V. FIN
Soir (le), journal politique quotidien, fondé en 1870. M. Pessard devint le rédacteur en chef de cette feuille, qui fit à l'Empire une opposition modérée. Un de ses rédacteurs, M. Edmond About, y publia, au début do la guerre franco-allemande, des lettres qui eurent un vif succès. Après la révolution du 4 septembre, le Soir défendit le gouvernement de la Défense nationale, et, après la guerre, il soutint avec chaleur les idées politiques de M. Thiers et l'établissement d'une République conservatrice. iLe 1er octobre 1873, le Soir, acheté par le parti orléaniste, changea complètement de rédaction. MM. Hector Pessard, Etienne Junca, Guyot-Montpayroux, Louis Liéven, etc., se retirèrent. M. Ed. Villetard devint rédacteur en chef de la feuille transformée, dont le bulletin politique fut signé par M. Richard de Lavallée. Le Soir, qui, sous la direction de M. Pessard, avait eu un succès très-grand, ne tarda pas à péricliter. Il a défendu en toute circonstance, mais sans attirer sur lui l'attention publique, la politique réactionnaire du gouvernement de combat, puis celle des ministères qui se sont succédé au pouvoir sous le septennat.
Soir (le), tableau de Gleyre. V. Illusions perdues.
SOIRÉE s. f. (soi-ré — rad. soir). Espace de temps compris entre le déclin du jour et le moment où l'on se couche : Une belle soirée. Une soirée d'été, de printemps. En hiver, les soirées sont longues. Passer la soirée au jeu, au spectacle. Il passe toutes ses SOIRÉES chez son voisin. (Aeau.)
— Assemblée de gens réunis pour causer, jouer, s'amuser : Il nous a donné une charmante soirée. Je l'ai invité à mes soirées. Il vient de commencer, de finir, de reprendre ses soirées. (Acad.)
Elle est forte... en calcul, tient sa caisse serrée,
Et fait des cornichons dont on parle en soirée!
Rolland et pu Boys.
Soirées de Saint-PéterBbourg (LES), ouvrage de controverse religieuse, sous forme de dialogues, par le comte Joseph de Maistre (1821, 2 vol. in-8°). Le gouvernement temporel de la Providence et l'idée de la justice divine telle qu'elle se manifeste à l'homme font le sujet de cet ouvrage; mais à ce thème principal l'auteur a rattaché diverses questions touchant le mal physique et le mal moral, le péché originel, la culpabilité de l'homme, la souffrance qui en est l'expiation nécessaire , l'influence de la vertu sur le bonheur, etc. La contexture du livre est faible, le sujet monotone; deux interlocuteurs sans physionomie, un sénateur russe et un émigré français, ne dissertent, dans ces onze Soirées passées sur les bords de la Neva, que pour donner à un troisième, le comte de Maistre en personne, l'occasion d'intervenir avec ses doctrines paradoxales. Des phrases à effet, vides au fond ; des morceaux brillants, tels que l'apologie de la guerre et l'apologie du bourreau ; des idées plus ingénieuses que solides, mais revêtues d'une forme originale, ont fait le succès de ce livre, que les catholiques conservent précieusement comme une arme de guerre contre la libre pensée.
Le fond de la doctrine du comte de Maistre, c'est que l'homme, originairement perverti parla faute d'Adam, est un être mé-
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chant que la Providence se plaît à tourmenter pour lui faire expier son crime héréditaire. Il faut que les gouvernants s'occupent surtout de lui serrer la bride, tant ses instincts sont pervers. La souffrance est nécessaire; nous sommes voués à l'expiation à perpétuité d'un crime que nous n'avons pas commis. C'est la = doctrine de la réversibilité, • par laquelle, un homme n'ayant jamais la vie assez longue pour purger la condamnation qui le frappe, il est juste que ses descendants subissent sa peine jusqu'à la fin des siècles.
L'homme "étant voué à la souffrance, la vie est une sorte de loterie ou chacun tire en aveugle un billet blanc ou noir, le bonheur ou le malheur. De même que sur un champ de bataille les balles ne choisissent pas, ainsi dans la vie les meilleurs peuvent être les plus accablés par l'adversité. On ne souffre pas parce qu'on est bon ou méchant, on souffre parce qu'on est homme. ■ Un homme de bien est tué à la guerre; est-ce une injustice? Non, c'est un malheur. S'il a la goutte ou la gravelle, si son ami le trahit, s'il est écrasé par la chute d'un édifice, c'est encore un malheur. > Dieu n'est pas un serviteur dont on puisse réclamer l'assistance dès qu'un inconvénient naturel se présente. D'ailleurs, la peine est une chose salutaire, une expiation qui sauve. De Maistre cite les lois de Manou pour le prouver : • Brahma, au commencement des temps, créa pour l'usage des rois ie génie des peines... Le châtiment est un gouverneur actif; il est le véritable administrateur des affaires publiques; il est le dispensateur des lois, et les hommes sages l'appellent le répondant des quatre ordres de l'Etat pour l'exact accomplissement de leurs devoirs. Le châtiment gouverne l'humanité entière ; le châtiment la préserve; le châtiment veille pendant que les gardes humaines dorment. Le sage considère le châtiment comme la perfection de la justice. » On objecte à de Maistre que Je châtiment se trompe souvent d'adresse et on cite l'exemple de Calas.
Le comte de Maistre conteste que cela soit fréquent, et d'ailleurs, pour lui, le châtiment, même immérité, est une bonne chose. Tandis que le bon sens indique, dit Villemain, qu'il vaut mieux sauver dix coupables que de faire périr un innocent, l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg raisonne autrement. Il croit tellement à l'infaillibilité des condamnations, qu'elles lui semblent justes dans leur iniquité même. En cas d'incertitude, une condamnation lui parait le meilleur et le plus court. Je cite, pour me justifier : • Qu'un » innocent périsse, c'est un malheur comme
> un autre, c'est-à-dire commun à tous les
> hommes. Il est possible qu'un homme enb voyé au supplice pour Un crime qu'il n'a » pas commis l'ait réellement mérité pour un ■ autre crime absolument inconnu. Heureu- • sèment et malheureusement, il y a plusieurs » exemples de ce genre prouvés par l'aveu » des coupables, et il y en a, je crois, un plus » grand nombre que nous ignorons. >
Quant au mal physique, il le voit dans la société toujours proportionné au mal moral, au vice. « Seriez-vous, par hasard, étonné de cette innombrable quantité de maladies? dit Sénèque ; comptez les cuisiniers, coquos numéral » Et il fait ensuite un tableau effrayaut de la corruption romaine. Ainsi fait le comte de Maistre, établissant que, dans une société de justes, la mort n'apparaîtrait que comme l'inévitable terme d'une vieillesse saine et robuste. Mais les maladies, une fois établies, se propagent, se croisent, s'amalgament par une affinité funeste, en sorte que nous pouvons porter aujourd'hui la peine physique d'un excès commis il y a plus d'un siècle. Il y a des maux comme il y a des crimes actuels et originels, accidentels et habituels, mortels et véniels. Il y a des maladies de colère, de gourmandise, d'incontinence, etc. Il rappelle ensuite que Bacon, quoique ennemi des saints, n'a pu s'empècuer de remarquer combien les moines et les solitaires de la primitive Eglise avaient joui d'une longue vie, fruit naturel de leur frugalité. Mais peut-être les légendaires ne leur ont-ils attribué une telle longévité que pour nous persuader de leur sainteté.
La doctrine du péché originel conduit l'auteur à une conclusion singulière ; pour lui, les sauvages ne sont pas des peuples enfants, ce sont des peuples vieillis et ruinés par excès de civilisation ; leurs langues informes ne sont pas des bégayements, ce sont les restes de langues primitives admirables qu'ils ont oubliées. Il y aurait, suivant lui, une maladie originelle comme il y a eu un péché originel, et cette déchéance aurait correspondu à un développement exclusif de l'intelligence et des intérêts matériels; il serait le résultat d'une civilisation excessive, qui aurait fait dégénérer définitivement le genre humain. Voilà à quelles absurdités mène l'amour du paradoxe.
