amélie Sieveking fut appelée à Copenhague par la reine de Danemark, avec laquelle, depuis plusieurs années, elle était en relation et en correspondance; elle avait trouvé le temps d'apprendre le danois. Pendant ce séjour k Copenhague, elle y fonda une association, sœur de celle de Hambourg. De nombreuses offres lui arrivaient aussi de tous côtés pour se charger de la direction d'importants établissements de bienfaisance; elle les refusa toujours, voulant poursuivre son œuvre dans la ville où elle l'avait commencée. En 1846, un bâtiment spécial et spacieux fut construit pour l'hôpital des enfants.

Depuis l'année 1850 , l'activité d'Amélie Sieveking se ralentit forcément; sa santé était gravement compromise. Jusqu'à sa mort, elle dut se contenter de la direction de l'Amalienstieft. On a publié un recueil de ses lettres, et sa biographie a paru en 1860, en un fort volume.

SIEVERS (Jean-Jacques), diplomate et administrateur russe, né h Saint-Pétersbourg en 1731, mort près de Riga en 1801. Général de brigade en 17G3, puis gouverneur deNovgorod-la-Grar.de jusqu'en 1786, il fut, en 1791, envoyé à Varsovie en qualité d'ambassadeur auprès de la république de Pologne ; il y pratiqua, conformément aux instructions de sa souveraine, une politique de violence et de corruption, prodiguant l'or, comme il le raconte dans ses mémoires, pour se créer des partisans- Il se concerta avec l'ambassadeur prussien pour organiser le second partage de la Pologne et fut l'interprète des volontés do la Russie auprès de la diète de Grodno. Il fut disgracié et rappelé en Russie en 1794. On lui attribue une grande part dans les Ordonnances pour l'administration de l'empire russe, rendues en 1770 par Catherine II. Il a laissé des Mémoires qui ont été publiés en allemand par M. C. L. Blum (Leipzig et Heidelberg, 1857-1859, i vol. in-8°).

SIÉVERSIE s. f. (sié-vèr-sî — de Sievers, botan. aliein.). Bot. Genre de plantes, de la famille des rosacées , tribu des dryadées, formé aux dépens des benoîtes et des dryades.

SIEVSK, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 143 kilom. S.-O. d'Orel, sur la petite rivière de Siew, affluent de laDesna; 5,600 hab. Chef-lieu du district de son nom. Commerce de grains et de bestiaux.

SIËWA, nom, chez les Slaves, de la déesse des végétaux et de la force végétale, représentée tenant d'une main une pomme, de l'autre une grappe de raisin. On lui sacrifiait des animaux et même des prisonniers. Les Polonais l'appelaient Lymie.

SIEYES (Emmanuel-Joseph, comte), célèbre homme d'Etat et publiciste français, né àFréjus'Ie 3 mai 1748, mort à Paris le 20 juin 1836. Son père, contrôleur des actes, avait une nombreuse famille et peu de fortune. Le jeune Sieyès fit ses études chez les jésuites de Fréjus, puis chez les doctrinaires de Draguignan. Porté alors par goût vers le métier des armes, il suivit néanmoins, sur les instances de sa famille, la carrière ecclésiastique et fut envoyé au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, où il reçut la prêtrise à vingtquatre ans. Forcé de suivre une profession qui lui répugnait, le jeune homme tomba dans une mélancolie profonde et chercha des distractions dans la philosophie et dans la musique. Nommé chanoine à Tréguier eu 1775, il suivit, cinq ans plus tard, l'évêque de cette ville à. Chartres, où il remplit successivement les fonctions de chanoine, de chancelier, de vicaire général et de conseiller commissaire à, la chambra supérieure du clergé (1787). Cette situation ne lui avait donné aucun goût pour son état, et il s'était toujours attaché à s'abstenir de prêcher et de confesser, partageant tes idées des philosophes sur la valeur du catholicisme. Appelé, eu 1737, à présider la commission intermédiaire des états d'Orléans, il commença à se faire remarquer dans ce conseil provincial par son aptitude aux affaires et la profondeur de ses vues politiques. Lorsque, l'année suivante, le ministère, décidé a convoquer les états généraux, fit appel aux lumières des publicistes, la France fut inondée de brochures. Sieyès en publia trois : Vues sur les moyens d'exécution dont les représentants de la France pourront disposer (1788, in -S"): Essai sur les privilèges (1788, in-£«) et Quesl-ce que le tiers état? tout; qu'a-l-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? rien; que demande- 1 -il? à devenir quelque chose (1789, in-8°). Toute la Révolulion était dans ce pamphlet célèbre qui produisit en France une profonde sensation.

L'auteur calcule qu'il y a dans le pays 80,000 prêtres et 110,000 nobles, et ajoute : « Donc, en tout, il n'y a pas 200,000 privilégiés des deux premiers ordres. Comparez ce nombre à celui de 25 à 26 millions d'hommes et jugez la question. » Tous ses arguments sont exposés avec une énergie et une lucidité

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que l'on chercherait en vain dans ses autres écrits. Quand on convoqua les assemblées de bailliage, l'abbé Sieyès se chargea de rédiger un programme des Délibérations à prendre pour les assemblées de bailliage, programme que le duc d'Orléans envoya dans tous les bailliages faisant partie de ses domaines.

En quelques mois, Sieyès était sorti de son obscurité pour devenir un des hommes les plus en vue, un des chefs de l'opinion qui allait renverser de fond en comble l'édifice vermoulu de l'ancien régime. Aussi, lors des élections qui eurent lieu à Paris pour les états généraux, il fut élu député par le tiers état. Dès le début, lorsque les deux ordres privilégiés, avec leur morgue ridicule et traditionnelle, refusèrent de délibérer en commun avec le tiers, il proposa de se constituer sans eux et eut ensuite la gloire de faire adopter par ses collègues la dénomination i. la fois simple et expressive d'Assemblée nationale (17 juin 1789). A la séance royale du 23 juin, où le grand maître des cérémonies vint intimer l'ordre aux représentants de la nation de se séparer, comme il restait encore quelque hésitation, même après la fameuse apostrophe de Mirabeau, il entraîna les esprits par ce mot qui n'est pas inoins célèbre : « Eh I messieurs, ne sentez-vous pas que vous êtes aujourd'hui ce que vous étiez hier?... Délibérons 1 » Dans la séance du 24 juin, il avait déclaré que , ■ se reconnaissant peu d'aptitude a parler en publie, il s'abstiendrait dorénavant de paraître à la tribune, a En effet, on ne lui vit plus prendre la parole que fort rarement; mais il exerça dansjes comités, no laminent dans celui de constitution, une influence considérable, se contentant du rôle d'organisateur et faisant présenter ses idées par ses collègues dans le sein de l'Assemblée. 11 eut une grande part h la création de la garde nationale, h la nouvelle répartition de l'impôt. Le premier projet de déclaration des droits de l'homme sortit de sa plume (20 juillet). Lorsque, deux jours après l'immortelle séance du 4 août, un décret allait prononcer que la dîme était abolie sans rachat, on le vit, non sans étonnetnent, s'y opposer et s'écrier avec amertume ; « Ils veulent être libres et ne savent pas être justes ! » Sa popularité en souffrit; mais il la releva en se déclarant nettement contre le veto absolu que Mirabeau voulait accorder au roi (7 septembre). Il travailla ensuite à l'organisation des municipalités, à la division du territoire en départements, fit appliquer le jury aux délits de la presse, aux tribunaux criminels, mais il ne put par\enir 'a l'introduire dans la procédure civile. Le 17 juin 1790, jour anniversaire de la constitution des états généraux en Assemblée nationale, acte dont il était le promoteur, ses collègues, tout d'une voix, lui décernèrent la présidence. Nommé, en 1791, évêque constitutionnel de Paris, il refusa; mais il accepta le titre de membre du directoire départemental, où il eut à s'occuper des détails de l'instruction publique. Apres le retour de Varennes, il entra dans le comité chargé de reviser la constitution. Il s'en retira bientôt, les autres membres ayant trouvé ses idées trop absolues, trop métaphysiques. Ce n'était pas la première fois qu'il manifestait son mécontentement à la suite de semblables reproches; déjà Mirabeau avait pu dire, au commencement de 1790 : « Le silence de Sieyès est une calamité publique! »

