‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 578 sur 1059 · FURET1ÈRE · texte numérisé non relu

FURET1ÈRE

— Ivre, complètement pris de vin : Laisse là cet ivrogne; ne vois-tu pas qu'il est si soûl qu'il ne sait ce qu'il dit? (Mol.)

Quand Je suisioûi dès le matin, On m'accuse d'aimer le vin.

Et de négliger le jardin Du monastère.

Picard.

— Soûl comme une grive, Tout à fait soûl, ivre, parce que le raisin que les grives mangent avidement passe pour les étourdir au point de rendre leur vol incertain : Il y avait l'autre jour une dame qui, au lieu de dire ce qu'on dit d'une prive : Bile est soûle comme

une grive, disait que madame la présidente était sourde comme une grive : cela fit rire; (M«" de Sév.) il Etre soûl comme un âne, comme une bourrique, comme une vache, Etre complètement soûl.

— Substantiv. : Son soûl. Tout son soûl. Autant qu'on veut, autant qu'on peut, jusqu'à satiété : Manger, dormir tout son soûl. Je vous en ferai tâter votre soûl. (Mol.) Si tu veux me rendre service, je te payerai à boire, mais là tout ton soûl. (G. Sand.)

Du sang chaud, de la chair ! Allons ! faisons ripaille, Et gorgeons-nous tout noire soûl.

A. Barbier.

— Syn. SoûJ, hrre. V. IVRE.

SOULAC, village a,t commune de France (Gironde), canton de Saint- Vivien, arrond. et à 25 kilom. de Lesparre, à 85 kilom. N.-O. de Bordeaux, entre l'Océan et la rive gauche de la Gironde, au pied des dunes, près de l'embouchure de ce fleuve et en face du phare de Cordouan ; 1,165 hab. Marais salants, blés, légumes, foin. On y remarque une ancienne église destyle roman, avec une abside ogivale qui pendant longtemps a été enfouie dans les sables et qu'on a exhumée il y a un certain nombre d'années. Pendant l'été, Soulac est assez fréquenté par les baigneurs, ce qui lui a fait donner le nom de Soulac-les- Bains. Le petit portde Verdon, sur la Gironde, fait partie de la commune de Soulac, ainsi que la pointe de Grave. C'est près de la pointe de Grave, à peu de distance de Soulac, que se trouvait, presque en face du Royan actuel, Noviomagus, ancien emporium des Bituriges Vivisques et la capitale des Médules, dont l'emplacement est aujourd'hui recouvert par une partie de l'embouchure de la Gironde. Noviomagus, auquel aboutissait l'ancienne voie romaine qui , sous le nom de Lebade , conduisait de Bordeaux à la pointe du Médoc par Lesparre, Grayan, etc., était un de ces ports de refuge et de commerce si nombreux dans l'antiquité sur les côtes de l'océan Aquitanique. Du temps d'Ausone, à la fin du ive siècle, la pointe du Médoc était encore le théâtre d'un commerce actif, et la place indiquée par ce poëte abondait en denrées indigènes et étrangères.

SOULAGÉ, ÉE (sou-la-jé) part, passé du v. Soulager. Qui éprouve du soulagement : J'ai dormi une heure, et je me trouve, je me sens bien soulagé. (Acad.) La parole est une vengeance ; l'indignation gui s'exhale se sent soulagée. (Lamart.)

— Techn. Meules soulagées, Meules de moulin dont a augmenté l'écartement.

SOULAGEMENT s. m. (sou-la-je-man — rad. soulager). Etat d'une personne soulagée; diminution, adoucissement d'une charge, d'une peine, d'une souffrance : Sentir du soulagement. Donner, apporter du soulagement. Se consacrer au soulagement des malheureux. Une longue maladie semble être placée entre la vie e.t'la mort, afin que lamort même devienne un Soulagbment à ceux qui meurent et à ceux qui restent. (La Bruy.) Les fatigues du corps ont pour soulagement les exercices de l'esprit. (L. Reybaud.) Le premier cri de toute révolte est de se faire au nom d'un soulagement le plus souvent impossible. (Ste- Beuve.) Quand on a trop craint ce qui arrive, on finit par éprouver quelque soulagement lorsque cela est arrivé. (J. Joubert.) La femme ne cherche pas eu elle-même de soulagement au brisement de ses affections. (Miehon.)

Le bien que l'on fait à son frère Pour le mal que l'on souffre est un soulagement.

FJ.OR1AN.

SOULAGER v. a. ou tr. (sou-la-jé. — Ce mot ne doit pas être confondu avec le vieux français soulacier, formé de soûlas, lequel représente le latin solatium, consolation. Le mot soulager, comme le correspondant espagnol soliviar, représente un type latin suble- Bore, du préfixe sub, et du verbe levure, lever. Prend un e après le g devant un a ou un o : Je soulageai; nous soulageons). Débarrasser d'une partie de son fardeau : Soulager un portefaix trop chargé. Il faut soulager ce mulet, il ne peut plus marcher.

— Diminuer, atténuer, en parlant de la peine, du mal, de la souffrance; diminuer la peine, le mal, la souffrance de : Soulager quelqu'un dans son travail, dans ses peines. Soulager les malheureux. Ce médicament I'a

I beaucoup soulagé. Elle a fait tout ce qu'elle i a pu afin de soulager mon chagrin, ma douleur. Vivre est une maladie dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures. (Chamfort.) Une belle âme ne goûte pas déplus grand plaisir que celui de soulager tes malheureux. (Arnaud.) C'est dans le sein de Dieu seul qu'il faut épancher les douleurs que l'amitié ne peut ni comprendre ni soulager. (M* C. Fée.) L'ordre soulage la paresse, et souvent c'est par paresse que l'on vuvtque d'ordre. (Latena.) On peut soulager la misère du pauvre; celle de l'avare, jamais. (Petit-Senn.) Il ne faut point soulager le paupérisme, il faut l'anéantir. (Colins.) Les gens d'esprit appliquent une épigramme sur leurs chagrins et Soulagent leurs douleurs avec un bon mot. (L. Enault.) On ne soulage point des douleurs qu'on méprise.

Racine, On soulage son cœur en confiant sa peine.

Gp.eeset.

— Aider, diminuer l'effort, le travail de ;

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Cette poutre fatigue trop, il faut la soulager. C'est un résumé, un vade-mecum qui soulage la mémoire.

— Mar. Soulager un poids, un fardeau, Les enlever. Il Soulager un bâtiment, un mât, une voile, Diminuer l'impulsion que le vent exerce sur eux. 1! Soulager le bâtiment, le navire, Jeter à la mer une partie de sa charge.

Se soulager v. pr. Etre soulagé : Les malheureux ne se soulagent pas avec de simples paroles de commisération.

— Diminuer son mal, sa peine : En se dispensant de faire lui-même les recherches, il s'est beaucoup soulagé. Il se plaint toujours beaucoup de ses vapeurs, et je vois liien qu'il espère se soulager par quelque dispute de longue haleine. (Rac.)

