RUE MONTPARNASSE
1 — Tiré à'nn manuscrit de la Bita»» royale de Munich.— XIIe siècle. 3 — Alphabet lapidaire de Turin. — XV* siècle.
3 — Tiré du missel du cardinal Cornélius. — XVIIe siècle.
4 — Tiré d'un manuscrit du XVI0 siècle.
5 — Lettres bullatiques d'Italie — XVI° siècle.
G — Tiré d'un manuscrit de Venise. — XVe siècln.
Tiré d'inscriptions sépulcrales de Vienne (Autriche).— XIVe siècle. Tiré d'un évangéliaire de la Bibiu« royale de Munich. — XIe ciècle.
écriture d'église du XIVe siècle.
Tiré d'inscriptions sépulcrales lapidaires de Naples. — XIIIe siècle. Tiré de la Bible du surintendant Fouquet. — XIII0 siècle. Alphabet vénitien du XVIIe siècle.
S s, m. aujourd'hui, s. f. autrefois (se dans la nouvelle épellation, è-sedans l'ancienne). Dix-neuvième lettre de l'alphabet et la quinzième des consonnes : Grand S. S majuscule. Petit s. Un s minuscule. Ce mot prend deux s. . . . C'est ici que l'S en serpentant s'avance, A la place du C sans cesse elle s'élance; Elle souffle, elle sonne et chasse a tout moment Un son qui s'assimile au simple sifflement.
De Pus.
— S, Signe d'ordre, indiquant le dix-neuvième objet d'une série, la dix-neuvième place : Le casier s.
— Lettre numérale hébraïque valant 50, et surmontée de deux points 50,000. Il Lettre numérale grecque valant 200 avec l'accent supérieur adroite, 200,000 avec l'accent inférieur à gauche, il Lettre numérale latine valant 7 ou, selon d'autres, 70, et 70,000 avec une ligne horizontale supérieure.
— Lettre numérale employée au moyen âge pour représenter le nombre 7, et 7,00o quand elle était surmontée d'un trait horizontal.
— Signe qui, sur les anciennes monnaies de France, indiquait qu'elles avaient été frappées à Reims. Il S barré on précédé d'une barre veut dire sesterces dans les anciens manuscrits.
— Comme abréviation, S remplace certains mots qui commencent par celte consonne. Il Dans les titres honorifiques, il signifie sainteté, seigneurie; S. S., Sa Sainteté; V. S., Votre Sainteté ou Votre Seigneurie. S. E., Son Kminence ou Son Excellence; S. M., Sa
Majesté; S. V. P. veut dire S'il vous plaît. Il Dans les anciens monuments, S signifie sacetlum, Chapelle ou trésor publie ^sacrum, Sacré, consacré; scriptus, Ecrit; semis, Demi; senatus, Sénat ;«epti/criim, Sépulcre ;septtltus, Enseveli ; sanctus; Saint ; sequitur, Suit ; $ervius, nom propre; servus ou sema, Esclave; sic, Ainsi ; siientium, Silence ; sinijuli, Plusieurs pris chacun séparément; siltis. Mis, inhumé; solvil, A payé; stipendi'vn, Solde; sub, Sous. SS. sanclissimus ou sncrosanctus, Très-saint, ou supra scriptus, Ci-dessus ; S. C, senatusconsultum , Sémiitis- consulte, peutêtre aussi senteniia collegii, Avis du collège ; S. P., sua pecunia, sumptu suo, A ses frais, ou sibi posuit, A établi pour soi; Sp., Spurius; Ser. , Servius ou Seroilius ; Sext. , Sextus ; S. J., sacrum Jovi, Consacré à Jupiter ; S. M., sacrum AFanibus, Consacré aux mânes; S. D. M., *acrum dis Afuuibus, Consacré aux dieux mânes; S. P. Q. R., senatus populusque Ronmnus. Le sénat et le peuple romain ; S. AS. D. . sub ascia dicavit, A consacré sous la hache ; S. C. P., sacro facto. Après un sacrifice; S. D., salutem dat ou dicit, Salue, ou supra dictus, Susdit; S. D. N., sanclissimus Dominus noster, Notre-Seigneur tres-saiut; S. E., situs est, Est situé ; S. E. T. L., sit et terra teois, Que la terre lui -soit légère ; S. l..sua impensa, A ses frais; S. V, B. E. E. Q. V., aï vales bene est, ego quoque valeo, Si vous êtes en bonne santé, c est bien, moi aussi je me porte bien, formule employée à la lin des lettres, il Dans les diplômes et chartes, avant les noms des signataires ou avant la croix qui remplace
leur nom, S remplace le mot signum, Si^ne. |] Dans les livres de géogrnphie, 3. signilie sud; S.-O., sud-ouest; S-S.-O., sud-sudouest; O.-S.-O., ouest-sud-ouest; S.-E., sud- ! est; S.-S.-E., sud-sud-est ; E.-S.-E., est- ! sud-est. il En chimie, S représente le soufre; | Se, le sélénium; Si, le silicium, Sr, le strontium; Sb, l'antimoine ; St, l'étuin. Il Dans l'an- ! cienne pharmacie, S signifiait semis. Demi ; S. Q.,sufficien* quanlitas, Quantité suffisante. Il Sur les partitions musicales, S signifie quel- | quefols solo. Il Dans les écritures commerciales, S/C signifia Son compte; S. O., Sauf ! omission; S. E., Sauf erreur; S signifiait au- ; trefois sol ou sou.