Pendant la session de l'Assemblée législative, Sieyès se tint à l'écart et vécut à la campagne. Envoyé à la Convention par les trois départements de la Gironde, de l'Orne et de la Sarthe (1792), il vota, bien qu'il ne fût pas républicain, la mort de Louis XVI, sans appel ni sursis. On prétend qu'il dit alors : • La mort, sans phrase. » Ce propos a été nié. Ce qui a pu y donner lieu, c est que, contrairement à ce que firent les autres députés, il se contenta de répondre sûr les trois questions simplement par oui ou par non. Un projet qu'il présenta pour la réorganisation du ministère de la guerre fut rejeté; un rapport sur l'instruction publique eut le même sort, bien qu'il eût eu la précaution de le faire présenter par le montagnard Lakanal. Robespierre, qui avait découvert la ruse, s'écria : « Citoyens, on vous trompe; cet ouvrage n'est pas de celui qui vous le présente. Je me délie beaucoup de son véritable auteur. » Sieyès profita de l'avertissement; se renfermant dès lors dans le plus profond silence, se bornant à voter les lois présentées, il put traverser les orages de la Terreur sans en être atteint, ce qui lui fit dire plus tard à quelqu'un qui lui demandait ce qu'il avait fait sous la Terreur : « J'ai vécu. » Le 10 novembre 1793, il prit néanmoins la parole à la Convention en remettant ses lettres de prêtrise. • Quoique j'aie déposé depuis un grand nombre d'années tout caractère ecclésiastique, dit-il, et qu'à cet égard ma profession de foi soit ancienne et bien connue, qu'il me soit permis de profiter de la nouvelle occasion qui se présente pour déclarer encore, et cent lois s'il le faut, que je ne reconnais d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité, d'autre religion que celle de l'humanité et de la patrie. » Le même jour, il abandonna à la patrie 10,000 livres de rentes viagères qui lui avaient été constituées à titre d'indemnité pour la perte de ses anciens bénéfices. Le 5 mai 1795, il devint membre du comité de Salut public et obtint la rentrée des girondins dans la Convention (31 mars

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1795). Le 21 avril suivant, il refusa la présidence de la Convention , contribua aux traités de paix signés avec la Prusse , la Hollande et l'Espagne, et, à la suite de l'insurrection du 12 germinal an III, fit rendre une loi répressive et décider que la Convention se réunirait à Chàlons-sur-Mnrne, dans le cas où l'anarchie serait maîtresse de Paris. Quoi qu'en disent ses biographes, il est évident qu'il fut le principal auteur de la constitution de l'an III, dont on retrouve les idées fondamentales dans un écrit qu'il publia le 7 septembre 1789, et ayant pour titre : Dire de l'abbé Sieyès sur la question, du veto royal. Elu au conseil des Cinq-Cents, il aima mieux travailler dans les comités que d'accepter le poste de membre du Directoire, puis celui de ministre des relations extérieures qu'on lui offrit successivement. Il se garda de se compromettre dans la lutte qui précéda le 18 fructidor; mais, l'événement accompli, il fut un des cinq rédacteurs du décret de proscription qui frappait cinquantedeux de ses collègues. Peu de temps auparavant, le 12 avril 1797, il avait failli être victime d'une tentative d'assassinat. Un de ses compatriotes, l'abbé Poulie, qui fut condamné h vingt ans de travaux forcés,, avait tiré sur lui deux coups de pistolet et lui avait fracassé le poignet. Le 22 novembre delà mémo année, il fut nommé président du conseil des Cinq-Cents et réélu, peu après, k ce corps politique. Envoyé à Berlin (10 mai 179S) comme ministre plénipotentiaire pour obtenir, sinon l'alliance, du tno.ns la neutralité de la Prusse, il remplit cette mission avec succès et déploya en cette circonstance uno grande habileté , ainsi que l'atteste sa correspondance diplomatique déposée aux archives des affaires étrangères.

Sieyès quitta Berlin lorsqu'il apprit qu'il venait d'être nommé membre du Directoire en remplacement de Rewb-dl (10 mai 1799). Il revint alors à Paris et devint président du Directoire le 19 juin. Il était redevenu presque populaire, soit à cause de la haine profonde que lui vouaient les ennemis de la constitution, soit à cause du langage qu'il tenait dans ses discours officiels et dans lesquels il déclarait que « la royauté ne se relèverait jamais. » C était en ce moment même quo Sieyès songeait à renverser la République et à appeler aux affaires un général ambitieux qui devait replonger la France dans le despotisme et ressusciter tant d'odieux errements du passé. Dès le mois de novembre 1798, il avait engagé, par une dépêche secrète envoyée en lïgypte, le jeune Bonaparte à venir s' emparer du pouvoir. Aussi fut-il do moitié avec lui dans l'accomplissement du 18 brumaire. Au retour de Bonaparte, il prépara l'attentat en agissant sur les députés influents appartenant au parti de la République modérée, s'attacha à les convertir à l'idée de modifier la constitution de l'an III, les menaçant, s'ils ne voulaient pas agir de concert avec lui, de se tourner du côté dos jacobins. Il espérait faire adopter un projet de constitution depuis longtemps élaboré par lui et partager avec Bonaparte le pouvoir suprême. Au moment du coup d'Etat, il fut, en effet, nommé le premier des trois consuls provisoires; mais, dès le lendemain de la victoire, il ne lui était plus possible de conserver la moindre illusion. A peine Bonaparte voulut-il accepter quelques-unes de ses idées pour la nouvelle constitution. Lorsqu'il lui exposa ses idées sur les fonctions du grand électeur, logé au palais de Versailles avec une liste civile de 5 millions et dont l'unique fonction consistait à nommer le pouvoir exécutif, Bonaparte s'écria : a Citoyen Sieyès, que voulez-vous qu'on fasse de ce cochon à l'engrais dans le palais de Versailles ? > Une discussion très-vive s'éleva entre eux à ce sujet. Sieyès dut céder et, complètement déçu dans ses espérances, il dit à ses intimes : « Maintenant, vous avez un maître. Il sait tout, il peut tout, il fait tout. « Si Bonaparte, pour éviter une rupture qu'il regardait comme impolitique, consentit à l'admettre à ses côtés comme 1 un des trois consuls, ce fut pour l'annihiler aussitôt en le mettant au Sénat, puis pour le déconsidérer tout à fait en lui donnant, à titre de récompense nationale, la terre do Crosne (31 décembre 1799). Alors coururent dans toute la France ces deux mauvaises rimes :

Bonaparte a Sieyès u fait présent de Crosne ;

Sieyès à Bonaparte a fait présont du trône.

Richement doté, il devint, en outre, président du Sénat, grand offleier de la Légion d'honneur (1804), comte de l'Empire (1808), et il assista impassible au naufrage de toutes nos libertés, continuant» remplir le rôle muet qui lui avait si bien réussi sous la Convention. Il s'était démis au bout de quelque temps de ses fonctions de président du Sénat. Membre de l'Institut lors de sa création, il passa en 1804 a l'Académie française. Sieyès adhéra à la chute de Napoléon en 1814. Il reçut néanmoins un siège à la Chambre des pairs pendant les Cent-Jours, mais ne voulut ni assister à l'ouverture de cette assemblée, ni paraître au Champ de mai, ni signer l'acte additionnel. Proscrit comme régicide à la deuxième Restauration, il séjourna à Bruxelles jusqu'en 1830, époque où il put revenir à Paris. Organisateur habile, mais politique sec, systématique, à combinaisons impossibles, homme d'Etat incapable, citoyen sans

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conviction et dépourvu de tout courage civique, Sieyès ne se recommande vraiment à la postérité que par ses débuts à la Constituante, surtout par son pamphlet : Qu'est-ce que te tiers état? dont M. Chapuys-MontJaville a donné une nouvelle édition (1839, in-32).