Mais le comte de Maistre ne s'embarrasse pas de choquer l'opinion reçue, a Ce qu'on croit vrai, il faut le dire et le dire hardiment; je voudrais, m'en coutât-t-il grand'chose, découvrir une vérité faite pour choquer tout le genre humain : je la lui dirais à brûle-pourpoint... Je vous avoue que, pour mon compte, je vois quelque chose encore de bien plus déraisonnable que ce qui vous paraît à vous l'excès de la déraison : c'est l'inconcevable folie qui ose fonder des argu-
SOIR
monts contre la Providence sur les malheurs de l'innocence, qui n'existe pas. Où est donc l'innocence, je vous en prie? Où est le juste? Est-il ici, autour de cette table?... Souvent je songe à cet endroit de la Bible où il est. dit : • Je visiterai Jérusalem avec des lam- » pes. ■ Ayons nous-mêmes le courage de visiter nos cœurs avec des lampes; nous y découvrirons que nous n'avons ni foi ni loi. Un paysan, dont la tille a été déshonorée par un grand seigneur, dit à ce brillant corrupteur : ■ Vous êtes bien heureux, monsieur, > de ne pas aimer t'or autant que les femmes : » vous auriez été un Cartouche. » Que faisons-nous communément pendant toute notre vie? Ce qui nous plaît. Si nous daignons nous abstenir de voler et de tuer, c'est que nous n'en avons nullement envie ; cela ne se fait pas :
Sed si
Gandida vicini sutyisit molle puella.
Cor (ibi rite salit ?...
« Mais si la blanche fille du voisin t'adresse b un sourire voluptueux, ton cœur continuea t-il à battre sagement? » (Perse.)
Puisque l'homme est si mauvais, si pervers, qu'il n'y a pas un juste, que le châtiment est la seule loi puissante, le bourreau, qui est le ministre du châtiment, sera la a pierre angulaire » de cette société décrépite; la guerre, qui fait disparaître des milliers d'hommes, c'est-à-dire de coupables, sera un bienfait. L'auteur est logique jusqu'au bout.
Eu résumé, malgré toutes ses brillantes digressions, les Soirées de Saint-Pétersbourg ne roulent que sur ce thème : nécessité delà souffrance, expiation du péché originel.
« Comment se peut-il, dit Villemain, que ce système, dont la première partie est un lieu commun de la philosophie et du bon sens humain et dont la seconde n'offre qu'une déduction théologique, ait suscité tant de plaintes et d'objections? La cause en est dans les détails et je dirai presque dans les épisodes de l'ouvrage; car enfin, dans le plan qui vient d'être rappelé, il n'était pas nécessaire de placer un éloge du bourreau, et non-seulement du bourreau qui exécute avec le glaive, mais du bourreau qui roue, qui torture avec un exécrable détail de barbarie, que l'imagination véhémente de l'auteur s'est plu à reproduire et à exagérer... C'est un amour de la justice qui a quelque chose de systématiquement cruel. ■
Le style même des Soirées de Saint-Pétersbourg n'est pas à l'abri des reproches ; mais il a dans sa tournure paradoxale, dans l'inattendu et l'originalité de l'expression quelque chose de séduisant; on se plaît à y reconnaître du nerf,, de la hardiesse et, dans les récits, un véritable sentiment du pittoresque, La belle description d'une promenade sur la Neva, par une nuit d'été, qui sert de prologue au livre, est du frère de l'auteur, Xavier de Maistre, l'auteur du Voyage autour de ma chambre.
Soirées de Walter Scott a Paria (LES), recueillies par le bibliophile Jacob ( Paris, 1829). Le titre est de pure fantaisie ; Walter Scott n'a rien de commun avec les esquisses historiques qui composent ce volume et qui obtinrent un véritable succès à leur apparition. La première de ces esquisses nous peint la position des juifs à la lin du xrv» siècle. Une autre, intitulée le Page, est une galanterie de 1141. On était bien imprudent et bien effronté dans ce temps-là I Agnès Sorel aime un des pages du roi et le rend heureux. Celui-ci accompagne son maître à la guerre et souhaite bientôt revoir sa dame. Couvert d'un manteau, il eût pu passer les murs de Paris et, dans le mystère, prendre du bon temps; mais point. Il s'habille en Pucelle d'Orléans, prétend être Jeanne Darc sauvée des mains des Anglais, et c'est grâce à cette mascarade qu'il revient dans les bras d'Agnès. Le Jour des Innocents est un conte gaillard où cette Jeanne de France, si pure suivant le romancier, joue un rôle un peu... vif. 11 est vrai que l'auteur l'a réhabilitée quant aux agréments extérieurs et qu'il y a dès lors compensation. Dans l'esquisse suivante, on voit un beau chevalier causant à une dame dont il baise la joue, tandis que, d'une bouche souriante, elle lui demande un plaisir. Or, voici quel est ce plaisir : dans une place, on brûle des hérétiques, et son amant murmure des vers à son oreille attentive pendant que ses yeux dévorent au loin le spectacle qui leur est offert. Cette daine est Anne de Pisseleu; ce chevalier, François 1er ; cette place, l'Estrapade ; ces hérétiques , les protestants. Cette esquisse est traitée avec esprit. La neuvième historiette est la plus distinguée; c'est le récit du séjour de Rabelais à Rome. L'auteur a pris le style du curé de Meudon ; il sait son Rabelais par cœur, il parle son langage et s'anime de cette verve éteinte depuis trois siècles. L'imitation du style rabelaisien est parfaite et fait de ces quelques pages une étude littéraire des plus remarquables. Les derniers chapitres sont consacrés à Marot, à Calvin, à la cour de Charles IX et à celle de Henri III. Une autre esquisse qui a quelque chose de frappant, c'est la mort de Jean Goujon, que la carabine de Charles IX va chercher sur son échafaud et qui tombe avec son ciseau. Citons aussi comme pleins de
SOIS
grâce les vers rais dans la bouche de Charles IX :
Serais-tu pas marrie,
Marie, ,
Tantôt de ne pouvoir
Me voir?
En résumé, ce livre est un des meilleurs en ce genre qui soient sortis de la plume féconde de 1 auteur. On le lit sans désemparer dès qu'on le tient, la curiosité est sans cesse excitée; le style est souple, bien que trèstravaillé, et ce que l'on ne saurait trop louer dans cette œuvre, c'est l'originalité, à laquelle, il est vrai, on sent que l'auteur a visé, mais qu'il a pleinement réussi à atteindre.
Soirée* do Jonathan (LES), parX.-B. Saintine (1837). Sous la forme d'une fiction, l'auteur développe une idée juste, sinon nouvelle, le
In medio stai virtus
d'Horace, ce qui, dans la traduction de M. Prudhomme, signifie : « Le bon sens ne se trouve jamais dans les extrêmes. ■ Jonathan est un brave homme de savant, auquel la science a tourné la tête et qui croit encore à la métempsycose. Tour à tour Aristote et le comte de Saint-Germain, du moins en idée, le bonhomme est fort amusant lorsqu'il verse des larmes, par exemple sur Epaminondas, qu'il a vu expirer au sein de son triomphe. • Jonathan possède, dit-il, un secret pour vivre toujours, secret qu'il ne révèle qu'en expirant, ce qui n'en prouveraitguèrel'excellence : c'est de se souvenir. » Heureusement que l'intelligence du lecteur comprend aisément que l'auteur entend dire par là que la science fait vivre dix vies en une seule.
