‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 584 sur 1059 · DOUTER · texte numérisé non relu

DOUTER

SOUPÇONNEUR, EUSE s. (sou-pso-neur, eu-isa — rad. soupçonner). Celui, celle qui • soupçonne.

SOUPÇONNEUSEMENT adv. (sou-pso-neuze-man — raJ, soupçonneux). D'une manière soupçonneuse.

SOUPÇONNEUX, EUSE adj. (sou-pso-neu, eu-ze — rad. soupçonner). Qui soupçonne aisément , qui est enclin à concevoir des soupçons : Homme soupçonneux, d'un caractère soupçonneux. Je n'ai jamais connu de femme plus soupçonneuse. Sans craindre ?ù

SOUP

les envieux ni les défiances d'un mimslre soupçonneux, M. Le Teltier allait d'un pas intrépide où la raison d'Etal le conduisait. (Boss.) Je le connais pour Hrc d'une humeur soupçonneuse, difficile et peu complaisante. (Brueys.) Un peuple libre <!st toujours frés,souPçoNneux. (Dumouriez.)ies hommes d'esprit se méfient de tout et de tous; ils sont les gens les plus soupçonneux du monde. (Boiste.) Le moindre bruit éve.ille un mari soupçonneux.

La Fontaine.

Le biquet soupçonneux par la fente regarde.

La Fontaine.

Quiconque est soupçcnneux invite & le trahir.

Voltaire.

. . . Il fait au conseil courir les sénateurs, D'un tyran soupçonneux pâles adulateurs.

Boileau.

Oh bon! quelle folie étes-vous de ces gens Soupçonneux , ombiageux? Croyez-vous aux mé-

(chants?

Gresset.

— Manège. Se dit d'un cheval timide, craintif : Cheval soupçsnneux.

— Substantiv. : Le soupçonneux est capable de tout le mal qu'il redoute d'aulrui. (Boiste.)

SOUPE s. f. (sou-pe. — Pour l'étymol., v. l'encycl.). Aliment composé de bouillon et de tranches de pain, et qu'on sert au commencement du repas : Soupe grasse. Soupe maigre. Soupe aux choux, aux navets. Soupe aux herbes. Soupe au potiron. Tremper la soupe. Servir la soupe. Manger de la soupe. Don- ' nez-moi une assiet.'ée de SOcpe. Distribuer des soupes aux pauvres. La soupe à ta tortue est très- succulente et très-recherchée. Ma femme, avec un peu de lai d, fait une soupe aux cfioux dont le roi mangerait. (MannoiH.) Les Anglais riches ne connaissant sur leur table ni soupe ni bouilli. (Nérat.) Il y a ce fait simple que l'enfant, lepaysah, le soldat, l'ouvrier vivent presque exclusivement de soupe. (De Cussy.) Le peuple gui a ii venté la soupe à la tortue et la blanquette d? veau aux confitures est capable de tout, floussenel.) Les Busses font des soupes au v naigre sucré. (De (Justine.) Le prélat voit la soupe et, plein d'un saint respect, Demeure quelque temps muet a cet aspect.

Boileau.

Je vis de bonne soucie et non de beau langage ; Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage.

MOLIȌ.

A la maison ils arrivèrent, OU tete-a-tete ils se gavèrent D'une très-ample soupe aux choux, Ce que Henri trouva bien doux.

tflemiaie travestie.)

— Soupe uu UU, Soupe dans laquelle le iait a remplacé h bouillon.

— Soupe au fremage, Soupe dans laquelle on a mis du fromage râpé ou coupé en menus morceaux.

— Soupe à la Rumforl, soupe économique, Soupe aux légumes secs et très-nourrissante, dont le comte de Rumfort lit usage le premier, pour ulimeiuer les indigents.

— Soupe au vin, soupe de perroquet ou à perroquet, Trauc.ies de pain trempées dans du vin.

— Soupe de Pa 'estine, Soupe faite avec des topinambours, que les Anglais appellent Jérusalem ariicholcts, artichauts de Jérusalem.

— l'ailler la soupe, Couper du pain par tranches pour le mettre dans le bouillon.

