‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 530 sur 1059 · V. Macbeth, tragédie · texte numérisé non relu

V. Macbeth, tragédie

Sorcière (la), étude historique et philosophique, publiée en 1862 par Michelet. C'est un livre de îéhabiliuuion. Dans ses précédents ouvrages, l'auteur avait flétri ia sorcellerie, qu'il définissait o la reprise de l'orgie païenne par un peuple de serfs. » Il salue aujourd'hui en elle la révolte de la nature humaine contre la religion de l'épouvante et de l'inquisition, la protestation du principe de vie et de liberté contre le principe tie mort et d'oppression , la première manifestation moderne de cet esprit de la nature qui avait enfanté le paganisme grec et que le christianisme croyait avoir anéanti. Michelet crée une sorcière pour exposer d'une façon dramatique, frappante les causes auxquelles il attribue la sorcellerie ; il explique l'origine de l'hallucination sous l'empire ue laquelle tant de malheureuses s'imaginaient que Satan habitait réellement en elles et leur prétait une puissance extraordinaire. La sorcière est un personnage imaginaire ; c'est le type de la pauvre femme serve du moyen âge, c'est la victime désespérée et maudite de trois siècles de crimes. Cette pauvre femme de serf, nous la voyons d'abord faisant le ménage, filant en gardant ses bêtes, ramassant un peu de bois à la forêt, craignant et honorant son mari. Cependant l'esprit de la nature et du paganisme vit en elle ; elle a conservé le souvenir et la culte des anciens dieux de la contrée et de la famille, tombés à l'état d'esprits Elle les croit malheureux; elle les console et, la nuit, va timidement porter un petit fanal au grand chêne où ils habitent. La sorcellerie est en germe dans ce culte des esprits. Sous le souffle du malheur et sous l'influence d'une religion qui voit partout des démons, ce germe se développe rapidement. Pendant que le mari, le front chargé, le cœur serré, est là sombre sur le sillon, la femme reste seule et triste, exposée aux outrages des gens du château, hommes d'armes, pages et valets. Elle n'a pas le droit d'être respectée. Son honneur n'est pas à elle; le jour de son mariage elle en a fait la triste expérience. Vainement elle a appelé à son secours Dieu et les saints du paradis; on lui jette sans cesse à la tête ce mot : serve de corps.

Un jour que la pauvre femme, en l'absence de son mari, venait d'être maltraitée, elle pleurait et disait tout haut : • Les malheureux suints de boisl Que sert-il de leur faire des vœux? sont-ils sourds? Que n'ai-je un esprit protecteur fort, puissant (méchant! n'importe)? J'en vois bien qui sont en pierre à la porte de l'église; que font-ils là? Oh l la force ! oh ! la puissance 1 qui pourra me les donner? s Alors lui apparut le génie du foyer qui vit dans la famille. « Que suis-je, moi? lui dit-il; votre petite âme, qui sans façon parle à la grande. Nous sommes inséparables. Ton mari sera riche et toi puissante, et on te craindra. » La femme écoute l'esprit; bientôt l'humble ménagère prospère; le mari paye d'avance l'argent du seigneur. « Voilà enrin, dit ce dernier, un paysan raisonnable. Tu nie plais; chaque samedi, assis sous l'orme, tu recevras l'argent de tous mes vas*aux. » ■ Grand changement de situation 1 Le cœur bat a la pauvre femme quand le samedi elle voit son pauvre laboureur, ce serf, siéger comme un petit seigneur sous l'ombrage seigneurial. L'homme est un peu étourdi ; mais bientôt il s'habitue; il prend quelque gravité. Chacun leur ôte le chapeau bien bas, trèsbas, mais on s'éloigne, on s'écarte quaud ils passent. Ce changement les rend tiers d'abord, bientôt les attriste. Elle si fine voit bien le dédain haineux du château, la haine peureuse d'en bas. » Cependant le mari est monté au château. « Il me faut cent livres, dit le seigneur ; tu es perdu , si l'argent n'arrive pas. J'ai assez de toi. » Le malheureux raconte cela à sa femme ; elle se dévoue, elle

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appelle l'esprit. « Hélas I lui dit-il, mon corps et ma misérable chair pour sauver mon pauvre mari, prenez-les; mais mon cœur, non. Je ne peux pas le donner. » Cependant la châtelaine, jalouse de cette impertinente vassale, lui fait couper un jour, au sortir de l'église, le derrière de sa robe, la fait dépouiller et battre par ses gens. La malheureuse, huée, souffletée, déchirée, s'échappe et va frapper à la porte de sa maison. Fermée I Sur la froide pierre du seuil, elle se trouve assise, nue, demi-morte, ne couvrant guère sa chair sanglante que des flots de ses longs cheveux, « Mais elle voit en esprit le grand gala du château. Le seigneur, un peu étourdi, disait pourtant ; « J'y ai regret. » Le chapelain repart doucement : « Si cette femme est sorcière comme on le dit, monseigneur, vous devez à vos bons vassaux de la livrer à la sainte Eglise, j Sur cela, un dominicain : « La diablerie, c'est l'hérésie au premier chef. Comme l'hérétique, l'endiablée doit être brûlée. • Mais la proie sentit le chasseur; elle se couvrit d'un haillon, prit des ailes et s'enfuit.

Au milieu de ces malheurs, l'esprit du foyer a grandi; il est devenu successivement l'esprit des trésors, l'esprit de malice, puis Je démon de l'orgueil et de la haine. L'infortunée s'est abandonnée à lui de plus en plus chaque jour; elle en est venue à lui appartenir corps et âme. Dès lors, Satan a été complet; la sorcière est sa sombre compagne. Michelet nous la montre alors sur la lande sauvage, au coin des bois, non loin de la caverne où elle s'est réfugiée. Là, sous les chauds rayons du soleil, elle renaît au sentiment de la nature que te moyen âge, dans sa défiance, avait maudite. Elle sent son isolement, mais cela même lu relève. L'orgueil, et avec lui une force qui lui chautfe le cœur, lui illumine l'esprit. Tendre, vive et acérée, sa vue devient perçante , et le monde, ce monde cruel dont elle souffre, lui est transparent comme un verre. Elle est bientôt l'amante et la prêtresse de cette grande nature, le médecin de cette société qui l'a proscrite, et Paracelse déclare n'avoir rien appris que des bonnes femmes, synonyme poli des sorcières. Tout en célébrant en l'honneur de Satan les bizarres mystères de la messe noire, tout en maudissant la perfidie et la violence personnifiées pour elle dans le prêtre et le seigneur, elle contribue puissamment, d'après Michelet, au réveil des sciences et de la philosophie. En compensation de tant de malheurs, pour prix de tant de services, le clergé, au lieu de lui pardonner d'inolîensives hallucinations, qu'il favorisait quand il le trouvait commode , l'a livrée aux dominicains et à l'inquisition, c'est-à-dire au bûcher. En un mot, Michelet regarde le désespoir comme la source de la sorcellerie, la sorcière comme le produit de ce désespoir et comme le crime de l'Eglise. Que la sorcière soit la victime de l'Eglise, il faut le reconnaître; l'histoire et l'inquisition l'attestent, et il n'y a aucune exagération à dire que l'Eglise a produit la sorcellerie. L'Eglise a encouragé les croyances superstitieuses au vulgaire touchant les esprits et les possessions démoniaques. Elle a considéré ce procédé d'abrutissement comme très-favorable a sa domination et à celle des seigneurs, et d'ailleurs, il n'est point au pouvoir d'une religion de ne point engendrer la superstition, car religion et superstition se tiennent; de plus, elle a fait du système religieux un instrument de tyrannie. Mats Michelet s'identifie trop avec sa sorcière. Partage-t-il les illusions de l'infortunée? On le dirait. Comme elle, il semble croire à l'existence ûba esprits, à leur influence, à leur bizarre communication. Par une fiction hardie, il prête la vie, l'action, la parole, uno bruyante personnalité à ces êtres imaginaires que son héroïne entrevoyait dans ses visions. Telle est la magie du talent de Michelet que l'illusion est complète; on est sous le charme ; on croit à la realité de ce monde mystérieux qui n'a jamais existé que dans l'imagination de la sorcière et dans celle des poètes, l'auteur lui-même paraît la dupe d'une fiction qu'il a créée dans l'intérêt dramatique de l'ouvrage.

Sous ces réserves, nous trouvons que la Sorcière fait le plus grand honneur au talent de Michelet et à.son caractère. « Avec lui, dit M. Milsnnd, on est constamment au spectacle. » En effet, la Sorcière est une des scènesles plus touchantes du drame dumoyen âge. Jamais peut-être Michelet n'a marque plus puissamment sou originalité. Tout en restant l'historien exact, pénétrant, austère, mais impartial, il est devenu le poète qui présente à l'imagination des tableaux tour à tour gracieux et sombres, et agite i l'âme de sentiments de terreur et de pitié. ! Son style, plein d'images et d'éclairs, est tout ' empreint de cette chaleur de l'âme et de cette généreuse indignation qu'inspirent à l'honnête homme la passion de la justice et le souvenir du crime. Son livre est plus encore qu'un beau livre, c'est une bonne action. Dans nos temps où, malgré le progrès des sciences naturelles et de la libre pensée, le fanatisme ose encore prêcher la guerre sainte contre la liberté de conscience, cette œuvre est une protestation en faveur des droits de l'homme et de la souveraineté de la raison. En eifet, le livre de Michelet est non-seulement l'histoire de la sorcellerie,

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mais encore celle de la féodalité, avec ses inégalités, ses turpitudes et ses crimes. Luxures sauvages, cupidités effrénées, cruautés monstrueuses, il embrasse tout. L'historien nous fait voir le seigneur et le prêtre travaillant partout de complicité a l'oppression du peuple, à la dégradation de l'intelligence et de la conscience humaine. Le monde est alors « comme un sépulcre transparent où l'o'n voit avec effroi toute chose immobile et durcie. » Tandis que le peuple souffre et crie dans le désert, le prêtre et le seigneur se couronnent de roses, jouissent de la vie fugitive, et « partout les moines vivent de la grande vie de la féodalité, armés, ivres, duellistes, les religieuses avec eux dans un mélange indistinct, partout enceintes de leurs œuvres. Voilà l'Eglise. » Quel tableau et combien nous voilà loin des fantastiques moines d'Occident de M, de Montalerobertl En résumé, quiconque aura lu ce livre se sentira meilleur et plus juste ; plus vive sera sa haine de la coalition formée au moyen âge par les rois, les seigneurs et les préires contre les droits des peuples; plus vive aussi et plus durable sera sa reconnaissance envers ceux qui ont mis fin à ce règne de la foi aveugle et de la servitude pour inaugurer celui de la raison et de la liberté.

