LIERS
Suint- Aiguan (hôtel). Cet hôtel, jadis une des plus somptueuses demeures du xvno siècle et aujourd'hui à peu près méconnaissable, détiguré qu'il a été pour les besoins de l'industrie et des particuliers, est situé à Paris, rue du Temple, n<> 71. Bâti par l'architecte Le Muet pour Claude de Mesmes, comte d'Avaux, célèbre au xvue siècle par ses négociations diplomatiques, il occupe l'emplacement de la maison où le connétable Anne de Montmorency (le grand Ane, comme disaient les mauvais plaisants de l'époque) mourut des suites de ses blessures reçues à la bataille de Saint-Denis. L'hôtel d'Avaux fut acheté, sous Louis XIV, par Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, d'où le nom d'hôtel de Beauvilliers, qu'il porte chez certains écrivains. C'est là que descendait Mme de Maintenon lorsqu'elle venait à Paris; on sait que le duc, de protecteur de l'humble marquise, devint plus tard sa créature et lui dut sa fortune. L'hôtel Saint - Aignan se composait d une construction régulière et d'une cour décorée de pilastres corinthiens qui s'élevaient du rez-de-chaussée à l'entablement. Derrière l'hôtel s'étendait le jardin. La porte, monumentale, mais simple, n'offrait rien de spécialement remarquable. Occupé, sous le premier Empire, par la mairie du VIe arrondissement (ce qu'on appelait alors la municipalité), l'hôtel Saint-Aignan. vendu, morcelé, détruit, n'est plus guère aujourd'hui qu'un souvenir. Le corps de logis principal est abattu, remplacé par une maison de bains; le jardin, réduit considérablement, fera incessamment place à des constructions nouvelles; le dernier pavillon subsistant tombe en ruine et est habité en détail par divers industriels. Cependant, on voit encore dans la cour trace de la galerie de pilastres qui régnait tout autour, et on devine qu'on a sous les yeux la ruine d'une des plus grandioses habitations du grand siëtle.
SAINT-ALBAN (Richard de Buegh, comte de), né en 1565, mortàSutnmer-Hill, dans le comté de Kent, en 1635. Cet illustre seigneur irlandais fut le quatrième comte de Clanricarde. La reine Elisabeth, en 1599,1e nomma gouverneur du Connaught; mais il ne tarda pas à résigner cette fonction. Ayant appris que son père, Ulric de Burgh, se disposait à entrer dans la terrible insurrection du comté de Tyrone, Richard alla à Londres se constituer otage et garant de la fidélité de son père, qui mourut en effet, en 1601, sans avoir pris part à la lutte irlandaise. Nommé commandant des forces militaires anglaises dans le Connaught, le nouveau comte de Clanricarde combina ses troupes avec celles de lord Montjoy, et tous deux remportèrent, en 1601, la victoire de Iiingsale qui mit tin à la guerre d'Iriunde. A partir de ce moment, la faveur du comte de Saint-Alban ne lit que grandir. Jacques 1" le nomma gouverneur général du Connaught en 1603, président en 1604, gouverneur de la ville et du comté de Gallway en 1616, pair anglais en 1624, avec les titres de baron de Summer-Hill et de vicomte de Tumbridge, auxquels Charles 1er, en 1G25, joignit ceux de baron d'Hy-Maine, de vicomte de Galrway et de comte de Saint- Alban, Cette faveur, que méritaient ses loyaux services, ne l'empêcha pas de résister à la royauté à propos des revendications fiscales que lord \Ventworth, vice-roi d'Irlande, souleva contre les seigneurs tenanciers de ce pays. Le comte de Saint-Alban, tant en son nom que comme représentant de soixantequinze de ses voisins, eutama contre la cou-
SAIN
ronne un procès dont il ne devait pas voir la fin.
SAINT-ALBIN (Hortensius Rousselin-Corbbau de), magistrat et homme politique fran- , çais, né à Lyon en 1805. Il est fils de Rousselin de Saint-Albin, qui fut le principal fondateur du Constitutionnel (v. Rousselin).
Lorsqu'il eut terminé ses études de droit, il se fit inscrire comme avocat au barreau de Paris et devint, après la révolution de Juillet, juge suppléant au tribunal civil de la Seine. M. Hortensius de Saint-rAlbin fut décoré de ia Légion d'honneur en 1831, pour avoir empêché le peuple de détruire le monument élevé à Malesherbes au Palais de justice. En 1837, il devint juge au tribunal de la Seine, et, cette même année, le collège électoral de Beaumont, dans la Sarthe, l'envoya siéger à la Chambre des députés. M, de Saint-Albin, fidèle aux larges idées libérales qu'avait toujours professées son père, fit partie de l'opposition jusqu'en 1848. A maintes reprises, il prit la parole pour combattre les abus, réclamer des réformes, notamment la réforme électorale, et fut un adversaire constant du ministère Guizot. Après la révolution de 1848, il fut nommé par le gouvernement provisoire conseiller à la cour d'appel, et 87,114 électeurs de la Sarthe l'élurent représentant du peuple à l'Assemblée constituante. M. de Saint-Albin se montra favorable à l'établissement de la République et vota à pou près constamment avec les républicains modérés de la nuance du National. Les fonctions qu'il remplissait à la cour d'appel etqu'il n'a cessé de remplir depuis lors l'empêchèrent de se porter candidat à la Législative. M. de Saint- Albin est officier de la Légion d'honneur. Outre un assez grand nombre d'articles insérés dans divers journaux et revues, des comptes rendus de ses actes parlementaires, des poésies dont quelques-unes ont été mises en musique, des odes sur La Fayette, etc., on lui doit : Histoire de Sulkowski (1830, in-12); Logique judiciaire ou Traité des arguments légaux (1841, in-18), dont il a donné une 2® édition, avec une Logique de la conscience; Tablettes d'un rimeur; contes, apologues et anecdotes (1862, in-12). Chargé par son père de faire paraître, lorsqu'il jugerait le moment opportun, les ouvrages historiques qu'il avait laissés en manuscrit, M. Hortensius de Saint-Albin a commencé à s'acquitter de cette tâche en publiant : Championne t, général des armées de la Jiépubligue française ou les Campagnes de Hollande, de Home et deNaples (1860, in-12). Depuis lors, il a édité, sous le titre de Documents relatifs à la Révolution française, extraits des œuvres inédites de Roussetin de Saint-Albin (1873, in-8°), un ouvrage d'un grand intérêt, qui a obtenu un vif succès et qui fait désirer de tous ceux qui s'occupent d'études historiques la publication des œuvres complètes de Rousselin. — M°>e Céline de Saint -Albin, femme du précédent, née à Mayenne , morte en 1874 , prit des leçons de Jaccober, s'adonna avec succès à la peinture de fleurs et de fruits et obtint une médaille de 3e classe en 1845. Elle a envoyé aux Salons, jusqu'à l'année même de sa mort, un grand nombre de tableaux et de peintures sur porcelaine.
SAINT-ALBIN (Alexandre-Denis Huot de Longchamp de), littérateur français, né à Cézanne (Marne) en 1818. Catholique et légit miste aident, il s'est fait connaître par un certain nombre d'ouvrages et est devenu inspecteur des bibliothèques d'arrondissement de la ville de Paris. Nous citerons de lui : De l'idolâtrie de la chair, lettre au Père Enfantin (1858, in-s°); Notice historique sur te révérend Père de ilavignan (1858, in-12); Quelques pages d'histoire à propos des droits temporels du pape (1860, in-8°); Pie IX (1860, in-12); l'Europe chrétienne en Orient (1860, in-8t>) ; les Francs-maçons (1862, in-12); les Mystères de la franr.-m'açonnerie (1864, in-12) ; les Portes de l'enfer (1864, in-12); Madame ta duchesse de Parme (18G4, in-12) ; le Pape roi de nos âmes (1865, in-18) ; le Jiéoérend Père Hyacinthe (1865, in-12) ; la Poésie des livres saints (1870, in-l8);Z)e la mission de la France (1874, in-8°) ; Histoire de Henri V (1874, in-8°), etc. On lui doit encore la.traduction de la Chanson de Roland, poëme de Thétoulde ; des éditions de l'Imitation de Jésus-Christ, traduction de Pierre Corneille; de V exposition de la doctrine de l'Eglise catholique, de Bossuet, etc.
SAINT-ALBIN, publiciste et homme politique français. V. Rousselin.
SA1NT-ALLAIS (Nicolas ViTON De), écrivain et généalogiste français, né à Langres en 1773, mort à Paris en 1842. Son père, nommé Viton, qui tenait une boutique d'épicerie, lui fit faire ses études au collège de Langres. Au début de la Révolution, Nicolas Viton se prit d'enthousiasme pour les idées nouvelles. A dix-neuf ans, il s'enrôla, fit les premières campagnes de la République, puis alla habiter Paris. Il se mit alors à recueillir un grand nombre de documents généalogiques sur les familles nobles de France et d'Allemagne, acquit des connaissances étendues sur l'art héraldique et lorsque, avec l'Empire, on vit se produire toutes sortes de prétentions nobiliaires, Viton ouvrit un cabinet. Il se mit alors à reconstituer ou à fabriquer des généalogiespourceax qui avaient
SAIN
des prétentions à la noblesse, gagna une jolie fortune en spéculant ainsi sur la vanité et changea, au début <!e la Restauration, son nom de Viion en celui deiio Saim-Aiiais. En 1820, il vendit assez cher son cabinet de titres; mais il ne tarda, pas à en constituer un nouveau. La révolution de 1S30 porta un coup désastreux à sa lucrative industrie. Voulant se défaire des pièces qui lui restaient, il imagina en 1832 une espèce de chantage à l'égard des familles nobles, auxquelles il adressa une circulaire pour les presser d'acheter ces documents. ■ Parmi toutes mes Collections, leur disait-il, il en est une qui se compose de pièces judiciaires, d'actes patents et authentiques, constatant des meurtres, des faux, des concussions, des déprédations, des dettes déshonorantes, des usurpations de noblesse et de titres honorifiques, des anoblissements dissimulés, des violences et des actes réprouvés par nos lois et par nos mœurs , enfin toutes les passions qui sont malheureusement inséparables de l'humanité, mais qui peuvent ternir l'éclat de certaines familles. • Cette manière d'écouler ses marchandises n'eut que peu de succès. A sa mort, son cabinet de titres nobiliaires fut vendu 47,000 fr. Les ouvrages de co généalogiste sont assez recherchés. Nous citerons parmi ses écrits : la Vérité rendue sensible au peuple français sur l'administration du premier consul (1803, in-40) ; Etat actuel des maisons souveraines (1805, in-18); Histoire de la maison de Bade et des princes de Neuchâtel (1807, 2 vol. in-8°) ; Histoire de lu maison de Wurtemberg (1808, 2 vol. in-lï); Tableaux chronologiques, généalogiques, etc., des maisons souveraines de l'Europe (1803, in-fol.); Histoire générale des ordres de chevalerie (1810, in-4°); la France militaire sous les quatre dynasties (1812, 2 vol. in-18), inachevé; Tablettes des' maisons souveraines de l'Europe (1812, in-18) ; la France législative, ministérielle, judiciaire et administrative sous les quatre dynasties (1813, 4 vol. in-18); Nobiliaire universel de France (1814-1841, 21 vol. in-S°), son ouvrage capital, mais dont l'exactitude n'est pas à l'abri de tout reproche; les Sièges, batailles et combats mémorables de l'histoire ancienne et romaine f 1 8 15, in-8°) ; Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France (lsifi, 3 vol. in-8°), ouvrage estimé; Etal actuel de la noblesse en France (1816, in-18); Album historique des gens du monde (1824, 3 vol. in-18); De l'ancienne France (1S33-1834, 2 vol. in-8°) ; Annuaire de l'ancienne noblesse de France (1835-1836, 2 vol. in-8°); Précis historique sur les comtes de Périgord (1836, in-4«) ; YOrdre de Malte (1839, in -8°) ; Fastes de l'Afrique française (IS45, in-8"). L'entreprise littéraire qui fait le plus d'honneur à Saint-Allais est la réimpression do l'Art de vérifier les dates (1813-1820, 6 vol. in-40), mais dont il laissa, à partir de 1821, la continuation à Fortia d'Urban.
SAINT AIME, littérateur français. V. Le Poitevin (Auguste).
SAINT-AMAM) (JeanDE), chanoine à Tournay, et médecin de la Faculté de Paris, vers le commencement du xmc siècle. On a de lui : un manuscrit sur les Pronostics, aphorismes à' Hippocrate et le Traité des maladies aiguës de Onlicn, intéressant en ce qu'il établit les préférences qu'à cette époque la Facilité de Paris accordait à la doctrine grecque sur la doctrine arabe; Expositio sive additio super antidotarium Nicolai (Venise, 1527, 1589, in-ful.) et. deux traités sur la matière médicale. On a conservé longtemps dans les archives de la Faculté de Paris son ouvrage intitulé: Concordim Joannis de Sancto- A manda.
SAINT -AMAND (Jean-Amand Lacoste, connu sous le nom de), auteur dramatique, né k Paris le lor novembre 1797. Il débuta en 1823 au théâtre, en écrivant avec Benjamin Auticr l'Auberge des Adrets, mélodrame qui obtint un grand succès à l'Ambigu-Comique. Depuis lors, il a composé, soit seul, soit en collaboration avec Cormon,Devuux,'Dupeuty, Lubie, Lefèvre, etc., un assez grand nombre de drames et de vaudevilles. Nous citerons notamment : la Chaise de poste (1825); Quatre heures (1828) ; Peblo (1830); l'Oraison de saint Julien- (1834); Robert Macaire (1835); Une jeune veuve (1S40); l'Idée de Toinette (1840); le Lion et le rat (1840) ; la Paix ou la guerre (1841); la Fille du tapissier (1841); lu Trombone du réyiment (1843); les Jarretières de ma femme (1S 4 3) ; Bloqué ou lu Chasse aux hommes (1813J; Moellon ou l'Enfant du bonheur ( L 84 3); les Uébar deurs (1845); Philippe 11, roi d Espagne (1846); Himhaut et compagnie (1848) ; les Deux sergents (1850), etc.
SAINT-AMAPiS (Jean - Florimond Boudon de), naturaliste français, né k Agen en 1748, mort dans la même ville en 1831. Ayant embrassé la carrière militaire, il fut envoyé aux Antilles avec son régiment, et c'est pendant son séjour dans ces lies qu'il étudia I histoire naturelle. De retour en France, il vécut dans la retraite, occupé exclusivement de travaux scientifiques, jusqu'en 1790, époque à laquelle il fut nomme commissaire du roi pour l'organisation du Lot-et-Garonne. Lors de lu création des écoles centrales (1705), il fut appelé à la chaire d'histoire naturelle. On lui doit, entre autres ouvrages : Cours élémentaire de botanique (Agen, 1785, in-S») ; Traité sur les plantes les plus propres à la formation
des prairies artificielles (Agen, 1797, in-8°); Philosophie entomologique (Agen, I799,ii>-8°).
SAINT -AMANT { Marc -Antoine Gérard, sieur de), poëte français, né à Rouen en 1594, mort à Paris en 1660. Parmi les poêles de second ordre du xvnc siècle, le fantaisiste Saint-Amant, malgré ses exagérations et ses défauts, brille d'un éclat tout particulier. Il y a en lui du Malherbe, du Régnier et du Rabelais, Boileau l'a ridiculisé; il ne s'est pas contenté de citer quelques-uns de ses plus mauvais vers, sans tenir compte des bons, il l'a représenté comme un poëte crotté, gueusant son pain de cuisine en cuisine, en compagnie de Colletet; mais Saint- Amant exerça pendant la plus grande partie de sa vie des charges honorables et lucratives. Il était de bonne maison; son père commanda pendant vingt-deux ans une escadre de la reine Elisabeih d'Angleterre, fut fait prisonnier et passa trois années en captivité à Consiantinople; deux de ses frères servirent également dans les guerres contre les Turcs et périrent sur le champ de bataille'; l'un d'eux commandait à Candie un régiment d'infanterie française à la solde de Venise. L'éducation de Saint-Amant fut très-négligée ; il y suppléa par l'étude des vieux poètes français , par les voyages et par la fréquentation des gens d'esprit. 11 apprit dan3 sa vie errante l'italien , l'espagnol, 1 anglais, la musique et acquit même un certain talent sur le luth, instrument alors à la mode. Gai, spirituel, railleur avec verve, fertile en bons mot3 et en inventions bouffonnes, aimant le vin, la bonne chère, les parties de débauche, Saint- Amant, venu de bonne heure à Paris, vers l'âge de dix-huit ou vingt ans, devint le familier des seigneurs de la cour du jeune Louis XIII et notamment du duc de lîetz, qui le fit son commensal et l'emmena avec lui dans son domaine patrimonial de Belle- Isle-en-Mer. C'est là que le poEte composa ses premiers vers, l'ode sur la Solitude, le Contemplateur, petite pièce pleine de sentiments élevés, des sonnets fantaisistes, entre autres celui qui a une tournure si originale, Assis sur un fagot, une pipe à la main,
et qui a été a tort attribué à Théophile de Viau. On montre encore à Belle-lsle une grotte où Saint-Amant se retirait pour rêver et rimer, a quand il était malade à force d'avoir bu, » dit-il lui-même; car c'est entre la pipe et les brocs que lui venaient ses meilleures inspirations. « Souvent, dit M. Ch. Livet, le maréchal de Belle-lsle et lui montaient sur une vieille crédence où ils avaient une petite table chargée de bouteilles de vin; là, chacun perché sur sa chaise, ils y faisaient des séances de vingt-quatre heures. Quelquefois la table, les pots, les verres, les chaises, les buveurs, tout dégringolait du haut en bas. » De retour à Paris, Saint-Amant publia la première partie de ses poésies (1629, in-4°), puis il fit un voyage à Londres (1031) et suivit à Rome le maréchal de Créqui. Lors de la fondation de l'Académie française, il jouissait d'assez de renommée pour obtenir un des quarante premiers fauteuils et il fut même dispensé du discours d'usage k condition qu'il écrirait la partie comique du Dictionnaire et l'enrichirait du vocabulaire grotesque. C'est une tâehe qu'il n'a jamais accomplie et il fut beaucoup plus assidu aux séances de la Société des goinfres, à l'Epée royale et à la Fosse aux lions, qu'à celles de l'Académie. Faret, Colletet, Saint-Pavin, Saint- Briee, Maricourt, Châteaupers y étaient Ses commensaux habituels et il leur a donné place dans les poésies bouffonnes que lui suggéraient les repas et parties joyeuses faits ensemble. Faret rime si richement à cabaret que Boileau en a abusé et que, sur la foi du satirique, on se représente, en lui un ivrogne, continuellement occupé à charbonner de ses vers les murs enfumés des bouges. C'était le secrétaire des commandements d'un très-haut personnage, le comte d'Harcourt, et par lui Saint-Amant fit la connaissance de ce grand seigneur, bon vivant, qui l'admit dans son inimitié et l'emmena partout avec lui , dans ses campagnes comme dans ses ambassades. Saint-Amant, Faret et le comte d'Harcourt, qui ne s'appelaient entre eux que le Gros, le Vieux et le Rond, formèrent un trio de viveurs resté célèbre dans les fastes bachiques du xvne siècle. Diverses pièces burlesques de Saint-Amant, la Crevaille, les Goinfres, l'Ode au fromage, le Melon, doivent être des souvenirs de cette époque de sa vie tout entière adonnée à la bombance. Le comte d'Harcourt ayant reçu le commandement de la flotte envoyée contre l'Espagne (1637), Saint-Amant 1 accompagna et chanta en vers tantôt sérieux, tantôt badins les exploits de son protecteur. Il le suivit également en Piémont, puis dans ses deux ambassades k Rome et à Londres. Deux poèmes burlesques, Albion, caprice héroï-comique, et Home ridicule, qui faillit faire brûler l'éditeur dulivre(l64l, iii-4o), furent composés par lui dans ces divers séjours. En 1638, il avait obtenu le privilège d'une verrerie à Rouen et il chanta dans une ode, le Cidre, inspirée par les fumées du breuvage normand, les prodiges industriels qu'il se proposait d'accomplir; toutefois, désireux, d'attacher son nom à une œuvre durable, il abandonna un moment et l'industrie et la poésie légère pour se livrer à la composition d'une épopée, Moïse sauvé, qu'il appelle une idylle héroïque. C'est le
SAIN
poëme dont s'est surtout moqué Boileau, et quoiqu'on y rencontre de grandes beautés de détail , des vers bien frappés, des conceptions hardies, il est certain que Saint-Amant s'était mépris sur son véritable talent en entreprenant une pareille oeuvre. Il passa plusieurs années à retoucher et à polir ce poème, auquel il ne donna même sa forme définitive que beaucoup plus tard, et un de ses amis,
I abbé de Marolles, l'ayant présenté et chaudement recommandé à la nouvelle reine de Pologne, Marie de Gonzague, il en fit accep-
| ter la dédicace a cette princesse. Marie de i Gonzague l'en récompensa en lui allouant I une pension de 3,000 livres et en le nommant I gentilhomme de sa maison. Elle partit pour la Pologne ,et l'engagea à la suivre (1645). Saint-Amant resta encore en France plusieurs années, vivant tantôt à Paris, tantôt a Rouen; lors des premiers troubles de la Fronde, il sentit sa verve satirique se réveiller et fit circuler ses Triolets sur les affaires de mon temps et une chanson satirique sur le prince de Condé. Mal lui en prit; le prince le fit bâtonner sur le pont Neuf par ses valets et Saint-Ainnnt se dépêcha de gagner Varsovie de peur d'accidents plus sérieux. Il portait à Marie de Gonzague le manuscrit du Moïse sauvé; la reine le reçut à merveille et l'envoya k Stockholm assister au couronnement de la reine de Suède. Après un séjour de, deux ans en Pologne, il revint à l'aris, fit imprimer son poème après l'avoir une dernière fois retouché (1653, in-4») et continua sa vis insouciante et prodigue. Mais il vieillissait; les affaires se gâtèrent en Pologne et sa pension fut supprimée; sa verrerie ne lui rapportait pas grand'chose, et il passa les dernières années de sa vie dans une gêne d'autant plus pénible qu'il était habitué à prendre toutes ses aises. Le Poète crotté, la Chambre des débauchés, le sonnet sur la Prodigalité, Coucher trois dans un lit, sans <lrap et sanschandelle, Au plus fort de l'hiver, dans la salle aux fagots Où les chats, ruminant le langage des Goths, Nous éclairent de l'œil en roulant la prunelle;
une foule d'autres pièces qui, avec la Crevaille et les Goinfres, donnent le mieux l'idée de sa verve singulière, racontent en même temps les déboires- du poëte, du bon vivant réduit k la portion congrue, aimant toujours à vider les pots et ne pouvant plus payer son hôtelier :
C'est ce qu'engendre enfin la prodigalité,
s'écrie-t-il avec un désespoir comique et quelque peu de regret. Il mourut entre les bras de son ami, l'abbé de Marolles, qui voulut absolument le confesser et lui faire faire une fin religieuse.
■ Saint-Amant, dit M. V, Fournel, a été l'objet de jugements très- divers de la part de ses contemporains. Boileau, qui en a parlé a plusieurs reprises, disait, suivant Ménage, qu'il s'était formé du mauvais de Régnier. Ou connaît les vers do l'Art poétique ou il raille les descriptions du Moïse sauvé. Dans sa sixième Réflexion sut Longvt, il reconnaîUque > Siint-Ainant avait assez de génie pour les » ouvrages de débauche et de satire outrée » » et qu'il « a même parfois des boutades assez » heureuses dans le sérieux; mais,ajoute-t-il,il » gâte tout par les basses circonstances qu'il » y mêle. » Ces basses circonstances ne sont rien autre chose, dans l'esprit de Saint-Amant, que lus ombres et les contrastes destinés à faire valoir ses tableaux : il a devancé l'école romantique par le culte de l'antithèse, l'amour de la couleur, de l'effet et du pittoresque, l'alliance systématique du lyrisme et de la trivialité, du grotesque et du sublime. Au contraire de Boileau, Théophile, Perrault, Desmarets, etc., ont parlé avec estime de son I talent. Saint-Amant a fait des vers de tout I genre, même des vers précieux, religieux et héroïques; mais, malgré l'incontestable talent de détail qu'il y a déployé, il n'est complètement lui-même que dans ses vers bachiques et dans ce qu'il appelle ses Caprices, chansons, épigrammes, sonnets, odes, satires, petits poèmes faits de verve, sur la table du cabaret, au milieu d'une orgie. Les grossièretés et tes obscénités y foisonnent; il provoque souvent le dégoût; il est brutal et sans mesure, mais souvent plein de puissance, d'originalité, d'éclat et surtout d'une facilité, d'un naturel et d'une flamme qui entraînent le lecteur le plus froid. »
M. Ch. Livet a donné une excellente édition des Œuvres complètes de Saint-Amant {Bibliothèque elzévirienne, 1855, 2 vol. in-10).
SAINT-AMOUR (Louis Gorin de), né à Paris en 1619, mort k Saint-Denis eu 1687. Fils d'un cocher du roi et filleul de Louis XIII, il fil k Paris de brillantes études et devint docteur en Sorbonne et recteur de l'Université.
II prit, en 1C50, une part brillante dans la querelle du jansénisme contre les jésuites et soutint les cinq fameuses « propositions. » A Rome, où il était allé k l'occasion du jubilé, il s'efforça de plaider, auprès du pape Innocent X, la cause des philosophes de Port- Royal, mais ce fut en pure perte; les jésuites triomphèrent. De retour en France, Saint- Amour refusa de souscrire k la condamnation de M. Arnauld et fut, pour ce motif, exclu des assemblées de Sorbonne. Il a laissé un journal de ses démarches k Rome au sujet des Cinq propositions (1646-1653), imprimé en 1002 (in-folj. Cet ouvrage, extrêmement intéressant en ce que, appuyé de pièces au- '
Sain
thentiques, il donne une idée exacte des intrigues à cette époque, fut brûlé par la main du bourreau, en conformité d'une décision du conseil d'Etat de 1684.
SAINT-ANDRÉ (Jacques d Al.BON, seigneur de), maréchal de France, né vers 1505, tué près de Dreux en 1562. Il était tout jeune lorsqu'il fut envoyé par son père à la cour de François Ier, où il se fit remarquer par sa bravoure, ses aventures et son esprit de courtisan. Le Dauphin le prit en vive amitié et l'attacha à sa maison en 153G. En 1544, Saint- Andvé fit la campagne d'Italie et montra Jn, plus grande intrépidité k la bataille de G'érisoles. Lorsque le Dauphin monta sur le trône sous le nom de Henri II (1547), il combla de dignités et d'honneurs Saint-André, qui exerçait sur son esprit la plus grande influence, le nomma maréchal de France (1547), premier gentilhomme de sa chambre, chevalier de l'ordre et lui donna, en 1550, le gouvernement (Je Lyon. Puisant à pleines mains dans les coffres du roi, il s'adonna avec passion k Son goût pour le luxe, les plaisirs, les fêtes de tou- genre, et étala un luxe prodigieux en Angleterre pendant une mission diplomatique dont' il fut chargé. En 1552, la guerre ayant éclaté entre Henri II et Charles-Quint, le maréchal de Saint-André reçut le commandement d'une armée, avec laquelle il défendit la Champagne contre les impériaux, contribua k la prise de Marienbourg (1554), enleva le Catelet, ne put s'emparer de Givet, mais se couvrit de gloiro à la retraite du Quesnoi. Fait prisonnier k la bataille de Saint- Quentin (1557), avec Montmorency et une partie de l'année, il poussa k la conclusion d'un traité, afin de recouvrer la liberté, fut relâché en 1558 et fit alors partie des commissaires désignés pour signer une suspension d'armes. Apres la mort de Henri II, craignant d'être recherché pour tes dilapidations énormes qu'il avait commises, il forma avec le duc de Guise et le connétable rie Montmorency, le 6 avril 1561, cette ligue connue sous le nom de triumvirat, qui prétendait éteindre l'hérésie protestante en France et avait surtout en vue de prendre la direction des affaires. Catherine de Médicis, qui voyait son pouvoir paralysé par l'union de ces trois hommes, donna au maréchal de Saint-André l'ordre de retourner dans son gouvernement de Lyon, où il avait coin primé des troubles avec une implacable sévérité en 1560 ; mais le maréchal ne tint aucun compte de cette injonction. Peuuprès.laguerre ayant éclaté entre les catholiques et les protestants, Saint-Andié leur prit Poitiers (ler août 1562J, fit piller cette ville par ses soldats, força Conde k lever le siège de Corbeil et lui livra, le 19 décembre suivant, la bataille de Dreux. En poursuivant les fuyards, il fut entouré et fait prisonnier par des calvinistes. Au moment où l'un d'eux l'emmenait en croupe, un catholique, nommé Aubigny ou Bobigny, dont il avait fait confisquer les biens, le tua d'un coup de pistolet. Il avait épousé Marguerite de Lustrao.damede Froasac,dont il avait eu une fille, Catherine d'Albon, demoiselle d'honneur de Catherine de Médicis. Après sa mort, Catherine d'Albon, dont ii avait promis la main k un des fils du duc de Guise, fut enfermée au monastère de Longchamp. Elle y mourut peu après, empoisonnée, dit-on, par sa propre mère selon les uns, à l'instigation de la reine mère qui redoutait de voir l'immense fortune du maréchal dans les mains des Guises, selon d'autres par jalousie, elle et sa fille aimant le prince de Coudé. Le prince de Condé étant devenu veuf, la maréchale de Saint-André, également veuve, espéra un instant devenir sa femme. Elle l'aimait si éperdument qu'elle lui lit don de sa terre de Valéry, alors mémo qu'elle avait perdu tout espoir de l'épouser. En 1568, elle finit par se remarier avec Geoffroy de Caumont, ex-abbe de Clerac et d'Uzerclie, qui avait quitté le froc depuis qu'il avait recueilli la succession de son frère aine, mort sans enfants. Elle mourut peu après (1574), laissant de son second mariage Anne de Caumont, née le 15 juin 1574, morte en 1642, après avoir été mariée d'abord k Henri de Ferusse Descars, prince de Carency, et eu secondes noces ix François d'Orleaus- Longueville.
SAINT-ANDRÉ (Charles-François, marquis Thaon de Revel de), ne k Nice en 1725, mort en 1807, Voué des sa jeunesse k la carrière militaire, il devint successivement colonel du régiment de Nice, puis major général en 1780 et commandant de la ville et du comté de Nice, Eu 1787, il fut nomme lieutenant général et vice-roi de l'Ile de Sardaigne, en 1790 grand-croix de Saint-Maurice et gouverneur de Tortose, en 1702 commandant du corps d'armée des Alpes-Maritimes. Eu cette dernière qualité, il sut inspirer k ses troupes démoralisées assez de confiance et d'énergie pour mettre un terme aux progrès de l'armée française. Blessé à l'âge de soixante -neuf ans, par un obus en 1794, il dut solliciter un congé, qu'il obtint. Nommé général d'infanterie en 1796 et gouverneur de Turin en 1797, il rendit à son pays de signalés services. Lorsque le roi de Piémont, en 1708, abandonna ses Etats de terre ferme, Saint- André gagna le camp de Souwarow, qui le chargea de l'organisation et du commandement des troupes russes dans le Piéirrnt.
SAIN
avec le titre de lieutenant général du roi. Après la bataille de Marengo, le marquis de Saint-André suivit lu Cour fugitive en Sardaigne, où il devint grand maître de l'artillerie en 1806.
SAINT-ANDRE (M'ie de), femme pnete qui vivait au xvnte siècle. On a d'elle uu assez grand nombre de poésies légères, des madrigaux, des épUres, quelques petits poëmes, parmi lesquels il faut citer 1 Hiver de Versailles et la Description de la chapelle de Sceaux.
SAINT-ANDRÉ (Jean Bon), conventionnel français. V. Jean Bon de Saint André.
Saint-André (LA) OU l'Orpheline bretonne,
opéra-comique en un acte, paroles d'Hippolyte Lucas, musique de M. Bazzoni ; représenté sur le théâtre Beaumarchais (Opéra- Bouffe-Français) le 14 juillet 1840. La scène se passe au temps de la guerre de Vendée, pendant la Révolution, entre un officier municipal, lieutenant et, aubergiste d'une part, et, d'autre part, un jeune émigré, cousin d'une jeune orpheline qu'il épouse. La musique de M. Bazzoni a paru bien faite et d'un effet agréable. Junca était chargé du rôle de l'aubergiste.
Saint-André (ordrb de), le plus élevé de l'empire Russe. Il fut institué en 1698 par Pierre le Grand, qui voulut, comme les autres souverains de l'Europe, fonder un ordre de chevalerie pour récompenser les personnes qui rendraient des services à l'Etat. Il n'est formé que d'une seule classe ; ses membres ont le rang de lieutenants généraux, et, pour l'obtenir, il faut déjà être membre des ordres de Saint-Alexandre-Newski et de Sainte-Anne. La décoration consiste en une croix de 'Saint - André , avec les lettres S.A.P.R. placées aux quatre coins. Ces lettres sont les initiales de ces mots : Sanctus Andréas Patronus Russix. Derrière cette croix, surmontée de la couronne impériale, est placée en angle l'aigle de Russie éployée. Elle se porte à un large ruban bleu passé en écharpe de droite k gauche. De plus, les membres ont, sur le côté gauche de l'habit, une plaque ayant un médaillon fond or, chargé d'une aigle éployée à deux tètes couronnées, surchargé d'une croix de Saint- André en argent et entouré d'un cercle bleu céleste, ayant pour légende ces mots en lettres d'ur et en langue russe : « Pour la Foi et la Fidélité. » Le collier de l'ordre est composé alternativement du chiffre de Pierre 1er, de l'aigle de Russie et de la croix de Saint- Anilré. La fête de l'ordre est célébrée le 30 novembre, et les membres qui se trouvent à Saint-Pétersbourg sont obligés d'y assister sous peine d'une amende de 30 roubles.
Saint-André (ORDRE DU CHARDON DE). V.
Chardon (ordre du}.
SAINT- ANGE (Ange-François Fariau de), poète français, né k Blois eu 1747 , mort en 1810. Fils d'un conseiller du roi, Fariau de Coulommiers, il lit ses études dans sa ville natale, chez les jésuites. Après la suppression de cet ordre, Saint-Ange passa au collège de Sainte-Barbe , à Paris , et montra de uèsheureuses aptitudes pour la versliicaiion. 11 débuta, en 1768, par une ode qu'il présenta au roi de Danemark, alors k Paris; mais l'Université, qui ne permettait alors que les vers latins ou grecs, réprimanda vertement le jeune auteur. Ayant quitté les bancs, Saint- Ange traduisit Vertumne et Pomone d Ovide. Ces essais furent remarqués jTurgot se fit le Mécène du peete. Cette haute protection valut au débutant un emploi au contrôle général, changé plus tard en une pension sur l'Aimatuich royal. Saint-Ange ne fut point ingrat et, ne pouvant faire mieux, il dédia la glande édition des Meta mur phases «aux mânes de son bienfaiteur. » La chute de la monarchie le laissa sans ressource. Apres le 9 thermidor, il vécut d'un petit emploi dans l'agence de l'habillement de l'armée. Mais quand l'instruction publique commença à se réorganiser, il l'ut nommé professeur de grammaire générale, puis de belles-lettres, à l'Ecole centrale de la rue Saint-Antoine, devenue depuis le lycée Churlemagne. Sa santé, minée parles souciset les privations, ne lui permettant point d'occuper sa chaire, on lui donna un suppléant et il conserva son traitement. M. de Fontanes lui lit ensuite accorder la chaire d'éloquence latine. Enlin il fut admis à l'Académie k la place de Douiergue , et, le jour de sa réception, les auuiteurs lurent vivement attendris lorsque, d'une voix faible et languissante, il fit entendre ces paroles : * Je fais violence, eu ce moment, aux souffrances continuelles et intolérables qui m'avertissent que l'ombre de l'académicien que je remplace attend la mienne. > Bientôt après, en effet, il succomba aux suites d'une chute.
Saint- Ange a traduit en vers les Métamorphoses d'Ovide, son meilleur titre littéraire, les Fastes, l'Art d'aimer, le Remède d'amour. Il a donné uu volume de Poésies fwjitioes, des Héroîdes, des Etétjies, enlin l'Homme sensible, traduit de l'anglais, de Bioek (Paris, 1776, in-12). Ou lui doit encore : l'Ecole des pères ou ['Heureux échange, comédie en cinq actes, en vers, non représentée (Paris, 1782, in-80) ; Mëtaïuje de poeiies (1802, iii-12J, réimprimé sous le titre ue Poésies diverses, précédé d'une notice sur l'auteur. Saint- Auge a édité les Mémoires de Chubanoii, dont il avait été l'ami, sous ce titre : Tableau de
SAIN
quelques inconstances de ma vie, ouvrage posthume (Paris, 1795, iii-8°). Les Œuures complètes de Saint-Ange ont été publiées à Paris (1823-1824, 9 vol. in-12).
SAINT-ANGE (Fariau de), publiciste français, né en i7S7,morten 1860. Après de bonnes études au Prytanée, il entra, en 1806, à l'Ecole militaire, d'où il sortit avec le grade de sous-lieutenant dans un régiment en garnison k Raguse. Il fut de là envoyé en Espagne au moment du siège de Lérida. C'est k lui que l'armée française dut la prise facile de cette ville. Saint-Ange, étant de tranchée, s'aperçoit une belle nuit que les assiégés se disposent à faire une sortie en masse ; il les laisse arriver, fait lui-même un détour pour les éviter et entre sans résistance dans la ville qu'ils viennent de quitter; la place est prise. Ce trait d'audacieux sang-froid lui valut, avec la croix, le grade de lieutenant. Il servit dans l'armée, du duc d'Albuféra, en qualité de capitaine, jusqu'en 1813. Quand vint la Restauration, il abandonna la carrière des armes pour se vouer aux lettres. Après la révolution de 1830, il entra au Journal des Débats, qu'il ne quitta plus; il y rédigea des articles sur les questions militaires.
SAINT- ARNAUD (Arnaud-Jacques- Achille Leroy dh), maréchal de France, né à Paris le 20 août 17B8, mort le 29 septembre 1854. Il était fils d'un ancien avocat au parlement de Paris, qui fut préfet sous le Consulat. Sa mère, issue de la famille Papillon de La Tapy, étant lestée veuve, toute jeune encore, avec deux fils et une fille, se remaria, en 1811, avec M. de Forcade La Roquette. Le jeune Saint-Arnaud entra, k la lin de 1816, dans les gardes du corps. Passionné pour les plaisirs et les aventures, il ne tarda pas à être criblé de dettes, fut envoyé, comme sous-lieutenant, dans la légion corse, puis passa successivement dans la légion des Bouches-du-Rhône et dans le 49° de ligne. En 1827, Saint-Arnaud quitta l'armée pour se rendre eu Grèce. Après avoir assistéau siège de Modon, il visita Consiantinople, Smyrne, Gallipoii, revint en France, puis parcourut successivement l'Italie, la Belgique et l'Angleterre, a Lancé en plein dans les hasards et les expédients de la vie nomade, vrai héros du la bohêine, dit M. Taxile Delord, il fut successivement commis voyageur en France, comédien k Paris et à Londres, prévôt d'armes k Brighton. •
Apres la révolution de Juillet, Saint-Arnaud obtint de rentrer comme sous-lieutenant dans l'armée (22 février 1831), reçut le grade de lieutenant au mois de décembre suivant et prit part a la compression de l'insurrection royaliste qui venait d'éclater eu Vendée. Lorsque la duchesse de Berry , faite prisonnière, eut été enfermée à la citadelle de Blaye, Leroy de Saint-Arnaud, devenu officier d'ordonnance du général Bugeaud, suivit k Blaye le général chargé d'être le gardien de la duchesse. Là, il sut gagner corupléteinentles bonnes grâces de la prisonnière, qui l'admit dans ses reunions intimes, où il chantait et faisait de la musique. Après les couches de la duchesse, Saint-Arnaud lit partie des personnes désignées pour l'accompagner à Palerme. De retour en France, il mena pendant quelques années la vie de garnison, se livrant, comme toujours, à des prodigalités qui le mettaient dans une situation difficile, puis il entra dans la légion étrangère qui se trouvait en Afrique (1836) et devint capitaine l'année suivante.
Si, comme homme privé, Saint-Arnaud jouissait d'une considération plus que médiocre, il avait du moins un incontestable courage, dont il ne larda pas à donner des preuves et qui lui valut bientôt un avancement rapide. La façon dont il se conduisit k l'assaut de Constautine (1837), à la prise de Djidjelly, au passage du col de Teniah-de- Mouzaïa (1839) le lit nommer, en 1840, chef de bataillon au 18» léger.' L'année suivante, il quitta ce régiment pour entrer dans les zouaves, prit part aux expéditions de Mascara et de Mostaganem , reçut lu croix d'oflicier de la Légion d'honneur (1811) et lut chargé, en 1842, de diverses opérations contre des tribus situées entre Cherchell et Milianah. Nommé eu 1842 lieutenant-colonel, puis commandant supérieur de Milianah, il fit fortifier cette ville, prit part ensuite k l'expédition de Laghouat, devint colonel du 23a de ligne le 1" octobre 1844 et décida de lu victoire au combat do Manseit-el-Maelha. Saint-Arnaud fut alors nommé commandant de la subdivision d'Orléausville. En ce moment, Bou-Maza prêchait la guerre sainte et tout le Dahra se trouvait en insurrection. Le Commandant d'Orléansville, à la tête d'un corps surnommé la colonne infernale, opéra dans le Chêlif, contribua puissamment à comprimer le soulèvement, et, traqué de toutes parts par des colonnes mobiles, Bou-Maza Unit par aller se constituer prisonnier (13 avril 1847J. Peu après, Saint-Arnaud était promu commandeur de la Légion d'honneur et, au mois de novembre' suivant, général de brigade. 11 se trouvait en congé à Paris lors de la révolution de février 1848. Dans la nuit du 23 au 24, le maréchal Bugeaud lui donna le commandement d'une brigade. Chargé le 24 février de dégager les abords du Carrousel, il enleva, à la tête de deux bataillons, les barricades de la rue Richelieu.il commandait la colonne qui occupait ta préfecture de police
SAIN
et qui comptait un corps de gardes municipaux dans ses rangs, lorsque cette colonne, forcée de capituler, fut dirigée vers Vinoennes par des gardes nationaux. En passant par le quai de Gèvres, Saint-Arnaud, précipité de son cheval, fut assailli par une foule furieuse. Les gardes nationaux l';irrachèrent au péril. Il se jeta dans l'Hôtel de ville et y trouva, près du maire de Paris, un refuge assuré.
Peu après , Saint - Arnaud retournait en Algérie, où il prit successivement le commandement de la subdivision de Mostaganem et celui de la subdivision d'Alger (1849). Il fit alors dans la petite Kabylie une expédition pendant laquelle il soumit une douzaine de tribus. Nommé commandant de la province de Constantine (1849), il eut k surveiller un grand nombre de transportés politiques, répartis sur différents points de sa province, et montra envers eux une extrême sévérité. Au mois de mai 1851, il fut mis à la tête d'un corps expéditionnaire de 7,000 hom- 1 mes dirigés contre les Kabyles , livra vingt- ; six combats et parvint à soumettre des tri- : bus jusqu'alors insoumises. Nommé général i de division le 10 juillet 1851, il fut appelé, le 26 du même mois, k commander la 2» division de l'armée de Paris.
Saint-Arnaud avait acquis la réputation d'un homme décidé à ne reculer devant rien. En Algérie, il n'avait point hésité h imiter l'exemple de l'en fumeur des grottes du Dahra. « Une troupe d'Arabes s'étant enfermée dans la caverne du Shelas, située sur le territoire de son commandement, dit M. Taxile Delord, le colonel Saint-Arnaud s'y rendit et somma les réfugiés de faire leur soumission. Tous obéirent, sauf quelques centaines d'individus. Instruit <le ce détail, il fit boucher les ouvertures de la caverne avec des fascines, selon les procédés du général Pélissier, et il y mit le feu. » Et il écrivait à ce sujet à son frère : ■ Ma conscience ne me reproche rien; j'ai fait mon devoir. • Ce général, k la conscience accommodante, était un homme précieux pour Louis Bonaparte, qui préparait alors son coup d'Etat et qui avait besoin, pour tenter sa tragique aventure, d'hommes prêts à tout et parfaitement décidés k risquer « leur peau, » selon l'expression de Morny, pour obtenir les richesses et le pouvoir. Lorsque Saint- Arnaud arriva, en 1851 , k Paris, « sa ligure maigre et pâle, dit l'historien que nous venons de citer, portait déjà les traces de la maladie qui devait l'emporter quatre ans plus tard. Son œil fatigué, son air insolent plutôt que fier, son attitude, qu'il s'efforçait de rendre hautaine et qui n'était que provoquante décelaient l'homme usé, blasé, qui va tenter la dernière aventure d'une vie d aventures. » Appelé aussitôt à l'Elysée, il prît part, avec de Morny et Magnan, aux fréquentes réunions dans lesquelles on prépara l'attentat qui devait donner à la France dix-huit ans de despotisme, couronnés par de terribles désastres. Le 27 octobre, il reçut le portefeuille de la guerre dans le ministère qui fut alors constitué et il adressa aussitôt à l'armée un ordre du jour qui était une protestation virulente contre le droit de requérir la force publique attribué par la constitution au pouvoir législatif. Cet ordre du jour produisit une vive émotion et donna lieu à la fameuse proposition des questeurs (v. questeur). Saint- Arnaud y répondit en donnant l'ordre d'arracher le décret du U mai 1848, affiché depuis 1849 dans toutes les casernes de Paris, et déclara que, en fait de réquisition militaire, il ne reconnaissait pas à l'Assemblée d'autre droit que celui de fixer le nombre de troupes pour sa garde et de leur donner le mot d'ordre par les questeurs. Lors de l'orageuse séance pendant laquelle fut discutée et repoussée la proposition Ue ces derniers, le général Saint-Arnaud quitta le palais législatif en disant au ministre de l'intérieur : < On fait trop de bruit dans cette maison, je vais chercher la garde. » Quelques jours plus tard avait lieu l'attentat du 2 décembre, et, pendant que de Morny faisait procéder aux arrestations, Saint-Arnaud prenait toutes les dispositions militaires pour assurer le succès de l'entreprise. Voulant briser à tout prix la résistance des défenseurs de la loi, il donna l'ordre aux troupes de fusiller quiconque serait pris les armes à la main. Louis Bonaparte, après avoir affermi son pouvoir en faisant couler des flots de sang et terrifié la France par d'innombrables proscriptions, s'empressa de récompenser ses complices. Saint-Arnaud fut nommé maréchal de France (2 décembre 1852), grand écuyer (31 décembre suivant), grand-croix de la Légion d'honneur, et conserva le portefeuille de la guerre. Il s'attacha à gagner l'armée au nouveau régime en augmentant la solde des sous-officiers, en améliorant le pain du soldat, reconstitua le cadre d'état-major, modifia l'organisation de la gendarmerie, de l'artillerie, du corps de santé, de l'Ecole polytechnique, du Prytanée, de l'Ecole de cavalerie. A cette époque, Saint-Arnaud eut avec le général Cornemuse, aux Tuileries mêmes, un duel au sujet de la disparition d'une somme de 200,000 francs, taisant partie d'une liasse de billets de Banque déposée par le pi'ince-présidentsur la cheminée de son cabinet. Ce duel, dans lequel Cornemuse trouva la ntji't, eut, à tort ou k raison, le plus fâcheux retentissement pour la réputation du maréchal.
SAIN
Lorsque éclata la guerre d'Orient, le maréchal Saint-Arnaud reçut le commandement de l'armée française, qui s'embarqua du 24 au 29 avril 1854. Après avoir franchi les Dardanelles, il débarqua en Crimée le 14 septembre et, de concert avec les troupes alliées, il remporta, le 20, la victoire de l'Aima, qui ouvrit la route de Sébastopol. Mais, accablé par une maladie mortelle dont il souffrait depuis longtemps, il dut remettre le commandement de l'année au général Canrobert. Il s'embarqua pour la France sur le Berthollet et mourut en mer le 29 septembre. Ses restes furent déposés à l'hôtel des Invalides. On plaça son buste en bronze dans la cour d'honneur du lycée Napoléon (aujourd'hui Henri IV), où il avait été élevé, et une pension de 20,000 francs fut donnée à sa veuve à titre de récompense nationale. Son frère, M. Adolphe Leroy de Saint-Arnaud, a réuni les lettres qu'il avait adressées à diverses époques à sa famille et les a publiées Sous le titre de Lettres du maréchal de Saint-Arnaud, 1832-1854, avec notes et pièces justificatives (1855, 2 vol. in-8°). Cette correspondance est extrêmement curieuse et piquante,
SAINT-ARNAUD (Louis- Adolphe Leroy du), homme politique, frère du précédent, né à Paris en 1802, mort en 1873. Il étudia le droit et devint, k partir de 1825, avocat à Paris. M. Leroy de Saint-Arnaud était à peu près inconnu, lorsque son frère devint toutpuissant auprès de Louis-Napoléon pour la part considérable qu'il avait prise à l'attentat du 2 décembre 1851. Grâce à lui, il devint successivement maire du Xlle arrondissement de Paris (1851), membre du conseil d'Etat (1852) et sénateur (1857). Dans cette assemblée servile, il ne joua qu'un rôle effacé, se bornant à approuver toutes les mesures proposées par le pouvoir et à manifester ses sympathies pour l'ultramontanisme. Il reçut la croix de commandeur en 1859 et rentra dans la vie privée après la révolution du 4 septembre 1870. M. Adolphe Leroy a édité les Lettres du maréchal de Saint-Arnaud dont nous avons parlé dans l'article précédent.
SAINT-AUBIN (Jean de), né en 1587, mort en 1660. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1606, il professa la rhétorique et les belles-lettres pendant dix ans au collège de la Trinité, à Lyon. De 1617 à 1625, il se livra spécialement à la prédication, puis devint recteur de lu maison du noviciat des jésuites dans cette même ville. Il a écrit : Histoire de la ville de Lyon, ancienne et moderne (Lyon, 1666, in-fol.); Histoire ecclésiastique de ta ville de Lyon, ancienne et moderne (Lyon, 166G, in-foi.), ouvrages intéressants et estimés, mais par trop surchargés de fleurs de rhétorique. Le Père de Saint-Aubin a aussi composé une Ode insérée dans le traité de Théophile Raynaud, De tnartyrio per pestem (Lyon, 1630), ode bien faite; une Paraphrase de f Ecelésiaste de Salomon, en vers français (Lyon, 1658, in-12), très-rare.
SAINT-AUBIN (Charles-Germain de), graveur et dessinateur, né à Paris en 1721, mort dans la même ville eu 1786. Son père, Gabriel-Germain de Saint-Aubin, brodeur du roi, lui enseigna son art. Il reçut le titre de dessinateur du roi et fit paraître un assez grand nombre de cahiers représentant des dessins de fleurs, d'ornements pour la broderie, exécutés avec une grande habileté. Ou lui doit, en outre, une œuvre curieuse et estimée, intitulée : Essai de papillonneries humaines. Elle consiste en deux suites de compositions représentant des papillons à tête humaine faisant de la musique, allant au bal, se battant en duel, etc. Saint-Aubin a montré dans ces morceaux infiniment de verve, de grâce et d'esprit.
SAINT-AUBIN (Gabriel-Jacques de), peintre, dessinateur et graveur, frère du précédent, né k Paris en 1724, mort dans la même ville en 1783. Elève de Jeaurat et de Boucher, il concourut pour le grand prix de peinture (1751), mais n'obtint que le second et, convaincu qu'il avait été victime d'un passedroit, il ne voulut plus concourir. Use lit alors admettre k l'Académie de Saint- Luc et, jusqu'en 1774, il envoya un grand nombre de portraits et de tableaux aux expositions de cette Académie. Parmi ces tableaux, ou cite l'Ecole de Zeuxis, le Triomphe de l'Amour sur tous les dieLj:, etc. « Saint-Aubin, disent MM. de Concourt dans l'intéressante notice qu'ils ont consacrée k cet artiste, Saint-Aubin étudiait sans cesse k sa façon, dessinant partout, toujours ettoutau monde : églises,araphithéâtres, promenades, cours publics; toute occasion et tout endroit de réunion faisaient sa joie et sa proie. Crayon en main, il allait k toute heure et sans trêve. U prend Paris par le bas, par le naturel et le populaire; il représente k merveille la guinguette et les danses du dimanche, le pont Neuf et ses charlatans, la promenade du bœuf gras, les fêtes, les distributions de vivres aux jours de réjouissance. Ses dessins vivaient et remuaient; sa plame courait et galopait sur le papier. Ses eaux-fortes portent le cachet de sou talent; spirituel et hardi, il vu droit a l'effet, aux oppositions d'ombres, à la masse des groupes. Sa gravure du Spectacle des Tuileries, la seule fois peutêtre qu'il ait reproduit le beau monde, le monde de son frère Augustin, montre la haute société vivante et remuante sous les massifs
SAIN
d'arbres sabrés & grands coups. Ces personnages, hauts comme l'ongle, sont admirablement rendus. »
On ne saurait mieux ppindre le talent et la personnalité de Gabriel de Saint- Aubin, le dessinateur humoristique, le poète rêveur, flâneur, qui s'en allait cherchant, observant dans la foule le momie pittoresque qui donne à ses gravures une saveur si étrange et tant d'imprévu. II y avait dans est artiste du Watteau et aussi du Callot. Insouciant comme ce dernier, il mourut faute de s'être soigné à temps. Les amateurs s'arrachent aujourd'hui les dessins et les gravures de Gabriel de Saint-Aubin.
SAINT-AUBIN (Augustin de), peintre et graveur, frère des précédents, né à Paris en 1736, mort dans la même ville en 1807. Elève de son frère Gabriel-Jacques, puis des graveurs E. Fessard et Laurent Cars, il devint à la fois un habile peintre de pastel et d'aquarelle et un remarquable graveur. En 1771, l'Académie de peinture l'admit au nombre de ses agréés. Augustin ne grava pas inoins de 1,200 pièces, parmi lesquelles on remarque de grandes estampes d'a|>rèsdes maîtres, notamment Jupiter et Lëda, d'après Paul Véronèse, et la Vénus Anadyomène, d'après Titien ; environ 300 portraits, soit d'après divers artistes, soit d'après ses dessins, et un nombre considérable de vignettes. Homme d'esprit, il excellait à reproduire, soit par la peinture, soit par le dessin ou la gravure, les scènes du beau monde, les gens du bel air. Comme le font remarquer MM. de Goncourt, la Promenade des remparts de Paris, les Portraits à la mode sont des pièces charmantes, pleines de vie et de fidélité; le Concert et le Bal paré, que Duclos a gravés, sont des chefsd'œuvre. A l'époque de la Révolution, Saint- Aubin tomba dans un état voisin de la misère. Il dessina alors et grava pour l'éditeur Renouard un grand nombre de portraits, entre autres ceux de Boileau, de Buffon, de Pascal, de La Bruyère, de Mably, etc. On lui doit aussi d'excellents portraits de Lekain, à'Helvétius, de Necker, la Famille Renouard, comprenant cinq portraits. Knfin ce remarquable artiste a dessiné avec un rare talent toute la collection des pierres gravées du cabinet d'Orléans.
SAINT-AUBIN (Camille), économiste français, né dans le duché de Deux-Ponts, d'une famille de réfugies, en 1752, ou, suivant la Biographie Atichaud , en 1755, mort à Paris le 8 décembre 1820. D'abord professeur de droit public en Allemagne, il vint en France au commencement de la Révolution, dont il embrassa les principes, et établit à Sens un lycée pour l'enseignement des langues vivantes. Lo premier atteint dans le département de l'Yonne par la loi des suspects, il fut incarcéré à Paris, mais il fut promptement remis en liberté et fut nommé professeur de législation. La constitution de l'an III (1795) avait laissé une grande lacune dans le système financier de la République. Saint-Aubin appela l'attention publique sur ce point important. Des idées neuves, un ton d'ironie et de persiflage, un style original et piquant le placèrent au rang de nos plus habiles économistes et de nos plus ingénieux pamphlétaires. Il attaqua avec énergie le mode, invétéré dans le gouvernement français, de présenter son bilan et de payer ses dettes par une banqueroute. En l'an V, Saint-Aubin se fit affilier au club de Salin, voué entièrement à cet ordre d'idées, et se lia avec les personnes les plus distinguées qui composaient cette association : Lecoulteux-Canteleu, Louis, Mme Staël , en France; sir Samuel Romilly, Jérémio Beiitham, en Angleterre, et un grand nombre de savants de F Allemagne. En l'an VII , il ouvrit un cours public sur les finances. Appelé au tribuuat, sous le gouvernement consulaire, Saint-Aubin s'y fit remarquer par ses talents et par son opposition courageuse aux actes liberticides par lesquels le premier consul préparait le consulat à vie et l'Empire. Il y combattit toutes les mesures proposées qui lui paraissaient contre-révolutionnaires et incompatibles avec l'affermissement d'une république régulière et progressive. Enfin, il partagea avec Benjamin Constant, Andrieux, Olienier, Ginguenô , etc., l'honneur de l'élimination (mars 1802). C'est alors qu'il publia ses nombreuses brochures sur la question financière. Le régime oppressif de l'Empire le contraignit à garder le silence, mais il reprit la pluiue avec une nouvelle ardeur lorsque la charte eut rendu à la presse française un peu de liberté, et l'opposition le compta
fianni ses écrivains les plus distingués. Il était ié avec les hommes les plus éclairés qui essayaient d'établir en France, sous l'empire de la charte , un véritable gouvernement constitutionnel libéral, les La Fayette, les Benjamin Constant, les Laffitte, les Foy, les Tcrnuux, et il travaillait assidûment à assurer le triomphe de leurs idées communes, lorsque la mort le frappa.
Saint-Aubin était un homme de beaucoup d'esprit, un peu systématique, mais habile à donner un tour varié et piquant, soit dans la conversation , soit dans ses écrits, à des discussions généralement arides. Il connaissait à fond les systèmes financiers de l'Angleterre, des principaux Eiats de l'Europe et des Etats-Unis; il possédait en outre la plupart des langues vivantes, et particulièrement
SAIN
l'allemand et l'anglais, qu'il parlait avec facilité. C'était de plus un homme d'un caractère loyal, d'une franchise à toute épreuve, d'une tolérance singulièrement remarquable. Elevé au-dessus de tout esprit de parti, il a fait preuve en diverses occasions d'un grand courage moral, d'une parfaite probité politique et d'un désintéressement accompli. Ses écrits Sont instructifs , originaux, et leur, lecture ne serait pas encore aujourd'hui inutile à beaucoup de nos hommes d'Etat, Ce sont : Expédition de don Quichotte contre les moulins à vent ou Des causes de l'agiotage et de l'inutilité des poursuites contre les agioteurs (Paris, an IV, in-8°); Tableau comparatif des denrées et des marchandises (an IV, iu-go); le Fanatisme politique et le fanatisme religieux aux assemblées électorales de la République (an IV, in-&o); Marchand d'oignons se connaît en ciboules (an IV,in-8°); De l'influence de la rareté du numéraire sur la valeur des denrées (an IV , in-8°); Théorie des lois pénales, par J, Bentham, traduit de l'anglais (an V, in-8°) , publié à la suite d'une nouvelle édition du Traitédes délits et despeines de Beccaria, traduit par Morellet ; Observations sur te discours du représentant dupeuple Gilbert Desmolières, prononcé à la tribune du conseil des Cinq-Cents le 2S thermidor an V, concernant le rapport du ministre des finances sur l'état des recettes actuelles du trésor public, etc. (an V, in-8°) ; Sur la mobilisation des deux tiers de la dette publique, d'après le projet de la commission des finances (an V, in-8») ; Des banques particulières (an V, in-8°) ; Donnons notre bilan (an V, in-80); Saint-Aubin aux rentiers et surtout aux petits rentiers (brumaire an VI, in-8°) ; De l'intérêt accumulé d'un fonds d' amortissement (an VI, in-80); Quels sont les moyens de restaurer nos finances? (an VI, in-8") ; Du tiers (an VI, in-8») ; De l'emprunt proposé au gouvernement parles négociants de Paris (an VI, in-8°); Réflexions sur la révolution du 26 pluviôse (un VII, iu-8°); Ne peut-on sauver la République en la faisant aimer? N'y a-t-il pas un moyen d'emprunter 100 millions? (an VII, in-12); le Change, le pair et les arbitrages expliqués (1811, in-8°); Dialogue entre M. Geyser ( Vautour), inspecteur général des ci-devant Droits réunis, et M. Wolff (Loup), employé à la division des Tabacs (Paris, Porthmann, 1814, in-80); De la jouissance et de la privation des droits civits (1815, in-8"); l'Industrie littéraire et scientifique liguée avec l'industrie commerciale et manufacturière, en collaboration avec Saint-Simon et Augustin Thierry (Paris, Delaunay, en 3 parties, 181ti-1817, in-8°) ; Annales de la session de 1817 à 1818 [1818, in-S°J, en collaboration avec Benjamin Constant; Essai sur la contrainte par corps (1818, in-4°) ; le Siège de banlzig en 1807, rédigé sur le journal du siège tenu par le maréchal Lefebvre et sur les mémoires authentiques de plusieurs officiers généraux (1818, in-8°).
SAINT-AUBIN (Auguste:Alexandre d'Herbey, dit), chanteur fiançais, né en 1754, mort en 1818. Il tenait, comme haute-contre, le premier rang au théâtre de Lyon lorsque Mm" Saint-Huberti, alors en représentation dans cette ville, s'éprit pour lui d'une vive passion et obtint pour son protégé un ordre de début à l'Académie de musique, où il parut en 1784 avec beaucoup de succès. Cependant Saint-Aubin avait épousé depuis peu de temps une très-jolie personne touchnnt à sa vingt et unième année ; femme d'esprit, soubrette alerte et malicieuse, menant en scène une intrigue d'amour de manière a tromper les tuteurs les plus défiants , connaissant toutes les ruses des galants d'opéra-comique. La jeune Mm« Saint-Aubin, ne se doutait pas qu'elle avait une rivale eu Mme Saint- Huberti. Dans sa candeur, elle applaudissait à l'avancement de son mari. Heureusement, le chanteur vint à penser a sa femme et manifesta le désir de retourner à Lyon, c'està-dire auprès d'elle. La Saint-Huberti n'avait qu'un seul moyen d'empêcher la fuite de son ténor favori ; c'était d'obtenir pour celle qui portait son nom un ordre de début; elle l'obtint, et Mme Saint-Aubin, déjà in ère de deux enfants, fit son entrée à l'Opéra le 26 janvier 1786, par le rôle principal de Colinette à la cour. Au bout de quelques mois, elle passa à la Comédie-Italienne, salle Favart, où Saint-Aubin la rejoignit en novembre 1792, après un nouveau séjour à Lyon. Cet excellent acteur fournit une longue et brillante carrière à l'Opéra Comique jusqu'à l'époque de sa retraite, en 1818, et partagea avec Dozainville et Philippe les utilités de mérite. Sa femme (v, ci-après) l'éclipsa, bien qu'il fût inimitable dans certains rôles, notamment dans le Prisonnier ou la Ressemblance, de Della-Maria (1798). Il mourut peu de temps après avoir donné sa représentation de retraite, et l'année même où il quitta la scène.
