‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 414 sur 1059 · SI KG · texte numérisé non relu

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reconnaître les doctrines chrétiennes, comme on le verra par la suite de cet article. Le point da vue historique étant précisément celui auquel nous nous sommes placé , nous n'avons point k nous en occuper ici. Au point de vue littéraire , nous dirons que cette inscription offre un très-haut intérêt et est, sans aucun doute, une des plus belles qui soient connues. Mais nous n'avons point à nou3 arrêter sur les deux points de vue qui sont ici secondaires et subordonnés à la question historique. L'inscription deSi-nganlou a été traduite plusieurs fois en diverses langues.

La Bibliothèque nationale possède un facsimilé très-soigné du texte chinois. Le Père Kircher, dans son célèbre liodronius coptus, publié à Rome en 1636, a donné une traduction latine de cette inscription. Cette traduction fut reproduite avec quelques modifications et augmentée d'une paraphrase latine par le même Père dans sa China illustrata, qui parut en 1667. Il accompagna alors sa traduction du texte chinois gravé sur cuivre et de la transcription selon l'orthographe mixte hispano-portugaise des missionnaires; cette traduction n'est point de Kircher, mais du Père Boyne. On possède encore une traduction française faite d'après la traduction italienne de 1643, qui elle-même avait été faite d'après une traduction originale portugaise insérée par le Père Surredo dans son Èisloire universelle de la Chine (Paris, 1667). En troisième lieu, le Père Widelon, qui s'est rendu célèbre par tant de travaux importants et sérieux sur la Chine, a publié, avec une paraphrase, une traduction française qui fut insérée après sa mort, par d'Herbelot, dans le Supplément à la bibliothèque orientale (Paris, 1779). Cette paraphrase et cette traduction furent reproduites diverses fois. On trouve encore dans le XIV» volume du Çhinese Requisitory une traduction anglaise due à M. E.-C. Bridgman, qui l'a accompagnée du texte chinois et du la traduction latine du Père Boyne, avec la version française de Dalguié (Chine, 1845). Une autre traduction anglaise, qu'on doit considérer comme la meilleure selon M. Pauthier, fut publiée, avec des notes, dans le Journal de ta Société orientale américaine (tome V, p. 2,777 et suiv.), par M. A.Wylie, en 1856. Enfin, en 1858, M. G. Pauthier, orientaliste français, qui déjà en 1856 avait défendu l'authenticité de l'inscription de Singan-fou dans une brochure que nous aurons souvent k citer, a publié une traduction française de cette inscription. Voici le titre delà traduction de M. G. Pauthier: L'inscription syrochinoise de Si-ngan- fou, monument nestorien élevé en Chine en l'an "81 de notre ère et découvert en 1625 ; texte chinois accompagné de la prononciation figurée, d'une version lutine verbale, d'une traduction française de l'inscription et des commentaires chinois auxquels elle a donné lieu, ainsi que de notes philologiques et historiques, pyrG. Pauthier (Paris, imp. Didot, 1S5S). Cette traduction, qui est supérieure à toutes les précédentes, offre encore cet avantage d'être plus complète au point de vue historique. M. Pauthier n'a rien négligé pour éclaircir tous les doutes qui pourraient exister dans l'esprit du lecteur, soit sur le sens même du texte, soit sur l'authenticité de l'inscription. Nous prévenons que toutes les citations que nous ferons de cotte inscription seront empruntées k la traduction de M. Guillaume Pauthier. Le texte qui accompagne cette traduction a été revu scrupuleusement sur le fac-similé qu'en possède la Bibliothèque nationale et sur l'édition donnée par Wan-Tchang dans son grand recueil d'inscriptions chinoises. M. Pauthier distingue dans cette inscription deux parties: la première est, selon lui, une espèce de prologue ou de préambule en prose très-concis et en quelque sorte monumental, contenant un exposé historique de la teneur et des antécédents de la doctrine nouvelle (dé la religion chrétienne), de son introduction en Chine par O-lo-feu, prêtre s)<-1en, sous le règne de l'empereur Taïtsoung, l'an 635 de notre ère. Elle expose aussi l'histoire de cette doctrine dans l'empire chinois depuis cette époque jusqu'à l'érection de l'inscription, qui eut lieu en 781. On fait l'éloge, dans cette première partie, d'un personnage extraordinaire nommé Issé, qui, quoiqu'il fût un prêtre bouddhiste, se montra toujours l'un des plus ardents protecteurs de la religion chrétienne. Cet Issé, en apprenant qu'une doctrine nouvelle avait été portée en Chine et y faisait de grande progrès, s'y rendit de la ville étrangers qu'on appelle la Demeure- Royale, vraisemblablement Ràdjagriha, qui a la même signification et qui était alors la capitale du royaume bouddhique de May hoda, dans l'Inde centrale (le Béhar actuel). Son savoir éminent, ses rares qualités lui attirèrent promptement la faveur des souverains chinois, qui le revêtirent de la robe do pourpre mélangée de noir et nommée riacha (en sanscrit rachatja), ainsi que d'un rang supérieur dans la hiérarchie bouddhique. L'inscription prête à ce personnage le dessein singulier et gigantesque d'avoir voulu réunir les diverses communions religieuses qui existaient alors eu Chine. Ces communions ou Eglises étaient au nombre de quatre : celle des manichéens, appelée Mô-ni par les Chinois; celle des jcsidïs (Hien-tchin, Yaotchin); '■elle des boud-

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dhistes et enfin celle des chrétiens nestoriens, auteurs de l'inscription de Si-ngan-fou. La secte des manichéens, qui se réfugia en Chine après avoir été chassée de la Perse, est trop connue pour que nous nous y arrêtions. Quant à celle des yësidis, il nous suffira de dire en passant, pour ne laisser planer aucune obscurité sur cet article, que l'on appelait de ce nom les sectateurs de l'Esprit du mal, nommés en persan S'aitan'poresth, OU adorateurs de Satan.

La seconde partie de l'inscription est un hymne en vers rimes à la louange des empereurs qui ont non-seulement toléré, mais protégé le christianisme dans le vaste empire de la Chine. « L'inscription, dit M. Pauthier, se termine par la date de l'érection du monument, d'abord en chinois, langue de l'inscription, et ensuite en syriaque, langue de la communauté chrétienne qui était allée

Sorter sa doctrine à la cour des Thang près e cent cinquante ans auparavant. La date chinoise est exprimée, selon l'usage chiDois d'alors, en indiquant l'année spéciale du règne de la dynastie, le signe de l'année sidérale et le quantième du mois dans lequel le monument fut érigé j la date syriaque est exprimée selon l'usage des Syro-Chaldéens ou des Séleucides, et les deux dates concordent parfaitement ensemble. A l'époque de l'érection de ce monument, le chef de la loi, chargé de l'enseignement des populations chrétiennes dans les contrées de l'Orient, était, selon l'inscription, le prêtre chinois Ning-chou. Hanan-Jésus était, y est-il dit aussi, le patriarche universel.

On sait maintenant, par la publication de plusieurs catalogues des patriarches chaldéens et nestoriens (v. l'ouvrage d'Alors Asseman, intitulé : De cathoticis seupatriarchis Chaldzorum et Nestorianorum [Rome, 1775]), que Hanan-Jésus fut élu patriarche chaldéen à Séleucie, près de l'ancienne Ctésiphon, sur le Tigre, 1 an 774 de notre ère, et qu'il mourut au commencement de 778 ; on en a conclu qu'il y avait un anachronisme dans la date syriaque de l'inscription, lequel anachronisme était un indice de sa fausseté. Mais il suffit de réfléchir à la distance qui séparait l'Assyrie ou la Mésopotamie de la Chine, à la difficulté extrême des communications .qui existait alors, dans des contrées toujours en guerre, pour se convaincre que les rédacteurs syriens de l'inscription, sans communications suivies avec l'Asie occidentale, devaient être fondés à croire que Hanan-Jésus, arrivé au siège patriarcal de Séleucie en 774, l'occupait encore en 781. • Nous ne pouvons oublier, en faveur de l'authenticité de l'inscription, cet argument, qui n'est pas un des moins considérables ; car c'est avec raison que M. Pauthier déclare que ce serait un indice de fausseté pour cette inscription si elle relatait exactement la date d'un fait contemporain qui se passait à une distance si grande du lieu où elle était érigée. Maintenant, après avoir préparé le lecteur à l'intelligence de l'inscription, il n'est point inutile, au point de vue historique, de mentionner les passages les plus importants qui établissent la date probable de l'arrivée du christianisme en Chine et qui, en prouvant de quelle protection il y avait été couvert par les empereurs, sont de nature à détruire les propos répandus par certains missionnaires sur la prétendue intolérance des Chinois et les persécutions que leur religion aurait eu à subir parmi eux. Après avoir défini d'une manière vague, mais cependant de façon à ce qu'on ne puisses'y méprendre, la doctrine qu'ils professent, les nestoriens, qui ont érigé cette inscription, racontent brièvement l'histoire du christianisme en Chine depuis qu'il y a pénétré, c'est-à-dire pendant l'espace de cent cinquante ans environ. Pour prouver que, malgré le vague des expressions, on ne peut se méprendre sur la religion dont il est question ici, citons ces paragraphes qui nous paraissent convaincants : « La loi a cour première initiation la purification par l'eau du baptême qui nettoie, embellit le corps et dépouille l'âme de toutes ses souillures. Le sceau employé dans le nouveau pacte a été le signe de la croix, qui s'étend sur les quatre points lumineux, comme la fleur psé-tchao, pour réunir les créatures dans la même foi, sans les contraindre. L'appel frappé sur la tablette de bois (car la tablette de bois remplaçait le bruit des cloches, qui étaient interdites par le gouvernement chinois; là s'est bornée toute la persécution exercée contre les chrétiens), l'appel frappé sur la tablette de bois est le son qui fait surgir dans les cœurs la compassion et la charité. En se tournant vers l'Orient pour accomplir leur mission religieuse, les ministres de la foi nouvelle ont eu en vue le chemin de la gloire qui donne la vie. Ils conservent toute leur barbe, montrant par là qu'à l'extérieur ils suivent l'usage du monde. Ils se rasent le sommet de la tête, indiquant parla qu'à l'intérieurils se sont dépouillés de toutes les passions. Us n'ont point d'esclaves à leur service ; les hommes de condition noble, comme ceux de condition vile, sont placés par eux au même niveau. Us n'amassent point de richesses ; ils enseignent, au contraire, que nous devons donner aux pauvres notre superflu. Us observent le jeûne, afin de soumettre la chair à l'esprit et d'arriver ainsi à la perfection. Us s'imposent une surveillance extrême sur eux-

