V. FORAGE, SONDAGE, PUITS. ARTÉSIEN, TA- KlkKB, TRÉPAN
— Chir. On donne le nom de sonde à un j;rand nombre d'instruments, très-différents les uns des autres, mais servant tous à pratiquer le cathètérisine. Nous décrirons succinctement les principales en commençant par la sonde proprement dite, .c'esl-k-dire l'instrument destiné k l'exploration vésicale.
La sonde proprement dite est un tube cylindrique, dont l'un des bouts, appelé pacitlu», présente sur les côtés, deux anneaux servant à le fixer dans la main pendant qu'on l'introduit, et a recevoir des rubans destinés
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a l'assujettir dès qu'il est parvenu dans la vessie, si l'instrument doit rester en place. La direction du tube varie depuis la double courbure jusqu'à la rectitude complète. La bicourbure des sondes fut exigée par la disposition anatomique du canal de l'urètre de l'homme, tant qu'on se servit exclusivement d'instruments métalliques, soit pour dilater le canal, soit pour détourner 1 urine d'une plaie ou d'une fistule située sur son trajet. Aujourd'hui elle n'a plus d'objet, puisqu'on n'établit à demeure que des sondes flexibles, c'est-à-dire susceptibles de s'accommoder a ia direction que la verge prend dans son état de repos. Les sondes droites remontent à des ' temps très-reculés; elles ne conviennent pas I pour pratiquer ie cathétérisme, non qu'elles , soient plus difficiles à introduire, mais parce , qu'elles causent des tiraillements douloureux en redressant le canal. La sonde doit donc avoir une courbure. D'après Civiale, voici la meilleure disposition de l'instrument : il doit I se composer de deux parties, l'une droite et ' l'autre courbe. La première a une étendue I de 0m,22 à om,24. Pour trouver la longueur I et le degré de la courbure de la seconde par- ' tie, il suflit de tracer sur le papier un cercle ' 2
I de o™, 078 de diamètre, aux -(0m, 054 ) de la
circonférence duquel la partie concave de la ' sonde doit s'adapter exactement. Cette fixa- 1 tion positive de la courbure des sondes est surtout d'une haute importance dans le cas d'engorgement prostatique; celle qu'indique Civiale est beaucoup plus courte, plus uni- ' forme, et en mèine temps plus prononcée que i celle dont on a coutume de se servir. La longueur qu'on donne ordinairement aux soudes est trop considérable, 0m,23 et même ow,20 suffisent dans les cas ordinaires; il n'y en a ' qu'un petit nombre où l'on soit obligé d'employer des sondes de om,23 à 0m,27. Le diamètre de l'instrument doit être de 0m,002 k 0m,005. On le mesure à l'aide d'un étalon, sorte de filière pourvue d'orifices de grandeur déterminée et graduée, qui sert aussi pour les cathéters et bougies (v. ces mots). Une sonde d'un calibre moyen pénètre plus aisément qu'une grosse, bien que quelques chirurgiens aient prétendu le contraire. Elle cause moins de douleur, et elle est d'ailleurs la seule à laquelle on puisse recourir dans les cas de rétrécissements organiques considérables. L'extrémité de la sonde opposée au pavillon porte le nom de bec. Elle se termine ordinairement par un cul-de-sac arrondi, trèslégèrement conoïde, présentant, sur les côtés, deux ouvertures oblongues et non parallèles, qu'on appelle yeux. Quelquefois il n'y a qu'un seul œil, placé dans la concavité, ou bien il s'en trouve un de ce côté et un autre du côté de bicourbure. Parfois aussi les yeux sont remplacés par plusieurs petits pertuis disposés comme ceux d'un arrosoir, ou même ils n'existent pas du tout, et la sonde se termine par un seul trou susceptible d'être bouché au moyen d'un stylet. Toutes ces modifications sont sans portée. Les yeux ne doivent pas être trop grands; il faut que le rebord en soit lisse, uni et poli. On a fait des sondes coniques, même des sondes terminées par une pointe presque aiguë. Cette disposition offre de graves inconvénients, qui peuvent rendre l'instrument fort dangereux entre des mains inhabiles ou trop entreprenantes. Quant U la matière des sondes, les unes sont métalliques et solides, les autres flexibles. Ces dernières sont, la plupart du temps, droites ; cependant, on en fait aussi de courbes, qui ont des avantages marqués. Il importe, avant d'employer les sondes flexibles, de bien s'assurer qu'elles sont de bonne qualité ; car il y en a beaucoup qui s'altèrent promptement, se rompent avec facilité , s'écaillent, se déforment par leur séjour dans l'urètre. Le 16 mars 1875, le docteur Casenave de Bordeaux a présenté a l'Académie de médecine des sondes en ivoire de son invention. Ces sondes, dont l'ivoire est au préalable ramolli et rendu inaltérable, paraissent présenter divers avantages. Leur flexibilité ne le cède à celle d'aucun tiutro instrument du même genre; leur poli est beaucoup plus grand et leur inaltérabilité est une garantie sérieuse contre certains accidents.
Nous allons passer maintenant en revue les diverses espèces de sondes, en prenant pour guide le Dictionnaire de médecine de Littré et Robin.
' La sondé d'homme est celle que nous venons de décrire. Souvent elle se démonte pour entrer plus facilement dans une trousse de médecin. Le pavillon est quelquefois pourvu d'un robinet que l'on ouvre seulement quand on veut évacuer l'urine, et qu'on lient fermé lorsqu'on laisse l'instrument à demeure dans l'urètre. Les chirurgiens préfèrent aux sondes de métal les sondes de gomme élastique ou de caoutchouc. On en fabrique encore d'excellentes avec un mélange d'hu le siccative et de résines étendu sur un fin tissu de soie cousu ou collé de manière à foi mer un canal de grandeur variable. M. Charriere en fabrique qui n'ont qu'un tiers de millimètre de d.mnetre et d'autres qui ont 0m,01. Entre ces deux extrêmes, il existe ving-ueuf modèles intermédiaires , tous séparés l'un de l'autre par une différence d'un tiers de millimètre, et portant chacun un numéro indicateur de leurs dimensions. Il était nécessaire qu'il en fût ainsi pour que le chirurgien pût
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franchir les rétrécissements du canal les plus considérables et les dilater graduellement au moyen de cathéters de plus en plus gros.
Les sondes de femme, longues de 0m,12 à C™,15, sont droites et seulement un peu inclinées vers la pointe, qui est mousse et où elles présentent aussi deux yeux. L'autre orifice est légèrement évasé en entonnoir et garni d'un petit anneau de chaque côté. 11 doit lester en dehors de l'urètre pendant le cathétérisme. Ces sondes servent quelquefois pour l'exploration des plaies de la poitrine, et elles portent alors le nom de sondes de poitrine.
— Sonde d'Anet. On nomme ainsi, du nom de l'inventeur, un stylet d'argent très-fin dont une des extrémités a la forme d'une alêne et dont on se sert pour sonder les points lacrymaux.
— Sonde de Belloe, Cet instrument sert à diriger dans les arrière-cavités nasales des bourdonnets de charpie sèche ou imbibée de perchlorure de fer dans les cas d'épistaxis (hémorragies) rebelles. Il consiste en une sonde métallique creuse, ouverte aux deux extrémités, servant de gaîne k un ressort d'acier flexible qu'on peut faire sortir en pressant sur un bouton disposé pour cela. Quand l'instrument est arrivé au pharynx à travers les fosses nasales, on presse la détente, et le ressort, en se recourbant sur luimême, pénétre aussitôt dans la bouche par la gorge. Il est percé à son extrémité d'un oeil à travers lequel on passe un fil au moyen duquel on peut entraîner, d'arrière en avant, un tampon de charpie dans l'arrière-cavité du nez. On arrête ainsi l'écoulement du sang de ce côté, tandis qu'on bouche hermétiquement les narines au moyen d'un autre bourdonnet de charpie enfoncé cette fois sans peine d'avant en arrière. La sonde de Belloe est employée aussi pour passer des ligatures autour îles polypes que l'on veut extraire. Comme le tamponnement des fosses nasales est souvent douloureux, ou a proposé de remplacer la sonde de Belloe par le rhinobyon (du grec rhin , nez , et bvein , boucher ). C'est une sonde qu'on passe par le nez et qui renferme un petit sac. de baudruche avec un ajutage extérieur pourvu d'un robinet. Quand le bout de la sonde a atteint l'arrière des fosses nasales, on souffle de l'air ou l'on injecte de l'eau dans le sac par l'ajutage, dont on ferme le robinet quand il est distendu. Ce sac se moule sur les unfractuosités de l'organe et obture très-bien.
— Sonde brisée. C'est un long stylet droit, composé de deux parties qui se vissent à volonté au bout l'une de l'autre; cette sonde est boutonnée a l'une de ses extrémités et percée d'un chas ù l'autre, de manière à pouvoir servir tantôt à explorer les plaies pénétrantes, tnntôt k conduire un séton.