Sorcière (la), tragi-comédie anglaise de Middletoji. La scène se passe à Kavenne. Le duc de cette ville a épousé lu fille d'un de ses ennemis, et, un joui de fête, il oblige sa femme à boire dans le crâne de son père, dont il a fait un trophée. La duchesse, irritée de cette insulte, s'en venge en promettant sa inain à un seigneur de la cour, à condition qu'il fera périr le prince; puis, pour n'être pas obligée d'uccomplir sa promesse, elle fait assassiner le meurtrier. A cette donnée se rattache une seconde intrigue qui se développe à côté de la première, comme cela arrive souvent dans les pièces compliquées du xvie siècle. Pendant que la duchesse poursuit sa vengeance, la discorde éclate dans un autre ménage, entre la nièce du gouverneur de Ravenne et Antonio, son mari. Tous deux s'accusent mutuellement d'infidélité. Le mari croit avoir la preuve de son déshonneur, et il frappe lui-même ia coupable et son amant. Malgré tous ces meurtres, personne n'est tué. Chacun de ceux qu'on croyait morts ressuscite au moment où l'on s'y attend le moins. Le duc a été épargné par son meurtrier, qui, à son tour, a été sauvé. Antonio n'a pas frappé sa femme, mais une courtisane qu'il prenait pour elle et qui n'en mourra pas, et, comme sa femme était vertueuse, l'amant qu'il a cru poignarder se porte à merveille. Il n'y a qu'une seule victime, mais c'est un inconnu et l'on s'en préoccupe peu. « Quel rôle jouent les sorcières, dit M. Mézières après avoir étudié cette pièce, au milieu d'une intrigue plus bouffonne que sérieuse 1 Peuvent-elles inspirer la terreur dans un sujet qui n'est point terrible? Chacun des personnages de la pièce vient leur demander un moyen de se débarrasser de ses ennemis, et les charmes qu'elles indiquent ne sont guère puissams, car aucune des personnes désignées n'en meurt. En l'absence de toute date précise, le ton général de l'œuvre nous fait penser que Middleton est plutôt un imitateur qu'un prédécesseur de Shakspeare. Sleevens et Mulone, qui avaient d'abord soutenu l'opinion contraire, ont fini par l'abandonner. L'auteur de la Sorcière semble profiter de Ja popularité que l'œuvre de Shakspeare a donnée aux êtres surnaturels pour les introduire à son tour dans un sujet ou ils ne tiennent pas une place essentielle, et où il serait étrange qu'il les eût employés, s'il ne les avait pas pris ailleurs.

Sorcier (le), comédie en deux actes, en prose, mêlée d'ariettes, paroles de Poinsinet, musique de Philidor, représentée sur le Théâtre-Italien le 2 janvier 1764. La pièce était amusante pour le temps, la musique fut fort goûtée. Le public, dans son enthousiasme passager, demanda aux auteurs de paraître sur la scène pour recevoir ses applaudissements. Poinsinet et Philidor furent les premiers qui se soumirent à ce caprice, toutefois après Voltaire, qui dut paraître sur la scène après la représentation de sa tragédie de Alérope (17-13). Cette pièce a été reprise au théâtre des Fantaisies-Parisiennes le 9 février 1867, grâce à l'initiative do M. Martinet. Réduite en un acte, elle a été jouée pendant plusieurs mois, malgré la naïveté de.l'intrigne. C'est qu'il sufiit d'écouter quelques mesures pour comprendre qu'il y a là une musique de maître et une harmonie d'une grande perfection. Les accompagnements sont traités avec un goût consciencieux. La romance de la jeune villageoise n'a pas vieilli ; elle est charmante. Il n'en est pas de même de l'air du sorcier, qui paraît long parce qu'il est monotone. Mais la ronde finale est d'une gaieté si franche et offre des phrases si bien tournées, qu'on éprouve une véritable sensation de plaisir et de belle humeur en l'entendant. Le quatuor fuit presque tous les frais de l'orchestre de Philidor Do loin en loin les bassons et les flûtes tiennent des notes, mais rarement offrent des dessins intéressants. Ce petit ouvrage a été chante par Geraizer, Barnolt, M«ies Decroix et Bonelli.

Sorcier (le), opéra-comique en un acte,

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paroles et musique de Mo16 Anaîs MarceUi, pseudonyme du comtesse de Pilté, représenté au Théâtre-Lyrique le 13 juin 1866 La pièce est amusante. On sent bien qu'il a fallu a l'auteur quelques efforts pour amener en scène tous ses personnages. Mais une t'ois arrivés sur le théâtre de l'action, leur dialogue est vif, léger, spirituel, et jusqu'à la tin de l'acte l'auditeur est constamment captivé, ce qui est bien quelque chose. La scène se passe dans la montagne où habite un prétendu sorcier, qui dit la bonne aventure à tout venant. Des jeunes filles viennent le consulter sur leurs amours; une comtesse sur les escapades du comte, son mari ; celui-ci sur sa maîtresse. Mais le sorcier est un brigand déguisé qui, pour le moment, met à. profit la crédulité de ses visiteurs pour obtenir d'eux des renseignements sur le lieu on se trouve caché un trésor qu'il veut s'approprier. Une jeune batelière arrive à l'ermitage : c'est la filleule de la châtelaine ; elle sait l'endroit de la cachette. Le sorcier fait d'abord semblant de favoriser ses amours avec un maréchal de logis, puis se présente à elle sous son vrai costume de brigand, et, par la terreur qu'il lui cause, l'oblige à lui servir de guide pour exécuter son dessein ; mais voilà que le maréchal des logis survient. Le brigand reprend sa robe d'ermite et, pour se débarrasser d'un pareil hôte , le fait boire et lui verse un narcotique qui l'endort. La batelière, témoin du danger que court son amant, parvient à force d'adresse à faire boire au brigand lui-même un verre de ce narcotique, qui le met hors d'état de se défendre contre les soldats, dont il devient le prisonnier. Dans le petit acte de M™c Anaïs Marcelli, on remarque une introduction fort bien instrumentée, ma foi ; le chœur à l'unisson : JVows sommes les soldats du roi; des cou- , lets militaires dits avec goût par F roman t); la chanson à boire du sorcier ; le trio : Pendu, pendu! et un joli air chanté parla batelière, MU» Tuai. SVavtel a joué avec un vrai talent de comédien le rôle de brigand.

SORCY, village et commune de France (Meuse), cant. de Void, arrond. et k 7 kilom. S.-E. de Commercy, sur la Meuse et le chemin de fer de Paris a Strasbourg. 1,299 hab. Commerce considérable de bestiaux et de fromages. Aux environs, traces d'un ancien camp romain où l'on a découvert un grand nombre de médailles antiques.

SORDEL ou SORDELLO, troubadour provençal, né vers 1180, mort en 1255. Une grande incertitude a régné sur la biographie de ce poète, par suite de la contradiction des documents qui le concernent et de sa ressemblance de nom et peut-être d'origine avec le Mantouan Sordello, gibelin, ami de Dante, qui fut podestat de Mantoue, Sordel, le troubadour, dut naître à Goïta, dans le Mantouan; quelques-unes de ses pièces sont en effet attribuées, dans les manuscrits, à un Sordel Goi, qui ne peut être que le personnage qui nous occupe; et Dante, excellent a consulter pour les poètes de cette époque , parle d'un troubadour appelé Gotto Mantuano , qui est évidemment Sordel. Si l'on en croyait les chroniqueurs italiens, qui ont mêlé ce qui se rapporte au troubadour, au podestat et encore peut-être à un troisième Sordel, le Sordello qui, dans le traité du Dante, De la voigare eloquenza, est cité avec éloge comme un des premiers poètes en langue vulgaire, Sordel aurait été d'une illustre origine, se rattachant à. la famille des Visconti, un grand capitaine, un ennemi des Eccelin, tyrans de Vérone, qui l'auraient ensuite fait assassiner pour avoir voulu séduire leur sœur, Cunizza; suivant d'autres, il aurait été simplement banni de Mantoue, pendant les guerres civiles du commencement du xmo' siècle. Ces récits se rapportent bien mieux, au podestat qu'au troubadour.

Dans les notes biographiques placées en tête de ses manuscrits, il est appelé fils de chevalier; qu'il ait quitté Mantoue par suite de l'hostilité des Eccelin à son égard ou pour tout autre motif, il dut venir en France, à la cour de Barrai, vicomte de Marseille, à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, vers 1195. Il parut aussi à la cour du roi do Léon Alphonse IX, à celle des comtes de Provence, auxquels il demeura toute sa vie très-attaché. C'est à l'aide de ses pièces de vers, de ses siVventes, que l'on peut suivre ainsi son itinéraire, et quelques-unes d'entre elles portent la date des événements contemporains auxquels elles se rattachent par ce moyen. On le suit si bien qu'il n'y a plus de place pour les sièges de vulea et les hauts faits de capitaine et d'homme d'armes, dont l'ont gratifié les chroniqueurs italiens, abusés par la similitude des noms.

On ne possède qu'une trentaine de pièces de ce poète, tensons et sirventes, publiées en partie seulement par M. Raynouard. Ce sont presque toutes des poésies amoureuses, d'une tournure élégante, révélant une imagination souple, un caractère enjoué.

SORDBVOLO, bourg du royaume d'Italie, province de Novare, district de Biella, mandement de Graglia. 2,232 hab.

SORDIDE adj. (sor-di-de — lat. sordidus; de sordere, être sale). Sale, dégoûtant : Des vêtement* sordides.

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Paris n'e&t maintenant qu'une. seiUine impure, Un égout sonlide et boueux.

— Fig. "Vil, bas, honteux : Une avarice sordide. Un gain sordide. Un intérêt sordide. Une épargne sordide. (Acad.) Epargne sordide, passion de vouloir ménager les ■plus petites choses sans une fin honnête. (La Bruy.). C'est le bon ordre, et non certaines épargnes sordides, qui fait le profit. (Volt.). Un sordide égolsme entretient nos querelles,

VlËNNET.

|[ Qui est d'une avarice honteuse : C'est un homme avare, vilain, sordide. C'est un avare des plus sordides. (Acad.).

Vers son triste penchant son naturel guidé ' Lui fit, dans une avare et sordide famille, Chercher un monstre affreux sous l'habit d'une fille.

BoiLEAU.

SORDIDEMENT adv. (sor-di-de-man — rad. sordide). D'une manière sordide : Vivre

SORDIDEMENT. Etre SORDIDEMENT vêtu.

SORDIDITÉ S. f. (sor-di-di-tè — rad. sordide). Etat de ce qui est sordide, sale : Des vêtements d'une sordidité repoussante.

— Avarice sordide. Devant un avare, la dureté et la sordidité ne sont plus dans notre bouche qu'une sage modération et une bonne conduite domestique. (Mass.)

SORE s. f. (so-re — du gr. sôros, amas). Bot. Nom donné aux amas ou groupes de corps reproducteurs, dans les fougères.

SORE, bourg de France (Landes), chef-lieu de canton., arrond, et à 59 kilom. N. de Mont-de-Marsan, sur la Petite-Leyre ; pop. aggL, 382 hab. — pop. tôt., 1,907 hab. Poterie, fabrication d'essence de térébenthine, verreries, tourbières, taillanderies. Elève de brebis. Ruines d'une vieille enceinte. Belle fontaine.

SORE (Jacques), sieur vu Fi.ocquks, célèbre corsaire huguenot, originaire de la Normandie. A la tête de 20 ou 30 navires armés en guerre, il alla croiser, eu 15G9, sur les côtes de la Bretagne, pourchassant et prenant tous les bâtiments frétés pur des armateurs catholiques, auelle que fût d'ailleurs leur rationalité. Il s empara ainsi de 2 vaisseaux vénitiens qui furent déclarés de bonne prise, parce que les Vénitiens favorisaient les ennemis des protestants. En 1570, il mit à la voile, se dirigeant du côté de l'Espagne et du Portugal. Encouragé par ses succès, il poussa jusqu'aux îles Canaries, où il rencontra un navire portugais chargé de moines, de reliques, de chapelets, qui se dirigeait vers les Indes, c Les pamphlétaires catholiques l'accusent d'avoir, dans cette circonstance, commis d'horribles cruautés sur 40 jésuites, qu'il fit jeter, disent-ils, à la mer, après les avoir mutilés; mais de Thon réduites chiffre de 40 a 2, et ne parle nullement de mutilation ; encore ajoute-t-il que Sore ne lit qu'agir de représailles, irrité qu'il était du meurtre de quelques-uns de ses matelots, qui, faits prisonniers par les Portugais, avaient été immédiatement égorgés. » (France protestante.) Sore revint en France vers 1570, et, depuis cette époque, on ne sait ce qu'il fit, ni en quelle année il mourut.

