V. Huao
— Astron. Chacune des douze parties de l'écliptique, ou du grand cercle de la sphère céleste, que le soleil semble parcourir dans l'intervalle d'une année tropique.
— AllnS. hiat. Tu vaincrai par ce vigne,
Traduction des mots tracés sur le labarum do Constantin. V. lababum et in hoc signo vinces.
— Syn. Signe, aignal. V. SIGNAL.
— Encycl. Philos. Les sentiments, les pensées, les volontés, les modifications de l'âmo d'autrui ne peuvent noua être connus que par des signes. Mais comment une chose qui paraît nous en fait-elle connaître une autre qui ne parait pas? C'est que de l'une nous inférons l'autre, par induction de l'une a l'autre ; interpréter un signe, c'est induire. Mais comment une telle induction nous est-elle possible? A la condition que nous connaissions l'une ou l'autre des deux choses et le rapport qui les lie : nous voyons ou nous percevons actuellement l'un des deux termes de ce rapport, et, connaissant d'ailleurs le rapport, nous concluons l'autre terme. Il y a des cas où, l'un des termes nous étant donné par l'expérience actuelle, l'autre nous est connu par une expérience antérieure, ainsi que le rapport des deux. 11 y a des cas où nulle expérience antérieure ne nous a donné le second terme , que, par conséquent, nous ne pouvons connaître que par conclusion du premier connu et du rapport connu; le premier terme, c'est une expérience actuelle qui le fait connaître ; mais, quand ce n'est aucune expérience, ni actuelle, ni passée, qui fait connaître le second terme, d'où nous vient la connaissance du rapport? On voit l'importance du problème, qui se confond avec celui de l'origine des idées, quand ce rapport est un concept nécessaire de la raison. Mais il peut être de pure convention ; et, dans ce cas,
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la connaissance de la convention donne colle du rapport. Si un rameau suspendu à la porte d'une maison signifie qu'on y vend du vin, c'est par convention, et qui connaît la convention connaît par là même le rapport du signe à la chose signifiée. Alors s'élève une question nouvelle : comment la convention a-t-ello été connue? Far des sons de voix, signes de pensées, de volontés. Commentées signes ont-ils été interprétés? Les sons de voix ont été entendus; une expérience, une perception les a fait connaître. Qu'est-ce qui a fait connaître les pensées, les volontés de ceux qui les ont émises? Kt qu'est-ce qui a fait connaître le rapport de ces sons de voix à ces volontés, à ces pensées? Est-ce encore une convention? Mais la question recule et ne se résout pas. Cette convention, à son tour, n'a pu être connue que par d'autres sons de voix, signes d'autres pensées, signes qui n'ont aussi été compris que grâce à la connaissance de rapports conventionnels encore, ou enfin naturels, ou réels à un titre quelconque. Qu'est-ce qui a fait connaître ces derniers rapports?
Traiter des signes en général serait traiter de l'induction, si l'on se bornuità exposer les méthodes par lesquelles on les interprête, c'est-à-dire par lesquelles on remonte de faits donnés à leurs lois, de phénomènes donnés à leurs causes, de qualités données à leurs substances, de conséquences données a leurs principes; si l'on allait jusqu'à essayer de rendre raison de l'induction elle-même et d'expliquer les connaissances préalables qu'elle suppose pour être possible, ce serait embrasser toute la métaphysique. La question des signes, restreinte a ceux qui, par des sons de voix, par des mouvements du corps, révèlent des sentiments, des volontés, des pensées, la question du langage, en un mot, offre le sujet d'une étude assez considérable par elle-même, assez difficile et qui a exercé la sagacité des meilleurs philosophes. Ou commencera par exposer les faits; après quoi l'on discutera les explications qui en ont été essayées.
Qu'est-ce que le langage et quelles en sont les diverses formes chez l'homme? Quelle en est l'influence sur la communication, sur la conservation, sur la formation même de la pensée? Quelles en sont les règles naturelles, ou plutôt rationnelles, constitutives de la grammaire générale? Quels sont les caractères d'une langue bien faite? Voilà ce que traite la partie positive de la science philosophique des signes ou du langage. 11 y a une autre science du langage qu'on pourrait appeler historique et qui étudie la filiation des langues. Quant à la science philosophique du langage, elle contient une partie positive qui est une étude expérimentale des divers langages de l'homme; ensuite elle pose le problème délicat de l'origine de la parole humaine.
Tout système de signes extérieurs, apparents, par lesquels un être manifeste ce qui se passe en son intérieur, non apparent ou caché, est le langage de cet être. Tous les êtres ont leur langage; l'âme a le sien. Le langage humain est l'ensemble des signes par lesquels l'homme manifeste corporellement ca qui se passe en son âme. Il y en a de trois sortes : le langage d'action, le langage parlé ou la parole et le langage écrit ou l'écriture. Plusieurs en distinguent quatre sortes : celui des gestes, celui des sons inarticulés, la parole et l'écriture. Mais les gestes et les sons inarticulés ne se séparent pas et constituent ensemble, k vrai dire, tant par l'objet qu'ils expriment que par leurs caractères, un langage unique. D'un autre côté, l'écriture diffère des autres langages en ce qu'elle exprime, non plus directement le sentiment et la pensée, mais les signes qui eux-mêmes sont l'expression du sentiment et de la pensée. Logiquement donc, il conviendrait de distinguer deux genres de langage ; l'un constitué par des signes qui font connaître ce qui se passe dans l'âme ; l'autre, par des signes qui font connaître ces premiers signes, et par eux, mais indirectement, ce qui se passe dans les âmes. Dans le premier genre, on distinguera deux espèces : le langage d'action et la parole.
Le langage d'action consiste dans les gestes et les sons inarticulés ; d'une part, le jeu de la physionomie, les attitudes et les mouvements du corps ; de l'autre, les cris et les différentes inflexions ou modulations de la voix, en composent comme la matière. Il exprime le sentiment et l'activité spontanée, non la pensée ni l'activité réfléchie. Il est naturel, c'est-à-dire que le rapport qui unit le signe k la chose signifiée ne résulte d'aucune convention et n'est autre qu'une certaine liaison d'effet à cause-; les divers états de l'âme, soit qu'elle sente, soit qu'elle agisse (quelque idée que l'on se fasse d ailleurs sur ce qu'est l'àme en elle-même), engendrent dans le corps des mouvements musculaires qui donnent lieu à des gestes, à des attitudes, k des cris, à des rires ou à des pleurs, etc. Ces signes font connaître les états de l'âme qui les produisent, comme la fumée fait connaître le feu, comme l'effet la cause. De ce que ce langage est naturel, il suit qu'il n'a pas besoin, pour être compris, d'étude préalable; et de ce qu'il signifie des états de l'âme vivante, de l'âme qui sent et qui meut, non des pensées abstraites, il suit qu'il n'est point abstrait ni analytique, mais synthétique. Naturel, universel, synthé-
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tique, ces trois caractères sont ceux du langage d'action. Mais l'homme peut développer artificiellement ce qui lui est naturel. L art s'empare de ce langage et fuit des gestes savamment coordonnés : la pantomime, qui se retrouve dans certains rites religieux, dans les danses saintes, dans la chorégraphie, dans la physionomie si nécessaire aux acteurs et aux orateurs ; des sons inarticulés il fait la musique vocale, mélodie, harmonie. Un autre progrès de l'art traduit ou imite cet artificiel développement du langage d'action : la pantomime, traduite par des lignes, est le dessin ; fuir des formes, la sculpture; par des coueurs, la peinture; ou, du moins, ce qu'il y a d'expressif, de dramatique, d'artistique dans ces grands arts. La mus.que vocale, mélodie et harmonie, traduite ou imitée par la sonorité d'objets matériels, devient la musique instrumentale.
Le langage parlé consiste en des sons articulés formant des mots ordonnés en propositions dont la suite est le discours, lequel exprime certaines pensées que veut signifier celui qui parte. La parole est donc un fait coinposé de trois éléments par lesquels elle appartient aux trois facultés de l'âme : à la sensibilité physique ou aux sens, comme sons qui s'adressent k l'ouïe; à l'entendement, comme conscience de la pensée et perception du rapport de la pensée à son signe; à la volonté, comme intention libre d'exprimer la pensée par le signe. Parler, c'est exprimer volontairement ou librement des sons articulés auxquels on attache un sens défini. Ce langage a les caractères contraires à ceux du langage d'action; il est artificiel, e'est-k-dire que le rapport des signes aux choses signifiées, des mots et des propositions aux pensées et aux jugements, résulte des conventions qu'il faut.connaître pour que la parole soit possible ; il est enseigné et se particularise à l'infini ; chaque peuple a sa langue qu'on ne peut.parler sans l'avoir apprise. Chacun de nous tient son langage de la société qui l'a élevé, puis en use librement, le modifiant au besoin et le transformant peu à peu. Enfin, il est analytique. Il exprime la pensée, et par la pensée tout le reste.
Le langage écrit donne lieu k deux sortes d'écriture : l'écriture idéographique et l'écriture phonographique ou phonétique. La première exprime directement la pensée, soit par des dessins incomplets qui figurent les choses : c'est l'écriture symbolique; soit par des dessins abrégés et altérés qui n'ont plus la forme des choses et qu'il faut connaître pour les comprendre : c'est l'écriture hiéroglyphique. La seconde n'exprime que les sons ; elle consiste en des caractères qui représentent ou qui signifient le langage parlé. Elle peut signifier les sons mêmes ou les syllabes : c'est l'écriture syllabique; telle n'est pas la nôtre. Elle signifie le plus souvent les éléments dont se composent les sons ou les lettres : c'est l'écriture alphabétique ; celle-ci est ta seule dont il soit question quand on parle de l'écriture. Elle est tout artificielle. Elle n'est, on l'a déjà vu, que l'expression indirecte de la pensée ; elle traduit et signifie la parole.
L'influence du langage sur les pensées est triple : il sert puissamment à leur formation, plus encore à leur conservation ; il est l'unique instrument de leur communication entre les hommes.
Dans quelle mesure sert-il à former la pensée? On peut dire d'abord que si les idées supposent, comme il semble, une généralisation, par conséquent une comparaison, par conséquent une abstraction préalable, il faut pour cette analyse et cette synthèse, sans lesquelles elles ne peuvent être, un instrument et une direction; or, le langage parlé nous donne l'un et l'autre dans les mots. La parole est un organe, une parole analytique et synthétique. C'est donc à l'aide des mots qu'on peut former de nouvelles idées abstraites ainsi que de nouvelles idées générales, et enfin des idées imaginaires. Que serait l'intelligence sans la parole? La perception extérieure ou plutôt la sensation existerait avec la mémoire Imaginative. La conscience et la raison, aidées seulement par des images sensibles, nous feraient connaître d'une manière sj'nthétique et confuse l'existence du moi et peut-être celle d'un être supérieur. Les opérations intellectuelles ne s'exerceraient qu'en présence des objets mêmes ou au moyen de leurs images. Sans la parole, la pensée serait synthétique, concrète, obscure, lente, fugitive; serait-ce encore la pensée ? Que devient l'intelligence aidée de la parole? Le mot, devenu un instrument presque immatériel, nous préserve de toute illusion de l'imagination ou des sens. Les opérations intellectuelles peuvent si) faire ; la pensée est analytique, abstraite, claire, rapide, stable : elle est ta pensée.
Comme la parole sert à former les idées, elle sert, et plus encore, aies conserver. Les mots fixent les idées en leurs limites, ils les terminent (terme) ou les déterminent et les arrêtent ainsi dans la vie de la mémoire. La parole, en outre, en donnant aux idées par les mots comme un corps, associe ensemble ces mots et ces idées, en sorte que le mot répété rappelle l'idée ; or, les mots se répétant souvent rappellent souvent leurs idées et, à force de les réveiller en nous, les empêchent de s'endormir et de mourir dans l'oubli.
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Quant à la communication, il suffit de dire que la parole sert aux hommes à se transmettre leurs idées, à s'instruire réciproquement de ce qui se passe en eux.
Le langage d'action sert aussi, mais à un moindre degré, à la formation et à la communication des idées ; il sert davantage k leur communication.
L'écriture est plus puissante. Elle sert k former certaines idées en fixant notre attention avec notre œil sur des mots, ou sur d'autres signes, et par suite sur des idées qui nous échapperaient sans leur secours. Qu'on supprima la numération écrite, par exemple, qu'on supprime les divers systèmes de notation en usage dans les mathématiques, que deviendront les sciences de calcul? Elle sert à conserver les idées dans le genre humain et leur permet de traverser les âges. Mais c'est surtout pour la transmission et la communication des idées qu'elle est un admirable instrument.
