V. Huoo
Il Offrir un sens : La vertu sonne je ne sais quoi de plus grand et de plus actif. (Montaigne.) || Sens tout latin, qui n'est pas usité.
— Sonner le fêlé, Rendre le son particulier que produit un vase fêlé.
— Sonner le creux, Résonner comme une chose vide : // faudra écrire au marchand de vin, nos tonneaux sonnent le creux. Notre choix s'arrêta sur une jolie chambre, dont les murs, frappés avec la main, ne sonnaient pas le creux. (Th. Gaut.)
— Ne sonner mot, Ne dire mot, se taire : Tel est mon projet , biais je vous prie de N'en sonner mot. J'eus beau le presser, lui faire des reproches, il ne sonna mot. (Acad.)
— Prov. On ne saurait sonner les cloches et aller à la procession ou dire la messe , On ne peut pas faire à la fois des choses différentes qui s'excluent l'une l'autre.
— Mus. Sonner un son, un accord, Le faire entendre : Le jeu du nasard sonne la quinte au-dessus du prestant,
— Véner. Annoncer par les sons du cor : Sonner le débucher. Sonner le laisser -courre. Si le cerf sort du bois et prend la plaine, on sonne le débucher. (E. Chapus.) Pour réparer une erreur de change, il est à propos d'arrêter les chiens et de sonner un hourvari. (E. Chapus.) Il Sonner un ou deux mots, Faire entendre sur le cor un ou deux sons prolongés.
— Art miVit. Annoncer par les sons de la trompette : Sonner la charge. Sonner la retraite. Sonner le boute-selle, il Sonner à cheval, Sonner pour faire monter à cheval.
— Mar. Sonner le quart, Avertir, par le son de la cloche, de venir faire le quart.
— Gramm. Employé comme verbe neutre et en parlant des heures, sonner prend l'auxiliaire avoir ou l'auxiliaire être, selon qu'on veut parler du moment précis ou l'horloge a sonné ou des moments qui ont suivi : Midi a sonné comme vous sorties de la maison; Midi est sonné depuis plus de dix minutes.
SONNERAT (Pierre), naturaliste et voyageur français, né à Lyon en 1745, mort à Paris en 1814. Appelé à l'île de France par Poivre, son parent, il explora, à partir de 1768. la plupart des Iles des mers de l'Inde et de là Chine, où il recueillit de précieuses collections, dont il enrichit le cabinet d'histoire naturelle de Paris, et ne revint en France qu'en 1805. Il introduisit l'arbre à pain, le cacao et le mangoustan aux îles de France et de Bourbon. Le nom de Sonnerat a été donné, par Linné, à un arbre qu'il a découvert sur la côte de Malabar, On a de lui : Voyage à la Nouvelle-Guinée (1776, in-4°, 120 lig.) ; Voyage aux Indes orientales et à la Chine, de 1774 à 1781 (1782, 2 vol. in-4", et 1806, 4 vol. in-8°, avec atlas). L'auteur est d'une grande exactitude pour tout ce qui concerne l'histoire naturelle ; il n'en est pas de même dans la partie géographique et dans la description des moeurs.
SONNERATIE s. f. (so-ne-ra-U — de Sonnerai, voyugeur et naturaliste). Bot. Genre de petits arbres, de la famille des myrtacées, tribu des myrtées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Inde et les îles voisines.
— Encycl. Les soaneraties sont des arbres à rameaux tétragones; les fleurs, grandes, terminales, presque solitaires sur les petits rameaux , présentent un calice urcéolé , coriace, persistant, à six divisions; une corolle k six pétales étalés, des étumines nombreuses ; le fruit est volumineux , globuleux , charnu , à nombreuses loges polyspermes.
L'espèce type, vulgairement nommée bagatbal, pagapute, blatti, est un arbre d'environ 5 mètres, à feuilles opposées et k grandes fleurs rouges. Il habite le Malabar, les Moluques, la Nouvelle-Guinée, et croit dans les lieux humides. Les naturels mangent ses fruits cuits avec d'autres mets. Le suc acide exprimé de ces fruits et mélangé avec du miel est employé contre les aphthes et les fièvres. Les feuilles pilées sont appliquées en cataplasme sur la tête pour dusiper les vertiges et combattre les insomnies causées par la fièvre.