SAINT-AUBIN (Jeanne-Charlotte Schrœder, dame d'Herbey, dite M'«e), chanteuse française, femme du précédent, née en 1764, morte k Paris eu septembre 1850. Elle parut dès l'âge de dix-huit ans sur le théâtre de la Cour à Versailles, dans Acajou. Plus tard, elie passa en province , et obtint de grands succès à Lyon dans lus rôles de soubrette lorsqu'un ordre du début l'appola à l'Opéra, où son mari s'était produit en 1784. EUe y fit sa première apparition le 26 jamier 17SC, par le rôle principal de Colinette à lu cour,
et le joua trois fois de suite avec une complète réussite. Après cette brillante épreuve, ou lui proposa de représenter l'Amour dans Orphée; mais elle refusa ce rôle et quitta l'Académie de musique; toutefois, son tileiu dramatique, son jeu de scène tin, spirituel, animé avaient été remarqués au point qu'un ordre de début pour la Comédie-Française lui fut signifié à quelque temps de là. Un de ses amis, l'architecte Louis, dit à Mme Saint- Aubin que sa place était marquée à la Comédie-Italienne, où un double talent de comédienne et de chanteuse pouvait la montrer avec tous ses avantages. Le 29 juin 1786, elle débuta aux Italiens de la salle Favart et obtint un grand succès dans la Colonie et VEpreuve villageoise. Jusqu'en 1808, époque de sa retraite, elle tint le premier rang parmi le personnel féminin de notre ancien Opéra-Comique dont elle est restée une des physionomies les plus intéressantes. Nature essentiellement prime-sautière,tout était spontané en elle, tout était varié, naturel, imprévu, original ; elle accomplissait les métamorphoses les plus extraordinaires avec un ch»rme adorable. « Elle rappelait Mlle Mars par le tact, la grâce, l'ingénuité avec lesquels elle nuançait les rôles de jeune fille, rapporte M. Thurncr dans un ouvrage ayant pour titre les Transformations de l'Opéra-Comique. Une taille un peu au-dessous de la moyenne, des traits expressifs et d'une prodigieuse mobilité, une imagination vive, une voix délicate et de peu d'étendue, il est vrai, mais conduite avec un goût exquis ; jouant, pendant vingt-deux ans, plus de deux cents rôles avec une flexibilité étonnante; tour à tour ingénue, grande coquette , soubrette , travestie, malicieuse ou sentimentale, elle avait été l'âme de tout un répertoire et le ravissement de toute une génération. »
Mme Saint- Aubin, que certains biographes appellent le Diamant do rOpéra-Comiquc, a
partagé les succès d'EUeviou, de Martin, de Solié, de Chenard, de Gavaudan, de Suint- Aubin et de Mme Dugazon. Elle a brille surtout dans Antonio, de Richard Coeur de Lion, dans Rosine, du Prisonnier ou la Ressemblance (1798), dans Phrosine et Mélidor, dans Ma tante Aurore, dans sœur Lucile, des Rigueurs du cloître. Elle a pris sa retraite le 2 avril 1808, léguant à ses deux filles (v. ci-après) un glorieux héritage artistique. Ses derniers adieux datent de l'année 1818, où elle joua avec sa fille aînée, Mme Duret (Cécile Suint- Aubin), Une heure de mariage, au bénéfice de son mari qui se retirait à sou tour du théâtre. Les anciens habitués de Feydeau ont, longtemps gardé le souvenir de celte ravissante actrice, souvenir inséparable de celui du brillant Elleviou. Ils vantaient avec raison sa voix fraîche et limpide, mordante parfois, sa prononciation si nette et si pure, son débit si juste et si parfait; ils se rappelaient surtout sa fine silhouette au profil mutin et souriant.
Cette délicieuse actrice a laissé son nom à l'emploi des ingénues de l'Opéra-Comique, que l'on appelle depuis elle l'emploi,des Saint- Aubin.
SAINT-AUBIN (Anne-Cécile-Dorlise d'Herbey , dite) , connue aussi sous le nom de Mme Duret, cantatrice, fille des précédents, née à Paris en 1785, morte dans la mémo ville en 1862. De bonne heure destinée au théâtre, elle entra au Conservatoire, dans la classe de Garât, en 1803, et elie débuta à Feydeau le 24 mai 1804, par le rôle de Cécile, du Concert- interrompu, opéra de Berton.
Mlle Cécile Suint-Aubin chanta ensuite Stéphanie, de Montana et Stéphanie, et Fiorimi, de Michel-Ange. Elle avait une jolie voix, mais son instruction musicale était- insuffisante. Elle quitta donc l'Opéra-Comique pour retourner au Conservatoire, où elle perfectionna son talent, et reparut à l'Opéra-Coinique en 1808, avec un plein succès. En 1809, elle épousa M. Duret, violoniste attaché à l'orchestre de l'Académie de musique ; sa voix étendue et du timbre le plus sympathique, son style correct et la perfection de sa vocalisation lui valurent une réputation méritée ; mais elle resta toujours une actrice médiocre. Pendant douze ans, cette cantatrice brilla au premier rang sur la scène de l'Opéra-Coinique, et Nicolo écrivit à son intention des rôles charmants dans ses meilleurs opéras. Par malheur, la santé de Mme Duret s'altéra, sa respiration devint pénible et elle quitta le théâtre en 1820. La diguité de son caractère lui concilia l'estime et la sympathie de ses contemporains. Voici la liste de ses principales créations : Pauline, à' Un jour à Paris, opéra de Nicolo; Clorinde, de Cendritlon; Adèle, du Billet de loterie (elle interprétait à ravir l'air célèbre : Non, je ne veux pus chanter, et la romance dont le refrain est : Je n'aime pas..., mais j'ai bien peur d'aimer) ; Hortense, du Magicien sans magie ; Thérèse, de Jeannot et Colin, etc. — Sa sœur cadette, ftlUe Alexandrine d'Herbey, dite Saint-Aubin, débuta à l'Opéra-Comique en 1809, dans les Visitandines , dans l'Opéra-Comique et dans Arnbroise ou Voilà ma journée. En créant, le 22 février 1810, le rôle de Cendritlon, elle eut le privilège de populariser ce célèbre Toto Carabo qui rit son tour d'Europe. Pendant plusieurs mois, elle attira la foule à la salle Feydeau. Jeun de Paris fut ensuite son plus beau triomphe. Elle rappelait sa mère par le naturel, les grâces et la
SAIN
finesse de son jeu, mais elle ne la fit pas oublier.
SAINT-ACBIN (Gilbert-Charles de), historien français, V. Lkgi:ndre.
SAINT-AUBINET s. m. ( sain-tô-bi-nè ).
Ane. mar. Pont de cordes porté par des bouts de mâts posés en travers sur le plat-bnrd, à l'avant de certains vaisseaux marchands.
SAINT-AUGUSTIN s. m. Typogr. Caractère qui a douze et treize points typographiques do force de corps, et qui a été ainsi appelé parce qu'il a les dimensions de celui que Sweynheim et Pannurtz, imprimeurs à Rome, employèrent en 1467 pour la publication de la Cité de Dieu de saint Augustin.
— Arboric. Variété de poire.
SAINT-AULAIRE, comédien français, né en
1792, mort a Paris en 1864. Entré au Théâtre- Français, dont il devint sociétaire en 1820, il fut un des camarades de Talma et de M"» Duchesnois. Son dernier triomphe avait été le rôle de don Bustos, dans le Cid d'Andalousie de Lebrun. De l'école dite des beaux diseurs, Saint-Aulaira, comédien insouciant et monotone, auquel manquait le feu sacré, a du moins eu le mérite très-grand de deviner Rachel et de lui donner pendant quatre ans ses leçons paternelles à l'Ecole de déclamation qu'il dirigeait. Ce fut lui qui la fit débuter au théâtre Molière (1833); Ce fut chez lui qu'on vint l'engager pour le Gymnase. 11 avait pris sa retraite en 1841. En lui s'est éteint un des derniers interprètes de la tragédie classique.
SAINT-AULAIRB (famille Beaupoil de). V.
Saintk-Aulaire.
SAINT-BALMON (Alberte-Barbe d'Ernkcodrt, dame), femme auteur française. V. Eunecourt.
SAINT -BARTHÉLÉMY s. f. Par allusion au massacre de la Saint-Barthélémy, Grande extermination : Ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de patriotes. (C. Desmoulins.)
— Encycl. V. Barthélémy (Saint).
SAINT:B£RNABD DES FLOTTES (Pierre de), prédicateur français. V. Dus Flottes.
SAINT-BONET (Jean de), jésuite et astronome, ami du célèbre Dominique Cassini, né à Lyon vers 1643, mort dans la même vill» en 1703. Passionné pour les mathématiques, il les enseigna avec distinction au collège de la Trinité, a Lyon, où il fit élever un obsorvatoire qui s'y voyait encore en 1794. 1! a. laissé quelques ouvrages conservés dans les registres do l'Académie de Lyon.
SAINT-CASTOR (Jean-Baptiste de), poète languedocien. V. Favre (l'abbé).
SA1NT-CHAMANS (Auguste, vicomte de), homme politique et littérateur français, né en Périgord en 1777. Pendant la Révol'.tion, il prit part à tous les compluts royalistes, conspira encore sous l'Empire, et à la Restauration il obtint, en récompense de ses efforts pour faire triompher les Bourbons, une place de maître des requêtes ; puis il fut nommé conseiller d'Etat. M. de Suint-Uhamans, qui, sous la dynastie d'Orléans, avait garde le iileiice et s'était tenu à l'écart, a reparu, avec quelques écrits, à la vie publique après la chute de Louis-Philippe. On lui doit : Examen des fautes du dernier gouvernement (1815, in-8»); V Antiromantique (\ 816, in-8°);Ùe ta popularité (1821); le Petit-fils Montlosier (1826); Causes' et résultats de ta révolution de 1830 (1832); Observations sur les bases de la constitution (1848); Traité d'économie politique (1832, 3 vol. iu-8").
SAINT-CIIAMOND (Claire-Marie, née Mazarelli, marquise de I, a Vieu ville de), femme de lettres et auteur dramatique assez remarquable, née à Paris en 1731, morte dans la même ville vers 1790. Ses principaux ouvrages sont : Eloge de Maximilieu de Béthune, duc de Sully (Paris, 1764, ui-8") ; t'amédris, conte (1765, in-8u); Eloge de René Descartes, avec des notes, par l'uuteur de Camedris (Paris, 1763, in-go) ; les Amants sans le savoir, comédie en trois actes et en prose, très-bien écrite mais qui eut feu de succès (1771, in-8<>); Jean-Jacques à M. S., sur des réflexions contre ses derniers écrits (pseudonyme) [Genève, 1784, iu-12]. Grimm, dans sa Correspondance, prétend qu'elle avait été d'abord fille entretenue. Quoi qu'il en soit, elle épousa le marquis de La Vieuville de Saiut- Chamond qui, lui-mèine, publia quelques opuscules bizarres.
SA1NT-CLA1H (François de), théologien anrlais. V. Davenpoet (Christophe)..
SA1NT-CLOST (Perros de) ou PIERRE DE
SA1NT-CLOUD, poète du commencement du Xiu« siècle, premier auteur du fumeux Roman du Renard, qui fut continué par d'autres rimeurs et traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. On ne sait rien sur sa vie. S.UNT-CONTEST (Dominique-Claude Barbehik de), magistrat et diplomate français, né en 1G68, mort en 1730. Issu d'une ancienne famille n innande, il remplit plusieurs charges importantes dans la magistrature. Successivement conseiller au Châtelet de Paris (1087), conseiller au parlement (1689), maître des requêtes ordinaire de l'hôtel (1U96), ii» tendant de Metz et des Trois-Evêcnés (1700), intendant da l'armée de la Muselle (I7a:,j, intendant de l'armée d'Allemagne (I7u.i), il devint membre du conseil de la ;:uerre
(1715), conseiller d'Etat (1716), et prit part aux travaux du congrès de Bade comme second plénipotentiaire. Prudent autant qu'h'ibile, il conquit toute la confiance du Régent et fut chargé de faire un rapport dans l'affaire des princes du sang et des princes légitimés. Dans ce rapport, lu en plein eonseil le 1" juillet 1817, il conclut en faveur des princes du sang. Il prit ensuite une part importante aux négociations qui aboutirent au traité du 21 janvier 1718 entre la France et le duc de Lorraine, fut nommé, en 1720, membre du conseil de commerce, puis devint successivement ministre plénipotentiaire auprès des états généraux des Provinces-Unies et ambassadeur extraordinaire au congrès de Cambrai. En 1724, il reçut le titre de conseiller ordinaire. « Saint-Contest, dit le duc de Saint-Simon, avait de la capacité et de l'esprit, infiniment de liant et, sous un extérieur lourd, épais, grossier, simple, beaucoup de finesse et d'adresse, une oreille qui entendait à demi-mot, un désir de plaire au-dessus de tout. »
SA1NT-CONTEST {François-Dominique Bar- Eerie, marquis de), homme d'Etat et magistrat français, fils du précédent, né en 1701, mort eu 1754. 11 fut successivement avocat du roi au Châtelet de Paris (1721), conseiller au parlement (1724), conseiller maître des requêtes ordinaire de l'hôtel (1728) et intendant de Béarn, de Caen, de Bourgogne. En 1749, il fut chargé, de concert avec M. de Champeaux, résident de France à Genève, de discuter avec les commissaires de cette république certaines questions en litige, à propos des communes genevoises enclavées dans le pays de Gex. Nommé ensuite conseiller maître des requêtes honoraire du roi, il devint, en 1749, ambassadeur de France en Hollande, et, au bout d'un an, grâce à la protection de Mme de Pompadour, il fut élevé au poste de ministre des affaires étrangères (1751). Saint-Contest est l'auteur d'un projet politique consistant à organiser contre l'Autriche, la Russie et l'Angleterre une fédération entre la France et les autres Etats de l'Europe, plan dont l'impossibilité fut, du reste, promptement reconnue. Il venait d'être nommé prévôt et maître des cérémonies des ordres du roi, quand la mort le frappa. Homme de capacités médiocres, il fut, aux affaires étrangères l'instrument de la politique de Mme <je Pompadour et du maréchal de Noailles.
SAINT-CRÉPIN s. m. V. CRÉPIN (SAINT-).
SAINT-CRICQ (Jacques de), officier de marine français, né à Lescar (Béarn) en 1775, mort en 1828. Entré fort jeune dans la marine, il y parvint, en 1805, au grade de capitaine de vaisseau. Il commandait, en 1811, la frégate la Ciorinde, qui faisait partie de l'escadrille chargée de la protection de nos colonies dans l'océan Indien. Il naviguait, le 20 mai 1811, de conserve avec les frégates la Renommée et la Néréide, dans le canal de Madagascar, lorsque l'escadre anglaise les attaqua. Après un combat acharné, ces deux dernières furent obligées d'amener pavillon. Saint-Cricq put sauver le sien et regagna la France avec son navire. Il fut mis en jugement par ordre de l'empereur, pour avoir trop faiblement combattu, et condamné à trois ans de prison et à la dégradation de chevalier de la Légion d'honneur. Rendu à la liberté, Saint-Cricq fut réintégré dans son grade sous la Restauration ; il ne fut plus employé d'ailleurs dans la marine, mais dans la gendarmerie, où il devint colonel.
SAINT-CYR (Gouvion), maréchal de France et homme d'Etat. V. Gouvion.
SAINT -CYR (Jacques-Antoine Reveroni du), officier du génie français. V. Reveroni.
SA1NT-CYR-NUGUES (baron de), général français, né à Romans (Drôme) en 1774, mort à Vichy en 1842. Il fit, au collège de Navarre, de brillantes études. En 1791, il devint aide-commissaire des guerres à l'armée des Pyrénées. Attaché, peu après, à l'état-major de celle d'Italie, Saint-Cyr dut à la protection de Moreau sou brevet de souslieutenant. Comme aide de camp, puis comme chef d'état-major, il lit sous Suchet, en 1799, 1800, 1805, 1806, 1807, 1810, 1811, les campagnes d'Italie, d'Allemagne, de Pologne et d'Espagne. Dans cette dernière campagne, Saint-Cyr rit preuve d'une grande capacité administrative et militaire; on lui dut la prise de Tarragone(lSll), deLérida, de Valence, de Sagonte. Les événements de 1814 à 1815 le trouvèrent chef d'état-major de l'armée des Alpes, et, lorsque survint le licenciement de l'armée de la Loire, il se retira tranquillement à Romans, avec la dignité modeste d'un Cincinnatus. La Restauration, ne pouvant le séduire par des faveurs, chercha du moins à utiliser ses talents militaires pour la défense de nos frontières démantelées par les traités de 1815. Saint-Cyr ne refusa pas son concours : il présenta, en 1818, un système de défense dont les bases ont été adoptées en 1830. En 1823, il retourna en Espagne comme chef d'état-major du général Luuriston et fut fait lieutenant général après la prise de Pampelune. Sous le gouvernement de Juillet, il fut nommé directeur du personnel au ministère de la guerre, ce qui ne l'empêcha pas de suivre à Anvers le maréchal Gérard et de présider au siège de la citadelle. Il y fut blessé à l'épaule d'un éclat d'obus et reçut alors un siège à la Cham-
SAIN
bre des pairs avec la grand'croix de la Légion d'honneur. Comme écrivain militaire, Saint-Cyr possédait un talent de premier ordre, attesté par les nombreux articles qu'il a fournis au Spectateur militaire et au Bulletin de la Société de géographie. On tient aussi en grande estime sa dissertation sur le Passage des Alpes par Annibal, et surtout ses Mémoires, ouvrage sérieux qui fait autorité, dans lequel il a passé sous silence ses services personnels pour vanter exclusivement le mérite de son chef et de ses frères d'armes. Mérite supérieur, simplicité, modestie, abnégation, toutes les vertus se trouvaient réunies dans cette âme d'élite. Un seul fait le peindra tout entier : M. Thiers, alors ministre, le pria un jour de lui indiquer les noms dignes de figurer sur l'arc de triomphe de l'Etoile et de passer ainsi à la postérité; Saint-Cyr, habitué à accepter toutes les corvées, accomplit celle-là; il consulte ses souvenirs, pèse en conscience la valeur réelle de tant d'illustrations et finit au bout de quelques semaines par apporter une longue liste dans laquelle il n'avait guère oublié qu'un seul nom, celui du baron Saint-Cyr-Nugues.
SA1NT-CYRAN (l'abbé ce), célèbre théologien janséniste. V. Duvergier de Hauranne.
SAINT-CYRIEN, IENNE s. et adj. (sainsi-riain , iê-ne). Géogr. Habitant de Saint- Cyr; qui appartient à Saint-Cyr ou à ses habitants : Les Saint-Cyriens. La population
SAINT-CYRIENNE.
— s. m. Elève de l'Ecole militaire de Saint- Cyr.
SAINT-DIDIER, littérateur et poëte français. V. Limojon.
Sainte-Alliance. V. ALLIANCE! (SAINTE-).
SAINTE-AMARANTHE (Jeanne-Françoise- Louise Demier, dame de), aventurière française, née en 1752, guillotinée à Paris le 17 juin (29 prairial) 1794. Au moment de la Révolution, Mme de Sainte-Amaranthe tenait un tripot au coin de la rue Vivïenne et de la rue Neuve-des-Petits-Champs, dans l'ancien hôtel Helvétius, près du perron du Palais- Royal, qui était alors le centre de l'agiotage. Elle se disait veuve d'un officier de cavalerie, M. de Sainte-Amaranthe, tué à Versailles dans les journées des 5 et 6 octobre. M. de Sainte-Amaranthe avait-il été officier de cavalerie, était-il mort, avait-il même existé? C'est ce qu'on n'a jamais pu savoir. « Quoi qu'il en soit, dit M. E. Hamel, veuve de fait, Mœe de Sainte-Amaranthe trouva facilement des consolations. Jolie, mais complètement ruinée, elle eut des amants riches et trouva dans sa beauté les moyens de réparer les torts de la fortune et de mener une existence fastueuse. Ce n'était plus une jeune femme au moment où éclata la Révolution : mais elle avait une tille charmante, qu'un almanach du temps, trop légèrement peut-être , met au rang des jeunes filles très-émancipées et qui faisait les honneurs du salon maternel. La Chronique scandaleuse, rédigée par Rivarol, et le Journal général de la cour et de la ville s'occupent également, en termes assez peu retenus, de la mère et de la fille ; à coup sûr, ce ne pouvait être ni pour l'une ni pour l'autre un brevet de moralité ou de vertu. » Mlle de Sainte-Amaranthe épousa, vers 1790, le fils de l'ancien lieutenant de police, M, de Sartine, jeune homme de mœurs décriées, et n'en resta pas moins avec sa mère. Dès cette époque, la maison de celle-ci était signalée, dans des rapports de police, comme un foyer d'intrigues et de scandales. On y jouait gros jeu; on s'y rencontrait avec des femmes élégantes et peu sévères. Mme de Sainte-Amaranthe, sans trop de mystère, laissait sous les yeux des joueurs les portraits du roi et de la reine ; cette enseigne de royalisme ne nuisait pas à la maison ; les riches étaient restés royalistes ; mais ces dames avaient soin d'avoir de hauts protecteurs patriotes. Mm& de Sartine était fort aimée du jacobin Destieux, agent du comité de Sûreté k l'époque où Chabot y était tout-puissant ; on recevait le banquier patriote Junius Frey, beau-frère de Chabot, Chabot lui-même, Proly, Robespierre jeune, qui était bien moins austère que son aîné; Saint-Just fit aussi quelques apparitions au tripot et il y revint, attiré par les beaux yeux de Mme de Sartine. Grâce à leur adroit manège, les dames de Sainte-Amaranthe passèrent sans encombre les jours les plus périlleux de la Terreur; mais lorsque Desfieux, Chabot, Proly et Junius Frey eurent été guillotinés comme hébertistes, Saint- Just, sans s'apercevoir qu'il dénonçait ainsi Robespierre jeune, ou peut-être poussé par quelque rivalité, transmit une note au comité sur la maison que les hébertistes fréquentaient, la signala comme évidemment suspecte, et, sur cette dénonciation, Mme de Sainte-Amaranthe fut arrêtée avec sa fille, son gendre et quelques habitués de la maison. On les laissa longtemps en prison sans jugement ; mais les membres du comité, la plupart hostiles à Robespierre, virent dans leur procès une occasion de le compromettre. Sans expliquer qui des deux, de Maximilien ou de sou frère, avait fréquenté cette maison mal famée, il leur plaisait de voir le nom de Robespierre mêlé <i une affaire de tripot quelques jours après qu'ils lui avaient suscité celle de Catherine Théot; ils montraient ainsi le dictateur sous deux faces : ici prophète et demi-dieu, là libertin, et ils espé-
SAIN
raient le tuer par le ridicule. Le procès fut mené rondement, d'autant plus que Robespierre venait de faire décréter par la Convention la loi du 22 prairial, qui enlevait tout défenseur aux accusés, sous le prétexte de rendre la marche de la justice plus certaine. Ce qu'il y eut d'étrange, c'est que le procès de Mme de Sainte-Amaranthe et de sa iille fut mêlé avec celui des fauteurs du complot dit de l'étranger, qui étaient environ une quarantaine, et que ce complot fut rattaché à une prétendue tentative d'assassinat commise sur Robespierre par une toute jeune fille, Cécile Renaut. En conséquence de cet amalgame bizarre, MMmes de Sainte-Amaranthe et Sartine, Cécile Renaut, la veuve du conseiller d'Espréménil, le vieux Sombreuil , l'actrice Grandmaison et une petite repasseuse de treize ans, qui lui apportait du linge, l'abbé de Laval-Montmorency, le prince de Rohan, un certain Lad'miral, accusé d'avoir voulu assassiner Collot , etc. , en tout cinquante-quatre personnes , furent condamnées, en bloc, à la peine de mort. Pour produire plus d'effet sur les masses, on décida que les cinquante-quatre condamnés seraient menés à J'échafaud vêtus de robes rouges, quelques-uns d'entre eux étant convaincus de tentative d'assassinat sur des représentants du peuple, c'est-à-dire de parricide. C'est ce qu'on appelle dans l'histoire ia fournée du 29 prairial. Tout l'odieux en retomba sur Robespierre, qui n'y était pour rien, et pour comble, en ce qui regarde les Sainte- Amaranthe, ses ennemis répandirent le bruit qu'il avait exigé leur mort parce qu'un soir, entre une partie de cartes et un bon souper, il avait laissé échapper de dangereux secrets.
SAINTE-ANNE s. m. Marbre de Belgique, qui est d'un gris mêlé de blanc.
SAINTE-AULAIRE (Beaupoil de), famille noble de France, originaire de Bretagne. Son fondateur, Julien de Beaupoil, acquit vers 1540, aux environs d'Uzerche, en Limousin, la terre de Sainte-Aulaire, dont le nom est considéré comme une corruption des mots latins Sa7icta Eulalia. Les principaux personnages de cette famille sont :
SAINTE-AULAIRE ( François- Joseph de Beaupoil, marquis de), poste français, né au château de Bary (Limousin) en 1643, mort à Paris le 17 décembre 1742. Il suivit la carrière des armes, dut à sa naissance un avancement rapide et devint dans les dernières années de sa longue vie lieutenant général pour le Limousin. S'étant fixé à Paris, le marquis de Sainte-Aulaire acquit la réputation d'un homme à bonnes fortunes, aimable et spirituel, et entra en relations avec les hommes les plus distingués du temps. Il n'avait pas moins de soixante ans lorsqu'il se mit à composer quelques petites pièces de vers, pleines d'esprit et de naturel, qui parurent dans des recueils du temps. Malgré son mince bagage littéraire et les protestations de Boileau, il n'en fut pas moins admis à l'Académie française en 1706 et devint, à diverses reprises, directeur de cette compagnie. Sainte- Aulaire fréquentait assidûment le salon de la marquise de Lambert et le château de Sceaux, où la duchesse du Maine réunissait une nombreuse compagnie. Il était un des organisateurs des fêtes que donnait la duchesse et s'y faisait remarquer par l'agrément de son esprit et par ses petits vers fort bien tournés. Un jour qu'il se trouvait à Sceaux, la duchesse du Maine, le voyant songeur contre son habitude, lui dit en plaisantant :« Voyons, mon cher Apollon, à quoi pensez-vous ? ditesmoi votre secret. » Sainte-Aulaire lui répondit par ce spirituel madrigal :
La divinité qui B'amuse
A me demander mon secret.
Si j'étais Apollon, ne serait point ma Muse; Elle serait Thétis, et le jour finirait.
Une autre fois, la duchesse, fervente cartésienne, pria Sainte-Aulaire de lui expliquer Je système de Newton. Le marquis, qui ignorait absolument les lois découvertes par le physicien anglais, se tira aussitôt d'affaire par un couplet à calembour fredonné sur l'air des Fraises :
Ma bergère, moquons-nous De Newton, de Descartes; Ces deux espèces de fous N'ont jamais vu le dessous
Des cartes,
Des cartes.
Des cartes.
SAINTE-AULAIRE (Martial-Louis de Beaupoil de), prélat français, né en 1720, mort vers la fin du xvme siècle. Il était évéque de Poitiers depuis 1759, lorsque le clergé le nomma aux états généraux en 17S9. Troshostile à toutes les grandes et salutaires réformes qui furent faites alors, il protesta contre elles et monta à la tribune, le 4 janvier 1791, pour attaquer avec violence la constitution civile du clergé. Après la session, il éiuigra en Angleterre, où il mourut.
SAINTE-AULAIRE (Cosme-Joseph de Beaupoil, comte de), général français, né en 1743, mort en 1822. Il suivit fort jeune la carrière militaire, prit part à la'guerre de Sept ans, puis devint major dans les gardes du corps. Lorsque le peuple de Paris envahit le château de Versailles le 6 octobj-e 17S9, Sainte-
SAIN
Aulaire essaya de dissuader Louis XVI d'aller à Paris, mais ce fut en vain ; alors il l'y accompagna sous an déguisement. La maison du roi ayant été licenciée, il émigra, rejoignit l'armée des princes et combattit contre la France. De retour en France avec les Bourbons en 1814, il fut nommé chef d'escadron des gardes du corps et lieutenant général.
SAINTE-AULAIRE (Jean-Irieu de Beaupoil, marquis de) , générai français, né en 1745, mort vers 1830. Capitaine au début de la Révolution, il émigra en 1791, remplit diverses missions pour les frères de Louis XVI et prit part à l'expédition de Quiberon (1795). Etant parvenu à s'échapper, le marquis passa en Russie, où il prit du service, reçut le grade de colonel en 1806 et revint en France avec une pension en 1827. L'année suivante , Louis XVIII le nomma maréchal de camp.
SAINTE-AULAIRE (Louis-Clair de Beaupoil, comte de), historien et homme politique français, né à Saint-Méard (Dordogne) en 1778, mort à Paris en 1854. Il était fils du comte Joseph de Sainte-Aulaire, qui, né à Périgueux en 1758, émigré en 1791, fit les campagnes de Condé, devint lieutenant général à la Restauration, pair de France et mourut en 1829. Le jeune Louis de Sainte- Aulaire, resté en France, entra, en 1794, à YEcole des ponts et chaussées, puis à l'Ecole polytechnique, d'où il sortit, en 1796, élève géographe. Homme du monde, doué d'un esprit fin et aimable, il plut à Napoléon, qui le nomma son chambellan en 1809, puis préfet de la Meuse en 1813. Louis XVIII le mit, en 1814, à la tête de la préfecture de la Haute- Garonne, où il eut 1 occasion de rendre de grands services aux protestants. Depuis 1815 jusqu'à 1829, époque où il entra à la Chambre des pairs, il siégea presque constamment à la Chambre des députés, dans les rangs des libéraux. Pendant le ministère de M. Decazes, son gendre, il le défendit avec chaleur ; plus tard, il fit de louables efforts pour empêcher i'expulsion de Manuel. Le gouvernement de 1830 l'appela successivement aux ambassades de Rome (1831), de Vienne (1833- 1841), de Londres (1841-1848). La révolution de 1848 le fit rentrer dans la vie privée. On a de lui : Sistoire de la Fronde (1827, 3 vol. in-S»), ouvrage un peu sec, mais exact, qui lui ouvrit les portes de l'Académie française en 1841 ; Considérations sur ta démocratie (1850, in-8°) ; les Derniers Valois, les Guises et Henri 77(1854, in-12). On lui doit, en outre, un volume du Théâtre allemand, dans les Chefs-d'œuvre des théâtres étrangers (1823, in-8q);une traduction de la Chanson d'Antioche, de Richard le pèlerin ; la publication de la Correspondance inédite de Mme Du Deffatit.
SAINTE-BARBE s. f. (sain-te-bar-be — do sainte Barbe, patronne des canonniers). Mar. Endroit d'un navire où l'on met les ustensiles d'artillerie. Il Se dit abusivement pour soute aux poudres : Lefeuprit à la saintebarbe et le navire sauta. Il ne restait pas un grain de poudre dans la sainte-barbe : on en use, ailes! en sept heures de combat, quand une votée n'attend fias l'autre. (E. Sue.) J'avais envoyé mon braoe Cornilte dans la saintebarbe, une mèche allumée à la mai», avec ordre de mettre le feu aux poudres dans le cas où nous aurions été amarinés. (E. Sue.) Il Fausse sainte-barbe, Endroit du navire situé à l'avant de la sainte-barbe, et où se trouvent les chambres des officiers.
Sainl«-Bnrl>e (COLLEGE). V. BARBE (collège Sainte-).
SAINTE-BEUVE (Jacques de), théologien français, né à Paris en 1613, mort dans la même ville en 1677. Reçu docteur en Sorbonne en 1638, il fut nommé en 1643 professeur de théologie. A la suite du refus qu'il formula d'adhérer à la censure dirigée contre Arnauld, il fut contraint de se démettre de sa
I chaire et on lui ôta le droit de prédication.
1 Cependant, vers 1665, un rapprochement eut lieu après deux concessions réciproques, et Sainte-Beuve fut nommé théologien du clergé de France. Cet érudit, qui passait pour le plus habile casuiste de son temps et pour l'arbitre suprême en matière religieuse, a laissé les écrits suivants : De confirmatione (Paris, 1 686, in-4°); De exlrema unciione (Paris, 1686, in-4«); Décisions des cas de conscience (Paris, 1686, 3 vol. in-40).
SAINTE-BEUVE (Charles- Augustin), poëte , ■ et critique français, né à Boulogne-sur-Mer en 1804, mort à Paris en 1869. Son père était j contrôleur principal des droits réunis, à Boulogne ; sa mère, fille d'une Anglaise, lui donna ' probablement ce goût pour les poètes descriptifs et analytiques anglais , Cowper , Wordsworth, Slieltey, qu'il s'efforça d'imiter dans ses premiers essais. La plupart des biographes rattachent sa filiation à la famille janséniste des de Sainte-Beuve, qui a marqué dans l'histoire de Port-Royal et à laquelle appartient le théologien qui précède; le père *du critique signa de Sainte-Beuve jusqu'à la Révolution et Sainte-Beuve lui-même a fait précéder son nom de la particule dans la première partie de sa carrière littéraire. Mais il parait prouvé que la famille janséniste des de Sainte-Beuve s'est éteinte en 1711, en la personne de Jérôme de Sainte-Beuve, prieur de Saint-Jean-de-Montrol, au diocèse d'Agen ; mais le critique des Lundis, renonçant peutêtre à regret à une prétention généalogiquement improuvable, n'en a pas moins cherché
GO
SAIN
à lui donner un corps en écrivant, avec une piété toute filiale, cette Histoire de Port- Royal qui est un de ses titres de gloire.
Sa mère, devenue veuve, lui fit commencer ses études au collège de Boulogne et l'envoya les terminer à Paris, nu collège Charlemagne, puis au collège Bourbon. Dans !e recueil des Concours généraux publié par M. J. Pierrot, on trouve quelques morceaux de l'élève de rhétorique du collège Bourbon. Ses études terminées, il commença sa médecine. Sa mère le poussait dans cette voie avec ardeur, voulant lui voir une position certaine et se défiant de ses aspirations littéraires qui se manifestaient. Mais, après avoir suivi les cours d'anatomie avec assez d'assiduité et avoir été externe pendant un an à l'hôpital Saint- Louis, il ne se sentit aucune vocation médicale et, sans abandonner complètement ses études, il écrivit quelques articles d'histoire, do philosophie et de critique pour le Globe, que dirigeait alors M. Dubois, son ancien professeur de rhétorique. Quelques comptes rendus sur les productions de la nouvelle école, le Cinq-Mars d'Alfred de Vigny, le second volume des Odes et ballades de "Victor Hugo (1S20), furent remarqués et lui valurent d'entrer dans ce que l'on appelait le cénacle. Sainte-Beuve demeurait alors rue de Vnugirarrl, à quelques numéros de distance de la maison qu'habitait Victor Hugo, et lorsque celui-ci changea de domicile et s'installa rue
"Notre-Dame-des-Champs, le hasard fit que Sainte-Beuve vint aussi demeurer a deux, pas du poète. La communauté de goûts 1 ttéraires et le voisinage fortifièrent leurs amicales relations et Sainte-Beuve entra dans le mouvement rénovateur dont Victor Hugo était le chef. La nouvelle école, rompant avec les
'traditions classiques, reportait volontiers les yeux sur le xvi» siècle et sur la pléiade, bien obscurcis par l'éclat littéraire des deux siècles suivants; Sainte-Beuve se mita étudier Ronsard et Du Bellay. Une occasion se présenta pour lui de montrer le résultat de ses études. L'Académie ayant proposé pour sujet du prix d'éloquence, en 1827, un Tableau de la poésie française au xvic siècle, Daunou engagea fortement le jeune critique du Globe k concourir et mit U sa disposition sa riche bibliothèque. Le travail de Sainte-Beuve n'obtintpasle prix, qui fut partagé , ex squo , entre Philurète Chasles et Saint-Marc Girardin, mais il fut publié par son auteur, qui y joignit une édition des Œuvres choisies de Ronsard (is?8, 2 vol. in-8°), et ce Tableau de la poésie française au xvie siècle, remanié complètement, enrichi de recherches nouvelles, est devenu dans l'édition définitive (1843, in-16) le travail ïe plus complet quel'on possède sur cette partie de notre histoire littéraire.
Tout en se jetant dans la mêlée romantique, Sainte-Beuve ne s'illusionnait pas sur les défauts des maîtres de la jeune école; cela ne l'empêcha pas de tomber lui-même, comme poëte, dans les écueils qu'il avait signalés. A propos des Odes et ballades, le recueil de Victor Hugo qui se rapproche pourtant le plus de la manière des anciens lyriques, il écrivait : « Chez M. Hugo, l'inspiration première est constamment vraie et profonde; tout lo mal vient de comparaisons outrées, d'écarts fréquents, de raffinements d'analyse... Ajoutons quelques métaphores mal suivies, de l'impropriété dans les termes, trop d'ellipses dans la série des idées, des incidences prosaïques au milieu de la plus éclatante poésie... » V. Hugo dut être peu satisfait de ces critiques ; cependant il encouragea lo poSte, qui lui lut ses essais, quelques pièces de ses Poésies de Joseph Delorme, et l'engagea à les publier. Une fois rallié au romantisme, Sainte- Beuve alla au moins aussi loin que le maître et fit précisément ce qu'il lui reprochait, car les vers bizarres, les tournures prosaïques, les métaphores outrées, les enjambements abondent dans ce recueil (1829, in- 16) ; mais ces bizarreries, loin de nuire au volume, en firent le succès. Le grand combat commençait à se livrer et ces audaces, qui faisaient froncer le sourcil aux classiques auxquels on les jetait en défi, furent beaucoup plus remarquées que ce qu'il y avait de neuf et d'original dans les conceptions du poète, la recherche de la- simplicité, le désir de trouver une voie nouvelle dans le récit familier des émotions journalières, dans des tableaux d'intérieur et des paysages à la manière des poètes anglais et des peintres flamands.
La révolution de 1S30 vint offrir à son activité une nouvelle carrière. Il avait peu fait de politique jusqu'alors; mais dans la surexcitation générale des esprits, il s'y donna tout entier. Pierre Leroux venait de prendre la direction du Globe; Sainte-Beuve le seconda vaillamment et s'iinbut profondément des idées humanitaires de son directeur. 11 avait été jusqu'alors doctrinaire; il inclina vers les saints-siinoniens ; il voulait même mêler le mouvement littéraire au mouvement politique et invitait le romantisme • à rayonner le mouvement de l'humanité progressive. » Il commença ensuite une active campagne politique au National avec Armand Carre!, puis, ayant fait la connaissance de Lamennais , Sainte-Beuve, qui devait mourir en libre penseur, faillit devenir un dévot. Il s'en tint, heureusement pour lui, à des aspirations confuses vers un catholicisme épuré qui nous valurent les Consolations, recueil de poésies où se trouvent des pièces d'un sentiment élevé (1830,in-?o), etlebeauromande Voluptë(i$22,
SAIN
in-8<>). i H est incontestable, dit M. François Mnr-'ind (Premières années de Sainte- Beuve, 1872, in-16), que, comme tous les hommes de 1830, il a eu un vague penchant pour-la religiosité, qu'il a pratiqué une sorte de spiritualisme indécis , sans forme déterminée , qui flottait, comme il l'a avoué lui-même, entre le catholicisme,, le piétisme, le jansénisme et le martinisme. C'était à cette époque que G. Sand l'appelait un pieux et tendre rêveur et que Mme Dorval disait n'avoir trouvé que lui qui fût vraiment bon parmi les apôtres de l'école nouvelle. C'était un sentiment de curiosité philosophique plutôt qu'une foi réelle, un besoin inné d'analyse qui le portait à approfondir des croyances auxquelles le hasard de la naissance l'avait attaché jusqu'à ce que l'examen poussé à fond l'eût autorisé à dénouer ces entraves et à marcher tel que nous l'avons connu, d'un pas libre, alerte, assuré dans ce large chemin de la critique indépendante. » C'est dans le môme courant d'idées qu'il écrivit Pensées d'août, son dernier recueil de vers (1837, in-8°), et l'Histoire de Port-lloyat (1840-1842, 4 vol. in-8°), cette complète et savante apologie du jansénisme et de ses martyrs. Il avait été appelé a Lausanne en 1837, pour y faire un cours sur un sujet de son choix, et il choisit cette partie peu explorée de l'histoire religieuse du grand iiècle qu'il a éclairée des vives lumières de sa critique. Une autre fois encore il fut appelé à, l'étranger, à Liège, en 1848, et il y fit une série de leçons sur l'aurore du romantisme, qu'il publia, aussitôt rentré en France, sous le titre de Chateaubriand et son groupe (1819, 2 vol, in-8°). C'est encore une de ces études complètes après lesquelles il n'y a plus qu'à glaner. Si l'on ajoute à ces livres la suite à peine interrompue des articles littéraires publiés par lui depuis 1829 dans laVïevue de Paris, la Revue des Deux-Mondes et le Constitutionnel, et un travail à la fois littéraire et philosophique sur Proudhon, pour les idées duquel le critique, s'était senti pris d'un bel enthousiasme, on aura une idée de cette activité extraordinaire qui ne voulait rien laisser en dehors d'elle.
La vie de Sainte-Beuve se compose en réalité de ces évolutions de son esprit; on a voulu y voir de la versatilité , de l'inconsistance. Ce n'était que le fait d'une intelligence curieuse d'approfondir toutes les idées, de s'en pénétrer, d'en extraire le suc ou la moelle. Il désirait tout connaître, les systèmes poétiques comme les systèmes religieux, politiques ou philosophiques; voulant approcher les maîtres pour les apprécier en même temps que leurs doctrines, il se faisait leur disciple, leur séide, quitte à les laisser là dès qu'il avait terminé son analyse. • Je suis l'esprit le plus brisé et le plus rompu aux métamorphoses, a-t-il dit. J'ai commencé franchement et crûment par le xme siècle ; de là, je suis passé par l'école doctrinaire et psychologique du Globe, mais en faisant mes réserves et sans y adhérer. Delà, j'ai passé au romantisme poétique et par le monde de Victor Hugo et j'ai eu l'air de m'y fondre. » — o J'ai fait mes réserves, j'ai eu l'air de m'y fondre, t tout Sainte-Beuve est dans ces sous-entendus. Ce qui l'excuse, c'est la ferveur do néophyte qu'il mettait à chaque initiation nouvelle, le respect profond qu'il a toujours eu pour ses maîtres, que ce fussent Victor Hugo, Carrel, Lamennais ou Proudhon, même après les avoir quittés, et l'universalité de connaissances que lui valurent ces études dirigées dans tous les sens de la spéculation. Il s'est, du reste, peint à merveille dans ces conseils qu'il donnait à un jeune homme, en 1864, et il n'est pas difficile de voir qu'il se proposait en exemple : a Recherchez les plus nobles amitiés et portez-y la bienveillance et la sincérité d'une âme ouverte et désireuse avant tout d'admirer ; versez dans la critique, émule et sœur de votre poésie, vos effusions, votre sympathie et le plus pur de votre substance; louez, servez de votre parole les talents nouveaux, d'abord si combattus, et ne commencez à vous retirer d'eux que du jour où eux-mêmes se retirent de la droite voie et manquent à leurs promesses; restez alors modéré et réservé envers eux. Variez sans cesse vos études, cultivez en tous sens votre intelligence, ne la cantonnez ni dans un parti, ni dans une école, ni dans une seule idée; ouvrez-lui des jours sur tous les horizons; maintenez votre indépendance et votre dignité; prêtez- vous pour un temps, s'il le faut, mais ne vous aliénez pas. Restez judicieux et clairvoyant jusque dans vos faiblesses et, si vous ne dites pas tout le vrai, ne dites jamais le faux. Que la fatigue n'aille à aucun moment vous saisir; ne vous croyez jamais arrivé. A l'âge où d'autres se reposent ou se ralentissent, redoublez de courage et d'ardeur; recommencez comme un débutant, courez une seconde et une troisième carrière, renouvelez -vous ; faites que la vérité elle-même profite de la perte de vos illusions. » C'est ce qu'a fait Sainte-Beuve, et il avait les yeux sur sa vie déjà remplie lorsqu'il traçait ces lignes.
Sainte-Ueuve avait eu une phase de romantisme avec Victor Hugo et Alfred de Vigny, une phase de mysticisme avec Lamennais et Lueurdaire, une phase de jacobinisme avec Armaud Carrel (il fut même pendant cinq jours directeur politique du National), une phase de socialisme avec Proudhon; il eut aussi uue phase de césaiisme. En 1852, il se
SAIN
rallia ouvertement à l'Empire, et cette adhésion d'un homme de sa valeur au régime issu du coup d'Etat de décembre eut un certain retentissement. Sa popularité en reçut une vive atteinte. Kn même temps, il passait du Constitutionnel au Moniteur et il était nommé professeur de poésie latine au Collège de France, où il se proposait de faire un cours sur Virgile; il ne put même l'entamer. Assailli dès la leçon d'ouverture par des huées et des sifflets, il essaya vainement de se faire protéger, à la seconde leçon, par un déploiement extraordinaire de sergents de ville et dut céder devant l'évidente hostilité de ses auditeurs. En 1857, il fut nommé maître de conférences à l'Ecole normale, fonctions qu'il exerça jusqu'en 1861. A cette époque, il quitta à la fois l'Ecole normale et le Moniteur pour rentrer au Constitutionnel ; mais il n'en conservait pas moins ses attaches gouvernementales et il en reçut le prix par sa nomination de sénateur (28 avril 1865). ■ Il croyait, dit Schérer à ce sujet, à la possibilité d'un pouvoir fort, d'une dictature bienfaisante qui, puisant ses droits dans la seule grandeur de sa tache, guiderait puissamment le monde vers ses nouvelles destinées sociales. J'ai toujours souri du malentendu quand j'ai vu le parti démocratique extrême affecter du dédain pour un écrivain qui, plus délicat assurément et moins affirmatif, ne s'en rencontrait pas moins avec lui sur les généreuses préoccupations et sur le rôle attribué à l'autorité. Sainte-Beuve, au surplus, n'avait pas tardé à comprendre qu'il y avait eu beaucoup d'illusion dans ses espérances; que le génie sauveur, dans tous les cas, n'était pas apparu et que le plus sûr était encore de s'en tenir à la liberté de tous et à toutes les libertés. Vers la fin de sa vie, la conversion, dirai -je le désenchantement? était k peu près complète. » L'attitude de Sainte-Beuve au Sénat fut très-digne; il ne prit la parole que dans les questions qui intéressaient la liberté des lettres et de la pensée, et toujours pour la défendre; cette attitude lui fit regagner un peu de sa popularité perdue et suscita même au Sénat un incident curieux. A propos de la loi sur l'enseignement primaire, ayant vertement relevé une allusion de M. de Ségur à la nomination de Renan au Collège de France, Sainte-Beuve eut le déplaisir d'entendre un de ses collègues, M, Lacaze, s'écrier : • Vous n'êtes pas ici pour cela! » La plupart des sénateurs l'interpellèrent vivement dans le même sens, et le maréchal Canrobert voulut aussi mêler sa voix au concert : « Vous n'êtes pas ici , monsieur, lui dit-il, pour défendre un homme qui a nié la divinité de Jésus-Christ et qui s'est posé comme l'ennemi acharné de la religion de nos pères. • Sainte-Beuve tint bon et, dans une séance suivante, à propos d'une pétition sur les bibliothèques scolaires, d'où la coterie cléricale voulait exclure Voltaire, Rousseau, Renan, Michelet, etc., il réclama avec plus d'énergie encore les droits de la libre pensée. Interrompu par le même tumulte, il déclara qu'il n'avait accepté les fonctions de sénateur que « pour intervenir dans les débats qui porteraient sur des objets de sa compétence, c'est-à-dire sur les questions littéraires, pour défendre au besoin ses confrères du dehors, rendre justice à leurs efforts et repousser les accusations mal fondées dont ils pourraient être l'objet.» Là-dessus, M. Lacaze se prélendit directement insulté et provoqua Sainte-Beuve en duel. Toute la presse fit des gorges chaudes de cette provocation ridicule ; Sainte-Beuve refusa du reste fort spirituellement de vider cette querelle autrement qu'avec l'arme qui lui était la plus familière, c'est-à-dire la plume à la main, et M. Lacaze rentra dans le silence. Sainte- Beuve accentua encore son indépendance en refusant de passer du Moniteur au Journal officiel, lors de la création de cette dernière feuille, et en donnant dans le Temps une série d'articles pour lesquels le Moniteur ne lui laissait pas une latitude suffisante. Un sénateur écrivant dans un journal de l'opposition, c'était le comble de l'abomination.
Sainte-Beuve mourut en libre penseur; ce fut sa dernière transformation, Longtemps déjà avant sa fin, les journaux religieux ne manquaient pas chaque année, à la semaine sainte, de le traîner un peu aux gémonies, à l'occasion d'un certain diner du vendredi saint où il réunissait à sa table, pour faire gras, quelques convives, parmi lesquels E. Renan et le prince Napoléon. C'était un dîner tiaditionnel chez lui, dans sa maisonnette de la rue du Montparnasse; depuis une dizaine d'années , on y mangeait en grande pompe un cervelas, disaient ces mêmes journaux , et Veuillot n'appelait plus l'amphitryon que le libre mangeur. Malgré son attitude opposante au Sénat, il avait, comme on le voit, conservé des relations intimes, sinon avec les Tuileries, du moins avec le Palais- Royal, et un autre membre de la lamille impériale , la princesse Mathilde, avait également des relations fréquentes avec lui. Après sa mort, son exécuteur testamentaire, M. Troubat, a publié ses Lettres à la princesse (1873, in- 18), dont nous avons rendu compte.
Depuis longtemps atteint d'une infirmité grave qui lui causait de cruels tourments, Sainte-Beuve avait pris ses dispositions pour éloigner les prêtres de son lit de mort et être inhumé sans aucune solennité. Par ses dis-
SAIN
positions testamentaires, il demanda qu'aucun des corps auxquels il appartenait, l'Académie et le S mat, ne se fit représenter à ses obsèques , qu'aucun discours ne fût prononcé sur sa tombe; a enfin, disait-il, je demande à être porté directement de mon domicile au cimetière Montparnasse, dans le caveau où est ma mère, sans passer par l'église, ce que je ne pourrais faire sans violer mes sentiments. ■ Ses volontés furent respectées. Cet enterrement civil d'un sénateur fut considéré, par toute, la presse officielle et officieuse, qui alors fit chorus avec M. L. Veuillot, comme un véritable scandale, et M. Rouher, dans l'oraison funèbre qu'il fit au Sénat de son collègue défunt, crut devoir gémir sur l'aveuglement de cette intelligence obscurcie à sa dernière heure.
L'œuvre la plus considérable de Sainte- Beuve, celle où il a le mieux reflété son esprit critique, n'est la longue série commencée sous le titre de Portraits, dès 1829, dans la Revue de Paris, continuée sous le même titra dans la Revue des Deux-Mondes et reprise sous le titre de Causeries du lundi au Constitutionnel et au Moniteur. C'est une œuvre qui étonne par son étendue et par la variété des recherches et des études qu'elle a nécessairement exigée : Portraits littéraires (1832-1839, 8 vol. m-8° ; 2? série, 1844,3 vol. in- 18) ; Portraits de femmes (1844, in-18); Portraits contemporains (184G, 2 vol. in-lS); Causeries du lundi (1851 -1837, 13 vol. in-18); 2e série, Nouveaux lundis (1863-1872, 15 vol. in-18); 3" série, Premiers lundis, articles recueillis dans le Globe et le National, débuts littéraires de Sainte-Beuve (1875, vol. 1er à III, in-18). C'est un ensemble de quarantetrois volumes, sans compter la série des Premiers lundis, recueil d'articles un peu secs, dans la première manière de l'auteur, et qui n'ajoutera que peu de chose à sa renommée. Nous avons apprécié les deux principales séries assez longuement (v. causeiîiks et portraits) pour n'avoir pas ii y revenir. Tous les autres ouvrages de Sainte-Beuve ont également leurs comptes rendus spéciaux. Dans ces dernières années ont paru quelques ouvrages posthumes; ce sont, outre les Lettres à la princesse, l'étude que Sainte-Beuve avait commencée sur Proudhon, Vie et correspondance de P.-J. Proudhon (1873, in-18); le Portefeuille de Sainte-Beuve, extrait de ses notes et de sa volumineuse correspondance et placé par ses éditeurs en tête d'une réimpression de ses Portraits contemporains (Michel Lévy, 1870, vol. I" et II). M. Fr. Morand a, de plus, rassemblé sous ce titre : les Jeunes années de Sainte-Beuve (1872, in-18), un grand noinbro de lettres du critique se rapportant à la première période de sa vie littéraire ; on trouve dans ce recueil des documents très-curieux. La bibliothèque de Suinte- Ben ve, lorsqu'elle fut mise aux enchères en 1870, a aussi donné lieu à quelques travaux importants, entre autres un excellent article de M. Schérer dans le Temps ( 15 février 1870); elle était riche en volumes de toute sorte, la plupart annotés par Sainte-Beuve, et l'on a pu recueillir dans ces notes une foule d'indications qui achèvent de faire connaître l'homme. Enfin, M. Troubat a publia des Souvenirs de Sainte-Beuve (1872, in-18) pleins d'intérêt.
Parmi les divers jugements qui ont été portés sur Sainte-Beuve, nous choisirons les trois suivants :
" On peut dire de Sainte-Beuve qu'il est, à notre époque, la plus admirable expression du génirf critique; inférieur par la science à Goethe ou à Hegel, il l'emporte sur eux. par la finesse de l'analyse, par la pénétration psychologique, par la connaissance des hommes, pur la surete du goût. Jeune homme, il était poète, et ceux qui l'ont connu savent avec
3uelle susceptibilité chatouilleuse il parlait e ses vers. Là n'était point sa vocation vraie ; mais, dans ses premiers essais, on le voit déjà chercher à surprendre les plus fines nuances du sentiment. En même temps, attiré par la médecine ou plutôt par la physiologie , il apprenait l'observation exacte et précise, il surveillait l'action du tempérament sur l'esprit.
» Mêlé au courant de la rennissance religieuse sous la Restauration, il portait dans les mystères de la vie spirituelle sa pénétrante investigation; à voir la patiente sympathie avec laquelle il retrace dans le détail le plus compliqué de leur physionomie les portraits des religieuses de Port-Royal, on serait tenté de croire qu'il a traversé les expériencesles plus intimesdesames croyantes.
• En réalité, il ne cherchait la, comme ailleurs.qu'à s'enrichir d'observations nouvelles qui viennent s'ajoutera son vrai substratum je veux dire au fonds persistant de philo» sophie matérialiste qu il avait hérité du xvme siècle et qu'il n'a jamais renié. Ouvert k tous les courants de notre époque et sans être un savant de profession, n ayant de l'antiquité qu'une connaissance incomplète, ne sachant pas l'allemand, sachant mal l'anglais, il devine, par un instinct dune sûreté incroyable, co que d'autres ne pourraient acquérir que par la plus longue étude , et s'assimile ainsi les résultats généraux des investigations les plus récentes, habile d'ailleurs» ne jamais se compromettre, n'affirmant que là ou il le peut, soulevant les questions sans les lésoudre, en sorte qu'il éveille la curiosité du lecteur, l'attire, la captive en lui en-
SAIN
tr'ouvrant dos aperçus nouveaux sans l'enermer dans des solutions arrêtées.
■ Jamais plus fine abeille n'a butiné sur plus de fleurs et n'a livré plus vaillante f,"erre aux. frelons et aux bourdons, je veux dire aux critiques pédants, dcclamateurs et systématiques, dont la tâche est inoins de comprendre que d'exécuter les productions d'autrui.
» Nul n'est moin!? pédant que Sainte-Beuve ; il se défie de tout système préconçu. Observateur patient, il fait vingt fois le tour de ses personnages, les surprend au naturel, dans le négligé de la vie familière, lorsqu'ils laissent là leur pose, note les moindres Restes, les plus légères attitudes par lesquelles se trahit leur individualité. Pour les l'aire ressortir sous leur vrai jour, il place à leurs côtés les figures qui font contraste avec eux; sa vaste et fidèle mémoire lui fournit des rapprochements inattendus d'où jaillissent dss traits de lumière. Son style excelle dans cotte recherche des nuances fugitives; sa phrase, désarticulée en quelque sorte par une gymnastique continuelle, se fait souple et chatoyant'; ; elle se déroule en anneaux brillants qui s'enlacent autour de chaque caractère et de chaque sujet. 11 s'occupe inoins d'ailleurs de juger que de comprendre. De tout livre, de tout esprit, il veut extraire la fleur.
» Qu'il s'agisse de Virgile ou d'Anacréon, de Pascal ou de Musset, des écrivains les plus austères ou des poètes les plus légers, il puise à longs traits en chacun d'eux l'essence même de leur personnalité. En le lisant, on pénètre avec- lui dans leurs œuvres. On les goûte, on en respire le parfum, tantôt fortifiant et pur, tantôt enivrant et malsain; on passe d'une impression à l'autre, on est tour a tour élevé et troublé, mais toujours charmé, jnmnis indifférent, et l'on se dit qu'une seule époque, la notre, pouvait produire un toi type, et qu'un seul homme, Sainte-Beuve, usu faire de la critique un instrument aussi merveilleusement délicat. ■ (Bersier, conférence faite à Strasbourg, 1872.)
« Toujours en garde contre les autres, il revise tous leurs jugements; en garde aussi contre lui-même, nul écrivain ne craint moins de revenir .sur ses anciens jugements pour les corriger, soit qu'il les contredise ou qu'il les ramené a la mesure ; pour tenir son esprit libre, il le tient ouvert, de manière que les idées vieillies en sortent et que les idées neuves y entrent. M. Sainte-Beuve est un peintre exquis de portraits. Infiniment curieux, avide de savoir sur chacun ce que savent ou devinent le médecin et le confesseur; ne reculant devant aucune peine pour s'ussnrer du plus mince détail qui peut fournir un indice; fuyant d'èlre trompe et convaincu que tout homme risque de l'être, doué d'une sagacité singulière, il pénétre dans votre intimité, il vous observe ù tous les moments, surtout quand vous ne vous observez pas; il note vos paroles involontaires, il épie vos rêves, il découvre les hommes divers, souvent inconnus les uns aux autres, qu'il y a dans chaque homme;
{>uis il vous peint, non dans ces poses -que 'on prend pour les tableaux d'histoire, mais dans votre h.ibitude même, ressemblant et vivant; et s'il croit s'être trompé, il touche et retouche encore, serrant à chaque fois la vérité de plus près... Justement curieux de détails sur la vie d'un écrivain, il les prend comme d'utiles renseignements, mais il n'y demeure pas; il va aux ouvrages mêmes, sachant bien qu'il est plus près de l'écrivain là que partout ailleurs ; il les interroge , il écoute ce qui sonne plein et ce qui sonne creux; il devine si sous les phrases il y a ou non un homme et quel homme c'est; un goût des plus exercés lui apprend cela. » (E. Bersot.)
« Pour l'étude subtile des variétés complexes de l'humanité, M. Sainte-Beuve aulourd'hui n'a pas d'égal. U est de la belle école de Montaigne, Shakspeare , Tacite, Saint-Simon ; école longtemps négligée et redoutée en France, grâce aux pédants de la formule et aux fats des boudoirs ; grâce aux serfs do la mode, liges dans la crasse des scolastiques etdans la sociabilité dessalons... 11 effleure tout, illumine tout, ne se contredit jamais, se moditie sans cesse, fait étinceler les points saillants, arrive aux profondeurs, ne s'y attarde pas, et ne s'arrête que si un scrupule de millésime ou une erreur de nom propre le met en désarroi. Oh 1 alors, c'est une désolation !... Mais il se rassérène ; il repart; il est parti... Il entre dans toutes les petites chapelles, dérange tous les sacristains, furette dans tous les coins, met à sac les petits temples, trouve des documents, sème des anecdotes ; c'est un miracle. Un tel esprit doit inquiéter et agacer singulièrement les hommes qui n'ont qu'une idée, ceux qui sont sûrs de leur affaire et qui ont des accroupissementset des assoupissements tyranniques. Il les effraye tous; chacun cependant espère en lui et le veut pour soi : • Faites halte, lui
• crie-t-on ; arrêtez-vous ici, dans notre zone,
• dans notre coin spécial. Il n'y a que cela de ■ vrai. Moi je suis la Théologie, moi je suis » le Romantisme, moi je suis le Naturalisme, u Restez ici. Clouez-vous un peu. » Et comme sa nature est de glisser, de fuir et d'éclairer, U va toujours. «Voilà, disent-ils, un grand perfide et un terrible traître. » Vous le jugez perfide, il n'est que lumineux et fugitif. Si vous étiez sensés, il resterait avec vous... Les exclusifs se sont bien trompés. U est resté ce
SAIN
qu'il était, quelque chose qui rappelle Bayle sans être Bayle. Le xvute siècle a passé entre eux deux. La grand Gœthe lisant les premiers essais de Sainte-Beuve, imprimés dans le Globe de M. Dubois, avait bien vu cette maîtresse passion d'infatigable enquête. » (Philarète Chasles.)
Sainte-Beuve, par le vicomte d'Haussonville (1875, 1 vol. in-18). C'est le sort de tous les hommes de valeur, aussitôt après leur mort, d'offrir aux critiques mille sujets d'étude, soit au point de vue du rôle qu'ils ont joué dans la vie, soit au pojnt de vue de leur talent. Les moindres détails"ne paraissent pas superflus, les lettres les plus banales ne sont point laissées de côté , et l'on voit les volumes succéder aux volumes, apportant chacun une particularité nouvelle, un détail inédit. N'avons-nous pas vu dernièrement un critique publier des lettres inédites de Voltaire et trouver le moyen d'être intéressant après la multitude de livres publiés sur ce grand homme, en nous le montrant tout simplement au milieu des embarras d'argent et comme administrateur de sa fortune ? Sainte-Beuve est un de ces hommes dont la vie intime, les habitudes, les qualités et les travers doivent nécessairement piquer la curiosité du public. N'est-il pas curieux, en effet, de savoir comment se comportait ce critique souriant, mais d'une implacable finesse, qui pénétrait si avant et avec tant de souplesse dans ia vie et le caractère des autres? Deux de ses secrétaires, MM. Trotibat et Jules Levallois, ont déjà fait paraître d'intéressants détails sur l'intérieur du maître ; un grave magistrat, M. François Morand, a mis au jour une remarquable brochure, intitulée : les Jeunes années de Sainte-Beuve, dans laquelle sont accumulées les lettres et les particularités.
