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— Qui provoque au sommeil : Un livre somnolent. Des lectures somnolentes. A quoi bon ce rhythme somnolent et sans charme jeté sur des pensées vulgaires? (Th. Gaut.)
— Fig. Sans activité, sans énergie : VotVd des élèves bien somnolents.
SOMOGY, comitat de Hongrie. V. Schumegh.
SOMOÏNITE s. f. (so-mo-i-ni-te). Miner.
Minéral trouvé avec le platine dans les terrains meubles de l'Oural.
SOMOFLATE s. m. (so-mo-pla-te — du gr.
sâma, corps; ptatus, large). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des carabiques , tribu des féroniens, dont l'espèce type vit au Sénégal.
SOMOROSTRO, bourg d'Espagne, dans la province de Biscaye, à 18 kilom. N.-O. de Bilbao, à 18 kilom. de Portugalète, près du golfe de Biscaye, où il a un petit port de commerce ; 2,500 hab. Aux environs, mines de fer du mont Triano, qui fournissent annuellement 300,000 quintaux métriques de fer. Somorostro et ses environs ont été, en 1874, le théâtre de plusieurs combats entre les troupes libérales et les carlistes, qui s'étaient emparés des hauteurs dominant Somorostro pour empêcher l'armée libérale de secourir Bilbao, bloqué, puis assiégé. Au mois de février, le générai Moriones, par une marche habile et rapide, se porta au secours de Bilbao; mais il fut bientôt arrêté par le mauvais temps, ce qui permit aux carlistes de concentrer leurs forces dispersées. S'étant emparé de Somorostro, il enleva le 23, aux carlistes, les positions fortifiées de Saint- Martin, prit le lendemain les hauteurs de Carreras, mais vint se heurter, le 25, contre les formidables retranchements de San-Pedro-Àbaato et se vit contraint de battre en retraite, pendant que le corps de Primo de Rivera était refoulé. Au mois d'avril suivant, le maréchal Serrano, chef du pouvoir exécutif, prit le commandement de l'armée du Nord et établit son camp à Somorostro. Le 28, il lit attaquer les positions des carlistes, pendant que le maréchal Concha tournait leur gauche en entrant dans le val de Somorostro et occupait successivement Montellano, Las Cartes, Corral et Avellaneda. Grâce à la rapidité et à l'habileté avec lesquelles fut opéré co mouvement tournant, les carlistes durent abandonner les positions regardées comme imprenables qui dominaient Somorostro, et, le l« mai 1874, Bilbao était délivré.
SOMO-S1ERKA, bourg d'Espagne, province et a 87 kilom. N. de Madrid, dans le défilé formé par la chaîne de montagnes de son nom, qui sépare les provinces de Ségovie et de Madrid ; 2,070 hab. Dans ce défilé, les Espagnols, qui gardaient la route de Burgos à Madrid, furent défaits par les Français en
Sono-Sierra (COMBAT DE), un des plus brillants que Napoléon ait livrés aux Espagnols (30 novembre 1808). Il s'avançait de Burgos sur Madrid, lorsqu'il apprit que la route lui était barrée par 12,000 ou 13,000 ennemis postés au col de Somo-Sierra, au fond d'une gorge qu'il avait à franchir, Ce corps d'armée était commandé par un brave ofiicier, don Benito San-Juan, qui avait distribué ses troupes avec beaucoup d'intelligence. Après s'être engagé duns la gorge et s'être rendu compte des dispositions de l'ennemi, Napoléon donna ses ordres. Grâce à un épais brouillard qui couvrait le pays de six à neuf heures du matin à cette époque de l'année, le s>e léger suivit, de hauteur en hauteur, sans'être aperçu, la berge droite de la chaussée qui traversait la gorge; Je 24« de ligne exécuta le même mouvement sur la berge gauche, tandis que le 96e s'avançait en colonne sur la route même. Venaient ensuite les cavaliers et les fusiliers de la garde. Ces habiles dispositions devaient faire tomber en quelques instants les mesures prises par l'ennemi.
Nos soldats, marchant sous la direction même de Napoléon , rencontrèrent d'abord une avant-garde de 3,000 hommes, établie dans la petite ville de Sepulveda, et la dispersèrent. Le brouillard se dissipait et lo soleil commençait â inonder de ses rayons le champ de bataille. Grande fut alors la surprise des Espagnols de se voir débordés sur les hauteurs de droite et de gauche par le 9° léger et le 84e de ligne ; ils ne tinrent que quelques instants dans cette position. Mais le gros de leurs troupes se trouvait sur la route même , protégée par seize pièces d'artillerie qui criblaient de projectiles la colonne suivant cette direction. Le général Montbrun, chargeant impétueusement à la tête des chevau-légers polonais, se précipita sur les canons, bravant un effroyable feu de mousqueterie et de mitraille, et sabra les canonniers sur leurs pièces, qui restèrent entre nos mains. La déroute des Espagnols devint alors complète; ils se précipitèrent en désordre au delà du col , poursuivis par notre cavalerie , qui descendit avec eux sur le revers du Guadarramu, Leur chef, le vaillant San-Juan, essaya en vain de les retenir; il fut entraîné lui-même par le torrent. Tout resta en notre pouvoir, les drapeaux, l'artillerie, deux cents caisses de munitions et presque tous les officiers
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espagnols, qui avaient bravement fuit leur devoir. Aucun obstacle ne pouvait plus arrêter Napoléon jusqu'à Madrid, où il allait rapidement arriver.
SOMPEL (Pierre van), graveur belge, né à Anvers vers la fin du xvie siècle. Il fut élève de Soutman et travailla dans la manière de son maître. Parnli ses productions, on signale quatre gravures d'après Rubens : le Christ en croix, avec une bordure cintrée par le haut; Jésus à table avec les pèlerins d'EmmaOs ; Erichthon découvert dans sa corbeille par Aglaure et ses sœurs; Ixion trompé par Junon, et divers portraits d'après Rubens, Van Dyck et Soutman.
SOMPTUAIRE adj. (son-ptu-è-re — lat.
sumptuarius; de sumptus, dépense, lequel vient sans doute de snmere, prendre). Qui restreint et règle la dépense : Lois Somptuairks. Edit SOMPTUAIRE. Règlements somptuaires. Une loi SompTCaire, qui serait bonne dans une république pauvre, devient absurde dans une ville industrielle et opulente. (Volt.)
— Qui a rapport à la dépense : Introduire une réforme somptuaire dans son ménage,
— Encycl. Le luxe est certainement un danger pour les sociétés, et lorsqu'il prend des proportions exag-érées, il constitue une véritable calamité publique. Aussi maintes fois les législateurs ont-ils cherché soit à le prévenir, soit à en réprimer les excès. Ils l'ont fait par des lois qui limitaient la dépense dans les festins, dans les édifices, etc., et qui, pour cela, ont été appelées lois somptuaires. De pareilles lois ne seraient plus possibles actuellement, car elles seraient considérées comme une restriction illégale du droit qu'a chaque citoyen de disposer de sa fortune comme il l'entend. Dans notre société, en effet, on repousse les lois somptuaires comme restrictives des droits d'user et d'abuser, utendi et abutendi, qui sont des éléments essentiels du droit de propriété.
