S!RE
SIRE s. m. (si-re. — Ce mot est contracté de senre ou sendre, 'vieille forme qui représente le latin senior, plus âgé, dont l'accusatif seniorern a fait seigneur. D'après Diez, cette contraction s'est probablement produite dans le nord de la Fiance, où les Picards ont également modifié tendre en tere et tiendrons en tirons. On pourrait alléguer encore à ce sujet le mot latin tiro, que Doederlein suppose être une contraction de tenero, proprement tendron, d'où l'idée de jeune homme inexpérimenté. Le mot sire était un subjectif au sue siècle, tandis que seiqnor, seignur, seigneur, dérivés de l'accusatif seniorern, étaient Ses complétifs. Depuis, nous avons donné à sire une signification différente de celle de seipneur, et nous avons fait deux mots distincts de ce qui n'était autrefois que les deux formes casuelie3 du même mot. Nous ne citerons que pour mémoire les explications que les anciens étymologistes donnaient du mot sire, qu'ils rattachèrent tantôt au grec érâs, héros, ou kurios, maître, tantôt au latin herus, maître, et tantôt au celtique seir, soleil. Le mot sire sert au même usage en Italie qu'en France, et s'y écrit de même. Les Anglais écrivent sir et n'emploient jamais ce mot que comme un vocatif ou en le faisant suivre d'un prénom). Titre qu'on donne aux empereurs et aux rois, en leur parlant ou en leur écrivant : Sire, Votre Majesté est très-humblement suppliée.,, (Acad.) Votre nom fut accompagné D'un pité de mauvais présage.
Sire, quand vous avez signé Mon contrat de mariage.
BÉ&ANflER.
— Titre qu'on donnait autrefois à tous les Seigneurs et ii quelques autres personnes d'un rang élevé : Noire sirb le roi. Le sire de Joimille. Les sires de Coucy, de Créquy, de Pons. Sirb Jacques. Sire Pierre.
— Fara. Titre qu'on donne, par plaisanterie, à un homme quelconque :
... Ov ça, sire Grégoire,
Que gagnea-vûus par an?
La Fohtaine.
Sans être gascon, je puis dire Que je suis un merveilleux sire.
La Fontaine.
— Ironiq. Homme, personnage important:
C'est un beau sire. Quel beau sirb ! Oui, beau sire. (Acad.)
Mais le museau du sire était d'autre mesure.
D'un zèle simulé j'ai bridé te bon sire.
Molière.
— Pauvre sire, Homme sans considération, sans capacité :
Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire.
La Fontaine.
SIRÈCE s. m. (si-rè-se). Entom. Autre . forme du mot sirex.
SIRÉDON s. m. (si-ré-don). Erpét. Genre de batraciens urodèles, à branchies persistantes, formé aux dépens des protées.
SIRÈNE s. f. (si-rè'ne — lat. siren ; du gr. seirên, nom que l'on explique par sera, corde, chaîne, parce que le chant mélodieux des sirènes enchaînait les voyageurs. Le grec seira, seiré, corde, appartient probablement à la même famille que le sanscrit védique sirâ, fleuve, proprement fil, et que le sanscrit séVu, qui lie, sètra, lien, de la racine si, lier). Mythol. gr. Nom donné à des êtres fantastiques, moitié femme, moitié poisson, qui, par la douceur de leur chant, attiraient les voyageurs sur les écueils de la mer de Sicile : Les poètes disent que les sirènes étaient trois sœurs, filles d'Acliéloilset de Calliope. (Acad.) L'amour a tous les charmes d'une sirène et les transports d'une furie. (Racine.)
— Par ext. Femme séduisante : La puis* sance du charme qui retenait autrefois les étrangers captif* aux bras des sirènes de Taîti ne s'est pas complètement retirée d'elle avec son infortune. (A. Toussent').)
La cour fut de tout temps le pays des sirènes.
Demoustieb.
Voilà bien la sirène et la prostituée, Le type de l'égout, la machine inventée Pour désopiler l'homme et pour boire son sang. A. de Musset.
— Objet tentateur, séduisant : Le pouvoir est une sirène dont la voix trouve peu d'indifférents.
— Voix de sirène, Voix mélodieuse, séduisante :
Comment tenir a sa voix de sirène !
Andeieux.
— Physiq. Appareil au moyen duquel on détermine le nombre des vibrations correspondant h chaque son.