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mêmes, dans la retraite, afin d'être fermes et persévérants dans leurs principes. Sept fois le jour, ils pratiquent le rit des oraisons laudatoires, au grand avantage des vivants et des morts. Le premier d'entre les sept jours, ils offrent un sacrifice sans victimes, qui purifie le cœur et le fait retourner à son innocence primitive. La loi de la pérennité et de la vérité est merveilleuse et difficile à nommer. Les œuvres méritoires, les actes qu'elle produit, se manifestant de toutes parts, l'ont fait appeler « la religion ■ resplendissante comme la lumière du so- » leil. t La doctrine seule, sans la participation de ceux qui sont placés à la tête des sociétés pour les gouverner, serait impuissante; les souverains, sans la doctrine, ne peuvent être grands. La loi et le souverain étant unis comme le sceau l'est à l'édit, le inonde, par cela même, est civilisé et éclairé. » Après ce préambule , l'inscription en arrive à l'histoire du christianisme en Chine. Elle nous apprend qu'à l'époque de l'empereur Thai-tsoung (qui régna de 627 à 650) et qui étendit au loin l'empire des Thang, il y eut un homme d'une vertu éminente, qui était du royaume de Syrie, nommé O-lo-feu. Ce saint homme, « consultant les nuages azurés du ciel et portant avec lui les véritables écritures sacrées,» observa avec attention les vents pour échapper aux dangers qui le menaçaient et arriva dans la ville de Tchang-ngan l'an 635 de notre ère. L'empereur prescrivit à son premier ministre, Fang-Hiouen-Ling, do prendre avec lui une escorte militaire et de se rendre dans le faubourg occidental à la rencontre de son hôte pour lui permettre d'arriver en sûreté dans l'intérieur. Il fit traduire les livres sacrés que O-lo-feu apportait avec lui, et de nombreuses questions furent faites à celui-ci touchant ses doctrines dans le cabinet particulier de l'empereur. Ces doctrines furent trouvées droites et vraies, et un édit fut promulgué pour les répandre et les enseigner en public. Voici l'édit tel que le rapporte l'inscription, qui lui donne la date de 638, en automne, à la septième heure: « La loi qui doit régler les actions des hommes n'a pas 1 un nom immuable ; la sainteté non plus n'a I pas un corps ni une manière d'être immuable. Les religions ont été établies selon les temps et les lieux, pour servir en silence au soulagement de la multitude. O-lo-feu, homme de grande vertu, du royaume de Ta-Thsin, venu de loin, apportant avec lui des livres sacrés et des images, est arrivé dans la capitale pour nous les offrir en présent, en expliquant le sens et le but de sa doctrine religieuse. Cette docrine a été trouvée profonde, merveilleuse, pleine de renoncements aux œuvres du siècle. En considérant son principe fondamental, on trouve qu'elle a pour but d'arriver à la perfection. Ses écritures sont rédigées dans un langage simple et sans superfluités. Les principes en subsisteront encore quand les filets qui auront servi à la pêche seront oubliés. Elle est d'un bon secours à toutes les créatures et profitable au genre humain. Il convient de la propager dans tout l'empire. Que l'autorité compétente fasse immédiatement construire sur la place de la Paix et de la Justice de notre capitale vne église syrienne et y réunisse vingt et un prêtres desservants. Quand la puissance de la grande dynastie des Tchéou s'éteignit, le char attelé de bœufs de couleur azurée (c'est ainsi qu'on désigne le philosophe Lao-tseu) monta dans l'Occident. Les lois de la puissante dynastie des Thang ayant jeté un grand éclat, un vent brillant est revenu souffler à l'Orient. »

Nous ne pensons pas qu'il y ait rien de plus curieux que cette opinion d'un empereur chinois sur la religion chrétienne, et l'on avouera qu'il y a même dans cet édit quelque chose de plus que de la bienveil- i lance. Si le christianisme n'a pu se maintenir en Chine, ce n'est pas aux Chinois qu'il doit s'en prendre, mais, comme en beaucoup d'autres circonstances, à ses propres pré- , très. Leur ambition, leurs intrigues, et il , faut ajouter aussi les rivalités des diverses I sectes chrétiennes, ont seules pu faire abandonner au peuple et au Kouvernement chinois une bienveillance qu il avait hautement etfréquemmentmanifestée envers cette religion. Mais continuons à puiser dans l'inscription de Si-ngan-fou les documents curieux de l'introduction et de l'établissement du christianisme dans la Chine. « Le grand empereur Kao-tsoung (qui régna de 650 à 683) continua, envers les nestoriens, ce que ses ancêtres avaient commencé ; il féconda moralement les bonnes semences de son père, et, dans toutes les provinces de l'empire, il détermina la construction des temples de la religion illustre, car tel était le titre pris par les nestoriens pour désigner leur religion. Cet empereur créa O-lo-feu maître de la grande loi et protecteur du royaume. Pendant que la loi chrétienne se répandait ainsi, l'inscription remarque que le royaume s'enrichissait et recouvrait sa prospérité primitive. Les temples chrétiens, ajoute- t-elie, remplirent toutes les villes, et des familles en grand nombre trouvèrent le bonheur dans la religion illustre. > Mais, si tels étaient les rapports du christianisme avec le gouvernement chinois, il importa de savoir aussi quels étaient ses rapports avec les autres religions et principalement le bouddhisme. L'in-

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Bcription de Si-ngan-fou nous l'apprend également. ■ En 698-699, les sectateurs du Bouddha, usant de leur pouvoir, établirent leur prépondérance dans la capitale de l'est, où résidait un prince qui avait changé le nom de la dynastie des Thang en celui de Tchéou. A la fin de l'année 713, des lettrés d'un ordre inférieur tournèrent en dérision la religion nouvelle et cherchèrent par tous les moyens à la déprécier dans le pays de l'ancienne capitale des Tchéou. Mais il y eut alors des hommes éminents, comme Lo-hon, chef des prêtres, et Ki-lie, ainsi que d'autres personnages delà région occidentale, qui s unirent pour rompre la trame ténébreuse et relier de concert le nœud rompu de la foi nouvelle. Le christianisme, un moment ébranlé sous l'impératrice Won, qui était toute dévouée aux intérêts du bouddhisme, se releva de 713 à 755, sous le règne de l'empereur Hiouentsoung ; celui-ci, très-pénétré des bonnes doctrines religieuses, ordonna aux princes de Nnig-koue et autres lieux (en tout à cinq personnes de sang royal) d'aller visiter ta demeure de la félicité. Des autels furent élevés ; le faite de l'Eglise, qui menaçait ruine, fut rétabli et consolidé. Les pierres de la loi, qui avec le temps s'étaient dérangées, furent de nouveau mises en place* et réparées. Au commencement de l'année 742, l'empereur ordonna au général en chef Kao-lissé de faire transporter les effigies de cinq personnes de haute sainteté (des cino^ empereurs de la dynastie des Thang dont il avait été précédé) dans l'intérieur des églises chrétiennes, de les y placer à un endroit convenable, de leur faire don de cent pièces da fines étoffes de soie et de leur offrir en même temps des peintures exécutées avec grand soin et beaucoup d'intelligence. En 744, un préire de Syrie, nommé Ki-ho, vint présenter à la cour ses hommages, et un décret ordonna au prêtre Lo-han, au prêtre Pou-lun, à sept prêtres en tout, de se rendre au palais de l'abondante félicité pour y accomplir les cérémonies de leur culte. A ce sujet, les prêtres chrétiens tirent placer dans leurs églises et sur leurs frontispices des éloges de l'empereur tracés sur des tablettes de bois. » L'empereur Sou-tshoung, qui régna de 756 à 762, fit établir de nouveau des églises de la religion illustre à Ling-voou et dans d'autres lieux de cinq principautés. L'empereur Tai-tshoung, qui régna après Sou-tshoung de 763 à 779, agrandit encore la sphère d'action des hommes religieux en consentant à ne pas leur opposer une action contraire. Chaque fois, au jour anniversaire de sa naissance, il offrait en dons de l'encens céleste pour prêcher l'accomplissement d'actes méritoires. Il envoyait aussi des mets de sa table impériale pour répandre de l'éclat sur la foule qui pratiquait la religion illustre. » Après cet empereur vient l'empereur Te-tshouug, qui régna de 780 à 783. C'est sous le règne de cet empereur que fut élevée l'inscription qui s'exprime ainsi sur son compte : » Notre saint, divin, lettré et guerrier empereur, qui a donné à ses années de règne le nom de fondation dans le Milieu, l'empereur Tsé-tshoung, a étendu les huit grands principes, les huit règles principales du gouvernement, pour dégrader les fonctionnaires indignes et élever à des emplois supérieurs ceux qui méritaient de l'être, en mettant eu évidence ceux qui se tenaient éloignés. U a remis aussi en lumière en neuf grandes classes les lois qui doivent gouverner l'empire dans le but déterminé de renouveler les prescriptions solennelles des anciens législateurs. Dans cette œuvre de rénovation, il a pénétré les lois les plus profondes de la raison humaine pour les mettre en pratique. En offrant des prières aux esprits son cœur ne rougit pas. (M. Pauthier fait remarquer dans une note que le mot qu'il traduit par esprits peut s'interpréter aussi par le mot anges; il nous semble que, dans la traduction de cette inscription, ce dernier mot eût dû être adopté de préférence au mot esprits.) 11 est parvenu ainsi au plus haut point de la raison en conservant une grande simplicité. U a rendu la paix et la tranquillité à l'empire et il a mis en pratique ce grand principe moral : de traiter les autres comme on voudrait être traité soi-même. Il a donné une large satisfaction à ses sentiments de commisération et de bienfaisance en cherchant à découvrir les misères et les afflictions du peuple pour les soulager. Celui qui a répandu tant de bienfaits sur la foule des créatures vivantes, nous voulons nous efforcer de suivre ses traces dans la grande voie du bien. En puisant à cette source et en la prenant pour guide, nous parviendrons à monter insensiblement tous les* degrés de la perfection. » Enfin, l'inscription finit par un paragraphe où est constatée la date du monument: «Cette inscription a été érigée la deuxième année kien-tehoung des grands Thang, en 781 de notre ère, l'année siuérale étant dan» le signe du printemps, 7° jour du mois taï-tshou (le 1er de l'année chinoise), jour férié du grand Yao-san (Hosanna). En ce moment, le chef de la loi est le prêtro Ning-chou, chargé de renseignement des populations chrétiennes dans les contrées de l'Orient. L'inscription a été écrite sur pierre et gravée eu creux par Lin-siéou-yeu, secrétaire surnuméraire du conseil et précédemment surintendant militaire k Taï-tcheou, province actuelle de Tche- Kiang. L'examinateur assistant, président du tribunal des rites ; le prêtre ou bonze, chef

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des temples et églises, décoré par l'empereur de la robe de pourpre roélungée de noir, nommée ki à-cha : I-li ou Ni-!i. • Telle est cette inscription curieuse. Par le peu quo nous en avons cité, on a dû en comprendra toute l'importance. Ajoutons que, de chaque côté de l'inscription, qui est écrite en chinois, et au-des-ious se trouvent des inscriptions syriaques. M. Pauthier publie à la suite de l'inscription un fac-similé de ces caractères qui sont des noms de prêtres syriens, les noms de prêtres chinois étant écrits en chinois. En syriaque, la date de l'érection de l'inscription e3t mentionnée, à la mode des nestoriens qui avaient adopté l'ère grecque, commençant aux Séleucides. Voici d^iilleurs, traduite du syriaque par M. Pauthier, cette épigraphe : « Dans l'année mil et nonantedeux des Ioniens ou Grecs, le seigneur Ibdouzid, prêtre et chorévêque(ou vicaire épiscopal) de Rumdam, ville royale ; fils de Nutis, de sainte mémoire, prêtre de Balch, ville du Tochanstun, a érigé cette table de pierre sur laquelle sont inscrites la rédemption de notre Sauveur et les prédications de nos pères au roi de la Chine. » Suivent alors les noms des prêtres syriaques, que nous ne donnerons pas. Maintenant il ne nous reste plus qu'à exposer rapidement les raisons alléguées en faveur de leurs thèses différentes par les partisans de l'authenticité de l'inscription de Si-nganfou et par les partisans de sa non-authenticité. Nous dirons avant de commencer que l'opinion du monde savant s'est en général rangée à l'avis de M. Pauthier, qui a pris en main avec chaleur et avec science la cause de l'authenticité.