Les anciens étaient loin de penser comme nous relativement aux lois somptuaires. Cela vient de ce qu'ils se faisaient do l'Etat une opinion entièrement différente de celle que s en font les modernes. Pour nous, nous voyons surtout dans l'Etat une grande société d'assurance mutuelle et nous faisons consister notre liberté dans la plus grande indépendance possible de l'individu relativement à l'Etat et dans la limitation du pouvoir de ce dernier. Les anciens , au contraire, faisaient surtout consister la liberté d;ins la participation à la chose publique. C'est pourquoi ils étaient plus soucieux que les modernes des droits politiques et avaient bien moins de scrupule qu'eux relativement à la propriété. Pour eux, l'Etat était un véritable organisme vivant qui trouvait sa réalisation la plus complète clans le citoyen ; de là, la solidarité complète du citoyen et de l'Etat, et par conséquent la subordination de l'individu à la cité. En d'autres termes, l'Etat antique était exclusivement fondé sur les mœurs, et c'était pour le législateur un devoir impérieux de veiller à leur conservation. Quant au droit (ju'il possédait à cet égard, personne ne le révoquait en doute. 1 Nos ancêtres, nous dit Flutarque, qui exprime ici d'une manière très-exacte l'opinion unanime de toute l'antiquité à cet é^ard, ont toujours considéré les actes privés du citoyen comme étant d'une bien plus grande importance pour la république que ses actes politiques. Aussi a-t-on toujours admis que la loi devait régler ces actes', en déterminant la manière dont se feraient les mariages et comment les citoyens disposeraient de leurs biens, afin qu'ils ne se livrent pas à des dépenses exagérées. > Or, de tous les dangers qui pouvaient menacer toutes ces idées antiques, un des plus grands, sans contredit, était le luxe que développe toujours la corruption des mœurs. Ce fut pour prévenir ce danger, qu'ils connaissaient très-bien, qu'ils firent des lots somptuaires.
On trouve donc des lois somptuaires en Grèce et à Rome. Seulement, elles sont bien plus nombreuses dans cette dernière ville que dans les cités helléniques. La raison en est facile à donner. En réalité, le luxe ne pénétra en Grèce qu'après la chute de la liberté; le noble et pur esprit hellénique était vaincu, et le luxe n'eut aucun combat à soutenir contre les anciennes moeurs, qui avaient disparu. Aussi les législateurs, au beau temps des cités grecques, eurent-ils peu à s'occuper du luxe, et ils n'eurent à prendre que quelques mesures préventives en vue de réprimer des excès qui pouvaient se produire. (J'est ainsi qu'à Athènes les dix sophronistes qui avaient pour mission de veiller aux moeurs des jeunes gens, et probablement aussi des femmes, étaient chargés, en outre, d'empêcher que dans les festins le nombre s'élevât au-dessus du chiffre fixé par la loi (Athénée, ch. xlvi). Nous citerons aussi une lot des Locriens qui ne permettait pas qu'une famine se fit accompagner dans les rues par plus d'une esclave. Mais citons ici le texte mémo de laloi édictée àcetén-ard pur Zaleucus, c'est une véritable curiosité historique ;
« Aucune femme de condition libre ne pourra se faire accompagner par la ville par plus d'une esclave, si ce n'est qu'elle soit ivre; ne pourra sortir de nuit de la ville, si ce n'est pour aller chercher des galants pohr aventures déshonnêtes ; ne pourra porter ni dorures ni broderies, si ce n est qu'elle tait ~ésolve à se prostituer.
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» Aucun homme ne pourra porter ni pierreries ni étoffes précieuses, si ce n'est iorsçu'il lui plaira de se rendre dans des lieux infâmes. »
Zuleucus, comme on le voit, ne supprimait pas complètement la liberté !
Les femmes ne voulurent pas passer pour ivres ni pour impudiques, pas plus celles qui l'étaient que celles qui ne l'étaient pas, etc.
Zaleucus était un homme de bon sens et urtout d'esprit.
A Rome , le luxe pour pouvoir se développer eut a lutter contre les anciennes moeurs de la cité latine, qui lui opposèrent une vigoureuse résistance. Aussi les lois somptuaires, qui marquent les phases de cette lutte, sontelles nombreuses. On en trouve déjà des traces dans la loi des Douze Tables, o Ne façonnez pas, dit cette antique loi, le bois qui doit servir au bûcher des morts. N'ayez point de pleureuses qui se déchirent les yeux, point d'or, point de couronnes. » Cette disposition des Douze Tables marque bien l'esprit de ces vieux Romains, durs a eux-mêmes, prisant très-fort le gain, ne s'épargnant pas la peine pour l'obtenir et, par conséquent, fort ménagers de leurs épargnes. C'est après la seconde guerre punique et lorsque les victoires de Rome eurent fuit affluer chez elle les richesses de l'Asie et de la Grèce, « opulentes contrées, dit Caton, remplies de tout ce qui peut servir d'amorce aux passions, » que les lois sampluaires deviennent nombreuses. En 573, sous l'inspiration de Caton, fut promulguée la loi Orchia pour limiter les dépenses de la table. Vingt ans après (593), la loi Faufila fut portée dans le même but. Elle fixait la dépense de table à 0 fr. 51 par tète pour les jours ordinaires; dix jours par mois, on pouvait dépenser 1 fr. 50, et enfin, les jours de fête et de jeux, la dépense pouvait s'élever à 5 fr. 10. Défense d'admettre à sa table plus de trois convives étrangers , excepté trois fois par mois, les jours de fête et de marché ; défense de servir aux repas aucun oiseau, si ce n'est une seule poule non engraissée. La loi Faunia fut éludée. Ainsi, elle défendait les poules grasses : on engraissa des poulets. Fuis on prétendit bientôt que la loi n'était obligatoire que dans l'enceinte de la ville.
La loi Diilia (6ll), édictée dix-neui ans après la loi Faunia, en confirma néanmoins toutes les dispositions et non-seulement fut applicable dans toute l'Italie, mais formula contre les invités les peines qui ne menaçaient auparavant que les invitants.
Quarante ans après, un tribun du peuple nommé Duronius proposa d'abolir toutes les lois somptuaires comme attentatoires à la liberté des citoyens ; il y gagna d'être chassé du sénat l'année suivante. Les débordements continuèrent d'aller croissant jusqu'en 699, époque où L. Crassus, quoique d'une mollesse proverbiale, donna son nom h la loi Licinia, qui était presque une réédition de la loi Didia. Les jours des calendes, des nones, des nundines (marchés), la dépense maximum est de 30 as (1 fr. 50) par tête, 200 s'il s'agit d'un festin de noce. Les jours dont la loi ne fait pas mention, on ne pourra servir k chaque convive plus de 3 livres de viande (9 hectogrammes) et 1 livre de poisson salé. On peut manger des légumes k discrétion.