Tout mortel se soulage à parler de ses maux.

A. CUtîUEE.

— Satisfaire un besoin naturel.

— Manège. Se soulager sur une jambe, Se dit d'un cheval fatigué, qui avance tantôt une jambe, tantôt une autre, pour se reposer.

— Syn. Soulager, alléger. V. ALLÉGER.

SOULAINES, bourg de France (Aube), ch.lieu de cant., arrond. et à 23 kilom. N. de Bar-sur-Aube, aux sources de la Laine ; pop. nggl., 756 hub. — pop. tôt., 805 hab. Moulins, tuileries, briqueteries. L'église paroissiale, construction du xvie siècle, est précédée d'un porche supportant une belle tour carrée. Au N.-O. de ce village, ruines d'un ancien château fort.

SOULAMÉ s. ra. (sou-la-mé). Bot. Genre d'arbrisseaux, rapporté avec doute à la famille des polygalées, et dont l'espèce type habite les Moiuques et quelques autres lies de l'Océauie : Les fruits des soulamés sont d'une amertume excessive. (A. Dupuis.) On dit aussi soulamée s. f.

— Encycl. Le soulamé, appelé aussi bouali amer, est un petit arbre ou un arbrisseau à écorce cendrée, k feuilles alternes, pétiolées, grandes, entières, molles, rapprochées au sommet des rameaux; les fleurs, très-petites, disposées en grappes courtes, axillaires ou terminales, présentent un calice très-petit, à trois divisions; une corolle k trois pétales aigus; six étamines; un ovaire libre, surmonté de deux stigmates sessiles; le fruit est une capsule comprimée, presque plane, cordiforme, échancrée au sommet, k deux loges , dont chacune renferme une graine oblongue. Cet arbrisseau croît dans l'Inde, aux Moiuques, au Port-Praslin, dans la Nouvelle-Bretagne, etc. Toutes ses parties, mais surtout sa racine, son écorce et ses fruits, sont douées d'une très-grande amertume. On l'emploie avec succès pour guérir les fièvres, rétablir les forces épuisées et s'opposer aux effets produits par les poisons.

SOULANGE-BOD1N (Etienne), agronome et horticulteur français, né à Tours en 1774, mort à Fromont (Seine-et-Oise) en 1840. 11 commença par étudier la médecine , entra ensuite dans l'administration et devint, en 1807, chef du cabinet du prince Eugène. Après la. chute de l'Empire, il tut nommé surveillant des jardins de la Malmaison, puis il fit l'acquisition du château de Promont et y établit un véritable jardin botanique, qu'il appela Institut horticole de Fromont et auquel Charles X accorda la qualification à'Inslitut royal. Cet utile établissement tomba après la révolution de 1830. Soulange-Bodin était secrétaire perpétuel de la Société royale et centrale d'agriculture, et il figure parmi les principaux fondateurs de la Société d'horticulture de Paris. Ses ouvrages les [dus importants sont : Discours sur l'importance de l'horticulture (Paris, 1826, in-so); Rapport sur le reboisement des montagnes (Paris, 1842, in- 8»).

SOCLANGE-TEISS1ER (Louis-Emmanuel SoulaNGE, dit), lithographe, né à Amiens en 1816. Il entra en 1830 chez un imprimeur de Paris, et ses premiers essais en composition typographique furent les proclamations républicaines de Juillet. Grâce a. la vivacité de son intelligence, il passa bientôt après metteur eu pages chez Pancfeoucke. Il voulut ensuite sa i'airerecevoiravocatetsemitàetudierle droit (1834); mais il quitta la jurisprudence pour la grande peinture (1839-1841). Cette dernière tentative ne fut pas heureuse, et il lui fallut se résigner à la lithographie. En peu de temps, il apprit tous les secrets de ce métier difficile, voyagea en Flandre et en Espagne, étudia consciencieusement les vieux maîtres de ces deux pays, et il aurait sans doute voué toute sa carrière à l'interprétation de leurs chefs-d'œuvre, si la cour de Madrid, en lui demandant des reproductions de portraits modernes, ne l'eût jeté dans un genre différent. Dès qu'il eut exposé quelques-unes de ses lithographies, leurélégauce, la souplesse et la vigueur de ton qu'où y remarquait attirèrent sur lui l'attention générale. De 1845 à 1855, M. Soulange-Teissier fit paraître de nombreuses reproductions qui le placèrent, à côté de Mouilleron, à la tête des lithographes modernes : Lesueur chez les chartreux, de M"« Elisa Journet; l'Entrée au couvent, de Ferdinand Houzé; le Dévouement , de Duval Le Camus; la Charité, de M. Oscar Gué; le Sacré-Cœur et le Denier de César, de Charles Razin ; le Colin-maillard, de M. Sclile-

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singer; la Retraite au désert, de M. de Lansac ; ] In-pace, de Jacquand ; la Mort de saint Pierre de Vérone et le Sauveur, de M. Lafon; la Forge, de M. Ciceri; la Bnsse-cour, de Philippe Rousseau ; le Singe artiste, Y Intérieur d'atelier, les Chenaux de trait , de Decamps; le Labourage nivernais, Ih Fenaison, Taureau et vaches, de M"b Rosa Bonheur; le Saint François d'Assise, de, Benmiville; la Malaria, de M. Hubert; le Figuier maudit, de M. Lecointe, etc. Ces lithographies rappellent les originaux avec un si rare bonheur d'interprétation, que les meilleures gravures n'en donnent pas une idée plus juste. M. Soulange-Teissier se garde bien d'appliquer un procédé plus ou moins habile, plus ou moins ingénieux, mais toujours le même, à tous les sujets possibles. Son faire est tantôt onctueux et souple, devient tantôt brutal et dur quand il le faut, ou caressant et léger si le sujet l'exige. On retrouve duns ses reproductions presque toutes les qualités de l'original, et ce mérite n'est pas commun.

Kn dehors de ces thèmes modernes, M. Soulange a lithographie : le Jeune marchand de vin et le Dessinateur, de Chardin ; le Paris et Hélène, de Prudhon. La plus grande pierre qu'il ait exécutée est, sans contredit, la Prise de la tour Malakaff, de M. Yvon (Salon de 186l). Il y avait encore de lui à ce même Salon : le Chercheur de truffes, de Decamps; Avant, de M. Yvon ; Mouton mérinos et Cheval percheron, de Mlle Rosa Bonheur; le Déhardage, de M. Tschaggeny ; à celui de 1863 : la bataille de Solférino, et le Portrait du prince impérial, de M. Yvon, et, du même peintre officiel. Après la victoire, on 1864. Au Salon de 1865, M. Soulange-Teissier exposa : Près de ia ferme, d'après Mlle Rosa Bonheur, et Attila tueur de rats, d'après Landseer; à celui de 1866 : le Portrait de Msr de Ureux-Brèzé, d'après M. J.-E. Lafon ; à celui de l86S:le Portrait de l'empereur, d'après M. Cabanel ; à celui tte 1874 : Une table de cuisine, d'après Chardin ; 'l'abreuvoir et une Lande, d'après M. A. Bonheur.