Il y a dans l'humanité un grand nombre de langues ; chacune a ses lois et ses règles, dont l'ensemble est sa grammaire; l'ensemble des lois et des règles communes à toutes les grammaires est la grammaire générale. Les lois et les règles de celle-ci sont les lois et les règles essentielles du langage, nécessairement conformes k celles de la pensée, puisque la pensée est la chose signifiée dont le langage est le signe.
Le langage d'abord doit correspondre à tous les éléments da la pensée. Par les éléments de la pensée nous n'entendons pas les divers objets qui peuvent être pensés, mais les différentes relations que l'esprit peut concevoir entre ces objets. Les objets sont exprimés par des substantifs, qui désignent des êtres, soit concrets, soit abstraits, ou des adjectifs, qui désignent des modes. Les rapports, dont la psychologie pourrait donner 1 énumération, rapports de génération, de succession, de coexistence, de subordination, de gradation, sont exprimés le plus souvent par des termes qu'on nomme prépositions, adverbes, etc., quelquefois par de simples transformations des noms.
Le langage doit ensuite reproduire le mouvement de la pensée. Conceptions simples, conceptions complexes, nous n'avons jusqu'ici que des idées, nous n'avons pas de jugement. Or, le jugement est la pensée mémo. Nous n'avons donc jusqu'ici que les éléments du langage, nous n'avons pas le langage. Celui-ci est le verbe (yerbupx), mot, parole; le verbe est par excellence la parole. La fonction propro du verbe est d'affirmer l'existence, soit l'existence pure et simple on l'existence d'un rapport. Un seul verbe est donc nécessaire et une seule forme de ce verbe; car les personnes, les temps, les modes et toute la conjugaison des verbes, ainsi que tous les verbes autres que le verbe être, qui joignent en un seul mot k l'affirmation de 1 existence celle du mode d'existence, ne sont que des formes abrôviatives et synthétiques.
L'existence et l'affirmation, prises ohacune en soi , ont plusieurs modes : l'existence présente, passée ou future, infinie ou finie, etc. L'affirmation est positive ou subordonnée, certaine ou probable , vraie ou fausse. Ce dernier caractère ne peut être contenu dans l'expression même de la pensée; les autres servent de principes à la conjugaison; et c'est par le verbe que le langage, qui exprime la pensée, en reproduit le mouvement.
On s'est demandé s'il n'y aurait pas lieu de construire une langue abstraite, une algèbre qui ne se bornât pas aux grandeurs, mais qui embrassât toutes les applications possibles de l'esprit humain. La psychologie et la métaphysique ayant déterminé d'une part toutes les formes générales de la pensée, tous les rapports des idées entre elles et avec l'esprit, d autre part toutes les idées simples, cette langue n'aurait qu'un petit nombre de signes, un pour chaque idée simple, un pour chaque rapport et le verbe, en sorte qub la plupart des idées qui sont complexes s'exprimeraient par peu de signes soumis k un principe de formation. Elle serait écrite comme un système de notation ; elle rendrait les opérations de la pensée aussi précises que le calcul, fournirait le moyen de les juyer en elles-mêmes, abstraction faite rie leur contenu, servirait k dégager les inconnues et mettrait k même de distinguer en chaque idiome ce qu'il a de contraire à la logique. Nous ne discuterons pas ici cette idée d'une langue, ou, comme la nomme Leibniz , d'une caractéristique universelle"; idée qui a occupé très-sérieusement de grands esprits, tandis qu'elle a paru à d'autres une pure chimère.
Il ne suffit point, pour qu'une langue soit bien faite, qu'elle soit soumise aux conditions nécessaires du langage; il faut encore qu'elle possède divers caractères, selon l'usage auquel elle est destiuée. En tant qu'une langue est l'expression de lame, elle rend ou des sentiments ou des idées, ou les deux ensemble. Dans tous les cas, le premier caractère qu'elle doit avoir, c'est la chuté; le langage arrive-t-il à s'effacer et k fondre pour ainsi dire plusieurs âmes en une seule, c'est le comble de l'art. Pour l'expression des idées, la langue la plus abstraite sera la plus claire, et c'est le contraire pour l'expression des sentiments. On pourrait dire que les deux
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langues les plus claires, chacune kson point de vue, sont l'algèbre et la musique. Mais il y a des langues complcxesqui.avecles idées, expriment les sentiments; elles doivent étro moins abstraites que l'algèbre et plus précises que la musique : telles sont les langues vivantes. Aussi, dans la composition de tous les idiomes connus, y a-t-il des signes qui répondent k la volonté et k la sensibilité k cèté de ceux qui répondent à l'intelligence : l'impératif et l'optatif dans les verbes, l'interjection, l'inversion, les figures, le nombre oratoire, la cadence et le rhythme des vers, etc.
Passons maintenant au problème délicat de l'origine du langage. Ce problème, depuis les philosophes de la Grècejusqu'àM. Renan, a reçu des solutions bien différentes. Selon les uns, les premières langues, celles qui ne dérivent d'aucune autre, sont de pure convention, ou se composent de signes arbitraires. Selon d'autres, il y eut une première langue, et même une première écriture, surnuturellement révélée; cette opinion, d'ailleurs trèsancienne, a été soutenue dans notre siècle d'une manière originale et forte par M. de Bonald, dont elle constitue à vrai dire le système philosophique; selon les autres, elle résulte d'un rapport naturel entre les choses ou les pensées et leurs signes. Cette dernière opinion forme la base commune de plusieurs systèmes, entre lesquels on remarque ceux de J.-J. Rousseau, de Herder, do Maine de Biran, de M. Renan.
Voyons d'abord ce qui fait la difficulté du problème.
Une pensée n'est telle que si l'esprit en a présentement la conscience, s'il s en rend compte, s'il fa distingue de toute autre; si donc elle lui apparaît déterminée, limitée, figurée en son contour par une forme saisissable, cette forme, quelle qu'on la suppose, mais matérielle, est la parole. De plus, penser, c'est juger; l'un des deux termes au moins du jugement doit être général; un terme général implique l'abstraction, qui détache d'un objet particulier, pour les considérer à part, ses divers prédicats, et la comparaison, qui prononce que, des divers prédicat^ d'un objet, les uns n'appartiennent qu'à l'objet, les autres appartiennent aussi à d'autres objets, ce qui réunit plusieurs objets sous leurs prédicats communs pour eu faire une espèce. Supposons que l'être pensant n'ait encore aucun mot, aucun signe qui exprime aucune espèce déjà formée pour lui, qu'il ne doive en avoir quo lorsqu'il aura formé des espèces et qu'il travaille à les former. Que fait-il pour cela? Il abstrait, c'est dire qu'il juge et qu'il pense ; il compare, c'est encore dire qu'il juge et qu'il pense, pour arriver k se former une espèce, à juger, à penser; car si la généralisation implique la comparaison et l'abstraction, la comparaison aussi et même l'abstraction impliquent la généralisation, puisque tout cela est pensée, puisque penser c'est juger. Détacher une qualité seule d'un seul objet, on ne le peut sans la concevoir applicable k d'autres objets, sans l'affirmer commune. Or, le signe qui exprime l'espèce ôté, l'idée de ce qui est commun k une foule d'êtres se dissipe et s'évanouit dans la foule de ces êtres divers; l'idée d'une espèce, sans être le signe qui l'exprime, est inséparable de cosigne; point d'idée générale, point de jugement, point de pensée; donc il faut parler pour penser. C'est pourquoi il n'est point d'homme qui ne pense dans une langue quelconque, point d'homme qui ne se parle sa pensée, plus nette à mesure qu'il se la parle plus complètement; vague, s'il se la formule peu ; s'il oublie de se la formuler, il n'a pas la conscience de ce qu'il pense, il ne pense pas, il rêve et il ne sait qu'il rêve, il dort. Et encore, les opérations qu'implique la généralisation nécessaire au jugement étant des jugements ellesmêmes, ou il faut qu'une langue nous les présente toutes faites, ou il eût fallu penser avant de penser pour arriver k penser plus tard. D'où le mot de J.-J. Rousseau : « La parole semble avoir été fort nécessaire pour établir l'usage de la parole.»
Des deux raisonnements qui précèdent, le premier prouve que l'intelligence même sensible ne se manifeste pas sans une parole ; ils prouvent tous deux qu'il faut, pour la manifestation de l'intelligence raisonnable, une parole qui lui corresponde, analytique et abstraite comme elle. Cette parole a toujours été aux yeux des peuples le signe de la raison; elle est donc, pour le sens commun, naturelle et nécessaire k toute intelligence raisonnable.
Donc, point de pensée sans parole, et aussi point de parole sans pensée; cela est évident.
La parole n'est pas seulement la manifestation que fait de sa pensén l'être qui pense à un autre être, mais celle qu'il s'en fait k lui-même; sans quoi il n'en aurait point conscience, il ne penserait point.
Il s'ensuit que la parole semble devoir être involontaire et simultanée avec la pensée. Je pense, et aussitôt, simultanément, ma pensée se révèle k moi par quelque signe involontaire de mes organes : je soutire, et je pleure. C'est le langage naturel. Mais ce langage, par cela même qu'.il est involontaire, n'exprime que ce qu'il y a de pensif en nous, le sentiment, avec la conscience du sentiment ou l'intelligence sensible. L'intelligence raisonnable veut un autre langage, analy-
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tique au lieu d'être synthétique, comme celui ■qui n'exprfrne que le sentiment concret, et volontaire, parce que le caractère raison mVble d<* l'intelligence qu'il exprime résulte de l'intervention du moi libre et personnel dans la sensibilité. On l'a donc appelé artificiel, et toutefois il est naturel aussi, puisqu'il est nécessaire à la raison.
Or, voici où gtt la difficulté. D'une part, la pensée ne pouvant être sans la parole, l'homme a dû parler pour penser ; mais il a dû, pour parler, imposer à telle idée tel signe, avoir donc déjà l'idée, ou penser et parler déjà. Penser avant de penser, parler avant ùe parler, chose absurde. Donc il n'a point Orée sa parole. D'autre part, elle ne lui est pas Bon [dus organiquement donnée; car, si cela était, chacun recevrait de sa nature, d'un organisme qu'il ne s'est pas fait à luimême, un langage fatal, qu'il n'apprendrait pas, qu'il parlerait dès sa naibsance, qu'il ferait comprendre, sans le leuravoir enseigné, à tous les hommes, et que tous parleraient sans qu'il leur fût imposé, parce qu'ils le tiendraient d'une nature analogue, ce qui a lieu pour le langage naturel. Loin de là, les langues différent, elles changent selon les pays, selon les temps; l'homme impose des signes de convention aux idées, donc il crée sa parole. Mais alors comment plusieurs hommes se fussent-ils entendus, lorsqu'ils ne pouvaient s'entendre parce que leur parole n'était pas créée, pour créer un système de signes général et suivi? Ou comment un seul homme l'eût-il pu créer? et, l'eût-il créé,l'exliquer aux autres? -et, l'eût-il expliqué, l'imposer pour en faire la langue de tout un peuple? Donc, l'homme n'a point créé sa parole.
Au fond, que veut dire tout cela ? Que l'homme est passif et actif dans la parole comme dans l'intelligence qu'elle exprime. Une école célèbre croit apporter une solution par l'hypothèse d'une révélation surnaturelle de Dieu. « Il est impossible à l'homme de parler par lui-même, dit M. de Bonald; il parle toutefois : c'est que Dieu lui a révélé sa parole.» Mais comment un être qui ne pensait pas, faute de parler, a-t-il compris la révélation d'une parole étrangère? Pourquoi l'homme, qui parle, ne peut-il révéler sa parole aux bêtes ? Parce que les bêtes ne comprennent pas, parce qu'elles ne pensent pas, parce que, si elles ont l'intelligence qui sent, elles n'ont pas l'intelligence qui juge. S'il faut penser pour entendre la parole, et s'il faut parler pour penser, pour entendre la parole il fuut parler. Il faut du moins avoir la faculté de penser et de parler. Quiconque admet que l'homme a reçu la parole et qu'il l'a comprise doit admettre qu il ne lui est pas impossible de parler par lui-même.
