‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 536 sur 1059 · CHARME · texte numérisé non relu

CHARME

— Sort, fortune, hasard. V. FORTUNE.

— Encycl. Théol. Les théologiens distinguent trois espèces de sort ; le sort de partage, le sort de consultation et le sort de divina-

Le premier a lieu lorsque plusieurs copartageants tirent au sort le lot qui leur écherra ; lorsque, entre plusieurs personnes qui méritent la même récompense, on l'adjuge à celle qui l'obtient par le sort. L'Ecriture sainte fourmille d'exemples; la terre promise fut partagée au sort ; les lévites reçurentde mémo leur lot par le sort. Au jour de l'expiation l'on jetait le sort sur les deux boucs qui étaient oiFerts, pour savoir lequel des deux serait immolé, et lequel serait conduit dans le désert.

On avait recours à la seconde espèce de sort, dit sort de consultation, lorsque la prudence humaine ne fournissait aucun moyen de découvrir la vérité, lorsqu'il s'agissait, par exemple, de découvrir un coupable ou de connaître le sujet qu'il fallait élever à une dignité. Sattl, convaincu que l'on avait violé une défense qu'il avait faite, lit jeter le sort pour connaître le coupable, et le sort tomba sur son fils Jonathas. Lorsqu'il fallut donner un successeur à Oudas dans l'apostolat, on en proposa deux, Barsabas et Mathias. Saint Pierre pria Dieu de désigner par le sort celui des deux qu'il fallait choisir et le sort tomba sur saint Mutinas.

Enfin, on appelle sort de divination celui qui a été souvent mis en usage pour connaître l'avenir.

— Sorts des saints. On sait que l'usage était établi chez les païens d'ouvrir au hasard ['Iliade ou ['Enéide et de regarder comme un pronostic certain de l'avenir les premières paroles qui s'offraient aux yeux du lecteur ; c'est ce que l'on appelait les sorts d'Homère ou de Virgile. Après la destruction du paganisme, les chrétiens s'emparèrent de cette pratique superstitieuse en consultant de lu. même manière la Bible ou les Vies des saints et en nommant cette espèce de divinution les sorts des saints.

Cela se faisait de deux manières. La première consistait à ouvrir au hasard l'un de ces livres après avoir imploré auparavant le secours du ciel par des jeûnes, des prières et d'autres pratiques de religion, et a prendru pour règle de ce que l'on devait faire le premier passage qu'on rencontrait. La seconde était de recevoir comme un oracle les premières paroles qu'on entendait lira ou chanter en entrant dans l'église après avoir fait les mêmes préparations.

On se servit quelquefois de la première pour le choix d'un évêque; c'est ainsi que saint Aignan fut désigné pour succéder à saint Eu verte sur le siège d'Orléans, vers l'an 391, et que l'élection de saint Martin à l'évêché de Tours fut confirmée l'an 374, malgré l'opposition d'un parti considérable formé contre lui. Ce sont là les deux seuls exemples anciens que l'on connaisse. Saint Grégoire de Tours, mort l'an 595, en cite plusieurs autres, mais ils concernaient des affaires purement temporelles. Les mêmes pratiques superstitieuses furent aussi en honneur dans l'Eglise grecque.

— Hist. relig. V. Purim.

— Allus. hist. Le sort en e»l jeté. Mot de

César au moment de franchir le Rubicon ; en latin aka jacta est. V. ces mots.

Sort* (livre des) [Libro délie sorti], par Lorenzo Spirito (Vicence, 1473, in-4o). Co singulier ouvrage d'un écrivain italien, d'ailleurs obscur, fut le premier livre imprimé à Vicence ; il sortait des presses de Leonardo di Basilea. L'auteur est nommé, non sur le titre, mais dans le courant du livre, au milieu d'un verset. Diverses traductions françaises en furent faites au xvie siècle, sous le titre de .• Uazard des des, Passe-temps du dez, Passe-temps de la grande fortune des des. C'est, en effet, un livre de passe-temps pour ceux qui n'ont rien de mieux à faire. L'auteur, à l'aide de fables et de figures ingénieuses, enseigne comment on peut connaître l'avenir, a l'aide d'un cornet et de trois dés. Rabelais avait lu, sans doute, cette bizarre composition. « Ce seroit plus tôt fait, dit Panurge, à trois beaux dez : — Non respondit Pantagruel. Ce sort est abusif, illicite et grandement scandaleux. Jamais ne vous y fiez. Le mauldit livre du Passe-temps des dez fut, longtemps ha, inventé par le calomniateur ennemi en Achaïe, près Boure, et devant la statue d'Hercule Bouraïque y faisoit jadis etdeprésant en plusieurs lieulxfaict maintes simples âmes errer et en ses lacs tomber... Ce sont hameçons par lesquels le calomnia-

