C. d'Harlevillb
N'ayant plus de maîtresse et n'ayant pas le sou. Nous philosopherons, monsieur, tout notre soûl.
Reonard.
Il Navoir pas un sou de dette, Ne rien devoir à personne : C'est un singulier jeune homme, il affecte une sagesse, une réserva... Pas un sou DE dettu sur le pavé de Paris! (Scribe.) Il N'avoir pas un sou de bien, N'avoir aucun bien, aucune propriété.
■ — N'avoir pas un sou de, pas pour un sou de, N'avoir pas de : Il n'a pas pour UN SOU de talent. Il Ne retirer aucun argent, aucun profit de : Il n'aura pas un sou de ce tableau.
— Navoir pas le premier sou, N'avoir aucun argent pour commencer une entreprise ; n'avoir aucun argent, nucune partie de la somme dont il s'agit : Il a commencé d faire bâlir sans avoir le premiur sou. Il me faudrait dix mille francs, et je N'en ai pas le premier sou.
— Un sans le sou, Une personne sans argent, sans bien : Elle se marie à un sans le sou.
— Ne valoir, ne pas rapporter un sou, deux sous, quatre sous, Ne valoir absolument rien ; ne rien rapporter du tout : Ce tableau ne vaut pas deux sous. Il a fait cent mille vers en sa vie, qui nu lui ont pas rapporté quatre sous. (Le Sage.)
— Valoir.,, comme un sou. Valoir, amplement, largement, incontestablement : Cela vaut cent francs, cinq cents francs, mille francs,
■ com.me un sou. Cette maison vaut cent mille francs comme u.n sou.
— Faire de cent sous quatre livres et de quatre livres rien, Prodiguer, gaspiller ce qu'on a.
— Etre propre, être net comme bn sou, Etre extrêmement propre.
— Prov. Un sou amène l'autre, Le gain augmente le gain, les petites sommes entassées forment un capital qui s'accroît progressivement.
— Ane. fin. Au sou la livi'e, A tant de sous par livre, c'est-à-dire chacun à proportion de sa créance, de la part qu'il a dans l'affaire. Il Sou pour livra, Supplément d'impositions d'un sou par livre ou d'un vingtième du principal. Il Sou en dedans, Vingtième prélevé sur le principal, il Sou en dehors, Vingtième ajouté ou principal.
— Encycl. On a d'abord appliqué le nom de mu (solidus, solidi) à des monnaies d'or et d'argent. Le sou d'or remplaça sous Constantin ï'aureus , monnaie jusque-là en usage dans l'empire romain; on en taillait 78 à la livre et chaque sou pesait 84 grains (4Sr,452). Les subdivisions du sou d'or étaient : la moitié (mihhii'i), le tiers (triens) et le quurt (quadrans); mais le triens était le plus usité j les autres subdivisions paraissent même n'avoir été que des monnaies de compte.
Les Francs adoptèrent le système monétaire des Romains, et le sou d'or figura parmi les monnaies des rois de la première et de la deuxième race; mais on frappa surtout des triens ou tiers de sou d'or ; il nous en est parvenu quelques-uns de Ciotaire II, Dagobert et Clovis II, portant au droit l'efrigie du roi et au revers une croix et la marque de l'atelier monétaire : AG. (Autun), BR. (Saint-LûJ, IS. (Isernore), CA. (Châlons-sur-Marne) , TU. (Trêves), etc. Le sou d'or valait, sous Cliarlemagne, environ 120 francs de notre monnaie.
Quelques érudits font remonter également h Constantin la création du sou d'argent; d'autres le donnent comme particulier aux Francs et affirment que les Romains ne connurent jamais que le sou d'or ; d'autres enfin disent que le sou d'argent, chez les Francs, n'était qu'une monnaie de compte et qu'on ne frappait que des deniers; il se subdivisait en douze deniers. Le denier, sous Charlemagne, ayant
SOUA
à peu près la valeur actuelle de 3 francs, le sou d'argent aurait valu 36 francs; le sou d'or valait 40 deniers d'argent.
A mesure que le denier perdit de sa valeur, à travers les variations monétaires du moyen âge, le sou d'argent, toujours réputé valoir 12 deniers, finit par ne plus être qu'une mon- . naie insignifiante, ce qui donne raison aux numismates qui ne voient dans ce sou qu'une monnaie de compte, car autrement sa valeur intrinsèque lui serait restée. Le fait est qu'on rencontre bien diverses mentions du sou d'argent ou du sou valant 12 deniers dans les comptes du vue au xiie siècle, mais qu'on n'en a pas recueilli en espèces dans les collections. Les premiers sous d argent que l'on connaisse portent la date de Philippe-Auguste ; ils sont frappés 24 à la livre, chacun pesant 252 grains (I3gr,356) et valant 12 deniers, la valeur du denier ayant alors été relevée. Il entrait dans chacun d'eux 11 deniers 1/2 de un. Cette restauration monétaire du sou d'argent dura peu; les successeurs de Philippe-Auguste, pour se créer de petits bénéfices, augmentèrent peu à peu l'alliiige au point de faire du sou une monnaie de billon, et tel est l'empire de l'habitude que l'on continua de donner le nom de livre à la pièce représentant 24 sous, c'està-dire l'ancien franc. Le sou d'or avait disparu dès le règne de Philippe-Auguste pour faire place aux angelots, aux florins, etc.
Du règne des Valois à celui de Louis XV, il y a, en ce qui regarde le sou, une inextricable confusion monétaire ; chaque province avait le sien, d'une valeur différente; les deux principales variétés étaient le sou parisis et le sou tournois; 20 sous tournois faisaient
1 livre tournois, mais il en fallait 24 pour faire 1 livre parisis. Il y avait aussi le sou marqué, c'est-à-dire refrappé et portant, par cette deuxième frappe, l'empreinte d'une fleur de lis; il était réputé valoir 15 deniers au lieu de 12. Louis XIV fit frapper des sous de 15 et de 30 deniers, mais sans retirer les autres de la circulation, opération qui ne fut accomplie qu'en 1738. Le sou de Louis XV, en cuivre, fut frappé au titre de 2 deniers 12 grains; il portait d'un côté un L surmonté d'une couronne accompagnée de trois fleurs de lis, et de l'autre un L croisé avec une palme. Quelques-uns, de la fin du règne, portent au droit l'effigie royale; les sous de Louis XVI la portent tous. Louis XV fit aussi frapper des demi-sous, vulgairement appelés pièces de
2 liards et portant pour toute marque trois fleurs de lis. A partir de 1791, les sous portèrent au droit l'effigie du roi et au revers un faisceau surmonté du bonnet phrygien au milieu d'une couronne de chêne, avec cette légende : La Nation, la Loi, le Moi; exergue : L'an nids la liberté, et dans le champ : 12 D (12 deniers), A cette époque parurent aussi les sous appelés tnonnerons du nom de leurs fabricants, les frères Monneron , qui, s'étayant du texte de la Déclaration des droits de l'homme .■ « La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société, » firent frapper ce qu'ils appelaient une monnaie de confiance. L'Assemblée nationale interdit en 1792 ces émissions particulières, mais il resta encore pendant longtemps des monnerons dans le commerce. Dans les sous de 1793, l'effigie royale disparut ; ils portent, au droit : liépublique française ; une table sur laquelle on lit : Règne de la loi; exergue : L'an II; au revers : Liberté, Egalité; une couronne de chêne surmontée du bonnet de la Liberté accompagné d'une balance ; au milieu de la couronne : l S ( 1 sou). Cette même année 1793, la Convention rendit le décret qui appliquait aux monnaies le système décimal; il fut ordonné que la livre serait divisée en dix parties appelées décimes, le décime en dix parties appelées centimes, et qu'il serait frappé des centimes, des décimes et des demi-déciwes. Cette dernière pièce, équivalant à l'ancien sou, en garda le nom, d autant plus que les sous ne furent pas retirés de la circulation. Les nouveaux sous de 0 fr. 05 et les décimes ne commencèrent à être frappés qu'en 179G. Toutes ces anciennes monnaies ont été refondues en vertu de la loi du 6 mai 1852. La pièce actuelle de 0 fr, 05, que l'on continue malgré tout à appeler un sou, est rigoureusement conforme, par sa valeur nominale et par son poids , au système décimal ; elle pèse 5 grammes, et l'alliage est de 95 parties de cuivre pout-4d'étain et l de zinc ; mais ce n'est qu'une monnaie de convention , sa valeur réelle étant au-dessous de celle qui lui est attribuée ; tandis que l'ancienne pièce de 0 fr. 05 de la République, dont on ne frappait que 80 au kilogramme, représentait à peu près la valeur intrinsèque du métal.
