‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 590 sur 1059 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

— Lime sourde, Lime qui ne fuit pas de bruit quand on s'en sert.

— Lanterne sourde, Lanterne faite de façon que celui qui la porte voit sans être vu, et peut cacher la lumière à volonté.

— Loc. fam. Sourd comme un pot, Sourd comme une bécasse, Sourd à ne pas entendre Dieu tonner, Extrêmement sourd. Il Faire la sourde oreille, Faire semblant de ne pas entendre, de ne pas comprendre ce qui se dit : Le roi m d'abord la sourde oreille, puis refusa. (St-Siinon.)

— Gramm. Consonnes sourdes, Consonnes qui rendent un son sourd.

— Mai1. Lame sourde, Lame qui s'élève sans qu'on ait senti le vent qui l'a soulevée.

— Techn. Couteau sourd, Plane peu tranchante, avec laquelle on travaille les cuirs.

U Pierre sourde, Pierre fine qui a quelque chose de sombre, de brouillé.

— Ane. mathém. Quantité sourde, Quantité incommensurable. Il liacine sourde, Racine irrationnelle.

— Substantiv, Personne sourde; Oit sourd. Une sourdb. L'aveugle croit que personne ne le voit, et le sourd que personne ne l'entend. (Boiste.)

Est-ce & moi que l'on tient de semblables discours? Tu gagnerais autant a parler à des sourds.

La Fontaine.

— Loc. fam. Crier, frapper comme un sourd, Crier, frapper de toutes ses forces, comme fait un sourd qui n'entend pas le bruit ou les cris.

— Autant vaudrait parler à un sourd, C'est peine perdue de parler à cette personne, elle ne veut pas entendre.

— Prov. Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, Il est plus facile d'qhlenir urie réponse d'un sourd que de celui qui, intéressé a ne pas répondre, feint de ne pas comprendre.

— s. m. Erpét. Nom vulgaire d'un lézard du Sénégal. Il Nom vulgaire de la salamandre terrestre, animal qui, en certains pays, passe pour être sourd.

— s. f. Ornith. Nom vulgaire de lajpetite bécassine.

— Enoycl. V. Surdité.

■ — Anecdotes. Une vieille femme, qui ne se croyait qu'un peu sourde, entendant le canon qu'on tirait un jour de fête publique, dit surle-champ à son mari : « Dieu te bénisse, mon cher ami 1 » Elle croyait qu'il avait éternué.

On sait que certains juges du tribunal révolutionnaire avaient quelquefois le mauvais goût d'insulter à leurs victimes par des railleries. Un jour que l'on amena a la barre un accusé absolument sourd ; « Citoyens, dit le président Dumas, cet homme a conspiré sourdement. » On rit, et il fut acquitté. *

Uu propriétaire demandait à l'un de ses fermiers des nouvelles de la santé de sa femme. Cet homme, qui avait le malheur d'être sourd et qui était depuis longtemps affligé d'une toux violente, se méprit sur la question qu'on lui adressait et répondit : « Monsieur, je fais en vain tout ce que je puis pour m'en débarrasser; c'est une ennemie avec laquelle il me faut vivre, et c'est particulièrement la nuit qu'elle me fait le plus souffrir. »

Une vieille dame, très-sourde, ne voulait pas convenir de son infirmité; mais comme elle était en même temps très-curieuse et qu'elle ne voulait pas perdre un mot des choses qu'on lui racontait, elle répétait à tout instant : « Vous dites?... Qu'est-ce que vous ditesî... Parlez donc plus haut. > Mais aussitôt qu'elle voyait que l'histoire arrivait à sa nu, elle ne manquait jamais de s'écrier brus-

SOUR

quement : « Ne partez donc pas si haut. Ne dirait-on pas que je suis sourde? »

La reine dit un jour à Bautru qu'elle désirait voir sa femme. Bautru promit de la lui présenter le jour même. « Mais, Madame, ajouta-t-il, elle a l'oreille dure, — N'importe, reprit la reine, je parlerai haut, t 11 se rendit aussitôt chez lui annoncer cette nouvelle flatteuse à sa femme ; mais en même temps il l'avertit d'élever la voix en parlant, de crier même, sous prétexte que la reine n'entendait qu'avec peine. Dès que la reine aperçut la femme de Bautru, elle commença a élever fortement la voix, et M™» Bautru lui répondit en criant de toutes ses forces. Le roi, prévenu par le hardi mystificateur, riait à eu perdre haleine. A la fin, la reine comprit le motif de cette gaieté et dit àMme Bautru : ■ N'est-il pas vrai, Madame, que votre mari vous a dit que j'étais sourde? t Ce que M mo Bautru avoua. « Ah! le méchant! continua la reine, il m'avait dit la même chose de vous, >

Un sourd fit un sourd ajourner Devant un sourd dans un village , Puis vint lentement entonner Qu'il avait volé son fromage; L'autre répond du labourage; Le juge, étant sur ce suspens, Déclara bon le mariage Et les renvoya sans dépens.

PÉUSSON.

Sourd (LK) OU l'Auberge pleine, Comédie

eu trois actes et en prose, par Desforges ; représentée au théâtre de la Montansier en 1790. Le sujet de cette pièce a été pris dans un dictionnaire d'anecdotes. Un vieux gentilhomme, M, d'Oliban, père d'une charmante fille qui est encore au couvent, a choisi pour son gendre un M. d'Anières, jeune homme du Comtat, et, pour ne passe séparer de son unique enfant, il est venu acheter une terre dans le voisinage du château du futur mari. Le gendre et le père attendent avec impatience à l'hôtel de Mme Learas, la plus belle auberge de tout Avignon, 1 arrivée de Joséphine et de son amie Isidore. A peine ont-ils retenu pour les jolies voyageuses les deux chambres encore disponibles qu'un militaire, Saint-Firmin, se présente. Cet officier réclame également deux chambres pour deux nobles demoiselles, dont l'une est la sœur de son ami, le capitaine d'Orbe. Ayant appris te départ subit de celles qu'ils aimaient, nos officiers se conduisent depuis plusieurs jours comme des fourriers aussi zélés que discrets. Pour cette fois, leur courtoisie mystérieuse sera mise en défaut. Saint-Firmin n'obtient qu'un refus aussi poli que formel. Joséphine et Isidore ne tardent pas à arriver ; elles se doutent bien un peu de ce qui se passe. Joséphine, au cœur langoureux, s'inquiète déjà sur son avenir; Isidore, plus espiègle, la rassure ; elle-même ne craint pas d'aimer Saint-Firmin, qu'elle a tout au plus entrevu deux ou trois fois en compagnie de son frère d'Orbe, l'adorateur de Joséphine. Un billet, remis par un commissionnaire, les prie de ne s'étonner de rien de ce qu'elles pourront voir. Cet avis singulier pique la curiosité des jeunes filles, et le motif pour lequel M. d'Oliban a mandé Joséphine, motif inconnu, ne les trouble pas moins. A peine sont-elles sorties de la salle commune de l'auberge, qu'un palefrenier vient demander à l'hôtesse ce qu'il doit faire d'un beau1 cheval amené par un voyageur ; impossible de faire entendre raison à ce voyageur ; sourd comme un pot, il répond tout de travers; au surplus, c'est un cavalier d'une belle tournure, aux manières honnêtes. Le voyageur se présente à Mme Legras et demande une chambre , plus un souper.

L'hôtesse lui fait observer en pure perte qu'elle est désolée de ne pouvoir le loger. Le voyageur remercie l'aubergiste, lui donne ses instructions avec une exquise politesse et s'installe sur un siège, à deux pas de la table, déjà préparée pour quatre personnes. M. d'Oliban, suivi de son monde, vient souper. D'Anières, l'amphitryon, ne revoit pas île bon œil le voyageur importun qu'il a vu, l'un des premiers, s'implanter dans l'auberge. Il l'invite un peu grossièrement à quitter sa chaise: « On n'estpas ici aune table d'hôte. » Le voyageur, croyant qu'on lui offre la pince d'honneur, la refuse d'abord, mais il se décide. Assis auprès de MUe d'Oliban et encouragé par les sourires bienveillants des dumes et du vieux gentilhomme, qui trouvent spirituels ses quiproquos, il force traîtreusement d'Anières à demander un cinquième couvert. Il mange à merveille, n'entendant rien des sottes plaisanteries du provincial. D'Anières, le repas fini, épuise tous les moyens de faire comprendre à ce sourd récalcitrant qu'il doit payer son écot. Le Sourd, excédé d'un surcroît de politesse qu'il ne saurait décemment accepter, paye sa part de dépense et se retire, non. sans avoir obligé d'Anières à montrer son caractère de rustre et de goujat. D'Anières reste à table sous prétexte qu'il n'a pu rien manger. Quand il va se coucher, il trouve son lit occupé par le sourd ; il fait le siège de sa chambre ; tout le monde accourt. Le voyageur, riche négociant, muni d'une forte somme, déploie son infirmité ; redoutant les coups de main, il se promet de passer la nuit tout éveillé et de

SOUR

décharger ses pistolets à deux coups sur le premier coquin qui ouvrira la porte de sa chambre. Averti par le monologue du sourd. d'Anières va dormir dans la cuisine, où il vide les bouteilles non entamées. Le lendemain matin, d'Orbe (le voyageur), qui a gagné un pari tenu contre lui par Saint-Firmin, se fait reconnaître et agréer; il n'est plus sourd. M, d'Oliban, fort embarrassé du gendre par trop bête qu'il s'était choisi, ne veut plus ni d'Anières ni de sa fortune. Un aveu explicite des sentiments de sa fille obtient de lui un consentement au mariage de M. d'Orbe avec Joséphine. D'Orbe marie sa sœur avec Saint-Firmin et retient d'Anières au déjeuner des fiançailles, après lui avoir donné, pour la forme seulement, une leçon de courage et d'urbanité.

Les deux premiers actes de cette comédie sont charmants. £1 est fâcheux que l'auteur, voulant flatter les idées à la mode en 1790, ait allongé et gâté le dernier acte par des digressions philosophiques et sentimentales sur le droit des enfants, sur le vrai point d'honneur, sur les devoirs du citoyen patriote et vertueux. Tel quel, cet acte n'est mauvais que par comparaison. Tous les personnages parlent le langage qui convient à leur caractère et à leur condition. Ils ne quittent jamais le ton d'une conversation familière, mais décente, et ils sont spirituels sans courir après l'esprit. Une entente parfaite de la scène, une gaieté franche et une foule d'intentions comiques qui prêtent au jeu des acteurs ont maintenu la pièce de Desforges au répertoire. Cette pièce, payée 50 francs et oubliée pendant deux ans dans les cartons du théâtre, fit plus tard de brillantes recettes.

Sourd (le) ou l'Auberge pleine, opéra-comique en trois actes, paroles de Desforges, retouché par MM. de Leuven et Ferdinand Langlé, musique d'Adolphe Adam; représentée à l'Opéra-Comique le B février 1S53. Cette pièce, dont les saillies et les calembours ont tant réjoui nos pères, a été remaniée par MM. Ferdinand Langlé et Sainte-Foy. Les couplets en sont lestes et annoncent bien leur date. Adolphe Adam, en écrivant de la musique sur ce sujet, a pu se livrer sans contrainte à son genre familier. Les mélodies sont faciles, bien en situation ; les effets d'instrumentation ingénieuse, tournant souvent au comique et à la farce. Parmi les couplets les plus applaudis, nous citerons: Sur le pont d'Avignon; les couplets sur la bassinoire ; les couplets dont le refrain , chanté sur le mot bagasse, est exhilarant ; enfin ceux de : On dit non, on dit oui. Cette pièce a été enlevée avec verve par Ricquier, Sainte-Foy, Delaunay, Maies Lemercier, Decroix, Félix et Talmon ; on l'a reprise au Théâtre-Lyrique le 18 janvier 185G.