SONNERIE s. f. (so-ne-rt — rad. sonner). Son de plusieurs cloches ensemble : Il y a une bonne sonnerie dans telle église. La grosse sonnerie. La petite sonnerie, (Acad.) Il n'y a point , disait te célèbre Lnlli , d'instrument de musique qui vaille une agréable sonnerie; aussi venait-il de Versailles à Paris pour entendre la sonnerie de Saint- Germai n-des- Piés. (***.) Une pesante sonnerie proclame dans lu région des nuées les triomphes du Dieu des batailles. (Chateaub.) Il Se dit aussi de la totalité des cloches d'une église : La sonnerie de cette église a coûté cher.
— Assemblage de toutes les pièces qui servent a faire sonner une pendule, une montre :
SONN
I 11 y a quelque chose à refaire à la sonnerie de cette montre. Pendule, montre à sonnerie. I^es mécanismes de sonnerie varient beaucoup dans leur détail, (Lenorm.)
— Art milit. Air que sonnent les clairons d'un régiment, et qui varie suivant les exercices, les mouvements qu'il annonce : Les principales sonneries sont le réveil, la gêné' raie, le boute-selle, l'appel, la retraite, la charge, etc. (Acad.) Aussitôt le clairon de garde répète le signal, composé de trois sonneries prooresstues. (Baron de Baz;uicouvt.)
— Mar. Air de clairon équivalant à une batterie de tambour, et qui annonce les heures ou les diverses sortes de service.
— Véner. Air sonné par un ou plusieurs cors de chasse.
SONNET s. m.' (so-nè — de l'ancien français sonet, diminutif de son, qui signifiait dans l'ancienne langue bruit d'une petite cloche, chansonnette, petit chant). Morceau de poésie, composé de quatorze vers distribués en deux quatrains et en deux tercets, quatrains qui sont sur deux rimes seulement : Sonnet italien. Sonnet français. Sonnet à rimes croisées. Sonnet régulier, irrégulier. Faire un SONNET. Composer un sonnet à la louange d'un tel, jpour une telle. Les sonnets de Pétrarque. La chute d'un sonnet. (Acad.) J'ai tellement changé mon sonnet, que vous le méconnaîtrez. (Racine.) Une idée dans un sonnet, c'est une goutte d'essence dans une larme de cristal. (Ste-Béuve.)
... Tel, d'un sonnet ayant donné les rimes, Croit tenir un haut rang chez les esprits sublimes.
Poisson.
Sonnet. C'est un sonnet. L'espoir... C'est une dame Qui de quelque espérance avait flatté ma flamme.
Molière.
Ce beau sonnet est si parfait Que ne crois que vous. l'ayez fait; Mais je crois, Vauliue, au contraire, Que vous vous l'êtes laissé faire.
Morin. \
— Encycl. Le sonnet nous est venu d'Italie. On s'accorde assez généralement k le faire naître en Sicile au Xiu° siècle. Quelques-uns, cependant, en regardent Pétrarque comme l'inventeur, et d'autres le font remonter à nos troubadours. Mais, chez ces derniers, le mot so'ue ne signifiait pas sonnet; il s'appliquait k diverses poésies, avec lu sens de chant. Les poètes de la pléiade le cultivèrent avec amour. Il resta en honneur durant le xviie siècle. Ogier de Gombaud, Maj'nard, Malleville, Voiture, etc., y excellèrent à cette époque. Le xvme siècle négligea le sonnet, comme un grand nombre d'autres formes poétiques. Quand l'école lyrique contemporaine nous rendit les rhythmes, les coupes et les formes de l'ancienne poésie française, et lui restitua ainsi les éléments d'éclat et de richesse qu'on lui avait enlevés, le sonnet devint de nouveau l'un des objets de l'émulation des artistes savants en versification. Il est resté depuis lois parmi les genres difliqiles et charmants sur lesquels uiment k s'exercer nos poètes.
Le sonnet se compose de quatorze vers, formant quatre stances, dont les doux premières sont des quatrains, et les deux dernières des tercets. Les deux quatrains ne comportent que deux rimes, c'est-à-dire que les deux rimes masculines et les deux riines féminines du premier quatrain doivent être reproduites dans le second; les deux tercets sont construits sur trois rimes, placées dans un ordre déterminé.
Boileau a donné en vers, d'une façon assez heureuse, les règles générales de ce petit •poëma :
Un jour ce dieu bizarre (Apollon),
Voulant pousser & bout tous les rimeurs françois,
Inventa du sonnet les rigoureuses lois;
Voulut qu'en deux quatrains de mesure pareille
La rime avec deux sons frappât huit fois l'oreille,
Et qu'ensuite six vers, artistemeiH rangés,
Fussent en deux tercets par le sens partagés.