Sou de Lise (le), opérette en un acte, paroles do MM. Saint-Yves et Zaccone, musique de Mme Caroline Blangy, représentée au théâtre des Bouffes-Parisiens le 7 mai 1860. Le livret est intéressant. Il y a de la grâce et du goût dans le dialogue. La partition renferme des mélodies agréables. Nous citerons l'ouverture et le duo entre Lise et André, qui est charmant. MUe Cliabert a chanté avec talent le rôle de Lise. Tautin et Marchand ont joué les autres personnages.
SOOABE, en allemand Schwaben, en latin Sueoia, ancien duché de l'empire germanique, au S.-O. Le pays qui portait le nom de Souabe fut primitivement appelé Alémanie; il tira sou nom de Souabe des Suèves, qui vinrent s'y établir au ve siècle. Le duché de Souabe,
SOUÀ
dont les limites varièrent souvent et soni par conséquent difficiles à déterminer exactement, était compris entre la Thuringe au N., la forêt Noire à l'O. et la Bavière à l'E.; au S., il dépassait le Rhin et s'étendait en Suisse. Ses villes principales étaient Zurich, Ulm, Constance, Tubingue, Bade, Nordlingen, etc. La Souabe, qui faisait partie de l'empire de Charlemagne, était gouvernée par des ducs nommés par l'empereur. Lorsque l'empire carlovingien se démembra, ce pays fut divisé d'abord en cantons (gaus), qui tiraient leur nom des rivières qui les arrosaient, l'Iaxt, le Rocher, la Brenz, etc., puis en seigneuries et comtés divers. Le nom du duc de Souabe qui apparaît le premier dans l'histoire est celui d Erchanger; mais ce prince ne put transmettre à ses héritiers le duché de Souabe, qui ne devint héréditaire dans la maison de Hohenstauffen qu'en 1080, sous Frédéric 1er, gendre lie l'empereur Henri IV. La maison de Ho"henstauflen conserva le d.uché de Souabe jusqu'en 12G9. A cette époque, le duché de Souabe se démembra en une quantité de villes et de seigneuries qui continuèrent à relever de l'empire ; le reste fut donné à Ulric de Wurtemberg. Comme les noms des ducs de Souaba sont dans ce Dictionnaire le sujet d'articles biographiques particuliers, nous nous contenterons ici de donner la liste de ces noms.
Dues non héréditaires.
Erchanger ■. . 912
Burkhard 1er 926
Hermann 1er ...... . 928
Ludolf. 948
Burkhard II 953
Othon 1er 973
Conrad 1er ggj
Hermann II 997
Hermann III 1004
Ernest 1er d'Autriche-Ba-
benberg 1012
Ernest II 1015
Hermann IV 1015
Henri (depuis Henri III,
empereur) 1038
Othon II 1043
Othon III, margrave de 1044
Schweinfurt 1044
Rodolphe de Rheinfeld
(anti-empereur) .... 1057-1080
Ducs héréditaires.
Frédéric 1er 108O
Frédéric II, le Louche. . 1105 Frédéric III (te mémo que
Frédéric Barberousse). 1147 Frédéric IV de Rothen-
bourg 1155
Frédéric V 11S7
Conrad IV ( en même temps duc de Franco-
nie) 1171
Philippe (empereur). . . 1196 Frédéric VI (le même que l'empereur Frédéric II). 1213
Henri II 1219
Frédéric VI (de nouveau). 1235 Conrad V (le même que
l'empereur Conrad IV). 1250 Conrad VI ou Conradin. 1254-1269 SOUABE (comté palatin de), partie de l'ancien duché de Souabe, appartenant à la maison de Kalw, et qui avait pour chef-lieu Tubingue. Cette seigneurie disparut au commencement du xive siècle.
SOUABE (cercle de), dénomination qui survécut au démembrement de l'ancien duché de Souabe, et par laquelle on désigna, sous Wenceslas en 1387, un des quatre grands cercles de l'empire germanique , et sous Maximilien 1er un des dix cercles électoraux formés par cet empereur. Le cercle de Souabe formé par Maximilien était compris entre ceux du haut Rhin, du bas Rhin, de Franconie, d'Autriche et la Suisse ; il comprenait , outre 31 villes impériales, telles que Augsbourg, Ulm, Nordlingen, Lindau, etc., le margraviat de Bade, le duché de Wurtemberg, les principautés ecclésiastiques de Constance, de Kempten et d'Elwangen.
SOUABE ET NEUBOURG (cercle de), un des huit cercles ou divisions administratives actuelles du royaume de Bavière, situé au S.-O. entre les cercles de Franconie-Moyenne au N-, de Haute-Bavière à l'E., le lac de Constance et le Tyiol au S,, le royaume de Wurtemberg à l'O. Superficie, 953,414 hectares; 570,492 hab. Chef-lieu, Augsbourg. La partie méridionale de cette province, traversée par les Alpes Algaviennes, est formée de hautes terrasses et de profondes vallées; la partie centrale et le nord présentent de vastes plaines fertiles qu'arrosent le Danube, l'IUer, le Leck, la Gunz et la Mindel. Ou y récolte principalement des céréales, du chanvre et du houblon ; élève de bestiaux; exploitation de mines de fer et de cuivre. Importante fabrication de toiles. Commerce actif favorisé par les rivières navigables et par des chemins de fer qui relient cette contrée à la Suisse et au reste de l'Allemagne.
SOUABE (maison de). V. Hohenstàuffen.
SOUAGE s. m. (sou-a-je). Archéol. Moulure simple, double ou triple, qui régnait autour du pied de certaines pièces d'orfèvrerie.
SOUAK1M, contrée de l'Afrique centrale, soumise a l'autorité du vice-roi d'Egypte.
SOUAK1M ou SOUAK1N, la ville commer-
SOUA
ciale la plus importante de la côte africaine de la mer Rouge, située dans la Nubie, par 19» 6' de latit. N. et 35» 8' de long, E., au fond d'une baie profonde d'environ 15 kilom. Ella Se partage en deux parties principales , la ville proprement dite et la ville de terre,, appelée El Gaif, La première est construite sur une petite île d'environ 500 mètres de diamètre et se compose de maisons a plusieurs étages, grandes et bien bâties, ainsi que de magasins en forme de remises. C'est là que se trouvent les demeures des autorités supérieures, les bâtiments de la compagnie télégraphique anglaise, la douane avec l'entrepôt, deux mosquées à minarets, deux grands cafés et les maisons, en général peu élégantes, des négociants arabes. Sur le côté S. de la baie s'étend El Gaif, qui est habité surtout par des Bidjarins. Il ne se compose guè're que de huttes en forme de tentes, irrégulièrement disposées ; mais il y règne une animation extraordinaire. C'est là qu'est situé le bazar, où, à part les étoffes de laine, on ne trouve guère de marchandises européennes. Les indigènes vendent en pleine rue des denrées et des produits de toute sorte ; un grand nombre de couteliers et de forgerons s'occupent à fabriquer des couteaux, des lames et des épées pour les nomades de l'intérieur. Au N.-O. d'El Gaif s'élève la citadelle, qui est entourée de murs élevés et armés de trois canons ; 4 kilomètres plus loin, on rencontre les sources qui approvisionnent la ville d'eau et qui sont entourées de superbes sycomores, de jardins et de plantations de dattiers. La population totale des deux parties de la ville est diversement évaluée; Heuglin l'a estimée à 8,000 ha bitants, tandis que Schweinfurth lui en assigne de 11,000 à 13,000. Le port de Souakim est formé par le goulet qui sépare l'île de la terre ferme, et, malgré les bancs de sable et les madrépores qui entourent la côte, les barques du pays franchissent toutes les passes qui forment l'atterrissage de la ville. Les principaux articles de l'exportation sont les suivants : coton, gomme arabique, beurre eu cruche , tamarin , sésame , dents d'éléphant et autres produits du Soudan ; en dépit de toutes les interdictions, Souakim est toujours le centre d'un actif commerce d'esclaves. L'importation comprend les étoffes de coton, le fer, les perles, la quincaillerie, le bois, les tapis et les armes.