L'étude biographique du vicomte d'Haussonville est l'histoire du développement moral et intellectuel du fin critique. Tout s'enchaîne et se tient dans son livre; l'homme et l'écrivain, le caractère et le talent sont indissolublement mêlés dans une série d'observations savamment combinées. Les anecdotes fourmillent, mais ne sont placées qu'à leur bon endroit et pour mettre en relief tel ou tel côté de l'homme. Cette personnalité si multiple, si ondoyante, est envisagée d'une façon magistrale etavec un soin minutieux; M. d'Haussonville s'efforce de nous expliquer les combats intérieurs, le Sainte-Beuve poète et le Sainte-Beuve chrétien. Il nous le montre partagé entre le doute qui naissait de sa pensée analytique, subtilement raisonneuse, et la foi qui dès la jeunesse avait poussé en lui de profondes racines ressortant et émergeant à chaque instant. Le poets mourut jeune chez Sainte-Beuve, le critique le tua, mais il souffrit vivement à la fin de sa vie du discrédit où ses œuvres poétiques étaient laissées. Rien n'est plus curieux que le travail intérieur de cette âme incessamment sollicitée par les mouvements les plus contraires, accessible à toutes les influences et rejetant aussitôt ce qu'il avait aimé d'abord avec l'entraînement de l'enthousiasme. Toute cette partie de l'étude de M. d'Haussonville est remarquable.
Quant aux détails, aux anecdotes de la vie intime, ils montrent à quel point Sainte- Beuve, prompt à s'enflammer, porté aux avances, poursuivant des amitiés illustres, était facilement et rapidement désillusionné. Dans sa jeunesse, il éprouvait le besoin d'épouser quelque grande âme, de vivre de la vie de quelqu'un, de penser la pensée d'un autre; mais il s'en séparait vite. Est-il nécessaire de citer des noms? D'Alfred de Vigny à George Sand, et de Chateaubriand à Carrel, le catalogue de ses infidélités est bien rempli. Le désenchantement suivait de près l'enthousiasme.
Les études comme celle de M. d'Haussonville, à ce point minutieuses et analytiques, ne peuvent guère être favorables à une renommée, et quel que soit l'homme qu'on examine à la loupe, dont on épluche les qualités et les défauts, ii sort de l'opération un peu aminci et diminué. C'est ce qui arrive pour Sainte-Beuve. L'analyseur a été analysé. C'est lui qui a écrit quelque part : « Il t se poser à soi-même (sauf à n'y répondre
fau
parfois que tout bas), au. sujet de l'auteur qu'on étudie, certaines questions : Que pensait-il en religion? Comment était-il affecté du spectacle de la nature? Comment se comportait-il sur l'article des femmes? sur l'article de l'argent? Etait-il riche? était-il pauvre? Quel était son régime? Quelle était sa manière journalière de vivre? Enfin quel était son vice ou son faible ? » M. d'Haussonville a appliqué au maître sa propre méthode ; il s'est posé ces questions et il a répondu, non pas tout haut, mais à demi-voix. Est-ce bien cependant la manière la plus convenable de juger Sainte-Beuve? Cela semble douteux.
Comme l'a dit un hommeMe goût, M. Anatole Claveau, « quelle relation y a-t-il entre cette existence un peu décousue et cette intelligence toujours active, toujours laborieuse, régulièrement et spontanément soumise aux nécessités d'un travail quotidien? Comment concilier cette assiduité de bureaucrate avec ce goût d'école buissonnière, avec cette hardiesse d'allures et ce penchant à vous faire faux bond qui caractérisent Sainte- Beuve dans la vie privée? Il est à la fois glissant comme une anguille et persévérant
SATN
comme une fourmi; comment arranger cela? Quelle influence l'homme a-t-il exercée sur l'écrivain? C'est bien plutôt l'écrivain qui chez lui a fait l'homme... En un mot, ce n'est pas sa vie qui explique son œuvre; c'est son œuvre qui explique sa vie. Que devient donc sa méthode?... Ce n'est point une méthode, ce n'est qu'une manière. Appliquée par lui fi toute la suite de la littérature française, elle a donné des résultats admirables; appliquée à lui-même par M. d'Haussonville, elle nous a valu des révélations piquantes; mais, comme formule, elle demeure sans certitude et par conséquent sans valeur. »
SAINTE-BEUVE (Henri), homme politique français, né à Plailly (Oise) en 1819, mort en 1855. Après de fortes études classiques, il se fit recevoir avocat. En 1848, il fut envoyé par le département de l'Oise à la Constituante avec 48,000 suffrages, puis à la Législative où il prit une part active à la discussion de toutes les grandes questions de finances et d'économie politique, notamment les questions d'impôts, do chemins de fer et de réforme douanière. Républicain sincère et convaincu, sans adhérer aux tendances socialistes de l'extrême gauche , il protesta contre l'odieux coup d'Etat du 2 décembre, et, arrêté à la mairie du Xe arrondissement avec quelques-uns de ses collègues, il fut incarcéré à Mazas. Sa carrière politique brisée, Sainte-Beuve reprit sa place au barreau , mais une mort prématurée l'enleva peu de temps après.
SAINTE-CLAIRE DEVILLE (Charles), géologue français , né dans l'île Saint-Thomas (Antilles) en 1814. Il suivit à Paris les cours de l'Ecole des mines , puis il entreprit un voyage scientifique aux Antilles, aux îles de Téuèriffe et du Cap-Vert. Il explora ensuite la Guadeloupe, et revint étudier, eu 1855, eu Italie, l'éruption du Vésuve. M. Sainte-Claire Deville, membre de l'Académie des sciences depuis 1857, a longtemps suppléé M. de Beaumont au Collège de France dans son cours de géologie et il lui a succédé comme professeur en titre en 1875. Ce savant est depuis 1862 officier de la Légion d'honneur. Nous citerons, parmi ses travaux qui sont estimés : Etudes géologiques sur les îles de 7'énériffe et de Foyo (1846, in-4°), inachevées; Voyage géologique aux Antilles et aux Ues de Téuèriffe et de Fogo (1847, iii-40, avec pi.) ; Lettres à M. Elle de Beaumont sur l'éruption du Vésuve, publiées dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences en 1855; Éruptions actuelles du volcan de Stromboli (185S); Recherches sur les principaux phénomènes de météorologie et de physique terrestre aux Antilles (1861, in-4o, avec carte); Sur tes varialions périodiques de ta température (1866, iu-4°). etc.
SAINTE-CLAIRE DEVILLE (Henri-Etienne), chimiste français, frère du précédent, né à Saint-Thomas (Antilles) en 1818. Entraîné par sa vocation vers les sciences physiques, il fit, dès qu'il eut terminé ses humanités à Paris, construire à ses frais un laboratoire dans lequel il se livra, pendant neuf années consécutives, à des travaux assidus. Comme chimiste, il acquit une telle autorité qu'il fut chargé, eu 1844, d'organiser la Faculté des sciences de Besançon, et il y fut nommé , l'année suivante, professeur de chimie et doyen. Maître de conférences à l'Ecole normale en 1851, il a suppléé Dumas dans la chaire de chimie à la Faculté des sciences de Paris à partir de 1853 et a été reçu en 1801 membre de l'Académie des sciences. Il est en outre directeur du laboratoire à l'Ecole normale et commandeur de la Légion d'honneur depuis 18C8. Les travaux de M. Suinte-Claire Deville ont porté principalement sur les essences, les résines, l'acide nitrique anhydre, dont il fit connaître le premier les propriétés (1849), le silicium et surtout l'aluminium.
Grâce k de longues et. intéressantes recherches , il est parvenu non-seulement a faire connaître les propriétés particulières de ce dernier métal, découvert en 1827 par Wœhler, mais encore à trouver les procédés propres à faire de l'aluminium un métal utile et qu'on puisse employer dans l'industrie. En 1855, il envoya à l'Exposition universelle des lingots d'aluminium faits dans l'usine de Javel, et qui lui firent donner la croix d'officier de la Légion d'honneur. M. Henri Sainte- Claire Deville est, en outre, l'auteur d une nouvelle méthode d'analyse minérale, dite par voie moyenne, et au moyen de laquelle on obtient des résultats d'une grande précision. Il s'est livré à d'intéressantes expériences sur la combustion des huiles minérales dans les machines à vapeur et a fait, depuis 1868, des recherches sur les phénomènes de la combustion sous des pressions supérieures à celle de l'atmosphère. Il a imaginé, pour faire ses expériences, une sorte de laboratoire en fer dans lequel il s'enferme avec ses appareils. Au mois de février 1871, M. Sainte-Claire Deville proposa à l'Académie des sciences d'admettre à l'ordre du jour de ses séances ies grandes questions du développement et de l'enseignement de la ' science et toutes les questions d'intérêt général qui concernent la science et les savants. «Il est do notre devoir aujourd'hui, dit-il, d'intervenir tous activement et directement dans les affaires du pays et de contribuer de toutes nos forces k une régénération par le savoir, dont la France exprime
SAIN
partout la nécessité. » Indépendamment d'un grand nombre de mémoires et de notes publiés dans les Annales de chimie et de pliysi~ que et dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences , notamment Mémoire sur les carbonates métalliques et leurs combinaisons (1852), Sur les trois états moléculaires du silicium, Sur la production des températures élevées (185C), avec M. Debray, on lui doit : De l'aluminium, ses propriétés, sa fabrication et ses applications (i859, in-8°) ; Acier, rapport à l'empereur sur la fusion de l'acier au four àréoerbère sans l'emploi du creuset (1862, in-80); Métallurgie du platine et des métaux qui l accompagnent {1863, 2 vol. in-8°), avec M. Debray, etc. M. Sainte-Claire Deville a annoté l'Histoire d'une chandelle, de Faraday,
SAINTE-CHOIX (Prosper de), cardinal italien, né en 1513, mort en 15S9. 11 fut successivement avocat consistorial , auditeur de rote, évêque de Chisame, nonce en Allemagne, en France et en Espagne, et enfin, grâce à l'appui de la reine Catherine de Médicis, archevêque d'Arles. Sous le pape Pie V, il revint à Rome, fut fait évêque d'Albe et cardinal. On prétend que ce prêtre apporta de Portugal en Italie le premier tabac qu'on ait vu dans ce dernier pays. On lui doit : Epistnlte; Decisiones rots romans; De cioitibus Gailite dissensionibus commentariorum Ubri I/f, allant de 1547 à 1567.
SAINTE-CROIX (la sœur), supérieure d'un couvent de filles à Aix, à la fin du xvne siècle et au commencement du xvme. On raconte que cette religieuse se travestissait en prêtre pour entendre la confession des tilles soumises à sa direction. Connaissant ainsi cellus qui avaient du penchant pour le libertinage, elle les prostituait à ceux qui payaient le mieux leurs laveurs. Ce scandaleux cummerce fut découvert enfin, et la sœur Sainte- Croix fut fustigée en public, puis bannie de France à perpétuité.
SAINTE-CROIX (Gaétan-Xavier Guiliiem de CLKRMONx-Looiivii, chevalier de), né à Mormoiron, dans le Cotntat-Venaissin, en 1708, mort en 1762. 11 entra jeune dans l'armée, puis se rendit huit ans après à Malte pour s'y faire recevoir chevalier. Il fut nommé capitaine, fit en cette qualité la campagne de Flandre de 1748, puis reçut en 1758 le commandement des côtes de France, depuis Morlaix jusqu'à Saint-Brieuc. Il devait s'opposer aux débarquements que tentaient sur les côtes de France les Anglais, alors en guerre avec notre pays. Il se signala durant cette campagne par plusieurs actions d'éclat, et notamment par sa brillante défense de Belle-Ile, qu'il dut néanmoins, faute de secours,livrer aux Anglais. Peu de temps après, le chevalier de Sainte-Croix fut nommé ma léchai de camp, puis chargé de défendre la Martinique contre les Anglais; il partit, mais à peu de distance de l'île il apprit qu'elle s'était rendue. L'escadre qui le portait fit voile vers Saint-Domingue, où il mourut des suites de blessures reçues a l'attaque des lignes de Wissembourg.
SAINTE CROIX (Guillaume-Emmanuel-Joseph Guilhum de Clermont-Lodéve, baron de), antiquaire et littérateur français, né à Mormoiron (Comtat-Veuaissin) en 1746 , mort à Paris en 1809. Il commença par suivre la carrière des armes, mais l'amour de l'étude et des lettres lui fit denuer sa démission api es quelques années de service et il alla s'établir à Avignon. A deux reprises sa liberté, sa furtune, sa vie même furent menacées : la première fois, il fut en butte aux persécutions du gouvernement pontifical pour avoir défendu avec chaleur des malheureux opprimés par un agent ; la seconde fois, ce furent les pillards qui, après la réunion du Comtat à la France, ravagèrent le pays qui arrêtèrent Sainte-Croix; il fut obligé de racheter sa vie moyennant une forte rançon et se réfugia à Thiais, près de Paris. Cependant son mérite était si universellement reconnu, que le comité de Salut public lui permit, en dépit de sa noblesse qui le rendait suspect, de rentrer dans la commune de Paris pour y continuer ses travaux littéraires. En 1803, il fut compris parmi les savants qui composèrent l'Institut lors de sa réorganisation. A l'âge de vingt-six ans, le baron de Sainte-Croix avait obtenu un prix académique pour son Examen critique des historiens d'Alexandre (Paris, 1775, in-4"), le meilleur des ouvrages sortis de sa plume. L'auteur refondit, compléta son livre et en donna une nouvelle édition en 1804. Ses autres ouvrages sont : Recherches historiques et critiques sur les mystères du paganisme (1784), réimprimées en 1817 (2 vol. in-8<>); De l'état et du sort des colonies des anciens peuples (1779); Histoire des progrès de la puissance navale de l'Angleterre (2 vol. in-12), réimprimée en 1786; Des anciens gouvernements féaératifs et de la législation de Crète (1798, in-8°). On lui doit, eu outre, plusieurs Mémoires insérés dans le recueil de l'Académie des inscriptions. « Una raison saine, dit M. Aubert de Vitry, des sentiments élevés, un amour sincère du bien et de la vérité caractérisent tous les travaux de M. de Sainte-Croix, que dirigea toujours le désir d'être utile. •
SAINTE-CROIX (Carloman-Louis-François- Félix Renouàrd, marquis de), voyageur français, né à Besançon en 1767, mort a Paris en 1840. A dix-neuf ans, il entra comme officier
SAIN
dans un régiment de draçons, émigra en 1791 et servit dans l'armée de Condé. De retour en France en 1797, il se vit contraint d'entrer dans l'année du Rhin, assista H la bataille de Hohenlinden et revint a. Parts après la paix de Luuéville. Ayant obtenu l'emploi de chef d'un comptoir français dans l'Inde, il s'embarqua en 1803 sur l'escadre de l'amiral Linois et fut fait prisonnier peu après son arrivée à Pondichérv. Ayant recouvré la liberté en juillet 1804*, il se rendit à Manille, où il resta plus de deux ans, organisant les troupes espagnoles et visitant le pays. De la il passa à Mucao (1807), visita Canton, la Cochinehine, gagna les Etats-Unis à la fin de 1807 et y demeura deux ans. De retour en France en 1809, Sainte-Croix publia des ouvrages qui le tirent avantageusement connaître. Chargé en 1813 d'une mission scientifique par M. de Montalivet,' il se rendit aux Etats-Unis, à la Martinique, revint en France en 1817, fut désigné, en 1819. pour faire partie d'une commission chargée de reviser les lois coloniales, et il adressa sur les améliorations à introduire dans le régime des colonies plusieurs pétitions à la Chambre des députés. En 1831, le marquis de Sainte-Croix fut chargé de se rendre à Alger pour chercher les moyens d'établir des relations commerciales avec l'Afrique centrale, Il était membre de la Société philotechnique, de la Société de statistique de Paris et de diverses académies de province. Nous citerons de lui : Voyage commercial et politique aux Indes orientales, aux lies Philippines et à la Chine (Paris, 1808, 3 vol. in-8°, avec cartes); l'sing- Leu-Lee ou les Lois fondamentales du code pénal de ta Chine (Paris, 1818, 2 vol, in-8°) ; Statistique de la Martinique , ornée d'une carte de cette île (1822, in-S°); Pétition à la Chambre des députés à l'effet d'obtenir le payement des détins coloniales {1828, in-8°); Pétition sur le régime intérieur des esclaves aux Antilles françaises (1829, in-8°), e\c.
SAINTE-CROIX (Louis-Marie-Philibert-Bdgard de Renouard de), administrateur français, né en mer en 1819. Il fit ses études en France, entra à l'Ecole de Saint-Cyr, puis passa dans le corps de l'état-major. Il était lieutenant, lorsqu'il donna sa démission en 183S pour se mettre à la tète des vastes plantations qu'il possédait aux Antilles. Amené naturellement à s'occuper de la question des sucres, il publia sur ce sujet diverses brochures. De retour à Paris en 1848, il fut nommé, après l'avènement de Louis Bonaparte à la présidence de la république, préfet de la Dordogne. Lors du coup d'Etat, il s'associa avec un zèle ardent aux mesures odieuses qui frappèrent alors les républicains, reçut la croix de la Légion d'honneur (1852) et alla quelque temps après occupera préfecture de l'Eure. On lui doit, entre autres brochures : Manière d'estimer le rendement des cannes à sucre (1841); Question des sucres (1842); Fabrication du sucre aux colonies (1843); Principes fondamentaux d'agriculture (1843); Question des sucres (1847).
SAINTE-CROIX, aventurier et littérateur français, V. Charpy.
SAINTE-CROIX (Uaumn ou GoDiNDE),empoisonneur français, amant de la Brinvilliers. V. Godin de Sainte-Croix,
SA1NT-EDME (Edme-Théodore BouRodit), littérateur français, né à Paris en 1785, mort en 1852. Il lit les premières campagnes de l'Empire en qualité de commissaire des guerres et fut secrétaire du maréchal Berthier. Quand Napoléon tomba, Saint-Edme se jeta dans la carrière littéraire et dirigea son premier écrit contre Chateaubriand. Ensuite il s'enrôla parmi les écrivains qui combattirent le gouvernement de la Restauration.
Après 1830, il engagea la lutte contre la monarchie de Juillet et publia, de concert avec Germain Sarrut, un ouvrage considérable (la Biographie des hommes au jour). Saint- Edme tinit par tomber dans une complète misère et se pendit de désespoir. On a de lui : De l'empereur et du comte de Lille ou Réfutation de t'écrit De Buonaparte et des Bourbons (Paris, 1815, in-8»), le seul de ses ouvrages qui porte le nom de Bourg; Constitution et organisation des carbonari (Paris, 1821, in-8°); Dictionnaire analytique et raisonné de l'histoire de France (Paris, 1823, in-8") ; Dictionnaire de la pénalité dans toutes les parlies du monde connu (Paris, 1824, 4 vol. in-8°) ; Paris et ses environs (Haris, 1828-1838, 1842, 2 vol, in-80); Biographie des lieutenants généraux, généraux, ministres, etc., de ta police en France (Paris, 1829, in-S°) ; Amours et galanteries des rois de France (Paris, 1830, 2 vol. in-8") ; Répertoire général des causes célèbres (Paris, 1834-1837, 17 vol. in-8"); Biographie des hommes du jour, avec Sarrut (Paris, 1837-1842, 6 vol. in-8»), etc., etc.
SA1NT-EDME, nom sous lequel Regnault- Warin, pubhoiste français, était connu dans ses dernières années.
SAINTE-FOI (ELoi Jourdain, dit Charles), littérateur français, né à Beaufort en 1800, mort en 1861. 11 n'est entré dans la carrière littéraire qu'après sa trentième année. En dehors de nombreux articles insérés dans les journaux religieux, l'Avenir, YUnivers,\e Correspondant, la Revue européenne, M. Sainte- Foi a publié les ouvrages suivants : le Livre des rois et des peuples (1839, in-8°); le Livre des âmes (1840, in-18); Théologie à l'usage
SAIN
des gens du monde (1843, în-12); le Chrétien dans te monde (1848, 2 vol.) ; les fleures sérieuses d'une jeune personne (1832, in-8"); Vies des premières ursulines de France (1856, in-18). M. S:iinte-Foi a traduit du l'allemand : la Vie de Jésus-Christ de Sepp (1854, 2 vol. in-8<>) ; la Mystique divine, naturelle et diabolique de Gœrres (1854, 5 vol. in-8°) ; Sermons de Jean Tauler (1855, 2 vol. in-8").
SAINTE-FOY (Charles-Louis Pubereauk, dit), artiste lyrique français, né à Vitry-le- François le 13 février 1817, fils d'un ancien soldat du premier Empire qui avait reçu de ses camarades le surnom de Sainle-Foy. Elevé au collège de sa ville natale, il en sortit pour entrer au Conservatoire et débuta au mois de mai 1840 au théâtre de l'Opéra-Comique. Reçu d'abord avec assez peu de succès, le travail et l'étude ne tardèrent pas à lui faire une place honorable à la scène. Doué d'un physique très-favorable à l'emploi des niais chantants, d'une voix qui se prête avec souplesse aux excentricités des paysans et des valets lourdauds , d'un jeu excellent et plein de méthode, il a repris avec beaucoup de bonheur les rôles rendus célèbre* par le talent des Trial et des Ferréol. En outre, il compte dans le répertoire moderne une fouie de créations originales. Nous citerons , parmi ses meilleures interprétations: les Deux gentilshommes, Wallace, le grand cousin dans le Déserteur, l'Anglais Kolbourg dans Fra Diavolo, l'Italien dans le Prè-aux-Clercs, l'Auvergnat dans Jeannot et Colin, Alibajou dans le Caïd, Flandrinos dans le Muletier, Benetto dans le Maître de chapelle, Dickson dans la Dame blanche, etc. Plus récemment, il a créé Champagne de Château Trompette, Midas de Galalée , Dandolo de Zampa , Jérôme de Sylvie, la Fiancée du roi de Garbe , Jocrisse dans la pièce de ce nom, le Joaillier de Saint- James, Léonard des Absents (1864), etc.
M. Sainte- Foy, qui excelle dans le débit de la chansonnette, a souvent prêté le concours de son talent k des concerts et k des soirées musicales. — M. Sain te-Foy a épousé M'ie Clarisse Henry, née à Paris en avril 1822 et qui a débuté k l'Upéra-Comique la même année que son mari. Après avoir fait partie des chœurs, Mme Saiute-Foy a rempli quelques rôles où elle n'a obtenu que des succès peu marqués, souvent même contestés; aussi, quittant bientôt le théâtre, elle s'est bornée depuis à la musique de chambre et de salon et s'est adonnée à l'enseignement musical.
Sainte-Hélène (MI5DAILLE de), V. MEDAILLE.
SAINTE-HERMINE (Jean-Hélie-Marie, marquis de), homme politique français, né à Niort en 1809. 11 est petit-iils d'un ancien député de la Vendée et neveu d'un pair de France. Lorsqu'il eut fait son droit k Poitiers, il devint chef du cabinet de son oncle, qui était alors préfet de la Vendée (1830), puis tut nomme conseiller de préfecture et secrétaire général de la préfecture de la Vendée (1835). En 1845, M. de Sainte-Hermine devint président du conseil de direction des congrès agricoles de plusieurs départements de l'Ouest et il présida, de 1847 k 1S52, les congrès d'Angouleme, de Niort, de La Roche-sur- Yon et de La Rochede. En 1849, il devint président de la chambre d'agriculture de la Vendée, qu'il représenta au conseil général de l'agriculture, puis fut nommé par le gouvernement, en 1850, membre du conseil général de l'agriculture, du commerce et des manufactures. Après l'attentat du 2 décembre 1851 contre l'Assemblée nationale, M. de Sainte-Hermine, qui avait fait acte d'adhésion au pouvoir nouveau, fut envoyé et) mission dans le Finistère, dont il devint préfet par intérim. Aux élections de 1852 pour le Corps législatif, le gouvernement ayant appuyé sa candidature, il fut élu député et obtint le renouvellement de son mandat en 1857 et 1863. Il appuya constamment de ses votes la politique cumpressive de l'Empire et prit part, à maintes reprises, aux discussions relatives à des ques- ' tions économiques et agricoles. L'ors des élections de mai 1869, il ne parvint à se faire élire député qu'au second tour de scrutin ; mais cette élection fut vivement attaquée, notamment par M. Buffet, et le Corps législatif se prononça pour l'annulation. M. de Sainte-Hermine ne voulut pas affronter de nouveau la lutte et se retira dans la vie privée. On lui doit un certain nombre de brochures et d'ouvrages, notamment : Traité de l'organisation communule et des élections municipales (1841, in-8°, réédité en 1857 et en 1863) ; Du rétablissement des secrétaires généraux de préfecture (ISj5, in-8°) ; l'Influence des guerres entre la France et l'Angleterre dans les xiie, xme et xiv« siècles (1855). Citons encore : Tarif du droit d'importation sur les bestiaux étrangers; De quelques questions d'économie politique intéressant les départements de l'Ouest; Du libre échange; Des biens ruraux et de la vaine pâture, etc. Enfin , on lui doit une continuation jusqu'en 1789 de l'Histoire du Poitou de Thibaudeau (Niort, 1841, 3 vol. in-8").
SAINT- ELME (feu). V. ELME.
SA1NT-ELME (Elselina Vanayl de Yongh, dite Id» do) et quelquefois SAINT- EDJ1E, surnommée Ib Contemporaine, aventurière et auteur putatif de m. moires sur l'époque de la Révolution et de l'Empire, née à Valambrose, près de Florence, en 1778, morte à Bruxelles
SAIN
en 1845. Après avoir été longtemps la maîtresse du général Moreau, M'i* Saint-Elme débuta k la Comédie-Française, sous le ministère de Chaptal, par le rôle de Didon, qu'elle n'acheva pas. Elle avait trop compté sur sa beauté pour réussir; d'impitoyables sifflets l'accueillirent, et un évanouissement
Eut seul la soustraire aux railleries du pulic. Ce fut k Paris son unique tentative dramatique. Draguignan , k quelque temps de là, fut témoin d'un essai non moin.s malheureux. Elle parcourut ensuite l'Italie et aborda sans plus de succès la comédie et la tragédie, quoiqu'elle parlât assez bien la langue du pays. Ceux qui ont vu cette excentrique aventurière rapportent que, sans être jolie, elle avait de la physionomie et de la grùce. Ces avantages et ses relations la firent, parait-il, rechercher dans plus d'une bonne compagnie. Elle dut surtout sa notoriété au livre qu'elle publia sous le titre de Mémoires d'une contemporaine (1827, 8 vol. in-8°). Ces Mémoires , rédigés par Malitourne sur les manuscrits de Mme Ida Saint-Elme, contiennent des récits mensongers, souvent scandaleux , sur l'histoire des dernières années du xvi io siècle et des premières années du xixe. Regardés avec raison comme une ceuvro de spéculation, ils sont tombés dans l'oubli qu'ils méritaient et ne sont plus guère feuilletés aujourd'hui que par les curieux de détails graveleux. On a publié encore sous le nom de la Contemporaine : Soirées d'automne (1827, 2 vol. in-12); Episodes contemporains (1827, in-8») ; la Contemporaine en Egypte (6 vol. in-8°); Mille et une causeries (2 vol. in-8°); Mes dernières indiscrétions (1831, 2 vol. in-8°), ouvrages qui n'ont pas plus de valeur historique que celui qui les a précédés, mais qui .éveillèrent à leur apparition lacuriosité du public , toujours avide d'indiscrétions et d'anecdotes plus ou moins authentiques. Nous ne savons, d'ailleurs, quel est le plus blâmable de la créature tombée qui prête son nom à la spéculation ou de l'homme de lettres oublieux de sa dignité qui ramasse ce nom pour l'étaler au premier feuillet d'un livre comme un appât à la crédulité des uns et aux petites passions des autres. Ida Saint-Elme, après une existence tapageuse, alla finir misérablement sa vie dans l'hospice des Ursulines, k Bruxelles. Elle était âgée de soixante-sept ans. Peut-être eût-elle eu k ajouter plus d'un chapitre intéressant et surtout plein d'enseignement à ses Mémoires d'autrefois; mais il était passé pour elle, ce temps où d'obligeants secrétaires s'empressaient de mettre leur plume au service de ses fantaisies historiques et littéraires.
SAINTE-MARIE (Etienne), médecin français, né k Sain te-Foy, près de Lyon, en 1777, mort dans cette dernière ville en 1829. Reçu docteur k Montpellier, il alla exercer dans su ville natale, puis vint se fixer à Lyon, où sou Savoir bien connu lui attira une nombreuse clientèle. Il y vécut paisiblement, con:-acraiit aux lettres les loisirs que lui laissait sa profession. On cite, parmi ses ouvrages : De morbis ex imitatione (Montpellier, 1803, in-4°); Méthode pour guérir tes maladies vénériennes invétérées (Lyon, 1818, in-8°); Nouveau formulaire médical et pharmaceutique (Lyon , 1820, in-8t>);ZJe l'huître et de son usage comme aliment et comme remède (Lyon, 1827, in-8°) ; Lectures relatives à la police médicale (Paris, 1S29, in-8°).
SAINTE-MARIE, théologien français. V.
Honoré de Sainte-Marie.
Sainte-Marie (CHEVALIERS MILITAIRES Dli),
nom donné aux chevaliers de plusieurs ordres militaires. Il y eut d'abord l'ordre da Sainte-Marie-des-Lts, fondé dans le xie siècle par Garcias VI, roi de Navarre. Le roi d'Aragon, vers 1232, institua l'ordre de Sainte- Marie-de-Mercède, qui avait pour but le rachat des esclaves. L'ordre de Sainte-Mariedu-Rosaire fut établi par saint Dominique en 1209 ou 1213, pour combattre les hérétiques. Enfin, l'ordre Teutonique a quelquefois été appelé ordre de Sainte-Marie-Teutonique.
SAINTE-MARTHE (de), en latin Sammnr-
thanus, une des familles les plus illustres de la noblesse française au xvie et au xvn= siècle. Elle a produit plusieurs hommes distingués dans la magistrature, dans les lettres et dans la science, des poètes, des orateurs, des érudits, des théologiens catholiques et protestants, des historiens, des jurisconsultes, etc. ; La plupart des personnages qui ont jeté de l'éclat sur ce nom appartiennent k deux branches, l'une qui est celle des Sainte-Marthe proprement dite, l'autre qui portait le nom de Champdoiseau et qui s'y rattache étroitement. Les membres les plus remarquables de cette famille sont les suivants :
SAINTE-MARTHE (Charles de), poète français, né à Fontevrault en 1512, mort k Alençon en 1555. Il était ie second des enfants de Gaucher 1er de Sajpte-Marthe, médecin ordinaire de François Ier. Après avoir terminé ses études de droit à Poitiers, où il se fit recevoir docteur, il se livra tout entier à la théologie, qu'il apprit en peu do temps et qu'-il professa publiquement. Les prêtres virent avec colère un simple laïque enseigner la théologie qu'ils prétendaient enseigner seuls. Sous prétexte qu'il répandait l'hérésie luthérienne, on lui interdit de donner des leçons. Sainte-Marthe se retira à Grenoble; mais le clergé, toujours tenace dans ses bai-
SAIN
ne', ne le perdit pas de vue; il était sur la point d'aller prendre la direction du collège de Genève on 1541, lorsqu'il fut jeté en prison, où peu s'en fallut qu'il ne mourût do faim. Pour être plus humainement traité, il s'imagina de simuler la folio, et il fut asst z heureux pour réussir dans son calcul. Néanmoins il ne sortit de prison qu'après trente mois de la plus dure captivité. Après sa mi- e en liberté, il se réfugia k Lyon, y enseigna le grec, l'hébreu, le latin, le français, et bientôt sa réputation de poëte et d'érudit le fit appeler k Alençon par Marguerite de Valois, qui le combla d'honneurs. C'est là qu'il mourut de la rupture d'un anévrisme, après avoir été lieutenant criminel d'Alençnn, maître dps requêtes et procureur général du duché de Beaumont. Ses Poésies françaises sont adressées à Marguerite de Valois, à la duchesse d'Etampes et k presque tous lns poètes contemporains, qui étaient ses amis, Fréquemment il se glorifie d'être "un des disciples de Marot. qu'il appelle son père d'alliance et sous h' patronage do qui il place sou <cuvr«. Un faux bruit de la mort du poète s'étaut ré- ' pandu, Charles de Sainte-Marthe lui adressa un diz lin qui se termine par les deux vers : Las! dys-jc, mort est nostre nmy Clément, Morte doucque est françoise poésie :
On a de Sainte-Marthe les ouvrages suivants : Puésie françoise, divisée en trois livres, contenant lr premier des épiyrmnmes ; te deuxième des rondeaux, des btilliides, des chants royaux; le troisième des «pitres, des \ élégies, plus un livre de ses amys (Lyon, 1540, in-12); Inpsalmum VU et psàlmum XXXIlf l paraphrasis (1543, in-12); In psnlmnm XC pia j admodum et rhristiana mcditolin (in-12); In | obitum incomparabilis MargarîtS illustrissime Navarrornm reginx, orutio fmiebris (Paris, 1550, in-4°) ; Oraison funèbre sur le trépas de Françoise a" Alençon , duchesse de Beaumont, etc. (Paris, 1550, in-4°). Citons, pour donner une idée de la poéMe de Sainte-Mur- I the, le morceau suivant intitulé : Sur lafou- | taine de Vaueluse, près laquelle jadis habita ; Petrarche ;
Qulconquea veoit du la Sorpue profonde
L'estran£e. lieu, et pluscstran^e source,
La dit so.ibdain ^runil merveille du monde,
Tant pour ses eaulx que pour sa roidde courte.
Je tiens le lieu fort admirable potircc
Qu'on veoit tant d'eaulx d'un seul pertuîs sortir,
Et en longs bras divers se départir ;
Mais encor plus, du gouffre (jui bruit la,
Qu'onqucs ne peut estaindre et amortir
Le feu d'amour qui Ptitrarclie brusla.
SAINTE-MARTHE (Gaucher II , dit Scévolo de), poëte et administrateur français, neveu du précédent, né à Loudun en 153S, mort dans la même ville en 1623. Trouvant son prénom trop rustique pour un homme de bonno maison , sachant le latin, le grec et l'hébreu, il le traduisit en celui de Scévole. 11 fit ses premières études» l'Université de Paris, sous la direction des célèbres professeurs Adrien Turnèhe, Muret et Ramus. De là, comme on le destinait k la magistrature , il fut envoyé k Poitiers et k Bourges, pour y suivre les cours de jurisprudence. Sous les règnes de Henri III et de Henri IV, Sainte-Marthe occupa de hauts emplois et déploya beaucoup de zèle, d'intégrité et de talent. D'abord contrôleur général des finances dans le Poitou (1571), il fut nommé, en 1579, maire et capitaine de Poitiers et, bientôt après, trésorier de France dans la généralité de cette ville. Lors rie la suppression de cette charge, il fut député par ses concitoyens pour adresser au roi des représentations k ce sujet. Henri III accéda k sa demande en disant: « Il n'y a point d'édit qui puisse résister a une si persuasive et si forte éloquence. » Député aux états de Blois en 1588, il se fit remarquer par son zèle royaliste et combattit courageusement les ligueurs. Quand Poitiers passa k leur parti, malgré ses efforts pour l'en empêcher, il se retira k Tours. En 1589, il revint dans le Poitou, ayant pour mission de revendiquer les biens des catholiques qui avaient été confisqués par les réformés. Il contribua pour une grande part k la soumission de Poitiers en 1594. Enfin, aprèsavoir été maire do Poitiers, il retourna à Loudun, sa ville natale, où il mourut k quatre-vingt-sept uns, laissant huit enfants qu il avait eus de sa femme Renée de La Haye, tille du seigneur de Malaguet. Son oraison funèbre fut prononcée par Tiiéophraste Renaudot, médecin du roi, au palais de Loudun (5 avril 1623), et par le célèbre Urbain Grandier, dans l'église de Suint-Pierre de la même ville (il septembre).
Quelques jours avant de s'éteindre, il écrivait les vers suivants :
J'ai passé mon printemps, mon été, mon automne; Voici lo triste hiver qui vient finir mes vecux; D^ja de mille vents le cerveau me bouillonne; J'ai la face ridée et la neige aux cheveux. D'un pas douteux et lent, à trois pieds je chemine, Appuyant d'un bâton nus memNrfS languissais; Mes reins n'en peuvent plus et ma débile échine Se courbe peu h peu suua ie faix de mes ans. Une morne froideur sur nu s n^rl's épanchée Engourdit tous moi sens, désormais vicieux. D'un glaçon endurci j'ai l'oreille bouchée Et porte en un étui la force de mes yeux. Mais bien que la jeunesse en moi ne continue, Dieu, fais que ton amour me conserve le cœur] Autant que de mon sang la chaleur diminue, Daigne de mon esprit augmenter la vifiueur.
SAIN
Que sert de yrolonger une ingrate vieillesse, Tour regarder sans fruit !a lumière du jour? Heureux qui, sans languir en si longue vieillesse, Retourne de bonne heure au céleste séjour !
Les Œuvres de Scévole de Sainte-Marthe, imprimées à Paris en 1569 et en 1579, eurent du vivant de l'auteur un véritable succès. C'étaient des traductions en vers français, odes, sylves, élégies, épigrammes, métamorphoses. On a aussi de lui : Hymne sur l'aoantmnriage duroi Charles 7JS"{1570); !a Louange de la ville de Poitiers (1573, in-8°); Poemata (1575, in-8°) , recueil de poésies latines contenant des morceaux d'un stjle correct, qui ont un vrai mérite. Sainte-Beuve lui a consacré une mention dans son tableau de la littérature au xvie siècle. En parlant des poëmes de Scévole , Ronsard disait à Baïf : <• Grands dieux (dû' boni) ! quel livre viens-tu de m'envoyer, composé par notre Sainte-Marthe!
Non, ce sont les Muses elle-mêines. J'invoque, à cet égard, le témoignage de tout notre Hélicon. Si l'on m'accorde le droit de prononcer le jugement, je déclare préférer l'auteur de ces vers à tous les poëtes de notre siècle , quelque désagrément que je puisse causer à Bembo, Navageroet au divin Frascator....o Son poëme, intitulé Psedotrophis lib. 1/1 , sur l'allaitement des enfants, fut imprimé dix fois du vivant de l'auteur et dix fois après sa mort. En 1749 , l'abbé d'Olivet en fit une nouvelle édition qui fut très-bien accueillie. Citons enfin de lui : Gallorum doctrina illustrium qui nostra patrumqite memovia floruerunt elogia (1598, in-8»), opuscule souvent réédité. La meilleure édition dû ses œuvres est intitulée : Opéra latina et gailica (Paris, 1633, in-4«).
« Politique intègre et citoyen dévoué, fort estimé de plus en qualité de jurisconsulte, dit M. L. Feugère', Sainte-Marthe fut encore poEte, historien, orateur; et, à ces différents titres, il passa pour une merveille. De cette opinion la postérité a beaucoup rabattu sans doute ; son nom, toutefois, parmi les doctes du xvie siècle, est resté l'un des plus populaires, et un rayon de poésie et de gloire y demeure attaché. En réalité, comme s'il avait survécu a son époque, Scévole ferma le cortège des hommes célèbres qu'elle avait possédés, représentant attardé d'une génération qui n'était plus... Un souvenir semble dû, quoi qu'il en soit, à ceux qui ont aplani la voie à notre grand siècle. Sainte-Marthe a son rang marqué parmi eux. A la veille des chefsd'œuvre, il a ému, par quelques vers heureux, l'imagination publique, et, en excellant k répéter l'harmonie de ces sons antiques qui charmaient la Renaissance, il nous a préparés k goûter Sa perfection des vers dû Racine; surtout épris pour les lettres d'une passion sincère, il a contribué, avec plusieurs de ses contemporains, à répandre dans la nation le goût des nobles jouissances de l'esprit. Si Ses talents méritaient un regard de la postérité, ses vertus privées et publiques ne l'en rendaient pas moins digne. Il a offert un beau type de l'ancien caractère français. On se rappellera que les mêmes hommes dont les loisirs ont alors produit des œuvres savantes et gracieuses ont aussi, par leur courage et leur dévouement au pays, préservé la France de deux ennemis qui la menaçaient également, l'anarchie et l'étranger. »
SAINTE-MARTHE (Abel 1er de), écrivain français, fils aîné du précédent, né à Loudun en 1566, mort à Poitiers en 1652. 11 était seigneur d'Estrapied. Il étudia d'abord les lettres, puis le droit, et devint successivement avocat au parlement de Paris , conseiller d'Etat en 1621 et conservateur de la bibliothèque de Fontainebleau en 1627. On a de lui : Opuscula varia (1645, in-8°) ; Plaidoyers de M. Nicolas de Corbcron; ensemble les plaidoyers de M. Abel de Sainte - Marthe (1693, in-4<>) , plaidoyers écrits dans le goût du temps, qui était loin d'être toujours trèspur; enfin a&sPoésies lalines qui ont été publiées dans les Opéra latina et gallica de son père.
SAINTE-MARTHE (Abel II de), sieur db Corbeville, écrivain français, fils du précédent, né en 1630, mort en 1706. 11 fut avocat, garde de la bibliothèque royale de Fontainebleau et, de plus, conseiller en la cour des aides. On a de lui : un Discours au roi sur le rétablissement de la bibliothèque royale de Fontainebleau (1668), publié à la suite des Plaidoyers de Corberon (1693), et la Manière de nourrir le* enfantsà la mamelle (1698), traduction du poEme latin de Scévole 1er. H a laissé, en outre, quelques poésies latines,
SAINTE-MARTHE (Gaucher III, dit Scévole II, et Louis de), historiens français, frères jumeaux, fils de Scévole 1er et frères cadets d' Abel icr.nésà Loudun en 1571, morts k Paris, le premier en 1650, le second en 1658. Après s'être fait recevoir avocats au parlement de Paris, ils se consacrèrent à l'étude de l'histoire, sur le conseil que leur en donna le président de Thou. En 1620, ils devinrent historiographes et conseillers du roi. Scévole, seigneur de Méré-sur-Indre, épousa Isabelle Du Moulin et eut trois ftVs : Pierre-Scévoie, Abel-Louis, dont nous parlerons plus loin, et Nicolas-Charles, qui se fit prêtre. Louis, seigneur de Grelay, qui s'était aussi marié mais ii 'avait pas eu d'enfants, se sépara de sa feu, me, qui prit le voile ; lui-même entra dans les ordres et devint plus tard prieur de Clau-
SAIN
, nay. Les ouvrages que les deux frères publièrent furent : \ Histoire généalogique de la maison de France, qui parut d'abord en 1 vol. in-4° (1619); elle reparut beaucoup augmentée en 1628 (a vol. in-fol.) et en 1647, également eu 2 vol. in-fol.; Histoire généalogique de la maison de Beauvau (1026 , in-fol.), trèsestimée; Gallia christianà (Paris, 1656, 4 vol. in-fol.), ouvrage célèbre et important, qui valut plus tard aux héritiers des auteurs une pension annuelle de 500 livres. Ils firent encore l'histoire généalogique de plusieurs grandes familles de France et éditèrent pour la première fois les Epitres de Rabelais, avec des observations étendues (1651, in-80).
SAINTE-MARTHE (Pierre-Gaucher, dit Scévole de), historien, fils aîné de Scévole II, né à Paris en 1618, mort en 1690. Il fut historiographe de France, conseiller d'Etat et maître d'hôtel du roi. Il aida son père dans ses travaux d'histoire et collabora k la Gallia christianà. On a de lui : Table généalogique de la maison de France (1649, in-fol.); l'Etat de la cour des rois de l'Europe, avec les noms et qualités des princes régnants en Asie et en Afrique (1G70, 3 vol. in-12, et 1680, avec additions); Traité historique des armes de France et de Navarre (1673, in-12); Remarques sur l'histoire de France du P.Jourdan,jisuite,et sur la critique dit duc d'Espernou touchant l'origine de la maison de France (16S4, iti-12); l'Europe vivante ou l'Etat des rois et princes souverains et autres personnages de marque dons l'Eglise, dans l'épée et dans ta roie(l6S5, in-12). Il lit, en outre, quelques traductions de l'espagnol et de l'italien.
SAINTE-MARTHE (Abel-Louis de), poète et théologien, second fils de Scévole II, frère du précédent, né à Paris en 1620, mort en 1697. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1642, après avoir commencé des études de droit, et s'occupa de théologie et de poésie latine. Il composa à Nantes un petit poëme, Sanctorum Galliz regum et principum sylva historica, et enseigna la théologie dans les maisons de son ordre, à Paris, puis k Saumur. Après la mort de son père et de son oncle, il s'occupa avec ses frères de la révision de \o.Gallia christianà et de son impression (1656). La pension de 500 livres qui fut donnée à chacun d'eux augmenta leur zèle pour continuer cet ouvrage ; toutefois, Abel- Louis chargea bientôt Denis de Sainte-Marthe de le remplacer dans ce travail. Il était déjà supérieur de sa maison lorsque, en 1C72, il fut nommé supérieur général de l'Oratoire. Il s'occupa beaucoup de la discipline des religieuses et de la conversion des protestants. Accusé de jansénisme par l'archevêque de Paris, M. de Harlay, il dut quitter Paris trois fois. Quand on cessa de le persécuter (1696), il donna sa démission et mourut peu après, dans la maison de Saint-Paul-aux-Bois. Il av;ut consacré plusieurs années à la composition d'un immense ouvrage, ï'Orbis chrislianus, qui ne fut pas achevé et qui forme 9 volumes de manuscrits in-folio.
SAINTE-MARTHE (Claude db), théologien, né à Paris en 1620, mort en 1690. Il était petit-fils de Jacques de Sainte-Marthe, fils de Gaucher 1er, qUi avait été médecin du roi et avait formé la branche des Champdoiseau. Claude de Sainte-Marthe, poussé par le goût de la solitude et de la contemplation, se lit prêtre et desservit quelque temps la cure de Mondeville (diocèse de Sens), puis il entra à Port-Royal-des-Champs. Après y avoir été persécuté à deux reprises, il le quitta en 1679 et se retira au château de Corbeville, où il mourut. On a résumé sa vie dans ce vers :
Ingenuit, tacuil, fugit et oecubuil.
Il est l'auteur des ouvrages suivants : Défense des religieuses de Port-Royal et de leurs directeurs (1667, in-4°), réponse aux attaques du théologien Chamiilart; Traités de piété (1702 et 1733, 2 vol. in-12); Lettres de piété et de morale (1709, 2 vol. in-12). On lui doit encore divers petits écrits de peu d'importance.
SAINTE-MARTHE (Denis de), historien et théologien, neveu du précédent, né k Paris en 1650, mort dans la même ville en 1725. Entré à dix-huit ans chez les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, il fut le dernier de la branche directe des Champdoiseau. Sainte- Marthe enseigna la philosophie et la théologie, jusqu'à ce qu'il devînt haut dignitaire de son ordre. Prieur à Tours en 1690, puis k Rouen, à Paris et à Saint-Denis, il devint en "1720 supérieur général des bénédictins. Il était d'un caractère doux et bienveillant. Il écrivit beaucoup d'ouvrages de controverse qui attestent une réelle érudition, entre autres : Traité de la confession contré les calvinistes (Paris, 1865, in-8°); Réponse aux plaintes des protestants touchant la prétendue persécution de France (16S8, in-12); Entretiens louchant l'entreprise du prince d'Orange sur l'Angleterre (1689-1691, in-12}; Lettres à M. de Rancé (1692-1093, in-12); Vie de Cassiodore (1694, in-12), le plus estimé de ses ouvrages ; Histoire de saint Grégoire le Grand (1697, in-40), qu'il traduisit en latin; enfin, il donna une nouvelle édition de la Gallia christianà, revue , refondue et augmentée , dans laquelle il inséra les travaux d'Abel-Louis de Sainte-Marthe (v. plus haut) et ceux de plusieurs de ses confrères. Ce vaste ouvrage, qui a été continué par quelques membres de la congrégation de Saint-Maur, a été repris de cotre temps par M. Hauréau. La famille
SAIN
1 de Sainte-Marthe a encore eu parmi ses metn- , bres plusieurs autres écrivains de moindre importance, pour lesquels nous renvoyons à la Bibliothèque du Poitou de Dreux du Radier.
SAINTEMENT adv. (sain-te-man — rad.
saint). D'une manière sainte, comme un saint : Vivre saintkment. Mourir saintement. Les crimes de la foi se commettent saintement et avec ta conviction de la vertu, (A. Martin.) C'est agir saintement que se parer pour Dieu. C. Delavione. SAINT-EMPIRE S. m. V. EMPIRE.
SAINTE-NEIGE s. f. (sain-te-nè-je). Bot.
Nom vulgaire du chiendent, dans le midi de la France.
| SAINTE -PALAYE (Jean - Baptiste de La ! Curne de), savant français, né à Anxerre en 1697, mort à Paris ne 1781. Il appartenait k une ancienne famille et son père avait été gentilhomme du duc d Orléans, puis receveur du grenier il sel d'Auxerre. D'une constitution débile, le jeune La Curne resta dans le giron maternel jusqu'à l'âge de quinze ans et commença seulement alors ses études. Il travailla tant et si bien, pour réparer le temps perdu, qu'à vingt-sept ans il était admis à l'Académie des inscriptions (1724), bien qu'il n'eût encore rien publié k cette époque. En 1725, il fut envoyé à Wissembourg, auprès du roi Stanislas, et chargé d'une mission diplomatique; mais il ne tarda pas à revenir aux lettres. D'abord il s'occupa d'un mémoire sur deux passages de Tite-Live et de Denys d'Halicarnasse (1727), puis il dirigea ses recherches sur nos origines nationales. Jusqu'en 1740 il donna de curieuses notices, puisées dans les vieilles chroniques françaises. « La lecture qu'il faisait des chroniqueurs et des romanciers le conduisit k former une triple et vaste entreprise, d'expliquer d'abord l'une des institutions les plus remarquables du moyen âge, la chevalerie ; ensuite de composer un dictionnaire des antiquités françaises et un glossaire complet des variations de notre langue. Au premier de ces ouvrages, où l'intérêt l'emporte sur l'érudition, il voulut joindre une histoire des troubadours. Dans ce dessein, il retourna en 1749 en Italie (il y avait fait un voyage en 1739), en rapporta quatre mille pièces inédites ou peu connues, apprit seul la langue provençale et forma de ses immenses matériaux une collection de 23 vol. in-fol. » Ensuite il donna une partie de son Glossaire de l'ancienne langue française. Mais son ouvrage le plus considérable est le Dictionnaire des antiquités françaises, qui ne forme pas moins de 40 volumes in-folio. Cette collection, acquise par M. Moreau, se trouve actuellement k la Bibliothèque nationale, et ses dimensions ne permettent point de songer à la publier. Une tendre amitié unissait La Curne à son frère jumeau. Jamais ils ne se séparèrent; ils eurent le même logement, les mêmes habitudes, les mêmes sociétés, les mêmes amusements. Sainte-Palaye mourut plus qu'octogénaire. Outre son titre de membre de l'Académie des inscriptions, il avait été reçu, en 175S, à l'Académie française, en raison de ses travaux sur la langue, et il faisait aussi partie des Académies de la Crusca, de Dijon et de Nancy. Les autres ouvrages de ce savant sont : Lettre à Bachaumont sur le bon goû: dans les arts et les lettres (s. 1., 1751, in-12); Mémoires sur l'ancienne chevalerie considérée comme un établissement politique et militaire (Paris, 1759-1781, 3 vol. in-12). Le tome III, dont Ancillon fut l'éditeur, contient différentes pièces peu connues; une nouvelle édition annotée en a été donnée sous le nom de Charles Nodier (Paris, 1826, 2 vol. in-8°). Cet ouvrage a été traduit en polonais, en anglais et en allemand. Le même savant a publié, en 1756, le fabliau d'Aucassin et Nicolette (iu-12).
SAINTE-PREUVE (François-Georges BiNET de), littérateur français, né vers 1800. A sa sortie de l'Ecole normale, il professa les mathématiques dans plusieurs lycées de Paris, notamment à Charlemagne et k Saint-Louis. On lui doit divers ouvrages élémentaires dont les principaux sont : Leçons élémentaires d'astronomie ; Notions essentielles sur la physique, la chimie et les machines; Eléments de cosmographie (1835-1850).
SAINT-ERNEST ( Louis - Nicolas Brette , dit), artiste et auteur dramatique français, né k Orléans en 1806, mort k Paris le 20 mars 1860. Après avoir été successivement maître d'étude à Paris, copiste et aide maçon , il fit, de 1829 à 1832, partie d'une troupe d'acteurs nomades et parcourut la province.
Venu k Paris en 1832, il débuta à la Porte- Saint-Martin et parut ensuite à l'Ambigu, où il obtint, de 1837 k 1852, de nombreux succès dans le drame. Il était, k sa mort, régisseur de la scène au théâtre du Cirque. Il a collaboré k divers ouvrages dramatiques, entre autres k Don Pèdre le mendiant, Rose Méuard, Jeanne, Henri le Lion, représentés de 1837 k 1846.
SAINTERON s. m. (sain-te-ron — dimin.
de saint). Fam. Hypocrite, homme qui fait le saint. Il Peu usité.
SAINTES, en latin Santones, Mediolanum, ville de France (Charente-Inférieure), ch.-l. d'arrond, et de deux cantons, près de la rive
SAIN
gauche de la Charente, k 69 kilom. S.-E. de La Rochelle; pop. aggl., 9,585 hab. — pop. tôt., 11,570 hab. L'arrond. comprend 8 cantons, 109 communes et 82,593 hab. Tribunaux de première instance et de commerce, deux justices de paix, collège communal, bibliothèque publique. Fabriques d'instruments d'agriculture, crème de tartre, étaraiues, futailles, bougies; mégisseries, tanneries. Commerce de grains, vins, eaux-de- vie, bois, cuirs. La ville est agréablement située sur le penchant d'un coteau au pied duquel coule la Charente. Son aspect est très-pittoresque, mais l'intérieur est composé de rues étroites et escarpées; les maisons sont généralement mal bâties ; cependant, dans la partie basse de la ville, que traverse un beau boulevard planté d'ormes, on remarque quelques belles constructions modernes.
— Histoire. Ancienne capitale des Santones, Saintes porta k l'origine le nom do Mediolanum, qu elle échangea contre celui du peuple dont elle était la métropole k l'époque de la conquête romaine. C'est alors que cette ville se couvrit de monuments, de temples, de cirques, de thermes, de naumachies et d'hypogées. Elle eut aussi un capitule, élevé sur une colljne, lequel servait de citadelle à la garnison romaine, et un arc de triomphe dont nous reparlerons plus loin. Le christianisme pénétra k Saintes par saint Eutrope, qui y souffrit le martyre, et ses premiers progrès coïncidèrent avec les derniers jours du poëte Ausone, qui vint mourir aux portes mêmes de Saintes, sur les bords de la Charente, dans sa villa de Pagus Noverus. La domination wisigothe remplaça plus tard celle des Romains, et dès lors l'histoire de la ville se perd dans d'inextricables chroniques religieuses d'un médiocre intérêt. En 768, Pépin s'empara de la ville de Saintes, où la famille de Waïfre s'était réfugiée. Charlemagne y passa et y jeta les fondements de l'église épiseopale Saint-Pierre. A sa mort, les Normands ravagèrent le pays à deux reprises (845 et 865), En 950, Saintes fut incorporée au duché d'Aquitaine en même temps que le reste de la Saintonge. C'est pendant cette période que Foulques Nerra fit enfermer dans le château de Saintes le comte du Maine, Herbert Eveilie-Chien, pour crime de trahison. Après la mort de Geoffroy Martel (1060), la ville et le territoire de Saintes furent réunis au domaine ducal d'Aquitaine, mais l'année suivante la défaite de Guy Geoffroy, duc d'Aquitaine, a la bataille de Chefboutonne, l'obligea à restituer à Foulques Réchin, comte d'Anjou, cette riche portion de province. Auxiie siècle, le mariage d'Eléonore d'Aquitaine avec Henri, duc de Normandie et depuis roi d'Angleterre, lit passer Saintes sous la domination des Plantagenets. Le nouveau possesseur eut bientôt k défendre son domaine contre ses propres enfants. En. 1174, Richard, duc d'Aquitaine, en révolte ouverte contre son père, s'enferme dans Saintes; Henri II vient l'y assiéger, et le rebelle, effrayé de la vivacité de l'attaque, abandonne la ville et court se réfugier dans le château de Taillebourg (1174). En 1204, Jean sans Terre donna Saintes avec Niort et Sautnur, à titre de douaire, k sa femme Isabelle d'Angoulême, et dix ans plus tard (1214) il céda la première de ces villes à Hugues le Brun, comte de La Marche. C'est k Saintes que se réfugia l'armée anglaise battue k Taillebourg par Louis IX; Henri III dut en sortir à la nouvelle de la défection du comte de La Marche pour gagner Blaye (1242). Saint Louis, devenu alors maître de la province, lit reconstruire les murailles de la ville; mais il rendit aux Anglais, par scrupule de conscience, la portion delà Saintonge au nord de la Charente. Les exactions de l'ennemi ne tardèrent pas k soulever la population : Agnès de Rochechouart, abbesse de Saintes, d'accord avec le reste du parti religieux qui s'était mis k la tète de la résistance, secoua la première le joug de l'oppression. La guerre éclata aussitôt entre Edouard et Charles le Bel ; l'Angleterre s'empara de Saintes et la livra au pillage (1326). Le comte d'Alençon la reprit quatre ans plus tard, mais la paix la rendit aux Anglais. Nous n'avons pas k raconter ici les diverses vicissitudes qui alternativement firent passer la Saintonge sous la domination de la France et sous celle de l'Angleterre depuis le roi Jean jusqu'à Louis XI (v. Saintonge). Saintes posséda, dès 1183, une commune régulière dont le régime fut modifié en 1338, mais sans que les modifications nouvelles en diminuassent les privilèges. Ces privilèges étaient considérables, et les rois de France et d'Angleterre les étendirent les uns après les autres, parce qu'ils avaient intérêt k s'attacher les habitants. Sous Charles VII, Saintes, définitivement incorporée à la couronne, put développer librement son commerce et son industrie. Sous François Ier, l'impôt exorbitant de la gabelle souleva une véritable jacquerie (1548). Une année de paysans s'empara de Saintes, brisa les portes des prisons et donna la liberté aux sauniers, qui faisaient la contrebande du sel. Partout les registres des gabelles furent brûlés et les gabeleurs pendus. L'insurrection fut écrasée enfin par le connétable de Montmorency ; mais Saintes échappa aux vengeances du connétable, grâce k l'intervention de l'évêque (Charles de Bourbon, depuis roi de la Ligue sous le nom do Charles X) et au caractère bienveillant et
SAIN
chevaleresque du gouverneur, le comte de Vieilleville. Vers le même temps, la Réforme pénétra à Saintes et y fut bientôt assez forte pour faire décréter et respecter la liberté de conseillée. Des désordres s'ensuivirent, qui prirent tin lorsque les calvinist 'S se furent rendus maîtres absolus de la ville (1570) sons les ordres de Scubise. La paix de Saint-Germain fit rentrer Saunes sous la domination du roi. C'était, en 1577, la seule ville de toute la Saintonge qui fût au pouvoir des catholiques; depuis, elle ne participa plus aux guerres de religion. Elle reconnut la légitimité de Henri IV et en obtint la confirmation de ses libertés municipales (159S). Louis XIII, en 1612, renouvela les mômes
faranties, mais la rude compression du carinal de Richelieu ne tarda pas a briser Vindépendance communale de la ville. Enfin, sous Louis XIV, la ville de Saintes ne fit plus que déchoir.
Au xvmo siècle, la royauté revint cependant pour elle ii des idées plus libérales; la mairie perpétuelle est supprimée et l'élection rétablie, mais ce retour n'est pas de longue durée. Sept ans après (1725), le roi choisit la maire parmi des candidats élus. Au moment de la Révolution, le corps municipal se composait du inaire, du lieutenant du maire, do quatre échevins, de deux assesseurs et d'un lieutenant de police. Lorsque la nouvelle division territoriale succéda aux anciennes provinces, Saintes devint le chef-lieu de la Charente-Inférieure; mais un décret de 1810 transporta la préfecture à La Rochelle.
— Monuments. Saintes est une des villes de France les plus riches en monuments historiques; nous les classerons en monuments antiques et en monuments modernes.
Monuments antiques. Ils sont au nombre de deux : l'arc de triomphe de Germanicus et l'amphithéâtre. L'arc de triomphe s'élevait naguère encore à l'entrée d'un pont aujourd'hui démoli; cet arc a été depuis réedilié, pierre à pierre, sur les bords mêmes du fleuve, parles soins de la commission des monuments historiques et sous la direction de M. Cierget, architecte. La façade présente de chaque côté un pan de mur avec des retours. Chaque-portique est orné dans son contour d'archivoltes ou moulures en saillie, reposant sur de petites assises ù'ordre corinthien, qui couronnent les pilastres ou montants dont la buse est enterrée dans des ouvrages de construction moderne. Un grand entablement, dont les quatre angles sont supportés par autant de eolonnettes cannelées, règne sur chaque face au-dessous de la double arcade. Une corniche sans modillons surmonte la frise et l'attique se Compose de trois assises de pierres dont le couronnement a été taillé au xive siècle en forme de créneaux. Sur chaque face du monument la frise de l'entablement est occupée pur une inscription; une autre, visible seulement du côté de la ville, se lit sur l'attique ; ces trois inscriptions sont fort altérées, et on n'arrive à les reconstituer que difficilement. L'arc de triomphe de Suintes fut élevé en l'honneur de Germanicus Cé»ar, fils de Bru tus et d'Antoniue la Jeune, entre le quatrième et le cinquième consulat de Tibère, c'est-à-dire de l'an 774 à l'an 784 de Rome ou de l'an 21 à l'an 31 de J.-C. L'édifice fut consolidé eu 1SG5, sous le ministère de Colbert, par l'ingénieur Blondel, qui en a donné une description trèsexacte dans son Traité d'architecture. Malgré les efforts de cet architecte, l'arc de Germanicus était fort endommagé par le temps, et les blocs de pierre dont il est construit, superposés par assise et sans ciment, étaient presque partout disjoints et lézardés, lorsque la commission des monuments historiques prit la mesure dont nous avons parlé. La hauteur totale de l'arc du triomphe, y compris son soubassement, était, avant sa translation, de 20 mètres au-dessus du niveau moyen des eaux de la Charente.