I — Loc. faiti. Allonger les s, Altérer un : compte, parce qu'en ajoutant une queue à > la lettre s on en faisait un f, qui signifiait I franc ou livre, et on changeait, ainsiies sous I en francs. Il Faire des S, Ne pas marcher I droit, faire des zigzags comme une personne I ivre.
! — Anat. S du côlon, Partie de cet intestin
qui à" la forme d'un S.
| — Encycl. Il est facile de reconnaître dans la forme de notre s celle du sigma minuscule des Grecs, », comme aussi celle du saniekdes i Phéniciens et des Hébreux. Pour y retrouver également celle du sigma majuscule, qui a la ' forme d'un grand M couché sur le côté, I, il i faut remonter l'histoire des transformations : de cette dernière jusqu'aux zigzags de 1 1 let- 1 tre phénicienne correspondante, dont les angles, en s'arrondissant, ont tliii par présenter
le trait serpentant du * latin. Dans l'alphabet hébraïque, qui a. deux s, le nom du samek signifie étal, support; celui du sin, dent. On ne sait où Court de Gébeliu a pu trouver quedans l'alphabet primitif l'intonation sifflante s se peint par une scie. 11 est vrai qu'il ajoute que cette intonation se peint aussi par la ' mâchoire d'en bas, parce qu'elle signifle tout I ce qui sert à broyer, à mâcher. Dans les | hiéroglyphes, des sceptres, la siphon, l'œuf, des couvercles de carquois, des instruments ' d'art, des chacals sont les objets auxquels les i Egyptiens passent pour avoir attaché l'idée I de cette articulation.
I L'articulation représentée par la lettre s est linguo -dentale, c'est-à-dire, dit M. Vaïsse, ' que c'est un son qui se produit par la sortie rapide du souffle pressé entre les bords des incisives supérieures et la partie antérieure I du dos de la langue, s'appuyant et se raidissant sur les incisives inférieures. • C'est une lettre forte, dont la faible correspondante est les; les grammairiens lui donnent aussi la qualification de sifflante, en raison de l'effet particulier qu'elle produit sur l'oreille de l'auj diteur. » Cet effet n'est nulle part plus frap- ! pant que dans le vers de Racine si souvent ! cité pour son harmonie imitalive :
I Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos tiHes 1
Chcvallet appelle le s une aspirée dentale forte, pour laquelle les dents s'écartent un peu moins que pour les explosives denUles, de façon que l'ouverture longitudinale qu'elles liassent entre elles est plus retreeie ; lu
bout de la langue s'appuie avec quelque foive contre les incisives inférieures et sa partie moyenne s'élève vers le palais de manière à ne laisser entre elle et lui qu'un étroit passage. L'air, chassé des poumons avec une certaine abondance et une certaine énergie, s'échappe avec vitesse par ce passage, ainsi que par celui qu'il trouve libre entre les dents incisives, et fait entendre en sortant un sifflement assez fort.