Deux grandes notabilités littéraires, Mme de Staël et M. Mignet, ont diversement caractérisé l'esprit et le talent de Sieyès. Nous reproduisons d'abord le jugement de Mme de Staël : « Au premier rang du coté populaire, on remarquait l'abbé Sieyès, isolé par son caractère, bien qu'entouré des admirateurs de sou esprit. Il avait mené jusqu'à quarante ans mie vie solitaire, réfléchissant sur les questions politiques et portant une grande lorce d'abstraction dans cette étude; mais il était peu fait pour communiquer avec les autres hommes, tant il s'irritait aisément de leurs travers et tant il les blessait par les siens ! Toutefois, comme il avait un esprit supérieur et des façons de s'exprimer laconiques et tranchantes, c'était la mode dans l'Assemblée de lui montrer un respect presque superstitieux. Mirabeau ne demandait pas mieux que d'accorder au silence de l'abbé Sieyès Je pas sur sa propre éloquence; car ce genre de rivalité n'est pas redoutable. On croyait à Sieyès, à cet homme mystérieux, des secrets sur les constitutions, dont on espérait toujours des effets étonnants quand il les révélerait. Quelques jeunes gens et même des esprits d'une grande force professaient la plus haute admiration pour lui, et on s'accordait à le louer aux dépens de tout autre parce qu'il ne se faisait jamais juger en entier dans aucune circonstance. Ce qu'on savait avec certitude, c'est qu'il détestait les distinctions nobiliaires, et cependant il avait conservé de son état de prêtre un attachement au clergé qui se manifesta le plus clairement du monde lors de la suppres$ion des dîmes. ■ Ils veulent ' être libres et ne savent pas être justes, » disait-il à cette occasion, et toutes les fautes de l'Assemblée étaient renfermées dans ces paroles. Mais il fallait les appliquer également aux diverses classes de la société qui avaient droit a des dédommagements pécuniaires. L'attachement de l'abbé Sieyès pour le clergé aurait perdu tout autre homme auprès du parti populaire ; mais, en considération de sa haine contre les nobles, les montagnards lui pardonnaient son faible pour les prêtres! »

M. Mignet s'exprime en ces termes : « Sieyès était plus un métaphysicien politique qu'un homme d'Etat. Ses vues se tournaient naturellement en dogmes. Il avait prodigieusement d'esprit et même de causticité; mais il manquait de talent oratoire, et, quoiqu'il fût très-tin et connût bien les hommes au milieu desquels il avait vécu, il n'aimait pas à les mener, 'et peut-être n'avait-il pa8 ce qu'il fallait pour le faire. Il savait prendre de l'ascendant, mais il ne travaillait pas aie conserver. 11 cherchait peu à se produire. Hardi d'esprit et dans l'occasion courageux de caractère, il était circonspect et timide par orgueil. Il ne se livrait aux événements comme aux hommes que lorsqu'ils le recherchaient et pour ainsi dire le gâtaient. Sinon, il se retirait en lui-même avec un dédain superbe et voyait passer le monde devant lui en observateur et presque en indifférent. A chaque époque, il fallait qu'on acceptât sa pensée ou sa démission. Appartenant a une génération qui avait plus vécu jusque-là dans les abstractions que dans les réalités, il croyait que tout ce qui se pensait se pouvait. Il s'exagérait, comme la plupart de ses contemporains, la puissance de l'esprit; il tenait plus compte des droits que des intérêts, des idées que des habitudes ; il avait quelque chose de trop géométrique dans ses déductions, et il ne se souvenait pas assez, en alignant les hommes sous son équerre politique, qu'ils sont les pierres animées d'un éditice mouvant. Cependant il a laissé la forte empreinte de son intelligence dans les événements. Il a été l'ami ou le maître des hommes les plus considérables de notre temps. Beaucoup de ses pensées sont devenues des institutions. Il a vu, avec un coup d'oeil sûr, arriver une révolution qui devait se faire par la parole, se terminer par l'épée, et il a donné la main, en 1789, à Mirabeau pour la commencer, au 18 brumaire à Napoléon pour la finir ; associant ainsi le plus grand penseur de cette Révolution à son plus éclatant orateur et à son plus puissant capitaine. •

On doit regretter que M. Mignet n'ait pas un mot de blâme pour le singulier triumvirat dont il parle dans le passage que nous venons de citer, triumvirat qui se compose d'un orateur vendu, d'un philosophe indifférent ou jouisseur, prêt à s'accommoder de tout, et d'un sabreur qui fut un fléau pour son pays.

Outre les écrits précités, on doit à Sieyès : Reconnaissance et exposition des droits de l'homme et du citoyen (1789, in-80j ; Quelques idées de constitution applicables à la ville de Paris (1789, in-8o); Aperçu d'une nouvelle organisation de la justice et de la police en France (1790, in-8°); des discours, des rapports, notamment ; Sur l'organisation provisoire du ministère de la guerre, Sur un nouvel établissement d'instruction publique, Sur une loi de grande police. Citons encore une Notice sur Sieyès (1705, in-S") écrite par luimême.

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S1F, déesse Scandinave, femme de Tlior.

Elle a pour rivale la géante Iarnsaxa. Ses cheveux étaient si beaux que Loke, le dieu méchant, se permit un jour de les lui couper ; mais Thor l'ayant menacé de mort, il se rendit chez les nains de Spartaiheim, qui lui fabriquèrent une chevelure en or qu'il apporta à Sif. On a interprété cette histoire de la singulière façon que voici : Sif est la terre ; Loke, qui est le dieu du feu, brûle les arbres et les plantes, qui sont la chevelure de Sif. La déesse donna à Thor deux fils, Thrudr et Lorride ; d'un premier mariage, elle avait déjà eu un fils, Oller ou Uller.

SIFAC s. m. (si-fak). Humm. Syn. de douc, espèce de singe de Madagascar.

S1FANTO, lie de l'Archipel. V. Siphnos.

SIFFLABLE adj. (si-fla-ble — rad. siffler). Qui mérite d'être sifflé r" Acteur sifflablb. l'ragédie, comédie sifflablb.

Jadis l'Egypte eut moins de sauterelles Que l'on ne voit aujourd'hui dans Paris De malotrus, soi-disant beaux esprits.

Qui, dissertant sur les pièces nouvelles, En font encor de plus sif (labiés qu'elles.

Voltaire, S1FPLADE s. f. (si-fla-de — rad. siffler). Concert de sifflets. Il Vieux mot.

SIFFLAGE s. m. (si-fla-je — rad. siffler). Art vétér. Maladie des bestiaux, qu'on appelle plus ordinairement cobnage.

SIFFLANT, ANTE adj. (si-flan, an-te — rad. siffler). Qui siffle, qui produit un sifflement : Voix sifflante. Prononciation sifflante. Respiration sifflante.

— Gramm. Consonne sifflante ou substantiv. Sifflante, Consonne qui produit un sifflement : /, s, s, ch sont des consonnes sifflantes.

— Littér. Se dit des mots, des phrases, des vers ou il y a beaucoup de consonnes sifflantes, et particulièrement de s.

SIFFLASSON s. m. (si-fla-son — rad. siffler). Ornith. Nom genevois du bécasseau.

SIFFLÉ, ÉE (si-flé) part, passé du v. Siffler. Exécuté en sifflant : Un air sifflé par un merle.

— A qui l'on siffle des airs ; Un merle sifflé avec soin retient aisément les airs.

— Dressé comme un oiseau à qui l'on siffla des airs : Je n'ai été qu'un perroquet sifflé par d'autres perroquets. (Volt.)

— Accueilli par des sifflets : A cteur sifflé. Comédie sifflék. Il Critiqué , désapprouvé : Sifflé par tout le monde, le Dominiquin finit par douter du mérite de ses plus beaux ouvrages. (H. Beyle.)

— Prov. Ce qui est effacé n'est pas sifflé, Le plus sûr, dans une pièce dramatique, est d'effacer les passages qui peuvent paraître susceptibles d'être mal accueillis par les spectateurs, il C'est un mot attribué à Scribe.

SIFFLEMENT s. m. (si-fle-man — rad. siffler). Sons qu'on produit en sifflant : Zte.j sifflements aigus. Les sifflements d'un merle d'un serpent. Il ennuie, il fatigue tout le voisinage par ses sifflements continuels.

— Coups de sifflet par lesquels on désapprouve quelque chose :

... Quand il se promet des applaudissements, L'air soudain retentit d'horribles sifflements.

Delillk.

— Bruit aigu produit par certains corps en mouvement : Le sifflement des vents, de la tempête. Le sifflement d'une flèche. Le sifflement de* balles.

La cloche balancée

Mêlait un son lugubre aux sifflements du nord. De Fontanes.

On entend des nochers les tristes hurlements Et des câbles froissés les affreux sifflements.

Deuixe.

— Piithol. Bruit aigu qui se fait entendre quand la respiration est gênée, pénible : Quand il dort, sa respiration est accompagnée d'un sifflement qui annonce que sa poitrine souffre. (Acad.)

