VOUS-AIME
SOUVENIR (SE) v. pr. (sou-ve-nir — du latin subvenire, qui est aussi le type lie subvenir, et qui est lui-même formé de i u4,sous, et de venin, venir. Dans le principe, le verbe souvenir était exclusivement impersonnel ; l'étymologie ne s'applique qu'à la tournure : il me souuient, subvenit mini, dans le sens non classique de l'allemand es fallt tnir bel, il me vient à la mémoire. Comparez la locution ; Ce nom ne me revient pas pour Je ne me rappelle pas ce nom. Je me souviens, tu te souviens, il se souvient , nous nous souvenons, vous vous souvenez, ils se souviennent ; je me souvenais, nous nous souvenions ; je me souvins, nous nous souvînmes ; je me souviendrai, nous nous souviendrons; js me souviendrais, nous nous souviendrions; souviens-toi , souvenons-nous, souvenes-vous; que je me souvienne, que nous nous souvenions; que je me souvinsse, que nous nous souvinssions; se souvenant; s'èlant souvenu, souvenue). Avoir mémoire ; Su souvenir de son enfance, de sa jeunesse, des jeux de son enfance, des plaisirs de sa jeunesse. Souvknez-vous de moi. Je ne me souviens pas qu'il en ait été question. Quant à cette circonstance, je ne M'en souviens guère, je ne n'en souviens pas. Su souvikndra-M'2 de ses promesses? Je ne au souviens pas quand cela est
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arrive", comment cela s'est fait. (Acad.) Faitesmoi souvenir d'aller là. (Acad.) O pontife, souvenez-vous, quand vous tiendrez entre vos mains la victime sainte, souvenez-vous rfe ce miracle de la grâce. (Boss.) Souvenez-vous de Charlemagne ei de saint Louis, qui ajoutèrent à l'éclat de leur couronne l'éclat immortel de la justice et de ta piété. (Mass.) Je MB souviens que je parle à des épouses de Jésus- Christ, qui mènent une vie humble et pénitente. (Fléch.) Souvenez-vous de ces années stériles oà, selon Iv témoignage du prophète, le ciel fut d'airain. (Fléch.) Je viens vous faire souvenir de la fatale nécessité de mourir. (Fléch.) Souvenez- vous de ce que vous serez dans quelques années, quand ce petit nombre de jours qui vous restent sera expiré. (Bourdal.) Avant que l'on vous place, vous faites les plus belles promesses ; êtes-vous placés, vous ne vous en souvENEzp/us. (Le Sage.) Souvent l'obligé oublie un bienfait parce que le bienfaiteur s'en souvient. (Malesherbes.) L'homme ne se souvient pas à volonté et de prime abord. (Bautain.) On oublie l'origine d'un parvenu s'il s'en souvient, on s'en souvient s'il l'oublie. [Petit-Senn.) Ne vous souvient-il p us qu'il vous ait offensé?
Racine.
Je me souviens toujoi.rs que je lui dois l'empire.
Racine.
Quand on touche au bonheur se soum'enf- on des
(peines?
Lachabeaussièrb,
Reprenez vos esprits tt souvenez-vous bien Qu'un dîner réchauffé ne valut jamais rien.
BOILEAU
Mon arc, mon javelot mon char, tout m'importune, Je ne me souviens plus des leçons de Neptune.
Racine.
Borné dans sa nature, infini dans ses vœux, L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
Lamartine.
Souvenez-vous, quoi que le cœur vous dise, De ne former jamî.is nulle hantise Qu'avec des gens dans le monde approuvés. J.-B. Rousseau.
Tu l'en souviens, Cinna, tant d'beuret tant de gloire Ne peuvent pas sitôt sortir de ta mémoire; Mais, ce qu'on ne pou Tait jamais imaginer, Cinna, tu l'en souuieri), et veux m'assassiner.
Corneille.
En mil sept cent deux, mon cœur Vous déclara son ardeur ; J'étais un p< tit volcan, Souuenei-uoui-en.
DÉSAUC.1ERS.
— Absol. : Inutile de prévoir; il suffit de se souvenir. (E. d(s Gir.)