Quoi qu'il en soit de ses théories philosophiques, Jonathan a une conversation pleine de charme et d'enseignement. Comme les soirées que l'auteur suppose avoir passées avec lui ne sont pas longues, le livre de M. Saintine se compose d une vingtaine de petites histoires qu on pourrait appeler la Morale en action de la modération. Bonne humeur, finesse, bon sens, esprit, telles sont les qualités qui recommandent ce3 petits récits artistement ciselés. Une légère pointe d'indépendance et d'ironie en relève encore la saveur. Ainsij'dans le récit intitulé les Contradictions, dont un vieux marin formule en ces termes la moralité : « La science de la vie consiste à mener sa barque en louvoyant à travers les écueils, » après avoir établi que tout en ce monde n'est que contradiction, à commencer par les choses qui devraient, par leur nature même, être le moins sujettes à ce défaut, comme nos mœurs et nos lois , l'auteur s'amuse k donner quelques exemples frappants des contradictions humaines. On en jugera par les deux citations suivantes :
« Employé. L'employé simple est un homme qui travaille depuis la huitième heure du jour jusqu'à la quatrième de relevée; parfois même son bureau le rappelle le soir à l'ouvrage ; aussi ses appointements sont-ils fort médiocres. Le chef de bureau est soumis à moins d'exactitude; il peut s'affranchir des corvées du soir et allier agréablement le plaisir et les affaires ; aussi cette place est-elle fort bien payée. Devenu chef de division, il jouit d'un traitement considérable; aussi ne fait-il plus rien. »
o Noblesse. Un homme fait une action d'éclat, sauve son pays, verse son sang pour lui ou s'illustre par ses ouvrages ; il lui est concédé sur parchemin le droit de procréer des gentilshommes. L'est-il lui-même? Non! Il ne peut le devenir: il n'est tout simplement qu'un intrus, qu un parvenu, métis de la roture et de la noblesse. Mais ses fils seront gentilshommes, il leur donnera ce qu'il n'a pas; le gland produira un chêne; le fleuve se purifiera en s'éloignaut de sa source. Tout cela n'est pas clair, aussi tout cela est-il universellement adopté. >
SOIRON (Alexandre von), avocat et homme politique allemand, né à Manheim en 1805, mort à Heidelberg en 1855. Il étudia à Heidelberg et à Bonn et, à partir de 1832, exerça la profession d'avocat à Heidelberg, puis à Manheim. Elu en 1815 député à la Chambre badoise, il y fit partie de l'opposition libérale. En 1848, il siégea dans l'Assemblée nationale badoise, dont il fut pendant quelque temps le vice-président, et fut le chef du parti de l'empire héréditaire. Il fit ensuite partie du parlement d'Erfurt et de la Chambre badoise. En 1851, il fut nommé membre suppléant du tribunal suprême de Manheim.
SOISSONNAIS, AISE s. et adj. (soi-so-nè, è-ze). Géogr. Habitant de Soissons; qui appartient à cette ville ou k ses habitants : Les Soissonnais. La population soissonnaisij.
SOISSONNAIS, en latin Suessonum Ager,
{>etit pays de l'ancienne France, comp/is clans a ci-devant province de l'Ile-de-France, Sur les limites de la Picardie et de la Champagne. 11 comprenait le territoire de Soissous, qui en était la capitale, et il fait actuellement partie du département de l'Aisne.
SOISSONS s. m. {soi-son — de Soissons, nom de ville). Variété de haricot qui se cultive surtout aux. environs de Soissons : Une salade de soissons. Il On dit aussi haricot de Soissons.
SOISSONS, autrefois Noviodunum, puis
SOIS
Suessio et Suessonum Civitas, ville de France (Aisne), ch.-l. d'arr. et de cant, à 32 kilom. S.-O. de Laon; pop. aggl., 8,119 hab. — pop, tôt, 10,404 hab. L arrondissement comprend 6 cantons, 166 communes et 69,023 hab. Evêché suffragant de Reims, grand et petit séminaire, collège communal ; bibliothèque, tribunaux de ire instance et de commerce, justice de paix; chambre consultative d'agriculture, comice agricole , société archéologique ; fabrication de poteries, chandelles, chocolats, instruments aratoires ; tanneries, corderies, brasseries, distillerie, fonderie de fer. Commerce important de grains, farines, bétail, laines, bois et charbon, lin et chanvre.
Place de guerre de ire classe, la ville de Soissons est située dans un vallon agréable et fertile sur la rive gauche de l'Aisne. Une enceinte bastionnée avec fossés et remparts plantés d'arbres, de près de 4 kilom. de circonférence, entoure la ville, qui renferme beaucoup de jardins et d'espaces vides, et à laquelle on arrive par le faubourg Saint- Vaast au N.-E. et par ceux de Saint-Crépin à l'E., de Crise au S. et de Saint-Christophe à l'O. Elle est généralement bien bâtie ; sans être larges, ses rues, récemment régularisées, sont bien percées et bordées de maisons propres et commodes. Elle renferme plusieurs édifices remarquables, parmi lesquels la cathédrale de Soissons, dédiée à saint Gervais, peut être placée au rang des belles églises de France. Fondée vers le milieu du xne siècle, elle ne fut achevée que dans le cours du siècle suivant. L'édifice, qui s'élève sur l'emplacement d'une église antérieure construite au me siècle, est d'une forme régulière et de proportions vastes. Bâti à l'époque de la transition du roman à l'ogive, son style se ressent des deux styles, avec une tendance prédominante du coté de l'ogive. « Rien de plus grandiose, dit M. Hocquart, de plus noble, de plus gracieux- que 1 intérieur de cette antique cathédrale. Les arcades présentent dans leur ensemble un etfet riche et pittoresque ; les ornements qui les accompagnent sont en harmonie avec le reste de 1 édifice. Les voûtes et les fenêtres sont des modèles de construction ogivale. • La nef transversale de Saint-Gervais, par une exception assez rare, au lieu de se terminer carrément, prend une forme semi-circulaire à son extrémité. On remarque du reste cette disposition dans quelques édifices romans. L'extérieur de la cathédrale de Soissons n'est pas moins remarquable que l'intérieur. Elle domine la ville et présente un aspect à la fois grandiose et symétrique. Les dimensions de l'édifice sont les suivantes : longueur totale 100 mètres; largeur, 26 mètres; hauteur sous clef de voûte, 33™,27.
L'abbaye de Saint-Médard fut fondée par Clotaire 1" dans l'enceinte même du palais de Crouy, près de Soissons, sur la rive droite de l'Aisne. On y voit encore un véritable cachot de 2 mètres et demi k 3 mètres de longueur, 1 de largeur, dans lequel fut enfermé, dit-on, Louis le Débonnaire, après sa dégradation humiliante. Ce cachot était précédé d'une vaste salle où se tenaient les gardiens de l'infortuné monarque. Sur les murs du cachot, on lit ces lignes tracées évidemment par un autre prisonnier k une époque de beaucoup postérieure :
Hélas! que je suis pria» de douleur.
Mourir mieulx me vauldroit Que souffrir telles empreintes...
Au surplus l'abbaye de Saint-Médard ne présente plus que quelques débris avec une crypte dévastée. Il en est de même de l'abbaye Notre-Dame, qui couvrait autrefois la huitième partie de la ville et dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques pans de murs, deux baies encore admirables pour la richesse de leur architecture romane, et une forte gothique, autrefois entrée principale de abbaye. De 1 abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, fondée dans le milieu du XIe siècle par Hugues, seigneur de Château-Thierry, il ne reste qu'un bâtiment converti en habitation particulière, la porte de l'église, l'ancien réfectoire et deux tours élevées vers 1520. Mentionnons encore l'église Saint-Léger, devenue la chapelle du séminaire ; le collège, construction du xive siècle ; l'Hôtel-Dieu, fondé en 1247, et le musée, qui s'enrichit tous les jours d'antiquités gallo-romaines, découvertes dans les fouilles exécutées pour Ja reconstruction de plusieurs rues de la ville. Aux environs de Soissons, on voit des vestiges de voies romaines désignées sous le nom de chaussées des Romains, chemin Romeret et chaussée de Brunehaut. On a trouvé dans le jardin du grand séminaire les substructions d'un théâtre romain.
