C. Delavibne
Il Chef-lieu de l'académie de Paris.
— Sorbonne des cochers, Nom que l'on donne par plaisanterie, dans les établissements des compagnies de voitures publiques à. Paris, à une cour ou l'on fait subir aux hommes qui se proposent pour cochers des exercices dans lesquels ils doivent montrer leur aptitude pour cette profession.
— Argot. Tète bien organisée : C'est un signe qui a une fameuse sorbonne.
— Encycl. La Sorbonne eut pour créateur Robert de Sorbon, chapelain et confesseur de Louis IX. Comme tant d'autres écoliers de la même époque, ce prêtre avait fait ses études à l'aide des aumônes qu'il recevait. Touché des misères qu'il avait partagées, il établit une société d'ecclésiastiques séculiers, dont la fonction était de donner des leçons gratuites, et il sollicita une demeure pour les élèves que le manque de ressources empêchait de payer leur logement. Un acte royal, en date du 21 octobre 1250, céda • à maître Robert de Sorbon, pour la demeure des pauvres écoliers, une maison qui avait appartenu à un nommé Jean d'Orléans et les eeu-
; ries contiguSs de Pierre Pique-l'Ane, situées | dans la rue Coupe-Gueule, devant le palais ] des Thermes.» Ainsi se trouva fondé le col- ! lége, qui s'ouvrit en 1253 et qui, du nom de son fondateur, s'appela plus tard Sorbonne. ' 11 compta dès les commencements, outre les étudiants pauvres, des docteurs, des bacheliers boursiers et des bacheliers non boursiers. Ceux-ci payaient à la maison cinq sous et demi parisis par semaine ; les boursiers n'avaient rien à payer. Le collège était
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dirigé par les associés, qui n'avaient ni supérieurs ni principal. On y enseignait la théologie d'une manière complète ; on s'y appliquait aussi à l'examen des questions de morale et£ la solution des cas deHionscience.Cette société de théologie fut biemôt connue du monde chrétien sous le nom de communauté des pauvres maîtres. On la voit aussi désignée sous le nom de maison très- pauvre (pauperrima domus), de pauvre Sorbonne, de même que l'on disait les pauvres de Sorbonne.
Pour obtenir le titre de docteur en Sorbonne, il fallait avoir fait ses études dans ce collège, y avoir argumenté pendant dix ans, avoir discuté et soutenu divers actes publics ou thèses, qu'on distinguait en mineure, majeure, sabbatine, tentative, et en petite et grande sorbonique. «C'est dans cette dernière, dit l'abbé Duvernet, auteur de l'Histoire de la Sorbonne, que le prétendant au doctorat devait, sans boire, sans manger, sans quitter la place, soutenir et repousser les attaques de vingt assaillants ou ergoteurs, qui, se relayant de demi-heure en demiheure, le harcelaient depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir. » Les thèses soutenues, on n'était reconnu définitivement docteur qu'après avoir été coiffé du bonnet par le chancelier de Notre-Dame. Dans les premiers temps, le récipiendaire faisait cadeau d'un bonnet à chacun des docteurs qui assistaient à la cérémonie de sou admission ; mais plus tard un don de vingt sous parisis remplaça le bonnet.
A peine fondée, la Sorbonne eut à. se garantir, comme toute l'Université, des frères besaciers et porte-sacs qui, serviteurs et émissaires du pape, couraient l'Europe pour porter les bulles, afficher les excommunications et établir l'inquisition. Elle décida qu'un seul religieux de chaque ordre mendiant pourrait avoir le titre de docteur en Sorbonne. L'opposition que le nouveau collège de théologie montrait ainsi aux milices de Rome pouvait faire prévoir ce qu'il osa en quelques circonstances contre le pape luimême. Jean XXII ayant prêché a Avignon que la vision des élus et les supplices des méchants étaient imparfaits, la Sorbonne menaça de censurer cette proposition. Le pape envoya pour sa défense, à Viucennes, deux nonces qui furent vaincus parles théologiens de Paris, et ceux-ci rendirent un décret qui condamnait formellement l'opinion de Jean XXII. Philippe de Valois fit porter ce décret au pape et l'accompagna des paroles suivantes : «Nous châtierons tous ceux qui pensent comme vous, et noua vous ferons ardre si vous ne vous révoquez.» Une circonstance plus importante encore mit eu relief la maison de Sorôomte. Cinquantequatre de ses docteurs furentchargés,en 1393, de donner un avis sur les moyens de terminer le schisme. Leur avis, auque1 on se rangea, se résumait dans les trois articles suivants : cessation du pouvoir des deux papes; arbitrage de leurs droits: concile général pour régler les affaires de 1 Eglise et y rétablir la paix.
A côté de ces actes honorables de la Sorbonne s'en place un autre qui est loin d'être à son honneur. Elle s'acharna à la perte de Jeanne Dare, qu'elle regardait comme une hérétique. Elle adressa une requête au duc de Bedford, le suppliant de remettre Jeanne «es mains de la justice de l'Eglise,» et lui disant ; «Vous avez employé votre noble puissance à appréhender cette femme qui se ditpucelle...Seroit intolérable offense envers la majesté divine si elle étoit délivrée. » Elle écrivit dans les mêmes sentiments une autre requête au roi d'Angleterre. Après la mort de Jeanne, elle s'unit aux autres Facultés de l'Université pour remercier Dieu et tint sa place dans la procession générale faite en actions Je grâces à Saint-Martin-des-Champs.
Quittons ce triste sujet pour un des beaux chapitres de l'histoire de la Sorbonne : 1 introduction de l'imprimerie en France. C'est en 1469 que Jean Heynlin, prieur de la maison de Sorbonne, et Guillaume Fichet, docteur en Sorbonne, rirent venir de Mayence Ulrich Gering, Michel Friburger et Martin Crantz. Ils les établirent dans le local même de la Sorbonne, où furent composés les premiers livres imprimés en France : Lettres de Gasparino de Pergume; Epitres cyniques de Craies; Eléyance de lu. langue latine de Laurent \al\-a.; institutions oratoires de Quintilien; Jikétorique de Guillaume Fichet. En 1473, les trois imprimeurs transportèrent ieurs presses dans la rue Saiut-Jacques, a. l'enseigne du Soleil d'or.
La conduite que tint la Sorbonne envers les jésuites à, leur entrée en France est intéressante à constater. Cet ordre, grâce surtout ù la protection des princes de la maison de Lorraine, avait obtenu de Henri II des lettres patentes qui l'autorisaient à s'établir en France. Le parlement, avant d'enregistrer ces lettres , voulut avoir l'avis d'Eustache du Belloy, évéque de Paris , et celui de la. Sorbonnt;. L'évêque, ennemi des ordres monastiques et en même temps de la maison de Lorraine , répondit que ces hommes nouveaux étaient tres-dangereux, qu'ils éta-ent bons tout au plus a. aller iustruire les Turcs. La Sorbonne, après un examen de plusieurs mois, répondit a, son toutque les jésuites no chantaient point à. l'église, ne gardaient pas le silence dans leurs maisons, ne différaient en rien, par l'aspect, le
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manger et le boire, des prêtres séculiers; qu'on ne pouvait donc approuver leur vie religieuse. Elle formulait ensuite des accusations moins puériles et signalait la société soi-disant de Jésus comme un sujet de trouble, de haine et de discorde pour le peuple ; enfin , elle déclarait que la société était formén d'un ramas de scélérats, de bâtards et d'infâmes (personas facinorosas, iltegitimas et infâmes). Cette réponse de la Sorbonne fut envoyée à la cour de Rome, qui la déféra à l'inquisition. Celle-ci la condamna aux flammes. Quant au parlement de Paris, il permit à la société de Jésus d'ouvrir des collèges, mais il lui interdit de porter le nom de je -mites.