— Garder la mémoire soit d'un bienfait pour le reconnaître, soit d'une offense pour s'en venger : Si vous lui faites ce plaisir, si vous lui faites cet affront, il s'en souviendra. Seigneur, ne vous souvenez pas de nos offenses. (Acad.) Les hor.xmes se souviennent plutôt du mal que du bien qu'on leur fait. (Boiste.)
Ahl quel père offensé te souvient de sa haine Pour des fils égarés que l'amour lui ramène?
Du Bellay.
— Loc. fam. Se souvenir de loin, Se souvenir de choses arr.vées depuis longtemps. Il C'est du plus loin qu'il m'en souvienne, Se dit d'une chose dont le souvenir est presque effacé.
— Par menace, Jï; m'en souviendrai. Il s'en souviendra, Je m'en vengerai, il s'en vengera.
— Loc. prov. Il n'est pas vieux, mais il se souvient de loin, Se dit ironiquement d'un vieillard qui veut paraître jeune. Il Toujours il souvient à Robin de ses flûtes, Les souvenirs de jeunesse sont ineffaçables.
— S'emploie aussi impersonnellement : Bêlas! vous souvient-il de ce que vous me dites hier? (M™0 de Sév.)
Ne te souvient-il plus da tout ce que je suis?
Racine.
De vos nobles projets, si jgneur, qu'il vous souvienne.
Racine.
Un jour, il m'en souviint, le sénat équitable
Vous pressait de souscrire a la mort d'un coupable.
Si dans ce haut degré de gloire et de puissance Il vous souvient des lieux où vous prîtes naissance, Madame, il vous souvient que mon cceurea ces lieux Reçut le premier trait qui partit de vos yeux.
Racine,
— Allus.hist. Souticm-toi (Remember), Mot qu'adressa Charles I'sr à l'évêque Juxon quelques instants avant ie mourir. Quand Charles 1er fut sur l'éciafaud, il demanda son bonnet de nuit à l'év ique Juxon, son ami, qui l'accompagnait, et, l'ayant mis sur sa tête, il dit à l'exécuteur : « Mes cheveux vous gênent-ils? • Puis, se tournant vers l'évêque :
• J'ai pour moi, lui dit-il, une bonne cause et un Dieu clément. — Il n'y a plus qu'un degré à franchir, répondit l'évêque ; il est plein de trouble et d'angoisses, mais il est de peu de durée, et il vous transporte de la terre au ciel. > Charles ajouta : ■ Je quitte une couronne corruptible pour une couronne incorruptible et dont je jouirai sans trouble. • Alors se dépouillant de son manteau, il remit son Saint-Georges au prélat, en lui disant :
• Remember , Souviens-toi 1 » Quelques secondes après, sa tête tombait sous la hache.
Op. n'a jamais su positivement à quoi se rapportait ce mot suprême. Quelques écri-
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vains ont prétendu, mais sans en fournir aucune preuve positive, et Hume a répété ensuite, qu'après l'exécution du roi le conseil d'Etat, inquiet de ce que cet appel au souvenir de l'évêque pouvait signifier, avait mandé Juxon et> l'avait pressé avec menaces de l'expliquer. Juxon répondit que le roi, la veille de sa mort, lui avait expressément recommandé d'en.îager son fils, si jamais il montait sur le trône, & pardonner à ses meurtriers, et que c'était cette promesse qu'il lui rappelait en lui remettant son Saint Georges, destiné à son (Ils. Whitelocke rapporte cette parole sans en donner aucune explication ; Clarendon ne l'oxplique pas davantage.
« Quelques heures après être rentré chez moi, je reçus une boîte soigneusement cachetée. Je l'ouvris; elle contenait une tresse de cheveux blonds à faire pâlir Bérénice, dont la chevelure était si belle qu'on en fit une constellation, et un seul mot, celui que Charles Stuart dit avant de poser son cou sur la billot tendu de noir : » Souviens-toi! ■
Maxime du Camp.
— Allus. littér. Ma fol, • il in eu souvient,
il ne n'en louvienl guère, Vers du Geôlier
de soi-même, comédie de Th. Corneille, Jodelet a été fait prisonnier, couvert des armes et du costume de Frédéric, prince de Sicile ; Octave, roi de Naples, le prenant pour Frédéric lui-même, lui dit :
Seigneur, il vous souvient qu'un jour, sana mon se- Un cruel sanglier eût terminé vos jours; [cours, Il vous souvient de plus que le roi votre père...