Le premier des missionnaires qui vit la pierre de l'inscription, le Père Alvarez Surredo, en a raconté la découverte dans l'Histoire universelle de la Chine, qui fut publiée d'abord en portugais, mais qui, en 1667, fut publiée en français à Lyon. C est à cette traduction française que nous empruntons le récit intéressant de la découverte de i'iuscription de Si-ngan-fou. Cette découverte eut lieu en 1625; Ta pierre de l'inscription fut trouvée dans les fondements d'un édifice que l'on creusait près de la cité de Si-ngan-fou, dans la province de Xeusi. En bêchant, des ouvriers rencontrèrent une table de pierre. Surredo prétend qu'elle avait plus de 9 empans de longueur, qu'elle en avait 4 de largeur et un peu plus de 1 empan d'épaisseur ; ce qui donnerait à la pierre de l'inscription 5 pieds 10 pouces 5 lignes ou in>,90 de hauteur; 2 pieds 7 pouces (0m,84) de largeur et 8 pouces (0*ii,22) d'épaisseur. Le Père Boyne, dit M. Pauthier, lui donne 5 palmes de largeur. « Philippe, chrétien chinois, dit Kircher (China illustrata, Amsterdam, 1667), prétend que la pierre trouvée est large de 5 palmes; le faîte de la pierre ressemble a. une pyramide oblongue de 2 palmes, etc. ■ Le Père Surredo donne une description de cette pierre : « Une des extrémités, dit-il, aboutissait en figure de pyramide, dont l'aiguilla avait 2 empans de haut et la base un autre. Sur la face de cette pyramide était une croix bien formée , dont les bouts finissaient en fleurs de lis, semblables à celles que l'on trouva gravées sur le tombeau de 1 apôtre saint Thomas, en la ville de Méliapour, et comme on les peignait autrefois en Europe. Cette croix était couverte et entourée de certaines images avec trois lignes écrites au pied, tirées de travers et formées comme trois grandes lettres, de celles dont on se sert communément k la Chine, si nettement et si distinctement empreintes qu'on les pouvait facilement lire. Tout le dessus de cette grande pierre était aussi gravé de semblables lettres, quoique toutes ne fussent pas d'une même grandeur et qu'il y en eût quelques-unes d'étrangères dont on n'eut pas sitôt la connaissance. • Quand les Chinois eurent fait cette découverte (et il importe de bien spécifier que ce sont eux qui l'ont faite, et non les missionnaires) ils coururent aussitôt à la maison du gouverneur pour lui en donner avis. Celui-ci se transporta sur les lieux, l'examina avec attention, la rit élever sur un piédestal et couvrir d'un toit appuyé sur les côtés pour la préserver des injures du temps. De plus, il voulut que cette pierre fût conservée en dépôt dans un temple de bonzes. Ce ne fut que trois ans après cette découverte que les missionnaires firent construire â Si-ngan-fou une église et une maison d'habitation (V. Pauthier, De l'authenticité de l'inscription de Si-ngan-fou, 1857, petite brochure à laquelle nous empruntons la matière de cet article et les documents que nous y employons, trouvant inutile de refaire ce qui est bien fait). Le Père Surredo se trouva être un des premiers qui furent destinés à administrer cette église, et il raconte lui-même que c'est ainsi qu'il eut le bonheur de voir, de lire et de considérer à loisir l'inscription dont il s'agit. Pour dégager de plus en plus la responsabilité des missionnaires, il importe de dire que le texte de l'inscription fut publié pour la première fois par un mandarin chinois. Voila les faits, qui sont bien simples, et n'ont certes rien d'invraisemblable ni de suspect. Cependant Voltaire écrivait danâ son Essai sur les moeurs : « U est évident par l'inscription même que c'est une de ces fraudes pieuses qu'on s'est toujours trop aisément permises. Le sage Navarrete en convient. Ce pays de Ta-thsin, cette ère des Séleucides, tout cela fait voir le ridicule de la supposi-

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tion. » Disons-le, malgré tout le respect que nous professons pour ce grand homme, voilà de la critique bien légère. M. Pauthier démontre que le sage Navarrete, qu'il invoque, dit le contraire de ce que Voltaire lui fait dire. Il n'avoue pas la supercherie; bien au contraire, comme on pourra s'en convaincre en lisant la page 7 de l'opuscule de M. Pauthier, où il cite quelques phrases extraites d'un livre de Navarrete intitulé : Tratados historiées , politicos y religiosos de la monarchia de China (Madrid, 1676).

Après avoir combattu ces deux adversaires de l'authenticité de l'inscription , il passe a un adversaire plus sérieux, le révérend Père Milne, missionnaire anglais, qui a dit à ce propos dans un ouvrage publié à Malacca en 1820 (A retrospect of the first ten years of the protestant mission to China) : « Que les nestoriens s'établirent en Chine vers la fin du xvne siècie ; mais, ajoute-t-il, en ce qui concerne l'établissement des nestoriens en Chine deux remarques s'offrent à moi : la première c'est qu'aucun mémoire, aucune histoire ou autre écrit authentique chinois que j'aie encore vus, ne fait la moindre mention de l'arrivée de cette secte en Chine ou de ses labeurs, de ses doctrines, de ses souffrances ou de son extinction dans cette contrée. A l'exception de la table de pierre de Si-ngan, mentionnée par quelques missionnaires romains , aucun monument , aucune inscription, aucunes ruines d'anciennes églises n'ont été, à ma connaissance du moins, mentionnés par aucun écrivain chinois. La seconde remarque c'est qu'aucune partie des doctrines des nestoriens ou des cérémonies de leur culte ne semble s'être mêlée avec aucun des systèmes païens de la Chine, autant du moins que j'ai pu le découvrir. » M. Pauthier répond au révérend Père Milne par une citation d'Abel Rémusat qui, dans le tome Ier de ses Mélanges asiatiques, a combattu victorieusement les opinions du révérend Père Milne. 11 fait observera celui-ci qu'il n'est pas plus étonnant de voir deux sectes religieuses étrangères l'une à l'autre par leur origine, la nature de leurs dogmes, la langue de ceux qui les professent, n'avoir rien pris l'une de l'autre que de voir que les polythéistes chinois n'ont rien emprunté non plus des musulmans, bien que ceux-ci vivent au milieu d'eux depuis une époque bien rapprochée de celle de l'hégire. « En second lieu, ajoute l'illustre sinologue, ceux qui pensent que le système hiérarchique des lamas, un grand nombre de leurs usages liturgiques et plusieurs de leurs dogmes ont été introduits dans le bouddhisme par l'effet de la décadence et de la dégénération dunestorianisme au xnio siècle, voient dans cette imitation des formes extérieures du christianisme une trace assez évidente du séjour des nestoriens dans l'Asie orientale. » Il établit ensuite qu'il ne faut pas être plus surpris du silence gardé par les écrivains chinois sur les nestoriens que de leur silence sur les juifs, qu'ils ont confondus avec d'autres sectes occidentales, dont ils parlent assez souvent, et qui, suivant eux, adorent l'esprit du ciel, lia relation laissée sous le nom d'Abouseid El Hassan, qui témoigne qu'un grand nombre de chrétiens périrent en Chine en 877 , prouve que les nestoriens s'étaient en effet répandus dans l'Asie orientale entre le vu" et le xjho siècle de notre ère. Arrivant à l'inscription , Abel Rémusat dit ceci : « Quand cette supposition (de l'inscription) eût été praticable au milieu d'une nation défiante et soupçonneuse, dans un pays où les particuliers et les magistrats sont également mat disposés pour des étrangers et surtout pour des missionnaires, où l'autorité veille avec un soin extrême à, tout ce qui tient aux traditions historiques et aux monuments de l'antiquité, il serait encore bien difficile d'expliquer comment ces missionnaires auraient été assez hardis pour faire imprimer et publier en Chine et en chinois une inscription de dix- huit cents mots qui n'aurait jamais existé; commentas auraient pu imiter le style chinois, contrefaire la manière des écrivains de la dynastie des Thang, rappeler des usages peu connus, des circonstances locales, des dates conçues dans des formules mystérieuses de l'astrologie chinoise; et le tout, sans se démentir un instant, et de manière à en imposer aux plus habiles lettrés, intéressés par la singularité même de la découverte à en discuter l'authenticité. On devrait donc supposer qu'un lettré chinois et l'un des plus érudits se serait joint aux missionnaires pour en imposer à ses compatriotes. » Après quoi Abel Rémusat détaille les difficultés qu'il y avait d'abord à faire graver quatre-vingt-dix lignes d'écriture syrienne en beaux caractères remontant au vitra siècle; à trouver un faussaire qui eût t'ait une étude assez approfondie des monuments syriaques pour être capable de ne point faire d'anachronismes dans les noms des prêtres syriens qui sont 'oints à l'inscription. Il appuie aussi sur cetta particularité que nous avons déjà signalée : que la pierre n'a point été découverte par des missionnaires, mais par des ouvriers chinois dans une ville où les missionnaires ne sont venus, ou plutôt ne se sont établis que trois ans après la découverte de l'inscription. Ensuite, il faut se demunder quel intérêt auraient eu des prêtres catholiques a inventer un monument nestorien, qui ne peut servir qu'à démontrer indirectement que si le christianisme

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a été persécuté en Chine, c'est pour tout autre motif que des motifs de religion. Cependant, quelque fondées et irrécusables que paraissent ces objections, elles n'ont pas arrêté les partisans de la non-authenticité de l'inscription. A vrai dire, ils ne leur opposent rien ; ils n'y répondent même pas; mais ils ne cessent de répétercertaines impossibilités prétenduesqu'ils n'établissent pas. M. Pauthier, dans la brochure que nous avons déjà citée, réfute les opinions des adversaires de l'inscription. Nous venons de voir qu'Abel Rémusat se prononce, lui aussi, pour l'authenticité ; et nous ferons remarquer que l'opinion d'un tel homme est bien faite pour peser de quelque autorité dans le débat. M. Pauthier relate dans sa brochure une page de \' Histoire de la Chine, publiée dans la collection de ['Univers pittoresque de J. Didot, où il cite l'autorité indiscutable de la Grande géographie impériale de la Chine, publiée à Pékin en 1744, où il est fait une mention authentique et officielle de l'inscription de Si-ngan-fou. Ce dernier argument nous semble décisif en faveur de l'authenticité de l'inscription,

SINGANE s. m. (sain-ga-ne). Bot. Genre d'arbustes grimpants, rapporté avec doute à la famille des capparidées, et dont l'espèce type croit à la Guyane.

SINGAPOUR, SINGAPORE ou SINCAPOUR,

lie de l'Indo-Chine anglaise, à l'extrémité S. de la presqu'île de Malacca, dont elle est séparée par un détroit. Elle est de forme elliptique, longue d'environ 40 bilom., large de 20, et présente une surface onduleuse, généralement basse, qui était autrefois couverte de forêts. Le climat y est tempéré, sujet à peu de variations, par conséquent salubre. Les pluies, qui y sont très-fréquentes, y entretiennent une luxuriante végétation. Les variations du thermomètre sont de + 20'' à -J- 27° centigrades. On y trouve une foule de plantes tropicales, notamment le gambier, le muscadier, le poivrier, etc. Le café y vient fort bien. L'île abonde en tigres; on y rencontre également le daim, la belette, le porcépic et un grand nombre d'oiseaux, notamment le tripaug et l'agar-agar. La culture, autrefois si négligée à Singapour, a pris aujourd'hui de grands développements sous l'habile .initiative des colons anglais. Le commerce de transit est très-important, en raison de la situation de la colonie, entre l'Indoustan, l'Archipel malais et la Chine. La population de l'île est, d'après un reeencement fait en 1871, de 97,131 hab., comprenant des Chinois, qui forment les trois quarts de la population, des Malais, des Bengalais, des Malabares, des Arabes, etc., et environ 1,900 Européens ou blancs d'Amérique, en y comprenant les soldats et les matelots. L'île de Singapour offre une belle station sur la route la plus commode pour aller des mers de l'Inde en deçà du Gange aux mers de la Chine, ainsi qu à l'archipel des mers orientales.

SINGAPOUR, SINGAPORE ou SINCAPOCR,

c'est-à-dire Ville du lion, ville de l'Indo-Chine anglaise, ch.-l. du gouvernement colonial du même nom, située sur la cote méridionale de l'île de Singapour, qui est séparée de l'extrémité S. de la presqu'île de Malacca par un détroit de 300 mètres dans la portion la plus étroite, par 1« 17' de latit. N., !01<>30'de longit. E.; 70,000 hab., sans compter une population flottante de 2,000 à 3,000 âmes, La majeure partie (environ 55,000) de cette population est composée de Chinois et de Malais; le reste est composé de Javanais et d'Indous. Port franc; vastes chantiers de construction ; importantes maisons de commerce établies par des Européens, des Chinois, des Arabes et des Arméniens.

Le port de Singapour est aussi vaste que sûr et offre un aspect magnifique; mais sa rade ne contient pas un assez grand tirant d'eas pour les grands navires, qui généralement peuvent atterrir seulement à la partie septentrionale de l'Ile. On a pratiqué de ce point une longue route, sur le bord de la mer, et qui va à la ville de Singapour. Elle est desservie par de légers véhicules conduits par des Indous ou des Malais.

La ville se compose de la partie commerçante, où sont situés les magasins et les comptoirs, et de la partie réservée aux négociants, à leurs familles, aux employés du gouvernement et où s'élèvent les demeures privées à côté des établissements et édifices publics. La partie commerçante comprend autant de quartiers qu'il y a de races différentes dans la ville. Ou trouve ainsi des quartiers chinois, malais, bengalais, malabare et arabe. Chaque race se livre à un commerce ou à une industrie spéciale. Le quartier chinois, qui comprend presque uniquement des tailleurs et des cordonniers, est le plus curieux à observer par la prodigieuse activité qui y règne. Des rues sont réservées aux restaurateurs, aux marchands d'opium, au nombre de deux cent cinquante, aux monts de piété, etc. La partie de la ville réservée aux Européens commence au delà des quartiers marchands ets'éiend parallèlementaux rivages de la mer. Les maisons, construites en pierres ou en briques et entourées de jardins, n'ont qu'un étage. Les rues sont larges , généralement droites. On n'y trouve ni théâtres ni cafés. Les principaux édifices sont la maison du gouverneur, l'hôtel de ville, la prison, la

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nouvelle douane; une église protestante, entourée d'un grand parc clôturé par une grille circulaire en fer doré, et construite dans lo style le plus élégant, avec un clocher svelte et pyramidal comme celui de nos cathédrales modernes; l'église arménienne, la chapelle des missionnaires. Singapour possède plusieurs écoles où l'on enseigne l'anglais, le chinois, le malais, le siamois, etc.; on y publie un des journaux les plus anciens et les plus accrédités des Indes orientales, le Singapore fret Press.