M. M;ix Mùller explique autrement la formation du sun représenté par l'articulation s. Selon lui, le s et le S ne sont que des modifications de l'aspiration ; c'est la barrière que l'on pi'oduit en avançant la langue vers les dents qui change l'esprit rude en s, l'esprit doux en z; le premier de ces sons est complètement sourd, le second est susceptible de recevoir une intonation. Ainsi, nous avons risque, singe, d'une part, de l'autre risée, hasard. Selon le même savant, le s chuintant dont nous parlons plus bas est produit par une autre barrière que l'on forme en ramenant la langue en arrière et en lui donnant une forme plus ou moins concave, plus ou moins retroussée, de telle sorte que nous pouvons aisément voir sa face intérieure s'opposer à. la face postérieure des dents d'en haut au point où elles confinent au palais; en comprimant l'air et en le forçant a sortir à travers cette espèce d'auge, nous avons la lettre sh telle qu'elle s'enteud dans l'anglais sharp ou le cft français dans chat, et * tel qu'il s'entend dans l'anglais pleasure ou le j du français jamais. Le premier de ces sons est muet, le second admet une intonation.
Le rapport organique qui existe entre les lettres * et z explique comment il se fait qu'entre deux voyelles le son de la première de ces consonnes se change souvent chez nous en celui de la seconde. Celle-ci ne diffère de l'autre, selon M. Vaîsse, que par l'action des cordes de la glotte qui l'accompagne, comme cela a lieu pour toutes les consonnes dites vulgairement faibles et mieux sonnantes. Or, comme l'action de cet appareil est aussi l'une des conditions de la prononciation des voyelles dans la parole à voix, haute, il eu résulte qu'il est plus facile entra deux voyelles de prononcer ; que s, puisqu'il y a moins de changement a opérer dans la disposition de l'organe. C'est une raison analogue qui fuit donner le son du s à s final dans les liaisons entre les mots : Mes amis, bons élèves, etc.
Le sanscrit a en réalité trois s. Le premier est prononcé comme un s accompagné d'une faible aspiration: il appartient k la classe des palatales et s unit, comme sifflante dure, aux palatales dures. Examiné au point de vue de son origine, s est presque partout l'altération d'un ancien k, ce qui explique pourquoi dans les langues de l'Europe il est ordinairement représenté par une gutturale. Ainsi, le sanscrit ïu«>i, chien, est devenu en grec kuôit, en latin eaitis, en gothique hjinds, etc. Lu seconde sifflante du sanscrit appartient à la classe des cérébrales ou linguales et se prononce comme le ch français, le sh anglais, l'allemand sch ; elle remplace le s ordinaire dans certains cas déterminés. La troisième sifflante est le s ordinaire de toutes les langues, lequel en sanscrit est sujet à changement à la tin des mots et se transforme, d'après des lois déterminées, en visarga. Le s sanscrit se change dans certains cas en r; pareil changement a lieu en grec, en latin et dans plusieurs langues germaniques. En grec, ce changement a lieu seulement dans certains dialectes : epiyelastor, askor, pisur, gonar, tir, nekur pour epiyelastês, askos, pitftos, gouas, tis, nekus. Le latin change surtout s en r entre deux voyelles : eram, ero pour esam, eso; quorum, quurum pour le sanscrit kèsâin, kû.\âm. On trouve souvent aussi en latin un r linal à la place d'un s, par exemple au comparatif et dans les substantifs comme nmor, odor, dolor. Le haut allemand présente aussi ti cs-souvent un r pour un s primitif, soit au milieu des mots entre' deux voyelles, soit ù la fin.
Le zend a également un s palatal, un s cérébral et un s dental; ce3 deux derniers représentent la siillaute cérébrale sanscrite; la sifflante dentale ordinaire devient toujours A en zend. Le zend a deux aunes sifflantes, dont l'une se prononce comme le z français et l'autre connue le ;'.