Les lois, au milieu de circonstances aussi agitées, n'avaient aucune valeur pratique. On se moqua si bien de la loi Licinia, que le dictateur Sylla, piqué de la chose, publia une loi C'ornelia, dont l'originalité consiste dans une liste de tous les mets connus que Sylla avait fait tarifer au-dessous de la valeur vénale des objets. C'était mettre la gourmandise k la portée de tout le monde pour le moment; dans l'avenir, c'était la tuer, car les marchands, obligés de vendre au-dessous du prix de revient, devaient bientôt se dégoûter de leur métier. Mais on ne comprit pas l'esprit de cette loi, et Lépide, dans sa loi ^Emilia, revint aux anciens errements. La loi Antia, qui voulait réagir en faveur des mœurs, ne fut pas exécutée. César, Antoine et Auguste n eurent pas plus de succès. La loi Julia, œuvre d'Auguste, autorise une dépense maximum de 1,000 sesterces (268 fr. 91) par tète un jour de noce et 200 les jours ordinaires.
Ce fut la dernière loi sompiuaire. Tibère reconnut qu'il était inutile d'insister. Il se contenta de confier au sénat le soin de fixer chaque année le prix des aliments, et il fit inspecter régulièrement par les édiles les tavernes et marchés. Chaque repas était devenu une orgie. Les plus grandes fortunes s'épuisaient en frais de cuisine. Quand les choses en sont arrivées là, il n'y a plus qu'à leur laisser suivre leur cours naturel : le remède naît quelquefois de l'excès du mal, dit un vieux -proverbe. A Rome, le remède, ce devait être l'ascétisme et l'invasion des hommes du Nord. En attendant, l'univers se ruinait à manger et à boire. On peut se faire une idée de la situation par l'exemple du fameux Apicius. Après avoir mangé en frais de cuisine 100 millions de sesterces (26,564,000 fr.), quoiqu'il mangeât en ville la moitié du temps, s'avisant un jour de calculer, il s'aperçut qu'il lui restait au plus 10 millions de sesterces (2,656,400 fr,). C'était le quart du tribut annuel que payait la Gaule à ses vainqueurs. Apicius pensa qu'il valait autant mourir que d'être condamné k dîner tous les jours sur une si faible somme, et il s'empoisonna.
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Comme le dit Cicéron : « Une vie honteuse ne laisse pas même de place k une mort honorable. •
On suppose bien que la parure était à Rome à la hauteur du luxe de la table ; il fallut sévir contre elle par des lois. Mais les lois somptuaires, en cette matière, durent viser k la réforme du costume des femmes : les hommes mangeaient trop, les femmes se vêtaient trop. « L'an 557, dit Tite-Live (1. XXXIV), au milieu des soins qu'entraînaient plusieurs guerres importantes, les unes terminées à peine, les autres sur le point d'éclater, survint une affaire qui, peu considérable en ellemême, ne laissa pas néanmoins de diviser les esprits et d'exciter de grandes discussions au plus fort de la seconde guerre punique. C. Oppius, tribun du peuple, avait fait adopter une loi qui défendait aux femmes d'avoir à leur usage plus d'une demi-once d'or; de porter des habits de diverses couleurs, de se faire traîner en char à Rome ou dans toute autre ville, ou en dehors à 1 mille à la ronde, à moins que ce ne fût à l'occasion de sacrifices publics. Deux tribuns proposaient l'abrogation de cette loi et deux autres s'y opposaient. Quantité de nobles se présentaient pour la soutenir ou la combattre, et le Capitole était rempli d'une foule également divisée sur cette affaire. Les dames, que ni l'autorité des magistrats, ni la modestie de leur sexe, ni l'empire de leurs époux ne pouvaient plus retenir chez elles, remplissaient les rues et toutes les avenues du Forum celles conjuraient les citoyens qu'elles voyaient y descendre de ne pas s'opposer à ce qu'on leur rendit leurs anciens ornements dans un temps où la république était florissante et où les affaires des particuliers s'amélioraient de jour en jour. •
o Cette affluence croissait de plus en plus, grossie par l'arrivée des femmes qui accouraient des villes et bourgades voisines. Déjà même elles portaient la hardiesse jusqu'à s'adresser aux consuls, aux préteurs et aux autres magistrats, jusqu'à les importuner de leurs sollicitations. Mais elles trouvèrent un antagoniste inexorable chez l'un des consuls, M. Porcius Caton, qui parla en faveur de la loi dont on demandait l'abrogation. »
Cependant, à force d'instances , les femmes obtinrent le désistement des tribuns opposants ; la loi Oppia fut abrogée après une existence de vingt années.
Ceci se passait deux siècles avant eelui d'Auguste. Dans ce long intervalle, on peut se figurer le chemin qu avait fait la parure des femmes. A l'époque où elles étaient parvenues k apaiser ie courroux de Coriolan, un décret du sénat, pour les récompenser d'avoir sauvé Rome, leur permit d'ajouter une bandelette k leur coiffure, de porter des habits de pourpre et des colliers d'or. Elles portaient déjà des pendants d'oreilles.
Sous l'empire, la parure d'une femme à la mode était tout un monde. « Connaissez le secret des éternels trente ans de ma maîtresse, dit une suivante dans Juvénal. Vous croyiez qu'elle avait une belle chevelure ; elle en a plus d'une, comme vous voyez. Tous ces beaux cheveux nous viennent de la Germanie, qui produit ceux du blond le plus ardent. Nous allons les acheter dans les tavernes voisines du temple d'Hercule Musagète. Quand Paula portait ses cheveux naturels, il nous fallait bien du temps pour la coiffer; mais depuis que l'âge les lui a ravis, ces coiffures toutes préparées, qui se placent sur la tête comme un casque (on les appelle galeri), abrègent singulièrement notre besogne. En voici de plusieurs sortes, et si vous êtes curieux de connaître le nom de ces trois de forme élevée , vous saurez que celle-ci se nomme caliendrum, cette autre caiantica et la troisième corymbium, parce qu'elle se termine en pointe comme une grappe de raisin. Ma maîtresse préfère ce genre pyramidal comme plus propre que d'autres à suppléer à l'exiguïté naturelle de sa taille. >
Ceci n'est qu'un échantillon. La coiffure n'était que peu de chose dans la parure d'une dame romaine. Mais on peut se figurer le reste. Là surtout, les lois ne pouvaient rien ; il aurait fallu proscrire toutes les industries et prescrire k tout le monde un costume uniforme. Pourtant, la législation intervint un jour, mais d'une façon indirecte. La victoire de Pompée sur Mithridate avait conduit les Romains jusque dans la haute Asie, où Vusage des perles existait de temps immémorial. Les vainqueurs en rapportèrent, et on en prit si bien le goût, que ce fut une passion sur laquelle César crut pouvoir spéculer. Dans une loi dirigée contre le célibat, il interdit l'usage des perles aux femmes qui n'avaient ni mari ni enfants et comptaient moins de quarante-cinq ans d'âge.