Il n'y a à Souakim aucun consul européen, ni même aucun marchand européen établi. Le commerce maritime, qui est cependant fort animé, ne se fait qu'avec Djedda, en Arabie ; on communique avec Suez au moyen d'un service régulier de bateaux à vapeur. Toutes les caravanes qui partent de la ville se rendent soit dans la Barbarie, soit à Kassala. Il existe aussi à Souakim une station du télégraphe des Indes. En 1SG5, cette ville et son territoire ont été cédés par la Turquie au vice-roi d'Egypte, qui y entretient un gouverneur et un wakil.
SOUANES. V. SUANES.
SOUANÉT1E. V. SUANETIE.
SOCAN-PAN. V. Swan-pan.
SOCANV1TA, nom d'une des six héroïnes secondaires qui, dans la mythologie du Nord, sont attachées au service des walkyries. Les cinq autres se nomment Aubruna, Brinhildour, Alvitra, Godrounna, Milda.
SOUARGA s. m. (sou-ar-ga). Théol. ind.
Paradis d'Indra.
— Encycl. La théogonie indoue admet quatre paradis ou séjours de béatitude, La souarga, ou paradis d'Indra, est un de ces quatre séjours ; le second est le keilassa, ou paradis de Siva ; le troisième est le veikonta, ou paradis de Vichnou; le quatrième est le sattia - loca t ou paradis de Brahma. Le souarga, suivant les livres indous, est habité par les dieux du second rang, tous enfants de Kachiapa et de sa première femme Aditty. La palais d'Indra, leur fils aîné et le roi de ce ■lieu de délices, est au centre ; l'or et les pierreries y brillent de toutes parts. Il y a aussi un autre palais d'une égale magnificence pour Chaty, son épouse, fille de Poulavna. Ils ont pour fils Yodjanta. C'est dans ce lieu qu'on trouve le fameux arbre Kalpa, dont les fruits, couleur d'or, ont un goût exquis, et la vache Kamadenou, qui donne un lait délicieux. Ces fruits et ce lait composent la nourriture des dieux. Le souarga renferme encore beaucoup d'autres arbres. Les eaux limpides de plusieurs fleuves y serpentent en tous sens; le principal de ces fleuves est le Mandaghy. La vue des habitants de cet heureux séjour est récréée par les mouvements cadencés et voluptueux d'une foule de danseuses', et les doux sons du vounei et du kanohra, que les gandawas, musiciens fameux, marient aux accents de leurs voix mélodieuses, y charment sans cesse les oreilles. D'innombrables courtisanes sont toujours prêtes à éteindre les feux qu'elles font naître. Bruaspatty y fait l'office de gourou des dieux, et il leur explique les Védas. Enfin , chose assez bizarre, on y trouve deux médecins en titre, Chonata et Koumata. Les Achtadikou palagas, ou les huit dieux qui président aux principales divisions du monde et qui en sont les gardiens (savoir: Indra, Agny, Yama, Neirouuah, Varouna, Vahyou, Koubéra, Isannia), tiennent la première place, comme de raison, parmi les habitants du souarga; les neuf planètes y ont leur demeure. Les sept fameux pénitents,
souc-
ou mowits, et une infinité de personnages divins y sont aussi les commensaux d'Indra. L'entrée du souarga est accordée à toutes les personnes vertueuses, sans acception de rang ou de caste, qui sont parvenues sur la terre au degré de sainteté requis. Pour donner une idée du souarga et des trois autres riants asiles de béatitude, les livres indous représentent le mont Maha-Mérou, sur les flancs duquel ils sont situés, comme ayant la forme d'un cône contourné en coquille de limaçon et divisé par étages. Au premier étage, du côté du nord, est le so'targa, le paradis d'Indra; a gauche, du côté de l'est, et un étage plus haut, le keilassa, paradis de Siva; encore un étage plus haut, du côté du midi, le veikonta, paradis de Vichnou ; enfin, sur la cime de la montagne, le sattia-loca, paradis de Brahma.
SOUARI s. m. (sou-a-ri). Bot. Section du genre caryocar, genre d'arbres de l'Amérique du Sud.
SOUBAB s. m. (sou-bab). Grand dignitaire, sorte de vice-roi, dans l'ancien empire du Mogol.
SOUBABIE s. f. (sou-ba-bt). Dignité d'un soubab, [| Province gouvernée par un soubab.
' SOUBARBE S. VCi. V. SOUS-BARBE.
SOUBArdier s. m. (sou-bar-dié). Techn.
Principal étai d'une machine qui sert à tirer les pierres de la carrière.
SOU-BASCHI s. m. ( sou-bass-chi ). Hist. ott. Commandant de canton. Il Lieutenant de police.
SOUBASSEMENT s. m. (sou-ba-se-man — de sous, et de bas). Architect. Partie inférieure d'une construction, sur laquelle semble porter tout l'édifice : Socbasskmiînt uni. Soubassement orné de moulures, 11 Tablette de plâtre qu'on place sous le manteau de la cheminée, pour diriger la fumée.
— Techn. Garniture d'étoffe que l'on met au bas d'un lit et qui descend jusqu'à terre.
— Encycl. Architect. Le soubassement doit être solide en réalité et même en apparence; il diffère du socle en ce qu'il se compose de plusieurs assises , qu'il prend une certaine importance en hauteur, en saillie, en richesse et qu'il est continu, tandis que le socle n'est qu'une simple assise ayant une saillie peu prononcée sur la nu du pilier ou de la colonne qu'il supporte. Le soubassement, construit en pierre de taille, s'élève ordinairement jusqu'à hauteur d'appui des fenêtres du rez-de-chaussée, ou, si elles sont trop élevées, jusqu'à 1 mètre à im,50 au-dessus du sol, selon que la hauteur totale du bâtiment est plus ou moins grande. Le parement de ce soubassement peut recevoir tes mêmes moulures que le piédestal de l'ordre sous lequel il est établi-, on peut aussi l'exhausser sur des marches, pour donner à l'ensemble plus de majesté. Les soubassements se font encore en moellons bruts recouverts d'un enduit de mortier de chaux, ou bien en moellons smillés et piqués ou d'appareils parfaitement rejointoyés, ou bien encore en meulière ou en caillasse. Ce dernier mode de construction est surtout employé lorsque le terrain où doit être élevée la construction est d'une humidité constante. Le soubassement est la partie de la construction qui transmet à la fondation et répartit sur elle la charge supérieure résultant du poids des murs, des planchers, des combles, etc.; il forme, avec la fondation, l'assiette solide et résistante sur laquelle on élève l'édifice; cette fonction exige qu'il soit établi avec beaucoup de soin, qu'il présente une surface suffisante pour ne pas s'écraser sous le poids qu'il supporte et surtout pour ne pas tendre à rompre le massif de fondation. D un autre côté, comme le plus généralement il est sollicité, d'abord par le poid3 vertical de la construction supérieure , puis en outre par quelques poussées intérieures ou extérieures résultant de l'application de voûtes contre le mur qu'il supporte, on doit veiller à ce que sa base ne puisse pas glisser sous l'effort de la résultante horizontale de ces poussées. Enfin, comme le soubassement est une des parties de l'édifice qui travaillent le plus, il faut chercher à le mettre à l'abri des dégradations produites tant par les forces résultant du système de construction adopté que par les intempéries et la nature du soi. Pour déterminer la surface qu'il faut lui donner et, par suite, son épaisseur, en raison de la charge transmise par la partie supérieure, il suffit de diviser cette dernière par le coefficient de résistance à l'écrasement de la matière employée ; nous disons matière employée pour généraliser la formule suivante qui s'applique tout aussi bien aux soubassements en fonte qu'aux soubassements en pierre, de queque nature que soit cette pierre ; si P est le poids par mètre courant de soubassement, t> la surface cherchée, R le coefficient de résistance, e l'épaisseur et b la largeur égale à 1 mètre, on a
R varie naturellement avec chaque espèce de maçonnerie ; des expériences directes peuvent seules renseigner sur la valeur de ce coefficient (v. compression). Les soubassements sont souvent décorés d'arcatures, de figures en plat relief, de sujets dans des médaillons, etc. Les architectes du mo3'en
SOUB
âge ont varié ces décorations à l'infini; mais c'est seulement à partir du commencement du xin° siècle qu'ils ont commencé à ornementer cette partie des édifices.