— Sonde cannelée. Cet instrument sert à guid'-r sans déviation la pointe du bistouri, de l'aiguille a ligature ou des ciseaux. On l'emploie dans beaucoup d'opérations délicates, comme le débridemeut des hernies, la ligature des artères, etc. C'est une tige métallique longue de 0m,15, large de 0>a,004, arrondie dans les deux tiers de sa circonférence et creusée dans l'autre tiers d'une rainure profonde terminée en cul-de-sac à l'une des extrémités de la sonde. L'autre bout porte* une plaque transversale, fendue pour fixer certaines brides , telles que le frein de la langue, oui doit être tendu pendant qu'on en opère la section.
— Sonde à dard. Cet instrument, employé dans l'opération de la cystotomie sus - pubienne, est une sonde d argent, longue de 0m,21 k 0m,24, présentant une légère courbure à partir des deux tiers de sa longueur et ouverte *ur sa partie concave depuis ce point jusqu'à son extrémité. On introduit flans son canal un mandrin dont l'extrémité est d'acier. La courbure que le frère Côme avait donnée à cette sonde était celle de la plupart des sondes ordinaires et suffisait dans son procédé , puisqu'il introduisait l'instrument par une plaie faite au périnée, de sorte qu'il avait la facilité de ta rapprocher autant qu'il voulait de la face postérieure du pubis. Aujourd'hui qu'on l'introduit par l'urètre , cette sonde doit avoir une courbure plus prononcée et décrire un cercle de plus grand rayon, afin que son extrémité vésicule puisse venir se placer derrière le pubis, entre la pierre et la paroi antérieure de la vessie. Dans celle de Civiale, la partie courbée, k peu près circulaire, forme environ
les - d'un cercle de om.ll de rayon. Le dard,
en sortant de la gaine entre les doigts de l'opérateur, décrit la même courbe qu'elle et se rapprocha ainsi de la symphyse pubienne, de telle sorte qu'on ne court aucun risque de piquer l'angle supérieur de la plaie, ou de pénétrer avec le dard dans la cavité abdominale, comme il est arrivé quelquefois avec l'ancienne sonda. Les sondes k dard employées par Civiale ont 0m,006 à ûm,007 de diamètre; elles ont donc une solidité sufiisante; elles remplissent à peu près le canal et ne permettent pas, comme les anciennes, au liquide de s'échapper.
— Sonde à double courant. C'est tout simplement une sonde d'homme divisée dans toute sa longueur par une cloison et percée près de son bec de deux yeux, un pour chacun des
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conduits. On l'emploie pour injecter des lithotripttques dans la vessie. Le liquide choisi pour dissoudre les calculs urinaires est poussé d'un côté; il pénètre dans la cavité vésicale par un des yeux voisin du bec et sort ensuite par l'autre.
— Sonde Laforest. Cette petite sonde, recourbée et en argent, sert k sonder le canal nasal de bas en haut et à y pousser des injections.
— Sonde œsophagienne. Cette espèce de sonde flexible a ordinairement 0m,60 de longueur et présente les mêmes dimensions que les plus grosses sondes urétro- vésicales, c'està-dire 0™,0l de diamètre. Son ouverture supérieure est évasée , et à son extrémité inférieure il existe deux yeux assez largement ouverts. On se sert de cet instrument pour porter des liquides jusque dans l'estomac à travers les fosses nasales, le pharynx et l'oesophage, dans certains cas où la déglutition ne peut se faire. On peut ainsi nourrir des individus affectés de paralysie, de plaies de la langue, du voile du palais, du pharynx et de la partie supérieure de l'œsophage. On emploie encore ce mode d'alimentation chez certains aliénés qui se refusent k prendre toute espèce de nourriture.
— Sonde à panaris. On a ainsi nommé une petite sonde cannelée eu acier, très-fine et sans plaque, assez mince pour être introduite dans les parties oit les tissus sont le plus dense et le plus serrés.
— Sonde de la trompe d'Eustaehe. C'est une sonde de gomme élastique ou d'argent, pourvue d'un petit mandrin, avec une petite courbure ou une inflexion à l'extrémité, qu'où dirige vers le pavillon de la trompe d'Eustaehe, et destinée k opérer le cathétérisme de ce canal.
' — Sonde utérine. Elle se compose d'une tige métallique, ordinairement inflexible, fixée à un manche, à sommet mousse, légèrement recourbée dans son quart supérieur-, on peut, à l'exemple de Kiwisch, en la faisant d'une matière flexible, modifier sa courbure à volonté. La sonde inflexible suffit dans la trèsgrande majorité des cas. Des divisions.en centimètres, tracées sur la concavité ou la convexité de la partie supérieure, permettent de reconnaître la profondeur k laquelle l'instrument a pénétré dans l'utcrus. Dansl'hystéromètre de Huguier, un curseur mobile, remontant jusqu'au col, indique le point fixe auquel s'est arrêtée la sonde. Valleix a supprimé le curseur et y supplée en maintenant, quand il retiro-la sonde, le doigt indicateur de la main gauche sur le point qui correspond à l'orifice externe ; une éehanerure profonde, pratiquée à 0m,0625 de l'extrémité supérieure, indique la profondeur k laquelle la sonde doit pénétrer dans un utérus normal.
Le plus ordinairement, dans l'application de la sonde utérine, la douleur est légère, excepté au moment rapide où la tête de la soide franchit l'orifice interne de la matrice. La malade pousse, en ce moment, un cri qui correspond k un très-vif élancement. On peut ensuite faire séjourner la sonde dans la cavité utérine durant trois minutes et même jusqu'à dix, sans provoquer trop de plaintes. Quelquefois, cependant, la soude, à peine introduite, détermine une douleur très-forte et des accidents nerveux. Ces accidents sont, le plus souvent, de eourte durée et peu graves ; dans quelques cas rares, ils donnent lieu k des spasmes hystériques qui peuvent continuer une ou plusieurs heures après l'application de la sonde, niais sans danger réel. La sonde utérine est uu instrument d'une utilité incontestable dans le diagnostic et 1© traitement de certaines affections utérines. Il est même des cas où on ne peut arriver sans elle k une connaissance parfaite de la lésion morbide. Le cathétérisme utérin a déterminé quelquefois des accidents inflammatoires mortels. En conséquence, le médecin ne doit jamais se départir, dans l'emploi de la sonde, de la plus grande prudence ; il doit la manœuvrer avec lenteur , s'arrêter s'il rencontre des obstacles, la réserver pour les cas où elle est vraiment utile, et éviter de s'en servir à tout propos, comme cela est arrivé pendant un certain temps. La sonde utérine introduite dans un utérus renfermant un produit de conception entraîne presque fatalement l'expulsion du fœtus. Le médecin qui se propose de pratiquer le cathétérisme utérin doit donc s'assurer, par tous les moyens possibles d'investigation, qu'il n'y a pas grossesse , et si de ses recherches il peut résulter le plus léger doute, il doit s'abstenir. La sonde est d'une grande utilité pour établir le diagnostic des déviations de l'utérus, et quelquefois même indispensable. Les mouvements que l'on communique k l'utérus permettent d'apprécier la rigidité et la souplesse des tissus environnants et les adhérences qu'il peut avoir contractées avec eux et avec les tumeurs circonvoisines, quels que soient leur nature et leur point de départ. Le cathétérisme utérin aide encore à établir le diagnostic entre les déviations utérines et les tumeurs fibreuses situées sur la face postérieure de l'utérus et faisant saillie dans le rectum.
SONDE (archipel de la), vaste groupe d'Iles de l'Océauie , dans la mer de son nom. Il embrasse les lies méridionales de la Malaisie, dans un immense demi -cercle, dont la convexité est tournés au S. Les extrémités du
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diamètre de ce demi-cercle, l'Ile Key à l'E. et l'Ile Basse au N.-O. sont distantes de plus de 4,500 kilom. Cet archipel est compris entre 6" 4' de latit. N. et il»' 5' de latit. S. et entre 92" 48' et 131» de longit. E. Au N.-O., il est baigné par les eaux du détroit de Malacca, et au S.-E. il est séparé de l'Australie par la mer de Timor. Les lies les plus importantes qui composent l'archipel de la Sonde sont : Java, Sumatra, Sumbava, Banea, Florès, Timor, Solor, Sobrao, Madura, Bornéo, Bali et Sumba (v. ces mots). La population totale est évaluée k 17 millions d'habitants. Cet archipel est presque entièrement entre les mains des Hollandais.