— Erpét. Genre do batraciens urodèles, à branchies persistantes, comprenant plusieurs espèces, qui vivent dans Jes eaux douces de l'Amérique du Nord, et dont on a fait le type d'une famille de même nom : La sirène tacertine se nourrit de vers de terre. (E. Desmarest.)
— s. f. pi. Mammv Groupe de mammifères cétacés, qui correspond aux cétacés herbivores, et comprend les dugongs et les lamantins.
— EncycJ. Mythol. Les sirènes étaient, pour les Grecs des temps héioïques, des di-
SIRÊ
vinités marines d'ordre inférieur, des sortes de nymphes, dont les accents perfidement enchanteurs attiraient les malheureux navigateurs dans des parages où ils ne manquaient pas de trouver la mort.
Ulysse et ses compagnons ayant passé auprès d'elles parvinrent à les éviter, grâce aux conseils de la magicienne Circé.
Voici comment l'Odyssée (ch. XII) raconte cet épisode des aventures du plus prudent des Grecs. C'est Ulysse qui parle et qui fait à AJcinous, roi des Phéaciens, le récit de son départ de l'île de Circé.
« La déesse, me tirant a l'écart, s'assit près de; moi..., et me dit : « ... Ecoutez ce que » j'ai encore à vous dire, quelque dieu favo- » rable vous en fera souvenir h l'occasion. » Vous trouverez sur votre chemin les sirè- » nés; elles enchantent tous les hommes qui
• arrivent près d'elles. Ceux qui ont l'impru- » dence de les approcher et d'écouter leurs » chants ne peuvent éviter leurs charmes, et » jamais leurs femmes et leurs enfauts ne » vont au-devantd'eux les saluer et se réjouir » do leur retour. Les sirènes les retiennent, » par la douceur de leurs chansons, dans une » vaste prairie où Tonne voit que monceaux » d'ossements de morts et que cadavres que » le soleil achève de sécher. Passez sans vous » arrêter, et ne manquez pas de boucher avec » de la cire les oreilles de vos compagnons, s de peur qu'ils ne les entendent. Pour vous,
• vous pouvez les entendre si vous voulez; » mais souvenez-vous de vous faire bien lier
• auparavant à voue mai, tout debout, avec » de bonnes cordes qui vous attacheront par » les pieds et par les mains, alin que vous » puissiez entendre sans danger ces voix dé- » licieuses. Que si, transporté de plaisir, vous n ordonnez à vos compagnons de vous détail cher, qu'ils vous chargent alors de nou- » veaux liens. Quand vos compagnons aurons » échappé à ce danger, je ne puis vous dire » précisément quelle est la route que vous » devez suivre ; c'est à vous de choisir,., etc. p
Conformément à ces instructions, Ulysse, dès qu'il est embarqué, réunit ses compagnons : • Mes amis, leur dit-il, la déesse nous ordonne, premièrement, d'éviter la voix des sirènes et de fuir loin de la prairie qu'elles habitent. Elle ne permet qu'à moi seul d'entendre leurs chants, mais auparavant il faut que vous m'attachiez tout debout au mât du vaisseau, avec des liens très-forts. Que si, transporté du plaisir dft les entendre, je vous ordonue de ine détacher, liez-moi plus fortement encore. »
Voici entin le récit de l'événement, fait par Ulysse. « Pendant que je parlais ainsi à mes compagnons, notre vaisseau, poussé par un bon vent, arrive à l'Ile des sirènes. Le vent s'apaise aussitôt, les vagues tombent et le calme règne. Alors mes compagnons se lèvent, plient les voiles, reprennent leurs raines et font écumer la mer sous l'effort de leurs avirons. Je prends en même temps un grand paiu de cire, je le coupe eu morceaux avec mon épée et, tournant ces morceaux dans mes mains, je les amollis. La cire est bieutôc amollie et cède à la force de mes mains et à la chaleur du soleil, qui était fort grande. J'en remplis les oreilles de mes compagnons qui, après cela, ine lièrent par les pieds et par les mains tout debout amnàt du vaisseau, et, s'étant remis sur les bancs, ils recommencèrent à ramer.