JOlil'.LBT.
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère. Ce vers, qui a passé dans la langue, a en quelque sorte son histoire. A une représentation de Coriolan, tragédie oubliée de l'abbé Abeille, deux actrices étant en scène, l'une disait à l'autre ; Voua souvient-il, ma soeur, du feu roi, notre père?
Comme celle-ci cherchait sa réponse, un plaisant du parterre répondit par le vers de la comédie :
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère. Le poète Olivier en a fuit un usage plus piquant encore dans cette épitaphe épigrammatique :
Ci-gtt un auteur peu fôté, Qui crut aller tout droit a l'immortalité; Mais sa gloire et son corps n'ont qu'une même bière ;
Et quand Abeille on nommera,
Dame Postérité dira:
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère SOUVENIR s. m. (sou-ve-nir — substantif verbal de se souvenir). Impression, idée que la mémoire conserve d'une impression précédente : Souvenir agréable. Souvenir triste, fâcheux. Souvenir confus. Garder, perdre le souvenir de ce </ui s'est passé. Je garderai un éternel souvenir du service que vous m'aves rendu. (Acad.) On ne rappelle l'histoire d'un prince ambitieux que pour rappeler le souvenir rfes maux qu'il a faits. (Fléch,) A'ohs clicrissons les lieux où nous avons vécu, comme des souvenirs de notre existence. (M">o de Sév.) Les souvenirs sans espoir ne sont que des regrets. (Rivarol.) Les souvenirs historiques entrent pour beaucoup dans le plaisir et dans le déplaisir du voyageur. (Chateaub.) La plus belle couronne du vieillard, ce sont ses cheveux blancs et les souvenirs d'une vie honorable, (Chateaub.) Les souvenihs vivent dans les arts et les inspirent toujours. (Bullanche.) L'amour est vn trésor de souvenirs. (Balz.) La puissance des SOUVENIRS est grande pour enraciner et féconder les institutions. (Guizot.) La vieillesse vit de souvenirs. (Scribe.) Il est de certaines joies qui doivent effaroucher certains souvenirs. (Mme E, du Gir.) Les SOUVENIRS sont les bonnes fortunes d'un vieillard. (Béranger.) Il est difficile au proscrit de s'abstraire du souvenir. (Ledru-Rollin.) Le souvenir d'une bonne action suffit pour embellir les derniers jours de la plus extrême vieillesse. (Laroiniguière.) L'amitié sincère se nourrit de souvenirs ; l'amitié intéressée, d'espérances. (Latena.) Il n'est si triste amour qui n'ait son souvenir.
A. db Musset.
Importuns souvenirs, nie suivrez-vous sans cesse?
Lamartine.
Un souvenir heureux est peut-être sur terre Plus vrai que le bonheur.
A. de Musset.
— Mémoire : Vous serez toujours dans mon souvenir. Les sentences sont comme des clous aigus qui enfoncent la vérité dans notre souvenir. (Dider.)
Parlez : ne suis-je plus dans votre soutenir t
Racinis.
— Objet qui rappelle la mémoire de quelque chose : Acceptez ce bijou comme souvenir d'amitié. Sa blessure est un glorieux souvenir de sa vaillance.
Quelque legs opulent, splendide souvenir. Vous ferait & jamais un tranquille avenir.
E. AuaiER.
— Petites tablettes où l'on écrit ce que l'on craint d'oublier : Joli, riche souvenir. Tai noté cela sur mon souvenir, u Sorte do planchette divisée en sept parties disposées en crans, et portant chacune le nom d'un des jours de la semaine, de manière qu'on puisse
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. placer différents mémentos sous le nom de chacun des jours où l'on aura besoin d'y recourir, il Sens vieilli.
— Syn. Souvenir , mémoire , réminiscence, etc. V. MEMOIRE.