L'amphithéâtre de Saintes est situé hors de la viile, au fond d'une vallée qui sépare le faubourg Sainl-Maclou de la paroisse Suint- Eutrope. C'est une ellipse de 133 mètres de longueur sur 108 mètres de largeur, dont les côtes s'appuient aux deux collines parallèles qui bordent le vallon.
La surface de l'arène était de 36 ares 32 centiares et ies gradins pouvaient recevoir environ 20,000 spectateurs, sur trois rangs. On reconnaît encore aujourd'hui les restes du podium, terrasse circulaire sur laquelle se plaçaient les magistrats; autour de l'aire et dans la partie intérieure de l'édifice se trouvaient les loges, cavex, d'où les bëtes féroces étaient lâchées contre les bestiaires. Ces loges paraissent aujourd'hui enterrées, mais on voit les voûtes qui conduisaient aux vomitoria, avenues placées au sommet des escaliers, et ainsi nommées de ce qu' elles semblaient vomir la multitude. Le cirque, à en juger par les^ruines des piles, devan contenir soixante voûtes; il n'en reste plus aujourd'hui, à l'extrémité inéridiouule, que douze ou treize assez bien conservées, dont deux surpassent toutes les autres de plus d'un tiers en hauteur et en largeur. «Tout porte à croire, dit Al. Massion dans la savante notice insérée dans le bulletin monumental, que l'amphithéâtre de Suintes servait non-seulement à des combats de gladiateurs, inuis encore à des r.aumachies ou joutes sur IVau. C'est ce o,ui semble résulter de son as-
SAIN
siette au fond d'une vallée, de la découverte d'un pavé en pierre de taille à quatre ou cinq pieds au-dessous de l'aire et surtout de l'existence d'une voûte d'aqueduc dans la partie du coteau qui descend de l'est aux arènes. Cet aqueduc, selon toute upparenee, tirait sa source d'une fontaine appelée FontGiraud, dans la commune d'Ecoyeux, à trois lieues à l'est de Saintes. On en suit la trace pendant plus de 1,500 toises à partir de ce lieu, puis on le perd de vue au milieu des collines qu'il traverse et où l'on aperçoit des puits de distance en distance. » L'amphithéâtre de Saintes, comparé à ceux de Nîmes, do Bi r Jeanx, de Pompéi et même au Colisèe, ne le cède qu'à ce dernier pour la superficie de l'arène. Construit en blocage noyé dans un bain de ciment, avec parement en blocs de petit appareil smillés, il paraît remonter à la tin du Ier siècle ou a lu première partie du ne siècle de l'ère chrétienne. En 1849, la ville de Saintes a acquis, moyennant 6,000 francs, les ruines de l'amphithéâtre, et d'importants travaux de fouilles et de terrassements ont été exécutés sous la direction de l'abbé Lacurie, un de nos plus remarquables archéologues. A la buse du coteau qui domine l'ainphuhéàtre au sud se trouve un bassin taillé dans le roc, qui reçoit l'eau de la source de Sainte-Eustelle et forme un but de pèlerinage légendaire pour les jeunes filles qui désirent se marier dans l'année. Il ne reste aujourd'hui que des débris de l'ancien capitule, bâti jadis sur la colline où s'élève lhôpilal civil et militaire. Enfin, on a exhumé il y a quelques années, dans le jardin d'une maison sur la rive gauche de la Charente, des restes de bains ou ihermes assez curieux et fort bien conservés. «Ils consistent, dit le mémoire auquel noua empruntons ce détail, en deux baignoires quadrangulaires ayant 0 pieds 6 pouces de longueur sur 2 pieds 6 pouces de largeur et 2 pieds de profondeur. Elles sont construites en pierre calcaire de 3 pouces d'épaisseur et revêtues entièrement d un parement en petits cubes de moellons piqués. Dans les deux petits côtés de la baignoire on remarque des cheminées ou tuyaux de chaleur en terre cuite, ayant environ 14 pouces de hauteur verticale sur 7, et 4 d'ouverture quadrangulairc. Dans l'une des baignoires on compte douze de ces conduits et quatorze dans l'autre; ils sont très-rapproehés et dans un bon état de conservation. Chaque baignoire était chauffée au moyen d'un hypocauste ou fourneau placé en dessous, dont on voit l'orifice en forme de four. Un troisième * fourneau, ayant une ouverture semblable, était destiné a réchauffer le pavé d'une salle carrée dont on aperçoit les fondements et qui communiquait, par deux de ses angtes, aux deux baignoires et, par deux de ses cotés, à deux autres salles que des fourneaux réchauffaient pareillement. ■
Monuments modernes. La cathédrale de Saintes, dédiée à saint Pierre, fût fondée par Charlemagne en 777, brûlée deux siècles après et réédiiiée en 1117 pur l'évoque Pierre de Cunt'olens. Elle subit plusieurs modifications et remaniements à la lia du xiv° siècle et au milieu du xv«. Les protestants la ravagèrent en 1558 et n'épargnèrent que la tour du clocher, quelques arceaux des bas-côtés et les contre-forts couronnés de- pyramides qui servaient à retenir la poussée des voûtes. Ces ures-boutants, très-élevés et d'un travail admirable, sont maintenant isolés. Un trèsbeau portail ogival flamboyant du xw« siècle s'ouvre au pied de la tour du clocher ; on remarque sur ses voussures en volute les figures des principaux saints , dont les noms sont placés sur des banderoles au-dessus de leurs têtes. La tour est flanquée à chacun de ses angles d'uu double contre-fort orné de deux étages de clochetons octogones. Audessus de la plate-forme s'élève une lanterne octogonale, décorée de frontons triangulaires sur chacune de ses faces et couro.mée par une coupole a huit pans, d'un effet peu gracieux. A l'intérieur, la nef du xvo siècle est séparée des collatéraux par deux rangs de pil.ers cylindriques, sans chapiteaux; huit chapelles plus modernes, mais du même style, régnent lo long des bas-côtés. Le transsept voûté en coupole remonte au xnc siècle. Quant aux voûtes de la nef et du chœur, elles appartiennent au siècle dernier et sont d'un style lourd et desagréable. La chaire, d'un beau travail, mais peu en harmonie avec le surplus de l'édifice, est moderne, ainsi que les vitraux.
Eglise Saint- Eutrope. Cette église, bâtie, suivant les bollandistes, au vie siècle sur l'emplacement où saint Eutrope , premier apôtre de Saintes, souffrit le martyre, fut ruinée par les Normands au ixe siècle, reconstruite ainsi que la crypte dans la dernière partie du xi<s, et détruite en partie par les calvinistes en 156S. Elle a conservé ses pleins cintres jusqu'à nos jours; ils éclairent deux belles chapelles romanes de forme octogonale, bâties eu hors-d'œuvre à droite et a gauche de la grande chapelle absidale qui sert de chœur. Une flèche, également octogonale, haute de 70 mètres, surmonte la tour carrée, flanquée aux angles do contre-forts termines par des clochetons pyramidaux.
La façade moderne, conçue dans le style roman, n'a pour ouvertures que les trois portes qui donnent accès dans la nef et dans les collatéraux. A l'intérieur, de gros piliers
SAIN
quadrangulaires, enntonnés de colonnes cylindriques portant de curieux chapiteaux romans, séparent la nef des bus-côtés. La voûte de la grande nef est en berceau; celles des bas-côtés sont en demi-berceau; le chœur est formé d'une chapelle absidale du xvo siècle et décoré de statues modernes. La cryple s'étend sous l'église ; son entrée est placée à la base de la tour ; elle est, après celle de la cathédrale de Chartres, la plus vaste qui existe en France. Elle est précédée d'uu grand narthex, dont ies murs seuls appartiennent à la construction de la fin du xie siècle. ■ Elle présente, dit M. Viollet-le-Duc, cette particularité remarquable qu'elle est largement éclairée et que ses chapiteaux sont richement sculptés. C'est un large vaisseau (large pour une crypte) de 5m, 40, terminé par un rond-point avec collatéral pourtournant et trois chapelles rayonnantes. Les murs des collatéraux ont été repris à la lin du xne siècle et au xine, ainsi que les voûtes des deux chapelles latérales. La chapelle absidale a été reconstruite. • Derrière un autel placé au rond-point et qui détruit l'effet majestueux de lu crypte se trouve le tombeau de saint Eutrope, découvert en 1843 dans une excavation de rocher. Ce tombeau se compose d'une dalle posée sur deux marches. Sur l'un des rampants de la dalle, qui date du iv« ou du ve siècle, se lit le nom du martyr, écrit en grosses capitales romaines : Evtropivs.
Eglise Notre - Dame. La fondation de cette église est due à Geoffroy Martel et remonte à 1047. Elle faisait partie, à l'origine, d'une abbaye considérable, dont les bâtiments sont aujourd'hui occupés par une caserne de cavalerie. C'est un édifice conçu dans le style du xi« et du xii» siècle. Sa façade est percée de trois portails à voussures ornées, ainsi que les chapiteaux des colonnes, de sculptures très-curieuses. Un gros clocher de la fin du xie siècle s'élève au point de rencontre de la nef et du transsept. « 11 se compose, dit M. Viollet-Leduc dans son Dictionnaire d'architecture, au-dessus des voûtes de l'église, d'un étage carré percé sur chaque côté de trois arcades soutenues par des piles formées de colonnes engagées. Une voûte hémisphérique porte, comme à Saint-Front de Pértgueux, un étage circulaire, non plus composé de colonnes, mais de douze petits contre-forts cylindriques, entre lesquels s'ouvrent des arcades divisées par une colonne. Cet étage est surmonté d'un chapeau conique, légèrement convexe, couvert d'écaillos retournées, comme celui de Saint-Front. » L'intérieur de Notre-Dame se compose d'une seule nef, d'un transsept et d'un chœur avec abside octogonale. Détail curieux et authentique, cette église servit longtemps d'écurie a la caserne voisine avant d'être rendue au culte.
Outre les monuments que nous venons de décrire, il faut encore mentionner : l'église de Saint-Palais, édifice du xne siècle dont le portail est un intéressant spécimen de l'architecture de transition; l'ancien hôtel de ville, élégant édifice de la Renaissance, surmonté dune tourelle, et dans lequel est installé un musée d'antiquités, riche de plus de 7,000 médailles, sans parler des statues, ci ppes, frises, bas-reliefs, etc., etc. La bibliothèque, comprenant environ 25,000 volumes, est installée dans l'hôtel de ville actuel, monument sans caractère. Saintes possède un palais de justice, un haras, un théâtre et u*i hôpital de la marine ; la façade de ce dernier établissement ne manque pas de grandeur. Il occupe les bâtiments de l'ancien grand séminaire.
Les promenades de Saintes se bornent au quai Reverseau, vaste et planté d'arbres, et à la place Bel-Air, décorée d'une colonne et au delà de laquelle s'étend le faubourg des Roches, centre d'une très-forte exploitation de carrières de pierre. Du quai, on domine une vaste plaine qui, chaque année, sert d'hippodrome à des courses assez en vogue dans le monde du sport.
Saintes a vu naître : Bernard Palissy, dont la statue, œuvre de M. Talhuet, a été élevée le 2 août 1868 sur l'une des places de la ville ; le conventionnel Bernard, les deux députés Esohasseriaux et, dans ces derniers temps, MM. Dufaure, Hervé, Moreau et Chaudruede Crazunnes.
SbIuicb (bataille de), gagnée en 1242 par Louis IX sur les Anglais. V. Tailleboukg.
SAINTES (les), groupe de petites îles de l'Amérique centrale, Antilles françaises, à 12 kilom. S. de la Guadeloupe, dont il dépund ; la pointe septentrionale, ou pointe à Vaches, de la plus occidentale de ces lies est par 150 51' de huit. N. et 64« 1' de longit. O. Les deux Ilots principaux sont : la Terre d'en haut et la Terre d'en bas; les autres sont l'Ilot à Cabrit, près de la côte septentrionale de la Terre d en haut; lo Grand Ilot, au S., et la Coche, à l'O. du Grand Ilot. La superficie totale du groupe est de 1,256 hectares, dont 162 cultivés; le sol, généralement sec et aride, lie produit qu'un peu' de café et de maïs. Mais l'Ilot à Cabrit forme avec la Terre d'en haut une rade vaste et très-sûre dans laquelle une nombreuse flotte de guerre peut hiverner; 1,256 hab. Ce groupe fut découvert le 1er novembre 1493 par Christophe Colomb, qui le nomma los Suntos ; les Français Cn prirent possession en 1648; mais de 1794
SAIN
n 1814, il appartint aux Anglais, qui ne le rendirent à lu France qu'après avoir détruit les forts et les établissements publics.
SAINTES (Claude de). V. Sainctes.
SAINT-ESPRIT a. m. Troisième personne de la Trinité, procédant des deux autres.
— Encycl. V. Trinité, et don pour ce qui concerne les dons du Saint- Esprit.
— Iconogr. Le symbole le plus ordinaire et presque le seul du Saint-Esprit, chez les peintres chrétiens, est la colombe. Dans le beau vitrail, pur exemple, de la cathédrale de Sens, représentant saint Etienne prêchant nux Juifs assemblés, on voit le Saint-Esprit, en colombe blanche à nimbe d'un jaune d'or, étendant ses grandes ailes sur la lètn tin jeune confesseur de la foi nouvelle. Dans toutes les églises élevées en France, en Italie et en Allemagne, sous le vocable du Saint- Esprit, on retrouve ce symbule. Lu couleur delà colombe est celle de la neige; le bec et les pattes sont rouges; le nimbe qui entoure la tête est d'un jaune d'or éelutiiiit et divisé, le plus souvent, par uua croix rouge. Dans l'église d'Auxerre, le rouge est au champ du nimbe et l'or est sur les croisillons. La couleur blanche affectée au Saint -Esprit est symbolique ; elle lui est attribuée comme la plus lumineuse des couleurs, et par opposition à celle du mauvais esprit, qui est noir.
Le Saint-Esprit a pris aussi quelquefois pour symbole la forme humaine. C'est vers le xo siècle que cette coutume acquit de l'extension ; mais cette façon de représenter le Saint-Esprit n'a pas été longtemps en faveur, car, au xvi» siècle, elle tombe en désuétude. Le plus ancien exemple du Saint- Espril figuré en homme se retrouve dans un manuscrit anglais attribué à saint Dunstan, qui mourut en 998 archevêque de Cantorbéry. Les trois personnes divines ont la figure humaine; le Père est en empereur, }e Fils est en Christ, tenant sa croix ; la figure du Saint-Esprit est iinbeibe. Deux cents ans plus tard, le manuscrit d'Henude nous donne les trois personnes tout à fuit identiques comme âge, comme figure et comme maintien. Un repos se produit dans lu figuration du Saint-Esprit en homme pendant tout le xme siècle ; mais, du xivo au xvie, l'essor reprend ; nous le trouvons alors ayant la forme humaine depuis l'enfance lu plus tendre jusqu'à la vieillesse lu plus avancée. Dans un manuscrit où le Père est représenté créant le ciel et la terre, on voit le Saint- Esprit sous la figure d'un petit enfant nu qui repose sur les vugues. Dans un autre manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale et qui est du xve siècle, le Saint-Esprit sous forme humaine a déjà de la barbe; il semble avoir une vingtaine d'unnées, et bientôt nous le verrons ayant environ trente ans comme Jésus, par exemple sur les stalles de la cuthédrale d'Amiens Enfin on le voit quelquefois aussi figuré à la fuis par les deux symboles réunis ; lu colombe, dans ce cas, se pose sur lu tête ou sur la main de l'homme qui représente le Saint-Esprit. Au xive siècle, l'homme a toujours trente et quarante uns ; du xv« siècle jusqu'il la première moitié du xvic, il prend tous les âges. Depuis 1550 jusqu'à nos jours, la colombe reparaît toute seule.
Quant aux attributs du Saint-Esprit, ils sont curieux en ce sens qu'ils peuvent fournir de précieux ren-eignements sur l'histoire de l'art aux différentes époques. Le Saint- Esprit se distingue d'abord, comme le Père et le Fils, par son nimbe et souvent par un ' nimbe crucifère. Un le trouve sans nimbe sur les anciennes mosaïques, ou bien le nimbe est rayonnant mais non crucifère; bientôt les fleurons et les fuisceuux disparaissent; puis viennent les auréoles, les nimbes du corps, se traduisant sous la forme de rayons. Aux époques où le nimbe crucifère est donné aux autres personnes divines, il n'est pas rare d'en voir le Saint-Esprit dépourvu; quelquefois cela tient à une erreur; quelquefois aussi cela tient au manqua de place. Quand la tète de la colombe n'atteint que la dimension de celle d'uu passereau, elle est toujours sans nimbe. Le psautier de suint Louis, qui donne le Christ environné des sept colombes d'Isuïe, présente six d'entre elles sans nimbe ; la septième en porte un, mais uni.
— Dons du Saint-Esprit. On lit au chapitre xi d'/saïe : « Un rameau sortira de la tige de Jessé, et de sa racine monteia une fleur, et l'Esprit du Seigneur se reposera sur lui : l'Esprit de sagesse et d intelligence, l'Esprit île conseil et de force, l'Esprit de science et de piété, l'Esprit de la crainte de Dieu le remplira. » Le moyen âge s'empara de ces paroles, les développa, appela les qualités qui y sonténumérées les sept dons du Saint- Esprit et imagina une foule de symboles pour les figurer sur ses monuments. L'arbre de Jesse fut le plus ordinaire do tous ces symboles. Aux manuscrits de la Bibliothèque nationale, on peut en voir de nombreux échantillons en tête des livres d'heure , des offices de la Vierge, etc. Un arbre s'échappe des entrailles, de la poitrine ou de lu bouche de Jessé; le tronc symbolique jette à droite et ù gauche des rameaux qui portent, connus fleurs et comme fruits, les rois de Judu, ancêtres du Christ. Au sommet, sur lu tige la plus haute, so drosse, ècluj.anl et glorieux, lu
SAIN
Fils de Dieu, assis sur une trône placé le plus souvent dans le calice largement ouvert d'une fleur gigantesque. Tout autour de Jésus s'échelonnent sept colombes blanches Comme le Saint-Esprit, comme lui ornées d'un nimbe crucifère.
A la Bibliothèque nationale on conserve, sous le n° 6829, un beau manuscrit d'une liiblia sacra, dont une miniature représente Jésus porté par sa mère et les sept petites colombes divines qui volent vers l'enfant. Ce manuscrit est du xiv« siècle. Rien n'est plus fréquent, du reste, que de voir les colombes environnant ainsi Jésus homme ou enfant. On les remarque deux fois sur les vitraux de l'église de Suint-Denis, trois fois sur ceux de la cathédrale de Chartres, une fois seulement sur les vitraux de la collégiale de Saint-Quentin, des cathédrales d'Amiens et de Beauvais, et enhn sur ceux de l'église de Breuil, village de l'arrondissement de Reims. Un manuscrit, qui est de la seconde moitié du xmc siècle et que l'on peut voir à la Bibliothèque nationale (Vergier de Soias, Supplément français, 1 12, in fol.), présente les sept esprits avec leurs noms disposés en arcade autour de Jésus. A gauche en montant se placent les esprits de conseil, d'intelligence et de sagesse; à droite, toujours en montant, se trouvent les esprits de force, de science et de piété. Dans ce manuscrit, c'est l'esprit de crainte qui domine. Il est placé à la clef de voûte, au sommet de l'arcade. Dans le même manuscrit se voit une autre miniature représentant : la Vierge tenant encore dans ses bras l'enfant Jésus. Les sept colombes environnent l'enfant ; elles sont accompagnées de leurs noms , mais l'ordre n'est plus le même. A la gauche et dans le bas se pose la colombe de la crainte, puis paraissent celles de la piété, de la science, de la force, du conseil, de l'intelligence, de la sagesse.
Sur le psautier de saint Louis, la colombe qui représente la sagesse a tous les honneurs. Elle est placée tout au sommet de l'arbre de Jessé, et seule elle a la tête ornée d'un nimbe. Nous avons une miniature d'un manuscrit remontant au xtvc siècle qui représente une Vierge tenant dans ses bras Jésus, illuminé de sept esprits. Cette Vierge est posée sur le chandelier symbolique à sept branches.
Les sept dons du Sainl-Espril sont toujours attribués à Jésus. Une seule exception existe, c'est en Allemagne : dans la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau, sur un vitrail de la nef latérale du nord, on voit la Vierge assise et tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. L'enfant Jésus est habillé de jaune et debout. Jésus porte le nimbe crucifère; de la main gauche, il tient une belle fleur rouge qui est peut-être une rose, mais une rose simple à nombreuses étamines jaunes. De la main droite Jésus cherche à prendre une grosse prune rouge que lui présente sa mère. Marie porte une robe verte et un manteau violet doublé de rouge, sur la tête un voile blanc assujetti par une couronne d'or. Un nimbe rouge orné de perles et de diamants lui éclaire la figure. Marie est dans le plus splendide costume; autour de son nimbe et non pas autour de Jésus, s'ébat une volée de sept petites colombes blanches ; elles convergent au centre du nimbe de la Vierge et ne se tournent en aucune façon vers Jésus. C'est donc un être divin que Marie, elle est donc douée comme sou fils des sept dons du Saint-Esprit. On peut bien dire que les colombes sont là parce que Jésus s'y trouve; mais toujours est-il que c'est à Marie et non à Jésus que les colombes font fête et battent des ailes. C'est le seul sujet que nous connaissions de cette espèce.
Sainl-Espril de Montpellier (ORDRE Dlî).
Gui de Guado, seigneur français, établit, en 1195, à Montpellier un hôpital destiné a recueillir les infirmes et les incurables, et le plaça sous l'invocSuion de sainte Marthe. Le pape Innocent III entendit parler des résultats excellents donnés par cette institution de bienfaisance et, par une bulle du 23 avril 1 198, il donna à la fondation de Gui de Guado de nouveaux statuts, la constitua en ordre hospitalier, religieux et militaire sous le nom d'ordre du Saint-Esprit de Montpellier. Il chargea, en outre, le seigneur français de créer un ordre du même genre en Italie. C'est de cette pensée qu'est sorti l'hôpital de Sainte- Marie à Rome et l'ordre du. Saint-Esprit de Saxia. Pendant plusieurs siècles, les deux institutions rendirent d'importants services; mais l'ordre de France, par suite de discussions sur la grande maîtrise, déclina sensiblement sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII. Il tomba complètement en désuétude vers le milieu du xvme siècle. Un arrêt du mois de décembre 1672 déclara l'ordre du Saint-Esprit de Montpellier éteint de fait et supprime de droit, et ordonua que tous ses biens seraient confisqués au profit de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem et de l'ordre hospitalier de Notre-Dame du Mont-Carmel. Les membres de l'ordre protestèrent; deux décisions du conseil d'Etat, en 10S9 et en 1693, confirmèrent la sentence attaquée ;mais, en 1693, une décision arbitrale rétablit l'ordre du Saint-Esprit purement et simplement. La paix ne fut pas rétablie dans l'ordre et, pour faire cesser les nouvelles contestations qui s'élevaient à propos de la grande niaî-
trise, il fallut déclarer, par un arrêt du 4 janvier 1708, que l'ordre du Saint-Esprit étant purement religieux devait être administré par un grand maître régulier. Une bulle du pape Clément XIII le joignit définitivement à l'ordre de Saint-Lazare. La croix de l'ordre, en argent, à six branches et douze pointes pommelées d'argent, portait au centre un médaillon en argent également avec l'image de la colombe ou du Saint-Esprit. Cette décoration s'attachait à un ruban blanc. Les chevaliers suivaient la règle de saint Augustin.
Sninl-Esprll de Snïtn (ORDRE du). Cet ordre, qui dérive de celui du Saint-Esprit de Montpellier, fut institué, en 1207, par Innocent III, avec l'aide d'un seigneur français, Gui de Guado, fondateur de 1 ordre de Montpellier. Le but de bienfaisance était le même et les statuts étaient calqués sur ceux de l'ordre de France. Pendant plusieurs siècles, les deux institutions brillèrent d'un vif éclat; mais des divisions s'étant élevées au milieu des chevaliers au sujet de la grande maîtrise, on fut dans la nécessité de partager la généralité de l'ordre, qui tomba dans une décadence complète et devint un ordre purement religieux. Les chevaliers suivaient la règle de suint Augustin. La décoration qu'ils portaient était une croix d'or ornementée à ses quatre extrémités et suspendue à une chaîne formée de losanges ayant une rose au milieu et de feuilles vertes.
Snîiil-E«pril no (troll dcslr (ORDRE DVj),
ordre de chevalerie fondé, en 1352, pur Louis d'Anjou, mari de Jeanne 1", reine de Naplcs, en mémoire de ce qu'il avait été couronné roi de Sicile et de Jérusalem le jour de la Pentecôte. On l'appelait aussi ordre du Nœud, parce que les membres de l'ordre portaient autour du bras droit un nœud ou cordon de soiu pourpre et or; sur ce nœud, on lisait les mots : Le Dieu plait. L'idée même qui a inspiré la singulière dénomination donnée à cet ordre n'a pas été suffisamment expliquéo par les historiens. L'ordre disparut à la, mort de son fondateur.
S«iaii-E*prii (ordrk du), ordre institué par Henri III, le 31 décembre 1578, pour remplacer celui de Saint-Michel, fondé par Louis XI, mais tombé en discrédit par suite de la facilité avec laquelle on l'avait accordé sous le règne du Henri 11. Il tendait aussi à empêcher les progrès de la Ligue en ralliant autour de lui les seigneurs avides de distinctions et d'honneurs. Le roi mit l'ordre sous la protection du Saint-Esprit, en souvenir du jour de la Pentecôte qui avait marqué deux t'ois dans sa vie, la première par son élection au trône de Pologne, la seconde par son avènement au trône de Fiance. C'était le premier ordre de l'ancienne monarchie. Le roi, qui en était le grand maître, nommait les chevaliers en chapitre général et il les choisissait parmi les personnages les plus distingués de sa cour et des cours étrangères. Les membres étaient au nombre de cent, non compris les étrangers. Ils devaient, pour êlre reçus, avoir trente-six ans révolus, faire profession de la religion catholique et justifier de trois degrés de noblesse au moins. Les prélats décorés de cet ordre étaient : quatre cardinaux, quatre archevêques ou évoques et le grand aumônier de Fiance. Ils étaient commandeurs et ne recevaient que l'ordre du Saint-Esprit. Les autres chevaliers devaient, dès l'abord, être reçus dans l'ordre de Saint- Michel. Ils entouraient leurs armes du collier de ces deux ordres et prenaient le titre de chevaliers des ordres du roi. A leur réception, les uns et les autres juraient de ne recevoir ni gages, ni pensions, m Etats de princes étrangers et de ne s'obliger envers personne sans l'expresse permission du roi. La devise de l'ordre était : Du.ce et auspice. La décoration consistait en une croix d'or, à, huit pointes pommelées d'or, éinaillée d'une bordure blanche, à fond d'or. Les angles étaient remplis par des lleurs du lis en or. Au milieu était figurée une colombe eu émail ayant les ailes déployées et au revers l'image de saint Michel, en or et en émail. Les deux emblèmes reposaient sur un médaillon à fond vert. Les chevaliers portaient cette croix attachée à un large ruban bleu céleste moiré, passé de droite à gauche, en forme de baudrier; les ecclésiastiques la portaient en forme de collier ; les officiers non commandeurs, en sautoir. Les chevaliers portaient aussi cette croix, brodée en argent, sur le côté gaucho de leur habit, avec une colombe au milieu et les angles garnis de lis. Le collier de l'ordre se composait de fleurs de lis et île trophées d'armes en or, d'où naissaient des flammes et des bouil'ons de feu, et de la lettre H surmontée d'une couronne. Les jours de cérémonie, les membres de l'ordre étaient revêtus d'un costume particulier. Supprimé en 1781 par l'Assemblée constituante, l'ordre du Saint-Esprit fut rétabli, le 16 novembre 1816, par Louis XVIII. Il ne se confère plus depuis la révolution de Juillet 1830. Il ne reste aujourd'hui qu'un titulaire de l'ordre du Saint-Esprit, c est le duc de Nemours, qui le reçut en 1829. L'avant-dernier titulaire était le duc de Mortemart.
SatnI-Esprit (HÔPITAL DU). L'HÔtel-DieU
de Paris ne suffisant pas à soulager toutes les misères engendrées par la guerre, pendant la captivité du roi Jean II, un grand nombre
• SAIN
d'enfants orphelins, de femmes et de filles sans ressource et sans asile mouraient de faim dans les rues de la capitale et étaient exposés aux insultes des mauvais sujets, « en grand péril de leur chasteté. » Quelques bourgeois charitables sollicitèrent la permission d'ériger, sous l'invocation du Saint-Esprit, une confrérie ayant pour but le soulagement des femmes, filles et enfants des pauvres honteux et des convalescents sortant de l'Hôtel- Dieu. Par mandement en date du 17 février
1362, Jean de Meulant, évêque de Paris, Accorda l'autorisation nécessaire, et la nouvelle confrérie reçut l'approbation de Charles, duc de Normandie, dauphin régent. Lé 27 juin.
1363, Bernard, comtedeVentadour etde Montpensier, et Dimanche de Châtillon, conseiller du roi, acquirent au nom de la confrérie du Saint-Esprit, de Pierre de Dunay, bourgeois de Paris, une maison située sur la place de Grève, tenant du côté du midi à l'hôtel des Grands-Piliers, devenu depuis quelques années l'Hôtel de ville. Dans cette maison, les confrères établirent l'hôpital du Saint-Esprit, où d'abord furent admis presque sans distinction tous les enfants délaissés. Sous le règne de Charles VII, sur les remontrances des confrères, il fut décidé que cet hôpital recevrait seulement les enfants nés en légitime mariage, à Paris ou dans les faubourgs, et âgés de moins de neuf ans. Là, formés à une vie pieuse et réglée, ils apprenaient un métier qui leur permît un jour de vivre du travail de leurs mains. L'hôpital faisait une petite dot aux filles qui trouvaient à se marier. Aux termes d'une ordonnance de Charles IX, en cas de décès, l'hôpital du Saint-Esprit héritait des objets mobiliers appartenant aux enfants qu'il ubri tait. L'annaliste Jacques Dubreul, qui écrivait au commencement du xviio siècle, s'exprime ainsi au sujet de l'hôpital du Saint-Esprit : a II y a de belles institutions audit hospital, desquelles la première est qu'il n'y a que les enfants nez en légitime mariage en la ville et fauxbourgs, orphelins de père et de mère, qui y soient receuz; les bastards et enfants trouvez exclus, tant par règlement dudiot hospital que par lettres patentes du roy Charles VII de l'an 14(5. La seconde est que les pauvres enfans des qualités susdictus y sont receuz dès la mammelle, et sont baillez en nourrice aux despens de l'hospitnl et soigneusement visitez et entretenus. Puis, après qu'ils sont élevés, on leur fait apprendre mestier, tant par des Ministres qui résident leiinz que par d'autres de la ville. La troisième est que les garçons qui sont plus capables et de meilleur esprit sont promeus aux ordres sacrés; ou tant iceux que les filles mises en religion aux despens de l'hospital. Le reste des enfans sont baillez au service des seigneurs et dames. Aux garçons qui ont appris mestier, on ayde à les faire passer maistres; comme aussi certaine somme d'argent est donnée aux filles pour les marier. Et à tous généralement est rendu le bien qu'ils ont apporté entrant en ycelui hospital, lorsqu'ils sont en aage. »
L'hôpital du Saint-Esprit était dirigé par un maître, sous la surveillance de quatre confrères chargés de l'inspection de toutes les parties du service ; on y élevait d'ordinaire 200 orphelins. Par lettres patentes du 23 mai 1679, l'administration de l'hôpital du Saint-Esprit fut réunie à celle de l'Hôpital général. Celte maison subsista ainsi jusqu'à la Révolution. En 1789, on y recevait 60 orphelines et 40 orphelins satisfaisant aux conditions de la fondation. On enseignait aux garçons à lire, à écrire, à compter ; aux tilles à coudre et à travailler dans la lingerie. Chacun des enfants entrant dans la maison consignait une somme de 200 livres que l'on donnait aux maîtres qui les prenaient en apprentissage. L'hôpital du Saint-Esprit possédait une infirmerie où les orphelins étaient soignés en cas do maladie, plus heureux eu cela que les enfants de la Pitié et des autres maisons de l'Hôpital général, qui, lorsqu'ils devenaient malades, étaient transportés dans les salles communes de l'IIôtel-Dieu, où ils se trouvaient exposés à tous les genres de contagions, physiques ou morales.
SAINTE-SCZANNE (Gilles- Joseph - Martin Bhuneteau, comte dis), général français, né à Poivre (Champagne) en 1760, mort vers 1833. D'abord page de la comtesse de Provence, puis sous-lieuienant d'infanterie, il adopta les idées de la Révolution, servit sous Custiue, puis sous Kléber, se signala ù la défense de Alayence et fut nommé adjudant général. Envoyé alors en Vendée, il se conduisit brillamment à la bataille de Cholet, devint général de brigade en 1794 et retourna à l'armée du Khin. Les services qu'il rendit aux batailles de Renchen, de Neresheiin, da Bibeibach, à la défense de Kehl, lui valurent le grade do général de division. En 1797, il commanda l'aile gaucho de l'armée placée sous les ordres de Moteau et contribua au succès des batailles d'Ettinghen et d'Aolen (1797), puis de celle de Hohenlinden. Ses infirmités précoces l'ayant contraint à quitter le service actif, il entra au conseil d'Etat, puis au Sénat (1804) et eeçut, avec la cordon de grand officier de la Légion d'honneur, le titre de comte. En 1814, il vota la déchéance de Bonaparte , resta à l'écart pendant les Cent-Jours et fut nommé pair de France. 11 refusa de voter dans le procès de Ney et fit partie de l'opposition libérale. On
SAIN
a' de lui : Projet de changements à opérer dans le système des places fortes pour les rendre véritablement utiles à la défense de la France (1819).
SAINTETÉ s. f. (sain-te-té — rad. saint). Qualité d'une personne sainte : La sainteté est l'abrégé et comme un précis des perfections divines. (Boss.) Nous voudrions une sainteté à notre mode, une sainteté selon nos oues, selon nos désirs, c'est-à-dire une saintktb qui ne nous coûtât rien. (Bourdal.) La sainteté, c'est la haine, la fuite du mal et la pratique du bien. (Le P. Ventura.) La sainteté est l'aristocratie du christianisme. (Le P. Félix.) La sainteté est une anticipation de l'esprit sur un ordre de choses qui n'est pas de ce monde. (A. Martin.)
— Qualité, caractère d'une chose sainte : La sainteté des liens du mariage. La sainteté du serment, des serments. (Acad.) Le nom de Dieu perd de sa sainteté pour être répété trop souvent. (J. Simon.)
--Titre d'honneur et de respect dont on se sert en parlant au pape, ou en parlant de lui, et dont on se servait autrefois en parlant ou en écrivant aux évêques, aux simples prêtres, à l'empereur de Constantinople ; Plaise à votre sainteté... Le jubilé que Sa Sainteté nous a accordé. (Acad.)
— Sujet de sainteté, Sujet qui représente un, acte relatif à la religion : Goya a beaucoup produit; il a fait des sujets de sainteté, des fresques , des portraits , des scènes de mœurs, etc. (Th. Gaut.)
— Mourir en odeur de sainteté, Mourir saintement, mourir de façon à faire présumer qu'on est au nombre des saints.
SAINT-ETIENNE (RaBaUt), homme d'Etat français. V. RABAUT,
Sainle-Union. V. LIGUE.
SAINTEUR s. f. (sain-teur). Féod. Droit payé par le serf à son seigneur, dès qu'il était affranchi.
SAINT- EVE (Jean-Marie), graveur, né à Lyon en 1810, mort en 1856. 11 entra, en 1828, à l'Ecole des beaux-arts de sa ville natale et y obtint de grands succès; un de ses parent3, frappé de ses progrès rapides, l'envoya à Paris en 1836, où il fut admis à l'Ecole des beauxarts. Il passa les années 1838 et 1839 dans l'atelier de Richomme. En 1840, il obtint le prix de Rome pour la gravure et partit pour cette ville. Durant son séjour à la villa Médicis, Saint-Eve produisit la Madone, d'après Andréa del Sarto ; le Portrait de ce maître, d'après lui-même ; Sainte Cécile, d'après un tableau de Raphaël, etc., etc. Ces ouvrages figurèrent au Salon de 1847. A son retour de Rome, Saint -Eve exposa au Salon de 1848 la Poésie, planche qui lui valut une médaille de lre classe. Il travaillait à la reproduciion de la Charité, tableau du Louvre, lorsqu'il mourut, jeune encore et laissant cette planche inachevée. L'œuvre de cet artiste se compose d'une vingtaine de pièces environ dont le mérite est reconnu par tous. Victor Vibert, chez lequel Saint-Eve avait étudié, avait sou talent en très-haute estime.
SA1NT-ÉVREMOND (Charles de Marguktel de Saint-Denis, seigneur de), littérateur et bel esprit français, né à Saint-Deitis-du- Guast, dans le Cotentin, entre Coutances et Saiut-Lô, en 1610, mort à Londres en 1703. Il sortait d'une vieille famille de Normandie, dont le chef avait épousé M"e de Rouville et en avait eu six garçons. Il était destiné à la robe dès son bas âge. Le Père Canaye lui enseigna la rhétorique au collège de Clermont, et il apprit la philosophie à l'université de Caen. Mais, tout en cultivant Aristoto et Platon, il se garda bien d'oublier qu'il appartenait à une race guerrière et il acquit laréputation d'une fine lame; il inventa même une botte particulière à laquelle son souvenir est resté attaché. Aussi bien, sa vocation, sa vraie vocation l'emporta. A peine âgé de seize ans, il se fit enseigne etobtiut une lieutenance après le siège de Landrecics. Toutefois, quelles que fussent les exigences de sa profession, il n'avait renoncé ni aux lettres ni k la philosophie. Ses ressources, d'ailleurs, étaient minces; il avait reçu 10,000 livres pour son lot et 200 écus de pension. Les dépenses indispensables lui étaient donc seules permises. « Il me faut un peu d'économie , écrivait-il, pour arriver au bout de l'année. Ce n'est pas que je sois réduit à la nécessité ou à la faiblesse; mais, si je veux dire les choses nettement, ma dépense est petite et mes efforts médiocres. » Sachant que les relations contribuent puissamment à pousser un homme, il se lia avec plusieurs officiers de distinction, tels que le maréchal d'Estrées,le maréchal de Grainont^le vicomte de Turenne; il ne négligea pas non plus le duc d'Enghien et il Sut se concilier leur sympathie. Saint-Evremond avait une extrême chaleur d'élocution, une parole entraînante. Sa prestesse de saillies, sa pétulance plurent particulièrement au duc, qui lui donna la lieuienance de ses gardes. Malheureusement, comme il était, par nature, enclin à la raillerie, il commit la faute de ridiculiser certaines habitudes, certains travers du prince, et il tomba en disgrâce (1648). Après la Fronde, pendant laquelle il avaft embrassé avec chaleur la cause royale, il obtint en Guyenne divers commandements et prit un grand ascendant sur le gouverneur de cette contrée, le duc de Caudale, qui coin-
SAIN
mandait dans le Midi une petite armée. Lo duc s'aliéna les bonnes grâces de Mazarin; mais le cardinal, n'osant s'attaquer à un gouverneur aussi puissant, fit tomber sa colère sur le favori. Sous un prétexte frivole, pour quelques paroles légères prononcées au hasard, Saint-Evremond fut misa la Bastille et y fut retenu pendant trois mois. Un événement plus grave devait entièrement modifier son genre d'existence. En 1669, les plénipotentiaires d'Espagne et de France se rencontraient à la conférence de Saint-Jean-de- Luz. D'un côté, le cardinal ; de l'autre, don Luiz de Haro; deux fins diplomates. Tous deux ils voulaient la paix, mais pour des motifs différents. La nobles.se française en général et Saint-Evremond en particulier souhaitaient au contraire la continuation des hostilités. Saint-Evremond s'empressa donc de bafouer les négociateurs. Voici un extrait de la lettre qu'il écrivit k cette occasion au maréchal de Créqui : • Comme le plus grand mérite du chrétien est de pardonner à ses ennemis, et que le châtiment de ceux qu'on ainii est l'elTet de l'amitié la plus tendre, M. le cardinal a pardonné aux Espagnols, afin de châtier les Français. En effet, les Espagnols, humiliés par tant de disgrâces, abattus par tant de pertes, devaient attirer sa compassion et sa charité, et les Français, devenus insolents par les avantages de la guerre, méritaient d'éprouver les rigueurs salutaires de la paix. » Bien que cet écrit eût été tenu secret, l'auteur allait bientôt porter la peine de ses railleries. Mazarin meurt; Fouquet monte rapidement au pinacle ; Saint- Evremond suit la fortune du surintendant. Il accompagne Louis XIV en Bretagne; mais, avant de partir, il laisse à Mme du Plessis- Bellière une cassette contenant de l'urgent, des papiers et, parmi eux, la fameuse appréciation du traité des Pyrénées. Soudain, pendant cette absence, Fouquet est arrêté; de plus, on met les scellés chez toutes les personnes qu'on lui suppose attachées. Mme (ju Plessis-Bellière était trop amie du surintendant pour ne pas être comprise dans les suspects. On trouva chez elle le document accusateur. Le Tellier et Colbert, qui cherchaient à faire du zèle, s'emparèrent delà lettre et provoquèrent auprès du roi un châtiment immédiat. Louis XIV céda à leurs instances; heureusement Saint-Evremond fut informé k temps du péril.
ti II se retira en Normandie, espérant que i'orage se dissiperait; de là, il passa en Hollande. 11 ne demeura pas longtemps sur le continent. Déjà, lors du rétablissement de Charles II, il avait été envoyé à Londres avec le comte de Soissons pour féliciter le nouveau monarque et il avait été accueilli très-cordialement par le roi. Proscrit, il se souvint de la sympathie de Charles II, passa la mer et fut reçu à bras ouverts, pour ainsi dire, a la cour d'Angleterre. Il fut richement pensionné, et, s'il l'eût voulu, il fût devenu le secrétaire intime et le confident de Jacques IL La révolution de 1688 ne changea rien à sa fortune. Il avait connu Guillaume III en Hollande et celui-cilui continua sa faveur.
Avec sa sagacité toute française, Saint- Evremond se complaisait aux petites intrigues qui agitaient la cour d'Angleterre. On croit qu'il ne demeura point étranger aux combinaisons qui amenèrent une belle Bretonne (M'ie de Kéroualle) dans les bras de Charles II (1671). A coup sûr, il ne demeura pas insensible non plus aux charmes de la belle duchesse de Mazarin, Hortense Mancini, qui était venue, « par suite de ses démêlés avec le plus sot des époux, » se fixer sur les bords de la Tamise. Ce fut chez Hortense que se forma ce fameux cercle littéraire dont Saint-Evremond fut l'âme. Ses amours avec la maîtresse du logis sont demeurées célèbres. Néanmoins, d après le ton général de la correspondance publiée dernièrement, on peut supposer que la flamme de l'ancien lieutenant aux gardes ne fut pas agréée. » Je suis trop discret , madame , pour vous demander des approbations, et vous êtes trop judicieuse pour m'en, donner ; mais, comme le chagrin de l'humeur se mêle à l'exactitude de mes jugements, je vous supplie que je ne sois pas censuré généralement sur tout ce que je fais. Si je parle, je m'explique mal; si je me tais, j'ai une pensée malicieuse. Si je refuse de disputer, ignorance ; si je dispute, opiniâtreté ou méchante foi. Si je conviens de ce qu'on dit, on n'a que faire de ma complaisance; si je suis d'une opinion contraire, on n'a jamais vu d'homme plus contrariant. Quand j'apporte de bonnes raisons, madame hait les raisonneurs; quand j'allègue des exemptes, c'est son aversion. » La duchesse de Mazarin conserva sa sévérité jusqu'au dernier jour, et les dernières missives de Saint - Evremond sont encore remplies de plaintes et de soupirs.
Malgré la haute position quil occupait à la courd Angleterre, malgré la munificence des souverains, il avait à plusieurs reprises sollicité la grâce de rentrer en France ; mais ses suppliques avaient toujours été repoussées avec obstination.
Il attendit longtemps ; enfin, on lui annonça que rien ne l'empêchait plus de reparaître dans les salons de Paris. Mais alors de tristes appréhensions vinrent l'assaillir. On sait que Vardes, revenant d'exil, dans un costume dont les courtisans se moquaient, disait à Louis XIV : « Sire, . loin de vous, on n'est
SAIN
pas que malheureux; on est ridicule. » Saint- Evremond eut honte de se trouver dans le cas de Vardes. Ses ennemis étaient morts, mais ses amis aussi avaient disparu. Ninon de Lenclos avait perdu ses attraits; la cour était composée de visages inconnus, de nouveaux usages s'étaient implantés. Que faire en France? qu'y chercher? Le coureur de ruelles, le raffiné, le frondeur d'autrefois n'avait plus qu'une seule passion, celle de la bonne chère. Un mot de lui le peindra à cette époque. Comme il était malade sérieusement, 1 envoyé de Florence lui offrit un prêtre pour se réconcilier : «De tout mon cœur, réponditil ; je voudrais me réconcilier avec l'appétit, car mon estomac ne fait plus ses fonctions. » Effectivement, il souffrait. Il manda donc à ceux qui le pressaient de revenir en France que ses cheveux avaient blanchi et que son corps se refusait aux fatigues de la route. Plusieurs maladies physiques l'accablaient, sans compter les douleurs morales, l'isolement. 11 traîna une existence fatiguée pendant une année ou deux encore et rendit le dernier soupir par une belle journée de septembre, à l'aurore de ce xvnic siècle dont il avait été l'un des inconscients prédécesseurs. On l'enterra k Westminster, parmi les hommes illustres que l'Angleterre avait déjà produits.
Les ouvrages les plus connus de Saint- Ey'remond, ceux qui ont principalement établi sa notoriété, sont : la Comédie des académistes , Réflexions sur les divers génies du peuple romain , Conversation du maréchal d'Bocquincourt avec le Père Canaye, Jugements et observations sur Sênèque, etc., Dissertations sur la tragédie ancienne et moderne et sur les poèmes des anciens. La principale édition de ses Œuvres complètes est l'édition publiée à Paris en 1753 (12 vol. petit in- 12).
Nous reproduisons ci -après le jugement que porte sur Saint-Evremond M. L.-D. Gilbert, auteur d'une étude couronnée par l'Académie française.
«... Saint-Evremond est l'homme de société par excellence; aus>i bien que Voiture, mais avec plus d'aisance et moins d'apprêt, il est le premier modèle de ces écrivains qui causent encore alors même qu'ils écrivent, et il n'est pas besoin de regarder au titre de ses plus céL-bres ouvrages pour voir que la plupart ne sont, en réalité, que des conversations rédigées... Au fond, qu'est-ce que Saint-Evremond? Avide de tout, savoir pour parler de tout, il a eu la curiosité de toute science, de tout art, même de la musique, qu'il a nonseulement étudiée, qu'il a pratiquée; mais est-ce un philosophe, un moraliste, un poiKe, un historien, un auteur dramatique, un savant, un satirique, un critique, un humoriste? On ne saurait au juste le dire, et c'est pour cela sans doute que sa grande renommée s'est si vite éteinte... On peut dire qu'il est, avec La Rochefoucauld, l'écrivain de bonne compagnie, l'écrivain de qualité par excellence, car tous les deux ont fait passer de la conversation dans leurs livres ces belles et nobles manières de dire qui donnent à leur style un si grand air. Saint - Evremond a moins de force sans doute, mais plus de souplesse; moins de concision et de rigueur, mais plus d'abandon et de grâce. Toutefois, dans l'un et dans l'autre, il ne serait pas difficile de retrouver les façons raffinées de l'hôtel de Rambouillet, dans Saint-Kvremond surtout, bien que personne, avant Molière, ne se soit diverti plus agréablement aux dépens des précieuses. Par un singulier mélange, à la recherche coquette de l'homme du monde, il joint la contention laborieuse de l'homme de cabinet; car, au fond, sous de certaines apparences d'heureuse facilité ou d'aimable négligence, son style est très-étudié, trèssavant, tout rempli de petits secrets, de ruses même, et c'est par là surtout qu'il plaît encore et mérite de plaire aux connais seurs. »
SAINT-FAL, artiste dramatique. V. Saint- Phal.
. SAINT FARUEAU, homme politique et conventionnel. V. LK PULTIEH.
SAINT-FÉLIX (Guillaume de), capitaine français qui vivait au xuc siècle. 11 était d'une famille normande qui possédait de grands biens dans la vicomte de Béziers et dans le comté de Carainan. Il guerroya comme tous les seigneurs de cette époque, tantôt contre celui-ci, tantôt contre celui-lk, et mena la vie que menaient les seigneurs à ces époques barbares et agitées. Il était vassal du vicomte de Béziers. Lorsque les vicomtes de Beziers et de Carcassoiiiiu furent réunies sous la domination du vicomte Raymond Roger, Saint-Félix lui prêta serment (1191) et lui fut fidèle.
SAINT-FÉLIX (Claude de), magistrat français, de la famille du précédent, mort en 1598. 11 était conseiller au parlement de Toulouse, lorsqu'il fut nommé, en 1570, procureur général près cette cour. 11 eut à lutter constamment contre les sourdes résistances qua rencontra son élévation à ce poste. Suspect de faiblesse pour le protestantisme, il était mal vu des gens plus particulièrement dévoués à la personne du roi et ne trouvait aucun appui dans la population, qui lui était profondément antipathique. Deux fois il obtint contre le parlement de Toulouse des lettres de conseil et conserva son poste en dépit de ses ennemis. Les luttes auxquelles il dut prendre part sont Bans intérêt pour
SAIN
nous aujourd'hui, aussi nous garderons-nous bien d'entrer dans plus de détails. Saint-Félix mourut, après avoir assisté à Rouen à l'assemblée des notables convoquée par Henri IV en 1596. 11 avait été chargé par le Béarnais de faire exécuter l'édit de Nantes (1598).
SAINT- FÉLIX (Germain de), capitaine français, de la fiimille des précédents, mort en 1586. 11 fut chevalier des ordres du roi en 1573 et resta lié avec l'amiral de Coligny ; il s'opposa de toute sa puissance à la Ligue et fut chargé, en 1579, par le duc de Montmorency, de faire exécuter à Béziers l'édit de pacification. — Ses deux fils, Raymond et Jean, appartenaient à la religion réformée; ils prirent part aux guerres de cette époque dans les rangs de leurs coreligionnaires. Raymond commanda pour les protestants le pays deFoixet fut gouverneur de Mazères. Il fut tué en 1622 au siège de Mas-d'Azil. Jean, son frère, qui lu: succéda, vit tous ses biens confisqués et réunis à la couronne.
SAINT-FÉLIX (Armaud-Philippe-Germain, marquis Dt-;), vice-amiral français, né au château de C'ajarc en 1737, mort au même lieu en 1818. Il commença par être page, puis il entra, en 1755, dans la marine comme garde, devint enseigne en 1762, puis lieutenant. Chargé, en 1772, par Desroches, gouverneur de 1 île de France , de vérifier l'existence d'une île dite San-Juan-dc-Lisboa (Saint- Jean-de-Lisbonue) , qtie plusieurs navigateurs avaient prétendu avoir aperçue dans la mer des Indes, Saint-Félix ne put la découvrir, malgré de longues et minutieuses recherches. Il transporta, en 1773, Beniowski à Madagascar et passa avec lui quarantecinq jours pour l'aider à commencer son établissement. De retour à l'île de France en 1774, Saint-Félix prit le commandement du navire le Coromandel , fit plusieurs excursions dans l'Inde, rentra en France en 1777, puis s'embarqua comme lieutenant sur le Solitaire et assista à la bataille d'Ouessant (1778). Fait prisonnier avec le Prolée, et bientôt échangé, il fut chargé, en qualité de commandant de YÀstrée, de croiser dans le golfe de Gascogne en 1781, puis d'inspecter avec l'Amazone les bâtiments de commerce mouillés dans les ports de la Manche et de 10céan, depuis Saint-Brieuc jusqu'à Bordeaux. Capitaine de vaisseau en 1781, il combattit sous les ordres de Sutfren dans plusieurs batailles navales et s'y couvrit de gloire. Il reparut en France un moment en 1782, reprit la mer k la fin de la même année et fut blessé au combat du 20 juin 1753. Il revint encore en France en 1784 et, nommé, en 1786, commandant de la frégate la Flèche, il alla recevoir k Cherbourg le roi Louis XVI.
Saint-Félix • fut, en 1790, nommé commandant des forces navales au delà du Cap de Bonne-Espérance et sut faire respecter le drapeau français par les Anglais. Après une retraite de moins de six mois causée par le mauvais état dé"sa santé, il rentra au service avec le titre de vice-amiral, le 1er janvier 1793. La Révolution française ayant eu un contre-coup k l'île de Frau'ce, Saint-Fé.ix ne put tomber d'accord avec le parti avancé de l'ite au sujet des opérations maritimes, pour l'exécution desquelles il voulait se conformer strictement aux ordres de la métropole. L'île décréta la déchéance du vice-amiral, qui fut arrêté et relâché en 1795 seulement. Dans les années suivantes, Saint-Félix éprouva de fortes pertes en argent; il retourna en France en 1810, où la pension de 4,000 francs qui lui avait été accordée en isoo fut élevée k 6,000.
SAINT-FÉLIX (Félix d'AmOReux, dit Jules de), littérateur français, né k Uzes en 1806, mort en 1871. Il débuta dans les lettres k l'âge de vingt-quatre ans par un recueil de l'oédes romaines (1830) qui fut remarqué, puis il écrivit une longue série de romans, dont quelques-uns obtinrent un certain succès, et des ouvrages de genres divers. Etant entré comme employé au ministère de l'intérieur, il devint chef de bureau dans le service de l'imprimerie et de la librairie et fut nommé secrétaire de la commission de colportage. Parmi ses nombreux ouvrages, nous uiteruus : ûatilah (1S33, in-8°); Autour du 7)io)(((s(1834, in-S°); \e Roman d' Arabe/le (l$Z4 , in-8u); il/He de Mariynan (1830, in-i>o); Cléopdtre, reine d'Egypte; A/mc la duchesse de Bourgogne (1S37, iu-8°); le Colonel Richemond (1838, in-80); lix Duchesse de Lonyueoitte (1839, m-8<>); Louise d' A vuray (1844,2 vol. in-8») ; le Rhône et la mer, souvenirs, légendes, récils, etc. (1845, 2 vol. in-8°) ; le Dernier colonel (1840, in-8o) ; les Officiers du 7-oi (1849,
2 vol. in-8û) ; les Tribuns (1849, in-8°), portraits des orateurs de l'Assemblée législative sous le pseudonyme de Trtumlciou ; Emigtants et naufragés (1852, 2 vol in-8°); Régine (1852, in-4°); les Soupers du Directoire (1853,
3 vol. in-8«); les Nuits de Rome (1853, in-12); Histoire de Napoléon II, roi de Rome (1853, in-12); ies Auenlures de Cayliostro (1854, in-16); la Chasse aux Cosaques (1856, iu-8°); Rosemonde et Rosalinde (1857, in-8°) ; les Charmilles de Trianon (1858, 3 vol. in-8°); Scènes de la vie de gentilhomme (1838, iu-12); le Gant de Diane (1859, in-12); Rome en Provence (ISGO, in-8u); les Amoureux de la comtesse (1862, in-12); les Cousins de Satan(iS63, in-12); les Oiseaux de Clicliy (18S4, in-12); l'Ami de la reine (1865, in-12; ; les Chevaliers du tour de France (1865, in-is), etc. On lui doit, en outre, des articles insérés dans la
SAIN
Revue de Paris, les Cent et un, le Livre des conteurs et dans divers journaux. Enfin, il a collaboré à quelques ouvrages d'Alexandre Dumas, notamment k VOrestie, drame en vers représenté en 1836.
SAtNT-FERRÉOL (Amédée), homme politique français, né en 1810. Riche propriétaire de la Haute-Loire, il adopta de bonne heure les ittiies républicaines et l'ut élu représentant du peuple à l'Assemblée législative par son département, le 13 mai 1849. Il vota avec les démocrates socialistes, signa au mois de juin suivant l'acte d'accusation des ministres au sujet de l'expédition de Rome, combattit constamment la politique do la majorité et do Louis Bonaparte et fut compris parmi les proscrits après l'attentat du 2 décembre 1851. Il se réfugia en Belgique, où il passa plusieurs années et revint par ia suite en France. Au mois d'octobre 1871, M. Saint-Ferréol a été nommé conseiller général dans la Haute- Loire. On lui doit un ouvrage fort intéressant, intitulé les Proscrits français en Belgique (1871, 2 vol. in-18). C'est un récit simple et fidèle de la vie des exilés de l'Empire sur la terre étrangère. Il abonde en anecdotes instructives et en documents curieux.
SAINT-FLORENT (Guyot de), homme politique français, né à Srmur (Bourgogne) en 1755, mort k Avallon en 1834. Il était avocat dans sa ville natale lorsque les électeurs du bailliage d'Auxois l'envoyèrent aux états généraux de 1789. Il se montra partisan déclaré des idées nouvelles, supprima de son nom la particule et le mot Saint, de sorie qu'il ne fut bientôt connu que sous le nom de Floient- Guyot, devint membre de la Convention et vota la mort du roi. Guyot fut chargé ensuite de missions auprès de l'armée du Nord, dans le Pas-de-Calais, se rangea contre Robespierre au 9 thermidor et s'opposa vivement à la rentrée des émigrés en 1795. Nommé membre du conseil des Anciens, il quitta cette assemblée en 1797 pour aller représenter la France près ia ligue des Grisons, puis fut ministre plénipotentiaire k La Haye. Après le coup d'Etat du 18 brumaire, il refusa d'entrer au Corps législatif, où il venait d'être élu ; toutefois, en 1800, il accepta du gouvernement impérial la place de secrétaire du conseil des prises et, quelques années plus tard, les fonctions de substitut du procureur général près ce conseil. Contraint, comme régicide, de partir pour l'exil (181 6), il obtint, au bout de trois ans, la permission de revenir en France.
SAINT- FLORENTIN (Louis-PHELVPEAUX, duc de La Vkillièrk, comte de), homme d'Etat français, ne en 1705, mort en 1777. Fils du marquis de La Vrillière, il succéda k son père (1725) comme ministre des affaires générales de la religion réformée, puis devint, en 1761, ministre d'Etat, poste qu'il conserva jusqu'en 1775. Saint-Florentin jouissait de toute la confiance de Louis XV qui, partant pour l'armée de Flandre, le chargea de diriger en son absence plusieurs affaires importantes. Le ministre lit merveille...; il signa quantité de letiro- de cachet. C'était tien mériter du Bicn-aimé. Aussi, quand ce zélé serviteur eut perdu la main gauche par suite d'un accident de chasse, le roi lui écrivit-il : « Vous n'avez perdu qu'une main et vous en trouverez toujours deux chez moi à votre service. » II faut convenir que pour un roi on ne pouvait pas être plus aimable. Une autre fois, comme il craignait d'être congédié, Louis XV le rassura en lui disant : « Il ne faut point que vous me quittiez ; vous avez trop besoin de moi et moi de vous. » Un ministre de cette étoffe, galant, prodigue et nul, convenait parfaitement à pareil règne. Sous Louis XVI, Saint- Florentin fut remercié et remplace pur Malesherbes. Il était, on ne suit k quel titre, membre de l'Académie des sciences et de celle des inscriptions, et avait été créé duc de La Vrillière en 1770.