En 1563, Tanquerel, licencié en Sorbonne, soutint dans une da ses thèses pour le doctorat que le pape, comme vicaire de Jésus- Christ et monarque, possédait la puissance temporelle aussi bien que la spirituelle et qu'il pouvait priver de leurs Etats les princes rebelles à ses ordres. Le chancelier de L'Hospital, étant instruit de cette doctrine, ordonna au parlement de la proscrire. L'avocat général la dénonça en effet, mais inutilement. Alors le chancelier commanda, de par le roi, au parlement, d'avoir à arrêter la licence de la Sorbonne. Il disait, entre autres choses, dans sa lettre: «Il s'est soutenu en théologie une proposition qui préjudicie si avant dans l'Etat qu'il n'est pas possible da plus.i Le doyen de la Sorbonne, mandé par les magistrats, leur répondit que la doctrine de Tanquerel était problématique et pouvait être soutenue. A la suite de cette réponse, le parlement ordonna que toute la Sorôoune assemblée, avec ses docteurs et ses bacheliers, fit une rétractation solennelle en présence du président de Thou, du procureur général et de deux conseillers. On comprend qu'une telle rétractation, imposée et non faite da plein gré, ne putëtreunacte de bonne foi, et l'on prévoit le rôle que va jouer la Sorbonne dans les troubles religieux et politiques de la tin du xvi» siècle. Elle fomente et soutient la Ligue; elle excite par ses prédications les Paiisiens à. défendre contre le roi la religion catholique menacée; elle déclare Henri 111 dégradé de son pouvoir royal. Henri III assassiné, elle voue à l'excommunication et à la mort éternelle quiconque reconnaîtra pour roi Henri de Navarre (Henri IV), quiconque traitera avec lui ou lui payera un impôt; enfin, elle décide qu'un vrai catholique ne peut en au':lin cas reconnaître pour roi, sans offenser Dieu, un prince relaps, mémo quand ce prince aurait abjuré ses erreurs. Ce décret de la Sorbonne est signé par le clergé de Paris, puis envoyé dans toutes Si;s provinces, où il achève la révolte de la France contre l'autorité du souverain. Et cependant la Sorbomie n'ignorait pas ce qu'il y avait au fond des troubles de danger pour la sûreté de la patrie. Le docteur Mauclere écrivait au docteur Ducreil, résidant à Rome : • Monsieur notre maître, depuis mes dernières se sont passées de terribles affaires... Le duc de Mayenne se voyant pressé de donner consentement à l'avancement du duc de Guise, il a fait semblant de le désirer fort et il a dit qu'il vouloit assurer l'établissement de son neveu et voir le pouvoir des Espagnols... Lesdits Espagnols ont été fort joyeux et, étant chez le légat, en présence des cardinaux et princes, ont déclaré un pouvoir de leur maître pour marier l'infante avec le duc de Guise comme un roi, conjointement avec la dame infante. De Mayenne a fait mine d'être fort joyeux d'un tel honneur fait à un prince de gente sua ; mais il a demandé des choses si impossibles que l'on a connu qu'il ne vouloit autre que lui esse regem Gallise. Les Espagnols se complaisent, et jure. Les gens de bien similiter. Ledit de Mayenne est conjuré de ne pas envier cet honneur a son neveu, lamen mens immola manet. 11 ne sait que répondre et a dit qu'il se pendroit plutôt gumn cooi ad id quod nollet. Et, ce qui est très-indigne de lui, solus a partibus steiil... Le duc de Guise m'a dit aujourd'hui qu'il n'y a rien de gâté pourvu que Sa Sainteté tienne ce qu'elle a promis au duc de Sessa, legalo catholics majestatis. Mais ce roi de Navarre tâchera da l'ébranler par la légation du prince qu'il envoie, etc. « Quand les ligueurs, assiégés dans Paris par Henri IV, se virent en proie aux horreurs de la famine, c'est sur les instigations de la Sorbonne qu'ils offrirent la couronne au roi d'Espagne, Philippe H.
Ici se termine le rôle politique de la Sorbonne. Sous des gouvernements tels que ceux de Henri IV, de Richelieu, de Louis XIV, il n'y avait point de place pour l'ambition et les intrigues d'un collège de théologiens. Elle se renferma donc dans les questions religieuses. En 1638, le célèbre Antoine Araauld soutint sa sorbonique, et, trois ans plus tard, la Sorbonne voulut le recevoir dans sa société, quoiqu'il n'eût pas rempli les conditions nécessaires, mais parce que «la rare piété du suppliant, sa capacité extraordinaire et le succès éclatant de sa licence» lui méritaient cette faveur. Le cardinal de Richelieu, proviseur de Sorbonne, s'y opposa. Cependant Ainuulu fut admis en 1613, après la publication du livre De la fréquente communion. Les jésuites, qui attaquèrent ce livre, voulurent citer l'auteur à la cour de Rome; mais la Sorbonne représenta, en 1644, que « cette citation était contraire aux lois do l'Eglise de France, qui
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veulent que les causes nées dans son sein y soient jugées par elle, et à celles du royaume, qui ne permettent pas qu'un sujet soit justiciable d'un tribunal étranger.» La citation n'eut pas lieu ; mais, en 1649, le syndic Cornet ayant dénoncé à la Sorbonne sept propositions, dont cinq étaient extraites de l'Âugustinus, Arnauld les défendit dans plusieurs écrits. D'abord censuré par la Sorbonne, il fut exclu de la société en 1656. iC'est aujourd'hui, écrivait-il à la mère Angélique, sa nièce, qu'on me doit rayer du nombre des docteurs; j'espère en la bonté de Dieu qu'il ne me rayera pas du nombre de ses serviteurs; cest la seule qualité que je désire conserver. » Tous les docteurs qui ne voulurent pas signer sa condamnation furent également exclus. La doctrine de Descartes fut condamnée par la Sorbonne. II est inutile d'ajouter qu'elle agit de mémo envers les philosophes du xviu* siècle. Quant à la bulle Unigenitus, elle fut tour à tour reçue et rejetée par la Sorbonne. Les assemblées ténues à ce sujet furent extrêmement tumultueuses, si l'on en croit un témoin oculaire. «Imaginez-vous, dit-il, être dans une épaisse forêt, battue d'un orage furieux qui, par ses violantes secousses, brise les arbres les uns contre les autres. Mêlez avec ce fracas horrible les hurlements des bêtes féroces. Telles furent les clameurs excitées dans la salle de Sorbonne ; les molinistes criaient à tuetête; las autres ne criaient pas moins fort; on n entendait qu'un bruit confus plutôt que des voix humaines. >
L'histoire du collège de Sorbonne, fondé par Robert de Sorbon, s'arrête en 1790, année où il cessa d'exister. On voit, d'après le résumé que nous venons d'en faire, par quelles raisons les historiens de cette institution purent partager son existence en quatre époques : la Sorbonne bourguignonne, la Sorbonne anglaise, la Sorbonne guisarde et espagnole, la Sorbonne ultramontaine, 11 faut ajouter à ce que nous avons dit sur son organisation qu elle était dirigée par un proviseur ayant sous ses ordres un prieur chargé de la police, quatre docteurs choisis parmi les plus âgés pour veiller à la conservation des règles, et des procureurs ayant le département de l'administration financière ; que les grudos de bachelier et de licencié étaient, comme celui de docteur, conférés après des épreuves très-sérieuses ; que sept cours publics y furent fondés successivement de 1252 à 1751.
Les bâtiments où siégeait l'ancien collège de Sorbonne ont été donnés à l'Université en 1808. Ils sont devenus, en 1831, le cheflieu de l'académie universitaire de Paris. Les cours publics des facultés des lettres, des sciences et de théologie -y ont été établis.