SOURD (Jean-Baptiste- Joseph) , général français, né à Seyne (Var) en 1775, mort à Paris en 1849. A dix-sept ans, il s'engageait dans le bataillon de volontaires de son département et se distinguait dans la campagne d'Italie. A Austerlitz, à Iéna, dans la campagne de Prusse, en Russie, à Leipzig, dans les campagnes de 1814 et 1815, surtout à Waterloo, il fit des prodiges de valeur. Retiré à Auch après les Cent-Jours, il vécut dans l'obscurité jusqu'en 1830, époque à laquelle il vint à Paris soutenir la révolution de Juillet. En 1831, il commanda le département de ïarn-et-Garonne avec le titre de maréchal de camp, et il prit sa retraite en

SOCRDAT (F. -Nicolas), littérateur français, né en 1745, mort en 1807. Il demanda à défendre Louis XVI devant la Convention. N'ayant point été choisi par le roi, il publia plusieurs brochures et pamphlets royalistes, à savoir : deux brochures consacrées à la défense de Louis XVI et qui furent remises à la Convention, l'une le 24 décembre 1792, l'autre le 12 janvier 1793 ; un pamphlet intitulé : les Champenois au roi, inséré dans les Actes des apôtres (1790), et un ouvrage intitulé : les Véritables auteurs de la révolution de 1789 (Neuchàtel, 1797, in-8°). — Son frère, Charles, servit dans les aimées vendéennes, où il était connu sous le nom de Carlos. Compromis en 1795 daus les complots royalistes, il réussit à se faire acquitter. Il passa ensuite en Angleterre, puis il revint en Vendée et y fit la guerre civile dans les armées royalistes, sous les ordres de Bourmont. Il passa avec ce général au service du gouvernement impérial et il était parvenu au grade de lieutenant-colonel lorsque arriva la Restauration. Biessé accidentellement eu 1817, il fut mis à la retraite.

SOURDATJD, AUDE s. (sour-dô, ô-de — dimin. de sourd). Personne qni n'entend qu'avec peine, il Peu usité.

SOUKDEAC (Alexandre du Rikux, marquis de), un des fondateurs de l'opéra en France, mort en 1695. Son père, Guy de Rieux, ayant suivi dans son exil à Bruxelles la reine mère, dont il était le premier écuyer, eut tous ses biens confisqués ; mais, par la suite, le marquis de Sounléac entra en possession des biens paternels. Passionné pour le théâtre, il fit construire à son château de Neufbourg, en Normandie, une salle de spectacle, et, comme il était un habile mécanicien, il exécuta lui-même la plupart des machines qu'if y adapta. En 1660, il fit représenter en grande pompe dans son château, par les co-

SOUR

médiens du Marais, la Toison d'or, de Corneille. Il se ruina complètement en voulant introduire chez nous l'opéra et mourut dans une indigence absolue.

SOURDELINE s. f, (sour-de-li-ne). Mus.

Sorte de musette d'Italie, à. quatre chalumeaux.

— Encycl. La sourdeline est une espèce de musette ayant beaucoup d'analogie avec la zampogne d'Italie. La sourdeline a quatre chalumeaux percés chacun de plusieurs trous. L'invention de cet instrument est attribuée à Jean-Baptiste Riva ; cependant certains auteurs l'attribuent à dom Julio, et d'autres encore à Vincenze.

SOURDEMENT adv. (sour-de-man — rad.

sourd). D'une manière sourde, peu rententissante : Le tonnerre grondait sourdement. La mer gronde et route sourdement. (H. Taine.)

— D'une manière secrète, cachée: Négo~ cier sourdement. Intriguer, cabaler sourdement. Le mal le mine sourdement. La bonne cause triomphe sourdement. (Volt.) Le vice et la vertu travaillent sourdement en nous. (Dider.)

Chagrin contre Ariston, qui ne fait rien qui vaille, A le couler à fond sourdement je travaille.

Boursault.

SOURDEVAL, bourg de France (Manche), chef-lieu de cant., arrond. et à 10 kilom. N. de Mortain, sur la Sée ; pop. aggl., 1 ,375 hab. — pop. tôt., 3,943 hab. Coutellerie, corderie, corroierie, papeterie, fabrication de Carton. Commerce de beurre, chevaux, horlogerie.

Belte fontaine monumentale en granit.

SOCRDEVAL (André de), guerrier français, né au château de Sourdeval, près de Mortain, dans les premières années du xvi« siècle, mort dans la seconde moitié du xvie siècle. 11 fit la plupart des guerres de François 1er et ne se laissa pas séduire par les offres brillantes à l'aide desquelles Charles-Quint essayait de l'attirer à son service. Après la mort de François 1er, Sourdeval devint gouverneur de Belle-Isle-en-Mer et défendit celte place contre les attaques des Anglais. Il fut député de la noblesse de Normandie aux états de Blois en 1576 et mourut peu d'années après dans son gouvernement de BeUe-lsle. Sa correspondance avec le duc d'Etampcs, gouverneur de Bretagne, a été conservée en partie aux archives de Penthièvre et a été publiée par dom Morice, dans ses Preuves de l'histoire de Bretagne.

SOURDIÈRE s. f. (sour-diè-re — rad.

sourd). Sorte de volet couvert de toile.

Sourdière (ruk dis la), une des rues de Paris, quartier du Palais-Royal. Elle aboutit d'un côté à la rue Suint-Honoré,de l'autre à la rue de la Corderie. Ouverte au xviie siècle à travers des jardins et bordant celui d'un sieur de La Faye, sire de la Sourdière, elle en prit le nom en 1663. La Fontaine a demeuré rue de la Sourdière, mais on no sait pas au juste où était situé son logis. C'est au n» 31 de la rue de la Sourdière que se tiennent les réunions de l'Union républicaine.

SOURDINE s. f. (sour-di-ne — rad. sourd). Mus. Ce qu'on met à un instrument pour en rendre le son sourd : Mettre une sourdine à mi violon, à une trompette. Ce morceau doit être joué avec des sourdines. 1] Sorte d'épinette dans laquelle les cordes étaient mises en vibration par des morceaux de bois couverts de drap.

— Fig. Moyen qu'on prend pour .affaiblir une manifestation, une expression : Il faut sauoir mettre des sourdines à ses joies. (A. d'Houdetot.) La sociabilité met une sourdine à la critique, mais la laisse parler. (Rigault.)

— Techn. Ressort qui empêche le marteau de frapper sur le timbre, dans une montre à répétition.

— Ane. art milit. Sonnera la sourdine, Sonner de la trompette pour ordonner une marche à petit bruit.

— Loc. adv. A la sourdine, Sans bruit, secrètement : Déloger À la sourdine. Agir k la sourdine. Il s'est marié k la souhdine. Tu ne dis rien et tu fais l'amour k la sourdine, (Alex. Duval.)

— Encycl. La sourdine est un petit instrument de bois, d'ivoire ou de métal, en forme de peigne, à trois dents évidées, que l'on enehâsse sur le chevalet du violon, de l'alto, du violoncelle et de la contre-basse, pour intercepter les vibrations de la caisse de l'instrument et assourdir les sons. Les cordes vibrant seules alors, le timbre des instruments se trouve changé et revêt un caractère d'étrangeté, de douceur et de mélancolie.

Le compositeur indique l'emploi des sourdines par ces deux mots italiens : con sordini ; lorsqu'il veut les faire enlever, il met : senza Sordini. Cet instrument microscopique s'applique et se retire d'ailleurs avec la plus extrême facilité; encore faut-il cependant que l'exécutant ait le temps normal de le faire.

Le piano a une pédale au moyen de laquelle on fait marcher des réglettes de bois couvertes de peau qui, en venant s'appliquer sous les cordes, gênent les vibrations de celles-ci et donnent un jeu de sourdine. Les sourdines des hautbois et des clarinettes sont des pavillons rentrants en dedans et qui n'ont qu'une petite ouverture. Le sourdine du cor est un cône de carton percé d'un trou à sa

SOUR

base, et qu'on place dans le pavillon. Celle de lu trompette est un petit tube en bois que l'on place dans l'ouverture inférieure.

On connaît l'effet sourd et lugubre que produit le crêpe noir dont on recouvre les tambours dans les cérémonies funèbres; ce crêpe peut parfaitement être considéré comme une sourdine d'une nature particulière. Judis, quand on voulait obtenir sur les timbales un effet analogue, on agissait de même et l'on étendait dessus un linge, un voile quelconque; aujourd'hui, pour ce dernier instrument, on emploie un autre procédé : au lieu des baguettes sèches dont on se sert d'habitude, c'est-à-dire des baguettes à tête de bois ou simplement recouvertes d'un parchemin, on se sert de baguettes dont la tête est entourée d'une petite éponge. Néanmoins, la formule qu'on employait autrefois a persisté, et lorsque le compositeur veut obtenir et indiquer un effet de sourdines sur les timbales, il continue d'écrire, comme par le passé : timbales voilées.

L'emploi des sourdines est toujours à l'orchestre d'un effet très-agréable et très-heureux, lorsqu'on n'en abuse pas. Il est d'ailleurs, le plus souvent, commandé par la situation,

SOUBDIS (François d'Escoubleao, cardinal de), prélat français, né en 1575, mort k Bordeaux en 1628. Fils du marquis d'Alluye, il était par sa mère, Isabelle Babou rie La Bourdaisiôre, cousin de Gabrielie d'Estrées. 11 suivit d'abord la carrière des ormes sous le nom de comte de La Chapelle-Bertrand, rit un voyage à Rome avec le duc de Nevers, puis déposa l'épée pour entrer dans tes ordres. La maîtresse du roi, Gabrielie d'Estrées, se chargea de sa fortune, lui fit donner un riche bénéfice dans le diocèse de Rodez -et, bien qu'il ne fût encore que diacre, elle obtint pour lui, grâce aux sollicitations faites par Henri IV auprès du pape, le chapeau île cardinal en 1598. L'année suivante, d Escoubleau, qui avait pris le nom de cardinal de Sourdis, fut nommé archevêque de Bordeaux et reçut la prêtrise quelques jours avant d'être sacré par le cardinal de Joyeuse. A Rome, où i't se rendit en 16u0, un farceur, interprèle du peu de considération dont jouissait le cardinal, écrivit sur la porte de son palais les mots suivants, dans lesquels il faisait un double jeu de mots sur le nom de Sourdis et sur celui de sa ville archiépiscopale : « II cardinale SordidoarcivescovodiBordello.» De retour à Bordeaux, il fonda un grand nombre de maisons religieuses, un hôpital et une chartreuse. En 1605, il retourna à Rome, où il prit part k l'élection de Léon XI. Kn 1610, le cardinal de Sourdis, se trouvant à Paris au moment de l'assassinat de Henri IV, accourut auprès du roi et lui donna l'absolution. Cinq ans plus tard, il célébra à Bordeaux la mariage de Louis XIII avec Anne d'Autri- .che et convoqua un concile provincial dans cette ville en 1624. Le cardinal de Sourdisse rendit particulièrement fameux par son caractère entier, tracassiur, par ses audacieux empiétements sur l'autorité civile et par ses démêlés avec le parlement de Bordeaux.