L'homme, sous J'influence de ce qui l'environne, de l'organisme qui lui mesure l'être, sent, et il exprime ce qu'il sent par un signe. Ce signa n'est autre chose que l'état visible de son organisme en rapport avec son état mental. Signe involontaire pour un sentiment que nulle pensée ne précède, langage naturel, n'importe : comme il y a une penses dans ce premier sentiment, le siyne qui l'exprime exprime une pensée. L'enfant a faim et il crie ; son cri est la parole dans laquelle il connaît qu'il a faim, dans laquelle il pense sa faim. Son cri est donc une parole qui excite une pensée : voilà une pensée qu'éveille en lui la parole et qui lui permettra de parler à son tour. Le signe involontaire d'une pensée, instinctive encore, sera volontairement répété pour répéter cette pensée, et la répétition volontaire d'un signe naturel en fera vmiigne artificiel. Et comme ce signe artificiel était d'abord naturel, comme il est artificiellement employé dans le sens qu'il avuit étant naturel, il sera compris de tous, et tous s'en serviront, sans que nul le leur impose, par la même loi. La première fois que l'enfant pleure, ce n'est pas lui qui parle, c'est la nature en lui; lorsqu'il pleure plus tard, c'est lui qui parle; il s'est fait de ses larmes une langue à son usage, aussi bien entendue la seconde fois que la première. Qu'un seul signe artificiel puisse être créé par l'homme, tous peuvent l'être ; le reste n'est plus qu'une question de temps. Les signes conduisent à de nouveaux «ignés; ainsi se forment peu à peu les diverses langues.
— Mathéni, Signes algébriques. Les signes employés en algèbre sont de trois sortes : les signes représentatifs des grandeurs, les signes des relations et les signes des opérations- Les signes représentatifs des grandeurs sont habituellement les lettres des alphabets latin et grec; les signes de relation sont =, qui signitie égale; >, qui signifie plus grand que; <C, qui signitie plus petit que, et £j£, qui signitie cougruent à ; nous omettons à dessein les signes qui servent à exprimer des égalités de rapport par différence ou. par quotient, parce qu'ils peuvent être remplacés par le signe =. Les signes des opérations servent à noter les résultats de ces opérations; ils séparent les formules des grandeurs sur lesquelles elles doivent être effectuées. Ce sont -+- pour l'addition, — pour la soustraction, x ou • pour la multiplication, : pour la division (on se sert aussi d'un trait — séparant le dividende et le diviseur placés l'uu audessus de l'autre), m pour l'élévation à la puisssance m, / pour l'extraction d'une racine miÈme, ax pour la potentiation de x
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dans la base a, logay pour la prise du logarithme de y dans la base a (lorsque la base est celle de Neper, qu'on désigne ordinairement par e, la formule est Ly); sin x, tang a; et sèc x désignent le sinus, la tangente et la se • can'te de l'angle a?; cos x, cotang x eteoséea; le sinus, la tangente et la sécante de son complément; arc sin y, arc tang y, arc séc y, arc cos y, arc cotang y et arc coséc y représentent les arcs qui ont pour sinus, pour tangente, pour sécante, pour cosinus, pour coUngente ou pour cosécante le nombre y; on n'est pas encore définitivement fixé sur le choix à faire des signes représentatifs des fonctions elliptiques directes ou inverses.
I.es expressions composées où entreraient les signes superposés de plusieurs opérations successives qu'on veut laisser indéterminées se représentent sous le type général f[ ); la parenthèse est destinée à recevoir l'expression de la grandeur sur laquelle doivent porter les opérations en question.
Ladérivation d'une fonction explicite d'une variable x s'indique par le signe Gùx( )> la Pa" renthèse devant recevoir la formule de la fonction considérée. Ainsi
flàrCVTÛT), ûàefsin x), (ftrfnrc sin x) représentent les dérivées par rapport à a; de la racine mièmo de la fonction de x f(x), de sin x et de arc sin x. Lorsque la fonction n'est pas notée, mais seulement représentée par une formule f{x), sa dérivée première se représente par f'(x), la seconde par l"{x), la niême par/"., (x). Si la fonction explicite considérée, dépend de plusieurs variables distinctes,*, y, s..., ses dérivées partielles se représentent par
/y*, y, s), ry (*> y, z)> /V*. y. ',)
La différentielle d'une variable x se représente par le signe dx, les différentielles d'ordres supérieurs par d'x, d'x, etc.
L'intégrale d'une différentielle f(x)dn se représente par
Enfin on emploie les signes ï et II pour représenter des sommes ou produits de termes semblables.
— Règle des signes. V. règle.
— Règle des signes de Descartes. V. règle.
— Signes de position en géométrie. Les inconnues d'un problème de géométrie fournies par l'algèbre peuvent se présenter sous les trois formes
Elles sont positives, négatives ou imaginaires. Dans le premier cas, la grandeur est a et son signe de position -{-; dans le second, elle est b et son signe de position — ; dans le troisième, elle se compose de deux parties dont les grandeurs sont c et d et les signes de position
-f- ou — et ± y"' — l.
A l'origine de l'application des méthodes algébriques à lu résolution des problèmes de géométrie, les solutions où quelques inconnues se trouvaient affectées soit du signe — , soit a plus forte raison du signe
étaient rejetées comme fausses, et le problème étant reconnu impossible, dans 1 état des données, on ne s'en occupait plus.
Quelque temps après, on s'aperçut: l°qu'une fausse hypothèse dans les relations de position des différentes parties de la figure pouvait amener quelques changements de signes dans les équations à poser, changements d'où devait résulter l'attribution du signe — à quelques-unes des inconnues, quoique le problème fût absolument possible; 2" que, lorsqu'un problème comportait plusieurs solutions, la mise en équation, qui n'avait pu être faite qu'en vue d'une de ces solutions, ne convenant pas généralomentà toutes, celles qu'on n'avait pas eues d'abord en vue se présentaient altérées par l'attribution de signes provenant de ce que les équations à poser pour les différents cas eussent dû elles-mêmes différer par quelques changements de signes; 3» que, lorsqu'une même question comportant toujours les mêmes solutions se rapportait à un phénomène présentant, des phases successives diverses, les équations du problème, qui auraient dû subir quelques modifications de signes en passant u'nne phase à la suivante, donnaient en nombres absolus la solution cherchée lorsque les équations correspondaient par leur forme à la phase déterminée par l'état des données, et la donnaient en nombres' négatifs pour quelques inconnues lorsque, au contraire, les équations ne correspondaient pas à la phase considérée ; 4° enfin que dans les questions de géométrie, lorsque, par une des raisons énoncées plus haut, quelques-unes des inconnues se présentaient avec des valeurs négatives, quoique ie problème fût possible, généralement, pour obtenir la solution de la question, il n'y avuit qu'à porter les valeurs trouvées pour ces inconnues, abstraction faite de leur signe, dans les sens contraires à ceux qui leur avaient été attribués dans la mise en équation.
Ou conçut dès lors l'idée de concentrer dans
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une même formule analytique les expressions jusque-la diverses des lois spécialement relatives aux différentes phases des phénomènes qui pouvaient en comporter plusieurs, afin d'éviter soit dans l'exposition théorique l'obligation de considérer séparément et successivement tous les cas particuliers, souvent fort nombreux, que pouvait présenter le phénomène dans ses diverses phases, soit, dans les applications pratiques, la nécessité de recommencer plusieurs fois le calcul lorsqu'on s'était trompé de phase.
Cette importante révolution fut accomplie d'abord par Viète pour la trigonométrie, qui en reçut d'énormes simplifications, non-seulement au point de vue de la théorie, mais encore relativement à la pratique. Descartes mit à profit les mêmes idées dans la concept.on de son système de géométrie analytique. Enfin la mécanique profita bientôt après des mêmes moyens de généralisation. Cependant la coïncidence, vérifiée dans tant de circonstances diverses, entre les oppositions de signes et les oppositions de sens, en géométrie, était restée longtemps comme un fait de pure expérience. Carnot tenta le premier d'eu donner les raisons théoriques dans sa Géométrie de position; mais, quoiqu'il en eût entrevu la doctrine véritable, quelques exemples mal interprétés, où la règle semblait en défaut, avaient jeté des doutes sur le fait lui-même. Ces doutes ont été depuis levés par M. le général Poncelet, qui a mis en évidence les petites erreurs dans lesquelles était tombé Carnot; toutefois, s'il est juste de convenir que M. Poncelgt a fait faire un grand pas à la question dans ses Applications d'analyse et de géométrie, en en développant les vrais principes avec une sûreté de jugement et une finesse incomparables, il convient néanmoins d'ajouter que, sous un rapport au moins, il l'a jusqu'à un certain point fait reculer. En effet, le général Poncelet, qui maintient énergiquement la rigoureuse exactitude de la règle et montre clairement que les exceptions qu'on avait cru y apercevoir n'ont rien de réel, ne croit cependant pas à la possibilité d'en donner une véritable démonstration. Il ne la regarde en quelque sorte que comme un des énoncés du principe de continuité. Il est certuin que le principe de continuité entendu dans une acception assez restreinte pour qu'il pût être regardé comme un axiome serait la base même de la démonstration à intervenir, et il était, en effet, sousentendu sous cette forme par Carnot; mais la démonstration de ce grand homme, que nous avons reproduite en la complétant à l'article que nous lui avons consacré, nous paraît complètement inattaquable; elle forme, sous un certain rapport, la démonstration du principe de continuité posé par lo général Poncelet.
Quoi qu'il en soit, la règle qui nous occupe n'est plus au moins attaquée par personne, et cela nous dispense d'entrer ici dans de nouveaux détails a son sujet.
Il nous reste à parler du signe V — I, dont l'interprétation, tentée pour la première fois vers le commencement de ce siècle, a été proposée de deux manières essentiellement distinctes et radicalement inconciliables : d'une part, MM. Argant, Français, Moivre, Vallès, Transon et autres géomètres, principalement frappés des règles algébriques simples qui présidant aux combinaisons ues quantités imaginaires par l'intermédiaire de leurs modules et de leurs arguments, ont adopté pour elles un mode de représentation géométrique spécialement imaginé pour retracer aussi bien que possible ces propriétés; d'autre part, MM. Foueelet et Mûrie, ayant davantage en vue les progrès que pourrait susciter en géométrie l'usage raisonné des formes imaginaires appliquées à des objets réels, ont cherché à déduire de la question ellemême le meilleur mode d'interprétation, sans se laisser aller à aucune idée préconçue ni se laisser dominer par des considérations métaphysiques toujours très-contestables en pareille matière. Le mode de représentation adopté dans la première école , en raison même du point de vue où se sont placés ses adeptes, ne fait acception ni de la question concrète dont la grandeur imaginaire trouvée est l'une des inconnues, ni de la nature physique de cette inconnue ; ce mode de représentation est présenté comme existant ui propria, à l'exclusion de tout autre, et les régies en sont établies syliogistiquement. Au contraire, ce que l'on s'est proposé dans la seconde école a été de suivre d'aussi près que possibie les indications fournies par l'étude comparée des figures et d'en tirer les règles à suivre pour atteindre dans la nouvelle voie le but déjà réalisé dans le passé par l'intervention des grandeurs négatives : donner encore plus d'extension aux mêmes formules algébriques et y comprendre les énoncés des lois de phénomènes concrets plus nombreux et plus divers. Dans la première école, c'est le nombre imaginaire que l'on représente, et Ion n'a pas à s'occuper de sa provenance; dans la seconde, au contraire, c est la grandeur imaginaire que l'on construit, et naturellement on lui laisse sa nature géométrique. Dans la première, une longueur droite ou courbe, un angle, une surface plane ou non, un volume imaginaire seront toujours représentés par la même ligne si leurs mesures sontles mêmes ; dans la seconde, au contraire,
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les coordonnées rectilignes d'un point, en devenant imaginaires, conserveront cependant leur nature propre et se rapporteront à un point imaginaire correspondant; un angle imaginaire restera un angle et déterminera une direction ; l'intersection de deux lieux qui ne se couperont plus sera suppléée par celle de deux autres lieux représentés par les solutions imaginaires des équations des premiers, etc. Quelle est celle des deux écoles* qui marche dans la bonns voie? Il nous semble que poser la question, c'est la résoudre. Cependant, puisque la théorie directive ou la théorie des nombres inclinés a encore des partisans, il nous parait indispensable de l'exposer pour en montrer le vide.
Les principaux adeptes de cette théorie ayant renoncé à toute intention d'interpréter les solutions imaginaires des problèmes de géométrie en vue d'en tirer les solutions pratiques de problèmes analogues, et les autres n'ayant réussi dans aucune tentative pour atteindre ce but, nous constaterons d'abord qu'e l'utilité de cette théorie, au point de vue concret, est radicalement nulle. Reste donc le point de vue abstrait; le but poursuivi dans ce sens paraîtrait être de supprimer de prétendues difficultés que présenterait la conception des solutions imaginaires des équations algébriques. Mais comment y arrivet-on? En les appelant réelles. Quel avantage p<Mit-il y avoir a crier sur les toits que l'équation x1 + 1 = 0, par exemple, a ses racines réelles? Le tapage qu'on fera autour d'elles leur donnera-t-il ce qui leur manque pour cela? En quoi seront-elles plus réelles parce qu'on les aura représentées par des lignes inclinées les unes sur les autres? Pour quiconque comprend que l'algèbre ne peut pas donner de solutions réelles pour les problèmes impossibles, l'apparition des imaginaires n'a rien d'imprévu; l'intelligence de ces quantités, considérées comme symboles de solutions absentes, n'offre aucune difficulté, et quant aux règles qui président à leurs combinaisons, elles résultent de leur origine même; les racines des équations sont les formules qui en donneraient les solutions si elles existaient, et ces formules jouissent, indépendamment de leur réalité ou de leur imaginante, des propriétés de pure forme que leur, assure à l'avance celle de rendre identiques les équations dont elles proviennent, pourvu que la substitution en soit faite comme elle devrait l'être si elles représentaient des solutions réelles. La porte qu'on a enfoncée avec tant de bruit était donc toute grande ouverte.