Les bâtiments actuels de la Sorbonne ont été commencés en IG27, par ordre du cardinal de Richelieu. Us entourent une vaste cour (juadrangulaire, de 150 mètres du N. au S. et de 45 mètres de l'E. à l'O. Ces bâtiments sont a deux et à trois étages; ils ont été construits sur les plans de J. Lemercier. La chapelle ou église de la Sorbonne fut commencée en 1635 et finie en 1653. La façade de cette église, sur la place Sorbonne, se compose d'un portail de quatre colonnes corinthiennes, surmontées d une ordonnance de pilastres composites, que surmonte ii son tour un fronton. Au-dessus de l'édifice s'élève une tour circulaire, couverte d'une coupole de 16 mètres de diamètre et qui s'élève à 39 mètres au-dessus du sol; quatre petits campaniles sont disposés autour. L'intérieur de l'église est orné de pilastres corinthiens. Ce qu'on y admire surtout, c'est le mausolée de Richelieu, par Grirardon, auquel no.is avons consacré un article spécial. V. Richelieu (tombeau de).
SORBUS s. m. (sor-buss). Bot. Nom latin du genre sorbier.
— Syn. de crat.egos, autre genre de rosacées,
SOIUïY (Henri-Clifton), géologue anglais, né à Sheffield en 1826. Fils d'un fabricant de coutellerie et possesseur d'une fortune indépendante, il s'est voué entièrement à l'étude des sciences, notamment de la géologie et do la géographie physique, et il a écrit un grand nombre de mémoires sur la structure des
E terres, examinées ù l'aide des procédés cominés de la minéralogie, de la chimie et de la physique, et sur la géographie physique primitive des différentes localités de l'Angleterre, déterminée d'après les dispositions, les rapports et la structure des couches qui en forment le sol actuel. Ces mémoires sont consignés dans les Transactions de l'Association britannique, dans les Journaux des Sociétés géologique, chimique et microscopique de Londres, dans le Nouveau journal philosophique d'Edimbourg, dans le PMlosophical Magazine, dans les Comptes rendus de différentes autres Sociétés, notamment de la Société littéraire et philosophique de Sheffield, dont il est vice-président, et qui lui a confiéune chaire en 1852. Il est, en outre, depuis 1857, membre de la Société royale de Londres.
SORCELLERIE s. f. (sor-sè-le-rl — rad.
sorcier). Opération, œuvre de sorcier : Il y a de la sorcellerie à cela. On dit qu'il se mêle de sorcellerie. Il a été accusé de soi:ckllurie. (Acad.) On est réduit à me conter
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des sorcelleries pour m' amuser. (Mme da Sév.) Monsieur, j'ai fait part au roi de l'avis que vous m'avez donné de la sorcellerie du capitaine en question; Sa Majesté m'a répondu qu'elle ig/lorait s'il était sorcier, mais qu'elle savait parfaitement que vous ne l'étiez pas. (Louvois.) La croyance à la sorcellerie n'existe plus depuis qu'on a découvert les véritables lois de la physique. (M10» de Staël.) L'hallucination est l'explication essentielle des phénomènes de sorcellerie et de possession. (A. de Gasparin.) Sorcellerie est un mot qui fait rire et mépriser le passé. (E. de Cir.)
11 entre là-dessous quelque sorcellerie.
Ou, du moins, j'entrevois quelque friponnerie.
ReONard.
— Par anal. Se dit de certains tours d'adresse, de certaines choses qui paraissent audessus des lois naturelles : Il n'y a pas grande sorcellerie à cela. (Acad.) Il y a chez les femmes quelque chose de plus que de la sorcellerie, puisqu'elles viennent à bout de gouverner les plus sages des hommes. (Rowe.) Il y a de la sorcellerie dans cette jeunesse endiablée. (P. de St-Victor.)
— Encyd. La sorcellerie est en quelque sorte la sosur cadette de la magie , avec laquelle on la confond fréquemment, tant elles ont de points de ressemblance. L'une et l'autre s'appuient sur des idées absolument erronées, superstitieuses et absurdes; mais, pendant que la magie (v. ce mot) a la prétention de soumettre les puissances supérieures à la volonté de l'homme, de commander aux éléments, d'intervertir la marche des astres, etc., la sorcellerie, dont le caractère est plus grossier et les visées moins hautes, consiste principalement dans la prétendue intervention de génies malfaisants qui divulguent l'avenir, dans la connaissance de charmes, de sortilèges, de maléfices, de philtres, etc. Il est souvent fort difficile d'établir une démarcation entre la magie et la sorcellerie; toutefois, après l'introduction du christianisme, la magie parait céder la place a la sorcellerie, qui devient alors l'art d'opérer des soi-disant prodiges par le secours du diable.
Il y a eu, dans tous les temps, des sorciers et surtout des sorcières. Il en existait chez les Egyptiens et chez les Juifs avant l'auteur du Deutéronome, car on Ut dans ce livre : a II ne se trouvera parmi vous personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, qui professe la divination ou qui fasse des prédictions; ni enchanteur, ni sorcière, ni personne qui consulte les esprits familiers ou qui soit magicien ou nécromancien. • En dépit de ces défenses, qu'on retrouve encore dans le Lévitique, il n est pas douteux que la sorcellerie fut, chez les Juifs, une prétendue science fort cultivée , bien qu'occulte : sans parler des prétendus miracles accomplis parles ma-
ficiens de Pharaon en Egypte, révocation e l'ombre de Samuel par la pythonisse d'Endor et les accusations portées contre Manassès en sont la preuve.
Divinations, philtres, charmes, évocations des morts, métamorphoses d'hommes en animaux, tout cela existe dans le. paganisme grec. 11 suffit de rappeler Homère, qui nous montre le devin Tirésias préparant une fosse pleine de sang pour évoquer les mânes , et ailleurs Circé changeant les compagnons d'Ulysse en pourceaux. Les prêtres du temple de Pallas avaient la propriété d'évoquer les morts. Ceux de Memçbis détenaient une lame d'airain chargée d'images lascives, laquelle, enterrée devant le seuil de la maison d'une femme , avait le pouvoir de rendre cette femme amoureuse de l'individu intéressé à ce sortilège.
A Rome, on croyait également aux sorciers et aux magiciens , ainsi que l'attestent de nombreux passages d'écrivains et de poètes-, Horace, notamment, a décrit ce tableau sinistre, qui a peut-être inspiré une célèbre scène de Macbeth .• Canidie et Sagone se rendant, la nuit, dans un cimetière, pour procéder à leurs maléfices. Rien ne manque à la mise en scène, qui semble appartenir au siècle de la danse macabre ; les sorcières enterrent tout vif un jeune enfant pour préparer un philtre avec son foie et sa moelle; elles rassemblent des ossements, des herbes, déchirent une brebis noire et versent son sang dans une fosse creusée avec leurs ongles ; enfin, comme on le faisait encore au moyen âge, elles construisent des ligures de cire représentant la personne contre laquelle elles dirigent leurs maléfices et les brûlent ensuite.
Hâtons-nous d'ajouter que la soi-disant profession de sorcellerie abrita, sons les Césars, les crimes les plus sanglants et les moins surnaturels. « Les sorciers, dit M. Louandre, s'étaient tellement multipliés en Italie , au temps de Tacite , sous le nom de mathématiciens, ils s'y livraient à de si ténébreuses pratiques, que ce grand historien les place au nombre des plus redoutables fléaux de l'empire, et, malgré la sévérité des lois romaines qui les frappaient des peines les plus sévères, malgré l'exil et la mort, ils reparaissaient toujours plus nombreux, et, comme les sorciers du moyen âge, ils semblaient se multiplier par la persécution, ■
C'est le breuvage d'une sorcière, que l'on interrogeait sur l'avenir et à laquelle ou demandait des philtres amoureux, qui rendit fou Caligula,
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C'est sur le mont Esquilin, Heu longtemps abandonné à la sépulture des pauvres, que les sorcières se livraient à leurs mystérieuses pratiques. Quand venait la nuit, elles s'y rendaient vêtues d'une robe noire retroussée, les pieds nus, les cheveux épars , hideuses et poussant des hurlements lamentables. Le passant attardé au pied de cette colline pouvait les voir gratter la terre avec leurs ongles, déchirer avec leurs dents une brebis noire pour évoquer les mânes qu'elles voulaient interroger, ramasser des ossements et cueillir les herbes magiques qui servaient à la composition de leurs philtres.