SONDE (merde la), dite aussi mer de/mitr, partie du grand Océan équinoxial, baignant l'archipel de son nom et comprise entre l'Ile de Java et celle de Bornéo. La mer de la Sonde communique k l'E. avec la mer de Banda ou des Moluques, au N. avec la mer de Célèbes par le détroit de Maeas^ar, et au N.-O. avec l'océan Indien par le détroit de Malacca; au S. elle communique aussi avec ce même océan par le détroit de la Sonde, qui sépare les Iles de Java et de Sumatra. La largeur de ce dernier détroit varie de 100 k 30 kilom., et sa longueur est de 13Û kilom.
SONDER v. a. ou tr. (son-dé — probablement d'un type subundare, proprement jeter dans l'eau, de sub, sous, et de unda, onde. Subundare a donné soondar , espagnol sondar, français sonder, de même que subumbrare, ombrager, a donné soombrar, espagnol sombrai; mettre dans l'ombre , français sombrer. Roquefort tire sonde du latin funda, pour fundus; mais cette explication est certainement mauvaise). Examiner, explorer, reconnaître au moyen de la sonde : Sonder un port de mer. Sondur l'entrée d'un havre. Sonder un gué. Sonder une rivière, ta faire sonder pour trouver un passage, (Aûad.j 11 y a des murs dont nous n'avons pu sonder les profondeurs. ( Buff. ) C'est en sondant les écueits des mers inconnues qu'on parvient à rendre la navigation plus sûre et les naufrages plus rares. (E. de Gir.)
— Examiner, k l'aide d'une sonde, les parties intérieures de : Sonder un jambon, un melon, un fromage, une tinette de beurre. Sonder un terrai». Sonder une charretée de foin pour s'assurer si elle ne renferme pas de la contrebande. (Acad.)
— Chercher à mesurer, à évaluer la profondeur, l'étendue de : Sonder un précipice da regard. Un torrent éternel ouvrait d mes càtës un abime dont les yeux n'osaient sonder la profondeur. (J.-J. Rouss.)
— Chercher k reconnaître l'intérieur de : Sonder à coups de canon un bois où l'on soupçonne la présence de l'ennemi.
— Pig. Chercher k pénétrer, k connaître : Sonder les dispositions, les intentions, les inclinations de quelqu'un. Le gouvernement politique ne sonde pas les cœurs, il ne pèse pas tes actions. (Mass.) La raison humaine ne trouve ni fond ni rive quand elle veut sonder t'abîme des choses. (J.-J. Rouss.) Pour la magistrature, ta science du droit ne suffit pas : il faut avoir sondé son cœur, pouvoir repondre de ses passions et être à l'abri des entraînements da jeune âge. (J. Sanileau.) Il est des misères dont on ne peut sans effroi sonder ta profondeur. (Blanqui.) Personne uu monde ne peut sonder l'abime d'une conscience. ( L. jourdan.) En sondant les mystères de l'intelligence, ta philosophie trouva un idéal digne d'elle. (Peyrat.) Il Chercher k pénétrer, à connaître les intentions, la penséede ; Tâches; de ta sonder.
Il veut sonder la monde, et son œil est débile.
Lamartine.
— Sonder le gué, Sonder le terrain, Chercher, avec quelques précautions, k connaître la situation : Ne vaudrait-il pas mieux que je sondasse un peu le gub avant que vous vous exposassiez vous-même'/ (Oampistron.) il se tut un moment, comme pour sonder le terrain sous ses pieds. (Lamart.)
— Mar. Sonder une pompe, S'assurer de la quantité d'eau qu'il y a dans la cale, au pied de cette pompe.
— Chir. Explorer avec la sonde : Sonder une plaie. Le suppôt d'Esculape débrida les lèvres de lu blessure et la sonda. (Th. Gaut.) Pour guérir les blessés, il faut sonder la plaie.
Saislecque.
Il Sonder le bois, Attaquer légèrement les planches avec le rabot, pour voir si la couleur en est bonne.
— Techn. Explorer, examiner en frappant des coups qui font produire un sou k i'ubjet dont on veut connaître l'état : Sonder du placage, du verre recuit, des formes à sucre.
Se sonder v. pr. Etre sondé : La rivière doit SE Sonder, avant que nous nous g hasardions. Avant tout, cette plaie doit se sonder.
— Introduire la sonde dans quelque partie de sou propre corps : Depuis qu'il a lapierre, U a appris d se sonder.
— Se scruter soi-même, s'étudier; examiner ses propres dispositions: Il faut se tdter, se manier, se sonder, pour savoir qu'on est vain. (Malebr.)
Il faut s'instruire et te sonder soi-même.
Voltaire.
SONDERBOURG, ville de Prusse, province du Slesvig-Holsteiu, sur la côte occidentale
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de llle d'Alsen et sur un détroit de son nom, à 45 kilom. N.-E. de Slesvig; >,000 hab. On y voit un ancien' château, qui a donné son nom à une branche de la maison de Holstein.
Souderbund (le), association des cantons catholiques de la confédération helvétique en 1815. Cette association ne fut dissoute qu'après une lutte qui u pris le nom do guerre du Souderbund. Depuis le rappel des jésuites k Eribourg, le parti ultramontain gagnait du terrain de jour en jour dans les cantons '.atholiques de la Suisse et fomentait partout des agitations et des troubles. En 1839, a Zurich, a propos de lit nomination du docteur Strauss k la chaire de dogmatique de l'université, les réactionnaires avaient tenté de renverser le gouvernement; des tentatives analogues dans le sens antilibéral s'étaient succédé en 1839 dans le Tessin , en 1810 dans l'Argovie, en 18-40 et 1844 dans le Valais, k Lucerne et dans le pays de Vaud. Le grand conseil, pour en finir, décréta la suppression des couvents. Les cantons de Lucerne et du Valais, en majorité catholiques, protestèrent, décidèrent que la religion catholique était la seule qui pût être professée publiquementehezeux et bannirent bon nom» bre de protestants. La diète réunie k Zurich hésitait k agir vigoureusement, malgré les réclamations de certains cantons radicaux qui demandaient l'expulsion des jésuites. Des corps francs s'organisèrent, sous les ordres d'Ochsenbein, et envahirent le canton de Lucerne ; mais ils furent repoussés. L'exaspération des radicaux contre les jésuites et les ultramon tains s'en accrut davantage.
Quelques mois après cette affaire, le Jl septembre 1845, les sept cantons catholiques , Lucerne, Un, Schwitz, Unterwald,Zug, Eribourg et le Valais, formèrent entre eux une ligue particulière (Souderbund) pour la défense mutuelle de leurs droits. Le parti radical vit là une violation de la constitution, qui défendait ces fédérations séparées; la diète invita les cantons du Souderbund a dissoudre la ligue, et sur leur refus la guerre fut décidée. 30,000 hommes furent placés sous les ordres du général Dufour, et eu même temps que les trou|iêsdu Souderbund envahissaient le Tessin et l'Argovie, l'armée de la diète attaquait Fribourg qui, après un combat livré sous ses murs, capitula. Les jésuites prirent la fuite, le gouvernement se dispersa et les radicaux s'emparèrent du pouvoir, l.e Souderbund fut vaincu définitivement daus une bataille acharnée livrée sur les frontières du canton de Lucerne, k la suite de laquelle les cantons insurgés firent tous leur soumission.
Pendant tout le temps de cette lutte, les puissances n'avaient cessé d'envoyer des sommations au parti radical; la France surtout menaçait d'intervenir; mais les événements de 1848 écartèrent ce danger. La constitution du 12 septembre 1848 réorgauisa la confédération suisse dans un sens plus unitaire, proclama la liberté de la presse, le droit d'association et le libre exercice du culte des confessions chrétiennes dans tous ies cantons, mais l'ordre des jésuites fut expulsé de la confédération. Chaque canton revisa sa constitution particulière suivant ces dispositions.
SONDÈRE s. f. (son-dè-re — de Sonder, botan. alletn.). Bot. Genre de plantes, de la famille des droséracées, comprenant deux, espèces, originaires de Swan-River.
SONDKRLAND (Jean-BaptUtu), peintre allemand, né à Dusseldorf en 1804. Il se fit d'abord connaître comme graveur et, quand il aborda la peinture, il se consacra exclusivement aux tableaux de genre. On cite, parmi ses meilleures productions : le Hendes-vous troublé, YHôtelier faisant le compte, le Marché au poisson, le Bateau du Jthin, le Départ et le Retour du guerrier, les Passagers, le Petit cordonnier, le Chasseur sauvage, 0 'après Bvirger. Aucun de ces tableaux n'a été exposé k Paris. On connaît davantage en France ses dessins : Jeannot et Maigot, les Galants, le Calme du soir, les Trois petites roses, la Ilot, Pauvre Pierre, la Laitière, la Petite cabaretière d'Uhlund, le Gant de Schiller, Lénore de Bùrger, l'Apprenti magicien de Gœthe, le Chasseur de rats, les illustrations dont il a accompagné la Chanson du tailleur de pierre de Rienick. Dans ces derniers teinjjs, M. Sonderland a fourni beaucoup de dessins aux publications illustrées de l'Allemagne.