La rade de Singapour est très-animée et fréquentée par des navires de toutes les nations. Elle est constamment sillonnée par de nombreux steamers qui apportent du Bengale en Chine des cargaisons d'opium. Les principaux produits asiatiques exportés sont la biche de mer, les nids d'hirondelles, l'ébène, lo gambier, le poivre, les rotins, le sagou, les écailles de tortue, la poudre d'or, etc.

Les principaux articles d'importation sont les tissus de laine et de coton et les objets manufacturés d'Europe, l'opium et les tissus de l'Inde, l'étain, le café, les èpices, la soie brute, le oassia lignea, le thé, le camphre et les nankins de Chine; les perles, le sucre, le riz, l'huile et des denrées chinoises des Philippines; le bois de sapin, les écailles de tortue, les oiseaux et les plumes; les épices, l'antimoine, le camphre, le cachou, etc., des lies Malaises.

Le chiffre des importations a atteint plus de 161 millions et celui des exportations plus de 138 millions. Singapour a dû son énorme développement commercial à ce qu'elle est un port Hure et surtout à ce que les ports de la Chine, de la Cochinchine, du royaume do Siam étaient fermés. Tant que cette ville a été le point forcé de relâche des navires qui se rendaient dans l'extrême Orient, aux Philippines et dans l'Archipel indien, elle a eu le monopole du commerce des exportations ; mais aujourd'hui que les navires peuvent aller directement à Saigon, Siam, Bankok, etc., Singapour ne peut que voir son commerce décroître.

C'est seulement en 1819 que les Anglais achetèrent du sultan malais de Johare ou Bjahon le droit de s'établir dans l'île de Singapour, colonisée par les Malais. La petite bourgade de Singapour, où ils s'établirent, comptait alors environ 150 habitants. Grâce à sir tîtamford Rai'fles, une ville s'éleva rapidement à la place des cabanes de pécheurs. Les sages mesures administratives prises par les Anglais , qui supprimèrent tout droit de douane à l'entrée du port, eurent bientôt donné un rapide essor à la prospérité du commerce, surtout à partir de 1834, quand ils eurent achevé de faire l'acquisition complète de l'île. Aujourd'hui, les Européens de tous les pays et les peuples de l'extrême Orient, avec ceux de la Polynésie, augmentent chaque jour la population d'une manière sensible.

Singapour est administrée par un gouverneur anglais, assisté d'un conseil, et qui administre en même temps Malacca et Georgetown. Aujourd'hui, on peut dire que tous les pays importants de l'Europe ont des consuls dans cette ville.

SINGABA, ville ancienne de la Mésopotamie, nommée aujourd'hui SINDJAR. Sapor II, roi de Perse, y vainquit les Romains en 348.

SINGE s. m. (sain-je — lut. similis; de simus, gr. simos, camus). Mumm. Nom donné vulgairement à tous les quadrumanes et réservé par les naturalistes à la famille de quadrumanes la plus voisine de l'homme : Il y a encore des peuples sur la terre chez lesquels un singe passablement instruit pourrait oiure avec honneur, (Montesq.) Il n'y a que l'homme et le singe qui aient des cils aux deux paupières. (Buff.) Nous ressemblons plus aux singes qu'à aucun autre animal. (Voit.) Aujourd'hui, la réunion de l'homme et des premiers singes dans un seul et même genre n'est plus admissible. (t\ Servais.) Après les singes et tes babouins se trouvait les guenons. (Buff.)Z,es singes sont naturellement imitateurs. (E. Desuiarest.) Le singe ressemble plus à l'homme par le corps et les membres que par l'usage qu'il en fait. (V. de Boinare). Le singij est -il l'homme rudimentaire ou l'homme abâtardi, un principe ou une décadence? (Th. Gaut.) Il Singe à aigrette, Nom vulgaire d'une espèce lie macaque. Il Singe à aimait, Nom vulgaire d'un colobe. U Singe o queue de renard, Nom vulgaire des sakis. Il Singe annelé, Nom vulgaire d'un ouistiti. U Singe arabata, Espèce du genre alouate. il Singe araiynée,Kom vulgaire des atèles. il Singe blanc, Nom vulgaire du semnopithèqueentelle. Il Singe blancnez, Nom vulgaire de l'ascagne et du hocheur. u Singe bouc,Nom vulgaire d'un cynocéphale, u Singe capucin , Nom vulgaire des sapajous. Il Singe cercopithèque, Nom vulgaire des guenons et des semnopithèques. Il Singe cornu, Nom vulgaire d'une espèce de macaque. Il Singe d'Angola, Nom vulgaire du chimpanzé. U Singe de Honduras, Nom vulgaire du bradype ou paresseux, u Singe de nuit, Nom vulgaire des sakis et des uoethores. Il Singe de Wurmb, Nom vulgaire du pongo. il Singe dormeur, Nom vulgaire d'un noethore. Il Singe du Para, Nom vulgaire d'un ouistiti, u Singe écureuil, Nom vulgaire d'un saïmiri et d'un maki. U Singe en deuil , Nom vulgaire d'un sapajou noir. Il Singe hurleur, Nom vul-

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gaire des alouates. Il Singe lion, Nom vulgaire d'une espèce de sagouin. Il Singe musqué, Nom vulgaire d'une espèce de saï. Il Singe nègre, Nom vulgaire d'un sapajou, il Singe pleureur, Nom vulgaire des sapajous. Il Singe rouge, Nom vulgaire des alouates et des guenons.

Il Singe siffleur, Nom vulgaire des sapajous.

U Singe varié. Nom vulgaire de la guenon mone. il Singe vert, Nom vulgaire des callitriches. Il Singe volant, Nom vulgaire des galéopithèques. Il Singe vieillard, Nom vulgaire de la guenon mone. il Singe voltigeur, Nom vulgaire des atèles. |] Faux singes, Nom donné aux lémuriens par quelques naturalistes.

— Fam. Personne très-laide. ou très-méchante : Mon oncle s'appuyait sur un grand bâton; la vue de ce vieux singe plein de malice me fit frémir. (Le Sage.) Il y a toujours un fameux smGB dans la plus jolie et la plus angélique des femmes. (Balz.) il Imitateur : Cet enfant contrefait tout le monde; c'est un vrai petit singe. Le courtisan est le singe de son maître. Cet écrioain affecte le style sentencieux et concis ; c'est un singe de Sénéque, de Tacite. (Acad.) Les plus excellentes choses sont sujettes à être imitées par de mauvais singes qui méritent d'être bernés. (Mol.) La femme ne peut être supérieure que comme femme; mais dès qu'elle veut égaler l'homme, ce n'est plus qu'un singk. (J. de Maistre.) Les trois quarts des hommes ne sont que les singes de ceux avec qui ils vivent. (De Surgères.) Le génie, comme le talent, attire toujours des singes à sa suite. (Viol!et-le-Duc.)

Nous sommes un peuple de singes; Nous ne savons pas être nous.

PlIUiT D'AUGLEMONT.

— Pop. Nom que les ouvriers de Paris donnent à leurs patrons. Il Nom que l'on donne, dans les imprimeries, aux compositeurs typographes.

— Ressembler à un singe, Etre laid comme un singe, Etre extrêmement laid.

— Etre malin comme un singe , Etre fort malin.

— Etre adroit comme un singe, Etre fort adroit.

— Payer en monnaie de singe, Se moquer de celui auquel on doit, au lieu de lui donner de l'argent.

— Etre fourni d'argent comme un singe de queue, N'avoir pas d'argent.

— Dire la patenôtre du singe, Claquer des dents, comme font certains singes, il Vieille loc.

— Géom. Instrument à l'aide duquel on peut produire mécaniquement des figures semblables à des figures données, il On l'appelle aussi PANTOGRAPHB.

— Mécan. Sorte de treuil dont on se sert pour élever des fardeaux,

— Ichtbyol. Singe de mer, Nom vulgaire du roi des harengs.

— Adjeçtiv. Qui contrefait, qui imite les autres : L'homme est, de sa nature, imitateur et singe. (Helvétius.) Le peuple, toujours singe et imitateur des riches, va moins au théâtre pour rire de leurs folies que pour les étudier et devenir encore plus fou qu'eux en les imitant. (Volt.)

— Encycl. Linguist. Payer en monnaie de singe. Cette expression doit son origine aux us et coutumes de la féodalité, qui étaient quelquefois si bizarres et si extravagants. Le seigneur, dont les droits n'avaient bien souvent d'autre limite que ses caprices, avait inventé une infinité de moyens pour battre monnaie et pour pressurer les gens de son domaine. Au nombre des mille taxes imaginées pour soutirer de l'argent aux pauvres diables, il en était une qui frappait tous les jongleurs, bateleurs ou baladins ; on exigeait d'eux une certaine somme avant de leur permettre d'amuser le populaire par leurs farces * qui étaient, comme on le sait, très-goûtées au xi« et au xirs siècle. A Paris, cette redevance était due au roi. Saint Louis l'abolit; toutefois, il y mit une condition : c'est que le singe du bateleur, dont les tours avaient le privilège d'exciter vivement la curiosité publique, ferait quelques grimaces et danserait quelques cabrioles devant le péager. C'était bien là payer en monnnaie de singe, et l'expression en est restée.

— Marnm. En regardant un singe, dit Geoffroy Saint- Hilaire, il me semble voir un animai à beaucoup d'égards conformé comme l'homme, dont il retient, avec altération et comme avec une sorte d'abâtardissement, les principaux traits ; un être placé, au physique et au inoral, sous l'influence d'une situation moyenne entre se tenir droit et se tenir couché. ,

La taille des animaux que nous-désignons en général sous le nom de singes est trèsvariable; les uns ne sont mémo pas aussi gros qu'un rat, tandis que d'autres atteignent la taille de l'homme. Les uns sont grêles, sveltes, légers et nerveux; les autres lourds, obèses et trapus. Beaucoup de singes, par leurs formes analogues à celles de l'homme, paraissent en être la caricature-, mais U y en a qui, au point de vue des formes extérieures, ressemblent complètement à des animaux d'ordres inférieurs; les uns peuvent, à première vue, être comparés à l'écureuil; les autres au renard, au chien, etc.

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Ces animaux ont souvent des membres peu

fii'oportioiiiiés au volume de leur corps; la ongueur démesurée des bras est souvent un signe de la lenteur des mouvements; ils sont couverts de poils plus ou moins longs et serrés, suivant les espèces; mais les membres à la partie interne et le ventre sont quelquefois presque nus. La coloration du pelage varie beaucoup également; quelques espèces sont remarquables pî>r la disposition et la coloration vive des poils qui les recouvrent; il en est qui ont un véritable manteau de poils blancs, comme le colobe guérèza, et d'autres qui ont une épaisse crinière, tels que le moco. La queue, qui fait défaut à quelques-uns, est très-longue dans la plupart des espèces; parfois elle présente une disposition particulière qui en fait un organe supplémentaire de préhension; d'autres, en petit nombre, l'ont irès-touffue et garnie de poils.