Avec le christianisme , la sorcellerie antique se transforma ; les formules et les recettes restèrent à peu près les mêmes , mais on crut que Satan s'était ligué avec toutes les divinités vaincues du passé, devenues alors des démons, et que, pour devenir sorcier, il fallait passer un pacte avec le diable. Ce pacte devient le noaud de la sorcellerie. Le sorcier ou la sorcière qui l'a conclu reçoit une puissance extraordinaire; il peut connaître le passé et l'avenir, se procurer des félicités coupables ou troubler le bonheur des autres, devenir invisible comme les esprits, léger comme les oiseaux, soumettre a sa volonté les êtres du monde supra-sensible, réveiller les morts de leur sommeil éternel, défendre les sens du vieillard contre les atteintes de l'âge, livrer au jeune homme la femme qu'il convoite, débarrasser l'amant de ses rivaux, l'ambitieux de ses ennemis, etc. En échange de ce pouvoir, le sorcier doit renier le baptême, s'adonner à mille pratiques sacrilèges et livrer son âme au démon pour l'éternité. Une fois les conditions du marché remplies par l'homme, Satan, par sa signature, est lié à son tour et forcé d'obéir pour un temps déterminé; c'est un vasselage complet, une servitude entière. 11 se laisse enfermer dans des coffres, dans des fioles, dans des anneaux; d'autres fois, afin de ne jamais quitter sou maître temporaire, il entre dans le corps de divers animaux.
Cette croyance existait dès les premiers temps du christianisme. • Les magiciens, dit Clément d'Alexandrie , se font gluire d'avoir Je démon pour ministre de leur impiété et do le réduire, par leurs évocations, à la nécessité de les servir. > Et saint Augustin : « D'où vient que l'homme , souillé de tous les vices, fait des menaces au démon pour s'en faire servir comme par un esclave? »
La croyance aux sorciers devint bientôt si grande et si généralement répandue, que la loi salique , le plus ancien de nos codes , dut, dans son paragraphe 67, mentionner le cas d'accusation sans preuve : « Quiconque en appellera un autre sorcier ou l'accusera d'avoir porté la chaudière au lieu où les sorciers s'assemblent et ne pourra le prouver sera condamné k a, 500 deniers d'amende, j
La Bretagne, dans l'étrange résurrection du culte druidique qui s'y produisit vers le ve siècle, créa un être' intermédiaire entre le magicien inspiré des temps antiques et le sorcier des démonographes ; cet être, c'est l'enchanteur Merlin, dont la légende immortelle est aussi populaire en Angleterre que dans notre Bretagne. L'enchanteur diffère essentiellement du sorcier en ce que ce dernier ne fait que le mal ; lui, au contraire, fait indistinctement le mal et le bien. Célébré par les poëtes et par la reconnaissance des peuples, tandis que le sorcier est méprisé ou redouté de tous, l'enchanteur n'est sans doute qu'un personnage célèbre transfiguré par la légende. De là l'extrême rareté des enchanteurs, opposée à une innombrable variété de sorciers.
Les soreiers et les sorcières devaient se rendre régulièrement à des réunions, appelées sabbats, qui se tenaient dans des lieux solitaires et étaient présidées, disait-on, par Satan en personne, sous la forme d'un bouc gigantesque. Nous ne décrirons point ici ces assemblées étranges, auxquelles les initiés passaient pour se rendre en se mettant -à cheval sur un balai, car nous leur avons consacré un article spécial (v. sabbat). Pour les malheureux qui s y rendaient, le sabbat, c'était la fête venant après le rude labeur de la semaine, c'était la ronde échevelée succédant au désespoir; mais sous cette apparence folle, il y avait un but sérieux. Si la femme se donnait à ce qu'on appelait Satan, reniant le Dieu qui ne lui avait donné que misère et privations, l'homme entrevoyait autre chose qu'un plaisir passager et brutal; au sabbat, il avait à ses eûtes des êtres misérables comme (ui, mécontents, fous de désespoir et de rage, et de ces fêtes démoniaques sortit plus d'une de ces révoltes terribles que bous voyons éclater depuis le xn« siècle. A partir de l'an 1300 commence la messe noire (v. ce mot), qui, plus tard, amènera la jacquerie. 11 suffit de rappeler ce qui s'y passait pour montrer que le but qui réunissait ces êtres affamés, demi-nus, n'était pas l'attente du plaisir, mais le désir de la vengeance. L'autel était dressé « au grand serf révolté, au vieux proscrit, injustement chassé du ciel, à l'esprit qui a créé la terre, au maître qui fait germer les plantes. > Le repas était pris en commun ; un pseudo-Satan, noir et velu, dressait ses cornes près d'un énorme feu, dont les lueurs indécises jetaient sur la scène une clarté vacillante. Tous les assistants reniaient Jésus et prêtaient hommage au nouveau maître, Chacun d'eus était accompagné d'une
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femme. Après le repas, la dnnse commençait échevelée, furieuse, folle. A ce moment de délire, la femme fiancée à Satan apparaissait. Son corps servait d'autel. On présentait du blé à VMsprit de la terre qui fait pousser le blé ; l'hostie qui était distribuée consistait en un gâteau. N'était-ce pas là l'hostie véritable pour ces affamés ?
Comme on le voit, il y avait dans ces fêtes deux parties bien distinctes : l'une tout extérieure, toute de joie, de plaisir et d'ivresse; l'autre moins accessible au vulgaire, mais dont le sens n'a pu échapper à la postérité. C'était la révolte qui s'affirmait nettement en face de la société. Dieu avait donné aux uns la richesse et l'abondance, condamnant les autres à la faim et à la misère ; pour punir Dieu de son injustice, le peuple le reniait, adorant le diable, son ennemi. C'était là une protestation, non un acte de foi. Le prêtre était conspué, le pouvoir maudit et méprisé. En face du roi , de la noblesse , du clergé, il y avait une multitude livide et meurtrie qui, la nuit, dans les bois, montrait le poing au ciel, jetant une menace avec un blasphème. La révolte suivait proniptement; aussi l'histoire nous montre-t-elle ces siècles, du xiio au xvie, ensanglantés par des luttes incessantes et sans merci. A coté des initiés, il y avait les crédules, ceux qu'attiraient l'éclat de la fête, la promesse du plaisir ; ceuxlà croyaient aveuglément au rit et adoptaient avec enthousiasme ce culte, qui n'était pour les initiés qu'une protestation. Chose étrange 1 pas un des nombreux auteurs qui se sont occupés des sorciers, depuis Sprenger jusqu'à Luncre et Boquet, n'a parlé de ce côté politique ou plutôt social de la sorcellerie.