— Histoire. Les origines de Soissons sont obscures. Les Celtes paraissent en avoir été les premiers fondateurs, puis vint l'invasion des Belges qui peupla à son tour le nord de la Gaule (328 av. J.-C.). Soissous, ou plutôt Noviodunum, devint bientôt, dans la tribu des Suessones, le centre de onze bourgades et la cité prépondérante delanation belge.La ville, fortifiée à la manière gauloise, arrêta, dit-on, longtemps l'invasion des Cimbro-Teutons (113 av. J.-C). Après cette invasion, on voit un de ses chefs, nommé Divitiac, se jeter dans 1 île d'Albion et y fonder plusieurs colonies. Enfin les Suessones, commandés par Galba, furent les adversaires les plus dangereux de César lors de son arrivée dans les Gaules
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et figurèrent au premier rang de la ligue belge. Leur soumission eut lieu cependant 54 ans av. J.-C. ; ils avaient envoyé auparavant, comme dernier effort et comme protestation suprême, 5,000 des leurs au secours de Vercingétorix. L'ancien Noviodunum prit, sous la domination romaine, le nom à'Augusta Suessonum et continua d'être le chef-lieu du Pagus Suessonensis, avec quelques changements dans la circonscription du canton. La ville fut fortifiée à la romaine, des palais s'élevèrent au centre et Soissons posséda bientôt en outre un arsenal, un château impérial, auquel la tradition conserva longtemps le nom de château d'Albastre (6«listaria), un temple d'Isis, un amphithéâtre, enfin trois voies romaines se croisant sur son territoire. Lors de l'introduction du christianisme, la ville eut pour premiers apôtres saint Crépin et saint Crépinien , qui succombèrent pendant la persécution de Dioclétien (296-297). En 451, Soissons, préservé des fureurs d'Attila, devient le dernier refuge de la civilisation antique et le retranchement de la Gaule romaine. Puis vint la chute finale. Siagrius, comte de Soissons, tenta vainement une défense désespérée. Vaincu par Clovis sous les murs de la ville, il l'abandonna enfin au pillage des barbares, puis se livra aux mains d'Alaric, roi des Wisigoths. Sous la première race , Soissons reprit son rang de grande métropole; Clovis fixa sa résidence ordinaire aux environs. Après la mort de Clovis, Soissons devint la capitale du royaume de Clotaire, à qui il dut !a fondation du célèbre monastère de Saint-Médard (55S). Sous Chilpéric, la ville vit s'accomplir la plupart des événements tragiques qui remplirent ce règne et dont Frédégonde et Brunehaut furent les personnages principaux. Trois fois Soissons. tomba au pouvoir de Sigebert, et Chilpéric ne dut la victoire qu'à 1 assassinat de son rival (575). Après la mort de Chilpéric (584), jusqu'au moment où la monarchie franque passa tout entière sous la forte main de son fils Clotaire , la ville, déchirée par les partis, fut tantôt austrasienne, tantôt neustrienne. Clotaire lui rendit enfin le repos et la prospérité. Sous la puissante administration de Charlemagne, Soissons participa à la prospérité du gigantesque empire. Louis le Débonnaire, trahi par son fils, se rendit dans la vieille abbaye de Saint-Médard et y accepta la honteuse confession qu'on lui avait dictée. Bientôt Soissons, compris dans le partage de Charles le Chauve, tomba au pouvoir de Lolhaire, mais pour peu de durée. Charles, vainqueur, y fit sacrer Hermintrude, sa femme, dans un conéile des Gaules, convoqué par le pape en 866. Lorsque les Normands commencèrent leurs incursions, Soissons dut d'abord k ses fortes murailles d'être épargné ; mais bientôt les Normands, rappelés par la lâcheté de Charles le Gros, chassèrent de Saint-Médard le méprisable empereur et livrèrent l'abbaye à l'incendie et au pillage. Cependant la ville ne fut pas attaquée et les faubourgs seuls eurent k souffrir de la férocité des vainqueurs. La famille de Vermahdois vit plus tard son influence croître rapidement dans le Soissonnais. Après la défaite, près de Soissons, de Charles le Simple par Hugues le Grand et Rodolphe, duc de Bourgogne (923), Héribert II acquit une puissance prépondérante, due en partie à la captivité de Charles le Simple, auquel il arracha la cession du comté de Laon. Mais Charles, abandonné par ses leudes, mourut bientôt, et le roi Raoul déclara à son adversaire une guerre acharnée. Au bout de cinq ans (930-935), Héribert perdit toutes ses conquêtes et notamment le Soissonnais, sauf Saint-Crépin. L'évêque de Soissons, Gui, s'étant rangé du parti de Louis d'Outre-mer, Hugues, duo de France, mit le siège devant la ville, qui résista et fut en partie livrée aux flammes. Pendant l'invasion d'Othon II, le Soissonnais fut livré au pillage. De 1057 k 1141, Soissons appartint à la maison d'Eu et de Normandie. Les principaux événements qui marquent cette période sont la comparution d'Abailard devant le concile de Soissons, qui lui donna pour prison l'abbaye de Saint-Médard, et le don à la ville d'une charte de commune qui servit bientôt de modèle à beaucoup d'autres. «Cette charte, dit M. Lassène, fut signée sans trouble et sans qu'il fût besoin de recourir k la violence, par les tuteurs du jeune Rainauld III (lue k 1126) et par le roi Louis le Gros, qui en garantit l'exécution, et plaça la bourgeoisie sous la protection d'un maire, de douze jurés et deux procureurs, et créa une nouvelle juridiction dans cette ville, où déjà tant de juridictions se disputaient la prééminence... 11 faut noter d'ailleurs que la charte de Soissons ne restreignit pas dans la même mesure le pouvoir du comte et celui de l'évêque, et que, plus défavorable au premier, elle assura désormais la prépondérance du second. » Sous le gouvernement de la maison de Nesle, Soissons prospéra au point de regagner une importance presque égale à celle qu'il avait eue sous la première race (1141-1306). Pendant la guerre de Cent ans, Soissons paya une partie de la rançon du roi Jean. Enguerrand de Coucy, gendre du roi d'Angleterre, protégea Soissons contre toute invasion ennemie. 11 laissa deux héritiers auxquels le duc d'Orléans disputa leurs biens ; le duc finit par obtenir de Marie, fille d'Énguerrand, la donation du comté de Soissons,
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moyennant 400,000 livres. Maïs, peu de temps après cette convention, Marie mourait subitement, et le duc d'Orléans entrait sans bourse délier en possession du comté (1404). On sait la mort tragique du duc. Robert de Bar en profita pour revendiquer l'héritage de son aïeul, et, en 1412, il obtint de Charles d'Orléans uue transaction en vertu de laquelle les deux prétendants partagèrent les droits et revenus du comté, Soissons et ses environs devinrent le principal théâtre de la guerre civile, et la capitale du Soissonnais expia cruellement son attachement au duc de Bourgogne. En 1414, l'armée royale de Charles VI et du duc d'Orléans assiégea et prit par trahison la place de Soissons, qui fut "alors livrée au pillage. Le Soissonnais perdit ses deux comtes à la bataille d'Azincourt; Robert de Bar y fut tué et le duc d'Orléans pris; mais Jeanne de Bar, fille de Robert, fut réintégrée dans son comté par Jean de Luxembourg, qui, après avoir pris possession de Soissons au nom des Anglais, maria l'héritière k son neveu, le comte de Saint- Pol (1435). Mais Lahire ne tarda pas k reprendre la place et à la rendre à Charles VII (1437). Ce dernier monarque retira aux comtes l'administration du Soissonnais et la confia à des gouverneurs royaux. Après la fin tragique du connétable de Saint - Pol , Louis XI donna ses biens à Pierre de Rohan, maréchal de Gié , mais rendit bientôt la part de la famille de Bar à Marie de Luxembourg, fille de Pierre, mariée en secondes noces k François de Bourbon, comte de Vendôme.