» Quand notre vaisseau ne fut plus éloigné du rivage que de la portée de la voix et que, sans aborder, nous poursuivions notre route, les nymphes nous aperçurent, et aussitôt, élevant leurs voix, elles se mirent à chanter et à me dire :
« Approchez de nous, généreux Ulysse, » qui méritez tant d'éloges et qui êtes l'orne- ■ nient et la gloire des Grecs; arrêtez votre » vaisseau sur ce rivage, pour entendre notre » voix. Jamais personne n'a passé ces lieux » sans avoir auparavant admiré la douce har- » nionie de nos chants. On continue sa route » après avoir eu ce plaisir et après avoir ap- » pris de nous une infinité de choses; car » nous savons tous les travaux que les Grecs » et les Troyens ont essuyés par la volonté » des dieux sous les remparts de Troie, et » rien de ce qui se passe dans ce vaste uui- » vers ne nous est caché. » ,
» Voilà ce qu'elles me dirent avec une voix pleine de charme. J'en fus si touché que je voulais approcher pour les entendre et que je lis signe à mes compagnons de me délier. Mais ils se mirent à faire force de rames, et en même temps Périmède et Euryloque, s'étant levés, vinrent me charger de nouveaux liens et in'attacher plus fortement. Quand nous eûmes passé ces lieux et que uous fûmes assez loin pour ne pouvoir plus entendre ni les sons ni la voix de ces enchanteresses, alors mes compagnons ôtèrent la cire dont j'avais bouché leurs oreilles et vinrent me délier. >
Tous les poètes grecs et latins ont conservé aux sirènes ce caractère d'improvisations mélodieuses; mais ils ont été plus explicites qu'Homère, sinon sur la place géographique occupée dans la Méditerranée par l'île des sirènes, du moins sur la forme de ces divinités.
Homère leur donne, on l'a vu, le nom de nymphes, ce qui, joint à son silence sur les particularités des sirènes, permet de croire qu'il leur attribue la forme humaine comme aux déesses, aux Muses et aux nymphes. Les
SIRE
écrivains postérieurs ontehangé cette forme. Les sirènes ne sont plus des femmes, ce sont des phénomènes.
Monslra maris sirènes erant, qux voce canora dit Ovide, et si le mot monslra ne signifie pointabsolument monstre, du moins impliquet-il une idée de bizarrerie, d'extraordinaire, de phénomène, comme nous l'avons dit.
C'est que, en effet, ces auteurs avaient attribué aux sirènes une forme analogue à celle de bien des divinités marines, des tritons par exemple :
Ut turpiter atrum
Desinat in piscem mvlier formosa superne, dit Horace; la partie supérieure du corps est celle d'une belle femme , et la partie inférieure est celle d'un hideux poisson. Aussi, toutes les représentations peintes ou sculptées des sirènes leur donnent-elles une tète splendide de femme, de belles épaules, une gorge opulente, des bras gracieux, tout le corps, en un mot, d'une femme jeune et jolie jusqu'au nombril, où le ventre se replie, se couvre d'-écailles et se continue en queue de poisson.
On a reconnu depuis longtemps que ces fables poétiques, surtout celles qui constituent le fond du polythéisme gréco-latin, recèlent un fragment de vérité et qu'elles ont été provoquées soit par un fait réel en soi, mais mal observé, soit parie désir, inné à l'entendement humain, d'expliquer d'une manière quelconque, mais enfin d'expliquer, un phénomène naturel, un accident survenu, etc. Or, les peuples antiques, non encore éclairés par la civilisation, sont comme les enfants. A une cause toute naturelle et très-facile à reconnaître, ils préféreront toujours la cause merveilleuse; à la réalité, la fiction; à la froide raison, l'imagination dorée. Combien plus cette tendance à rendre merveilleuses les choses les plus simples ne se doimerat-eile pas carrière lorsqu'il s'agira d'un fait ténébreux et enveloppé da mjstèresl
Ainsi, dans le cas particulier qui nous occupe, ne faut-il pas douter que la fiction ne recouvre comme toujours quelque vérité, et que la fable des sirènes n'ait une origine naturelle qui se perd dans lu nuit des temps.
Faut-il voir dans les sirènes des femmes semblables à nos druidesses gauloises, aux vierges de l'île de Sen, par exemple, qui, pendant les tempêtes, accouraient sur le rivage de la mer et mêlaient leurs chants sacrés et leurs imprécations aux grondements du tonnerre, aux mugisseinentsuelamer, aux hurlements du vent? En sorte que, pour les malheureux battus par la tempête dans le voisinage de ces côtes, c'étaient des voix magiques, appelant sur eux les fureurs des éléments?
Faut-il voir seulement dans cette légendo une allégorie, un mythe engageant, comme tant d'autres, les hommes à se méfier des artifices de la femme et k tenir toujours leur aine en garde contre les plus délicieuses séductions ?