Comme on peutle supposer aisément, toutes les lois somptuaires édictées sous la république tombèrent en désuétude sous l'empiré. Le christianisme en établit de très-sévères à l'usage des premiers chrétiens. Mais comme les chrétiens étaient pauvres, que l'observance des préceptes du nouveau culte était facultative, le luxe continua de se donner iibre carrière jusqu'à l'invasion des gens du. Nord, qui y mirent un terme en détruisant la civilisation classique.
Jusque bien après la Renaissance, malgré le grand nombre des lots somptuaires prodiguées au moyen âge, le luxe eut peu d'empire sur les mœurs de l'Europe chrétienne. On peut
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même dire qu'il n'existait pas, si on le compara à celui des Romains. « En toute sorte de magnificence, débauche et inventions voluptueuses, dit Montaigne, de mollesse et de somptuosité, nous faisons à la vérité tout ce que nous pouvons pour les égaler, car notre volonté est bien aussi gâtée que la leur; mais notre suffisance n'y peut arriver; nos forces ne sont non plus capables de les joindre en ces parties vitieuses qu'aux vertueuses; car les unes et les autres partent d'une vigueur d'esprit, qui estoit sans comparaison plus grande en eux qu'en nous, d
Les lois somptuaires des anciens ont été louées au xvme siècle par les moralistes de l'école de Rousseau, qui vante la frugalité des anciens Romains. « Quand, pour augmenter leur pauvre village, dit Voltaire, ils détruisirent les pauvres villages des Volsques et des Samnites, c'étaient des hommes désintéressés et vertueux. Ils n'avaient encore pu voler ni or, ni argent, ni pierreries, parce qu'il n'y en avait point dans les bourgs qu'ils saccageaient. Leurs boisât leurs marais ne produisaient ni perdrix ni faisans, et on loue leur tempérance.
» Quand, de proche en proche, ils eurent tout pillé, tout volé, du fond du golfe Adriatique à l'Euphrate, et qu'ils eurent assez d'esprit pour jouir du fruit de leurs rapines pendant sept a huit cents ans ; quand ils cultivèrent tous les arts, qu'ils goûtèrent tous les plaisirs et qu'ils les firent même goûter aux vaincus, ils cessèrent alors, dit-on, d'être sages et gens de bien.
< Toutes ces déclamations se réduisent à prouver qu'un voleur ne doit jamais ni manger le dîner qu'il a pris, ni porter l'habit qu'il a dérobé, ni se parer de la bague qu'il a volée. »
Il est certain que les Romains ont toujours dépouillé les peuples qu'ils avaient vaincus et qu'on a tort de louer leur frugalité primitive. Elle était le fruit de la pauvreté générale. Quand ils eurent de quoi se corrompre, ils se corrompirent. Cela n'empêche pas la corruption d'user une race, et si les lois somptuaires n'arrivent pas au but qu'elles se proposent, au moins ont-elles bonne intention.
D'après Montesquieu, il n'y a jamais eu de lois somptuaires dans les démocraties, parce que l'inégalité des fortunes est peu considérable et que, tout le monde possédant, personne n'est exclu. Le régime aristocratique nécessite souvent des lois somptuaires : « A Venise (Esprit des lois, liv. VII), les lois forcent les nobles à la modestie. Ils Se sont tellement accoutumés k l'épargne, qu'il n'y a que les courtisanes qui puissent leur faire donner de l'argent. On so sert de cette voie pour entretenir l'industrie. ■ Les lois somptuaires sont nuisibles k l'industrie. Les mœurs modernes, fondées sur l'industrie et le commerce, proscrivent donc les lois Eompfuafres. Montesquieu est formellement de cet avis.
Depuis les physiocrates et Voltaire, l'économie politique est unanime à proscrire les lois somptuaires. Voici comment Voltaire s'exprime à leur égard : ■ Que la république de Raguse et le canton de Zug fassent des lois somptuaires, ils ont raison; il faut que le pauvre ne dépense point au delà de ses forces; mais j'ai lu quelque part :
Sachez surtout que le luxe enrichit Un grand Etat, s'il en perd un petit.
Si, par le luxe, vous entendez l'excès, on sait que l'excès est pernicieux en tout genre, dans l'abstinence comme dans la gourmandise, dans l'économie comme dans la libéralité. Je ne sais guère comment il est arrivé <jue dans mes villages, où la terre est ingrate, les impôts lourds, la défense d'exporter le blé qu'on a semé intolérable, il n'y a guère pourtant de colon qui n'ait un bon habit de drap et qui ne soit bien chaussé et bien nourri. Si ce colon laboure avec son bel habit, avec du linge blanc, les cheveux frisés et poudrés, voilà certainement le plus grand luxe et le plus impertinent; mais qu'un bourgeois de Paris ou de Londres paraisse au spectacle vêtu comme ce paysan, voilà la lésine la plus grossière et la plus ridicule :
Est modm in rébus, svnt certi denique fines
Quos ultra citraque nequit consistere rectutn. Lorsqu'on inventa les ciseaux, qui ne sont certainement pas de l'antiquité la plus haute, que ne dit-on pas contre les premiers qui se rognèrent les ongles et qui coupèrent une partie des cheveux qui leur tombaient sur le nez? On les traita, sans doute, de petits-maîtres et de prodigues, qui achetaient chèrement un instrument de vanité pour gâter l'ouvrage du Créateur. Quel péché énorme d'accourcir la corne que Dieu fit naître au bout de nos doigts ! C était un outrage k la divinité. Ce fut bien pis quand on inventa les chemises et les chaussettes. On sait avec quelle fureur les vieux conseillers, qui n'en avaient jamais porté, crièrent contre les jeunes magistrats qui donnèrent dans ce luxe funeste. » (Dictionnaire philosophique, au mot LUXE.)
L'Europe barbare fut longtemps si pauvre, qu'il n'y eut pas lieu d'établir de lois somptuaires. Au xii« siècle, Ses maisons des villes les plus opulentes de l'Occident étaient uniformément couvertes de chaume. Elles en prenaient quelquefois un surnom ; on disait Alexandrie de ta paille, Nice de la. paille. Il n'y avait même pas de cheminées. Au xive siècle, les auteurs commencent k regretter la
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frugalité des temps antérieurs.- A Milan, sous Frédéric II, on ne mangeait" de viande que trois fois par semaine. Le vin était rare, la bougie inconnue, la chandelle k l'usage des seigneurs féodaux. Les citoyens se servaient pour s'éclairer de morcenux de bois sec allumés. Les chemises étaient de serge. La dot d'une bourgeoise opulente de 100 livres an
fdus. Ne voilà-t-il pas de quoi réclamer des ois somptuaires? Philippe le Bel défendit aux bourgeoises de Paris de se faire traîner dans la boue sur utie charrette. Sous Charles VI, il fut enjoint de ne servir que deux plats de viande et un potage , n'importe sur quelle table : Nemo audeat dare prêter duo fercula cum potagio; « Que personne n'osa donner plus de deux plats avec le potage. ■
Le luxe se faisait particulièrement jour dans l'Eglise, qui accaparait toute la richesse publique. Un concile de Latran, tenu en 1179, sous Alexandre III, reproche aux évèquesde permettre que dans les monastères on soit obligé de vendre des vases d'or et d'argent pour les recevoir. Plusieurs canons réduisent l'attirail des évêques dans leurs tournées pastorales à trente chevaux, celui dSs archevêques étant fixé k cinquante ; un cardinal non pourvu d'un évêchè ne devait avoir que vingt-cinq chevaux.