SOREAU (Antoine), jurisconsulte français du xvue siècle. Il a traduit les Lettres de Brutus et de Cicéron touchant les affaires de la république, depuis la mort de Jutes César jusqu'au triumvirat, avec des notes historiques (1663, in-12).

SOREAU (Jean-Baptiste-Etienne-Benolt), jurisconsulte français, né à Tours en 1738, mort à Paris en 1808. Reçu avocat au parlement de Paris en 1774, il contribua k la nouvelle édition du Denisart, entreprise par Camus et Bayard, collabora au Magasin encyclopédique de Millin, ot publia plusieurs ouvrages parmi lesquels nous citerons : Voyage à Ermenonville (dans les Voyages en France, avec des notes, par M. de La Mésangère, 1798, 4 vol. in-18).

SOREC, torrent de la Palestine ancienne. Il prenait sa source prés de Rama, au N.-O. de Jérusalem, coulait au S.-O., puis à l'O., baignait Jamnia, puis se jetait dans la Méditerranée, à 20 kilom. S. de Joppé. Cours de 137 kilom.

SORÉDION s. m. (so-ré-di-on — dim. de sore). Bot. Taches pulvérulentes que forment, en se réunissant, les corpuscules par lesquels se reproduisent beaucoup de lichens.

SOREL, ville de l'Amérique anglaise du Nord, dans le bas Canada, à 32 kilom. N.-E. de Montréal, ou confluent de la rivière de son nom et du fleuve Saint-Laurent; 3,700 hab. Port de commerce; chantiers de construction.

SOREL, CHAMBLYou RICHELIEU, rivière de l'Amérique du Nord. Elle sort de la rive septentrionale du lac Champlain, coule au N., baigne Saint-Denis, Sorel et se jette dans le fleuve Saint-Laurent, après un cours de 140 kiloin.

SOREL (Agnès), dame de Fromenteau, dame db Bkacté, maltresse de Charles VU, née vers l'an 1409, morte le 9 février 1450. Dans son histoire de Louis XI, publiée en 1745 {histoire qui n'est qu'un résumé des annales de l'abbé Le Grand), Duclos a écrit, à propos d'Agnès Sorel : « Ce fut la maîtresse pour qui Charles eut la plus forte passion et qui

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fut la plus digne de son attachement. 3a beauté singulière la fit nommer la helio Ag»è*. Rare exemple pour celles qui jouissent de la même faveur, elle aima Charles uniquement pour lui-même et n'eut jamais d autre objet duns sa conduite que la gloire de son amant et le bonheur de l'Etat. » En écrivant ces lignes, Duclos songeait très -certainement a Mme de Pompadour, dont personne n'ignorait la faveur croissante et qui était à la veille d'être hautement avouée, reconnue et \ installée à Versailles.

Agnès Sorel et Jeanne Darc sont les deux plus sympathiques et les deux plus belles figures de femmes qu'on rencontre au dernier chapitre de l'histoire du moyen âge, peut-être de tout le moyen âge, et ce fut une singulière bonne fortune pour Charles VII que de les trouver toutes deux sur son chemin.

Agnès Sorel naquit, avons-nous dit, vers l'an 1409, il Fromenteau, village de la Touraine; son père, Jean Sorel ou Sureau, était homme de robe, conseiller du comte de Clermont (plus tard Agnès prit pour armes un sureau d'or) ; sa mère était de noblesse et s'appelait Catherine'Maignelais. Toutejeune encore, presque enfant, elle fut attachée à la. cour deLorraine et élevée avec Isabelle, dont elle devint et resta toujours la pi us chère amie.

Lorsque Isabelle devint la femme de René d'Anjou , Agnès devait avoir vingt ans.

"Certes, Agnez estoit une des plus belles femmes que je vis oneques, » s'écrie Olivier de La Marche ; et dans la bouche du chroniqueur bourguignon, c'est-à-dire d'un ennemi, l'éloge ne peut pas être exagéré. Ce qui formait, à ce qu'il semble, le caractère distinetif de la beauté d'Agnès , c'était une douceur très-grande, une bonté exquise répandues sur tous ses traits; c'était lagràce naïve et la sagesse aimable.

Charles VlT, en l'apercevant, en devint amoureux, et cet amour devait durer plus de vingt ans (1430-1 4D0), jusqu'à la mort do celle qui en fut l'objet.

Agnès, bonne, douce, naïve, mais sage d'instinct, devine l'amour du roi qui n'a point voulu la laisser retourner en Lorraine avec son ainie Isabelle, qui l'a attachée à la reino comme fille d'honneur, qui la poursuit comme un écolier, qui veut la voir sans cesse, sans cosse être près d'elle; elle se défend, se roidit, résiste. • Toute simple demoiselle que je suis, dit-elle au brave Xaintrailles, la conquête du roi ne sera pas facile; je le révère et l'honore, mais je ne crois pas que j'aie rien à démêler avec la reine à son sujet. » L'honnête jeune femme pensait sincèrement ce qu'elle disait; elle croyait bien n'avoir jamais rien à démêler avec la reine, sa maîtresse; mais elle ne songeait pas que sa mattresse elle-même et une autre femme, la mère de celle-ci, la belle-mèré du roi, Yolande, allaient la pousser dans la voie d'où sa sagesse native l'éloignait.

Yolande d'Anjou avait dans un corps de femme un cœur d'homme; sa tête était celle d'un homme ; depuis le jour où sa fille épouse le roi de France, on peut noter k coup sûr son influence dans chacun des actes de son gendre: c'est elle qui fait accueillir Jeanne Darc; c'est elle qui s'entend avec le duc d'Alençon quand il s'agit de quelque campagne k entreprendre. Quand parut Agnès et qu'elle s'aperçut de l'amour qu'inspirait au roi cette jeune femme, elle songea tout de suite à favoriser cet amour; par cette douce créature, facile à captiver, elle gouvernerait Charles VIT.

Ainsi assiégée de toutes parts, Agnès céda. Un contemporain, un Bourguignon, un ennemi, Olivier de La Marche, que nous avons déjà cité, avoue que ■ Agnès fit en sa qualité beaucoup de bien au royauluie ; s et encore : « Elle prenoit plaisir à avancer devers le roy jeunes gens d'armes et gentils eompaignons, dont le roy fut depuis bien servi. »

Ce fut là, en effet, le premier acte de l'autorité dont elle venait d'être investie : elle fit table rase autour du roi, éloigna tous les favoris, qui allèrent conspirer avec le dauphin, et entoura son amant de conseillers de sou choix.

Mais Agnès na veut pas que l'histoire donne à son amant le seul nom que déjà lui donnent ses contemporains , celui de Charles le Bien-Servi; elle veut que le roi se serve un peu lui-même aussi, qu il agisse, ■ qu'il quitte un peu sa chasse et ses jardins et prenne le frein aux dents, • ainsi que dit Brantôme, et mette hors les Anglais. A ce propos, il est un trait charmant que Fpntenelle dans ses Dialogues a raconté ainsi : • Le roi, dont j'étais aimée, voulait abandonner son royaume à des usurpateurs étrangers et s'aller cacher dans-un pays do montagnes, où je n'eusse pas été trop aise de le suivre. Je m'avisai d'un stratagème pour le détourner de ce dessein. Je lis venir un astrologue, avec qui je m'entendais secrètement; il me dit un jour, en présence de Charles, que tous les astres étaient trompeurs , ou que j'inspirerais une longue passion k un grand roi. Aussitôt je dis à Charles : Vous ne trenverez donc pas mauvais, sire, que je passe à la cour d'Angleterre; car vous ne voulez pas être roi, et il n'y a pas assez de temps que vous m'aimez pour avoir rempli nia destinée. La crainte qu'il eut de me perdre lui fit prendre la résolution d'être roi de France, et il commença dès lors à se rétablir. ■ Fontenelie

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fait après ce récit la réflexion suivante • o Voyez combien la France est obligée à l'amour, et combien ce royaume doit être galant, quand ce ne serait que par reconnaissance, n

Il y avait vingt ans que l'Egérie de Charles Vil conseillait„guidait son amant, vingt ans qu'elle l'aimait, « l'aimait uniquement pour lui-même,i remarque Duclos, et était aimée par lui sans partage, lorsque la Belle des belles, ainsi qu'on la nommait, la dame de Beauté, lorsque Agnès Sorel mourut subitement le 9 février 1450, au château du Mesnil, à un quart de lieue de Jumigny, où elle était allée faire ses couches.

On crut alors, et depuis on a répété, que le dauphin n'était pas étranger à cette mort, qu'il avait fait empoisonner Agnès; mais cet empoisonnement n'est pas parfaitement prouvé. Ce qui est vrai, ce qui a donné lieu peut-être à cette accusation, c'est que le fils de Charles VII s'emporta un jour jusqu'à donner un soufflet à la maîtresse de son père. Ce qui est vrai aussi, c'est le fait suivant, rapporté par l'auteur que nous citions tout k l'heure : Louis XI se trouvant dans l'église de Loches, où Agnès avait été enterrée, les chanoines, croyant lui faire leur cour, le prièrent de faire enlever de leur chœur un objet si propre à les scandaliser, o J'y consens, répondit le monarque, mais il faut rendre auparavant tout ce que vous avez reçu d'elle. » En effet, Agnès Sorel , pour avoir son tombeau dans te chœur de l'église de Loches, avait donné au chapitre deux mille éeus d'or, une magnifique tapisserie et divers joyaux.

Agnès Sorel eut trois filles de Charles VU. On ignore le sort de l'aînée, Charlotte; la seconde fut mariée à Olivier de Coctivi, seigneur de Taillebourg; la troisième à Antoine de Beuil, comte de Sancerre.