Si les hommes voyaient surtout dans la sorcellerie un moyen de renverser un état social oppressif, les femmes y étaient particulièrement attirées par leur goût inné pour le merveilleux, qui trouvait là amplement à se satisfaire. De là le rôle tout particulier qu'ont joué les sorcières au moyen âge et jusqu'au début du xvne siècle. Elles étaient infiniment plus nombreuses que les sorciers (Bodin dit que de son temps on trouvait tout au plus un sorcier pour cinquante sorcières) et elles s'adonnaient àdes pratiques qui frappaient d'une vive terreur l'imagination du vulgaire. Les sorcières se livraient à des conjurations, à des incantations, jetaient des sorts, faisaient des sortilèges et dos maléfices, etc. Leurs formules de conjuraiions, d'iiicjuitations, etc., variaient suivant l'occasion ; mais toutes formaient un langage insensé et absurde. Afin de suppléer jux défaillances de la mémoire, on avait des livres où ces formules se trouvaient consignées; ces livres sont les Clatiicules (petites clefs), attribuées à Salomon, et les Orimoires, dont le pape Honorius a endossé longtemps la responsabilité. Parmi les sept espèces de maléfices, un des plus usités et des plus redoutés était l'envoûtement. On prenait une figure de cire, représentant la personne enjeu, et sur cette figure on exerçait la série de tortures que l'on souhaitait à celui qu'elle représentait. On croyait que ces tortures se répétaient sur l'être vivant. Le plus souvent, on enfonçait dans la statuette des aiguilles aeérues; on les y laissait à demeure, et l'envoûté devait sentir constamment dans ses chairs la pointe meurtrière. Catherine de Mèdicis avait dans l'envoûtement une grande confiance, et La Mole et Coconas furent condamnas au dernier supplice, comme accusés d'avoir envoûté le roi (v. envoûtement). Parmi les sorts que jetaient les sorciers nous citerons celui qui avait pour objet de nouer l'aiguillette, c'est-àdire d'empêcher l'homme ou la femme d'avoir des enfants. Toutefois on pouvait s'en préserver, disait-on, de plusieurs manières, entre autres en portant uu anneau dans lequel était enchâssé l'œil droit d'une belette. Les philtres, encore en honneur sous Louis XIII, les poudres malfaisantes, l'alphabet sympathique, etc., étaient également des pratiques de sorcellerie très-usitées. Les métamorphoses humaines par la sorcellerie passaient pour fréquentes au moyen âge, et la légende les enveloppe de sa forme attrayante. « Un jour, raconte Boquet, dans les montagnes de l'Auvergne, un chasseur fut attaqué par un loup énorme, auquel, en se défendant, il coupa la patte droite. L'animal ainsi mutilé s'enfuit en boitant sur trois pattes, et le chasseur se rendit dans un château voisin pour demander l'hospitalité au gentilhomme qui l'habitait. Celuici en l'apercevant s'enquit s'il avait fuit bonne chasse. Pour répondre k cette question, il voulut tirer de sa gibecière la patte qu'il venait de couper.au loup qui l'avait attaqué; mais quelle ne fut point sa surprise en trouvant, au lieu d'une patte, une main, et à l'un des doigts un anneau que le gentilhomme reconnut pour être celui de sa femme. Il se rendit immédiatement auprès d'elle et la trouva blessée et cachant son avant-bras droit. Ce bras n'avait plus de main; on y rajusta celle quels chasseur avait rapportée, et force fut à cette malheureuse d'avouer que c'était bien elle qui, sous la forme d'un loup, avait attaqué le chasseur duos la plaine et s'était sauvée ensuite en laissant une patte sur le champ de bataille. Le gentilhomme, qui ne se souciait point de garder une telle compagne, la livra à la justice et elle fut brûlée. >
Il faudrait un volume pour décrire complètement les instruments et outils de la sorcellerie, les diverses espèces de talismans, tels
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que la peau d'hyène, les pierres précieuses, et autres objets naturels, et aussi les talismans fabriqués, œuvre de la magie noire. De tous les talismans, l'anneau de Salomon est le plus populaire au moyen âge. Quant à l'arsenal de la sorcellerie, nous citerons parmi ses pièces principales : 1° le miroir magique, instrument favori de Catherine de Médicis et dans lequel se reflétait l'avenir ; 2° la pistole volante, monnaie marquée d'un signe cabalistique et qui revenait toujours dans la poche de son maître ; 3« les tètes d'airain, fabriquées sous l'influence de certaines constellations et qui, interrogées, donnaient des conseils; 4° les armes enchantées; 5» le carré magique, appareil de divination ; 6» la baguette magique, qui servait à tracer les cercles de conjuration, et enfin les anneaux, colliers, peaux diverses, etc., jouissant de propriétés particulièrement déterminées.
Les onguents, les poudres et les breuvages les plus étranges jouaient également dans la sorceHerie im grand rôle. Parmi les plantes, la sorcellerie choisit de préférence celles qui sont vénéneuses où infectes : la ciguë, la valériane-, celles qui croissent sur les tombeaux, telles que le lierre, la mauve et l'asphodèle. Elle adopte, parmi les animaux, le coq, Je serpent, le loup, le hibou et surtout le crapaud. Les cadavres humains des malfaiteurs, des excommuniés et des pendus sont également employés. Qu'on lise cette recette, parfaitement authentique, que nous trouvons dans un Grimoire espagnol, et qu'on juge : « Prenez des crapauds, des couleuvres, des lézards, des colimaçons et les insectes les plus laids
3ue vous pourrez trouver. Ëcorchez avec vos ents les crapauds et les reptiles; placez-les dans un pot avec des os d'enfants nouveaunés et des cervelles de cadavres tirés de la sépulture des églises. Faites bouillir le tout jusqu'à parfaite calcination et faites bénir par le diable. ■ La scène des sorcières de Macbeth atteint à peine cette réalité I
Redoutables par l'effroi qu'inspiraient ces pratiques horribles, les sorciers du moyen âge passaient pour produire à leur gré le beau temps et la pluie, le froid et le chaud. Le Démonographe de ds Lancre nous apprend que certain roi des Goths n'avait pour exciter un orage qu'à tourner son bonnet du côté où il ■voulait que le vent soufflât. Les Norvégiens et les Danois surtout, peuples navigateurs, avaient sur tout cela une toi aveugle. « Un respectable voyageur allemand qui explora le Nord vers la tin du xviio siècle, dit M. X. Marinier dans ses Souvenirs de voyage, raconte qu'il acheta d'un Finlandais un mouchoir où il y avait trois nœuds qui renfermaient le vent. Quand il fut en pleine mer, le premier nœtid lui donna un délicieux petit vent d'ouest-sud-ouest, qui était précisément celui dont il avait besoin. Un peu plus loin, comme il changeait de direction, il ouvrit le second nœud, et il survint un vent moins favorable ; mais le troisième nœud produisit une horrible tempête, et c'était sans doute, dit le naïf conteur, une punition de Dieu que nous avions irrité en. faisant un pacte avec des hommes réprouvés. » On ensorcelait les forêts, les fleuves, comme le vent et la mer. Il en était de même des animaux domestiques-, et n'existe-t-il pas des pays où les paysans attribuent à des sortilèges les épidémies de leurs bestiaux?
Bien que la réputation des sorciers fût détestable, ils usaient néanmoins parfois de leur prétendu pouvoir diabolique dans un but utile à l'humanité. Ceux d'entre eux qui connaissaient les propriétés médicinales de certaines plantes exerçaient l'art de guérir, et les malades ne craignaient pas de recourir à leurs remèdes. Le plus souvent, il est vrai, ces remèdes soi-disant merveilleux consistaient en recettes grossières et sans eflicacité.
Voici , d'après Bodin , l'énumération des crimes dont on accusait les sorciers de se rendre coupables : l° ils reniaient Dieu ; 2» ils le blasphémaient; 3» ils adoraient le diable; 4° ils lui vouaient leurs enfants; 5° ils les lui sacrifiaient avant le baptême; 6° ils les consacraient à Satan dès le ventre de leur mère; 7° ils promettaient au diable d'attirer tous ceux qu'ils pourraient à son service; 8° ils juraient par le nom du diable-, go iis commettaient des incestes; 10° ils faisaient mourir les gens par poison et sortilèges ; 11° ils tuaient les personnes et les mangeaient; 12° ils se nourrissaient de charognes et de pendus; 13° ils faisaient crever le bétail; 14° ils faisaient périr les fruits; 15° ils avaient avec le diable une copulation charnelle.
La croyance à la sorcellerie, à peu près générale dans l'antiquité, ne rît que se développer sous l'influence du catholicisme, arriva à son apogée pendant le moyen âge, où les écrivains religieux et les papes notamment s'attachèrent à accroître la crédulité populaire, et se maintint jusqu'au commencement du xviiie siècle. Depuis ce temps, grâce aux efforts des philosophes, aux progrès de la raison publique et des sciences, la croyance au prétendu pouvoir des sorciers a été sans cesse s'afl'aiblissant, de telle sorte qu'aujourd'hui ce n'est plus que chez un petit nombre d'individus d'une complète ignorance qu'on rencontre encore vivante cette déplorable superstition. Les sorciers qui spé- -cuient encore sur la crédulité publique ont perdu tout prestige et ne se livrent qu'à un genre d'escroauerie des plus vulgaires.