La première de ces hypothèses n'est point matériellement invraisemblable, car les pratiques des druidessos gauloises pouvaient bien n'être pas un fait isolé, et les Gaulois étaient, comme les peuples habitant les bords et les lies de la Méditerranée, membres de la grande famille aryenne ou indo-européenne. On ne peut élever contre elle qu'une seule objection, c'est qu'aucun historien ne fait mention de coutumes semblables chez les peuples méditerranéens. Or, vu l'éloignement des temps, cette objection n'a qu'une valeur très-relative.
Quant à la seconde hypothèse, elle n'est point non plus absolumeut improbable. Le mythe a joué un grand rôle dans le polythéisme grec. Ce qui nous empêcherait de nous y arrêter, c'est l'abus même que l'on a fait de l'interprétation mythique. Or, il n'est pas vraisemblable qu'au temps où fut écrite l'Odyssée le mythe eût déjà pris l'influence qu'il acquit plus tard. Le beau temps du mythe fut la décadence du paganisme. Socrate commença, tout en faisant quelques réserves eu faveur de son dieu unique; Platon continua, et l'école d'Alexandrie poussa cette théorie à. l'absurde ; mais il faut bien se garder de chercher tant de subtilité dans les poèmes homériques. Il y a tout un inonde entre l'Odyssée et les Ennéades.
De même qu'au milieu du désert le voyageur accablé de fatigue, mourant de faim et de soif, croit parfois entrevoir dans le lointain uno fraîche oasis vers laquelle il se précipite et qui fuit toujours devant lui, qu'il poursuit encore, et toujours, jusqu'à ce qu'il tombe épuisé sur le sable brûlant; de même, dans ces époques lointaines, quelques pauvres nautoniers, franchissant la mer Méditerranée et surpris, sur leurs grossiers navires, par une épouvantable tempête, ont pu croire qu'ils distinguaient, au milieu du terrible et funèbre concert de la nature bouleversée, quelques fraîches et harmonieuses voix de jeunes tilles; leur annonçant un rivage voisin. Aussitôt, réunissant leurs dernières forces, accumulant toute leur vie dans un suprême effort, ils se précipitent sur les rames a demi rompues, tournent les voiles déchirées et finissent par s'avancer dans la direction des voix lointaines- Hélas I ces voix n'étaient qu'une des mille formes que revêt la tempête hurlante, que l'un des mille sifflements du vent, et le vaisseau, qui s'est peut-
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être éloigné, par ce mirage de l'ouïe, d'une terre plus proche, s'engouffre dans l'abîme ou se brise sur des récits. Quelque naufragé aie bonheur d'être pris par une lame favorable et est jeté sur le rivage ; il croit encore aux voix entendues dans la tempête, et, seul survivant du désastre, il ie raconte a. ses compatriotes quand il peut enfin regagner sa patrie. Les voix enchanteresses , les voix trompeuses ont tout fait; l'amour du merveilleux sait ajouter de nouveaux traits au premier récit, et la légende des sirènes est formée.
Cette interprétation est d'autant plus plausible que les anciens, qui personnifiaient tout, prenaient pour des voix de divinités tous les bruits de la nature. Ainsi les enfants prennent, au crépuscule, les arbres de la route pour des géants; ainsi encore les sifflements de ta bise leur paraissent des gémissements, et ces bruits sont en effet parfois si lugubres et si touchants, que l'homme luimême peut s'y méprendre. Les Grecs, si avides de merveilleux, ne pouvaient donc se dispenser de saisir cette occasion , à cette époque où ils entendaient Jupiter dans le tonnerre, où ils avaient personnifié tous les vents. Cette troisième hypothèse est peut-être celle qui explique le mieux la fable des sirèues.