— Tremper la soupe, Verser le bouillon sur les tranches de pain, et, populairem., Tremper une soupe à quelqu'un, Le battre, le rosser : Je lui m tei:mpé .une soupe dont il se souviendra longtemps.

— Loc. fam. Dis la soupe, Dès le commencement du repa;;. u Venez manger la soupe avec moi, venez manger ma soupe, Venez dîner chez moi. Il 5a scupe est bien maigre, Il fait bien maigre chère, il Quelqu'un lui a mangé sa soupe, lui a man /s te dessus de sa soupe, 11 est de fort mau\aise humeur.

— Loc. provetb. Ivre comme une soupe, Tout à fait ivre, l Trempé, mouillé comme une soupe, Très-moui lé. Il S'emporter comme une soupe au lait, S'abandonner facilement k la colère, par allusion au lait qui monte rapidement lorsqu'il buut. Il La soupe fait le soldat, Une nourriture simple, mais abondante, fait supporter plus aiiséuient les fatigues. I) Il faut mesurer sa soupe à sa bouche, 11 faut régler sa dépense sur ion revenu, u C'est la soupe de saint Bernard, dont le diable a emporté ta graisse, S'est dit d'une soupe où la graisse, où le beurre étaLt épargné. On dit dans le même sens : C'est la soupe de la Vierge Marie, on se mire dedan.; du quatrième étage.

— Techn. Sorte de rouleau que l'on confectionne en roui int à la main du tabac frisé dans une demi-ftuille de chou.

— Art vétér. Préparation faite avec le pain ordinaire ou le pain médicamenteux, et destinée aux animaux.

— Adjectiv. Scupe de lait, Se dit d'une couleur blanche tirant sur l'isabelle : Un cheval soupe ce lait. Il Au pi. ; Des chevaux, des juments soupe de lait.

— Encycl. Linguist. S'il n'est pas sûr que les Aryas aient connu l'usage du pain proprement dit, il <<st certain, par contre, a ce que nous apprei d Pictet, qu'ils ont été des mangeurs de soupe, car l'accord de plusieurs

SOUP

termes est ici remarquable. Notro français soupe, quelle que soit sa source prochaine, est un mot vénérable par son antiquité, car il correspond exactement au sanscrit iàpa, potage, bouillon, sauce, et aussi cuisinier, comme sûpnkâra, littéralement faiseur de soupes. La racine est su, exprimer du suc, d'où dérivent également sava, suc, eau, «6hishava, abhishuta, bouillie aigre de gruau, et le nom du sôma, la liqueur sacrée. Les corrélatifs européens sont les suivants : anglo-saxon sop, Scandinave sûp, sûpa, saitp, soppa, jus, bouillon, avec le p primitif inaltéré, mais changé régulièrement en /'dans l'ancien allemand suf, sauf, su/il; armoricain souben, soupe, soub, infusion, soubil, sauce, souba, tremper; cymrique seai, jus de viande, bouillon ; russe supu, polonais supa, lithuanien suppa ; les langues classiques n'en offrent pas de trace. Un second terme non moins bien conservé est le sanscrit yû,yûsha, potage, soupe, soupe uux pois, de la racine yu, mêler ; lutin jus, jusculum, bouillon ; ancien slave ûccha, etc. Pictet signale aussi le sanscrit ras/Uâ, rasikâ, lait caillé au sucre et aux épiées, rasulca, viande bouillie, lâsa, soupe aux pois claire, de même origine que rasa, jus, saveur, nourriture, et resté dans le lithuanien rasala, rasalas, saumure, russe rosotu, polonais rosol, saumure, bouillon; ie sanscrit kashâya, décoction en général, comme adjectif astringent au goût, venu de la raciue hash, être âpre, astringent, et resté dans le persan kashk, soupe épaisse de farine, viande et lait de brebis, préparation de lait de beurre, lait aigre séché ; kashkû, potage de gruau d'orge, kaslikin, froment macéré dausl'oxygale, etc., arménien kashu, bouillon, russe kasha, gruau cuit, kashitsa, soupe, kashevaru, cuisinier, polonais kasza, kaszanat, marinade, bohémien kasse, bouillie, lithuanien kosze, gruau, koszenybe, pot pourri de viandes j comparez le russe kiseli, bouillie aigre, lithuanien kiselus, bouillie d'avoine, et entin le persan shôrbd, shùrwù, soupe, bouillon, kourde siorba, soupe, bouillon, lutin sorbitio, sorbiiium, bouillon, etc. V. sorbet.