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Dès l'antiquité , la sorcellerie a entraîné pour ceux qui s'y livraient les peines les plus sévères. Chez les anciens Hébreux, les coupables de sortilèges étaient punis de mort (Exode, XXH, v. 18); la loi des Douze Tables les frappa également du dernier Bupplice. La même peine fut portée contre eux en 357 de notre ère, et Constantin et Théodose leur refusèrent d'interjeter appel auprès de l'empereur. D'après Grégoire de Tours, Chilpéric fit condamner au feu et à la roue des gens accusés de maléfices. Pendant tout le moyen âge, ou appliqua aux sorciers le supplice du feu, et l'on vit des bûchers se dresser sur presque toute l'Europe. De toutes parts on voyait se produire l'accusation de sorcellerie. Frédéric Barberoussa et deux papes, Sylvestre II et Benoit IX, furent regardés comme sorciers. Jean XXII excommunia les sorciers comme faisant un pacte avec le diable, l'adorant, se liant à lui par le don d'un anneau et l'interrogeant pour lui demander secours et assistance. Dans la bulle Summis desideranles (1484), Innocent VIII ordonne de pourchasser les coupables de sorcellerie et énumère une longue liste de leurs crimes. Il les accuse notamment dsmonibus incubis et succubis abuti, d'empêcher les hommes d'engendrer, les femmes de concevoir, etc., et pousse à ce qu'on rallume les bûchers. Une ordonnance de Charles V, dit le Sage, récompense ceux qui dénoncent les sorciers, menace de poursuivre comme complices ceux qui se taisent et de priver de leur charge les juges indulgents.
Tel était alors l'état de l'opinion, qu'au n'avait pas le droit de nier la réalité des prodiges des sorciers. Le savant médecin Pierre d'Albano, ayant nié à la fin du xni° siècle l'existence de la sorcellerie, fut emprisonné, et il eût été certainement condamné s'il n'était mort pendant le cours de son procès. Plus tard, Guillaume de Lure, docteur en théologie, ayant attaqué en chaire la croyance aux sorciers, fut poursuivi et condamné a mourir sur un bûcher à Poitiers. Il était difficile avec un pareil système que la lumière se fit. A la fin du moyen âge et au commencement de la Renaissance, il se produisit une nouvelle recrudescence dans la sorcellerie. Ce fut une véritable épidémie de démonomanie. On ne vit partout que sorciers et possédés, et on brûla des milliers d'individus. La plupart des accusés, prenant leurs hallucinations pour des réalités, avouaient les crimes absurdes dont on les accusait. Bien plus, on voyait des sorciers qui, ayant horreur de leurs crimes imaginaires, venaient se dénoncer eux-mêmes et acceptaient le bûcher comme une légitime expiation. Comme le dit fort bien M- Littré, « la sorcellerie fut une longue hallucination qui, pendant plusieurs siècles, affligea l'humanité. La multitude prodigieuse de sorciers qui tombèrent sous les coups d'une justice insensée démontre à quel point les maladies intellectuelles se communiquent et persistent avec force, puisque le bûcher ne les arrêtait pas et qu'ils mouraient tous avouant leurs relations avec le démon, o Les persécutions dont les sorciers furent l'objet rappellent celles qui furent dirigées contre tant de sectaires, et dans lesquelles on vit aussi des milliers d'infortunés expirer dans les tortures en affirmant la vérité de dogmes qu'ils croyaient avec une foi non moins vive que celle des sorciers. La seule différence qu'il y eût entre eux, c'est que les uns s'imaginaient être inspirés par Dieu, les autres par le démon. Comme dans toutes les persécutions, les supplices, loin de diminuer le nombre des sorciers et des sorcières ne faisaient que l'augmenter; car ils avaient pour unique effet do frapper les imaginations malades. Il va sans dire que les plus faibles étaient toujours les plus maltraités. Les vieilles femmes, les vieillards, les pauvres gens, les bergers avaient la certitude de monter sur le bûcher après avoir subi la torture; les riches pouvaient y chapper et se racheter à prix d'argent. Les juges appelés à siéger dans ces tristes procès se faisaient remarquer parleur crédulité. Une anecdote empruntée à Pappon suffira à le montrer. Le parlement était réuni pour examiner une affaire, et le rapporteur prouvait que le diable y jouait le principal rôle, lorsqu'un bruit horrible se fait entendre dans la cheminée : un être -difforme, hideux, noir et quelque peu cornu vient rouler aux pieds de l'infortuné rapporteur, qui pousse un cri et s'évanouit. Ses collègues s'empressent de disparaître, et il ne reste dans la salle que le juge évanoui et le... ramoneur malencontreux, qui s'empresse de donner des soins à sa victime.
Quant à la procédure, elle n'offrait aucune garantie pour les accusés. » Le crime de sorcellerie , disait un magistrat de la lin du xvie siècle, est un crime exceptionnel, tant pour l'énormité d'iceluy que pour ce qu'il se commet le plus souvent de nuit et toujours en secret-, tellement, qu'à cette occasion le jugement en doitêtre traité extraordinairement, sans qu'il soit besoin d'observer en cela l'ordre de droit ni les procédures ordinaires... Je dis qu'il faut condamner tous les sorciers, lors même qu'ils tesmoignent de bons sentiments. J'ajouteray une autre raison bien poignante, savoir • que depuis que l'on a esté une fois empêtré dans les rets de Satan, on ne s'en peut retirer. ■
Nous n'entreprendrons pas de faire l'his-
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torique des procès de sorcellerie ; nous nous bornerons a citer quelques faits. Dans sa chronique, Monstrelet raconte qu'en 1459 les prisons d'Arras étaient encombrées de personnes accusées d'assister au sabbat et appartenant aux conditions les plus diverses. Elles furent toutes soumises à la torture; mais les riches parvinrent à échapper au bûcher, sur lequel montèrent les hommes du peuple. En 1545, l'abbesse d'un couvent de Cordoue, Madeleine de La Croix, fut accusée du crime de sorcellerie et n'échappa à la mort qu'en obtenant sa grâce du pape. Nantes en 1549, Poitiers en 1564 virent brûler plusieurs sorciers. En 1577, le parlement de Toulouse condamna quatre cents femmes, marquées, disait-on, des stigmates du démon. Alciat dit que de son temps un inquisiteur fit brûler en Piémont cent sorciers. Pic deLa Mirandole vit mourir sur le bûcher deux moines accusés d'avoir, depuis quarante ans, des relations avec des démons succubes. Sous Charles IX, un prétendu sorcier, nommé Trois-Echelles, condamné à mourir sur la place de Grève et à qui on promit sa grâce s'il dénonçait ses complices, déclara qu'à Paris seulement il y avait 30,000 sorciers et 100,000 en France. Sous Henri II, on trouve plusieurs procès faits à des individus accusés d'envoûtements. Le FJorentin Corne Ruggieri subit la question pour ce motif, et dans le procès fait à La Mole et à Coconas on vit se produire une accusation du même genre. Au xvil« siècle, les condamnations pour sortilèges sont encore très-nombreuses. En 1619, un conseiller au parlement de Bordeaux, nommé P. de Lanore , fut chargé de présider une commission qui, dans une seule année, fit conduire au supplice cinq cents prétendus sorciers. A cette époque, plusieurs procès en sorcellerie eurent un grand retentissement. Nous citerons, entre autres, celui du curé Gaufridi, condamné à Marseille en 1611 pour avoir introduit le démon dans un couvent d'ursulines ; le procès fait à la maréchal d'Ancre (1617): celui du médecin Poirot, accusé en 1622 d avoir ensorcelé à Nancy une grande dame; le procès fait aux prétendus sorciers de Nérac en 1620; le procès d'Adrien Bouchard et de ses complices devant le parlement de Paris (8 avril 1634); enfin le retentissant procès d'Urbain Granclier, curé de Loudun, brûle vif en 1634. V. Grandieh.