Après Homère, une foule de poètes et d'écrivains, grecs et latins, ont parlé des tiré' nés; on leur donna des noms; on dressa leur généalogie. Elles étaient filles du fleuve Achélous et de la Muse Calliope, suivant l'opinion la plus commune. D'autres traditions les représentent comme filles de Phorcus et leur donnent tour à tour pour mère Stérope.Terpsichore, Melpomène et la Terre. Homère ne mentionne que deux sirènes, mais postérieurement on en compta trois et même quatre ; Platon va jusqu'à en admettre huit, mais sans les nommer. Pour nous en tenir à la tradition la plus généralement suivie par les mythographes et les poètes, nous reconnaîtrons trois sirènes, sur les noms desquelles les auteurs ne s'accordent pas davantage; tantôt on les appelle Parthénope, Leucosie et Ligée ou Lysie, tantôt Aglaophone, Thelxiépie et Pisinoé; tantôt encore Agiaophémé, Thelxiope et Molpo. Il est facile de voir que tous ces noms ont été inspirés par la douceur enchanteresse de leur voix et le charme irrésistible de leurs paroles. C'étaient les dieux eux-mêmes qui avaient formé leurs talents dans l'art d'enchanter les oreilles :
Phébua avait donné des leçons à. Lysie; Pan plaça savamment les doigts de Leucosie, Et Parthénope <inân, par les soins de l'Amour, Possédait du beau chant l'élégance et le tour. {Poème sur l'origine de la musique.)
Suivant Hygin, au temps du rapt de Proserpine, les sirènes se rendirent en Sicile, où Cérès, pour les punir de n'avoir pas porté secours à sa iiiie Proserpine, les métamorphosa en oiseaux, ou du moins leur donna des ailes. Ovide dit, au contraire, qu'elles devaient ces mêmes ailes à la prière qu'elles adressèrent aux dieux de les leur accorder pour alier chercher Proserpine par toute la terre :
Filles d'Acbéloûs, d'où vous viennent vos ailes? Serait-ce qu'autrefois, ses compagnes fidèles, Vous suiviez dans Enna la ûlle de Céres? Après l'avoir longtemps, aux rochers, aux forêts, Redemandée en vain de contrée en contrée. Pour la chercher eneor dans les champs de Nérée, Vous eussiez désiré les ailes des oiseaux. Le ciel vous exauça : dans vos destins nouveaux, Des plumes aussitôt sur vos bras s'étendirent; Le ciel, pour conserver vos chants et vos attraits, Vous laissa des humains le langage et les traits. (Mctam., Uv. V, trad. de Saint-Ange.)
Ces ailes leur furent ensuite arrachées pas les Muses, auxquelles, à l'instigation de Junon, elles avaient osé disputer le prix du chant. C'est Pausanias qui rapporte cette circonstance. On voit, en effet, sur d'anciens monuments les Muses figurées avec une plume sur la tête, souvenir de leur victoire et de leur vengeance.
Virgile fait aussi apparaître des sirènes à son héros, au V<* livre de \! Enéide ; Cependant, sur la foi de l'époux d'Amphitrite, Le vaisseau sans effort suit la course prescrite. Des sirènes bientôt s'offrent les bords affreux, Blanchis des ossements de tant de malheureux, Où, par les rocs bruyants sans cesse repoussée. Sans cesse vient mugir la vague courroucée.
Un ancien oracle avait prédit aux sirènes qu'elles existeraient tant qu elles réussiraient & charmer et à entraîner les navigateurs, mais qu'elles périraient dès qu'un seul résisterait à leur mélodie. Lorsque les Argonautes passèrent devant leur île, elles déployèrent toutes les séductions de leurs voix enchanteresses pour les attirer; mais ce fut inutilement : Orphée, saisissant sa lyre, les charma elles-mêmes à tel point qu'elles devinrent muettes. lilles se précipitèrent alors dans la mer, où elles fureut métamorphosées en rochers. D'autres rapportent cette circonstance au passage d'U Lysse devant l'île des sirènes.
Les attributs des sirènes consistaient dans une lyre, une double flûte, un rouleau de musique et un miroir. Elles avaient un temple auprès de Sorrente.
La croyance aux sirènes se maintint longtemps encore après l'extinction du paga-
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nisme. Au moyen âge, elles devinrent les mermaids , ou filles de la mer, et les ondines. Un journal anglais du xvne siècle mentionne encore très-sérieusement la merveilleuse apparition d'une mermaid sur les côtes de la Grande-Bretagne.
Le nom des sirènes a passé dans tontes les littératures, où il sert à caractériser les séductions dangereuses :
« Chaque pas dans la vie m'ouvrait une nouvelle perspective; j'entendais la voix lointaine et séduisante des passions qui venaient à moi; je me précipitais au-devant de ces sirènes, attiré par une harmonie inconnue. »
Chateaubriand.
« Homère nous vante les paroles de miel d'Ulysse. On a également vanté la douceur séduisante de M. de La Rochefoucauld, de M. de Talleyrand. Louis XI était de cette race et avait reçu en partage le même don, celui de manier les esprits par son accent et par les caresses de sa parole. « La parole du roi, dit > un contemporain, était tant douce et ver- » tueuse qu'elle endormait comme la sirène ■ tous ceusp qui lui prêtaient oreille. »
Sajnte-Bf/ovk.