SA1NT-FOIX (Germain-François Pooi.lain de), littérateur français, né k Rennes eu 1698, mort à Paris en 1776. Issu d'une bonne fumille de robe, il fit d'excellentes études chez les jésuites de Rennes; mais, comme il avait l'humeur plus que vive, il se fît admettre, dès sa sortie du séminaire, dans les mousquetaires, aspirant, suivant l'expression consacrée k cette époque, « au double laurier d'Apollon et de Mars. » Il s'éprend un beau jour d'une actrice et, pour avoir occasion de parler à sa belle, de la voir do près, pour obtenir le bénéfice des entrées gratuites, il saisit tout à coup la plume et se met k faire du théâtre. • Saint-Foix venait de publier ses Lettres turques lorsque la guerre éclata avec l'Autriche. Il suivit son régiment en Italie, devint aide de cainp du maréchal de Broglie et se distingua, en 1734, k la bataille de Guastalla. N'ayant pu obtenir un brevet de capitaine qu'il avait sollicité, il quitta le service, revint k Rennes et y acheta, en 1736, la maîtrise des eaux et forêts. Il na tarda pas à se lasser de la vie calme de province, et le goût des lettres et des aventures le ramena, eu 1740, k Paris. Ses querelles et ses duels l'y avaient rendu plus fameux quu ses productions littéraires. Cependant plusieurs des pièces qu'il donna, ue 1740 k 1701, au Théàtiv-Français et au Theiire-Itaiien obtinrent un certain succès; ce sont, en général, de petites scènes féeriques et mythologiques sans grande portée. Voisenon comparait leur auteur « à un encrier qui répau-
SAIN
» drait de l'eau de rose, t — «D'un cœur droit et généreux, disent les biographes, Saint- Foix était susceptible, exigeant, inquiet; on ne pouvait heurter ses opinions sans allumer sa colère. Aucun journaliste n'osait porter sur ses ouvrages un jugement défavorable. Ce caractère querelleur, qui l'avait, prétendait-on, obligé de quitter le service, lui attira dans le monde plus d'un duel et plus d'une aventure désagréable. Les deux rencontres ci-après notamment sont restées fameuses. Un jour, au café Procope, Saint-Foix avise un garde du roi qui demande une tasse de café au lait et un petit pain. « Voilà un fichu » repas, » répète-t-il a plusieurs reprises. Le garde finit par se fâcher de cette insolence réitérée. On met nainberge au vent et le railleur est blessé. « M'eussiez-vous tué, dit-il,
* vous n'en auriez pas moins fait un fichu » repas»
» Une autre fois, il se prend de querelle avec un digne provincial au foyer de l'Opéra et lui assigne un rendez-vous. Le provincial lui répond : « Quand on a affaire à moi, on
• vient me trou ver, c'est ma coutume. — Soitli répond le ferrailleur. Et le lendemain il va trouver son homme, qui d'abord l'invite h déjeuner, « II s'agit bien de celai Sortons, » — Je ne sors jamais à jeun; c'est ma cou- » tume. — En ce cas, déjeunons. » On déjeune donc, puis on se met en marche. L'étranger, suivi de Saint-Foix, entre dans un café et y fait tranquillement sa partie d'échecs. Enfin on va prendre l'air aux Tuileries, et l'inconnnu, à tout ce qu'il fait, de répéter son éternel refrain : « C'est ma coutume. » A la fin, Saint-Foix impatienté lui propose dépasser aux Champs-Elysées. « Pourquoi faire? » — Eh ! parbleu, pour nous battre 1 — Nous » battre?... Y pensez-vous, monsieur?... Coni vient-il à un magistrat, à un trésorier de » France de mettre l'épée k la main?... Me > prenez-vous donc pour un fou?... Adieu. » L'aventure fit du bruit, et cette fois les rieurs ne furent pas du côté du littérateur. «
Saint-Foix passa les derniers temps de sa vie dans la retraite; il logeait rue des Fossés- Saint-Vietor.k l'une des extrémités de Paris, et voyait quelques gens de lettres qui, comme Sabatier de La Dixmerie, avaient consenti k ne le contredire en rien. Il avait une pension sur le Mercure et, vers 1764, il fut nommé historiographe de l'ordre du Saint-Esprit. Il avait d'abord embrassé la cause des philosophes ; mais, vers la lin de sa vie, il se rangea parmi leurs adversaires. Les œuvres de cet écrivain se composent de -.Lettres d'uneTurque à Paris écrites à sa sœur (Amsterdam, 1730, in-12), réimprimé sous les titres de Lettres de Medim Coygia (Amsterdam, 1732, in-12) et de Lettres turques (Paris, 1750-1754, in-12) ; Essais historiques sur Paris (Londres [Paris], 1754-1757, 5 vol. in-12; 5« édit., 1776, 7 vol. in-12); on a les Nouveaux essais, publiés en 1781 et 1805 par Uucoudray et par Auguste Saint-Foix, neveu de l'auteur; Origine de la maison de France (s. 1., 1761, in-12); Histoire de l'ordre du Saint-Esprit (Paris, 1767 et années suiv., 3 parties in-12, et 1774, 2 vol. in-12) ; il avait publié, en 1760, un catalogue de l'ordre in-fol. ; Lettre au sujet de l'homme au masque de fer (Amsterdam [Paris], 17S8, in-12); il y prétend que c'est le duc de Momnouib. Les pièces de théâtre se composent de : au Théâtre-Français, Pandore (1721); YOracle (1740); Deucalion et Pyrtffia (1741), comédie retirée et mise en vers lyriques pour être jouée en 1755 k l'Opéra; Vile sauvage (1743); les Grâces (1744) ; Julie (1746); Eyérie (1747); la Colonie (1749) ; le HiBai supposé (1749) ; les Hommes (1753) ; le Financier (1761) ; au Théâtre-Italien, la Veuve à la mode (1725); le Philosophe dupe de l'amour (1726) ; le Contraste de l'amour et de l'hymen (1727); le Sylphe (1743); le Double déguisement (1747); Arlequin au sérail (1747); Zeliude (1747); les Veuves turques (1747); les Métamorp/wses (1748) ; la Cabale (1749) ; Alceste (1752); le Derviche (1755); les Trois esclaves; cette pièce n'a point été représentée; d'autres ne figurent pas dans le recueil. Les Œuvres comptâtes de Saint-Foix furent recueillies après sa mort (Paris, 1778, 2 vol. iu-80 ou-in-12,avee ligures).
SAINT-GALL s. m. Arboric. Variété de poire.
SAINT-GALL (le moine de), nom sous lequel on désigne l'auteur anonyme des Gestes de Charlemagne, ouvrage écrit vers la lin du îxe siècle et qui jouit de peu d'autorité historique, il cause des fables dont il est rempli.
SAlNT-GELAIS(JeanDE), chroniqueurethis torien français de la dernière moitié du xve siècle. 11 figurait avantageusement comme homme de guerre k la cour de Louis XII; c'est tout ce qu'on sait de lui. Sa chronique a été publiée en 1G22 par Théodore Godefroy (Paris, in-4°). Elle est généralement exacte et conçue dans un esprit indépendant.
SAINT-GELAIS (Octavien de), poëte français, né k Cognac en 14G6, mort k Angouléme en 1502. Issu d'une famille qui avait la prétention de descendre des comtes de Lusignan, l'une des plus anciennes branches de la noblesse du Poitou, Octavien vint k Paris faire ses études, puis il embrassa l'état ecclésiastique; mais son habit ne l'empêcha nullement de s'adonner aux plaisirs et k la poésie. La cour de Charles VIII, où il fut introduit, n'était pas un modèle de vertu; aussi
SAIN
Saint-Gelais eut-il bientôt à souffrir des excès auxquels il s'était livré. Cependant, tout en menant joyeuse existence, il ne délaissait point les Muses et il fut l'un des premiers qui essayèrent de faire passer les beautés de Virgile dans notre langue. Il traduisit l'Enéide (1509, in-fol.) , et vingt et une Epilres d'Ovide (1509, in-4<>). On doit également à ce poëte quelques œuvres originales. La Chasse d'Amours (1509, in-fol.), réunie au Départ d'Amours, qui est du chanoine Biaise d Auriol, a été prise pour une continuation du poSme de Saint-Gelais. C'est une erreur. Biaise d'Auriol était de Castelnaudary et n'avait rien de commun avec Saint-Gelais. Même confusion k l'égard du Trésor de la noblesse (Paris, in-4»). Les poésies de Saint- Gelais furent souvent confondues avec celles d'André de La Vigne, qui florissait à la même époque. Ainsi on rencontre dans un livre de ce dernier, le Vergier d'honneur, une complainte et une épitaphe sur Charles VIII qui sont signées d'Octavien et qui sont effectivement de ce dernier. André de La Vigne a abordé les mêmes sujets que son ami ; il a aussi traduit les Epilres d'Ovide. De là vient l'erreur. Les titres mêmes de leurs ouvrages respectifs sont parfois identiques. Nous avons cite le Vergier d'honneur; voici maintenant le Séjour d'honneur (Paris, 1519, in-4» gothique, et 1526, in-4°). C'est une allégorie en prose et en vers où les jeunes gens sont avertis des dangers qui les attendent et où on les adjure de s'en préserver. Est-ce à ce livre moral que Saint-Gelais dut son élévation au siège épiscopal d'Angoulême? On l'ignore. Toujours est-il que le pape Alexandre VI ratifia, en 1494, cette décision à laquelle tout le monde applaudit. Deux ans après sa nomination , le nouveau prélat prononça un adieu définitif aux pompes de la cour et se retira dans son évéché, où les devoirs spirituels de sa charge l'absorbèrent tout entier.
SAINT-GELAIS (Mellin de), poëte français, né à Angoulêtne en 1491, mort k Paris en octobre 1558. Fils, selon les uns, neveu, selon les autres, d'Octavien de Saint-Gelais, Mellin montra de bonne heure d'excellentes dispositions. Aux approches de la Renaissance, c'était une mode d'envoyer les jeunes gens achever leur éducation en Italie. Mellin n'avait pas encore vingt ans lorsqu'il se rendit à Padoue pour étudier le droit; mais il mordit peu aux subtilités de la jurisprudence et il préférait analyser les beautés de ses auteurs favoris, relire Boccace et l'Arioste. Il effleura la philosophie; il alla même jusqu'à l'astrologie, a II l'estudiu fort, ditThevet dans ses Hommes illustres, et approuva les astres, constellations et naissance de l'homme, rejettant toutes les autres parties d'icelle comme superflues. » Il composa, dit-on, sur ce sujet, un volume très-élégamment écrit, qui a été publié et imprimé sans nom d'auteur; cet ouvrage, intitulé De fato, est resté inconnu.
A son retour en France, Mellin embrassa l'état ecclésiastique et, malgré la gravité de son habit, devint l'ornement d'une cour galante et spirituelle. Le roi le pourvut de l'abbaye do Reclus, dans le diocèse de Troyes, et lui donna ensuite l'uumônerie de la maison du dauphin. Convive agréable, cavalier raffiné, versiliciUeur délicat, il était également excellent musicien et avait autant de réputation comme exécutant que comme mélodiste. Tout en donnant dans son existence une large place aux plaisirs mondains, en dehors des récréations qu'il trouvait auprès des grands personnages, Saint-Gelais aimait à s'entourer d'un cercle d'amis et k deviser avec eux sur l'art et sur la littérature. C'est donc k tort que Ronsard l'a représenté comme un esprit chagrin, envieux de la gloire de ses contre-, res. En poésie, il est vrai, ilellin mettait deux qualités au-dessus de toutes les autres : la clarté et le naturel. De ik l'hostilité de Ronsard, auquel Saint-Celais avait reproché, comme le fit Boileau plus tard, de dénationaliser notre langue. Thevet, au rebours du « prince des postes, » assure que, « par son honnêteté et sa douceur, » Saint-Gelais se concilia la sympathie générale. Le roi le constitua maître et garde de la belle bibliothèque de Fontainebleau ; Henri II, en succédant à son père, le confirma dans cette charge. S'il y avait quelque improvisation ou quelque discours k faire, soit eu français, soit en latin, soit en vers, soit en prose, on avait toujours recours à Saint-Gelais. Comme tous les gens de goût, il n'aimait point la médiocrité ; il était « repreneur, » dit Thevet en son naïf langage.
Sa mort fut comme sa vie douce et gaie. On a souvent cité ses dernières paroles. Les médecins, ne pouvant spécifier la nature de sa maladie, discutaient bruyamment k son chevet. » Messieurs, dit-il, je vais vous tirer d'embarras; » il leur tourna le dos et rendit le dernier soupir.
Que reste-t-il aujourd'hui du chantre qui fit palpiter le cœur des nobles dames du x.vie siècle? Que reste-t-il de celui qu'on avait appelé YOvide français? Quelques épigrammes lestement tournées , des contes ' pleins de charme et de grâce. Mellin, prétend-on, importa chez nous le madrigal et le sonnet, depuis longtemps cultivés en Italie. Le fait est douteux ; mais ce qu'on peut avancer avec plus d'autorité, c'est qu'il corrigea la traduction que Jacques Colin avait faite i du Courtisan de Balt. On sait aussi qu'il mit
SAIN
en prose la Sophonisbe du Trissin, avec des chœurs en vers, pièce qui fut représentée k Blois en 1559 et imprimée, la même année, k Paris, en un volume in-8°, devenu fort rare. Il imiiade l'Arioste l'épisode de Genèvre au Roland furieux, terminée par Baïf (imprim. en 1572). Le recueil de ses poésies complètes a été coordonné par Antoine de Harsy (Lyon, 1574, in-8°). Deux autres éditions en ont été faites (Lyon, 1582, in-12, et Paris, 1665). Celle de Pierre de Tours (Lyon, 1547) a été longtemps inconnue et se vend fort cher. La plus récente date de 1719 (Coustelier, Paris, in- 12). SAINT-GÉMËS (Jean de), poète français, né à Avignon en 1607, mort k Orange en 1663. Il vint, ses études terminées, se fixer à Paris, où son goût pour les lettres le mit en relation avec le cardinal Fr. Barberini, Balzac, le Père Audiffret, Gilles Ménage, Boissat (de Vienne), surnommé l'Esprit, le fameux Chapelain, etc., et publia des poésies latines sous le titre de Joannis Sangenesii poemata (Paris, 1654 , in-40). Ce recueil, qui contient des élégies , des idylles , des satires , est terminé par un opuscule en prose relatif à la poésie latine et à ses changements. S'il laisse à désirer- pour la pureté du style, Saint-Génies montre un esprit solide et éclairé et une rare modestie. Colletet et Chapelain faisaient grand cas de son talent. Aux approches de la vieillesse, il prit l'habit ecclésiastique, obtint un canonicat k Orange et donna toute sa fortune aux pauvres.
SA1NT-GËNIS (Auguste-Nicolas de), magistrat français, né à Vitry-le-François en 1741, mort k Puntin, près de Paris, en 1808. Au sortir du collège de Reims, il fut chargé par M. de Chc-iseul d'une mission importante, dont l'heureuse issue lui valut le titre de commissaire des guerres. A la signature de la paix, il étudia la jurisprudence, se fit inscrire comme avocat au barreau de Paris et fut nommé auditeur k la cour des comptes. A la Révolution, il donna sa-démission. On lui doit : Défense des droits du roi contre tes prétentions du clergé de France. La collection des lois françaises formée par Saint-Genis, et qui comprenait environ 1,800 volumes, faisait partie de la bibliothèque du Louvre.
SAINT-GËNOIS (François-Joseph, comte de), historien belge,-né à Mons en 1749, mort k Bruxelles eu 1816. Il embrassa d'abord la carrière militaire, puis il donna sa démission après sa nomination de représentant de la noblesse aux états de Hainaut. La session des états terminée, il étudia en même teui|>s la jurisprudence et l'histoire locale. Nommé de nouveau député de la noblesse en 17S3, il fut emprisonné quelque temps après qu'eut éclaté la révolution belge, se réfugia en Autriche et ne revint en Belgique qu après l'apaisement des troubles. Ses principaux ouvrages sont : Mémoires généalogiques et historiques pour servir à l'histoire des familles des Pays-Bus (Amsterdam, 1780, 2 vol. tn-8°) ; Chronologie des gentilshommes de la noblesse des étais dit pays (Paris, 1780, in-fol.); Monuments anciens (Paris, Lille, Bruxelles, 1782, 2 vol. in-fol.).
SAINT-GENOIS DES MOTTES (Jules-Ludger-Dominique-Ghislain, baron de), historien et érudit belge, né k Lenriiok-Saiiit-Quentin (Brubant) en 1813, mort k Gand en 1S67. A vingt-trois ans, il fut nommé archiviste de la Flandre orientale, puis il devint, en 1848, professeur à l'université de Gand et conservateur de la- bibliothèque de cette ville. M. de Saint-Génois fut, eu outre, écbevin de Gnnd de 1855 k 1858 et lit partie de l'Académie royale de Belgique depuis 1S45. Outre des articles et des mémoires insérés dans divers recueils et dans les Mémoires et le Bulletin de l'Académie de Belgique, on lui doit un assez grand nombre d'ouvrages, notamment :
Hembyse, histoire gantuise du xvie siècle (1S35, 3 vol. iu-18), roman historique; Histoire des avoueries en Belgique (1837, in-8°), couronnée par l'Académie royale ; la Cour du duc Jean 1 V (1837, 2 vol. in-12") ; le Faux Baudouin (1840, 2 vol. iu-12^); Un premier amour de Charles-Quint (1840, m-Su); Sur la compétence de ta juridiction à laquelle furent soumis Ifuiionet et Himbercourt (1840, in-16); Notice sur le dépôt des archives de la Flandre orientale (1S41, in-S») ; Inventaire analytique des chartes des comtes de Flandre (1840, in-4°) ; le Château de Wildenborg (1846, 2 vol. in-8°) ; Histoire des voyageurs belges du xme au xvme siècle (1847, 2 vol. in-!8) ; Catalogue méthodique et raisonné des manuscrits de ta bibliothèque de Gand (1849-1852, in-8") ; la Bataille de Roosbeclc (1849, in-8°j ; Feuillets détachés (1851, in-is); Récits historiques (1854, in-18); Missions diplomatiques de Cornélius Sapperus (1856, in-4o); Profils et portraits (1860, in-l2j, nouvelles; Antoine Sanderus et ses écrits (1861, in-8°) ; les Flamands d'autrefois (1865, in-16), etc.
SAINT-GEORGE (Charles-Hector de), théologien français, né k Paris en 1688, mort k Ambleben en 1755. Issu d'une ancienne et puissante famille du Poitou, qui avait embrassé la Réforme, il passa, jeune encore, k l'étranger, accompagné de sa mère. La lecture des écrits de la mystique Antoinette Bouiignon agit profondément sur son imagination et le jeta dans le mysticisme. En 1711, il quitta l'électeur de Hanovre, qu'il servait, se maria et s'enfuit dans la solitude avec son épouse, mystique comme lui, pour modeler
SAIN
leur vie sur la vie des anciens anachorètes. Mais il est à croire qu'à la longue l'isolement leur parut lourd, car, quelques années après, ils se fixèrent à Genève. On a de lui : Témoignage d'un enfant de la vérité et droiture des voyes de l'esprit (Berlebourg, 1738, in-12); Discours spirituels sur diverses matières de la vie intérieure et des dogmes de la religion chrétienne (Berlebourg, 1738, 2 vol. in-12) ; Témoignage d'un enfant ou Explication de ^'Apocalypse, etc. (Berlebourg, 1739, 2 vol. in-12) ; Témoignage d'un enfant ou Abrégé de l'essence de la vraie religion chrétienne (Berlebourg, 1740, in-12); Témoignage d'un enfant démontré dans la vie des saints patriarches, etc. (Berlebourg, 1740, in-12); Autobiographie (msc. in-8°).
SAINT-GEORGE (le chevalier de).V. Stuart (Jacques-Edouard).
SAINT-GEORGES (Jean-Joseph-Alexis David db), philologue français. V. David de Saint-Georges.
. SAINT-GEORGES (Jacques-François Grout, chevalier de), marin français, né à Saint- Malo le 27 septembre 1704, mort en mer le 24 janvier 1763. Entré, en 1720, au servies de la Compagnie des Indes, il navigua en sous-ordre sur les vaisseaux de cette compagnie jusqu'à l'année 1734, où il fut appelé à les commander en chef. Il traversa heureusement, en 1744, avec son vaisseau isolé par la tempête du reste de son escadre, la flotte anglaise et reçut, en 1746, le commandement en chef de trois vaisseaux de guerre destinés à escorter des navires de la Compagnie des Indes. Parti, en 1747, de la rade de Graix, il sut, par des manœuvres habiles, éviter le combat avec cinq vaisseaux anglais, mais ensuite il fut très-inaltraité par les tempêtes et dut changer de route. Arrivé k l'île d'Aix avec les débris de son escadre, Saint-Georges y trouva de La Jonquière, chef d'escadre, qui allait comme lui escorter un convoi marchand. Les deux marins réunirent leurs forces et naviguèrent de conserve, et le 14 mai 1747 ils rencontrèrent dans les eaux d'Espagne, près du cap d'Ortegal, une flotte anglaise de 17 vaisseaux. Les forces françaises n'étaient que de 9 vaisseaux, sous la protection desquels se trouvait un grand nombre de vaisseaux marchands. Néanmoins, pour sauver ces derniers ainsi que 103 vaisseaux marchands que Dubois de La Motte ramenait de Saint-Domingue en France, et qui étaient également menacés par la flotta anglaise, les deux commandants français acceptèrent le combat et luttèrent avec intrépiditéjusqu'au dernier moment; les vaisseaux français ne se rendirent k l'ennemi que lorsqu'ils furent criblés de boulets, envahis par 1 eau et hors d'état de résister. Le vaisseau que commandait Saint-Georges se rendit le dernier. Le courage de Saint-Georges lui procura des témoignages d'estime de l'ennemi, non-saulement de la partd'un des commandants de la flotte victorieuse , Anson, mais encore de la part du roi d'Angleterre, George II, qui exprima au marin français, devant toute sa cour, l'admiration que lui avait causée sa conduite héroïque. Saint- Georges protégea avec succès, en 1761, l'îlede Fiance et l'île Bourbon contre les Anglais. Appelé, en 1762, au secours de l'iman de Mascate, allié de la France, il remporta une victoire sur les Arabes. Il mourut l'année suivante. Louis XV s'écria, à la nouvelle do cette mort : « C'est un vrai malheur pour la royaume. Je perds en lui un de mes meilleurs officiers. » Saint-Georges avait été décoré, dès le 1er mui 1747, de l'ordre de Saint- Louis, avec l'autorisation, quoiqu'il n'eût pas le temps de service nécessaire, d'en porter la croix avant qu'il fût reçu chevalier.
SAINT-GEORGES (le chevalier de), célèbre personnage k la mode,- de la fin du xvme siècle, né à la Guadeloupe le 25 décembre 1745, mort k Paris en 1799. Sa mère était une négresse esclave, d'une grande beauté, et il avait pour père M. Jean-Nicolas de Boulon gne, d'abord conseiller du roi en son parlement de Metz et intendant de ses finances, ensuite controleurgénéraldes finances, grand trésorier de l'ordre du Saint-Esprit, etc. Amené fort jeune en France par sou père, le mulâtre y reçut une éducation soignée; il annonça surtout des dispositions exceptionnelles pour tous les exercices du corps et pour les talents d'agrément. Il excellait dans la musique et surtout dans l'escrime. Dès l'âge de treize ans, M. de Boulougne plaça Saint- Georges en pension chez La Boës--ière, un des plus célèbres maîtres d'armes de l'époque. Saint-Georges passa six années chez La Boëssière ; le matin était consacré k l'étude, et les maîtres de littérature, de science, de musique, de langues et de danse se succédaient auprès du jeune mulâtre. L'après-midi tout entière était consacrée aux armes. En peu do temps Saint-Georges devint un des plus remarquables tireurs de la salle de La BoiSssière. A quinze ans, les amateurs les plus forts ne pouvaient tenir devant lui, et à dixsept ans il battait tous les maîtres d'armes de Paria. Il n'était pas moins étonnant pour les autres exercices du corps. Son éducation terminée, Saint-Georges entra aux mousquetaires, fut nommé écuyer de Mme de Montesson, épouse secrète du duc u'Orléans, père du duc de Chartres (Philippe-Egalité), capitaine des gardes et devint k la fois le favori
SAIN
du prince et le héros à la mode. C'est vers cette époque qu'il se révéla comme compositeur musical. On a de lui plusieurs opéras dont les piètres librcttos entravèrent le succès, un menuet célèbre, dit Menuet de Saint- Georges, et des concertos. Ses opéras sont : Ernestine, paroles de Laclos,' uuteur des Liaisons dangereuses, représenté en juin 1777. La critique reconnut à la musique de la grâce et de la finesse, mais peu d'originalité et de variété. Cette partition ne survécut pas à la première représentation. La Chasse n'eut pas plus de succès. Enfin, en 1787, la Fille garçon, comédie mêlée d'ariettes, paroles de Desmaillot, musique de Saint-Georges, réussit, et cette partition est, à coup sûr, la meilleure de Saint-Georges, bien qu'on lui ait reproché, comme à ses ainées, d'être dépourvue d'invention. Les Concertos de Saint- Georges eurent plus de succès que ses œuvres dramatiques; pendant longtemps ils firent fureur. Plusieurs furent gravés sous le nom du célèbre Jarnowitz, qui ne les désavoua jnmais. Saint-Georges était-de première force sur le violon, et on cite de lui un fait presque invraisemblable : il joua un soir un morceau de musique avec sou fouet, fait certilié par des témoins oculaires. Le fouet en question est devenu légendaire : le manche était garni d'une infinité de pierres précieuses, et le chevalk-r prétendait que chaque étoile de cette éblouissante collection représentait une femme qui l'avait aimé. Le chevalier était directeur de la société musicale du Concert des amateurs. En "I77G, lorsqu'il fut question de confier à une régie l'Académie de musique, alors sous la surveillance de la ville de Paris, Suint-Georges se mit à la tête d'une compagnie de capitalistes et sollicita le privilège, et on vit alors JII'6" Arnould, la Guimard, Rosalie Levasseur et les autres impures de l'Opéra s'indigner et adresser à la reine un placet dans lequel elles représentaient à Sa Majesté : • Que leur honneur et leurs privilèges s'oppusaient à co qu'elles fussent soumises à la direction d'un mulâtre. » Cette cabale ridicule l'emporta, et la requête de Saint-Georges fut rejetée. On a prétendu que l'irritation Causée par cet uifront avait contribué à rendre le mulâtre plus accessible aux idées révolutionnaires, qui commençaient à germer. Sa correspondance, inédite, mais dont plusieurs lettres sont entre les mains de personnes dignes de foi, témoigne qu'il n'en fut rien et qu'il fut lancé dans le courant d'idées nouvelles par le due de Chartres (Philippe- Egalité). Quelque temps après sa déconvenue directoriale, Suint-Georges accompagna son protecteur à Londres, dans ce voyage où le duc de Chartres, sous prétexte de réformes à introduire dans le costume français, s'occupait de politique. Pendant que le duc de Chartres hantait les clubs, Saint-Georges obtint auprès des habitants de Londres un succès égal à celui qu'il avait à Paris. On se le disputa dans les salons les plus aristocratiques; le peuple ne le désignait que comme le plus séduisant des coulovred geuitemen (gentilshommes de couleur). Le prince de Galles lui-même, enthousiasmé des talents de son hôte , voulut le décorer de l'ordre du Bain. Saint-Georges eut la modestie de refuser. 11 rentra en France après trois mois de séjour, aussi pauvre qu'il eu était parti, car il était d'une générosité rare; le seul argent qu'il rapporta, après avoir dissipé pendant trois mois des sommes fabuleuses au jeu et dans des fêtes, était celui d'un pari qu'il avait gagné au prince de Galles, pari de deux cents guinées et qui consistait à sauter à pieds joints le fossé de Kichmond. Il rapportait les modes anglaises, redingote , bottes et chapeau rond, qui détrônèrent pour toujours l'habit brodé et la culotte courte. Saint-Georges fut moins heureux dans un voyage à Tournai, qu'il exécuta a l'instigation du duc de Chartres (devenu duc d'Orléans) en 1791. Sous prétexte d'organiser un concert, il avait mission de s'aboucher avec plusieurs émigrés de qualité et de les rallier au duc. Saint- Georges fut fort mal accueilli ; ces fiers personages ne virent dans l'envoyé du duc d'Orléans qu'un personnage de race inférieure. Ils refusèrent de l'admettre à leur table, et Saint-Georges dut quitter Tournai, après une injure que lui fit le commandant de place.
La Révolution marchait a grands pas.
Saint-Georges en embrassa les principes avec enthousiasme, leva une compagnie de chasseurs à cheval (1792), fit incorporer sa troupe a l'armée du Nord et, dans plusieurs enga-
fements avec les Prussiens, lit des prodiges e valeur. II servait sous le commandement de Dumouriez et fut un des premiers a dénoncer la trahison de ce général. Son patriotisme ne l'empêcha pas, plus tard, d'être arrêté à Paris comme suspect et emprisonné. Le 9 thermidor le sauva; son rôle d'ailleurs était fini, on l'avait déjà oublié. Atteint quelques années après d'une maladie de vessie et d'un ulcère qu'il négligea de soigner, il mourut à l'âge de cinquante-quatre ans.
Il existe un grand nombre de dessins représentant le chevalier de Saint-Georges.
Nous citerons d'abord son portrait au bistre, par Carie Vernet, et un autre portrait qui figurait dans la salle d'armes du professeur Giisier: la physionomie, distinguée, ressort d'une énorme cravate blanche. Le chevalier est en frac écarlate et sa main, gantée du gros gant d'escrime, tient un fleuret. Ce por-
trait est une aqua-tinta tirée k Londres lors du séjour qu'y fit Saint-Georges. Il existe une autre gravure du même temps, coloriée, et représentant la chevalière d'Eon faisant assaut avec le chevalier. Elle a pour titre : The assaut, on fencing match, which took place at Carlton-House, on Ihe Othapril 1787, betwen mademoiselle la chevalière d'Eon de Beaumont, and monsieur de Suint-George.
Dans cette gravure, anglaise comme l'indique son titre, la célèbre chevalière d'Eon, habillée d'une robe noire laissant le bras libre depuis la saignée, portant des cornettes assez ridicules et la croix de Saint-Louis sur sa poitrine, croise le fer avec Saint- Georges, en gilet de peau et en culotte. Parmi les spectateurs figure le prince de Galles. D'autres dessins contemporains, plus rares, esquisses au crayon pour la plupart, représentent divers traits d adresse de Saint-Georges. Ici on le voit sauter à travers les portières entr 'ouvertes d'un carrosse lancé au trot; plus loin, il tue de chaque main plusieurs hirondelles au vol. Le plus amusant de ces dessins est le Duel à l'écumoire, croquis attribué à Cannontel. Le chevalier, en petite veste du matin, y croise le fer contre un cuisinier du prince de Conti, qui, lassé des reproches de Suint- Georges sur sa cuisine, l'avait appelé mauricaud et s'était jeté sur le mulâtre, dans les cuisines, l'épée à la main. Contraint de se défendre et sans armes, le chevalier avait saisi une écumoire et, avec cette épée originale, n'en avait pas moins paré tous les coups et désarmé son vindicatif adversaire. Saint-Georges, qui tenait beaucoup à son titre de créole, aimait cependant peu qu'on l'appelât mauricaud, témoin le malheureux quidam qu'il heurta un jour involontairement sur Je trottoir de la rue du Bac et qu'il roula dans le ruisseau pour lui faire payer cette expression malencontreuse, en lui disant : «Te voilà à cette heure aussi mal blanchi que moi. » Répétons encore en terminant que le chevalier de Saint-Georges se distingue parmi les personnagesde son temps, égoïstes et méchants pour la plupart, par une générosité et une rectitude de caractère fort rares. Jusqu'à la fin de ses jours il fit du bien et avait même ses pauvres spéciaux, qu'il entretenait complètement. Notons enfin ce détail bizarre ; ce tireur émérite, ce maître es armes, qu'on avait surnommé l'inimitable et l'invincible, n'eut jamais d'affaire. Aucun adversaire n'osa risquer un duel avec lui. En effet, son duel historique , avec un maître d'armes disent les uns, avec le chevalier de La Morlière disent les autres, n'est qu'un assaut humeristisque. L'histoire est connue. Saint-Georges outragé donna rendez-vous à son adversaire sous une arche du pont Marie et, là, lui cassa sur le corps un boisseau de fleurets tout entier, à la grande joie des badauds ébahis. Le chevalier de Saint-Georges est a tous égards une des figures les plus originales de son temps. M. de La Boessière fils nous a laissé de lui une notice intéressante, quoiqu'un peu spéciale, en tête de son Traité des armes, et M. Roger de Beauvoir a. écrit sur lui un roman, le Chevalier de Saint-Georges (4 vol. in-12) , réimprimé récemment (in-12, Lévy), qui est un des bons livres de cet écrivain.
SAINT-GEORGES (Jules-Henri Veenoydk), auteur dramatique, né à Paris en 1801. Il donna fort jeune, en 1823, son premier vaudeville, la Suint-Louis ou les lieux diners, et fut un des plus féconds librettistes de son temps. Voici la liste complète de ses productions. A l'Opéra : avec Mazilier, la Gypsy, ballet en trois actes et cinq tableaux, musique de Benoist, Ambroise -Thomas et Marliani (1839); avec Mazilier, le Diable amoureux, ballet en trois actes et huit lableaux, musique de Benoist et Reber (1840); avec Théophile Gautier, Giselle ou les Willis, ballet en deux actes, musique d'Adam ; la Heine de Chypre, grand opéra, musique d'Halévy (1841) ; avec Albert, la Jolie fille de Gand, ballet en trois actes et neuf tableaux, musique d'Adam (1812) ; avec Mazilier. Ladij Henriette ou la Servante ae Greenwtc'h, ballet en trois actes et neuf tableaux, musique de Flotow, Burgmuller et Deldevez ; le Lazzarone ou le Bua vient en dormant, petit opéra en deux actes, que ne dédaignèrent pas d'inter-, prêter Stolz (Beppa), Dorus-Gras (Baptista), Levasseur (Josué) et Baroilhet (Mirubolantej [1844]; l'Ame en peine, opéra en deux actes, musique de Flotow, qu'on représente souvent en province et àl étranger (1846); \n Fanât, opéra en deux actes, musique d'Adam (1849) ; le Juif-errant, grand opéra, musique d'Halévy (1852) ; le Corsaire, opéra-ballet en trois actes, musique d'Adam (1856) ; avec Emilien Pacini, Pierre de Médicis, grand opéra, musique de Poniatowski (1860). A l'Opéra- Comique : V Artisan, en un acte, musique d'Halévy; le Roi et le Batelier, en un acte, musique d'Halévy (1827); Pierre et Catherine , en un acte, musique d'Adam ; avec Ménissier, l'Illusion, drame lyrique en un acte, musique d'Herold ; Jenny, en trois actes, musique de Carafa (1829). C'est à celte époque que M. de Saint-Georges fut directeur de 1 Opéra-Comique, juste au moment, peu favorable, où se retiraient du théâtre Élleviou et Martin; Ludovic, drame lyrique en deux actes, musique d'Hérold et d'Halévy (1833) ; la Sentinelle perdue, en un acte, musique de Rifaut (l&34J;avec Leuven, la Marquise , en'
SAIN
un acte, musique d'Adam (1835); avec Leuven, le Luthier de Vienne, en trois actes, musique de Monpou (1836); avec Scribe, Y Ambassadrice, en trois actes, musique d'Auber; avec Planard, Guise ou les Etats de Blois, drame lyrique en trois actes, musique d'Onslow (1837); avec Plnnard, l'Eclair, en trois actes, musique d'Halévy; qui ne connaît la célèbre romance du troisième acte : Quand de la nuit, l'épais nuage, etc.; avec Scribe, le Fidèle berger, en trois actes, musique d'Adam ; le Planteur, eu deux actes, musique de Monpou (183S); avec Scribe, la Heine d'un jour, en trois actes, musique d'Adam ; la Symphonie, en un acte, musique de Clapisson (IS39); avec Bayard, la Fille du régiment, en un acte, musique de Donizetli; la Fig/ia del reg/jimenlo est aussi populaire en deçà qu'au delà des Alpes; avec Scribe, Zanetla ou Jouer avec le fru, en trois actes, musique d'Auber ; avec Scribe, l'Opéra à la cour, en quatre parties, musique de Grisar, (1840) ; avec Scribe, les Diamants de la couronne, en trois actes, musique d'Auber; l'Aïeule, en un acte, musique d'Adrien Boieldieu (1841); l'Esclave du Camoêns, en un acte, musique de Flotow (1843); avec Scribe, Cagliostro, en trois actes, musique d'Adam (1844) ; les Mousquetaires de la reine, en trois actes, musique d Halévy, le triomphe de Roger et le chef-d'œuvre du librettiste (1846) -, le Val d'Andorre, en trois actes, musique d'Halévy (1843); avec Scribe, la Fée aux roses, en trois actes, musique d'Halévy; la charmeuse était Mme Ugalde, sous les traits de Néricha ; elle n'avait pas vingt ans alors (1S49); le Château de Barbe-Bleue, en trois actes, musique de Limnander (1851); le Carillimneur de Bruges, en trois actes, musique de Grisar; M'ic Wertheimberg, qu'on entendait pour la première fois, représentait le personnage de Béatrix ; Mlno Carvatho jouait le rôle de Mésangère, et Bataille celui de Mathœus (1852) ; avec Scribe, le Nabab, en trois actes, musique d'Halévy (1353); la Pagode, en deux actes, musique de Fauconnier (1859); avec Leuven, Maître Claude (Claude de Lorraine), en un acie, musique de Jules Colien (1SG1); l'Ombre, en trois actes, musique do Elotow (1870) ; le Florentin, en trois actes, musique de Charles Lenepveu (1873). A l'Odéon : Louis XII ou la Route de Reims, en trois actes, musique de Mozart (Paris , 1825, in-8°), rare ; avec Léon Halévy, le Concert à la cour, intermède (1828); avec Lockroy, M'is la Marquise, drame en cinq actes, en prose (1S69). A la Renaissance, salle Ventadour : avec Leuven, Lady Meluil ou le Joaillier de Saint-James, en trois actes, musique de Grisar (1S3S) ; Prologue en vers pour une représentation au bénéfice des Polonais (1840). A l'Opéra-National (boulevard du Temple) : les Amours du diable, opéra fantastique, en quatre actes et neuf tableaux, musique de Grisar (1853), repris à la salle Feydeau pour les débuts de Galli-Mariô et de Capoul, et, en novembre i874,auChâtelet, devenu Opéra populaire, ce qui n'empêcha pas ce théâtre, à peine ouvert un mois, de fermer; Jayuarita l'Indienne, en trois actes, musique d'Halévy, un des meilleurs rôles de Marie Cabel; avec Dupin, la Fille inviiible, en trois actes, musique d'Adrien Boieldieu (l854).AuThéâtre-Lyrique(pl&ceduChâtelet):
la Fanchonnetle, en trois actes, musique de Clapisson ; la chanteuse des rues, c'était Mm0 Carvalho, qui renouvela la vogue de Si j'étais roi, de la Perle du Brésil, de la Promise et du Bijou perdu (1856); la Fanchonnetle a été de nouveau bien accueillie à l'Athénée au mois d'avril 1873; Margot, en trois actes, musique de Clapisson (1857); la Bohémienne, en quatre actes, musique de Bal fe( 1862). Au Vaudeville : avec Achille Danois, Beiphégor ou le Bonnet du diable (1825); avec Leuven, Lauretteou le Cachetrouge ; avec Leuven, le Jeune père (1836). Aux Variétés, sous le nom de Jules : Folbert ou le il/art de la cantatrice; avec Danois, la Prima donna ou la Saïur de tait (1832); avec Leuven, le Bal des Variétés (1835); avec Leuven, le Suisse à 'Trianon, musique de Grisar (1838); avec Leuven, jl/lle Nichon (1839); avec Bernard Lopez, Afi'e de Choisy, en deux actes, musique d'Eugène Déjazet (1848); c'est assez dire que MDe Déjazet remplissait le rôle principal. Au Palais-Royal : avec Leuven, Farinelli ou le Bouffe du roi, en trois actes, musique de Pilati ; V Aumônier du régiment, musique de Filati (1835) ; Léona ou le Parisien en Corse, musique de Pilati (1836); Riquiqui, en trois actes (1837); avec Ùumanoir, la Maîtresse de langues (1838); avec Leuven et Deslandes, Dagobert ou la Culotte à l'envers (1839). A la Galté : avec Antony Béraud, le Prêteur sur gages, mélodrame en trois actes (1829). A ï'Ambigu-Comique : l'Espion du grand monde, drame en cinq actes (1856). Cette pièce est tirée du roman de l'auteur qui pone le même titre et qui eut deux éditions, l'une en 1851 (7 volumes in-go), l'autre en 1863 (2 vol. in-18). On a encore de M. de Saint-Georges : le Attire d'heures, simple histoire du coeur (1840, petit in-8°), et un Mariage de prince (1849, 2 vol.), outre un roman de jeunesse intitulé les Nuits terribles (Paris, Amyot, 1821, in-12).
SALNT-GÉRAN, général français. V. La.
GUICHK,
SAINT-GERMAIN s. m. Arboric. Variété de poire.
— Encycl. Le saint-germain est une belle
SAIN
i et bonne poire k chair blanche, d'abord ferme, ensuite fondante et bien beurrée ; l'enu en est sucrée, vineuse, acidulée, agréable, et ce qui ajoute au mérite de ce fruit, c'est qu'il ne mollit presque jamais et commence h mûrir en novembre pour se conserver jusqu'à la fin d'avril; c'est un gros fruit, allongé, ventru, rétréci à la base et au sommet, variable dans sa forme et dans su longueur, quelquefois uni, souvent bosselé. La peau en est verte avant la maturité, elle jaunit et reste toujours un peu épaisse, tiquetée de points roux nombreux et souvent couverte de taches de la même couleur.
L'arbre est vigoureux, droit, bien fait, d'un beau port; il se prête à toutes les formes qu'on veut lui donner et préfère les localités chaudes, les terrains bien situés ou l'abri de l'espalier. On le greffe sur franc comme sur cognassier. Son écorce est lisse et luisante ; ses feuilles sont longues, étroites, en gouttière, d'un beau vert luisant en dessous, bordées de dents Hues dans la partie supérieure et très-grandes dans la partie inférieure ; ces feuilles sont constamment recourbées eu arc.
Le bouton à fruit, petit et serré, donne naissance à huit ou dix fleurs assez ouvertes, à calices réfléchis, à pétales arrondis, concaves. Les éttiinines sont une fois plus courtes que les pétales.
Il existe plusieurs sous-variétés de cet arbre : l'une, dont le fruit a l'épiderme bronzé ; l'autre à bois et à fruits panachés.
SAINT-GERMAIN (N..., dit le comte diï), personnage mystérieux, l'une di>s ligures les plus extraordinaires du xviuc siècle, né dans les dernières années du xvn» siècle, mort à Eckernl'œrndt (duché de Slcsvig) en 1780. Son origine, sa naissance, la source de sa fortune, qui dut être considérable pour suffire à sa fastueuse existence, resteront toujours sans doute inconnues, quoique l'on soit arrivé, à force de recherches et de conjectures, bien près do la vérité. Mais, en faisant la part des exagérations, en discernant avec soin les faits avérés des contes dont s'est repue la crédulité publique, ce qu'on ne saurait mettre en doute, c'est l'étendue de ses connaissances, lu variété singulière de ses talents et de ses aptitudes, la force de volonté qu'il déploya pour jouer si longtemps son rôle en face des plus grands personnages, toutes qualités rares qui eussent fait de lui un diplomate du premier ordre, en lui acquérant une célébrité durable, s'il n'eût préféré s'amuser de ses contemporains et rester une énigme pour la postérité.
Il n'est pas question de lui en France avant 1750, époque où il se fixa à Paris. Aucune aventure n'avait encore jusque-là appelé sur lui l'attei.tion ; on savuitseulemenlqu'il avait déjà parcouru, Sous différents noms, une partie de l'Europe et résidé en Italie, en Hollande, en Angleterre, tantôt sous le nom de marquis de Montferrat, tantôt avec le titre de comte de Bellamye, qu'il portait à Venise. Il prit, à Paris, celui de comte de Saint- Germain. Il attira tout de su;te l'attention par ses grandes manières, son luxe et surtout l'opinion répandue partout qu'il possédait la pierre philosophale, ou, du moins, l'art de faire des diamants, et un élixir de longue vie qui le rendait immortel. On le représentait comme ayant déjà vécu plusieurs siècles, comme le contemporain d'événements lointains, dont il racontait du reste les détails avec une sûreté, une lucidité surprenante. Les uns affirmaient que ce n'était qu'un marquis de Betmar, Portugais; d'uutros, un jésuite espagnol du nom d'Aymar; d'autres, un juif d'Alsace, Wollî (c'est l'opinion du compilateur des Mémoires de la marquise de Créqui); d 'mitres, le fils d'un receveur des contributions d'Aix, Rotondo. Ce n'étaient là que des conjectures vagues. Un jour, le duc de Choiseul laissa échapper quelque chose de plus précis. Voici comment le baron de Gleichen, un des adeptes de l'aventurier, raconte l'anecdote : « M. de Saint- Gcimain, dit-il, vivait d'un grand régime, se purgeait avec des follicules de séné qu'il arrangeait lui-même, et voilà tout ce qu'il conseillait à ses amis qui le consultaient sur ce qu'il faiblit faire pour vivre longtemps. De plus, il ne buvait jamais en mangeant. Il fréquentait la maison du duc de Choiseul et y était bien reçu. Nous fûmes donc fort étonnés d'une violente sortie que ce ministre lit un jour à sa femme au sujet de notre héros. 11 lui demanda brusquement pourquoi elle ne buvait pas, et elle lui ayant répondu qu'elle pratiquait ainsi que moi le régime de M. de Saint-Germain avec un grand succès, M. de Choiseul lui dit : « Pour ce qui est du baron, i a qui j'ai reconnu un goût tout particulier » pour les aventures, il est le maître de choi- » sir son régime; mais vous, madame, dont » la santé m'est précieuse, je vous défends » de suivre les folies d'un homme aussi équi- ■ voque. > Pour couper court à une conversation qui devenait embarrassante, un des assistants, le bailli de Solar, demanda à M. de Choiseul s'il était vrai que le gouvernement ignorât l'origine d'un homme qui vivait en France sur un pied aussi distingué, « Sans doute, nous la savons, répliqua le » duc; c'est le fils d'un juif portugais qui > trompe la crédulité de la ville et de la cour.
* 11 est étrange, ojoula-t-il en s'échauffant,
• qu'on permette que le roi soit souvent près-
SAIN
t que seul avec cet homme, tandis qu'il ne sort, jamais qu'environné de gardes, comme » si tout était rempli d'assassins. » On peut rapprocher de cette anecdote un autre souvenir du baron de Gleichen : « J'ai ouï dire qu'entre plusieurs noms allemands, italiens et lusses sous lesquels on l'a vu paraître avec éclat dans différents pays, il avait aussi porté anciennement celui de marquis de Montferrat. Je me rappelle que le vieux baron de Stocli m'a dit à Florence avoir connu à Paris, sous le règne du Régent (1715-1723), un marquis de Montferrat qui passait pour un fils nanirel de la veuve de Charles II (d'Espagne), retirée à Bayonne, et d'un banquier de Madrid. • Nul doute qu'on ne puisse identifier le comte de Saint-Germain avec le jeune marquis de Montferrat. De plus, le héros lui-même, quand il parlait de son enfance, sa représentait volontiers comme élevé au milieu d'une cour brillante, d'une suite nombreuse, et rappelait vaguement ses jeux sur de magnifiques terrasses, sous un climat délicieux, comme s'il fut né à Cordoue ou à Grenade, dans ïe palais des rois maures. Enfin, il est certain que vers 1763 de grands banquiers de Hollande connaissaient et son origine et la source de ses richesses. Ils disaient en termes généraux qu'il était le fils d'une princesse réfugiée à Bayonne au commencement du siècle et d'un juif portugais de Bordeaux. (Mémoires de Grosley, 1813.) Du rapprochement de toutes ces circonstances, on peut faire jaillir quelque lumière. La veuve du roi d'Espagne Charles II alla d'abord s'établir à Tolède dans l'année de son veuvage (icoo-l'OO); plus tard, en 1706, elle se fixa à Baronne. C'était cette Marie-Anne de Pfalz-Neubourg que Victor Hugo a choisie pour l'héroïne du drame de Ituy-Blas. Charles II étant devenu veuf de Marie-Louise d'Orléans, morte le 12 février 1GS0, l'Autriche, qui craignait de perdre toute son influence en même temps que ses droits si le monarque mourait sans héritier, se hâta de lui donner cette nouvelle épouse choisie dans la maison de Bavière. Le 15 mai 16S9, le mariage fut arrêté; le 27 janvier suivant, la nouvelle reine d'Espagne partit de Flessingue et, le i mai, elle était remise entre les mains du roi. La chronique ajoute que, comme on craignait que le roi ne fût impuissant, quoiqu'il fût seulement dans sa vingt-builième année, Marie de Neubourg avait été choisie à cause de la légèreté de son caractère, de ses manières enjpuêes et des libertés qu'elle aimait à prendre avec les hommes. Elle aimait passionnément la musique; on la laissa emmener un jeune maître italien, Matteucci, qu'elle traitait familièrement; on la fit escorter d'une duègne bavaroise peu ri- ,gide, dont les instructions portaient, paraitil, "de favoriser les entretiens de la jeune princesse avec quiconque lui plairait dans le voyage. Enfin, pour comble, lorsque Marie de Neubourg arriva en Espagne, présentée aux grands par un introducteur qui crut devoir l'aire un discours solennel, le marquis del Carpio chargé de la recevoir, s'approchant de l'oreille de l'orateur, lui dit simplement : «Est-elle grosse? C'est ce qu'il nous faudrait. » Marie de Neubourg n'était pus enceinte lors de sou mariage et même cette union resta stérile comme la première; mais on devine si une jeune reine de ce caractère dut se plier de bonne grâce à la rigide etennuyeuseétiquette espagnole. Parmi ses créatures, ses favoris, Flores, l'historien des lieynus calùlicas, cite, outre le musicien Matteucci, un certain comte Adanero, banquier selon toute apparence, qu'elle lit nommer ministre des finances et qui, suivant le même historien, n'appartenait pas même à la noblesse, malgré son titre : que no havia naeido en esfera de coude, dit-il dédaigneusement. Cet Adanero, « qui n'était point de la sphère des comtes » et que la reine élève si haut, ne serait- il pas ce juif, ce banquier portugais du duc de Choiseul et le père du comte de Saint-Germain? Notre aventurier put naître en Espagne, du vivant même de Charles II, dans une des nombreuse.* résidences royales, vers la fin du xv»e siècle, ou à Bayonne, lorsque Marie de Neubourg vint s'y fixer en 1700. Cette hypothèse est la plus plausible. Le secret de cette haute naissance était connu à la cour de Versailles, ce qui explique la grande faveur du comte auprès de Lirais XV, qui l'admet familièrement chez lui et chez hlme de Pompadour pour passer avec lui des soirées entières, comme les mémoires du temps et le mot de dépit du duc de Choiseul en font foi. Cette hypothèse explique égalementsa grande fortune si mystérieuse sans qu'il soit- besoin d'en trouver la source dans les fonds secrets dont diverses cours, à en croire quelques biographes, auraient payé ses bons oflices, pour ne pas dire son espionnage. On ne voit nulle part qu'il ait joue ce rôle odieux d'espion diplomatique. Elle explique aussi ses grandes manières et le sans-layon avec lequel il lui arrivait de traiter les plus hauts personnages.
Le maréchal de Belle-Isle, ayant rencontré le comte de Saint-Germain en Allemagne, se prit pour lui d'une vive affection et l'amena eu France. Il le présenta à Mme de Pompadour, qui fut charmée de ses manières; un parla bientôt de lui. Le duc de Choiseul, qui n'était pas encore en dissidence politique avec Belle-Isle, reçut chez lui son protégé; il en entretint le roi, à qui Mme de Pompa-
SAIN
dour en avait déjà avantageusement parlé, et, quelque' temps après, le comte était reçu intimement à Versailles. Il amusait et étonnait tout le monde par ses récits. Comme il avait beaucoup voyagé, qu'il savait beaucoup de choses et causait bien, sa conversation ne manquait jamais d'intérêt, et il devint en quelque sorte un élémfiht nécessaire aux distractions de la cour. Il parlait avec une emphase mystérieuse des profondeurs de la nature et ouvrait à l'imagination une carrière vague, obscure, immeuse sur les secrets dont il se disait en possession, sur ses vastes connaissances, sur ses trésors, sa noblesse, son origine. Sans jamais dire expressément qu'il avait un siècle ou deux, il le laissait deviner, et des témoignages, probablement erronés, de gens qui prétendaient l'avoir rencontré trente ou quarante ans auparavant venaient à propos à son secours. Un jour qu'il assistait à. la toilette de M01' de Pompadour : ■ Comment était fait François I"? lui demanda tout à coup la favorite ; c'est un roi que j'aurais aimé. — Aussi était-il très-aimable, n répondit le comte; et il se met à dépeindre sa figure et toute sa personne comme on ne peut le faire que pour quelqu'un que l'on a bien connu. Puis il continue sur le même ton, parlant du connétable, de Marie Stuart, de Marguerite de Valois et de toute la cour. Mme rie Pompadour lui dit en riant : » Il semble que vous ayez vu tout celai — J'ai beaucoup de mémoire et j'ai beaucoup lu l'histoire de France; quelquefois je m'amuse, non pas à faire croire, mais à laisser croire que j'ai vécu dans les plus anciens temps. — Mais vous ne dites pas votre âge et vous vous donnez pour fort vieux. La comtesse de Gergy, qui était, il y a cinquante ans je crois, ambassadrice à Venise, dit vous y avoir connu tel que vous êtes aujourd'hui. — Il est vrai, madame, que j'ai connu il y a longtemps Mm« de Gergy. — Mais, suivant ce qu'elle dit,"vous auriez plus de cent ans à présent? — Cela, n'est pas impossible, dit le comte en riant; mais je conviens qu'il est possible que cette dame, que je respecte, radote, — Vous lui avez donné, reprit Mme de Pompadour, un élixir surprenant par ses effets. Elle prétend qu'elle a longtemps paru n'avoir que vingt-quatre ans. Pourquoi n'en donneriez-vous pas au roi? — Ah ! madame, dit-il avec une sorte d'effroi ; que je m'avise de donner au roi une drogue inconnue? Il faudrait que je fusse fou 1 »
Dans cette conversation, le comte de Saint- Germain se peint tout entier, non comme un imposteur, un charlatan qui veut faire des dupes, un Cagliostro, mais comme un homme d'infiniment de tact et d'esprit, qui, ayant un secret à garder, celui de sa naissance, et ne voulant pas déchoir de son rang, trouve moyen de reprendre sa place dans la société en intéressant à sa personne, en piquant la curiosité, et s'amuse de l'étonnement qu'il excite. Parmi les talents qu'on lui attribuait etqu'il semblait s'attribuer lui-même, on peut mettre au premier rang celui d'apprécier et même de travailler les diamants et les pierres précieuses. Un jour que le roi, la marquise et quelques familiers de Versailles parlaient devant lui du secret qu'il possédait de faire disparaître les taches des diamants, le roi s'en fit apporter un de grosseur moyenne et tache. On le pesa et il dit au comte : » Ce diamant est estimé 6,000 livres, mais il en vau'drait 10,000 sans la tache. Voulez-vous vous charger de me faire gagner -1,000 liv. ?» Le comte l'examina bien et répondit que c'était possible, et que dans un mois il le rapporterait à Sa Majesté. Un mois après, il le rapporta, en effet, enveloppé dans une toile d'amiante ; la tache avait disparu. On le pesa, la différence était à peine sensible. M. de Gontaut, envoyé immédiatement chez lejoaillier de la couronne, rapporta 9,600 livres; le roi fit redemander le diamant et le garda par curiosité. Mais était-ce bien le même? Eu un mois le comte avait pu envoyer à Amsterdam choisir et au besoin faire tailler une autre pierre à peu près semblable et sans tache ; grâce à ses ressources occultes, la différence de prix, était pour lui peu de chose. Le roi n'en fut pas moins étonné et s'écria que Saint-Germain, avec ce secret, devait être riche il millions., Surtout s'il savait, comme on l'affirmait, fondre plusieurs petits diamant* eu uu seul. A une question que Louis XV lui posa dans ce sens, il ne répondit ni oui ni non ; mais il aflirma qu'il savait faire grossir les perles et leur donner la plus belle eau. La perle étant uausée par une maladie de l'huître, il prétendait aussi savoir provoquer cette maladie.
Mme du Hausset raconte une anecdote du même genre. « Il fit voir une autre fois à Madame, dit-elle, une petite boîte qui contenait des rubis, des topazes, des emeratides. Il paraît qu'il y en avait pour des trésors. Madame m'avait appelée pour voir toutes ces belles choses ; je les regardais avec ébahissemeiit, mais je faisuis signe, par derrière, à Madame, que je croyais tout cela faux. Le comte, ayant cherche quelque chosedans un étui grand deux fois connue un étui à lunettes, en tira deux ou trois petits papiers qu'il déplia, fit voir un superbe rubis et jeta ue côté avec dédain une petite croix de pierres blanches et vertes. Je la regardai et dis : i Cela n'est pas tant à dédaigner. > Je l'essayai et j'eus l'air de la trouver jolie. Le comte me pria aussitôt de l'accepter; je re-
SAIN
fusai, il insista. Madame refusait aussi pour moi. Enfin, il pressa tant et tant et tant que Madame, qui croyait que cela ne pouvait guère valoir plus de 40 louis, me fit signe d'accepter. Je pris la croix, forteontente des belles manières du comte, et Madame, quelques jours après, lui fit présent d'une boîte émaillée sur laquelle était un portrait de je ne sais plus quel sage de la Grèce, pour faire comparaison avec lui. Je lis, au reste, voir la croix, qui valait 1,500 francs.» On remarquera que, sauf cette croix, aucun des bijoux étalés par le comte ne fut estimé; comme, selon toute apparence, à ses connaissances chimiques il joignait l'art de. faire des pierres fausses, ne pourrait-on pas croire, à la manière dont le fait est raconté, que les diamants et les rubis étaient faux? Il jeta de côté, avec dédain, la seule pièce vraie, pour que ce fût la seule qu'on- osât lui demander. Vrais ou faux, il aimait a se parer de diamants et en avait toujours, dans sa toilette, pour une somme considérable, quoiqu'il fût mis très-simplement d'ailleurs. Un jour de gala, il se présenta à Versailles avec des boucles de souliurs et des jarretières de diamants fins d'une si belle eau qu'il était douteux que le roi lui-même en possédât de pareilles. 11 passa dans l'antichambre pour les défaire, aliu qu'on put les regarder de plus près et en comparer les pierres à d'autres. M. de Gontaut, qui était là, die qu'elles valaient au moins 800,000 fr. Il avait, ce même jour, une tabatière d'un grand prix et des boutons de manche de rubis étineeiants. Une telle profusion de richesses litsensation ; mais la couronne d'Espagne était si riche en diamants, au Xvie et au xvn1-* siècle, que Marie de Neubourg put disposer, en faveur de son fils, de quelques écrias.
La connaissance qu'il avait de nombreux secrets de chimie relatifs aux fards et aux cosmétiques ne lui fut pas moins utile. Un bon régime et probablement l'avantage qu'il tenait de la nature, de pouvoir vieillir sans changer de physionomie et d'allures, firent le reste. Rameau prétendait l'avoir rencontré en 1710 et lui avoir donné environ cinquante uns; c'est l'âge qu'il paraissait avoir en 1750; mais peut-éire les souvenirs de Rameau n'étaient-ils pas exacts. Un secrétaire de la légation danoise, qui l'avait connu en Hollande en 1735 et le retrouva vingt-cinq uns plus tard à Paris, assurait que sa physionomie n'avait aucunement changé. Dans le Slesvig, où il finit ses jours, il conserva, dit-on, jusqu'à la fin, le même aspect. C'était uu homme de taille moyenne, vigoureusement constitué, d'un extérieur robuste.
Les témoignages abondent sur son séjour à Paris, de 1750 à 1700; ils font foi de la curiosité-qui l'entourait. «M. le duc de Choiseul, M. de Raunitz, M. Pitt ne disent point leur secret, écrivait Voltaire à Frédéric II, On dit qu'il n'est connu que d'un M. de Saint- Genuain, qui a soupe autrefois dans la ville de Trente avec les Pères du concile et qui aura probablement l'honneur de voir Votre Majesté dans une cinquantaine d'années. C'est uu homme qui ne meurt point et qui sait tout. Pour moi, qui suis près de finir ma carrière et qui ue sais rien, je me borne à souhaiter que vous connaissiez M. le duc de Choiseul, etc. « Frédéric;, de son côté, qualifiait le comte de Saint-Germain de « conte pour rire, » quoiqu'il paraisse avoir eu pour lui, plus tard, quelque déférence. Ses grandes manières, son éducation brillante et l'art avec lequel il se servait de ce qu'il savait, sa connaissance de plusieurs langues, car il parlait également bien le français, l'allemand, l'italien et le russe, sa conversation pleine de charme, avaient le don de plaire k tous ceux qui le fréquentaient et d'attirer morne leur estime. ■ Le comte de Saint-Germain, dit à son tour Grinim, a paru à tous ceux qui l'ont connu un homme de beaucoup d'esprit. Il avait cette éloquence naturelle qui est la plus propre à séduire; il savait beaucoup de chimie et l'histoire comme peu do personnes l'ont apprise. Il avait le talent de rappeler dans la conversation les événements les plus importants de l'histoire ancienne et de les raconter comme on raconte l'anecdote du jour, avec les mêmes détails, le même degré d'intérêt et de vivacité. »
Le jour ou il avait étalé, devant Mpe de Pompadour et M,uo du Hausset, ses ë crins de diamants, il avait aussi proposé de faire voir des portraits sur émail de Petitot. Mme de Pompadour lui dit de revenir après dîner, pendant la chasse, 11 montra ses portraits, et la marquise voulut à toute force entendre une histoire qu'il avait racontée quelques jouis auparavant chez le premier écuyer, comme s'il en eût été témoin, quoiqu'elle datât de cinquante ou soixante ans. Après s'être défendu quelque temps et fait beaucoup d'excuses sur ce que son histoire ennuierait peut-être , qu'il lui arrivait de raconter passablement la première fois et de ne plus avoir la même verve eu recommençant le récit , il finit par céder et narra une sorte de nouvelle espagnole, que donne tout au long M"'fc du Hausset. 11 y figure un jeune chevalier d'industrie qui se fait passer eu Hollande pour un fils du marquis de Moucade et parvient à extorquer d'un ami du marquis, de compte à demi avec une comédienne et au moyen d'une intrigue picaresque à la Gil Blas, une somme assez ronde. Le comte mit, parait-il, beaucoup d'art dans
SAIN
sa narration et fit parler le jeune aventurier, sa maîtresse , l'ambassadeur avec tant de verve que la marquise voulut qu'on en composât une comédie. Elle fut faite, en effet, sur le canevas que le comte en donna par écrit, canevas que Mme du Hausset a transcrit dans ses Mémoires. Une conversation qu'il eut avec Louis XV fait voir sur quel pied de familiarité il vivait à la cour, en même temps que son grand tact. Il disait au roi que, pour estimer les hommes, il ne faut être ni confesseur, ni ministre, ni lieutenant de police. « Et roi? dit son interlocuteur. — Ah! Sire, répondit le comte; vous avez vu le brouillard qu'il faisait il y a quelques jours, on ne voyait pas à quatre pas. Les rois, je parle en général, sont environnés de brouillards encore plus épais que font naître autour d'eux les intrigants, les ministres infidèles, et tous s'accordent, dans toutes les classes, pour leur faire voir les objets sous un aspect différent du véritable. •
A la ville, il existait une curiosité croissante. On se le disputait dans les salons de la plus haute aristocratie; mais là, son ton familier et ses grandes manières prenaient le plus souvent une nuance singulière d'impertinence. Le baron de Gleichen, allant en 1759 rendre visite à la veuve du chevalier Lambert, voit entrer après lui un homme de taille moyenne, très-robuste, vêtu avec une simplicité magnifique, qui jette sans façon son chapeau et son épée sur le lit de la maîtresse du logis, se place dans un fauteuil près du feu et interrompt la conversation en disant à celui qui tenait le dé : t Vous ne savez ce que vous dites. Il n'y a que moi qui puisse parler sur cette matière. Je l'ai approfondie ainsi que la musique, qu'il m'a fallu abandonner, ne pouvant aller plus loin que ce que j'en sais. » Le baron demande avec étonnement à son voisin qui était cet homme, pour parler avec tant d'assurance et de hauteur. » C'est le fameux comte de Saint-Germain, lui fut-il répondu; un homme qui possède les plus rares secrets, à qui le roi a donné un appartement à Chainbord, qui passe à Versailles des soirées entières avec Sa Majesté et Mme je Pompadour et après qui tout le monde court quand il vient à. Paris. » Piqué de curiosité, le baron, très-fin observateur, se mit à étudier cette vivante énigme, se fit inviter à dîner chez Maie Lambert, dont une des lilles, entre parenthèses, était la mattresse du comte, et parvint à captiver ses bonnes grâces. Gleichen ayant émis, au cours du dîner, sur des questions artistiques, des idées qui plurent à Saint-Germain, celui-ci lui proposa du lui montrer ses tableaux, qu'il donnait comme merveilleux. En effet, le diplomate danois fut admis à visiter une collection d'oeuvres rares et de tableaux de maîtres, tous empreints d'un certain degré de perfection et de singularité qui, à son avis, les rendait plus intéressants que des morceaux de premier ordre. 11 y remarqua, etitre autres, une Sainte Famille de Murillo, qui lui parut supérieure aux Raphaël de Versailles. Ce ne fut pas tout; le edmte lui exhiba une telle quantité de diamants et de pierreries, de nuances et de grandeurs si surprenantes, que le baron crut voir tous les trésors de la Lampe merveilleuse. « Il y avait entre autres, dit-il, une opale d'une grosseur monstrueuse et un saphir blanc de la taille d'un œuf. J'ose me vanter de me connaître en bijoux et je puis assurer que l'œil ue pouvait rien découvrir qui fit même douter de la finesse de ces pierres, d'autant plus qu'elles n'étaient point montées. » Le baron le suivit assidûment partout et l'observa attentivement. C'est à lui qu'on doit les remarques les plus précieuses sur ses habitudes, sa manière de vivre et la tournure particulière de son esprit. Il savait exciter et manier la crédulité de la façon la plus habile, observant des nuances infinies suivant la condition et l'intelligence de ceux qui l'écoutaient. Devant des gens d'une crédulité sans bornes, raconcontait - il quelque événement du temps de Henri VIII ou de Charles-Quint, il déclarait tout crûment qu'il y avait assisté; avec des interlocuteurs plus intelligents, il se contentait de peindre les plus petites circonstances, les mines et les gestes des personnages, jusqu'à la chambre et la place qu'ils occupaient, avec des détails d'une telle netteté, que l'on croyait entendre un témoin oculaire. Quelquefois, en rapportant un mot de François 1er 0u de Henri IV, il feignait une distraction et disait : « Le roi se tourna de mon côté et me dit ; ■ puis se reprenant, il avalait ce moi et continuait bien vile, comme un homme qui s'est oublié : o Le roi dit au duc un tel •
Gleichen attribue ca talent, en tout cas fort singulier, à la profonde connaissance qu'il avait du caractère, de l'esprit, des habitudes des personnages historiques dont il parlait et qu'il mettait en scène. Il savait l'histoire minutieusement et s'était composé, dans l'esprit, des sortes de tableaux, si exact3 et si vrais, qu'il pouvait raconter des faits passés depuis longtemps comme un témoin oculaire parlerait u'une aventure récente. H dit un jour au baron : » Ces bêtes de Parisiens croient que j'ai cinq cents ans et je les confirme dans celte idée, puisque je vois que cela leur fait tant de plaisir. Ce n'est pas que je ne sois infiniment plus vieux que je ne parais, »ajouta-t-il. Ainsi, même auprès du baron, son ami, 11 lui coûtait d'abandonner son rôle,
SAIN
La crédulité parisienne allait beaucoup plus loin. Les cinq cents ans dont parle le comte de Saint-Geimain n'étaient pas un espace assez large ; on en faisait un contemporain, non pas seulement du concile de Trente, comme dans la lettre de Voltaire, mais du concile de Nicée, de Jésus-Christ et même de la grand'mère de Jésus-Christ, sainte Anne. Cette croyance, que partageaient quelques salons de Paris, était le fait, non pas du comte de Saint-Germain lui-même, mais d'un mystificateur audacieux, Gauve, dont Rulhihre a parlé dans son poème des Jeux de mains :
On aura Coquelet, Mussod, Préville, Gauve.