Outre lu sifflante dure, le gothique a encore une sifflante molle qui manque a d'autres idiomes germaniques. Ulfilas la représente par la lettre grecque Z ; mais, de ce qu'il se sert de cette même lettre pour les noms propres qui en grec ont un z, il ne faudrait pas conclure avec Grimm que la sifflante gothique en question se prononçait ds, comme l'ancien s grec. Bopp conjecture que le z grec avait déjà au IVe siècle la prononciation du grec moderne, c'est-k-diie d'un s mou; c'est pour cela qu'Ullilas a pu trouver cette lettre propre a rendre le s mouillé de sa propre langue. Sous le rapport étymologique, ce s, qui 11e parait jamais au commencement des mots, excepté dans les noms propres étrangers, est une transformation de s dur. Au milieu des mots, il ne paraît jamais qu'entre deux voyelles ou entre une voyelle ou une liquide et une semivoyelle, une liquide ou une moyenne, notamment devant^', «, l, n, y, d. On le trouve rarement à la tin d'un mot; quand il est employé dans cette position, c'est presque
toujours que le mot suivant commence par une voyelle. En général, ù la fin des mots le gothique préfère la sifflante dure à la sifflante molle. La longueur du mot paraît aussi avoir influé sur la préférence donnée à la sifflante dure ou à la sifflante molle; dans les formes les plus étendues, on choisit le son le plus faible. Dans le haut allemand moderne, les semi-voyelles y, w, t et les nasales m, » changent un s antécédent en son aspiré sch. En slave, le s dental correspond, sous le rapport étymologique, aussi bien à la dentale s qu'à la palatale s du sanscrit. Au contraire, le lithuanien distingue ces deux lettres et présente d'une façon régulière un s dental pour le s dental sanscrit, un « palatal pour le s palatal sanscrit. Le slave a aussi un * qui a la prononciation du s cérébral sanscrit; mais il s'est formé d'une façon indépendante; il est sorti comme celui-ci, et comme le sch du vieux et du moyen haut allemand, d un s pur. Ce qui paraît déterminer en slave ia conservation de la sifflante dentale primitive dans les désinences personnelles, c'est la longueur du mot; les thèmes verbaux monosyllabiques ont seuls conservé l'ancien s, tandis que les thèmes polysyllabiques l'ont affaibli en un s cérébral. Ce dernier est toujours un affaiblissement du s dental, 11 n'y a pas d'autre raison à donner de ce fait que la loi commune de toutes les langues, qui sont sujettes à s'user et a se détruire. Le slave et le lithuanien ont aussi deux autres sifflantes molles, qui se prononcent comme les sifflantes molles du zend ; sous le rapport étymologique, ces sous proviennent presque toujours de l'altération d'anciennes gutturales, et ils se rencontrent quelquefois avec les palatales sanscrites et zendes, parce que celles-ci sont également d'origine gutturale.
: La lettre s est d'un fréquent emploi comme ! lettre euphonique. Entre un n final et une I consonne sourde de la classe des dentales, des cérébrales ou des palatales, on insère en 1 sanscrit une sifflante de même classe que la | muette qui suit. Ce fait a un analogue en haut allemand; dans certains cas, on insère , un s entre un n radical et le t d'une désinence ou d'un suffixe. De la racine ait», favoriser, vient par exemple, en haut ulle- I inand, anst, tu favorises, onsta, je favorisai, I anst, faveur-, de braim vient brunst, chaleur, et de chan, chunst, connaissance, science ;
* les mots modernes gunst, brunst et kunst ont conservé ce s euphonique. Le gothique se comporte de même dans aasis et atlbrunsts, holocauste. En latin, monstrum, de moneo, a un s euphuiiique de même sorte,
I Le s euphonique s'ajoute encore en sanscrit U certaines prépositions préfixes, k cause de la tendance qu'ont ees mots à s'unir à la , racine de la façon la plus intime et la plus ( commode. C'est ainsi que les prépositions sam, uua, pari, prati prennent un s eupho- ■ nique devant certains mots commençant patun k. Ce fait s'accorde d'une manière re- 1 marquable avec le changement de ab et de ob, dans le latin, en abs et obs devant e, q et p; la préposition ab peut même se changer en abs à l'état isole devant les lettres que nous venons de nommer. Il faut aussi rapporter a cette règle le eosmiltere pour committere, cité par Eestus. En grec, s se I combine souvent avec t, th et »t et paraît | devant ces lettres comme liaison euphonii que, surtout après des voyelles brèves, dans I des cas qui n ont pas besoin ici d'une raen- I tion spéciale.
| Le germanique change la dentale en s devant un / dans les prétérits faibles. Dans les
• suffixes formatifs commençant par un t, les | dentales se chaugent également en la sif-
flunte. Le zend s'accorde, sous ce rapport, 1 avec le germanique, mais plus encore avec le grec, car il change les dentales en s dental ou s palatal, non-seulement devant t, mais encore devant m. Le choix de la sifflante dépend de la voyelle qui précède ; s palatal se met après le son a, et s dental après les au- | très voyelles. Devant le d, qui ne comporte i pas une sifflante dure, le zend met par eu- ! phonie une sifflante douce. Le zend remplace aussi quelquefois, k la fin des mots, la den- . taie par une sifflante , de même qu en grec I on a, par exemple, dos pour doth, venant de dothi, pros puur proi, venant de proti. Dans l'ancien perse, les dentales et les sifflantes I finales sont supprimées après a et â; mais J après les autres voyelles, s cérébral reste comme le représentant du * dental sanscrit, 1 et f se change en * cérébral.
