SOFI
à reconquérir son trône, et, prenant l'offensive, il marcha avec une armée sur Bagdad. Mais il essuya une défaite et revint dans ses Etats, où, attaqué bientôt après par Ismael Samani, il tomba entre les mains de ce dernier et fut mis à mort (901). Avec lui disparut la dynastie des Soffarides, à laquelle succéda celle des Samanides.
SOFFITE s. m. (soff-fi-te — ital. soffitto, qu'on regarde comme une altération du lat. suffixus, placé dessous). Archit. Plafond, dessous d'un plancher, d'un larmier, d'une architrave, orné de compartiments, de caissons, de rosaces ou d'autres figures.
— Encycl. Les monuments antiqtfes se font remarquer pas des soffites de toute beauté, dans la construction desquels on a su tirer parti des matériaux employés tant dans les planchers que dans les combles; on y a utilisé toutes les saillies des poutres, des pierres et des marbres pour en former des caissons, avec rosaces saillantes et découpées; de nos jours, nos procédés mécaniques nous permettent de produire et de combiner des soffites d'une variété infinie ; aussi nos grands monuments, nos grands hôtels se font-ils remarquer par les découpures de leurs plafonds et les combinaisons variées des bois de toutes les essences, des métaux, des pierres, des marbres, des stucs, etc. Rondelet, dans les notes de son Art de bâtir, cite quelques soffites anciens, qui se font remarquer par le parti que l'on a su tirer de l'assemblage des poutres qui forment les combles, en remplissant leurs intervalles par de petites pièces de marbre taillées en forme de tuiles. Cet architecte distingué cite, entre autres, les soffites du temple de Thésée, à Athènes ; du tombeau de Mylasa et de la tribune de Pandrose, attenant au temple de Minerve Poliade, U Athènes. « Le plafond du temple de Thésée, dit cet auteur, est beau et très-bien conservé ; les solives de marbre que l'on y voit répondent, par leur direction horizontale, à chaque triglyphe, à quelques petites différences près, qui résultent vraisemblablement de petites erreurs dans l'exécution. Les solives de marbre de ce plafond portent de3 tables percées chacune de quatre irous. Chaque trou des tables était bouché par-dessus le temple par une petite, pièce de marbre carrée, qui pouvait se lever et se remettre; cette disposition , qui pa'rait singulière, était usitée et estimée dans la Grèce. ■ Les soffites du tombeau de Mylasa sont décorés de caissons réguliers, disposés avec symétrie et enrichis d'ornements du meilleur goût et d'une exécution trè:;-reclierchée. Les quatre angles du plafond étaient formés par quatre triangles qui devaient être décorés de la même façon; mais on n'en a trouvé aucun vestige, et Al. le comte de Choiseul-Gouffler, à qui l'on doit une partie de ces renseignements, n'a pas cru devoir les y placer d'autorité. A Paris, on peutadmirer les soffites de l'église de la Madeleine, de l'église Notre-Bame-de-Lorette, du Panthéon et il'un grand nombre de monuments publics et même de maisons particulières , telles que celle connue sous le nom de maison Frascati, au coin de la rue Richelieu et du boulevard Montmartre.
SOFFRE s. m. (so-fre). Techn. Anneau de fer qu'où place sous une pièce qu'on veut percer.
SOFI ou SOPHI s. m. (so-fi. — Bochart tire ce nom du verbe arabe sapha, être pur, celui qui est pur en religion; mais il vient plutôt de l'arabe soupk, laine, à cause du vêtement porté par ces philosophes). Philosophe musulman pan théiste, il OnditaussisouFiousoupar.
— Nom que les Occidentaux donnaient autrefois au roi de Perse.
Quand je suis seul, je tais au plus brave un défi, Je m'écarte , je vais détrôner le so/i.
La Kodtaine.
— Encycl. V. SOPHI.
SOFIA (Nicolas di SANTA-), médecin italien, né à. Padoue d'une famille noble qui se prétendait originaire de Constat) tinople, mort en 1350, Il étudia sous Pierre d'Abano et occupa sa chaire dans l'université de Padoue depuis 1311 jusqu'à sa mort. Il a laissé plusieurs ouvrages manuscrits.
. SOFIA (Marsilio di SANTA- ) , fils du précédent, médecin italien, né à Padoue, mort en 1403. Il professa la logique et ensuite la médecine, d'abord dans sa ville natale, de 1370 à 13S0, puis à Bologne. On le surnommait le Divin, le Priuee de la médecine, et on le comparait à Pierre d'Abano. Il a laissé plusieurs ouvrages de thérapeutique, entre autres un Traité sur la fièvre (Venise, 1514 ; Lyon, 1517).
SOFIA (Jean di SANTA-), "frère aîné du précédent et médecin comme lut , mort k Padoue vers 1410. Il a écrit un Traité pratique de médecine, divisé en 180 chapitres.
SOFIA (Galeazzo di SANTA-), le contemporain, et, dit-on, le frère des précédents. Il étudia à l'université de Vienne, professa la médecine dans cette ville et fut attache k la famille des archiducs d'Autriche. Revenu dans sa patrie , il professa la médecine conjointement avec Jacopo de Forli. On a de lui un Traité sur les fièvres (Venise, 1514; Haguenau , 1533) , ouvrage qu'on croit être le même que celui de Marsilio.
SOFIA (Barthélemi di SANTA-), flls dq
âota
précédent, médecin, mort vers 1448. Parmi ses ouvrages, on signale : De sulphure et nitro; De gualitote et indlcalioiie excremeutorum.
SOFIA (Guillaume di SANTA-), fils de Mnrsilio. 11 fut médecin de l'empereur Sigismond, — Daniel di Santa-Sofia, autre fils de Marsilio, remplaça son père dans la chaire de médecine à Bologne et fut médecin des papes Alexandre V et Jean XXIII.
SOFIA, écrivain napolitain du xvie siècle. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé : 11 Regno di Napoti, diviso in 12 provhicie, cou descrizione délie cose piû nolaoili.
SOFISME ou SOPHISME s. m. (so-fl-sme — rad. soft). Doctrine panthèistique des sofis. Il On dit aussi soufisme ou souphisme.
SOFRA s. m. (so-fra). Table ou guéridon sur lequel les Orientaux, servent le café, il Plateau de métal orné qui se pose sur la table et dans lequel on apporte les rafraîchissements : On place devant vous un sofra de cuivre jaune sur lequel vous prendrez le rahat tokoun, qui invite à boire le cherbet rosé; on vous offrira ensuite, sur un second sofra , recouvert d'un surtout de soie rouge ou bleue brodé de feuillages d'or et d'argent, te plus pur moka, servi brûlant dans de petites tasses d'un élégant modèle.
SOFRALI s. m. (so-fra-li — rad, sofra). Tapis d'Orient dont le milieu est occupé par une rosace sur laquelle on place le sofra.
— Encycl. Les couleurs des sofrah , peu variées, mais remarquables par leur harmonie, se réduisent ordinairement h cinq : bleu turquoise, vert, jaune et orangé sur un fond bleu d'outremer; pourtant il en a été fabriqué dans ces dernières années, avec de nouveaux dessins, où le rouge et le blanc dominent.
SOGALGINE s. f. (so-gal-ji-ne). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des sénécionées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent au Mexique.
SQGALIGNE s. f. (so-ga-li-gne ; gn mil.). Bot. Syn. de sogalginb, genre de composées.
SOGAMOSO, ville de l'Amérique du Sud, dans la république de la Nouvelle-Grenade, province et à 28 kilom. N. de Tunjn, sur une petite rivière de même nom; 3,000 hab. Fabriques d'étoffes de coton et de chapeaux de laine, qu'on échange contre du coton brut, de l'indigo, des bestiaux et du sel. Aux environs, mine de plomb peu importante. Avant la conquête espagnole, Sogamoso était renommé parmi les Indiens pour le culte qu'on y rendait au Soleil, dans un beau temple dont il ne reste pas la moindre trace.
SOGD , en latin Polytimetus, rivière d'Asie, dans le Turkestan. EU» prend sa source au versant occidental du ttiont Bolor, coule à l'O., passe à Samarkand et se jette dans le Djihoun, après un cours de 373 kilom.