IL lit démolir en 1602 un autul sans balustrade qui se trouvait dans la cathédrale; le chapitre protesta et voulut faire rétablir l'autel, mais l'archevêque chassa les maçons et les chauoines, qui, dans la bagarre, turent maltraités. Le chapitre en appela alors au parlement, qui ordonna le rétablissement de l'autel et nomma des commissaires chargés de veiller à l'exécution de son arrêt. Sourdis lança l'excommunication contre le* commissaires et contre les maçons appelés à reconstruire l'autel, et le parlement lui enjoignit de lever l'excommunication, sous peine de 4,000 écus d'amende, puis demanda a Henri IV son éloignement de Bordeaux, où il troublait la paix publique. De son côté, l'archevêque en appela au pape Clément VIII, qui approuva sa conduite, et le roi, pour mettre un terme au conflit, écrivit au parlement de suspendre les poursuites parce qu'il se réservait la connaissance de cette affaire. Eu 1606 survint un nouveau conflit, Sourdis ayant excommunié un prêtre nommé Prenuer parce qu'il avait refusé de se rendre dans sa cure, celui-ci en appela au parlement, qui déchira l'excommunication abusive etnulleet ordonna à l'urchevêque de lever l'excommunication, sous peine de 4,000 livres d'amende et de saisie de son temporel. La lutte entre le cardinal et le parlement prit un caractère d'extrême violence; alors Henri IV intervint encore, et parvint à, étouffer l'affaire; mais Je curé excommunié dut faire amende honorable à l'archeyêque. En 1615, le parlement ayant condamné à la peine de mort un gentilhomme nommé Castuignet, convaincu u'avoir commis des crimes horribles, Sourdis prit fait et cause pour le condamné et obtint sa grâce; mais, sur les remontrances énergiques du parlement, la grâce fut révoquée. A ccite nouvelle, le cardinal, à la tête d'une troupe, se rendit à la prison, en rit enfoncer la porte, tuer te concierge et enleva Cnstaiguet qu'il conduisit dans sou château de Lonuon. Le roi fut vivement irrité de cet acte de rébellion contre la loi et un décret de prise dç corps fut lancé contre le cardinal, qui s'échappa et fut exilé. Mais, peu de temps après, IVxil fut révoqué et Sourdis rentra triomphalement k Bordeaux,

SOURDIS (Henri d'Escoubleau de), prélat français, frère du précédent, né en 1593,

SOUR

mort à Auteuil en 1645. Sa vie se partagea entre deux fonctions qui semblent s exclure, les armes et les dignités ecclésiastiques. Il entra jeune dans les ordres, reçut de riches bénéfices et fut sacré en 1623 évêque de Maillezais. Sourdis, que le cardinal Richelieu chargea pendant quelque temps de gouverner sa maison, suivit, en 16Î8, Louis XII! au siège de La Rochelle et eut dans ses attributions la direction des vivres et l'intendance de l'artillerie. Après la mort de son frère, il lui succéda comme archevêque de Bordeaux (1629). En 1633, il accompagna le roi dans la campagne de Piémont, fut chargé d'extirper l'hérésie dans la vallée de Pragelle et devint commandeur de l'ordre du Saint-Esprit. Ce fut à cette époque qu'il commença à remplir du bruit de ses querelles avec d'Epernon, gouverneur de Bordeaux, le royaume, l'Eglise et la cour. Richelieu, en donnant l'archevêché de Bordeaux à de Sourdis, qui était sa créature, avait eu principalement en vue, dit-on, de contre-balancer l'autorité du vieux duc. Lorsque, en 1033, de Sourdis revint k Bordeaux, la discorde se mit aussitôt entre l'archevêque et le gouverneur. Sourdis se plaignit de la façon dont il avait été reçu, puis des mauvais traitements que les gardes du duc avaient fait subir a ses ofriciers de bouche chargés d'acheter du pois- Son, En même temps, il protesta par ministère d'huissier Contre le droit que s'attribuait d'Epernon, comme captai de Buch, d'empêcher tout individu d'acheter du poisson avant qu'il n'eût fait lui-même ses achats. Peu après, par ordre du duc, le lieutenant de sesgardes, sous prétexte de demander au prélat de reconnaître ceux des soldats du duc dont il avait à se plaindre, arrêta le carrosse dans lequel se trouvait de Sourdis, revêtu de ses ornements pontificaux. Celui-ci, furieux, s'élança hors de sa voiture, gagna k pied son palais, convoqua ses chanoines et ses curés et déclara que fe lieutenant Naugas avait encouru l'excommunication. Le duc d'Epernon, à qui il envoya une députation pour demander une réparation, envoya promener la députation. L'archevêque ordonna alors des prières publiques pour la conversion du gou- ■ verneur, frappa d excommunication tout préi tre qui dirait la messe dans son palais, et 1 saisit de l'affaire le cardinal de Richelieu. De 1 son côté, d'Epernon réunit un certain nombre de prêtres qui déclarèrent l'excommunication illicite et fit défense de tenir aucune ; assemblée extraordinaire à l'archevêché. A I cette nouvelle, Sourdis sortit de son palais épiscopal et parcourut la ville en criant : ' A moi, mon peuple, il n'y a plus de liberté pour l'Eglise. • Informé que l'archevêque provoquait un soulèvement contre lui, d'Epernon, furieux, marcha k sa rencontre, saisit brusquement le prélat par le bras, l'apostropha violemment et le frappa de sa canne. Sourdis parvint à se dégager, déclara le gouverneur et ses gardes excommuniés ipso facto et lança l'interdiction sur les églises de la ville. Le cardinal de Richelieu se prononça pour l'archevêque, et le duc d'Epernon reçut l'ordre de se retirer dans son château de Plassac. Toutefois, après le mariage du fils de d'Epernon avec une parente de Richelieu, celui-ci arrangea l'affaire et le gouverneur de la Guyenne consentit, malgré son orgueil, à faire quelques actes de soumission chrétienne.

En 1636, lorsque éclata la guerre avec l'Espagne, Sourdis fut nommé directeur du matériel de t'année et chef des conseils du roi en l'armée navale. Il rît preuve dans ces fonctions, peu compatibles avec sa dignité ecclésiastique, du courage et d'habileté, chassa les Espagnols des lies Sainte-Marguerite, les battit a Gattiiri, mais éprouva quelques revers qui le firent disgracier. On commença même contre lui une instruction, qui fut abandonnée après la mort de Richelieu (1643). A partir de cette époque, de Sourdis se retira k Bordeaux qu'il ne quitta guère que pour aller présider k Paris l'assemblée du clergé de France. Sa Coirespondance a été publiée par Eugène Sue (1S39, 3 vol. in-4«).

SOURD-MUET, SOURDE-MUETTE s. Personne sourde et muette, surtout celle qui est sourde de naissance, et qui, n'ayant pu entendre parler, n'a pu apprendra à parler elle-même : Les sourds-mukts pensent, mais seulement pur images. (De Bonald.)

— Adjectiv. : Ùes enfants sourds muets. Une femme sourde-mukttiî.

— Encycl. Considérations générales. La plupart des médecins et des instituteurs qui

! ont traité lu question de la surdi-mutité se ! sont bornés a dire que la mutité provient I de ce que l'enfant est venu au monde privé i de l'ouïe, ou bien de ce qu'il a perdu l'usage de ce sens dès les premières années de la vie. | L'intervention du sens de l'ouïe dans l'ap- 1 prentissage de la parole est donc tout à fait ! indispensable, et la raison physiologique en j est que l'ensemble des mouvements ttéces- [ saires k la production des sons ne peut être dirigé, d'une manière intelligente, que par l'intermédiaire du sens auquel ces mouvements s'adressent.

Le développement intellectuel et moral du sourd-muet qui n'a pas reçu d'instruction a été l'objet des appréciations les plus opposées de la part des philosophes et des instituteurs : les uns, exagérant la portée et les conséquences funestes de l'infirmité, ont fait

SOUR

du sourd-muet un simple automate incapable de s'élever lui-mê ne k la moindre notion intellectuelle ; les autres, méconnaissant les résultats inévitables de la surdi-mutité, ont fait aux sourds- nuets une part tellement belle, leur ont accordé une aptitude et des compensations si grandes, que, si on les écoutait, la condition de sourd-muet serait enviable. 11 est évident qu'il y a lk exagération des deux côtés. La surdi-mutité n'est pas toujours le résultat d'une affection, locale limitée au sens de l'ouïe. Souvent cette affection a son siège dans le cerveau, et toute l'économie se trouve plus ou moins empreinte du vice qui a entrUné la surdité ; la scrofule sous toutes ses for nés, la phthisie, pour ne citer que ces deux affections, se rencontrent plus fréquemment chez les sourds-muets que chez les autres individus.

Voici, d'ailleuri, les conclusions que M. Edouard Fourme, médecin k l'Institut national des sourds- muets, pose dans un remarquable ouvrage intitulé : Physiologie et instruction du sourd-muet (Paris, 1868).

1° Le sourd-mue,' est celui qui, faute d'entendre, ne peut pas apprendre k parler.

2° L'infériorité relative du sourd-muet tient à plusieurs causes : toujours a la privation du sens de l'ouïe, et parfois à l'état Jiathésique qui, en produisant la surdité, a pu provoquer des altérations dans les autres organes, et particulièrement dans le cerveau.

3° Les facultés intellectuelles et morales du sourd-muet sont, en principe, les mêmes que celles de l'entendant parlant.

4° Le sourd-muet, avant toute instruction, possède un langage qui lui permet d'acquérir les notions les pi us variées dans le monde physique, intellectuel et moral.

5° Il appartient donc aux instituteurs, non pas' de défricher l'intelligence du sourd-muet, mais de la développer, de l'enrichir, en adoptant la marche naturelle qu'elle a suivie jusque-là.

De tout temps, il c oit y avoir eu des sourdsmuets ; mais il faut arriver au xva siècle pour trouver le premier oxemple d'un sourd-muet instruit. Rodolphe Agricola (1480), professeur de philosophie à l'université d'IIeidelberg, dit avoir vu un individu, sourd dès le berceau, et par conséquent muet, qui avait appris à comprendre tout ce qui était écrit par d'autres personnes, et qui, lui-même, exprimait toutes ses pensées par écrit, comme s'il eût eu l'usage de la parole. Ce fait reste isolé ; mais, un siècle plus tard, le problème de la régénération du sourd-muet par l'éducation se pose d'une nanière formelle devant le monde savant, et l'on voit bientôt toutes les nations travailler k la solution de ce problème.

En Italie, c'est Jérôme Cardan (1501) qui, k propos de l'observation de Rodolphe Agricola, exprime quelques vues saisissantes sur la possibilité d'instruire les sourds-muets. « Le sourd-muet doh apprendre à lire et k écrire, dit-il ; car il le peut aussi bien que l'aveugle.., Il faut /.lettre le sourd-muet en état d'entendre en lisant et de parler en écrivant. » Fabrice d'Aquapendente (1517), dans un traité d'anatomie sur les organes de la voix et de la parole, lonne quelques indications relatives k l'éducation des sourds-muets, Jean Bonifacio (1547], jurisconsulte et écrivain, dans un traité où il expose l'art d'instruire les sourds-muits, décrit le langage d'action; il le met au niveau de la parole et le considère comme étant plus riche et plus éloquent. Aflinate, Luna, Terri expriment les mêmes vues sommaires.

C'est l'Espagne qui, la première, a produit de véritables instituteurs de sourds-muets. Le premier en date est Pierre de Ponce, bénédictin du monastère d'Ofia (1584). 11 enseigna la parole et l'écriture avec un tel succès, que ses élèves pouvaient soutenir des discussions en public. Jean-Paul Bonnet, secrétaire du connétabh de Castille (1620), se chargea d'élever le frère de ce gentilhomme, devenu sourd k l'âge fe quatre ans. Dans un livre intitulé : Arte para ensenar a habtur a los mudos, il expose le système qu'il a adopté. Il employa simultanément le langage d action, l'écriture, la dactylologie et l'alphabet gutturo-labial.

L'Angleterre voyait paraître, k la même époque, les travaux de Wallis, professeur d arithmétique k l'université d'Oxtord. Dans la préface d'une grainnaire anglaise publiée en 1653, Wallis décla e qu'il croit exécuter un travail qui n'a encore été tenté par personne, k sa connaissance. Il veut parler de l'enseignement de la parole aux sourds-muets par des procédés particuliers. L'articulation fut, en efftst, son premier instrument d'enseignement ; mais il l'abandonna bientôt, ayant remarqué que les beaux résultats qu'il avait obtenus étaient plus apparents que solides.

En Hollande, Van Helmont (1692) , fils de l'illustre alchimiste et médecin belge, prétendait être arrivé à mettre, en trois semaines, un sourd-muet eu état de répondre aux questions qui lui étaient posées, k condition qu'on lui parlât leti .entent et bouche ouverte. Il publia une Pkjsiologie de la parole et joignit a son ouvrage uue série de gravures représentant quelques-unes des dispositions de l'appareil vol'l.I. Eu Hollande aussi, Conrad Amitiann, médecin suisse, s'occupa de faire parler les sourds-muets. Il a laissé un traité : Sttrdus loquens.

fOUR

En Portugal, Rodriguez Pereira ajouta aux procédés déjà connus un alphabet manuel dont il avait recueilli l'idée dans les collèges d'Espagne.

En Allemagne, nous trouvons également un certain nombre d'instituteurs, entre autres Elia Schulze, BUchner, et Liecwitz qui suivit la méthode de Conrad Ammann et publia un travail intitulé : Dhsertatio de voce et loquela.