Le sanscrit, qui supporte un t final après ' toutes les voyelles, a pourtant quelquefois un s au lieu d'un l : adas, ceiui-ci, pour adat. On voit encore l'étroite affinité de t et de s par le changement contraire qui a lieu en sanscrit de s en t. Il a lieu quand un s radical se rencontre avec le s du futur auxiliaire et de l'aoriste, et dans quelques autres cas. En grec, le s initial du sanscrit est tres-souveut représenté par un esprit rude.
Les Hébreux et les Arabes ont deux Si les Hébreux le sumek et le sin, les Arabes le sin et le sad. Le sin ou chin des Hébreux avait lui-même deux valeurs, se prononçant, selon que le point diacritique dont il était surmonté était placé sur la gauche ou sur la droite, comme notre sifflante « ou comme notre chuintante ch. Ceux de la tribu d'Ephraïm, par un vice de prononciation qui leur était particulier, ne pouvaient faire entendre le
son exact du chin, et nous lisons dans la Bible qu'à l'époque de leur querelle avec ceux du pays de Galaad, un grand nombre d'entre eux, qui étaient tombés entre les mains de leurs ennemis et qui voulaient échapper a la mort dont ils étaient menacés, ayant voulu renier leur nationalité, furent reconnus à l'impossibilité où ils se trouvaient de répéter correctement le mot chiboleth, épi de blé, qu'ils prononçaient siboleth. Chez nous, beaucoup d'enfants éprouvent, comme on sait, la même difficulté à émettre l'articulation chuintante. Quant au sad des Arabes, il se distingue de leur siti parle degré particulier de force ou d'emphase avec lequel s'émet la première de ces deux consonnes.
Le s manque aux dialectes australiens et à plusieurs des idiomes polynésiens, dans lesquels il est remplacé par h. Ainsi, dans le tonga, nous trouvons hnhake pour sasake, et dans l'idiome de la Nouvelle-Zélande heke pour seke. C'est un phénomène analogue â celui qui s'est produit chez les Grecs, qui remplacent, comme nous l'avons vu, le s initial sanscrit par une aspiration. Dans le raratonga, le s manque également. Lorsque le h remplace un s primitif, ce A a un son sifflant et particulier, que les uns ont représenté pas sh, d'autres par he ou A', ou simplement par e. Ainsi, le mot hongi, du samoa songi, qui signifie saluer en se pressant le nez, a été écrit shongi, eliongi,heongi, h'ongi et zongi.
Dans la plupart des langues de l'Europe, le son chuintant du sin ou c/iin des Hébreux est représenté par diverses combinaisons de lettres dans lesquelles entre toujours lu lettre s; il se rend, en etfet, en anglais par sh, en italien par se devant une des voyelles e et i, en allemand par sch, en pulonais par sz. Les Allemands de l'ancien territoire de la Souabe donnent même au s simple le son de notre ch. Cette substitution de valeur phonétique a lieu principalement lorsque le s se trouve placé devant une autre consonne, comme dans spiegel, still.
En français, le groupe de lettres se devant e et t n'a que le son de s : sceau, scie. Cette valeur est également celle du c dans les mêmes circonstances : ici, ce.
En latin, s avait toujours le son que nous lui donnons dans verser; cette lettre a donc subi une véritable permutation toutes les fois qu'elle a le son de z dans les mots français dérivés du latin ; elle n'a été conservée dans ces mots que par un respect très-scrupuleux de l'étymologie.
Dans la dérivation du latin aux langues romanes, s est devenu souvent s, généralement représenté par s; ainsi : Asia, Asie ; causa, cause ; fusio, fusion ; miseria , misère ; musa, muse; uasus, nez; pausa, pause; rosa, rose.
S latin s'est aussi parfois changé en c; aspiSj aspic; simus, camus; sorbum, corme. Il est bien entendu que nous parlons du changement de s en c dur et non pas en c doux, comme on le trouve dans bercer, fait de versare; dans cidre, de sicera, etc. Dans ees mots, on ne peut pas considérer le remplacement du s par le c doux comme un cas de permutation, car ces deux lettres ont le même son ; on doit reconnaître que ce sont 1k de véritables infractions aux lois de notre système orthographique.