SOGDES , en latin Sogdi, ancien peuple de l'Inde. Il habitait, sur la rive droite de l'Indus, le territoire voisin du confluent de l'Hydaspe, compris actuellement dans la présidence anglaise du Pendjab; leur capitale était Sogdorum regia, sur l'Indus, au S. d'Alexandria,
SOGDI ANE, vaste contrée du monde connu des anciens, dans la haute Asie, formant la satrapie la plus reculée de l'empire persan, au S.-E. du lac d'Aral, séparée au N. de la Scythie asiatique par l'Iaxartes et les monts des Comeds ou SogUiens, limitée à l'O. par la Parétacëne, au S. par la Bactriane , dont la séparait l'Oxus, et à l'E. par les monts Imaùs, au delà desquels s'étendaient des régions sur lesquelles les anciens n'avaient aucune notion précise. Ainsi délimitée, la Sogdiane correspondait à la partie orientale du Turkestan actuel , c'est-à-dire aux kanats de Boukhara , de Samarkand et de Kodjend. A l'O. s'étendaient de vastes plaines désertes, mais à l'E., entre les ramifications des monts Sogdiens et de l'ImaUs (aujourd'hui Bolor), on trouvait de belles vallées fertiles, bien cultivées et peuplées de villes nombreuses, dont la plus importante était Maracanda (Samarkand). Les habitants de la Sogdiane étaient de race aryenne et faisaient partie de la famille iranienne ou persane; ils furent soumis par Cyrus et compris par Darius dans la 16e satrapie de son empire. Alexandre, qui ne soumit cette contrée qu'avec peine, y fonda une ville sur l'Iaxartes, non loin des autels de Bacchus, de Sémiramis et de Cyrus, limite extrême de la marche victorieuse de tous ces conquérants de l'Asie. Après la mort d'Alexandre, la Sogdiane fit d'abord partie du royaume de Syrie, puis du royaume grec de la Bactriane, enfin de celui des Parthes; de ceux-ci, ce pays passa au second empire des Perses, puis aux Arabes , à qui il fut enlevé au xi° siècle par des peuplades turques qui l'ont conservé depuis cette époque, en y fondant plusieurs petits Etats, dont l'indépendance est menacée de nos jours par les récentes conquêtes de la Russie.
SOGHAT ou SUGHEUD, ville de la Turquie d'Asie, à 45 kilom. N.-O. d'Eski-Cheher. Elle fut la résidence d'Othman, fondateur de l'empire turc.
EOGHO s. m. (so-go). Ichthyol. V. sogo.
SOGINE s. m. (so-ji-ne). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des carabiques, tribu des féroniens, dont
SOttN
l'espèce type habite l'Europe et le nord de l'Asie.
SOGLIAM (Jean-Antoine), peintre italien, né u Florence en 1492, mort en 1544. Il fut élève de Lorenzo di Credi et imita sa manière. On cite, parmi ses tableaux : Saint Martin, dans l'église Saint- Miehel-in-Orto, à Florence ; les Trois rois, dans l'église San- Domenico, à Fiésole ; le Christ lavant les pieds des apôtres, dans 1 église Sunta-Maria-dal- Fosso, à Anghieri; Noé sortant de l'arche avec ses fils, dans la cathédrale de Pise ; l'Immaculée conception, dans l'église Saint- Boniface, à Florence; Saint Arcadius sur la croix, qui se trouve aujourd'hui dans l'église Saint-Laurent, à Florence ; Judith avec la tête d'ffolopherne, en Hongrie ; la Décapitation de saint Jean-Baptiste, à Naples.
SOGLIANO-AL-HTJBICONB, petite ville du royaume d'Italie , province de Forli , district de Cesena, chef-lieu de mandement ; 5,781 hab.
SOGO s. m. (so-go). Ichthyol. Nom vulgaire de divers poissons du genre holoeentre, qui vivent- sur les côtes d'Afrique et d'Amérique.
SOGRAFI (Antoine-Simon), littérateur italien, né à Padoue en 1760, mort en 1825. Il lit ses études chez les jésuites et s'inscrivit au barreau de Venise. Un penchant irrésistible pour le théâtre lui fit abandonner la jurisprudence et il se mit à composer de nombreuses pièces, dont quelques-unes ont obtenu '• un grand succès. Citons principalement . Olive et Pascal, son chef-d'œuvre ; Tom Jones ; la Fête de la rose; Alexandre chez Apelle; Jfortense; le livret des Horaces et,des Curiaces, mis en musique par Oimarosa; Le Inconvenienze teatrati, saynète bouffe d'un comique irrésistible.
SOGUR s. m. (so-gur), Mamm. Nom vulgaire de la marmotte, en Sibérie et en Tartarie.
SOHAM, bourg et paroisse d'Angleterre, dans le comté de Cambridge, à 10 kilom. S.-E. d'Ely; 3,200 hab. Production de beurre et de fromages renommés.
SOUAR, ville d'Arabie. V. Oman.
SOHET (Dominique), jurisconsulte belge, né à Chooz, près de Givet, en 1728, mort au même lieu en 1811. 11 se destinait d'abord à l'état ecclésiastique, mais il préféra ensuite embrasser l'étude du droit. Il exerça la profession d'avocat à Givet et fut nommé, en 1790, juge de paix. On a de lui : Jnstituts de droit ou Sommaire de jurisprudence canonique, civile, féodale et criminelle pour les pays de Liège, de Luxembourg et de Namur (1770, 3 vol. in-40; Bouillon, 1770-1772, 5 vol,in-40; Namur et Liège, 1770-1781, 5 parties en 3 vol. in-io).
SOBIATAN s. m. (so-i-a-tan). Mamm. Espèce de rat d'Amérique.
SOHL, comitat de Hongrie, dans le cercle de Presbourg, borné au N. par le comitat de Liptau, à l'O. par celui de Bars, au S. par ceux de Néograd et de Honth, à l'E. par celui de Gomor. Superficie, 2,777 kilom. carrés; 105,889 hab. Chei'-lieu, Nev-Sohl, Ce pays est couvert par les ramifications des Karpatheset arrosé par la Grau, qui y reçoit le Szalatna et plusieurs autres petites rivières. Climat froid, mais sain ; sol fertile dans les vallées. Excellents pâturages; élève de bestiaux et surtout de moutons. Le sol produit surtout des céréales, du chanvre, du lin-et des vins médiocres; il renferme de riches mines d'argent, de cuivre, de fer, de soufre et de vitriol ; sources sulfureuses ; fabriques de cuirs, draps, toiles, eau-de-vie, fromages. Le comitat renferme 5 villes, 8 bourgs et 162 villages.
S011L (ALT-), ville de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, comitat de Sohl, a 23 kilom. S. de Nev-Sohl, sur la Grau ; 1,972 hab. Sources ferrugineuses e " cien château royal.
SOHL (NEV-), ville de l'empire d'Autriche, dans la Hongrie, chef-lieu du comitat de Sohl, sur la Grau, à 186 kilom. N. de Bude; fi,019 hab. Evêchè catholique suffragant de Grau; séminaire; gymnase; administration et tribunal des mines. Importantes usines pour la fonte et le travail du cuivre et du fer; fabrication de poterie; brasseries, poudrerie, teinturerie. Dans les environs, fabrication de dentelles et récolte de fruits, surtout de prunes estimées. Restes d'un ancien château fort.