SOULANGIE s. f. (sou-lan-jî — de Soulange- Badin, botan. fr.). Bot. Genre d'arbrisseaux, de lu famille des rliamnées, formé aux dépens des phyliques.

SOÛLANT, ANTE adj. (sou-lan, an-te — rad. soûler). Qui soûle, rassasie : Un ragoût bien soûlant. One viande bien soûlante, h Vieux et bas.

SOULABD, ARDE adj. et s. (sou-lar, ar-de — rad. soûler). Ivrogne, ivrognesse : Un vieux soui.ard. Une vraie soularde. Je n'ai point pitié de lui, parce' qu'il est soûlaud et connu pour tel.

Quand on dit qu'un «ou tard sent le vin de la veille. On a tort; car il boit aussitôt qu'il s'éveille.

SOULARY (Joseph-Marie, dit Joiépiii,,),

poète français, né à Lyon en J815. Fi.s d'un négociant génois qui était venu s'établir en France, il entra à seize ans comme enfant de troupe dans le 48» de ligne et fit paraître ses premiers vers dans l' Indicateur de Bordeaux; il les signa : Soulary, grenadier. Ayant abandonné en 1836 l'état militaire, il entra dans les bureaux de la préfecture de Lyon, où il lui avait été offert un emploi modeste, et il parcourut successivement tous les degrés hiérarchiques, depuis celui de simple expéditionnaire jusqu'à celui de chef de buiôuu, position qu'il occupait encore eu

Lies 1840, M. Joséphin Soulary s'est fait connaître par de petits volumes de vers révélant un écrivain délicat, qui ne publie qu'à ses heures et ne lient même pas à se répandre en dehors d'un cercle étruit. Ses vulutnes, généralement très-soignés comme exécution typographique, n'ont été tirés qu à petit nombre et plutôt distribués à des amis que livrés au public. Cependant, après qu'il eut publié A travers champs, les Cinq cordes du luth (Lyon, 1838, in-18) et une première série des Éphémères (Lyon, 1846, in- £8), ses Sonnets humoristiques (1858, in-18) tombèrent entre les mains de J. Jauni et de Sainte-Beuve, qui firent k leur auteur une véritable notoriété. Sainte-Bpuve le proclama un des maîtres du genre, et une épltre très-élogieuse de j. Jauni se trouve en tète de la deuxième édition de ces Sonnets (1857, in-18). Nous avons consacré un article bibliographique à cet intéressant recueil, dont le célèbre imprimeur lyonnais Perrin a fait une uievveillo typographique. S'ils ne sont pas tous absolument dignes de l'épithète « admirable » dont Sainte-Beuve les a généreusement gratifiés, ces petits poSmes sont du moins cisèles avec un soin et une patience dignes d'éloge, et l'auteur a souvent rencontré d'heureuses inspirations ; il a pu souvent faire tenir tout un tnbleau dans ces cadres étroits. Dans les recueils qu'il a fait succéder à ses Sonnets humoristiques : Ephémères (2e série, 1857, in-18); Fiyulines, suivies du Jtéve de l'escarpolette (1862, m-80); Sonnets, poèmes et poésies (1864, in-8°), on remarque la même i'orrection et la même élégance, le même souci de la forme -, cependant, le succès a été moindre. Généralement, M. J. Soulary manque d'haleine; il n'atteint la perfection que dans les toutes petites pièces de vers. Lu guerre franco-allemande lui a inspiré quelques chants patriotiques, pour lesquels il est un peu sorti

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de sa manière habituelle : Joli mois de mai (1871, in-8°); le Cantique du roi Guillaume (1871, in-18); Pendant l'invasion, poëme (1871, in-8°). Ses œuvres complètes ont été réunies sous le titre d'Œuvres poétiques (Paris, Lemerre, 1872, 2 vol. in-18).

SOULAS s. m. (sou-la — lat. solalium, même sens), consolation, soulagement, il Mot trèsancien, mais qui se trouve encore dans La Fontaine :

Chaque époux, «'attachant auprès de sa moitié, Vécut en grand soûlas, en paix, en amitié.

SOULAS (Josias de), sieur de Primkfosse, dit Floridor, comédien français, né duns la Brie en 1608, mort à Paris en 1672. Son père, qui appartenait à une famille noble, s était fait catholique après avoir été ministre protestant. Josias suivit d'abord le métier des armes et fit partie des gardes-françaises. Il était enseigne lorsque, sa compagnie ayant été licenciée, il résolut de suivie Ta carrière du théâtre. Ce fut alors que Josias de Soûlas prit le nom de Floridor. Après avoir joué avec succès sur divers théâtres de province, il se rendit à Paris, fut engagé en 1646 dans la troupe du Marais et passa trois ans plus tard au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, qu'il ne quitta plus. Floridor remplit les premiers rôles avec un très-remarquable talent. Ii avait un grand air, des manières pleines de noblesse et beaucoup d'esprit. Pendant fort longtemps il fut l'orateur de sa troupe et s'acquittait à merveille de sa tâche, soit qu'il eût à s'adresser au public, soit qu'il fût chargé de complimenter quelque haut personnage au nom de ses camarades. Il était également fort aimé k la cour, dont il reçut plusieurs grâces tant pour lui que pour la troupe. Il avait épousé une comédienne, Marguerite de Vallorô, qui fit également partie de la troupe de l'hôtel de Bourgogne.

SOULAUD, AUDE adj. et s. (sou-lô, ô-de — rad. soûler). Ivrogne , ivrognesse. Il Pop. et grossier.