Souvenir» de Paris en I804,par Kotzebue (1805, ins"), traduits de l'allemand par G. de Pixérécourt. Le traducteur ne s'est pas contenté de mettre le livre de Kotzebue à la portée de tous; en outre, et contrairement à l'usage des traducteurs, qui s'engouent de leur modèle, celui-ci dénonce le sien à l'indignation et le voue a la vindicte publique. « C'est, dit-il, un écrivain dangereux, un libelliste éhonté, d'accord avec les ennemis de notre pays, écrivant sous leur dictée et payé par eux peut-être pour diffamer un peuple qu'ils ne peuvent vaincre par les armes. » Déjà Kotzebue, à la suite d'une première excursion à Paris en 1790, avait publié, sous le titre de Ma fuite à Paris, un pamphlet dans lequel il critiquait sans esprit comme sans pudeur nos mœurs, nos institutions, nos usages, nos goûts et jusqu'à notre cuisine. Lorsqu'il revint à Paris en 1804, il n'en reçut pas moins la plus parfaite hospitalité-, mais, dans son second ouvrage sur Paris, loin de réparer ses torts envers les Français, et surtout envers les Françaises, il crut plus original et plus piquant de les vilipender de nouveau. Ses Souvenirs offrent un modèle complet de la plus noire ingratitude et de la mauvaise foi réfléchie. Sans parler de nos gloires littéraires contre lesquelles ses injustices et ses méchancetés pourraient être mises sur le compte d'une jalousie de métier, l'auteur ne se plaît qu'à débiter sur notre compte un tas d'inepties. La seule question sur laquelle il soit revenu Et des sentiments meilleurs est celle de la cuisine : cet Allemand avait le ventrereconnaissant. Tout le reste , en France , suivant lui, est mauvais et archimauvais ; même les oeuvres antiques, consacrées par l'admiration de tons les peuples et de tous les siècles : la Vénus de Alédicis, le Laocoon, le Gladiateur mourant, ont perdu tout leur mérite par cela seul qu'elles sont en France, i Ce sont, dit-il, de ces monuments qui ne font sur moi aucune impression. Est-ce ma faute à moi si la Vénus de Médicis me parait une fort jolie femme de chambre que le fils de la maison a surprise dans le plus grand négligé et qui ne fait pas de grands efforts pour se soustraire à sa vue? • Il en est de même des tableaux de Raphaël, du Corrége, du Guide, de Rubens, des Carrache, du Titien, de Teniers, de Paul Potter, de Gérard Dov, de Rembrandt, de Philippe Wouvermans , de Ruisdael; ils seraient peut-être bons ailleurs j à Paris, ils ne valent rien. A plus forte raison, les maîtres français n'ontils aucune valeur; quant à nos caricatures, elles sont lourdes, niaises, bêtes et démentent notre réputation usurpée de peuple spirituel.
S'il juge ainsi les reproductions de la vie, que doit-il dire des vivants? Voici ce qu'il dit des Parisiennes : « Les médecins allemands qui viennent à Paris sont, en y arrivant, beaucoup trop modestes et trop délicats; ils y apportent une sorte do pudeur et se croient obligés de parler avec mystère et en particulier aux jeunes gens qui leur sont confiés pour les guérir des maladies vénériennes; mais ils peuvent déposer cette espèce de honte, car on parle librement à Paris, devant les demoiselles, des plus secrètes particularités du mal vénérien et de toutes les circonstances qui y ont donné lieu. On dit que dès la première vue la plus innocente peut décider de quelle sorte de maladie est atteint l'homme qui se présente. Elles se moquent de lui et disent en riant : « Il s'est brûlé, n
Souvenirs et portraits, par M. le duc de Lévis (1813, 3 vol. in-8°). On reconnaît dans ce volume l'auteur des Maximes et essais sur différents sujets de morale et de politique. Presque tous les articles des Souvenirs et portraits sont la source de réflexions politiques, philosophiques, morales; quelques-uns même n'en sont que le prétexte ; tels sont les articles sur le baron de Bezenval, le maréchal de Richelieu, Gustave III, Neçker, Mirabeau et le duc de Biron. Ordinairement ces réflexions sortent du récit de quelque événement, de quelque anecdote connue, mais agréablement rappelée au souvenir des lecteurs. Une circonstance particulière ajoute encore à l'intérêt de ces Souvenirs, lis embrassent un espace beaucoup plus étend u que celui de la vie humaine, parce que certains souvenirs du duc de Lévis sont des traditions. Trop jeune encore pour se livrer au tourbillon de la cour quand il y fut présenté, il y rencontra lemaréchalde Richelieu, qui était déjà trop vieux pour plaire