Mais examinons la démonstration de la règle : sohx'ùx la ligne sur laquelle devait être portée une inconnue a; à partir de l'origine o. Si, disent les intronisateurs de la théorie directive, l'inconnue x, supposée positive, doit être portée dans le sens ox, elle devra, au contraire, être portée dans le sens ox' lorsqu'elle sera négative; lors donc qu'elle sera imaginaire, elle devra être portée dans une direction comprise entre les deux, car encore faut-il qu'elle soit portée quelque part; elle sera donc inclinée. Mais de combien? à/ — i, c'est y1 — b' ou y b x (— b), et la racine carrée est le symbole de la moyenne proportionnelle; or, comment construit-on une moyenne proportionnelle entre a et A? On décrit sur a + b une demi-circonférence et on élève une perpendiculaire au point de séparation de a et de b. La chose va donc aller toute seule. -J- b est à droite, — o est à gauche, 6 y1 — 1
ou y" — b1 est au milieu; il est sur la perpendiculaire. Ne voda-t-il pas un beau raisonnement? Mais que deviendrait-il si x était un angle ou une température? comment prend-on une moyenne proportionnelle entre deux angles? pourquoi faire ainsi intervenir la géométrie dans une question d'ordre purement abstrait? Mais passons.
Puisque a se porte sur ox et b sur une perpendiculaire à ox, o-f-i y1 — l se portera en diagonale. C'est évident, et voyez quelles belles conséquences s'en déduiront : pour ajouter c + ci / — 1 à a -f 6 V' — 1 , chose difficile, on n'aura qu'à porter l'incliné c-\- dy' — î
au bout de l'incliné a + 6 / — 1 et à joindre le bout du second incliné à l'origine fixe o. C'est merveilleux. Voulez-vous maintenant multiplier un incline par un autre; rien de plus facile. Que dit la règle algébrique? Que les modules se multiplient et que les arguments s'ajoutent; vous inclinerez donc le second incliné sur le premier, comme il l'eût été sur l'axe même, et vous porterez le module dans la direction trouvée. Pour la division, vous changerez le sens de l'inclinaison. Voulez-vous encore quelque chose de plus fort? La formule de Moivre va vous fournir le moyen d'extraire géométriquement les racines "de l'unité, sans plus de peine qu'on n'en avait avant ces belles découvertes. Voila pourtant cette théorie qui a donné lieu à tant de publications inutiles. Ses preneurs se figurent qu'elle est pour quelque chose dans la découverte des beaux théorèmes de Cauchy sur la convergence de la série de Taj'ior et les périodes des intégrales. Il s'est servi, en effet, du mode de représentation qui nous occupe pour donner une forme géométrique simple aux énoncés de ces iléorèines ; mais, outre qu'il n'avait pas même besoin d'y recourir (car la notion d'une suitB algébrique de valeurs revenant surellps-m^mes
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est presque aussi claire que celle d'un contour fermé), il n'adopte même la direction perpendiculaire pour représenter le signe V* — 1 que parce que la règle avait été formulée et pour n'en pas en imaginer d'autres qui eussent aussi bien rempli son but. En effet, M. Cauchy eût choisi arbitrairement «ne direction quelconque autre que la perpendiculaire pour y porter la partie imaginaire de la variable, qu il n'en fut pas résulté la nécessité de la plus petite variante soit k ses démonstrations, soit aux résultats obtenus. Si, au lieu de supposer toujours les axes perpendiculaires, M. Cauchy les avait faits obliques, ce qui n'avait aucune importance, il eût porté la partie imaginaire de x parallèlement k l'axe des y, et il n'en serait résulté aucun changement. On ne peut donc pas même dire que M. Cauchy ait donné à la règle en question lu sanction de son autorité.
Très-commode pour servir à représenter la marche d'une variable ou d'une fonction ima-
f inaire, parce qu'elle permet d'en isoler les eux parties, cette règle devient radicalement impropre à représenter simultanément l'une et l'autre. Or, toute méthode d'interprétation des grandeurs imaginaires qui reste inapplicable en géométrie analytique, qui ne se prête pas k une extension de la doctrine des coordonnées manque évidemment le but principal, qui est de prolonger l'harmonie entra l'algèbre et la géométrie.
— Astron. On nomme signes du zodiaque ou simplement signes les douze divisions égales dans lesquelles on partage la zone du ciel appelée zodiaque par de grands cercles perpendiculaires à l'écliptique. Le zodiaque est compris entre deux parallèles à l'écliptique qui en sont séparés par une distance de 'JO; les grands cercles qui les divisent sont séparés les uns des autres par des angles de 30" ; le premier passe par lo point équinoxial du printemps de l'année courante. En raison de la précession des équinoxes, les signes de mêmes rangs, qui portent toujours les mêmes noms, n'occupent plus, au bout de quelques années, les mêmes places dans le eieJ, c'està-dire ne comprennent plus les mêmes étoiles dans leur intérieur. Les noms des douze signes sont : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la "Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau et les Poissons; ils sont renfermés dans les deux vers suivants :
Sunt Aries, Taurus, Gemini, Cancer,Leo, Virgo, [ces. Libraque, Scorpius, Arcilenens, Caper, Amjihora, Pis-
Immédiatement après l'équinoxe du printemps, le soleil entre dans le signe du Bélier ; lorsqu'il a décrit un arc de 30u sur l'écliptique, il sort du signe du Bélier pour entrer dans celui du Taureau, et ainsi de suite. Comme le mouvement apparent du soleil sur l'écliptique n'est pas uniforme, il n'emploie pas le même temps k parcourir les différents signes. Ainsi il parcourt plus rapidement les deux signes du Sagittaire et du Capricorne, inoins rapidement ceux des Gémeaux et du Cancer.
Les douze signes correspondent aux quatre saisons de l'année. Le printemps est le temps employé par le soleil k parcourir les trois signes du Bélier, du Taureau et des Gémeaux ; fêté comprend le Cancer, le Lion et la Vierge; l'automne et l'hiver les six derniers.
Les signes du zodiaque n'ont pas seulement un mouvement en longitude de 50" à peu près par an dans le sens rétrograde; ils en ont encore' un autre en latitude beaucoup plus faible, qui a été constaté d'abord par Tyeho-Bruhé et qui tient a ce que le plan de l'écliptique tourne autour de la ligne des équinoxes comme pour se rabattre sur le plan de l'équateur. Ce mouvement n'est tout au plus que de 48" par siècle.
Les astrologues attachaient au moyen âge une importance particulière au signe sous lequel était née la personne dont ils voulaient tirer l'horoscope, et nos almanachs liégeois contiennent encore aujourd'hui des prédictions drolatiques sur les caractères et les chances heureuses ou malheureuses que le signe sous lequel a eu lieu la naissance doit imposer k chaque mortel. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir la vanité de ces prédictions, puisqu'elles ne sont plus prises au sérieux même par les plus ignorants.
— Chim. Les chimistes ont créé des signes et de3 formules, au moyen desquels ils représentent les différents corps simples et les combinaisons diverses de ces corps. Nous faisons connaître ces signes au mot notation (tome XI, page nos), et au mot chimie lui-même (tome IV, page 114 et suivantes).
— Méd. et anat. V. envie.
— Relig. Signe de la croix. V. croix.
Signes du temps (les), pamphlet anglais,
par Thomas Carlyle. Ce singulier pamphlet, qui parut à Londres en 1840, n'est que le développement d'une théorie déjà émise dans les précédents ouvrages de Carlyle. Il se divise en dix sections ou chapitres : 1er. Etat de l'Angleterre. II. Statistique. III. Loi des pauvres. IV, Les princes des paysans. V. Droit et puissance. VI. Laissez faire. VII, Ne laissez pas faire. VUI. Renouvellement social. IX. Le radicalisme parlementaire. X. Impossible. Le défaut de l'ouvrage est précisément celui de l'époque : il ne conclut pas. Protéger l 'émigration et l'éducation, voila les deux reine-
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des insuffisants qu'apporte le philosophe. Médecin moral doué d'une pénétration merveilleuse, il connaît tous les symptômes du mal ; il remonte à sa source, il en prédit les phases, il donne des avertissements terribles; il va plus loin encore : il dévoile l'inanité des panacées que l'on propose ; mais, hélas 1 c'est la qu'il s'arrête. C est par l'observation des faits intimes et des secrètes tendances que brille l'ouvrage de Carlyle, bien plus que par son utilité pratique. Quelques citations en diront bien plus que la meilleure des analyses. « Ce n'est pas assez, dit-il, de rejeter ce qui est vieux ; il faut, en outre, faire du neuf, La France a rejeté son vieux clergé aveugle et corrompu; elle l'a rejeté dans la destruction; elle y a beaucoup perdu. Il s'est fait là. une solution de continuité, un gouffre terrible. Le vieux monde s'est k jamais séparé du monde nouveau; le premier n'est pas le père du second ; ils sont étrangers l'un k l'autre. Que toute une génération de penseurs soit sans religion pour croire ou même pour nier ; que le christianisme , dans cette France active et pensante, soit réduit k l'état d'une tradition lointaine et mythologique ; voila le plus triste des faits qui se rattachent a l'avenir de ce pays. Exemple immense et fécond que la France I... Considérez-la plutôt avec ses théories sociales et politiques, ses saint-simonisme, fouriérisme, robert-macairisme, et sa littérature du désespoir, « Carlyle prouve ensuite que l'Angleterre arrive, malgré qu'elle en ait, au même résultat, a L'espèce humaine, dit-il, est faite de même étoffe en Angleterre et en France... Vous donnez aux pauvres des bals de charité, des soupes économiques, des tribunaux, des pénitenciers, et vous croyez avoir tout fait. La constitution sociale s est réduite à cette unique expression : j'achète et je vends ; je paye et je suis payé. Ce n'est pas assez pour les besoins moraux de notre espèce. La société n'existe pas seulement pour que l'on échange de l'argent et du travail ; elle n'existe pas seulement pour protéger les billets de Banque de mon portefeuille et pour empêcher de dérober le votre ; elle a beaucoup d'autres nécessités d'existence, toutes morales, toutes de sympathie, d'affection, de conservation. Si vous les dédaignez ou les oubliez, elle deviendra bientôt incapable de protéger les billets de Banque de ce portefeuille, que vous conservez avec tant de soin. Après ces graves méditations, Carlyle passe en revue les expédients dont les hommes politiques ont . essayé l'emploi et qui leur offrent des espérances plus ou moins fondées. Il démontre sans peine le vide profond des illusions dont on se berce, et, semblable lui-même k ceux qu'il attaque, plus fécond en observations et en raisonnements qu'en moyens curatifs, il excelle dans la critique et faiblit dans la défense. La théorie de Malthus et les panacées statistiques lui semblent n'être que des absurdités. «L'ouvrier, demande-t-il, est-il plus heureux ou plus malheureux qu'autrefois? Sa situation s'amélioret-elle, ou bien empire- t-elleî La question est importante; elle ne trouve aucune solution dans la statistique. Prétendre prouver une amélioration parce que, de 1735 k 1780, une paroisse de Northampton a fourni , comme résultat, une longévité progressive, c'est une plaisanterie dont le sérieux nous semble comique. Autant vaudrait prouver les variations subies par l'Océan au moyen d'un examen attentif des mares d'eau qui séjournent dans une des lies de la Tamise. Les tables de chiffres ne prouvent donc absolument rien ; c'est le tonneau des Danaïdes : on y jette tout ce qu'on veut et tout y passe. Si le sort des classes ouvrières s'améliorait, vous ne verriez pas les chartistes courir les campagnes la torche k la main ; fait plus énergique et plus puissant que tous les arguments de statistique, « Carlyle ne traite pas avec plus de clémence Malthus et ses sectateurs, qui défendent aux ouvriers d'avoir des enfants. « Oui, vous leur dites de ne pas augmenter la population; c'est bien, le conseil est excellent. S'il y a moins d'ouvriers, le partage du salaire sera plus considérable. Et k qui adressez - vous cet avertissement salutaire ? à 24 millions d'individus humains, répandus sur un espace de 118,000 railles carrés et plus; les uns forgeant, les autres rabotant; ceuxci semant, lûêchant, taillant, labourant toute la journée, sans repos et sans autre désir que de gagner de quoi vivre. Les résolutions d'une chasteté magnanime et la persévérance dans ces résolutions les inquiètent médiocrement. Sally la brune, qui demeure k droite, exerce sur Tom le blond, qui demeure à gauche, une attraction irrésistible. Allez donc prier Tom de réfléchir et de méditer d'abord sur la répartition des salaires et sur la population croissante de l'empire britannique 1 Ce serait chez mon ami Tom une abnégation fort héroïque sans doute; et quand il parviendrait à la grandeur de saint François d'Assise ou d'Oiigène, nous y gagnerions peu de chose. Sept millions de ces paysans,» les rois de leur » espèce, » comme dit Goldamith, ne se résignent guère à une chasteté ascétique , qui convient très-peu aux Thompson et aux Sullyson d'Angleterre, moins encore aux fils de l'Irlande phénicienne. Supposez une vingtaine de millions de ces ouvriers saxons, normands et milésiens, réunis en assemblée générale pour suspendre le redoutable accroissement de la population. Une résolution est adoptée ;
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on ne fera plus d'enfants 1 Sur mon honneur, les monopolisateurs sont battus; les riches tombent à la merci des pauvres; un ouvrier se fera payer ce qu'il voudra. Très-bien I Moi je préférerais encore, comme moyen prompt et facile de réduire le nombre de la population travailleuse, la création d'un réservoir d'arsenic pour toutes les paroisses, ou celle d'une place d'exterminateur public rétribué par l'Etat. Vous seriez plus sûrs du succès, et la théorie malthusienne obtiendrait sans peine le résultat souhaité.»
