C. Délavions
Il Fam. Partie retirée d'une habitation, endroit où on ne laisse pénétrer que difficilement.
— Saints du dernier jour, Titre que se donnent les mormons.
— s. in. Ce qui est saint : Le bien, le saint, le beau ne servent à rien qu'à eux-mêmes. (V. Cousin.)
— Gramm, Placé devant un nom propre pour marquer que ce nom désigne un huui-
tant du ciel reconnu par l'Eglise, saint ne doit pas être suivi du trait d'union lorsqu'il s'agit de désigner la personne même qui a été mise au rang des bienheureux : Saint Thomas fait autorité en théologie. Mais on doit mettre le trait d'union dans tout autre cas, qu'il s'agisse de désigner la fête du saint, une rue, une ville ou tout autre objet : La Saint-Jean se célèbre au milieu de l'été; la rue Saint-Denis, etc.
— Encycl. Théol. « Dans l'histoire des premiers siècles de l'Eglise, dit M. Simon Granger, il n'est fait aucune mention d'honneurs religieux rendus à ce qu'on appelle aujourd'hui des saints. Ce mot alors n'avait nullement le sens qu'on lui a donné depuis. Il n'était point exclusivement réservé aux fidèles morts dans la pratique des vertus chrétiennes et que la vénération des vivants plaçait au paradis. Il s'appliquait indistinctement k tous les membres vivants de la nouvelle Eglise. Ces membres, les Actes et les Epitres les nomment indifféremment saints ou frères. Saint Paul, dans la salutation de sa Lettre aux Colossiens, s'exprime ainsi : « Paul, par la volonté de Dieu, apôtre de » Jésus-Christ, et Timothée sou frère, aux » saints et fidèles frères en Jésus-Christ, qui » sont k Colosses. » Le même apôtre écrit aux Hébreux : » Saluez de ma part tous ceux » qui vous conduisent et tous les saints. Nos » frères d'Italie vous saluent. » Cette dévotion envers lesmorts, et particulièrement envers les martyrs, s'introduisit peu à peu dans la pratique du culte, et elle se trouvait depuis longtemps en usage lorsqu'elle fut cunoniquement approuvée. C'est le pape Adrien qui le premier, en 880, institua des saints par la canonisation. Grégoire Ier leur dédia des églises, et il créa des fêtes en leur honneur. Mous avons des livres qui racontent la vie, non-seulement des martyrs, mais encore do tous les autres saints que l'Église honore ou qu'elle permet d'invoquer; mais, parmi ces récits, il en est un grand nombre qui ne méritent aucune confiance. « Personne n'ignore, dit de Potter, que les Actes réellement authentiques des martyrs, s'il y eu a jamais eu, ont péri pendant les persécutions mêmes des gentils, nommément pendant la persécution dioclélienne, parce que les eunemis des chrétiens en voulaient plus encore aux écrits de ceux-ci qu'à leurs personnes, et que ce qui aurait pu échapper disparut lors des invasions ou plutôt des inondations des barbares du Nord. C'est auvne siècle qu'on refit l'histoire des martyrs et qu'on forgea les Actes de leur jugement et de leur supplice. Ces pièces, la plupartdu temps, trahissaient une profonde ignorance des hommes et des choses, de l'histoire et de la chronologie. »
11 arriva sauvent que l'histoire de plusieurs saints fut coulée dans le même moule : le bâton de saint Georges Thaumaturge, fiché en terre et prenant racine, a produit trente arbres à son imitation ; le miracle des faux morts et des faux aveugles, devenus ensuite ce qu'ils n'avaient voulu que contrefaire, se retrouve dans soixante-deux vies de saints;' celui des dragons liés avec des étoles se renouvelle sept fois; celui des gants ou des manteaux pendus k des rayons de soleil, quatre fois; celui des clefs d'église ou ces châsses jetées dans la mer et retrouvées, sept fois; celui des anneaux d'évèques jetés ou tombes dans des rivières, avalés, puis rendus par les poissons, s'est reproduit neuf fois ; les stigmates de saint François ont engendré neuf saints marqués de stigmates.