SIRE
< Les ouvrages d'écrivains ignorés, dont les préfaces brillantes sont faites par des auteurs célèbres, me font l'effet de sirènes : leur tête est riante; mais gare la queue ! »
Petit-Senn.
Si de vous maintenant la faveur se retire, Si vous servez de but au plomb de la satire, C'est que votre pied faible, aviné par l'orgueil. Sur la mer populaire a rencontré recueil ; C'est qu'avant " e franchir la borne de l'arène Vous aveî écouté la rojale sirène ; Qu'à l'air pur du forum où tonnaient vos discours Vous avez préféré l'atmosphère des cours.
BAaTHÊLBMY.
— Physiq. La hauteur musicale d'un son rendu par un corps dépend du nombre de vibrations que ce corps exécute pendant l'unité de temps. Il faut, en conséquence, pour apprécier la hauteur d'un son, pouvoir mesurer le nombre de vibrations qui y correspond pendant une seconde. C'est & quoi l'on parvient au moyen de divers appareils, dont l'un des plus ingénieux est dû à Cagniard-Latour, qui lui a donné le nom de sirène, parce qu'on peut lui faire rendre des Sons sous l'eau.
La sirène est entièrement en cuivre. La figure l en montre la partie antérieure; la figure 2 la partie postérieure.
Fis. 1 et ï.
Un tambour cylindrique Test monté sur une soufflerie qui envoie un courant d'air par le tube /. Ce tambour est terminé, dans sa partie supérieure, par un disque fixe percé de trous équidistants et ayant une direction oblique. Au-dessus et très-près du disque fixe est placé un deuxième disque ce, qui peut tourner autour d'un axe a et qui est percé du même nombre de trous que le premier. Les trous, dans les deux disques, font disposés sur les contours de deux circonférences égales; ils peuvent coïncider tous ensemble ou être en opposition , et, suivant 1 un ou l'autre cas, l'air, qui arrive de la soufflerie passe ou est nrreté. De plus, leur direction est telle que, lorsqu'ils sont en regard les uns des autres, ils ont des inclinaisons de sens contraire, comme on le voit dans la coupe de l'instrument (fig. 2}.
Par suite de cette disposition, qui fait le principal mérite de l'idée de Cagniard-Latour, lorsqu'un courant d'air arrive de la soufflerie dans le tambour T, il frappe obliquement le disque ce et lui imprime une impulsion tangentielle qui le fait tourner dans le sens de ta flèche.
Supposons que chaque disque soit percé de n trous. Pendant une rotation, le disque supérieur ouvre et ferme alternativement n fois le passage de l'air. Il y a, par suite, » impulsions -par tour, imprimées à l'air extérieur, séparées par n intervalles de repos. Comme une impulsion ou pulsation correspond a a vibrations simples, chaque tour produit ainsi in vibrations simples.
Le3 vibrations de l'air, lorsque les impulsions sont assez rapides, produisent un son, qu'on peut, en réglant le robinet de communication entre la soufflerie et le tambour, maintenir à une hauteur constante. Et comme, ainsi que nous venons de le dire, il y a 2« vibrations par tour, il reste à mesurer le nombre de tours effectués pendant une seconde.
A cet etfet, l'axe a, qui tourne avec le disque mobile, porte à sa partie supérieure une vis sans fin, qui engrène avec une roue dentée r, de manière à la faire avancer d'une dent par tour. L'axe de cette roue porte une aiguille qui parcourt un cadran partagé en autant de divisions égales que la roue possède de dents. Soit A le nombre total des dents de la roue, qui est aussi celui des divisions du cadran; chaque division, indiquée par l'aiguille, correspond à 2h vibrations, et chaque tour de roue à 2nA vibrations,
Les révolutions de la roue r sont, de leur côté, comptées par une seconde roue s, qui a aussi son aiguille et son cadran. Après que la roue r a fuit un tour complet, un bras vient rencontrer la roue dentée * et fait avancer d'une division l'aiguille qui lui correspond. L'inspection de la nuirche des deux aiguilles fournit donc immédiatement le nombre de vibrations effectuées en un temps
. Supposons que l'aiguille s ait marché livisions, et 1 aiguille r de P'.
donné, de P di
Chaque division s,~reprêsentant un. tour complet de l'aiguille r, indique 2«A vibrations. Par suite, P divisions de l'aiguille s indiquent 2nAP divisions.