et qui vivait en grande partie dans le passé ; il recueillit de la bouche du vieux courtisan une foule d'anecdotes précieuses sur le règne dont il avait vu la fin. Ces communications, saisies avec le tact parfait du duc de Lévis et racontées avec son style naturel et fin, produisent une illusion qui répand son prestige sur le livre entier. On aime à voir, par les yeux d'un homme également spirituel et judicieux, se succéder sur le théâtre du monde les personnages et les événements qui ont occupé les deux extrémités d'un siècle, et on s*étonne que le tombeau du vainqueur de Port-ftlahon soit si près du berceau de Barnave. Ce qui ajoute à cette magie, c'est le style même de l'auteur, qui
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participe d'une manière sensible de l'une et de l'autre époque. C'est bien avec ses souvenirs que le duc de Lévis écrit et sans autre but que de se rendre compte des sensations et des idées que certains noms plus ou moins fameux réveillent dans sa mémoire. Une fois entré dans son sujet, il s'y livre avec une facilité pleine de grâce, selon le cours des événements, ne cherchant point les digressions, mais ne les évitant pas, et soutenant avec lui-même, en quelque sorte, un libre entretien, qui a quelquefois l'inégalité d'une conversation très-vive, mais qui en a la variété et l'entraînement. On voit qu'il se joue de sa matière, qu'il ne l'approfondit qu'autant qu'il prend plaisir à en dépaeser la surface, et qu'il ne craint pas de la perdre de vue quand il trouve un attrait plus piquant à s'occuper d'une autre idée, amenée par la succession involontaire de celles qui précèdent. Souvent même il s'aperçoit que cette diversion l'a conduit trop loin ue l'objet principal pour qu'il puisse y revenir sans transition, et cette transition, d'une brusque naïveté, contient ordinairement l'aveu de l'agréable erreur qui l'a rendue nécessaire. De Lévis n'ignore pas le prix de cette effusion ingénieuse d'idées, de cette liberté d'imagination et de style qui laisse si loin d'elle l'enflure et la recherche des écrivains à prétentions, ;et il la recommande à tous ceux qui courent la carrière des lettres : « Montrez- Vous tels que vous êtes, leur dit-il dans sa préface; c'est le seul moyen, d'avoir de la grâce. »
Mais ce n'est pas la grâce seule qui préoccupe de Lévis, et certains morceaux de son ouvrage offrent un intérêt indépendant de tout mérite littéraire. Telle est la digression singulièrement remarquable qui a pour objet l'Etat de l'opinion publique en France à l'époque de la Révolution, intercalée dans une notice relative au duc de Biron pour la soustraire à l'œil inquisitorial de la censure. Il ne réussit pas k la faire passer; les Argus de l'Empire la supprimèrent et renfermèrent ses souvenirs entre la vieillesse de Richelieu et la jeunesse de Barnave. Le tableau que de Lévis avait tracé, fort émouvant en lui-même, excita les inquiétudes de la censure par des rapprochements qu'il pouvait faire naître, rapprochements peu favorables à la dynastie naissante qui avait la prétention d'envahir tous les trônes de l'Europe. L'auteur s'était contenté de retracer le tableau des jours heureux de la monarchie française, les mœurs d'une nation éclairée et polie, que la grâce de ses manières, la finesse de son esprit et les progrès de sa civilisation rendaient le modèle et le désespoir de tous les autres peuples. Il s'était laissé aller aux douces illusions de la « folle du logis » et avait plutôt esquissé de nouvelles « îles Fortunées » que le spectacle véritable offert par la France à cette époque. D'un autre côté, et cette opposition que l'auteur s'était bien gardé d'indiquer ne pouvait échapper à aucun lecteur, c'étaient les entreprises gigantesques et les ruineuses conquêtes d'un peuple en proie à quelques ambitieux, prodigues de ses ressources et de son sang ; c'était l'agitation continuelle d'une multitude égarée, dont les liens sociaux étaient relâchés, qui voyait la raison d'Etat usurper la place de la morale et qui se précipitait tes yeux fermés dans les fureurs de l'ambition et de l'agiotage. C'était le pouvoir d'un parvenu habile et heureux, soutenu par une gloire meurtrière et dont toute la politique pouvait se résumer en ces mots : la fin justifie tes moyens. La tyrannie avait donc tout intérêt à mutiler l'histoire dont les comparaisons accablantes la faisaient pâlir quand elle rentrait en elle-même.