Au début du xvie siècle, le b'ien-être général s'était accru dans une proportion notable. Louis XII, afin de mettre des bornes au luxe croissant de la féodalité , défendit de fabriquer de l'orfèvrerie dans son royaume. Il y gagna qu'on en fit venir de Venise, Les orfèvres de France furent ruinés, et bientôt le roi, éclairé car l'événement, révoqua son édit. Vers la fin de sa vie, François 1er défendit l'usage des étoffes d'or et d'argent, défense renouvelée sous Henri 1H. Sous Henri II, les habits de soie n'avaient été permis qu'aux évêques. Les princes et les princesses eurent le privilège d'avoir des habits rouges, en soio ou en laine, suivant leurs moyens (1553). Les princes et ios évêques jouissaient depuis quelque temps .lu privilège de porter exclusivement des souliers de soie. Voltaire dit k ce propos : » Toute loi somptuaire est injuste en elle-même; c'est pour le maintien de leurs droits que le.; hommes se sont réunis en société, et non pour donner aux autres celui d'attenter à la liberté que doit avoir chaque individu de s'habiller, de se nourrir, de se loger k sa fantaisie, en un mot de faire do sa propriété l'usage qu'il veut en faire, pourvu que cet usage ne blesso le droit de personne.
» L'histoire a prouvé que toutes les lois somptuaires des anciens et des modernes ont été partout, après un temps très-court, abolies, éludées ou négligées; la vanité inventera toujours plus de manières de se distinguer que les lois n'en pourront défendre. Le seul moyen permis d'attaquer le luxe par les lois, et on même temps le seul qui soit vraiment efficace, est de chercher k établir la plus grande égalité entre les fortunes par le partage égal des successions , la destruction ou la restriction du droit de tester, s Encore sont- ce des moyens funestes à plusieurs égards ; car, outre qu'ils violent la liberté individuelle, ils nuisent k la production générale et aux arts industriels qui trouvent dans le progrès du luxe un aliment inépuisable. Voltaire en convient ailleurs : « On ne doit pas plus régler les habits du riche, dit-il (Idées républicaines, 176S), que les haillons du pauvre. Tous deux, également citoyens, doivent être également libres. Chacun s'habille, se nourrit, se loge comme il peut. Si vous défendez au riche de manger des gelinottes, vous volez le pauvre qui entretiendrait sa famille du prix du gibier qu'il vendrait au riche. Si vous ne voulez pas que le riche orne sa maison, vous ruinez cent artistes. Le citoyen qui, par son faste, humilie le pauvre enrichit le pauvre par ce même faste beaucoup plus qu il ne l'humilie. L'indigence doit travailler pour l'opulence, afin de s'égaler un jour a elle. »
Une loi sompluaire qui aurait enjoint k Lucullus de ne rien dépenser de son revenu aurait fait comme si elle lui eût dit : devenez encore plus riche, afin de pouvoir acheter la république. L'indigence oisive ou ignorante peut seule goûter les lois somptuaires. Elles sont d'ailleurs une violation manifeste du droit de propriété que la jurisprudence définit : le droit d'user et d'abuser.
Citons un curieux exemple de ce qu'était chez nous, au xvinc siècle, le luxe contre lequel sévissaient les lois somptuaires. Le 19 avril 1737 parut une ordonnance royale qui défendait aux vilains, sous des peines très-sévères, de faire usage d'indienne, spécialement réservée pour la noblesse. (Cette pauvre indienne, nous l'avons vue richement imprimée, au prix de quatre sous le mètre, grande largeur et garantie bon teint, avant la crise cotonnière, lors de la guerre d'Amérique; quel chemin elle a parcouru en un siècle !)
Voici un curieux extrait authentique des persécutions que cet objet de luxe a occasionnées. « La demoiselle de Lagny, demeurant rue de Condé vue avec un jupon d'indienne à fond blanc et à fleurs violettes; — la femme du sifi'îi' Arnoult, écrivain, demeurant dans :-e r..s«sage du Riche-Laboureur, vue avec a:i >;pon d'indienne k fond blanc et k fleurs roiiges; — le sieur Brun, demeurant à l'nôtei du Languedoc, trouvé avec un portemanteau renfermait un easaquin din-
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dienne à fond blanc et à fleurs iv.uges, doublé de môme; — ' leés sieurs et dam«s, etc., etc. ; » Après avoir entendu les susnommés en leur défense, statuant sur les contraventions commises aux arrêtés et déclarations du roi concernant la prohibition, le port, l'usage, etc. » Les condamne chacun à j'amende de 300 livres, au payement de laquelle ils seront contraints, même par corps; les condamne, en outre, par les mêmes voies, à rapporter, si fait n'a été, lesdits jupons, etc., pour être confisqués au profit, etc. »
C'est alors que les vilains se sont dit : On nous défend les indiennes qui proviennent de l'Inde ; nous allons faire des indiennes françaises, et nous les ferons plus belles et à meilleur marché. On sait s'ils ont tenu parole.
Nous avons dit en commençant que l'esprit de la civilisation moderne repousse absolument les lois somptuaires. Mais elles tiennent néanmoins une grande place dans l'histoire des mœurs et du bien-être. Sans elles, il serait à peu près impossible aujourd'hui, en l'absence d'autres documents, de mesurer le bien-être (Je chaque siècle et d'avoir des renseignements nombreux et précis sur les moeurs privées des Grecs et des Romains. Terminons en disant que, si les faits qui nous sont révélés par ces lois et par les discussions auxquelles elles ont donné lieu sont exacts, les modernes n'approchent pas, si effréné que puisse être le luxe des femmes aujourd'hui, du luxe des anciens.
SOMPTUEUSEMENT adv. (son-ptu-eu-zeman — rad. somptueux). D'une manière somptueuse : Vivre somptueusement.
SOMPTUEUX , EUSE adj. {son-ptu>eu , eu-ze — lat. somptuosus; de sumptus, dépense). Magnifique, qui se fait avec grande dépense : Somptueux édifice. Habit somptueux. Festin somptueux. Le train de cet ambassadeur était somptueux. (Acad.) Plus les nations s'appauvrissent, plus les cours deviennent somptueuses. (De Ségur,) Multiplier les naissances sans anoblir, améliorer les destinées , c'est préparer une fête plus somptueuse à la mort. (Mmo de Staël.) D'un palais somptueux l'éclatante splendeur Ne nous met point, hélas! à l'abri du malheur.
VlENNET.