S latin est aussi uevenu r dans ossifraga, orfraie; testudo, tortue. 11 est devenu ch dans siser, chervis.
Quant au s français, il vient du latin s, c, t : t" d'un s originaire initial : seul, de salas ; serment, de sacramentum ; ou d'un s médian : cerise, de cerasus; maison, de mansio; asperge, de aspuragus; Gascogne, de Vasconia ; ou duo s final : mais, de mayis; ours, de ursus; épars, de sparsus; sous, de sublus; moins, de minus.
2° D'un c doux initial : sangle, de cingulum; ou d'un c médian : plaisir, de placere ; uoisïn, de vicinus; moisir, de mucere; oiseau, vieux français oisel, de aucetlus, forma du latin vulgaire pour avicellus; Amboise, de Ambacia.
3° D'un ( suivi des voyelles composées fa, te, io, tu ; poison, de polio; raison, de ratio; oiseux, de oiiosus; Venise, de Venelia; trahison, de traditio; liaison, do ligalio; palais, de pofafium; liera, de iertius.
SS français provient d'un x latin : essai, de exagium; essaim, de examen; laisser, de laxare; essorer, de exaurare; ou d'un ss : casser, de qitassare; fosse, de fossa.
Le s est quelquefois introduit dans le corps du mot devant une autre consonne afin de "donner plus de consistance à la voix : ustensile, de utensile; trosne, aujourd'hui trône, de ihronus.
' Nos pères, dit Chevallet, qui n'étaient point gênes par la rigidité des règles grammaticales, sacrifiaient beaucoup plus que nous à la douceur de la prononciation ; ils ne se faisaient point scrupule de se ménager des liaisons agréables à l'oreille, par un fréquent usage des lettres qu'ils ajoutaient k la fin des mots. Le * et le t étaient chez eux, comme chez les anciens, les consonnes le plus généralement employées à cet effet. Ce choix n'était nullement arbitraire; ces deux consonnes étaient celles qui se rencontraient le plus souvent & la fin des mots, et il en est encore de même aujourd'hui. Voulait-on éviter l'hiatus entre un mot finissant par une voyelle et un autre mot commençant par une autre voyelle, on ajoutait une consonne à la fin du
premier mot; mais quelle consonne auraiton choisie, sinon une de celles qui se présentaient le plus souvent dans la prononciation des finales? Ce choix était réclamé par l'analogie et nécessité par l'habitude qu'avait fait contracter à l'oreille le retour fréquent des mêmes désinences. Des raisons toutes pareilles déterminèrent les Grecs à se servir du n comme lettre euphonique.
» Nos pères, avons-nous dit, étaient d'autant plus portés a faire usage du s et du t comme lettres euphoniques, qu'ils étaient plus habitués au son final de ces deux consonnes; en effet, elles ne se faisaient point sentir autrefois à la fin des mots d'une façon exceptionnelle, comme aujourd'hui, et seulement pour former la liaison devant Une voyelle ; mais elles se prononçaient dans la plupart des cas, soit à la fin de la phrase, soit devant un mot commençant par une consonne; c'est ce que témoigne irës-lbrmellement pour le s Geoffroy H»«v :
« Prise, an, dit-il, nous est bon temoing, au
• chapistre De litlerarum commutatione, que « le s perl bien souvent sa vertu, quant il » dit : S i» métro apud vetuslissimos vim suam » fréquenter amittit... Les daines de Paris,
• pour la plus grande partie, observent bien » cette figure poétique, eu laissant le > final » de beaucoup de dictions; quant, au lieu » de dire : Nous avons disné en un jardin, et » y avons inengé des prunes blanches et noiu res, des amendes limitas et amères, des /!i gués molles, des pûmes, des pagres et des » yrusetles, elles disent : Nnus auou disné en » un jardin, et y uvon mengé des prune btan- » cAe et noire, des amende doulce et amère, » des figue molle, des pome, des poyre et des » gruseile. Ce vice leur seroit excusable, se » n'estoit qu'il vient de femme à homme, et » qu'il se treuve entier abus de parfaictement < pronuncer en parlant. • La prononciation que l'on trouvait ridicule sous François 1er est la seule qui soit admise aujourd'hui ; celle qui était usitée par Geoffroy Tory, Robert Éstienne et Marot nous paraîtrait maintenant singulièrement barbare.