L'autre moitié passa au duc d'Orléans (1487) et entra ducs le domaine de la couronne lorsque ce prince devint roi de France sous le nom de Louis XII (1498). Un instant cependant, la part du comté de Soissons appartenant k Louis XII, érigée de nouveau en pairie, passa avec Claude, fille du roi, entre les mains du duc d'Angoulême pour retourner au domaine de la couronne k l'avénement de François 1er. En 1521, la place ouvrit ses portes aux diables, compagnies d'aventuriers qui montrèrent leur reconnaissance d'un pareil accueil en la ravageant. François 1er mit Soissons en état complet de défense, mais les importants travaux dont il le dota ne l'empêchèrent pas de se livrer sans coup férir k Charles-Quint, dont les forces considérables avaient jeté l'épouvante dans ses murs. Rentré en possession de la ville, Henri II la fit de nouveau fortifier. La Réforme fit à Soissons des progrès rapides ; en 1561, les huguenots en devinrent les maîtres. Chassés une seconde fois, après le massacre de Vassy, ils rentrent dans Soissons dans la nuit du 26 au 27 septembre 1567 et, le lendemain, ils livrent la ville au plus affreux pillage. Le désastre alla si loin que les habitants s'enfuirent, ruinés et désespérés. Lorsque, le 29 mars 1568, les huguenots rendirent Soissons, il ne restait plus dans la ville, suivant l'expression d'un témoin oculaire, • que des pierres et un peu de bois. « Ce fut avec enthousiasme que la ville, k la voix du prédicateur Matthieu de Launay, se jeta dans le parti de la Ligue. C'est à Soissons que le duc de Guise tenait ses conférences les plus importantes; c'est cette ville qui devait servir de prison à Henri III, si l'on parvenait k se rendre maître de sa personne. C'est à Soissons enfin que devaient être tenus les états de la Ligue. La guerre des princes y fut le signal de nouveaux troubles; Mayenne livra la place par surprise aux mécontents (1614), et à chaque nouvelle guerre elle devint le quartier général de la révolte, quoiqu'elle protestât sans cesse de son dévouement à l'autorité royale.
La mort du maréchal d'Ancre mit fin à ces troubles, et Mayenne s'empressa alorsde porter au roi les clefs de la ville, qui n'eut plus qu'à réparer ses désastres (1619). Dès ce jour, en effet, Soissons demeura fidèle au pouvoir royal. Il refusa d'ouvrir ses portes à Louis de Bourbon, révolté contre Richelieu (1636), et la fermeté du gouverneur et des officiers municipaux l'empêcha de se jeter dans les bras des frondeurs. Depuis cette époque, on ne peut guère signaler dans l'histoire de Soissons que la fondation de son Académie (1653), qui fut supprimée pendant la Révolution. La Révolution trouva k Soissons un accueil aussi ardent qu'enthousiaste. Eile s'y accomplit presque sans effusion de sang. En 1814, le 13 février, les Russes se présentaient sous ses murs, pendant qu'aux environs Napoléon essayait de rassembler les débris de son armée. « La ville, dit M. Lassène, était dans un mauvais état de défense, et elle résistait cependant sous le commandement du général Rusca, qui rejeta les sommations du général Czernichef. Le lendemain, le général Rusca était mort, les Russes tournèrent le faubourg et la place fut obligée de se rendre. Le vainqueur arrêta le pillage en recevant la soumission qui lui fut portée par ta brave garde champêtre Charpentier, au péril de sa vie et au milieu de la fusillade. Le 15, la ville fut menacée et bientôt mise en état de défense par le duc de Trévise, qui y laissa le général Moreau. Peu de jours après, elle fut attaquée une seconde fois et se rendit de nouveau. On sait que de Soissons dépendait peut-être alors le destin de l'Empire, et que cette trop prompte reddition fit échouer les combinaisons de Napoléon. Le chef de bataillon Gérard résista mieux à une troisième attaque, qui fut livrée
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k Soissons par le général Bulow. Celui-ci bombarda d'abord lu place, puis en transforma le siège en blocus et enfin se contenta d'y laisser un corps d'observation lorsqu'il se remit en marche sur Paris. La capitulation de Paris rendit bientôt toute résistance inutile, et cette cité rentra Je 20 juillet sous l'autorité royale, après avoir été pendant quelques jours le quartier général de Napoléon. » Pendant l'invasion de 1870, Soissons fut de nouveau assiégé et capitula le 15 octobre. V. plus bas.
— Conciles. Plusieurs conciles ont été tenus à Soissons. Le premier est celui qui fut réuni en 744^ par Pépin, et auquel assistèrent vingttrois évêques. On y adopta divers canons relatifs h l'extinction de 1 hérésie et k des matières disciplinaires. On y condamna comme hérétique un certain Adalbert qui se disait évêque.
Au concile de 851, Charles le Chauve fit couper les cheveux à Pépin le Jeune, qui s'était révolté contre son père, Pépin, voi d'Aquitaine, et sur l'avis des évêques l'enferma dans le monastère de Saint-Médard de Soissons.
Le concile de 853, tenu dans le monastère de Saint-Médard en présence du roi Charles, s'occupa des débats qui s'étaient élevés entre Ebbon et Hincmar se prétendant l'un et l'autre évêques de Reims, se prononça en faveur de ce dernier et prit sur des matières concernant l'autorité des évêques, les biens ecclésiastiques, etc., des décisions qui furent confirmées par un capitulaire du roi.
En 866, un concile réuni par l'ordre du pape Nicolas I« s'occupa de réviser la dépo* sition faite par Hincmar de prêtres qui avaient été ordonnés par Ebbon , et déclara qu'on pouvait les rétablir dans leurs fonctions.
Le concile de 941 remplaça sur le siège épiscopal de Soissons Artaud par Hugues, sur la demande d'Hugues, comte de Paris.
Le concile de 1092, présidé par Renaud, archevêque de Reims, condamna comme hérétique Roscelin de Compiègne.
Celui de 1115 condamna les prétentions de l'empereur Henri V. Au concile de 1121, présidé pur le légat du pape Conon, on condamna le livre d'Abailard intitulé Introduction à la théologie, et, par ordre des Pères, le célèbre théologien fut enfermé dans un monastère.
Louis le'Crios convoqua le concile de 1 1 55, auquel assistèrent un grand nombre d'évêques et de seigneurs, et il leur Ht jurer qu'ils feraient tous leurs efforts pour maintenir pendant dix ans la paix duns le royaume.
Le concile de 1201 s'occupa de juger la demande en nullité de mariage faite par le roi Philippe contre Ingeburge de Danemark. Le roi, qui y assistait, voyant que les évêques allaient se prononcer pour la validité, quitta le concile avec Ingeburge, qu'il enferma au château d'Etampes.
Un dernier concile, tenu à Soissons par l'archevêque de Reims, Ju vénal des TJrsins. en 1455, s occupa de matières disciplinaires]
— Célébrités. Soissons a vu naître un grand nombre de célébrités de tous les genres. Parmi les plus saillantes, nous citerons, dans les temps primitifs de la monarchie et sans compter les chefs gaulois Divitiac et Galba : les rois de France Caribert, Chilpéric, Gontran, Clotaire II, Sigcbert, Mommoe, général de Gontran ; Ebroin, maire du palais, et plus tard saint Arnoul j Bernard , cardinal-abbé de Saint-Crépin-le-Grand ; Paschase , Ratbert , célèbre abbé de Corbie ; Abbon , grand aumônier et chancelier de France; Hugues de Champlleury, Matthieu de Longuejau ; Gisèle, abbesse de Notre- Dame; Jacques Petit, procureur de la ville sous Charles-Quint et son défenseur auprès du monarque; le duc de Mayenne, le maréchal de Bezons , le général de Puységur, Nicolas Desmnrets; Jean Rue!, médecin de François 1er, auteur du premier traité de botanique paru en France; François Petit, premier médecin du duc d'Orléans; Antoine Petit, son fils; Gauthier de Coincy, poète; Guillaume de Soissons, professeur de l'Université de Paris ; Julien d'Héricourt, Louis d'Héricourt; Mercier, savant bibliographe; Tâcheron, le peintre sur verre; Quinquet, le modeste inventeur de la lampe à laquelle il a laissé son nom; enfin Quinette, membre du gouvernement provisoire dans les Cent- Jours.