Soit disette de noms révérés, soit ignorance de la source où l'on puisait, on est allé emprunter aux calendriers ancieus des personnages fabuleux pour eu faire des suints de fondation chrétienne. Rien n'est plus facile que de s'assurer de ce fait : il suffit de comparer le martyrologe romain avec les documents qui nous sont parvenus sur les fêtes mythologiques. A l'époque qui correspond au mois de janvier, les tirées avaient des fêtes en l honneur de Mercure Hermès, et du Soleil Nican; ou nous a donné saint Hermès et saint Nicauor. En février, Bacchus était adoré sous la qualification de Sâter (Sauveur), et Apollon sous celle d'Ephuïbios ; nous avons sainte Sotère et saint Ephebus. Le mois de mars était anciennement le point de départ de l'année; c'est alors qu'on s'adressait réciproquement les vœux du premier jour de l'an; la formule consacrée, chez les Romains, consistait k souhaiter perpétuant [elicitatem,ùa bonheur constant; eh bien 1 on lit à la date du 7 mars les noms de- sainte Perpétue et de sa'"te Félicité, liés ensemble dans l'ordre même des mots latins. Bacchus, sous son nom grec Dionysios, avait deux fêtes qui se célébraient, l'une en avril et l'autre en octobre, et qui étaient suivies d'une fête en l'honneur du roi DèinéUius. Le martyrologe romain contient un saint Denis sous la date du 8 avril et uu saint Demétrius sous la date du 9. Au mois d'août, les anciens célébraient les saturnales ; le maçlyrologe romain porte saint Saturnin k la date du 22 août. Les Uionysies d'octobre ont occasionne la répétition dans ce mois des fêtes de saint Denis et de suint Démetiius, déjà inscrites au mois d'avril; ces ilionysies, toujours en l'honneur de Bacchus, regardé, avec Éleuthere, comme fondateur ae la religion et ues mystères , se nommaient rustiques , parce qu'il était d'usage de les célébrer à la. cam-
SAIN
pagne; aussi le bref ne manque-t-il pas d'ajouter k la fête de saint Denis celles de saint Eleuthère et de saint Rustique. Enfin, de nouvelles dionysies se célébraient uu mois de décembre en l'honneur de Bacchus, et il se trouve qu'une sainte Dionysie figure dans les calendriers chrétiens vers le milieu de décembre.
Les rapprochements qui précèdent, et on en pourrait faire beaucoup d'autres, font naturellement penser qu'il existe dans le calendrier romain un grand nombre de saints imaginaires. Quant aux saints dont l'existence a été réelle sur la terre, leur canonisation n'est pas k l'abri de toute critique : par exemple, saint Charli'magne a été admis au culte en France et en Allemagne; cependant l'empereur Charleinagne n'a été canonisé en 1165 que par un antipape, Pascal III; son nom n'est pas inscrit sur le catalogue des saints k Rome.
Le culte des saints a souvent été reproché à l'Eglise catholique comme une idolâtrie, et c'en est une, en effet, chez les fidèles ignorants, qui Se persuadent souvent que le saf'iif qu'Us invoquent est doué d'une puissance propre et peut fuira par lui-même les miracles qu'ils espèrent obtenir k force de prières, de pèlerinages et de cierges brûlés. Mais les théologiens ont toujours distingué avec soin l'adoration, qu'ils appellent culte de latrie et qui n'est due qu'à Dieu, du simple hommage rendu aux saints, qu'ils appellent culte de dulie. Seulement, cette distinction qu'ils font toujours dans les ingts, il-, oublient trop souvent de la rendre sensibles dans les faits, et les formes solennelles du culte extérieur sont les mêmes pour les saints que pour Dieu, ou du moins les gens simples qui n'ont point étudié la théologie n'y peuvent saisir aucune différence.