— Iconogr. Etienne Chevalier, trésorier de Charles VII, ami particulier et un des trois exécuteurs testamentaires d'Agnès Sorel, fit présent à l'église Notre-Dame de Melun, dont il était paroissien, d'un diptyque peint k l'huile et sur bois par Jean Fuuquet, le maître le plus habile que possédât alors l'école française. Denis Godefroy, historiographe de France sous Louis XIV, allié à la famille ou à la postérité d'Etienne Chevalier, décrit ainsi ce diptyque dans son Histoire de Charles VU, publiée en 1661 : • Dans ladite église (Notre-Dame de Melon), derrière le choeur, se montrent par rareté deux tableaux de moyenne grandeur, peints sur bois et se fermant l'un dans l'autre, dans l'un desquels est représentée une vierge Marie ponant un voile blanc sur sa tête et une couronne perlée à hauts fleurons au-dessus, Ut mamelle gauche découverte et ayant la vue baissée sur un petit enfant qui est debout à ses pieds. Aucuns veulent dire que cette image est peinte sur la figure d'Agnès Sorel, ainie de Charles VII. Et, dans l'autre tableau, est le susdit Etienne Chevalier à genoux, le nom duquel est écrit en abrégé en grandes et grosses lettres gothiques d'or, à côté de. lui revêtu d'une robe de velours rouge, nu- tête et les mains jointes, ayant au devant de lui un saint Etienne debout, qui semble le présenter à ladite Vierge. • La tradition qui voulait que la Vierge de ce diptyque eût été peinte k la ressemblance d'Agnès Sorel était répandue dès le xvi« siècle et avait fait multiplier les copies de ce prétendu portrait. Charles Sorel, historiographe de France Sous Louis XIII, qui revendiquait l'honneur d'appartenir au sangde la belle Agnès, rapporte que du temps où il vivait on conservait un grand nombre de ces copies, dont quelques-unes s'éloignaient d'ailleurs beaucoup de l'original. « Quelques-uns de ces portraits, dit-il, sont faux, comme on le peut vérifier par l'habit, qui est tel qu'on le portait du temps de Charles IX. « Il existe au musée de Versailles une de ces copies, qui a été souvent reproduite et popularisée en dernier lieu par la photographie. Agnès Sorel ou la Vierge est seule, l'Enfant Jésus ( ayant été volontairement omis; de là le contraste singulier que présente cette image, où l'on voit une femme qui se montre le sein nu et les yeux baissés, la tête couverte d'un voile, avec les attributs de la pudeur virginale. Le diptyque de Melun se conserva dans cette église jusqu'à l'époque de la Révolution. Les deux volets, déjà séparés peut-être, furent alors dispersés; l'un d'eux, celui qui représente le trésorier Etienne Chevalier et son patron, subsiste dans le cabinet de M. Brentano, à Francfort; l'autre Serait conservé au musée d'Anvers (no 154 du catalogue de 1857), si l'on en croit 1 inscription sutvante, qui est tracée a l'encre sur le revers d'un panneau appartenant à cette galerie : « La sainte Vierge sons les traits d'Agnes Sorel, maltresse de Charles VII, roi de France, morte en 1450. Ce tableau, qui était dans le choeur de Notre-Dame de Melun, est un vœu de M. Etienne Chevalier, un des exécuteurs testamentaires d'Agnès Sorel.,. 1775. Gaultaier, avocat. » Si cette inscription, que nous reproduisons d'après le catalogue du musée d'Anvers, est bien authentique, et si le tableau sur lequel elle est tracée est bien le volet du diptyque de Melun, 11 faudrait en conclure que ce diptyque avait été enlevé de l'église Notre-Dame bien avant 1793. Mais il est à remarquer, d'une part, que la composition du tableau d'Anvers diffère sensiblement de l'œuvre décrite par û. Godefroy : la Vierge, as-

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sise sur un liône orné de pierres précieuses, coiffée d'une couronne enrichie de perles, d'où descend un voite diaphane, ayant un manteau d'hermine et une robe dont le corsage délacé laisse a découvert le sein gauche, tient les yeux baissés sur l'Enfant Jésus, assis sur ses genoux;. autour d'elle voltigent des anges bleus et des archanges ronges. D'autre part, M. Vallet de Viriville, qui a publié une étude remarquable sur Jean Fouquet, estime que « l'exécution du panneau du musée d'Anvers semble trop lourde, trop vulgaire et de tout point trop médiocre pour qu'il soit permis d'y reconnaître une œuvre originale et la touche si distinguée de Jean Fouquet. i> M. Vallet de Viriville ajoute : « Cette peinture, dépourvue de garantie d'authenticité, pourrait être une de ces copies mentionnées par Charles Sorel et remonterait f>eut-être au xvie siècle. » Pour ce qui est de ft question de savoir si l'auteur du diptyque de Mi'lun avait bien pris pour modèle de sa Madone la maîtresse de Charles VII, l'écrivain que nous venons de citer se montre tout disposé à la résoudre affirmativement, et il incline à croire que la peinture doit avoir été exécutée du vivant d'Agnès Sorel, ou trèspeu de temps après sa mort; il fait remarquer avec raison que Fouquet, qui exécuta plusieurs travaux pour le trésorier Etienne Chevalier, ne put moins faire que d'être connu de son amie Agnès et fut sans doute appelé, en diverses circonstances, k faire le portrait de cette a belle des belles. » « Les historiens d'Agnès Sorel, dit encore M. de Viriville, ont loué sa beauté d'un concert unanime. Agnès était née k quelques lieues de Tours, patrie de Jean Fouquet. Il y a, dans tes productions de cet artiste éminent, tin type de femme distinct et qui lui appartient. Ce type, gracieux et doux, éminemment français, semble lui avoir été fourni par le sang, par la population féminine de sa province natale. D'après les indications iconographiques que nous possédons relativement k la personne d'Agnès, ce modèle de femme, exprimé par le pinceau de Fouquet, correspond au genre de beauté qui caractérisait la fille de Jean Sorel. Galbe particulier aux contours arrondis, mélange rare d'idéal et de réalité , ce type féminin nous est offert dans toute la plénitude de sa ^râce par la figure principale du Couronnement de la Vierge (une des miniatures de la collection Brentano, ayant fait partie d'un livre d'heures exécuté pour E. Chevalier). Il reparaît certainement avec la Notre-Dame de Melun ou d'Anvers. ■

M. Niel a publié, dans ses Portraits des personnages les plus illustres, la gravure d'un portrait d'Agnès Sorel que l'on croit avoir été dessiné d'après nature, mais qui ne iustilie guère la réputation de beauté faite à 1 amie de Charles Vil. Un autre portrait, que M. de Viriville croit être apocryphe, a été gravé par Pourvoyeur dans le recueil de Portraits inédits publié en 1809 par Alexandre Lenoir. La statue de marbre blanc qui est couchée sur le tombeau de marbre noir où fut ensevelie Agnès Sorel, dans le chœur de l'église de Loches, ne saurait être considérée comme une image exacte de cette temme charmante; ce tombeau, dont il y a un moulage à Versailles, fut mutilé en 1793, et lorsqiren 1806 le général Pommereul le lit transporter dans une tour de l'ancien palais royal de Loches (devenu la sous-préfecture), un sculpteur fut chargé de refaire la tête, les pieds et les mains de la statue. A La Guerche, dans une salle du château que Charles VU fit construire pour son n amie par amour, » on a placé un mausolée en pierre d'Agnès Sorel, provenant de l'église de cette ville, et sur lequel est une statue non moins mutilée que celle de Loches.

SOHEt (Charles), sieur de Souvignv, littérateur français aussi fécond que médiocre, né ii Paris vers 1597, mort en 1674. Il débuta par la publication de romans dont le succès l'engagea à se vou&r exclusivement à la littérature. Plus tard, il s'adonna à l'étude des sciences et de l'histoire, ec remplaça, en 1635, son oncle Ch. Bernard dans la charge d'historiographe de. France. La plupart de ses productions sont tombées dans l'oubli. Citons, parmi les plus connues: \n.Vraie histoire comique de Fiancion, roman traduit ou imité dans presque toutes les langues de l'Europe ; Histoire de la monarchie française (do Pharamoiid à 840) ; Histoire de la monarchie française sous le règne de Louis XIV; la Bi- • bliolhèque française, où nos anciens historiens sont appréciés avec impartialité.

SOREL (Alexandre), écrivain, né k Paris en 1826. Il étudia le droit et se fit inscrire au barreau de sa ville natale. M. Sorel, un des principaux rédacteurs du journal le Droit, s'est fait connaître par un certain nombre d'ouvrages sur des matières historiques et Juridiques. Nous citerons notamment : Assassinat de Mgr l'archevêque de Paris; Verger, sa biographie et son procès (1857, in-8°) ; Dont' mages aux champs causés par le gibier; de la responsabilité des propriétaires de bois, etc. (1801, in-8u); Stanislas Maillard, l'homme du 2 septembre 1792 (1852, m-12); le Cousent des Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice pendant la Terreur (1863, in-8»); Epitre d'Antoine Loisel à son ami Etienne Pasquier (1864, in-8°) ; Chasse à tir et à courre (1864, in-8») ; Compiègne et Morat, fragments historiques (1865, in-8»); Codes et lois usuelles classés par

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ordre alphabétique, avec Ang. Roger (1865, in-8"), etc.

SOREL (Albert), littérateur français, né à Honfleur en 1842. Pendant la guerre francoallemande, il fut attaché à la délégation des affaires étrangères à Tours et à Bordeaux. En 1872, il professa l'histoire diplomatique à l'Ecole libre des sciences politiques et il fut nommé chevalier de la Légion d honneur en 1874. Il a fourni un assez grand nombre d'articles à la Hernie des Deux-Mondes, k l'Annuaire des Deux-Mondes et à d'autres recueils. On lui doit, en outre : la Grande falaise et le Docteur Egra, romans publiés à la Librairie générale ; le Traité de Paris du 20 novembre 1815 (1873, in-8°); Histoire diplomatique de la guerre franco-allemande (1875, 2 vol. in-8<>).

SORÉMA s. m. (so-ré-ma). Bot. Genre de plantes, de la famille des nolanacées, formé aux dépens des nolanas, et comprenant sept espèces, qui croissent au Chili.

SORKSINA, ville du royaume d'Italie, province, district et à 25 kiloin. N.-O. de Crémone, ch.-l. de mandement-, 8,356 hab. Fabrication et commerce de confitures estimées, connues sous le nom de mostarda.

SORET adj. m. Autre orthographe du mot

SAURKT.

SORET (Nicolas), littérateur français du commencement du xvne siècle, né dans le diocèse de Reims. H enseignait la grammaire aux enfants de chœur de la cathédrale de Paris, et il a publié : la Ce'ciliade, tragédie (Paris, 1606, in-8<>); Eglogues royales sur l'heureuse naissance de l'Achille français d'Ortéans (Paris, 1608, in-12); ['Election divine de saint Nicolas à l'évéché de Myre (Reims, 1624, in-8<>).

SORET (Jean), écrivain moraliste français, né à Paris, mort vers la fin du xvinc siècle. Il fut avocat au parlement de Paris et membre de l'Académie de Nancy. On a de lui un grand nombre d'opuscules dont plusieurs, relatifs à des sujets de morale, ont été couronnés par des sociétés savantes. Soret fut le principal collaborateur du Père Hayet pour ta rédaction de ta Religion vengée ou Réfutation, des ailleurs impies, etc. (21 vol. in-12). D'après Barbier et Quérard, l'opuscule intitulé l'Inoculation du bon sens (Londres, 1761, petit in-12) n'est pas de Soret, comme la prétendent Desessarts et quelques autres écrivains, mais de Sélis.

SOREUME s. m. (so-reu-me — du gr. sdreuma, amas). Bot. Syn. de sorédion.

SOREX s. m. (so-rèks — nom latin de la souris). Maimn. Nom scientifique du genre musaraigne, il Ancien nom de la souris et du lérot.

SOREXGLISS. m. (so-rèk-sgliss — du latin sorex, souris; glis, loir). Mamin, Syn. de xupaia, genre de carnassiers insectivores.

SOREXINÉ, ÉE adj. (so-rè-ksi-né). -Maium. Syn. de soricien, ienne.