SOUBASSIS s. f. ( sou-ba-si ). Comm. Soie de Perse d'une grande finesse.
SOUBATTRE v. a. ou tr. (sou-ba-tre — de sous, et de battre). Econ. rur. Soubaltre les brebis, Leur frapper le pis du plat de la main, après une première traite, pour provoquer un nouvel afflux, de lait.
SOUBDAR s. m. (sou-bdar). Petit gouverneur qui relevait d'un nabab, dans l'Inde.
SOOBEIRAN (Jean db Scopon), littérateur français, né k Toulouse en 1699, mort à Paris en 1751. Destiné au barreau, il rompit avec l'étude du droit et vint k Paris tenter la fortune littéraire. Ses principaux écrits sont : Réflexions sur la tragédie de Brutus de Voltaire (Paris, 1738) ; Examen des confessions du comte de "* (1742); Réflexions sur te bon ton et la conversation (1740, in-12) ; Caractère de ta véritable grandeur (1746, in-12) ; Considérations sur le génie et les mœurs de ce siècle {l749, in-12).
SOUBEIBAN (Eugène), pharmacien et chimiste français, né à Paris en 1797, mort à Paris en 1S5S. Il fut pharmacien en chef de l'hospice de la Pitié et directeur de la pharmacie centrale des hôpitaux et hospices de Paris. Il fut ensuite nommé professeur à l'école spéciale de pharmacie, et, en 1835, il devint membre de l'Académie de médecine. Ses principaux ouvrages sont : Manuel de pharmacie théorique et pratique (l" édit., 1886, in-18; 2e édit., sous le titre de Nouveau traité de pharmacie, 1835-1836, 2 vot.in-4°; 4« édit., 1853) j Précis élémentaire de physique (1841; 2e édit., 1844); Applications de la botanique à la pharmacie (1854). Soubeiran a collaboré au Dictionnaire de l'industrie, au Dictionnaire de médecine pratique et à plusieurs autres recueils , ainsi qu'au Codex , pharmacopée française (1837, in-4°).
SOUBERB1ELLE (Joseph), médecin français, né à Pontacq (Basses-Pyrénées) en 1754, mort à Paris en 1 848. Reçu docteur à Paris en 18 13, il s'établit dans le quartier Saint-Antoine, où il se livra particulièrement à l'opération de la taille. On sait qu'il donna généralement la préférence à la taille sus-pubienne, ou, si Ion veut, au haut appareil. Ses opinions à cet égard ont été exposées par M. Belmas, son petit-tils par alliance, dans un ouvrage publié en 1820. Du reste, Souberbielle avait saisi plusieurs fois, dans )a Gazette des hôpitaux, l'occasion de développer lui-même son système. 11 ne s'est d'ailleurs pas borné à lutter d'habileté chirurgicale en matière de taille; il a fait aussi une étude approfondie des procédés inventés par ses prédécesseurs. Le docteur Souberbielle, qui mourut à l'âge de quatre-vingt-treize ans, avait traversé toutes nos révolutions, et il se flattait avec raison dWoir pris une part active à quelques-uns des grands actes qui ont signalé l'aurore de notre liberté nationale. Il avait assisté à la prise de la Bastille et il se plaisait à raconter les détails de cet événement mémorable.
SOUDE YUAN (Pierre), graveur suisse, né à Genève en 1709, mort dans la même ville en 1775. Il reçut des leçons de Gardelle l'aîné et de Burlamaehi, puis vint à Paris, où il se fit une solide réputation. En 1748, il fut nommé directeur de l'école de dessin fondée à Genève et revint terminer son existence dans sa ville natale. Ses principales œuvres sont : la Conversion de saint Bruno, d'après Lesueur; la Belle villageoise, de Boucher; le Portrait de Pierre le Grand, d'après Caravac ; Six paysages de Lucas van Udin.
SOUBEYRAN (Jean-Marie-Georges, baron DB), financier et homme politique, né à Paris le 3 novembre 1829. Au sortir au collège Roilin, il lit ses études de droit, et il venait d'avoir vingt ans lorsque M. Fould, alors ministre des finances, l'attacha k son cabinet. M. de Soubeyran remplit ensuite un emploi k la direction du personnel de ce ministère, et lorsque son puissant protecteur, M. Fould, fut chargé, en 1852, du ministère d'Etat, il devint son chef de cabinet. Quelque temps après, il remplissait dans cette administration les fonctions de directeur du personnel, qu'il quitta en 1860 pour devenir sous-direoteur au Crédit foncier. Cette même année, M. de Soubeyran posa sa candidature au Corps législatif dans le département de la Vienne, où le canton de Saint-Julien l'avait déjà nommé conseiller général. II fut élu député dans la 2e circonscription par 18,623 voix sur 23,363, et réélu successivement en 1863 et en 1869, toujours comme candidat officiel. Reconnaissant envers le pouvoir auquel il devait son mandat, il appuya toutes les mesures politiques proposées par le gouvernement, mais ne prit point part aux discussions politiques. Possédant de remarquables capacités financières, il se fit remarquer à diverses reprises en prononçant des discours sur les matières qui lui étaient familières. Le 12 février 1870, il proposa au Corps législatif de payer par anticipation les subventions dues par l'Etat aux compagnies de chemins de fer, au moyen d'un emprunt de 700 millions avec intérêt de 3 pour 100. Le ministre des finances d'alors, M. Buffet, ad-
SOUB
mit la première partie de son projet, mais repoussa la seconde, ce que fit également la commission de la Chambre à. laquelle la proposition était soumise. M. de Soubeyran amenda alors son projet et proposa de substituer à l'emprunt la création de bons du Trésor spéciaux, avec intérêt de 4 pour 100, et dont l'échéance serait de dix ans au plus (mai 1870). La commission se prononça au mois de juin pour le payement en rente 3 pour 100, et les événements qui suivirent firent tomber le projet dans l'oubli. En 1864, M. de Soubeyran avait épousé M1'* de Sainte-Aulaire et il possédait une fortune considérable lorsque la révolution de 1870 le fit rentrer dans la vie privée. Les électeurs de la Vienne, où il possédait de grandes propriétés, ne songèrent point à lui lors des élections du 8 février 1871; mais aux élections complémentaires du 2 juillet suivant, il posa sa candidature contre le général Laduiirault, appuyé par le3 légitimistes, et fut élu représentant k l'Assemblée nationale par 32,380 voix sur 49,840 votants^ Le 8 octobre suivant, il fut réélu conseillergénéral par le canton de Saint- Julien, et, cette même année, il devint un des principaux propriétaires de la Patrie, journal ultra-réactionnaire et bonapartiste. Malgré ses attaches avec le régime qui a été si funeste à la France, M. de Soubeyran, financier avant tout, n'a pas fait partie, à la Chambre, du groupe de l'appel au peuple. 11 s'est borné k siéger au centre droit et à voter avec les ennemis de la république contre toutes les mesures, libérales. Toutefois, en 1871, il s'est prononcé en faveur de la proposition Rivet et du retour de l'Assemblée à Paris. Comme au Corps législatif, il a pris part, à diverses reprises, aux discussions financières, le 3 et le 8 janvier 1872; il combattit notamment avec vivacité le projet d'impôt sur les valeurs mobilières. Ce même mois, il présenta un projet d'emprunt national de 4 milliards en obligations de 100 francs, remboursables à 200 francs en soixante années, sans intérêt, mais participant à des tirages de primes s'élevant, par an, à 6 millions. Au mois de décembre 1872, il proposa la création d'un ministère de la trésorerie, distinct de celui des finances; mais, comme le précédent, ce projet, qui présentait de graves inconvénients sans résultat appréciable, fut repoussé par la Chambre. En 1873, M. Soubeyran prononça des discours au sujet de la réunion du service des forêts au ministère de l'agriculture, de l'étalon monétaire, de la création de nouveaux titres destinés à payer des subventions à des chemins do fer, etc. Le 24 mai 1873, il ne prit pas part au vote qui eut pour résultat la chute de M. Thiers. Le 20 novembre suivant, il vota pour le septennat et donna son appui à la politique de réaction à outrance suivie par le cabinet de Broglie. Après le renversement de ce ministère (16 mai 1874), il s'abstint de voter sur les propositions Périer et Maleville (juillet). Cette même année, il prit part à des discussions relatives aux nouveaux impôts, à l'équilibre du budget, aux chemins de fer, au personnel des contributions indirectes, etc., et employa sans succès, au mois de mars, l'influence qu'il avait dans la Vienne au profit de M. de Beuuchamp, qui ne put se faire élire député. Au mois de juin 1874, un arrêté du ministre de l'instruction publique nomma M. de Soubeyran vice-président de la commission des monuments historiques en remplacement de M. Vitet, et cette nomination d'un financier à un poste qui réclamait la présence d'un savant archéologue ne fut pas sans exciter quelque surprise. En 1S75, M. de Soubeyran a voté contre la constitution républicaine du 25 février, pour la validation de l'élection de la Nièvre, contre la loi de l'enseignement supérieur; il s'est abstenu sur la loi organique de l'élection des sénateurs, etc. Au mois de mars de la même année, il a proposé de convertir l'emprunt Morgan.