Carlyle, après avoir, à sa manière, montré l'inanité clés espérances des malthusiens et les chimères des statisticiens, cherche les causes de cette souffrance. La principale, selon lui, le mobile majeur et invincible des dangers de l'Angleterre, c'est l'Irlande. Le pamphlet se termine ainsi : • On m'objecte encore que ce n'est pas, comme je le prétends, la misère qui pousse les ouvriers a la révolte, et que, parmi les ouvriers, les plus habiles et les mieux payés se mettent k la tête des émeutes. Je le crois bien : le pauvre misérable qui travaille douze heures pour se procurer un peu de puin u'a pas la temps de se révolter ; s'il s'arrête, s'il réfléchit, s'il pense, il est mort. Condamné k un travail éternel, k une faim éternelle, auprès de son foyer désert et froid, il est là comme pétrifié k jamais dans la misère et le labeur. L'ouvrier qui gagne davantage, d'une façon irrégulière, conçoit des espérances et ouvre son âme à des ambitions qui ne brillent jamais dans le triste asile de son confrère. Livré à un espoir qui ne peut se réaliser, dévoré de désirs qui {'égarent, il ne connaît ni l'ordre, ni la patience, ni l'économie. L'industrie, dont il est le ministre, balancée entre la prospérité et la détresse, tour à tour naine oa géante, prodiguant l'or k ses desservants ou leur refusant du pain,# entretient l'anarchie de sa conduite et de sa pensée. De l'abondance k la détresse, c'est la vie d'un joueur. Un mécontentement sans résignation, une sombre et sourde fureur le rongent : voilà tout simplement le plus misérable des hommes. Avec ses fluctuations convulsives et son agitation qui ébraule le monde, le commerce anflais agite et brise des milliers d'existences umaines errantes dans les voies ténébreuses du désordre et du labeur. Sobriété, courage, constance, les premières bénédictions de l'âme humaine sontinconnuesknos ouvriers. «Ainsi parle Carlyle, que l'on prendrait ici pour un radical, de même qu'en lisant plus haut sa vive attaque contre les doctrines républicaines, on 1 aurait pris pour un tory. Comme Hegel, il se sert de l'antinomie pour écraser les deux partis, mais comme lui il a le défaut de ne pas conclure. Proudhon l'a fort bien dit, l'antinomie ne se résout point, c'est une simple balance. Carlyle, dans ce pamphet, se montre subtil, pénétrant, éloquent. On ne peut analyser avec une plus redoutable puissance le désordre économique de l'Angleterre et la misère qui règne parmi les classes pauvres en Angleterre. Mais il ne satisfait pas complètement le lecteur ; car il ne présente à une telle situation aucun remède.
SIGNÉ, ÉE (si-gné ; gn mil.) part, passé du v. Signer. Où l'on a mis la signature, une signature : Un ordre sigxé. La lettre est signée de sa main. Cette ridicule et honteuse injustice fut signée de douze théologiens. (Volt.)
— Signé à la minute..., A sigué ou ont signé à la minute... : Signé a la. minute, les témoins Jean-Pierre Brot et Louis-Joseph Giraud.
— Entom. Se dit d'une chrysalide sur laquelle on aperçoit déjà des parties de l'insecte parfait.
SIGNER v. a. ou tr. (si-gné; gn mil. — rad. signe). Marquer de son seing, apposer sa signature à : Signer un acte, un contrat. Signer une dépêche. Signer une pétition. Signer une lettre. Que maudit soit le bec cornu de notaire gui me fit signer maruinel (Mol.) Votre nom fut accompagné D'un pâté de mauvais présage, Sire, quand vous aves signé Mon contrat de mariage.
B&SMIJSR.
— Ecrire, apposer pour servir de signature : Ne savoir signer son nom. Signer un nom supposé.
— Attester par sa marque ou sa signature qu'on est l'auteur de : Signer un tableau, une statue.
— Imprimer, comme auteur, son nom sur : Il u'a. signe aucun de ses livres.
— Conclure et confirmer par un acte signé: Signer la paix. Signkr une trêve.
— Absol. Donner sa signature : Il a signe aveuglément. Elle ne sait pas signkr. Ce n'est pas celui qui signe qui véritablement gouverne, c'est celui qui contre -signe, (Corm.)
— Signer à, Mettre sa signature comme témoin k : Vous signerez au contrat.
— Signer de son s<i>ig, Verser son sang pour la confirmation de : Les martyrs ont signé leur confession de leur sang. Il Je te signerais de mon sang, Se dit pour affirmer énergiquement l'exacte vérité d'une chose.
— Techn. Marquer avec la rouannette :
Signer une pièce de bois. Il Marquer d'un poinçon : Signer une pièce d'argenterie. Il Signer
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une pièce de verre, "Y marquer les endroits que l'on veut couper.
Se signer v. pr. Etre signé : Tout écrit autographe doit SB signer. Une pétition sa signe en ce moment dans toute la ville.
— Faire le signe de la croix : Ah t ma foi, tant mieux, s'écria la vieille Bressane en se signant auec «ne naïveté sérieuse. (Balz.) Je mb suis signé de surprise. (Damas-Hinard.)
Il vit briller la croix au bout du long rosaire, Et l'eiifaat les suivit en se signant deui fois. A. Guikaud.
SIGNET s. m. (si-nè — dimin. de signe. On écrivait autrefois sinet etsiner pour signet et signer. La prononciation du premier mot a survécu au changement d'orthographe). Petits rubans ou filets liés ensemble qui tiennent k un peloton, et qu'on met au haut d'un livre pour marquer les endroits que l'on veut pouvoir retrouver. Il Petit ruban attaché k la trancheflle d'un livre, et qui sert à marquer l'endroit où l'on a interrompu sa lecture.
— Ancien nom des petits sceaux dont on scellait les affaires courantes.
— Signature authentique, historiée, dont un notaire avait déposé le modèle, et qu'il devait répéter au bas de tous ses actes,
— Bot. Nom vulgaire du sceau de Salomon.
S1GNEUR, EOSE s. m. (si-gneur; gui mil.
— rad. signer). Personne qui signe, qui met sa signature. Il Vieux mot.
SIGNIA, ville de l'Italie ancienne, dans le Latium, chez les Volsques, k 52 kilora. S.-E. de Home. Elle fut fondée par Tarquin le Superbe et fut célèbre par un temple de Jupiter Urius. Les poires, le vin aigre (usité chez les anciens comme médicament) qu'on y récoltait, le ciment qu'on y fabriquait (signium opus) avaient donné à cette ville une grande notoriété parmi les Romains. Sur son emplacement s élève, de nos jours, le village do Segni.
SIGNIPIANCE s.f. (si-gni-fl-an-se; gn mil.
— rad. signifier). Signification, indice, témoignage : J'avais bien lu dans Astre'e que les dames ne marquaient pas toujours les sentiments de leur cœur, mais encore en donne-t-on quelque petite SiamFULHCE.(C'hiLiù}eu.) il Vieux mot, qui était devenu populaire avant de tomber en désuétude.
SIGNIFIANT, ANTE adj. (si-gni-fi-an, aute; gn mil. — rad. signifier). Qui signifie, qui est expressif : Cela est très- signifiant. Cette plaisanterie est peu signifiante. Il Peu usité.
— Théol. Qui a le caractère d'un signe : Les sacrements sont signifiants et effectifs de la grâce.
S1GNIFICATEUR, TRICE adj. (si-gni-flka-teur, tri-ce — rad. signifier). Astrol. Se disait des aspects, des signes, des planètes qui avaient un sens, un rôle dans un thème de nativité.
SIGNIFICATIF, IVE adj. (si-gni-fi-ka-tif, i-Ve ; gn mil. — rad. signifier). Qui contient un grand sens, qui est expressif : Mol significatif. Geste significatif. Sourire significatif. Il prit la main de sa sœur et la mit sur son cœur d'une manière profondément significative, (balz.)
— Arithm. Chiffre significatif, Chiffre qui a une valeur propre, par opposition au zéro, qui modifie seulement la valeur des autres chiffres,
SIGNIFICATION s.f. (si-gni-fi-ka-si-on; gn mil. — rad. signifier). Ce que signifie, ce que représente, ce que veut dire une chose : La signification d'un symbole. Ce mot a plusieurs significations. Qu'on s'épargnerait de questions et de peines, si on déterminait enfin ta signification des mots d'une manière nette et précise/ (D'Alemb.) C'est le bon sens qui donne aux mots leur signification commune. (Guizot.) C'est du fond de la situation plus que de leur texte que les maximes politi' ques tirent leur signification véritable. (De Carné), La liberté est un mot très-clair, très-simple, d'une signification et d'une portée très-précise. (Peyrat.)
— Jurispr. Notification d'un acte, d'un jugement, d'un fait, par voie judiciaire : Les significations ne peuvent être faites ni les dimanches, ni les jours de fêtes légales.
— Gramm. Degrés de signification, Extension variable du sens de l'udjectif et de i'adverbe, suivant qu'ils sont au positif, au comparatif ou au superlatif,
— Encycl. Grainm. Degrés de signification. La plupart des grammairiens français reconnaissent dans les adjectifs trois degrés de signification : le positif, le comparatif et le superlatif.
Le positif n'est autre chose que l'adjectif lui-même; il marque simplement la qualité en la considérant telle qu'elle est dans l'objet dont il s'agit, sans appeler l'attention sur ce qu'elle pourrait être dans d'autres objets ou dans d'autres circonstances : un beau monument, une grosse boule.
Lo comparatif exprime la comparaison. Or, quand on compare deux choses, on trouve qu'elles sont égales, ou bien que l'une est supérieure ou inférieure k l'autre. De là 'rois sortes de comparatifs : celui d'égalité, celui de supériorité et celui d'infériorité. Tous ces comparatifs se forment en français à l'aida de certains adverbes qu'on place devant l'ad-
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jectif : aussi pour marquer l'égalité, plus pour marquer la supériorité, moins pour l'infériorité. Exemples : Turenne était aussi modeste que vaillant (comparatif d'égalité). Les remèdes sont plus lents que les maux (comparatif de supériorité). La Seine est moins large que le Rhin (comparatif d'infériorité).
Le superlatif exprime la qualité dans la plus haut degré ou dans un très-haut degré. Il y a donc deux sortes de superlatifs : le superlatif relatif, qui marque une qualité portée au plus haut degré par comparaison avec d'autres objets ou d'autres circonstances, et le superlatif absolu, qui marque, sans comparaison formelle, une qualité portée a un très-haut degré. Le superlatif relatif se forme en mettant l'article ou l'un des mots mon, ton, son,notre, votre, leur avant le comparatif de supériorité ou d'infériorité : La baleine est LE plus gros de tous les cétacés. Le superlatif absolu se forme en mettant un des mots très, bien, fort, infiniment, extrêmement avant l'adjectif : La charité est une très-bblle vertu.