SOUN (Charles-Ferdinand), peintre allemand, né à Berlin en 1805, mort en 1867. Il commença ses études dans sa ville natale sous la direction de Sehadow, qu'il suivit en 1826 à Dusseldorf, où il ne tarda pas à se
filacer au premier rang parmi les ékves de a nouvelle école. Il accompagna, quatre ans plus tard, son maître en Italie, où les chefsd'oeuvre artistiques et les merveilles de la nature méridionale firent sur lui une impression dont la trace profonde subsista longtemps dans ses œuvres. U a emprunté ses sujets tour à tour à l'antiquité grecque et à la poésie romantique; mais, s'il a su faire preuve d'une grande science du nu et du coloris, surtout dans les tons de chair, il laisse parfois à désirer sous le rapport de l'ensemble de lacomposition.il faut citer, parmi ses toiles
SOI
capitales : Renaud et Armide, de grandeur naturelle (1827); l' Enlèvement d'Hylas (1829); Diane et Actéon (1833); la Joueuse de luth italienne (1835); le Jugement de Pdris (1836) ; Roméo et Juliette, d'après Shakspeare (1836) ; le Tasse et les deux Léonore (1838); Donna Diana (1839) ; les Sœurs (1843); Vanité (1844); les Quatre saisons (1851); Lore'ey (1853). Mais ce n'est pas seulement à ses tableaux que Sohn dut sa réputation ; elle se fonde surtout sur ses nombreux portraits, remarquables, ceux de femmes particulièrement, par leur grâce idéale, leur fini d'exécution, leur délicatesse et leur ressemblance. On cite comme l'un des mieux réussis celui de la comtesse de Monts. En 1838, il était devenu professeur à l'Académie de Dusseldorf, où il a formé d'excellents élèves. Il se démit volontairement de ses fonctions en 1855.
SOI10 , hameau industriel d'Angleterre, comté de Stafford, à 3 kilom. N.-O. de Birmingham. Belles usines métallurgiques fondées par Watt et Boulton; cet établissement, un des plus remarquables qui soient au monde, se compose de quatre cours carrées, liées par des ateliers capables de contenir 1,000 ouvriers, qui fabriquent des boutons, des boucles, des bijoux, des objets dorés ou argentés, des machines k vapeur, etc. On y voit aussi un atelier où l'on a longtemps frappé la monnaie de cuivre du royaume.
SOI pr. pers. (soi — lat. se, même sens, accusatif de ego, je ou moi). Lui, elle, sa propre personne; ne se rapporte ordinairement qu'à un nom vague, indéterminé, ou à l'être qui fait l'action exprimée par un infinitif ou pur un substantif : Parler de soi. Travailler pour soi. Rapporter tout à Soi. L'amour de SOI. (Acad.) On aime mieux dire du mal de soi que de n'en pas parler. (Mm de Sév.) On perd beaucoup de soi quand on n'acquiert rien. (M1"» Necker. ) L'idée du saa-ifice de soi pour les autres est une idée fondamentale de l'éducation. (Maquel.) Ce n'est pas toujours pour SOI qu'on bâtit dans celle vie. (Chaieaub.) La confiance est l'estime de SOI étendue aux autres. (Latena.) On ne se connaît qu'en connaissant ce qui n'est pas soi. (E. Alletz.) U-empire de soi est le privilège des âmes fortes. (De Gérando.) Qui ne vit que pour soi vit pour bien peu de chose, (Lingré.) On n'aime que soi et on ne devrait craindre que soi. (De Bonaid.) Nul, en venant au monde, n'apporte avec soi te droit de commander, (Lamemi.) Celui qui, retiré en soi, y vit avec ses seules idées habite . un désert peuplé de fautâmes. (Lamenn.) On doit aimer ta femme comme une partie de soi. (A. Karr.) Le courtisan n'a plus de sentiments à soi.
bOlLKAU.
C'est n'être boa a rien de n'être boa qu'a soi.
Voltaire.
Qui n'aime que soi seul n'est aimé do personne.
Saurin.
Qui ne vit que pour soi n'est pas digne de vivre.
BOISST.
Qui ne songe qu'à soi quand sa fortune est bonne Dans le malheur n'a point d'amis.
Flosian.
Il Quelques-uns l'ont employé avec un nom déterminé de personne ou d'être personnilié : Gnathon ne vit que pour soi. (La Bruy.)
Je vois mes rapides années S'accumuler derrière moi, Comme le chêne autour de soi Voit tomber ses feuilles fanées.
Lamartine.
Il Cet emploi est tout à fait légitime quand l'emploi d un autre pronom donnerait lieu à une amphibologie : Gnathon veut bien avoir un ami, mais il ne veut vivre que pour soi. Lui serait amphibologique.
— Lui-même, elle-même, en parlant des choses; en ce sens, s'emploie même avec un nom déterminé : Un bienfait porte sa récompense avec soi. Les remords que le crime iraine après soi. (Acad.) Une grunde reconnaissance emporte avec soi beaucoup de goût et df amitié pour la personne qui nous oblige. (La Bruy.) L'ambition tourne tout à soi. (boss.) Chaque mauvaise action enlraine après soi son infortune. (Boss.) Personne au monde ne crée la vérité ; elle est éternelle; elle est de soi, par soi. (Lacordaire.) T'ont avantage traîne après soi ses inconvénients. (Proudh.)
Un malheur toujours traîne un malheur après soi.
l'iRON.
Hâtons-nous, le temps fuit et nous mène avec soi. Le moment où je parle est déjà loin de moi.
Boileau.
— Soi-même, Personnellement, soi et non un autre : Préparer soi-même son diner. L'amour-propre est l'amour de soi-même et de toutes choses pour soi, (La Rochef.) Il est plus aisé d'être sage pour les autres que pour soimême. (La Rochef.) La suprême jouissance est dans le légitime contentement de soi-même. [J.-J. Rouss.) Le premier conseil des vertus est toujours le sacrifice de soi-même. (MmB de Staël.) Chaque homme a au milieu du cœur un tribunal où il commence par se juger soimême. (Cliateaub.) On ne se manque jamais à soi-même impunément. (Grimin.) Ou aime à faire soi-même ses bonnes actions. (J. Joubert.) Nul ne peut se suffire d soi-même. (E. Alaux.) On ne croit tous les hommes méchants que lorsqu'on l'est, soi-même. (*".) Il est
SOI
oien malheureux de se déplaire en soi-Mémb et chez soi. (Azaïs.) La bonté est te don gratuit de soi-même. (Lacordaire.) On ne reconnaît guère dans les autres que ce qu'on a trouvé en soi-même. (V. Cousin.) Ptus on veut de bien aux autres, plus on est heureux soi-même. (Maquel.) // arrive parfois que l'on écrit seulement pour se faire plaisir à soi-même. (L. Jourdan.)
Il nest meilleur ami ni parent que toi-même.
La Fontaine, Les amis..., ces parents que l'on se fait soi-même.
ElJSTACIlE DesCIIAMPS.
Il S'emploie quelquefois avec un nom déterminé : Elle porta l'humilité jusqu'à l'anéantissement de soi-même. (Fléch.) Ce philosophe, comme frappé d'un cnup de foudre, ne pouvait se supporter soi-même. (Fén.) Ni l'homme ni aucun animal n'a pu se faire soimême. (Volt.)
Mais souvent un auteur qui se natte et qui s'aime Méconnaît son génie et s'ignore soi-mtme.
BûlLEAU.
Le faible doit trouver dans sa bonté suprême L'appui que sa raison chercheen vain dans soi-mCmc. C. Dblavione.
— De sot, De sa nature : De soi le vice est odieux. La vertu est aimable DE soi. (Acad.) Le faux, qui n'est rien de soi, n'est ni entendu ni intelligible. (Boss.)
— En soi. Par lui-même, de sa nature, dans son essence : Dans un écrit mauvais en soi, l'esprit n'est qu'un tort de plus. (Moncrif.) Aucun système d'éducation n'est en soi préférable à un autre système. (Chuteaub.) Ce qui est bien en sot n'est jamais blâmable. (Bonnin.) L'adultère est un crime qui contient en soi tous les autres. (Proudh.) Tout ce qui est sincère porte en soi soji charme. (Ste-Beuve.)
— Sur soi, Sur son corps, sur sa personne : La santé demande qu'on soit propre SUR soi. Porter des armes sur soi. (Acad.)
— Prendre sur soi. Accepter la responsabilité, la charge : Prendre sur sot d'arrêter l'affaire, il Se faire violence : H faut prendre sur soi pour condamner ceux qu'on aime.
— A part soi. En son particulier, sans communication avec les autres : Faire des réflexions, une réflexion À part .soi. (Acad.)