SOUBHAVASTOU , fleuve indien, célèbre dans la légende et dans la religion bouddhiques et sur la rive septentrionale duquel se trouve, selon la légende, une large pierre qui conserve les traces des pas du Bouddha. Hiouen-Thsang, célèbre pèlerin bouddhiste chinois, qui visitait l'Inde dans un but religieux au vue siècle de notre ère, les a vues et les a décrites dans ses Mémoires de voyages, qui ont été traduits en français par M. Stanislas, Julien. Mais le pèlerin ajoute naïvement que ces traces paraissent longues ou courtes, suivant le degré de vertu de ceux qui les regardent et 1 énergie de leurs prières. Par vertu, il faut entendre ici celle de la foi dans le Bouddha, d'où l'on peut inférer que ces traces seraient invisibles absolument pour uu Européen.
SÛUB1SE s. f. (sou-bi-ze — de Soubise, n. pr.). Art culin. Sauce composée d'oignons et de beurre mélangés avec du velouté ou de la crèine.
— Encycl. V. sauce.
SOUBISE, village et commune de France (Charente-Inférieure), cant. de Saint-Agnant, arrond, et a 15 kilom. N.-E. de Marennes, 4 kiloin. S.-O. de Rochefort, sur une érainence, près de la rive droite de la Charente ; 666 hab. Eaux minérales carbonatées, modiques et ferrugineuses; on en exporte une quantité assez considérable. Ce village était
SOUB
jadis le titre d'une seigneurie des maisons de Parthenay et de Rohan.
SOUBISE (Benjamin de Rohan, seigneur de), capitaine protestant français, né à La Rochelle en 1583, mort k Londres en 1642. Fils de René de Rohan, il était frère du célèbre Henri de Rohan, chef du parti protestant sous Louis XIII. Il débuta dans le métier des armes en Hollande, sous les ordres de Maurice de Nassau, et prit part en 1606 a la défense de Bergues. En 1611, Soubise assista & l'assemblée protestante de Saumur, et, à partir de ce moment, on le vit figurer dans toutes les assemblées de réformés qui se tinrent en France pour assurer l'exécution de l'édit de Nantes. En 1621, l'assemblée de La Rochelle lui conféra le commandement général du Poitou, de la Bretagne et de l'Anjou. Malgré la défection des autres chefs protestants, il soutint un siège dans Saint- Jean-d'Angely contre Louis XIII en personne et ne capitula qu'à la dernière extrémité (23 juin 1621). Le roi lui rendit la liberté et exigea de lui la promesse qu'il le servirait fidèlement; mais il recommença la guerre en 1622, se rendit maître de Royan, du bas Poitou, des îles de Ré, du Périer, de Mons, d'Olonne, de Luçon, où ses soldats Se livrèrent à de grands excès, et il menaçait Nantes, lorsque Louis XIII marcha contre lui avec une armée. A l'approche des troupes royales, Soubise abandonna son petit corps d'armée, ses équipages, son artillerie dans l'Ilot de Ré, s'enfuit k La Rochelle et de là passa en Angleterre. Ayant réuni un certain nombre de petits navires, il se mit k ravager les côtes de France et fut déclaré criminel de lèse-majesté (15 juillet 1622). Après le traité de pacification du 19 octobre suivant, Soubise resta pendant un certain temps sans faire parler de lui. En 1625, il partit de l'Ile de Ré avec une poignée de soldats et de matelots et alla s'emparer de quinze vaisseaux de la flotte royale par un audacieux coup de main sur le port de Blavet (15 janvier), retourna k l'île de Ré avec ces vaisseaux, puis s'empara de l'île d'Oleron. Bloqué, quelque temps après, dans Vile de Ré par une flotte française, à laquelle s'étaient joints des navires hollandais sous les ordres de l'amiral Houstein, il obtint une suspension d'armes; puis, attaquant k l'improviste les escadres combinées, il coula quatre ou cinq de leurs navires. Resté maître de la côte depuis Nantes jusqu'à Bordeaux, il urit le titre d'amiral des Eglises protestantes et continua la guerre civile; mais, vivement pressé par Montmorency k Oléron, après avoir subi un échec, bien qu'il se fût bravement conduit dans cette affaire, il repassa en Angleterre. Lors de la paix de 1626, le roi, espérant le rallier, érigea en duché-pairie sa baronnie dePontenay {juillet 1626); mais les lettres patentes ne furent pas enregistrées. Cannée suivante, il revint avec Buckingham pour tenter, mais inutilement, de secourir Lu Rochelle. Ayant fait une seconde tentative avec Lindsey (1628), il ne put faire adopter son avis de forcer la digue construite par Richelieu, et, quand la ville eut capitulé, il refusa d accepter les conditions favorables accordées par Louis XIII aux rebelles qui se trouvaient sur la flotte ennemie, et se retira encore une fois en Angleterre, sans vouloir profiter de l'amnistie de 1629. Ce fut 1k qu'il mourut, sans laisser d'enfants.
Fort attaché k son parti, Soubise lui demeura constamment fidèle ; mais, malgré la hardiesse des entreprises qu'il tenta, il ne montra pas toujours un grand courage sur les champs de bataille et manqua en maintes circonstances de fidélité à sa parole.
SOUBISE (François db Rohan, prince de), chef de la branche des Rouan-Soubise, né en 1631, mort à Paris en 1712. II était fils d'Hercule do Rohan (v. Rohan). Il fit ses premières armes en Hongrie comme volontaire, devint sous-lieutenant dans les gens d'armes du roi en 1667, capitaine en 1673, maréchal de camp en 1675 et lieutenant général en 1679. A défaut de talents militaires, le prince de Soubise avait fait preuve de courage pendant les campagnes de la Franche- Comté, de la Hollande et de la Flandre, notamment à Senef et à Steinkerque. Gouverneur du Berry en 1681, il prit en 1692 le gouvernement de la Champagne, Il avait épousé en premières noces Catherine de Lyonne, morte en 1660 sans avoir eu d'enfants, et en secondes noces (IGC3) Anne de Chabot, qui fut la maîtresse de Louis XIV et qui lui donna onze enfants, entre autres le cardinal Armand-Gaston de Rohan (v. Rohan) et le prince Hercule-Mériadec de Rohan-Soubise, dont nous parlerons plus loin. Grâce à sa seconde femme (v. ci-après), qui lui apporta la baronnie de Soubise, érigée en principauté en 1667, et des richesses honteusement acquises, le prince François de Soubise laissa en mourant une fortune immense.