SIFFLER v. n. ou intr. (si-flé — lat. sifilare, le même que sibilare, lequel a produit le provençal siblar, siular et le vieux français sibler. Le latin sibilare est une onomatopée que l'on peut comparer k l'onomatopée persane shufîidan, shiflidan, siffler, gazouiller, d'où le persan shufsh, shafsh, flûte, pipeau, ainsi que shipur, shipûr, trompette. On peut aussi citer l'ancien slave sapli, sopieli, flûte, russe sopeli, chalumeau, flageolet, le russe sïplyi, sipucii, enroué, polonais szeplac, susurrer, murmurer, et l'ancien slave sopati, jouer de la flûte, russe sopiti, siffler, etc.; le lithuanien szwepleti, murmurer; le kyraiique chu>ib, ùhwibol, pipeau, chwiban, chwiff, sifflet, chwiffiaw, siffler, etc.). Former un son aigu avec la bouche ou uvec un instrument : Siffler pour appeler quelqu'un, pour faire boire un cheval. Les serpents sifflent. Les cygnes, les oies Sifflent dans la colère. Le merle siffle assez agréablement. Le serin peut parler et siffler ; le rossignol méprise la parole autant que le sifflet et revient sans cesse à son brillant ramage. (Buff.) .©oi».' oot'Zd le merle qui siffle. C'est le plus spirituel de la bande; il se moque des passants. (X. Marmier.)

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tètes"

Racine,

SIFF

— Faire entendre des coups de sifflet désapprobateurs :

Au beau drame de Cléopàtre, Où fut l'aspic de Vaucanson, Tant fut sifflé qu'i l'unisson Sifflaient et parterre et théâtre; Et le souffleur, voyant cela.

Croyant encor souffler, siffla.

LsBRUN.

— Faire entendre certains sons aigus on parlant : Ceux qui ont perdu leurs incisives sifflent en parlant.

— Faire entendre des sons aigus en respirant : Il est pénible d'entendre siffler un asthmatique.

— Produire un bruit aigu semblable aux sons du sifflet : On entendait siffler le vent. Les balles sifflaient à nos oreilles. La bûche de Noël flambe et sifflb gaiement dans l'dtre en lançant des jets de gaz bleu. (Th. Gaut.)

Le trait part, siffle, vole et s'arrête en tremblant.

Dëlille, Le globe destructeur vole, siffle et fend l'air.

Deluxe.

L'aquilon siffle, et la feuille des bois A flots bruyants dans les airs tourbillonne.

MllXEVOYS.

— Loo. fam. N'avoir qu'à siffler, N'avoir qu'à faire connaître sa volonté pour être obéi.

— v. a. ou tr. Exécuter, moduler en sifflant : Siffler un air. Siffler la Marseillaise. Près de la porte ouverte, un merle dans sa cage siffle son air au ciel bleu. (Th. Gaut.)

— Dresser à siffler, en sifflant soi-même : Siffler un merle, une linotte, il Dresser, faire la leçon à : Siffler son comparse.

— Appeler en sifflant : Sifflez votre chien.

— Accueillir à coups de sifflet, en signe de désapprobation : Siffler un acteur. Siffler une tragédie, un drame, une comédie. On siffla l'auteur dès que son nom fut connu. Scribe, quand il faisait une coupure dans ses pièces de théâtre, disait : « Tout ce qu'on coupe, il n'y a pas de danger qu'on le siffle. » (Ste- Beuve.) L'usage de siffler les hommes et leurs ouvrages parait appartenir à un temps fort reculé. (Sallentin.)

... Quand la farce est mal représentée, Pour notre argent nous sifflant les acteurs. J.-B. Rousseau.

Il Désapprouver avec dérision, avec mépris : Nous sifflons les scolasliques barbares qui ont régné longtemps parmi nous, mais nous respectons Cicéron et tous les anciens qui nous ont appris à penser. (Volt.)

— Pop. Boire d'un trait : Siffler un verre de vin.

— Siffler la linotte, Boire copieusement. Se dit par allusion à la soif que gagnent ceux qui sifflent les linottes pour les dresser. Il Dresser un complice, comme on apprend aux linottes à siffler. U Etre en prison : Les patriotes sifflent la linotte, mais on ne plaint que les ennemis de la liberté. (Danton.) On a commencé par accuser le brave générai Jion-

sin On fait aussi siffler la linotte au

patriote Vincent. (Hébert.)

— Manège. Siffler la gaule, Faire siffler la gaule pour activer le pas du cheval.

SIFFLER1E s. f. (si-fle-rî — rad. siffler). Action de siffler, coups de sifflet : Une sip- FLBBie insupportable. Quelques bonnes gens auront substitué des vers honnêtes à des vers badins, et c'est encore un encouragement à la

SIFFLERIE. (Volt.)

SIFFLET s. m. (si-flè — rad. siffler). Petit instrument avec lequel on siffle : Sifflet d'argent, de fer-blanc. Sifflet de bois. Les machinistes sur les théâtres, les contre-maitres sur les navires se servent d'un sifflet pour commander les manœuvres. (Acad.)

— Improbation manifestée par un bruit de sifflets; improbation méprisante, en général : S'exposer aux sifflets. Braver tes sifflets. Il faut qu'un homme de lettres se prépare à passer sa vie entre la calomnie et les sifflets. (Volt.) Les élernuments ont succédé aux sifflets; les cabales s'enrhument tout exprès la veille d'une première représentation. (Giimm.) Si, la première fois que je chargeais mes râles , un connaisseur m'eût donné deux bons coups de sifflet, il m'aurait fait rentrer en moi-même, et je serais meilleur acteur. (Préville.) A tout prendre, il vaut mieux être musicien que soldat; la blessure d'un sifflet ne laisse aucune trace sur le front. (Mérj'.J

Moment fatal où le public soufflait Dans maint tuyau que l'on nomme sifflet. Lebrun.

L'implacable sifflet

Par de longs cris aigus répète son arrêt.

Dpi'Uï des Islets.

— Coup de sifflet, Son produit en soufflant dans un sifflet : On va partir, j'ai entendu le coup de sifflet.

— Serrer le sifflet, Serrer à la gorge.'étrangler :

Ouf! ail je n'en puis plus, vous serrez le sifflet.

Reonard.

— Couper le sifflet, Couper la gorge : Il se fera couper le sifflet en place de Grève, il Mettre hors d'état de répondre : Cette réplique lui COUPA LE SIFFLET.

— On les rassemblerait d'un coup de sifflet,

SIFF

Se dit de plusieurs personnes dispersées , mais prêtes à se réunir au premier signal.

— S'il n'a pas d'autre sifflet, ses chiens sont perdus, S'il n'a pas d'autre moyen, il ne réussira pas.

— Jeux. Jeu de sifflet. Jeu qui consiste à faire passer un sifflet de main en main, tandis qu'une personne cherche à le saisir.

— Art vétér. Echancrure qu'on pratique sous la pince d'un cheval atteint de seime, pour que le fer ne porte pas sur la partie fondue. H Trou qu'on pratique sous la queue d'un cheval poussif, sous prétexte de faciliter la respiration.

— Techn. Forme d'un objet taillé en coin : Couper une pièce de boit en sifflet, il Nom donné aux scories qui s'attachent au ringard, dans l'opération de l'affinage des métaux : Le forgeron favorise l'épuration du métal en jetant, à plusieurs reprises, dans le feu, de l'embrecelal et des dés dits sifflets, qui s'étaient attachés au ringard. (Debette.)

— Arboric. Tuyau d'écorce qu'on enlève sur un rameau, et qu'on reporte sur un autre rameau de même grosseur, préalablement écorcé : La greffe en sifflet.

— Encycl. Mécaniq. Sifflet à vapeur ou sifflet d'alarme, appareil à signaux qui surmonte la chaudière d'une machine à vapeur. Cet appareil consista en une cloche portée sur une tige verticale et dont les bords, taillés en biseau, sont placés à une petite distance au-dessus d'un vide annulaire trèsétroit ménagé entre les bords d'une espèce de godet demi-sphérique et d'un champignon en métal. Au moyen d'un robinet ou d'une petite soupape, le mécanicien peut admettre de la vapeur dan3 la partie inférieure de l'appareil; cette vapeur s'échappe par la fente annulaire et, en frappant contre les bords de la cloche, produit un son qui s'entend de trèsloin. La cloche est faite avec du bronze de même composition que celui des timbres de pendule. Sur quelques chemins de fer, on u adopté deux sifflets de forme et de son différents pour distinguer les trains de voyageurs des trains de marchandises; cette différence dans le son rendu par l'instrument est utile pour le service de 1 exploitation. Au reste, les coups eux-mêmes, par leurs durées diverses et par leur nombre, forment un tangage complet. Par exemple, un coup prolongé commande l'attention. Deux coups saccadés indiquent aux vigies et au chauffeur qu'ils doivent serrer les freins; un coup bref siguifie qu'ils ont à les desserrer. Se trouve-t-il à 1 entrée ou à la sortie d'un tunnel, à un passage à niveau, à l'approche d'une station, d'une tranchée, etc., le mécanicien le fait savoir par un coup d'attention, c'est-à-dire par un coup prolongé. Arrive-t-il dans le voisinage ù un dépôt, et a-t-il besoin d'une machine de rentort, c'est par plusieurs coups semblables qu'il l'indique.