— Chez soi, Dans sa maison : Rester chez soi. On est moins sir d'avoir le bonheur en courant après qu'en l'attendant chez soi. (Ch. Nodier.)
Heureux qui vit cAez sot.
De régler ses désirs faisant tout son emploi.
La Fontaine.
Il Dans son pays :
Aucun n'est prophète cAes soi'.
It s. m. Domicile, ménage : Avoir un chez soi1 Aimer son chez soi.
— Etre soi, Garder son propre caractère, ne pas sortir de son naturel : Il faut toujours être soi. L'on est soi à la fin de la vie. (Mme Necker.) // faut être soi dans tous les temps et ne point lutter contre la nature. (J.-J. Rouss.) Le seul courage qui soit rare, c'est celui d'oser être soi. (E. de Gir.) Le difficile n'est pas de monter, mais en montant de rester SOI. (Michelet.)
— Etre à soi, Ne dépendre de rien, de personne, être maître de ses actes, de son loisir : Quand on est au service de quelqu'un, on n'EST plus À soi. Qu'il est fâcheux de ne pouvoir être À soi un quart d'heure dans tonte une matinée.' (Acad,) C'est un grand art que de savoir êtrk à soi. (Montaigne.) il Avoir l'usage de ses sens, de sa raison : Dans l'ivresse, dans la folie, on m'est plus À soi. (Acad.)
— Revenir à soi, Reprendre ses esprits. Il Reprendre son bon sens, revenir à une saine appréciation des choses
— Rentrer en soi, Faire des réflexions plus sérieuses, plus sages; apprécier sainement sa propre conduite, su propre situation.
— Prov. On n'a pas de meilleur messager que soi-même, On ne doit compter que sur soi pour faire ses propres affaires. Il Chacun pour soi, Dieu pour tous, Chacun veille à ses propres intérêts, et Dieu protège les intérêts de tous.
— Fauconn. Etre à soi, Se dit d'un oiseau qui n'a jamais été pris parles fauconniers.
— - AllUS. ïlifit. Glivcun chc» «oi, ebacua
pour toi, Maxime célèbre de l'égoïsme, de l'homme personnel. V. chacun.
SOI-DISANT loc. adv. (soi-di-zan — de soi, et de disant). Qui se prétend, qui déclare être : Un tel, soi-disant héritier, soi-disant légataire. Une telle, soi-disant épouse légitime d'un tel. Un soi-disant docteur.
Jadis, l'Egypte eut moins de sauterelles Que l'on ne voit aujourd'hui dans Paris De maiotrufi soi-disant beaux esprits.
Voltaire.
— Que l'on prétend être : Cette soi-disant tragédie a beaucoup fait rire le public. L'envie est le tourment des hommes voués au culte des arts SOI-disant libéraux. (Custine.) Il Cet emploi du mot est illogique, soi-disant signifiant proprement qui se prétend, et non que l'on prétend ; mais il est devenu général.
— Loc. adv. Prétendument, censément : Il est parti, soi-disant pour ne plus revenir.
SOIE
Cette seeor.de lettre» à mon père promise. Que j'avais soi-disant laissée en ma valise.
Oui, je Viens de l'écrire
E. AuoiEtt.
SOIS s. f. (sot — latin seta, poiMong et rude de certains animaux et particulièrement au cochon, signification qui appartient encore au mot français. Quant à la signification de fil du ver à soie, elle est venue du latin seta par ellipse. On disait d'abord seta sertca pour brin de soie, puis on s'est contenté de dire tout court seta pour exprimer la même chose. Quant au latin seta, il parait se rattacher à la racine sanscrite si, lier). Poil long et roide de certains animaux : Des soies de porc, de sanglier. La SOIk de porc réunit en grande partie les caractères de la soie de sanc/Iier, mais elle est en général plus mince et plus faible. (Kauff.) Il Poil long et souple de certains chiens : La soie dun ha- vanais.
— Nom donné aux fils déliés et brillants que filent diverses chenilles appartenant au genre bombyx : Il faut quatre ou cinq brins de cocons pour former un fil de soie même très-mince. (Courtet .le L'Isle.) Il Fil à coudre fait avec cette matière : Recoudre un vêtement avec de la soie. Il Etoffe faite avec ces fils : Une robe de soirs. La soie n'est pas admise dans le grand deuil. (Balz.) Quelles élégies poignantes on pourrait faire sur la misère en robe de soie! (X. Anbryet.)
— Poétiq. Jours filés d'or et de soie, Le cours d'une vie heureuse, riche, brillante.
— Loc. fam. C'est soie sur soie, S'est dit de deux choses agréables" ou avantageuses, obtenues presque en même temps.
— Comm. Soie grége, Soie telle qu'elle a été tirée du cocon. Il Soie sauvage, Soie tirée de cocons produits par des vers à soie vivant à l'état sauvage, il Soie cuite ou décreusée, Celle qui a été débarrassée, par l'eau bouillante, de certaines matières qui lui enlèvent sa souplesse. Il Soie écrite, Soie grége non teinte. Il Soie crue, Soie teinte, mais non decreusée auparavant, tandis que la soie teinte ordinaire est décreusée ou cuite. Il Soie en bottes, Celle qui a été pliée en paquets longs et carrés. Il Soie en moches. Celle qui est en paquets, mais non teinte. Il Soie en pantine, •Soie apprêtée pour être passée k la teinture. Il Soie corlade, Espèce de soie a coudre.
Il Soie torse ou retorse, Celle qui, indépendamment du filage et du dévidage, a de plus été passée par le moulin et a été torse, tl Soie folle, Soie qui, n'étant pas torse, n'a aucune solidité. Il Soie à voiles, Soie dont on fait des voiles de navire. !1 Soie de mer, Byssus soyeux d'une espèce de moule de mer du genre des jambonneaux, dont on fait des étoffes. Il Soie végétale ou Soie d'Orient, Poils longs et soyeux qui accompagnent les graines de l'asclépiade de Syrie, et dont on fait des étoffes. Il Coioil longue-soie ou Longue-soie s. m., Sorte de coton à brins très-longs.
— Artculin. Bas de soie, Manière d'apprêter les pieds de cochon : Des pieds en bas db SOIE. Il Se dit, en Normandie , du bas de la cuisse du dindon.
— Ane. mur. Bas de soie, Entraves, sorte de punition.
Techn. Partie du fer d'une épée, d'un
sabre, d'Un couteau qui entre dans la poignée. Il iVoir de soie, Noir donné aux peaux par les mégissiers.
— Art vétér. Syn de sbimb. Il Soies piquées ou simplement Soie, Maladie des porcs qui a son siège près du cou, dans le point d'implantation des soies.
— Zool. Nom générique des fils déliés que certains insectes produisent avec une matière qu'ils sécrètent.
Enttm. Partie du suçoir des insectes hémiptères.
— Bot. Poil roide et isolé qui se trouve au sommet d'un organe foliacé ou qui accompagne les graines de diverses plantes. Il Pèdicelle qui porte l'urne des mousses et- des hépatiques. Il Soie de Virginie, Nom vulgaire du périploque grec. Il Prolongement d une nervure qui se remarque dans les graminées.
— Encycl.Industr. etChinuLa matière filamenteuse connue sous le nom de soie est sécrétée par la larve ou chenille d'un insecte, le bombyx du mûrier ou bombyee a. soie { bombyx ou phalena mori). La larve est elle-même communément appelée ver à soie. Le ver k soie et, en généra!, les chenilles élaborent la soie à l'aide d'organes qui font l'office de glandes et qui ont 1 apparence de longs canaux repliés sur eux-mêmes. Us sont au nombre de deux, disposés parallèlement à l'axe de la chenille, au-dessous du tube digestif et reposant sur les ganglions nerveux. Vers leur extrémité, ils forment un réservoir se continuant en un canal excréteur; celuici aboutit à la lèvre inférieure, où se trouve un tubercule mobile ou trompe, dans laquelle
"s'opère -la réunion des deux conduits en un seul. Ce dernier conduit se termine par un véritable trou de filière. Le contenu fluide du réservoir se compose de deux parties distinctes : un noyau en soie pure et une enveloppe de matières étrangères qu'on désigne sjus le nom de grès; ce grès est incolore ou coloré en jaune, suivant l'espèce du ver. La matière de la ioie est destinée à la construc-
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tion de la coque dans laquelle la chenille doit subir sa métamorphose en chrysalide et en papillon.