Quand les prédicateurs catholiques nous parlent des saints, ils s'efforcent de nous tracer les peintures les plus merveilleuses du bonheur dont jouissent les élus dans le ciel ; mais ce bonheur ne consiste guère qu'à voir Dieu face k face et k chanter éternellement ses louanges. Il faut convenir que ce sont lk des plaisirs bien monotones et peu capables de séduire des esprits éclairés, des cœurs généreux qui sur cette terre ne se trouvent vraiment heureux que quand ils se sentent utiles. S'enivrer perpétuellement de son propre bonheur sans uvoir de projets k former pour soi-même, sans pouvoir travailler au bonheur des autres, puisque ceux-ci seront eux-mêmes heureux ou malheureux pour l'éternité, c'est quelque chose qui ressemble singulièrement au nirvana des Iiidous, c'est-k-dire k l'anéantissement, ot l'âme vraiment vertueuse doit éprouver une invincible répugnance k se proposer, comme but de ses efforts, une existence où elle ne pourra plus être utile à personne. «Voici, dit Jean Reynaud, sur les gradins de ce ciel étrange les élus assis en ordre l'un près de l'autre, tous au rang que leur ont assigné les travaux de leur court pèlerinage sur lu terre, absorbés, sans que rien les doive jamais distraire, dans la rigidité de leur contemplation et revêtus pour toujours des corps terrestres dans lesquels ils ont été saisis pur la mort, comme du sceau f.ital de leur immutabilité éternelle. Que font là ces fantômes? Sout-ce bien des vivants, ou ne soni-ce pas plutôt des morts? Ahl Christ, que ce paradis m épouvante, et que j'aime encore mieux ma vie, avec ses misères, ses tribuiutions et ses peines, que cette immortalité avec sa paix béate 1 »
Pendant la ferveur du moyen âge, on multiplia outre mesure le nombre des jours de fête consacrés k célébrer la mémoire des saints. Le christia.nisme était tombe, sous ce rapport, daus un excès si criant, si ridicule qu ou vit souvent les évéques donner euxmêmes l'ordre de réduire le nombre des tutus chômées. L'archevêque de Paris ayant pris une mesure de ce genre eu 1566, un poète écrivit, sous lu forme d'une protestation ironique, la pièce de vers suivante, qu'on a trouvée dans les archives de la Bastille :
lion Dieu! l'étrange destinée 1
Les plus grands saints sont aux abris.
Et nous avons vu, cette année,
Fêter saint Nicolas pour la dernière fols. Saint Luc, fldele évangéliste, àaint Marc, faisant même métier, Ne se verront plus sur la liste;
r'uilait-il »• Martin faire meilleur quartier?
Je ne trouve rien a redire Qu'on ait retranché MathiaS; Ce bon apôtre voulait rire ; On l'a vu si souvent venir au mardi gras.
En paradis on trouve étrange Qu'on ait rebuté saint Michel.
Prélat, que vous Ht cet archange Pour lui préférer saint Marcel?
Par une réforme critique,
Saint Joseph n'est plus en honneur;
Il est déchu de sa faveur,
11 faut qu'il ferme sa boutique.