Ce Gauve, que l'on appelait milord Gower, parce qu'il contrefaisait les Anglais supérieurement, avait été employé dans la guerre de Sept ans par la cour comme espion à l'armée anglaise, et les courtisans se servaient de lui pour jouer toutes sortes de personnages et pour mystifier les bonnes gens. De mauvais plaisants le menèrent dans plusieurs sociétés du Marais sous le nom de M. de Saint-Germain , pour satisfaire la curiosité des dames et des badauds. Là, Gauve joua son rôle très-modestement d'abord ; puis, voyant qu'on l'écoutait avec la plus profonde admiration, i! remonta de siècle en siècle jusqu'à Jésus - Christ , dont il parlait avec la plus grande familiarité, comme s'il avait été son ami. « Je l'ai connu très-intimement, disait-il ■ c'était le meilleur homme du monde, mais il était romanesque et inconsidéré. Je lui ai souvent prédit qu'il finirait mal. » Il s'étendait ensuite sur les services qu'il avait cherché à lui rendre par l'intercession de M. de Pilate, dont il fréquentait la maison journellement; il disait avoir connu particulièrement la sainte Vierge, sainte Elisabeth et même sainte Anne, la vieille mère.-Pour celle-ci, ajoutait-il , je lui ai rendu un assez grand service après sa mort; sans moi elle n'aurait jamais été canonisée; pour son bonheur je me suis trouvé au concile de Nicée, et comme je connaissais beaucoup plusieurs des évoques qui lo composaient, je les priai tant, leur répétai tant que c'était une bonne femme, qu'il leur en coûterait si peu d'en faire une sainte , que son brevet fut expédié. ■
Après une dizaine d'années de séjour en France et au milieu de ses plus grands succès, le comte de Saint-Germain fut tout à coup obligé de s'enfuir en Angleterre. Il s'était attiré l'inimitié du duc de Choiseul en Servant d'intermédiaire à une intrigue ourdie, à l'insu du ministre des affaires étrangères, par le maréchal de Belle-Isie, alors ministre de la guerre. Choiseul considérait comme la gloire de son ministère l'intime alliance qu'il était parvenu à opérer entre les maisons de France et d'Autriche; le maréchal, advertaire de l'Autriche depuis sa jeunesse, combattait vivement cette politique et eut l'adresse de mettre le roi de son côté. Louis XV et M"" de Pompadour étaient fatigués de la guerre, qui n'allait point selon leurs désirs ; de concert avec le maréchal, ils résolurent de traiter de lu paix, par l'intermédiaire de la Hollande. Saint-Germain, que B'elle-Isle avait présenté k Versailles et qui connaissait intimement le prince Louis de Brunswick, alors de séjour à La Haye, s'offrit pour conduire l'affaire. Mais à peine était-il arrivé et dès les premiers pourparlers, le ministre de France à La Haye, d Affry, éventa l'intrigue et en référa immédiatement à Choiseul, se plaignant de ce qu'il faisait traiter de la paix à son insu, par un étranger, un inconnu. Choiseul renvoya aussitôt le même courrier à d'Atfry, avec ordre de réclamer l'extradition de Saint-Germain et de le conduire, pieds et poings liés, à la Bastille, puis, se présentant au conseil, informa te roi de ce qu'il avait fait, ajoutant qu'il avait jugé inutile de prendre ses ordres, tant l'intérêt du service exigeait de promptitude. « Si je ne l'ai pus fait, dit-il, cela tient uniquement à ma conviction que personne ici n'aurait osé traiter de la paix il l'insu du ministre des affaires étrangères de Votre Majesté. »Le roi baissa les yeux comme un coupable, et Belle-lsle , pris au dépourvu , ne trouva pas un mot à répliquer. Saint-Germain ne fut pourtant pas conduit k la Bastille. Les états généraux , k qui d'Affry demanda l'extradition , la refusèrent; en même temps qu'ils envoyaient la force armée pour paraître vouloir s'assurer de sa personne, ils le firent prévenir en secret et lui donnèrent ies moyens de s'échapper. Saint-Germain gagna l'Angleterre. Le Landûn Çhroaicle du A juin 17C0 contient au sujet de son arrivée k Londres un curieux article, rédigé ou tout au moins inspiré par lui, dans lequel on le justifie d'imputations qui eussent été de nature à lui nuire, Mais la forme vague de l'article, où toutes les circonstances sont rapportées comme des on dit, ne laisse en rien percer ces fameux secrets que l'on s'attendait à lui voir dévoiler. Mous donnerons en entier cet article.
« Les motifs qui ont amené le mystérieux étranger parmi nous sont absolument ignorés, ainsi que les raisons de l'éclat que la cour de France vient de faire à son sujet. Le merveilleux de sa vie, ce qu'on raconte d'extraordinaire de lui jettent de l'intérêt dans ses actions les plus communes, qui ont eu toute l'Europe pour théâtre.
» Jl ne doit ni k sa naissance ni aux. fa-
venrs d'aucun monarque les titres honorables dont il se décore ; son nom même est un mystère qui étonnera plus à sa mort que tous les événements miraculeux de sa vie. Celui qu'il porte actuellement est emprunté et supposé.
» Le terme d' « inconnu » sous lequel on le désigne est trop faible; ceux d'à aventurier » et de « chevalier d'industrie i offrent des idées de bassesse qu'exclut sa conduite. Ils lui pourraient convenir .en les bornant à signifier un homme, j'ai presque dit un seigneur, qui fait grande dépense, qui ne tient à rien, dont on ignore les ressources , qui ne fait aucun usage' de celles qui soutiennent les escrocs et que dans aucun pays personne n'a accusé d'avoir fait tort à qui que ce soit.
■ Nos lumières sont aussi courtes sur son pays que sur sa naissance. Les conjectures les plus hasardées suppléent à ces lumières, et la perversité du cœur qui suppose et voit partout le mal a bâti sur ce fondement des histoires aussi ridicules qu'injurieuses pour celui qui en est le héros. Il serait cependant de l'équité de s'abstenir de juger avant que de connaître, et de l'humanité de ne point adopter par prévision des contes absurdes et sans fondement. En se bornant à ce qu'on connaît, on ne peut voir en lui qu'un inconnu à qui personne n'a rien à reprocher et qui a des ressources particulières pour soutenir la figure qu'il fait depuis si longtemps. Il parut en Angleterre il y a plusieurs années; il a depuis parcouru les principales cours de l'Europe avec un train et l'éclat qui annoncent les étrangers de la première distinction.
■ Le maître de Gil Blas ne manquait jamais d'argent, sans qu'on sût d'où il le tirait; c'est 1 histoire de l'inconnu qui nous occupe. Sa conduite étudiée et suivie dans les circonstances les plus délicates n'a rien offert que d'innocent et de régulier. Il y a cette différence entre le héros du roman et le nôtre, qu'il semble avoir tous ses trésors renfermés dans un mince volume d'une forme inconnue et que l'on pourrait comparer à la fiole où les alchimistes renfermant les principes qui font la base de toutes leurs opérations; on n'a jamais vu décharger k sa porte les tonnes d'argent dont il aiiruit eu besoin pour soutenir le train de sa maison.
» Habile à saisir le goût dominant de chacune des nations parmi lesquelles il s'est montré, il en a su profiter pour se rendre partout intéressant et agréable. A son premier voyage eu Angleterre, il nous trouva fous de la musique et nous enchanta par ses talents pour le violon; talents si marqués qu'on pouvait dire, avec un de nos poètes, qu'il était né avec cet instrument à la main. L'Italie le vit égal à ses virtuoses et à ses premiers connaisseurs dans toutes les productions anciennes et modernes des beaux-arts. L'Allemagne le mit au pair de ses chimistes les plus exercés.
a L'étendue et la variété de ses connaissances ont été pour lui des recommandations d'autant plus puissantes, qu'en quelque art qu'il ait voulu briller il n'a jamais paru avoir su ni fait nuire chose que ce qu'il faisait actuellement. En musique, par exemple, il exécutait et composait avec une égale facilité et le même succès; sa conversation était toujours relative à cet art, il lui empruntait mille termes figurés.
» D'Allemagne, il apporta en France la réputation d'un alchimiste consommé, possesseur de la pierre philosophale et de la médecine universelle ; on disait qu'il faisait de l'or; propos accrédité et soutenu par l'éclat de son train et de sa dépense. La chose alla jusqu'au ministre, qui dit en souriant qu'il éventerait bientôt la mine d'où il tirait son or. Mids il fit inutilement les plus exactes perquisitions sur le papier et sur les lettres de change où il voyait cette mine. Pendant deux années que durèrent ces perquisitions, il vécut à l'ordinaire, paya partout en, espèces sonnantes et i'on ne put découvrir une seule lettre de change qui fût entrée pour lui dans le royaume ; tout semblait donc confirmer l'opinion qu'il possédait la pierre philosophale, et on en vint bientôt à penser qu'il possédait aussi la panacée universelle pour toutes les maladies et même pour ces infirmités, suites inévitables de l'âge et de la caducité.
« On raconte de lui, à ce dernier titre, des choses étranges. Une femme de la première qualité en voulut faire l'essai. Dévouée à la coquetterie, elle voyait avec douleur le commencement des ravages que faisait le temps sur son visage. Elle va trouver l'étranger : «Monsieur le comte, lui dit-elle, ce que je » vais vous dire vous paraîtra peut-être un peu > cru; mais vous èies la complaisance même, » et je vais au fait. On assure que vous avez » un talent préférable au secret que vous y » joignez de faire de l'or, le talent de réparer » et même de prévenir les outrages de la vieil- » lesse. Je suis encore à l'abri de ces outra- » ges; mais les années coulent et je ne vou- » drais pas attendre le besoin. Parlez-moi » franchement : possédez-vous cette espèce » de remède? voulez-vous m'en faire part? » quelles sont vos conditions? »
» L'inconnu, s'enveloppunt dans une contenance mystérieuse, lui répondit que ceux qui possèdent ces secrets évitent qu'on le sache. « Je ne l'ignore point, » réplique la consultante, qui l'assure de sa discrétion. Le consulté vaincu promet, et dès le lendemain
il apporte à la dame une fiole de quatre à cinq cuillerées, et lui dit qu'il faut prendre dix gouttes de cet élixir dans le premier quartier et dans le plein de la lune; que ce remède était très-innocent, mais infiniment précieux, et que, si on le prodiguait, il ne serait peut-être pas possible de le renouveler.
» La dame enferma la fiole en présence de ses femmes, et, soit pour leur cacher sa faiblesse, soit pour éluder leur curiosité, elle leur dit que c'était un remède pour la coli-
?ue. Dans la soirée même, la première des emmes, saisie de violentes tranchées court à la fiole, l'ouvre, la porte au nez, goûte la liqueur et, en trouvant la saveur aussi délicieuse que l'odeur, avale toute la fiole. L'effet en est aussi heureux que subit. La liqueur était claire comme de l'eau; pour cacher son larcin, la femme remplit la fiole d'eau commune, dans l'espoir que sa maîtresse ne sera pas sitôt dans le cas d'en faire usage, et elle tombe dans un profond sommeil.
» Vers ie lever du soleil, la dame rentre chez elle, monte à son appartement, fait appeler ses femmes pour la déshabiller, et, jetant les yeux sur celle qui avait avalé la fiole : « Que faites-vous chez moi, lui dit-elle,
• que demandez-vous? d'où sortez-vous? » La femme répondant par une profonde révérence : « Enfin que faites-vous ici? continue » la maîtresse d un ton d'humeur, je ne vous » ai point mandée, retirez-vous. — Madame
• me traite avec une dureté quj n'est pas or- » dinuire, réplique la femme. Je n'ai jamais » manqué à mon devoir ; j'ai eu le malheur » de m'endormir, mais est-ce un crime? — « Vousvoulez m'en imposer, répliqua la dame, » je ne vous connais point, je ne vous ai ja- » mais vue nulle part, je n'ai point eu à mon » service de femme aussi jeune que vous. » Elle sonne aussitôt et demande Radegonde (c'était le nom de la femme qui avait avalé la fiole). « Mais me voilà, madame, s'écrie
• cette fille; ne suis-je plus reconnaissante?! Et se regardant au miroir, elle voit avec la dernière surprise qu'elle paraissait à peine avoir seize ans, quoiqu'elle en eût quarantecinq.
» Toute la France, frappée d'un événement aussi merveilleux, a crié au miracle ; mais l'étranger était parti, et l'infortunée dame se trouva condamnée à figurer parmi les sexagénaires.
» C'est ainsi que ce fait se raconte à Paris et qu'on Je contera sans doute pendant plusieurs générations. Etiiit-ce la liqueur de la fiole qui avait transformé en fille de seize ans la femme de quarante-cinq? cette métamorphose n'avait-elle point été arrangée par le comte? Je n'entreprendrai pas de le décider. »
Le comte de Saint-Germain résida peu de temps en Angleterre, un an ou deux au plus. Il était à Saint-Pétersbourg lors de la révolution de 1702 et il y joua, assure-t-on, un rôle considérable; rôle occulte, sans doute, puisque son nom ne figure dans aucun des récits de cette révolution. Il était un des intimes des comtes Orlof; rencontré beaucoup plus tard, en 1770, à Livourne, par Alexis Orlof, on remarqua que ce hautain personnage lui témoignait de.i égards dont il était peu coutunuer et laissa échapper ce mot : « Voilà un homme qui nous a été bien utile. «Saint-Germain se faisait alors appeler comte Soltikof et portait l'uniforme dégénérai russe. 11 parcourut ensuite l'Allemagne et la Prusse, résida à Berlin et se lixa longtemps, sous le nom de comte Tzurogy, à Schwabach, a lu cour du margrave 0 Auspuch. Grégoire Orlof, qui le rencontra à Nuremberg, lui témoigna la même 'déférence qu'Alexis et lui remit; dit-on, une somme de 211,0011 sequins de Venise. C'est à son séjour en Allemagne que se rattachent ses relations avec la irauc-iiinçomierie et les illuminés; il a été curieusement étudié à ce point de vue par George Suiid, duns la Comtesse de Mudotdsladt.
Ou a voulu voir dans la franc-maçonnerie, où il aurait joué un grand rôle d'initiateur, une des sources de sa mystérieuse fortune. L'hypothèse est assez plausible. En y ajoutant les duns de sa mère, dont il tenait en grande partie ses diamants merveilleux et ses tableaux espagnols, la fortune de son père, ancien niinUtie de Charles II et riche banquier selon luute apparence, et plus que tout cela, sans aucun doute, la science financière qu'il tenait de ton père, science alors peu avancée et qui n'était qu'entre les mains des juifs, le bon placement, des fonds sur les banques des grands pays livrés au négoce tels que La Hollande et l'Angleterre : ce que sa grande richesse eut de surnaturel aux yeux de ses contemporains se réduit pour nous à. de l'habileté pure et simple.
Le margrave d'Aiispaeh, qu'il dominait complètement, l'emmena en Italie. Saint- Germain traitai t ce brave homme, k tête faible, avec un sans-façon admirable. Pour ajouter k la considération dont il jouissait dans la petite cour allemande, il faisait voir parfois des lettres de Frédéric II : « Connaissez-vous celte écriture et ce cachet-laï dit-il un jour au margrave en lui montrant une de ces lettres restée sous enveloppe. — Oui, c'est le petit cachet du roi. — Eh bien 1 vous ne saurez pas ce qu'il y a dedans. » Et il remit froidement la lettre dans sa poche.
En dernier lieu, il se fixa à Eckemfœrn, dans le duché de Slesvi.r, prè3 du landgrave Charles de Hesse , grand protecteur des sciences hermétiques, qui le prit en affection. Ils cherchèrent ensemble la pierre philosophale. C'est à la cour de ce prince qu'il mourut, en 1780, malgré son élixir de longue vie; aussi, dit-on qu'il était fatigué de l'existence et ne voulut pas prolonger la sienne. Pendant les dernières années de sa vie, il ne se faisait servir que par des femmes qui le soignaient et le dorlotaient, selon l'expression de Gleichen, comme un second Salomon, et dans les bras desquelles il rendit le dernier soupir, après avoir vu s'éteindre ses forces peu à peu. Ses papiers passèrent entre les mains du landgrave Chartes, à qui on ne put jamais arracher le moindre renseignement sur ce que la vie du mystérieux personnage présentait toujours d'éniginatique. Le landgrave conserva quelque temps les papiers et finit par les détruire.
En résumé, l'existence de ce fameux aventurier eat aujourd'hui percée k jour. Il est •aisé de se refaire, en esprit, la physionomie de ce personnage au milieu dune société curieuse et désœuvrée comme celle du xvme siècle , agitée déjà du pressentiment d'une rénovation prochaine et livrée à tous les excès, comme à toutes les superstitions et à toutes les nouveautés. On se rend compte de la séduction qu'il dut exercer sur cette société qui raffola tour il tour de Law, de Cagliostro et de Mesmer. Mais l'intrigue, l'imposture, le charlatanisme étaient des moyens au-dessous de lui, indignes de lui ; il en imposa spirituellement à ses contemporains sans les duper positivement; il se servit habilement de sa prodigieuse mémoire, de ses études historiques, de la connaissance qu'il avait de diverses intrigues de cour et de ce qu'il avait appris des sciences occultes, pour mieux frapper les sens et opérer une plus sûre fascination. Ami des plaisirs et de la vie luxueuse, s'il mit k son service tant d'imagination et d'esprit, tant de ressources de toutes sortes , de science et d'habileté, ce ne fut que pour mener l'existence qui lui plaisait le plus, se créer des relations princières et garder jusqu'à sa mort l'insouciance du prodigue.
SAINT-GliltMAIN (Claude-Louis, comte dk), homme de guerre et ministre français, né au château de Vertumboz, près de Lotis-le- Saunier, le 15 août 1707, mort à Paris le 15 janvier 1778. Il entra d'abord chez les jésuites et les quitta pour embrasser lu carrière des armes. Engagé dans l'armée de l'électeur palatin, il se signala par sa valeur en Hongrie contre les Tut es eu 1 738 et, k la fin de lu campagne, fut neminé major de dragons. Lorsque la France se fut déclarée contre Marie-Thérèse, Suint-Germain donna su démission, passa au service de l'électeur de Bavière, fut nommé colonel, puis, après l'élévation de l'électeur au trône d'Autriche, sous le nom de Charles VII, feld-inarèchal. Après la mort de Charles, Saint-Germain voulut un moment offrir ses services k Frédéric 11, puis il rentra en France et sollicita le graue ue lieutenant gênerai; mais k cause du refus de M. d'Aigeusoii, il n'obtint que celui de maréchal de camp. Saitit-liermaiii se signala pendant la guerre de Flandre (1746- 174S), fut nommé lii'uteiiLiut général en 1748 et obtint k la conclusion de la paix le commandement de la basse Alsace; en 1756, il fut chargé de ia défense de Dunkerque. Loris de la guerre de 1757, il exécuta avec habileté la retraite de l'ai niée française honteusement vaincue sous les orures de Soubise k liosbuch. 11 livra en 1758 la bataille de C'revelt, couvrit eu 1759 la retraite de Minden et, eu se repliant, battit le prince de Brunswick dans les gorges de Drainfeld. En 1760, il assista au combat de Corbach. Irrité de la malveillance dont depuis longtemps il se croyait l'objet de lu part de plusieurs de ses compagnons d'armes et notamment de la part ilu duc de Broglie, et des injustices dont il se croyait victime, Suint-Germain, après avoir échangé des explications trèsvives avec de Broglie, quitta l'année avec éclat et demanda a être jugé par un conseil de guerre; il se rendit ensuite en Danemark, ou Frédéric V lui confiu, en 17G2, le commandement du l'armée, puis le créa feld-mareeh.il, lui conféra lu décoration de l'ordre de l'Eléphant et le chargea de la réorganisation de 1 année danoise. 11 reçut du successeur de Frédéric une pension de 7,000 ecus, revint faire un court séjour en France eu 1768, puis retourna eu Danemark pour assister a une nouvelle révolution qui le détermina k quitter définitivement ce pays. Apre3 avoir mis ordre a ses affaires et converti sa pension eu une somme de 100,000 ecus, Saint- Germain s'établit en Alsace. Ruiné par la banqueroute de son banquier, il vit s'ouvrir en sa faveur une souscription des officiers de régiments allemands au service de la France. Le ministre île la guerre français fut forcé par l'opinion publique k assigner une pension au vieux général. Des mémoires sur la réorganisation de la France, présentés par Saint-Germain au ministère, et dont Turgot le premier sut apprécier la valeur, valurent u Saint-Germain sa nomination du secrétaire d'Etat au ministère de la guerre et la décoration de l'ordre de Saint -Louis (1775J.
SAIN
Parmi les réformes introduites par Saint- Germain, reformes qui visaient surtout a l'économie et à la discipline, quelques-unes étaient très-jnstes et très-utiles ; d'autres. avaient une valeur contestabje, comme 1 introduction dans l'armée de certains châtiments usités en Prusse, tels que les coups de plat de sabre. Bonnes et mauvaises, les réformes de Saint-Germain lui attirèrent beaucoup d'ennemis. Après s'être adjoint dans ses travaux "Wimpfen, Grimoard, Gribeauval et Montbarrey, Saint-Germain offrit sa démission en septembre 1777 et reçut une pension de 40,000 livres avec un logement a l'Arsenal, où il mourut. On a de lui des Mémoires (Amsterdam, 1779, in-8»), où il proposait des réformes, dont il eut le regret de ne pas voir la réalisation et dont 1 avenir dénota la justesse. Quoique ces Mémoires aient été publié» sous son nom, ils ont été attribués par Grimm au baron de Wimpfen, de qui l'on a : Commentaires des Mémoires de Saint-Germain (Londres, 1780, in-8°; 1781, vol. in-12). Grimoard a publié la Correspondance particulière du comte de Saint -Germain avec M. Paris- Duverney (Londres, 1789, 2 vol. in-8<>), ouvrage précédé d une biographie de Saint-Germain, écrite avec impartialité. On trouve une notice sur Saint- Germain par M. d'Arcier dans les Mémoires de ta Société d'émulation du Jura An 1822. Son portrait a été gravé in-lS°.
SAINT-GERMAIN (François-CharlesHKRVÉ de), homme politique français, n é-àAvranches en 1803. Possesseur de grandes propriétés dans ledépartetnentdelaMamjhe, il s'adonna à l'agronomie, devint maire de Saint-Senier, président de la Société d'agriculture d'Avranehes, membre du conseil général et fut élu, en 1849, représentant de la Manche h l'Assemblée législative. M. de Saint- Germain y fit partie de la majorité réactionnaire, appuya la politique de Louis Bonaparte, adhéra au coup d Etat du 2 décembre et fut nommé en 1852, comme candidat officiel, député au Corps législatif dans la 2» circonscription de la Manche. Réélu successivement en 1857, en 1863 et en 1869, il appuya constamment de ses votes la déplorable politique de l'Empire. Rendu à la vie privée par la révolution du 4 septembre, il reparut sur la scène politique après les élections du 8 février 1871 k l'Assemblée nationale comme député do la Manche. M. de Saint-Germain alla siéger au centre droit, vota les préliminaires de paix, l'abrogation des lois d'exil, la validation de l'élection des princes d'Orléans, la proposition Rivet, contre le retour de l'Assemblée à Paris, en faveur de la pétition des évêques, etc., puis il fit partie de la coalition monarchique qui renversa M. Thieis lorsque cet homme d'Etat entreprit de fonder la République (24 mai 1873), vota la prorogation des pouvoirs du maréchal Mac- Mahon (19 nov. 1873), donna son approbation complète ii la politique réactionnaire et compressive inaugurée par le duc de Broglie,vota contre la proposition Périer et Maleville, demandant l'organisation des pouvoirs publics et la dissolution de l'Assemblée (juillet 1874), et se prononça, le 25 février 1875, contre l'ensemble de la constitution républicaine.
SAINT-GERMAIN (François-Victor-Arthur Gilles dk), acteur français, né à Paris le 12 janvier 1833. Son père, architecte vérificateur, collabora dans sa jeunesse h l'ancien Figaro ; il avait aussi fait quelques pièces de théâtre, qu'il avait soumises à son parent Michel Masson. Ces souvenirs littéraires restèrent toujours présents à la mémoire du petit Arthur qu'on plaça dans une institution de Paris. 13 ne maladie grave de son père interrompit ses études, qu'il acheva plus tard a l'école Turgot. La position assez précaire de sa famille, en 1848, le força d'accepter l'emploi de comptable chez un marchand de châles allemand, qui déposa son bilan au bout d'un mois. 11 était chargé, depuis quelque temps, de la correspondance dans une librairie importante quand, un dimanche, il rencontra chez Michel Masson un ancien acteur de la Porte-Saint-Martin, qui n'eut pas de peine à lui faire prendre la resotution d'embrasser la même carrière. Saint-Germain, qui venait d'apprendre que l'école du Conservatoire était gratuite et qu'il suffirait d'un peu de bonne volonté pour y être admis, s'en allait chaque matin tout rêveur à son bureau. Il se dépêchait, à l'heure du déjeuner, de monter dans un magasin isolé, et là il croyait avoir fait le meilleur repas du monde si, dans les passages qu'il récitait, il 'était content de ses gestes et de son intonation. Bientôt il se présenta au Conservatoire, et il ressentit une telle émotion en pénétrant dans l'enceinte, qu'il se mit à trembler et peu s'en fallut qu'il ne se sauvât. On lui lit réciter une scène du Dépit amoureux, et, étrange effet de son imagination, sa peur se dissipa entièrement quand il se vit sur ce semblant de théâtre, devant ce comité, au milieu duquel siégeait pour la dernière fois une tragédienne célèbre, Mlle George. Il réi»nit tous les suffrages et fut admis dans la classe de Provost. < De mes élèves, dit cet excellent comédien, ceux qui me font, le plus d'honneur, ce sont assurément DeUiunay, Got «t Saint-Germain. » Ce dernier, après trois mois de leçons, obtint, sans l'avoir demandée, la pension de 8u0 francs. Il remporta au pre-
SAIN
mier concours le premier accessit et, l'année suivante, le 5 août 1852, le premier prix de comédie. 11 s'était fait entendre dans le rôle de Carlin du Disirait. On l'applaudit bien davantage, au mois de décembre, à la distribution des prix, où il choisit la scène du sac de l'acte III des Fourberies de Scapin. Il avait le droit de faire trois débuts au Théâtre-Français dans l'emploi des premiers comiques; mais Provost désirait qu il restât encore auprès de lui au moins dix mois. Ce fut une année de perdue, pendant laquelle il apprenait ses rôles d'étude, en revenant du spectacle, à la lueur d'un bec de gaz. Il fit ensuite une tournée à Dieppe, en compagnie de Samson et de son professeur. Il y fut remarqué. Grâce à Brindeau, dont la fille était au Conservatoire, il joua chez M">e Albin le Cercle ou la Soirée à la mode de Poinsinet. Il rendit avec une telle vérité le personnage de l'abbé, que Jules Jan in, qui assistait à cette représentation, le complimenta en lui promettant son appui, ce qui ne l'empêcha pas, six ans plus tard, de le critiquer outre mesure. Il débuta à l'Odéon le 17 septembre 1853, dans un rôle où il ne pouvait manquer de réussir complètement, celui de Pasquin du Jeu de l'amour et du hasard, et créa ensuite, avec non moins de succès", Tourny de Mauprat , Antoine do la Conquête de ma femme, Alexandre de Que dira le monde, Crisptn du Dernier Crispiit, Le 1er juillet 1854 , il devenait pensionnaire de la Comédie-Française. »I1 aborda l'ancien répertoire de telle sorte que, dès son premier début, dans Gros-René du Dépit amoureux, il se montra l'égal de Got et surpassa Louis Monrose, qui jouait en double avec lui les rôles de Thomas Diafoirus du Malade imaginaire, de Pierrot du Festin de Pierre, d'Alain de Y Ecole des Femmes, de Lubin des Fausses confidences, etc. 11 retrouva les mêmes applaudissements sous lo costume moderne dans les rôles de Jean de Bertrand et Raton, Belleau de la Calomnie, Anatole de la Fin du roman , etc. Personne mieux que lui ne pouvait prétendre au titre de sociétaire; mais une circonstance dans laquelle il crut avoir à se plaindre de M. Empis, directeur, l'engagea à donner sa démission. Il entra au Vaudeville en 1859, où, pendant l'espace de seize ans, la presse a pu constater à son actif plus de » cent trente créations. » Voici la liste de ses principaux rôles : Vernais des Honnêtes femmes, Edouard de On demande un gouverneur, Chaudray des Dettes du cœur, Martin du Trésor de Biaise, Camouflet de la Tasse de thé, Jolibois de la Femme doit suivre son mari, Miirino du Mari à l'italienne, Nautilus de l'Etincelle, Armand dé l'Ecureuil, Taupin de Ma sœur Mirellc, Oscar de Ooçuo-Pr>ufe,Luc du Vrai courage, Maxime de la Comtesse Mimi, Marécot des. Intimes, Victor de Henri le Balafré, Paddiz de V Homme de rien, Blanchon du Don Juan de village, Champiguel de Ce que femme veut, Pierrot de Pierrot posthume, Jean des Erreurs de Jean, René de C'était Gertrude, Jules du Monsieur qui attend ses témoins, Georges Bell de Diauali, Bigoreau de la Bonne de M. Fontaine, Adolphe du Cachemire XBF, Tiburce des Petits oiseaux, Baudel du Mariage d'Olympe, Cyprien des Diables noirs, Fauvinaud du Procès Veauvadieux, etc., etc. On a de lui comme auteur dramatique : les Trois Curiaccs, petite comédie jouée au Vaudeville, eu collaboration avec Mme Pauline Tliys, et, comme membre du Caveau, des poésies fugitives qui ne sont pas sans mérite, entre autres ; Churtemugne, Notre histoire de France, A Déjazet, Ma carte de visite à la chanson et, la meilleure de toutes, Adiré Corintlmm.
SAINT-GERMAIN, écrivain français. V.
Mourgues.
SAINT-GÉRY (Joseph de), littérateur français, né à Magnas (Gers) en 1590, moit dans la même localité en 1671. Il fit, vers 1612, les campagnes de Turquie, puis passa au service du duc d'Epertioii,gouverneuide laGuj'enne, et s'interposa avec succès dans le différend qui s'était élevé entre cet homme d'Eiat et l'archevêque de Bordeaux. Après la disgrâce de d'Epernon, Saint-Géry se retiraàMagnas et y consacra le reste de ses jours à la littérature et aux sciences physiques. On a de lui : Ma félicité (Paris, 1692, in-4°) ; l'Iris (Paris, 1662, in-4o) -, Disquisitiones plmjsicB de motu cordis et cerebri (Finis, 1663, in-4o); Disquisitio physica de finiuus corporis et spiritus (Paris, 1663, ii>-4°). Ceb différents écrits ont été réunis sous ce titre : Essais de messire Joseph de Saint-Géry, seigneur de Magnas (Paris, 1663, in-4°).
Saînt-Gile», le plus pauvre, le plus sale, le plus dangereux quartier de Londres, habité par les prostituées, les voleurs et les mendiants de toute espèce. Aucune ville d'Europe n'offre un pareil amas de vices, d'ignorance, de crimes et de misères. Encore aujourd'hui il s'y trouve, dans Churc/t-Lane, une cour des Miracles où personne n'oserait s'aventurer même en plein jour. Les hommes de police n'y pénètrent que par escouade. La rue défoncée, les maisons sans portes on sans fenêtres, les amas d'immondices croupissantes, les figures hâves et féroces, les haillons bigarrés des habitants inspirent un étonnement mêlé d'horreur à l'étranger qui visite la ^plendide capitale de la riche, religieuse et libre Angleterre.
SAINT-GILLES (Jean de), savant anglais,
SAIN
connu aussi sous les noms de Jean de SoinJ- Au.nn ou de Jeanne» Anglicui, né vers 116S, mort en Angleterre vers 1253. Premier médecin de Philippe-Augusteen il 98, il embrassa ensuite l'état, ecclésiastique. Il donna en 1218 l'hôpital Saint-Jacques, où il logeait, aux frères prêcheurs, qui y restèrent dès lors et furent pour ce motif appelés jacobins. Il prit lui-même l'habit de cet ordre et, par sa protection, contribua a faire obtenir aux religieux deux écoles à l'Université de Paris, l'une de philosophie et l'autre de théologie, et a faciliter leur introduction en Angleterre. Outre des ouvrages de philosophie péripatéticienne et de théologie, Saint-Gilles a laissé deux ouvrages de médecine : De formations corporis, et Prognosticx et practicx médicinales.
SAINT-GILLES (N... de l'Enfant, chevalier DB}. poète fiançais, mort vers 1709. C'était un littérateur amateur, assez célèbre dans la société polie de la fin rtuxvnu siècle; on connaît peu les particularités de sa vie. On sait seulement qu'il était brigadier des mousquetaires et qu après la bataille de Ramillies il renonça au monde et entra dans un couvent. Ses principales oeuvres ont été recueillies et publiées sous ce titre : la Muse mousquetaire, œuvres posthumes de M. le cltevatier de Saint- Gilles (Paris, Guillaume de Luynes, 1709, l vol. petit in-8» de 280 pages).
Saint Gilles excellait à saisir le ridicule des sujets littéraires traités gravement, et la chanson-parodie venait alors naturellement au bout de sa plume ; mais il fallait que le sujet l'inspirât, c'est-à-dire qu'il fût frappé du côté taux. Ses petits vers couraient le monde sous divers noms. 11 avait fait une très-jolie chanson sur l'opéra d'Achille, de CampistL'on, qu'il appelle, selon l'usage des raffinés en prononciation, Capistron. On fit l'honneur de cette folie à M""» Beshoulières et à sa tille. Saint-Gilles s'en plaignit k ellesmêmes par les couplets suivants, sur l'air : Réeeillez-vous, belle endormie :
Moi, qui viens de chanter AcAiîle D'un style agréable et bouffon, Souffrirai-je qu'on dise en ville Que je n'ai pas fait ma chanson?
Réveillez-vous, belle endormie , Ma glaire, allons, réveillez- vous.
Une redoutable ennemie Ravit nos lauriers les plus doux.
SAIN
Pourquoi, mesdames Deshouliercs, M 'enlevez-vous tous mes couplets 1 Quoi ! n'étes-vous pas assez fieres Des beaux vers que vous avez faits 7 Restituez donc à Saint-Gilles Le faible honneur de ses chansons ; Contentez-vous de vos idylles, Et retournez & vo3 moutons.
Mesdames Deshoulières lui firent cette réponse, qui ne nous semble point pécher par excès de modestie :
Si le public à l'aventure
A répafldu bous notre nom
L'agréable et vive peinture
De l'opéra de Capistron ;
11 ne vous a point fait d'outrage ; N 'en soyez pas mol satisfait :
Ce n'est pas tant pis pour l'ouvrage, Quand on dit que nous l'avons fait.
. Mais son chef-d'œuvre en ce genre est ce qu'il intitula : Abrégé de l'opéra d'Enée. C'est une très-agréable et très-vive parodie de l'Enée et Lavinie de Fontenelle, tragédieopéra en cinq actes, avec un prologue, paroles de Fontenelle, musique de Colasse, représentée pour la première fois par l'Académie royale de musique, en 1C90. On cite encore, dans les œuvres de Saint-Gilles, en dehors de celles que nous avons énumérées plus haut :1e Contrat; l'Origine des oiseaux, poème ; la Fièvre de Palmerin, pastorale; GHotin, précepteur des Muses , comédie en un acte et en vers,
SA1NT-ÛRAAL s. m. V. GRAAL.
SAINT-GUY (danse), Pathol. Nom vulgaire
de la chorée. V. ce mot.
SAINT - HAOUEN ( Yves- Marie-Gabriel - Pierre Lecoat, baron de), marin français, né en Bretagne en 1756, ntort à Calais en 1826. Entré comme volontaire- dans la marine, il lit les campagnes de l'indépendance américaine, devint lieutenant de vaisseau en 1702, fut grièvement blessé dans les Antilles eu repoussant une attaque des noirs révoltés, puis devint chef militaire à Nantes et empêcha Belle-Ile de tomber au pouvoir des Anglais. Capitaine de vaisseau en 1795, Saint- Hauuen devint chef militaire à Ancône en 1799, puis chef d'état-major de Latouche-Tréville. Il se distingua, en août 1801, en repoussant une attaque de Nelson, inspecta les côtes de la Belgique de 1801 a 1803 et se signala, eu 1804, dans un engagement qui eut lieu entre la Houille de Boulogne et les Anglais. Il devint alors chef des mouvements maritimes à Boulogne et soutint de nouveaux combats devant cette ville et devant Calais. En 1812, il fut nommé préfet maritime à Boulogne. Désigné par le gouvernement provisoire de 1814 pour aller à Harwell présenter k Louis XVIII les hommages de la marine française, il revint en France avec ce prince, qui logea
chez lui pendant son séjour à Boulogne, elle nomma contre-amiral en 1817. Le Baron de Saint-Haouen est surtout connu par l'invention d'un télégraphe de terre et de mer, au moyen de fanaux higénieux. C'est le premier dont on se soit servi la nuit. Le duc d'Angoulème en a fait un usage avantageux pendant la campagne d'Espagne de 1823.
SA1NT-HILAIRE (Louis-Vincent-Joseph LB Blond, comte de), général français, né a Kibemont en 176C, mort à Vienne (Autriche) en 1809. A quatorze ans, il s'embarquait pour les Indes, comme sous-lieutenant. Dès son retour, il entra dans l'infanterie, prit part au siège de Toulon, fit ensuite la campagne du Piemont de l'an IV et, après le 15 brumaire, fut nommé général de division. Il se signala particulièrement à Austerlitz, k léna, k Eylau, à Kckmuhl, à. Essling. A cette dernière bataille, il eut le pied gauche emporté par un boulet et mourut douze jours après. Napoléon a dit de Saint-Hilaire : « C'était un homme aimable, remarqué par son caractère chevaleresque, ce qui le rit appeler le chevalier sans peur et sans reproche. »
SAINT-HILA1HE (Emile-Marc HiLAiRB, connu sous le nom de Marco de), littérateur français, né vers 1790. Il fut attaché comme page au service de Napoléon 1er. L'Empire tomhé, il rentra dans la vie civile et composa une quantité de petits livres fantaisistes, dépourvus de toute valeur littéraire, sur l'art de dîner en ville, de fumer, de priser, de faire fortune, de mettre sa cravate, etc. Il publia également un assez grand nombre de biographies médiocres sur les personnages les plus divers et composa quelques romans, dont le succès fut nul. Après la révolution de Juillet, M. Marc Hilaire écrivit encore quelques romans, puis il s'occupa à peu prés exclusivement de composer des ouvrages ayant pour objet de rendre populaire l'Empire et Napoléon Ier et de présenter ce despote comme un héros de la démocratie. Ses livres, qui ont été fréquemment réédités, ont eu une influence déplorable en faussant essentiellement l'histoire et en contribuant à propager la légende napoléonienne, qui devait tant contribuer à l'avènement du second Empire, aussi funeste à la France que le premier. En 1847, M. Marco de Saint-Hilaire commença la publication d'un Almanali impérial, qui a paru jusqu'à la fin de l'Empire. Parmi ses romans, nous citerons : le Donneur d'eau bénite (1825, 2 vol. in-12); les Mémoires d'un forçat (1828-1829, 4 vol. tn-8"), avec M. Raban ; 'Casilda (1832, 6 vol. in-12) ; les Mémoires d'une célèbre courtisane (1SS3, in-8°) ; Lieutenant et comédien (18-14, 2 vol. in-ËO), etc. farmi ses autres ouvrages, nous mentionnerons : Mémoires d'un page de la cour impériale (1S30, 2 vol. in-8<>); les Petits appartements des Tuileries, de Saint-Cloud et de la Malmaison (1831, 2 vol. in-8°) ; Souvenirs de la vie privée de Napoléon (1833, 2 vol. ii)-8">) ; Souvenirs intimes du temps de l'Empire (1838-1839, 6 vol. in-80) ; Entretiens sur ta vie privée de Napoléon (1839, 2 vol. in-18); Physiologie du troupier (1841, in-so) ; les Aides tie cump de l'empereur, souvenirs intimes du temps de l'Empire (1841, 2 vol. in-8°) ; YHàtel des Invalides (1841, 2 vol. in-8«); V Ecole militaire, te bivouac et les Tuileries (1842, 2 vol. in-8"); Histoire populaire de Napoléon et de la grande armée (1842, in-8u);iV«po/eoK au conseil d'Etat (1843, 2 vol. in-ao) ; Napoléon au bivouac, aux Tuileries et à Sainte-]] élène (1844, in-18); Napoléon en campagne (1S44, 2 vol. in-S"); les Habitations napoléoniennes à Paris (1844, in-8<>); le Duc d'Enghien (1844, in-S»); le Vétéran du camp de la Lune(lSH, 2 vol. in-8°); la Veuue de la grande armée (1845. 2 vol. in-8°) ; Histoire unecdotique, politique et militaire de la garde impériale (1845-1846, in-8°); Deux conspirations sous l'Empire (1846, 2 vol. in-8°) ; Histoire de ta campagne de Hussie pendant l'année 1812 (1846-1848, 4 vol. in-S°); Histoire des conspirations et des exécutions politiques (1849, i vol. in-8"); les Deux empereurs, Napoléon 1er et Napoléon III (1S53, in-18) ; Histoire de Napoléon 77/(1853, in-80); Continuation de i'Uistoire de France d'Anquelil (1&53) ; Anecdotes du temps de Napotéon /er (1854, in-12); la Caserne du quai d'Orsay (1856, in-12); Histoire des armées françaises depuis 1792 (1859 etsuiv., in-8°), etc.
SAIINT-HlLAlRE(Augiistin-François-César Prouvknçal de Saint-Hilaire, dit Auguste de), voyageur et naturaliste français, né à Orléans eu 1799, mort dans la même ville en 1853. Il s'adonna de bonne heure à l'histoire naturelle, apprit l'allemand et l'anglais pendant un voyage qu'il tit dans le Holstein et partit, en 1816, pour le Brésil avec l'ambassadeur de France près Ja cour de Rio- J anie ru. Pendant six années il parcourut les provinces de ce vaste empire, Montevideo, le Paraguay, et revint en Europe avec d'immenses collections de plantes, de mammifères, d'insectes, de reptiles, de poissons, de minéraux. Bans ses voyages, sa santé s'était profondément altérée. Atteint d'une maladie nerveuse, presque aveugle, il se rendit à Moutpelli t, où des soins intelligents lui rendirent en partie la santé. Il se mit alors a écrire les ouvrages qui ont fait sa réputation et qui lui valurent d être nommé membre de l'Académie des sciences en 1830. Outre des mémoires sur la Famille des polygalées, sur la Symétrie des capparidées, etc., publiés dans les Mémoires du Muséum, des articles insérés
SAIN
dans le Bulletin de la Société des sciences d'Orléuns et dans les Nouvelles annales des voyages, etc., on a de lui : Flora Brasilis méridionales ou Histoire et description de toutes les plmites qui croissent dans les différentes provinces du Brésil (Paris, 1825, 3 vol. ir>-4°, jivec pi.), avec A. de Jussieu et Cambessèdes; Voyage dans les provinces de Rio- Janeiro et de Minas- Geraes (1830, 2 vol. in-8<>) ; Voyage dans le district des diamants et sur le liiluraldu Brésil (1833, 2 vol. in-S°); Sur les résëdacées (1838, in-4°); Sur le système d'agriculture adopté par les Brésiliens (1838, in-go) ; Leçons de botanique (1840-1841, in-8°); la Morphologie végétale expliquée par des figures (1841, in-8°); Voyage aux sources du rio de San- Francisco (1847-1818, 2 vol. in-8°); V Agriculture et l'élève du -bétail dans lesCamr>os-Geraes(lSiO, in-8°), etc. Observateur habile et sagace, Saint-Hilaire n. doté la botanique de deux familles naturelles nouvelles, les paromjchices et les tamariscinées, d'un grand nombre de genres et d'environ mille espèces inconnues avant lui.
SA1NT-1IILA1RE, botaniste français. V.
Jaume-Saint-Hilaire.
SAINT- 1IILA1RE, célèbre naturaliste. V.
Geoffroy Saint-Hilairb.
SAINT-H1LA1HE (Barthélémy-), érudit et philosophe. V. Barthélémy.
SAINT-II1PPOLYTE (Jacques-Philippe Pradin de Biarges, comte de), marin français, né à Saint-Hippolyte-de-Caton (Gard) le 13 octobre 1762, mort à Montpellier en 1830. Il entra dons la marine française le 11 avril 1777 et lit la guerre d'Amérique. Simple lieutenant de vaisseau en 1786, il donna sa démission peu de temps avant la Révolution. Il fut nommé capitaine de vaisseau sous la première Restauration et reçut le titre de eontre-amirai honoraire le 29 octobre ] 826. Pendant douze ans, il siégea au conseil général de l'Hérault, au conseil municipal de Montpellier et remplit, en outre, les fonctions d'administrateur des hospices. Mort subitement dans les premiers mois de 1830, le comte de Saint- Hippolyte fut, quoique protestant, enterré suivant le rit catholique, sans doute grâce aux efforts de sa femme et de sa fille, toutes deux converties au catholicisme depuis 1817.
SAINT-HUBERTY (Anne-Antoinette Clavisl, dite), cantatrice française, née à Strasbourg en 1750, morte près de Londres en 1812. Elle était tille d'un musicien qui, lorsque sa voix se fut développée, lui fit parcourir l'Allemagne, la Prusse et la Pologne. A Varsovie, elle rencontra le compositeur Le Moyne, qui se chargea de son instruction musicale. De retour en France en 1774, Mllc Clavel épousa un certain chevalier de Croissy, et joua pendant trois ans au théâtre de Strasbourg. Le bruit de ses succès la lit appeler à l'Opéra, où elle débuta avec peu d éclat dans Amide, de Gluck, le 23 septembre 1777. Mme Saint-IIuberty était une véritable artiste, dévouée k son art et lui sacrifiant tout. Sans beauté, elle végéta longtemps dans une quasi-misère. Quand ses camarades lu voyaient arriver à l'Opéra, elles disaient méchamment, raillant sa pauvre robe noire usée ; « Ah 1 voila madame la Ressource. » Un jour Gluck entendit le propos, et s'avançant : a Oui, mesdames, dit-il d'un ton sévère ; car un jour elle sera la ressource de l'Opéra. » Le grand musicien prophétisait vrai. La mort de M"6 Laguerreetla retraite de Sophie Arnould et de MUo Beaumesnil laissèrent M»6 Saint-Huberty sans rivale. Elle devint première cantatrice en titre. Dans la Bidon, célèbre opéra de Piccinni, l'héroïne représentée par Mme Saint-Huberty entre assez tardivement en scène. Aux répétitions, l'exposition de l'œuvre commençait à exciter des murmures quand Piccinni s'écria : o Messieurs, avant de juger Bidon, attendez au moins que Didon soit arrivée.» En effet, Saint-Huberty ne fut pas plus tôt entrée que le succès se déclara certain. La carrière de cette cantatrice ne l'ut qu'une longue suite de triomphes. Comme chanteuse et comme actrice, elle approchait de la perfection. Elle ne quitta l'Opéra qu'en 1750, pour émigrer avec le comte il'Entragues, qui l'épousa secrètement à Lausanne. De là, elle passa k Vienne, puis a Grœtz et enfin a Londres, et périt assassinée en même temps que son mari par un domestique. Cette grande artisto fit à l'Opéra la révolution qu'opéra plus tard Taiina dans la tragédie : elle y importa l'exactitude du costume. Celui dont elle était, revêtue dans Didon était scrupuleusement copie sur un dessin envoyé de Home par un artiste du cabinet du roi.
SAINT-HURUGE (Victor-Amédée La Page, marquis de), révolutionnaire français, né k MiV-'ou en 1750, mort à Paris en 1810. Il appartenait k la noblesse de'Bourgogne et descendait d'une ancienne famille. Son père, qui possédait dans le Maçonnais les domaines composant le marquisat de Saint- Huruge, avait aussi des terres en Savoie; il était bien vu à la cour de Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne, et obtint que le fils du souverain, Victor-Amédée, fût, par délégation,le parrain de son fils.
Entré au service a treize ans, Victor-Amédée de Saint-Huruge obtint le grade de major avant d'atteindre sa vingt-quatrième anjiée. Mis en possession d'une fortune considérable par la mort de son père, il quitta le
SAIN
service et se mit a, voyager. Les biographes royalistes lui reprochent de s'être, à cette époque, livré à une dissipation sans frein et d avoir ainsi provoqué son incarcération. Saint-Huruge a protesté contre cette accusation. Ce qui est vrai, c'est qu'étant a Lyon en 1778, il s'éprit violemment d'une actrice, Mlle Mercier, comédienne d'un certain talent sur la scène et sans doute aussi à la ville, car elle sut assez aveugler le marquis pour te décider à l'épouser.
fca demoiselle Mercier était connue a Paris sous le nom de Laurence et inscrite sur les registres de la police ; elle sut habilement déguiser ces antécédents et devint marquise de Saint-Huruge. Le marquis, dans une requête adressée au parlement en 1787, a peint lui-même cette femme artificieuse comme douée d'une beauté irrésistible et ayant toutes les qualités apparentes et les belles manières des femmes les plus distinguées du monde et de la cour ; il dit d'elle : « Je ne crois pas qu'il y ait dans notre siècle un être plus terrible qu'uno jolie femme qui Se livre sans mesure au libertinage ; la mienne joint à une beauté rare un esprit délié et une représentation telle que l'ont les femmes de qualité les plus intéressantes. Personne n'a plus de talents pour séduire et pour mettre à profit les circonstances. Personne n'est moins délicat sur le choix des moyens. »
Le bon accord entre les deux époux ne dura pas six mois. Venu à Paris pour ses affaires, le marquis apprit aussitôt le passé équivoque de sa femme et comment elle avait vécu à Bruxelles, k Spa, partout où elle avait séjourné. En même temps, il fut complètement éclairé sur sa conduite actuelle ; le masque étant tombé, elle ne gardait même plus les apparences et avait repris sa vie galante d 'autrefois, en profitant toutefois de sa situation pour se créer de puissants protecteurs, entre autres le ministre d'Etat Amelot. Elle en obtint une lettre de cachet contre son mari, sous le prétexte qu'il avait aidé un de ses gardes à tuer un paysan, fait que Saint- Huruge a nié avec indignation. Saint-Huruge fut enfermé, non pas à la Bastille, comme l'a dit Lamartine dans l'Histoire des Girondins, mais à Charenton. Sa détention dura plus de trois ans, du 4 juillet 1781 au 7 décembre 1784. Amelot ayant quitté le ministère, il put, au bout de deux ans, communiquer avec sa famille, et, grâce k l'intervention de ses deux sœurs, il obtint d'abord d'être transféré du quartier des fous et des épileptiques, où on l'avait enfermé, dans celui des prisonniers pour dettes, et enfin, après un an de démarches et de sollicitations, il fut mis en liberté. On l'obligea néanmoins à signer une déclaration par laquelle il assurait une pension de 6,000 livres à la marquise, la laissait libre de vivre comme elle l'entendrait et consentait à rester en exil dans ses terres, sous la main de l'autorité.
A peine libre, Saint-Huruge protesta contre l'acte qui lui avait été extorqué. Ses domaines, mis au pillage par la marquise pendant sa détention, étaient dans un complet état d'abandon et en partie aliénés. M. de Breteuil, successeur d'Amelot, et le préfet de police Lenoir entouraient Saint-Huruge de la surveillance la plus inquiétante ; il se décida k fuir en Angleterre et adressa au parlement une longue requête (1787), après avoir fait choix, pour défenseur, du conseiller d'Esprémenil. Mais on sait avec quelle lenteur ces sortes d'affaires étaient conduites, surtout lorsque les gens en place y étaient mè1 lés. Les ressentiments profonds que Saint- Huruge laissait éclater dans ce mémoire contre' l'ancien ministre d'Etat Amelot, contre son successeur, le baron de Breteuil, contre le sieur Robinet, agent des deux ministres, et contre le lieutenant de police, dont il cite des lettres compromettantes, prouvent à quel point les traitements qu'il avait subis l'avaient ulcéré contre les institutions où do telles énormités étaient possibles. Justice ne lui était pas encore rendue quand éclata la Révolution. Il vint alors lui-même réclamer contre les vieux abus uvec toute la colère d'un homme qui en avait cruellement souffert. Jeune encore, d'une belle prestance et d'une figure martiale, doué d'une voix tonnante et fort de la haine que les persécutions subies lui donnaient contre le pouvoir, il fut un des plus ardents de ce groupe du Palais-Royal qui avait son siège au café de Foy et dont Camille Desmouiins, Loustalot et le baron de Tintot étaient les principaux personnages. La journée du 30 août 1789 le mit tout à coup en relief. La Constituante discutait alors la question du veto absolu ou du veto suspensif, et la majorité semblait être pour le veto absolu. C'était un dimanche; l'agitation parisienne était à son comble et le Paluis-Royal rempli d'une foule immense, protestant contre l'attitude de l'Assemblée. Camille Desmouiins et Saint-Huruge rédigèrent alors la fameuse motion du Palais-Royal, où l'on mettait en suspicion un grand nomurede députés et l'on proposait de donner une garde de sûreté à Mirabeau.
Cette motion, ce fut Saint-Huruge luimême qui se chargea de la présenter k la barre de l'Assemblée, k la tête des six cents signataires. Mais la municipalité lit fermer les barrières (il était ulors dix heures du soir) et empêcha ainsi la députation de se rendre à Versailles. Le 1er septembre, Saint-Huruge était arrêté comme ayant provoqué une Sédi-
SAIN
tion populaire et dénoncé sans mandat légal une partie de l'Assemblée. On l'eu ferma au Châtelet pour y être jugé prévôtalement, mais il fut relâ'hé un mois après. Le résultat de la motion du Palais-Royal et de l'agitation qu'elle avait causée fut de faire fléchir les conseils de la couronne : ils s'en tinrent au veto suspensif.
Lors de son arrestation, Saint-Huruge fut défendu par Camille Desmoulins dans un de ses premiers pamphlets, Réclamation contre de nouveaux abus, où il établit la légalité des motions.
Sônt-Huruge se défendit lui-même par le Mémoire succinct du marquis de Saint-Huruge, sergent dans les gardes nationales parisiennes au district de Saint-Boch, sur sa demande de liberté provisoire, envoyée à MM. des districts de la Commune de Paris (20 septembre 17S9).
A partir de cette époque, on le trouve mêlé h toutes les agitations révolutionnaires; il prend part , mais en sous-ordre seulement, aux journées des 5 et 6 octobre, à celle du 10 août. Le 31 mai 1791, connue on brûlait l'effigie du pape sur la place du Palais-Royal, il fut un des orateurs les plus véhéments. Incarcéré un moment sous la Terreur, comme partisan de Danton, il fut mis en liberté au 0 thermidor et tomba aussitôt dans l'obscurité. 11 vécut jusqu'en 1810, tantôt à Paris, tantôt dans ses terres du Maçonnais, où il avait conservé des domaines considérables.
SAINT- HYACINTHE (Hyacinthe Cordonnier, dit), littérateur français, né à Orléans en 1684, mort à Genecken, près de Bréda, en 1746. 11 était fils de Jean-Jacques Cordonnier, écuyer porte-manteau de Monsieur, frère de Louis XfV. On a cru longtemps que Saint-Hyacinthe étaitissu d'un mariage secret contracté par Bossuet, évêque de Meaux, avec M110 de Mauléon ; niais le fait a été démontré faux. Le père de Cordonnier étant mort ruiné, sa veuve, réduite à une pension annuelle de 600 livres, alla s'établir maîtresse de musique à Tours, où la protection de l'évèque, Bouthilier de Chaviçny, lui permit d'élever son fils. Saint-Hyacinthe lit au collège de l'Oratoire de cette ville d'excellentes études et, sous le nom de chevalier de Thémiseuil, obtint un brevet d'officier de cavalerie. Tombé entre les mains de l'ennemi à la désastreuse bataille d'Hoohstœdt (1704), il fut remis en liberté sur parole et vint se fixer k Troyes. Mais bientôt las de l'inaction, il conçut le projet de mettre son épée au service de 1 infatigable Charles XII, roi de Suède. Comme il débarquait à Stockholm, il apprit la défaite de Pultawa et revint en Hollande, où il vécut trois ans, se livrant avec ardeur à l'étude des langues anciennes et des langues vivantes. Malheureusement, le chevalier avait le goût de la dépense; il s'endetta et, à bout d'expédients, mit sa garde-robe en gage. La duchesse d'Ossuna, femme de l'ambassadeur d'Espagne au congrès d'Utrecht, instruite de la situation du chevalier, lui envoya en présent une écritoire contenant 50 louis. Le Fiançais s'empressa habilement de rapporter cette somme à la duchesse qui, loin de la reprendre, la doubla. Elle ne borna point à ce seul fait ses générosilés, car elle obtint pour le chevalier la table et lo logement gratuits à l'hôte! de l'ambassade. On a prétendu que ces libéralités étaient inspirées par un sentiment autre que la compassion. Ce fut du inoins l'avis du mari, qui fit signifier au protégé de sa femme d'avoir à quitter le sol batave. Saint-Hyacinthe revint en France, se rendit k Tmyes et y apprit l'italien k une nonne , nièce d'une abbessej nntis, fortement soupçonné de lui avoir appris tout autre chose que la laugue de Dante, il fut décrété de prise de corps et dut regagner en toute hâte la Hollande. Là, Saint-Hyacinthe devint le collaborateur de Prosper Marchand et de Sallengre au Journal littéraire, et prit hardiment puni pour les modernes dans la querelle suscitée parla traduction de Vltiade de Mme Dacicr. Son Chef-d'auvre d'un inconnu vit le jour en 1711 (v. chkf-d'œuvre). Cette critique ingénieuse de l'abus de l'érudition et du péduniisine fut un véritable événement littéraire, et trois éditions consécutives n'épuisèrent pas sa vogue. L'auteur, quis'étaitdissiinulé sous l'anonyme, crut devoir se démasquer et venir k Paris jouir de son triomphe. Par malheur, le décret de prise de corps lancé contre lui ayant toujours son effet, il fut obligé de regagner précipitamment la frontière. Il se remit k faire du journalisme et donna une nouvelle édition revue, corrigée et augmentée du Clu [-d'oeuvre d'un inconnu, avec lettre du professeur Pierre Burmann. Quatre ans après, il s'éprit d'une grande passion pourM1Ie de Marconay, lille d un gentilhomme poitevin réfugié en Hollande, et alla faire bénir son union à Londres. Dans cette dernière ville, Saint-Hyacinthe, nommé membre de la Société royale d'Angleterre, embrassa le protestantisme et obtint la pension dont jouissaient les protestants réfugiés. En 1732, il donna une nouvelle édition du Chef-d'œuvre d'un inconnu, augmentée de la Déification d'Aristarchus Masso.
Avide d'aventures ou tout au moins d'émotions nouvelles, le chevalier dit adieu k Londres en 1734 et séjourna quelque temps a faris. Il ne tarda point k s'y ennuyer et se retira enfin k Genecken, près do Bréda, pays natal de sa femme, où il termina son existence errant».