Le cocon se compose de trois parties : 1» la bourre, boursette ou araignée ; 2° la véritable soie; 3° enfin, la portion ta plus interne, composée d'une soie si fine et si gommeuse, qu'il est impossible de la dévider entièrement. Le fil d'un cocon a environ 1,500 mètres de longueur; son diamètre est variable et peut aller jusqu'à 18 millièmes de millimétré. Au microscope, il présente l'apparence d'un tube plein, aplati, avec une rainure longitudinale médiane qui Se reproduit sur les deux faces et qui correspond à la soudure des deux brins qui ont formé la Ijave au moment de l'excrétion de la matière fluide. Les fils de soie grége sont formés par la soudure de plusieurs baves (trois à quinze). 100 kilogrammes de cocons donnent environ 8 kilogrammes de soie filée.
Comme on l'a vu, chaque brin de soie est formé de deux parties distinctes; la couche externe (grès) se compose de plusieurs principes, les uns azotés et de nature albuminoïde, les autres de nature grasse ou résineuse, et d'une matière colorante qui manque dans certaines variétés. La partie centrale constitue la fibre textile proprement dite ou fibroïne. C'est ainsi que la soie renferme, outre la fibroïne : 1» de l'acide cérotique; 20 vin principe colorant rouge, qui manque dans la soie blanche ; 3° des matières grasses ; 4" des matières résineuses ; 5° une matière azotée soluble dans l'eau bouillante, la gélatine; 6» une matière azotée insoluble dans l'eau bouillante, soluble dans l'acide acétique concentré, qui possède la composition centésimale de l'albumine, bien quelle en diffère par certaines propriétés. La fibroïne constitue, en général, plus de moitié du poids de la soie; la gélatine représente a peu près 80 pour 100 et l'albumine 25 pour 10b du poids total. La fibroïne a la même apparence que la soie; elie est plus tendre, plus souple et moins résistante. Chauffée sur une lame de platine, elle se boursoufle, brûle avec une flamme bleu clair en répandant une odeur de corne brûlée. Elle est insoluble dans les dissolvants neutres et dans l'acide acétique. La fibroïne, ainsi que la soie, se liquéfie comme le coton en présence d'une solution ammoniacale d'oxyde de cuivre, réactif de Schweitzer ; les acides faibles la précipitent en flocons. L'oxyde de nickel ammoniacal dissout également la soie. 11 en est de même du chlorure de zinc basique à 60» Baume, réactif qui agit plus énergiquement que l'oxyde de nickel. La soie est soluble dans les alcalisetlesacides concentrés. Sa composition centésimale est * peu près celle de la gélatine; ses cendres, qui s'élèvent à environ 0,3 pour 100, ne renferment pas de soufre; elles contiennent des sulfates, chlorures, phosphates alcalins, de chaux, de magnésie • oxydes de fer, d'aluminium, de manganèse.
Les procédés généralement employés pour le traitement préparatoire de la soie consistent en deux opérations principales : l° l'ouvraison ou le tirage de la soie du cocon ; 2o le moulinage, qui comprend le dévidage, le doublage et la torsion que l'on fait subir à la soie grège pour la transformer en fils propres a être décreusés et employés au tissage. Les différentes phases du filage de la voie, suivant l'ordre où elles se succèdent, sont : 10 l'immersion des cocons, que l'ou rend uniforme en les enfermant dans un compartiment fermé en dessus et en dessous par un grillage métallique, et qui reste plongé dans l'eau à une profondeur déterminée à l'avance. La température de cette eau, qui peut varier instantanément par une introduction subite d'eau froide, est exactement indiquée par un thermomètre; elle est ordinairement celle de l'ébuilition pendant un certain temps; puis elle est ramenée à environ 65« par 1 arrivée de l'eau froide. A la suite de l'immersion des cocons vient l'opération de la recherche du bon brin de chaque cocon qui doit, avec un certain nombre d'autres, être engagé sur le dévidoir pour former la soie grége ; 2° le battage, dont le but est de saisir le fil du cocon de manière qu'il puisse se dévider jusque vers l'extrémité par laquelle le ver en a terminé le dépôt. Cette opération n'est pas sans présenter une certaine difficulté, k cause de la manière dont les fils sont enlacés et confondus. Suivant le procédé généralement usité, les cocons, flottant sur l'eau de la bassine, sont frappés légèrement avec un petit balai compose de bruyère fine; par suite, des filaments s'accrochent accidentellement aux brins du balai et la fileuse les en détache avec les doigts; ensuite elle les attire jusqu'à ce que la masse confuse ainsi prélevée de chaque cocon finisse par se réduire à un seul fil ; c'est sur celui-ci que s'opère le dévidage. A cet effei, la fileuse sépare ce fil de la bourre recueillie en le cassant, puis elle l'accroche à un appui destiné à le tenir en réserve pour son emploi ultérieur. Les brins ainsi obtenus sont mis en dépôt et ensuite engagés sur le dévidoir en nombre voulu pour former le fil, qui s'élève de la bassine, passe sur une petite poulie et redescend, en s'enroulant sur luimême, pour arriver au dévidoir. L'enroulement du fil sur lui-même forme la croisure, dans laquelle les fils que produit chaque bassine se commettent ensemble, se réunissent et se quittent après un certain nombre d'en-
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roulements réciproques ; l'un des effets attribués à ce procédé est de lisser et arrondir les fils par le frottement qu'ils exercent l'un sur l'autre.
L'opération qui, dans le filage de la soie, exige le plus de dextérité de la part de l'ouvrière est l'addition d'un nouveau brin de cocon pour concourir à ta formation du fil, en remplacement du cocon qui est épuisé. L'action des doigts, si délicate et si rapide que la vue n'en permet pas l'analyse, a jusqu'à présent constitué le plus grand obstacle à là propagation du filage de la soie dans des contrées nouvelles. On a essayé bien souvent d'opérer cette soudure d'une manière automatique, mais toutes les tentatives faites dans ce but n'ont pas, jusqu'ici, donné de résultats satisfaisants.
Parmi les procédés employés pour opérer l'ouvraison de la soie, en même temps que les diverses opérations qui constituent le moulinage, on peut citer celui de M. Aubenas, tilateur à Vulréas (Vaucluse) ; il consiste à filer lentement la soie ut à lui faire parcourir un long chemin pour lui permettre de sécher avant d'arriver à la bobine. A cet effet, on place la bassine au premier étage et le métier à filer au rez-de-chaussée, pour que la
Îdus grande partie du chemin parcouru par a soie et l'endroit où le bobinage a lieu soient dans un air sec, au lieu d'être dans la buée de la chambre où l'on file, c'est-a-dire où se trouvent les bassines, buée qui rend le séchage impossible. Par le procédé de M. Aubenas, la foie, au lieu de s'envider sur une tavelle ou un roquet sous la forme de «oie grége, c'est-à-dire non tordue, s'enroule en se tordant sous une torsion qui varie de 110 k 140 tours au mètre, selon le titre, pour le genre de filature ouvraison ou soie grége de la trame , mais qui est portée de 450 à 600 tours pour l'organsin ou grége doublée avec une torsion considérable. En réunissant ensuite deux ou un plus grand nombre de fils ayant reçu ce premier apprêt, on peut fabriquer des organsins, des soies à coudre, du poil, de la trame, etc.
Avec ce système , on évite les déchets par la lenteur avec laquelle la soie est dévidée de chaque cocon; le bout, dévidantdeîo k30 mètres par minute, ne rompt jamais. Le dévidage lent évite le deuxième battage des cocons, si souventnécessaire avec le système ordinaire ; en raison de la lenteur du dévidage, une ouvrière peut surveiller 35 à 40 fils de 4 à 5 cocons, tandis que, dans le système ordinaire, elle n'en surveille que 5 ou 6; chaque fuseau doubleur, tordeur, en videur peut donner, par journée de travail , 15 à 20 grammes de soie. Pour le tirage des cocons en soie grége , il faut, dans le système ordinaire, en cocons secs de première qualité, 4 kilogrammes à 4kii,io pour produire 1 kilogramme de soie, tandis qu'avec le procédé Aubenas 3ki',80 suffisent pour retirer la même quantité de matière.