SoImodb (siège et capitulation de), épisode de la guerre franco-allemande de 1870- 1871. Lés flots de l'invasion commençaient à déborder sur le vieux sol français , après avoir inondé l'Alsace et la Lorraine. Le il septembre 1870, les troupes formant le 13° corps de l'armée allemande , appuyées par la landwehr de Rensdbourg, de "Waldenbonrg et de Francfort, se présentaient devant Soissons, et un parlementaire prussien sommait la ville de se rendre. Le commandant supérieur, M. de Noue, lieutenant-colonel de l'état-major des places, répondit fièrement d'abord • qu'il s'ensevelirait sous les murs de la ville plutôt que de se rendre. » Il n'avait guère à sa disposition qu'un dépôt du 15° de ligne, un bataillon de mobiles et trois batteries de l'artillerie des mobiles du Nord. Quant aux habitants, ils paraissaient disposés k la résistance, bien que quelques-uns se souvinssent encore des trois heures de pillage que la ville avait dû subir en 1814.
Un siège en règle commença aussitôt, et
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tous, habitants et garnison, en soutinrent vaillamment les débuts, avec le ferme espoir de repousser les envahisseurs. Comme dans toutes les villes assiégées, on se berçait d'illusions trompeuses et mensongères : les Soissonnais croyaient à choque instant entendre les grondements du canon de Bazaine débloqué, comme plus tard les Parisiens crurent prêter l'oreille aux échos du canon de l'armée de la Loire. Et pendant ce temps -là, Soissons ripostait vigoureusement aux coups de l'ennemi ; la garnison exécutait des sorties meurtrières, que suivait une suspension d'armes qui permit d'enterrer les morts et d'enlever les blessés. Le 24 septembre , les artilleurs volontaires de Soissons, enveloppés par l'ennemi, furent dégagés par les volontaires de la garde nationale. « Si au lieu d'être 200, dit un témoin, ils avaient été 2,000, ils eussent pu occuper les hauteurs avec de l'infanterie et des pièces de campagne, et jamais, peut-être, Soissons n'eût été pris. •
Le bombardement réel ne commença guère que le 12 octobre; mais déjà, avant cette époque, la ville avait eu beaucoup à souffrir. Dès les premiers jours du siège, des femmes étaient tuées; un assiégé écrivait, à la date du 29 septembre : « Depuis trois jouis, la garnison assiste à un spectsile grandiose et triste en même temps. Les faubourgs brûlent sur un long parcours. » Le 12 octobre, disonsnous, les effets du bombardement allaient se faire sentir d'une manière effroyable et continuer jusqu'à la reddition de la place. Les Prussiens avaient établi sur les monts de Presles 45 pièces de gros calibre, correspondant k nos pièces de 84 rayées, et foudroyaient la ville. Dès le second jour, la manutention et l'hôpital étaient en flammes. Il se passa alors des épisodes que l'histoire ne saurait assez flétrir. D'après M. Jules Clarelie (His~ toirede la révolution de 1870-1871), « le capitaine des pompiers donna sa démission, disant que ses hommes n'étaient point faits pour éteindre lés incendies sous le feu de l'ennemi. »
Ce bombardement féroce dura ainsi trois jours et trois nuits; le bastion 3 présentait une brèche de 30 k 40 mètres de largeur, et 22,000 Prussiens allaient se ruer contre 4,000 gardes mobiles ou fantassins du dépôt, soldats depuis quelques jours seulement. Le conseil municipal, établi en permanence, s'effraya das ravages causés par l'ennemi et demanda qu'on se rendit; le commandant de NouË avait déjà senti son ardeur patriotique se refroidir au feu des Prussiens, et il accepta les conditions de l'ennemi. Soissons ouvrit ses portes le 16 octobre, après trente-sept jours d'un siège pendant lequel les artilleurs de la, mobile de Lille se montrèrent fidèles à la tradition et dignes des vieux canonniers lillois. Aussi, au moment où l'artillerie ennemie passait devant eux, on vit l'oflicier qui la commandait se pencher sur son cheval et dire, d'un ton interrogatif : « Artillerie? — Oui, lui répondit-on, artillerie mobile. ■ Et il s'écria, en battant des mains: «Ahlbraio! artillerie mobile, bravo I > Et les artilleurs prussiens crièrent à leur tour en applaudissant : « Bravo, l'artillerie I »
Les Prussiens firent prisonniers dans Soissons 99 officiers et 4,633 soldats, s'emparèrent de 128 canons, d'une grande quantité de munitions et de vivres, ainsi que d une caisse contenant 92,000 francs.
Dans la séance du 13 novembre 1871, le conseil d'enquête a exprimé, sur la conduite du lieutenant-colonel de Noue, un avis trèssévère qui doit trouver place ici, car on ne saurait assez rappeler au pays à quels hommes l'Empire avait confié le soin de le défendre.
> Considérant que, si le lieutenant-colonel de Noue, commandant la place de Soissons, a montré de l'activité pour l'approvisionnement des vivres, il n'a pas déployé assez de sévérité pour le maintien de la discipline dans les troupes placées sous ses ordres;
• Qu'il a manqué de prévoyance en autorisant plusieurs chefs de corps à s'absenter au moment où la place pouvait être investie, ce qui a nui à la discipline et à l'esprit de ces Corps ;
■ Considérant que, s'il a été fait brèche au corps de place, la brèche n'était pas praticable; que, si 1 artillerie ava'.t souffert, elle pouvait encore continuer la défense ; que les munitions de vivres et de guerre étaient abondantes; que les pertes de la garnison ont été relativement peu considérables; que le commandant de place est blâmable d avoir capitulé sans avoir encloué ses canons, détruit ses poudres et ses vivres, et de s'être au contraire engagé à les livrer à l'ennemi ;
■ Considérant que la place a été rendue malgré l'avis du commandant du 15e de ligne et celui du commandant du génie, et que, loin de se rallier à cette opinion, le lieutenant-colonel de Noue, contrairement à l'article £56 du service des places, n'a su imposer sa volonté que pour la capitulation;
» Considérant qu'il a manqué aux prescriptions du même article en stipulant que les officiers qui donneraient leur parole de ne pas servir contre l'Allemagne seraient mis en liberté et conserveraient armes, chevaux et bagages, tandis qu'il ne devait stipuler qu'en faveur des blessés et des malades,
• Est d'avis que le lieutenant- colonel de Noue a révélé une profonde incapacité et une grande faiblesse, et qu'il parait au conseil impropre à exercer un commandement. ■
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Un avis motivé si sévèrement peut se passer de commentaires.
SOISSONS (royaume de). V. Nëustrie.
SOISSONS (comtes de). Dès le vnie siècle, le titre de comte de Soissons fut porte par des feudataires des ducs de Fiance. Avant 969, Gui, (ils du comte de Vermandois, Herbert III, épousa Adélaïde, fille de (iiselbert, gouverneur de Soissons, et devint comle de cette ville. Le comté passa successivement aux seigneurs de Nesle (1146), aux Châtillon, (1344), aux sires de (Jouey (1367), k Louis, duc d'Orléans (1404); puis il fut partagé, et une moitié revint à la couronne pendant que l'autre passait h Robert de Bar (1412), puis, par mariage, au comte de Saint-Pol et k la famille de Luxembourg. Marie de Luxembourg porta le comté dans la maison de Bourbon- Vendôme par son mariage avec François de Bourbon, comte de Vendôme. Louis 1er de Bourbon, prince de Coudé, devint comte de Soissons e:i 1557. Sa petite-fille, Marie de Bourbon, porta, en 1625, le comté à son mari, Thomas-François, prince de Savoie-Carignan.