SONDERSHAUSEN, ville de l'Allemagne du Nord, capitale de la principauté de Sohwarzbourg - Sondershausen , au confluent de la Wipper et do la Bébra, k 60 kilom. N.-O. de Weimar; 5,300 hab. Siège du gouvernement de la principauté et résidence du prince dans un beau château, qui renferme un riche cabinet d'antiquités. Gymnase, école d'arts et métiers. Aux. environs, buins sulfureux de Gunthersbad. Victoire de Soubise sur les Anglais et les Hanovriens en 1758.
SONDEUR, EUSE s. (son-deur, eu-ze — rad. souder). Personne qui sonde, qui sait sonder : Habile sondeur. Les meilizurs sondeurs du monde sont les matelots lascars, à l'entrée du Gange. (J. Lecomte.)
— Fig. Personne qui scrute, qui cherche à deviner les pensées, les intentions : Une fine sondeuse de secrets.
— Argot. Père sondeur Faux bonhomme
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qui s'attire les confidences par des airs de naïveté, et en profite.
— s. m. Mar. Instrument . dont on se sert pour opérer des sondages.
SONDRIO, ville du royaume d'Italie, ch.-l. de la province, du district et du mandement ds son nom, près de la rive droite de l'Adda, à 155 kilom. N.-E. de Miian ; 5,954 hab. Collège; écoles élémentaires et gymnastiques. Commerce de soie, de vin récolté sur son territoire. Aux environs, eaux minérales de Masino, très-fréquentées. Cette petite ville, cheflieu de la Vaueline ou province de Sondrio, est assez bien bâtie et possède une belle cathédrale, renfermant de bonnes peintures de Pierre Legario, peintre de Sondrio. Le théâtre, de construction moderne, mérite aussi d'être mentionné.
SONDRIO (province de) , division administrative du royaume d'Italie, comprise entre le canton suisse des Grisons au N., le Tyrol à l'E., la province de Bergame au S. et le canton suisse du Tessin à l'O. Klle mesure 3,259 kilom. carrés de superficie, renferme 8 mandements, 80 communes et 106,040 hab. Son territoire, accidenté par les ramifications méridionales des Alpes Rhétiques, comprend la Valteline et les vais de San-Giacomo et de Bergaglia; sous le premier Empire français, il formait le département de l'Adda , dans le royaume d'Italie.
SONE, rivière de Plndoustan anglais. V-
SOANË.
SONE {la) , village et commune de France (Isère), cant., arrond. et à 6 kilom. S.-O. de Saint-Marcellin, sur l'Isère; 773 hab. Moulinage de soie ; fabrication d'étoffes de soie, aciéries, filatures de cocons, papeterie. Commerce de grains et farines. Sur des rochers à pic qui dominent le cours de l'Isère, on voit les ruines d'un ancien château, près desquelles on a établi une belle filature de soie.
SONERILE s. f. (so-ne-ri-Ie). Bot. Genre de plantes, de la t'amiile des mélastomacées, tribu des lavoisiériées, comprenant une trentaine d'espèces , qui croissent dans l'Asie tropicale.
SONGAR s. m. (son-gar). Mamm. Espèce de hamster, qui habite la Sibérie.
— Encycl. Le songar est de la taille du campagnol ordinaire; il a la tête courte, les moustaches très-longues, les abajoues trèsamples et se prolongeant jusqu'aux épaules , le corps trapu, la queue et les pattes trèscourtes. Son pelage est d'un brun cendré en dessus, avec une ligne dorsale noire; varié de blanc et de brun sur les flancs, blanc ou un peu cendré sous le ventre. Cet animal, regardé autrefois comme un rat, est aujourd'hui rangé dans le genre hamster. Il habite la Sibérie et la Tartarie et se trouve dans les lieux arides et déserts, et au bord des cours d'eau. Il se nourrit de graines, dont il remplit ses abajoues pour aller les manger tranquillement dans son terrier. Il devient très-gras en automne et fournit alors im boa aliment.
SONGARE s. ( son-ga-re ). Hist. Membre d'une tribu du Mogol.
— Adjectiv. : Tribu songare.
SONGARIA, dénomination par laquelle les Anglais désignent la partie N.-O. de l'empire chinois. V. Dzoungarib.
SONGE s. m. (son-je — latin" somnium; de somuus , sommeil). Rêve , idées imaginaires d'une personne qui dort : Un beau songe. Un songe agréable, riant. Un songe pénible, effrayant. Avoir un songe. Faire un songe. Ajouter foi aux songes. Toutes ses grandeurs s'évanouirent comme un songe. ( Acad. ) L'homme passe comme les vaines images que la fantaisie forme elle-même dans l'illusion de nos songes. (Boss.) Les songes ne sont généralement qu'illusion, et leur interprétation est ou frivole ou douteuse. (La Mothe Le Vayer.) Chez les Juifs, on prédisait l'avenir par des songes. (Volt.) Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe ?) Entretientdansmoncœur un tourment qui le ronge.
Racine.
Je sais ce qu'est un songe et le peu de croyance qu'un homme peut donner à son extravagance.
Cojihejlle.
Nos songes sont souvent des délateurs secrets. De nos vœux les plus sourds conlidents indiscrets.
Ducis.
De tous ces vains plaisirs où leur âme se plonge. Que leur restera-t-il? ce qui reste d'un songe Dont on a reconnu l'erreur.
— Fig. Illusion, vaine imagination : La femme s ingémie , imagine ; elle enfante des songes et des dieux. (Michelet.)
Voilà de vos chrétiens les ridicules songes.
Corneille.
Et fabuleux chrétiens, n'allons point, dans nos songes D'un Dieu de vérité faire un Dieu de mensonges.
Boilbau.
Chacun tourne en réalité, Autant qu'il peut, ses propres songes.
La Fontaine.
Quel songe n'a pas fait et que n'a pas tenté L'Ame que tu séduis, ô curiosité!
Lapradi.
Il Chose vaine, futile, sans portée, sans durée : La vie n'est qu'un songe, la gloire n'est
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qu une apparence. (Boss.) La plus éclatante fortune n'est qu'un songe flatteur. (Fén.) Pour les femmes du Nord, la vie est le SONGE d'une ombre. (De Custine.) La passion est le songe de l'homme éveillé. (Latena.) Notre vie est un songe, et la mort un réveil.
Voltaire.
— En songe. Pendant le sommeil, en rêvant, dans un songe : Ta vu cela en songe. Un ange lui apparut en songe. Un valet de chambre du roi de Pologne Stanislas lui lisait la oie de Marie Alacoque. « Dieu, lisait-il, lui apparut en singe... — En songe, reprit le roi. — Oh ! dit le lecteur, en songe ou en singe, Dieu était bien le maître. ■
— Sembler un songe. Avoir l'air d'un songe, Etre comme un songe, N'offrir qu'une idée vague, confuse, comme celles qu'on a en songe : Il me semble que c'est un songe. En vérité, tout ceci A i'air d'un songe. (Mariv.)
— Prov. Tout songe est mensonge, Les rêves sont trompeurs. Il Mal d'autrui n'est que songe, Le mal d'autrui ne nous touche guère.
Il Mal passé n'est que songe, Un mal passé n'est plus un mal.
■ — Mythol. gr. Nom donné & des divinités, filles du Sommeil, qui présidaient aux songes, qui inspiraient les songes des hommes : Les Songes vains passaient par une porte d'ivoire.
— Bot. Espèce de nymphéa, qui croit à l'île de France.
— Syn. Songe, rèwe, rêverie. V. RÊVE.
— Encycl. Physiol. et Psychol. V. rêve.