SOUBISE (Anne de Rohan, princesse de), femme du précédent, née en 1648, morte à Paris en 1709. Elle était lille de Henri de Chabot et épousa en 1663 son cousin, François de Rohan. Mme de Chevreuse et Turenne, qui 1 avaient fait ce mariage, eurent assez de cré- [ dit auprès de la reine pour la faire nommer ' dame du palais. • Une fois à la cour, dit Saint-Simon, sa beauté fit le reste. » Le roi j ne fut pas longtemps sans en être épris. Elle |
SOUB
devint la maîtresse du roi, avec qui elle avait ses rendez-vous chez la maréchale de Rochefort, et, comme elle était avide et d'une grande cupidité, elle profita du goût que Louis XIV avait pour elle pour faire combler sa famille de richesses et ériger en principauté sa baronnie de Soubise (1667). Quant k son mari, il savait tout, mais feignait de tout ignorer. « Pour prix de sa complaisance, dit M. Eugène Pelletan, il recevait la pluie d'or dans son manteau, et l'or tombait, tombait toujours, et le mari achetait l'hôtel de Soubise et il entassait million sur million. Comme on le félicitait de son opulence, il baissait modestement la tête : • Tout cela vient par
• ma femme, dit-il; je n'en dois pas recevoir
• le compliment. • Le duc de Saint-Simon, dans une page de ses Mémoires, parle ainsi de la complaisance du mari de la nouvelle sultane favorite : r M. de Soubise n'avoit eu de jalousie de sa femme que celle qu'il avoit jugé utile de n'avoir point. Etre k la cour et ne rien voir, il avoit trop d'esprit pour le croire praticable aux yeux du monde. Il avoit donc pris le parti d'y aller rarement: de ne parler au roi que de sa compagnie de gens d'armes, dont, dans les vacances de charges et dans la manutention ordinaire, il sut tirer des trésors; de servir longtemps et bien à la guerre, et, du reste, se tenir enfermé dans sa maison, à Paris, à y voir peu de inonde, tout appliqué à ses affaires et à son ménage, et laisser sa femme à la cour se mêler du grand, des grâces et des établissements de sa famille. C'est le partage qui subsista entre eux durant toute leur vie. » Pendant une dizaine d'années, la princesse de Soubise fut la maîtresse de Louis XIV, concurremment avec la marquise de Montespan et autres. Lorsque le roi désirait avoir délie un rendez- vous, il mettait un diamant à son petit doigt, et, lors-
âu'elle l'accordait, elle mettait des boucles 'oreilles d'émeraude. Lorsque leurs relations amoureuses prirent fin, ■ l'amitié et la même considération subsistèrent, dit Saint-Simon, et les mêmes préoccupations de bienséance. Elle écrivoit très-souvent au roi et de Versailles à Versailles. Le roi lui répondoit toujours de sa main , et c'étoieut Bontems ou Bloin qui rendoient les lettres au roi et faisoient passer ses réponses. C'est de la sorto qu'elle fit M. de Soubise prince par degrés et par occasion, et que peu à peu elle en obtint tout le rang... Mme de Soubise sut gagner Mmo de Maintenon et !>e servir jusque de sa jalousie du goût que le roi lui conservoit, en lui offrant une capitulation dans laquelle la nouvelle épouse se crut heureuse d'entrer. Elle fut, de la part de M^e de Soubise, de ne jamais voir le roi en particulier que pour affaire dont Mme de Maintenon auroit connoissance ; d'éviter même ces particuliers quand les billets pourroient y suppléer; de le voir même k la porte de son cabinet quand elle n'auroit qu un mot court k dire; de n'aller presque jamais kMarly pour éviter toute occasion ; de choisir les voyages les plus courts ■ et de n'y aller qu'autant qu'il seroit nécessaire, pour empêcher le monde d'en parler; de n'être jamais d'aucune des parties particulières du roi ni même des fêtes de la cour que lorsque, étant fort étendues, ce seroit une singularité de n'en être pas ; enfin que, demeurant souvent k Versailles et k Fontainebleau, où ses affaires, sa famille, sa coutume, qu'il ne falloit pas changer aux yeux de son mari, la demandoient, elle n'y chercheroit jamais à rencontrer le roi, mais se contenteroit, comme toutes les autres daines, de lui faire sa cour k son souper assez souvent (ou même si, au sortir de table, elle trouvoit fort à propos que le roi ne lui parlât
Ïioint, non plus qu'il avoit accoutumé de parer aux autres). De son côté, Mme de Maintenon lui promit service sûr, fidèle, ardent, exact dans tout ce qu'elle pourroit souhaiter du roi pour sa famille et pour elle-même; et, de part et d'autre, elles se sont toutes deux tenu parole avec la plus scrupuleuse intégrité. •
Dépourvue de toutes les qualités du cœur, la princesse de Soubise n'avait guère que l'esprit d'intrigue. Son plus grand souci, avec celui d'accaparer des richesses et des honneurs, était de conserver sa beauté, du reste fort remarquable. Lorsqu'elle eut passé l'âge de plaire, elle n'en continua pas inoins de suivre un régime qu'elle avait adopté pour conserver l'éclat de son teint; mais, si l'on en croit Saint-Simon, ce régime lui devint fatal; elle fut atteinte d'une maladie scrofuleuse et « pourrit, dit-il, sur les meubles les plus précieux, au fond de ce vaste et superbe hôtel de Gui-se, qui, d'achat ou d'embellissements, avoit coûte plusieurs millions... Elle mourut k soixante et un ans, le dimanche matin 3 février 1709, laissant la maisou de la cour la plus riche et la plus grandement établie, ouvrage dû tout entier à sa beauté et k l'usage qu'elle en avoit su tirer. •
SOUBISE (Hercule-Mériadec db Rohan, prince de), également connu sous le nom de due de Kobnn-Uahan, fils de la précédente, né k Paris en 1669, mort en 1749. Il était destiné k l'Eglise; mais son frère aîné, le prince Louis, né en 1G66, étant mort en 1089 des suites d'une blessure qu'il avait reçue pendant les guerres de Flandre , il suivit comme lui le métier des armes. Le prince de Soubise a.ss.sta aux batailles de Steinkerque, de Nerwinde, de Ramillies, où il fut blessé,
SOUB
deMalplaquet, et prit part aux sièges du Quesnoy, de Landau et de Fribourg. Lieutenant général en 1704, il obtint dix ans plus tard que sa terre de Fontenay fût érigée en duché-pairie et reçut l'autorisation de se faire appeler duc de Rohan-Rohan. Deux ans auparavant, après la mort de son père (1712), il avait re,gu le gouvernement de Champagne. Ce fut lui qui, en 1721, fut chargé d'aller recevoir à la frontière d'Espagne l'infante que Louis XV allait épouser, et qui, l'année suivante, représenta le grand maître de France au sacre de ce prince. — Son fils, Louis- François-Jules de Rohan, prince de Socbise, né en 1697, mort en 1724, devint en 1717 capitaine des gens d'armes du roi et épousa la fille du prince d'Epînay, qui fut nommée en 1722 gouvernante des enfants de France avec M"e de Ventadour. Il mourut de la petite vérole, laissant cinq enfants, notamment le prince Charles et le cardinal Armand, dont nous allons parler.