Surtout de ce poème il bannit la licence.
Lui-même en mesura le nombre et la cadence.
Défendit qu'un vers faible y pût jamais entrer.
Ni qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.
Du reste il l'enrichit d'une beauté suprême;
Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème. ' •
Dans le somtel régulier, l'intérieur desjquatrains doit contenir deux rimes pla^rê^iuasculines, ou féminines, disposées, dans le second, dans le même ordre que dans le premier. Le premier tercet se compose de deux rimes plates, dont le genre est commandé pur la rime extérieure des quatrains, et d'un troisième vers rimant avec le second vers du deuxième tercet ; celui-ci se compose donc de deux rimes croisées, enfermant le vers destiné à rimer avec le tercet précédent. Cette disposition a pour but d'obtenir que le dernier vers du sonnet soit à rime féminine si le premier est à rime masculine, et vice versa, ce qui est encore une des règles du sonnet orthodoxe. Mais il est juste de dire que peu de poètes se sont astreints k cette extrême régularité. Voici quelques exemples de sonnets où les règles sont rigoureusement observées :
Nourri dès le berceau près de la jeune Orante,
Et non moins par le cœur que par le sang .'ié,
A ses jeux innocents enfant associé,
Je goutois les douceurs d'une amitié charmant! »
SONN
Quand un faux Esculape, à cervelle ignorante, A la fin d'un long mal vainement pallié. Rompant de ses beaux jours le ûl trop délié, Pour jamais me ravit mon aimable parente.
Oh! qu'un si rude coup me fit verser de pleurs! Bientôt la plume en main signalant mes douleurs, Je demandai raison d'un acte si per/ide.
Oui, j'en fls dès quinze ans ma plainte à l'univers, Et l'ardeur de venger ce barbare homicide Fut le premier démon qui m'inspira des vers.
Boileau.
les ooinfres.
Coucher trois dans un drap, sans feu ni sans chandelle. Au profond de l'hiver, dans la salle aux fagots, Ou les chats ruminant le langage des Goths Nous éclairent san3 cesse en rouant la prunelle;
Hausser notre chevet avec une escabelle; Etre deux ans à jeun comme les escargots ; Rêver en grimaçant ainsi que les magots Qui baillans au soleil se grattent sous Vaisselle;
Mettre au lieu de bonnet la coifTe d'un chapeau, Prendre pour se couvrir la frise d'un manteau Dont le dessus servit a nous doubler la panse;
Puis souffrir cent brocards d'un vieux hôte irrité Qui peut fournir à peine à la moindre dépense : C'est ce qu'engendre enfin la prodigalité.
Saint-Amand.
Citons encore un sonnet très-célèbre du temps de Louis XIV ; c'est une véhémente invective adressée à Colbert par Jean Hesnault, l'un des protégés de Fouquet :
Ministre avare et lâche, esclave malheureux, Qui gémis sous le faix des affaires publiques. Victime dévouée aux chagrins politiques, Fantôme respecté sous un titre onéreux ; Vois combien des grandeurs le comble est dangereux ! Contemple de Fouquet les funestes reliques; Et tandis qu'à sa perte en Becret tu t'appliques, Crains qu'on ne te prépare un destin plus affreux!
Il part plus d'un revers des mains de la fortune; Nul ne tombe innocent d'où te voilà monté.
Cesse donc d'animer ton prince à son supplice, La chute, comme à lui, te peut être commune; Et, quand il a besoin de toute sa bonté, Ne le fais pas user de toute sa justice.
Les sonnets dits delà Belle matineuse, composés l'un pur Malleville, l'autre par Voiture, et qui firent presque autant de bruit au xvmc siècle que les sonnets de Job et d'Uranie, trouvent naturellement leur place ici, car ils sont d'une régularité parfaite :
Le silence régnait sur la terre et sur l'onde; L'air devenait serein et l'Olympe vermeil, Et l'amoureux Zéphire, affranchi du sommeil, Ressuscitait les fleurs d'une haleine féconde;
L'Aurore déployait l'or de sa tresse blonde Et semait de rubis le chemin du soleil ; Enfin ce dieu venait au plus grand appareil Qu'il soit jamais venu pour éclairer le monde ;
Quaud la jeune Philis, au visage riant, Sortant de son palais plus clair que l'Orient, Fit voir une lumière et plus vive et plus belle.
Sacré flambeau du jour, n'en soyez pas jaloux : Vous parûtes alors aussi peu devant elle Que les feux de la nuit avaient fait devant vous.