SOULA VIE (Jean-Louis Giraud), littérateur français, né à Largentière (Ardèohe) en 1T52, mort a Paris en 1813. Après avoir été curé en Languedoc et vicaire général du diocèse de Chalons, il adhéra aux principes de la Révolution française dès 1789 et fut un des premiers membres du clergé qui prêtèrent serment à la constitution civile du clergé. C'est lui qui rédigea et présenta à l'Assemblée nationale l'adresse des prêtres de Saint- Sulpice. Soulavie se maria à Mlle Maynaud en 1792. L'année suivante, il alla k Genève en qualité de résident français et y resta jusqu'en 1794. Après le 9 thermidor, il fut révoqué par suite d'une dénonciation faite à la Convention, ramené en France et incarcéré. Elargi en 1795, il ne s'occupa plus que de littérature. Serviable, d'un commerce facile i.t d'une bonté inaltérable, infatigable chercheur, il avait réuni des estampes, des dessins et plus de 30,000 pièces et brochures sur l'époque de la Révolution française. Toutefois, on ne peut le classer que parmi les compilateurs laborieux et patients. Parmi ses principales productions , nous citerons : Géographie de la nature (Paris, 1780, in-8°); Histoire naturelle de la France méridionale (Paris, 1780- 1783, 8 vol. in-8°); Traité de la composition et de l'étude de l'histoire (Paris, 1789, in-8°) ; Histoire de la convocation et des élections aux états généraux en 1789 (Paris, 1790, 1791, in-8°); Mémoires du maréchal de Jtichetieu (Londres et Paris, 1790-17'Jl, 9 vol. in-8°), ouvrage composé d'après des pièces , des lettres communiquées par la famille; Mémoires historiques et diplomatiques de Barthélémy (Paris, 1799, in-8<>), supplément (1800, in-8o) ; Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI (Paris, 1802, 6 vol. in-80); on y trouve des documents curieux communiqués après la prise des Tuileries par le gouvernement révolutionnaire ; Histoire de la décadence de la monarchie française et des progrès de l'autorité royale à Copenhague, Madrid, Vienne, etc. (Pans, 1803, 3 vol. in-8°, fig, et 3 gr. tableaux in-4°); Pièces inédites sur les règnes de Louis XI V et de Louis XV (Paris, 1809, 2 vol. in-8u). En collaboration avec le duc de Luynes : Mémoires historiques et anecdotiques sur la cour de France pendant la faveur de la marquise de Pompadour (Paris, an X, iii-Su). Il a édité : Œuvres complètes d'Hamilton (Paris, 1781, in-8°); Mémoires du duc de Saint-Simon (1788-1789, 7 vol. in-8°) ; Correspondance particulière du comte de Saint-Germain, ministre de la guerre (1789, iu-8°) ; Correspondance du maréchal de Jtichetieu (1789, 2 vol. in -8°); Mémoires du duc de Choisenl (1790, 2 vol. in-s°), etc.

SOULCI s. m. (soul-si). Bot. Ancien nom du souci.

SOULCIE s. f. (soul-sl). Ornith. Nom vulgaire d une espèce de moineau, devenue le type d'un genre particulier : La soulcie a les moeurs des moineaux. (Z. Gerbe.)

— Encycl. La soulcie ou moineau des bois est un peu plus grande que le moineau commun; sa longueur totale est d'environ 0m,l6. Tout le fond du plumage est d'un brun cendré, mêlé de blanchâtre sur les parties inférieures; elle a au-dessus des yeux une bande d'un blanc roussâtre accompagnée d'uno bande brune plus large qui aboutit à l'occiput; une tache d'un jaune vif sur le devant du cou, et les pennes de la queue tachées de

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blanc vers leur extrénité et sur lenrs barbes inférieures; le bec brun et les pieds couleur de chair. La femelle ne diffère pas sensiblement du mâle. Cet oiïeau appartient aux régions montagneuses du midi de l'Europe; c'est là qu'il se repraduit. Il est sédentaire dans quelques provinces. Aux approches de l'hiver, il émigré vers les contrées maritimes dont le climat est plus doux ; on l'y rencontre alors en très - grand nombre , surtout s'il tombe de la neige. Au printemps, il se répand vers le nord, et on l'a trouvé, rarement il est vrai, jusque duns les environs de Paris. La soulcie fréquente surtout les forêts. Ses mœurs sont k psu près celles des moineaux; toutefois, elle ne s-'approche guère des lieux habités; d'un naturel sauvage et méfiant, elie ne donne pas aisément dans les pièges. Elle vole souvent en bandes nombreuses et fait entendre un petit cri aigu, qu'on peut exprime r par gnée, gnée, gnée. Elle se nourrit ordinairement de graines de toute sorte; mais, <?n été, elle donne aussi la chasse aux insectes. Elle niche dans les trous naturels des arbres, notamment des arbres fruitiers; la femelle ne fait dans l'année qu'une ponte, composée de quatre à six œufs bruns piquetés de blanc. Le moineau du Canada est aussi désigné sous les noms de soulcie et de soilciet.

SOULCIET s. m. (soul-si-è — rad. soulcie). Ornith. Syu. de soi;jxie.

SOULE s. f. (sou-le — du celt. seaul, soleil). Sorte de jeu, pratiqué surtout en Bretagne.

— Art milit. anc. Sorte de massue, anciennement en usage dans les armées.

— Encycl. On appelle soûle un énorme ballon de cuir rempli de son que l'on jette en l'air et que se disputent ensuite les joueurs partagés en deux .:amps opposés. La victoire reste au parti qui a pu s'emparer de la soûle et la porter sur une autre commune que celle où le jeu a comnencé. Si nous en croyons les élymologistes , cet exercice, ou si l'on aime mieux cette* fête, car c'en est une des plus populaires dans la Bretagne, est un dernier vestige du ct.lte que les Celtes rendaient au soleil. Ce ballon rempli de son représente l'astre éclatant; jadis on le jetait en l'air comme pour le faire toucher aux rayons, et lorsqu'il retombait, on se le disputait ainsi qu'un objet sacro. C'est surtout dans le Morbihan que la sou'e continue à être en usage. Mais, comme le dit très-bien E. Souvestre, une soûle, dans le Morbihan , n'est pas un amusement ordinaire; c'est un jeu chaud et dramatique, où 1 on se bat, où l'on s'étrangle, où l'on se brise le crâne; un jeu qui permet de tuer son ennemi sans renoncer à ses Pâques, pourvu qus l'on prenne soin de la frapper comme par mégarde. La rivalité si fréquente en Bretarne de deux paroisses fournit des éléments renouvelés sans cesse à cette lutte sauvage. Le jour d'une soûle, on voit les jeunes gens aux habitudes les plus élégantes, les pères de famille ordinairement les plus paisibles se mêler aux paysans en veste de toile ou de bure pour gagner la soûle. Une fois tous )<rs soldeurs réunis, le prix déféré au vainqueur est indiqué; ensuite les deux partis se retirent à une égale distance d'un certain point où la soûle est lancée, et la lutte comme.ice aussitôt. Elle n'a lieu d'abord qu'entre les plus faibles ; les forts se tiennent à l'écart. Puis peu h peu on s'échauffe, on cr.e et le sang ne tarde pas à couler. Enfin ]e vainqueur saisit la soûle et s'enfuit, faible tient poursuivi par ses rivaux exténués. E. Souvestre raconte l'épisode suivant, qui a signalé il y a quelques années une des fêtes de la soûle. Le plus fort souleur d'alors était ui nommé François, de Pontivy ; un seul homme lui avait disputé quelque temps sa supériorité : c'était un paysan de Kergrist nom né Ivon Marker ; mais François avait fin. par lui enfoncer une côte et Ivon en était mort. Le fils d'Ivon, Pierre Marker, voulut succéder aux prétentions de son père; il ne fut pas plus heureux : François lui creva un œil à la soûle do Cléguerec et lui cassa deux dents à celle de Seglieu. Depuis ce teups, Pierre Marker avait juré de se venger. Peu après une soûle eut lieu à Stival; les dîux antagonistes s'y rendirent. François y it merveille comme toujours, mais remarqua cette fuis, non sans surprime, que Pierre ns s'attaquait plus à lui et même semblait l'éviter. Il n'en continua la lutte qu'avec plus de vigueur, et comme toujours ii finit par n'emparer de la soute, qu'il emporta triomphalement k travers champs. Mais après une ccurse d'une demi- heure, harassé de fatigue et n'entendant plus aucun bruit, le souleur St crut seul et s'arrêta pour souffler. Ici laissons la parole à E. Souve.stre : « Bientôt François se releva et recommença, k courir vers un ruisseau qui séparait la commune de. Stival de celle de Pontivy. Déjà il voyait les saules qui le bordaient, lorsqu il entendit derrière lui ce bruit mou et particulier que funt les pas d'un homme qui court les pieds nus. Il se retourna; de loin, dans l'obscurité du chemin creux, il aperçut une ombre qui s'avançait rapidement vers lui. Le vieux souleur eut peur, car il se sentait trop faible jour se détendre, et il était trop loin pour espérer du secours des siens. Il se décida à fu.r et, rassemblant ses forces, re-