La France est, de toutes les nations, celle qui s'occupa le plus tard do l'instruction des sourds-muets ; mais il est juste de dire qu'elle produisit l'immortel abbé de L'Epée.

L'abbé de L'Epée comprit que, le sens de l'ouïe étant absent.chez le muet, il n était pas logique de songer k lui faire traduire directement la parole; il imagina de lui faire traduire l'écriture, qui, elle-même, n'est qu'une traduction du langage parlé. Perfectionner, développer le langage mimique primitif, de manière k lui faire représenter toutes les notions qui ont une expression dans notre langue, tel fut le but qu'il no cessa de poursuivre dans son enseignement. Les instituteurs d'aujourd'hui appellent «intuitive » la méthode de l'abbé de L'Epée ; ils auraient dû lui laisser le nom de méthode naturelle. Cependant, quoique partant d'un principe absolument vrai, celui-ci: que tout signe sonore peut être représenté avec le même sens par un signe mimique, l'abbé de L'Epée ne tint pas assez compte du génie de formation spécial au langage mimique. Il y a, dans nos langues, d'autres éléments que ca langage ne laisse pas soupçonner; ce sont tous les mots qui relient entre elles les différentes propositions ot sur lesquels reposent l'unité et l'enchaînement du discours, les conjonctions or, donc, si, mais, parce que, afin que, quoique, etc., qu'aucun geste ne saurait traduire. Aussi le langage d'action a-t-il sa syntaxe particulière, ou plutôt une construction qui diffère de celle de nos langues parlées. Nous n'avons pas à nous étendre sur les imperfections de la méthode de l'abbé de L'Epée ; nous dirons seulement qu'avant lui le sourd-muft était considéré par ta grande masse du public et par l'Etat, dans sa législation, comme un être inférieur, incapable de recevoir la moindre instruction, qu'il l'a élevé au niveau de l'homme parlant et qu'il a accompli cette belle œuvre en établissant l'enseignement sur un principe vrai : ■ possibilité de traduire le signe écrit, avec le sens qu'il représente, en langue mimique. •

Les successeurs de l'abbé de L'Epée, sous prétexte de perfectionnement, ont banni de l'instruction des sourds-muets le langage mimique, et ils l'ont remplacé par un système (l'enseignement qui repose sur deux erreurs fondamentales immenses : imbus de cette croyance qu'on peut penser avec les signes de l'écriture sans l'intermédiaire obligé d'un langage physiologique préexistant, ils ont voulu enseigner directement l'écriture nationale au sourd-muet sans le secours du langage mimique; telle est la première erreur. La seconde est basée sur ta crovance k la possibilité de rendre la parole a tous les sourds-muets indistinctement.

L'abbé de L'Epée avait fuit école; un certain nombre d'instituteurs avaient adopté sans contrôle et même avec enthousiasme la méthode du maître : l'abbé Sicard, en France • les abbés Storck et Nay, k Vienne; l'abbé Sylvestri, à Rome; Ulrich, k Zurich; d'Arigolo et d'Aléa, en Espagne; Dole et Guyot, en Hollande.

Puis, un jour, on abandonna complètement cette méthode. Bebian, directeur à l'Institut de Paris, lui porta les premiers coups; Ordinaire, qui lui succéda, enchérit sur la sévérité de Bebian ; il interdit aux sourds-muets l'usage du langage mimique et exigea qu'ils apprissent la parole articulée. Les résultats furent si déplorables que l'administration dut intervenir ; alors on adopta une méthode mixte, qui est actuellement encore en vigueur. Cette méthode est constituée par un ensemble de procédés destinés à enseigner notre langue parlée aux sourdsmuets.

Ces procédés sont au nombre de cinq :

signes mimiques, écriture, mimophonie , dactylologie et dessin. On les emploie dans l'ancien comme dans le nouveau monde, et la manière dont on se sert de ces procédés constitue les diverses méthodes d enseignement, méthodes qui peuvent être réduites k deux, la méthode française et la méthode allemande.

— Méthode française. La méthode française celle qui est en usage k l'Institut de Paris, est caractérisée par l'emploi simultané des moyens que nous venons d'énuinérer, mais avec une tendance de plus en plus marquée à laisser de côté le langage mimique, que l'on considère comme un accessoire plutôt gênant qu'utile, et bon tout au plus à établir un moyen de communication entre le professeur et le sourd-muet dans les premiers mois de son éducation. Par contre, on s'attache à donner une importance de plus en plus exagérée k l'enseignement de l'articulalion de la parole. Celte exagération repose sur la méconnaissance de la valeur de la mimophonie et sur le désir immodéré do faire produire au sourd-muet des sons simulant la parole.

C'est une ambition puérile et vaine que

SOUR

celle qui conduit les instituteurs à faire exécuter aux élèves de véritables tours de force, sans profit pour leur développement intellectuel, sans utilité pour leurs relations avec les autres hommes. La méthode adoptée dans l'institut de Paris est généralement suivie dans toutes les institn lions de la France, mais avec des modifications qui, sans la dénaturer complètement dans son principe, lui impriment un caractère ou progressif ou rétrograde, selon que l'on donne plus ou moins d'importance à l'un ou à l'autre des procédés. Ainsi, à l'institut de Bordeaux, loin de restreindre, comme à Paris, l'emploi du langage mimique, on tend, au contraire, à le perfectionner de plus en plus, avec la conviction que le développement intellectuel du sourdmuet est en proportion de ce perfectionnement; conviction qui a inspiré l'idée de fonder un prix spécial pour le langage mimique, La méthode des frères de Saint-Gabriel ne diffère pas essentiellement de celle qui est suivie à Bordeaux. L'écriture, considérée comme l'expression de la pensée, est le but principal de leur enseignement; considérée comme moyen d'enseignement, elle n'est qu'accessoire, qu'elle vienne de la plume ou des doigts. Cependant, le langage d'action, employé comme moyen d'instruction, n'exclut pas, chez eux, tout autre système. La très-grande part faite au langage mimique dans leur méthode est un des principaux motifs du succès qu'ils obtiennent dans leur établissement. La différence qui existe la plupart du temps entre la manière dont on procode dans chaque école n'est jamais radicale ; le désaccord repose le plus souvent sur l'emploi plus fréquent de tel ou tel procédé, fait par telle ou telle maison. Tantôt, c'est à l'enseignement de la parole (Paris) que l'on accorde la plus grande part; tantôt, c'est à la dactylologie (Nancy) ; ici, c'est le dessin qui joue un rôle considérable; là, on en rejette l'emploi, etc., etc. Toutes ces méthodes (sauf deux écoles protestantes, l'une à, Saint- Hippolyte-du-Fort, l'autre près de Strasbourg) sont des rameaux da la méthode française, ou pour mieux dire de la méthode de l'abbé de L'Epée, débarrassée des « signes méthodiques , » mois embarrassée de !a pseudo-parole. Leur but, plus ou moins avoué, est le développement do l'intelligence au moyen du langage mimique, et leur principal moyen est 1 enseignement de l'écriture. Quant à la parole articulée, elle est le but ostensible, ou plutôt le premier résultat que l'on s'empresse d'acquérir, parce qu'il donne k l'instituteur une satisfaction d' amour-propre et parce qu'il flatte l'ambition impatiente des parents. L'enfant parle, il est vrai; mais il s'exprime d'une façon désagréable; son vocabulaire est très-limité; et si son intelligence n'a pas été développés par la mimique, il fait entendre quelques sons barbares, plutôt qu'il ne parle. La méthode française est appliquée en France, en Belgique, en Angleterre (excepté à Londres), en Espagne, en Italie, en Amérique et dans l'Allemagne du Sud, combinée avec la méthode allemande.

— Méthode allemande. La méthode allemande, qu'on a l'habitude de personnifier dans Heinecke, bien que celui-ci ne puisse à aucun titre revendiquer la gloire de son invention, repose sur l'enseignement de la parole, qu'elle regarde comme l'instrument premier et indispensable du développement de la pensée. La lecture, l'écriture, l'alphabet manuel, le dessin ne sont que des instruments secondaires, du secours desquels on né se prive pas absolument, mais qu on relègue volontiers aux plans secondaires. Cette méthode est en usage dans toute l'Allemagne du Nord, dans l'institution de Londres et dans les deux institutions protestantes de France.

La seule conclusion que nous puissions légitimement tirer de cet examen, que nous avons dû réduire dans les plus étroites limites, est que l'enseignement du sourd-muet ne repose sur aucune base solide ; l'esprit qui dirige l'emploi des procédés en usage varie d'école à école, d'individu à individu, et cette variété même est l'indice de la confusion qui règne'et de l'absence- de tout principe; mais nous croyons qu'il est fort heureux qu'il en soit ainsi. Les universités, les instituts, les académies et autres institutions toutes antilibérales, sans exception, n'ont déjà que trop de propension à dogmatiser tous leurs systèmes, et conséqueimnent à les éterniser pour le plus grand mal de l'humanité. Voyez ce qui, jusqu à présent, s'est passé dans notre système d'instruction publique, où l'on fait perdre aux enfants leurs plus belles années à apprendre mille inutilités, leur cachant avec soin tout ce dont on devrait les instruire. Quant à l'instruction des sourds-muets, cette division des professeurs amènera nécessairement par la suite des perfectionnements et finira par l'éclosion d une méthode rationnelle temporaire, jusqu'à ce qu'une méthode plus rationnelle encore et plus en rapport avec les progrès incessants de l'humanité et des sciences se produise. Les personnes que ce sujet intéresserait pourront se reporter à l'ouvrage de M. Edouard Fournie, que nous avons cité plus haut; ils y trouveront des considérations sur la physiologie de ia pensée, de la parole, du langage mimique et un pian d'enseignement d'après les données physiologiques.

Avant de clore ces considérations géné-

SOUR

raies sur les méthodes employées pour l'éducation des sourds-muets, nous devons mentionner un fait qui s'est passé a Paris vers la fin de l'année 1874 et qui prouvera que, si quelques hommes dévoués passent leur vie à chercher sérieusement le moyen de diminuer l'isolement forcé des individus affligés de surdi-mutité, il en est qui ne songent qu'à se faire une réclame de quelques résultats obtenus au moyen de procédés qui tendent, non à développer l'intelligence et le savoir des sourds-muets, mais à leur faire prononcer mécaniquement quelques sons plus ou moins mal articulés.

Vers le mois de septembre 1874, un Italien, professeur de musique, prétendit avoir trouvé le moyen de faire parler les sourdsmuets. Il se servait, pour obtenir ce résultat, d'engins singuliers et de procédés bizarres. Le piano et une certaine tension musculaire étaient les agents principaux employés par lui; ils devaient donner en six mois un sujet capable de répondre avec aisance, disaient les prôneurs du musicien italien, à toutes les questions. Des expériences publiques eurent heu, et, en effet, on put voir sur une estrade des sourds-muets articulant quelques mots appris par cœur et répondant à quelques questions très -simples. Voici comment M. Houdin, fondateur et directeur da l'école des sourds-muets de Passy, apprécia cette expérience. Nous extrayons cette appréciation d'un article publié dans le journal le XlXa siècle au mois de septembre 1874, sous la signature de M. Francisque Sarcey :

« Je demandais à M. Houdin..., qui depuis trente-trois ans exerce un enseignement auquel ii a voué toute sa vie..., je lui demandais ce qu'il fallait penser de ces expériences publiques. On nous montrait bien des sourrfsmuets sur une estrade, articulant des sons, répétant des phrases évidemment apprises par cœur et répondant à des questions fort simples. Mais sous cette science d'apparat, qu'y avait-il de réel? En était-il de ces sourds-muets comme de cette agriculture de laboratoire, prônée par de savants laboureurs en chambre, qui donne des résultats admirables dans le silence du cabinet et de cruels mécomptes aux champs. Une fois hors de l'amphithéâtre et rendus à la vie publique, ces sourds-muets peuvent-ils tirer quelque parti de cette parole qu'on prétend leur avoir rendue ? Ont-ils un vrai langage ? Entendentils les idées qu'ils expriment eux-mêmes, et se font-ils comprendre des autres?

11 sourit en haussant légèrement les épaules.

« Combien faut-il, à peu près, me dit-il, pour enseigner aux enfants qui jouissent du sens de l'ouïe à parler leur langue, pour les munir complètement de ce moyen de communication avec leurs semblables?