Les chaudières de machines fixes et marines sont également munies d'un sifflet d'alarme établi à peu près comme le précédent, mais dans lequel la sortie de la vapeur se fait automatiquement. A cet effet, l'orifice de sortie est intercepté par une soupape montée à la partie supérieure d'une tige dont l'extrémité inférieure porte un flotteur. Quand le niveau de l'eau dans la chaudière baisse d'une certaine quantité au-dessous de la ligne de niveau d'eau, le flotteur descend, entraine la tige et la soupape et permet k la vapeur de passer par le canal du sifflet et de produire son effet. Le flotteur, qui est ordinairement une pierre de liais de 83 kilogrammes environ, et la lige sont équilibrés par un contrepoids; le contre-poids et son levier, qui repose sur des couteaux, est placé dans la chaudière.

— Art miiit. Pendant la guerre de 1870-1871, on fut vivement frappé des avantages que présentait le sifflet employé par les armées allemandes soit pour les manœuvres, soit pour donner certaines indications aux troupes. Le ministre de la guerre, de Cissey, ordonna d'expérimenter dans les régiments d'infanterie plusieurs sortes de sifflets, notamment le sifflet réglementaire de la marine, celui du commandant Le Tanneur, le sifflet k trois trous et le sifflet Baduel. On rejeta les deux premiers comme ayant un son trop faible, le sifflet à trois trous comme exigeant une trop longue étude, et l'on finit par s'arrêter au sifflet Baduel. Cet instrument, en métal blanc inoxydable, long de 0^.07 à Oui,og et dont le son a une portée de 350 à 400 mètres, a un rhythme doux, et la méthode en est facile à apprendre. D'après une circulaire adressée aux généraux par le ministre de la guerre de Cissey, en 1875, l'usage du clairon est réservé aux officiers supérieurs et celui du sifflet aux commandants de compagnie. En outre," l'emploi de ces instruments est limité k un certain nombre de cas. En conséquence, le ministre a pris les dispositions suivantes :

• t° Dans les troupes d'infanterie, les commandants de compagnie devront être munis d'un sifflet du modèle présenté par le sieur Baduel.

» 2° Les commandants de compagnie feront usage du sifflet dans les circonstances suivantes :

» l° Dans les actions de tirailleurs, pour attirer l'attention des hommes, qui seront ensuite dirigés de la voix et du geste : « Garde à vous) » un coup de sifflet sec,

SIPF

suivi immédiatement d'un coup de sifflet prolongé.

» 2» Lorsqu'il y aura des inconvénients à faire usage du clairon en raison de la proximité de 1 ennemi, par exemple :

» Dan3 une marche de nuit ou en traversant un bois, pour diriger les hommes et les rallier. -

» Dans les cantonnements ou bivouacs, pour faire prendre les armes inopinément (plusieurs « Garde à vous « successifs, exécutés rapidement),

• Dans une embuscade, pour donner le signal d'attaque.

• Dans le service de sûreté, comme moyen de reconnaissance et signal d'alerte.

» 3° Sur le champ de bataille ou lorsqu'on sera très-près de l'ennemi, les officiers supérieurs ou les commandants de bataillon pourront seuls faire usage du clairon; mais ilsjie devront recourir à 1 emploi de cet instrument que dans les cas suivants :

» 1" Lorsqu'il est impossible de donner ou de communiquer les ordres de vive voix.

» 2» Pour faire cesser le feu,

» 3° Pour précipiter l'action des réserves, donner une impulsion générale, le signal de l'assaut et de l'attaque à la baïonnette ; dans ce cas, le signal de la charge est répété par tous les tambours et clairons de la troupe qui prend part à l'attaque.

» i" Pour rallier les troupes à la suite d'une attaque.

• Les prescriptions ci-dessus seront appliquées non-seulement en temps de guerre, mais encore dans les manœuvres et dans les exercices pratiques du service en campagne, i

Les corps d'infanterie devront avoir :

18 sifflets par régiment de ligne ; o 5 par bataillon de chasseurs à pied ; 17 par régiment de zouaves et de tirailleurs aigériens ; Et 16 pour la légion étrangère.

— Théâtre. On ne saurait parler du sifflet au théâtre sans rappeler aussitôt les quelques vers fameux que Eoileau a écrits à ce sujet dans Y Art poétique :

Le théâtre, fertile en censeurs pointilleux, Chez nous pour se produire est un champ périlleux. Un auteur n'y fait pas de faciles conquêtes; 11 trouve à le siffler des boucheB toujours prêtes : Chacun peut Je traiter de fat et d'ignorant; C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant.

Quoi qu'on ait pu dire pour et contre le sifflet, il est certain, il est évident que le droit de siffler est aussi incontestable pour le spectateur que celui d'applaudir. Du moment que vous pouvez marquer votre approbation par des applaudissements, vous devez pouvoir témoigner voire mécontentement par des sifflets. Le moyen, dit-on, est brutal et grossier. Soit, et nous l'admettons jusqu'à un certain point. Pourtant, comme il n'en existe aucun autre, il faut bien le supporter. D'ailleurs, comme nul n'est obligé de se faire comédien ou auteur dramatique, et que tous ceux qui se livrent à l'une de ces deux professions savent bien a quoi ils s'exposent en se présentant devant le public ; comme, de plus, aucun d'eux n'a jamais songé à réclamer contre les applaudissements (très-souvent même ils les ont excités et soudoyés, et la claque, passée a l'état. d'institution, est là pour le prouver), il faut bien qu'ils supportent le désagrément du sifflet, celui-ci étant précisément la contrepartie de ceux-là. Nous savons bien que des écrivains scrupuleux (et parfois intéressés dans la question) ont combattu le sifflet en offrant, en échange, un autre moyen pratique et en disant que le spectateur peut témoigner son mécontentement d'une façon moins fâcheuse et aussi efficace en quittants;», place lorsqu'une pièce l'ennuie ou qu'un acteur lui déplaît. Nous nous permettrons de dire que ceci n'est pas sérieux. L'applaudissement est une approbation directe, manifeste, éclatante ; par contre, il faut qu'il y ait un moyen non moins éclatant d'exprimer la désapprobation. D'ailleurs, le sifflet ne s'adresse pas toujours à la masse des comédiens, non plus qu'à l'ensemble d'un ouvrage dramatique : je siffle un acteur, parce que je le trouve mauvais, et je puis avoir envie d'entendre les autres, qui ne me déplaisent point ; de même, je puis siffler une scène qui me semble mauvaise, et applaudir la scène suivante, dont les beautés rachèteront dans mon esprit les précédentes faiblesses. Donc, si je quitte ma place et la salle, je puis me priver d'un vrai plaisir (que j'ai payé d'ailleurs, il faut le noter), et je serai dans l'impossibilité de rendre pleine et entière justice soit à la pièce, soit a ceux qui l'interprètent.

Ceux qui désapprouvent le sifflet mettent en avant, d'ordinaire, des cas tout à fait spéciaux, par exemple celui où une coterie veut à tout prix se débarrasser d'un acteur, ou celui où un amoureux écouduit, cas fréquent en province, croit se bien verger en silfiant une actrice. « Mais, répond très-bien à ce sujet M. Weiss, un Lovelace subalterne qui a subi des refus et qui siffle à outrance une comédienne médiocre, qu'il aurait applaudie s'il l'avait trouvée plus propice a ses vœux, prouve sa parfaite vilenie ; il ne prouve rien contre le sifflet. Autrement, il faudrait supprimer la critique théâtrale elle-même, parce qu'à côté de critiques sincères, qui ne consultent dans leurs jugements sur les comédiens que la vérité et l'intérêt de l'art, il se

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trouvera par hasard un courtier d'annonces, rompu au beau style, qui fera de son feuilleton du lundi une grasse ferme, ou un Fra Diavolo littéraire qui fera de sa plume une escopette , auxiliaire indifférent de rapines et de rapts. Une salle affolée, qui exige qu'un pauvre diable de ténorino on de père noble soit traîné devant elle pour articuler des excuses qui l'étouffent, prouve que les hommes assemblés, fussent-ils les plus policés des gentlemen, deviennent aisément multitude, c'est-à-dire un je ne sais quoi d'informe, d'inconscient, d'emporté et d'aveugle ; elle prouve que la multitude en jabots et en manchettes, pour avoir la férocité galante, n'est pas au fond moins féroce que ne le serait, en pareil cas, la multitude en haillons; mais elle ne prouve rien contre le sifflet. »

On dit encore : « Un seul sifflet peut gâter le plaisir de mille personnes qui applaudissent.» Mais, de même, mille personnes qui applaudissent peuvent, non gâter le plaisir, mais froisser l'opinion d'un mécontent, même qui ne siffle pas. Et comme le spectateur mécontent a payé sa place tout aussi bien que les autres, on ne saurait, en conscience, lui imposer une loi quelconque. Si vous voulez supprimer le sifflet, il faut, de toute justice, supprimer l'applaudissement, l'un n'étant pas plus légitime que l'autre, et si vous ne voulez sacrifier celui-ci, laissez à celui-là le droit de se manifester dans toute sa liberté. H y a là un dilemmo dont on ne peut sortir, dont on ne sortira jamais, parce qu'il s'agit d'une question de droit et de justice.