Nous aurons tout dit sur cet ouvrage, dont le seul tort à nos yeux consiste dans son amour du passé, mitigé, il est vrai, par des tendances libérales, lorsque nous aurons constaté la touche ferme et naturelle du duc de Lévis lorsqu'il aborde le portrait. Pas de phrases ni de longueurs, pas de tons exagérés ou criards, un simple trait, et l'image est finie. Or, la sobriété est une des qualités' les plus pré-' cieuses dans ces peintures historiques qu'on désigne sous le nom de portraits et dans lesquelles de Lévis semble avoir pris pour modèle la précision de Salluste. Cet ouvrage a été loué pour ses sentiments d'indépendance; il mérite en partie cet éloge; il est regrettable cependant que l'auteur n'ait pas compris l'importance du mouvement qui s'est accompli sous ses yeux et se soit trop complu à opposer le despotisme batailleur de Napoléon au despotisme moins belliqueux de Louis XV et de Louis XVI, sans sa rendre un compte exact de l'immense progrès accompli par notre immortelle Révolution.
Souvenirs intimes du temps de l'Empiro,
par E. Marco Saint-Hilaire (1816-1845). Ce volumineux ouvrage, qui a longtemps entretenu le fétichisme napoléonien, a fait les délices des mécontents sous la Restauration. Considérés au point de vue littéraire, ces Souvenirs ont un certain mérite ; écrits brièvement, simplement, avec une certaine animation, ils frappent l'imagination et intéressent le lecteur. Ils ne fatiguent nullement, étant découpés en petites scènes, comme des narrations de rhétorique, et pouvants» prendre à doses modérées. Eu écrivant ces Souoenirs intimes, en voulant nous faire connaître Napoléon sous toutes ses faces, Marco
souv
Saint-Hilaire n'est pas resté dans les limites de la justice; il n'a envisagé son héros que sous un seul point de vue ; son livre n'est qu'une apothéose et non une vraie biographie. Quel a été le résultat de ces procédés de Saint-Hilaire? Il était loin de s'en douter; lorsqu'il prenait plaisir à composer ses petits récits et contes, il ne se croyait pas une telle influence sur les destinées du monde. On peut dire de lui ce qu'on a dit également et avec justesse de Béranger : Il a fait l'Empire ou du moins il en a préparé le retour. Un agent direct et à la solde du prince Louis-Napoléon n'aurait pas mieux travaillé. M. Emile de Girardin lui-même n'a pas tant fait par ses articles que Marco Saint-Hilaire par son petit panégyrique bonapartiste.
Que Saint-Hilaire ait prévu ou non l'influence de son ouvrage, la n'est pas la question; mais le résultat est indiscutable, et la démocratie ne le lui pardonnera jamais. On ne peut excuser Béranger, bien qu'il n'ait exalté Napoléon que pour faire pièce à la Restauration et venger la France à la gloire do laquelle, pour nous servir d'une de ses expressions, l'étranger vainqueur mesurait ses outrages. On excusera bien moins encore Marco Saint-Hilaire, qui n'a vu la qu'une veine à exploiter, et il sera considéré comme un des agents bonapartistes qui ont fait le plus de mal à la démocratie et à la libéré.
Nous n'insisterons pas sur cette influence liberticide de Marco Saint-Hilaire ; nous souhaitons même que le poids lui en soit léger, mais la démocratie le conserve sur le cœur ce poids, et il est douteux qu'elle, qui 'n'a accordé qu'avec peine h Béranger le bénéfice des circonstances atténuantes, veuille absoudre l'auteur des Souvenirs intimes du temps de l'Empire.