SOUBISE (Charles de Rohan, prince de), maréchal de France, fils du précédent, né a Paris le 16 juillet 1715, mort dans la même ville le 4 juillet 1787. Général inhabile et malheureux, courtisan souple et adroit, ami de Louis XV, complaisant des favorites, il devint, sans talent et sans mérite, maréchal de France, n inistre d'Etat et s'allia même à la famille royale en 1753 par le mariage de sa fille aînée, Charlotte-Elisabeth, avec le prince de Condé. Le prince de Soubise n'avait que neuf ans lorsqu'il perdit son père, le prince François-Jules (1722). Elevé par son grandpère, il entra de bonne heure à la cour, où, par son caractère facile, il gagna complètement les bonnes grâces du jeune Louis XV, dont il devint « l'ami de cœur. » A dix-neuf ans, il fut nommé capitaine des gens d'armes du roi , gouverneur de la Champagne , et épousa Louise de La Tour-d'Auvergne, princesse de Bouillon, qui mourut en 1739. L'année suivante, it reçut le grade de brigadier de cavalerie (1740) et se remaria en 1741 avec Thérèse de Savoie, princesse de Carignan, qui le laissa veuf pour la seconde fois en avril 1745. Maréchal de camp en 1743 et aide de camp du roi, il suivit à ce titre Louis XV dans les campagnes de Flandre (1744-1748), assista à la bataille de Dettingen, aux sièges de Menin, d'Ypres, de Furnes, reçut une blessure grave devant Fribourg, donna des preuves de courage à Fontenoy, où il défendit le poste d'Antoing, à Raucoux, à Lawfeld, et obtint le grade de lieutenant général (l« janvier 1748). Pendant le cours de ses campagnes, le prince de Soubise avait épousé en troisièmes noces la princesse Christine de Hesse- Rheinfeld (20 décembre 1745). Profitant de l'extrême faveur du roi, qui l'admettait dans ses petits soupers intimes, Soubise émit cette prétention, que la maison de Rohan devait prendre rang immédiatement après les princes du sang, au-dessus de tous les autres pairs, et adressa à Louis XV deux mémoires, dans lesquels il contestait aux pairs le droit singulièrement puéril de porter les plats à la cène ou le goupillon. Après avoir été au mieux avec Mie de Châteauroux, maitresse du roi, il se montra l'ami dévoué de Mme de Pompadour, qu'il aida à renverser Maurepas du ministère, et qui, de son côté, lui' lit donner le gouvernement de Flandre (175l); puis il négocia le mariage de sa fille aînée avec le prince de Condé (1753). Ce fut à cette occasion que Soubise prit la qualité de« très-haut et très-excellent prince,» ce qui provoqua des protestations de la part des princes du sang. En 1756, lorsque commença la guerre de Sept ans, le prince de Soubise reçut un commandement dans l'armée du maréchal d'Estrées, qui pénétra en Westphalie et remporta la victoire d'Hastembeck (1757). Peu après, par le crédit de Mme de Pompadour, il fut mis à la tête d'une division de 25,000 hommes, destinée à agir contre les Prussiens, et que vint grossir le contingent allemand sous les ordres du prince de Saxe-Hildburghausen. Le 4 novembre 1757, Soubise rencontra Frédéric le Grand à Rosbach et essuya une honteuse défaite (v. Rosbach). Cet échec, dont l'effet moral fut considérable en Europe, ne fit point baisser la faveur du général courtisan, qui se vit criblé d'épigrammes. Placé dès l'année suivante à la tête d'une nouvelle armée, il obtint ù Sundershausen (23 juillet), puis, grâce à Chevert, k Lutzelberg (10 octobre), des succès qui lui valurent le bâton de maréchal de France (19 octobre) et son entrée au conseil comme ministre d'État (18 février 1759). Pendant la campagne de 1761, Soubise reçut le commandement d'une armée de 110,000 hommes sur les bords du Rhin. Malgré les instructions qu'il avait reçues, dans l'espoir d'assurer le succès de la campagne, il fit sa jonction avec l'année du maréchal de Broglie, qui, pour ne pas laisser à Soubise l'honneur des victoires que devaient remporter les armées combinées, attaqua le prince de Brunswick à Wittinghausen et' fut battu (15 juillet 1761). De Broglie accusa Soubise de ne l'avoir pas secouru; ce dernier, de son côté, accusa son collègue de ne l'avoir point averti de son mouvement. Les deux généraux adressèrent k ce sujet des mémoires au roi, qui donna gain de cause k son favori et exila de Broglie (17 février 1762). Encore une fois, Soubise se vit en butte à une grêle de traits satiriques. 11 conserva le commandement de son
SOUB
armée, mais on lui adjoignit le maréchal d'Estrées. Très-brave, mais dépourvu de talents militaires, constamment indécis, circonspect, manquant de coup d'œil, il se lit encore battre à Wilhelmstadt (1762), remporta un avantage à Johannisberg et se retira complètement du service actif après la paix de Paris (15 février 1763). Depuis, sa vie ne fut plus que celle d'un courtisan mêlé à toutes les intrigues de la cour corrompue de Louis XV. Il continua à menerj en compagnie du roi, la vie la plus dissolue et s'attacha à Mme Du Barry, comme il s'était attaché aux précédentes maltresses en titre du roi. Pour plaire à la nouvelle favorite, il consentit au mariage d'une de ses parentes, MUe de Tournon, avec le vicomte Du Barry. En 1771, il fut chargé de ramener à la cour le prince de Condé, qui s'en était retiré après avoir signé la protestation des princes au sujet de la dissolution du parlement. Lorsque mourut Louis XV, pour lequel il avait un véritable attachement et k qui, tout en flattant ses passions, il savait à l'occasion parler avec franchise, il fut le seul de toute la meute des courtisans qui escorta sa dépouille mortelle à Saint-Denis. Sous Louis XVI, il fut maintenu au conseil, où il siégea jusqu'à l'époque du fameux procès du cardinal de Rohan, et fit une certaine opposition aux réformes proposées par Saint-Germain et Turgot. Jusqu'à la fin de sa vie, il afficha avec éclat ses maltresses, qui étaient pour la plupart des courtisanes, et dont l'une des plus connues était la Michelon.
SOCBISE (Armand de Rohan, cardinal de), prélat, frère du précédent, né à Paris en 1717, mort à Saverne en 1756. Il prit en entrant dans les ordres le nom d'abbé de Yenlarfour, puis devint successivement abbé de Saint-Epvre (1736), de Lure et de Murbach (1737) et recteur de la Faculté des arts de Paris (1739). En 1741, Armand de Rohan prit le grade de docteur en Sorbonne, et, bien qu'il n'eût aucun titre littéraire, l'Académie française le reçut, cette même année, au nombre de ses membres. Nommé, en 1742, coadjuteur du cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, il reçut alors le titre d'évêque de Ptolémaïde. En 1747, le pape Benoît XIV lui ayant donné le chapeau de cardinal, sur la demande d'Edouard Stuart, il prit le nom de cardinal de Soubise, mais n'alla jamais à Rome. Après la mort du cardinal de Rohan (1749), il lui succéda comme évêque de Strasbourg et grand aumônier. Le cardinal de Soubise se ht remarquer par la régularité de ses mœurs et par sa charité.
Soubise (hôtel de), célèbre habitation seigneuriale du xvite siècle, située à l'angle des rues des Francs-Bourgeois et des Archives, aujourd'hui occupée par les Archives nationales et l'Ecole des chartes. Cet hôtel, dont l'histoire remonte assez haut, doit ses premières constructions à Olivier de Clisson, connétable de France. Auparavant, c'était une grande construction avec terrains, connue sous le nom de grand chantier du Temple et dont les Parisiens firent don au connétable en compensation et dédommagement de l'attentat dont il faillit être i victime de la part du sire de Craon (v. I Clisson). L'hôtel Clisson était, au commencement du xve siècle, la propriété du comte de Penthièvre. Vers cette époque, il passa à un sieur Babou de La Bourdaisière, qui, le 14 juin 1553, le céda à Anne d'Esté, épouse du célèbre François de Lorraine, duc de Guise, dit le Balafré, moyennant 16,000 livres. Celui-ci, trois ans après (7 octobre (1556), en fit présent à son frère, le cardinal de Lorraine, qui lui-même, le 4 novembre de la même année, le donnai titre de substitution à Henri de Lorraine, prince de Joinville, son neveu, depuis Henri de Guise , le même qui fut assassiné, en 1588, au château de Blois par les ordres de Henri III. L'hôtel de Guise porta ce nom jusqu'en 1697, où François de Rohan, prince de Soubise, l'acheta des héritiers de la duchesse de Guise et le fit reconstruire tel qu'il est encore (1706). Saint-Simon, l'impitoyable chroniqueur de la cour de Louis XIV, donne aux grandes sommes d'argent que coûta cette construction une origine assez scandaleuse; suivant lui, Mme de Soubise aurait profité en habile épouse de la faveur éphémèredu roi-soleil quelque peu àson déclin: 11 faut lire dans les célèbres Mémoires du duc les détails de cette aventure, comment certaine parure, mise tel jour par la princesse, prévenait tacitement le roi d'un voyage momentané (et peut-être complaisant) du prince à Paris.