L'archevêque de Paris étant mort, le même poète, suas doute, qui avait écrit les \er-j qu'on vient de lire se chargea de l'epiiaune du prélat ;
La Parque à peine avait tranché les jours De notre grand prélat que tout le mondts admire. Lorsque par force au ciel il voulut s'introduire. Mais les saints, d'un accord, lui tinrent ce discours :
• Allez, prélat, allez dariB le royaume sombre, Vers le séjour des saints ne portez point vos pas,
Vous avez retranché leur nombre,
Et vous ne l'augmenterez pas. ■
Suint» (les vies des), par le Père Ribadeneira (Madrid, 1599-1610, 2 vol. in-f°). Cet ouvrage a joui et jouit encore d'une réputation que nous allons nous permettre de contrôler. Il a été traduit dans toutes les langues et a eu de nombreuses éditions. Pour bien faire apprécier des ouvrages de ce genre, aussi pauvres d'idées que de style, compilations de légendes souvent indécentes et toujours grotesques, il est complètement inutile d'appeler à son aide des développements dogmatiques; quelques citations suffiront à faire juger l'œuvre du jésuite espagnol, et ces citations, nous les prenons au hasard, puisque l'ouvrage n'est d'un bout à l'autre qu'une succession de récits merveilleux à faire pâlir les Mille et une nuits. Nous n'aurons pas besoin de tronquer ces extraits, de les isoler habilement fde ce qui précède ou de ce qui suit, qui en modifierait la signification, imitant en cela les précautions oratoires d'un évêque bien connu. Mais, avant d'aller plus loin, faisons d'a,bord connaître l'avis d'un théologien sur les Vies des saints : « Je porterais volontiers ce défi au pécheur le plus endurci, dit ce théologien, de lire pendant quelque temps l'histoire des saints sans avoir le désir de devenir un saint lui-même. Je crois que, s'il persévérait dans cette lecture, infailliblement la grâce de Dieu le toucherait et le ramènerait à la vertu, si enfoncé qu'il fût dans le bourbier du vice et eût-il désespéré mille fois de son salut.
' Je vais plusloin et j'oserai avancer qu'une âme droite, mais à qui la foi manquerait par suite des malheurs de ce siècle, n'achèvera pas la Vie des saints sans se sentir ébranlée et gagnée en secret à la religion qui a produit ces hommes divins...
» Malheureusement, les pécheurs et les incrédules ne lisent pas la Vie des saints. C'est cependant la lecture la plus attachante, la plus entraînante, la plus merveilleuse qu'il y ait... »
Un peu plus loin, le même théologien représente le Père Ribadeneira comme un homme d'un immense talent et ne craint pas de le classer parmi les plus grands historiens de la littérature espagnole. Nous allons mettre le lecteur à même d'en juger par quelques extraits. Nous lisons dans la Vie de sainte Radegonde, abbesse :
» Pour prémunir ses religieuses contre les tentations, elle leur donnait d'utiles instructions, et pour chasser les mauvais songes de la nuit elle les bénissait avant que de monter au dortoir, d'où l'on voyait quelquefois sortir une multitude de diables venus là pour les molester en dormant. >
Les petits polissons! dans un dortoir de nonnes I Mais ces diablotins ne respectent rien.
Le diable joue aussi un grand rôle dans la Vie de saint Philippe de Neri :
« Le diable, ne pouvant supporter de si heureux et de si saints commencements, essaj'a de le détourner de Sa sainte entreprise, lui apparaissant la nuit sous une forme horrible pour lui causer quelque terreur panique, ou, eu d'autres figures, l'infectant de sales pensées, jusque-là que de porter quelques hommes de mauvaise vie a. l'enfermer dans une chambre avec deux femmes impudiques pour lui ravir, s'il eût été possible, le trésor de sa virginité; mais le saint, se couvrant toujours des armes puissantes de la raison et des pleurs, sortit victorieux, avec l'aide de Dieu, de tous ces rudes et dangereux assauts. »
Voilà un diable bien novice; un plus roué n'aurait amené qu'une seule femme.
Passons maintenant à saint Equice :
« Un autre jour, une religieuse du même monastère se promenant Bans le jardin eut envie d'une laitue et, oubliant de la bénir du signe de la croix, elle la mangea avec avidité. Le diable la punit aussitôt en s'emparant d'elle. On en prévint saint Equice, qui accourut pour la délivrer. Cependant le démon, qui s'était emparé de la religieuse, se mit à crier : « Qu'ai-je fait? Qu'ai-je fait? J'éa tais assis sur celte laitue, elle est venue et » m'a mordu. » Le saint Lui commanda alors avec indignation de s'éloigner et de ne plus tourmenter la servante du Dieu tout-puissant. Ce qu'il lit sur-le-champ. «
Un démon assis sur une laitue I Ressuscite et pends-toi, Callot, tu n'aurais pas trouvé celle-là.