— Qui fait de grandes dépenses de luxe : Somptueux en habits, en équipages, en festins, en bâtiments. (Acad.)
— s. m. Caractère de ce qui est somptueux : Préférer le simple au somptueux.
SOMPTUOSITÉ s. f . (son-ptu-o-zi-té — rad. somptueux). Caractère de ce qui est somptueux, grande et magnifique dépense : On célébra cette fête auec une grande somptuosité. (Acad.) Un prince qui n'épargne aucune somptuosité se voit souvent contraint à devenir fiscal et à grever son peuple de charges extraordinaires. (Machiavel.) Je ne sais pas si la somptuosité des tables romaines peut entrer en quelque comparaison avec la recherche des nôtres. (Grimm.) Les places du Nord n'ont pas demandé plus d'argent pour leurs fortifications que les somptuosités de Versailles. (Balz.)
— Syn. Somptuosité , fade , luxe , etc. V. FASTE.
SOMPC1S, bourg de France. V. Somme-
l'UIS.
SOMS1CH (Paul), publiciste hongrois, né en 1810. Après avoir terminé ses études, il se mêla aux affaires publiques et, dans les diètes de 1832 à 1S36, se montra l'adversaire de réformes trop précipitées. En 1844, il obtint un emploi dans les bureaux du gouvernement et, par ses rares talents, attira sur lui l'attention de l'archiduc Joseph, alors palatin de Hongrie. A la diète de 1847, il devint le chef de la fraction gouvernementale, mais sut se concilier par sa modération les égards de l'opposition elle-même. Lorsqu'en novembre de la même année le gouvernement fit des propositions inattendues de réformes libérales, Somsich mit aussitôt en avant un projet d'adresse de remerclment à la couronne; mais Kossuth combattit vivement ce projet, et réussit r en empêcher la mise à exécution. Somsich disparut de la scène politique après l'explosion de la révolution de Hongrie. Parmi ses écrits, le plus remarquable est intitulé : les Anciens droits des Hongrois; il y défend avec talent l'ancienne constitution hongroise contre le nouvel état de choses.
SOMSOIS, village et commune de France (Marne), cant. de Sommepuis, arrond. et à 22 kilom. S.-O. de Vitry, à la source du Sois ; 487 hab. Somsois possède un château, bâti en 1558 par François de Liuage, et qui fut achevé par son gendre Christophe Lefebvre. L'église de Somsois, dont la caractère architectural fait remonter la construction vers la fin du xh« siècle, serait, par ses proportions, digne d'un lieu plus important. L'intérieur, comme l'extérieur de l'église, offre un grand intérêt au visiteur. En enlevant des décombres, on a trouvé une masse informe, enveloppée de linges, et on a découvert un joli reliquaire du xme siècle; il est en bois, avec un placage d'argent, ayant ta forme allongée de ces sortes d'objets; il renferme quelques ossements enveloppés dans une étoffe rouge; a la toiture se trouvaient suspendue une suite de petites médailles repré-
SON
sentant toutes le même buste avec la légende Sanctus Stephanus.
SON, SA adj. poss., SES plur. (son, sa, se — lat. suus, sua, sui, même sens). De lui, d'elle, d'eux, d'eltes, de soi ; son est féminin devant un nom féminin commençant par une voyelle ou un A muet : Son père. Son argent. Son habit. Son âme. Sa sœur. Sa patrie. Sa santé. Ses biens, ses amis, ses prétentions. (Acad.) L'éclat attire les orages de la fortune, mais l'obscurité met à l'abri de ses coups. (B. de St-P.) Il ne faut point faire faire son râle à un autre. (Dider.) La vie n'est rien par elle-même, son prix dépend de son emploi. (J.-J. Rouss.) La femme n'avoue son amour qu'après l'avoir prouvé. (Latena.) Le despote fait à ses esclaves des devoirs à son profit. (M^e Guizot.) Quiconque, te pouvant, ne nourrit pas son frère qui a faim est son meurtrier. (Lamenn.) L'homme façonne incessamment son argile et est lui-même son Prométhée. (Michelet.)
Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître. * • Corneille.
La guerre a ses faveurs ainsi que tes disgrâces.
Racine.
. . . L'amour est déchu de son autorité Dès qu'il veut de l'honneur blesser la dignité.
Crébillon.
L'avare songe à son trésor; Sourd à la voix de la nature, Son Ame, son cœur et son or, Tout est sous !a même serrure.
Deschahps.
— Le, la, avec certains verbes : Il fait son homme d'importance. Il sent son hypocrite d'une lieue.
Qu'on a- étudié : Il possède son Homère,
son Cicéron, ses auteurs anciens.
— Savoir son monde, Connaître les manières du grand monde.
— Gramm. Après le mot chacun construit d'une certaine manière, on peut quelquefois hésiter entre l'emploi de son, sa, ses, qui ont rapport à une idée singulière, et l'emploi de leur, leurs, qui ont rapport à une idée plurielle. Voir, pour la solution de cette difticulté, la note sur chacun.
Son, sa, ses, leur, teurs doivent quelquefois être remplacés par l'article seul ou par l'article en mettant en outre devant le verbe le pronom en. Voir à ce sujet la note sur les possessifs.
Enfin, son, sa, ses ne peuvent être mis en rapport avec le pronom vague autrui. Au lieu de dire : En épousant les intérêts d'autrui, nous ne devons pas épouser ses passions, il faut mettre en épouser les passions, ou mieux encore il faut remplacer autrui par les autres et ses par leurs.
SON s. m. (son — du lat. summum, le haut, le sommet, proprement la partie du blé moulu qui reste en haut du tamis). Nom «ulgaire du péricarpe des fruits des céréales, après qu'il a été séparé par l'action de la mouture : Gros son. Un boisseau de son. Il en a tiré toute la farine, il n'en reste plus que le Son. (Acad.) La grosseur du SON est toujours proportionnée à l'écartement des meules de moutin. (De Morog.) Le son et les autres issues de blé veulent être consommés tout de suite. (Pomm.) Le son sert à nourrir les chevaux, les bestiaux et les volailles. {"*.) /( n'avait pour toute nourriture qu'un mauvais pain de son. (Mignet.) Les anciens donnaient au son le nom de bran. (V. de Boroare.)
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son.
La Fontaine.
— Par anal, et fam. Tache de rousseur : Elle serait belle si elle h' avait la figure pleine de son.
— Son gras, Celui dans lequel il reste beaucoup de farine, il Son maigre ou sec, Celui dans lequel il ne reste pas de farine. Il Eau de son, Eau dans laquelle on a fait bouillir du son ou simplement dans laquelle on a mêlé du son : Il faut donner de /'eau de son à ce cheval pour te rafraîchir. (Acad.)
Prov. Habit de velours, ventre de son, Se
dit en parlant d'une personne qui épargne sur sa nourriture pour faire de la dépense en habits, il Etre bête à manger du son, Etre excessivement bête, n'être pus digne de manger de la farine, du pain, il Moitié farine et moitié son, Moitié bon et moitié mauvais, ou de qualité inférieure.