SORT

leur tire les simples âmes à perdition éternelle I >

jans l'ouvrage aujourd'hui fort rare de Lorenzo Spirito, les réponses infaillible?, dictées par l'oracle, sont contenues dans quelques centaines de distiques ou de versets placés par groupes sous l'invocation de vingt prophètes, depuis Adam jusqu'à Neptalim, en passant par David, Isaae, Abraham, etc. Ces distiques sont des réponses, les plus contradictoires que l'on puisse trouver, à vingt questions a par plusieurs coustumièrement fuictes et désirées sçavoir, i c'est-à-dire, si la vie doit être heureuse, si l'on mourra en état de grâce, s'il fait bon prendre femme, si l'on est aimé, si l'on aura des enfants, si l'on retrouvera un objet perdu, s'il fait bon se mettre en route, si l'on gagnera de l'argent, etc. L'auteur a rattaché ces questions et les réponses de l'oracle au hasard des dés, d'une façon ingénieuse. Vingt planches gravées, autant de planches que de questions, représentent toutes les combinaisons que peut offrir le jet de trois dés, c'est-a-dire cinquante six. Au bas de chaque combinaison figurée est une note qui vous renvoie à la seconde partie du livre, où sont les douze signes du zodiaque, entourés d'une sphère divisée en cinquante-six cases; chaque case porte un nom spécial de ville, fleuve, montagne, et vous renvoie a Son tour à un numéro des distiques placés sous l'invocation des prophètes. Il y a de quoi se perdre, et par conséquent passer son temps. Supposez que , comme Panurge, vous veuillez savoir, « au hasard de trois beaulx dez, » s'il fait bon prendre femme, vous ouvrez le livre à la planche en tète de laquelle se trouve cette question. Vous versez les dés et vous amenez, par exemple, le coup de Vénus, tous les cinq. La note placée au bas de cette combinaison vous renvoie à Mercure, dans la case Sole, et de là, à Isaac, verset 6; vous tournez le feuillet et vous lisez que vous serez... ce que Panurge redoutait d'être. Si vous aviez amené tous les six, vous eussiez été renvoyé à Mars, case de Caïn, de là, au prophète Abraham, verset 6, où vous auriez lu, au contraire, que vous pouviez vous marier en toute sécurité.

La plus ancienne traduction française porte le titre de Passe-temps de la fortune des dés, ingénieusement compilé par M<* Laurent Lesprit (Paris, 1584, in-8°). Cette traduction est aussi rare que l'original. La Bibliothèque nationale en possède, classé parmi les livres réservés, un exemplaire dont les vignettes sur bois sont réjouissantes. Vénus y est naïvement représentée avec tous ses attraits. L'auteur paraît avoir eu à se plaindre des cordeliers ; il les daube à chaque instant dans ses versets prophétiques :

Par cordeliers trompé seras

De ta femme, tu le verras.

Va sûrement, mais compagnie

De cordeliers fuis, je te prie.

Prends femme, tu feras que sage;

Mais de religieux la garde.

Ce dernier distique est peut-être plus riche de sagesse que de rime. D'autres versets sont riches surtout de naïveté :

Tu mourras en état de grâce

S'en paradis dois avoir place.

Par aucuns péchés que feras

En danger de l'âme seras..., etc.

Aussi le vieux compilateur anonyme a-t-il soin de dire à la fin :

Cy est la fin du Passe-temps De In grant fortune des des ; Je vous supplie tous lisants Sue point de foy n'y adioustez.

De vingt demandes que ferez Les réponses y trouverez.

SORTAELE udj. {sor-ta-ble — rad. sortir, obtenir en partage). Convenable, qui convient à l'état, à la condition des personnes : Un message sortable. Un parti sortable.

Cet emploi n'est pas sortable pour vous. Cela n'est pas sortable à votre condition. Rien n'est plus sortable pour vous que ce qu'on vouspropose. (Acad.) Statuer que sans bien nul objet n'est sortable, C'est faire de l'amour un dieu bien raisonnable.

SORTABJLEMENT adv. (sor-ta-ble-man — rad. sortable). D'une manière sortable, convenable : S'établir sortablement.

SORTANT, ANTE adj. (sor-tan, an-te — rad. sortir). Qui sort : La foule sortante immobilisait ta foule qui voulait entrer.

— Qui est sorti de l'urne : Les numéros

Page 1