• — Dame ! je ne sais...

» — Cet enseignement, prend l'enfanta dixhuit mois ou deux ans;'il se continue durant sept ou huit années, sans, une seule minute d'interruption. L'enfant a pour maîtres incessants et sa mère, et les domestiques, et les voisins, et les amis, et ses petits camarades, et tout le monde. Et au bout de ce temps, combien de mots sait-il? Quelle est la somme d'idées qu'il pourrait traduire ? bien pauvre assurément...

• Et vous voulez qu'un sourd-muet, chez qui la nature a fermé 1 une des portes de l'intelligence, apprenne en six mois ce qu'on n'enseigne à 1 autre qu'en huit ans d'efforts I Mais à ce compte, il n'y aurait qu'un parti à prendre, ce serait de chercher à rendre sourds, aussi sourds que possible, les malheureux affligés de l'ouïe, afin d'abréger miraculeusement la durée de leur éducation.

■ C'est là de la fantasmagorie, et pour trancher le mot, du charlatanisme. Les farceurs qui battent la grosse caisse autour de ces prétendus prodiges font un grand tort à la noble et sainte cause de la parole rendue aux muets. Car il est possible de la leur rendre ; c'est à cela que je travaille depuis trente ans, après beaucoup d'autres qui ont usé leur vie à ce problème. Il est résolu aujourd'hui, mais dans la mesure où il peut l'être et en tenant compte des éléments nécessaires qu'il comporte.

» Le premier est le maître, et le second le temps.

i Pour apprendre à un sourd l'usage de la parole, il faut presque un maître par élève. C'est ce qui fait que cette, méthode ne peut guère être appliquée à l'Institution nationale des sourds-muets et qu'elle ne l'est dans presque aucune des écoles de France. Le langage mimique s'enseigne à la fois à un assez grand nombre de jeunes gens; c'est déjà beaucoup que de les mettre ainsi à même de causer entre eux, que de leur ouvrir une foule d'idées qui semblaient devoir leur être à tout jamais fermées. Aussi ne va-t-on pus plus loin dans la plupart des établissements publics; et il faut bien le reconnaître, à moins d'une dépense excessive et peu en rapport avec le résultat cherché, il faudra s'en tenir là pour l'enseignement du plus grand nombre. >

Telle est l'opinion de M. Houdin surlesprocédés expéditifs employés pour faire parler les sourds-muets.

Ceci dit, et tout en souhaitant, ce qui certes se présentera bien quelque jour, que les méthodes multiples employées aujourd'hui soient ramenées à une méthode rationnelle

SOUR

nous allons abandonner ce sujet et faire l'histoire des institutions fondées pour l'éducation des sourds-muets.

— Institutions fondées pour l'instruction des sourds-muets. Nous empruntons les détails qui vont suivre à un article de M. Francis Aubert, publié dans le Moniteur universel.

L'abbé de L'Epée ouvrit en 1760 la première école publique qui ait été dans notre pays destinée à l'instruction des sourds-muets. Elle se tenait chez lui, rue des Moulins, no 14, et, grâce à ses sacrifices personnels, elle compta en peu de temps soixante-douze élèves.

Le patronage de la reine Marie-Antoinette attira bientôt tous les regards sur l'institution naissante et assura la prospérité d'une oeuvre qui devait permettre d'appeler un jour aux relations sociales et aune existence normale des milliers d'infirmes. L'empereur Joseph II, qui dans son voyage h Paris porta sur toutes choses une attention curieuse, avait assisté aux cours de l'abbé ; il en avait parlé avec enthousiasme à la reine, sa sœur, qui, à son tour, avait voulu voir l'humble école. Elle s'empressa de la protéger et obtint du roi plusieurs arrêts qui permirent à l'établissement de so consolider et de s'étendre.

Le 21 novembre 1778, Louis XVI prit l'œuvre sous sa protection et décida qu'une maison d'éducation, institution de l'Etat, serait consacrée , à Paris , aux sourds - muets et sourdes-muettes. En 1785, l'ancien couvent des Célestins fut affecté à cette destination, en même temps que la maison était dotée d'une rente annuelle de 3,400 livres, destinée à l'entretien des élèves indigent?.

Encouragé par ces faveurs, l'abbé de L'E-. pée se donna tout entier à ses enfants d'adoption. Joseph II lui avait offert une abbaye. ■ Je suis déjà vieux, sire, avait -il dit; si Votre Majesté veut du bien aux sourds-muets, ce n'est pas sur ma tête déjà courbée vers la tombe qu'il faut le placer, c'est sur l'œuvre même. »

En 1780, l'ambassadeur de Russie, étant venu le féliciter de la part de l'impératrice Catherine II, lui offrit de riches présents. • Monsieur l'ambassadeur, répondit-il, veuillez dire à Sa Majesté que je ne lui demande pour toute faveur que de m'envoyer un sourd-muet que j'instruirai. >

Trente enfants étaient entretenus à ses frais; son revenu personnel ne dépassait pas 12,000 livres, mais à force do privations il suffisait à tout. Pendant le rude hiver de 1789 , le vénérable vieillard resta quelque temps sans feu ; ses élèves le forcèrent à acheter du bois; il leur répéta souvent ces mots : « Mes amis, je vous ai fait tort de 100 écus. »

L'une de ses grandes préoccupations avait été de former des hommes capables de le remplacer et de propager son enseignement. Après sa mort (1789), l'abbé Sicard , l'un de ses principaux disciples, fut appelé à lui succéder et continua les traditions de son maître.

Comme le fondateur de la maison, il parvint à faire de plusieurs sourds-muets des sourds parlants.

L'abbé Sicard fixa aussi les procédés de la méthode intuitive qui, sans proscrire l'usage de la langue des signes , le limite aux cas où il serait impossible de le remplacer par la langue écrite ou parlée. C'est cette méthode, dans laquelle l'écriture au tableau tient la place principale, que l'on suit aujourd'hui dans l'établissement.

L'Institution des soitrds-mtieis et celle des Jeunes-Aveugles furent momentanément réunies au couvent des Célestins; mais, en 1794, les sourds-muets furent installés dans l'ancien séminaire de Saint-Magloire, où ils sont encore. Un décret de la Convention, rendu le 5 janvier 1795, confirma à l'institution le titre d'établissement national et y créa soixante places gratuites pour les indigents; les bourses étaient de 500 francs pendant les trois premières années; les études duraient cinq ans; les élèves devaient apprendre Un métier.

Après la mort de l'abbé Sicard en 1822, la durée du cours d'études fut portée à six ans. En 1859, l'Institution des sourds-muets de Paris fut affectée exclusivement aux garçons, et celle de Bordeaux aux filles; d'où il résulta un échange d'élèves en nombre à peu près égal. Enfin, une réorganisation complète de l'enseignement proposée par le directeur d'alors, M. de Col, a été approuvée, et la subvention annuelle augmentée de 16,000 francs. Telle est l'histoire de la fondation de l'abbé de L'Epée.

Les réformes de 1859 ont été si générales, qu'il suffit de les exposer pour présenter un tableau complet de l'état actuel de l'enseignement dans la maison de la rue Saint- Jacques.

La durée du cours d'études a été portée de six à sept anj, et, par suite de la création d'emplois de répétiteurs, le nombre d'heures consacrées chaque jour à l'instruction intellectuelle des entants a été plus que doublé. L'enseignement professionnel, que reçoivent dans les ateliers ceux des jeunes sourdsmuets qui sont destinés à chercher dans le travail manuel des moyens d'existence a reçu le même développement.

On n'avait jamais cessé, depuis l'abbé Si-

SOUR

card, d'enseigner aux élèves qui montraient de l'nptitude pour cette double étude l'articulation de la parole et la lecture des mots sur les lèvres. Cet enseignement a été étendu à tous; ceux-là seuls qui, après une expérience prolongée, sont reconnus incapables d'en profiter cessent de le recevoir.

En outre, le cadre de l'enseignement a été considérablement élargi; il comprend depuis six ans : l'instruction religieuse, donnée par l'aumônier de l'établissement; le programme entier des écoles primaires élémentaires, l'articulation de la parole et la lecture des mots sur les lèvres, le dessin linéaire, le dessin des machines, le lavis, le dessin artistique.

Parallèlement à l'instruction professionnelle, qui produit des jardiniers, des menuisiers, des cordonniers, des tourneurs, des relieurs, des imprimeurs et dessinateurs lithographes , des chromolithographes et des sculpteurs Sur bois pour l'industrie , (es élèves doués de dispositions exceptionnelles ou appartenant à des familles aisées reçoivent un enseignement supérieur, qui embrasse la langue et la grammaire complètes, l'histoire, la géographie et le droit usuel, les éléments de la géométrie, de l'algèbre, de la physique, de la chimie, de la mécanique et de l'histoire naturelle, et au besoin le latin et l'anglais. Ces études peuvent être poussées au point de permettre aux sourds-mue t s d'obtenir les grades de bachelier es lettres ou es sciences.

Enfin, depuis deux ans, un cours normal gratuit est professé par le censeur chef de 1 enseignement pour les personnes françaises ou étrangères qui s'occupent de l'éducation des sourds-muets.

Indépendamment des élèves payants, rétablissement reçoit les boursiers des départements, des communes ou des administrations charitables et ceux de l'Etat, qui dispose de cent quarante bourses divisibles en fractions. Ces bourses sont concédées, sur la proposition du ministre de l'intérieur, par le chef de l'Etat.

Une société générale de patronage, la Société centrale d éducation et d'assistance pour les sourds-muets en France, prête son appui aux élèves à leur sortie de l'institution.

La maison de la rue Saint-Jacques présente, du côté de l'entrée principale, une haute et large façade, appuyée à deux ailes en retour; du côté opposé, l'édifice offre la même disposition. En avant du la maison est une vaste cour, entourée d'un portique et vers le milieu de laquelle s'élève, à 50 mètres de hauteur, un orme magnifique, que l'on appelle l'arbre de l'abbé Sicard, et qui, suivant la tradition, a été planté par Sully dans Une visite qu'il lit à l'abbaye des frères de la Miséricorde. Eu arrière se trouve une large terrasse donnant sur un vaste jardin, où l'on enseigne la culture, et un gymnase.

On remarque surtout la salie des exercices publics, qui est décorée avec un goût original et élégant, et la chapelle qui, ornée de bonnes peintures, contient entre autres un excellent tableau, peint par un ancien élève de l'institution, la Mort de l'abbé de L'Epée.

NousHenninons par quelques mots sur le sujet d'une toile du peintre Ponce-Camus (1776-1839), qui remplit le fond latéral d'une galerie vitrée, située au premier étage, audessus du portique donnant sur la cour.

Un jour, la mère Saint-Antoine, religieuse k l'Hotel-Dieu, présenta un jeune sourdmuet à l'abbé de l'Eppe, en lui disant que c'était un enfant que ses parents avaient abandonné et qui avait été recueilli par des personnes charitables. L'abbé s'intéresse à cet enfant; l'habitude qu'il a acquise de s'entretenir avec des muets et de comprendre leur langage le conduit a cette persuasion : que l'enfant venait de bien loin; qu'après la mort de son père, un. ami de celui-ci l'avait fait monter dans une voiture; qu'arrivé en un certain lieu, son compagnon de voyage l'avait fait descendre et avait disparu. Son père était riche et demeurait dans une belle maison. C'était évidemment un enfant qu'on avait écarté, afin de s'emparer de sa fortune ; mais comment arriver à retrouver sa famille? A force de l'interroger, son protecteur finit par avoir une indication : le petit abandonné lui dit que son père avait coutume de mettre une robe rouge par-dessus ses habits et de se coiffer d'uu bonnet orné de trois galons d'or : c'était le fils d'un magistrat. L'abbé l'envoya aussitôt en tournée dans toutes les villes de parlement; un professeur de l'école l'accompagnait. A Toulouse, l'enfant se reconnut; son précepteur lui fit alors parcourir toute la ville, l'interrogeant à chaque rue. Devant un hôtel important, l'orphelin fut pris d'une émotion extraordinaire et fit comprendre que c'était là qu'il avait demeuré. Ou s'informa : c'était l'hôtel des comtes de Solar ; le dernier, président à mortier, était mort depuis peu, et comme « il n'avait laissé qu'un enfant frappé d'idiotisme, qui s'était enfui et dont on n'avait jamais eu la moindre nouvelle, » des collatéraux avaient hérité du magistrat. Nous avons déjà raconté ailleurs toute cette histoire, avec quelques variantes dans certains détails; car beaucoup de points sont restés obscurs.