Quoi qu'il en soit, à l'époque où le prince de Soubise acquit l'hôtel de Guise, le principal corps de logis, qui s'étend de la rue du Chaume au jardin et dont la façade donnait sur un passage conduisant de cette rue à la rueVieille-du-Temple,avaitétéconstiuit pour le duc Henri de Guise par l'architecte Lemaire. La porte d'entrée se présentait en pan coupé sur l'angle de la rue du Chaume et de ce passage. C'est la porte flanquée de tourelles qu on voit encore. Derrière cette porte, entre ces tourelles, à l'intérieur, existait une chapelle ornée de peintures à fresque dues k Nicolo, peintre florentin, appelé en France par François I" et qui décora plusieurs pièces du palais de Fontainebleau. Le prince de Soubise, abandonnant l'ancienne façade comme trop mesquine ouvrit sur la rue de
SOUB
Paradis (actuellement rue des Francs-Bourgeois prolongée) la majestueuse porte qu'on admire encore. On retourna l'ancienne porte dans l'alignement de la rue du Chaume, en face de la rue de Braque et de l'ancien passage, lequel resta toujours ouvert au public, quoiqu'il traversât tout l'hôtel sous les fenêtres mêmes du bâtiment principal. Il ne fut fermé qu'à la Révolution. La nouvelle porte fut décorée au dedans et au dehors de deux groupes de colonnes accouplées, à l'intérieur composites et corinthiennes à l'extérieur, formant de chaque côté avant-corps, avec couronnements en ressaut, sur lesquels on posa une statue d'Hercule, par Coustou, et une de Pallas, par Bourdis. Au milieu de l'attique se voyait, peu de temps avant la Révolution, l'écusson en saillie des Soubise ; ça et là, sur les côtés, des trophées d'armes de distance en distance. Cette entrée, qui, sauf l'enlèvement des statues, a subsisté à peu près intacte jusqu'à nos jours, prépare bien par son frandiose un peu théâtral aux magnificences e l'intérieur.
L'hôtel proprement dit s'élève au fond d'une cour immense (62 mètres de longueur sur 40 de largeur), affectant la forme elliptique dans l'extrémité qui fait face au bâtiment. Cette cour est entourée d'une galerie de cinquante-six colonnes d'ordre composite, accouplées, et d'un pareil nombre de pilastres correspondant aux colonnes. Sur cette galerie couverte en terrasse règne un pourtour. Elle fait de l'hôtel Soubise un monument à peu près unique. Le palais de la Légion-d'Honneur, rue do Lille, offre seul avec lui, quoique bien inférieur, quelque ressemblance Le vestibule de l'hôtel et l'escalier, d'un ensemble magnifique, furent décorés de peintures par Brunetty. On y distingue encore une salle d'assemblée ornée de tableaux de Restout et diiférentes pièces où Boucher, Vanloo, Trémolière ont dépensé les trésors de leurs palettes. Derrière l'hôtel règne un jardin spiendide qui fut longtemps public.
En 1S08, on décida qu'on placerait à l'hôtel Soubise, que l'Etat venait d'acheter, le dépôt général des archives de France, création décrétée dès le 12 brumaire an II par la Convention nationale (1793) [v. archives]. Jusqu'alors les archives avaient été placées djins le local des assemblées législatives. En 1821, Louis XVIII, comprenant enfin l'utilité d'une institution que cependant il avait été un instant sur le point de détruire, créa l'Ecole des chartes, destinée à former des hommes capables de mettre en ordre les pièces contenues à l'hôtel Soubise. La nouvelle Ecole y eut également son siège. Depuis lors, la destination n'en a pas changé, et l'hôtel Soubise a conservé fidèlement les archives du royaume, aujourd'hui archives nationales, en même temps que l'Ecole des chartes ou des archivistes paléographes continue à s'y maintenir.
SOUBOUTA1 ou SOUBADAÏ, surnommé Bahntiour ou le Héros, général mongol du xino siècle. Il était fils de Haban et servit, comme lui, sous les ordres de Gengis-Khan, dont il fut un des plus habiles généraux. Il prit, en 1212, la ville de Houan-Tcheou, appartenant aux Tchoutchis. Il vainquit ensuite successivement les Merkites, les Ouïgours, les Géorgiens, les Russes et les Kiptchaks ou Comans. Ayant reçu d'Ogodaï, successeur de Gengis , l'ordre de marcher contre les Chinois, il battit leur armée, forte, dit-on, de plusieurs centaines de mille hommes et prit successivement les villes de Pian (Khaï-Foung, dans le Ho-Nan) et de Tsaï (1234). L'année suivante, il fit, par ordre de Batou, une expédition contre les Comans et les Russes et remporta de grands succès. Il passa ensuite en Europe et mourut pendant la guerre contre les Hongrois, dans son campement sur le Danube, à l'âge de soixantetreize ans.
SOUBRANY (Pierre-Auguste de), conventionnel, né à Riom en 1750, mort à Paris en 1795. D'abord officier de dragons, il adopta avec ardeur, bien que nobler les idées de la Révolution et devint, en 1789, maire de sa ville natale, où il donna des preuves du plus grand désintéressement. Elu député à la Convention dans le Puy-de-Dôme, il vota la mort du roi, sans appel ni sursis. Pendant la Terreur, il remplit les fonctions de commissaire aux armées de la Moselle et des Pyrénées-Orientales et donna constamment aux soldats l'exemple de la bravoure et des vertus républicaines. Revenu à son siège après le 9 thermidor, il trouva l'Assemblée en proie à toutes les fureurs de la réaction. Dans la journée du 1er prairial, il n'hésita pas à prendre fait et cause pour les faubourgs insurgés. Ce mouvement populaire ayant échoué, Soubrany fut condamné à mort avec plusieurs de ses collègues, Romine, entre autres, se frappa comme eux avec une paire de ciseaux qu'ils se firent passer de main en main et monta tout sanglant à l'échafaud. V. Romme.
SOUBRE, préfixe qui vient de l'espagnol sobre, italien sopra, latin super, sur, et qui a ordinairement ce sens dans les composés. Cependant, dans quelques-uns, une confusion s'est faite avec sous, vieux français soubs, latin sub, et alors le préfixe signifie Sous
SOUBHEDENT s. m. (sou-bre-dan — du lat. super, et de dent). Dent qui pousse sur une autre. Il On dit aussi surdent.
SOUB
SOUBRELANGUE s. m. (sou-bre-lan-ghe — du préf. soubre, et de tangue). Pathol. Sorte d'ankyloglosse que l'on observe chez les enfants nouveau-nés, et qui consiste dans la transformation du frein de la langue en une sorte de bourrelet charnu.
j SOUBRESAUT s. m. (sou - bre - sô — du préf. soubre, et de saut). Saut brusque, inopiné, fait à contre-temps : Cheval qui fait un soubrksaut. Une voiture rude donne des soubresauts. (Acad.)
— Fig. Emotion vive et subite : Cette nouvelle m a donné un soubresaut, un violent soubresaut. Câlinât ne se laisse pas entraîner à ces soubresauts du point d'honneur, et il ne répond pas à l'aiguillon. (Ste-Beuve.) Il Action brusque et intermittente : C'est une insulte faite à l'humanité que de croire qu'elle procède par soubresauts dans sa marche vers le progrès. (J. Favre.)
— Fathol. Tressaillement brusque et involontaire, produit par la contraction instantanée des muscles : Les soubresauts sont un des prodromes du choléra.
— Art vétér. Suppression brusque et saccadée de l'inspiration ou de l'expiration, chez les chevaux poussifs.
SOUBRESAUTÉ, ÉE (sou-bre-sô-té — rad.
soubresaut) part, passé du v. Soubresauter. Qui va par soubresauts : Les orateurs militaires peuvent dire à peu près dans le langage qu'ils veulent, trivial ou correct, uni -ou soubresauté, tout ce qui leur sort de la tête, sans qu'on les rappelle à l'ordre. (Cormen.) il Inus.
SOUBRESAUTER v. n. ou intr. (sou-bresô-té — rad. soubresaut). Faire des soubresauts : Un cheval qui ne fait que soubresaut Er.
— Fig. Procéder por soubresauts, par mouvements brusques et intermittents : Un orateur qui SOUBRESAUTE.
SOUBRETTE s. f. (sou-brè-te. — L'origine de ce mot est inconnue. On l'a fait venir, sans grande apparence de vérité, de l'espagnol sobretarde, sur le tard, servante qui va, a la brune, porter les messages amoureux). Suivante de comédie : Emploi de soubrette. Rôle de soubrette. Jouer les soubrettes. , . . . Soubrette du théâtre, Elle aspire aux bravos du public idolâtre.