Nous employons actuellement le s euphonique avec la seconde personne de l'impératif va et avec toutes les secondes personnes de l'impératif terminées par un e muet qui appartiennent k des verbes des deux premières conjugaisons-, mais la lettre euphonique n'est autorisée que dans le cas où l'impératif est suivi des pronoms en on y ; vas-en chercher, vas-y voir, acceptes-en l'augure, donnes-y les mains, offres-en à mademoiselle, souffres-y quelques défauts. L'emploi constant du s dans toutes les autres secondes personnes du singulier est sans doute cause que f usage en a été consacre, comme lettre euphonique, dans ce cas particulier. On peut encore employer, en poésie, le s euphonique avec l'ailverbejKSçueetavee l'adverbe guère, lorsqu'ils se trouvent devant une voyelle ; ou dira venez jusqu'ici ou venez jusques ici, il n'est guère elonnunt ou il n'est yuères étonnant.
Enfin, le s a joué le rôle de lettre euphonique à la fin du mot quatre, dans l'expression entre quatres-yeux; c'est ainsi qu écrivait l'académicien Beauzée, et l'Académie veut qu'un écrive entre quatre yeux, mais qu'un prononce entre quatre-z-yeux. 11 est permis, il est vrai, de trouver téméraire cette décision de l'Académie.
Les liaisons qui se font au moyen du s euphonique sans 1 autorisation de la grummaire sont vulgairement appelées cuirs, eu souvenir de certaine t,cène d'une petite pièce de théâtre dans laquelle un des acteurs s'adressant à un coutelier le prie de lui vendre un rasoir avec s'uu cuir.
Un certain nombre de mots qui, par raison d'euphonie, recevaient accidentellement un * final gardèrent définitivement cette consonne et la conservent encore aujourd'hui. Dans quelques cas, l'addition de lu consonne finale parait résulter, non pus précisémeut du besoin de l'euphonie, mais de l'esprit d'analogie. Il est arrivé, en effet, que certains mots a la fin desquels le s n'était nullement exigé par l'étymologie ont reçu néanmoins cette consonne par cela seul que leur dernière syllabe avait un sou analogue k la dernière syllabe d'un bon nombre d'autres mots finissant par un s. Ainsi les désinences abam, ebam de la première personne singulière de 1 imparfait de l'indicatif latin furent d'abord transformées en eue, oue, oie, oi; on ajouta ensuite un s paragogique et l'on eutj'uimois, de amubam; je dormais, de dormiebum ; je mouvais, de mooebum; je perdais, de perdebam; enfin, de nos jours on a remplacé ois par ais et nous écrivons j'aimais, je dormais, je mouvais, je perdais. De même, la désinence rem de la première personne singulière de l'imparfait du subjonctif latin forma la première personne singulière de notre conditionnel présent, d'abord terminée en roie, roi; on ajouta ensuite un s, et l'on eut j'aimerois, de amarem; je dormirais, de dormirem; je mouvrais, de moverem; je perdrais, de perderem; enfin, nous uvuus changé ois eu ais comme dans l'imparfait de l'indicatif, et nous écrivons yaimerais, je dormirais, je mouvrais, je perdruis. Dans la première personne singulière du présent de l'indicatif latin, la désinence o ou eo ayant disparu, nous eûmes d'abord pour nos trois dernières conjugaisons je fini, de fiitio ; j'assied, de asttdeo; je vend, de vendo. Plus tard, on ajouta un s final
SA
et l'on eut je finis, j'assieds, je vends. On a Substitué le a) à son homophone s dans je peux, je uaux, je demi. La première personne singulière du présent de l'indicatif sum et celle du parfait fui ont d'abord formé je mi, je fu, qui sont devenus je suis, je fus. La première personne singulière du présent du ■ subjonctif sim a d'abord donné je soie, je soi, et ensuite je sots. Il est à remarquer que les mêmes personnes des mêmes temps du verbe avoir n'ont point reçu le * paragogique : j'ai, que y aie.
Un s final a été ajouté à beaucoup de noms de villes dont les primitifs n'avaient pas cette consonne : Catalnumtm, Ohâlona ; Londinum, Londres; Carmetum, Chartres; Santonum, Saintes; Verbinum, Vervins, etc. Le s paragogique fut encore ajouté a sans, de sine; à certes, de certe; k lors, de illa hora; à alors, de ad illam horam, ainsi qu'à plusieurs adverbes et à plusieurs conjonctions qui ne l'ont pas conservé, tels que : mesmes, encores, doncques, avecqnes, oncques, etc.