Et maintenant que nous avons établi la question de droit, nous allons, autant qu'il nous sera possible, faire l'historique du sifflet. Un de ces amateurs enragés de théâtre, comme il s'en trouvait tant au xvue et au xvme siècle, aurait dû nous laisser une monographie du sifflet; le sujet en valait bien la peine, et il aurait pu intituler son travail : Du sifflet, dans ses rapports avec te talent des auteurs et celui des comédiens. Au moins saurions-nous aujourd'hui a quoi nous en tenir sur les origines du sifflet appliqué au théâtre, et ne serions-nous pas obligés de nous contenter de simples hypothèses. En effet, aucun document sérieux, complet, authentique n'existe à cet égard, et nous ne pouvons maintenant rien affirmer, rien certifier, rien assurer.

Roy, poète dramatique médiocre, a bien écrit eu parlant d'une tragédie intitulée Âspar, et due à Fontenelle :

Auteur d'Aspar, œuvre immortelle Par le siffle: qui sortit d'elle.

Et Racine, l'homme grave, a bien tourné, sur le même sujet, l'épigrainme que voici : Ces jours passés, chez un vieil histrion, Un chroniqueur émit la question Quand h Paris commença la méthode De ces sifflets qui sont tant a la mode. Ce fut, dit l'un, au* pièces de Boyer. Gens, pourpradon, voulurent parier; Non, dit l'acteur, je sais toute l'histoire Qu'en peu de mots je vais vous débrouiller: Boyer apprit au parterre a bâiller; Quant à Pradon, si j'ai bonne mémoire, Pommes sur lui volèrent largement; Mais quand sifflets prirent commencement C'est (j'y jouais, j'en suis témoin fidelle), C'est à VAspar du sieur de Fontenelle.

Mais en conscience, et comme on l'a fait remarquer à ce propos, les épigrammes sont sujettes à caution et ne sauraient sans danger être admises au nombre des documents historiques. D'ailleurs, nos auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque de la naissance du sifflet employé comme preuve du mécontentement public au théâtre, et sur son implantation dans nos mœurs. La tragédie de Kontenelle dont il vient d'être question, Aspar, fut représentée en 1680, et voici ce que l'abbé de Laporte, dans ses Anecdotes dramatiques, imprimait au sujet d'une pièce de Thomas Corneille, le Baron des Fondrières, qui parut seu- Jementen l686,sixans plus tard : « Le parterre ennuyé s'était contenté de bâiller aux mauvaises pièces ; le Baron des Fondrières fit naître 1 idée du sifflet et en fut accueilli. Telle est l'époque du sifflet. •

Quelle que puisse être, d'ailleurs , l'époque où il fut pour la première fois employé, on ne peut nier que le sifflet n'ait fait chez nous des progrès rapides, si bien qu'il fut interdit par ordonnance de police dès l'année 1690. Cette interdiction fut lancée à propos d'un mauvais opéra, Orphée, dont Du Boullay avait fait les paroles et l'un des fils de Lulli la musique. Comme toujours, le publie, en cette occasion, se vengea de la police par des satires : un rondeau, une chanson et une épigramme coururent aussitôt Paris; et, comme échantillon , nous allons donner un fragment du premier, sans avoir la prétention de le présenter comme un chef-d'œuvre de poésie :

Non, non, je sifflerai! L'on ne m'a pas coupé

Le sifflet.

Un garde, à mes côtés planté comme un Jocrisse, M'empôche-t-il de voir ces danses d'écrevisse, D'ouïr ces sots couplets et ces airs de Jubé ? Dussé-je être, ma foi, sur le fait attrapé, Je le ferai jouer a la barbe du suisse, Le sifflet.

En un mot, le sifflet, dès son origine, s'établit en maître dans nos salles de spectacle et il fallut compter avec lui. Défendu une pie-

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mière fois, comme nous venons de le voir, puis de nouveau permis, puis redéfendu, puis repermis, il a toujours fini par avoir gain de cause, malgré toutes les entraves quon put imaginer contre l'exercice d'un droit en quelque sorte sacré pour les spectateurs.

Au milieu même du xvhi« siècle, le 26 avril 1751 , lors de la rentrée des spectacles qui suivit la clôture pascale, on établit à. la Comédie-Française et à la Comédie-Italienne la garde royale, qui jusqu'alors ne s'était montrée qu'à l'Opéra. Cette mesure avait pour but de contenir les cabales et d'arrêter la manifestation violente de la mauvaise humeur du public contre les méchantes pièces et les acteurs médiocres. Un peloton de gardes-françaises était donc chargé de maintenir la tranquillité des spectacles en surveillant le parterre, ce qui n'empêcha pas, le soir d'une représentation de la Cléopàlre de Marmontel, un coup de sifflet formidable de se faire entendre; mais, cette fois, ce fut en vain que les gardes cherchèrent le coupable, dont les voisins se firent peut-être les complices. Malgré toutes les investigations, on ne put le découvrir, et cet incident égaya d'une façon particulière la représentation d'une tragédie dont la qualité dominante n'était pas précisément ia gaieté.

La force année fut aussi impuissante à empêcher l'acteur d'Allainval d'être sifflé d'importance un soir qu'il était chargé de doubler son camarade Auger dans le Tartufe; on lui fit même, d'une façon aussi stridente que désobligeante, l'application de ces vers de 'son rôle :

Mais la vérité pure est que je ne vaux rien... Je vois qu'il faudra que je sorte...

Ce fut, dit-on, la première fois que les sifflets se firent entendre bien distinctement depuis l'introduction de la garde à la Comédie-Française.

a Du reste, dit M. Victor Fournel, le parterre savait parfaitement, an besoin, suppléer au sifflet, qui lui était interdit, en s*aidant de ses pieds, de ses cannes, en éternuant, en toussant, en se mouchant, par des rires et des applaudissements ironiques, etc. Il n'épargnait même pas toujours les acteurs les plus aimés et les plus illustres. Lekuin, Quinault- Dufresne, Fleury, Mlle Clairon, M'fe Duchesnois, Potier, Mlle Contât, Mlle Mars furent quelquefois siffles. Dazincourt, sifflé un jour, au moment où, dans le rôle de Pasquin de Y Homme à bonnes fortunes, il inonda son mouchoir d'eau de Cologne, le tord et en exprime le contenu sur la tête du souffleur, qui fuit le plongeon, s'avança sur le bord de la scène : « Messieurs, dit-il, lorsque Préville jouait ce

■ rôle, il faisait ce que je viens de faire, et il

■ était applaudi par tout ce qu'il y a de mieux » en France. »

Ceci, assurément, n'était pas une raison. Du reste, puisque le nom de Préville vient d'être prononcé, disons que ce grand comédien croyait à l'efficacité, à l'utilité, à la nécessité du sifflet. Il fut, assure-t-on, trèsaffligé d'une défense qui fut faite de siffler pendant le cours de sa carrière, considérant que ce moyen de désapprobation était souvent un avertissement utile, même pour l'artiste de talent, mais qui vient à se négliger. Ce sentiment était précisément le contraire de celui d'Elleviou, qui disait que « la claque est aussi nécessaire au milieu du parterre que le lustre au milieu de la salle. » Toutefois, il faut remarquer que cette légitimation du sifflet est une opinion aussi rare chez les acteurs et les auteurs que ia haine de la claque. Il en est cependant qui ont éprouvé ce dernier sen- ; tinrent; nous citerons, entre autres, Crébillon ! et Arnal, dont les deux noms seront certai- i nement surpris de se trouver accolés l'un à I l'autre. ■ j

On sait quelle part eut le sifflet dans les manifestations bruyantes et souvent tragi- : ques qui agitaient nos salles de spectacle à 1 époque de la Révolution. Le sifflet n'était plus alors uniquement littéraire ou artisti- l que : il arborait une cocarde et devenait un instrument politique. Il en fut un peu de même lors des luttes du romantisme. Qui oserait dire que, chez ceux qui sifflaient à ou- j trance les grands draines de Victor Hugo et I d'Alexandre Dumas, les opinions littéraires ' étaient seules en jeu, à l'exclusion de toute i pensée politique? |