De plus, si une division de l'aiguille r correspond à 2n vibrations, P' divisions indiquent 2nP' vibrations. Donc le nombre total des vibrations effectuées est de
2nAP + 2nP' «= 2«{AP + Pf).
En divisant ce nombre par la quantité de secondes écoulées, on aura le nombre de vibrations par seconde.
— Erpét. Les sirènes ont pour caractères : un corps allongé, anguilliforme ; la tête déprimée; les oreilles cachées; les yeux petits, ronds et dépourvus de paupières; la tête déprimée ; le museau obtus; la bouche peu fendue ; la mâchoire supérieure privée de dents; les membres antérieurs assez courts, complets, terminés par trois ou quatre doigts bien distincts ; pas de bassin ni de membres postérieurs ; la queue comprimée en nageoire.Ces batraciens ont, comme les prêtées, les deux modes de respiration aérienne et aquatique; leurs poumons très-développés reçoivent l'air extérieur par l'intermédiaire de la trachée-artère et du larynx ; ils ont aussi, de chaque côté du cou, trois houppes brauchiales qui persistent durant toute leur vie.
Quelques auteurs ont pensé que les sirènes n'étaient point des animaux parfaits, mais simplement des têtards de salamandres, perdant avec l'âge leurs branchies, en même temps qu'ils acquéraient des membres postérieurs. D'autres ont été plus loin encore, en regardant les sirènes comme un genre de poissons de la famille des anguilles, Cuvier, adoptant à cet égard les idées de Linné, a reconnu que les sirènes forment un genre particulier de reptiles, qu'elles restent bipèdes durant toute leur vie et que leurs branchies sont persistantes; elles ont ainsi une double respiration pulmonaire et branchiale. D'après le savant naturaliste, le squelette de la sirène diffère essentiellement de celui des salamandres; il a moins de côtes et plus de vertèbres. La sirène a toujours été vue avec des branchies et sans membres postérieurs, même à l'époque de sa reproduction. C'est donc un batracien complet et n'éprouvant aucune métamorphose.
La sirène lacertine atteint et dépasse quelquefois la longueur de 1 mètre; elle est noirâtre, a des pieds à quatre doigts et la queue comprimée en nageoire obtuse. Cette espèce, la plus anciennement et la mieux connue, habite la Caroline; on la trouve surtout dans les marais et les rizières; elle se tient dans la vase et, plus rarement, à terre. Sa nourriture consiste en insectes, larves, vers de
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terre, mollusques, etc. On a même prétendu qu'elle mangeait des serpents et qu'elle avait un chant ou un cri analogue à celui d'un jeune canard; mais ces deux faits paraissent controuvés. La sirène intermédiaire est longue de 0">,35 et a des houppes branchiales moins frangées que celles de l'espèce précédente. La sirène rayée a 0m,25 de longueur, deux bandes jaunes de chaque côté, des houppes peu frangées et des pieds à trois doigts. Ces deux espèces habitent aussi l'Amérique.
— Maram. V. Sirénien.
Sirène* (lks), étude philosophique et musicale, par M, Kastner (1858, in-4°). Le titre complet de ce grand ouvrage, rempli de recherches savantes, est : les Sirènes, essai sur les principaux mythes relatifs à l'incantation, les enchanteurs, ta musique magique, te chant du cygne, etc., considérés dans leurs rapports avec l'histoire, ta philosophie, la littérature et les beaux-arts. Cet ouvrage, orné de nombreuses ligures, est suivi du Rêne d'Oswald | ou les Sirènes, grande symphonie vocale et I instrumentale. Comme on le voit, le lecteur j a affaire à un esprit universel, à un historien, 1 à un philosophe, à un littérateur, à un esthéticien, voire même à, un compositeur. Dans la légende des sirènes M. Kastner étudie la personnification la plus complète des idées des anciens sur l'origine de la musique et ses rapports avec la mythologie. Après l'avoir trouvée chez Homère, il la suit chez les Ïioetes plus récents, chez les artistes, chez es philosophes, et analyse les traditions populaires sous lesquelles elle se retrouve,jusqu'à ce que ces êtres divins ne deviennent plus que la personnification de tout danger moral et physique, de tout écueil pour l'âme et pour le corps, femmes, monstres ou rochers. Semblables aux Parques ou Harpies, elles livrent les âmes à la mort; mais elles ne sont pas nécessairement perfides ou malfaisantes, et souvent elles n'interviennent auprès du moribond, de l'homme mourant, que pour consoler ses derniers instants de leurs voix enchanteresses.