Au moulinage succède immédiatement le décreusage ou élimination du grès; quant aux tissus, tels que florence, foulard, etc., on les grille ou on les flambe à peu près comme les tissus de coton pour détruire le duvet superficiel. Le décreusage enlève, au moyen d'un dissolvant convenable, ta gélatine, la cire, les graisses, la matière colorante jaune et une partie de l'albumine. La perte de poids éprouvée dans l'opération industrielle est d'environ 25 pour 100. La première opération, appelée dégommage, consiste a faire bouillir pendant dix minutes la soie grége dans de l'eau de savon à 30 pour 100 du poids de la soie. Les écheveaux sont enfilés sur des perches disposées horizontalement au-dessus de la chaudière et plongent en partie dans le liquide. En tournant le lissoir, on change la partie immergée. La soie devient souple, douce et d'un blamc mat, légèrement opalin. On donne encore une seconde ébullition dans un bain à 15 pour 100 de savon, puis on tord à la cheville , on dresse et on procède à la cuite. Pour la cuite, les écheveaux sont placés dans des sacs en canevas grossier et immergés ainsi dans un bain de savon bouillant à 15 pour 100 du poids de la soie. L'ébuilition dure une heure. Le décreusage à la soude caustique ou demi-cuite consiste k faire bouillir la ioie une demi-heure au plus dans un baiit contenant 12 pour 100 (du poids de la soie) de soude caustique. Ce décreusage économique donne peu de brillant k la soie et attaque souvent profondément la fibre ; on ne l'emploie guère que pour la teinture en noir. Dans certains cas, on blanchit la soie au moyen de l'acide sulfureux.
Pour blanchir à l'acide, on plonge la soie dans un bain marquant 15» à 18» Baume à 30° ou 350 centigrades et renfermant, sur l partie d'acide nitrique, 4 parties d'acide chlorhydrique. La teinte passe au vert, puis au gris; on lave alors à grande eau et on expose au gaz acide sulfureux. Après une immersion de douze heures, on passe en eau de savon à 10 pour 100. Pour assouplir la soie ainsi préparée, on l'immerge dans de l'eau bouillante a plusieurs reprises.
Pour donner une idée du développement qu'a atteint de nos jours la sériciculture , nous emprunterons au Journal officiel de 1873 le renseignement suivant.
La récolte de 1872 a jeté sur les marchés européens j *
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France
Italie
Espagne
Turquie (Volo, Salonique) .
Brousse
Géorgie, Perse et Khoiaçan.
Chine
Canton
Japon
Indes orientales
Syrie
Grèce
kilogr.
Total 8,474,700
V. soierie et ver i soie, où sont traitées les questions relatives à la sériciculture.
— Art vétér La soie , encore appelée soyon, bosse, maladie piquante, piquet, pique, poil piqué, soies piquées, est une maladie particulière au porc, qui a son siège à l'un des côtés du cou, quelquefois aux deux, entre la jugulaire et la trachée, à quelque distance des parotides et directement sur les amygdales, La partie malade présente uno houppe épanouie, formée par la réunion de douze à quinze des soies qui la recouvrent. «Ces soies, dit d'Arboval, différentes des autres tant par leur force que parleur couleur, sont hérissées, droites, dures, plus rondes et plus fortes que les autres, ternes, blanchies chez les porcs blancs et décolorées chez ceux à poil noir. Le tiraillement de ces soies, même le plus simple attouchement , fait éprouver à l'animal de très-vives douleurs ; il existe en premier lieu , dans le point d'implantation, un enfoncement, une concavité, avec rougeur de la peau; mais la peau no tarde pas à se décolorer en cet endroit, à devenir livide ou violacée; de plus, les bulbes des poils malades sont confondus en une masse du volume d'une fève, et les parties molles sur lesquelles cette lésion est fixée sont comprimées , resserrées , desséchées , mortifiées même. » L'animal a la fièvre, il accuse beaucoup de soif, de dégoût. Puis, à mesure que la maladie fait des progrès, l'a- . nimal s'affaiblit, reste toujours couché; ses forces musculaires l'abandonnent; les mouvements des flancs sont nombreux et précipités ; la langue est blanche à sa surface et rouf?e à sa pointe et sur ses bords; la bouche est brûlante et pleine de bave; les conjonctives sont rouges: l'air expiré est chaud et infect. Enfin, les douleurs deviennent de plus en plus grandes, les symptômes s'exaspèrent, l'animal fait entendre des cris plaintifs et il ne tarde pas à périr asphyxié par suite de la compression exercée par la tumeur sur la trachée. D'autres fois, la terminaison est différente ; une diarrhée des plus infectes s'établit; elle soulage momentanément l'animal, qui, malgré cela, périt dans le marasme et nu milieu de convulsions horribles, du septième au neuvième jour.
Cette maladie, malgré le grand danger qu'elle présente, n'est pas absolument incurable lorsqu'un traitement rationnel est employé à temps. Quant à sa nature, la soie piquée est considérée comme une espèce de gangrène locale, de furoncle particulier au porc. Des vétérinaires croient qu'elle est de nature charbonneuse et qu'elle est contagieuse. Souvent épizootique, elle est attribuée aux grandes chaleurs, àla sécheresse, àla malpropreté et à la mauvaise tenue des porcheries, à l'air infect que les animaux y respirent, aux différentes constitutions "atmosphériques et surtout au manque et à l'insalubrité de la boisson. Chabert prétend que la soie est contagieuse, et il cite l'exemple d'animaux carnivores qui ont succombé après avoir mangé la chair ou le sang de porcs infectés, et que des personnes ont été victimes pour avoir dépecé de tels cadavres; mais il est certain que Chabert entend parler de l'anthrax malin, qui n'est autre chose que le charbon, presque toujours contagieux.
La chair des porcs égorgés dans l'invasion même de la maladie est mollasse et blanchâtre, la graisse sans consistance ; elle ne prend pas le sel et ne se conserve pas; elle est malsaine et doit être rejetée.
Les porcs atteints de la soie doivent être séquestrés. Comme préservatif, on recommande de faire boire aux animaux de l'eau acidulée avec uu peu de vinaigre et de verjus. Quand la maladie est déclarée, il faut faire l'excision complète de la tumeur dans toute sa circonférence et sa profondeur , même à quelque distance au delà de sa base, et cautériser ensuite la plaie au moyen du fer rouge. On donne après cela, par jour, 15 grammes d'azotate de potasse dans la boisson.
SOIERIE s. f. (soi-rî — rad. soie). Etoffes de soie : Les soieries du Levant. Les soieries de Lyon, C'est un homme qui se cannait en soieries. Il fait le commerce de soieries. Magasin de soieries. (Acad.) La fabrication des soieries a pris de nos jours une telle extension que chaque manufacturier a dû presque se restreindre à un seul genre. (Pance.)
— Fabrique d'étoffes de soie ; Etablir «ne soierie.
— Manière de préparer la soie.
— Encycl. L'industrie de la soie existe depuis un temps immémorial en Chine et au Japon, d'où elle s'est peu à peu répandue dans les autres parties de l'Asie. Aristote,
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après avoir décrit avec assez d'exactitude les métamorphoses du ver à soie et la manière de dévider le fil des cocons sur des bobines, raconte que c'est une femme de Cos, nommée Pamphile, qui, la première, parvint à appliquer la soie au tissage. Ce récit permet de croire que, dès le ivB siècle avant notre ère, il arrivait à Cos, où elle était manufacturée, de la soie écrue de l'intérieur de l'Asie.
Au reste, c'est de cette lie que sortirent nu commencement de l'empire, les premières soieries qui tirent leur apparition dans la région occidentale de l'Europe. "
C'étaient des gazes légères , que les dames romaines recherchaient avec fureur, et dont tous les postes du temps vantent la souplesse et la transparence.