SORÈZE, bourg et commune de France (Tarn), cant. de Dourgne, arrond, et k 27 kilom. S.-O. de Castres, sur le ruisseau de Sor, qui lui donne son nom ; pop. aggl., 1,266 hab. — pop. tôt., 2,868 hab. Mégisseries, fonderie de cuivre. Ancienne abbaye de bénédictins, transformée plus tard en maison d'éducation, actuellement dirigée par des dominicains; le PèreLacordairey est mort en 1861. L'histoire de Sorèze commence à celle de son abbaye. Bien avant que la ville existât en effet, l'abbaye de Sorèze fut fondée en 787, sous le nom d'abbaye de la Paix, par Pépin le Bref, qui la donna à des moines de Saint-Benoît. Détruite par les Normands en 8C4, elle fut plus tard rétablie par l'abbé de Vnlfride. En 1062, les habitants d'une cité romaine en ruine, connue jadis sous le nom de Verdunum et voisine de l'abbaye, désertèrent leurs demeures et vinrent peu à peu en bâtir de nouvelles k l'ombre de la puissante maison religieuse qui acquérait chaque jour de l'importance. Un siècle-plus tard, la ville de Sorèze comptait au nombre des fortes places de la contrée. En 1273, le premier parlement du Languedoc, sous la présidence de Lancelot d'Oigemont, tint ses séances dans l'abbaye de Sorèze. En 1377, les compagnies anglaises rançonnèrent l'abbaye et dévastèrent la ville ; une circonstance curieuse se rattache à cette déplorable invasion : un détachement de routiers, dit un chroniqueur contemporain, ayant pénétré dans la vallée du Sor, s'y empara du château de Roquefort, dont on ne put jamais les chasser, et ce qui est plus singulier encore, c'est que la vallée continue à être habitée de nos jours par les descendants de ces routier.'*, auxquels appartiennent quatorze martinets à battre le cuivre, dont les eaux de la Sor font mouvoir les machines. Au xvie siècle, les guerres de religion furent pour Sorèze une source de désastres. Les protestants s'en emparèrent, ainsi que de la ville, que la paix de 1576 laissa en leur possession et qu'ils munirent de fortifications nouvelles; la place n'en retomba pas moins, quatre ans plus tard, au pouvoir des catholiques, qui s'y livrèrent à de sanglantes représailles. Après une vaine tentative du vicomte de Turenne pour la reprendre, plus heureux que lui, Durfort et le capitaine Saband parvinrent k se ménager dans Sorèze quelques intelligeuces, k l'aide desquelles ils

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y rentrèrent par une porte qui, de nos jours encore, conserve le nom de porte de la Trahison. Lit place demeura dès lors définitivement aux huguenots; en 1589, elle s'empressa de reconnaître Henri IV dès son avènement à la couronne. Sous Louis XIII, elle fut privée de ses trois foires, dont le siège fut transporté à Revel, comme punition de l'asile qu'elle avait donné k la cavalerie des duc3 de Rohan et de Montmorency lors de leurs révoltes (1627-1632). Sorèze est la patrie de dom Claude de Vie, le savant collaborateur de dom Vaissette; du docteur Clos, auteur d'excellentes Recherches historiques sur le Sorézois, et d'Azaïs, le philosophe du Système des compensations. C'est aux environs de Sorèze que se trouve le magnifique bassin de Saint-Féréol, destiné k alimenter le canal du Midi.

Sorè*e (oollkge ce). Cette célèbre maison d'éducation, qui attirait autrefois des élèves de toutes les parties du monde, fut fondée en 1682 et atteignit son plus haut point de prospérité de 1791 à 1824, sous la direction des frères François et Raymond-Dominique Ferlus. Elle continuait, dans des proportions beaucoup plus considérables, une modeste école que les bénédictins entretenaient de temps immémorial dans leur monastère et où ils donnaient l'instruction gratuite k tous les enfants de la ville de Sorèze. Le collège, successivement agrandi k diverses époques, est un vaste édifice composé do plusieurs corps de bâtiments construits pour servir à la fois de collège et de couvent. Situé au S.-E. de la ville, k l'entrée d'une gorge formée par deux montagnes, le Berniquant et le Causse, entre lesquelles coule le Sor, il est presque aussi vaste que Sorèze elle-même, avec ses grandes cours, son vaste parc, son jardin botanique, etc. A l'époque de sa splendeur, il avait de plus un manège et un bassin pour la natation.

Dès le milieu du xviie siècle, l'institution que les protestants avaient fondée à Puylaurens sous le nom d'académie, et où se rendaient en foule les jeunes nobles de la religion réformée, engagea les bénédictins de Sorèze à tenter une fondation du même genre. L'école de Puylaurens reçut bientôt plusieurs atteintes des ordonnances de plus en plus restrictives qui furent rendues contre les calvinistes sous le règne de Louis XIV, et elle fut enfin entièrement anéantie par la révocation de l'édit de Nantes. Le désir de rivaliser avec cette institution, puis de la remplacer, s'empara des bénédictins. Ils augmentèrent à cet effet le nombre des régents et ils étendirent le cercle de l'enseignement, qui resta gratuit seulement pour les jeunes gens de la ville; puis, quand ils virent, après quelques années, le concours des élèves devenir toujours plus grand dans leur monastère, ils se déterminèrent k une entreprise plus importante et ne craignirent pas d'y employer une partie de leurs richesses. Ils ne se bornèrent pas k agrandir le local qui était destiné k l'instruction ; ils élevèrent des constructions nouvelles en rapport avec l'étendue de leurs projets. Le monastère avait alors pourprieurdom Jacques Hody, qui fut i'âme de cette entreprise; c'était un homme éclairé, plein de zèle pour tout ce qui intéressait l'éducation de la jeunesse. Il posa la première pierre du nouvel édifice et dirigea toutes les constructions. On le regarde à juste titre comme le fondateur du collège. Une faible pension fut exigée des élèves. Mais, pour faire connaître au public combien peu leur établissement était un objet de spéculation, les bénédictins offrirent d'élever et d'entretenir gratuitement vingtquatre enfants de gentilshommes les moins riches de la province; ils furent encouragés dans cette généreuse entreprise par les étuts de Languedoc et en général par tous ceux qui, dans le midi de la France, tenaient k la gloire des lettres. L'arithmétique, la géométrie, la grammaire, la cosmographie, la géographie et l'histoire étaient les sciences qu'on y enseignait, et, indépendamment des langues mortes qui faisaient le fondement de l'éducation, le séminaire, c'est ainsi qu'on appelait l'établissement, en prenant le mot dans un sens général, car on ne cherchait pointa n'y former que des élèves destinés à l'état ecclésiastique, ne tarda pas k prospérer. Il acquit tous les jours plus de réputation; on se disputa les places gratuites comme celles du pensionnat.

Cependant, après quarante ans d'existence et au moment où ce séminaire était le plus brillant, en 1722, on renvoya momentanément tous les pensionnaires. On ne ferma pas tout k fait les écoles ; mais on se borna k donner, comme par le passé, des leçons de latin aux enfants de la ville. Le véritable motif de cette suspension n'a jamais été bien connu. Les choses restèrent en cet état jusqu'en 1757, époque k laquelle un moine de la congrégation de Saint-Maur, dom Victor de Fougeras, fut chargé par une assemblée générale de son ordre, tenue k Noirmoutier, de faire construire à Sorèze de vastes bâtiments pour y mettre en pratique un plan d'éducation présenté par lui, et il se mit immédiatement k l'œuvre.

Dom Victor de Fougeras n'était pas venu k Sorèze avec les idées communément reçues sur l'éducation. Une longue habitude de l'enseignement lui en avait donné de particulières. Plein d'une vaste et solide érudition, il

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avait toujours admiré les belles institutions de l'antiquité, où l'on savait former des hommes en développant k la fois les facultés du corps et celles de l'esprit. Il se persuada qu'en faisant k nos mœurs et k notre état de civilisation l'application des principes sur lesquels ces institutions étaient fondées, on pouvait obtenir les mêmes résultats. Il avait remarqué combien la jeunesse aime l'activité, le mouvement, la diversité ; combien on la contrarie en l'appesantissant trop longtemps sur des études nécessaires, mais arides: combien cette marche uniforme enchaîne le développement des aptitudes du génie de chacun. Il conçut alors cette heureuse combinaison d'exercices qui fournit le moyen d'occuper les élèves, sans relâche comme sans fatigue, en faisant d'un travail le délassement d'un autre travail, et d'une application réellement utile un sujet de plaisir.

Il n'attendit pas que les nouveaux bâtiments fussent construits. Il commença tout de suite avec quelques élèves seulement, dont le nombre monta rapidement k soixante-dix pensionnaires et quarante externes, tous enfants de la ville. L'ouverture solennelle de l'établissement eut lieu le 15 janvier 1759. Externes et internes étaient forcés de se soumettre k un régime plutôt militaire que clérical; ils ne pouvaient paraître en public, les jours de sortie, que revêtus d'un uniforme composé de l'habit bleu de roi, collet, parements, veste et culotte pourpre; le costume ordinaire était entièrement bleu. L'administration seule conservait le caractère ecclésiastique. Il s'agissait donc de former des sujets pour le monde, d'élever des gentilshommes, des soldats, des marins, des magistrats, des administrateurs, plutôt que des moines, et cette pensée avait été formulée d'une manière non équivoque dans le passage suivant du mémoire rédigé par dom Victor de Fougeras et présenté par le maire de Sorèza k l'assemblée générale des bénédictins réunis k Marmoutier au mois de mai 1757 :

« Dans un collège bien ordonné, les amusements sont compensés avec le travail; il faut que les enfants prennent l'habitude de celui-ci sans en concevoir du dégoût, et on le leur fait éviter en leur permettant de se dissiper par quelques quarts d'heure de récréation fionnéte. Far le plan que l'on propose, les enfants ont deux classes par jour, de deux heures et demie chacune. Le régent en emploiera un peu plus de la moitié k l'étude du latin, y compris un quart d'heure de grec; le reste de la classe sera gracieusement occupé de géographie, de marine et de blason, un quart d'heure k chacune de ces petites sciences. Chaque classe aura une étude de cinq quarts d'heure pour faire le devoir: voilk plus de cinq heures employées par jour au latin;- n'est-ce pas bien assez? Une étude d'une heure à une des quatre langues modernes et une autre employée k la danse ou à l'écriture alternativement, c'est toute l'occupation de la journée... Les mathématiques, la musique et le platn-chant feront l'occupation des études pendant les jours de fête et de congé, d *

C'est dom Victor de Fougeras qui fit construire le collège tel qu'il existe actuellement ; la grande porte monumentale, les vastes salles de récréation et d'étude, les trois cours, le parc, les parterres , tout cela était dans son plan.

On aurait eu peine k reconnaître un séminaire dans cet encadrement; il aurait paru, en effet, assez étrange de vouloir conserver les allures monacales k des élèves auxquels on enseignait la danse, la musique, le blason, et qu'on présentait au public avec le costume militaire ou marin de celte époque. Aussi cette déviation des coutumes pédagogiques , cette espèce d'affranchissement des préjugés et de la routine attirèrent-ils sur la tète do dom Fougeras l'hostilité des chefs même de sa congrégation. Il fut brusquement arraché do Sorèze, remplacé successivement par dom Lacroix et dom Lasserre, qui, venus avec l'ordre de restaurer les anciennes traditions, n'en continuèrent pas moins d'appliquer k la lettre les idées de leur confrère réformateur, ot qui virent s'effacer enfin, par l'influence de succès incontestables, l'anomalie existant entre le nom et l'objet de leur établissement. Le séminaire disparut; k sa place figura désormais, par l'autorité du roi, l'Ecole royalo militaire de Sorèze (1771).

Avant comme après l'ordonnance de 1771, la maison eut le caractère d'école préparatoire pour les divers états auxquels la noblesse se trouvait appelée; on n'y forma pas seulement des élèves destinés k l'armée et k la marine ; toutes les professions libérales commençaient à s'y recruter avec avantage, malgré le prix de ia pension, trop considérable, et qui ne permettait qu'k un petit nombre de familles bourgeoises d'y faire élever leurs enfants.