"Voici la bienheureuse Colombe de Rieti ;
o La bienheureuse avait à peine douze ans et déjà elle brûlait du désir de consacrer à Dieu sa virginité. Une nuit qu'elle priait au pied d'un petit autel élevé dans sa chambre, Notre-Seigneur lui apparut assis sur un trône magnifique ; il avait à ses côtés les apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Jérôme avec son livre et saint Dominique. A cette vue, la bienheureuse, transportée de joie et d'admiration, s'écria : « Donnez-moi, Seigneur, « votre bénédiction, » Et après que le Seigneur l'eut bénie, elle le pria d'agréer le vœu qu'elle faisait entre ses mains de garder une virginité perpétuelle.
» Notre-Seigneur accepta l'offrande de sa cervante avec la bonté d un père ; il lui remit
SAIN
le livre que tenait saint Jérôme et qu'elle garda toute la nuit; en la quittant, il laissa sa chambre embaumée d'un parfum du ciel. »
Elle garda toute la nuit le livre de saint Jérôme, qui était sans doute la Vulgale. ~ï a-t-elle lu l'histoire des filles de Loth?
Arrivons aux extases de sainte Marie-Madeleine de Pazzi :
i Que dirai-je de ses extases et de ses ravissements qui, au lieu de l'abattre et de l'affaiblir, la relevaient, luj donnaient de nouvelles forces et ne l'empêchaient pas plus d'aller et de venir, de parler et de répondre et même de travailler à l'aiguille avec autant de perfection que si elle eût été en pleine liberté et dans un parfait usage des sens. On garde encore par respect trois rochets et quelques images qu'elle a travaillés fort artistement pendant ses extases,
» Un jour, quoique malade à l'extrémité, elle se leva de son lit dans un ravissement et courut à l'autel de l'infirmerie, où, embrassant un crucifix, elle criait de toutes ses forces : « O amour ! amour I personne ne vous » connaît et personne ne vous aime. » Puis, rencontrant une religieuse, elle lui serra la main et lui dit : « Venez avec moi, ma sœur, et courons ensemble pour appeler l'amour. »
Assurément ces choses-là ont un nom en médecine.
Avec saint Pacôme, de plus fort en plus fort :
« Pacôme avait commencé à bâtir un monastère en un lieu qui lui avait été donné par l'évêque, et comme certains garnements, poussés du diable, vinrent détruire la nuitée que l'on avait bâti le jour, Dieu envoya un ange qui les foudroya tous. ■>
Un religieux étranger, qui savait parfaitement le grec et le latin, alla un jour consulter Pacôme, qui ne savait que l'égyptien. Voilà nos gens bien embarrassés; comment faire? Eh mais, la recette est des plus simples. Pacôme eut recours à la prière : • Il continua son oraison avec ferveur trois heures entières, durant laquelle il tomba du ciel un papier écrit entre ses mains en forme de lettre missive. Pacôme le lut, reçut le don des langues et commença à parler si élégamment le grec et le latin, qu'il semblait y surpasser tous les savants-...
» Une autre fois, il vint un homme le prier de guérir sa fille, qui était possédée du diable ; il s'en excusa sur ce qu'il n'avait pas accoutumé de parler aux femmes; néanmoins, il dit qu'il lui apportât une robe de sa fille, qu'il la bénirait, espérant de la guérir par ce moyen. Pacôme lavoyantdit :« Celle-là » n'est pas d'une fille. » Le père jurant que si, Pacôme répliqua : « Je sais bien qu'elle » lui appartient ; mais votre fille ne garde » pas la chasteté, faisant profession d'être » vierge. » La pauvre fille promit de s'amender, et il la délivra avec un peu d'eau* bénite. »
Nous recommandons tout particulièrement à nos lecteurs l'histoire de sainte Agnès.