SOISSONS (Charles nu Bourbon, comte de), prince du sang, le plus jeune des fils de Louis Ier,' prince de Condé, né ù Nogent-Ie- Rotrou en 1556, mort en 1612. Sa mère, Françoise d'Orléans-Longueville, l'éleva dans la religion caiholique. Vaniteux, versatile, dévore d'ambition, mais n'ayant qu'une intelligence médiocre, il ne put jamais figurer à la tête d'un parti. Le comte de Soissons se jeta d'abord dans le parti de la Ligue, et pendant un instant, dit-on, le duc de Guise eut la pensée de le faire déclarer l'héritier présomptif du trône au lieu du cardinal de Bourbon. S'étant épris de Catherine, sœur de Henri de Navarre, il se rendit auprès de ce prince et combattit auprès de lui k Coutras (1587), dans l'espoir d'épouser Catherine et d'obtenir les possessions de la maison de Navarre en deçà de la Loire. Le rusé Béarnais pénétra facilement les vues du comto de Soissons et lui déclara qu'il ne consentirait point à son mariage avec sa sœur. Il s'ensuivit entre eux une rupture, à la suite de laquelle Charles de Bourbon, ne pouvant plus retourner avec les ligueurs, se rendit auprès de Henri III (1588). Celui-ci lui fit d'abord un assez froid accueil, mais bientôt il consentit à lui donner un commandement et le chargea de défendre contre les ligueurs le Perche, le Maine et laBeauce. Lorque Henri III fut assiégé dans Tours par les ligueurs, le comte de Soissons le rejoignit et se fit remarquer par sa bravoure. Envoyé ensuite en Bretagne pour se mettre k la lete des troupes royales, il fut enlevé à Châteaugiron par des soldats du duc de Mercosur et emprisonné .au château de Nantes ; mais, grâce k une ruse de son sommelier, qui l'emporta dans une grande corbeille où 1 on mettait ce qui restait des repas, il recouvra la liberté. En ce moment, Henri III venait d'être assassiné. Ce fut donc auprès de Henri IV, alors devant Dieppe, qu'il se rendit. Il rentra dans les bonnes grâces de ce prince, devint grand maître de France (1589), prit part aux sièges de Paris, de Chartres et de Rouen, puis se rendit dans le Béarn pour y épouser secrètement Catherine. Mais Henri IV déjoua ce projet, et Sully, abusant de la confiance qu'avaient en lui le comte de Soissons et Catherine, se lit remettre les promesses de mariage que s'étaient faites les deux amants. Après avoir pris part à la campagne de Bourgogne (1595), le comte de Soissons vécut dans la retraite jusqu'en 1600. A cette époque, il reçut- un commandement dans l'armée qui entra en Savoie et, deux ans plus tard, il succéda à son frère, le duc de Conti, comme gouverneur du Dauphiné. Lorsqu'il apprit l'assassinat de Henri IV, le comte de Soissons s'empressa de se rendre k Paris, dans l'espoir de se faire nommer régent. 11 échoua duns son entreprise, mais il obtint le gouvernement de Normandie (1610), une pension de 50,000 écus, la vice-royauté du Canada, une riche sinécure (1612), et contribua à la chute de Sully. Ce prince fourbe, dissimulé, aux moeurs profondément corrompues , avait épousé Anne de Montafié, dont il eut un fils et deux filles.
SOISSONS (Louis de Bourbon, comte de), fils du précédent, né à Paris en 1604, mort en 1641. 11 succéda k son père dans la charge de grand maître de France et reçut le gouvernement du Dauphiné. Tout jeune, il fut lancé par sa mère, l'ambitieuse Anne de Montafié , dans les intrigues de cour. Le comte de Soissons n'avait encore que seize ans lorsqu'il eut une vive querelle avec son cousin le prince de Condé, k qui il disputait « l'honneur > de présenter la serviette au roi. Ayant échoué, il en fut si vivement irrité, qu'il Se jeta dans le parti de la reine mère et devint le chef nominal des seigneurs révoltés qui furent vaincus aux. Ponts-de-Cé (1620). 11 fît alors quelques avances aux protestants, afin de se rendre redoutable et d'aplanir les obstacles qui s'opposaient k son mariage avec Henriette, troisième fille de Henri IV. Mal accueilli par les réformés, il se jeta dans les b.as du roi, reçut le commandement de Paris en 1622, accompagna Louis XIII dans une expédition contre les calvinistes, k l'attaque de l'île de Ré et au blocus de La Rochelle et se rit remarquer par sa bravoure. Ennemi de Richelieu, qui s'opposa k son mariage avec M'le de Montpensier, il entra
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dans le complot formé par Cbalais en 1626 et dut quitter la France. Il alla chercher alors un refuge auprès du duc de Savoie, qu'il excita à faire la guerre k la France. Toutefois, il rentra en grâce auprès de Louis XIII, avec qui il se rendit devant La Rochelle (1628), puis en Italie (1630). L'année suivante, il fut nommé gouverneur de Champagne et reçut, en 1632, le commandement de Paris et des provinces du Nord. Lors de la guerre avec l'Autriche en 1636, le comte de Soissons ne put obtenir le commandement de l'armée. Il fut chargé de défendre la frontière de la Picardie, mais remplit fort mal sa mission. De plus en plus irrité contre Richelieu, il forma, avec le lâche Gaston d'Orléans, le projet da faire assassiner le cardinal kAmien3; mais le complot échoua, le duc d'Orléans n'ayant point osé donner le signal convenu (1636). Craignant d'être arrêté, le comte de Soissons s'entait k Sedan, où se trouvait le duc de Bouillon. Entré dans un nouveau complot qui comptait parmi les conjurés la reine mère, les ducs de Guise et de Bouillon, il ii hésita point à prendre les armes contre sa patrie, de concert avec les impériaux. Le 2 juillet 1641, il publia un manifeste violent contre le cardinal de Richelieu, se mita la tête de 3,000 hommes, auxquels se joignirent 7,000 impériaux sous les ordres du général Lamboy, et rencontra près de La Marfée (6 juillet) l'armée du maréchal de Châtillon, qui marchait contra lui. Les troupes du maréchal, prises d'une terreur panique, se dispersèrent; mais, pendant le combat, le comte de Soissons fut tué d'un coup de pistolet. Il ne s'était point marié, de sorte qu'eu lui finit la branche de Bourbon - Soissons. Son fils naturel, Louis-Henri, prit le titre de princo de Neuchâtel et mourut en 1703, après avoir épousé Angélique de Montmorency-Luxembourg.
SOISSONS (Eugène-Marie de Savoie-Carignan, comte de), fils 3e Thomas-François do Savoie et de Marie de Bourbon-Soissons, no k Chambéiy en 1633, mort en 1673. Il renonça k la carrière ecclésiastique pour embrasser celle des armes, entra comme capitaine do cavalerie au service de lu France, épousa, en 1657, Olympe Mnncini, l'une des nièces do Mazarin, et dut k ce ministre la charge de colonel général des Suisses et Grisons, avec le gouvernement de Champagne. L'année suivante, il se signala par son intrépidité k la bataille des Dunes (165S), fil la campagne do 1667, en Flandre, suivit Louis XIV k la première conquête de la Franche-Comté et fut créé lieutenant général en 1672. Le comte de Soissons prit part nu fameux passage du Rhin chanté par Boileau et mourut subitement en Westphalie, au moment où il allait opérer sa jonction avec Turenne. Le fameux prince Eugène de Savoie était un de ses fils. Brave, honnête, mais d'un esprit faible et borné, le comte de Soissons fut constamment le jouet de l'intrigante et débauchée Olympe deMancini.
SOISSONS (Olympe Mancini, comtesse de), nièce de Mazarin. V. Makcini.