Tels sont les services que la maison de Sorèze a rendus alors au midi de la France. Sans elle, la partie du royaume située en deçà de la Loire n'aurait eu aucun moyen de se soustraire k l'empire de la scolastique et de Vergotisme théologien, tandis que de tous côtés la philosophie et la littérature posaient les fondements d'un système plus directement applicable, approprié aux besoins des sociétés modernes. C'est précisément ce caractère particulier de l'éducation donnée à Sorèze , caractère qui est resté la tradition

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consfante de l'établissement à travers toutes les vicissitudes par lesquelles il a dû passer de 1759 jusqu'en 1824, qui a valu à cette maison sa réputation et ses succès, eu dehors des habitudes universitaires et des préjugés des corporations enseignantes ; mais il suscita aussi contre elle la haine des ennemis de toute éducation libérale. Les exercices publics de la fin de l'année classique, célébrés avec solennité en 1775 et dédiés par dom Despaux aux états de Languedoc, eurent particulièrement le don d'exciter l'envie. L'école se vit attaquée, à cette occasion, non-seulement dans quelques journaux, mais encore dans un écrit volumineux, intitulé : Lettre d'un professeur entérite de l'Université de Paris, au sujet des exercices publics de l'Ecole royale militaire de Sorèze. La méthode d'enseignement adoptée à Sorèze y était surtout amèrement critiquée , parce qu'elle différait de celle de l'Université. On y blâmait l'étendue fastueuse du programme et les principes émis par les professeurs. On trouvait le choix des livres classiques fait avec peu de discernement. Il était ridicule, disait-on , que des moines s'érigeassent en maîtres d'escrime, d'équitation, d'exercice militaire, etc., reproche qui témoignait de l'ignorance ou de la mauvaise foi du critique ; car ce n'étaient pas des moines, mais des laïques recevant un traitement de l'établissement, qui enseignaient ces divers arts d'agrément. D'Alembert et Condillac étaient aussi mis en cause à ce propos; l'école enfin était représentée comme formée d'après leurs principes et sur un plan analogue a celui de l'Encyclopédie, etc.

La réponse ne se fit pas attendre ; elle fut rédigée par un confrère de dom Despaux, dont le nom devait se rattacher plus tard avec éclat au nom de Sorèze, dom François Ferlus, et elle relevait une ii une, avec esprit, toutes les imputations de l'anonyme professeur émérite contre les pratiques de l'éducation sovézienne.

Vint la Révolution ; la suppression des ordres monastiques et diverses autres causes amenèrent momentanément lu fermeture du collège. Le monastère et ses dépendances, devenus bien nationaux, furent mis en vente; mais dom François Ferlus, qui venait de si bien défendre l'œuvre de dom Fougeras et de dom Despaux, sentit, qu'il fallait la sauver et la continuer k tout prix, au milieu des orages du temps. Il s'arma de courage et secondé par son frère, Raymond-Dominique Ferlus, il réussit k emprunter des capitaux , acheta la propriété du collège et entreprit avec la plus louable activité de lui rendre son ancienne gloire; il n'y parvint qu'au prix d'efforts inouïs et de préoccupations incessantes que lui causait le remboursement stipulé par annuités, souvent très-lourdes, des capitaux empruntés pour l'achat du monastère et des terres qui en dépendaient. Sauf les modifications inévitables que commandait l'esprit de la Révolution, tout fut. remis sur l'ancien pied ; les arts d'agrément, en même temps que les sciences, les mathématiques transcendantes, les belles-lettres, les langues mortes et plusieurs langues vivantes , continuèrent k faire partie de l'éducation. L'escrime., l'équitation, la danse, la déclamation, la natation y eurent des professeurs spéciaux. On n'y négligea rien, en un mot, de ce qui peut donner à l'homme un haut degré de culture et de politesse. Un athénée d'émulation, où l'on était reçu comme à l'Académie par l'élection, fut institué sous François Ferlus ; enfin, les représentations dramatiques et les exercices publics de la fin de l'année ajoutèrent encore à la variété de cette éducation libre et vraiment propre a former dos hommes de cœur et d'initiative.

François Ferlus mourut en 1812 et eut pour successeur, comme directeur-propriétaire de l'école, son frère Raymond-Dominique Ferlus, homme d'esprit et de fortes études, qui continua avec un succès toujours croissant le système d'enseignement depuis si longtemps éprouvé k Sorèze à la satisfaction des familles. Cela dura jusqu'en 1823, époque k laquelle le ministère clérical et réactionnaire de Vévêque d'Hermopolis, Frayssinous, résolut de faire fermer le collège de Sorèze.

C'est assurément un des plus intéressants épisodes de l'histoire de l'instruction publique en France que cette misérable persécution cléricale qui amena la décadence de Sorèze et, après la mort de Ferlus, la vente de l'immeuble k l'abbé Gratacap, jésuite, des mains duquel le collège est passé à celles de Lacordaire, qui en a fait une sorte de pépinière de dominicains.

Tout à coup parut à Sorèze un inspecteur général de 1 Université, M. Laureutie, qui doit avoir sur la conscience sa triste conduite de ce temps-là. Il adressa au conseil général de l'instruction publique le rapport suivant; il est nécessaire de consigner ici ce monument d'obscurantisme ; il ne faut pas que de telles pièces échappent à l'histoire. L/homme des rigueurs salutaires se retrouve tout entier 'dans ce rapport :

• Nous, Pierre Laureutie, inspecteur général des études, délégué par Son Excellence le grand maître de l'Université de France, pour faire une information tant sur la conduite morale, religieuse et politique que sur l'état de l'enseignement de l'école de Sorèze ;

• Attendu qu'il résulte des interrogatoires, déclarations et plaintes par nous recueillis,

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soit dans l'école, soit dans la ville de Sorèze, soit dans la ville de Castras, chef-lieu de l'arrondissement dont la ville de Sorèze fait partie, ainsi que des programmes, prospectus ou règlements particuliers de ladite école ;

» 10 En ce qui touche l'exercice de la religion dans l'école, que les professeurs, maîtres ou surveillants ne donnent point aux élèves l'exemple de la religion; qu'à l'exception de trois ou quatre ils n'ont aucun soin de faire naître, par leurs discours, de bonnes impressions dans l'esprit de leurs élèves; que les professeurs ou maîtres, k l'exception de trois ou quatre, méprisent les devoirs religieux, même les plus indispensables; qu'ils ne donnent aucun signe extérieur de religion et qu'ils ne paraissent jamais ni dans la chapelle de l'école, ni dans l'église de la paroisse; que les professeurs négligent de faire la prière, dans les classes, au commencement et à la lin; que le chef même de la maison ne seconde ni par ses efforts, ni par ses exemples, les soins religieux que M. 1 aumônier est chargé de donner aux élèves ; que, d'ailleurs, la nature et l'ordre des travaux habituels de l'école, que l'habitude des représentations théâtrales, que les fêtes et les bals qui sont donnés dans le collège inspirent aux élèves de l'éloignement pour la pratique des vertus chrétiennes ; qu'ils sont élevés dans une déplorable indifférence pour tout ce qui tient aux devoirs de la religion et même les négligent presque entièrement; que, notamment cette année, il n'y a eu que 6 élèves, sur près de 300 élèves catholiques, qui aient rempli leur devoir pascal, et encore ont-ils demandé, comme une grâce, qu'il leur fut permis de le faire k une messe particulière, grâce qu'on s'est cru obligé de leur accorder, vu les dispositions du reste de l'école; que l'éducation de Sorèze enfin est généralement opposée à l'esprit de la religion et qu'elle n est propre qu'à inspirer dé la vanité aux élèves et à les détourner des choses sérieuses;

» 20 En ce qui touche a l'état des mœurs dans ledit collège , que plusieurs professeurs se sont fait connaître par des scandales souvent répétés; que les bruits les plus défavorables courent, en ce moment même, dans le public, au sujet de quelques-uns d'entre eux et qu'ils sont parvenus jusqu'à l'oreille des élèves, qui s'en entretiennent publiquement entre eux; qu'il en est un notamment auquel on reproche d'être divorcé et d'avoir épousé une seconde femme également divorcée, tandis que le premier mari et la première femme des deux époux sont encore vivants; qu'il en est un autre auquel on reproche de même de vivre avec une femme qu'il n'a point épousée d'après les lois ecclésiastiques; qu'il en est d'autres enfin auxquels on reproche de vivre publiquement avec des femmes étrangères; que la plupart, dans leurs leçons, négligent de ramener l'esprit des enfants vers des idées de morale; que les surveillants ne sont pas plus soigneux de donner de bons exemples, et que plusieurs passent une grande partie de leur temps dans des maisons de jeu ; que, par suite fie ces désordres, les mœurs des élèves se trouvent dans un état vraiment affligeant ; que l'immoralité du collège est connue et qu'elle tient k la lecture desTOauvais livres et au défaut de surveillance;

s 30 En ce qui touche aux principes politiques du collège de Sorèze, que l'esprit dominant de ce collège est un esprit de libéralisme et d'opposition aux principes du gouvernement du roi; que, sur plus de quarante professeurs, six seulement peuvent être cités comme professant des opinions politiques conformes k l'esprit de la monarchie légitime; que les surveillants, la plupart anciens militaires, partagent les opinions dangereuses de la grande majorité des professeurs; que les uns et les autres sont accusés, par le public, d'essayer d'amener k ces mêmes opinions les élèves du collège -, que notamment les surveillants ont exercé trop souvent leur influence pour faire partager aux élèves leur admiration pour une gloire mal entendue, et les porter à préférer un gouvernement qui n'est plus au gouvernement paternel des Bourbons ; qu'un professeur est accusé d'avoir donné pour sujet de composition en rhétorique les dangers de l'intervention dans les affaires d'Espagne ; que, par suite de cette licence d'opinions, les élèves sont entraînés à des principes d'opposition envers le gouvernement ; que, dans une circonstance récente (il y a un an), ils en ont donné une preuve en opposant un silence affecté aux acclamations répétées de M. le maire, de M. le curé et des habitants autour d'un feu de joie allumé pour la fête de Saint-Louis, et que cette année ce feu qui était d'ancien usage a été supprimé, par la crainte que les élèves ne donnassent un pareil scandale ; que, de plus, les opinions du collège se répandent au dehors et entraînent vers de mauvais principes une foule d'hommes irréfléchis ; que c'est même la cause qui peut expliquer la mauvaise opinion de la ville de Sorèze; que plusieurs professeurs, en effet, se distinguent journellement dans la ville par des discours d'opposition sur la politique du gouvernement, et qu'enfin la mauvaise influence des opinions du collège peut encore être portée plus loin par les élèves des diverses contrées qui ont reçu ces principes;

• 4» En ce qui touche à l'enseignement de l'écolo de Sorèze, que cet enseignement est

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en tout contraire aux lois, ordonnances, statut* et règlements qui régissent l'Université royale de France ; que cette école, élevée , par une autorisation spéciale, au degré ordinaire des collèges royaux, a franchi néanmoins les limites de ce haut enseignement, en établissant, sans y être autorisée, des cours de littérature, d'éloquence et de sciences naturelles qui sont proprement des cours de Facultés; qu'en cela elle n'a pu donner à l'Université aucune assurance que les cours spéciaux étaient faits sur des principes conformes k l'esprit d'une bonne éducation, puisque l'école a été seule juge des doctrines des professeurs et que leurs programmes ou cahiers n'ont été ni vus, ni approuvés d'avance par le conseil royal, seul compétent en ce qui concerne le choix des livres élémentaires ou classiques, ou la direction des cours des Facultés; notamment que le cours de littérature se compose de plusieurs parties dont quelques-unes sont d'une extrême délicatesse pour l'inexpérience des élèves , soit considérées en elles-mêmes, soit par rapport au choix des modèles; que, soùs ce double rapport, le collège ne peut suffisamment se justifier d'avoir dépassé les limites de l'enseignement autorisé, en présentant le visa du recteur de l'Académie k la fin des programmes des exercices, vu que ledit visa n'est point une approbation ; que, dans ledit collège, un des principaux exercices est celui des compositions poétiques en français, exercice formellement proscrit par diverses circulaires de Son Excellence le grand maître de l'Université; que l'école de Sorèze ne s'est nullement assujettie aux règlements universitaires en ce qui concerne l'emploi du temps et l'ordre des classes ; que ladite école sacrifie presque entièrement les études graves et sérieuses k des exercices de corps ou k des arts d'agrément qui ne doiventêtre que secondaires dans l'enseignement : qu'indépendamment des représentations théâtrales qui terminent les exercices de la fin de l'année, plusieurs autres représentations ont lieu dans le cours de l'année, ce qui ne saurait être sans un grand dommage pour les études ; que, d'ailleurs, le choix des pièces représentées n'est pas toujours fait avec discernement, puisque dans l'année 1822 l'on a joué sur le théâtre des scènes de Mahomet, tragédie dont l'autorité empêche k Paris et en France la représentation; que, dans son ensemble, l'enseignement de Sorèze, vicieux par rapport k sa direction morale, ne l'est pas moins par la forme particulière qu'on lui a donnée , sans avoir reçu aucune autorisation spéciale k cet effet; que, notamment, les programmes du collège présentent un passage qui peut être considéré comme une censure des méthodes employées dans l'Université pour l'enseignement des langues;