— Art culin. A nos mots potage et potau-feu, nous avons longuement parlé des différentes manières d'obtenir la soupe. Ayant déjà donné de grands développements à celte partie importante de l'art culinaire, nous ne nous occuperons ici que de quelques soupes dont nous n'avons pu parler précédemment.

— Soupe au vin.

La saupe au vin ou soupe au perroquet Blanchit nos dents, éclairait notre vue, Remplit le vide et le plein diminue.

Donne à l'esprit plus d'un bon trait.

Telle est l'opinion de l'Ecole de Salerne : la soupe au vin a des qualités dentifrices, stomachiques et bien d'autres encore.

Cette soupe était connue au moyen âge et l'histoire de nus ancêtres nous apprend que l'un des vœux les plus pénibles que pût faire un chevalier était de jurer de ne plus muuger de soupe au vin jusqu'à ce qu'il eût tiré vengeance d'une offense qu'il avait reçue. Celte soupe, qui a bien perdu de sa réputation et qui, du reste, a quelque chose de répugnant, s'obtient en faisant rôtir des tranches ne pain et en versant dessus, dans un grand plat, un peu d'eau bouillante et du vin froid o.i chaud ; ce vin était autrefois relevé de plantes aromatiques ; aujourd'hui, on se contente de faire dissoudre du sucre dans l'eau bouillante.

— Soupe aux choux. Cette soupe est de toutes les saisons; elle se fait ordinairement avec un petit chou frisé, débarrassé de ses feuilles dures, coupé en quatre, lavé à grande eau. blanchi dix minutes à l'eau bouillante; on le fait ensuite dégorger une heure a l'eau froide. On presse le chou pour en extraire l'eau et on assaisonne chaque morceau d'une pincée de sel et d'une prise de poivre; on les met dans une marmite avec un bouquet garni, des carottes, des oignons, dont un pique de clous de girofle; on place sur le tout une livre de plate-cote de boeuf, un quart de livre de petit laid blanchi; on verse 3 litres d'eau; ou met sur le feu, on laisse cuire lentement pendant trois heures, en uyant soin d'écuuier. Après cuisson, ou retire viande, légumes et chou; on coupe celui-ci par morceaux, alla qu'il soit bien divisé dans la soupe; ou met ces morceaux dans la soupière avec le paiu et l'on verse le bouillon par-dessus.

— Soupe à la bière. Fuites bouillir 2 litres de bière avec 200 grammes de sucre; quand le sucre est bien foudu et après quelques bouillons, retirez de dessus le feu, ajuutez sept ou huit jaunes d'oaufs bien délayes et uu demi-verre île crème aigre, passez à l'étainine et versez dans la soupière sur des tranches de pain grillées. La crème peut être remplacée par du lait chaud dans lequel on aura fait infuser do la cannelle.

— Soupe verte. Cette soupe s'obtient avec uu hachis de pourpier, de cerfeuil, de poireau, de ciboule, de laitue, de bette-poiree et de belle-dame rouge, hachis que l'on mot k la casserole avec un morceau de beurre, en ayant soin de remuer continuellement jusqu'à ce que les herbes soient cuites; ou verse alors dans la casserole ia quantité d'eau nécessaire (eau froide uu bouillante, h volciUt), on sale, on poivre, on laisse bouillir une demiheure, on lie aux jauues d'oeufs et l'ou trempe la soupe.

SOUP

— Soupe avx fanes de pois. Les Belges font celte soupe avec des tiges et des feuilles de pois bien tendres. On les coupe en pinçant la plante alors qu'elle est en fleur; on hache ces fanes avec un peu de cerfeuil, on fait cuire le tout dans du beurre et on ajoute de l'eau. Cette soupe, qui est excellente, mériterait d'être connue en France.