Depuis cette époque, l'emploi du sifflet est I devenu beaucoup plus rare dans les théâtres de Paris; parfois, cependant, on l'a vu reparaître, et alors il retrouvait toute sa vigueur première. Qui ne se rappelle les chutes mémorables de certaines pièces tombées sous les sifflets dans nos divers théâtres? Il suffira sans doute de rappeler les suivantes : Gaëiana, de M. About (Odéon); Guillery le trompette, du même (Théâtre-Français); les Vacances de Pandolphe, de George Sand (Gymnase); l'ragaldabas et les Funérailles de l'honneur, de M. Auguste Vacquerie (Porte- Saint-Martin); les Viables noirs, de M. Victorien Sardou (Vaudeville); le .flot d'Amatibou, de M. Labiche (Palais-Royal); Pantagruel, de M. Théodore Laburre (Opéra); Barkuuf, de M. Offenbach (Opéra-Comique); Tannhauser, de M. Richard Wagner (Opéra); la Taverne des étudiants, de M. Victorien Sardou (Odéon), Rabagas, du même, etc.

Pourtant, nous le répétons, le sifflet a beaucoup perdu; aujourd'hui, il n est plus qu'accidentel, ce qui prouve qu'il se civilise et que

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le public de nos théâtres est beaucoup plus traitable de nos jours que jadis. Il ne faut pas cependant que cela l'amène à renoncer, le cas échéant, à la revendication d'un droit utile, que rien ne saurait remplacer.

Nous allons maintenant rapporter un certain nombre d'anecdotes curieuses ou piquantes relatives au sifflet.

» • ( Un perruquier gascon débutait au théâtre d'une petite ville par le rôle de Vendôme, dans la tragédie d'Adélaïde Duguesclin. Parfaitement incapable, il fut hué et sifflé comme il le méritait. Quand on vint, à la tin du spectacle, comme c'était l'habitude alors, annoncer la pièce du lendemain , le parterre en masse réclama la présence du débutant, qui se fit prier pour paraître. Il n'avait pas tout à fait tort, car, dès qu'il se montra, ce furent de nouvelles nuées et de nouveaux sifflets ; mais notre homme ayant fait signe qu'il avait quelque chose à dire, on se tut pour l'écouter. « Messieurs, fit-il alors en s'adressant. au parterre, hier je vous accommodais, aujourdhui je vous incommode ; eh bien, demain je vous raccommoderai. » Pour un perruquier, ce né- . tait pas trop mat. Le public fut de cet avis, car il applaudit, et l'acteur improvisé fut

souffert tant qu'il resta dans la ville.

Le traducteur de la Vt'e de Garrick, écrite par Sticotti, rapporte le fait suivant.

On jouait à Paris Milhridate. La petite troupe, composée de doublures, jouait seule. Le public siffla si bien dès le premier acte, que 1 .e^rand, acteur comique, fort petit et fort gros, vint dire au parterre : «Messieurs, les meilleurs de la troupe sont à la cour; il n'est pas étonnant que ceux qui viennent de paraître vous aient déplu; moi, par exemple, je vais jouer Milhridate. » On en rit beaucoup, et il fut applaudi avec les autres jusqu'à la

fin de la pièce.

Un acteur nommé Anatole, qui «.vait appartenu aux personnels de l'Ambigu et du Palais-Royal, jouait à Lyon le rôle de Caravage, dans AficAei-Anne Cornua^e. Il lui arrivait souvent de se livrer à des plaisanteries, à des cascades, dans le but de faire rire ses camarades; mais le public ne les prenait pas toujours très-bien. Ce soir-là, au moment où le père noble, qui s'appelait Baudoin, allait sortir de scène, il l'arrête et lui dit, en pliant un genou devant lui : o Ah! vous qui bénissez si bien, ne me refusez pas votre bénédiction ! « 11 est vrai que Baudoin, qui n'avait pas grand talent, jouait tous les rôles de pères, qui sont exposés à bénir souvent; aussi, quand on parlait de lui en ville, comme on ne pouvait pas dire grand'chose de son mérite en tant que comédien, on disait : « Voilà un gaillard qui bénit bien ! i

Bon gré, mal gré, Baudoin fut obligé de bénir Anatole; mais le public si fila vertement; Anatole descendit alors jusqu'à la rumpe et dit avec un grand sang-froid : « Messieurs, je sais d'où vient cette cabale ; j'ai souffleté ce matin un individu sur la place Bellecour, et il se venge par cette lâcheté. » Les sifflets se turent comme par enchantement, aucun des siffleurs ne voulant passer pour le monsieur souffleté, et Anatole eut les rieurs de

son côté.

Mais le public n'est pas toujours aussi débonnaire. En voici une preuve, et le fait que nous allons raconter est cependant à la louange de l'artiste.

Dans une grande ville de province, un comédien de talent, qui était en même temps un homme courageux, et qui s'appelait Deville, avait eu une querelle assez vive avec un jeune godelureau qui fréquentait le théâtre, et l'avait fort malmené. Le soir, il jouait dans Marie Tudor, et au moment où il prononçait ces paroles : « Je suis aux ordres de la reine, » une bordée de sifflets partit d'un endroit do la salle. Deville se tourne alors du côté du public, et il ajoute, en relevant fièrement ia tète : «Je suis également aux ordres des siffleurs I »

Une tempête éclata dans la salle à celte apostrophe, et l'orchestre se leva en masse pour réclamer des excuses de l'artiste, qui, selon lui, avait outragé la dignité du public tout entier. Deville préféra rompre son engagement et quitter aussitôt la ville.

Voilà comme quoi le sifflet n'est pas toujours juste.

On sait que Marie-Antoinette était folle des spectacles particuliers. On en donnait beaucoup dans les petits appartements, et, dans ces représentations familières, la comédie était jouée souvent, non par des comédiens de profession, mais par la reine elle-même, en compagnie de ses dames d'atour, de quelques courtisans, même des princes du sang. Fleury, dans ses Mémoires, nous a conservé la distribution d'un opéra de Monsigny, le Roi et le Fermier, joué à Trianon dans ce» conditions. La voici :

Personnages. Acteurs.

Le roi. Le comte d'Adhémar.

Richard. Le comte de Vaudreuil.

• Un garde. Le comte d'Artois.

Jenny. La reine.

Betty. La duchesse de Guise.

La mère. La duchesse de Polignao.

SIPF

Lo rédacteur des Mémoires secrète, le continuateur de Bachaumont, écrivait ceci au sujet de cette représentation toute patricienne : a II faut convenir que c'est royalement mai joué, » et, ce qui semble le prouver, c'est qu'en cette soirée Louis XVI, caché au fond d'une baignoire, ne se gêna pas pour gratifier de plusieurs coups de sifflet sa belle et royale épouse.

Un soir, à l'aimable et charmant petit théâtre des Jeunes-Artistes, célèbre sons le Directoire et qui était situé non loin de l'Ambigu, H l'angle des rues de Bondy et de Lancry, on donnait la première représentation d'un mélodrame à grand spectacle, intitulé la Nonne de Lindemberg. La pièce n'eut point l'heur de plaire au public, et celui-ci le montra tout d abord par des murmures, et ensuite par des sifflets bien nourris. C'était à un tel point, dit un contemporain, qu'on eût pensé que tous les serpents de la terre s'étaient donné rendez-vous dans la rue de Bondy. Cependant la pièce avait aussi ses partisans, et ceux-ci tinrent si bien tête aux siffleurs que bientôt on en vint aux mains, au milieu «l'un tapage horrible et vraiment effrayant. En outre, des malveillants avaient répandu dans la salle des odeurs infectes, de sorte que toutes les femmes s'évanouissaient, déjà rendues a moitié folles par la terreur. La police dut faire évacuer la salle, mais la panique était telle que les comédiens eux-mêmes s'esquivèrent précipitamment, et qu'une actrice, Mme Vautrin, qui était en scène, garrottée à un arbre, voulant se sauver aussi, emporta avec elle jusque sur le boulevard le châssis auquel elle était attachée.