Malleville.
Des portes du matin l'amante de Céphale Ses roses épandait dans le milieu des airs, Et jetait sur les cieux nouvellement ouverts Ces traits d'or et d'azur qu'en naissant elle étale;
Quand la nymphe divine, à mon repos fatale. Apparut et brilla de tant d'attraits divers, Qu'il semblait qu'elle seule éclairait l'univers Et remplissait de feux la rive orientale.
Le Soleil, se hâtant pour la gloire des cieux, Vint opposer sa flamme à l'éclat de ses yeux Et prit tous les rayons dont l'Olympe se dore;
L'onde, la terre et l'air s'allumaient à i'entour ; Mais auprès de Philis on le prit pour l'Aurore, Et l'on crut que Philis étoit l'astre du jour.
Voiture.
Une des règles dont se sont exonérés même des poètes scrupuleux est celle qui demande que, si le premier vers du sonnet est à rime masculine, le dernier soit à rime féminine, et réciproquement. Cette règle forçait de construire les deux tercets différemment ; en n'en tenant pas compte, on pourra faire deux tercets semblables, à rimes plates ou croisées.
Doris, qui sait qu'aux vers quelquefois je me plais, Me demande un sonnet-, et je m'en désespère. Quatorze vers, grand Dieu ! le moyen de les faire? En voilà cependant déjà quatre de faits.
Je ne pouvais d'abord trouver de rime; mais, En faisant, on apprend a se tirer d'affaire. Poursuivons; les quatrains ne m'étonneront guère Si du premier tercet je puis faire les frais.
Je commence au hasard et, si je ne m'abuse, Je n'ai pas commencé sans l'aveu de ma muse, Puisqu'un si peu de temps je m'en tire tout net.
J'entame le second, et ma joie est extrême, Car des vers commandés j'achève le treizième. Comptez s'ils sont quatorze; et voilà le sonnet.
En voici un autre exemple, emprunté à Sainte-Beuve ; le style n'en est pas excellent; mais, à défaut d'autre mérite, il a celui de grouper savamment les noms des maîtres
SONN
du genre à l'étranger, et nous n'avons parlé que des français : t
Ne ris point du sonnet, à critique moqueur. Par amour autrefois en fit le grand Shakspeare ; C'est sur ce luth heureux que Pétrarque soupire Et que le Tasse aux fers soulage un peu son cœur.
Camoens de son exil abrège la longueur;
Car il chante en sonnets l'amour et son empire.
Dante aime cette fleur de myrte, et la respire.
Et la mêle au cyprès qui ceint son front vainqueur.
Spencer, s'en revenant de l'Ile des féeries. Exhale en longs sonnets ses tristesses chéries; Milton, chantant les siens, ranimait son regard.
Moi, je veux rajeunir le doux sonnet de France;
Du Bellay, le premier, l'apporta de Florence
Et l'on en sait plus d'un de notre vieux Ronsard.
Ce genre de sonnet peut encore passer pour régulier. Une irrégularité plus grave est celle qu'on se permet en entrelaçant les rimes des quatrains. Tel est le célèbre sonnet de Desbaireaux ; il est de plus infidèle à la règle précédente :
Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité, Toujours tu prends plaisir à nous être propice ; Mais j'ai tant fait de mal que jamais ta bonté Ne peut me pardonner sans choquer ta justice.
Oui, mon Dieu, la grandeur de mon impiété
Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice;
Ton intérêt s'oppose à ma félicité,
Et ta clémence même attend que je périsse.
Contente ton désir puisqu'il t'est glorieux, Offense-toi des pleurs qui coulent de mes yeux; Tonne, frappe, il est temps; rends-moi guerre pour
[guerre.
J'adore en périssant la raison qui t'aigrit ; Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?
Tels sont encore les sonnets suivants, dont un, connu sous le nom de sonnet d'Arvers, a suffi pour faire la réputation de son auteur.
Mon cœur a son secret, mom âme a son mystère ; Un amour éternel dans un instant conçu. Le mal est sans remède ; aussi, j'ai du le taire, Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.
Hélas! j'aurai passé près d'elle, inaperçu. Toujours à ses côtés, et toujours solitaire ; Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terrei N'osant rien demander et n'ayant rien reçu !
Pour elle que le ciel a faite chaste et tendre, . Elle ira son chemin, tranquille, sans entendre Le murmure d'amour soulevé sous ses pas ;
A l'austère devoir, pieusement Adèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle : [pas!
• Quelle est donc cette femme? ■ et ne comprendra