— Soupe à la minute. Le bouillon s'obtient en faisant bouillir vingt minutes une demipoule désossée et une livre de bœuf bien maigre, le tout pilé ensemble, salé, arrosé de 1 litre et (Jemi d'eau, mis à la casserole et cuit à grand bouillon avec carottes, navets, oignons, poireaux, céleri, le tout émincé. On passe le bouillon en le versant dans la soupière.

— Soupe dorée. Nous avouons ne savoir pourquoi ce mets, qui ressemble beaucoup aux beignets, a reçu le nom de soupe; voici, du reste, en quoi consiste le plat très-connu auquel on donne ce nom si peu mérité : trempez dans du lait chaud et légèrement sucré des tranches de pain un peu épaisses et régulières; quand elles seront bien imbibées de lait, vous les retirerez et les tremperez dans des œufs battus comme pour une omelette ; vous les ferez frire ensuite comme des beignets, vous les saupoudrerez de sucre et vous les servirez bien chaudes. On ajoute quelques gouttes âe fleur d'oranger aux œufs en les battant.

— Art vétér. Sur du pain coupé par tranches, on verse un bouillon chaud, composé d'une décoction de navets, de carottes, de panais, de raves, de potiron , ou bien des bouillons de viande de bœuf, de mouton, de porc, de cheval, de volailles, de tripes, de pieds de veau, de mouton. Souvent même on associe à ces soupes des légumes cuits, tels que des navets, des carottes, des choux, des betteraves, des gousses de pois, des lentilles, des haricots, des fèves, des pommes de terre cuites, de la chair de potiron, des châtaignes, etc. On mélange ces matières dans un vase en bois et on les sert chaudes ou tièdes au gros bétail, aux moutons, aux porcs, aux chiens, aux volailles, qui les mangent avec plaisir.

Si des substances médicamenteuses simples ou composées entrent dans la confection de ces soupes, on leur donne le nom de soupes médicinales. Ainsi ou appelle :

10 Soupe tonique et restaurante, une soupe composée de quatre poignées de farine de blé et d une quantité égale de farine d'orge, de quatre jaunes d'oeufs et d'une quantité suffisante d eau. On fait une pâte, et on fait cuira à petit feu, jusqu'à consistance de panadet On ajoute 64 grammes d'extrait de genièvre et on mélange. Cette soupe est très-bonne dans les malaciies anémiques du porc et du gros bétail.

20 Soupe émolliente, une soupe confectionnée avec l kilogramme de pain ordinaire, 500 grammes de farine d'orge et 3 litres de petit-lait coupé ou crème délayée de moitié d'eau. Faites bouillir le lait ou le petit-lait, coupez le pain, mélangez-le dans un seau avec la farine d'orge, et versez dessus le lait ou le petit-lait bouillant. Cette soupe se donne tiède, en trois rations, aux bêtes bovines et ovines qui sont convalescentes de maladies de poitrine, ou qui ont été atteintes d'inflammations gastro- intestinales.

30 Soupe émolliente, une soupe confectionnnée avec 1 kilogramme de chair de citrouille et 500 grammes de pain ou de châtaignes cuites et écrasées. Faites bouillir la citrouille dans une quantité suffisante d'eau, ajoutez o'i'jSO de lait ou de petit-lait, et versez sur le pain préalablement coupé par tranches ou sur les châtaignes.

Ces deux dernières soupes se donnent dan3 les angines et les convalescences des maladies de poitrine et des inflammations gastrointestinales.

4° Soupe émolliente et acidulé, une soupe composée de 500 grammes de pain ordinaire, de 2 litres d'une forte décoction d'oseille et de 250 grammes de crème. On délaye la crème dans la décoction d'oseille et on verse sur le pain coupé par morceaux.