SAIN
L'édition ïa plus complète du Chef-d'œuvre d'un inconnu est celle qu'on doit à l'.-X. Les chevin (Paris, 1807, 2 gros vol. in-8o). Kilo est précédée d'une ample Notice sur la vie n les ouvrages de, Saint-Hyacinthe. A cette édi tion ont été réunis la Dissertation sur Homère et Chapelain la traduction de la Préface de Don Quichotte, la Déification d'Aristarchus Masso, YAnti- Mathanase, critique ironique du Chef-d'œuvre. On doit encore k Saint-Hyacinthe : Lettres à jl/mc Dacicr Sur son livre : Des causes de la corruption du goût (La Haye, 1715, in-12); Mémoires littéraires (La Haye, 1710, in-12); Lettres écrites de la campagne (La Haye, 1721, in 8°); Lettres critiques sur la Henriade (Londres, 1728, in-8°); Lettres à un ami (Amsterdam, 1732, in-12); Pensées secrètes et observations criti- Ques {Londres, 1735, iu-12); Histoire du prince Titi (Paris, 1735, 2 vol. in-12); la Conformité des destinées (Paris, 173G, in-12); Recherches philosophiques (La Haye et Londres, 1743, m-8o).
SAINT-IGNY (Jean de), dessinateur, graveur et peintre français, né k Rouen dans la seconde moitié du xvic siècle, mort vers 1645. Il était élève, pour la gravure, de Daniel Rabel et de Simon Vouet pour la peinture. Cet artiste, d'un talent vraiment remarquable et souvent original dans les différents genres auxquels il s'est livré, dit Lubreton, était à peine connu avant les utiles et intéressantes recherches de M. de Chennevièras-Pointc) sur la vie et les ouvrages des peintres provinciaux. L'œuvre de iSaint-Igny, comme dessinateur et graveur, est devenu rare. Il se compose de dessins gravés par Saint-Jgny luimême, par Isaac Briot. Abraham Busse, etc., sous ces titres : Eléments de pouriraiture ou la Méthode de représenter ou pourtraire toutes les parties du corps humain; le Jardin de la noblesse française, dans lequel se peut recueillir leur mnnière de vêtements, etc. ; la Noblesse française à l'église, dédié à messire Claude Mnugis , conseiller - aumosnier du roy, etc., à Parii , chez l'auteur, faubourg Saint- Germain. On signale, parmi les productions les plus importantes de Saint-Igny, une composition qui se trouve dans le cabinet dos estampes, à la B bliothèque nationale, dans l'œuvre d'Abraham Bosse, souk ce titre : Cédant arma'togs; une autre belle gravure k l'eau-forte représenta un Joueur de cornemuse. On ne aie de Siiint-Igny, comme peintre, que deux tableaux en grisaille, signés de son nom et datés de 1C36 : l'Adoration des bergers et l'Adoration des mages, qui décorant IV'g-Iise de Saiiit-Yon de Rouen, servant actuellement de chapelle k l'hospice des aliénés.
M. de Chenneviéres croit, non sans raison, avoir découvert un autre tableau de l'artiste normand dans l'église de Saint-Nicaise, également k Rouen; cette toile représente un miracle du premier apôtre de la Neustrie, terrassant un énorme dragon en présence d'un grand nombre de témoins. Quelques dessins de Saintlgny, gravés par A. Busse, se trouvent k la bibliothèque de Rouen, collection Liber.
SA1NTINE (Joseph Xavier BoNIFacë, dit), romancier et auteur dramatique français, no à Paris le 10 juillet 1798, mort dans la mémo ville le 21 junv'ur 1SG5. 11 était frère de M. Boniface, chef d'institulion connu par quelques ouvrages d'instruction élémentaire, et, après de sérieuses études , il débuta dans la littérature, k l'âge de vingt et un ans, en remportant un prix à l'Académie française avec une pièce de vers intitulée Bonheur de l'étude. Deux années plus tard, il obtint un deuxième prix pour un discours sur l'enseignement mutuel et publia presque auss.tùt Picciola , un adorable récit plein de cœur et de charma, qui, traduit dans toutes les langues, valut k son auteur, comme gloire et comme | rôtit, plus que tous ses autres ouvrages ensemble. Cette touchante histoire dos amours d'un prisonnier pour une th-ar obtint le prix Montyon de 3,000 francs et Saintine reçut, en outre, la croix de la Légion d'honneur. La grâce résignée, la douceur touchante qui firent le succès de cet ouvrage formaient le fond du caractère de Saintine, dont le cœur était aussi noble que l'intelligence était élevée. Croirait- on que cette plume qui savait arracher de si douces larmes eût un talent égal pour provoquer le rire? Sous le pseudonyme de Xavier, Saintine se lança dans la carrière théâtrale, et bientôt ce nom, accolé k ceux de nos plus célèbres vaudevillistes, devint célèbre dans les fastes dramatiques. Avec Scribe, le maître du genre, il écrit l'Ours et le Pacha, une bouffonnerie dont on rira encore dans des siècles; avec Duvert et Lausanne, il compose les Cabinets particuliers , uu des plus grands succès du comédien Arnal.
La nomenclature des œuvres dramatiques de Saintine serait trop longue; car il a composé deux cents vaudevilles , comédies ou drames. Plus sage que certains écrivains qui s'obstinent k imposer au public les productions déb. les de leur talent k son déclin, Saintine eut l'esprit de se retirer avant l'heure de la décadence. Riche, entouré d'amis, il s'en alla k la campagne, heureux de goûter en paix les fruits de son travail et de son talent.
Le 21 janvier 18G5, il s'éteignit doucement dans les bras de ses amis, laissant la réputation d'un homme bon et cordial, d'uu écri-
SAIN
vain conscienceux. Ce mot caractérise parfaitement la manière de Saintine. Loin de céder à l'entraînement du jour et de se lancer dans la littérature à grande vapeur , comme In plupart des écrivains de nos jours, Saintine se donnait la peine, pour ses romans ou ses pièces, de fuira des recherches, afin de ne jamais violer la c-ovileur historique. Ceux qui ont In son livre One maîtresse sons Louis XIII ont pu constater, au milieu de la fable, une étude sérieuse de l'époque de Richelieu et des mœurs de ce temps. Nous avons insisté sur le talent de cet écrivain pour deux raisons ; son pseudonyme dramatique ne faisait point soupçonner au gros du public l'auteur de Picciola; d'autre part, sa modestie exagérée l'a empêché d'obtenir auprès de la foule le rang élevé qu'il mérite parmi les écrivains contemporains. Les amateurs de la saine littérature, l'élite des esprits qui applaudissent encore l'écrivain moral et soigneux de sa dignité connaissent seuls la valeur de Saintine.
Citons encore quelques-unes de ses pri; cipales œuvres théâtrales et littéraire; Y Homme du monde, le Bouffon du prince, l i monsieur et une dame , les Deux pigeons , -e Duc d'Olanne, Babiole et Joblot , Riche d'àmour , Henriette et Chariot, tes Erreurs du bel âge , comédies- vaudevilles; Jonathan le Visionnaire (1825, 2 vol. in-12): le Mutilé (1834, in-S°); les Récits dans la tourelle (1844, 2 vol. in-18); les Trois reines (1853, 2 vol. in-8°); Seul! (1857, in- 16) ; la Mythologie du Rhin (1SS1, in-8°); le Chemin des écoliers (1862, in-8°); la Seconde vie, rêves et rêveries (1864, in-S0), nouvelles et romans.
Saintine a, en outre, collaboré à la Bévue de Paris, au Musée des familles, au Siècle, au Constitutionnel, au Journal pour tous, à la Revue contemporaine, etc.
SAINTINES, village et commune de France (Oise), cant. de Crépy, arrond. et a 20 kflom. deSenlis; 521 hab. Fabrication de chaux, briques, allumettes chimiques. Belle église paroissiale surmontée d'une pyramide richement décorée. On y voit aussi uu vieux château, entouré de fossés remplis d'eau vive; cet ancien château fort a soutenu un siège fameux contre les Anglais sous le règne de Charles VU.
SAINT- JACQUES DE SYtVABELLE (Guillaume de), astronome et mathématicien français, directeur de l'Observatoire de Marseille, né dans cette ville le 18 janvier 1722, mort le
10 février 1801. S'étant fait connaître par des mémoires mathématiques, il fût nommé, en 1764, directeurdel'Observatoirede Marseille.
11 s'occupa aussi d'horlogerie et fit un mémoire sur l'échappement; il indiqua plusieurs moyens de corriger les variations des oscillations des pendules causées par le chaud et le froid, ainsi que plusieurs procédés pour diviser les instruments avec la plus grande précision; enfin il donna des explications remarquables parleur simplicité de plusieurs phénomènes de physique. Il a fait faire de grands progrès à l'hydraulique ; nous citerons, entre autres lois de cette branche de la physique, qu'il a étudiées à fond , celle de l'écoulement des liquides par un orifice pratiqué au fond ou sur les parois des vases qui les contiennent. Saint-Jacques de Sylvabelle a imaginé, en outre, un grand nombre de machines. Ses ouvrages sont : Mémoiresur le solide de la plus grande attraction, envoyé à l'Académie des sciences en 1745, imprimé dans les Mémoires des savants étrangers (t.le*);Mémoire sur le solide de la moindre résistance relatif' à la figure la plus avantageuse des vaisseaux (Mém. des sav. étr., t. III) ; Mémoire sur la précession des équinoxes et en général sur tous tes mouvements de l'axe de la terre et sur la variation des plans des orbites dans toutes les planètes, envoyé à la Société royale de Londres, qui l'a fait traduire en anglais et imprimer dans ses Mémuires de 1752; Traité général des variations célestes, des inégalités des mouvements des planètes, imprimé dans le volume des Mémoires de l'Observatoire de Marseille; Traité abrégé de perspective, renfermé en huit problèmes, imprimé a la fin de la préface de la traduction de la Perspective du docteur Tayloren 1759; enfin, dans divers recueils, plusieurs Mémoires sur différents sujets, entre autres : sur la navigation, la mécanique, la richesse d'un Etat, l'origine des idées et le rapport de l'âme à Dieu, de l'âme au corps ; sur des observations météorologiques-, sur la comète de 1170; sur les sources ; sur la vis d'Archimède ; sur l'infini mathématique ; sur les sections coniques; sur les principes hydrauliques ; sur les équinoxes ; sur la musique ; sur la défense des places, principalement de Marseille ; sur les fièvres d'accès; le bonheur est-il plus commun chez les'grunds que chez les petits? etc.
Snini-Jamee (sènnt-djèms) , nom d'un palais de Londres, bâti par Henri VIII sur l'emplacement d'un hospice de lépreux, et qui a servi de résidence aux rois d'Angleterre depuis cette époque jusqu'en ces derniers temps. Bâti en brique et n'ayant qu'un étage, ce palais «le triste apparence a l'air d'un couvent. Les appartements royaux ont vue sur le parc de Saint-James. Il est habité aujourd'hui par le duc de Cambridge. Mais, malgré ce changement, on dit toujours la cour de Saint-James pour désigner la cour d'Angleterre,
SAIN
Solnl-ïomes'Pnrk ( sënnt-âjèms-pârlv), le- Parc de Saint- Jacques, à Londres, commencé par Henri VIII sur l'emplacement d'un marais, achevé par Charles II, sous la direction de Le Nôtre. Il est traversé par la rivière Serpentine, au milieu de laquelle est une Ile remplie d'oiseaux aquatiques de toutes les parties du mond». Malgré sa pittoresque beauté, le psirc de Saint James est peu fréquenté du firand monde, qui lui préfère Hyde- Park et Kensington. C'est la promenade du peuple et des petits bourgeois de Londres. A l'extrémité occidentale se trouve le palais de Buckingham, qu'habite la reine, et au nord le magnifique palais de Carlton et la colonne du duc d'York.
Siiini-Jûine»' Tbcaire, à Londres, situé dans King's street, Saint-James. Ce théâtre, qui s'appelait d'abord théâtre du Prince [the Princes Théâtre) , fut construit, croyonsnous, vers 1825. il appartenait au célèbre chanteur Braham, qui jouissait alors d'une réputation si considérable et si justifiée, et fut édifié par les soins de l'architecte Beazley, qui fit preuve, en cette circonstance, d'un goût véritable. La talle de ce théâtre, mignonne et élégante et pouvant contenir 1,200 places, est d'une coupe très-agréable et di-posée de façon que tous les spectateurs puissent parfaitement voir ce qui se passe sur la scène, à quelque endroit qu'ils soient placés; elle est décorée en blanc, avec quelques ornements en or, simples et clair-semes,à peu près comme celle de notre Gymnase-Dramatique, avec laquelle elle a plus d'un point de ressemblance. Quant a. la taçade de l'édifice (nous n'osons pas dire du monument, à cause de ses proportions modestes), elle se compose d'un très-beau portique.
On représentait jadis à ce théâtre des opéras et dos mélodrames. Quelques années après sa construction, il fut loué par son propriétaire à M. Mitehell, le premier libraire de Londres et l'un des commerçants les plus sérieusement intelligents de ce pays. M. Mitchell eut l'idée d'installer au Prince's Théâtre, dont il changea le nom en celui de Saint- Jame's Théâtre , une troupe de comédiens français. A cet effet, il se mit en rapport avec Carmouche, le vaudevilliste, qui avait été précédemment directeur des théâtres de Strasbourg et de Versailles, et le chargea de former cette troupe, dont il lui donnait la direction. C'est ainsi que fut introduite à Londres la première compagnie sérieuse d'acteurs français. Plusieurs directeurs se succédèrent à Saint-James' Théâtre, mais toujours sous la direction active et immédiate de M. Milchell, qui continuait d'être locataire de l'immeuble. Mais aueune^troupe peut-être n'eut autant de succès à ce théâtre que celle des Bouffes-Parisiens, qui y alla passer la plus grande partie de l'été de 1857. (On sait que, tout au contraire de ce qui a lieu à Paris, l'été est à Londres la grande saison des plaisirs, des fêtes, des spectacles et des divertissements de toute sorte.) Les joyeux compères du maestro Offenbach passèrent en revue leur répertoire habituel, jouant tour à tour : Ba-ta-clan, la Nuit blanche, le liai boit, l'Opéra aux fenêtres, M'sieu Landry, Dragonelte^la Savetier et le financier, la Itose de Saint-Flour, les Deux aveugles, Croquefer ou le Dernier des paladins, le GS, Six demoiselles à marier, etc.; et il fallait voir à quels rugissements de plaisir, à quelles contorsions inimaginables, à quels éclats de rire inextinguible se livraient ces braves Anglais, qui se font la réputation d'être les hommes les plus sérieux et les plus froids de la terre, à la vue des fameux bouifons du passage Choiseul, qui s'en allèrent, l'année suivante, dérider de même les graves Allemands et leur arracher, à leur tour, des larmes de joie.
Depuis lors, M. Fechter, croyons-nous, a pris un instant la direction du théâtre Saint- • James et, après lui, ce fut le tour de M. Adrien Tulexy, un pianiste de talent, qu'on ne s'attendait guère à voir en cette affaire, et qui n'eut pus lieu, du reste, de s'en réjouir, car elle eut pour lui des résultats très-fâcheux.
Le prix des places, au théâtre Saint-James, est ainsi fixe : loges, 6 shillings; parterre, 3 shillings 6 pence ; stalles de galerie, 3 shillings; galerie, 2 shillings 0 pence.
SAINT- JEAN, nom d'une famille noble d'Angleterre, dont le chef, Olivier Saint-Juan, fut créé baron par la reine Elisabeth. C'est de cette famille qu'est sorti le fameux Bolingbroke.
SAINT-JEAN (Simon), peintre de fleurs français, né à Lyon le 14 octobre 1803, mort dans la même ville le 5 juillet 18G0. A l'école de peinture de -sa ville natale, qu'il fréquenta de très-bonne heure, ses précoces dispositions lui attirèrent l'amitié de son professeur, François Lepage, et, chose rare, ce maître intelligent traça de suite la voie que son élève devait suivre, lui indiqua sans hésiter la nature de son talent. Saint-Jean avait en effet ce qu'il faut pour être un peintre de fleurs de premier orure : un sentiment exquis de la couleur et surtout de la lumière; mais il avait en outre une qualité qu'on pourrait croire superflue dans ce genre charmant, et qui lui a valu cependant une place à part très -distinguée dans cette phalange si peu nombreuse des Baptiste et des Van lluysum. Ces grands artistes avaient vu dans les Heurs la seule chose qu'il semble possible d'y voir : une grâce infinie, un éclat et une fraîcheur
incomparables; Saint -Jean y a découvert une chose nouvelle : la pensée qui les a fait cueillir et assembler en bouquet. Ses prédécesseurs se contentaient d'éblouir le regard, d'illusionner l'odorat par l'éclat et la vérité de leurs fleurs, de tenter le goût par l'aspect appétissant de leurs fruits; S.iint-Jean essaya d'éveiller la pensée et de toucher le cœur par l'intention qu'il introduisit dans le choix du sujet. Entreprise téméraire en vérité et qui ne pouvait réussir qu'à un artiste hors ligne; car si les fleurs de Saint-Jean déposées' sur une tombe ou expédiées sur une barque d'écorce n'étaient suaves d'exécution, elles seraient ridicules de prétention ; au lie» de faire rêver, elles feraient sourire. Le genre qu'a osé Saint-Jean ne doit donc être abordé qu'avec une extrême circonspection. C'est une erreur aussi commune que funeste de croire qu'on supplée au talent par la finesse de l'intention, qu'on remplace l'exécution par le sujet; mais cette erreur est surtout grossière lorsque le sujet comporte à peine l'intention et que celle-ci est, comme dans le cas actuel, extrêmement voisine de la recherche.
Cette nouveauté, qui devait faire de Saint- Jean un maître sans rival, ne se produisit pas dans ses premières œuvres.
La première exposition de l'artiste lyonnais au Salon eut lieu en 1834. Il envoya des Fruits et /leurs, qui lui valurent une troisième méciaillle, succès fort remarquable, car le jury se montre rarement prodigue en faveur d'un début dans un genre aussi secondaire; les mauvais tableaux d'histoire sont généralement mieux partagés sous ce rapport. En 1S35, Saint-Jean exposa son Bouquet sur une tombe, thème inspire par l'une des stances des Harmonies poétiques. L'artiste donna ainsi la mesure de la hauteur qu'il voulait faire atteindre ;i la peinture de fleurs. Après cet essai de poésie mélancolique, il aborda, eu 1838, un sujet gracieux. Il exposa , à côté d'une Jeune fille portant des fleurs, des Fleurs dans une écorce .confiées à un ruisseau, et sut, par l'excellence de l'exécution, intéresser le public à cette intention un peu migiiarde, à cette petite messagerie d'amoureux s'expédiant leurs colis par cette voie moins sure cent fois que la mer la plus orageuse. Toutefois, l'artiste, encore timide dans cette voie nouvelle, craignit sans doute d'être accusé de vouloir suppléer à l'insuffisance du talent de peintre par la poésie de la pensée, intention qui peut naître en effet dans une tête incomplètement douée; en 1840, il voulut éliminer absolument le poBte et ne montrer que le peintre : à côté d'une série de fraîches aquarelles représentant des dahlias, des roses, des pavots, des tulipes, des raisins, toute la gamme des couleurs, il donna une Compagnie de perdrix rouges. Son Vase de Médicis et son Panier de fraises, exposés l'année suivante, lui valurent une deuxième médaille. En 1842, il donna une des rares preuves d'ambition que cet excellent peintre se soit permises. Sortant un instant de son genre favori, il envoya une Tête de Christ dans un médaillon entouré des emblèmes eucharistiques. Il prouva par ce morceau une chose dont les vrais artistes n'ont certainement jamais douté : c'est qu'un peintre capable d'exceller dans un genre secondaire peut aborder impunément des sujets plus élevés; mais après cette épreuve, dont le succès aurait pu l'égarer, Saint-Jean eut la rare sagesse de revenir au genre où il n'avait pas de rival, au lieu de poursuivie une lutte plus que douteuse dans des genres plus élevés et qui sollicitent tant d'ambitions irréfléchies.
La réputation de Saint-Jean était désormais établie. Les marchands et les amateurs se disputaient ses œuvres. Chaque nouvelle Exposition était pour lui un nouveau triomphe. La Guirlande de fleurs suspendue autour d'une niche gothique de la Vierge, tableau exposé en -1843 et acquis parla ville de Lyon, fut un. de ses plus grands succès. L'Exposition universelle de 1855 lui fournit une éclatante occasion de se produire. Il y avait de lui : les Fleurs dans les ruines, acquis par l'Etat; Fleurs et fruits, à la galerie Delessert; un Panier de roses déposé sur un bas-relief, au marquis d'Herfort ; Fleurs et fruits, au duc de Murny ; les Fleurs des tombeaux, à M. Jacobson ; Framboises et oranges, au baron Corvisart ; Raisins; le Bénitier; Notre-Dame-des Roses, à l'Etat; Fleurs et fruits, également a l'Etat.
Dans ce catalogue de thèmes presque identiques, il semble que la monotonie suit inévitable. Saint-Jean a résolu ce problème difficile d'être toujours neuf, toujours original dans le développement delà même idée ; dans son œuvre étonnante, il a su mettre quelque chose de l'infinie variété que possède la nature elle-même.
Une deuxième médaille, on ne les prodiguait pas trop en 1855, futla juste récompense uu mérite éclatant de sou exposition. Il exposa encore des Fruits, en 1857, et sa Vierge à la chaise, un de ses meilleurs morceaux, en 1859. C'est un médaillon entouré d'une ravissante guirlande de fleurs. Il mourut l'année suivante, dans toute la force de son talent.
On reproche à Saint-Jean d'avoir abusé du jaune de chrome; non pas certes d'en avoir tiré un mauvais parti dans la gamme de ses tons, mais d'avoir ainsi exposé ses délicieuses peintures à une détérioration presque certaine ; car on sait la mauvaise réputation du plomb eu peinture, et combien de chefs-d'œu-
SAIN
vre ce traître métal a fait pousser nu noir. Un pareil malheur, s'il devait arriver aux fleurs de Saint-Jean, serait irréparable.
SAINT-JOHN (James-August), écrivain anglais, né dans le comté de-Carmarthen, pays de Galles, en 1801. Il reçut dans son pays natal une instruction sommaire, qu'it compléta lui-même par des lectures assidues. Grâce aux leçons d'un pauvre desservant , son voisin, il acquit une connaissance assez approfondie de la littérature anglaise, des langues française, espagnole, italienne, et même de quelques idiomes de l'Orient, entre autres le persan et l'arabe. Vers 1SI7, il vint habiter Londres, s'y maria, et, voulant tirer parti de son instruction précoce, il commença par écrire dans une feuille radicale de Plymouih. En 1820, son poëme Abdallah lui valut la sympathie de S. Buckingham, qui lui donna la direction de l'Oriental Herald, revue dans laquelle il publia plusieurs travaux importants, entre autres l'Histoire de l'origine et de l'accroissement de la puissance anglaise dans l'Inde; puis, en 1825, il fonda avec lîichardson la Revue hebdomadaire, qui n'eut qu'une assez courte existence. Quatre ans après, il alla s'établir en Normandie et écrivit sur cette province de nombreux articles, qui ont paru pour la plupart dans la Bibliothèque de Constable. M. Saint-John se mit ensuite a. voyager sur le continent. Il commença par faire imprimer à Paris ses Vies des voyageurs célèbres (1830), reproduites dans la Nutional L braryde Colburn. A Dijon, il composa son Histoire des mœurs et coutumes des Indous (iSil).qui parut dans la collection des Connaissances utiles. De là, il gagna la Suisse en 1832, et, laissant sa femme et ses enfants k Lausanne, il s'embarqua pour l'Egypte, qu'il parcourut en grande partie pédeatreîneut jusqu'à la seconde cataracte. En revenant, il séjourna quelque temps à Malte et en Sicile, et, de retour à Londres, il tit paraître un livre important : l'Egypte et Méhémet-Ati (1834). L'écrivain anglais revint ensuite en France, se fixa près de Chantilly et prépara des éditions critiques fort estimées de Locke, de Milton, de Thomas More, de Brown et de Buriyan. C'est aussi à cette période qu'appartiennent les Contes du Ramadan, Mar guérite Ravenscraft et Histoire et coutumes de l'ancienne Grèce, livre très-érudit et fort intéressant. Un cruel accident vint frapper M. Saint-John au milieu de ses travaux. Par suite de lectures trop prolongées, il fut atteint d'une cécité presque complète. Il n'en continua pas moins, aidé desoslils, u publier des ouvrages de toute nature : Sit Came Digby; Isis (1852), souvenirs de son voyage d'Egypte; Course à la recherche de lu beauté; la NemésiS du pouvoir, études philosophico-politiques; la Philosophie au pied de ta croix et enfin VAnatomie de ta société.
SAINT-JOHN (Bayle), littérateur anglais, fils du précèdent, né à Londres vers 1820, mort en 1859. Sa vie privée a entièrement échappé à la biographie ; il n'est connu que par ses ouvrages, notamment par ses récits de voyage, dont les principaux sont : Deux ans de séjour dans une famille du Levant ; la Vie de village en Egypte; les Turcs en Europe (1853, in-S°); les Teintes brillantes de Paris; Scènes maritimes; Voyage d'un marchand arabe dans le Soudan, traduit du français (1854); le Louvre (1855); l'Orient chrétien (1857, in-8"); Montaigne, l'auteur des Essais (Londres, 1857, 2 vol. in-S").
SAINT-JOHN (Percy), littérateur anglais, frère du précèdent. Il est l'auteur du roman intitulé Paul Peabody et d'un grand nombre de nouvelles publiées dans divers recueils périodiques, notamment dans le Family Paper de Cussell.
SAINT-JOHN (Horace), littérateur anglais, frère des précédents. 11 est connu par deux ouvrages qui révèlent un certain talent : l'Archipel indien (1853, 2 vol.); Histoire des conquêtes de l'Angleterre dans l'Inde.
SASNT-JORRY (Pierre Du Faob de), surnommé Peirua Faber, jurisconsulte français, né à Toulouse en 1540, mort dans la méma ville en 1600. Il étudia u'abord le droit à Bourges sous la direction de Cujas, et, quand ses études furent terminées, il revint dans sa ville natale, où il fut nommé conseiller, puis maître des requêtes. Pendant les troubles de la Ligue, il se relira à Castelsarrasin ; mais après l'édit de Folembray et la soumission de Mayenne, qui mit fin aux dissensions civiles, il tut ramené en triomphe k Toulouse et fut nomme par Henri IV premier président. On lui doit : De regulis juris antiqui (Lyon (1566, in-fol.); Semestrium tibri lll (Pans,' 1570, 3 vol. in-40j ; Dodecamenon (Paris, I58s! iii-S0) ; Ayonosticon (Lyon, 1590, in-4<>).
SAINT-JOSEPH (Pierre-Foglia, connu sous le nom de Père Mathieu de), botaniste, moine et médecin italien, né à Maciauisio, près deCapone, en 1S17, mort à Tatl'a, dans l'Inde, en 1691. Reçu docteur eu médecine à l'âge de vingt et un ans, il se fit moine de l'ordre des Carmes déchaussés, dont il prit l'habit à Naples eu 1639. 11 fut envoyé en mission en Orient et passa du monastère du Mont-Caruiel à celui de Mar-Elia, sur le mont Liban, en qualité de vicaire général. Enfin il traversa la Mésopotamie et la Perse pour se rendre dans l'Inde, où il passa le reste de sa vie. Il a fait paraître, d'après les conseils et
en partie (pendant son séjouràMar-Elia)ayûc l'aide de Golius, un recueil de six cents dessins qui fut envoyé en Hollande en 1667 et subit depuis lors de nombreuses vicissitudes. Une soixantaine de ces dessins ont été publiés par Zanoni ; ils sont très-imparfaits, tant au point de vue de la botanique qu'à celui du dessin.
SAINT-JOSEPH (le P. Ange de), missionnaire en Perse et en Arabie. V. Ange db La Brosse.
SAINT-JULIEN (Pierre de), historien français, né au chûteau de Balleure, diocèse de Chalon-sur-Sâone, vers l'an 1520, mort dans la même ville en 1593. Il avait embrassé la carrière apostolique, et il devint successivement protonotaire apostolique, premier chanoine de Saint-Pierre de Mâcon et archidiacre. Il passait, à son époque, pour un adversaire acharné de la Réforme et pour un ardent ligueur. On a de lui les ouvrages dont les titres suivent: Deux opuscules de Plutarque, l'un, De non se courroucer, et l'autre De curiosité ; ensemble un autre opuscule auquel est disputé, à savoir si les maladies de l'âme tourmentent plus fort que celles du corps (Lyon et Paris, 1546, in-S°); De l'origine des Bourguignons, et -antiquité' des Etats de Bourgogne (Paris, 1581, in-fol.); cet ouvrage fut d'abord écrit en latin. « Saint-Julien, dit M. \Veiss, prétend que les Bourguignons sont d'origine gauloise et qu'ils tirent leur nom du prétendu bourg d'Ogne, que Dijon a remplacé; son onvrage est tombé dans l'oubli.» Citons encore : Gemelles on Pareil les, recueillies de divers auteurs, tant grecs, latins, que françois (Lyon, 1584, in-8<>), recueil de cent histoires singulières; Mélanges historiques ouJlecueilde diverses matières, la plupart paradoxales, et néanmoins vraies (Lyon, 15S9, in-S°). Saint-Julien a laissé, de plus, divers manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale.
SAINT-JULIEN (Louis-Guillaume Baillet, baron de), littérateur français, né à Paris vers 1715. Les détails manquent sur ce personnage ; on sait seulement que sa famille était originaire de Bourgogne. Du reste, ses écrits sont assez nombreux pour lui mériter le titre de polygraphe, que lui décernent les biographes. On connaît de lui les ouvrages suivants : Réflexions sur quelques circonstances présentes, contenant deux lettres sur l'Exposition des tableaux du Louvre, cette année (1748, in-12); Discours en vers et autres poésies (1749-1751, in-12); Epilre nouvelle sur l'amour du plaisir et de la gloire (1750, in-12); Lettre sur la peinture, par un amateur (1750, in-12); Lettre à M. C'A... (Chardin) sur les caractères en peinture (1753, in-12), publiée par Desroches, secrétaire de Baillet ; la Peinture, ode, traduite de l'anglais de mylord Telliab [anagramme de Baillet] (1753, in-8°), réimprimée sous le titre de Caractères de quelques peintres français ; la Peinture, poème (1755, in-12; 1756, in-80) ; Satires nouvelles et autres pièces de littérature (1754, in-8°) ; Œuvres mêlées (1758, in-12).
SAINT-JULIEN (M»' de), sœur du marquis de Uouveinet, gouverneur de Bourgogne en 17C5, femme célèbre par son esprit. Elle aida "Voltaire, dont elle fut la protectrice, à, bâtir le village de Ferney et à faire défricher une grande partie du territoire. Elle vint souvent a Ferney, et fit sa résidence à la Tour-du- Pin, près de La Glacière. Ella y établit des ateliers et y donna des fêtes. De 1766 jusqu'en 1788, elle eut avec son illustre ami une correspondance suivie. A la fin d'avril, le patriarche de Ferney lui écrivait ce billet qui fut le dernier tracé par sa main : « Je sais bien ce que je désire, mais je ne sais pas ce que je ferai. Je suis malade, je souffre de la tête aux pieds; il n'y a que mon cœur de sain, et cela n'est bon à rien. » Quelques semaines après, le 30 mai, il expira,
SAINT- JULL1KN (Barthélemy-Emé , baron de), magistrat français, né tlans le commencement du XVIe sièce, mort en 1597. Des son début dans la carrière de ia magistrature, il rit preuve des plus brillantes qualités et fut remarqué de François Ier, qui lui confia des emplois élevés, tels que la. présidence du parlement de Turin, érigé eu cour suprême de justice pour les pays au delà des Alp«s. Saint- Jullien soumit au roi un plan de réorganisation de la justice dans ces pays, plan qui reçut l'approbation royale. 11 fut ensuite chargé de missions à Venise et en Angleterre. François 1er récompensa Saint-Jullien en renouvelant par lettres patentes du 12 janvier 1540 le don de la terre de La Chapelle, près de Briançon, que Charles VII avait fait en 1448 à un de ses ancêtres ; François 1er érigea cette terre en fief mouvant do la couronne. Comme la ville de Gap se refusait à recevoir dans ses murs une garnison royale, Saint-Juilien fut chargé par Charles IX d'aplanir les difficultés et y réussilsaus effusion de sang (août 1568). Il succéda à de Birague dans les fonctions de premier président du sénat de Turin et de garde des sceaux pour la France au delà des monts, et fut investi de la présidence du conseil souverain de Pignerol. Il exerça ces fonctions pendant plusieurs années , puis les résigna à son lils. — Son frère, Guillaume- Emé, fut chargé par Henri IV de plusieurs missions confidentielles. — Un autre frere, Raimond-Emb, se distingua dans les guerres d'Italie sous François Iur, et notamment à l'assaut de Pavie, où il fut blessé, et aux sièges de Milan et de Fossano, Assailli une fois par
SAIN
huit Espagnols, il en tua trois avant de se rendre. Il fut nommé par François 1er gouverneur du château de Succinio, et conserva cette charge pendant le reste de sa vie.
SAINT-JULLIEN (Octavien-Emé, baron de), fils de Barthélémy, né en 1550, mort en 1624, Magistrat français, il exerça pendant plusieurs années les fonctions de président du conseil souverain de Pignerol et de garde des sceaux en Piémont jusqu'à l'époque de la restitution par la France de cette conquête au duc de j Savoie. Il obtint, en février 1578, le titre de maître des requêtes et, en décembre 1585, j celui de président au parlement du Dauphiné. Henri IV chargea de plusieurs missions de confiance le baron de Saint-Jullien qui, par ses ordres, se rendit à Venise.
SAINT-JURÉ (Jean-Baptiste de), écrivain ascétique français, né à Metz en 1588, mort à Paris en 1857. Entré chez les jésuites, il dirigea les maisons professes d'Amiens, d'Alençon, d'Orléans, de Paris, et forma de nombreux élèves. On lui doit : De la connaissance et de l'amour de Jésus- Christ (1634); ['Homme spirituel (1646); l'Homme religieux (1657); Méthode pour bien mourir (1640); Exercices de piété, etc.; Vie de M. de Renty (1051, in-4"). Il y a eu plusieurs éditions de ce livre (Paris et Rouen) et des traductions en italien et en anglais.
SAINT-JUST (Louis -Antoine dk), illustre conventionnel, né à Marcy, propriété dépendant de la commune de Champert, canton de Decize (Nivernais), le 25 août 1767. 11 était issu d'une ancienne famille plébéienne du pays, et c'est par erreur que certains biographes lui ont, de leur autorité privée, conféré la noblesse, que le de n'impliquait pas nécessairement, non plus que les noms de terre, dont l'usage s'était de plus en plus répandu. Son père était un ancien soldat qui avait longtemps végété dans les grades inférieurs et avait fini par obtenir la croix, de Saint- Louis ; vers 1773, il quitta le Nivernais, vint s'établir avec sa famille k Blérancourt, près de Noyon, et mourut quelques années plus tard, laissant sa veuve avec deux filles en bas âge et le jeune Saint-Just, alors âgé de dix ans. Celui-ci lit son éducation au collège de Noyon, dirigé par les oratoriens, puis alla à Reims ébaucher quelques études de droit. C'est à cette époque qu'il composa le po8me badin ù'Oryanl, publié en 1789 et réédité trois ans plus tard sans la participation de l'auteur. Cette œuvre d'écolier, dont on a fait grand bruit, est surtout une œuvre satirique dans le goût du temps. Mais, à part cinq ou six passages d'une vraie crudité , on ne peut dire que ce soit à proprement parler un ouvrage libertin. Voyez d'ailleurs, dans ce dictionnaire, la notice Organt.
A la fin de 1789, Saiiit-Just fit un voyage à Paris et fut présenté à Camille Desmoulins. De retour à Blérancourt, il se fit le propagateur ardent des principes de la Révolution. M. Edouard Fleury, dans sa biographie de Saint-Just, le représente à cette époque comme une manière de don Juan, un homme à bonnes fortunes, la terreur des mères et des maris ; mais M. Ernest Hamel {Histoire de Saint-Just) nous parait avoir fait justice de ces vagues accusations, qui ne sont appuyées sur aucun fait positif, aucun témoignage précis. En réalité, Saint-Just vivait en famille, avec sa mère et ses sœurs. Il eut, parait-il, une passion pour une jeune fille qu'il ne put épouser et qui fut mariée par sa famille à un M. Thorin. On a prétendu que des relations s'établirent dans la suite entre ces jeunes gens violemment séparés. Sans nous arrêter à ces anecdotes plus ou moins authentiques, etauxquellesse sont complu MM. Ed.Fieury, Cuvillier-Fleury, Sainte-Beuve, etc., nous aborderons le coté politique de la vie du célèbre conventionnel, le seul qui ait un intérêt sérieux pour la postérité.
Nommé par ses concitoyens lieutenant-colonel de la garde nationale, il conduisit à Paris la députation de Blérancourt et assista avec elle à la grande fédération du 14 juillet. Un peu plus tard, sa commune étant menacée de perdre ses marchés francs, il envoya une adresse à l'Assemblée nationale pour demander que Blérancourt conservât ce privilège, offrant, pour obtenir ce maintien, d'abandonner son propre patrimoine et de le réunir aux domaines du canton. C'est à cette occasion qu'il écrivit à Robespierre, pour le prier d'appuyer sa demanda, cette célèbre lettre qui a été l'origine de Sa liaison avec le député d'Arias : « Vous qui soutenez la patrie chancelante contre le torrent du despotisme et de l'intrigue, vous que je ne connais que comme Dieu , par des merveilles , je m'adresse à vous, etc.... Vous n'êtes pas seulement député d'une province, vous êtes celui de l'humanité et de la république... »
Cette offre de l'abandon de son héritage peint l'enthousiasme des hommes de ce temps. Qu'elle ait été acceptée ou non, elle n'en est pas moins le témoignage d'un désintéressement assez rare pour être signalé.
A la tin de la Constituante, Saint-Just puplia un livre intitulé : Esprit de la Révolution et de ta constitution en France (Paris, 1791, iii-S"). C'est un ouvrage qui n'est pas sans valeur. L'auteur s'y montre beaucoup moins Spartiate qu'il le devint plus tard, A celte époque, il était, comme presque tous les hommes qui ont joué un rôle dans la Révolution, oonsti-
SAIN
tutionnel, avec des aspirations républicaines assez prononcées.
11 se présenta comme candidat pour l'Assemblée législative. Mais il n'avait que vingtquatre ans et la loi en exigeait vingt-cinq ; il fut écarté. Cruellement froissé dans son orgueil, il serait puéril de le méconnaître, il eut un moment de découragement. Mais cette mésaventure ne fit qu'accentuer davantage ses idées. Après le 10 août, il se présenta de nouveau comme candidat à la Convention nationale et cette fois fut élu à une grande majorité. Il arriva à Paris lo 18 septembre, frit place à la Montagne, à côté de Robespierre, participa à la proclamation de la République et aux premiers travaux de la grande assemblée, mais n'aborda la tribune qu'au moment où s'ouvrirent les débats pour le procès du roi. Ce fut le 13 novembre 1792 qu'il prononça son premier discours. Il s'agissait de décider si le roi pouvait être jugé. Saint-Just se prononça pour l'affirmative, avec une âpreté de langage, un absolutisme d'idées, une énergie d'opinion qui surprirent d'abord chez un homme si jeune, mais qui passionnèrent le débat et donnèrent en quelque sorte le ton. Rappelons-en seulement quelques passages :
« Le but du comité fut de vous persuader que le roi devait être jugé en simple citoyen, et moi je dis que le roi doit être jugé en ennemi ; que nous avons moins à le juger qu'à le combattre... Un jour peut-être, les hommes, aussi éloignés de nos préjugés que nous le sommes de ceux des Vandales, s'étonneront de la barbarie d'un siècle où ce fut quelque chose de religieux que de juger un tyran, où le peuple qui eut un tyran à juger l'éleva au rang de citoyen avant d'examiner ses crimes. On s'étonnera qu'au xvm<s siècle on ait été moins avancé que du temps de César ; le tyran fut immolé en plein sénat, sans autre formalité que vingt-deux coups de poignard, sans autres lois que la liberté de Rome. Et aujourd'hui l'on fait avec respect le procès d'un homme assass n d'un peuple, pris en flagrant délit, la main dans le sang, la main dans le crime I... Juger un roi comme un citoyen I Ce mot étonnera la postérité froide. Juger, c'est appliquer la loi. Une loi est un rapport de justice. Quel rapport do justice y a-t-il donc entre l'humanité et des rois?... Il est telle âme généreuse qui dirait, dans un autre temps, que le procès doit être fait à un roi, non point pour les crimes de son administration, mais pour celui d'avoir été roi; car rien au monde ne peut légitimer cette usurpation ; et de quelques illusions, de quelques conventions que la royauté s'enveloppe, elle est un crime éternel contre lequel tout homme a le droit de s'élever et de s'armer ; elle est de ces attentats que l'aveuglement même de tout un peuple ne saurait justifier. Ce peuple est criminel envers la nature par l'exemple qu'il a donné. Tous les hommes tiennent d'elle la mission secrète d'exterminer la domination en tout pays. On ne peut régner innocemment... Tout roi est un rebelle et un usurpateur... J'ajoute qu'il n'est pas nécessaire que le jugement du ci-devant roi soit soumis à la sanction du peuple..., car le peuple même ne peut effacer le crime de la tyrannie; le droit des hommes contre la tyrannie est personnel, et il n'est pus donné à la souveraineté d'obliger un seul citoyen à lui pardonner... Hâtez-vous de juger le roi, car il n'est pas de citoyen qui n ait sur lui le droit qu'avait Brutus sur César... •
Notre cadre, on le comprend, ne nous permet pas de multiplier les citations, et si nous détachons ces quelques fragments de la harangue de Saint-Just, c'est parce que ce discours est caractéristique, qu'il donne une idée fidèle de sa manière oratoire, procédant par apophthegmes sentencieux, et de ses idées absolues-, enfin, parce qu'il a exercé une grande influence sur l'ensemble de la discussion, en accentuant la note révolutionnaire sur le mode le plus aigu.
L'effet fut immense. Inconnu la veille, Saint- Just était célèbre le lendemain et salué comme un des chefs de la Révolution. Il reprit deux fois la parole dans le cours du procès et vota la mort sans appel ni sursis. "
Des lors, il fut un des orateurs les plus influents de la Convention, et ce législateur de vingt-cinq ans montra même une capacité remarquable dans les discussions u'atfaiies. Il se prononça pour la liberté du commerce, contre l'émission excessive des assignats, et développa des vues sensées sur d'autres questions économiques, en même temps qu'il signalait les abus qui régnaient dans l'administration de la guerre et s'associait aux idées de Dubois-Crancé sur la réorganisation de l'armée , idées qui furent adoptées en grande partie.
Il prit également part aux premières discussions sur le projet de constitution, dont Condorcet était le rapporteur, et présenta lui-même un plan dont un certain nombre de dispositions ont passé dans la constitution de 1793.
Il avait aussi, dans ses courts instants de repos, ébauche des projets de réforme politique et sociale, bases d'un ouvrage à la façon de la République de Platon et de l'Utopie de Thomas Morus. Après sa mort, ces esquisses, ces notes éparses, dédaignées par les vainqueurs de Thermidor, finirent par tomber entre les mains de Briot, députe aux Cinq- Cents, qui les publia en 1800 (Paris, in-12, tiré à 300 exemplaires) sous ce titre : Fragments d'institutions républicaines. Charles No-
SAIN
dier en a donné une nouvelle édition en | 1831 (Paris, in-8°), avec une préface qui pst I un excellent morceau de critique (littéraire I plus que politique). L'ingénieux et sceptique écrivain appelle Saint- Juit un enfant extraordinairement précoce, un grand homme en espérance ; il lui trouve l'étoffe du génie et lui reconnaît un talent remarquable d'écrivain. Toutefois, il conclut que ses plans sont absurdes. Nous renvoyons, pour l'analyse et l'appréciation de cette esquisse, à la notice Institutions républicaines. C'est un projet chimérique, sans doute, et trop mêlé de rêves à la Lycurgue, mais qui contient des idées remarquables et annonce une grande vigueur de réflexion.
Saint-Just ne prit pas une part fort active à la lutte entre la Gironde et la Montagne, non plus qu'aux événements des 31 mai- 2 juin 1793, et se borna à condamner les girondins par son vote. Quelques jours auparavant, il avait été adjoint au comité de Salut public, avec Hérault-Séchelles et Couthou. A ce titre, il fut un des rédacteurs de la constitution de 1793, qui contient, comme il est dit ci-dessus, plusieurs articles empruntés à son propre projet.
Au moment de l'insurrection girondine, ce fut lui qui fut chargé par le comité de Salut public de présenter le rapport relatif aux girondins arrêtés à la suite des 31 mai et 2 juin. Dans cette pièce, qu'il lut le 8 juillet, il exposa les griefs légitimes de la Révolution contre ces patriotes égarés ; mais il se montra aussi prodigue d'accusations chimériques, suivant la tendance de tous les partis dans ces temps de passion, et conclut, suivant les délibérations du comité, à l'accusation contre les principaux inculpés.
Le lendemain, il fut de nouveau compris avec Couthon dans le renouvellement du comité de Salut public, qui bientôt compta également Robespierre parmi ses membres. Unis par une étroite amitié et par la confurmité des principes, ce-, trois hautes personnalités formèrent dans le comité ce que leurs ennemis ont nommé le Triumvirat. Ce n'est pas ici la lieu d'examiner quels furent le rôle et les tendances du x'obespierrisme , s'il aspirait réellement à la dictature, etc. A l'article Robespierre, nous avons, autant que nous le permettait l'espace, exposé nos idées sur cette question si vivement controversée. De quelque manière qu'un le juge, il est certain qu'il y avait là un parti, qui devint très-puissant, composé qu'il était d hommes ardents et capables, et qui se trouvait pousse par la force des choses vers un pouvoir qui certainement n'aurait pas été sensiblement différent de la dictature.
Ce fut encore Saint-Just qui fut chargé de présenter les rapports sur l'organisation du gouvernement révolutionnaire (octobre 1793) et sur le maintien de la loi contre les Anglais et les étrangers suspects (octobre 1793). Vers !a fin de 1793, c'est-à-dire en brumaire an II, il fut envoyé en mission dans le Bas-Rhin, avec son collègue Pliilippe Lebas. Ces deux jeunes gens héroïques rirent des miracles d'activité et d'énergie sur cette frontière. Ils réorganisèrent l'armée, rétablirent la discipline, réprimèrent les dilapidations, punirent quelques chefs traîtres ou coupables, pourvurent aux besoins des soldats au moyen d'un emprunt forcé levé sur les riches de Strasbourg, prirent des mesures pour préserver celte ville des trahisons de ceux qui voulaient la livrer à l'ennemi, renouvelèrent les administrations et comprimèrent les suspects et les traîtres en les terrifiant, mais san» faire tomber une seule tête. La seule punition qu'ils infligeaient était une exposition de quelques heures sur la plate-forte de la guillotine. L'inflexibilité bien connue de Suiut- Just, sa roideur militaire, son âpre stoïcisme suffisaient à contenir les malveillants. Ils frappèrent aussi ceux qu'on nommait les enragés, les ultra-révolutionnaires, dans la per sonne de l'accusateur public Schneider, accusé lui-même d'excès de pouvoir et qui fut cassé et envoyé à Paris, après une exposition de plusieurs heures sur l'echafuud.
Les deux envoyés extraordinaires du comité de Salut public eurent quelques conflits d'attributions avec leurs collègues Boudot et Lacoste, envoyés de la Convention ; ces derniers, notamment, donnèrent le commande^ ment à Hoche, tandis que les premiers voulaient en investir Pichegru. Mais ces débats, d'ailleurs sans grande importance, n'eurent aucun effet fâcheux sur les opérations. Le 6 nivôse an II, les quatre représentants, réconciliés dans l'héroïsme et la dévouement, éleutrisaient les armées de la Moselle et du Rhin en leur annonçant la reprise de Toutou et les guidaient le sabre à la main à 1 attaque des lignes de Wissembourg, dont la reprise devait délivrer Landau. Landau ou la nmrtt crièrent les soldats de la Republique en s'élançant sur l'ennemi.
Le soir, après une série de combats acharnés, les lignes étaient reprises et Landau délivré. Les résultats de cette campagne brillante furent d'assurer le salut de Strasbourg, qui avait été menacé de si près, de balayer l'ennemi du sol français, de repousser au loin les troupes austro-prussiennes et d'entamer l'Allemagne, dont plusieurs villes tombèrent presque aussitôt en notre pouvoir. Saint-Just et Lebas, qui avaient dignement contribua à ces glorieux succès, revinrent à Paris, salués par les acclamations des patriotes.
SAIN
Malheureusement, nous rentrons ici dnris les luttes de parti, une des plaies de la Révolution. Saint-Just prit personnellement peu fia part aux combats journaliers; mais invariablement attaché à Robespierre, il suivait la li<rne de celui-ci. En outre, il joua un rôle décisif dans les occasions importantes, quand il s'agissait de frapper. On a vu qu'il avait présenté le rapport contre les girondins. Ce fut encore lui qui, an retour d'une nouvelle mission à l'armée du Nord, fut chargé de porter la coup de mort aux hébertisres. I! fulmina contre eux un rapport souvent éloquent, mais de l'éloquence propre à Saint-Just, c'est-adire âpre et véhémente, avec des déclamations menaçantes et vagues contre le crime, Yintrigue, les complots de l'étranger, d -s invocations à la vertu, à la simplicité des mœurs antiques, aux beaux jours de Sparte et d'Athènes, etc. Dans cette philippique détrempée de pastorale, ceux que le parti voulait frapper n'étaient pas nommés, habileté pharisaîque qui montrait déjà l'altération des caractères et des mœurs. A la suite , et sans doute pour ramener la France à la simplicité antique, venait un décret meurtrier qui punissait de mort ceux qui auraient favorisé un plan de corruption, de subversion de l'esprit public, excité des inquiétudes, etc. Ces^dispositions horriblement vagues étaient d une appiicatiqn commode, et l'on comptait s'en servir pour regorgement de ceux qui avaient contribué au mouvement anticatholique. Tel était alors l'ascendant du parti robespierriste, que l'Assemblée vota le décret.
Le lendemain, les principaux héb^rtistes étaient arrêtés, puis jugés et jetés à l'échafaud.
Enfin vint le tour de Danton et de ses amis. La République se déchirait de ses propres mains, elle dévorait ses enfants, suivant la parole trop bien justifiée de Vergniaud.
Ce fut encore une fois Saint-Just, imperturbable et farouche, qui se chargea de l'exécution de ces grandes victimes. Cette fois, ce fut sur des notes de la main même de Robespierre qu'il rédigea son rapport. Cette pièce est implacable, cruelle et trop souvent puérilement jésuitique dans les accusations qu'elle contient. La Convention baissa encore une fois la tête et abandonna les accusés.
Quelque indignation douloureuse qu'on éprouve à voir un homme de la valeur et du caractère de Saint-Just se laisser entraîner par l'esprit de secte et d'orgueil dans la voie funeste des proscriptions, on doit rappeler, pour la démentir, une anecdote rapportée par les écrivains de parti. Camille Desmoulins avait plaisamment écrit à propos de Saint- Just : «On voit, dans sa démarche et son maintien, qu'il regarde sa tète comme la pierre angulaire de la République, et qu'il la porte sur ses épaules avec respect, comme un saint-sacrement. »
A la lecture de cette phrase, Saint-Just aurait dit : "Et moi, je lui ferai porter la sienne comme un saint Denis 1 »
Il est presque superflu d'ajouter que cette phrase, tant de fois citée, ne se rencontre nulle part. Bien évidemment, ce n'était pas là le langage ordinaire de Saint-Just, toujours solennel et gourmé, et qui ne faisait ni pointes ni concetti. Camille n'en dit rien non plus dans les notes qu'il rédigea lui-même au fond de sa prison, bien qu'il y rappelle son propre mot, en ajoutant : « J'ai mis Saint-Just dans un numéro rieur, il me met dans un rapport guillotineur. »
Lors du procès des dantonist.es , à la nouvelle de l'émotion causée au tribunal par la défense des accusés , on retrouve encore Saint-Just provoquant le décret de mise hors des débats. Il prit encore une part personnelle à quelques-unes des mesures de la Terreur, puis fut chargé d'un mission à l'armée du Nord, où il donna de nouvelles preuves de capacité et d'énergie et contribua à la prise de Charleroi et à la victoire de Fieurus. A son retour définitif (Il messidor an II) , il rentra au comité de Salut public, dont il n'avait pas d'ailleurs cessé de faire partie (la Convention y maintenait les mêmes membres depuis plus d'un an). Des divisions profondes, longtemps contenues et dissimulées par patriotisme et pour ne pas affaiblir le gouvernement révolutionnaire dans ces temps de péril public, commencèrent à éclater avec une force qui n'annonçait que trop une catastrophe prochaine. Le système d'épuration pratiqué par Robespierre et son parti portait ses fruits amers, et bientôt eux-mêmes allaient être épurés par les débris coalisés des partis qu'ils avaient abattus, Dans le comité même, on les accusait d'aspirer à la dictature et de préparer de nouvelles proscriptions. Dans ces funestes dissensions, Saint-Just se montra, comme par le passé, inébranlabloment attaché à Robespierre. Et, à ce sujet, nous pensons qu'on peut écarter la conjecture mise en avant par quelques écrivains, que Saint-Just était, en réalité, le chef du parti, du moins que Robespierre était souvent dominé par lui, tout en paraissant le diriger. Rien n'autorise une telle supposition. Saint-Just avait, sans doute, une personnalité très-forte et peu susceptible de ployer; mais tout ce que l'on connaît démontre jusqu'à l'évidence que dans cette association c est bien lui qui était le disciple. A la veille de la crise, il prépara un rapport, ou plutôt un plaidoyer, qui était en même temps une philippique contre plusieurs de ses collègues du
SAIN
comité et, sans le leur communiquer, il partit !o 9 thermidor au matin en disant qu'il allait ouvrir son cœur à la Convention. En se rappelant le rôle qu'il avait joué avec ses pièces de rhétorique dans le3 proscriptions précédentes, il ne paraît pas douteux qu'il allait entamer un nouveau combat, préparer d'autres mises en accusation. Son discours est là, d'ailleurs, pour le prouver, bien que la conclusion en soit vague et indéterminée. Mais n'était-ce point ainsi qu'il avait procédé dans l'affaire des hébertistes?
Ce discours, il ne le put prononcer. Aux premiers mots, l'orage éclata avec une violence inouïe. Tallien demanda la parole pour une motion d'ordre ; la Convention presque entière se souleva; la crise allait se dénouer. On sait le résultat (on trouvera, d'ailleurs, les détails à l'article thermidor [9]) ; Robespierre et ses amis furent décrétés d'accusation. Emprisonné et délivré avec eux, Saint- Just voulait qu'appuyé sur la Commune de Paris on agît vigoureusement contre la Convention ; mais les hésitations de Robespierre . et d'autres causes encore firent avorter ce mouvement. Dans la nuit même du 9 au 10 thermidor, l'Hôtel de ville fut emporté par les forces conventionnelles et les députés arrêtés avec leurs défenseurs. Leur révolte les avait mis hors la loi. Dans la journée du 10 (28 juillet 1794), le tribunal révolutionnaire, après constatation de leur identité, les envoya à l'échafaud. Saint-Just y monta avec le calme stoïque et l'impassibilité froide qu'il avait montrés devant les canons prussiens et dans tous les actes de sa carrière éclatante et rapide. Il avait vingt-sept ans.
A l'aurore de la Révolution, il avait écrit ces mots: » Je me sens de quoi surnager dans le siècle. » Ce cri d'orgueil d'un homme qui sent sa force s'est véritié mieux peut-être que ne pensait cet écolier de génie. Son nom restera, en effet, à jamais illustre dans nos annales, pour la part qu'il a prise à la grande lutte contre les rois, à la fondation du droit nouveau, à la délivrance de la patrie. Mais on regrettera toujours que tant de génie, d'enthousiasme philosophique et humanitaire, de passion pour la justice et le droit n'ait pu le préserver de cet orgueil, de ce despotisme d'opinion, de cet esprit de secte qui ont fait sa destinée tragique et contribué aux déchirements et aux malheurs de la Révolution.
Saint-Just était de haute taille ut d'une belle et imposante physionomie. Son désintéressement n'a jamais été contesté. Ses mœurs étaient austères, et il faut ranger parmi les labiés les anecdotes sans autorité qui l'accusent de libertinage.
La biographie la plus complète du grand conventionnel est celle de M. E. Harnel (Paris, lSb9, 1 vol. in-S°). On y trouve des détails intéressants et la réfutation de calomnies accréditées contre Saint-Just. Malheureusement, ce travail consciencieux est déparé par des longueurs et des digressions fatigantes et par une partialité vraiment trop exclusive pour le héros de l'ouvrage.
L'ouvrage de M. Ed. Fleury (Saint-Just et la Terreur) est un véritable pamphlet contre tous les hommes de la Révolution ; il fourmilla d'erreurs, de non-sens et de contre-sens.
SAINT-JUST (Fréteau de), magistrat et constituant. V. Fréteau.
SAINT-JUST (C. Godard d'Aucour, baron de), auteur dramatique français, V. Godard d'Aucour.
SAINT- LAMBERT (Jean-François, marquis de), poète et philosophe français de l'école encyclopédiste, né à Nancy le 26 décembre 1716, mort à Paris le 9 février 1803. Il était d'une famille de hobereaux sans titre réel et il ne prit celui de marquis, qui ne lui appartenait pas, qu'à une époque avancée de sa vie. Ii lit de bonnes études chez les jésuites de Pont-à-Mousson. Au sortir des écoles, il embrassa la carrière militaire et entra au service du roi de Pologne Stanislas, duo de Lorraine, qui l'admit comme exempt dans ses gardes et lui conféra bientôt le titre de grand maître de sa garde-robe. Ses fonctions à la cour du duc, qui résidait d'ordinaire à Lunéville, son Versailles, mirent de bonne heure Saint-Lambert en rapport avec Voltaire et la marquise du Chàtelet. La marquise conçut pour lui une passion violente et mourut en donnant le jour à un enfant, fruit de sa liaison avec Saint-Lambert. Voltaire n'avait fait que soupçonner les rapports existant entre Saint-Lambert et la marquise, lorsque, en faisant avec le marquis du Chàtelet l'inventaire des joyaux de M"10 du Chàtelet, il découvrit par hasard une miniature représentant Saint-Lambert dans le chaton d'une bague appartenant à la marquise. «Ceci, monsieur le marquis, dit-il en s'adressant au mari de la défunte qui l'assistait dans l'opération, n'est fait pour nous flatter ni l'un ni l'autre. » Cependant Voltaire évita de rompre avec son rival, que son aventure mit en relief et recommanda auprès du beau sexe. Il se rendit à Paris, où la protection ouverte de Mme de Boufflers le mit bientôt à la mode, Quelques poésies fugitives, inspirées par M»e de Boufilers, que l'auteur appelle Théinire ou Doris, inaugurèrent d'autre part sa réputation de poëtè. Les femmes firent la fortune de Saint- Lambert, et chaque conquête ajouta à son talent littéraire. Mm« d'Houdetot, avec laquelle ii se lia peu de temps après son arrivée à Paris, lui procura un brevet de colonel
SAIN
dans l'armée, Il servit en Allemagne pendant les années 1756 et 1757, sous SI. de Contades. Mais les rudes labeurs de la vie militaire étaient au-dessus de ses forces ; une attaque de paralysie le força; de quitter i'armée. Il ne lui restait d'avenir que dans les lettres, et il sut tirer un parti avantageux de la notoriété qu'il avait déjà acquise et de ses liaisons avec Mme Geoffrin, Mlle Quiimult, le baron d'Holbach, Diderot, Duclos, Grimm, M™" d'Epinay. etc. Dès 1756, une comédie médiocre, les Fêtes de l'amour et de l'hymen, avait fait connaître Saint-Lambert au théâtre. Huit ans plus tard, deux pièces de vers, où la verve et la facilité de l'auteur se donnaient carrière, réussirent mieux; puis ce fut, en 1769, le poëme des Saisons, son véritable chef-d'œuvre. Cette production lui ouvrit les portes de l'Académie française, où il fut admis le 23 juin 1770, grâce à l'influença du parti philosophique. Surfait par Voltaire, par Mme Geoffrin, et naturellement vaniteux, il parvint à se faire accepter partent pour un homme important. Il vécut ainsi, de cette vie heureuse que donne la réputation aux gens médiocres, jusqu'à la Révolution française, qui le laissa vivre par indifférence. I! s'était retiré à Eaux-Bonnes, dans le voisinage de Mme d'Houdetot. Ce fut pendant sa retraite qu'il mit au jour (1798) son Catéchisme universel, ouvrage philosophique terminé depuis longtemps et qui ne répondait guère, lorsqu'il le publia, aux besoins du moment. En 1800, il participa aux délibérations qui eurent lieu lorsqu'il fut question de reconstituer l'Académie française, et, quand cette reconstruction fut décidée, son nom figura un des premiers parmi les nouveaux membres. Mais il était retombé en enfance depuis quelque temps, et il ne survécut que onze jours à sa nomination.
« Saint-Lambert, dit Grimm, est estimé de tous ceux qui le connaissent; mais on remarque dans son commerce la même aridité et la même tristesse qu'on a reprochées à ses notes (dans le poëme des Saisons), et ceux qui le connaissent peu lui reprochent, outre la sécheresse, un ton méprisant et dédaigneux. » Comme poëte, il est beaucoup plus médiocre que comme homme, et quoique Voltaire lui ait écrit en 1773, à propos du poëme des Saisons : o Soyez persuadé que c est le seul ouvrage de notre siècle qui passera à la postérité, » la postérité ne s'en occupe guère. Saint- Lambert reste sans doute dans l'histoire de la poésie française comme chef d'une petite école de poésie descriptive, dont le meilleur adepte est Jacques Delille ; mais il n'offre plus aujourd'hui qu'un intérêt purement historique. Même au xvni"1 siècle il n'était pas goûté de tout le monde. » Saint- Lambert, écrivait MmeDu Deffant à Horace Walpole, est un esprit froid, fade et faux; il croit regorger d'idées et c'est la stérilité même. Sans les oiseaux, les ruisseaux, les ormeaux et leurs rameaux, il aurait bien peu de chose à dire. » Les œuvres de Saint-Lambert se composent de : Ode sur l'eucharistie (1732) ; Recueil de poésies fugitives (Paris, 1759, in-8") ; Essai sur le luxe (Paris, 1764, in-12), extrait de Y Encyclopédie ; Sarah Th..., traduction prétendue de l'anglais (Paris, 1765, in -S") ; Abena/ci. Sarah Th... etZiméo, contes en prose (Paris, 1709, in-8°) ; les Saisons (Paris, 1769, in-so et in-12), suivies des contes précédents et de Fables orientales; les Deux amis, conte iroquois (1770, in-so) ; Fa* blés orienta/es, en prose (Paris, 1772, in- 12); Principes des mœurs chez toutes les nations ou Catéchisme universel (Paris, 1798, 3 vol. in-8°). Il a, en outre, collaboré à un grand nombre de recueils périodiques. .