Un peu plus tard , les conquêtes romaines dans le pays des Parthes ayant rendu plus facile l'importation à Rome des productions de l'Asie centrale, que les Bomains appelaient le pays des Sères, les soieries légères de Cos disparurent.
Pendant toute la durée de l'empire, les soieries jouirent à Rome d'une grande faveur. Elles étaient surtout portées par les femmes ; mais les hommes les adoptèrent aussi à diverses époques. Déjà sous Tibère, le sénat rendit un édit pour interdire la soie à ces derniers. Du reste, ce qui faisait alors rechercher les soieries avec fureur, ce n'était pas seulement la beauté de ces tissus, mais leur prix très-élevé, car ils se vendaient à peu près au poids de l'or.
Les efforts des moralistes, et en particulier des écrivains chrétiens, tels que Tertullien et Clément d'Alexandrie, qui condamnaient ca •luxe effréné, furent naturellement impuissants contre la vanité.
Les soieries en usage chez les anciens étaient tantôt unies^ taBtôt revêtues de riches broderies qui s'exécutaient surtout en Egypte et dans l'Asie Mineure. D'autres fois, elles étaient enrichies d'ornements de fils d'or et d'argent.
Ces tissus n'étaient pas toujours d'origine orientale; on en faisait aussi à Byzauce, à partir du iv« siècle.
Les uns étaient en soie pure, les autres avaient leur chaîne faite de laine ou de lin. Dans tous les cas, la matière première était tirée d'Asie.
Les soieries qu'on fabriquait à Byzance étaient surtout destinées aux ornements d'église. On les recherchait, on y mettait de hauts prix. Dans l'Europe occidentale, c'est au retour des dernières croisades que l'usage des soieries commence à se répandre dans les classes élevées. Sully vit un jour ce luxe de mauvais œil. Il préférait «de vaillants et laborieux soldats a tous ces petits marjoletsde cour et de ville revêtus d'or et de pourpre, » et il proscrivait la soie. Le roi, moins austère, croyait avec Olivier de Serres, que la soie pouvait devenir une source de profits pour l'agriculture.
Quelques métiers existaient depuis le XIIIe siècle dans le Comtat-Venaissin. Il s'en établit d'autres a Lyon en 1450, à Tours en 1470. Les ouvriers étaient en général des Italiens qui avaient appris leur art à Gènes, à Florence ou à Venise. Les premières étoffes ourdies sur nos métiers furent des doucettes, des marcelines, des gros de Tours. Les brocarts et les tissus consistants ne vinrent que plus tard. Après deux siècles de durée, l'industrie de la soie à Lyon compta entre 9,000 à 12,000 métiers à soie. Vingt ans plus lard, on était tombé à une quantité moitié moindre. C'était la suite de la révocation de l'édit de Nantes. U fallut qu'un deini-siècle s'écoulât pour retrouver le chiffre de 1 2,000 métiers, qui, la paix et le commerce aidant, fut porté à 18,000 dans la période qui s'écoula de 1780 à 1789.
Pendant que Lyon prenait dans l'industrie des soies un rang qu'il ne devait plus perdre, les autres Etats de l'Europe s'essayaient aussi a cette fabrication. L'Angleterre n'en était qu'à des essaU lorsque la révocation de l'édit de Nantes lui fournit parmi les fO.OOO exilés d'excellents fabricants et de bons ouvriers. Spitalfield.aux portes de Londres, fut le premier siéire de ce travail. Le premier sentiment qui s'éveilla dans ces centres de fabrication de \a soierie, ce fut une jalousie contre les rivalités du continent, poussée à l'extrême, et il s'ensuivit une longue querelle entre le Parlement et les fabricants, ceux-ci se plaignant toujours de n'être point assez protégés par celui-là contre les marchés étrangers. Aujourd'hui, l'entrée des soieries étrangères est libre en Angleterre et plus de 100,000 métiers fonctionnent dans ce pays.
La Suisse vient après l'Angleterre pour la fabrication des soieries. La baisse ne donne guère que- des articles qui sont d'un débit courant, étoffes unies ou à carreaux ; mais pour ces étoffes elle arrive à des conditions de rabais qui balancent le génie de Lyon et de Saint-Etienne. Deux causes contribuent surtout à ce bon marché du produit : l'aptitude des populations et le prix modique delà main-d'œuvre, qui se met toujours et partout en équilibre avec le prix des subsistances. Baie fait des rubans et Zurich des taffetas, Il y a 20,000 métiers dans ce dernier canton et 10,000 dans le premier.
Le Zollwerein fabrique une quantité notable de soie. C'est à Crefeld et aux environs
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que se fabriquent les velours courants et les rubans de velours unis et ornés. Elberfeld excelle dans les étoffes. En Italie, la fabrication du velours est tombée. Longtemps Gènes avait eu le privilège du beau velours.
Quant à l'Orient, d'où la soierie nous est venue, tout s'y réduit aujourd'hui & une fabrication locale, adaptée aux besoins, aux habitudes et aux goûts des populations. Les dessins sont originaux, la couleur brillante, mais c'est ce qu'on voyait du temps des califes. La Chine et l'Inde ont également ce caractère stationnaire et cette fixité dans l'exécution. Ce qu'étaient les soieries de lu Chine il y a mille ans, elles le sont encore. Ce n'est pas un art déchu, c'est un art imv mobile.
La fabrication des tissus de soie pure ou mélangée a sextuplé en France depuis un demi-siècle. En 1859, elle a atteint une valeur de 640 millions de francs, sur lesquels les trois quarts s'appliquent à l'exportation et l'autre quart à la consommation intérieure. Les principales étoffes de soie sont les étoffes brochées d'or et d'argent fin ou faux, les gazes de soie et gazes de soie mêlées d'or et d'argent tins ou faux, les foulards écrus et les foulards tramés fantaisie, les tissus mélangés, les crêpes, la bonneterie de soie, la passementerie et les lacets de soie, les dentelles et les tulles de soie, et enfin les tissus de soie pure. Ces derniers se divisent à leur tour en unis (taffetas, satins, sergés) et en façonnés.
— Coup d'mil sur la fabrication. Longtemps, le métier à tisser la soie resta ce qu il était en Asie, k peu près semblable à celui dont parle Ovide à propos du d éfl adressé à Arachné par la déesse Pallas. Pour les étoffes unies, tes instruments restèrent jusqu'à la fin du siècle dernier aussi élémentaires que possible. Pour les étoffes façonnées, les complications étaient plus grandes. Aujourd'hui, on se sert d'appareils admirablement perfectionnés qui sont le chef-d'œuvre de la mécanique. V. Jacquard,
Tous les fabricants de soieries façonnées ont un cabinet et un atelier de dessin où se préparent, à l'abri des regards indiscrets, les nouveautés de la saison. Pour ces maisons, un bon dessinateur doué de goût est une fortune. Quand le dessin est adopté, on le met en carte, on le copie et on le monte. Ces diverses opérations sont, à Lyon et à Nîmes, l'attribut de femmes qu'on nomme liseuses de dessins. Elles en préparent le montage et font piquer dans des cartons les trous nécessaires pour produire le dessin dans l'étoffe. On a imaginé un mécanisme qui empêche les cartons dans leur roulement de descendre et de s'accumuler au pied du métier et qui les reprend et les reclasse dans l'ordre de leur service.
Quand le dessin a été mis en carte, copié et monté, la tâche du chef d'atelier commence. 11 est l'agent du travail, responsable vis-à-vis du fabricant, qui lui livre une quantité déterminée de soie pour recevoir en retour une quantité déterminée d'étoffe. Le chef d'atelier, à Lyon, est un ouvrier qui a pu acquérir de ses deniers deux, quatre, six, huit métiers et les installer dans son logement. Sur ces métiers qui lui appartiennent, il travaille à façon de ses propres mains ou avec des auxiliaires à gages (compagnons ou apprentis) le tout pour le compte d un patron. Les apprentis doivent un service gratuit jusqu'au moment où ils ont acquis un certain degré d'habileté. Telle est la fabrique urbaine. Dans la fabrique rurale, c'est le chef de famille qui reçoit la commande et l'exécute luimême ou la fait exécuter par les siens. La ville a gardé le travail raffiné ; la campagne prend le travail courant en abaissant le prix des façons.