— Littér, Des songes dans la poésie. Depuis Homère jusqu'à M. Viennet, le songe a été l'accessoire obligé de tout poSme épique et de toute tragédie. Remarquons eu passant qu'un songe, dans le sens classique et pompeux du mot, n'est pas du tout un rêve, en prenant ce dernier dans son acception la plus rigoureuse, c'est-à-dire quelque chose de bizarre, d'incohérent, de fantastique et de terrible ; le songe est une vision nette et précise qui, sur l'ordre d'une puissance surnaturelle, donne aux mortels un bon ou un mauvais conseil , et s'acquitte fidèlement de cette mission de confiance. Nous autres, simples mortels, nous avons tous fait des rêves ; les héros de tragédie seuls ont eu des songes. Au reste, le songe se comprend chez les anciens, dans la bouche d'un poète profondément pénétré de l'esprit religieux, et s'adressant à un peuple qui croit à cette manifestation divine. C'est à ce point de vue qu'il faut étudier les songes dans Homère, dans Eschyle, dans Sophocle, dans tous ces génies que la foi inspirait et soutenait. Ainsi Homère, dans Y Iliade (chant II), nous montre sous une forme visible le son ge envoyé au roi des rois. « Jupiter appelle le Songe trompeur et lui adresse aussitôt ces paroles ; Va, Songe trompeur, vers la Hotte des Grecs, pénètre dans la tente d'Agamemnon, et rapporte-lui fidèlement les ordres que je te confie : dis-lui d'armer à l'instant tous les Grecs, dis-lui qu'aujourd'hui même il s'emparera de cette ville de Troie ; que les immortels habitants de l'Olympe ne sont plus d'un avis différent; que Junon suppliante les a tous séduits, et qu'enfin les Troyens sont menacés de grands maux. Il dit, le Songe s'envole, docile à cet ordre ; bientôt il atteint les rapides vaisseaux et se rend près du fils d'Atrée. Il le trouve couché danssa tente, plongé dans les douces vapeurs du sommeil ; il se place sur la tête d'Agamemnon, et, prenant les traits de Nestor, celui de tous les Grecs qu'honorait le plus Atride, le Songe divin parle en ces mots, etc. » Et le roi des rois assemble aussitôt ses sujets pour leur rapporter mot à mot tes paroles que le songe lui-même avait répétées textuellement d'après le roi des dieux. C'est l'oracle, c'est la formule du destin qui se transmet ainsi religieusement. Ce songe d'Agamemnon est beau par son caractère sacré et par sa simplicité sans ornements. Ceux qu'Eschyle place à l'exposition de ses tragédies ont quelque chose de plus grandiose et de plus terrible. Le songe d'Atossa, au début des Perses, ouvre d'une façon majestueuse et triste ce long chant funèbre sur la ruine de Xerxès.
A peine la reine a-t-elle achevé son lugubre récit, qu'on entend les gémissements poussés par le messager qui apporte la nouvelle de l'épouvantable désastre de l'armée de Xerxès.
Le songe de Clytemnestre, dans les Coéphores, n'est pas d'un effet moins saisissant. Pendant que Clytemnestre épouvantée consulte les devins, Electre, à la tête d'un long cortège de femmes en deuil, apporte des libations au tombeau d'Agamemnon, dont les mânes inapaisés ont troublé le sommeil de l'épouse criminelle.
Le sentiment religieux, qui, dans Eschyle, anime ces puissantes créations, agit déjà moins sur le génie de Sophocle ; dans {'Electre de celui-ci, le songe de Clytemnestre , raconté par Chrysothémis, n'est qu'une pâle imitation de celui des Coëphores. Le plus parfait des poètes dramatiques ne trace point de ces sombres tableaux où excelle le tragique Eschyle. Avec Euripide, le progrès de l'élément humain est plus sensible encore ; dans ses tragédies, les inspirations divines, les troubles prophétiques tiennent fort peu de place; la souffrance morale occupe chez lui le premier rang. Le seul songe auquel il ait donné de l'importance, est ceint d'Jphi-
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génie en Tauride ; la jeune victime, dérobée par Diane au sacrifice paternel, languit en Tauride loin de sa famille, loin des Grecs; le jour même où elle doit revoir, par une étrange aventure, Oreste et Pylade, elle raconte un songe qu'elle vient d'avoir, songe où il faut voir bien moins un oracle des Dieux qu'un souvenir et un pressentiment : < Il me semblait, pendant mon sommeil, qu'après avoir quitté ce pays j'habitais à Argos et que je dormais au milieu des jeunes filles, lorsqu'un tremblement ébranle la terre ; je fuis, et dehors, debout, je vois le faîte du palais s'écrouler de fond en comble jusqu'à terre. De la maison de mon père, à ce qu'il me semblait, une seule colonne restait debout, et de son chapiteau descendait une blonde chevelure, d'où sortait une voix humaine, et moi, fidèle à mon culte homicide, je l'arrosais d'eau, en pleurant comme une victime destinée à la mort. • Cette ruine du palais, c'est l'épouvantable histoire de la maison d'Atrée, qu'Iphigénie ignore encore ; cette colonne à la blonde chevelure, c'est Oreste que le hasard va bientôt amener à sa sœur, pour être l'holocauste offert au dieu barbare dont Iphigénie est la prêtresse.
La littérature latine, littérature toute d'imitation, devait emprunter les songes à la Grèce, avec tout le reste du bagage poétique. Aussi trouvons-nous des songes dans les poëmes latins les plus anciens, dans le Duîorestes de Pacuvms, dans le poème épique d'Ennius, le songe de Rhea Silvia, etc. Le plus beau monument de ce genre que nous offre la poésie latine est le songe dans lequel l'ombre d'HectorapparaîtàEnée. au H» livre de \' Enéide. Il faut avouer que si ce n'est là, en réalité, qu'une copie, l'art de Virgile a Su y faire vibrer l'émotion poétique. Dans ce songe fameux que tout le monde connatt, la profondeur du sentiment s'unit à l'admirable harmonie de la versification et fait de ce morceau l'un des plus beaux de la poésie épique. Mais tout maître a ses disciples maladroits ; après Virgile, les Stace, lesSilius Italicus eurent aussi leurs songes, que personne ne lit aujourd'hui. En même temps qu'eux, Lucain, qui ouvrait à la poésie épique des voies plus hardies, essayait de renouveler toute cette mythologie par des images plus frappantes, celle, par exemple, de la patrie évoquée devant César, au moment où il va passer le Rubicon ; mais ce n'est pas là un songe, c'est l'hallucination d'un homme parfaitement éveillé.
La tradition du songe épique s'est conservée dans la plupart des grands poëmes modernes. Dans la Jérusalem délivrée, Tancrède rêve à la belle Clorinde, que, sans la connaître, il a tuée en combat singulier et qu'il a faite chrétienne en la baptisant au moment de sa mort. A ce songe, où il y a trop de beautés d'emprunt, nous préférons de beaucoupcelui d'ËvedansleParadî'sperdu.Milton a su y déployer plus de force et de grâce. Nous ne parlerons que pour mémoire du songe de Henri IV dans la Eenriade. Là, saint Louis montre à son successeur tous les siècles passés et futurs qui se déroulent devant lui, suivant un procédé bien connu. Richelieu, Mazarin, Louis XIV sont pressentis et prophétisés à coup sûr. Cela est bien froid.
Par un développement parallèle, le songe a pris possession du domaine tragique en même temps que du domaine épique. Nous ne citerons pas deux songes qui sont dans la mémoire de tout le monde, celui d'Athalie, de Racine, et celui de Pauline dans Potyeucte. Quoique dans notre enfance nous ayons trop souvent répété avec ennui ces morceaux si connus, il faut être juste à leur égard et, sans toutefois rien exagérer, y reconnaître quelques beautés de premier ordre. Ce sont des songes, il est vrai, c'est-à-dire des machines dramatiques; niais quel savant désordre dans ces images confuses de rêves troublés I Jézabel debout devant sa fille, ses membres livrés aux chiens dévorants, puis cet enfant meurtrier; et dans Polyeucte , cette étrange assemblée, le gendre tombant sous les coups de son beau-père, tout cela au milieu d'une inextricable confusion, ce sont des tableaux plus vivants et plus dramatiques qu'on ne serait tenté d'en attendre des poètes classiques.
D'autre part, Shakspeare, dont le puissant
fénie créait une forme nouvelle du drame, risait ce moule usé du songe et substituait à l'antique tradition mille formes diverses des hallucinations de la conscience et de l'imagination : c'est l'ombre de César pénétrant dans la tente de Brutus ; c'est l'ombre du père d'Hamlet se montrant menaçante et irritée, à minuit, près des fossés du palais; ce sont les ravissantes et fantastiques féeries du Songe d'une nuit d'été ; c'est le somnambulisme terrible de lady Macbeth : le remords, étouffé le jour par une volonté puissante, triomphe la nuit de cette volonté fatiguée, anime le corps inerte et fait parler la conscience. En parlant des songes dans Shakspeare, peut -on oublier la gracieuse peinture qu'il a tracée de la reine des Songes : « Elle vient, petite et légère comme l'agate placée à l'index d'un alderman, traînée par un attelage de minces atomes, et parcourt le nez des hommes pendant leur sommeil. Les rayons de ses roues sont faits de longues pattes de faucheux ; l'impériale de sa voiture, d'ailes de sauterelle ; ses traits , de la plus fine toile d'araignée ; ses harnais, des rayons
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humides d'un clair de lune; le manche de son fouet est un os de grillon, et la mèche une mince pellicule ; son postillon est un petit moucheron vêtu de gris, pas à moitié si gros que le petit ver rond retiré avec la pointe d'une aiguille du doigt d'une jeune fille. Son char est une coquille de noisette vide, travaillée par l'écureuil, ouvrier en bois, ou par le vieux ver chargé, de temps immémorial, de fabriquer les chars des fées. C'est dans cet équipage qu'elle galope toutes les nuits au travers du cerveau des amants, et ils rêvent d'amour; sur les genoux des hommes de cour, et ils rêvent aussitôt de révérences; sur les doigts des gens de loi, et aussitôt ils rêvent d'épices; sur les lèvres des dames, et à l'instant elles rêvent de baisers ; mais souvent Mab irritée les punit par des boutons d'avoir gâté leur haleine de parfums confits. Quelquefois elle galope sur le nez d'un courtisan, et il rêve qu'il flaire une place à solliciter. Quelquefois elle vient, avec la queue d'un pourceau de dîme, chatouiller le nez d'un prébendaire endormi, et il rêve d'un second bénéfice. Tantôt elle se dirige sur le cou d'un soldat, et il rêve d'ennemis qu'il pourfend, de brèches, d'embuscades, de coutelas d'Espagne, de rasades qu'il avale à la toise. Alors elle bat le tambour à son oreille; il s'éveille en sursaut , et dans sa fureur il jure une ou deux invocations, puis se rendort. » Au lieu de suivre cette voie nouvelle, nos classiques purs ont coutume de marcher dans les chemins battus ; les postes tragiques de la fin du xviiie siècle et de l'Empire ont usé largement du songe. Pas de Thésée, de Médêe, de Polyxène qui ne fût enrichi d'un songe. Que dire de Ducis qui imagina de remplacer par un songe l'apparition du roi de Danemark à Hamlet? Ce songe, tout racinien, est raconté par la prince à son confident. La tragédie est au complet.