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prit sa course vers le ruisseau. Mais la bruit des pas qui le poursuivaient devenait toujours plus voisin... Il fait un dernier effort, il touche aux saules, son pied est déjà duns l'eau 1 Dans ce moment un cri purt derrière lui, h son oreille, un cri qu'il reconnaît. François veut traverser d'un bond le court espace qui lui reste a franchir; mais, épuisé, il retombe lourdement sur les pierres aiguës qui forment le lit de la rivière. En revenant a lui, il sent un genou sur sa poitrine et la figure de Pierre est contre la sienne, avec son œil borgne et sa bouche sans dents qui sourit d'une manière horrible. Par un mouvement instinctif, François étend la main vers la rive gauche, car cette rive c'est la commune de Pontivy, et s'il la touche il est sauvé. Mais le paysan a saisi cette main de son poignet de fer. «Tu os en Stival, bour- » geois, dit-il, j'ai droit sur toi. — Lâche-moi, • chouan, crie l'ouvrier. — Donne-moi la » soute. — La voilà, làche-inoi à présent. — ■ Tu me dois encore quelque chose, bour- » geois. — Quoi donc? — Ton œil, • hurla Pierre. Et son poing s'abattit fermé sur l'œil gauche île François et le fit jaillir de son orbite. « Laisse-moi, assassin! criait celui-ci. « — Tu nie dois encore tes dents, bourgeois I » Et les dents d'i Pontivien lui tombèrent brisées dans la forge. Mais ce ne fut pas tout . saisissant sous son bras la tête de son ennemi, Pierre, comme pris de folie furieuse, se mit à la lui marteler à coups de sabot. Lo lendemain, on trouva François ne donnant plus signe de vie, gisant dans le ruisseau. Il ressuscita cependant; mais, forcé de subir l'opération du trépan, il demeura borgne et idiot. Quant à Pierre, traduit en cour d'assises, il se borna à répondre pour toute défense : que François était en Stival quand il l'avait rencontré et que c'était comme ça qu'on jouait à la soûle. Il fut acquitté; mais les soûles furent défendues pendant quelques années. Elles ont repris depuis, tant les usages bretons sont invétérés et difficiles ù détruire. Il serait cependant a souhaiter que l'autorité eût un peu moins de respect pour des usages qui causent souvent la mort ou tout au moins l'infirmité irrémédiable d'un grand nombre. La lutte sourde du paysan contre l'homme des villes trouve dans les toutes un théâtre qu'il serait bon peut-être de supprimer. »

SOULE (la), eu latin Subola, petit pays de l'ancienne France, dans la ci-devant province de Guyenne (pays basque), compris entre la Béarn à l'E., la Navarre française k l'O. et la Navarre espagnole au S. Le chef-lieu était Mauléon. Ce pays, jadis titre d'une vicomte qui fut réunie k la couronne pur Philippe le Bel en 1306, fait aujourd'hui partie du département des Basses-Pyrénées.

SOÛLÉ, ÉE (sou-lé) part, passé du v. Soûler. Rassasié k l'excès. Il Ivre : Soûxk par quelques verres de vin.

SOULE (Pierre), homme politique américain, né en France vers 1800, mort en avril 1870. Il étudia le droit h Paris, où il se fit inscrire comme avocat, puis se lança dans le journalisme et collabora au Nain, journal satirique fondé par Barthélémy et Mé.y. Un d> ses articles lui ayant attiré en 1824 une condamnation k 10,000 francs, Soulé quitta la France et se rendit aux Etats-Unis. 11 s'établit k La Nouvellc-Urluans, où, après avoir mené une existence des plus précaires et appris la langue du pays, il se mit à exercer la profession d'avocat. En peu de temps il acquit une vaste clientèle et une grande réputation, se fit naturaliser Américain et fut élu sénateur au congres de Washington en 1847 et 1849. Soulé s'y fit remarquer par son esprit entreprenant, audacieux, et manifesta hautement ses sympathies pour les tentatives faites par le général Lopez pour soustraire Cuba k la domination espagnole. Les armements faits par ce général aux Etats- Unis suscitèrent de vives réclamations de la part du gouvernement espagnol. Les relations di plomatiques entre les cabinets de Madrid et de Washington étaient des plus tendues, lorsque Soulé fut envoyé k Madrid eu qualité d'ambassadeur (1853). Ce choix était médiocrement heureux. Peu après son arrivée en Espagne, Soûle eut une vive discussion avec M. Turgot, ambassadeur de France, le provoqua en duel et le blessa grièvement. S'étant lié avec les membres de l'opposition libérale, il favorisa le mouvement insurrectionnel du 28 août 1854, puis adressa au nom de son gouvernement au cabinet espagnol un ultimatum dans lequel il outre-passait les instructions qu'il avait reçues et qui lui valut un désaveu. Peu après, ayant voulu se rendre k ustende, où les ambassadeurs américains en Europe devaient avoir une conférence, il ne put obtenir un passe-port du gouvernement français pour traverser la France. A la suite de lu conférence d'Ostende, Soulé donna sa démission d'ambassadeur, retourna aux Etats-Unis et reprit sa profession d'avocat. Lors de la guerre de la sécession, il sa rangea parmi les partisans de l'esclavage et fut chargé par Jefferson Davis d'une mission en Europe, ayant pour objet de faire reconnaître aux Etats du Sud révoltés la condition de belligérants. Arrêté à son retour par le général Butler, il fut interné dansleNor.l. Après la guerre civile, Soulé retourna k la Nouvelle-Orléans et y passa les dernières années de sa vie sans faire parler de lui.

SOUL

SOÛLER v. a. ou tr. (sou-lé — rad. soûl. On écrivait autrefois saouler). Rassasier avec excès, gorger : // aime le gibier, le poisson; on l'en a soûlé. (Acad.)

Nous y trouvons en abondance De quoi soûler nos appétits.

— Enivrer : Ils se sont fait un plaisir de le soûler. Il est tellement usé, qu'il ne faut plus que deux verres de vin pour le soûler.