Ponce-Camus a représenté le jeune comte (auquel il a donné l'âge d'un adolescent) au moment où il reconnaît la maison paternelle; les yeux fixés sur ce seuil d'où il a été banni, il presse sur sa poitrine la main do son bie.u-

SOUR

faiteur (ici c'est l'abbé lui-même qui est en scène).

— Etablissement de sourdes-muettes à Bordeaux. Avant de recueillir la succession de l'abbé de L'Epée, l'abbé Sir.ard avait fondé à Bordeaux, en 1785 , et dirigé depuis lors un établissement institué sur les mêmes bases que celui de Paris, où du reste il était venu s'instruire pendant deux ans.

M. Saint- Sernin remplaça l'abbé Sicard lorsque ce dernier prit la direction de la maisou de Paris ; et, à son tour, il Ht preuve du plus grand dévouement, puisqu'il aliéna pour soutenir l'œuvre tout ce qu'il possédait , notamment une maison d'éducation qui était en pleine prospérité.

Il établit d'abord ses élèves dans une maison particulière de la rue Capdeviile ; on lui concéda ensuite provisoirement les bâtiments des Minimes dont l'ordre venait d'être supprimé, puis on lui accorda Je couvent des Catherinettes, qui était devenu propriété nationale.

Al. Saint-Sernin obtint que l'école des Sourds- Muets de Bordeaux fût, comme celle de Paris, déclarée établissement national (1793).

Le décret de la Convention du 5 janvier 1785, que nous avons déjà cité, «'appliquait, en même temps qu'à l'institution de Paris, à celle de Bordeaux; l'organisation était la même : les places gratuites étaient au nombre de soixante ; les bourses étaient de 500 francs pendant les trois premières années, etc.

Cependant M. Saint-Sernin, que l'enseignement absorbait, ne se trouvait pas suffisamment secondé par le personnel non enseignant ; la maison laissait à désirer sous le rapport de la tenue : plusieurs services étaient en souffrance; les soins donnés aux enfants étaient incomplets. En 1S04, l'instituteur en chef obtint que des religieuses, les sceura de la congrégation des daines de Nevers, prissent la place des personnes laïques qui l'avaient assisté jusqu'alors.

En 1859, nous l'avons dit, la maison de Bordeaux envoya à Paris ses sourds • muets et reçut les sourdes-muettes de Paris , les deux institutions cessant d'être mixtes.

L'institution de Bordeaux reçoit des pensionnaires envoyées par les familles, qui payent de 600 à 1,000 francs, suivant leurs moyens, et des boursières de l'Etat, des départements , des communes et des établissements hospitaliers (500 francs). Les bourses de l'Etat sont représentées par une allocation de 03,000 francs par an.

Au commencement de l'année scolaire 1864-1865, la maison comptait 110 élèves.

La durée des études est de six ans, sauf de rares exceptions.

L'enseignement, qui est confié à seize sœurs de Nevers , comprend l'étude pratique du langage usuel, l'écriture, le calcul, les no» tions religieuses essentielles et, à partir de la troisième année, le catéchisme, le perfectionnement de la langue écrite, l'histoire sainte, l'histoire de France, la géographie, l'arithmétique et le dessin.

Les travaux de Fouvroir, dont aucune pensionnaire n'est exemptée, sont : le tricot, le ravaudage, la couture, la taille des robes, la broderie, la tapisserie. On enseigne aussi aux élèves le repassage, et elles ne sont étrangères à aucun des soins domestiques.

Il n'existe pas de société de patronage pour les sourdes-muettes sorties de l'institution ; mais l'administration de l'assistance publique continue sa protection aux pensionnaires qu'elle y a placées, tandis qu'un asile, fondé à Bordeaux pour orphelines sourdesmuettes en bas âge, recueille aussi quelquesunes des anciennes pensionnaires.

— Autres établissements de sourds-muets.

11 existe aussi à Chambéry un établissement destiné a l'instruction des sourds-muets. Il est dû à une Française, M11» Madeleine Barthélémy, qui, après avoir dirigé une école de sourds-muets dans le département de la Haute- Loire, ouvrit à Chambéry, en 1841, une maison d'éducation pour les jeunes filles sourdes-muettes. Les garçons n'y étaient admis que comme externes. MHo Barthélémy commença avec ses seules ressources personnelles.

Soutenue par l'archevêque de Chambéry et par plusieurs personnes généreuses, elle put cependant, dès 1842, recevoir comme pensionnaires les sourds -muets des deux sexes, l'abbé de Saint-Sulpice se chargeant de l'éducation des garçons.

En 1846, l'œuvre devint établissement public. Le roi Charles-Albert la reconnut, la prit sous sa protection spéciale et lui conféra le titre d'institution royale ; en même temps, un subside annuel de 4,000 livres était accordé, entraînant pour le gouvernementsarde le droit de nommer à un certain nombre de places gratuites. D'un autre côté, les subventions des conseils provinciaux du duché de Savoie, les souscriptions de la ville de Chambéry et les offrandes des particuliers fournissaient un contingent respectable.

Les jeunes filles, au nombre de 12 à 15, étaient placées dans des bâtiments spéciaux du couvent des dames religieuses du Sacré- Cœur, qui étaient chargées de leur éducation, moyennant un prix de pension annuelle de 300 francs par lé te. Les 15 à 18 garçons occupaient une petite propriété rurale dite i)e Saint-Louis-du-Mont, située à s kilom. de

SOUR

la ville et appartenant au séminaire; aux frères des Ecoles chrétiennes était dévolue la tâche de les instruire.

Les deux écoles étaient administrées par une commission présidée par l'archevêque de Chambéry et composée de deux membresnés, le premier syndic et le curé de la cathédrale, et de six membres électifs.

L'annexion de la Savoie à la France assura à l'établissement de nouveaux avantages.

L'institution de Chambéry fut rangée au nombre des établissements généraux de bienfaisance , et une subvention annuelle de 25,000 francs lui fut accordée.

On cessa de louer la petite propriété de Saint-Louis-du-Mont, dont les terrains trop peu étendus n'étaient pas favorables aux études agricoles, et acquisition fut faite, au moyen d un emprunt de 170,000 francs, du domaine de Corinthe, situé a 3 kilom. de la ville et composé d'un ancien château, d'une ferme et de 12 hectares de jardins, vignes, prés et terres labourables.

Les dames du Sacré-Cœur et les frères ont continué d'instruire les sourds-muets de Chambéry.

Les cours durent six années; l'enseignement est sembabla a celui des maisons de Paris et de Bordeaux. Les élèves reçoivent l'éducation morale et religieuse et l'instruction élémentaire; on les exerce, en outre, aux travaux manuels qui doivent, à leur sortie, leur fournir des moyens d'existence.

Un traité a été passé avec les dames du Sacré-Cœur, qui se sont engagées à prendre jusqu'à 25 jeunes filles moyennant un prix de pension de 400 francs et un trousseau de 240 francs ; l'administration rémunère, en outre, deux surveillantes.

A la maison de Corinthe, le directeur, l'économe, le chef d'agriculture, les quatre professeurs et les deux chefs d'atelier sont tou3 des frères.

On ne peut être admis boursier qu'entre dix et quinze ans. Le prix de la pension varie entre 600 et 400 francs, suivant les ressources de la famille des pensionnaires; les départements, les communes, etc., payent 400 francs pour les enfants qu ils envoient.

A côté de ces établissements qui dépendent de l'Etat ou reçoivent de lui une subvention, on compte quelques maisons libres d'éducation des sourds-muets. Nous avons mentionné, au cours de cet article, la plus importante, celle qui fut fondée par M. Houdin à Pussy et qui est en pleine prospérité (1875).

On compte également à l'étranger de nombreuses institutions de sourds-muets.

— Législ. Au point de vue de la capacité juridique, la loi romaine plaçait les sourdsmuets sur la même ligne que les fous et les idiots : furiosi, mente capti, et les pourvoyait, de même que ces derniers, d'un curateur préposé à la gestion de leurs affaires. Le sourd-muet était nécessairement privé du droit de tester, de tous les droits civils celui peut-être que l'on avait le plus à cœur dan3 la société romaine. Il ne pouvait, en effet, faire un testament nuncupatif ou verbal; il ne pouvait tester par écrit dans l'une des formes multiples usitées, tant selon le droit prétorien que selon le droit civil romain; l'éducation primaire et même supérieure donnée aux infortunés atteints de surdi-mutité est une création toute moderne; l'antiquité ne s'occupa jamais de cela. Le sourd-muet était réduit à la gesticulation et aux signes pour exprimer sa pensée, et la faculté de tester de cette manière purement mimique n'existait en droit romain qu'en faveur des militaires auxquels, on le sait, toutes lesimmunités et tous les privilèges étaient prodigués.

Ce système de rigueur et d'incapacité passa en grande partie dans notre ancienne jurisprudence et notre ancienne législation française. L'ordonnance de 1735 n'accordait le droit de tester ou de disposer par actes entre vifs aux sourds-muets qu'autant qu'ils pouvaient exprimer leur volonté par écrit. Elle tenait comme non avenues leurs dispositions exprimées par gestes, alors même qu'elles avaient été traduites dans un acte écrit, rédigé en forme authentique par un officier public. Le code civil et les autres codes qui nous régissent ont été infiniment sobres de dispositions à l'égard des sourdsmuets. L'article 936 du code civil s'est occupé d'un point fort secondaire, à savoir de ce qui concerne l'acceptation des donations entre vifs qui peuvent être faites en leur faveur. Cet article dispose que le sourd-muet pourra accepter lui-même la libéralité, s'il sait écrire et exprimer son acceptation ; s'il est illettré et ne peut s'exprimer que par signes, le même article prescrit qu il lui sera donné un curateur ad lioc, avec l'assistance duquel l'acceptation aura lieu. Voilà, nous le répétons, un point d'un intérêt bien secondaire que le législateur s'est cru obligé de régler. Il aurait été d'une importance bien plus grande de s'expliquer sur les formes du mariage ou du testament en ce qui concerne les sourds-muets ; le législateur a négligé de le faire.

On trouve encore, relativement à la même catégorie de personnes, une disposition de détail dans l'article 333 du code d instruction criminelle. Cet article dispose que, dans le

SOUR

cas où un sourd-muet figure comme accusé ou comme témoir. dans on procès criminel, un interprète inhié à la signification de sa mimique sera appelé pour lui transmettre les interpellations des magistrats et traduire ses réponses. Cet article, pour le remarquer en passant, préjuge la question de sayoir si un sourd-muet, mène sans éducation et sans culture morale, peut être lié par une loi sociale qu'il ignore peut-être et s'il est punissable selon le droit commun. L'article 333 tranche la question dans le sens de l'affirmative ; il la tranche négligemment, en parlant d'autre chose et à propos d'un simple détail de procédaro.

On voit quelle est l'insuffisance des dispositions de nos lois sur la matière ; les dispositions positives ftnt défaut, et toute doctrine fixe est absente. La jurisprudence et les auteurs ont dû chercher à suppléer sur ce point aux regrettables lacunes de la législation. La science et la jurisprudence se sont montrées d'abord remarquablement timides. De nombreux auteurs, parmi les plus autorisés, ont refusé longtemps le droit de tester aux sourds-muets ne sachant pas écrire. Voici la substance de leur argumentation. Le sourdmuet qui ne sait pas écrire ne peut pas d'abord tester dans la forme olographe ; ceci est incontestable et incontesté. On ajoute

?n'il ne lui est pas davantage possible de aire un testament par acte notarié. L'article 972 du code Napoléon exige, dit-on, à peine de nullité, que ce testament soit dicté par le testateur et écrit par le notaire. Dicter, c'est prononcer oralement une déclaration couchée litléralement par écrit par une autre personne. Le sourd-muet ne peut remplir cette condit'on qui est de rigueur. Prétendrait-on qu'il suppléera par le geste à la parole? L'article 936 cité tout à l'heure repousse ce tempérament. Cet article n'admet que la manifestation écrite de la volonté du sourd-muet quand il s'agit pour lui d'accepter simplement une donation. Serait-il possible de se contenter d'une volonté exprimée seulement par gestes et traduite d'une manière plus ou moins conjecturale par un interprète, quand il s'agit d'un acte infiniment plus grave, d'une disposition testamentaire? Telle était, en résumé, la doctrine de MM. Tou!lier et Duranton. c'est-à-dire de la première génération des jurisconsultes qui ont commenté le code civil.