Sous Louis XIV, la croyance aux sorciers commença à être vigoureusement ébranlée.
Déjà, dans la seconde moitié du siècle précédent, un protestant avait énergiquement protesté contre la réalité de la sorcellerie. Dixsept ans avant que Bodin écrivît son traité de Démonologie (1581), livre absurde, rempli de fables, de récits extravagants et d'une impardonnable crédulité, Jean de Wier, dans un traité intitulé De prœsliyiis dsmonum (1564, in-8°), avait démontré que les sorciers n'étaient que des hallucinés dont les sens abusés faisaient tout le crime. Cette opinion de Jean de Wier fut partagée bientôt par un certain nombre d'hommes éclairés, sans pénétrer bien avant. Sous Louis XIV, le savant Gassendi reprit la même thèse et se livra à des expériences qui rirent une vive sensation, car elles corroboraient les idées de Jean de Wier: S'étant rendu dans une vallée des Basses-Alpes, où la sorcellerie comptait de nombreux adeptes, il fit tomber quelques paysans dans un sommeil léthargique en leur faisant prendre une préparation narcotique dont un prétendu sorcier lui avait donné la recette. En la leur administrant, il leur annonça qu'ils allaient être transportés dans une assemblée infernale. En effet, à leur réveil, les dormeurs, qui n'avaient pas quitté leurs lits, tirent un récit complet de ce qu'ils avaient vu au sabbat et racontèrent les impressions qu'ils avaient éprouvées. Gassendi en conclut naturellement que les prétendus voyages sur un manche à balai, que les entrevues avec le diable, etc., n'existaient que dans l'imagination des individus, qui prenaient pour des réalités les effets d hallucination produits par un narcotique, et que les aveux laits par les accusés de sorcellerie devant la justice étaient le résultat d'une véritable aliénation mentale. Il avait suffi qu'une expérience scientifique analysât et réduisît à leur juste valeur les sortilèges des sorciers pour que le merveilleux s'évanouît. L'ingénieuse expérience de Gassendi produisit. une grande impression , sans toutefois porter la conviction chez ce grand nombre d'esprits qui, par goût ou par intérêt, acceptent le merveilleux, quelque absurde qu'il soit. En 1670, le parlement de Rouen fit le procès à un grand nombre de prétendus sorciers et voulut en faire brûler plusieurs; mais Colbert ordonna à l'intendant de Rouen de faire surseoir à l'exécution de quatre personnes qui, le jour même, allaient être conduites au supplice et de surseoir également au jugement d'une vingtaine d'individus qui étaient en prison sous le coup de la même accusation. Lors du procès de l'empoisonneuse la Voisin, qui fut brûlée vive en 16S0, on l'accusa non-seulement d'empoisonnement, mais encore d'avoir eu recours à des sortilèges. La dernière loi relative à la sorcellerie est l'édit du mois de juillet 1682. Le préambule de cet édit remarquable prouve que la raison avait déjà fait de grands progrès et que l'opinion qu'il n'y a point de vrais sorciers tendait à prévaloir dans les esprits. L'article îor ordonne que toutes les personnes se mêlant de deviner et se disant devins
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ou devineresses aient « à vider incessamment le royaume, sous peine de punition corporelle, o L'article 2 défend toutes pratiques superstitieuses de fait, par écrit ou par paroles, soit en abusant des termes de l'Ecriture sainte ou des prières de l'Eglise, soit en disant ou en faisant des choses qui n ont aucun rapport aux causes naturelles; il porte, en outre, que ceux qui se trouveront les avoir enseignées, « ensemble ceux qui les auront mises en usage et qui s'en seront servis pour quelque fin que ce puisse être, soient punis exemplairement et suivant l'exigence des cas. » L'article 3 veut que, s'il se trouve à l'avenir des personnes assez méchantes pour ajouter le sortilège à l'impiété, sous n'importe quel prétexte, elles soient punies de mort. Cette loi permit encore aux parlements l'application de peines exorbitantes pour un crime imaginaire. En 1691 , un arrêt de mort fut prononcé contre huit bergers de Pacy-en- Brie, accusés d'avoir jeté un sort sur leurs troupeaux.
Le xvitie siècle vit encore se produire des procès en sorcellerie, bien que le nombre diminuât de plus en plus. En 1731, le fameux jésuite Girard faillit être brûlé vif pour fait de sortilège envers la belle Cadière , qu'il avait tout simplement séduite. En 1722, on brûla encore en Ecosse un sorcier. En 1736, il se produisit en Angleterre une accusation capitale pour cause de sorcellerie. On évalue à plus de trois mille le nombre des individus qui, dans ce pays, périrent victimes de cette absurde superstition dans le courant du xviie siècle seulement. En 1750, on brûla à Wurtzbourg, en Bavière, une religieuse qui avouait avoir pratiqué divers maléfices, mais sans résultat, pour faire périr plusieurs personnes.
« Il n'y a pas un siècle, dit Voltaire, que le roi Jacques lui-même, surnommé par Henri IV Maître Jacques, ce grand ennemi de la communion romaine et du pouvoir papal, avait fait imprimer sa Démonologie, et dans cette Démonologie Jacques reconnaît des ensorcellements, des incubes, des succubes ; il avoue le pouvoir du diable et du pape qui, selon lui, a le droit de chasser Satan du corps des possédés comme les autres prêtres. Nousmêmes, nous malheureux Français, qui nous vantons aujourd'hui d'avoir recouvré un peu de bon sens, dans quel horrible cloaque de barbarie stupide étions-nous plongés alors l Il n'y avait oas un parlement, pas un présidial qui ne fut occupé à juger des sorciers, point de grave jurisconsulte qui n'écrivît de savants mémoires sur les possessions du diable. La France retentissait des tourments que les juges infligeaient dans les tortures à de pauvres imbéciles, à qui on faisait croire qu'ils avaient été au sabbat et qu'on faisait mourir sans pitié dans des supplices épouvantables. Catholiques et protestants étaient également infectés de cette absurde et horrible superstition, sous prétexte que, dans un des Evangiles des chrétiens, il est dit que des disciples furent envoyés pour chasser les diables. C'était un devoir sacré de donner la question à des filles, pour leur faire avouer qu'elles avaient couché avec Satan, que ce Satan s'en était fait aimer sous la forme d'un boue qui avait sa verge au derrière. Toutes les particularités des rendez-vous de ce bouc avec nos filles étaient détaillées dans les procès criminels de ces malheureuses. On finissait par les brûler, soit qu'elles avouassent, soit qu'elles niassent, et la France n'était qu'un vaste théâtre de carnages juridiques. » l.a raison et la science ont lue lasoreciierie, dont les effets ont disparu dès qu'on a cessé' d'y croire. Aujourd'hui^ il n'existe plus de sorciers au sens propre du mot, c'est-à-dire d'hommes vendus au diable. Les seuls sorciers qu'on rencontre encore sont des fripons de bas étage qui se bornent à exploiter la superstition et la crédulité, des ignorants.
Si les anciennes lois sur cette matière étaient d'une rigueur excessive, les peines portées par la législation actuelle en France • nous paraissent beaucoup trop douces, car l'état d'ignorance dans lequel sont plongés quelques habitants des campagnes peut donner a ces esprits faibles une telle opinion du pouvoir d'un sortilège dont ils se croiraient frappés et égarer leur raison à un tel point, qu'd en résulte les conséquences les plus funestes. De nos jours, les prétendus sorciers ne sont punis que des peines de simple police (une amende de 1 à 15 fr.), lorsque leur métier se borne à deviner ou à pronostiquer. Ils peuvent toutefois, selon les circonstances, être condamnés à un emprisonnement de cinq jours au plus. Les ustensiles, instruments et costumes destinés à l'exercice de leur métier doivent être saisis et confisqués. L'article 479 du code pénal ne punit que les gens qui font un métier de la sorcellerie; il ne s'applique donc qu'à ceux qui exercent habituellement l'art mensonger de deviner ou d'expliquer les songes.