Soimmoa* (hôtul de), célèbre habitation, aujourd'hui détruite, et dont l'emplacement est occupé par la Halle aux blés. Elle fut d'abord connue sous le nom ù' hôtel de Nesle. Jean II de Nesle en fit don, en 1232, au roi saint Louis et à la reine Blanche, sa mère, qui en fit son séjour et y mourut. L'hôtel de Nesle, k cette époque, ne le cédait en rien, par l'étendue et le grandiose, k la magnifique demeure qui devait lui succéder. Un corps de logis principal contenait deux appartements de parade avec tous leurs accessoires; ils étaient éclairés de croisées hautes, et, suivant la mode luxueuse du temps, les plafonds et les lambris, comme ceux des habitations royales , étaient en bois d'Irlande sculpté. Après la mort de la reine Blanche, l'hôtel de Nesle fut réuni k lu couronne, et, après avoir, en 1296, passé de Philippe le Bel k Charles, comte de Valois, son frère, il fut donné par ce dernier au roi de Bohême, Jean de Luxembourg, d'où le nom li'holet de Bohême (Behague, Bohaigne, etc.) sous lequel il fut désormais désigné. Revenu a la couronne par suite du mariage de Bonne de Luxembourg, fille du roi Jean de Bohême, avec Jean de France, depuis Jean le Bon, l'hôtel de Bohème passa successivement entre les mains de diverses familles. Propriété du comte de Savoie, Amédée VI, vers 1354, il appartint k la maison d'Anjou, redevint propriété du roi Charles VI en 1388 et fut donné par lui au duc Louis d'Orléans, son une (depuis assassiné par Jean sans Peur). En 1492, le duc d'Orléans d'alors, depuis Louis XII, accorda une partie de cet hôtel aux tilles pénitentes, qui s'y établirent, d'où le nom de Alaison des filles pénitentes qui remplaça celui d'hôtel de Bohême. Catherine de Médicis choisit remplacement de la Maison des filles pénitentes pour y faire construire un palais. L'ancien hôtel de Nesle ou de Bohème fut donc abattu et fit place k la construction qui fut depuis désignée sous le nom à' hôtel de Soissons.
L'hôtel de Soissons se composait de trois corps de bâtiments principaux, dont le plus important, au centre, divisé en trois pavillons couverts d'ardoise et bâti en retrait, avait les deux autres corps de bâtiments pour avant-corps. La cour, qui s'étendajt en avant du pavillon central, était fermée par une galerie k terrasse percée de fenè -
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très. On entrait dans l'hôtel par un portail imité de celui de Farnèse a Caprarole. Au delà de la grande cour était un parterre au milieu duquel s'élevait une Vénus de marbre blanc, œuvre de Jean Goujon, portée sur quatre consoles et placée au-dessus d'un bassin en marbre de même couleur. Du côté des rues CoqmlUère et de Grenelle-Saint-Honoré, on avait tracé un autre grand parterre accompagné de plusieurs allées d'arbres servant de promenade publique. Une chapelle, renommée pour sa richesse, s'éleva longtemps à un des angles.
A la mort de Catherine de Médicis en 1589, les créanciers de son héritière, Christine de Lorraine, tirent procéder à la vente de l'hôtel, dit alors hôtel de la Reine. Ce fut Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, qui l'acquit. Enfin, trois ans plus tard, Charles de Soissons, fils de Louis de Bourbon, premier prince de Condé, l'acheta et s'y fixa. L'hôtel de Soissons, apporté en dot par sa fille à Thomas-François de Savoie, prince de Carignnn, fut vendu à la mort de ce dernier et à Ja requête de ses nombreux, créanciers. Dès lors, morcelé, abattu en partie, le terrain en fut vendu en détail. Enfin, en 1755, la ville de Paris, en vertu de lettres patentes, lit l'acquisition de la plus grande partie de l'emplacement de l'hôtel de Soissons, qui ne fat plus qu'un souvenir, et y fit jeter les premières fondations de la Halle aux blés.
SOIT adv. (soi — lat. sit subj. de esse, être. V. être). Que cela soit, j'y consens, je le veux bien : La femme, dit-on, est un mal; soitI mais si nécessaire que nul ne peut s'en passer. (Ch. Nod.)
Oh! tu seras ainsi tenu pour un poltron.
— Soit, pourvu que toujours je branle le menton.
Molière.
— Ainsi soit-il. Sorte de vœu par lequel se terminent la plupart des prières de l'Eglise.
H Se dit, dans la conversation, pour indiquer qu'on voudrait bien voir se réaliser ce dont il est question : Vous pensez donc que cette a/faire réussira? Ainsi soit- il.
— Conj. Soit... soit, Soit... ou, Ou... ou bien, supposé... ou supposé : Soit du blanc, soit du noir. Soit du blanc ou du noir. Soit qu'il le fasse, soit qu'il ne le fasse pas. Soit qu'il le fasse ou qu il ne le fasse pas. On coupe l'avoine soit à la faux, soit à la faucille. (M. de Dombasle.) Dieu respecte l'efficacité des êtres libres, soit pour le bien, soit pour le mal. (Lucordaire.) La nature matérùlle est beaucoup plus bornée que la nature morale, soir pour jouir, soit pour souffrir. (Si-Marc Girard.)
Suit prudence, soit pitié.
Le Romain ne tua personne.
La Fontaine.
Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir, Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire Adèle Lui soumette en secret tout ce que je tiens d'elle, Mon génie étonné tremble devant le sien.
— Supposons : Soit quatreà multiplier par six. (Acad.)
— Loc. adv. Tant soit peu, Si peu que ce soit, très-peu : Donnez-lui-en tant soit piiU. Il se souleva tant soit pku. (Acad.)
SOITOEX (Jean-François), sculpteur français, né à Besançon en 1810. Elève de David d'Angers et de Feuehères. il débuta au Salon de 1850 par une Ilêpublique, grande figure d une ampleur magistrale, et obtint une 2e médaille en 1851 avec le Génie des combats, une statue de Montaigne et une statue de Denis Papin, trois morceaux destinés à la décoration du nouveau Louvre. De 1851 à 1S66, il exposa divers bustes, entre autres, cette dernière année, un buste en plâtre de Paul de Flotte; il avait encore, au même Salon, divers grands morceaux décoratifs destinés au palais des Tuileries : la Force génératrice, fronton en pierre ; la Force matérielle et la Force intellectuelle, bas-reliefs; deux statues en pierre, Erato et Clio. Depuis cette époque, M. Soitoux n'a plus rien exposé.
SOIXANTAINE s. f. (soi-san-tè-ne — rad.
soixante). Soixante ou environ : Une soixantaine de jours. Une soixantaine depersonnes.
— Age de soixante ans : Avoir passé la soixantaine. Il approche de la soixantaink. Il touche à sa soixantaine. Il passe ta soixantaine. (Acad.)
— Gramm. Ce substantif devient un collectif quand il est suivi ou censé suivi de la proposition de et d'un pluriel quelconque. Il suit alors la règle que nous avons donnée au mot collectif,
SOIXANTE adj. (soi-san-te — latin sexaginta, mot qui correspond au sanscrit shasli, au zend khsvasli, grec exêkonta, etc. Sexaginia est formé de sex, six, en sanscrit shash, en zend khsvas, en grec ex, etc., en composition avec ginta, <jui est le suffixe des dizaines et qui correspond au suffixe sanscrit çata, çati, çat ou ti, zend çaiti, çata ou li, grec ka, kaii, kosi, kato, konta, latin ginti, ancien irlandais cat, cet, kymrique cent, geint, cal, armoricain gent, gont, cant, gothique tigus, lithuanien szimti, szimla, ancien slave sati, suto, etc. Tous ces suffixes sont des débris du nom de nombre dix, qui a été mutilé de plusieurs manières pour éviter l'emploi incommode de composés trop longs). Six fois
SOJA
dix, cinquante plus dix : Soixante Sommes. Soixante francs. SoiXANTE-deua; écus. Soixante-AwiV chevaux.
On est vieux à vingt ans, libertin a soixante. C. d'Harleville.
Et quel âge nveî-vous? vous aveï bon visage.
— Hé! quelque soixante ans...
RacihS.
... Croyez ce que je dis, 11 faut pour gouverner être soixante-àïi.