Les trois degrés de signification existent pour les adverbes comme pour les adjectifs, et ils se forment d'une manière tout à fait ana\ogne^sagement, plus sagement, le plus sagement.
Puisque, dans notre langue, les comparatifs et les superlatifs sont, comme on vient de le voir, exprimés au moyen de plusieurs mots, dont chacun conserve évidemment sa signification propre, on ne comprendrait guère que nos grammairiens eussent songé à établir ces distinctions d'une utilité fort contestable, si l'on ne se rappelait que les premières grammaires françaises furent faites par des professeurs de l'Université, plus accoutumés à enseigner la langue latine que leur langue maternelle. Or, chez les Latins, la distinction des comparatifs et des superlatifs était d'une nécessité manifeste, puisqu'il fallait enseigner aux écoliers comment l'adjectif doctus, par exemple, se changeait en doctior ou doctissimus, selon le degré de signification qu'on voulait lui donner. Nous-mêmes, nous avons trois adjectifs qui ont réellement un comparatif de supériorité : meilleur, au lieu de plus bon, qui. ne se dit pas; moindre, au lieu de plus petit; pire, au lieu de plus mauvais. Parmi les adverbes, mieux est le comparatif de bien; moins de peu, pis de mal. Nous avons aussi quelques formes superlatives en issime, comme sérénissime, révérendissime, yrandissime, etc. Mais ces formes ne sont pas employées dans le langage courant et présentent toujours, quand on en fait usage, un certain parfum de latinisme. Cependant, puisque nous avons en réalité un" petit nombre de comparatifs et de superlatifs, cela suffit peut-être pour justifier jusqu'à un certain point l'introduction dans nos grammaires de ces distinctions d'origine évidemment latine.
— Jurispr. Dans l'organisation judiciaire, les significations sont, en général, faites par le ministère des huissiers; elles sont aussi fréquemment faites par eux en matière administrative, l'administration ne possédant point d'agents revêtus spécialement à cet effet d'un caractère officiel.
Les significations se font, suivant les cas, soit par exploit à personne ou domicile, soit par acte d'avoué à avoué. Un acte non signifié est, en droit commun, considéré comme n'existant pas. La signification, doit indiquer la personne à laquelle la copie est remise, c'est-à-dire le parlant à. Elle n'est valable qu'autant que 1 huissier l'a remise à la partie elle-même ou a son domicile, k une personne ayant qualité pour la recevoir, telle qu'un parent de la partie, son concierge. La signification ne peut être faite, depuis le 1er octobre jusqu'au 31 mars, avant six heures du matin et après six heures du soir et, depuis le 1" avril jusqu'au 30 septembre , avant quatre heures du matin et après neuf heures du soir.
Les significations faites à des personnes publiques, qui sont chargées de les recevoir, doivent être visées par elles sans frais. Si elles se refusent à accomplir cette formalité, la signification est visée par le procureur de la République près le tribunal de ire instance de leur domicile. Le ministère public peut faire condamner les refusants à uDe amende de 5 francs au moins (art. 1039, C. de pr.).
Signification des mois (DE LA), de FeStUS.
C'est une sorte de lexique; c'est un abrégé, par ordre alphabétique, du grand ouvrage de Verrius Flaccus. Il est divisé en vingt livres ; chaque livre est consacré à une lettre. Festus y passe sous silence les mots que Verrius avait déclarés vieillis et dont l'abréviateur, à ce qu'il semble, se proposait de parler séparément dans un autre ouvrage. Du reste, il ne faut pas croire que Festus jure sur la parole de Verrius; il se permet d'avoir d'attirés opinions, dont il donne les motifs.
L'abrégé de Festus, qui eût pu être utile pour la connaissance de la langue latine, éprouva un sort fort malheureux. Un Paul Winfrid, compilateur intrépide, s'avisa, au vinc siècle, d'en faire un maigre extrait, lequel prit dans les bibliothèques la place de 1 original. De l'original même, il ne resta qu'un manuscrit tronqué, qui fut trouvé au xvie siècle en Illyrie ; toute la première moitié de l'ouvrage, jusqu'à la lettre M, y manquait. Aide Manuce amalgama le travail de Paul
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Winfrid avec ce que contenait ce manuscrit et fit du tout un seul corps d'ouvrage. Un anonyme avait fait un travail semblable, mais plus complet, il existait aussi d'autres fragments de Festus dans la bibliothèque du cardinal Farnèse. Toutes ces formes diverses, à peu près également défectueuses, du livre de la Signification des mots ont été imprimées et publiées. C'est d'ailleurs un ouvrage dépourvu de toute valeur littéraire; Festus est un de ces prosateurs qui, selon M. Pierron, mériteraient le titre < non pas d'écrivains, mais de barbouilleurs de papier. »
SIGNIPICATIVEMENT adv. (si-gni-fi-ka-tive-man; gn mit. — rad. significatif). D'une manière significative : Les Anglais ont signi- Ficativement appelé les premiers jours du mariage la lune de miel. (De Las Cases.)
SIGNIFIÉ, ÉE (si-gni-fi-é; gn mil.) part, passé du v. Signifier. Indiqué, marqué par un signe : Prendre le signe pour la chose signifiée, c'est une erreur grave et trop commune. (V. Cousin.) Soutien/, dans l'Ecriture sainte, le signe reçoit le nom de la chose signifiée. (Gousset.)
SIGNIFIER v. a. ou tr. (si-gni-fi-é ; gn mil. — latin significare; àesignum, signe, et de facere, faire. Prend deux i de suito aux deux prem. pers. pi. de l'irap. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous signifiions; que vous signifiiez). Dénoter, vouloir dire, être signe de : Que signifie ce geste? Que signifie ce discours? Epouser une veuve, en bon français, signifie faire sa fortune; il n'opère pas toujours ce qu'il signifie. (La Bruy.) La fable doit signifier sans équivoque ce qu'on a dessein de faire entendre. (Lamotte.) Les symboles ne signifient que ce qu'on leur ordonne de signifier. (Renan.) On dit que tout se rajeunit autour de nous, ce qui signifie qu'autour de nous tout meurt, (A. Fée.) Le progrès signifie mensonge, ou bien il signifie amélioration de notre destinée. (E. Pelletan.) Un bon caractère signifie communément un caractère doux et ouvert. (Théry.)
— S'emploie souvent, avec 3a forme interrogative, pour exprimer un mélange d'étonnement et de désapprobation : Qu'est-ce que cela signifie? Que signifie cette conduite, monsieur ?
— Avoir le sens de : Que signifie ce moi anglais? Ces deux locutions ne signifient pas la même chose. Le mot incontestable siGnifib exactement une chose si claire qu'elle n'admet pas la preuve contraire. (J. de Maistre.)
— Déclarer, communiquer, notifier, faire connaître : Signifier ses intentions. Signifier un jugement. Je lui ai signifié de ne plus paraître devant moi. On signifie à l'empereur qu'il faut qu'il envoie les ornements impériaux au jeune Henri. (Volt.)
Je vous viens, monsieur, avec toute licence,
Signifier l'exploit de certaine ordonnance.
Molière.
— Ne signifier rien, Ne signifier pas grand' chose, N'avoir pas, avoir peu de sens ou de valeur : Tout cela, ce sont des mots; une déclaration intéressée ne signifie rien. Tout le bien ou le mal qu'on dit d'un homme qu'on ne connaît pas ne signifie pas grand'chose. (J.-J. Rouss.) Toute œuvre d'art qui n'exprime pas une idée ne signifie rien. (V. Cousin.)
— Absol. Avoir un sens, avoir du sens : La plupart du temps, les paroles ne signifient point par elles-mêmes, mais par le ton dont on les dit, (Montesq.) Les Chaldéens crurent que les mots signifiaient par eux-mêmes et qu'ils avaient une force secrète. (Volt.)
Se signifier v. pr. Etre signifié, notifié : Ces actes doivent se signifier par le ministère d'un huissier. (Acad.)
— Syn. Signifier, notifier. V. NOTIFIER.
SIGNOC s. m.^ (sigh-nok). Crust. Espèce d'écrevisse des côtes de l'Inde.
S1GISOL (Alphonse), littérateur français, mort en 1830. On connaît de lui quelques brochures politiques, des romans et des vaudevilles, qu'il écrivit seul ou en collaboration. Nous citerons, parmi ses ouvrages : De la franc-maçonnerie considérée dans ses rapports avec la politique (Paris, 1826, in-8*); Apologie du duel (1829, in-8"); Mémorial de sir Eudson Lomé (1830, in-S°); la Lingère, roman (1830, 5 vol. in- 12); le Chiffonnier, roman (1831, 5 vol. in-12); le Commissionnaire, roman (1831, 4 vol. in-12); le Caporal et le Paysan, comédie (1828) ; l'Ecole de natation, vaudeville (1828); Jean, comédie (lS28,in-8°); le Duel, drame (1828) ; le Pacha et la Vivandière, folie-vaudeville (1829). Signol fut tué en duel par un officier de la garde royale avec lequel il s'était pris de querelle au Théâtre-Italien.
SIGNOL (Emile), peintre, né à Paris lo il mars 1804. Elève de Blondel et de Gros, il suivit les cours de l'Ecole des beaux-arts et exposa, étant encore sur les bancs de l'école, un tableau représentant Joseph racontant son rêve à ses frères, qui parut au Salon de 1824. En 1829, M. Signol obtint le second prix de peinture et remporta, l'année suivante, le grand prix de Rome, avec un tableau de concours dont le sujet était Méléagre prenant les armes. Pendant son séjour réglementaire en Italie, M. Signol s'adonna, à peu près exclusivement, à la peinture religieuse, genre qu'il n'a cessé de cultiver de-
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puis, ainsi que la peinture historique. Peintre correct, laborieux, instruit, mais sans grande originalité, M. Signol a obtenu une médaille de 2» classe en 1834, une de lre classe en 1835, la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1841 et celle d'officier en 1865. En 1860, il a été élu membre de l'Académie des beaux -arts, en remplacement d'Hersent.
Parmi les tableaux qu il a exposés aux Salons de peinture, nous citerons : Mort de Virginie; Paysans des environs de Home (1833); Noé maudissant son fils (1834); le Christ au tombeau (1835) ; Réveil du juste et réveil du méchant (1836); la Religion chrétienne vient au secours des affligés (1837); Sacre de Louis XV à Reims (1838) ; la Vierge (1839); la Femme adultère (18-10), sa meilleure toile, qui figure au Luxembourg et a été popularisée par la gravure; Jeune chrétien secourant un Araoe (1840); la Vierge mystique; Sainte Madeleine pénitente; Jésus-Christ pardonnant à la femme adultère; portraits en pied de Louis VII et de Philippe-Auguste (1842); portraits équestres de Godefroy de Bouillon et de Saint Louis (1844); Prise de Jérusalem, au musée de Versailles; Sujet tiré de limitation de Jésus-Christ (1848) ; Folie de la fiancée de Lammermoor; les Fantômes; Sara la baigneuse; la Fée et ta Péri (1850); les Législateurs sous l'inspiration évangétique, au palais du Luxembourg ; le Christ descendu de la croix (1853); Pietà; la Madeleine; le Passage du Bosphore par les croisés; Béatrix (1855) ; la Sainte Famille (1859) ; Vierge folle et vierge sage; Supplice d'une vestale; Rhadamiste et Zénobie (1863). Depuis cette époque, M. Signol n'a rien exposé. Outre un grand nombre de portraits qui ont figuré à divers Salons, cet artiste a exécuté divers morceaux pour le palais de Versailles, notamment la Deuxième croisade prêcliée à Vêzelay. En outre, il a été chargé de décorer de peintures des chapelles de diverses églises de Puris, entre autres la Madeleine, où il a représenté la Mort de Saphira, Saint-Roch, Saint-Séverin, Saint-Eustache, Saint-Augustin, Saint-Sulpice, où il a représenté dans le transsept de gauche la Prophétie d'isaïe et le Crucifiement, la Prophétie de Jérémie et la Trahison de Judas (1873), etc. — Sou frère, Louis-Eugène Signol, né à Lille en 1809, s'est également adonné à la peinture. Elève de Picot et de l'Ecole des beaux-arts, il se rendit en Italie en même temps que son frère et envoya aux Salons quelques tableaux qui eurent peu de succès. Nous citerons de lui : Vues prises aux environs de Rome (1837); Portrait (1840); Sujet tiré de l' Evangile (1&42); Vue prise à Capri ; Don Juan recueilli par Haydée (1848). Depuis cette époque, il n'a rien exposé.
SIGNOLLE ou SIGNOLE s. f. (si-gno-le; gn mil.). Techn. Manivelle de treuil.