La physionomie des singes est d'une extrême mobilité, qui répond à la vivacité de leur caractère; sur leurs traits se réfléchissent instantanément les passions qui les animent; leurs malices et leurs grimaces sont depuis longtemps passées en proverbe. Rien, en effet, n'est plus ridicule au premier aspect que ces figures grippées qui rappellent la ligure humaine et en représentent la charge la plus grotesque. On a longuement discuté pour savoir jusqu'à quel point les singes les

Îilus rapprochés de l'homme se servaient de eurs membres antérieurs pour la marche et si la station bipède leur était ordinaire. Il

est bien démontré aujourd'hui que ce n'est jamais qu'en employant leurs quatre .membres

que leur course est agile et que leur adresse appelle à son aide toutes les ressources de leur appareil locomoteur. Ce n'est qu'accidentellement qu'ils cheminent sur les membres postérieurs seuls, et encore le plus souvent en se servant de branches pour appui. Mais la gêne de leurs mouvements, le peu de stabilité de leur démarche, leur habitude d'appuyer sur le bord externe du pied prouvent que cette position est bien loin de leur être familière; l'hésitation qu'on remarque, d'ailleurs, entre ces deux allures, bipède et quadrupède, et le choix immédiat de cette dernière pour fuir le danger prouvent surabondamment que la station droite, qui rencontre un puissant obstacle dans le poids de la tète, n'est presque pas pins naturelle à ces animaux que ne l'est pour nous la marche a quatre pieds, que nous pouvons exécuter exceptionnellement.

Si donc la station de ces animaux se rapproche de celle de l'homme a quelques égards, leurs habitudes s'en trouvent par là même profondément modifiées. En effet, les singes qui gardent quelque équilibre dans la station à deux pieds sont précisément ceux chez lesquels ou remarque le moins de pétulance ; ils exécutent moins de gambades, ont un répertoire de grimaces moins varié et montrent des mœurs généralement plus graves, qui se modifient d'ailleurs suivant les degrés assignés par l'organisation. Ainsi, les singes a museau allongé sont animés de passions plus violentes; insensibles aux caresses, ils ne se calment que par la crainte des châtiments. Cependant, lorsqu'on les menace de coups, ils deviennent furieux et criards, font des grimaces rariées à l'infini et agitent convulsivement tous les muscles de la face. Les mâles s'animent brutalement à la vue des femmes; du reste, leur lascivité s'explique par le développement considérable de leur tissu érectile, qui s'étend sur la peau des fesses, surtout chez les espèces a museau de chien, et s'observe même sur une grande partie de la face de quelques-uns. Ce développement du tissu érectile et sa coloration n ont lieu qu'à l'âge de la puberté. Capricieux à l'excès, les singes retenus en captivité sont très-irascibles, et cela souvent sans sujet; doux etsusceptibles d'éducation dans leur jeune âge, ils

. ne tardent pas à devenir méchants, intraitables, se jettent traîtreusement sur les personnes qui les approchent et ne cèdent qu'à l'aspect menaçant du fouet ou du bâton. Les mâles surtout passent plus facilement de la douceur à la colère. Soit jalousie, soit sentiment de leur force, ils sont presque toujours disposés à maltraiter les enfants.

Parmi les singes, les uns sont diurnes et se promènent pendant le jour; d'autres sont crépusculaires et ne sortent de leur retraite qu'au coucher du soleil ; d'autres enfin sont nocturnes et se tiennent cachés toute la journée, sous les feuilles ou dans des trous. Un grand nombre de singes sont polygames et vivent par petites troupes; mais il est certain qu il y en a aussi de monogames. Intermédiaires, pour ainsi dire, entre les mammifères et les oiseaux, ils ne vivent presque jamais à terre et se tiennent à peu près constamment sur les arbres. C'est ainsi que, dans les grandes forêts du Brésil et de l'Afrique, ils voyagent de branche en branche et d'arbre en arbre, en cherchant les fruits et les œufs d'oiseaux, dont ils font leur nourriture habituelle. Chez quelques espèces , chaque petite troupe forme une seule famille réunie sous la direction d'un vieux mâle ; celui-ci est suivi par tous les autres, qui se rassemblent à sa voix; c'est du moins ce qu'on rapporte des singes hurleurs du Brésil et du Paraguay. Ils sont très-agités dans leur course, dans leurs mouvements et changent vingt fois d'attitude en une minute. C'est ainsi qu'or- les voit passer subitement de l'état de

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colère au calme le plus parfait, et réciproquement.

Les femelles font un et quelquefois deux

fetits par portée. Pendant leur jeune âge, '< a mère les soigne avec la plus grande ten- , dresse, les transporte partout dans ses bras et leur donne souvent k teter; mais ces soins cessent dès qu'ils peuvent manger seuls, et non-seulement alors la mère ne leur fournit . plu3 d'aliments, mais elle les dépouille même I du fruit de leurs excursions s'ils n'y veillent avec la plus grande attention.

Les singes gardés en captivité en Europe meurent presque tous, au bout de peu de temps, de phthisie pulmonaire; une autre cause fréquente de leur mort tient à l'habitude singulière contractée par quelques espèces. On remarque, en effet, qu'un assez grand nombre de singes prennent plaisir k ronger l'extrémité de leur queue, sans être arrêtés par la douleur de la plaie qui en résulte et qui, ravivée chaque jour, finit par gagner la moelle épinière et déterminer la mort.

La structure interne du singe est plus uniforme qu'on ne serait en droit de 1 attendre d'après la forme extérieure du corps. Le squelette contient de 12 à 16 vertèbres dorsales, de 4 à 9 vertèbres lombaires, de S à 6 fausses vertèbres ou vertèbres sacrées et de 3 à 33 vertèbres caudales. La clavicule est solide. Los os du poignet sont trés-étendus, mais ceux des doigts sont en partie arrêtés dans leur développement. Aux membres postérieurs, on remarque surtout un pouce opposable. Le crâne est diversement conformé, suivant que le museau est saillant ou non et que la boite cérébrale s'élargit. Les yeux sont toujours situés en avant, dans des cavités osseuses, et les arcades zygomutiques ne s'éloignent pas beaucoup du crâne. Leur système dentaire ressemble beaucoup à celui de l'homme, quoiqu'ils soit essentiellement frugivores. Il comprend toutes les espèces de dents: 4 incisives, 2 canines, souvent extrêmement développées, comme chez les carnassiers; 2 ou 3 fausses molaires ou prémolaires et 3 molaires à chaque mâchoire.

Les parties du monde habitées par les sin-

?es sont les régions intertropicales; toute Afrique paraît être fréquentée par diverses espèces, mais surtout la côte occidentale et ' l'extrémité méridionale] quelques espèces se montrent aussi sur la cote nord. Un seul représentant de cette famille se trouve en Europe, et encore n'existe-t-il que sur un point limité, les rochers de Gibraltar. Les parties méridionales de l'Asie et les lies de l'archipel Indien fournissent beaucoup de grandes espèces, et l'on en trouve aussi quelques-unes dans les provinces méridionales du vaste empire chinois. L'Ile africaine de Madagascar en fournit une assez grande quantité, mais elles forment un type particulier dans la famille; ce sont les lémuriens ou singes à museau pointu. Aucun singe ne se trouve à la Nouvelle-Hollande ou à la Nouvelle-Zélande, qui ne renferment en quelque sorte que des animaux d'une organisation particulière. L'Amérique fournit dans ses provinces centrales un grand nombre d'espèces remarquables la plupart, non-seulement par la grâce de leurs formes, mais encore pur la douceur de leur caractère. Les grandes limites géographiques pourraient en quelque sorte servir à classer les singes; car les espèces de l'ancien continent, Europe, Asie et Afrique, forment une famille à type particulier, bien différent de celui que présentent les singes américains. Certains caractères distinguent parfaitement les singes de l'ancien continent de ceux qui habitent le nouveau. Ainsi, tous les singes africains ou asiatiques ont les narines séparées par une cloison fort mince, tandis que ceux d'Amérique ont une large cloison entre ces ouvertures. Tout singe pourvu.de callosités ou d'abajoues appartient a l'ancien inonde, bien qu'il existe en Asie quelques singes qui ont la bouche sans uuplicature de la peau interne et les fesses complètement revêtues de poils. Toutes les espèces sans queue, ou à queue rudimentaire, ou à queue courte sont de l'ancien continent ; au contraire, tout singe à queue longue et prenante, soit que cette partie soit velue ou non à son extrémité, est propre à l'Amérique méridionale.

Les naturalistes anciens avaient déjà distingué les variétés de singes avec ou sans queue (Pline, vin, 80; xi, 100). Dans l'antiquité, les singes étaient exportés soit d'Ethiopie (Pline, vin, 80), soit de l'Inde, comme nous l'apprennent Ctésias et d'autres auteurs ; la Mauritanie en produisait aussi (Strabon, xvii, 827). La flotte envoyée par Salomon pour faire une expédition maritime et commerciale en ramena un certain nombre d'Ophyr, avec d'autres animaux curieux (I, Itois,*., 22; II, Chroniques, IX, 21). Winer fait remarquer que le nom hébreu du singe, koph, ressemble singulièrement au mot grec keipos, kêpos, qui se dit des singes à queue ; il trouve que ces deux mots doivent être ramenés à une racine commune d'origine indienne, kapi. Consultez, pour plus de détails, le curieux traité de Liehteustein, intitulé : De simiarum quotquot veieres innoluerunt formis et nominibus (Hambourg, 1791).

On sait que plusieurs savants modernes ont soutenu l'opinion que l'homme descend du singe et qu'il n'est qu'un singe perfectionné; nous avons traité cette question au

SING

mot homme, avec tous les détails qu'elle comporte. Mais ce ne sont pas seulement les savants qui ont eu l'idée d'admettre une communauté d'origine et de nature entre l'homme et les singes, dont la malice innée et les aptitudes imitatives font de véritables avortons de l'espèce humaine. Les nègres, pour qui le travail est une invention infernale, s'imaginent que les singes sont doués de la faculté de la parole, mais qu'ils se gardent bien d'en user, dans la crainte de se voir réduits par l'homme à la nécessité de cultiver la canne à sucre.

— Paléont. L'existence des singes à l'état fossile a été niée pendant longtemps, et Cuvier, dans son Discours sur les révolutions du globe , déclara que l'on n'avait encore trouvé aucun débris fossile qu'on pût rapporter à cet ordre. Ceci concordait avec les idées de plusieurs naturalistes sur le perfectionnement graduel de l'organisma dans les âges géologiques. 11 leur semblait naturel que le degré supérieur de l'organisation, dans les terrains tertiaires, n'eût, pas été au-dessus des carnassiers , de même que dans les terrains jurassiques il n'avait pas dépassé les reptiles et dans les âges plus anciens les

Poissons. Les quadrumanes , plus voisins de homme, avaient été réservés, selon eux, pour la création la plus récente et la plus parfaite. Mais de nouvelles découvertes ont battu en brèche cette théorie, en démontrant l'existence des singes fossiles.

— Singes de l'ancien continent. On en trouve en Europe quelques fragments, qui paraissent indiquer six espèces de singes, réparties dans les divers terrains tertiaires. La plus ancienne est constatée par un petit fragment de mâchoire inférieure et par des molaires; d'après la forme de celles-ci, et spécialement de la dernière qui est munie de cinq tubercules dont l'impair est divisé en deux parties, Owen place cette espèce dans le genre macacus. Dans le commencement de l'époque tertiaire, les singes paraissent avoir vécu bien plus au nord qu'aujourd'hui. La seconde espèce, du miocène, est connue par une mâchoire inférieure trouvée près de Sansan. Elle est longue d'un pouce et demi, depuis l'extrémité des incisives jusqu'à la racine antérieure de la branche montante. Les deux branches se réunissent sous un angle de 25" et forment une symphyse oblique. Les dents indiquent un ani.nal dans la force de l'âge ; les inoisives sont égales entre elles et élevées au niveau de la pointe des canines, qui sont courtes, coniques, un peu courbées etcéjetées en dehors avec un collet bien marqué en arrière; les deux avant-dernière! moluires ont cinq tubercules, et la dernière un talon assez fort, divisé en deux ou trois tubercules. 11 faut attendre que d'autres pièces du squelette soient connues pour pouvoir assigner à cet animal un genre définitif. M. de Blainville, qui a étudié cette mâchoire, a proposé te nom de pithecus antiquus. Les autres espèces européennes appartiennent à des terrains plus récents et sont encore plus incomplètement déterminées que les précédentes. Le macacus pliocenus, du pliocène de Grays (Ëssex), n'est connu que par une pénultième molaire supérieure. Au pied du Pentélicon,on atrouvéun fragment de crâne, que Wagner a nommé mesopithecus pentelicus et a décrit comme terme de transition entre les seinnopithèques et les gibbons; il s'appuyait sur les caractères des incisives , leur séparation des canines et la forme des premières molaires, les seules connues.