— Par ext. Satisfaire jusqu'à satiété : Au lieu de pousser les peuples dans la voie des fédérations, on les soûle d'utopies gigantesques. (lJroudh.)

— Absol. :

Même beauté*, tant soit exquise, Rassasie et soûle à la fin.

La Fontaine.

Se soûler v. pr. Se rassasier, se gorger : Sk soûler de viande, de poisson, de pâtisserie. La belette se plait à répandre le sang, dont elle se soûlk. (Buff.)

— S'enivrer : C'est un misérable qui se boule au lieu de travailler. Cette femme se soûlk tous les jours.

— Se gorger, en parlant de certaines satisfactions : Se soûler de plaisirs, de voluptés.

SOULERIE s, f. (sou-le-rî — rad. soûler). Partie de plaisir où l'on s'enivre à force de boire.

SOCLES (François), littérateur français, né à Boulogne-sur-Mer en 1748, mort à Paris en 1809. Ses études terminées, il passa en Angleterre, où il vécut douze ans pour se familiariser avec la langue et la littérature du pays, puis revint s'établir à Paris et écrivit des traductions qui le tirent connalire assez avantageusement. Bien qu'il fût sympathique à la Révolution, il ne se mêla nullement aux luttes de la politique. Il menait sans doute une existence assez précaire, car il reçut de la Convention un secours de 1,500 livres (avril 1195). Ses principaux ouvrages sont : A JVeio Grammar of tbe frencà language (Londres, 1784, in-8°); Histoire des trouâtes de l'Amérique anglaise (Paris, 1787, i vol. in-8°, avec carte*); l'Indépendant, nouvelle (Paris, 178S, in-8<>); Adonia ou les Dangers du sentiment (Paris, 1801, 4 vol. in-12, fig.). Parmi ses traductions, on cite : Exposition des intérêts des Anglais dans l'Inde (1787, in-8<>), de Fullarton; les Droits de l'homme (1791, in-8»), de Thomas Payne; Voyage en France (1793-1794, 3 vol. in-8°), de Young ; Voyage en Afrique par Hornemann (1802, in-8°). Soulès a participé ii !a traduction de Gibbon et eoUaboré à la géographie de Guthrie.

SOULEUR f. m. (sou-leur — corrupt. de douleur). Frayeur subite, saisissement; Vous lui avez cause bien des souleurs. (Acad.) il Vieux et peu usité.

SOULEVANT, ANTE adj. (sou-le-van, ante — rad. soulever). Qui soulève, qui aide à soulever : La force soulevants.

— Pompe aspirante soulevante, Celle où l'eau aspirée dans le corps de pompe passe uu-dessus du piston qui la soulève.

SOULEVÉ, ÉE (sou-le-vé) part, passé du v. Soulever. Elevé à une petite hauteur : Meuble SOULBVB avec peine. Il Agité violemment : La mer, soulevée par te vent, grossissait à chaque instant. (3. de St-P.)

— Par ext. En état d'insurrection, de révolte : Les Gaulois mêmes, soulevés contre lui par la violation de leurs temples, accouraient de toutes parts et réparaient les pertes des Cimbres. (Anquet.) La terre soulevée pouvait-elle lui paraître une barrière contre une ambition qu'il croyait inspirée par le ciel et gravée par te destin? (De Ségur.)

— Fig. Excité, exaspéré : Quand l'orgueil de l'homme est soulevé, il devient impitoyable. (Chateaub-) Mobespierre et Saint-Just ont assumé sur leurs têtes toutes les haines soulevées par la 'l'erreur. (Taxile Delord.)

SOULÈVEMENT s. m. (sou-lè-ve-man — rad. soulever). Action par laquelle une chose se soulevé ; état d'une chose soulevée : Le

SOULEVEMENT des flOtS,

— Par ext. Mouvement d'indignation ; Ces paroles causèrent dans l'assemblée un soulèvement général contre lui. (Acad.)

— Commencement de révolte : Le soulèvement d'une province , d'une ville. Apaiser, réprimer un soulèvement. Les soulèvements sont aussi impunis que les erreurs, dans les Etats où ta multitude gouverne. (Mass.) Je promets le soulèvement à telle ou telle heure donnée. (Nép. Lemercier.) Dans l'ordre politique, les maux physiques causent les soulèvements, et les souffrances morales font les révolutions. (Chateaub.) Mirabeau parle, et tout le génie du soulèvement populaire anime ses paroles. (Villem.) L'Autriche, effrayée du soulèvement général qui venait fomenter la révolte jusque dans ses entrailles, fit entendre des paroles de paix. (0e Bazancourt.)

—Soulèvement de cœur,Mii\ d'estomac causé par le dégoût, la satiété; nausées.

— Géol. Action qui a soulevé les montagnes, exhaussé les plaines, modifié le niveau des couches du sol formées par dépôts et alluvions.

— Métall. Opération de l'affinage du fer, uui consiste k soulever avec le ringard la

masse ferreuse au - dessus du niveau de la tuyère, pour en exposer les différentes parties à l'action décarburanle du vent.

— Syû. Soulèvement, émeute, insurrection, etc. V. ÉMEUTE.

— Encycl. Géol. Soulèvement des montagnes. Ce phénomène, qui a été le sujet de nombreuses discussions entre les géologues, est lié intimement, d'après Elie de Beauinont, aux mêmes causes que les tremblements de terre. Cette explication n'est pas adoptée par tous les savants, mais elle fait comprendre une quantité de faits qui sans elle resteraient encore inexpliqués. L'un de ces faits est la présence de coquillages marins suc le sommet des plus hautes montagnes. Cette présence est une preuve non équivoque de celle de la mer. Et comment croire que la mer ait couvert des montagnes de 3,000 à 4,000 mètres de hauteur ? Quelle masse d'eau n'aurait-il pas fallu pour que toute la terre en fût entourée et couverte jusqu'à une pareille élévation? N'est-il pas certain, au contraire, que jamais la masse d'eau nécessaire à l'engloutissement du sommet de ces montagnes n'a existé sur la terre? La présence des coquillages sur le sommet des montagnes resterait donc inexplicable, si l'on n'admettait-que le sol des montagnes, au lieu d'être primitivement plus élevé que la mer, était autrefois plus bas et qu'il s'est soulevé depuis avec les débris d'animaux qui s'y trouvaient déposés.

Un autre phénomène qui n'a pas moins exercé la sagacité des géologues est la disposition diverse des couches dont se composent les terrains stratifiés. Toutes ces couches, ayant été formées par voie de dépôt au milieu des eaux, devraient offrir une disposition horizontale, et cependantcellesquiavoisinent les montagnes suivent l'inclinaison de leurs flancs et s'y dressent quelquefois jusqu'à prendre une direction presque verticale.