» Attendu, en outre, que des mêmes interrogatoires, plaintes et déclarations il résulte que l'opinion publique, appuyée sur des faits formellement énoncés et publiquement connus, juge le collège de Sorèze, tel qu'il existe en ce moment, comme indigne d'inspirer la confiance aux parents religieux et amis du roi ; que les gens de bien de la contrée le regardent comme pernicieux; qu'ils ont l'intime conviction qu'il a produit beaucoup de mal, sans qu'ils connaissent ie bien qu'il ait fait; que les familles libérales du pays choisissent de préférence ce collège pour y élever leurs enfants, et que les familles royalistes évitent le plus possible d'y faire élever les leurs; qu'il est urgent pour le service du roi et le bien de la religion de donner k cet établissement une direction toute nouvelle ; que l'éducation que l'on y reçoit ne saurait assurer au roi des sujets dévoués, k la religion des chrétiens fidèles , aux familles des enfants soumis; qu'enfin il est non-seulement utile, mais nécessaire d'arriver k une réforme prompte; que, s'il fallait opter entre la conservation du collège tel qu'il est et sa suppression, sa suppression serait encore préférable ;

» En vertu de l'arrêté de S. Exe. le grand maître de l'Université royale de France, en date du 16 septembre 1823,

> Requérons le conseil académique de la ville de Toulouse :

« 10 D'instruire sur les chefs d'accusation ci-dessus énoncés, conformément aux articles 93, 94, 95 du décret du 15 novembre 1811;

1 20 De décider que, vu la gravité des faits, il y a lieu à suivre contre l'institution de Sorèze ;

1 30 D'ordonner que la décision, avec les pièces de la procédure, sera envoyée parilevant le conseil royal de l'Université, pour faire droit k la plainte.

» Fait à Toulouse, le 16 octobre 1823.

• L'inspecteur général des études, faisant les fonctions du ministère public,

» Laukkntib. ■

Ce n'est pas tout; ledit inspecteur général des études, avant de porter contre Sorèze une accusation aussi sévèrement formulée, avait soumis le directeur de l'école k une sorte d'interrogatoire insolent, dont Raymond- Dominique Ferlus voulut que procès-verbal fût dressé pour sa défense. Le voici textuellement :

• Sorèze, le 6 octobre 1823.

» Continuant à procéder k l'enquête dont

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nous avons été chargé par le. irrand maître de l'Université, relativement à l'état moral, religieux et politique età l'enseignement du collège de Sorèze, nous avons interrogé M. Ferlus, directeur de -cette école, lequel a répondu k nos questions ainsi qu'il suit :

• D. En vertu de quelle autorisation l'école de Sorèze a-t-elle élevé son enseignement au degré où il se trouve d'après ses programmes et ses prospectus?

• R. Mesjliplômes portent textuellement que l'école de Sorèze est mise au niveau des collèges royaux pour l'enseignement; par une succession non interrompue, mes élèves ont été admis aux écoles de droit et de médecine sans aucune difficulté.

» D. Les diplômes universitaires qui assimilent Sorèze aux collèges de plein exercice, pour l'enseignement font- ils mention des cours de sciences, de littérature, d'éloquence ?

» R. Ils disent uniquement que l'école de l Sorèze est assimilée, pour l'enseignement, . aux autres collèges royaux.

] » D. Comment avez-vous cru pouvoir vous dispenser de demander une autorisation spéciale pour ces cours élevés, qui sont proprement des cours de Facultés ?

» R. J'ai trouvé ce collège sur ce pied-lk, et je l'ai laissé continuer ainsi, sans jamais éprouver de contradiction de la part de l'autorité universitaire.

» D. Quelle assurance a été donnée k l'Université que les cours spéciaux étaient faits sur des principes raisonnables, puisque l'école a été seule juge des doctrines des professeurs et que leurs programmes ou cahiers n'ont été ni vus ni approuvés par le conseil royal, seul compétent en ce qui touche au choix des livres élémentaires ou classiques?

» R. J'ai tous les ans envoyé le programme au recteur et souvent directement au conseil royal, sans~la moindre observation critique de part ni d'autre.

• D. Pourquoi avez-vous autorisé l'exercice des compositions poétiques en français, exercice formellement proscrit par l'Université?

■ R. C'est encore un usage que j'ai trouvé dans la maison et qui a été en quelque sorte confirmé par les inspecteurs de l'Université qui, dans les classes, ont souvent jugé les essais des élèves dans ce geure de composition.

» D. Puisque l'école de Sorèze est soumise k l'Université, comment a-t-elle cru pouvoir s'affranchir des règlements pour les classes ordinaires et suivre des règlements particuliers, souvent tout k fait opposés k l'esprit universitaire?

• R. Nous ne nous sommes pas écartés des bases du plan universitaire; au contraire, nous les suivons le plus possible , surtout pour l'enseignement des classes latines ou grecques; mais nous avons suivi une autre distribution du temps, plus appropriée au genre d'élèves que nous réunissons de toutes les contrées. •

• D. Avez-vous reçu quelque autorisation, soit pour l'ordre ou la nature des travaux de chaque classe élémentaire, soit pour le choix des auteurs appris par cœur' ou cités pour modèles dans les classes de littérature?

» R. Oui, puisque cela est soumis tous les ans k l'approbation rectorale ou même k celle du conseil royal, k qui les programmes parviennent régulièrement, car je les envoie au recteur pour cela.

» D. M. le directeur s'est-il aperçu que la partie du programme qui porte en titre : Cours de latin , pouvait être considérée comme une critique des méthodes universitaires? Et de quel droit l'école de Sorèze s'annonce-t-elle, dans ce passage, comme devant réformer ce qu'elle appelle la méthode ancienne dans l'enseignement des langues ?

» R. Ce passage n'attaque pas l'Université, puisqu'il est écrit ainsi depuis trente ans et qu'il porte expressément sur les anciens collèges antérieurs k cette époque, et non sur les collèges actuels.

» D. Savez-vous que vous auriez eu besoin chaque année d'une autorisation spéciale pour les représentations théâtrales qui terminent les exercices de l'école, et pour le choix des pièces ou seulement des morceaux choisis qui sont joués par les élèves?

» R. Sur un mémoire que je présentai au conseil royal de l'instruction publique, présidé alors par M. Royer-Collard , mémoire dans lequel je faisais voir l'utilité de ces représentations, surtout dans un collège isolé au fond d'une campagne, il fut délibéré que le directeur de l'école de Sorèze était autorisé k donner des représentations dramatiques k ces exercices de la fin de l'année. Quant au choix des pièces, nous la soumettons toujours d'avance à l'approbation du recteur en lui envoyant l'épreuve du programme où ces représentations sont annoncées.

» D. N'y a-t-il pas d'autres représentations pendant 1 année ?

» R. Quelquefois, aux jours gras, pour remplir le temps, et à la fin des vacances, ou bien pour la répétition de celles que l'on donne à lu fin de l'année.

■ D. Comment se fait-il que, dans l'année 1822, l'école ait représenté sur le théâtre des scènes de Mahomet, tragédie dont l'autorité défend & Paris et en France la représentation?

» R. On ignorait la défense -, et dans la pièce qne foule de scènes sont élaguées, puis-

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?u'on supprime nécessairement les rôles de pmmes et tous les passages qui pourraient choquer.

» D. Pensez-vous qu'il soit nécessaire et utile a votre établissement d'annoncer chaque année, dans son programme, que les élèves joueront des scènes d'opéra, qu'ils exécuteront diffén-ntes danser de société, qu'ils feront dos évolutions, etc.?

» R. Toutes 'es classes, dans quelque genre que ce soit, produisent leurs résultats en public, et, si les exercices sont utiles, il faut cela pour qu'ils aient lieu, sans quoi il n'y aurait que les élèves et les maîtres.

• D. Ne vous êtes- vous pas aperçu que ces représentations ou les jeux détournaient les élèves des études sérieuses?

i R. Cette partie est organisée de manière qu'elle n'occupe les enfants que pendant les récréations des jours de congé.

• D, NVvez-vous pas remarqué qu'il y avait un grand danger à développer en eux le goût du théâtre et que ce goût naissait naturellement de la direction actuelle des études de l'école ?

» R, Cet usage remonte aux religieux bénédictins, qui faisaient jouer des pièces, des danses et des ballets devant des évoques et des archevêques; ainsi, il ne tient pas du tout k lu direction actuelle, qui n'a fait que le continuer, La preuve, d'ailleurs, que cet usage n'est point contraire k la force des études, c'est que les inspecteurs ont toujours reconnu la bonne instruction de nos élèvesdans les classes de langues anciennes, d'histoire, de géographie et surtout de mathématiques.

» D. Comment avez-vous laissé imprimer, dans le programme, une phrase où l'on insinue que les élèves peuvent, sans danger, aller au spectacle, après avoir dirigé leurs études littéraires suivant les principes énoncés dans ce programme?

« R. On ne prétend pas insinuer qu'on peut aller au spectacle sans danger, mais qu'il est diminué de beaucoup pour ceux qui n y vont qu'avec l'intention de juger la pièce.

i D. L'Athénée qui existe dans l'école a-t-il été approuvé par l'autorité universitaire?

• K. Il est supprimé depuis deux ans; mais il avait été approuvé, comme tout le reste, par le visa donné aux programmes.

■ D. Savez-vous si les professeurs ou maîtres de votre établissement sont tous également soigneux à donner de bons exemples, soit dans l'intérieur, soit au dehors de l'école ?

> R. Le directeur fait ce qui lui est possible pour que ses professeurs ou surveillants soient dignes de la confiance publique, sous tous les rapports, et il a fuit des exemples de répression, quand il y a eu lieu.

» D. N'en est-il pas quelques-uns auxquels l'opinion publique reproche des désordres de mœurs?

» R. Je ne crois pas que dans ce moment ' il y en ait; une exclusion a été récemment faite par ce motif.

» D. N'y en a-t-il pas qui passent quelquefois une partie' des nuits au jeu?

■ R. C'est arrivé quelquefois, non sans de graves reproches de ma part, ce qui a diminué l'abus.

» D. Ktes-vous bien certain et pouvezvous donner à l'Université la certitude que M. C... ait épousé k l'église M"»e C...?

> R. M. C... a épousé une femme protestante, voilà tout ce que je connais de leur union ; mais je sais au moins qu'ils se sont accordés pour faire suivre avec zèle la religion eutliohque k leur unique fille.