50 Soupe nourrissante et tonique, une soupe formée de 500 grammes de pain, de 1 kilogramme de haricots, lentilles ou pommes de terre cuites et écrasées, de 30 grammes de sel de cuisine et de 1 litre de vin coupé par ûiit,50 d'eau. Faites chauffer le vin coupé et versez sur le pain et la bouillie de haricots, de lentilles ou de pommes de terre, et mélangez. Donnez en une ou deux fois aux animaux. On fait cette soupe pour les animaux affaiblis et les moutons atteints de clavelée confluente.

6° Soupe nourrissante et stimulante, pour le cheval, une soupe composée avec 1 kilogramme de pain ordinaire, out,50 de vin et une quantité suffisante d'eau tiède. On donne cette soape tous les matins au cheval qui a les muqueuses pâles, le poil piqué, les ganglions lymphatiques tuméfiés, les membres engorgés, et qui sue beaucoup pendant le travail. Un continue pendant quinze, vingt ou trente jours. On peut ajouter à cette soupe 10 grammes de tartrate de potasse et de fer, pour la rendre fsrrugineuse et fournir ainsi un élément reconstituant des globules du sang, qui sont toujours au-dessous du chiffre normal pendant le cours de ces maladies.

70 Soupe nourrissante et tonique, une soupe confectionnée avec 1 kilogramme de pain or-

SOUP

dinaire, 32 grammes de sel marin, 0lll,30 de vin et 2 litres de bouillon do viande. On donne cette soupe aux animaux matin et soir; moitié dose pour les bêtes à laine et le chien. Cette soupe convient beaucoup pendant la convalescence des maladies dues aux altérations septiques du sang, comme le charbon, le typhus, etc.

8» Soupe restaurante et ferrugineuse, pour les bêtes à cornes, une soupe composée de

I litre de bouilion gras clair et de 30 grammes de carbonate de fer. On donne cette soupe trois à quatre fois par jour aux grands ruminants qui sont atteints de l'hématurie déterminée par les plantes aqueuses qu'ils mangent au printemps dans les herbages.

SOUPE s. m. V. souper.

SOUPE (Alfred -Philibert), littérateur, né à Paris en 1818. Après s'être adonné à l'enseignement libre, il entra dans l'Université en 1846, se fit recevoir agrégé des classes supérieures en 1847 et prit le grade de docteur es lettres en 1853. D'abord professeur de seconde à Amiens (1846), il professa ensuite la rhétorique à Grenoble (1854), où il devint en 1856 suppléant de littérature ancienne à la Faculté. Deux ans plus tard , il passa au même titre à la Faculté de Lyon (1858). Après avoir occupé une chaire de littérature étrangère à la Faculté de Besançon (1860), M. Soupe est revenu à Lyon, où il a professé depuis la littérature française à la Faculté de cette ville. Indépendamment de nombreux articles littéraires et critiques, publiés dans la Revue européenne, la Revue contemporaine, la Revue française, la Revue des provinces , le Journal de l'instruction publique, le Satut public de Lyon, etc., on lui doit : Inania, premières poésies (1840, in-18) , sous le nom d'Alfred Philibert; Mainfroy le maudit, drame en cinq actes (1841, in-S°), sous le nom de Philippe de Bréjot; les Etincelles, nouvelles poésies (1842, in-18), sous le nom d'Alfred Philibert; Un secret de femme, drame-vaudeville en trois actes (1842, in-18), sous le même nom ; Etude sur le caractère national et religieux de l'épopée latine (1842-, in-8°); Vie et écrits de Fronton (1853), thèse de doctorat; Précis de rhétorique et de littérature (1856, iri-12) ; Essai critique sur la littérature indienne et les études sanscrites (1856, in-8°) ; l'Ombre de Molière, poëme (1857, in-40); Tableau de la littérature dramatique en Europe (1859, in-12), etc.

SOUPE AU s. m, (sou-pô). Agric. Morceau de bois qui fixe le soc d'une charrue à l'oreille.