Ce phénomène s'explique encore avec une grande facilité si l'on suppose que les montagnes sont sorties de terre après la formation de ces couches et les ont soulevées avec elles. Or, c'est la conséquence presque nécessaire de la théorie des volcans que, lorsque la vapeur d'eau et les gaz formés sous la croûte solide du globe ne sont pas assez forts pour la déchirer, ils doivent se borner à la soulever k la manière d'une ampoule, et cette conséquence est vérifiée par tous les soulèvements de terrain qui ont été observés dans les temps modernes. « Dans la nuit du 28 au 29septembre 1759, dit deHumboldt, à qui nous empruntons cette relation, un terrain de 3 à 4 milles carrés, situé dans l'intendance de Yalladolid, au Mexique, se souleva en forme de vessie. On reconnaît encore aujourd'hui, par les couches fracturées, les limites du soulèvement. Sur ces limites, l'élévation du terrain sur son niveau primitif n'est que de 12 mètres; mais,vers le centre de l'espace soulevé, l'exhaussement total n'était pas moindre de 160 mètres. Ce phénomène avait été précédé de tremblements de terre qui durèrent plus de deux mois; et quand la catastrophe arriva, elle fut annoncée par un horrible fracas souterrain, qui eut lieu au moment où le sol se souleva. Des milliers de petits cônes brûlants de 2 à 3 mètres, que les indigènes nomment fours, sortirent Sur tous les points- Enfin, le long d'une crevasse dirigée du N.-N.-E. au S.-S.-O., il se forma subitement de grandes buttes hautes de 400 à 500 mètres, et dont une est un véritable volcan, noimné le Jorullo. >

On voit que les phénomènes volcaniques les mieux caractérisés ont accompagné le soulèvement du Jorullo ; mais ils en ont amoindri 1 effet, car, si toutes les ouvertures qui agissaient comme soupapes de sûreté ne se fussent pas formées, si le terrain eût mieux résisté, la plaine de Jorullo, au lieu d'atteindre une hauteur de 160 mètres, se serait peut-être élevée à la hauteur des Cordillères. On pourrail citer beaucoup d'autres exemples de soulèvements de la croûte solide du globe; mais nous nous bornerons au fait suivant, qui montre directement que le fond de la mer peut s'élever au-dessus de l'eau, en soulevant avec lui les coquillages et les couches qui le composent.

Le 18 et le 22 mai 1707, de légères secousses de tremblement de terre eurent lieu à Santorin, l'une des lies de l'archipel grec. Le

23, au lever du soleil, on aperçoit, à une certaine distance sur l'eau, un objet que l'on prend pour un vaisseau naufragé; on se rend sur les lieux et on trouve qu'un rocher est sorti de l'eau. La mer -avait auparavant à cet endroit de 80 à 100 brasses de profondeur, l.e

24, beaucoup de personnes visitèrent l'île nouvelle et ramassèrent des huîtres qui n'avaient pas cessé d'y adhérer. L'Ile montait à vue d'œi). Du 24 mai au 13 ou 14 juin, l'île augmenta graduellement- en étendue et en élévation, sans secousse et sans bruit; mais le 15 juin, l'eau qui l'entourait était presque bouillante, et le 16, le 17 et le 18, des rochers noirs sortirent de la mer. Le 17, ces rochers acquirent une hauteur considérable et le 18, il s'en éleva de la fumée et l'on entendit de torts mugissements souterrains ; le 19, toutes les roches noires formèrent une île continue distincte de la première qui avait paru, et pendant plus d'un an il en sortit des flammes, des colonnes de cendres et des pierres incandescentes. A cette époque, l'île Noire avait acquis 5 milles de tour et plus de 60 mètres d'é-

lévation. On voit par cet exemple, qui s'est presque renouvelé il y a quelques années par l'apparition éphémère d'une île entre Malte et la Sicile, que le fond de la mer peut être soulevé et peut former des montagnes dont les coquillages attestent l'origine sous-marine. Mais Klie de Beaumont est allé plus loin; car, tenant^ompte des couches de terrain relevées par les montagnes qui les ont traversées, et de celles qui plus tard s'y sont déposées horizontalement, il est parvenu à établir l'âge relatif d'un assez grand nombre de chaînes de montagnes.

Par exemple, en examinant les terrains qui avoisinent les montagnes de la Saxe et celles de la Côte-d'Qr et du Forez en France, on trouve que les terrains tertiaires, la craie et le grès vert, qui forment les dernières couches des terrains secondaires, se prolongent en lignes horizontales jusqu'aux flânes des collines , mais que le calcaire jurassique et toutes les formations autérieures sont relevées, l.a conséquence inévitable de cette observation, c'est que J'Erzgeliirge de Saxe, la Côte-d'Or et le mont Pila du Forez sont sortis de terre après la formation du calcaire jurassique et avant celte du grès vert et de la craie. Pareillement, sur les pentes des Pyrénées et des Apennins, outre le calcaire jurassique, le grès vert et la craie se trouvent relevés, tandis que les terrains tertiaires et le terrain d'alluvion ont conservé leur horizontalité primit.ve. Il faut en conclure que la montagne des Pyrénées et les Apennins sont plus modernes que le calcaire du Jura, et que le grès vert et la craie qu'ils ont relevés sont plus anciens que les terrains tertiaires et d'alluvion.

Les Alpes occidentales, qui comprennent le mont Blanc, ont soulevé, do même que les Pyrénées, le calcaire du Jura et le grès vert, et de plus ie terrain tertiaire. Le seul terrain de transport et d'alluvion est horizontal dans le voisinage de ces montagnes. D'après cela, la date de la sortie du mont Blanc doit être placée entre l'époque de la formation du terrain tertiaire et de celui d'alluvion.