SAINT-LARY, ancienne famille française, qui a pris son nom d'une terre située dans le comté de Comminges et appelée Saint-Lary ou Saint-Hilary. Les traces de cette famille remontent au commencement du xme siècle. Elle avait pour chef, en 1480, Jean de Saint- Lary, seigneur de Gessac, de Montgros, de Montblanc, etc., de qui sont sortis les seigneurs et ducs de Bellegarde, les seigneurs de Thermel, de Saintrailles, de Montastruc et de Frontignan.
SAINT-LAURENT (Nombret de), auteur dramatique français. V. Nombrkt.
SAINT-LÉGER s. m. Turf. Grand prix institué à Doncaster, en Angleterre, par le comte de Saint-Léger.
— Encycl. Ce prix, qui, par rang de célébrité, vient après le fameux Derby d'Epsom, est réservé aux chevaux et juments de trois ans. Le fondateur avait dit dans son testament que le nom du maître du cheval qui gagnerait trois fois de suite le grand Saint- Léger serait substitué au sien pour la désignation du prix. Ce cas s'est présenté au profit de M. Edward Peter, trois fois victorieux avec Mathilde, Rowton et The Colonel ; néanmoins, le nom du comte de Saint-Léger a été maintenu par la notoriété publique.
SA1NT-LÉG1ER (Jean-Georges-Laurent de), militaire et homme de lettres, né dans la dernière moitié du xvme siècle. Il embrassa la carrière militaire ; mais, arrivé au grade de capitaine, il se retira du service et se livra à la littérature. Accusé de vol, il fut condamné en première instance et emprisonné pendant deux mois avant de pouvoir faire reconnaître son innocence. On a de lui : la Muse créole (in-12) et Albert él Ernesline ou le Pouvoir
SAIN
de la maternité (isoo, 2 vol. in-12), roman paru sous Je nom de sa sœur, ex-chanoinesse, mais dont il peut être regardé comme le principal auteur.
SAINT- LÉON (Charles-Victor-Arthur Michel, dit), chorégraphe et musicien français, né à Paris en 1821, mort en 1870. Après avoir épousé à Londres, où il dansait, Mme Fanny Cerrito (v. ce nom), il parut à l'Opéra de Paris , en 1846 , dans la Fille de marbre ballet dont il était l'auteur, à côté de sa femme qu'il a merveilleusement secondée dans cet ouvrage, dans la Vivandière et dans beaucoup d'autres. En 1853, il parcourut l'Angleterre et l'Allemagne, obtint des succès, principalement comme violoniste , et reçut une décoration du roi de Prusse. Deux ans après, il, fit une nouvelle mais courte apparition à i'Académie de musique et alla prendre la direction de la danse au Théâtre-Royal de Lisbonne et revint à Paris après un court séjour en Portugal. Chaque année, Saint- Pétersbourg nous enlevait cet artiste pour nous le rendre pendant quelques semaines, de loin en loin. En juin 1864, il fut décoré par l'empereur de Russie de la médaille d'or de l'ordre de Saint-Stanislas. Saint-Léon avait toutes les qualités d'un bon danseur, entre autres une légèreté sans pareille. Comme violoniste, on vantait son jeu plein de vigueur, et son archet rivalisait de légèreté, d'esprit et d'imprévu avec celui des virtuoses les plus en faveur. Mais c'est surtout l'habile chorégraphe, l'auteur d'une foule de ballets applaudis à Paris et à Saint-Pétersbourg, qu'il faut considérer en lui. Tous les pas réglés par Saint-Léon ont cette ingénieuse distinction qui caractérise toutes ses œuvres, parmi lesquelles nous citerons, outre la Fille de marbre (1847) et la Vivandière, ballet-pantomime en un acte (184S) : le Violon du diable ballet fantastique en deux actes et six tableaux (1849) ; Stella ou les Contrebandiers, en deux actes et quatre tableaux (1850); Pâquerette, en trois actes et cinq tableaux (185! ), avec Théophile Gautier; le Lutin de la vallée, légende en deux actes et trois tableaux (1853); le Danseur du roi, en deux actes et trois tableaux (1853); ces deux derniers ouvrages au Théâtre-Lyrique, les précédents à l'Opéra; Méléora ou les Etoiles de Granville (Lisbonne (1855), etc. Enfin il avait donné à l'Opéra B.iavolina, ballet-pantomime en un acte, et Néméa ou V Amour vengé, ballet eu deux actes avec MM. Meilhac et Ludovic Halévy (1864).
SAINT-LEONARDS (Edouard BurteNSHaW Sugden, baron), homme d'Etat anglais, né à Londres en 1781, mort en 1875. Fils d'un barbier, il étudia le droit à Lincoln's Inn, fut admis au barreau en 1807 et s'acquit rapidement une brillante réputation, tant par ses plaidoiries que par la publication de plusieurs ouvrages sur la jurisprudence. En 1817, il devint avocat près la chancellerie, fut nommé, en 1822, conseiller de la reine et entra, en 1828, au Parlement, où il siégea parmi les torys. L'année suivante, il fut élevé aux fonctions de solicitor gênerai, qu'il conserva jusqu'à l'arrivée des whigs au pouvoir en 1831. En 1835, pendant la courte administration de Peel, il devint loid chancelier d'Irlande, prit ensuite une part active aux débats de la Chambre des communes et, lorsque Peel revint au ministère en 1841, il fut replacé à la tête de l'administration de l'Irlande, poste qu'il conserva jusqu'en juillet 1846, où lord Kassell succéda à Peel. A la formation du ministère Derby en février 1852, Sugden fut nommé lord chancelier d'Angleterre et créé pair d'Angleterre avec le titre de lord Saint-Leonards ; mais au mois de décembre de la même année il dut résigner ses fonctions. On a de lui : Traité abrégé et pratique de la loi des vendeurs et des acheteurs de biens-fonds (1805), ouvrage qui est estimé par tous les jurisconsultes anglais et qui a eu quinze éditions; Traité pratique des pouvoirs (1808), souvent réédité; Série de lettres d un propriétaire sur les ventes, les achats, les hypothèques, etc., de biensfonds (1809); Traité sur la toi de la propriété, telle quelle est administrée dans la Chambre des lords (1S49) ; Essai sur les nouveaux statuts de la propriété immobilière (1851). Il avait aussi publié l'ouvrage posthume de Gilbert intitulé : \i\Luides intérêts et des crédits (18U).
SAINT-LEU s. m. V. leu (saint-).
SAINT-LEU (de), magistrat français. Il fut avocat du roi au présidial de Senlis. On a de lui un commentaire sur la coutume de Senlis, imprimé en 1703 avec ceux de Bochel et de Vicard (in-4<>) sous ce titre : Coutume du bailliage de Senlis et son ressort avec des remarques. Pihan de Forest en a donné, en 1771, une nouvelle édition.
SA1KT-L1EN (Claude de), grammairien français, né à Moulins. 11 a professé à Londres les langues latine et française vers la fin du x.viB siècle et fait paraître un traité sur la prononciation française, De pronunciatione lingual gallicm libri duo, qui est le plus ancien ouvrage qui ait trait à cette matière et dont M. Livet parle longuement dans un ouvrage intitulé : la Grammaire française et les grammairiens du xvie siècle (Paris, 1859, pages 500-509).
SAINT-LO (Alexis de), ecclésiastique et voyageur français, né en Normandie, mort à Rouen en 1633. Issu de parents protestants
SAIN
il se fit catholique, puis entra dans l'ordre des capucins, et, comme il montrait un certain talent pour la prédication, on l'envoya, en 1635, comme missionnaire en Afrique. Au retour de sa mission, il fit paraître l'ouvrage intitulé: Relation duvoyage du Cap-Vert (Paris, 1637, in-12). On trouve dans ce livre des détails très-curieux sur les nègres du Sénégal et de la Gambie.
SAINT-LOUIS (Jean-Louis Barthélémy , en religion le Père Pierre de), poète français du xvno siècle, né h Vauréas, dans le comtat d'Avignon en 162G, mort au couvent de lJineti en 1684. Dès sa plus tendre enfance, il manifesta du goût, pour la. poésie. Selon la modu de son temps, les religieux chargés de son éducation lui firent composer de bonne heure, comme exercice et divertissement, des anagrammes, des logogriphes, des devises, et autres inventions fort en vogue à cette époque. Le jeune poète devint bien tôtextraoïdinairement fort dans cette sotte de gymnastique intellectuelle et obtint même une certaine célébrité. Mais ayant perdu, en 1651, sa fiancée, sur le nom de laquelle il avait épuisé toute sa provision d'acrostiches et d'anagrammes, il entra en religion. Du reste pouvait-il agir autrement? î'anagTiimme de son nom (Ludovicus Bartelemi), qu'il avait consciencieusement élaborée, lui avait donné en latin Carmelo se ilcvovet et en français «il est du Carmel, ■ et l'on sait qu'à celte époque chacun pensait trés-ferniemejit que lu destinée des hommes était contenue dans leurs noms. A partir de ce moment, le P. Pierre de Saint-Louis ne travailla plus des sujets profanes, ainsi qu'il le déclare dans les vers suivants qui forment le début de la Magdaléncide :
Phœbus, je n'attends pas que ta Daphné m'apprête Un rameau de laurier pour m'en ceindre la tête, Kt je ne puis briguer ton secours prétendu Pour un livre d'amour qui n'est point détendu. .Mes larmes, mes amours et mes guerres sunt saintes. ..... Ce n'est plus sur les noms dés seigneurs et des
[dames Que je pense à trouver de justes anagrammes, lit ne m'amuse point, pour me mettre en renom. Toujours morne et rêveur, à renverser un nom.
C'est alors que notre poëte confectionna sa Magdalénéide, poëme religieux auquel it donna le nom de la fiancée qu'il avait perdue et dont le véritable titre était celui-ci : la Magdelaine au désert de la Sainte- Baume, en Provence, poème spirituel et chrétien, par te P. Pierre de Suint-Louis, religieux carme de ta province de Provence. Nous en avons rendu compte au mot Madeleine. Ce livre resta longtemps sans acheteurs, et le libraire, désespérant de se défaire d'un pareil ouvrage et ayant besoin de la place que l'édition occupait, allait la faire passer chez l'épicier, quand tout à coup les acheteurs se présentèrent en si grand nombre qu'elle fut bientôt entièrement épuisée et que l'on l'ut obligé d'en faire promptement une seconde. Lu véritable causede ce succès inespéré est encore inconnue; les uns l'attribuent au P. Buillet, jésuite, et d'autres à Nicole qui, ayant trouva le poème de la Magdelaine à la bibliothèque des Billettes, le parcourut et l'apporta aux solitaires de Port-Royal. L'ouvrage eut tout d'abord une très-grande vogue dans les communautés. Lumonnoye l'inséra dans son recueil de pièces choisies qui parut en 17M, Le poëte n'eut pas la joie de savourer sa gloire; il était mort quelques années avant que son nom fût parvenu à la célébrité. Outre la Magdalénéide , on lui doit : VEliadè, ouvrage qui n'a pas été imprimé, et la Muse bouquetière de Notre- Damc-de- Lurette (Viterbe, 1762, in-8°). Le l'ère de Villiers en fuit mention dans sa liibiiolheca carmelitana.
Saiiii-Louis (pont). V. Paris.
SAINT-LOUP (Louis), mathématicien français, né à Vuillafans (Doubs) en 1831. Elève de l'Ecole normale, il s'adonna a l'enseignement des sciences, devint professeur de mathématiques spéciales au lycée de Strasbourg, passa son doctorat es sciences mu thématiques, puis fut nommé dans la même villo professeur de mathématiques à la Faculté des sciences. M. Saint-Loup a occupé cette chaire jusqu'à l'annexion de l'Alsace à la l'russe en 1871. On lui doit plusieurs ouvrages, notamment : Traité des surfaces du second ordre et développements de géométrie analytique à trois dimensions (1S59, i„.gu) ; Traité de la résolution des équations numériques (isoi, in-8u); Géométrie dans l'espace (1S70, in-18) ; Sur le mouvement des projectiles sphériques dans l'air (1870, in-8<>); Note sur un nouveau régulateur parabolique à force centrifuge (1870, in- 8°); Géométrie plane (1374, in-12), etc.
SAINT-LUBIN (Léon de), compositeur italien, né à Turin en 1801, mort à Berlin en 1S56. Son père le conduisit à Hambourg, où il apprit le violon et commença ù jouer en pubiio k neuf ans. En 1817, il commença à parcourir l'Allemagne, reçut des leçons de Polledro et de Spohr, puis se rendit à Vienne, où il devint en 1827 violoniste au théâtre de Josephsladt,puis sous-chef d'orchestre (1823). A celte époque, il composa la musique da Belisaire, des concertos et une grande symphonie. Paganini, qu'il eut l'occasion d'entendre, produisit sur lui mn; grande impression et il se livra à de grandes études pour l'imiter. 11 se produisit alors dans dos concerts où son exécution originalo et vigoureuse lui valut de
SAIN
brillants succès. Appelé à Berlin en 1830, il devint chef d'orchestre du théâtre de Kcsnlgstadt. Là, il écrivit des ballets, des pantomimes, des opéras, le Glaive du roi llranor, qui échoua, le Cousin du docteur. Faust, qui eut du succès, des quatuors, des concertos, un ottetto, etc.
SAINT-LUC (François d'Espinay de), capitaine français, né en 1554, tué devant Amiens le 8 septembre 1597. Elevé à la cour, il devint un des favoris de Henri III. En 157S, il épousa Jeanne de Biissac, « bossue, dit L'Estoile, laide et contrefaite, et encore pis selon le bruit de la cour, quelque artifice qu'elle employât pour paraître autre. » On tit sur elle le quatrain suivant :
Brissac aime tant l'artifice, Tant du dedans que du dehors, Qu'ôtez-lui le faux et le vice, Vûus lui ôtez l'ûme et le corps.
Le jour des noces, qui se firent au Louvre en grande pompe, Henri III, parle commandement duquel elles se faisaient et qui devait y assister, partit des le matin pour Vinccnnes pour se dispenser de ce qui tremblait être pour lui une corvée. Saint-Luc, qu'on appelait « le brave Saint-Luc, « n'était pas .seulement un vaillant capitaine, poussant l'intrépidité jusqu'à la témérité; il était beau, spirituel, aimable et très-séduisant. Henri III l'affectionnait beaucoup et, par lui, Jeanne de Biissac fut admise à la cour et y tint, auprès de lu reine, le rang élevé que sou mari tenait auprès du roi.
Une année à peine après son mariage, Saint-Luc tombe en disgrâce et est obligé d'aller s'enfermer dans son gouvernement de la Saintonge et de Brouage. La cause de cette disgrâce a été différemment rapportée par L'Estoile et par d'Aubignô. « Ilonri III, dit le premier de ces chroniqueurs, mit Saint- Lucau nombre de sus favoris, lui donna le gouvernement de Saintonge etdeBrouage; une trop grande complaisance pour sa femme fut la cause do sa disgrâce. Il eut la faiblesse de lui découvrir une nouvelle intrigue amoureuse du roi (pour la duchesse d'Aumale) dont il étoit le confident. Mme de Saint-Luc la lit connoître à la reine, qui en parla au roi son époux ; il voulut savoir da qui elle l'avoit appris, ce que la reine ne put lui refuser, et cette indiscrétion causa sa disgrâce. « D'après d'Aubigué, la vie scandaleuse que menait le roi « étant odieuse à un gentil courage comme Saint-Luc » et à sa femme, Mme de Saint-Luc, il fut sollicite pur celle-ci de tâcher de retirer le roi de cette honteuse prostitution; pour cet effet, de l'avis de M"ic de Retz, Saint-Luc, dé concert avec Arques (depuis duc de Joyeuse), autre mignon, fit faire une sarbacane de cuivre, qui fut introduite dans le cabinet de Sa Majesté, avec laquelle, voulant contrefaire une voix miraculeuse, on lui disait à l'oreille, pendant la nuit, qu'il avait à craindre la vengeance de Dieu s'il ne quittait, sa mauvaise vie. Dès le même jour, Saint-Luc, de son côté, feignit d'avoir eu quelque songe affreux sur le munie sujet, qu'il raconta au roi. Joyeuse, qui était du secret, voyant le roi effrayé par cette prétendue révélation, craignit que cette terreur ne fît mourir son maître et que par là il ne perdît sa fortune; il découvrit tout le secret de la sarbacane, ce qui fut la cause de la disgrâce de Saint-Luc. »
S'étantenfermè dans Brouage, que Henri III essaya sans succès de lui faire enlever, Saint- Luc employa ses loisirs à écrire des poésies et un recueil d'observations militaires. En 1585, il fut assiégé dans Brouage par les protestants ajant Condé à leur tête et les força à lever le siège. Deux ans plus tard, il assista à la bataille de Coutras et, au moment de la déroute des catholiques, il se rendit prisonnier à Coudé, qu'il venait de désarçonner. S'étant complètement rallié à la cause de Henri IV , il combattit pour lui , servit comme lieutenant général de 1592 à 1396 dans la Bretagne, qu'il contribua à pacifier, et, grâce à des négociations secrètes avec son beau-père, Biissac, il joua un rôle important dans la reddition de Paris (1594). Les services qu'il rendit à Henri IV en celte circonstance lui valurent, avec le collier de l'ordre (1595), la grande maîtrise de l'artillerie (1596). Saint-Luc fut emporté par un boulet au siège d'Amiens, l'année suivante.
SAINT-LUC (Timoléon d'Espinay, marquis UK), maréchal de France, fils du précèdent, né vers 1580, mort en 1644. Il succéda à son père dans le gouvernement de Brouage et suivit Sully dans son ambassade en Angleterre. De SainiLLuc, qui s'était fait remarquer par sa valeur aux sièges de La Père et d'Amiens, devint maréchal de camp en 1617. Il se signala ensuite dans la guerre contre les Rocheiois révoltés, fut nommé vice-amiral (1622), se démit de son gouvernement, que désirait Richelieu, et obtint en échange le titre de lieutenant général de la Guyenne (1627). Il reçut, en 162S, le bâton de maréchal. — Un de ses lils, Louis d'Espinay, devint archevêque de Bordeaux et mourut en 1644. — Un autre de ses fils, François d'Espinay, marquis oe Saint-Luc, mort en 1670, combattit pendant la guerre de Trente ans, prit part au siège de Bordeaux du temps de la Fronde, puis devint gouverneur de la Guyenne et lieutenant général (IG50).
SAINT-MARC (Charles-Hugues LefebvRB
SAIN
de), littérateur français, né à Paris en 1698, mort dans la même villo en 1769. D'abord sous-lieutenant au régiment d'Aunis, il quitta la carrière militaire pour se faire précepteur; puis, fatigué de cette existence d'assujettissement, il se mit à travailler pour les libraires. Malgré un travail acharné, il vécut et mourut dans la miser-. On lui doit, entre autres ouvrages : Supplément au nécrologe de PorJ-/?oi/rt/(i735,in-40); le Pouvoir de l'amour, ballet (Paris, 1743, in-4°); Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie (Paris, 1761, 6 vol. in-4°). Il a édité, en outre, les Mémoires de Fetiquièrr s, Pavillon, Boiloau, Chauliou, Chapelle et Baehaumont , Heoquet , Rapin de Thoyrns, Luincz , Malherbe, Saint-Pavin, Charleval, etc.
SAINT-MARC (Jean-Paul-André des Rasins, marquis de), poëte et auteur dramatique fiançais, né en Guyenne en 1728, mort à Bordeaux en 1818. Entré en 1744 dans les gardes-françaises, il resta dix-huit ans dans ce corps, puis il donna sa démission et s'adonna aux lettres. On lui doit, entre autres livrets d'opéra etde ballet: la Fèlede Flore; Adèle de Ponthieu; Fatmé ou le Langage des fleurs; Glicère; Lindor; Roger, comlede Foix. Il a en outre écrit, pour les enfants, de petites pièces qu'il appelle demi-drames. Une édition complète de ses œuvres a été publiée à Paris (1789, 3 vol. in-8<>).
SAINT-MARC (abbé de), journaliste français. V. GUÉNIN.
SAINT-MAHC GIRARDIN (Marc Girardin, dit), littérateur et homme politique français, né à Paris en 1S01, mort à Morsang-sur-Seine, prés de Corbeil, le i 1 avril 1873. Il fit ses études au lycée Henri IV, remporta nn grand nombre de couronnes universitaires, puis suivit les cours de l'Ecole de droit, en même temps que ceux de la Faculté des lettres, et obtint à la fois le diplôme do licencié et celui d'agrégé des classes supérieures (concours de 1823). Il n'exerça pas comme avocat et se destina au professorat. Ses opinions libérales le firent écarter de l'Université jusqu'en 182G, époque à laquelle on lui donna une place de professeur de seconde au lycée Louis-le- Graud. La même année, il concourut pour le prix d'éloquence proposé par l'Académie, VFtoge de Le Sage, et obtint un accessit. L'année suivante, il eut le prix pour l'Eloge de Boïsuet, eî, en 1828, il obtint encore un prix, partagé avec Philarcte Chasles, pour son Tableau de la littérature française au xvie siècle. En môme temps, il débutait avec éclat au Journal des Débats, dont il resta le collaborateur assidu pendant quarante-cinq ans. Ce fut à propos des troubles de la rue Saint- Denis, sous le ministère Villèle, qui, pour venger sa défaite électorale, avait fuit tirer des coups de fusil sur des attroupements inoffensifs. Cet article d'un débutant, qui, pour son coup d'essai, osait prendre corps à corps le ministère et demander si « les bulletin-; de la grande armée allaient maintenant s'afiicher à la Morgue, » fit grand bruit. On était dans l'âge d'or de la presse, et une page écrite de verve rendait presque célèbre. On n'osa pas révoquer le jeune professeur, et il continua dans les Débats sa brillante campagne contre le ministère et aussi contre les jésuites. Saint-Marc Girardin avait alors une ardeur et une fougue qui contrastent singulièrement avec l'attitude prise par lui dans ses dernières années et qui le plaça à la tête de la fraction la plus timorée des conservateurs. Il n'avait pus assez de sarcasmes et d'ironie pour ridiculiser les conservateurs bornes et la coterie cléricale; il pulvérisait- les Polignac et les Peyroimet : • Pressez, tordez ce ministère, s'écriait-il, il n'en dégoutte que chagrins, malheurs et dangers ; i il invitait la jeunesse à se lever pour sauver la nation.
La révolution de Juillet vint lui donner pleine satisfaction. Il fut immédiatement nommé professeur d'histoire à la Sorbonne, en remplacement de Guizot, et maître des requêtes au conseil d'Ltat. Peu de temps après, it quitta la chaire d'histoire pour celle de littérature et fut envoyé a la Chambre en 1835 par le département de la Haute-Vienne. IJ occupa son siège jusqu'en 1848. En politique, comme journaliste et comme député, rallié complètement au gouvernement, il se constitua l'avocat de la bourgeoisie, au profit de laquelle il prétendait que la révolution de 1830 avait été exclusivement faite contre les prétentions des masses, qui commençaient à réclamer leur place au soleil, et attaqua assez vivement les républicains. Armand Carre! so chargea de soutenir contre lui la cause démocratique. Son cours à la Sorbonne eut plus d'éclat. Il y passait en revue la littérature et la philosophie^ du xvm» siècle, et ses leçons furent très-goûtées de lajeunesse des écoles, surtout lorsqu'il fit ressortir la vanité de la réaction religieuse, qui se flattait d'anéantir l'œuvre de Voltaire, de Diderot et de Volney. Sa parole, aisée et naturelle, dégagée de tout pédantisme, renduit son cours aussi attrayant qu'une spirituelle causerie; il ne professait pas, il racontait et peignait, mettant volontiers ses personnages eu scène, et ses saillies les plus imprévues étaient encore des traits d'un sens lin et délicat. 11 excellait à donner à. sa pensée de la précision et du relief.
A sa connaissance approfondie des littératures classiques et de la littérature française, Saint-Marc Girardin joignait celle des principales littératures de l'Europe, spécialement
SAIN
celles de l'Allemagne et de l'Italie, contrées qu'il avait visitées dès 1827. Il s'était lié, à Berlin, avec Gans et Hegel. Il retourna en 1833 dans l'Allemagne méridionale et visita Vienne, chargé par le gouvernement d'étudier les établissements d'instruction publique. A son retour, il publia ses Notices littéraires et politiques sur l'Allemagne (1834, in-8°), en y joignant sos discours d'ouverture à la Sorbonne, et un Rapport sur l instruction intermédiaire en Allemagne (1835-1838, 2 vol. in-8°). Ces travaux lui valurent d'être nommé en 1837 membre du conseil de l'instruction publique et conseiller d'Erat. En 1842, il commença à la Fueul:é do* lettres le cours qui est resté son principal titre littéraire et dont il publia suecessivem >nt toutes les leçons : Cours de littérature dramatique ou Du l'usage des passions dans le drame (1843-1803, 5 vol. in-18). Le succès de ce cours, dès l'apparition des premiers volumes, et celui des hssais de littérature et de murale (1844, in-18), recueil des principaux articles insérés depuis une dizaine d'années par Saint-Marc Girardin dans le Journal des Débuts, décidèrent de l'élection du professeur journaliste a l'Académie française, en remplacement de Campenon (1844). Ses travaux à la Revue des Deux- Mondes, notamment une Elude sur J.-J.
Rousseau, qui n'a paru que postérieurement en volumes (1870, 2 vol. in-18), augmentèrent ses titres littéraires.
Jusqu'à la révolution de Février, il était resté paisiblement en possession de son siège de député, faisant partie du centre constitutionnel, où il vivait comme dans son élément; souvent chargé de faire le rapport sur l'adresse et excellant à donner la réplique au premier militaire. Pendant les journées mêmes de Février, il faillit conquérir le pouvoir : il fut ministre vingt-quatre heures, dans la dernière combinaison rêvée par la monarchie, et rappela ce consul, dont Cicéron a dit qu'il n'eut pas le temps de se coucher durant sa magistrature. Ce ne fut qu'une lueur dans sa carrière politique ; car ses électeurs ne lui continuèrent pns son mandat, et il fut tenu à l'écart des affaires pendant la République et pendant tout le second Empire. Il resta néanmoins membre du conseil de l'instruction publique et professeur à la Sorbonne, position qu'il ne quitta qu'en 1863. Au Journal des Débuts, il fit au gouvernement issu du coup d'Etat une opposition constante, très-modérée duns la forme, mais qui paraissait hardie dans le silence imposé a la presse. Il attira même au journal un avertissement, le premier qu'il eût reçu depuis 1852, pour avoir osé écrire cette phrase : « Nous ne voulons pas discuter avec M. Troplong sur les principes fondamentaux de la constitution de 1852; nous en viendrions peut-être à dire, avec l'assentiment de bien du monde, que le principe fondamental de la constitution do 1S52, c'est l'empereur, et que c'est se laisser aller à une illusion de jurisconsulte, toujours trop facilement épris de.-, textes, que de croire que c'est l'Empire qui soutient l'empereur, et non pits l'empereur qui soutient l'Empire. »
Voilà ce que, dans ce temps, on considérait comme un dévergondage incroyable de plume, une audace inouïe. Le journaliste fut accusé d'ébranler méchamm 'lit la foi de ceux qui croyaient à la force et à la durée du régimo impérial. Dans la politique extérieure, Saint- Marc Girardin se fit l'avocat officieux des chrétiens de Syrie, des Hellènes et des Roumains contre les Turcs. Il avait été étudier sur les lieux mêmes les questions que ne résolurent ni la guerre de Crimée ni la guerre de Syrie, et il a consigné le résultat de ses voyages et de ses observations dans ses Souvenirs de voyages et d'études (1852-1853, 2 vol. in-18), Souvenirs et réflexions politiques d'un journaliste (1859, in-18), la Syrie en 1801, condition des chrétiens en Orient (1862, in-12). Dans les dernières années de l'Empire, il contribua aussi beaucoup à organiser et à propager les conférences littéraires libres, de concert avec M. Legouvé , notamment celles qui eurent lieu en 1869 au cirque des Champs-Elysées. Cette n.ème année, il se présenta comme candidat libéral au Corps législatif dans une des circonscriptions de la Haute-Vienne, mais il échoua. Plus heureux en 1871, il fut envoyé à, l'Assemblée de Bordeaux, prit place dans les rangs du centre droit et soutint d'ahord la politique de M. Thiers tant que la situation offrit trop de danger pour tenter les orléanistes et les légitimistes. Le péril écarté, Saint-Mare Girardin, en qualité de président temporaire d'une des réunions du centre droit (il était en même temps vice-président de la Chambre), fit partie de la députation dite des • Bonnets à poil > (20 juin 1872), qui avait pour objet de peser sur les déterminations du président etde barrer la route à la république. A cette occasion, il dut donner sa démission de rédacteur du Journal des Débats, qui continuait à soutenir M. Thiers. La manifestation échoua dans le ridicule, mais les eoulUés ne perdirent pas courage. Saint-Marc Girardin présidait la Chambre le jour où M. Bull'et fut élu président en remplacement de M. Grévy. Cette première victoire était le prélude du renversement de M. Thiers et il y collabora activement. Il ne lui fut pus donné d'assister au triomphe de son parti : il mourut frappé d'apoplexie pendant les vacances parlementaires uu courant desquelles fut préparé le 24 mai. Un de ses derniers actes comme député fut
SAIN
un long rapport très-partial sur les actes du gouvernement de la Défense nationale (février 1S73).
Outre les ouvrages cités plus haut, on doit à Saint-Marc Girardin quelques opuscules : Notice sur la vie et les ouvrages de Gans (1345, in-12); Notice sur H. Rigaidt (1859, in-isi; Du décret du 24 novembre 1860 ou De la réforme de la constitution de 1852 (1860, in-16); De la situation de la papauté' (1860, in-S°); Des traités de commerce selon la constitution de 1852 (1860, in-8°); La Fontaine et les fabulistes (1867, in-18). — Son fi!s, Luc- Burthélemy Saint-Marc Girardin, simple garde mobile au moment de lu. guerre de 1870, attaché por faveur à l'état-major de llempereur au camp de Châlons, puis à celui du maréchal Bazaine, a été nommé sous-préfet de Corbeil en 1871, aussitôt après la conclusion de la paix, A la mort de son père, il se présenta pour le remplacer à l'Assemblée nationale et échoua devant la candidature de M. Georges Péria.
SA1NT-MARCBLL1N (Jean-Victor Fontanës, dit), auteur dramatique et publiciste français, né en 1791, mort en 1819. Il était fils naturel de Fontaiies, grand maître de l'Université. Sorti en 1812 de l'Ecole militaire établie à Fontainebleau, il prit part à l'expédition de Russie et se distingua à la Moskowa, et, jusqu'à la dernière heure, mit son épée au service de l'Empire. A la rentrée des Bourbons, un changement complet s'opéra diins ses opinions politiques': il devint ardent royaliste et, à la suite d'un due! à Orléans, duel dans lequel il fut blessé, il fut rappelé à Paris, où il lit représenter plusieurs pièces en même temps qu'il collaborait au journal le Conservateur. Dans un" nouveau duel, atteint mortellement d'une balle au bas-ventre, il mourut à vingt-huit ans. On lui doit r les Arrêts, comédie-vaudeville ; le Bal à la mode; Wailace ou le Ménestrel écossais, musique de Catel ; Relation d'un voyage de Paris à Gand en 1815 (1823, in-8°).
SAINT-MARD, littérateur français. V. RÉ-
MOKD.
SA1 NT-MARSAN ( Antoine-Marie-Philippe Asinari, marquis de), ambassadeur de Napoléon 1er à Berlin, puis premier ministre du roi de Sardaigne, né à Turin le 10 décembre 1761, mort près d'Asti, en Italie, en 1842. 11 Ht de brillantes études à l'université de Pise, puis entra à Turin dans les bureaux des affaires étrangères. Lors de la guerre entre la Sardaigne et la France, Saint-Marsan, alors adjudant général, fut envoyé a Vienne pour réclamer le secours de l'Autriche; après l'armistice de C'herasco du 28 avril 1796, il fut chargé par le duc d'Aoste de traiter avec Bonaparte, avec lequel il eut une première entrevue à Tortone (4 mai), et dont il obtint un traité d'alliance que le Directoire refusa de ratifier. Saint- Marsan , au commencement des hostilités entre la France et lu Sardaigne, fut nommé ministre do la guerre et de la marine sarde. Il dut signer, le 23 juin 1798, la convention par laquelle la ville et la citadelle de Turin furent rendues aux troupes commandées par le général Brune. Quelques années après la retraite de Charles-Emmanuel, il se rallia au nouveau gouvernement avec l'assentiment de son ancien souverain. 11 fut nommé, en 1809, ministre plénipotentiaire à Berlin et obtint en 1813 le titre d'ambassadeur. Malgré l'ordre de Napoléon Ier( il ne s'opposa pas à l'évasion de Frédéric- Guillaume, après la défection d'York, défection dont Saint-Marsan obtint du roi de Prusse le désaveu. Nommé conseiller d'Etat, puis sénateur et enfin membre de la commission des Cinq, il ne s'en rallia pas moins aux alliés après la défaite de la France et fut chargé par ceux-ci de présider le gouvernement provisoire établi sous leur patronage à Turin, en attendant l'arrivée de Victor-Emmanuel. Délégué de ce dernier souverain au congrès de Vienne, il réclama au nom de la Sardaigne la partie de la Savoie qui, en 1814, avait été laissée à la France, et conclut deux traités concernant le Piémont. De retour à Turin, il reçut le portefeuille dos affaires étrangères, qu'il échangea en 1817 contre celui de la guerre et qu'il reprit l'année suivante avec la présidence du conseil. En 1820, il fut le délégué de la Sardaigne au congrès de La^bach. De retour à Turin le 11 mars 1821, il trouva le Piémont eu révolution et son fils engagé dans le mouvement. 11 conseilla à Victor- Emmanuel de se refuser aux concessions et i'iii :..i sa démission aussitôt après l'abdicatiuu de ce souverain.
SAINT-MARSAN (Charles De), fils aîné du précédent, né à Turin vers 1790, mort en 1842. Il entra au service de la France et lit la campagne de Russie en qualité de lieuteuant. Capitaine de l'armée barde en 1821, coicnel en second du régiment des dragons de la reine et aide de camp du roi, il n'en fut pas moins un des chefs do la conspiration libérale de 1821 et souleva son régiment de diMgons. Saint-Marsan prit part à la bataille de Novare et, après cette défaite, se réfugia en France, puis en Angleterre. Il revint en France après 1830 et profita de l'amnistie accordée aux conspirateurs dé 1821 pour rentrer en Piémont, où il vécut fort retiré jusqu'à sa mort.
SAINT- MARTIN (Michel de), littérateur
français, né à Saint-Lô en 1614, mort en 1687. Son père, qui avait acheté des titres de noblesse au Canada, se qualifiait seigneur de la Mare-du- Désert et marquis de Miskou. Saint-Martin entra dans les ordres, voyagea en France, en Flandre, en Italie, se fit nommer à Rome piotonotaire apostolique et, de retour dans sa province, se rit agréger, en 1650, à l'université de Caen, dont il devint recteur. Cet abbé, « qui, malgré la haute fonction à laquelle il avait été élevé dans l'enseignement, était loin de posséder, dit Lebreton, une intelligence supérieure, se rendit, par la singularité de ses manières et par son excessive vanité, l'objet de la risée publique. Entre autres plaisanteries dont il fut victime, on cite la suivante : le chevalie'r de Chaumont ayant amené en France des ambassadeurs du roi de Siam, quelques rieurs saisirent cette occasion pour mystifier l'abbé, en lui persuadant que ces Siamois étaient envoyés exprès par leur prince pour l'engager à passer dans ses Etats, afin d'y remplir les fonctions de grand mandarin. L'abbé mourut sans être désabusé et sans avoir cessé de prendre au sérieux le rôle qu'on lui avait fait jouer dans cette bouffonnerie. Une des
I principales bizarreries de ce personnage con-
| sistait dans l'accoutrement dont il s'affublait atin de se garantir du froid, qu'il redoutait
] comme mortel. Il se composait de sept chemises, de sept paires de bas et de sept ca-
| lottes, lesquelles étaient encore recouvertes d'une énorme perruque. Les villes de Caen
| et de Saint-Lô doivent plusieurs fondations charitables et quelques autres libéralités à l'abbé de Saint-Martin, qui avait aussi ambitionné la réputation d'homme de lettres et publié les ouvrages suivants : les Principes du gouvernement de Rome (Caen, 1653, in-12 ; 1059, in-8°) ; le Don et libéral officier ou la Vie et la mort de Jean du Bois, etc. (Caen, 1655 et 1658, in-12); Relation d'un voyage fait en Flandre (Caen, 1661 et 1C67, in-12); Moyens faciles et assurés dont M. Delorme s'est servi pour vivre près de cent ans (1662 et 16S3, etc., in-12).
SAINT-MARTIN (le Père Jean -Baptiste Pasinato, dit), physicien et agronome italien, né dans la province de Trévise en 1739, mort en 1SO0. Entré chez les franciscains et n'ayant point réussi dans la prédication, il se vit relégué comme aumônier h l'hospice de Vicence. Ses rapports quotidiens avec les médecins de l'établissement lui donnèrent le goût des sciences naturelles. Il se mit à l'étude avec ardeur, et sa réputation prit une telle extension, que le gouvernement lui confia l'inspection de la manufacture de tabacs de Nola. On lui offrit une chaire de physique à l'université de Catane; il la refusa, et la Révolution française étant venue dissoudre sa communauté, il se lit maître d'école dans un village. Une partie de ses nombreux écrits a été réunie sous le titre ù'Œuvres (Venise, 1791, 3 vol. in-S°).
SAINT-MARTIN (Jean-Didier de), missionnaire français, né à Faris en 1743, mort en 1S01. Il était directeur du séminaire de Saint- Louis, lorsqu'en 1772 il se résolut à partir pour la Chine, se fixa dans la province de Tse-tchouan et devint évêque in partibus. Après une persécution qui se termina pour lui par un exil de cinq ans, il devint vicaire apostolique de la province et mourut ayant doublé le nombre des chrétiens dans son diocèse. On a do lui : Lettres de M. de Saint- Martin, évêque de Caradre (Paris, 1822, in-so).
SAINT-MARTIN (Louis-Claude de), dit le PhïloKopiie inconnu, écrivain et philosophe français de l'école dite illuminée, né à Ainbise eu 1743, mort près de Paris en 1803. Issu d'une famille noble et ayant perdu sa mère au berceau, il dut à la tendresse d'une belle-mère une éducation tout à fait appropriée à ses dispositions naturelles. « C'est à elle, dit-il dans le Portrait historique, que je dois peut-être tout mon bonheur, puisque c'est elle qui m'a donné les premiers éléments de cette éducation douce, attentive et pieuse qui m'a fait aimer de Dieu et des hommes. » Après avoir passé auprès d'elle une enfance méditative, on le plaça au collège de Pontlevoy, où un des premiers livres qui lui tombèrent dans les mains fut Y Art de se connaître soi-même, par Abbadie. Le caractère mystique de cet ouvrage lui plut et eut sur lui une grande influence. A l'âge de vingt-deux ans, il avait terminé ses études de droit. On le destinait au barreau ; mais ses instincts répugnaient à la chicane. Sur ces entrefaites, le duc de Choiseul, ami de sa famille, le fit entrer comme officier au régiment de Foix, alors en garnison à Bordeaux . (1765). Ce fut là qu'il se lia avec le juif Martiuez Pasqualis et qu'il fut initié aux mystères de la secte des illuminés.
Ce Murtiiiez Pasqualis était un juif converti au christianisme ; il venait du Portugal, mais était d'origine orientale. C'était un de ces hommes extraordinaires qu'on rencontre dans tous les siècles, et même au xvmt siècle, qui marchent à rencontre des idées communes. Il professait une doctrine secrète : « Les connaissances surnaturelles, dit Joseph de Maistre dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg, en parlant de l'école de Pasqualis, sont le grand but de leurs travaux et de leurs espérances. Ils ne doutent point qu'il ne soit possible à l'homme de se
SAIN
mettre en communication avec le monde spirituel, d'avoir un commerce avec les esprits et de découvrir ainsi les plus rares mystères. »
Saint-Martin fut longtemps à se dégager des impressions acquises dans ce milieu. Cependant, après avoir successivement suivi son régiment à Lorient et à Long'wy , il donna sa démission en 1771. Il rêvait de créer une école à l'exemple de Pasqualis; pour cela, il était nécessaire qu'il fût indépendant. Il revint à Paris en 1774, puis se rendit à Lyon, où Pasqualis avait fondé un petit cénacle d'où sa doctrine rayonnait au dehors. C'est là que Saint-Martin connut le comte d'Hauterive et pénétra dans les loges maçonniques, qui étaient à cette époque des foyers ardents de mysticisme.
Un moment Saint-Martin fut séduit par Mesmer; mais il fut bientôt désillusionné. L'illuminisme de Pasqualis avait réussi à s'implanter dans plusieurs grandes villes de France, notamment à Paris. Mais Saint- Martin ne voulut point participer aux opérations des grands profès et des philalèthes : il craignait sans doute d'aliéner sa liberté. Il commençait d'ailleurs à penser par lui-même. Son premier ouvrage est de 1775 et a pour titre : Des erreurs et de la vérité. C'est une réfutation du matérialise contemporain.
Saint-Martin se sert contre ceux qu'il attaque du principe gnostique des émanations. Le maréchal de Richelieu connaissait et estimait Saint-Martin. Il parla de son œuvre à Voltaire. Voltaire répondit sur l'énoncé du titre : » Le livre que vous avez lu tout entier, je ne le connais pas; mais s'il est bon, il doit contenir cinquante volumes in-folio sur la première partie et une demi-page sur ; la seconde. » Il le lut ensuite, le trouva mauj vais et s'en exprima assez crûment dans une
lettre à d'Alembert.
j Saint-Martin avait le goût du monde et de la réputation, chose qui n'est pas commune chez les vrais mystiques. La douceur de son caractère, son extrême politesse et ses qualités extérieures le faisaient rechercher de la société. Il ét.iit reçu dans les maisons les plus aristocratiques.
I Deux fois dans le cours de l'année 1778, il 1 faillit s'engager dans les liens du mariage, I malgré son ardent amour de la liberté. Mais j la compagnie des femmes le séduisait. C'est 1 en effet parmi elles que sa philosophie avait le plus de chance d'être appréciée. Plusieurs dames de la haute aristocratie du temps, la marquise de Lusignan, lu marquise de Chabanais, la marquise de Lacroix, Mmc de Noailles, femme du maréchal de ce nom,* l'engagèrent à publier sa doctrine sous une forme systématique. Suint-Martin, pour se conformer à leurs désirs, se décida k publier celle de ses œuvres qu'il considérait comme la plus importante , le Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers (1782). Il publia ensuite Y Homme de désir, puis YEcce homo et le Nouvel homme. En 1786, il alla en Angleterre, pour se rendre l'année suivante en Italie, à la suite du prince Galitzin, avec lequel il s'était lié récemment. Il passa quelques mois à Rouie, où on lui fit bon accueil. En 1788, il alla se fixer pour quelque temps à Strasbourg, dans l'intention d'y étudier les écrits de Jacques Bœhme, à l'intelligence desquels plusieurs personnes s'offraient de l'initier. L'une d'elles, Mme fêœklin, conçut pour lui une vive amitié. Après avoir passé trois années près de cette daine, il la quitta pour aller voir son père, qui venait de tomber malade.
Il était trop occupé de ses pensées intérieures pour s'intéresser aux événements politiques du moment. Ils passèrent au-dessus de sa tête sans l'effleurer. A Amboise, où son père avait terminé par la mort sa longue maladie (1793), Saint-Martin entretenait une correspondance suivie avec le baron Kirchberger de Liebisdorf, de Berne, avec M «m Bceklin et avec Divonne. Il fut contraint do renoncer à écrire à ces deux dernières personnes pour ne pas se rendre suspect II continua, du reste, à vivre à Amboise, où il s'occupait à traduire Bœhme. Ses anciens amis des loges maçonniques, dont plusieurs étaient arrivés au pouvoir et siégeaient à la Convention, le protégèrent dans ces temps difticiles contre les orages de la Révolution. En 1794, on le chargea même de donner le catalogue des manuscrits et des livres trouvés dans les maisons religieuses supprimées, et bientôt son district le proposa pour candidat à l'Ecole normale, en qualité d'élève professeur. Il accepta ces fonctions malgré son âge avancé. « Quand il ne s'agit, dit-il à ce sujet, ni de juger les humains ni de les tuer, tes fonctions ne me répugnent point. » Il cessait pour la première fois d'être, comme il disait, le « Robinsou Crusoe de la spiritualité. » 11 vint s'établir à Paris, rue de Tournon, L'Ecole normale fut ouverte en 1795. Dès le premier jour, Saint-Martin se brouilla avec son collègue Garât, dont 1 idéologie sensualiste lui inspirait une véritable indi- .gnution. Garât répondit comme de juste a, ses plaintes; mais la fermeture presque immédiate de l'Ecole normale (9 mai 1795) empêcha la querelle de s'envenimer.
Saint-Martin venait de publier ses Considérations sur ta Révolution française. « Pour mener, dit-il, la Révolution, cette grande crise de la société, à ses fins véritables, il faut eu faire une régénération da l'humanité
SAIN
en son état primitif. » Il part de là pour tracer le plan d'une sorte de théocratie nouvelle à établir sur les ruines de tous les gouvernements.
En 1797, Saint-Martin mit au jour un polirne allégorique intitulé : le Crocodile, dans lequel il avait intercalé un excellent mémoiro sur la question mise au concours par l'Institut : De t'influence des signes sur la formation des idées.
^ Sa dernière production, le Ministère de l'homme esprit, est de 1802. Les idées théosophiques de l'auteur s'éclipsèrent au bruit du triomphe obtenu cette année-là. par le Génie du christianisme. Saint-Martin ne fut pas ému de l'insuccès du livre : « Il est, dit-il, trop loin "des idées humaines pour que j'aie compté sur son succès. J'ai senti souvent en l'écrivant que je faisais là comme si j'allais jouer sur mon violon des valses et des contredanses- dans re cimetière de Montmartre, où j'aurais beau faire aller mon archet, les cadavres qui sont là n'entendraient aucun de mes sons et ne danseraient point. »
11 avait néanmoins une grande idée de sa valeur philosophique. " Descarte.s, dit-il, a rendu un service signalé aux sciences naturelles en appliquant l'algèbre à la géométrie matérielle. Je ne sais si j'aurai rendu un aussi grand service à la pensée en appliquant
I homme, comme je l'ai fait dans mes écrits, à cette espèce de géométrie vive et divine qui embrasse tout et dont je regarde l'homme esprit comme étant la véritable algèbre et l'universel instrument analytique. Ce serait pour moi une satisfaction que je n'oserais pus espérer quand même je me permettrais de la désirer. »
Les relations de Saint-Martin avec les femmes distinguées de sou temps ne cessèrent qu'avec sa vie. On compte au nombre de ses dernières amitiés de ce genre celle de M"» d'Albany et celle de Mme de Krudener.
II mourut d'apoplexie à Aunay , chez son ami Lenoir-Laroehe. 11 avait eu quelque temps auparavant une entrevue avec Chateaubriand, qui n'avait pas. été si favorablement impressionné par Saint-Martin que ce dernier l'avait été par l'auteur du Génie du christianisme. « J'aurais beaucoup gagné, dit-il de Chateaubriand, à le voir plus tôt. C'est le seul homme de lettres honnête avec lequel je me suis trouvé en presen.ee depuis que j'existe. » Chateaubriand l'appelle de son côté un « philosophe du ciel, avec des paroles d'oracle et des façons d'archange. » » Depuis six mortelles heures, dit-il, j'écoutais et ne découvrais rien. A minuit, l'homme des visions se lève tout à coup : je crus que l'esprit descendait; mais M. de Saint-Martin déclara qu'il était épuisé; il prit son chapeau et s'en alla. »
La philosophie de Saint-Martin, comme tout ce qui tient au mysticisme, est à peu près inintelligible. « Il y a, dit M. Caro qui l'a étudiée avec soin, des pages, et en grand nombre, où nous n'avons pas compris un mot. Est-ce notre faute? est-ce celle de l'écrivain? 11 nous est venu souvent un singulier doute : Saint-Martin s'est-il toujours bien compris lui-même? Dans ces pages étranges, une sorte de vertige vous prend. On entre dans un monde nouveau où les mots n'ont plus de sens, ni les phrases de liaison et de suite entre elles. Les formes de la syntaxe sont respectées; les propositions sont régulièrement construites; mais la pensée reste indéchiffrable sous ce mélange de mots qui se suivent sans éveiller une seule idée. Ces pages sont comme un rêve éveillé ou comme un jeu d'enfant dans lequel on s'amuserait à parler pendant un certain temps sans rien dire, associant des phrases sans y mettre aucun sens, frappant l'air de sons vains et vides, et s'ingéniant à ne pas penser. »
Ces derniers mots sont peut-être la clef du mystère. 11 est possible que Saint-Martin fût un somnambule d'une espèce particulière et qu'en écrivant il rêvât à autre chose qu'à ce qu'il écrivait. C'est une hypothèse d'un de ses détracteurs; mais elle vaudrait la peine d'être examinée. Au surplus, Saint-Martin, à part sa situation morale, qui n'était pas une situation normale, avait les idées de l'école cartésienne sur l'homme, l'univers et Dieu.
Voici le programme qu'il trace lui-même d'une bonne éducation théosophique : a 11 y a une ligne et un ordre d'instruction dont ne doit jamais s'écarter celui qui essaye de diriger l'intelligence de ses semblables : distinction de deux substances dans l'homme ; notre pensée, miroir divin ; existence de l'être supérieur prouvée par ce miroir quand il est net et pur; notre privation prouvant une justice; celte justice prouvant une altération libre et volontaire; l'amour suprême se réveillant; lois de régénérations données dans les diverses alliances (religions); terme de retour, vie spirituelle, lumière, parole, union, entrée dans le lieu de repos, telle doit être la marche de l'enseignement si le maître ne veut pas tromper les disciples, les égarer ou les retarder... Expliquer les choses par l'homme, et non l'homme par les choses, doit être le but de la science. Or, la vraie science, c'est la vie, et l'analyse n'a pas de prise sur la vie. La vraie science, au contraire, est celle qui part du principe, qui n'observe qu'à la lumière d'une synthèse antérieure et dans une liaison constante avec la source de feu... Oui, la synthèse est la seule clef qui ouvre complètement les sciences, soit divines, soit
naturelles, parce qu'elle est la seule qui nous porte au centre de chaque chose et qui nous aide à en mesurer les rayons. »
Gence, un des adeptes du mysticisme prêché par Saint-Martin, résume à un autre point de vue la doctrine du célèbre théosophe : o Les ouvrages de Saint-Martin, dit Gence, ont pour but non-seulement d'expliquer la nature par l'homme, mais de ramener toutes nos connaissances au principe dont l'esprit humain peut devenir le centre. La nature actuelle, déchue et divisée d'avec elle-même et d'avec l'homme, conserve néanmoins dans ses lois, comme l'homme dans plusieurs de ses facultés, une tendance à rentrer dans l'unité originelle. Par ce double rapport, la nature se met en harmonie avec l'homme, de même que l'homme se coordonne à son principe... Selon Saint-Martin, l'homme pris pour sujet ne conçoit ni n'aperçoit pas simplement l'objet abstrait de sa pensée ; il le recuit, mais d'une autre source que celle des impressions sensibles. De plus, 1 homme qui se recueille et qui fait abnégation, par sa volonté, d6 toutes les choses extérieures, opère et obtient la connaissance intime du principe même de la pensée ou de la parole, c'est-a-dire de son prototype ou du Verbe, dont il est originairement l'image ou le type. L'Etre divin se révèle ainsi à l'esprit de l'homme, et en même temps se manifestent les connaissances qui sont en rapport avec nous-mêmes et avec la nature des choses. >
Nous avons déjà indiqué les titres des principaux ouvrages de Saint-Martin. On a publié à Tours en 1807, sous le nom à'Œuvres posthumes (2 vol. in-8°), un choix de pensées, puis un journal intitulé : Portrait, et enfin divers fragments littéraires et philosophiques, des poésies, des méditations, qui font de ce recueil l'œuvre la plus intéressante de Saint-Martin. On a encore de lui un Traité des nombres (Paris, 1843, in-4") ; sa Correspondance avecKirchberger (Paris, 1862, 1 vol. in-8°). Les ouvrages qu'il a traduits de Boehme sont: VA urore naissante (Paris, 1800, 2 vol. in-8°) ; ies Trois principes de l'essence divine (Paris, 1802, 2 vol. in-8°) ; Quarante questions sur lame (Paris, 1807,
1 vol. in-8u) ; De la triple vie de l'homme (Paris, 1807, 1 vol. in-so). On possède encore de Saint-Martin divers manuscrits sur quelques points de philosophie transcendante ou sur les sciences occultes.
SAINT-MARTIN (Antoine-Jean), orientaliste et chronologiste, né à Paris le 17 janvier 1791, mort dans la même ville le 16 juillet 1832. Il était fils d'un tailleur, qui lui lit faire ses études, puis l'employa comme commis. Tout en travaillant chez son père, il suivit les cours de l'Ecole des langues orientales, apprit l'arabe, le turc, le persan, l'arménien, et fit de rapides progrès sous la direction de M. Silvestre de Sacy. En 1810, il devint membre de l'Académie celtique, qui prit ensuite le nom de Société des antiquaires et dont il fut le secrétaire en 1814. Au retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe, Saint-Martin refusa de donner son adhésion à l'acte additionnel aux constituions de l'empire et en fit publier les motifs dans les journaux. La chaleur de ses opinions royalistes, autant que l'importance de ses travaux , lui valut de brillants et lucratifs emplois sous la seconde Restauration. Il reçut du gouvernement une pension de 3,000 francs, fut nommé, en 1820, membre de l'Académie des inscriptions, second conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal en 1824, inspecteur des types orientaux à l'imprimerie royale eu 1825, puis secrétaire rédacteur au ministère des affaires étrangères, en remplacement de M. de Moutlosier, renvoyé à cause de ses mémoires contre les jésuites. Il était en même temps membre de la Société des bonnes-lettres, de la congrégation du Sacré-Cœur et directeur du journal ['Universel, fonde en 1829 et qui soutenait les doctrines les plus extravagantes sur les prétendus droits de la monarchie dite de droit divin. La révolution de Juillet lui fit perdre la plupart de ses emplois et, l'année suivante, il ne put obtenir une chaire d'histoire au collège de France, bien qu'il fût présenté par 1 Institut. Saint-Martin fut emporté par une attaque de choiera. Comme orientaliste, il avait des connaissances plus étendues que profondes, un ton tranchant, et il a connais de nombreuses erreurs. Bien que ses jugements manquassent souvent d'une bise solide, il lui arrivait parfois de porter dans la critique un don (l'intuition tout à fait remarquable. 11 prit part, en 1822, à la fondation de la Société asiatique. Outre un grand nombre d'articles ou de mémoires dans le Journal des savants, le Journal asiatique, les Mémoires de l'Académie des inscriptions, la Biographie universelle , le Moniteur, on a de re savant : Notice sur l'Egypte sous les pharaons (i8tl,in-80); Mémoires sur l'histoire et la géographie de l'Arménie (1818-1819, 2 vol. in-80;, son ouvrage capital ; Nouvelles recherches sur l'époque de la mort d'Alexandre et sur la chronologie des Piolémées (1820,
2 vol. in-8°J ; Notice sur le zodiaque de Denderali (1S22, in-8«); Traité sur le calendrier (1827, in-8°) ; Recherches sur l'histoire et la géographie de la Mésène et de la Characène (1838, in-8°) ; Histoire d Arménie, trad. du patriarche Jean "VI (1841, m-8°) ; Fragments d'une histoire des Arsacides (1850, 2 vol.
SAIN
in-8°). 11 a aussi traduit un Choix de fables de Vartan (1825, in-8°), annoté les treize premiers volumes de Y Histoire du Bas-Empire de Lebeau (1829-1833), collaboré à l'Art de vérifier les dates, etc.
SAINT-MARTIN (le Père Léandre de), bénédictin anglais. V. Jones (John).
SAINT-MARTIN DE LA MOTTE (le comte Félix de), savant italien, né à Turin, mort dans cette ville en 1818. Docteur en droit et membre du collège de droit à l'université de cette ville, il fut admis à l'Académie des sciences et s'occupa surtout de littérature et de botanique. Membre du gouvernement provisoire de l'an VII (1799), il fit partie de la municipalité en 1800 et 1801. Nommé préfet du département de la Sesia en 1802, puis sénateur et comte par Napoléon 1er, il vota en cette qualité, en 1314, la création d'un gouvernement provisoire et la déchéance de Napoléon. Il a fait insérer dans la Bibliotlieea ultramontana (t. XII, p. 200) des Osseroazioni botaniche, où il critiquait la Topographie médicale de Chambéry de Daquin, qui répliqua, en 178S, par une Défense de la topographie, etc. (Chambéry, 1788, in-8°).
SAINT-MAUU (E.-H. -François), écrivain français, né à Laon (Aisne) en 1823. Il suivit les cours de l'Ecole des chartes, puis étudia le droit, se fit recevoir docteur et alla se fixer à Pau, où il a exercé depuis la profession d'avocat. On lui doit quelques ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Coup d'œil sur le passé et l'avenir de Saint-Jean-dc-Luz (1858, in-S") ; Cinq jours d'un Parisien dans la Navarre espagnole (1861, iu-lG) ; Promenades historiques dans le pays de Henri IV (1864, in-fol., avec 15 pi.); Jtoncevaux et la chanson de Roland (1871, in-8«), etc.
SAINT-MAURICE (Charles-R.-E. du), littérateur français, né vers 1796. Après avoir écrit en collaboration quelques mélodrames, il publia des articles dans plusieurs journaux littéraires et composa divers ouvrages historiques et des romans, parmi lesquels on cite: Histoire des croisades (182-i); Histoire des guerres de religion (1825) ; Histoire des campagnes d'Allemagne et de Prusse (1826, in-18); le Code de la conversation (1829, in-18);,fto«i<:, Londres et Paris (1S29, in-s°); Histoire de Napoléon (1S30, 4 vol. in-12); Histoire de ta Légion d'honneur (1833, in-8<>); Gilbert, roman (1832, 2 vol. in-8°) ; Tableaux historiques des funérailles de Napoléon J»r (1841, in-12); le Comte d'Entruiyues (1841, 2 vol. in-S»); Palden (1842, 2 vol. in-S°) ; Manuel de la Légion d'honneur (1844, in-lS) ; Y Elève de Saint- Cyr (1S51, 2 vol. in-8°), etc. Ou lui doit, en outre, la traduction des Mélanges littéraires et politiques de Wieland (1824, iii-8°) , de l'Histoire de la découverte de l'Amérique de Campe (1835, in-8») et la publication de la première partie des Mémoires de Metternich, qui parut dans la Semaine en 1849.
SAINT -MAUR1S (Jean de), jurisconsulte français, né à Dôle vers la lin du xve siècle, mort dans la même ville eu 1555. Beau-frère du chancelier de Chaiies-Quint, il devint successivement conseiller au parlement de Dôle, conseiller d'Etat à Bruxelles, fut, en 1544, envoyé en France pour surveiller l'exécution du traité de Crespy et enfin reçut comme récompense de l'habileté dont il avait fait preuve dans cette mission diplomatique ie titre de président du conseil d'Etat et des finances. On lui doit : Ulilissima simul ac doctissima repetitio legis unicx cod. quo loco mulieres munera subire soleant.
SA1NT-MAUIUS (Jacques du), homme d'Etat franc-comtois, fils du précédent, nô à Dôle vers 1530, mort en 1570 d'après Durand, en 1602 au plus tôt d'après Michaud. 11 est pius connu dans l'histoire de la Franche- Comté du xvie siècle sous le nom de prieur de Bellefuntaine, bénéfice qu'il occupa avant l'âge canonique. Chanoine de Besançon, ensuite conseiller clerc , puis maître des requêtes au parlement de Dôle, Saint-Mauris fut chargé de diverses missions par la cour d'Espagne, fut plusieurs fois député à Bruxelles par les états de sa province et fut un des membres du conseil d'administration do l'archevêché de Besançon en l'absence de l'archevêque et du consentement de celui-ci. Déjà pourvu de nombreux bénéfices, Saint- Mauris obtint, en 1590, l'abbaye de Montbenoît. On conserve à la Bibliothèque nationale la correspondance du prieur de Bellefuntaine avec Granvelle et un abrégé de cette correspondance par D. Berthod.
SAINT-MAORIS (Prudent dk), jurisconsulte français, né à Dôle, mort dans la même ville en 1584. Il était avocat et s'acquit, en même temps que la réputation, l'estime de ses concitoyens, qui le députèrent plusieurs fois en Flandre et en Allemagne, pour défendre les intérêts de la province. On lui doit : Pratique et style judiciaires observés au comté de Bourgogne (Lyon, 1577, in-4o).
SA1NT-MAURIS (Charles-Emmanuel-Polycarpe, marquis nu), pair de France et généalogiste, né en Franche-Comté le 27 mai 1754, mort en 1833. Sous-lieuieuaî)t en 17G4, capitaine en 1708 et enfin colonel en 17S7 dans l'arinéa française, il émigra en 1791, combattit contre la France en 1792, puis servit dans l'armée de Condé, où il perdit un de ses fils. Rentré en France en 1800, il fut
SAIN
nommé, en 1814, inspecteur et commandant des gardes nationales de la Haute-Saône, puis maréchal de camp en 1815 et pair de Franco par ordonnance du 5 novembre. Cette dernière nomination fut annulée par la charte de 1830. Saiïit-Maiiris fut nommé, en 1833, membre de l'Académie des sciences de Besançon. On lui doit un ouvrage de généalogie intitulé i Généalogie historique de la maison de Saint-Mauris (Vesoul, 1832, in-fol.). SAINT-MAUUIS, homme d'Etat français.