Un s final est le signe ordinaire du pluriel des noms dans plusieurs des langues de l'Kurope moderne, le français, l'espagnol, le portugais, l'anglais. Dans l'ancien français, comme dans le provençal, le s final était à l'origine la caractéristique du nominatif singulier et de L'accusatif pluriel ; Romans, par exemple, formait la double contraction de Itomtinus et de lïnmanos, La suppression dui du singulier a fait plus tard de cette lettre la caractéristique régul.ère de l'autre nombre.
SA adj. poss. f, V. son.
SA s. m. (sa). Ane. mus. Nom donné primitivement au si.
SA ou SAA (Emmanuel), théologien portugais, fté k Villa-de-Conde en 1530, mort à Milan en 1596. A quinze ans, il embrassa la règle de saint Ignace et enseigna la philosophie à Coïmbre. Appelé en Italie par ses supérieurs, il fut nommé en 1557 professeur au collège romain et acquit de la réputation comme théologien et comme prédicateur.
Pau! V le chargea de travailler à l'édition de la Bible vuigate, et son ordre lui dut la fondation du séminaire de Milan et d'un grand nombre de maisons dans la haute Italie. 11 a laissé plusieurs ouvrages de théologie : Schotia in quatuor Evangetia (1596, in-4°); JVotationes in totam sacram Seripturam (1598, in-4°) et les fameux. Apliorismi confessariorum (Douai, 1627, in-24), où sont émises les propositions les plus hardies, notamment contre l'autorité royale. Un grand nombre furent censurées,
SA DA BANDEIRA (Bernardo de SA Nogueira, marqua de), homme politique portugais, né à Lisbonne vers 1796. Il servit lois de la guerre de l'Indépendance, en 1810, dans le lie régiment de cavalerie, fut grièvement blessé et fait prisonnier par les troupes françaises. A la paix, il resta quelque temps k Paris pour y compléter ses études scientifiques et suivie particulièrement les cours d'Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et de Gay- Lussac. De retour dans son pays, il prit une part active au mouvement révolutionnaire de 1820 et, lors du triomphe de la ivaclion en 1823, il dut regagner la France, d'où il passa en Angleterre. Après la promulgation de la charte de dom Pedro, il rentra en Portugal et reprit du service. Lors du siège d'Oporto, dont il était gouverneur, il eut, dans une sortie contre les miguélistes, vin bras emporté par un éclat de mitraille. Nommé ministre de la marine en 1832 et créé baron, il rtsigna son portefeuille l'année suivante pour défendre avec succès l'approche de Lisbonne contre les troupes miguélistes, qui se retirèrent avec de grandes perles. En récompense de ce nouveau fait d'urines, il fut nommé gouverneur de Péniche et des Algarves. Créé pair, il reprit Je département de la marine, qu'il ne quitta qu'au mois d'avril 1836. Après la révolution de septembre, M. Sa da Bandeira revint au pouvoir et il lit avec M. Passos d'intelligents efforts pour établir en Portugal un gouvernement constitutionnel. En 1S36 et 1837, il fut chargé ainsi que M. Bomfin de prendre des mesures énergiques pour la répresMun des soulèvements réactionnaires; assez habile, dans ces circonstances difficiles, pour ménager la reine qui en avait été la principale instigatrice, il réussit, en outre, k préparer une entente entre les churtistes et les constitutionnels. En septembre 1846, M. Sa da Bandeira fut placé k la léte de l'insurrection dirigée contre M. Saldynha et la diciature de Costa-Cabral. Après avoir perdu la bataille de Val- Passos par suite de la défection de ses troupes, il partit avec un corps d'année pourl'Algarve et livra bataille à 1 armée de doila Maria près de Setubal ; mais, sur l'ordre de la Quadruple-Alliance, il dut déposer les armes. Chef de l'opposition des cortès de 1847 à 1856, il reprit en 1856 le portefeuille de la manne dans le miniitère formé par M. de Loulé. Lors du remaniement de ce cabinet, il fut le seul ministre maintenu dans ses attributions. M. Sa da Bandeira a montré de grands talents dans l'administration des colonies ec s'est toujuurs énergiqueinent prononcé contre la traite des nègres. En décembre 1860, il fut appelé au département de la guerre, qu'il quitta quelque temps après pour le reprendre en 1862. En avril 1865, il fut chargé de former un ministère dans lequel il s'attribua avec la pré-