— Encycl. La mouture qui écrase le grain livre au meunier un mélange gris jaunâtre qui contient la farine et le son, mélange que 1 on jette dans le blutoir afin de lui faire produire :
îo De la fleur de farine;
20 De la farine ;
30 Un mélange de farine et de son;
4° Du menu son;
5" Du son.
Toutes ces parties sont produites dans différentes proportions , suivant l'espèce de grain et sa qualité; on calcule que cent sacs de blé peuvent donner une trentaine de sacs de son.
La séparation de l'écorce du grain et de la farine semble dater de la découverte de la panification, puisque les auteurs anciens nous parlent du son, qu'ils distinguent parfaitement des autres substances produites par les céréales.
C'est ainsi que nous lisons dans te prophète
SON
Baruch que les femmes de Chaldée, dans leurs cérémonies magiques, assises dans les rues, y brûlaient du son dans le dessein d'inspirer de l'amour; secret oriental qui ne tarda pas à se répandre en Occident, suivant Théocrite. L'enchanteresse Simëthe, qui connaissait la magie des Assyriens, après avoir essayé plusieurs charmes pour tenter le cœur de son amant, s'écrie, au comble de la fureur : • Maintenant, je vais brûler du son. « Sans rechercher quelles causes ont pu faire attribuer à cette écorce les qualités magiques dont nous venons de parler, arrivons à notre époque contemporaine et occuponsnous des emplois que le son peut recevoir dans l'économie domestique.
On a souvent proposé d'en fabriquer du pain ou de le faire entrer pour une assez forte dose dans la panification ; en dehors de la partie ligneuse et non assimilable, il reste en effet dans le son des éléments nutritifs. « Le froment, dit Joigneaux,ne contient pas plus de 2 à 2,50 pour 100 de ligneux ou son proprement dit. Cependant, la mouture, quelque perfectionnée qu'elle soit, nous donne encore, en son ou issues, 18, 19 et même 20 et 22 pour 100. Les froments demi-durs du Midi rendent 21 ou 22 pour 100 de son. Les froments durs étrangers en rendent 18 et 19 pour 100,
Tous les moyens d'atténuer la misère des classes pauvres en temps de disette ne sont que des palliatifs sans grande valeur, ou n'en ayant qu'une locale. Le seul, selon nous, réel, rationnel, consiste à faire le pain avec la farine non blutée, c'est-à-dire à y laisser le son et à utiliser ainsi toute la matière alimentaire contenue dans le froment. En effet, avons-nous dit, le froment ne contient pas plus de 2 à 2,50 pour 100 de matière ligneuse impropre à la digestion, et le moulin le plus parfait, dans toute l'extension de ce mot, ne devrait pas nous donner plus que cette quantité de son; cependant nos meilleurs moulins en donnent toujours de 12 à 22 pour 100, ainsi répartis :
10 parties de gros son ; 7 parties de son fin ; 3 parties de farine de son.
Notons encore qu'en meunerie ordinaire, c'est-à-dire dans la meunerie pour le public, nous trouvons souvent un rendement de 25 pour 100 de son contenant de 60 à 70 pour 100 des principes les plus nutritifs de la farine. En effet, d'après plusieurs chimistes français et étrangers, le «on de froment se compose de :
Amidon 52>00
Gluten 14,90
Sucre .
Matière grasse.
Ligneux
Sels
Eau
Total.
Il est donc évident qu'en employant a la panification la farine non blutée on augmente le produit d'au moins 1/6 à 1/5. Le prix du pain peut ainsi être diminué de la différence du prix du son sur le prix de la farine. En temps de disette, le son acquiert donc bien plus de valeur, et cela d'autant plus, qu'il ne saurait être remplacé par aucune autre substance alimentaire. En somme, la séparation du son d'avec la farine, pour la fabrication du pain destiné aux usages ordinaires, est une affaire de luxe.
Il manquait a l'appui de cette théorie, connue déjà depuis longtemps, la sanction de la pratique ; les travaux récents de M. Mége- Mouriès viennent, dit-on, de combler cette lacune. Nous allons lâcher de rendre compte du travail de ce chimiste , car il nous parait trop important pour le passer sous silence. Dans tous les cas, si M. Mége n'a pas encore
fiour lui les hommes du métier, il a, du moins, es Académies et les hommes les plus savants de ces Académies.
Par un artifice de meunerie, sur 100 kilogrammes de froment nettoyé du premier coup et par un seul blutage, M. Mége obtient ; ...
kilogr.
10 Fleur de farine pour levain. 40
20 Gruaux blancs mêlés de farine et d'un peu de son. . 38
30 Gruaux mêlés de beaucoup
de son 8
40 5ons divers non employés et
perte 14
Total. . . 100
Ces variétés de farines ne sont pas et ne peuvent pas être connues dans le commerce.
On n'obtient ordinairement que 72 à 75 pour 100 de farines susceptibles de donner du pain blanc, tant on se préoccupe d'éliminer le son; il faut, en effet, avec les procédés de panification aujourd'hui en usage, écarter avec le plus grand soin cette dernière partie du froment, sous peine d'obtenir du pain bis; mais, en étudiant de près la panification, on arrive à voir qu'il est très-possible d'obtenir du j.ain blanc en n'éliminant pas le son aussi complètement qu'on le fait habituellement. V. panification.
Pour corroborer les indications précédentes, nous donnerons la composition des sons d'après Poggiale i
SON
Eau 12,669
Sucre 1,909
Dextrine 7,709
Albumine 5,615
Matière albumineuse, insoluble, assimilable 3,867
Matière azotée , insoluble,
non assimilable 3,516
Graisse 2,877
Amidon 21,692
Cellulose 34,575
Cendres 5,514
Comme on le voit par cette analyse, si la quantité relative est changée, la qualité des substances qui entrent dans le son est la même que celle des principes immédiats qui constituent la farine, à l'exception de la fibre ligneuse ou cellulose, qui manque k peu près complètement dans la farine et qui domine dans le son. Il règne une assez grande incertitude sur la proportion réelle suivant laquelle la cellulose entre dans le son. Le procédé qui consiste k déterminer ce corps en dissolvant tous les autres principes par une ébullition avec les acides et avec les alcalis, et ù. peser ensuite le résidu préalablement bien lavé à l'eau et desséché, est défectueux, parce que , ainsi que Poggiale l'a montré , une portion de la cellulose est attaquée et se convertit en sucre durant ces opérations. Il vaut mieux saccharifier l'amidon en chauffant pendant longtemps le son avec une infusion d'orge germée, faire bouillir ensuite le résidu avec de la potasse 11 près que ce premier traitement a été suffisamment prolongé; laver ensuite successivement à l'eau, à l'acide acétique, à l'alcool, à l'éther; dessécher et peser le résidu. Ce procédé d'analyse fournit toujours pour la cellulose du son des chiffres beaucoup plus élevés que l'ancien ; mais il est à craindre que ces chiffres ne soient cette fois trop élevés et que certains principes immédiats dissous par l'ébullition avec les acides ne restent inattaqués par la diastase et ne soient pesés finalement comme cellulose. Il peut être intéressant de comparer la teneur en sels minéraux de la farine et du son. Lo grain contient, pour 1,000 parties, en moyenne, 21 parties de sels renfermant 8,94 parties d'acide phosphorique.