Quand on examine dans son ensemble l'industrie des soieries, de ces étoffes riches et brillantes, solides et délicates, on est naturellement ramené vers la France, foyer favorisé de ce centre d'activité. Nulle part on n'arrive dans la fabrication de ces produits ii une beauté plus simple et plus grandiose , à un goût plus sûr, k un plus exquis sentiment de la forme et de l'harmonie. La France est, sous ce rapport, une école où les industries étrangères sont venues prendre des leçons qu'on ne leur a jamais refusées.
Le commerce des soieries ne se fait guère directement, et il y a entre le fabricant et le détaillant un intermédiaire qui est le commissionnaire.
Celui-ci reçoit les demandes de ses commettants et les fait exécuter en fabrique par un ou plusieurs chefs de fabrique, suivant que les articles sont plus ou moins variés ou que l'époque des livraisons est plus ou moins rapprochée ; puis, quand les pièces lui ont été remises, il les expédie.
S'il vend à provision, il fait jouir son commettant des avantages que lui fait le fabricant, et reçoit une commission de 8 ou 3 pour îoo, suivant l'importance des affaires ou suivant les conventions.
L'escompte du fabricant au commissionnaire estde U pour 100 à un mois et de 10 pour 100 à quatre-vingt-dix jours.
Pour ce qui est des douanes, le problème est complexe, parce que la France est à la fois productrice et manufacturière. Les industriel et les producteurs ne comprennent naturellement pas la question de la même façon.
Les premiers veulent la libre entrée des
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soies étrangères, afin d'ayoir à leur disposition des matières premières plus diverses et de faire baisser les prix par l'abondance. Ils repoussent la libre sortie des soies de France, sous prétexte de ne pas fournir à l'étranger des matières avec lesquelles il puisse nous faire concurrence. Poursuivant ce système, ils demandent la libre sortie des soieries de Franee et ils repoussent celles de l'étranger.
Les sériciculteurs, au contraire, veulent la libre sortie des soies et soieries de France , mais repoussent par-dessus tout l'intioduc* tion des soies étrangères. Entre des prétentions si opposées, au milieu d'intérêts si divers, le rôle de l'administration était difficile et la position délicate.
Après bien des hésitations, le principe de libre concurrence a triomphé, avec quelques modifications cependant. Repoussant la prohibition, on a soumis l'entrée à certains tarifs qui, tous les jours, tendent de plus en plus à devenir moins onéreux.
En définitive , les manufactures françaises produisent à elles seules presque autant de soieries que celles de tous les autres pays pris ensemble. On évaluait en 1864 à 250,000"le nombre des métiers que la France possédait alors, et à 640 millions de francs, dont les trois
?uarts pour l'exportation, la valeur des étofes de toute espèce qui sortent de ces métiers. Ces chiffres n'ont fait que croître encore depuis cette époque. Lyon, qui est le principal centre de cette branche importante de la richesse nationale, ne compte pas moins de 70,000 métiers et donne du travail manufacturier à environ 150,000 ouvriers.
Toutefois, malgré ces étonnants succès, malgré les immenses richesses qu'elle jette dans le commerce des nations , cette industrie se montre quelquefois sous un aspect assez triste. L'histoire de la France et de l'Angleterre retentit des cris de détresse poussés par les ouvriers. Le spectre du canut mourant de faim se dresse à chaque pas dans les annales lyonnaises. Au commencement de ce siècle, un homme de cœur qui est devenu célèbre, l'excellent Jacquard, s'écriait déjà avec un accent de profonde douleur : « Pauvre, pauvre canut I • Malgré la superbe invention de ce même Jacquard, qui a révolutionné l'art du tissage, le pauvre canut est toujours aussi déshérité des dons de la fortune. L'invention a profité aux manufacturiers, mais non à l'ouv.riera L'attention des économistes s'est tournée depuis longtemps vers ces tristes résultats et a cherché les moyens d'y mettre un terme. Jusqu'à présent, l'association des travailleurs paraît être le remède le plus efficace. V. soie, velours, Jacquard.
SOIF s, f. ••■ latin si lis, mot qui, selon Eichhoff, correspond au lithuanien sausis et au sanscrit çitsis, susis, dessèchement, de la racine sanscrite çus, sécher, brûler, d'où aussi, d'après le même savant, le latin siccare , sécher, lithuanien sausau, russe suszu, même sens, et le sanscrit çushas, aride, grec saukos, latin siccus, lithuanien sausas, russe suchii, kyinrique sych). Appétence des boissons, sentiment du besoin de boire : Grande soir. Soif ardente, brûlante. Avoir soif. Brûler de soif. Mourir de soif. Etancher sa soif. Moire sans soif. Cela fait passer la soif. Cela ne fait qu'irriter la soif. Je n'ai ni faim ni soif. (Acad.) Boire sans soif et faire l'amour en toutitemps, c'est ce qui distingue l'homme des autres animaux. (Beaumarch.) On meurt beaucoup plus vite de SOIF que de faim. (Btïll.- Sav.) La soif est plus difficile à supporter que la faim. (L. Cruveilliier.) La loi/ les obligea de descendre en un puits.
La Fontaine.
. . . 11 me faut, pour que ma soif s'e"tanche. Que le flût soit sans tache et clair comme un miroir. A. de Musset.
Ah! ah! sire Grégoire, Vous avez soif; je vois qu'en vos repas Vous humectez volontiers le lampas.
La Fontaine.
— Besoin d'eau qu'a un végétal : Ces rosiers ont soif.
Colon, pour ton langage il eFt même des fleurs; Ces guérets ont leurs soifs et la vigne a ses pleurs.
Barrao.
— Fig. Désir ardent; La soif de l'or a toujours éteint dans les hommes tout sentiment d'humanité. (Rollin.) La soif de l'ambition dégénère en fièvre au pied des autels ou du trâne. (B. de Si- P.). La soif de la liberté et celle de la tyrannie ont été mêlées ensemble dans le cœur de l'homme par la main de la nature. (Chateaub.) Le monde a soif de simplicité. (Michon.) La soif des plaisirs s'irrite à mesure gv'on la satisfait. (Guichardin.) La soif de la gloire est peut-être la plus active des passions. (E. Seherer,) La France a soif d'ordre légal et de justice administrative.^. Périer.) Qu'est-ce donc que la soif de parvenir, si ce n'est le besoin d'atteindre un haut rang qui permette de mépriser tous ceux qu'on a connus dans sa jeunesse? (Mme £, de Gir.) L'esprit de l'homme a soif de l'absolu comme il a soif de l'infini. (Ed. Seherer.) L'accroissement du pouvoir excite la soif d'un pouvoir toujours plus étendu. (C. Dollfus.) En aucun pays, le mat qu'on nomme soif de distinction n'attaque un aussi grand nombre de personnes qu'en France. (Heine.) La maladie de notre siècle est ta soif de l'or. (Proudh.) L'ignominie a soif de considération. (V. Hugo.) La
SOIF
nature humaine a soif de mouvement et de lumière. (Prévost-Paradol.) Qu'est-ce que cette fièvre éternelle du penseur, si ce n'est la soif de ta vérité? (E. Quinet.) Quia voyagé voyagera; la soif de voir, comme l'autre soif, s'irrite au lieu de s'éteindre en se satisfaisant. (Th. Gautier.) As doute, même scientifique, est insupportable à des âmes qui ont soif de la vérité. (E. Laboulaye.) L'homme a soif nonseulement d'eau et de vin , mais aussi de la parole de l'homme. (Ed. About.) Un peuple qui a soif de la vraie liberté devient vite éclairé, s'il ne l'est déjà. (Mich.-Chev.)
La soif de commander enfante les tyrans.
EoiLEiU.
Quand l'âme a soif, il faut qu'elle se désaltère.