Signor Puscarclio (il), opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Leuven et Brunswick, musique de M. Henri Potier; représenté sur le théâtre national de l'Opéra- Comique le 24 août 1848. Il signor Pascarello est maître à chanter dans un couvent de religieuses à Florence ; il a pour filleul un jeune compositeur nommé Gaetano, qui aime la novice Paula, laquelle passe pour orpheline et va prononcer ses vœux. Le maître à chanter reconnaît Paula pour sa fille, épouse sa vieille gouvernante Barbara afin de lui donner une mère, et parvient, par ce stratagème un peu forcé, à l'aire sortir Paula de son couvent et à la donner à son filleul. On a remarqué dans cet ouvrage de jolis couplets chantés par Mocker sur ces paroles :
Je ne suis pas de ces vieillards moroses. Qui voudraient supprimer les roses Qu'ils cueillaient dans leur printemps.
Les autres rôles ont été chantés par Jourdan, M11"" Louise Lavoye et Thibault.
Signor Fngotto (il), opérette en un acte, paroles de MM. Nuitter et Tréfeu, musique de M. Offenbach ; représentée d'abord à Ems sur le théâtre.du Kursaal le 11 janvier 1863, puis aux Bouffes-Parisiens en janvier 1864. L'air le plus applaudi est celui du signor Fagotto, dans lequel le musicien a imité des cris d'animaux et tous les bruits possibles. On peut encore citer le quatuor d'entrée : Il arrive; la Chanson de l'antiquaire et le sextuor final, dont la composition est attribuée au signor Fagotto.
SIGNORELLI (Luca), dit Lac» du Corioua,
peintre italien, né & Cortone vers 1440, mort en 1525. Elève de Matteo de Sienne, puis de Pietro délia Francesco, il fut un des premiers peintres de l'école florentine qui dessinèrent le corps humain avec une véritable intelligence de l'anatomie, quoique d'une manière un peu sèche , et il sut joindre à la correction du dessin l'expression dans les figures, Signorelli exécuta un grand nombre d'oeuvres, soit à l'huile soit à fresque, tant dans sa ville natale que dans plusieurs autres villes d'Italie, notamment à Rome, où il fut appelé en 1474 par le pape Sixte IV pour orneL' de peintures la chapelle Sixtine, et à Orvieto, où il termina les décorations de ia chapelle de la Madonna-di-San-Brizio que fra Angelico avait laissées inachevées. Ce très-remarquable artiste, à qui Michel-Ange ne dédaigna pas de faire des emprunts dans sa fresque du Jugement dernier, forma plusieurs élèves distingués, entre autres Archangelo Bernabei, T. Zaccagni et son fils Antonio,
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qui mourut en 1550. Il mena une vie austère et jouit d'une grande considération comme homme et comme artiste. Parmi ses fresques, on cite celles qu'il exécuta en 1472, à Saint-Laurent d'Arezzo et qui ont été détruites ; le Voyage de Moïse en Egypte et la Mort de Moïse, à la chapelle Sixtine; la Découverte des oreilles de Midas et Ente emportant son père, au palais de Pandolfo- Petrucci; plusieurs morceaux importants à Cortone; Une circoncision à Volterre; la Chute de l'Antéchrist , la Résurrection universelle, le Jugement dernier, à Orvieto ; une série de trente fresques représentant la Vie de saint Benoit, au couvent de Monte-OKveto-Maggiore, près de Sienne, œuvre extrêmement remarquable, qui fut terminée par Bazzi, et dans laquelle il joignit à la science du dessin une remarquable entente de la perspective et des raccourcis. Parmi ses tableaux, nous mentionnerons : le Jardin des Oliviers, la Flagellation, la Cène, la Vierge, Saint Augustin et la Trinité, la Sainte Famille, l'Annonciation, l'Adoration des mages, à Florence ; l'Adora* ion des mages, à Rome ; la Vierge, une Madone, à Péiouse; V Annonciation, une Madone, à Volterre ; une Flagellation et une Madone, au musée de Brera; une Annonciation , la Nativité de la Vierge, une Adoration des bergers, qui passe pour son chef-d'œuvre, au Louvre ; une Sainte Famille, au musée de Vienne, etc.
SIGNORELLI (Pietro -Napoli), littérateur italien, né à Naples en 173.1, mort dans la même ville en 1815. Il fit son éducation chez les jésuites, étudia ensuite le droit, et enfin s'adonna aux lettres. A la suite de chagrins domestiques, il émigra en Espagne (1705) et fut nommé garde de la loterie royale à Madrid. Après un séjour de dix-huit ans dans cette dernière ville, il revint à Naples, fut nommé secrétaire de l'Académie royale (1784), et, lors de ta proclamation de la république parthénopéenne (1799), il fut nommé membre du comité de législation. Quand la république tomba, il s'enfuit de Naples, et professa la poésie au collège de Brera, puis la diplomatie et l'histoire a Bologne (1804). En 1807, il regagna son pays natal et obtint une pension de Murât. Ses principaux écrits sont: Storia critica de' teatri antichi e moderm (Naples, 1777, in-8°); Fauslina, comédie (Lucques, 1779, in-8°); Tableau de l'état des sciences et de la littérature en Espagne (Madrid , 1780, in-8°); Vicende délia coltura nelle due Sicilie (Naples, 1784-1786, 5 vol. in-8<>); Opuscoli varj (Naples, 1792, 4 vol. in-8»); Elementi di poesia rappresentativa (Milan, 1801, in-8°) ; Elementi di critica diplomatica (Milan , 1805, 4 vol. in-8°); Lezioni academiche (1812, in-4°), etc.
SIGNOR1NCS ou SIGNOROLLUS (Homodeus), jurisconsulte italien en grand renom au xive siècle, né à Milan, mort en 1362. Il professa le droit à Padoue, Plaisance, Turin et Pavie, et prit part en 1351 à la rédaction des lois municipales de sa patrie. On a de lui : Repetiliones, un volume de Consilia et qussstiones (Lyon, 1549, in-fol.) et une conférence (Disputatio) sur la question suivante : Utrum sit prsferendus doctor an miles, insérée dans la collection intitulée Oceanus juridicus (t. XXIV, p. 23).
SIGNY-L'ABBAYE , bourg de France (Ardennes), ch.-l. de eant., arrond. et à 30 ki loin. O. de Mézières; pop. aggl., 2,160 hab. — pop. tôt., 2,818 hab. Filatures de laines, fabrication de châles ; usines métallurgiques. Ce bourg se forma au xn« siècle autour d'une abbaye de l'ordre de Citeaux, fondée par saint Bernard en 1134, et dont il ne reste plus que quelques bâtiments convertis en établissement industriel,
SIGNY-LE-PET1T, bourg de France (Ardennes), ch.-l. de cant., arrond. et à 20 ki- Iom. O. de Rocroy; pop. aggl., 1,273 hab. — pop. tôt., 2,053 hab. Fabrication de noir animal; usines métallurgiques, tuileries, briqueteries, minerai de fer, carrières de moellons; château.
SIGOLÈME (SAINTE-), bourg et commune de France (Haute-Loire), cant. de Monistrol-sur-Loire, arrond. et à 19 kilom. N,-E. d'Yssingeaux ; pop. aggl., 930 hab. — pop. tôt. , 2,948 hab. Fabrication et commerce de fromages estimés ; commerce de bétail, rouennerie , toiles d'Auvergne , draperies. Ruines du château de Latour, qui a donné son nom à la famille de Latour-Maubourg.
SIGONIO (Carlo), en latin Sigo«tu>, célèbre archéologue italien, né à Modène en 1524, mort en 1584. Il prit des leçons de grec de Portici, étudia la philosophie et la médecine à Bologne et fut pendant quelque temps attaché à la personne du cardinal Grimani (1545). A vingt-deux ans Sigonio, devint professeur de lettres grecques dans sa ville natale. En 1552, il alla enseigner la littérature à Venise, où il passa huit ans, se lia avec Panviijo et acquit, comme érudit, une réputation qui lui valut d'être appelé en 1560 à Padoue pour y professer l'éloquence. Là, il établit, sous les auspices de la république de Venise, une école qui devint bientôt célèbre (Gymnasium patavinum) et où il eut pour collègue l'illustre latiniste Bonamicus. En 1563, à la suite de démêlés avec Robertelto, il quitta Padoue pour aller se fixer à Bologne. Sigonio était en relation avec les personnages les plus éminents de l'Italie et la plupart
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de ses élèves se firent un nom dans la science, entre autres Muret; on voyait même des princes suivre ses leçons. Il a surtout étudié les antiquités politiques et a rendu dans le domaine de l'histoire de très-grands services a la science. Ainsi il a élucidé le premier les questions relatives à l'ancien droit et aux institutions da l'Italie et de Rome. En outre, on lui doit de remarquables travaux sur Tite- Live. 11 s'est fait estimer comme professeur et comme écrivain par la netteté de son coup d'œil et la sûreté de sa critique. Son style latin est pur et élégant, et sous ce rapport il rivalise avec Paul Manuce et Muret, si bien que beaucoup de savants ont soutenu que la Consolatio publiée par lui sous le nom de Cicéron était réellement l'œuvre de l'orateur romain ; on est maintenant revenu de cette idée; mais il est certain que la Consolatio en question date du xvi» siècle. Les accusations de faux lancées à ce propos contre Sigonio auraient, à en croire quelques auteurs, abrégé ses jours. Sa vie a été écrite par Muratori; on Ja trouve en tête de la collection complète des œuvres de Carlo Sigonio publiée par Philippe Argelatin : Caroli Sigonii opéra omnia édita et inedita (Milan, 1732-1737, 6 vol. in-fol.). Ses principaux ouvrages sont : Rcgum, consulum , dicialorum ac censorum romanorum fasti (Modène, 1550, in-fol.); De nominibus Romanorum (Venise, 1553, in-fol.); Fragmenta e libris deperditis Cicerouis collecta (1559, in-go); Orationes VII (1560, in-8°); De antiquo jure cioium romanorum; De anliquû jure Itatise (15G0, in-fol.); De dialogo (1561, in-8°) ; Dispulalionum patavinarum libri II (l3G2,in-8°); De republica Atheniensiun (1564, in-4°); De judiciis Romanorum (1574, in-4°); De regno Itulix libri XX (1580, in-fol.); De occidentali imperio (1577, in-fol.); Historiarum bononiensium libri V/(1578, in-fol.); De republica JJebneorum (1582, in-4»), etc. Les œuvres do cet éminentêrudit ont été réunies et publiées à Milan (1532-1537, 6 vol. in-fol.).
S1GORGNE (Pierre), philosophe et physicien français, né à Rembereourt-aux-Bois (Lorraine) en 1719, mort à Maçon en 1809. Entré dans les ordres, il fut nommé professeur de philosophie au collège du Plessis; mais, soupçonné d'être l'auteur d'une chanson qui tournait ses supérieurs en ridicule, il se vit interdire le séjour de Paris et se rendit à Màcon , où il fut nommé vicaire générai. L'administration de ce diocèse ne l'empêcha point de s'adonner aux lettres et aux sciences. Ses principaux écrits sont : Examens cl réfutations des leçons de physique données au collège Royal (Paris, 1741, in-lï); Institutions newloniennes (Paris, 1747, 2 vol. in-8») ; Lettres écrites de la plaine (Amsterdam, 1765, in-12); le Philosophe chrétien (Avignon, 1765, in-12); Institutions leibniziennes (Lyon, 1707, in-40).
S1GOULÈS, bourg de France (Dordogne), ch.-l. de caDt., arrond. et à 15 kiloin. S.-O. de Bergerac; pop. aggl., 336 hab. — pop. tôt., 725 hab.
S1GOURNEY (Lydia Hontly, mistress ) , femme de lettres américaine, née à Norwich (Etats-Unis) en 1791. Elle débuta dans la carrière littéraire, en 1815, par un volume de Mélanges qui reçut un accueil assez favorable. Depuis cette époque, elle a publié les Aborigènes d'Amérique (1822); le Conneclicitt depuis cinquante ans (1S24); Contes en prose, essais poétiques; Petits poèmes; Vers pour tes enfants; Zinzendorf , roman; Lettres; Agréable souvenir de pays agréables; Pocahontas, poiime, etc.
SIGOYESS, chef de hordes gauloises, neveu du roi des Bituriges Ambigat. Il vivait dans le vie siècle avant J.-C. Pendant que son frère Bellovèse envahissait l'Italie, il conduisit ses bandes de Volées Tectosages en Germanie et les établit dans la région hercynienne. On rapporte cette expédition à l'au 588 avant notre ère.
S1GRAIS, littérateur français. V. Bourdon de Sigrais.