Ainsi donc, en Europe, le métier des sorciers ne tire plus à conséquence, et ils en sont quittes , chez nous, lorsqu'ils abusent par trop de la crédulité des imbéciles, pour une faible amende et quelques jours de prison. Il n'en est pas de même dans le nouveau monde, où, dans certaines contrées, on les prend encore au sérieux. C'est ainsi qu'en décembre 1872 le New-York Herald annonçait qu'une vieille Indienne, nommée Az-Sup-Pée-Ah-Wy-Pah, accusée d'avoir
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causé la mort Je plusieurs de ses parents par ses sortilèges et ses maléfices, avait été condamnée par le grand conseil de la vallée de Pina-Nut (Nevada) a être lapidée et avait subi ce supplice. Au Mexique, les prétendus sorciers ne sont pas mieux traités que chez les Indiens. Le 4 avril 1874, l'alcade de Jacobo, nommé Castillo, a arrêté, jugé et fait brûler vifs Jose-Maria Bonilla et sa femme Diega, comme sorciers, après avoir acquis la conviction, dit-il dans son rapport au préfet de district, qu'ils avaient jeté un sort sur un certain Silvestre Zacharias; quelque temps après, le même alcade, sur la demande de quelques habitants de Jacobo, a encore fait brûler vifs une vieille femme et son fils, sous le même prétexte de sorcellerie. Le gouvernement mexicain, informé de ces faits, a dû prendre des mesures pour protéger les personnes menacées des mêmes atrocités.
On a écrit un grand nombre d'ouvrages sur la sorcellerie. Nous citerons, parmi les plus intéressants à consulter : De prsstigiis dstno- ?ium, par Jean de Wier (15G4 , in-8°l; Demonolagie, par Bodin (1581) ; Tableau de l'inconstance des mauvais anges et des démons, par de Lancre (1612) ; l'Incrédulité et mécréance du sortilège pleinement convaincue, par de Lancre (1622) ; la Pneumatotogie ou Discours des esprits, par Sébastien Michaelis (1013), ouvrage rempli de détails aussi curieux qu'absurdes, comme les trois précédents; Discours sur les sorciers, par Henri Boquet (1606), etc. ; et parmi les ouvrages contemporains : Des sciences occultes, par Salverte (1829); Histoire de la manie eu France, par Garinet (1818); la Sorcellerie, par Ch. Louandre; la Magie et l'astrologie dans l'antiquité et au moyen âge, pur A. Maury (1800); De IcCsorcelierie et de la justice criminelle à Valenciennes, par Th. Louise (18S1); la Sorcière, par Michelet (1802); la Sorcellerie au xvie et au XViie siècle, par Rodolphe Reuss (1871); Histoire du diable, par Roskoff (1865), etc.
SORCIER, 1ÈRE s. (sor-sié, iè-re — d'un type latin sortiarius, venu lui-même du latin sors, sortis, sort. Le sorcier est donc proprement le diseur de sorts, rie bonne aventure). Celui, celle qui, suivant l'opinion des temps d'ignorance, a fait un pacte avec le diable pour opérer des maléfices, et qui va à des assemblées nocturnes, qu'on nomme sabbats : Il fut un temps où l'on brûlait les sorciers. Louis XI empêcha que le parlement et l'université de Paris ne poursuivissent comme sorciers les premiers imprimeurs gui vinrent d'Allemagne en France. (Volt.) Le cardinal de liiehelieu fit brûler comme sorcier un pauvre innocent curé, Urbain Grandier, (Mm0 de Staël.) Ne croyez pas aux sorciers et aux devins, car ce sont des fripons. (Cormen.) Dans certaines villes, on m a regardé comme un sorcier. (X. Marinier.) Jadis on envoyait au supplice des sorciers qui, s'ils l'avaient été, ne se seraient certainement pas laissé griller. (De Ségur.) Les rabbins passent pour sorciers, mais je sais de reste que les médecins ne te sont pas. (Cas. Del.) Gonthram-liose, qui passait sa vie à faire des dupes, était dupe lui -mi me de la friponnerie des sorciers et des devineresses. (Aug. Thierry.) On demandait à Isaac de La Peyrère pourquoi il y avait tant de sorciers dans le Nort! « C'est, répondit-il, que les biens de ces prétendus sorciers sont en partie confisqués au profit de leurs juges, lorsqu'on les condamne au dernier supplice. ■ (Sali.) Une religion forte et vivace, comme fut le paganisme grec, commence par la sibylle, finit par la sorcière. (Michelet.) La sorcière peut, avec un second philtre, faire retomber dans t'ombre de la tombe la souriante figure qu'elle vient de lui arracher. (Th. Gautier.) Aujourd'hui, un homme qui croit aux fantômes, aux sorciers, n'est plus tenu chez nous pour un homme sérieux. (Renan.) Depuis qu'on ne brûle plus les sorciers, i J n'y a plus de sortilèges. (E. de Gir.)
, On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maître
Corneille.
Naguère des esprits hantaient chaque village; Tout hameau consultait son sorcier, son devin.
Deluxe.
Ton sorcier est un imbécile Qui, vraiment, ne sait rien de rien.
De Leuven et bxuNswicK.
— Flg. Personne fort habile : C'est un véritable sorcier. Tenez-vous bien, monsieur le sorcier, je ne suis pas au bout de mes questions. (Al. l)um.)
On devine l'amour sans être bien habile ; Le plus malin sorcier ne vaut pas un jaloux.
M"" DE GlRARDlN.
— S'est dit quelquefois des choses qui séduisent, qui captivent :
La cadence aussitôt, la rime, la césure, La riche expression, la nombreuse mesure, Sorcières dont l'amour sait d'abord les charmer, De fatigues sans fin viennent les consumer.
BOILEAU
— C'est un vieux sorcier, une vieille sorcière, une sorcière, Se dit d'un homme vieux et méchant, d'une vieille et méchante femme : Ah ! sorcière maudite 1 empoisonneuse d'âmes, Puisse l'enfer payer tes charitables trames!
Molière.
— s. m. Jouet d'enfant consistant en un petit bonhomme plombé par le bas, de manière qu'il se redresse toujours sur ses pieds,
SORC
— s. f. Ichthyol. Nom vulgaire de la synancée horrible ou scorpène horrible.
— Entom. Nom vulgaire des mantes.
— Moll. Coquille du genre troque.
— Bot. Nom vulgaire de la circée lutétienne, genre de plantes, de la famille des onagrariées, appelée aussi herbe à la magicienne.
— Adjectivem. Très-adroit, très-habile :
Non, cet homme ne sera pas exécuté, fûl-il encore plus sorcier qu'on ne l'accuse de l'être. Ce que je vois, c'est qu'il est plus sorcier dans la langue grecque que tous les prélats de mon royaume. (Jacques 1er d'Angl.) En vérité, il faut être sorcier pour lire ce grimoire. (P.-L. Courier.)
— Piov. Cet homme n'est pas sorcier, n'est pas un grand sorcier, Il n'est, pas fort habile.
I! Il ne faut pas être grand sorcier pour faire, pour deviner telle chose, Il ne faut pas avoir beaucoup d'habileté pour faire telle chose, beaucoup de pénétration pour la deviner. Il Tu es sorcier, ou le diable te l'a dit, S'emploie pour marquer son étonnemeni de ce qu'une chose soit à la connaissance de la personne a qui l'on parle, u Etre sorcier comme une vache, Manquer de jugement, de perspicacité.
— Syn. Sorcier, magicien. V. MAGICIEN.
— Encyçl. V. sorcellerie.
— Allua. littér. Les sorcière» de Macbetll.