« Une des plus curieuses et des plus violentes cabales modernes, dit M. Victor Fournel, fut celle que montèrent les commis de nouveautés contre la pièce de MM, Scribe et Dupin, le Combat des montagnes, où les auteurs avaient introduit le type d'un jeune commis marchand prétentieux, appelé Calicot, dont la nom est resté proverbial. Une masse de jeunes gens, appartenant à la profession qu'ils croyaient insultée, firent crouler la pièce au milieu des sifflets et menacèrent le directeur d'un mauvais parti, s'il continuait à la donner; mais elle se releva bientôt, à. l'aide d'un prologue de circonstance, et, sur un certain nombre de perturbateurs arrêtés, il y en eut quatre qui comparurent en police correctionnelle. »

Il arriva un fait du même genre à l'Opéra- Comique, pour une pièce professionnelle, le Fidèle berger, donnée à ce théâtre en janvier 1838. C'est Adolphe Adam, auteur de la mu- Bique de cet ouvrage, qui en parle dans Ses Mémoires d'un musicien.

■ Je quittai Andresy, dit-il, pour assister a la reprise du Fidèle berger, un enfant malheureux joué au commencement de janvier 1838 et tombé par une cabale de confiseurs l Couderc l'avait joué à Bruxelles avec grand succès; il demanda à Perrin de le monter; c'était au mois de juillet (1853) ; les confiseurs restèrent tranquilles, et la pièce fit de l'effet. ■

En Angleterre, les cabales, au xvtiie sfècle surtout, étaient encore bien plus fortes et plus violentes que chez nous. On en trouve une preuve frappante dans le fait suivant, relatif à la grande querelle qui s'éleva à Londres entre les partisans de deux grands comédiens, Macklin et Garrick.

Un club qui s'assemblait à Horn-Tavern, dans'Fleet street, ayant décidé de soutenir le premier à outrance, tous ses membres se rendirent un soir en masse au spectacle et, dès que Garrick parut, se mirent à le ïifller avec rage, avec fureur, sans vouloir lui laisser prononcer un mot et en criant à tue-tête : A bas! à bas! à bas! La pièce entière dut être jouée à l'aide d'une pantomime pittoresque et expressive, Garrick prenant grand soin de se tenir au fond du théâtre, afin d'éviter la grêle d'œufs pourris et de pommes, cuites ou crues, qu'on lui lançait de tous côtés.

Mais deux jours après, un ami de Garrick s'étant assuré le concours d'une trentaine de boxeurs vigoureux les fit entrer dans la salle avant l'heure du spectacle, en usant d'un subterfuge. Puis, quelques instants avant le lever du rideau, J un d'eux se leva, monta sur mi banc et prononça ces paroles : • Messieurs, il parait que des personnes, en un certain nombre, sont venues avec l'intention bien arrêtée de ne pas entendre la pièce et de siffler M. Garrick. Comme mon intention est absolument contraire et que j'ai payé tout exprès pour admirer ce grand comédien, je prie ceux qui se proposeraient d'interrompre le spectacle de vouloir bien se retirer. > On pense bien que les partisans de Macklin reçurent cette allocution avec des sifflets, des cris et des buées, et qu'il s'ensuivit une scène tumultueuse. Mais comme les amis de Garrick étaient en force, les autres durent céder le terrain et se virent violemment expulsés du parterre.

Une autre fois, les sifflets jouèrent contre Macklin , avoc un ensemble et une violence rares ; c'est lorsque, en 1773, il aborda les rôles tragiques du répertoire de Shakspeare, et particulièrement Macbeth.

SIFI

On soupçonna Garrick d'avoir, par un esprit de vengeance, pris part secrètement à cette cabale, contre laquelle l'acteur vint, avant le lever du rideau, solliciter la protection du public sincère.

Macklin, ayant remarqué ou cru remarquer parmi les siffleurs deux acteurs du théâtre de Drury-Lane, s'en plaignit, et ceux-ci, pour se justifier, publièrent dans les journaux une lettre par laquelle ils affirmaient sous serment n'avoir point sifflé. Macklin s'obstina à reparaître dans Macbeth; on le siffla de nouveau, plus fort encore que la première fois; on le hua, on lui reprocha 'son accusation contre les deux acteurs, et on ne voulut point le laisser se justifier. A chaque tentative nouvelle, le tapage prenait de plus grandes proportions. Enfin, dans le but de se réconcilier avec le public, il reparut un jour dans son meilleur rôle, celui de Shylock; mais la cabale redoubla de violence, les sifflets firent rage plus que jamais, et il fut reçu par une volée d'injures grossières, accompagnées des projectiles ordinaires; ce ne fut pas tout : on brisa les banquettes, on les jeta sur le théâtre, et ce tumulte épouvantable ne prit fin que lorsque le directeur, entrant solennellement en scène, vint en personne faire au public la promesse que Macklin ne paraîtrait plus à l'avenir sur la scène du théâtre de Covent-Garden.

Le tout se termina par un jugement prononcé, à la requête de Macklin, contre six des. principaux fauteurs du désordre en ces circonstances. Cependant, deux ans après ces événements, et le théâtre ayant changé de directeur, il vint se montrer de nouveau aux spectateurs de Covent-Garden. Ceux-ci ne lui avaient pas gardé rancune, et il fut cette fois très-bien accueilli.

SIFFLEUR, EUSE adj. (si-fleur, eu-ze — nul. siffler). Qui siffle, qui a l'habitude de siffler : Oiseaux siFFLKURS. Serpents SIF- FLEURS.

— Art vétér. Cheval siffleur, Cheval qui fait entendre, en respirant, une espèce de sifflement. u On dit aussi cokneor.

— Substantiv. Personne qui siffle, qui sait siffler : Un habile siffleur. Une siffleuse insupportable.

— s, m. Mamm. Nom vulgaire dis sapajous, de la marmotte monax et du pika.

— Ornith. Oiseau du genre troupiale, qui vit à Saint-Domingue, il Nom vulgaire de divers oiseaux, des genres canard, carouge, moucherolle, philédon, bouvreuil, etc.

— s. f. Erpét. Nom vulgaire du genre sibilatrix.

— Encycl. Ornith. Le siffleur, appelé aussi baltimore vert, est de la taille du pinson ou du sansonnet ; il a tout, le dessus du corps d'un vert olivâtre plus ou moins foncé; la gorge jaune; la poitrine et le ventre jaune brunâtre; les pennes brunes, bordées d'un vert très-foncé; celles de la queue étagées et jaunâtres en dessous; le bec et les pieds d'un noir grisâtre ou comme corné. Le mâle se reconnaît à une tache noire en fer à cheval qui contourne la gorge. Cet oiseau habite les Antilles; il est commun surtout aux environs de Saint-Domingue. Sa voix a des sons aigus et perçants; son chant est une sorte de sifflement aigre, désagréable, qu'on entend de fort loin et qui anime, plutôt qu'il n'égayé, le silence des solitudes. Le nom de siffleur a été donné aussi à diverses espèces de mammifères et d'oiseaux.

SIFFLOTER v. n. ou intr. (ci-flo-té — rad. siffler). Siffler doucement, légèrement : Il ne fait que siffloter.

— v. a. ou tr. Siffler doucement, négligemment : Siffloter un air d'opéra, un air de vaudeville.

S1FFBID DEM1SN1E, chroniqueur saxon, mort vers 1308. On croit qu'il était dominicain. Sa Chronique (en latin) s'étend, suivant l'usage des anciens historiens, depuis le commencement du monde jusqu'à l'année 1307.

Elle n'a jamais été publiée; niais Fabricius en a inséré des extraits à la suite des Mes Misnics. Ces fragments, intéressants pour l'histoire d'Allemagne au moyen âge, ont été recueillis par Pistorius dans le tome 1er des Scriptores rerum Germanicarum.

SIFILET s. m. (si-fi-lè — de six, et de filet). Ornith. Genre d'oiseaux, de la famille des paradisiers : Le sifilkt est un des plus beaux et des plus rares oiseaux du genre des manucodes ou oiseaux de paradis. (V. de Bomare.)

— Encycl. Les si filets se distinguent des autres paradisiers en ce qu'ils ont des plumes effilées, mais courtes, aux flancs et manquent de filets au croupion. Le sifilet à gorge dorée forme à lui seul ce groupe, qui doit son nom à six filets (trois de chaque côté de la tête) dirigés en arrière et terminés par des bandes assez longues disposées en palette. Ce caractère manque dans la femelle, qui est d'ailleurs un peu plus petite que le mâle. Le sommet de la tête est, en outre, orné d'une huppe, formée par des plumes qui s'élèvent de la base du bec, et tellement mélangée de noir et de blanc que l'ensemble de ces couleurs présente un ton gris de perle. Cet oiseau, l'un des nlus beaux et des plus rares paradisiers, vit à, la Nouvelle-Guinée; il est l'objet d'une sorte de vénération de la part des

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