SIGTUNA, petite ville de Suède, dans la préfecture et à 75 kilom. N.-E. de Stockholm, sur la baie de son nom, formée par la partie septentrionale du lac Mrelarn ; 627 hab. Eglise très-remarquable. La tradition attribue sa fondation à Odin.
S1GUANE s. f. (si-goua-ne). Erpét. Syn.
d'ORVET.
SIGUENOC s. m. (si-ghe-nok). Crust. Autre forme du mot signoc.
SIGUENZA, la Segonlia des Romains, ville d'Espagne, province et à 75 kilcjm. N.-E. de Guaduiaxara, sur la rive gaucho de l'Henarès; 4,770 hab. Evêché; séminaire; collège. Avant 1809, il y avait une université,' fondée en 1470. Teintureries, poteries; fabrication de chapeaux, clous, gros draps, quincaillerie. Aux environs, carrières de marbre et do plâtre. Siguenza, ceinte de vieilles murailles, possède une belle cathédrale, et plusieurs couvents de franciscains et d hiéronymites.
SIGUENZA (Joseph de), écrivain espagnol, né à Siguenza vers 1545, mort en 1G06. 11 était membre de l'ordre des hiéronymites ou ermites de Saint-Jérôme et prêchait avec beaucoup de talent. Dénoncé par des inoinus jaloux de ses succès oratoires comme suspect de luthéranisme, il resta eu réclusion peu-
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dant une année dans le monastère de la Sisla, puis il fut remis en liberté et devint supérieur du couvent de Saint-Laurent-de-1'Escurial. On a de Siguenza : la Vida de san Geronimo, doclor de la sauta Iglesia (Madrid, 1595, petit in-4°), et Secunda y tercera parte de ta historia de la orden de san Geronimo (Madrid, ieoO-1605, 2 vol. petit in-fol.).
SIGUENZA Y GONGORA (Charles de), poète et mathématicien mexicain, né en 1645, mort en 1700. Elevé chez les jésuites, il embrassa l'état ecclésiastique et professa à l'université de Mexico la philosophie et les sciences exactes. Charles II d'Espagne lui conféra le titre de géographe royal et lui fit une pension. Les principaux ouvrages de Siguenza sont : Orientalis planeta Evangelica (Mexico, 1700, in-40); Expositio phitosophica adversus comètes (Mexico, 1681, in-4°) ; Libra astronomica et philosopkica (Mexico, 1690, in-4°).
S1GUETTE s. f . (si-ghè-te). Manège. Caveçon de fer creux, garni de dents de fer, et composé de plusieurs pièces à charnières. Ij Mors à la siguette, Mors dont on se sert pour dompter les chevaux vicieux.
SIGURD, héros mythique des races Scandinaves. Ce personnage occupe, dans les traditons de VEdda, la même importance qu'Achille dans les mythes helléniques, quettama dans les épopées indoues. Comme eux, le héros* Scandinave est de haute lignée et descend des dieux. Sigurd est fils de Sigmund et de liioidi, de la famille des Wolsungen, dont le dieu Odin est la souche. Elevé à la cour du roi Hialprek (ChiJpéric), ce héros reçoit de la main du forgeron Regin une épée merveilleuse, Gram, la uonpareille, dont le Al est si tranchant que, plongée dans le Rhin, elle coupe net le flocon de laine qui vogue à la dérive. Or, ce n'est pas sans raison que le forgeron Regin a fait cet incomparable présent au jeune Sigurd. Regin, après en avoir armé le héros et lui avoir choisi dans les étables de Hialprek l'étalon Grani qui galope à travers les trames, conduit le héros sur la bruyère Gnitaheide et le pousse à tuer le dragon Fafnir, qui garde un trésor merveilleux. Sigurd creuse une fosse et, quand le dragon la franchit, il lui perce le cœur avec l'épée Gram. Fafnir est frappé àinort; Regin accourt alors et boit le sang du dragon, puis il demande à Sigurd de lui faire rôtir le coeur de Fafnir. Sigurd, en s'occupant de ce soin culinaire, se brûle les doigts. 11 les met dans sa bouche et aussitôt que le sang du dragon a touché sa langue, il comprend le langage des oiseaux. Des aigles, qui du haut d'un arbre voisin assistaient à la scène, s'entretenaient des projets de meurtre que Regin méditait contre Sigurd. Celui-ci averti s'élance vers le traître et lui tranche la tête. Après avoir mangé le cœur et bu le sang de Fafnir, il charge le trésor sur Grani, et, obéissant au conseil- des aigles, il s'élance sur la terre des Francs. A Hindarfialt, dans un château fort entouré de flammes, repose un beau guerrier. Sigurd lui enlève son casque et, avec le tranchant de son épée, déchire sa cotte de mailles. Il reconnaît alors que c'est une femme. En effet, c'est Brunhild qui, comme ■walkyrie, s'appelle Sigurdrifa. Pour la punir d'une désobéissance à ses volontés, Odin l'avait frappée d'un sommeil magique dont el!e ne pouvait être délivrée que par le secours d'un homme qui n'a jamais connu la peur. Réveillée, elle bénit les dieux et s'attache à son jeune libérateur, à qui elle révèle toute ia science des runes. Après être demeuré quelque temps auprès de celle envers qui il a engagé sa foi, Sigurd la quitte et se rend aupro- des lilsde Giuki, Gunnar et Hœgni. Il devine leur frère d'armes, et même bientôt les liens du sang les unissent. Grimhild, la mère de ces chefs, fait boire à Sigurd un breuvage qui lui enlève tout souvenir de Brunhild. Parjure à ses serments, il épouse la fillo de Grimhild, Gudrun aux blonds cheveux. Gunnar veut obtenir la main de Brunhild, et il part pour aller la conquérir. Sigurd l'accompagne, se déguise en se couvrant des armes de Gunnar et, monté sur Grani, le seul cheval qui ose franchir les flammes qui ceignent le burg de la jeune fille, il pénètre jusqu'auprès d'elle, et passe Ja nuit à ses côtés, séparé d'elle par son épée, posée entre eux sur la couche. Brunhild épouse Gunnar, niais elle aime toujours Sigurd et demeure inconsolable de sa perte. Bientôt un incident change sa douleur amoureuse en ardeur de vengeance. Un jour qu'elle se baigne avec Gudrun dans la rivière, une querelle s'élève entre elles, chacune prétend avoir l'époux le plus brave. Sigurd a tué Fafnir et Regin, dit Gudrun. — Gunnar a chevauché à travers le Wafrlogi, le cercle de flammes qui ceignait mon burg, répond Brunhild. — Non point, répond Gudrun, celui qui a accompli cet exploit, c'est Sigurd, et la preuve en est cet anneau, VAndavaranaut, qu'il a repris à ton doigt et qu'il n\'a donné. Brunhild, pour se venger, pousse Gunnar à tuer le héros. Gunnar se laisse convaincre; Hcegni l'en détourne en vain ; leur jeune frère Guttorm, excité par eux à commettre le crime, frappe Sigurd tandis qu'il dort près de Gudrun. Le héros mourant se soulève sur le lit et lance son épée Gram sur le meurtrier, qui tombe à terre séparé en deux par la force du coup. Brunhild ne lui survivra pas : elle fait élever un immense bûcher, se perce le sein et se fait brûler avec le corps de Sigurd. La
SIGW
personnalité de Sigurd a un caractère mythique que M. de Saveleye a essayé de résumer : « Un dieu brillant et beau, dit-il, le dieu de la paix conquise par la victoire (sieg, victoire, fried, paix) tue les gardiens des sombres royaumes de Nifiheim et enlève leur trésor au dragon qui le défend. 11 acquiert par cet exploit des richesses immenses et une force merveilleuse; mais il tomba sous la puissance des divinités de la Nuit et de la Mort. Il faut qu'il s'allie à elles, qu'il épouse leur sœur, et que, pour satisfaire leur souverain, il arrache aux flammes qui la protègent la belle walkyrie resplendissante de lu niière. Il l'aime, il lui donne l'anneau magique pris daus le trésor, mais il ne peut l'épouser, car elle doit devenir la femme de son maître. Il est enfin tué par l'épine de la Mort (httgene) et le trésor est jeté dans le Rhin. Si tel était le sens de la mystérieuse saga, qui a absorbé plus tard des souvenirs empruntés au monde réel, la donnée primitive serait très-simple, car elle ne serait autre, au fond,1 que la lutte des divinités de la lumière contre celles des ténèbres, des forces émanées du bon principe contre celles émanées du mauvais principe. Le mythe qui domine les traditions des Ifibelnngen aurait ainsi sa racine dans l'antique dualisme de l'Orient. »
Sigurd, le tueur do drngom, drame épique de La Motte-Fouqué (isos). Les drames en vers de La Motte n'étaient pas destinés à la scène. Celui-ci est une œuvre pleine d'audace, où les sagas héroïques de l'ancienne Scandinavie se reflètent avec tout leur monde de géants et de sorciers. La pièce contient de grandes beautés. Le héros Sigurd est un personnage surhumain. « U a du courage comme cent lions, a dit plaisamment Henri Heine, et de l'esprit comme deux ânes. ■
SIGURD l«r, roi de Norvège, né vers 10S9, mort en 1 130, Il était depuis 1098 roi des Hébrides, des Orcades et autres îles, Jor.sque, à la mort de son père Magnus III, il lui succéda comme roi de Norvège (1103), concurremment avec son frère Eystein. En 1107, laissant la direction du gouvernement à ce dernier, il s'embarqua pour la terre sainte, mouilla sur les côtes de Portugal, battit une flotte maure dans le détroit de Gibraltar et arriva enfin à Jérusalem en 1110. Après avoir aidé le roi Baudouin à prendre Sidon, Sigurd se rendit à Constantinople, vendit ses vaisseaux à l'empereur Alexis et revint dans son royaume, après avoir traversé Ja Hongrie et l'Allemagne. Devenu un catholique ardent, ce prince s'occupa principalement à convertir par la force ses sujets et à établir des lois ecclésiastiques. II avait épousé une princesse russe, avec laquelle il divorça vers la fin de sa vie, pour se remarier avec une belle et jeune Norvégienne.
SIGURD 11, roi de Norvège, mort en 1139. Fils naturel de Magnus III et frère du précédent, il mena longtemps une vie aventureuse à travers l'Europe et ht un voyage en Palestine. Sigurd, qui avait été ordonné prêtre, résolut de détrôner son frère Harald IV et ne recula pas devant un' assassinat (1130). Il parvint à se faire proclamer roi dans les contrées de l'Est, mais le reste du royaume se prononça en faveur des jeunes fils d'Harald, Sigurd et Ingon, et, dans l'espoir de les vaincre, il quitta Ja Norvège pour aller recruter une arméo en Danemark et en Suède. A son retour, il attaqua dans la baie de Wigen la flotte qui défendait les jeunes princes, fut vaincu, tomba entre les mains des vainqueurs et fut mis à mort.
SIGURD III, roi de Norvège, né en 1132, tué en 1155. Il était 111s de Harald IV et partagea le rpyaume avec son frère Ingon, après la mort de Sigurd II (1139). Ce prince ambitieux se ligua ensuite avec son frère illégitime Eystein II pour dépouiller Ingon, qui était infirme. Mais la cause de celui-ci fut défendue par Gregovius, qui battit Sigurd et le tua.
SIGURDSSON (John), érudit et écrivain islandais, né à Rafnseyri en 1811. Les brillantes études qu'il lit à l'université de Copenhague lui valurent une des pensions fondées par Magnus en faveur des jeunes gens qui se distingueraient par leur précoce savoir. En 1841, la Société des antiquaires lui donna la mission d'aller étudier à Stockholm et à Upsal les anciens manuscrits islandais. A partir de ce moment, il se livra à des recherches sur son lie natale et devint successivement secrétaire de la Société islandaise, de la commission Arna-maguéenne, membre du comité de la Société des antiquaires du Nord (1847).
M. Sigurdsson a pris part aux affaires politiques de son pays, tant comme député à l'Assemblée islandaise, en 1845 et 1847, que comme député h l'Assemblée législative du Danemark. Outre de nombreux mémoires, on lui doit : Recueil des lois concernant V Islande (Copenhague, 1853, 7 vol. in-8»); Anciens chants islandais (Copenhague, 1S54, in-80); Etat politique de l Islande (Forholii, 1856). M. Sigurdsson a aussi collaboré au recueil des Sagas islandaises. (1843, 2 vol.),
SIGVA, rivière de la Ru<sie d'Asie, dans le gouvernement de Tobolsk. Elle prend sa source au versant des monts Ourals, au N. de Lupinska, coule au S.-E. et se jette dans la Sosva, après un cours de 235 kilora.
S1GWART (Georges-Frédéric), chirurgien