SOUPENTE s. f. (sou-pan-te — substant.

participial du lat. suspendere , suspendre). Retranchement en planches, pratiqué dans la hauteur d'une chambre, d'une cuisine, d'une écurie, pour y coucher des enfants, des domestiques, pour servir de réserve, de grenier : Coucher dans une soupente. Cette pièce était coupée en deux par une soupente. (Balz.) Tel fait l'agréable et même le dédaigneux auprès des dames des salons, qui faisait autrefois le jocrisse où le bouffon auprès des soubrettes dans tes soupentes. (Sallent.) Les femmes se retirèrent dans une espèce de soupjïkte où l'on avait jeté des bottes de paille. (Th. Gaut.)

Et bientôt il faudra dix mille écus de rente Pour pouvoir habiter au fond d'une soupente.

— Techn. Assemblage de fortes courroies qui tiennent suspendu le corps d'un carrosse. Il Larges bandes de cuir qui maintiennent un cheval dans l'appareil nommé travail, || Partie d'une grue, d'un moulin à eau qui sert à tenir en suspension un treuil, une grue. Il Lien ou bande de fer qui maintient la hotte d'une cheminée.

SOUPER ou SOUPE s. m. (sou-pé — de souper, verbe). Nom qu'on donnait autrefois au repas du soir, lorsque le diner avait lieu vers le milieu de la journée, et qu'on réserve au repas qu'on fait quelquefois fort avant dans la nuit, depuis que le dîner a été reculé jusqu'au soir : Grand souper. Souper magnifique. Souper fin, délicat. Les soupers sont passés de mode. Je vous constitue pendant le souper au gouvernement des bouteilles. (Mol.) Un souper sans apprêts, tel que jj te propose, fait espérer un sommeil fort doux. (Volt.) Le souper se prépare et s'annonce de loin.

Berchoux.

Le souper hors du chœur chasse les chapelains, Et de chantres buvants les cabaret3 sont pleins.

Boileau.

Hippocrate avertit que, pour se bien porter,

II se faut quelquefois dérober au souper.

Rëgnard.

Qui ne croirait, à voir celte affluence Dans ces jardins, à ce brillant soupe.

Qu'on est heureux? L'on n'est que dissipé. Marmontel. Je puis fort bien me tromper; Mais, quoiqu'on soit bien a table, L'heure qui suit le souper Est souvent plus agréable.

DÉSAUOIERS.

Les soupers exaltaient Voltaire, Les soudera échauffaient Piron, Les soupers enflammaient Molière, Les soupers consolaient Scarron.

DÉSAUUIERS.

Il Mets que l'on mange dans ce repas : Faire cuire son souper. Laisser brûler son souper.

SOUP

— Petit souper, Souper délicat, entre amis ou compagnons de débauche : Les petits soupers de la Régence.

— Hist. Souper de liberté, Dernier repas que les Romains faisaient prendre a, ceux q\ii étaient condamnés a périr, exposés sur 1 arène à la fureur des bêtes féroces, dans les chasses du cirque ou de l'amphithéâtre.

— Encycl- Les Romains soupaient entre trois et quatre heures de l'après-midi. Ce repas , auquel les traducteurs donnent le nom de souper, n'était donc à proprement parler qu'un dîner. Les véritables soupers n'eurent lieu qu'au temps de la décadence, alors que les riches Romains, habitant les campagnes de Rome, faisaient un repas la nuit, sorte de réveillon appelé comessatio.

Au xve siècle et même sous la minorité de Charles IX, on dînait à onze heures du matin et on soupait à six heures du soir. Le duc d'Orléans, assassiné le 23 novembre 1407 à huit heures du soir, avait déjà soupe avec la reine. Au siècle dernier, on soupait à dix heures à la cour et dans les grandes maisons.

