SONO
Shakspeare nous enlève. Eblouis par la beauté, ils l'adorent, ot le spectacle de leur bonheur, de leur troubla et de leur tendresse est un enchantement. » Au-dessus de ces deux couples voltige en bourdonnant l'essaim léger des sylphes et des fées. Ces vaporeuses divinités connaissent aussi l'amour. Leur reine, Titania, a pour favori un adolescent, fils d'un roi de l'Inde, qu'Obéron, son époux, veut lui arracher. Ils se querellent à la façon des dieux d'Homère, et leurs sylphes vont d'effroi se cacher dans la coupe des glanda de chêne ou dans la corolle humide des fleurs. Obérou, pour se venger, ordonne kPno.k de toucher de la fleur magique les yeux de Titania endormie. Aussitôt réveillée, la plus aérienne des fées se trouve éprise d'un gros lourdaud à tête d'âne. Elle s'agenouille devant lui et pose sur son front velu une fraîche couronne de fleurs. Elle appelle alors les génies qui la suivent et leur ordonne surtout d'arrêter la langue de son bien-aimé qui brait horriblement. Elle lui fait offrir ensuite du miel, mais il répond en demandant du foin. Quoi de plus amer que cette raillerie de Shakspeare sur le proverbial aveuglement de l'amour? Le sentiment est divin, bien que l'objet en soit indigne. Au retour du matin, l'enchantement cesse. Titanias'éveille auprès du monstre, qu'elle chasse avec horreur; ses souvenirs de la nuit s'effacent « et les fées vont chercher dans la rosée nouvelle des rubis qu'elles poseront sur le sein des roses et des perles qu'elles pendront à l'oreille des fleurs. • Tel est le fantastique récit de Shakspeare, • tissu léger d'inventions téméraires, dit encore M. Taine, de passions ardentes, de raillerie mélancolique, de poésie éblouissante, tel qu'un des sylphes de Titania l'eût fait. Rien de plus semblable k l'esprit du poète que ces agiles génies, fils de l'air et de la flamme, qui glissent sur l'écume des vagues et bondissent parmi les atomes des vents. Shakspeare effleure les objets d'une aile aussi prompte, par des bonds aussi brusques, avec un toucher aussi délicat. ■
Songe d'une nul» d'été (LB), opéra-COmique en trois actes, paroles de .MM. Rosier et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas (Opéra-Comique, 20 avril 1850). Il ne faut pas songer k trouver dans cette pièce les personnages et les ravissantes inventions de Shakspeare ; Puck, Obéron et Titania font place à Elisabeth, Shakspeare, Latimer, Kalstaff, Olivia. La musique du compositeur se serait mieux adaptée k la fantaisie anglaise qu'à ce livret, qui offre plusieurs scènes d'un goût équivoque. Ce n'est pas par leur beau côté que les uuteurs ont tracé les caractères de la reine et du grand William. Elisabeth et sa demoiselle de compagnie Olivia se sont trouvées séparées, on ne sait comment, du cortège royal. Elles sont poursuivies par des matelots, et se réfugient dans une taverne où Shakspeare est occupé à s'enivrer avec des compagnons de débauche La reine, masquée, entreprend en vain de ramener le poète national k un genre de vie meilleur. Il se inoque des sermons, continue à boire et roule sous la table ; c'est un spectacle doublement hideux. Elisabeth ordonne k sir John Falsiaff, gouverneur de Richemont, de faire transporter Shakspeare dans le parc de ce palais. C'est la nuit; les eaux du lac, les arbres éclairés par lu lune, tout semble concourir à abuser les sens de William k son réveil. Il entend, en effet, des sons mélodieux ; puis il voit une forme blanche ; une voix se fait entendre : c'est celle de son génie, qui lui reproche ses égarements et le menace de l'abandonner. Le poëte, un instant sous l'empire de celte apparition, ne tarde pas à s'apercevoir que son bon génie n'est autre qu'une femme charmante. Olivia prend la place de la reine, effrayée de sa situation. Un amant d'Olivia, Lutimer, témoin des empressements de Shakspeare, le provoque en duel. La lutte a lieu immédiatement , et Latimer tombe après quelques passes. Olivia se trouvant mal, et secourue par la reine, a trahi l'incognito royal. Shakspeare, dont la tète n'est pas très-forte dans cet opéra, croit avoir tué *ord Latimer. Il s'enfuit et va se jeter dans une rivière. On l'en retire évanoui, et il est ramené à son domicile. La reine, après avoir donné k Falstaff et aux autres acteurs de lu scène nocturne l'ordre d'oublier tout ce qu'ils ont vu, fait venir Shakspeare. Le poète se croit aimé de la reine; il arrive transporté d'amour et il s'entend traiter de visionnaire. Elisabeth seule prend pitié de Son désespoir, et dit au poète : ■ Que les événements de cette nuit soient un songe pour tout le monde, hormis vous. ■ L'ouverture se distingue par une marche dont le rhythme est original; les couplets de Fulstaff et le défilé des marmitons ont été goûtés par le public. Le trio ; Où courez-vous, mes bettes? est bien plus intéressant. Le chœur des gardes-chasse, qui ouvre le deuxième acte, est une composition très-heureusement développée et d'un grand effet. La scène de l'apparition a été ttaitée par M. Ambroise Thomas avec cette délicatesse de touche et ce coloris distingué qui sont les marques distinctives de son talent. Au troisième acte, nous rappellerons un duo passionne entre Olivia et Latimer et les couplets du Jlêve, chantés par la reine, et accompagnés par la flûte avec les violons pizticati.
SONG
SONGE-CREUX s. m. Personne qui affecte d'avoir des pensées profondes, et qui s'occupe habituellement de choses vaines, chimériques : Il se donne pour un grand penseur, mais ce n'est qu'un songk-crkux. N'en attendez rien de solide, de raisonnable, ce n'est qu'un songe-creux. (Acad.) il PI. songecreux.
— Personne qui rêve souvent à faire des malices, des méchancetés : Défies-vous d'un tel, c'est un songe-creux <?tii vous trompera. (Acad.) On le prendrait pour un innocent; mais ne vous y fiez pas; c'est un songe-creux, je vous en avertis. (Destouches,) il Sens vieilli.
SONGE-MALICE s. m. Personne qui fait souvent des malices, des mauvais tours. Il