Le romantisme lui-même ne nous a pas débarassés du songe. Il y a un songe, et même il est médiocre, dans le Cromioell de Victor Hugo ; il y en a un autre dans le Caligula, drame en vers d'Alexandre Dumas; Ponsard n'a pas manqué d'en placer un dans sa Lucrèce. Mais malgré ces exemples de tous les chefs d'école, le songe est définitivement passé à l'état de friperie poétique.
— Superst. Divination par les songes. Les songes offrent en eux-mêmes quelque chose de si extraordinaire , ils frappent si fortement l'imagination, qu'il n'est pas étonnant qu'ils aient éveillé, cnez les peuples incultes et primitifs, toutes sortes d idées superstitieuses ; elles se sont perpétuées dans le cours des âges, maigre le progrès des lumières. Tous les peuples anciens prenaient les songes pour des avertissements des dieux, et, comme il arrive aussi fréquemment que nous voyons en songe, après leur mort, les personnes qui n'ont pas cessé de nous être chères, chose que la physiologie moderne explique parfaitement, on a dû croire tout naturellement que les âmes des morts avaient la puissance d'apparaître et d'envoyer des songes. Les devins, les charlatans ne manquèrent pas d'exploiter cette crédulité ; les Grecs firent de l'interprétation des songes une science spéciale, l'onirocritie.Cicéron et Plutarque n'ont pas dédaigné de composer des traités sur cette matière. Il ne manqua pas, chez tous les peuples, de bons esprits qui rejetèrent cette prétendue science parmi les chimères. Aristote montra, dans son traité de la Divination par le sommeil, qu'il n'est ni vrai ni possible que la divinité envoie des songes prophétiques, et se moqua de ceux qui se laissaient abuser par cette vaine croyance. Ilmontraavecun grand bon sens que le songe ne renvoie à l'homme que ses propres impressions de l'état de veille grossies par l'imagination. Si quelques songes se réalisent, ce phénomène est dû à de simples coïncidences, dont on ne peut tirer aucune conséquence positive, puisqu'il faudrait pour cela ne tenir nul compte des innombrables quantités de songes qui ne se réalisent pas. Pline est du même avis, quoiqu'il soit bien crédule sous d'autres rapports et qu'il admette sans discussion des histoires de revenants; il dit que, de son temps, la croyance aux songes n'était plus le fait que des foules ignorantes et que les charlatans seuls osaient encore pratiquer l'oniracritie.
Cependant il se trouva toujours des hommes, même parmi les plus sensés et les plus illustres, qui eurent foi dans leurs songes; Brutus croyait aux siens, et il vit un présage sinistre dans le fantôme menaçant qui lui apparut la veille de la bataille de Philippes. Franklin, cet esprit droit sur lequel il semble impossible que la déraison ait eu prise, croyait pleinement aux songes et y voyait des avertissements. C'est bien pire encore si l'on étudie les mystiques de tous les temps et de tous les pays. Les religions, contrariant le travail de la philosophie, se sont montrées, sous ce rapport comme sous tant d'autres, les corruptrices de la raison humaine. Au lieu de combattre la croyance aux songes comme une folie, elles l'ont acceptée et propagée ; les prêtres trouvaient leur compte à exploiter ces chimères. Les prêtres assyriens, persans, iiidous, égyptiens, hébreux expliquaient les songes; les Grecs avaient divers sanctuaires où l'homme qui voulait avoir des songes prophétiques allait coucher ; tel était surtout l'autre de Trophonius. On couchait aussi pour le même motif dans tous les temples dédiés aux divi-
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n'itês médicales : Hercule, Apollon et Esculape ; mais là, c'étaient seulement des malades qui étaient admis, et, puisque la médecine moderne accorde que certaines affections pathologiques coïncident avec des rêves d'une certaine nature, il y avait dans cette pratique un fondement de raison.
La religion chrétienne adopta la croyance aux songes; elle ne pouvait faire autrement sous peine de renier l'Ancien et le Nouveau Testament. La Bible est pleine d'avertissements donnés en songe ; Jacob voit en songe la fameuse échelle qui, partant de sa poitrine et aboutissant aux cieux, présage les grandes destinées de sa race; Joseph explique les songes du pharaon ; Dieu apparaît en songe à Moïse et aux prophètes. Enfin, dans l'Evangile, un ange avertit en songe Joseph de sa paternité et le rassure à cet égard (Matth.,i, 20) ;un autre songe l'invite à fuir en Egypte pour éviter le massacre des innocents {id.,iit 12-13) ; la femme de Pilate, agitée par des songes, envoie prier le procurateur d'absoudre Jésus-Christ (id., xxvii, 19). C'est ce qui fait qu'au moyen âge, lorsque les scolastiques voulurent faire adopter l'opinion dAristote et déclarèrent que les songes étaient des chimères, on leur ferma la bouche par ce seul mot : l'Evangile I Ils durent faire amende honorable. Aujourd'hui que la science, habituée par la rigueur des investigations anatomiques et physiologiques à rejeter toute explication des phénomènes par des causes surnaturelles, refuse de voir dans les songes autre chose que le produit d'un travail cérébral déréglé, la religion enseigne encore qu'il y a des songes prophétiques envoyés par Dieu. « Il est arrivé à une infinité de personnes, dit l'Encyclopédie catholique de L'abbé Glaire, d'avoir des songes suivis, circonstanciés, qui semblaient réfléchis et raisonnes, qui regardaient l'avenir et qui ont été exactement vérifiés par l'événement. Comme cette correspondance ne pouvait pas être prise pour l'effet du hasard, on en a conclu qu'il y avait là quelque chose de divin et de surnaturel. Ce phénomène, devenu assez commun, a fait croire qu'il en était de même de tous les songes, et que c'était un moyen par lequel la divinité voulait faire pressentir l'avenir. Il n'y a là ni imposture ni fourberie; le commun des hommes n'est pas obligé d'être philosophe, ni de faire à tout moment des réflexions profondes pour savoir si tel événement est naturel ou surnaturel. Quoiqu'il y ait dans les livres saints une défense générale d'ajouter foi aux songes et que les Pères de l'Eglise aient répété aux chrétiens la même défense, il ne s'ensuit pas que les personnages dont nous avons parlé aient eu tort de prendre les leurs pour des avertissements du ciel. Dieu, qui les leur envoyait, les accompagnait de signes extérieurs ou intérieurs, desquels on pouvait conclure avec certitude que ce n'étaient point de simples illusions de 1 imagination. Dieu est le maître d'instruire les hommes de quelle manière il lui plaît, ou par lui-même, ou par ses anges, ou par des causes naturelles dont il dirige le cours. > Cette théorie est surtout excellente pour éblouir les simples, agréablement flattés de savoir que leur Dieu est occupé toute la journée, et même une partie de la nuit, à songer à leurs petites affaires.
Il n'est donc pas étonnant qu'une croyance si puérile, mais si soigneusement entretenue par la religion, se soit perpétuée. Sans doute les prêtres catholiques ne favorisent en aucune façon le commerce des sorciers et des devins ; ils n'éditent pas de Clefs des songes, comme les charlatans; mais, en affirmant qu'il y a des songes prophétiques, ils forcent par cela même à examiner tous les songes comme des objets dignes d'attention, et nourrissent l'erreur dans les consciences.
Voici, d'après les meilleures Clefs des songes, la signification précise des divers objets, animaux ou personnages qui peuvent apparaître pendant le sommeil.