» D. Savez-vous si M. B... n'est point divorcé, s'il n'a point épousé une femme divorcée , et si le premier mari et la première femme des deux époux ne sont pas encore vivants?

» R. J'ignore absolument tous ces détails; je sais cependant que M. et Mm« B... étaient fort bien reçus dans les bonnes maisons de C..., où ils habitaient avant de venir k Sorèze, et que, depuis qu'ils y sont, ils fréquentent l'un et l'autre, ainsi que leur tille, les maisons les plus respectables.

■ D. N'avez-vous pas pour maître d'écriture un homme nommé S..., qui a été renvoyé de R...?

» R. M. S... était maître d'écriture k R... sous le bon abbé G..., lorsqu'un surveillant, que ce dernier m'avait recommandé, me fit de grands éloges de ce maître d'écriture, ce qui me détermina k lui faire des propositions qu'il accepta.

■ D. Les mauvais exemples qui sont donnés par les maîtres de l'école ne sont-ils pas aisément connus des élèves et cette connaissance n'a-i-eUe pas donné lieu souvent k des inconvénients fâcheux?

« R. La surveillance est exacte sur ce point, sans pouvoir empêcher que quelque t'ait ne parvienne, par ùes domestiques, des externes ou autrement, aux oreiLes des élèves.

« D. Pourquoi le» professeursne font-ils pas la pr'n-re au commencement et k la tin des classes?

« R. Les élèves font la prière en commun et solennellement tous les matins avant leurs éludes ; le» classes sont trop multipliées pour que chaque professeur puisse les commencer et les finir par une prière.

• D. Est-il vrai que les surveillants aient souvent essayé d'exercer une mauvaise in-

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fluence sur l'esprit des élèves sous le,rapport des opinions ?

> R. C'est constamment défendu, sous peine d'exclusion, et le directeur ne balancerait pas un instant.

» D. Avez-vous entendu dire que quelques professeurs se soient quelquefois exprimés publiquement d'une manière contraire k l'esprit du gouvernement?

» R. Non, je n'en connais aucun.

» D. Avez-vous eu connaissance d'un sujet de composition donné, il y a environ un an, par M. C..., sur les dangers de l'intervention dans les affaires d'Espagne?

s R. Je crois que le fait est de toute fausseté.

» D. N'y a-t-il pas, dans l'année, des fêtes, des bals où les élèves que l'on veut récompenser sont appelés k prendre part et à danser avec les dames du collège et de la -ville?

» R. La veille de ma fête, quelques élèves viennent apporter un bouquet, au nom de leurs camarades, et au sein de ma famille; il est arrivé qu'ils ont dansé un moment avec les daines de la maison, en présence du père et de la mère.

» D. Combien de protestants y a-t-il ou collège?

» R. Une soixantaine.

» D. Depuis quand ont-ils un ministre et un temple pour les instructions religieuses?

» R. Depuis trente ans.

"» D. Le contact des élèves k qui on enseigne diverses religions n'est-il pas propre à faire naître dans l'esprit de tous, et surtout dans l'esprit des calholiques, une indifférence factieuse %

» R. Je n'ai vu aucun inconvénient k cela ; ils ne se sont jamais entretenus de débats religieux.

» D. N'y a-t-il pas quelques professeurs divisés entre eux pour cause d'opinion?

» R. Cela se peut; mais leurs différentes couleurs ne me sont pas connues.

» D. Vous ne pourriez pas indiquer ceux d'entre eux qui vous paraîtraient le plus dévoués k la famille des Bourbons?

> R. Je crois que tous le sont ; quand on a fait l'éloge de cette famille, dans des discours publics, il y a eu applaudissements unanimes de la part des élèves et des maîtres.

» Lecture faite du présent interrogatoire k M. Ferlus, nous l'avons invité k le signer avec nous, ce k quoi il a obtempéré, et avons signé.

> Fait k Sorèze, le 6 octobre 1823.

* R.-D. Feblus. Lauruntje. »

Telles sont les deux pièces les plus importantes du procès intenté, en 1823, k l'école de Sorèze. Raymond-Dominique Ferlus vint à Paris, plaida éloquemment sa cause devant qui de droit, eut pour défenseur Fcletz dans le Journal des Débats, même M. A. Rendu au ministère ; rien n'y fit, et le conseil général rendit un jugement dont le but était du le déposséder de son collège.

Ce jugement ordonnait « qu'il serait fait une réorganisation générale de l'école de Sorèze, tant pour les maîtres que pour les élèves, et que M. Ferlus, propriétaire, serait tenu de fournir un remplaçant qui, avoué par l'Université, dirigerait seul et exclusivement cet établissement. »

Ferlus dut accepter de passer sous les fourches caudines; il se soumit. L'école de Sorèze subit une • réorganisation générale, • tant pour les maîtres que pour les élèves (c'étaient les maîtres surtout qu'on voulait frapper) ; Ferlus proposa, pour ne pas tout perdre, son gendre, M. Fouton de Bernard, qui s'engagea k suivre les prescriptions imposées par le grand maître de l'Université, Frayssinous. La révolution de Juillet rendit k R.-D. B^erlus tous ses droits; mais le collège no se releva pas du coup qui lui avait été porté en 1834. Sans doute l'éducation qu'on y donna après 1830 ressemblait beaucoup k celle qu'on y recevait au temps de sa brillante prospérité ; mais sa renommée s'était affaiblie. Dans les six années qui précédèrent la révolution de Juillet, les familles libérales ou protestantes de la province et surtout les Espagnols et les Américains, qui y envoyaient leurs enfants en grand nombre sous les deux précédentes directions, s'étaient détournées de Sorèze. Les choses en étaient là, lorsque Ferlus mourut en 1840. Quelque» mois après, l'école fut vendue et passa dans les mains des jésuites qui, depuis, la cédèrent aux dominicains. Ce n'est plus actuellement qu'un séminaire.

SORGHO s. m. (sor-go — bas lat. sorgum, même sens). Bot. Genre de plantes, de la famille des graminées, tribu des andropogonées, formé aux dépens des andropogons et des houques, et comprenant plusieurs espèces, qui croissent en Orient et dans les régions chaudes de l'Asie.

— Encycl. Le sorgho a produit un nombre si cousiderabiede variétés, que les naturalistes ne parviendront que difficilement k les décrire et ne sont pas d'accord k leur sujet; les uns donnant le nom de sorgho k tout le genre houque, les autres ne l'appliquant qu'à la variété appelée houque sorgho (holcus sorgum), vulgairement grand millet d'Inde, ou gros millet, ou dura ou doura, ou petit mil, ou millet d'Afrique, etc. C'est une grande et belle plante, à tige pleine, k nœuds pubes-

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cents et s 'élevant à s ou 3 mètres au-dessus du sol, suivant les pays. Ses feuilles sont grandes, longues de 1 mètre environ, glabres, rudes k leurs bords, finement dentées en scie; les fleurs, en panicule rameuse et resserrée, ont les rameaux velus, tandis que Taxe en est glabre. Les fleurs, hermaphrodites et neutres, sont pubescentes ; le pédicule des fleurs est pileux. Les fruits ou cariopses sont arrondis, assez gros, blancs, jaunâtres, bruns, noirâtres ou presque noirs, suivant les espèces. Le sorgho noir, originaire de l'Inde, est une plante annuelle.

Le sorgho saccharin ou millet de Cafrerie se distingue par de grosses tiges sucrées, par une panicule plus grande, par de gros fruits jaunâtres on couleur de rouille. Il est annuel et originaire de l'Arabie.

Le sorgho de Mauritanie est vivac© et croît spontanément sur les côtes africaines de la Méditerranée, ainsi que dans l'Ile de Cuba.

Une autre espèce de sorgho est le millet k chandelle, que l'on appelle doura Nili en Egypte et couscou dans quelques-unes de nos colonies; c'est une plante moins élevée que la précédente, moins productive, plus difficile k cultiver, mais dont les produits sont supérieurs en qualité; Bosc nous apprend qu il a trouvé sa « bouillie excessivement délicate. >

Le sorgho, de même que presque toutes les plantes tropicales, demande k avoir sa racine dans un terrain frais et sa partie supérieure au soleil, bien exposée au midi , conditions assez rares en France; de plus, il ne faut pas en semer deux fois de suite sur le même champ ni trop le fumer; si les terres sont trop riches, il pousse tout en feuilles et ne donne pas de grains; alors on est obligé de couper l'extrémité de ses feuilles avant l'apparition de la tige.

En Egypte, cette plante, appelée douraseisi, se sème "aussi bien avant qu'après la retraite du Nil. Deux labours croisés forment des trous espacés d'un pied et demi en tous sens; on y place cinq ou six grains, en choisissant des terrains plus ou moins élevés, suivant que l'on se trouve en mui, c'est-kdire avant les crues, ou en septembre, c'estk-dire lorsqu'elles sont terminées.

Chez nous, les semailles, qui se font comme celles du maïs, doivent avoir lieu k la tin d'avril ou au commencement de mai, alors que les gelées ne sont plus k craindre; dès que la plante a atteint quelques pouces de hauteur, on bine et on arrache les pieds les plus faibles; on en replante quelques-uns dans les endroits où il en manque. On bine encore une fois avant la floraison et une fois après, en ayant soin de ramener la terre autour des tiges.

La graine du sorgho se conserve dans des sacs et dans le grenier, absolument comme le blé; mais, en vieillissant, elle se détériore; la moindre humidité la fait moisir; le charançon du riz la dévore avec avidité. Ces graines renferment une grande quantité de fécule ; mais cette dernière substance y est mêlée d'Un principe âpre et amer, qui la place bien au-dessous de celle de nos céréalfes ordinaires. Dans quelques pays, on inange les graines cuites k l'eau ou au lait, comme le riz; la farine peut servir k fabriquer du pain, ou mieux ie couscoussou, si célèbre en Afrique. Comme les tiges du sorgho deviennent plus ou moins sucrées, suivant les variétés, au moment où. le grain arrive k maturité, on s'est demandé s'il ne serait pas possiblo d'en obtenir du sucre, du sirop, du vinaigre, do l'eau-de-vie, et l'on s'est livré k de nombreuses recherches au sujet de cette plante intéressante. » Un résultat pratique fort important, dit M. Chemin-Dupoiitès, est ressorti de ces essais, k savoir que le vesou, ou jus obtenu du sorgho à sucre, est doué d'une richesse alcoolique remarquablement Supérieure à celle de tous les succédanés de la vigne. La betterave k sucre contient, on le sait, de 8 k 10 pour 100 de matière saccharine; le sorgho, comme l'ont prouvé les expériences suivies k Verrière par un savant distingué, M. Louis Vilmorin, en donne de 16 k 20 pour 100, dont on peut tirer S k 10 d'alcool pur, propre k tous les usnges industriels et domestiques ; et comme cette précieuse graminée, excellente nourriture pour le bétail, qui la recherche avec avidité, se développe avec une extrême rapidité, là même ou l'irrigation est rare et difficile, on comprend le rôle important qu'elle peut être appelée k jouer daus nos cultures, dans celles de l'Algérie en particulier. »

Le sorgho est maintenant cultivé en grand près de Turin, k Chirabo. En 1873, on y a traité environ 1,300,000 kilogr. de tiges de cette plante pour en extraire le sucre qu'elle contient. L'année précédente, la Compagnie avait obtenu déjà 8,000 kilogr. de sucre et 30,000 kilogr. de inélusse. Un hectare de terre donne annuellement un rendement moyen de 500 francs en sorgho.

SORGO s. m. Autre orthographe du mot

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