Souvenirs de jeunesse, extraits des Mémoires de Maxime Odin, par Charles Nodier (1832, in-8°). Dans cet ouvrage, l'auteur fait racontera son héros, Maxime Odin, ses aven- . tures avec beaucoup de femmes. Il a exercé une influence fatale sur toutes celles qui l'ont aimé. Toutes s'éteignirent, toutes passèrent, lui seul resta. A chaque fin de chapitre, à chaque dernière page, il y a une mort, puis un nouveau nom paraît sur le feuillet suivant et le narrateur attache un autre anneau à cette chaîne de jeunes filles que la douleur, la faiblesse, la passion ou la maladie brisèrent de distance en distance. Maxime Odin n'ignore aucun secret du cœur féminin ; dans toutes les classes, il a cherché, une amie, une compagne ; mais le sort jaloux a voulu le punir d'avoir plu à ces êtres fragiles en les présentant devant ses yeux pour les lui ravir promptement. Dans ce récit, palpitant d'intérêt, toute femme reconnaîtra sa pensée et sa vie. Les Souvenirs de jeunesse se composent de quatre nouvelles distinctes : Séraphine est plutôt un souvenir d'enfance que de jeunesse ; c'est bien le premier amour qui s'ignore lui-même et dont le souvenir suffit à rajeunir encore une âme usée et flétrie ; dans Clémentine s'annonce le jeune homme inquiet, tourmenté, avec sa fougue indomptable, avec sa joie effrénée, avec ses larmes ; dans Amélie, c'est le jeune homme encore, le jeune homme aimant avec tout ce qui lui reste d'amour, mais abattu, découragé, n'osant plus croire à l'avenir, désespérant du bonheur. Après Séraphine, Clémentine et Amélie, après les plus purs et les plus saints ravissements de lamour, après ses transes les plus cruelles et les plus poignantes, Lucrèce et Jeannette offrent soudain l'oubli du cceur et les grossières consolations q' ~îs sens. La vie, dira-t-on, est ainsi; nous ne le contestons pas, mais il ne faut pas avouer hautement combien nous sommes ingrats envers ceux qui nous ont aimés et oublieux de nos plus chers souvenirs. En lisant cette dernière nouvelle, on regrette que l'auteur se soit hâté de sécher lui-même les pleurs que les premières nous avaient arrachées.
Mademoiselle de Marsan (1832, in-8<>), fait suite aux Souvenirs de jeunesse; ce second ouvrage est beaucoup moins estimé et beaucoup moins vrai. Ce n'est pas cependant qu'il ne contienne de bien remarquables morceaux, entre autres l'épisode de la Torre Maldelta, dans lequel le supplice d'Ugolin et de ses enfants se trouve peint avec une si effroyable vérité par le narrateur, qui est Supposé en avoir subi lui-même toutes les angoisses, toutes celles du moins qu'il pouvait supporter sans mourir. Mais, en somme , Mademoiselle de Marsan n'est guère qu'un roman de l'école d'Anne Radcliffe, un roman criblé de trappes et de souterrains, écrit toutefois ,l'un style élégant, très-rare dans ces sortes .-''v.:ivragea. Maxime Odin, cet homme à passions inépuisables, auquel un amour pousse au cceur à mesure qu'un autre est brisé, trahi ou effacé, se prend d'admiration pour une brune, admirablement belle, silencieuse et sévère, Mi'o de Marsan. Il est dédaigneusement repoussé; MUe de Marsan lui préfère Mario Cinci, qu'elle épouse en secret et avec lequel elle s'enfuit emportant la malédiction de son père. Mario Cinci est un scélérat qui se noie dans un torrent et dont les complices sont fusillés. Telle est la fin tragique de cette histoire, dans laquelle Maxime Odin n'a pas été plus heureux que dans les nouvelles qui composent les Souvenirs de jeunesse.