Il est bien entendu que nous donnons ce qui suit à titre de simple curiosité :
Aigle. "Voir en songe voler un aigle est un bon présage ; signe de mort s'il tombe sur la tête du songeur. Ane. Si l'on voit courir un âne, signe de malheur ; si l'âne est en repos, caquets, médisances. Si. on l'entend braire, inquiétudes et fatigues. Arc-en-ciel. Vu du côté de l'Orient, signe de bonheur pour les pauvres ; du côté de l'Occident, le présage est pour les riches. Argent trouvé, chagrin et pertes; argent perdu, bonnes affaires ; voir des quantités de petites pièces d'argent, richesse ; rêver de pièces d'or, misère.
Bain dans l'eau claire, bonne santé ; dans l'eau trouble, mort de parents et d'amis. Belette, signe certain que l'on aimera une méchante femme. Boire de l'eau fraîche, grandes richesses ; de l'eau chaude, maladie ; de l'eau trouble, chagrin. Boudin. Faire du boudin, présage de peines ; manger du boudin, visite inattendue.
Cervelus. Faire de3 cervelas, passion violente; manger des cervelas, amourettes ' pour les jeunes gens, bonne santé pour les vieillards. Champignons, signe d'une vie longue et d'une bonne santé. Chanter. Un homme qui chante, espérance; une femme qui chante, pleurs et gémissements. Charbons éteints, mort ; charbons allumés, embûches. Chat. Rêver d'un chat, trahison. Chal-huant, funérailles. Cheveux arrachés, perte d'amis
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ou d'argent. Chien. Rêver d'un chien, bonheur conjugal. Corbeau qui vole, péril de mort. Couronne. Une couronne d'or sur la tète présage des honneurs; une couronne d'argent, bonne santé; une couronne de verdure, dignités; une couronne d'os de mort annonce la mort. Cygnes noirs, tracas de ménage.
Dents. Chiite de dents, présage de mort. Dindon. Voir ou posséder des dindons, folie de parents ou d'amis.
Enterrement. Aller à l'enterrement de quelqu'un, heureux mariage. Etoiles. Voir tomber des étoiles, chute, déplaisir et revers.
Fantôme blanc, joie et honneur; noir, peines et chagrins. Femme. Voir une femme, infirmité; une femme qui accouche, joie; une femme blanche, heureux événement; noire, maladie; nue, mort de quelque parent; plusieurs femmes, caquet. Fesses. Voir des fesses, infamie. Fèves. En manger, querelles et procès. Filets. Voir des filets, présage de pluie. Flambeau allumé, récompense; éteint, emprisonnement, fricassée. Rêver de fric isée, caquets de femmes.
Galanterie. Si un homme rêve qu'il e (, galant, bonne santé ; si une femme rêve qu'elle est galante, elle sera heureuse dans le commerce ; si c'est une jeune fille, inconstance. Gibet. Songer qu'on est condamné à être pendu, heureux succès. Grenouilles, indiscrétion.
Hanneton , importunités. Homme vêtu de blanc, bonheur; de noir, malheur; homme assassiné, sûreté.
Insensé. Si quelqu'un songe qu'il est devenu insensé, il recevra des bienfaits de l'autorité, et vivra longuement.
Jeu. Gain au jeu, perte d'amis. Justice. Etre tourmenté de la justice, amourettes futures.
Lait. Boire du lait, amitié de femme. Lapins blancs, succès ; lapins noirs, revers ; manger du lapin, bonne santé; tuer un lapin, tromperie et perte. Lard. Manger du lard, victoire. Limaçon, charges honorables. Linge blanc, mariage;' linge sale, mort. Lune, Voir la lune, retard dans les affaires; la lune pâle, peines; la lune obscure, tourments.
Manger à terre, colères. Médecine. Prendre médecine, misère ; donner médecine à quelqu'un, profits. Meurtre. Voir un meurtre, sûreté. Miroir, trahison. Moustaches. Songer qu'on a de grandes moustaches, augmentation de richesses.
Navets, vaines espérances. Nuées, discorde.
Œufs blancs, bonheur ; cassés, malheur.
Oies. Voir des oies, présage d'honneurs. Ossements, travers et peines.
Palmier, palme, succès. Paon. L'homme qui voit un paon aura une belle femme, la îemme un beau mari , les gens mariés de beaux enfants. Perroquet, indiscrétion, secret révélé. Promenade avec une femme, bonheur de peu de durée.
Quenouille, pauvreté.
Bats, ennemis cachés. Boses, plaisirs.
Sauter dans l'eau, persécution. Scorpions, lézards, chenilles, scolopendres, malheur et trahison. Soufflet donné, paix et union entre le mari et la femme. Soufre, présage d'empoisonnement.
Tempête, outrage et grand péril. Tête blanche, joie ; tête tondue, tromperie; tête chevelue , dignités ; tête coupée , infirmités. Tourterelles, mariage.
Vendanges , santé et richesse. Violette , succès. Violon. Entendre jouer du violon et d'autres instruments de musique, concorde et bonne intelligence entre le mari et la femme.
— Iconogr. Dans sa description du palaÏ3 du Sommeil, Ovide dit qu'autour de ce dieu sont groupés les Songes, nonchalamment étendus, imitant toutes sortes de figures, et aussi nombreux que les épis dans les plaines, les feuilles dans les forêts, les grains de sable sur le rivage de la mer. Aucun peintre, ancien ou moderne, que nous sachions, n a cherché à reproduire sur la toile cette conception du poëte latin. Dans une composition allégorique qu'on a coutume d'intituler le Songe de Michel-Ange, et qui est l'œuvre de ce grand artiste, on voit un jeune homme nu, assi3 sur une pierre creusée et qui contient des masques, tenant un globe terrestre et se tournant vers un ange qui sonne de la trompette ; dans les nues, divers groupes représentent les sept péchés capitaux ; un vieillard vidant une bouteille figure la gourmandise ; un homme couché sur une femme nue, la luxure. La peinture originale de ce tableau est perdue, mais il y en a une esquisse à la National Gallery et Une ancienne copie au musée du Belvédère. Elle a été gravée par Michèle Lucchese. Une peinture de Raphaël qui appartient à la National Gallery, et qu'on intitule la Vision ou le Rêve du chevalier, représente un jeune homme couvert d'une armure et couché sur son bouclier, entre deux femmes debout, dont l'une personnifie le Plaisir ou la Volupté, et l'autre l'Etude ou le Travail.
Au musée de Dresde est un tableau de Dosso Dossi, intitulé le Songe : une jeune femme endormie, les bras croisés, est entourée de figures diaboliques de toutes formes, qu'un homme, tenant une espèce de goupillon, s'apprête sans doute à conjurer ; au fond, on aperçoit une ville en flammes. Une gravure de Gérard de Lairesse représente des Songes tourmentant un homme couché.
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Une composition de Fragonard a été gravée par le comte de Paroy sous ce titre : le Songe de l'Amour. Un peintre contemporain, M. Henry Picou, a exposé au Salon de 1864 un tableau intitulé : Y Amour charmant les songes. Au Salon de 1861, M. H. de Triqueti a exposé un vase de bronze décoré d'un basrelief d'ivoire figurant les Songes de la jeunesse et les Songes de l'âge mûr, les Songes de la jeune fille, les Songes du jeune homme, les Songes du travailleur, les Songes du poète.
Parmi les scènes historiques, le Songe de Jacob et le Songe de saint Joseph ont été retracés par un grand nombre d'artistes : le premier par J. Ziegler (Salon de 1847), Eugène Lagier (Salon de 1865), le Titien (musée du Belvédère), Jacopo Higozzi (église San-Giovannino, à Florence), le second, par Joseph Fuhrich (gravé par Petrak ) , P. -F. Mola (vente Laborde de Méréville, 1802), Bernardo Strozzi (palais Balbi, à Gênes), etc.
Songe de Sclpioa (le), célèbre épisode du à Cicéron. V. Scipion.
Songe (le) ou le Coq, dialogue de Lucien. V. Coq (le).
Songe du vergier (le) [Somnium viridariï], célèbre livre de jurisprudence du moyen âge, composé vers 1370. Il est anonyme et l'on suppose qu'il fut écrit sur l'ordre de Charles V, dit le Sage, à qui il est dédié. On l'a tour à tour attribué à divers conseillers de ce prince : Raoul de Presle, mort en 1382, qui fut pendant longtemps maître des requêtes de Charles V; Philippe de Maizières, Jean de Vertus, Jacques deLouviers,qui en aurait été récompensé par une charge de conseiller d'Etat. « Entre plusieurs auteurs à qui on en fait honneur, il me semble, dit le président Hénault, que c'est à Raoul de Presle qu'il doit rester. Il traite de la puissance ecclésiastique et séculière. » (Nouvel abrégé chronologique de l'histoire de France, p. 341.) Camus, qui a fait sur cet ouvrage des recherches assez étendues, l'attribue à Jean deLignano, docteur en théologie de la Faculté de Paris. La première édition est de H91 (in-4°, texte français) et il fut réimprimé en latin en 1501. Il se trouve aussi dans la Monarchia de Goldast et dans la dernière édition du recueil des Libertés de l'Eglise gallicane. Les éditions latine et française diffèrent un peu dans les dispositions des chapitres. Elles portent toutes deux néanmoins la dédicace à Charles V. On s'est demandé quel était le texte original ; il est probable que l'ouvrage fut composé en latin, puisque Charles V l'avait fait rédiger pour l'opposer aux prétentions des ecclésiastiques.