Empressons-ncus de dire que cette doctrine a été abandonnée par une école de jurisconsultes plus jeune et plus humaine. La question s'est posée sur le point le plus capital, sur la capacité du sourd-muet relativement au mariage. Un arrêt de la cour de cassation du 30 janvier 1844, confirmatif d'un arrêt de la cour de Toulouse rendu dans le même sens, a posé, sur la matière, les principes les plus larges et les plus élevés. Cet arrêt a jugé que le sourd-muet est habile à contracter mariage ainsi qu'à toutes conventions et à toutes libéralités matrimoniales quand, par une voie quelconque, même par simples signes, il peut manifester sa volonté ; l'appréciation du plus ou moins de certitude de cette manifestation du consentement est abandonnée aux tribunaux. La cour a considéré que, la loi n'ayant point, en général, déterminé le modo d'expression du consentement des personnes qui contractent ou qui disposent, et l'écriture ou le langage n'étant que des signes do convention, d'autres signes peuvent les remplacer, pourvu qu'ils aient un caractère suffisant de clarté. Voilà le langage de la raison et de l'humanité; les incapacités dont nos lois frappent certaines personnes ne sont eue des mesures protectrices de leur faiblesse morale ou physique; c'est peu comprendre le véritable esprit du droit que de les transformer en déchéance et en une sorte d'excommunication de la vie et des relations civiles.

Une question qui s'est quelquefois posée avec émotion devant les cours d'assises est celle de savoir si le sourd-muet est pleinement responsable, moralement et juridiquement, des délits qu'il peut commettre. Pour celui auquel toute culture intellectuelle a manqué, on se demande naturellement par quelle voie et se us quelle formule l'idée abstraite du devoir a pu pénétrer dans sa conscience et lui crier une responsabilité. Toute loi, toute maxime n'est-elle point une parole et quelle loi peut être connue et peut, par conséquent, être .obligatoire pour le malheureux qui n a jamais articulé et jamais entendu la parole humaine? Disons cependant que les observatons recueillies par la science médico-légale et les observations purement inorales, mais plus significatives peut-être, recueillies par d eminents professeurs de l'Ecole des sourds-muets ont fait pénétrer la lumière dans cette sombre et douloureuse question. MM. J-riand et Cbaudé divisent les sourds-muets, ai, point de vue de la responsabilité morale et criminelle, en trois catégories présentant une échelle ascendante d'intelligence et d'iraputabiiité. Il y a d'abord ta surdi-mutité absolument inculte, réduite pour communiquer sa pensée à la gesticulation purement naturelle. Puis vient une catégorie au-dessus, celle des sourds-muets en possession d'un langage mimique convenu et artificiel, langage plus complet et qui s'élève à une certaine exp ression des idées morales ; puis enfin la surdi-mutité cultivée et lettrée, disposant par le moyen de l'écriture de toutes les

SOUR

ressources du langage ordinaire. MM. Briand et Chaude admettent, pour le sourd-muet dans cette dernière condition, la responsabilité ordinaire et l'application du droit commun. Ils hésitent à faire la même concession pour ceux qui sont placés dans la catégorie intermédiaire et en possession du langage mimique conventionnel. Ce système de signes est d'une extrême complication ; le muet, impatient de communiquer sa pensée , l'abrège souvent par des ellipses qui trompent et mutilent l'idée elle-même. Ici la responsabilité est problématique. Quant au muet totalement inculte et réduit à la gesticulation spontanée, les médecins légistes refusent d'adrnettrequ'il soit responsable de ses délits, responsable au moins dans le sens social du mot, et jusqu'à porter la peine légale de ses actes. Nous devons dire que telle n'est point l'opinion d'observateurs très-compétents. M. Edouard Morel, professeur à l'Ecole des sourds-muets, dans un remarquable article publié dans la Gazette des tribunaux du 12 décembre 1838, protesta contre la thèse de l'irresponsabilité des sourds-muets, même privés de toute culture intellectuelle. Le professeur affirmait de visu que le sourd-muet , môme réduit à la gesticulation naturelle, est en possession de la notion du devoir et de la distinction du bien et du mal, notion qu'il puise dans l'observation des faits, Il a la notion de la propriété ; il se cache pour commettre son larcin ; il rougit s'il est surpris au moment où il commet une mauvaise action. L'opinion de M. Morel a évidemment une certaine autorité ; néanmoins elle ne saurait lever tous les doutes, et il suffit d'un doute sérieux sur les conditions d'imputablité morale de l'agent d'un délit pourque la justice commande de l'absoudre. Quant à nous, juré, nous ne prononcerions jamais un verdict de condamnation contre un sourd-muet qui n'aurait reçu le bienfait d'aucune culture intellectuelle. Du reste, nos codes étant vides de toute disposition sur la matière, la question d'iraputabiiité est, dans tous les cas, abandonnée a l'omnipotente appréciation du jury.

SOURDON s. m. (sour-don). Moll. Nom vulgaire de la bucarde comestible : Pendant le reflux, on connaît l'endroit otl sont les SOUHdons par les deux trous qui paraissent audessus de chacun d'eux. (V. de Bomare.)

— Encycl. Le sourdon, appelé aussi coque, bucarde, bigour, cceur-de-bceuf, etc., est caractérisé par une coquille à deux valves égales, bombées, à cannelures arrondies, rayonnantes à partir du sommet, striées en travers, à sommets saillants et recourbés vers la charnière ; lorsqu'on la regarde de côté , elle présente la forme d'un cœur ; de là, quelquesuns de ses noms vulgaires; sa couleur est blanchâtre ou d'un jaune pâle.L'animul qui habite cette coquille l'ouvre de temps en temps pour faire entrer avec l'eau les molécules organiques dont il se nourrit, et qui pénètrent dans son estomac par l'ouverture qui lui sert de bouche. Du reste, le sourdon passe la plus grande partie de son temps enterré dans le sable, à une fuible profondeur ; il en sort de temps en temps pour changer de demeure et se creuser un autre terrier. Quand la' plage est mise à nu par le reflux de la mer, on reconnaît aisément son gîte par les petits trous qui sont au-dessus, et surtout par les nombreux petits jets d'eau qui jaillissent de tous côtés.

Dépourvu de tète, d'yeux, de la plupart des sens, n'offrant à l'œil de l'observateur qu'une masse presque informe, cet anima) est assez remarquable par son organisation, son instinct et ses mœurs. » Comme beaucoup d'autres mollusques qui vivent ensablés, dit M. Pizzetta, le sourdon possède deux tuyaux charnus ou siphons, qu'il fait sortir par l'un des côtés de sa coquille. Ces tuyaux qu'il allonge au dehors lui servent à se conserver une communication avec l'eau nécessaire ù son existence; ce sont des espèces de pompes aspirantes et foulantes ; par l'une il absorbe 1 eau qui contient à la fois l'air nécessaire à sa respiration et à sa nourriture, portant à ses branchies l'oxygène qui revivifio son sans et à son estomac les parties nutritives qu elle tient en suspension; par l'autre, il rejette l'eau privée de son oxygène et de ses particules organiques. Ce sont ces tuyaux qui font les trous ronds que l'on remarquo au-dessus de chaque sourdon et qui lancent les jets qui nous dénoncent sa présence. »

Si l'on déterre un de ces mollusques et qu'on le mette à plat sur le sable, on voit bientôt, par le côté de la coquille opposé à celui qui donne passage aux siphons, sortir un pied charnu, en forme de langue, qui s'allonge jusqu'à ce qu'il ait atteint le sable. Le sourdon enfonce alors ce pied à la plus grande profondeur où il puisse arriver, en recourbe l'extrémité en tonne de crochet pour se cramponner au sol, tire sur le muscle , qui se contracte et force uinsi sa coquille à se redresser et à s'enfoncer; il en résulte que les siphons ou organes respiratoires sont toujours dirigés en haut. Quand le sourdon veut quitter son trou, il fait l'opération inverse, fait sortir son pied et l'appuie contre le sable, dételle sorte que la coquille est repoussée en haut.

On pèche le sourdon sur toutes nos côtes et dans toutes les saisons de l'année, mais surtout en hiver. C'est une pêche assez amusante pour les amateurs et souvent très-iruc-

SOUR

tueuse pour les pêcheurs de profession ; on donne à ceux-ci, dans quelques localités, lo nom de Coquetiers (pêcheurs de coques). La chair de ce mollusque n'est pas sans analogie avec celle de 1 huître; mais elle est moins délicate et surtout moins tendre. On la mange quelquefois crue, mais le plus souvent cuite et assaisonnée comme celle des moules. Dans la baie du Mont-Saint-Michel, on met sur les tables un fourneau recouvert d'une plaque de fer brûlante sur laquelle on fait cuire les sourdons. On apporte aujourd'hui ce coquillage sur les marchés de Paris ; comme il est abondant et d'un prix peu élevé, il présente une ressource pour les classes pauvres. Sa chair est aussi employée comme appât pour prendre certains poissons.

SOURDRE v. n. ou intr. (sc-ur-dre — du latin surgere, s'élever, jaillir, dont nous ignorons l'origine, à moins qu'il ne faille rapporter le verbe latin à la racine sanscrite çr«,jaillir,répandre; mais cela nous paraît bien conjecturé. Surgere existe aussi dans notre langue sous une autre forme, celle de surgir. Il sourd; il sourdait ; il sourdit ; il sourdra ; 1/ sourdrait; qu'il sourde; qu'il sourdit. Ne s'emploie guère qu'à l'indu, prés., à la 3» pers. du sing. etdu plur. des temps que nous venons d'indiquer et au part, prés., sourdant). Sortir de terre, en parlant des eaux : C'est un pays fort aquatique, l'eau y sourd partout. (Acad.) On voit l'eau sourdre de tous côtés. (Acv.à.) Là soundait une eau qui avait la propriété de rajeunir : c'est ce qu'on appelle encore aujourd'hui la fontaine de Jouvence. (La Font.)

— Fig, Sortir, résulter : C'est une a/faire, une entreprise dont on a vu sourdre mille malheurs, mille inconvénients. (Acad.) il Se produire, se faire jour, naître : A côté de l'idée de puissance. commence à sourdre l'idée de justice. (Th. Gaut.)

Entre Le Clerc et son ami Coras, Deux grands auteurs, rimant de compagnie, N'a pas longtemps sourdirent grands débats Sur le propos de leur Iphiijétiie.

Racine.

— Mar. S'est dit d'un nuage s'élevant à l'horizon, il Sourdre bien au veut, Se dit d'un navire qui marche au plus près du vent.

SOCRE (dom Juan da Costa, comte de), général portugais, né en Portugal en 1610, mort à Lisbonne en 16S4. Il servit dans l'armée à l'époque de la domination espagnole, Farticipa au soulèvement du Portugal contre Espagne, fut nommé mestre de camp parle nouveau roi de Portugal, Jean IV, et remporta de grands succès sur les Espagnols. En 1652, il reçut le titre de comte de Soure. En 1659, il fut envoyé à Paris pour demander le secours de ta France contre l'Espagne ; il ne put rien obtenir de Richelieu et eut le regret de voir conclure, entre la France et l'Espagne, une paix dont les conditions étaient déiavorables au Portugal. De retour à Lisbonne, ii fut nommé l'un des gentilshommes de la chambre de i'infant, frère du roi {dom Pedro, plus tard Pierre II). Il fut ensuite disgracié et exilé a Loulé, et il mourut peu de temps après.

SOURGOUT, ville de la Russie d'Asie, dans la Sibérie, gouvernement et à 650 kilom. N.-E. de Tobolsk, sur la rive droite de l'Obi, près du confluent de l'Ayan, par 61° 45' de latit. N. et 70° 25' de longit. E. ; 1,175 hab. Résidence d'un commissaire russe, qui perçoit le tribut des Ostiaks.