Du rapprochement de ce mythe antique avec les fables des peuples du Nord, perpétuées par la tradition jusqu'au moyen âge, à côté des croyances chrétiennes, M. Kastner dégage le caractère essentiel de l'un et des autres, savoir : « l'importance attribuée au chant, disons même à l'incantation exercée par des êtres sortis du sein des ondes, où tant de fables antiques placent le berceau de la musique même, par des êtres dont le fond et la forme peuvent différer, il est vrai, mais dont le rôle est toujours à peu près le même, dont le caractère, essentiellement musical, persiste sous presque toutes les transformations. ■ Passant de la mythologie à l'histoire et à la critique, l'auteur rappelle toutes les relations tendant à prouver l'existence de poissons semblables à l'homme et fait sentir l'influence que la vieille tradition exerce encore, à leur insu, sur plusieurs imaginations. Il interprète ensuite le mythe par l'art, par la poésie et par la science, et ramène à quatre classes principales les formes si variées qu'affecte la personnification des sirènes. La troisième partie du livre appartient à la musique. L'auteur n'a pas la prétention de reconstituer aucun des chants à jamais perdus de ces fabuleux artistes; mais il réunit toutes ies indications que les anciens nous ont laissées sur ce sujet et sur l'emploi de la musique vocale ou instrumentale dans les incantations. Un chapitre curieux est consacré au fameux chant du cygne. Toute cette étude, à laquelle de nombreuses gravures donnent plus d'intérêt et de clarté, a pour appendice ou pour conclusion une symphonie très-originale et composée tout exprès pour faire juger par l'oreille même les idées nouvelles de l'auteur sur un point si mystérieux de 1 histoire de la musique.
Cette étude est aussi consciencieuse qu'intéressante, et le livre de M. Kastner est une œuvre intéressante de critique musicale. Tuutes ses déductions ne sont pas irréfutables, mais la difficulté du contrôle empêche le lecteur de se montrer trop difficile.
Sirène (la), opéra-comique en trois actes, paroles de Scribe, musique d'Auber; représenté à l'Opéra-Comique le 26 mars 1844. Les voleurs, les contrebandiers et les fuuxînonnayeurs tiennent vraiment trop de place dans les œuvres de Scribe. Il s'agit encore ici d'un nouveau Fra Diavulo, nommé cette fois Marco Tempesta. Il a une sœur appelée Zerbina, qui joue au naturel le rôie des sirènes de l'antiquité, c'est-à-dire que par ses chants elle attire dans des embuscades les malheureux voyageurs que son frère et ses camarades détroussent sans pitié, A part ce vilain métier, Marco Tempesta a l'âme généreuse, les sentiments les plus nobles, le cœur le plus tendre. Il pardonne à ses ennemis, marie sa sœur h un jeune officier de marine qui a capturé la fortune des contrebandiers, et, après avoir fait des heureux, ii se dérobe, par une évasion opportune et spirituellement conduite, à leur reconnaissance.
Le dialogue agréable, les épisodes ingénieux donnant le change aux spectateurs sur la pauvreté du fond.
La musique appartient, par son style et son caractère, à la troisième manière d'Auber. Il y a plus d'ampleur dans les phrases mélodiques et une sensibilité plus vraie
SIRE
que dans ses premiers ouvrages. L'ouverture est agréable et renferme un beau chant de violoncelles et une valse élégante. Dans le premier acte, on remarque les couplets devenus populaires : O chef des flibustiers, et un quatuor : O bonheur aux m'arrive, qui produit un grand effet. Le second acte offre une scène orchestrée avec un talent descriptif des plus remarquables, les couplets , delà Sirène : Prends garde, montagnarde, que M11* Lavoye chantait avec une grande fucilité de vocalisation; la scène pathétique entre le frère et la sœur et la romance intercalée dans le trio : De nos jeunes années. Le troisième acte ne se distingue que par le dénoûmentde l'imbroglio et une vocalise de prima donna, écrite pour M"eLouise Lavoye. Roger a créé le rôle de Marco Tempesta en artiste supérieur. Les autres rôles ont été tenus par Henri, Audran, Ricquier et Mlle Prévost. Nous allons offrir à nos lecteurs les deux morceaux suivants, qui donneront une idée de la troisième manière du compositeur.