Il éclaire d'un jour très-net l'histoire si obscure des relations de la cour de Rome avec nos souverains au xiv° siècle. On sait, en effet, que de tout temps Rome a eu la prétention d'étendre sa domination non-seulement sur les âmes, mais aussi sur les corps, et de passer du domaine de la conscience et de la foi sur le terrain des intérêts matériels. C'est l'éternelle question de l'ingérence, du clergé dans les afl'aires de l'Etat. Par les difficultés que présente encore au xixe siècle la solution decettegravequestion,on peut juger de l'importance qu'elle avait dans un siècle privé des lumières si abondantes aujourd'hui de la science et de la philosophie. La domination du clergé, qui dirigeait par le confessionnal, était complète, et il fallait une certaine énergie à un roi de France pour lutter contre un adversaire qui débutait par l'excommunication et ne reculait pas devant la sédition et la révolte. Charles V eut le courage de lutter contre les envahissements du clergé. C'était l'époque des thèses philosophiques, religieuses, politiques, littéraires, soutenues en chaire de Sorbonne; il voulut s'adresser à la partie intelligente de la nation, sentant que c'était là qu'il devait trouver un appui contre le despotisme des prêtres. Il fit composer le Songe du vergier, qui devait résumer les arguments des deux pouvoirs ecclésiastique et séculier. Cet ouvrage n'est autre chose, en effet, qu'un livre de jurisprudence ou, si l'on veut, de droit public en faveur de la juridiction séculière contre les entreprises de la juridiction ecclésiastique. L'auteur, pour faciliter l'intelligence de la discussion, et pour la mettre à la portée de tout le monde, a imaginé une fiction dans le goût de celle du Roman de la Rose qui était alors à la mode. Il feint, étant endormi au milieu d'un verger, d'être témoin, en songe, d'une dispute entre un chevalier et un clerc. De là le titra de l'ouvrage : le Songe du vergier. Le chevalier, attaché au roi, soutient ses privilèges et les prérogatives de la couronne ; le clerc, tout dévoué au pape et à la domination romaine, défend, au contraire, les droits de l'Eglise. Selon lui, la juridiction ecclésiastique prime toutes les autres, » d'autant que le ciel prime la terre, que Dieu prime l'homme. » Chaque champion émet en faveur de son opinion tous les arguments que cinq siècles de lutte n'ont pas épuisés et que les publicistes de notre temps emploient chaque jour. La forme s'est modifiée, mais le fond est le même. Et il est singulier de trouver, à cinq siècles en arrière, des discussions et des querelles qui nous passionnent encore aujourd'hui. Au reste, chaque système est développé et l'auteur n'a rien omis pour élucider la question. L'auteur du Songe
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du vergier a exposé avec une grande impartialité tout ce qui militait en faveur de l'une comme de l'autre opinion. Il faut cependant ajouter que le chevalier finit par avoir raison et l'emporte sur son adversaire qui s'avoue vaincu. Que l'on ne croie pas néanmoins que cette conclusion soit une flatterie au roi qui avait commandé l'ouvrage. Les réponses du clerc renferment de dures leçons pour les souverains, et s'il reconnaît que la domination de Rome peut devenir une entrave au développement d'un pays, s'il avoue que l'Eglise ne doit pas avoir constamment le pas sur le pouvoir civil, le chevalier aussi a fuit des concessions. Pressé par l'argumentation du clerc, il reconnaît que l'absolutisme est dangereux toujours, qu'il vienne du roi ou du pape; que le despotisme des princes est un obstacle aussi aux progrès d'un peuple, et que, si Rome doit voir diminuer ses prérogatives, c'est au profit «le la liberté et de l'indépendance du peuple, et non pour augmenter le pouvoir déjà si étendu des princes. N'est-il pas curieux et intéressant de trouver ces généreuses maximes, ce souffle de liberté, dans un livre commandé par un roi, dédié à un roiî Et n'est-il pas bien Fiançais, le philosophe qui , tout en combattant le despotisme de Rome , lutta contre la tyrannie royale? Sous une enveloppe légère, le Songe du vergier contient les éléments de philosophie et de politique que le xvie et le xviie siècle devaient développer. Il est souvent cité dans le savant traité qui a pour titre : Maximes du droit public français. Il ne faut pas s'en étonner, puisque, dit Camus, « l'auteur du Songe du vergier ne s'élève pas seulement contre le despotisme de la cour de Rome, il s'élève avec une égale force contre celui des princes. » Le procureur général Dupin, dont les travaux sur la bibliographie du droit ont mis en lumière tant d'ouvrages importants du xive, du xve et du xvie siècle, pense que l'idée du Songe du vergier fut inspirée à son auteur par un ouvrage analogue. Vers 1305, un jurisconsulte anglais, Guillaume Occam, composa un Dialogue entre un chevalier et un clerc. Cet écrit est en vieux anglais. Il a pour objet de démontrer que les Diens ecclésiastiques doivent être traités comme ceux des laïques, être •soumis aux impôts, et que le pape n'a aucune juridiction sur le temporel. On voit que , comme forme et comme fond, il y a une analogie entre les deux écrits. Il existe plusieurs éditions du Dialogue d'Occam : A dialogue between a knight and a clerck, concerning the power spiritual and temporal (London, 52 p. in-8°), sans date et sans nom d'auteur. Il a été réimprimé dans The librarian, by James Savoye (London, 1818, in-8», t. 1er, p. 167 et suiv.). Il se trouve aussi dans la Monarchia romani imperii, etc., de Goldast.
Songe d'une nuit d'éié (le) [Midsummer night's dreàm], comédie de W. Shakspeare (1593). Cette pièce est moins une comédie qu'un rêve féerique dans lequel la fantaisie du poëte déploie librement ses ailes. Comme la Tempête, autre féerie du même genre, elle repose des émotions terribles et des couleurs sombres que Shakspeare a accumulées dans ses drames. On se promène en plein idéal, dans des pays imaginaires, au milieu de fictions vaporeuses, rattachées les unes aux autres par la trame la plus déliée. La scène se passe dans l'antiquité la plus fabuleuse, au temps où Thésée célébrait ses noces avec la fière amazone qui devait être la mère d'Hippolyte. Mais le peuple aérien des sylphes vient égarer cette comédie, qu'on aurait crue classique, dans le monde fantastique. C'est d'amour qu'il s'agit ; et', en effet, de tous les sentiments n'est-il pas le plus grand artisan de songes et de fictions? Lysander et Hermia conviennent de se rencontrer le soir «dans le bois où souvent ils se sont assis sur des lits de molles violettes, à l'heure où Phœbé contemple son front argenté dans le miroir des eaux tranquilles, parsemant de diamants liquides l'herbe touffue des prés. » Ils s'égarent dans ce bois et s'y endorment sous les arbres. Un sylphe, Puck, touche d'une fleur magique les yeux du jeune homme endormi, et change ses sentiments ; à son réveil, il se prendra d'amour pour la première femme qu'il apercevra. Cependant Démétrius, ornant rebuté d'Hermia, erre avec Héléna dans le bois solitaire. La fleur magique dont Lysander a été touché le change à son tour ; c'est à présent Héléna qu'il aime. Les amants se fuient et se poursuivent dans les bois ombreux mollement éclairés çà et là par « les rayons discrets de la lune. » — «On sourit, dit M. Taine, de leurs emportements, de leurs plaintes, de leurs extases, et pourtant on y prend part. Cette passion est un rêve et cependant elle touche. Elle ressemble à ces toiles aériennes qu'on trouve le matin sur la crête des sillons où la rosée les dépose, et dont les fils étincellent comme un écrin. Rien de plus fragile et de plus gracieux. Le poète joue avec les émotions, il les confond, il les entre-choque, il les redouble, il les emmêle. Il noue et dénoue ces amants comme des chœurs de danse, et l'on voit passer près des buissons verts, sous les yeux rayonnants des étoiles, ces nobles et tendres ligures, tantôt humides de larmes, tantôt illuminées par le ravissement. Ils ont l'abandon de l'amour vrai, ils n'ont point la grossièreté de l'amour sensuel. Rien ne nous <iiit tomber du monde idéal où