Mais le véritable souper, le souper tel que nous l'entendons aujourd'hui, est une création du xviii0 siècle. « Au temps des soupers, dit le journal l'Artiste de 1837, les habiles appelaient ce repas un hors-d'œuvre ; plus tard, la dénomination a été modifiée, et le hors-d'œuvre a été un dîner lin, arrosé de vins exquis.» — "Les médecins condamnent les soupers, disait Cor visart ; c'est assez sage ; mais les gourmands soupent et font plus sagement. Les hors-d'œuvre de l'hygiène, les soupers ont vu la plus belle époque de la société gourmande au xvnie siècle. Les femmes étaient réellement les souveraines des soirées, les hommes étaient plus aimables, les gens de lettres plus spirituels et la société plus polie. Le souper était quelque chose de mieux que le mot de Chamfort, qui l'appelle le feu d artifice du dîner. Il était le cercle de la vie intime. Une cuisine exquise n'était que l'accident; la conversation était le principal. Le souper plaçait l'esprit français sous son jour le plus vif, sous son relief le plus brillant. Nous avions de l'esprit le soir, quand les Anglais ont de l'éloquence au Parlement entre dix heures et une heure du matin. La grâce de la conversation française n'a trouvé son apogée que dans les soupers, cela n'est pas contestable. Les inégalités sociales ne se rencontraient dans les soupers, alors repas les plus longs, que pour lutter d'aménité, de savoir-vivre et d'esprit; nulle supériorité de rang et de personne ne s'y faisait sentir. Mœurs, fortune, dignité des grands seigneurs, tout s'éclipsait devant le causeur, devant la puissance d'un récit facile et lin. C'est en vain que, depuis, on a cherché à remplacer les soupers par les thés; les thés n'ont pas remplacé les soupers et n'ont fait que multiplier les indigestions, au moyen de 1 eau chaude et des gâteaux. Deux heures de conversation et de frottement avaient l'avantage de préparer une nuit de calme. Aujourd'hui, ces soupers, ce monde si aimable, ces conversations brillantes, ces belles mœurs, tout cela n'est plus qu'un souvenir qui, chaque jour, s'entoure de regrets plus vifs. »

Les soupers d'aujourd'hui n'ont ordinairement pour convives qu'un personnel de jouisseurs et de femmesJ'aciles. On comprend qu'avec cet élément il se dépense peu d esprit durant un souper, a Si le déjeuner, dit Grimod de La Reynière, est le repas des amis, si le dîner est celui de l'étiquette, le goûter celui de l'enfance, le souper appartient principalement à l'amour. Son heure, la plus voisine de celle du berger; son moment, qui est celui du repos et de la cessation des affaires, enfin le doux éclat qu'il reçoit des bougies, tout concourt à le rendre favorable aux amants. Ajoutons aussi que les femmes sont plus aimables à souper qu'à toute autre époque du jour; on dirait que plus le moment d'exercer leur empire s'approche et plus elles deviennent tendres et séduisantes. Le souper n'est pas seulement le repas de l'amour, il est encore celui d'Apollon. C'est alors que les bons mots circulent, que les saillies abondent, que les aimables reparties se succèdent et se pressent et que chacun s'efforce de montrer l'esprit qu'il a, celui qu'il emprunte chaque matin et même celui qui lui manque.»

— Allus. llttér. Bon souper, bon gtte et la reste, Vers de La Fontaine dans la table des Deux Pigeons. V. Pigeons (les Deux).

Souper de Benucaire (l-k), titre d'une brochure publiée par Bonaparte, alors capitaine d'artillerie, en 1703, et qui est le résumé d'une conversation politique qu'il avait eue à Beaueaire avec trois commerçants du Midi. V. Bonaparte.

Soupers de la niarécualo de Luxembourg

(LES), par Mme de Genlis (1828). Dans cet ouvrage, l'auteur a voulu retracer aves une exactitude scrupuleuse la peinture des mœurs, du ton et des usages de son temps. Mrae de Genlis a peint également la politesse de cette époque, dont on n'a plus d'idée aujourd'hui, le respect des enfants pour leurs parents et pour les vieillards, et surtout la différence énorme qui se trouvait entre la médisance en ce temps-là et celle de nos salons, d'aujourd'hui. En un mot, le but avoué de son livre est de prouver combien est regrettable une

SOUP

société qui faisait alors l'admiration de l'Europe par sa douceur, son aménité, sa décence et sa politesse exquise, Mais le but réel et caché, c'est de faire connaître et de commenter les lettres d'un certain dément contre Voltaire, lettres que Mme de Ganlis déclare « calmes, toujours raisonnables et d'une justessç, qui a été généralement reconnue, » et que nous qualifions, nous, de diatribe aussi inique que venimeuse. C'est une attaque en règle contre ce colosse de bon sens et de génie qui a nom Voltaire, et dans laquelle le sieur Clément rappelle la fable du serpent qui veut ronger une lime. A l'entendre, il ne resterait plus rien de Voltaire, car, en mettant de coté ses niaiseries, ce que l'on rencontre de bien dans ses œuvres est pillé à droite et à gauche.