SOURIANT, ANTE adj. (sou-ri-an, an-te — rad. sourire). Qui sourit : Figure souriante. File était toute souriante.

SOURICEAU s. m. (sou-ri-so — rad. souris). Mamm. Nom vulgaire des jeunes souris : On a pris la souris avec ses souriceaux. Un souriceau tout jeune, et qui n'avait rien vu, Fut presque pris au dépourvu.

La Fontaine.

Il ne faut pas juger les gens sur l'apparence ;

Jadis l'erreur du souriceau Me servit a prouver le discours que j'avance. La Fontaihe.

SOURICIÈRE s. f. (sou-ri-siè-re — rad.

souris). Petit appareil pour prendre les souris : Tendre une souricière. Amorcer une souricière avec du lard, avec des noix. J'ai trouvé ce matin deux souris dans la souricière. D'ambitieux conspirateurs se jettent dans les pièges que leur fend le machiavélisme avec plus de précipitation que les souris dans les souricières bien amorcées. (Boiste.)

Les planches qu'on suspend sur un léger appui, La mort aux rats, les souricières N'étaient que jeux au prix de lui.

La Fontaine.

— A Paris, Endroit public mal famé, qui reste ouvert pendant la nuit, et que la police tolère afin d'y surveiller, d'y saisir les gens suspects qui viennent y chercher un asile. Il I'iége que tend la police aux malfaiteurs, et qui consiste à établir secrètement dans un endroit où l'on sait qu'ils viendront des agents qui s'en emparent à mesure qu'ils se présentent, il A la préfecture de police, Lieu où l'on dépose provisoirement les personnes arrêtées.

— Loc. fam. Se mettre, se jeter dans ta souricière, dans une souricière, Donner dans un piège, se mettre dans l'embarras.

— Art milit. Petit appareil avec lequel on

SOUR

j mettait autrefois le feu aux mines, il On disait quelquefois souris.

— Encycl. Les souricières ordinaires sont des pièges trop connus pour qu'il soit utile de les décrire ici; il n'en est pas de même de la souricière automate, due à M. Pullinger. Celle-ci se distingue de toutes les autres par une combinaison de bascule qui fait que , lorsqu'une souris est prise, elle retend ellemême l'appareil. Cette souricière se compose d'une boite rectangulaire couverte en zinc, dans laquelle se trouvent toutes les bascules, ainsi que l'appât, composé de grains et de lard. En apercevant le grain, ta souris entre dans la boite; mais, comme elle ne peut l'atteindre, elle essaye d'arriver à l'appât, qui consiste en un morceau de lard renfermé dans un tambour de toile métallique. Pour y parvenir, elle monte sur l'extrémité d'une planche articulée en un point de sa longueur ; celle-ci bascule et son autre extrémité vient buter contre un levier à crochet qui fait trébucher une autre planche à bascule et ferme ainsi le piège. Comme la souris ne peut s'échapper de ce côté, elle saute sur la deuxième planche à bascule dont il vient d'être question, et elle est attirée vers son extrémité par une plaque de zinc à jour placée au sommet de la boîte. Son poids fait alors basculer celte planche dans laquelle s'engage la crochet du levier qui l'avait fait trébueher lors de l'entrée de la souris; pendant ce temps, l'autre extrémité soulève la tringle de la trappe d'entrée, et le piège est de nouveau tendu ; l'animal trouvant fermée l'ouverture par laquelle il est arrivé sur cette planche à bascule, poursuit sa route jusqu'à une chambre où il pénètre par une porte à jour, qui retombe lorsqu'il est passé ; il est alors prisonnier. Cette souricière automate permet de prendre un grand nombre de souris sans qu'il soit nécessaire de véritier son fonctionnement; on cite comme exemple des résultats qu'elle donne un fermier qui, avec un seul appareil, a pris 48 souris en vingt-quatre heures et 837 dans l'espace de neuf mois.

SODRIfîUIÈRES (Jean-Marie), littérateur français, né près de Bordeaux en 1767, mort à Paris en 1857. Venu à Paris pour débuter dans les lettres, il se fit appeler Souriguières de Saint-Marc et prit des façons de gentilhomme. Dès l'aurore de la Révolution, il se métamorphosa en patriote. Après avoir présenté successivement plusieurs pièces à différents théâtres, il réussit à faire jouer une tragédie sur la scène du Marais, Elle avait été d'abord annoncée sous le titre : Artémidore ou la /(évolution de Syracuse; mais on changea le sous-titre en celui de: Moi citoyen. Bien qu'Artémidoré fût une tragédie des plus révolutionnaires, elle réussit peu. Une particularité digne de remarque, c'est que, parmi les acteurs qui y remplirent les rôles principaux , figuraient deux hommes parvenus depuis à la célébrité : le maréchal Gouvion Saint-Cyr et le duc Decazes, qui préludaient ainsi aux râles qu'ils devaient jouer plus tard sur un autre théâtre. Souriguières était à peu près oublié lorsque, huit mois après le 9 thermidor, il se Ht tout ù coup une réputation retentissante comme fougueux contre-ré volutionnaire,par un chant qui avait pour titre le Réoeil du peuple. Ce chant, mis en musique par Gaveaux (germinal an III), fut adopté par ce qu'on appelait la jeunesse dorée, c'est-à-dire par les muscadins du temps, porteurs de cadenettes et d'énormes gourdins, organisateurs du bal des victimes, etc.

Cette jeunesse dorée, qui s'était rendue un moment redoutable aux. approches du 31 vendémiaire , à la faveur des circonstances , poursuivait souvent les terroristes ou prétendus tels, et même les thermidoriens, au théâtre et dans les promenades publiques, en chantant le Réveil du peuple, dont voici la première strophe :

Peuple français, peuple de frères, Peux-tu voir, sans frémir d'horreur, Le crime arboïer les bannières Du carnage et da !a terreur î Tu souffres qu'une horde atroce Et d'assassins et de brigands Souille de son souffle féroce Le territoire des vivants.

Dans les strophes suivantes, l'auteur provoque franchement au meurtre ; il crie au peuple, en l'appelant d'ailleurs souverain, de se hâter de tuer les républicains, qu'il qualifie de cannibales.

Sous le bénéfice de ce chant qui eut un moment la vogue, Souriguières n'eut pas de peine à faire recevoir à divers théâtres ses élucubrations dramatiques. Il donna à la fois, en 1796, au théâtre Feydeau, une tragédie en trois actes et en vers,M;/rrfia,et une codie, Cétiane, en un acte et en prose. Ces deux pièces ne purent tenir la scène et ne furent pas même imprimées. Cécile ou la Reconnaissance, comédie en un acte et eu vers (théâtre Louvois, 1797), eut un peu. plus de succès. Dans le même temps, Souriguières collaborait avec Beaulieu, autre fougueux réactionnaire, au Miroir petit journal royaliste et satirique d'une rare insolence, rédigé sur le modèle des Actes des apôtres de Rivaroi, et qui cessa de paraître au 18 fructidor. Toute la rédaction du Miroir fut condamnée à la déportation, mais Beaulieu et Souriguières parvinrent à se soustraire aux re-

SOUR

cherches. Souriguières resta alors quelque temps sans rien produire ; il ne reparut qu en 1800, par une tragédie en cinq actes et en vers, Octavie, jouée au Théâtre-Français, qui fut impitoyablement sifflée, quoique supérieurement interprétée par Saint-Pris, Lafont, Mlles Georges et Duchesnois, la fleur des acteurs tragiques d'alors. Les rires, les calembours , les clameurs du parterre interrompirent les représentations et forcèrent même les acteurs à se retirer avant la fin. Jamais chute de tragédie n'eut lieu au milieu de plus de rires et de plus de lazzi. I/auteur fit imprimer la pièce accompagnée d'une préface, ou il accuse de sa déconvenue la cabale et parla de la rage et du nombre de ses ennemis du ton d'un général qui a perdu une bataille. Il fut plus heureux en 1807 au théâtre Feydeau, où il fit représenter avec succès un opéra-comique en deux actes, écrit, il est vrai, avec la collaboration de Désaugiers, et intitulé : Auis au public, ou la Physionomiste en défaut. Une nouvelle tragédie, Vitellie, jouée au Théâtre-Français en 1809, tomba plus à plat encore que n'était tombée Octavie. Cependant Souriguières se croyait toujours un très-grand talent dramatique, et il se décernait naïvement dans ses préfaces les plus pompeux éloges, ce qui lui valut ce jeu de mots épigrammatique :

Tu souris a tes vers, mon pauvre Souriguières, Mais quand tu leur souris, on ne leur sourit guêres.

Il eut cependant un vrai succès en 1811, mais encore avec l'aide d'un autre; son Enfant prodigue, comédie en trois actes et en vers, composée en collaboration avec Riboutté, eut uu grand nombre de représentations et fut a la fois pour Souriguières une bonne affaire au théâtre et à la ville. Ce Riboutté était un homme original, qui cultivait tout ensemble les lettres et les affaires. Ancien muscadin à cadenettes, sous le Directoire, il s'était fait agent de change et était devenu millionnaire. On disait de lui : Riboutté, dans ce monde, a plus d'une ressource, 11 spécule au théâtre et compose à la Bourse.

Il lit faire à son ami d'heureuses opérations financières qui lui procurèrent une assez belle fortune. Souriguières était donc plus que dans l'aisance, lorsque arriva la chute de l'Empire, qu'il avait quelquefois chanté dans la personne de Napoléon, et il composa le Second réveil du peuple (18W, in-8o de 8 pages), véritable platitude de circonstance, qui parait avoir épuisé toute sa verve, car U ne fit plus rien depuis, pendant les vingttrois ans qu'il lui fut donné de vivre encore.

SOURIQUOIS, OISE adj. (sou-ri-koi, oi-ze — rad. souris). Qui appartient à la souris, qui tient de la souris. Il Mot créé par La Fontaine :

Aussi l'hôtesse, cette fois, Maudit le peuple souriquois.

Baillt.

Autre procès nouveau : le peuple souriqitois En pâtit. Maint vieux chat An, subtil et narquois, Et d'ailleurs en voulant à toute cette race, Les guetta, les prit, lit main basse.

La Fo.ntaine.

SOURIRE v. n. ou intr. (sou-ri-re — du lat. subridere, qui est lui-même formé de sti6, préfixe, et du v. ridere, rire, et qui signifie proprement faire un certain mouvement des lèvres moindre que celui qui est produit en riant. Je souris, tu souris, il sourit , nous sourions, vous souriez, ils sourient, je souriais; nous souriions ; je souris, nous sourimes; je sourirai, nous sourirons; je sourirais, nous souririons; souris, sourions, souriez ; que je sourie, que nous souriions; que je sourisse, que nous sourissions ; souriant ; souri). Rire sans éclater, par un léger mouvement de la bouche et des yeux : SOURIRE obligeamment. Sourire malicieusement. Sourire dédaigneusement. Il se mita sourire. La reine se mit à sourire d'une sorte de sourire ambigu. (C11 de Retz.) Il y a de jolies femmes qui savent rire, mais qui ne savent pas sourire. (Fontenelle.) Les yeux pleurent plus souvent que la bouche ne sourit. (Chateaub.) Biensouvent /ai souri de pitié sur moi-même en voyant avec quelle force une idée s'empare de nous, comme elle nous fait sa dupe et combien il faut de temps pour l'user. (Alfred de Vigny.) Il souriait aux bribes de latin que détachait Aramis et qu'avait l'air de comprendre Portkos. (Alex. Dum.) Les femmes sourient volontiers quand elles ont les dents belles. (Th. Gaut.) Il faut être sérieux avec les hommes; il faut souRtiîE avec les femmes. (Pétiet.)

La bouche sourit mal quand le cœur est blessé.

Barthélémy.

On ne rit plus, on sourit aujourd'hui, Et nos plaisirs sont voisins de l'ennui.

Bernis.

— Faire entendre par un sourire qu'on a pénétré la pensée, l'intention d'une personne :

Tu souris Y [pris- Adieu, compère, adieu, tu comprends? — J'ai com-

Page 1