Soulèvement de l'Espagne (HISTOIRE Du) [Historia det levamiento, yuerra y revolucion de Espana], par le comte de Toreno. C'est l'histoire de celte fameuse guerre d'Espagne ( 1807- 1814), qui fut le premier revers de Nupoléon, écrite par un des hommes d'Etat les plus considérables de la Péninsule, D.Gueypo de Llano, comte de Toreno. C'est un des plus beaux monuments historiques de l'Espagne contemporaine. On conçoit aisément que les récits de cette époque, douloureuse pour nous, fassent tressaillir violemment, de l'autre côté des Pyrénées, les fibres patriotiques ; aussi l'œuvre du comte de Toreno eut-elle un grand et légitime succès. Nous ne devons pas nous attendre à beaucoup de ménagements de la part d'un écrivain qui avait vu sa patrie envahie par les années impériales, déchirée, livrée au pillage par les soldats de celui qui tenait la France sou3 un joug despotique. Jeune encore (l'historien avait trente ans en 1807), il avait pu suivre toutes les phases de cette lutte terrible, mais il fait rarement appel à ses souvenirs personnels. Ses vues sont plus élevées, son cadre plus large. C'est l'ensemble tout entier de celte grande guerre qu'il envisage, dans sa profusion infinie de détails; car â peine Napoléon avait-il établi à Madrid une ombre de gouvernement central que chaque province, chaque ville, chaque hameau se soulève et qu'il faut suivre, outre les phases changeantes de ce précaire gouvernement, les mouvements et les manœuvres de quatre corps d'armée disséminés dans un pays qui partout se soulève. Les faits importants, les grandes lignes de l'histoire se trouvent ainsi comme noyés dans la multitude des faits partiels. C'était la grande difficulté qu'offrait ce récit k l'écrivain, et te comte de Toreno l'a résolue avec bonheur. Les mouvements des corps d'armée, les changements politiques et territor.aux, les remaniements continuels d'administration dans ce pays où rien ne marchait au gré de Napoléon, sont suivis avec une rare exactitude. Et cependant l'œil ne se perd pas dans le fourmillement des détails ; l'intérêt ne s'amoindiit pas à quitter les camps, les sièges, lesopérations militaires pour assister aux délibérations des cortè-S aux résolutions des juntes, aux trahisons, aux lâchetés, aux intriguesde toutes sortes. Cette histoire est loin d'être une œuvre de parti, une reuvre passionnée ; cependant il est certain que bien des faits ont besoin d'être contrôlés. L'auteur est impartial autant qu'il le peut , mais cette guerre était si odieuse ! Les plus belles pages sont consacrées aux deux sièges de Saragosse qui, au rapport de Toreno, coûtèrent la vie k 53,000 hommes, et à la bataille de Baylen, suivie de cette fameuse capitulation qtii fut pour nou3 une humiliation si grande, mais si méritée.

Un critique espagnol, M. de Cueto, apprécie en ces termes cette Histoire du soulèvement et les mérites littéraires de son auteur : « Le comte de Toreno, dit-il, appartenait à ce petit nombre d'écrivains qui savent contenir leur imagination dans les limites de l'exactitude, lui subordonnant la forme et le coloris. Parfais et particulièrement dans les peintures et les descriptions, il élève le ton jusqu'à la poésie, mais il le fait toujours avec sobriété et jamais au mépris de la vérité historique. L'œuvre qui nous occupe se distingue surtout

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par l'ordre et la clarté, mérites qui, après l'exactitude, sont les points essentiels de l'histoire. En cela personne ne surpasse Toreno. Non-seulement il se place au rang des plus exercés b. vérifier les faits, mais il les dispose et les enchaîne d'une manière supérieure. Tout éloge serait inférieur au mérite que suppose la persévérante constance qu'il a déployée dans l'investigation de tant de faits de détail, dans la régularité et la cohésion qu'il a su donner à tant d'affaires partielles, militaires et politiques, suscitées simultanément dans les différentes provinces de l'Espagne. » Le comte de Toreno excelle dans les descriptions rapides et les portraits. On a de lui en ce genre des pages excellentes. On lui reproche seulement, au point de vue de la langue, d'aimer trop l'archaïsme, le vieux mot; mais c'est à peine un défaut en Espagne, où la vieille langue, si riche et si colorée, est bien supérieure à l'idiome moderne rajeuni. De3 appendices fort curieux renferment toutes les notes diplomatiques, les conventions, les traités, outre des lettres et des rapports des

fènèraux français. Les plus singuliers de ces oenments sont les états d'objets enlevés où pillés dans les palais et dans les églises, ou offerts en cadeau aux généraux français par les villes reconnaissantes ; les diamants, les joyaux des reines et des madones, les tableaux de prix passent entre nos mains après chaque siège, chaque reddition de ville, en même femps que les archives politiques de Simancas. Il est juste d'ajouter que le plus grand nombre des objets de valeur a été rendu à l'Espagne en 1814.

La Historia del levamiento de Espana a été réimprimée à Paris par Baudry ( 1842, 3 vol. in-8°), avec une judicieuse étude de M. Augustin de Cueto.

SOULEVER v. a. ou tr. (sou-le-vé — du lat. sublevare, qui est lui-même formé du préfixe sub et du verbe levare, lever, et qui signifie proprement relever, exhausser, puis soutenir, consoler, relever au inoral. Le sens ligure du verbe français exciter, faire surgir, n'appartenait pas encore au primitif latin; d'un autre côté, l'acception métaphorique de soutenir, consoler est passée à la forme subleviare, d'où soulager. L'e muet du radical sa change en è ouvert toutes les fois que la terminaison commence par un e muet : Je soulève ; je soulèverai ; je soulèverais, etc.). Lever quelque chose à une petite hauteur ; Soclever un fardeau. Soulever un malade dans son lit. SoulevisZ-/uï la tête. (Acad.). L'imaginaiion de quelques hommes est comme un levier avec lequel ils voudraient soulever te monde. (M"".- de Staël.) 77 faut toujours proportionner le moyen à la chose et ne pas prendre un levier pour soulever une paille. (Chateaub.)

Il soulevait encor sa main appesantie.

Racine.

— Agiter, chasser, faire voler: La tempête soulève les vagues. Lèvent soulève la poussière. Neptune souleva les flots jusqu'au ciel. (Fén.)

— Lever une chose qui en cache une autre : Soulever le voile qui couvre la figure d'une femme. Soulever le rideau tiré sur un tableau. De temps en temps, il soulevait la tapisserie. (Alex. Dumas.) Le squelette de la Mort soulève une pierre sépulcrale et se uionlre armé de la faux traditionnelle. (Th. Gaut.) Il Relever, découvrir : Elle souleva sa paupière appesantie. Il souleva un œil très-vif, quoique fatigué par des rides nombreuses. (G. Sand.)

— Par ext. Inciter, pousser à la rébellion, à la révolte : Soulever un peuple. Soulever un pays, une province. Nous soulèverions

.demain le peuple si nous voulions. (Cal de Retz.) Depuis trois quarts de siècle, deux mots puissants, liberté, égalité, sont le ferment qui soulève et fait bouillonner notre société française, je pourrais dire toute la société européenne. (Guizot.) Ce n'est pas avec une idée qu'on soulève les hommes, c'est avec un sentiment. (H. Taine.) ..

— Fig. Percer, pénétrer, déchirer : Comment soulever le voile qui nous cache l'avenir? (Acad.) Le silence est le linceul du passe; il est quelquefois impie, souvent dangereux de le soulever. (Lamurt.) H est des mystères qui ne soulèvent pas en un jour tous leurs voiles. (IL Rigault.)

— Elever : L'homme que rien ne soulève au dessus de lui-même est serf par nature. (Lunienn.)

— Provoquer, exciter : On n'iq>aise pas les passions comme on tes soulève (Chateaub.) Il est rare qu'une œuvre d'art soulève quelque animosité sans exciter d'autre part quelque sympathie. (G. Sand.) Aucun principe nouveau n apparaît dans le monde sans soulever de nombreuses récriminations. (IL Castille.) Autant la musique est propre à soulever les passions, autant elle l'est peu à éveiller les idées. (Vacherot).

Modérez les transports qui soulèvent vos sens. Nép. Lkjlikrcier.

Je conçois que les vers soulèvent vos mépris.

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