Le pithecus maritimus a été déterminé par de Christol, d'après des os , des membres et des molaires , le semnopithecus monspessulanus par Gervais, d'après quelques dents, un cubitus et un radius. Les débris de ces deux derniers viennent des sables tertiaires mariusde Montpellier. Dans le continent indien, on a aussi trouvé les restes de quelques espèces de singes. En 1836, MM. Daller et Durand ont découvert, près de Sutly, une mâchoire supérieure, avec un fragment de la face et de l'arcade orbitaire, dans des couches de conglomérats de sables, de marne et d'argile, d'âge indéterminé ; Mayer a donné à cette espèce, dont la taille était à peu près celle de l'orang-outang de nos jours, le nom de semnopithecus subhimulayanus. L'année suivante, deux autres paléontologues trouvèrent, dans la même localité, deux espèces de taille plus petite, mêlées k des débris d'anoplothériums et de reptiles; l'une d'elles est caractérisée par une mâchoire analogue à celle de l'eiitella , mais plus grande , dans la

firoportion de 5, 3 à 4; l'autre espèce avait a taille de l'eiitelle et est connue par un fragment de la mâchoire inférieure, contenant les quatre dernières molaires.

— Singes d'Amérique. Tout ce que l'on connaît de singes fossiles d'Amérique est dû aux recherches de Lund dans l'Amérique méridionale. On trouve les ossements de ces animaux dans des cavernes, gisant dans une terre rougeàtre, durcie par des particules calcaires et imprégnée de salpêtre. Ils sont souvent cassés et portent des empreintes de dents, qui sembleraient démontrer que les singes ont été entraînés dans ces cavernes par des animaux féroces. M. Lund a trouvé trois espèces :

îo Un sapajou : le cebus macrognathus.

2» Un sagouin : le calUtrix primsous, d'une

SING

taille plus que double de celle des espèces actuellement vivantes.

3° Une espèce nommée prolopithecus brasiliensis, qui ne se rapporte à aucun des genres actuels et a dû atteindre 4 pieds de hauteur.

Pour plus amples détails , v. QUADRU-

MANKS.

— Hist. relig. Les singes, comme tant d'autres animaux , étaient l'objet du culte des Egyptiens :

lais eram Serapisque et lomja simia cauda,

dit le poëte Prudence, en faisant l'énumération de leurs idoles; et ailleurs :

Vmercm prccaris, comprecare et simiam.

Strabon attribue particulièrement ce culto aux habitants de Memphis, et Diodore de Sicile nous assure que, dans une certaine contrée d'Afrique (sans doute chez les Coptes), les habitants professaient m\ respect si profond pour ces quadrumanes, qu'ils avaient grand soin de leur tenir en tout temps des tables couvertes de fruits et d'autres mets, et qu'ils punissaient du dernier supplice celui qui avait le malheur d'en tuer un.

La fameuse table d'isis nous représenta plusieurs figures de singes. Anubis y e--t représenté en posture de suppliant devant un animal de cette espèce, tandis qu'un autre so tient debout auprès, avec tin globe sur la tête. Dans la langue hiéroglyphique, le singe est le symbole de la nouvelle lune. Les Phéniciens, voisins des Egyptiens, avaient également le plus grand respect pour ces animaux, qu'ils faisaient souvent figurer à la proue de leurs vaisseaux de guerre.

Dans la religion grecque, Vulcain, qui avait été allaité dans son enfance par des singes, est le plus souvent représenté comme un animal de cette espèce par les poètes comiques.

— Mécan. Le singe était employé autrefois, sous le nom de sapine, dans la construction des édifices. Il ressemble par sa forme à la sonnette à battre les pieux et so compose d'un patin triangulaire, sur lequel est monté un poteau vertical maintenu sur les côtés et en arrière par des contre-fiches. Au sommet de ce montant, qui atteint parfois une hauteur considérable, est assemblée une traverse, aux extrémités de laquelle sont fixées des poulies. Sur le patin et dans l'axe du poteau vertical est placé un treuil simple, dont la corde va passer sur les poulies de la traverse supérieure et recevoir à son extrémité le fardeau à élever ou à descendre. Cette machine, arc-boutée par les trois grandes contrefiches, n'a pas besoin d'être soutenue par des haubans; d'une simplicité extrême et d'une manœuvre facile, elle était autrefois le type des engins.

Singes amateur» (LES), tableau de De-

cuuips. V. Experts (les).

SliVGEENS, en latin Sengsi, ancien peuple de Macédoine, sur les limites de lu Thi-aee, près des côtes septentrionales de la mer Egée.

SMGÉNITE s. f. (sain-jé-ni-te). Chim.

Minéral que l'on trouve à Kaluss, en Galli-

cie.

— Encycl. La singénite est un minéral que Zephrarovich a trouvé en cristaux très-fins dans la sylvine de Kaluss. Desséchée à 100°, cette substance renferme :

CaO MgO K.20 SO* h*0 ... .. 16,97 0,46 28,03 49,04 5,81 " l«Ml-

Ces nombres correspondent à la formule

CaSOi.KîSOi + H*0.

Elle montre que ce minéral est étroitement allié à la polyhalite, avec laquelle il a été longtemps confondu. Si , par conséquent, dans la formule de la polyhalite

2CaOS03,MgOS03,KSOS03 + SlVO,

on remplace le sulfate de magnésie par une quantité équivalente de sulfate potassique et qu'on divise le tout par 2, ou obtiendra la formule de ia singe'nile , que, par suite, il convient peut-être de doubler.

SINGER v, a. ou tr. (sain-jé — rad. singe. Prend un e a^rès le g devant les voyelles a, o : Il singea; nmts singeons). Imiter servilement, contrefaire : Singer let manières d'un autre. La coquetterie de la mère deviendra celle de la fille; l'enfant sixgera et caricaturera sa mère. ( M""» Monniarson.) On singe longtemps l'adresse, mais non la force. (Mirab.)

. . . . En tout on singe l'Angleterre. Un bal est un raout, une place est un square ; Un ministre demande un bill d'indemnité, Et nous portons un toast au lieu d'une santé.

Laville de MllUIONT.

Se singer v. pr. S'imiter mutuellement : La plupart des hommes sii singent les uns les autres et nomment originaux ceux qui refusent de tes singer. (M"" du Detfant.)

— Syn. Siuger, contrefaire, i«pier, etc. V. CONTRËFAIRU.

SINGERESSE adj. et S. f. V. SINGEUR.

SINGERIE s. f. (sain-je-rl — rad. singe). Grimace, geste comique : Il a fait mille singeries. Je ne prends point de plaisir à ses

SING

singeries. Il y a des enfants qui fonl de plaisantes singeries. (Acad.)

11 fit autour force griroaceries, Tours de souplesse, et mille singeries-

La Fontmne.

— Imitation servile, gauche, ridicule : Les clubs, cette singerie anglaise, ont achevé la ruine de lias salons. (Mra0 S. Gay.)

— Démonstration fausse, hypocrite : Toute sa déuotion n'est que singerie.

. Dans le siècle du bon ton.

Les mœurs sont une singerie.

Doiut.

— Ménagerie de singes : La singerie du Jardin des plantes, il Peu usité.

— B.-arts. Dessin, tableau, statuette représentant des singes : Singerie de Teniers, de Dc.cumps.

SINGEUR, EUSE OU GERESSE adj. (sainjeur, eu-ze-je-rèse — rad. singer). Qui singe, qui imite bassement, servilement, ridiculement : Il y a en moi une condition aucunement singerëssb et imitatrice. (Montaigne.) Je craignais de lui voir ces façons singkresses qu'on ne mangue jamais de contracter à Paris. (J.-J. Rouss.)

— Substantiv. Personne qui singe, qui imite servilement, ridiculement : Il exhale sans ménagement son mépris pour les vils Singeurs de ta magistrature. (Mirab.)

S1NG1DUINUM, ville de l'empire romain, dans la Mésie supérieure, au confluent du Danube et de la Save. Patrie de Jovien. Auj. Belgrade.

SING1LE s. m. (sain-ji-le — de Singilis, nom lat, du Genil, rivière d'Espagne). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des earalnques, tribu dos tronontipennes , comprenant deux espèces, qui habitent le midi de l'Espagne.

SING1T1QUE (golfe), nom ancien du golfe Monte-Santo, formé par la mer Egée sur les côtes de la Macédoine, entre les presqu'îles du mont Alhos et de Sithonie; son nom lui venait des Singéens, qui habitaient près de ses bords.

SINGLETON s. m. (sain-gle-ton —de l'angl. single', seul). Jeux. Carte qui, au whist, se trouve seule de sa couleur dans la main d'un joueur : Le joueur qui entame le jeu par un singleton indigue par là qu'il est pressé de faire ses petits atouts et qu'il n'a pas grande confiance dans le reste de son jeu.

SINGLETON (Henri), peintre anglais, né à Londres en 17GG, mort en 1839. Il rit de brillantes études à l'Académie royale et y obtint une médaille d'argent comme prix, de dessin et une médaille d'or pour son tableau, la Fête d'Alexandre, d'après une ode de Dryden. En 1793, il acheva un tableau représentant tous les membres do l'Académie rassemblés dans la chambre du conseil. En 1807, il Se présenta comme candidat à l'Académie et ne fut pas élu. Parmi les tableaux de Singleton, citons : Jésus entrant à Jérusalem; Jésus guérissant l'aveugle -né ; Saint Jean- Baptiste; Coriolan et sa mère; Annibal jurant aux Romains une haine éternelle; la Prise de Seringapatam ; la Mort de Tippoo- Saèb; les Fils de Tippoo-Saêb livrés en otages. Il existe de toutes ces compositions des gravures de grandes dimensions. On a aussi de S.ingieton un grand nombre de dessins.

SINGLIN (Antoine), ascète de lu société de Port-Royal, directeur du couvent de Paris, né dans cette ville vers le commencement du xvne siècle, mort le 17 avril 1661. Son père, marchand de vin, voulait le former à son commerce, mais le jeune homme avait d'autres dispositions. A l'âge de vingt ans, il alla trouver saint Vincent de Paul, qui lui conseilla d'entrer dans l'Eglise. Quand il fut sous-diacre, saint Vincent de Paul lui confia l'instruction des enfants à l'hospice de la Pitié. Il se lia alors avec Saint-Cyran, qui lui fit conférer la prêtrise par M. de Gondi, archevêque de Paris, et obtint' son admission à Port-Royal comme directeur et confesseur des religieuses. Saint-Cyran disait à Singlin au moment d'entrer k Port-Royal : • Ne restez pas plus d'une demi-heure avec les pénitents ou les religieuses qui viendront vous consulter, s'ils n'ont rien de bien capital à vous confier, et, ce temps écoulé, faites-vous appeler comme si quelqu'un survenait du dehors... S'il n'y a point de survenants, les anges seront la toujours pour vous en tenir lieu. » fins tard, le cardinal de Retz le fit supérieur de Port-Royal-des-Champs comme de la maison de Port-Royal de Paris. Il fut vingt ans directeur et huit ans supérieur. Ce n'était pas un homme éminent par la science; son éloquence était tout à fait ordinaire; mais c'était un esprit avisé, d'une discrétion à toute épreuve, d'un ascétisme assez étroit, mais d'une bonhomie remarquable, qui avait le talent d'inspirer la confiance à ceux qui le fréquentaient et d'attirer du respect sur Port-Royal. Arnauld et ses confrères affichaient pour lui une profonde estime. On dit que Pascal lui lisait avant de les publier les manuscrits de tout ce qu'il écrivait sur des matières religieuses; il s'agit, sans doute, des Provinciales. Les soins de sa charge ne l'absorbaient pas tellement qu'il n'eût encore le temps d'écrire. Leroaistre de Sacy était, dit-on, son inspirateur ordinaire, dans ce sens qu'un sujet de sermon

SING

ou de livre étant donné, Lemaistre en rédigeait l'ébauche, lui indiquait les points sur lesquels il fallait insister et les autorités à mettre en avant. Tous les écrivains de Port- Royal agissaient ainsi les uns envers les autres. Les sermons de Singlin attiraient la foule, et il avait des pénitents du plus haut rang. Quelques libellistes l'accusèrent à tort de s'être enrichi aux dépens de ses ouailles. Il s'était, au contraire, si peu enrichi, qu'il ne laissa pas de quoi subvenir à ses funérailles. Il avait été interdit un moment de sa chaire par l'archevêque en sa qualité de janséniste et, en 1661, il fut au même titre obligé de quitter Paris, pour se retirer dans une terre appartenant à la duchesse de Longueville. Il mourut deux ans après. Ses os furent rapportés à Port-Royal-des-Champs , sépulture ordinaire des jansénistes de Port- Royal.