Ce n'est pas seulement la logique et le bon sens que la haine contre les philosophes et la Révolution a fait perdre à la vieille légitimiste, qui comptait à cette époque ses quatrevingt-trois ans bien sonnés; elle a éteint chez elle tout sentiment de convenance, de justice, de bonté et même de simple humanité. On en jugera par cette anecdote et la trait qui la termine, lâché de la meilleure foi du monde, à propos de cette singulière phrase d'un sermon de l'abbé de Beauregard : ■ Je vois l'impudique Vénus sur l'autel du vrai Dieu, recevant les hommages d'un peuple insensé. » Mme de Genlis ajoute : » Cette prophétie s'est vérifiée dans tous ses détails. Mlle Aubry, actrice de l'Opéra, fut choisie pendant la Révolution pour jouer le rôle de la déesse Raison. On l'a vue assise sur le grand autel de Notre-Dame, recevant les nommages d'un peuple insensé. Ce qui n'est pas moins merveilleux, «'est que, peu de temps après ces exécrables folies, MU° Aubry, jouant à l'Opéra le rôle de Minerve, dresse de la sagesse (qui dans la mythologie est aussi déesse de la raison), devait descendre dans une gloire, ayant à ses pieds deux petits enfants représentant les génies de la gloire. Elle ne put descendre au moment indiqué, parce que les enfants n'arrivaient pas. On prévint le public de ce contre-temps; il attendit quelques instants ; ensuite, s'impatientant, il demanda à grands cris que la déesse vint seule et qu'il se passerait des génies. Alors parut au haut des cieux artificiels la déesse Raison, éclatante d'or, de pierreries, de jeunesse et de beauté. Mais tout ce prestige s'évanouit bientôt; les cordes qui soutenaient la machine se rompirent, la gloire se brisa en mille éclats, M"o Aubry fut fracassée; elle eut trois côtes enfoncées; elle se cassa un bras et une cuisse, et elle lut si horriblement défigurée qu'elle ne put jamais depuis reparaître en public. Les enfants arrivèrent six minutes après cette catastrophe. Ce fut ainsi que le ciel, en punissant le crime devant tant de témoins, épargna, sauva l'innocence I »

Souper imprévu (le) OU le Chanoine de Milan, comédie d'Alexandre Duval, en un acte et en prose; représentée le 1S septembre 1796. Cette pièce, d'une gaieté folle, obtint le plus grand succès. Bonaparte l'aimait beaucoup et la faisait souvent représenter à la Malmaison ; mais il la défendit sous son consulat, lorsqu'il eut rétabli les mœurs et les préjugés des anciennes cours. On allégua qu'elle profanait la religion dans ses ministres. Elle a reparu depuis en opéra-comique, arrangé par Mme Gay, sous le titre du Maître de chapelle , et mise en musique par Paôr ; mais elle a perdu presque tout son comique, qui résultait du contraste entre l'homme d'épée et l'homme d'Eglise. C'est à cette pièce, remplie de l'éloge du macaroni, que l'on doit la propagation de ce mets italien.

Souper d'Auteull (le) OU Molière nvec «es

■mil, comédie en un acte, en vers libres, d'Andrieux (Théâtre-Français, 1804). L'anecdote bien connue du souper d'Auteuil fait le sujet de cet acte élégant et facile. Chapelle, La Fontaine, Boileau, Lulli, Mignard se sont réunis pour fêter la guérison de Moltève. Le vin et les propos joyeux leur montent si bien la tête, que, sur la proposition de Chapelle, ils consentent à se noyer avec lui dans la Seine. Chacun d'eux expose les raisons qui lui font désirer de quitter la vie :

Page 1