Un jeune homme de noble famille a conçu pour elle un ardent amour et voudrait l'épouser, en tout bien tout honneur. 11 n'y avait qu'à lui répondre par un refus simple et catégorique, puisqu'elle voulait se consacrer à Dieu ; mais ce procédé est trop élémentaire pour une sainte. Au reste, citons : « L'ayant donc rencontrée par la rue, il s'approcha d'elle et la pria de le recevoir pour son serviteur, lui offrant, après les compliments ordinaires, plusieurs bagues et joyaux. Mais la sainte fille, qui était déjà unie avec son époux céleste, se retira comme si elle eût marché sur un serpent et lui dit d'une façon grave et modeste : « Retirez-vous de moi, tison d'en- » fer, aiguillon de péché, pierre de trébu- » chement et appât de la mort. Ne pensez » pas quejesoisjamaisdéloyale à mon époux, j> auquel je me suis tellement donnée que je » ne vis que de son amour. Ne pensez pas » avoir rien qui vous puisse rendre son rival, » car il a six qualités souverainement par- » faites et incomparables : il est noble, il est » beau, il est sage, il est riche, il est bon et » il est puissant. Pour vous dire son extrac- » tion, son père est Dieu, qui l'engendra sans » femme, et la mère qui l'enfanta demeura ■ vierge... •
Ajoutons encore ce trait d'une singulière naïveté, emprunté à la vie de sainte Vautrude. Après avoir eu quatre enfants, elle s'était vouée à la vie religieuse, du consentement de son mari, qui en faisait autant de son côté. Naturellement, elle fut en butte aux mille obsessions du diable, dont elle repoussa constamment les attaques et particulièrement la suivante : «Le diable, se voyant vaincu de ce côté-là, se voulut servir d'un autre stratagème. Il lui apparut sous la forme d'un homme. De savoir à quelle intention, cela ne se peut, parce que sainte Vautrude, bien instruite en ce fait-là, ne lui donna pas le loisir d'en faire rien paraître par aucune figure... »
Ah! qu'en termes galants ces choses-là sont mises!
Nous renvoyons aussi le lecteur à l'article Ribadeneira pour une particularité amusante de l'enfance de saint Nicolas.
Mais on ne trouve pas que des inepties dans la "pieuse compilation du révérend Père ; il fallait bien que le fanatisme religieux se montrât sous son autre aspect, L'aspect odieux. C'est ainsi que, dans la Vie de saint Simon, jeune enfant martyr, nous assistons au spec-
" SAIN
tacle révoltant de trois Juifs dépeçant cet enfant membre par membre, et se repaissant de sa chair après l'avoir fait rôtir Sur le gril, pour fêter la Pàque. En vérité, quand nos hagiographes écrivent de pareilles insanités, ils devraient bien se rappeler avec quelle indignation légitime ils flétrissaient l'imbécile crédulité des païens, qui accusaient les premiers chrétiens des mêmes monstruosités.
Tel est, en résumé, ce livre qu'on nous représente comme devant convertir les coeurs les pltts endurcis, comme une sorte de douce révalescière spirituelle : amas indigeste d'inepties, de bigotes niaiseries, de légendes bouffonnes ; salmigondis que l'estomac d'un cagot imbécile peut seul digérer. Et cependant nous conseillons la lecture des Vies des saints aux amis de la franche gaieté, et nous avouons humblement que nous y glanons nous-même de temps à autre un doux regain de belle humeur. Si donc nous connaissions quelqu'un qui eût l'intention de donner une nouvelle édition de l'ouvrage du révérend Père, nous oserions lui proposer une variante à son titre, qu'il modifierait ainsi : les Vies des saints ou l'Art de désopiler la rate. Mais parlons sérieusement, si toutefois il est permis de garder son sérieux en rendant compte d'une pareille collection de balivernes , nous sommes convaincu que des ouvrages de ce genre jettent sur la religion .un ridicule plus ineffaçable que les plus amers sarcasmes de Voltaire.
Saints (EXPLICATION DES MAXIMES DES), Ouvrage célèbre de Fénelon. V. Maximes des
SAINTS
SAINT-... V. au second mot tous les noms géographiques composés qui commencent ainsi. Les autres noms se trouvent ci-après.
SAINT-AIGNAN (le duc de). V. Bbauvil-