On ne possède de lui que des Instructions chrétienne.i sur tes mystères de Notre-Seigneur Jésus-Christ et sur les dimanches et les principales fêles de l'aniée (Paris, 1671, 5 vol. in-8°). Il en existe une seconde édition de 1736 (12 vol. in-12), avec une biographie de l'auteur par l'abbé Gouget.

SINGLIOT s. m. (sain-gli-o — du lat. singularis, singulier). Chacun des foyers d'une ellipse que les jardiniers tracent d'un mouvement continu, à l'aide d'une corde.

SINGUKOGU, impératrice du Japon, née vers le milieu du na siècle de l'ère chrétienne, morte vers le milieu du me. A la mort de son époux Tsinn-Ai, l'an 201, elle lui succéda. Le principal événementde son règne est une guerre avec les Coréens. Ceux-ci, croyant qu'ils pourraient facilement vaincre une femme, prirent aussitôt les armes. Elle se mit elle-même à la tête de son armée et marcha au-devant des ennemis; mais l'état de grossesse où elle se trouvait la força de retourner au Japon. Bieniôt après, elle accouchait d'un fils, auquel elle laissa la couronne, après, toutefois, la lui avoir fait longtemps attendre, car Singukogu vécut jusqu'il cent ans et régna glorieusement durant soixante-dix années. Elle fut mise au nombre des déesses du Japon.

SINGULAIRE s. m. (sain-gu-lè-re — lat.

singularius; de singuli, chacun en particulier). Cavalier romain volontaire.

SINGULARISER v. a. ou tr. (sain-gu-lari-zé — du lat. singularis, singulier, particulier). Rendre singulier, extraordinaire : Ayez une conduite qui nous distingue, et non qui vous singularisk. Je ne veux rien dans mon habillement qui me singularise, (Acad.)

Fais choix d'un état

Qui te distingue, et non qui te singularise.

Piron.

Se singulariser v. pr. Se faire remarquer par quelque singularité, par des opinions, des actions, des manières singulières : Il faut éviter de se singulariser. (Acad.) Sis singulariser, c'est avoir une manie. (Théry.) C'est toujours par un amour-propre maladroit que l'on veut SE singulariser. (Boiste.)

SINGULARITÉ s. f. (sain-gu-!a-ri-té — du lat. singularis, singulier). Qualité de ce qui est singulier : J'ai un exemplaire de ce livre, où il y a une singularité remarquable. Par une singularité dont il est difficile de donner la raison, les mâles des oiseaux de proie sont d'environ un tiers moins grands et moins forts que les femelles. (Buif.) On u'aime pas à trouver dans un livre les mots qu'on ne pourrait pas se permettre de dire et qui détournent l'attention non par leur beauté, mais pour leur singularité. (J. Joubert.)

— Manière singulière, extraordinaire, bizarre d'agir, de penser, de parler : Toute singularité est une niche à orgueil. (Saint Vincent de Paul.) L'esprit de singularité, s'il pouvait ne pas aller trop loin, approcherait fort de la droite- raison. (La Bruy.) Le rôle de la singularité réussit toujours à gui a le courage et la patience de le jouer. (Grimm.) Le philosophe fuit la singularité. (Saarin.) La singularité vient d'un esprit faux. (De Bellegarde.) La singularité a essentiellement quelque chose de forcé et de factice. (Théry.) La singularité ajoute toujours au prestige du génie. (Thiers.)

— Action, parole singulière : Les singularités de la piété dégénèrent souvent en fanatisme. (Mass.)

— Gramm. Caractère du singulier, des mots employés au singulier : Les désinences des noms caractérisent la singularité et la pluralité.

• — Encycl. Montaigne a dit : • Notre esprit est un outil vagabond, dangereux et téméraire; il est malaisé d'y joindre l'ordre et la mesure... C'est un outrageux glaive à son possesseur mesme que l'esprit qui ne sçait s'en armer ardemment et discrètement. »

Faire l'histoire complète des singularités intellectuelles, ce serait retracer l'histoire du genre humain. Que de folies depuis l'époque historique? Bornons-nous à une courte série de traits.

Il y a des rabbins qui ont cherché à savoir quelles étaient les occupations de Dieu avant la création; uu écrivain du xvne siècle composa, pour les réfuter, tout un opuscule et conclut en ces termes ; o Demander ce que Dieu faisait avant la création du monde, c'est parler inipertinemment ou même puérile-

SING

ment, et ne savoir proprement ce qu'on demande... Il est certain que Dieu éternel, lequel a fait le inonde par sa parole, se pouvait bien passer du monde et n'avait que faire des créatures, car il vivait et régnait avant les siècles, très-heureux et très-content, dans le paradis de son essence et dans l'essence de lui-même... Dieu ne croupissait point en paresse et loisir avant qu'on eût créé le monde... Il contemplait son fils unique, non fait, ni créé, mais engendré de toute éternité par son intelligence et contemplation divine; en ce Verbe éternel, il contemplait l'archétype et le monde du monde, les anges, les âmes et toutes les créatures... Disons, pour fin et conclusion de ce traité, que Dieu, avant la création du monde, faisait et ne faisait rien, etc. • (Revue rétrospective, juin 1834).

Une singularité réussie est celle qu'expose, sur le même sujet, une lettre de Benjamin Constant, publiée dans la Revue des Deux- Mondes (avril 1S44) : • Cette idée est d'un Piémontais, le chevalier de Revel, qui remplissait alors à La Haye les fonctions d'envoyé de Sardaigne. Il prétend que Dieu, c'est-à-dire l'auteur de nous et de nos alentours, est mort avant d'avoir fini sou œuvre; qu'il avait les plus beaux projets du monde et les plus grands moyens; qu'il avait <l--jà mis en œuvre plusieurs de ces moyens, comme on élève des èohafauds pour bâtir, mais qu'il n'avait donné son secret à personne, de sorte que, quand il mourut, son successeur fut bien embarrassé; c'est ce qui fait que tout à présent se trouve fait dans un but qui n'existe plus, et que nous, en particulier, nous nous sentons destinés à quelque chose dont nous ne nous faisons aucune idée ; nous sommes comme des montres où il n'y aurait point de cadran et dont les rouages doués d'intelligence tourneraient jusqu'à ce qu'ils fussent usés, sans savoir pourquoi, et se disant toujours : Puisque je tourne, j'ai donc un but. Cette idée me paraît la folie la plus spirituelle et la plus profondo que j'aie ouïe, et bien préférable aux folies chrétiennes, musulmanes ou philosophiques des l*', vm« et xvme siècles de notre ère. »

Suivant certains visionnaires, le monde a été créé au printemps; suivant d'autres, le 6 septembre, un vendredi, à quatre heures après midi; enfin, suivant un autre, le 21 décembre. Un savant italien du xvme siècle, l'évêque Baïardi , qui avait sur le métier uu Abrégé de l'histoire universelle , montra à l'abbe Barthélémy, sur un globe , le point du ciel, découvert par lui, où Dieu plaça le soleil lors de la création. Les talmudistes savent comment furent employées les douze heures du jour où Adam fut formé du limon sous le doigt de Dieu; ce fut à la septième heure que se consomma le mariage d'Adam et d'Eve; or Dieu, avant d'amener à son époux la première femme, avait eu la gracieuse attention de la friser coquettement. (Peignot, Livre des singularités.)

Moréri assure qu'Adam « avoit une profonde connaissance des sciences, et surtout de l'astrologie, dont il apprit plusieurs beaux secrets à ses enfants, et il grava sur deux tables diverses observations qu'il avoit faites sur le cours des astres. »

Chez tous les docteurs, Adam passe pour avoir possédé une science merveilleuse; les rabbins le font plus érudit que les anges, et les Arabes lui donnent une stature gigantesque, tiien plus, Adam est auteur de deux livres, l'un sur la Création, l'autre sur la Divinité. Assurément, personne n'aurait pu lui en remontrer sur l'une ou sur l'autre. Beaucoup de rabbins font Adam hermaphrodite, mâle d'un côté, femelle de l'autre. Une visionnaire du xvne siècle, Antoinette Bourignon, dont on a écrit les révélations, a donné sur le sexe d'Adam la théorie la plus complète. Elle l'a vu en songe ; il avait, dans une certaine région, « la structure d'un nez, de même forme que celui du visage, et c'était là une source d'odeurs et de parfums admirables. »

Bayle rapporte diverses opinions saugrenues sur l'union d'Adam et d'Eve et sur une double postérité diabolique issue du premier homme et de la première femme. Les couches d'Eve, la chute de nos premiers parents, la forme prise par le tentateur, le îruit défendu, l'arbre de science, la sépulture d'Adam, ses armoiries, ses chaussures, sa taille, ont exercé la sagacité et l'imaginative des hérétiques et des orthodoxes. Toutes ces billevesées, doni plusieurs font partie des superstitions avouées ou désavouées, suivant le pays et la religion, sont très-amusantes. Un avocat au parlement de Paris (xvie siècle), héraldiste fort expert, assigna pour armoiries à Adam trois feuilles de figuier. Au xvme siècle, un littérateur, le chevalier de Causans, voulut expliquer par la quadrature du cercle le péché originel et la Trinité. Il fit même annoncer que la somme de 300,000 fr. , déposée chez un notaire, serait le prix de ceux qui réfuteraient sa thèse. Une jeune demoiselle releva le défi et actionna Causans devant le Châtelet. Le procès fut arrêté à propos.

Un philosophe suédois, mort en 1740, prétend dans uu ouvrage que les Hébreux furent nourris dans le désert non de cailles, mais de harengs. Un capucin et un jésuite, s'étant enquis de la maladie qui affligeait le pauvre Job, attribuent au saint homme le

SING

mal dont ne souffrait pas moins le docteur Pangloss.

Origène prétend que Judas Iscariote se donna la mort avant le dernier supplice de son divin maître, afin de le trouver Sur son passage dans l'autre monde et en obtenir son pardon. Des hérétiques du n» siècle vénéraient ce même Judas comme cause des avantages procurés au monde parlamort de Jésus- Christ.

L'Ancien Testament a fourni matière à des explications, à des hypothèses et même à des applications de calcul géométrique d'une singularité fantastique. Ainsi, d'après l'oratorier. Bertier (mort en 1783), il fallait lire la Genèse à rebours pour en avoir la clef. Mni3 le paradis, les anges, les démons, les esprits ont eu le privilège d'exciter au suprême degré la verve des divagateurs, et, parmi ces' écrivains, des jésuites ont surpassé leurs émules en inventions grotesques. L'un de ces bons pères, Louis Henriquez, auteur du livre intitulé : Occupations des saints dans le ciel, semble décrire le paradis de Mahomet. Il se porte garant « qu'il y aura un souverain plaisir à baiser et embrasser les corps des bienheureux; qu'ils se baigneront à la vue les uns des autres ; qu'il y aura pour cela des bains très-agréables (que de bains 1); qu'ils y, nageront comme des poissons ; qu'ils chanteront aussi agréablement que les calandres et les rossignols; que les anges s'habilleront en femmes et qu'ils paraîtront aux saints avec des habits de dames, les cheveux frisés, des jupes à vertugadins et du linge du plus riche; que les hommes et les femmes se réjouiront avec des mascarades, des festins, des ballets; que les femmes chanteront plus agréablement que les hommes, afin que le plaisir soit plus grand; qu'elles ressusciteront avec les cheveux plus longs et qu'elles se pareront avec des rubans et des coiffures, comme en cette vie, et leurs petits mignons d'enfants, ce qui sera vu avec un grand plaisir, etc. » (Ditt. de Bayle, art. Loyola.)

Un philosophe écossais, J. Craig, a eu l'idée d'appliquer les mathématiques au christianisme : Theologiie chrtitiunz principia mathemalica (1699, in-4°). Les calculs l'ont conduit à affirmer que la force des témoignages sur lesquels repose, la religion n'avaient de valeur que pour trois mille cent cinquantetrois ans. Ces témoignages, excelleuts jusqu'en l'an 3153, ne vaudront plus rien en 3154.