La farine contient, pour 1,000 parties, en moyenne, 5,5 parties de sels minéraux renfermant 2,33 parties d'acide phosphorique.
Le son contient, pour 1,000 parties, 53 à 60 parties de phosphates (phosphate de potassium; 54,42, phosphates de magnésium et de calcium; 43,33 pour 100 de cendres). Ces chiffres présentent une très-grando importance ; ils nous montrent, en effet, qu'en isolant le son de la farine pour obtenir un pain plus blanc et de meilleur goût, de meilleure apparence, on élimine un principe important de l'alimentation, les phosphates alcalins et alcali no-terreux, considérations qui donnent une grande, valeur au procédé de panification de M. Mége-Mouriès.
En dehors de la panification, où il pourrait ainsi entrer pour une plus forte partie qu'on ne l'a osé jusqu'à présent, le son reçoit dans les exploitations agriccjes un grand nombre d '.emplois.
On l'humecte d'eau et on le donne aux volailles, dont il remplit et leste le jabot ; quand il est riche en farine, il peut les engraisser. Il en est de même pour les lapins. Les industriels qui, il y a une quinzaine d'années, prétendaient se faire des rentes en élevant des lapins faisaient entrer dans la nourriture de ces derniers du son contenant encore de la farine. De même pour le bétail, auquel on en donne juste assez pour qu'il n'en ait pas d'indigestion, le son riche en farine le nourrit et l'engraisse; le son qui en est pauvre le purge légèrement. « Tout cultivateur, dit Bosc, qui veut acheter du son pour lo donner à ses bestiaux doit donc, au préalable, chercher à reconnaître quelle est la quantité do farine qu'il contient. Il vaut beaucoup mieux faire boire de l'eau blanche (eau dans laquelle on a fuit infuser du son pendant vingt-quatre heures) aux animaux malades que de leur donner duson en nature, parce que cette eau, chargée de la plus grande partie de la farine qui y est restée, les nourrit et ne leur charge pas l'estomac. Ceci me conduit à dire que le sou mouillé se perd moins que le son sec, par l'effet de la manière de manger des animaux: qu'en conséquence c'est dans cet état qu'il faut toujours le mettre devant eux, à moins d'impossibilité absolue. >
Quelques économistes de cabinet proposent d'employer le son comme engrais en le jetunt Sur le fumier; il faudrait vraiment n'en savoir que ftiire, et nous croyons que bien peu de cultivateurs se trouvent dans ce cas; il ne faut pas oublier que, quelque minime que soit la quantité de farine attachée au son, ce dernier n'en a pas moins uue certaine valeur et qu'il peut toujours être employé.
Le son et tontes les autres issues du blé doivent être consommés rapidement, parce qu'ils fermentent avec facilité et qu'il s'opère sur la mesure un déchet considérable. C'est surtout en été que ces inconvénients se manifestent.
En médecine, la décoction du son est employée en lavement et elle est laxative et émolliente; l'eau de son s'emploie en bains, comme adoucissant. Il paraît que le son ne doit ses propriétés médicales qu'à la farine qu'il contient encore malgré le blutage.
SON
— Commerce. On distingue : le gros son, pesant 20 kilogr. l'hectolitre; le petit son, pesant 24 kilogr. ; les recoupettes, pesant de 28 à 30 kilogr. ; le remoulage, pesant de 45 à 60 kilogr.
A. Paris, on a adopté pour le commerce de ces issues une unité de convention appelée mouture, composée de 30 setiers de 325 litres chacun, ainsi divisés :
11 setiers de gros son, 11 setiers de petit son;
5 setiers de recoupettes;
3 setiers de remoulage.
Sur presque tous les autres marchés, le son se vend aux 100 kilogr.
SON s, m. (son — du lat. sonus, même sens, qui représente exactement, selon Eichhoff, le sanscrit susanas, le grec ai'nos, le gothique sangws , allemand sang , anglais song , et le lithuanien zwanas, russe zwon, de la racine sanscrite svan, retentir, résonner; grec aineô, latin sono, lithuanien zwanu, russe zweniu, kymrique syniu). Bruit, en général : La vitessse dit son. La propagation du son. La crainte fait articuler des sons aux muets, et la méchanceté médisante peut faire parler les murailles. (Boss.) La partie de l'atmosphère la plus dense est la plus propre à propager le son. (Bnff.) Tout à coup, mon oreille est frappée des sons que le vent m'apporte. (Chateaub.) Une oreille exercée et sensible entend un accord où les autres n'entendent qu'un son. (Sicard.)
D'un seul nom quelquefois le son dur ou barbare Rend un poème entier ou burlesque ou bizarre.
Boileau.
— Bruit rhythmé, produit par d es v ibrations sonores qui se succèdent régulièrement : Son aigu, grave, perçant, éclatant, prolongé. Son club; doux, harmonieux. Son rude. Son qui étourdit. L'harmonie laptus douce est le SON de voix de celle que l'on aime. (La Bruy.) /( a, un SON de voix qui m'entre dans le cœur. (Mme <|e Séy.) La nature a donné des sons doux et des noix harmonieuses aux petits oiseaux qui habitent nos bosquets. (Buff.) Le son des cloches m'a toujours singulièrement affecté, (J.-J, Rouss.) Le son de sa voix douce et touchante gagne tous les casurs. (Volt.) La pleine licence lie mes désirs n'aurait pas ajouté une corde à ma lyre, un son plus ému d ma voix. (Chateiiub.} Les grands parleurs sont des tonneaux vides qui rendent plus de son que les tonneaux pleins. (Salentin.) La musique des chants de deuil semble laisser mourir les sons. (Jouljert.) La mélodie consiste en une certaine fluidité de sons coulants et doux comme te miel, d'où elle a tiré son nom. (Joubert.) Les ondes excitées dans l'air, arrivant aux membranes de l'oreille, donnent le sentiment des sons. (Biot.) La gamme des sons comme celle des couleurs est septénaire. (Proudh.) La musique est proprement la langue des sons ; chantée, elle en est la langue parlée; et notée, la langue écrite. (De Bonutd.)
Il s'endort, il s'éveille au son des instruments.
Racine.
Au seul son de sa voix, la mer fuit, le ciel tremble.
Racine.
Nocher, ton long adieu rend un son déchirant.
A. Guiraup.
Que vois-je? Ahl malheureux! quels traits! quel son
[de voix!
Justes dieux! quel objet offrez-vous à mu vue?
CSEBILLON.
Les monts ont prolongé le lugubre murmure Dont le son lent et sourd attriste la nature.
Saint-Lambert.
— Parext. Se dit des mots dont l'articulation est plus ou moins agréable à l'oreille, de l'harmonie, du style, etc. :
Fuyez des mauvais sons le concours odieux.