Mais laissons de côté les faits qui sont du domaine de l'imagination pure et de l'esprit, pour aborder ceux qui ont leur origine dans le caractère même des individus; ce ne sont pas les moins piquants. Nous ne mentionnerons ici que pour mémoire le génie familier de Socrate, le tonneau de Diogène, l'étoile de Napoléon, etc.; ce .sont là des singularités historiques que personne n'ignore. Il nous en reste bien d'autres à faire défiler sous les yeux du lecteur. Ainsi :

C. Graeehus avait près de lui un joueur de flûte pour régler les intonations de sa voix quand il était à la tribune.

Auguste était constamment entouré de perroquets.

lionorius croyait son sort attaché à la vie d'une poule appelée Rome.

Un célèbre financier du xvme siècle, Samuel Bernard, croyait de même sa vie liée à celle d'une poule noire.

Saint Siméon Stylite a passé une partie de sa vie sur une colonne.

Tycho-Brahé s'évanouissait à la vue d'un lièvre.

Catherine de Médicis ne pouvait supporter l'odeur de la rose.

Jacques 1er tremblait à la vue d'une épée.

Charles-Quint passait son temps à démonter et à remonter des pendules.

Scaliger frémissait à l'odeur du cresson.

Milton n'écrivait qu'au son de la musique.

Cujas travaillait couché par terre.

Erasme éprouvait des accès de fièvre a la vue d'un poissou.

Juste Lipse aimait les chiens avec fureur.

Bacon tombait en défaillance pendant une éclipse de lune.

Bayle avait des convulsions quand il entendait le bruit de l'eau sortant d'un robinet.

Guido Reni peignait avec une sorte de pompe; il était alors vêtu magnifiquement, et ses élèves, autour de lui rangés, le servaient en silence.

Mézeray ne travaillait qu'à la chandelle, en plein jour.

Malebrancho voyait sans cesse un gigot au bout de son nez.

Le cardinal de Richelieu était constamment entouré de chats.

Pascal croyait voir un précipice à son côté.

Bourdaloue jouait un air de violon avant de monter en chaire.

Bossuet, pour appeler l'inspiration, se tenait dans une chambre froide et la tète chaudement enveloppée.

Le maréchal de Brézé s'évanouissait à la vue d'un lapin.

La Mothe Le Vayer ne pouvait souffrir la musique.

Le musicien Sarti ne composait que dans l'obscurité.

Cimarosa, pour s'exciter, cherchait la lumière et le bruit.

Paisiello ne s'inspirait qu'enseveli dans ses couvertures.

Addison parle d'un avocat qui ne plaidait

SING

jamais sans avoir dans la main un bout de iicelie dont il serrait fortement un de ses pouces pendant tout le temps que durait son plaidoyer; les plaisants disaient que c'était le fil de son discours.

Le docteur Shapman rapporte qu'un avocat célèbre de Londres se faisait appliquer un vésicatoire au bras chaque fois qu'il avait une affaire importante à plaider.

Eutfon n'écrivait qu'en habit de cour et poudré.

Caraccioli avait peur d'une souris.

Crébillon composait ses tragédies ayant des corbeaux sur sa table.

Mme du Deffant dormait le jour et veillait la nuit.

Lalande mangeait des araignées.

Méhul plaçait sur son piano une tête de mort.

Hsendel ne composait que dans l'ivresse.

Turgot ne travaillait bien que quand il avait largement dîné.

Schiller, avant de composer, se mettait, dit-on, les pieds dans la glace.

Pitt avait une table irugale; seulement, lorsqu'il avait une affaire importante à discuter, il prenait un peu de vin de Porto avec une cuillerée de quinquina.

Girodet aimait à travailler la nuit. Quand l'inspiration lui venait, il se levait, faisait allumer des lustres, plaçait sur sa tête un énorme chapeau couvert de bougies et, ainsi affublé, se mettait à peindre.

Michel-Ange quelquefois avait fait a peu près de même, mais avec une seule chandelle.

Ampère fixait les yeux, en parlant, sur un bouton d'habit d'un de ses auditeurs.

Mme Je Staël ne pouvait dormir à Coppet qu'au bruit du vent dans les saules.

Walter Scott ne pouvait réciter ses leçons

3u'en tournant un de ses boutons entre ses oigts.

Casimir Delavigne composait en se promenant et faisait toutes ses pièces de mémoire.

Après un frugal dîner, notre grand romancier Balzac se couchait a six ou sept heures, se faisait réveiller à minuit, prenait du café noir, ou plutôt verdâtre, extrêmement fort, et travaillait jusqu'à midi.

Michelet travaillait le matin et employait aussi le café. Dès qu'il était levé, à six heures, il le prenait; cela le portait, dit-il, jusqu'à midi. Le portait? non, l'enlevait; on le sent à son style plein d'éclairs, mais aussi de saccades fébriles.

Singularités historiques et littéraires, par

M. Hauréau (1861, in- 12). Ce petit livre, plein de nouveautés vieilles de dix siècles, donne des anecdotes et des récits souvent intéressants. La forme adoptée par l'auteur en bannit la théorie pour laisser la place entièrement libre à la vérité. M. Hauréau raconte lu vie de plusieurs personnages des temps carlovingiens, sur lesquels il a découvert ou constaté des faits curieux. L'exécution agrandit le sujet, et dans chaque tableau on distingue un homme ou un fui t. Tandis que nous voudrions connaître des hommes, l'érudition nous présente ordinairement des morts classés, analysés, en manière d'arguments, pour servir de preuves à un fait ou à une thèse. Chez M. Hauréau, au contraire, elle raconte ce qui a été comme on raconterait ce qu'on a vu, avec la même vivacité et le même naturel. Les personnages vivent de leur vie individuelle et de la vie de leur siècle. L'histoire s'est changée en drame.

C'est sur un plan original que sont composées les Singularités historiques ; l'auteur nous fait connaître des vies de poëtes, de grammairiens, d'abbés et de philosophes, sans lien entre elles et sans autre ordre que l'ordre chronologique; et cependant on distingue en elles la marche des temps et l'on suit le mouvement de l'esprit humain du vie au xiio siècle. D'abord la science et la piété combattent la barbarie : timides chez les Gallo-Komains; fils de générations façonnées au despotime, hardies et rebelles chez les Irlandais, dont les pères n'ont pas été asservis. Ensuite les lueurs s'effacent. Au temps des rois fainéants, l'anarchie, qui s'est emparée de la race conquérante, accable la race conquise. Le pouvoir ayant été restauré par Charles Martel et l'Eglise unie à l'Etat par Pépin, Charlemagne donne une place officielle aux sciences, aux lettres et à la théologie dans l'empire des Francs. Tout s'écroule après sa mort. La science et la piété luttent contre le désordre intérieur, comme trois siècles auparavant elles luttaient contre la barbarie étrangère. Une révolution sociale immense rajeunit l'Occident. L'esprit humain a désormais le champ libre; il refait, avec les débris du passé, les croyances en même temps que les institutions et le langage. Les écoles s'élèvent contre les écoles. La philosophie attaque la théologie ; elle prétend 1 expliquer ; elle veut lui imposer ses lois. Alors, dans l'ordre intellectuel comme dans l'ordre matériel, la tyrannie succède à l'anarchie.

Le style des Singularités historiques est simple, animé, presque latin, comme il convient au sujet et comme il est naturel à un écrivain qui a publié des in-folio en langue latine. D'où vient que ce livre, distraction d'èrudit, laisse des impressions et des souvenirs? C'est qu'il y a de l'art dans la façon

SING

dont sont présentés les personnages et que l'on s'intéresse à l'érudition assez hardie pour se contenter de ses qualités propres, pour ne point avoir recours à des stimulants étrangers. Le lecteur peu familier avec cette érudition éprouvera de l'étonnement. Ce n'est pas là l'histoire officielle et officiellement enseignée. D'après celle qu'on lui a fait connaître, il existe peu de différence entre les six premiers siècles de l'histoire de France; le temps ne compte pas, les époques se confondent; rapprochées par la pensée, la féodalité et la conquête deviennent la conséquence l'une de l'autre. Or, M. Hauréau parle de poëtes, de savants, de lettrés qui marchent de pair avec les guerriers, qui sont les conseillers du roi et tiennent un rang dans l'Etat. Il parle d'hommes plus grands que des princes, plus puissants que des papes, que le savoir et la sainteté ont élevés à l'autorité. Le inonde dans lequel ont vécu ces hommes n'a pu être un monde simplement livré à la conquête, où les vainqueurs se soient partagé les vaincus. On est forcé de conclure que, sous le régime barbare, les nations ont conservé leur indépendance, les individus leur liberté et que, plus tard, une révolution intérieure est venue transformer l'Occident. Si l'époque de la conquête barbare, si le règne de la féodalité appellent l'attention, les temps carlovingiens, M. Hauréau a su le prouver, ne méritent pas moins d'exciter l'intérêt ; car c'est alors que s'accompli t la grande révolution sociale qui détruit l'ordre barbare, confond toutes les nationalités et constitue l'ordre d'où sortira la civilisation moderne. C'est le vrai commencement de l'histoire de France. Auparavant les populations ont passé des mains d'un conquérant dans celles d'un autre conquérant; ici, pour la première fois, elles font leur destinée. C'est une révolution qui aune haute portée. Remarquons-le : deux grandes révolutions ont renversé en France les deux systèmes du passé, la barbarie et la féodalité. Dans chacune de ces révolutions, qui ont mis l'une et l'autre plusieurs siècles a s'accomplir, aux deux tiers de la route, le despotisme est intervenu pour achever la décadence d'une société ancienne et ouvrir les voies à une société nouvelle. Sans Charlemagne, la féodalité n'eût pu se fonder; sans Richelieu et Louis XIV, le régime du privilège eût tardé davantage à tomber devant la démocratie. Comme puissance de destruction sociale, le despotisme est supérieur à l'anarchie. On a souvent répété de nos jours que le despotisme était nécessaire pour sauver la démocratie. M. Hauréau répond, l'hisUïre en main, qu'un principe de mort ne peut donner la vie, et que ce qui a tué les sociétés anciennes ne peut évidemment pas sauver les sociétés modernes,

SINGULAXE adj. (sain-gu-la-ske — de singulier, et de axe). Miner. Se dit d'un cristal qui a un axe principal.

SINGULIER, 1ÈRE adj. (sain-gu-lié, iè-re . — lat. singuluris; de singulus, unique). Partti ticulier, extraordinaire, qui ne ressemble point l aux autres : Un cas singulier. Un exemple ; singulier. Une méthode singulière. Conformation singulière. Destinée singulière. Cou- | tume singulière. De deux individus singui likrs qu'aura produits la nature , l'homme 1 fera une race constante et perpétuelle. (Buff.) Ceux gui ont quelque latent singulier en sont d'ordinaire avertis par quelque hasard favorable. (Fonten.) La destinée de certains hommes est singulière : dans leur jeunesse, ils ont la corne d'abondance, et dans la vieillesse ils ont l'abondance des cornes. (Sophie Arnould.) Les hommes ont toujours été tentés par les idées singulières qui flattent l'orj gueil. (J. de Maistre.) Il y a dans l'homme ! uite singulière puissance, c'est celle d'imagii ner. (Laurentie.) La garance a la singulière propriété de teindre tes os en rouge. (Flourens.) il Bizarre dans ses paroles, ses manières, sa conduite : Un homme singulier. Les gens d'une imagination vive nous paraissent singuliers et souvent incommodes. (Grimm.) Une jeune fille qui veut être singulière a peur de tout ce qui est commun. (Théry.) Il n'y a pas un homme sur dix mille à qui la crainte d'être singulier n'aie le courage d'être sérieux. (Dodsley.)

Dans ses façons d'agir, il est fort singulier,]

Molière.

On me vit singulier, «t l'on me crut habile. C. Délavions.

Malheur h tout mortel, et surtout a notre âge, Qui se fait sinçju lier pour être un personnage)

Voltaire.

— Rare, excellent, distingué : Vertu, piété SINGULIÈRE. Beauté singulière. Platon remplit ses ouvrages des imaginations singulières que son idéomanie lui suggère. (Proudh.)

Pour toute ambition, pour vertu singulière, Il excelle a conduire un char dans la carrière.

Racine.

Hier, j'étais chez des gens de vertu singulière. Où Bur vous du discours on tourna la matière.

Molière.

— Combat singulier. Combat d'un seul contre un seul : Autrefois, en matière judiciaire, on permettait les combats singuliers pour découvrir la vérité. Ce spadassin fut tué dans un combat singulier. (Acad.)

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