Souvenirs (mes), poëme en patois agenais, par J, Jasmin (Agen, 1835, in-18). Ce récit
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est une biographie poétique , distribuée en petits épisodes, ou plutôt c'est le tableau des aventures et des sentiments de Jasmin. En 1797 ou 1798, le jeudi gras, au coin d'une vieille rue, dans une masure à rats, d'un père bossu et d'une mère boiteuse, naissait un enfant, un petit drôle. Cette naissance fut saluée, non par des coups de canon, mais par un charivari donné dans le voisinage, et pour lequel le père de l'enfant, pauvre tailleur, ne sachant ni lire ni écrire, avait composé une chanson de trente-deux couplets. Le petit berceau était tout farci de plumes d'alouettes, le petit drôle suçait un bon lait. A sept ans, il se souvient, et il peut définir ses impressions. Tête nue et pieds nus, il suit son père aux charivaris, ou bien il va, au coup de midi, dans les îles de la Garonne, à la Saussaye. Ils sont dix, ils sont trente, et ils s'élancent en criant': A Vile/ A l'île! ou bien chantant le noe! populaire : VAgneau que tu m'as donné. On revient, le soir, chacun muni de son petit fagot, et tous formant une ronde. D'autres fois, ce sont des batailles autour des feux de la Saint-Jean, ou des maraudes dans les jardins. Cependant un mot prononcé devant lui rend l'enfant tout triste : l'Ecole 1 II travaille de ci de là; il gagne quelques sous à porter des paquets à la foire. < Pauvret, tu viens bien à propos, » lui dit sa mère. A dix ans, comme il joue sur la place, il s'approche d'un vieillard que l'on porte sur un vieux fauteuil, o Où vas-tu, grand-père? A l'hôpital, mon fils; c'est laque les Jasmin meurent.» Pour la première fois, l'enfant sut qu'ils étaient pauvres. A la mort du grandpère succède le pitoyable inventaire de la maison, comptant neuf personnes; il y a là une besace, que le vieillard prenait et promenait à la porte de ses anciens amis, métayers des environs. • Pauvre grand-père ,
... Et quand j'allais l'attendre, 11 me donnait toujours le morceau le plus tendre.-
Une grande joie pour Jasmin fut son entrée à l'école, pour rien ! De six mois en six mois, il fait des progrès merveilleux. Il sait lire et écrire, il sert la messe ; on l'admet au séminaire, toujours gratis; il obtient même un prix, une vieille soutane, si usée, si lustrée, mais si nécessaire, que le diable dit : «Tu ne la porteras pas 1 » Et le diable tint parole, Ici se place une aventure scabreuse dans laquelle figure une échelle , avec Jasmin au bas et en haut une Jeanneton. Mis en prison dans le cellier, il est chassé du séminaire pour avoir ravagé les confitures du chanoine. C'était le mardi gras. De retour au logis , Jasmin voit la table mise et un morceau de mouton qui achève de cuire. Son arrivée consterne la famille. On n'aura plus de- miche (pain blanc) , miche donnée par le séminaire et qu'on attendait le jour même 1 La mère sort et rentre bientôt, portant un pain. Jasmin s'aperçoit alors que sa mère n'a plus au doigt son anneau de mariage. Voici maintenant l'apprenti coiffeur, dans une petite chambre, sous la tuile, passant ses veillées à lire Florian et Ducray-Duminil, un peu amoureux et maniant le rasoir à la grâce de Dieu. Enfin, il ouvre une boutique à son compte; la frisure le sauve du naufrage. Petits profits, petite aisance ; papillotes et chansons vont bien ensemble, et, s'il ne pleut pas, il bruine. Enfin, le poète met en pièces le maudit fauteuil sur lequel ses ancêtres sont allés mourir à l'hôpital. Quant à lui, il va chez le notaire et le collecteur l'inscrit sur sa liste. Trop d'honneur vraiment I Sa femme, fille du peuple comme lui, douée d'un esprit naturel et d'un parler pittoresque, ennemie jurée des vers au commencement, connaît maintenant le prix de la rime : un vers, c'est une tuile de plus pour le toit. Toute la famille crie : « Fais des vers, fais des versl »
Dans ses Nouveaux Souvenirs (Agen, 1854, in-18), le poète ne revient pas sur les épisodes et sur les impressions qu'il a déjà narrés. Il esquisse de nouveaux tableaux et des physionomies nouvelles. Choses, individus et idées, sujets gais et touchants revivent avec vérité et avec esprit sous !a plume de Jasmin. Le poète, qui parle l'un des plus purs dialectes méridionaux, qui possède et assouplit en maître sa langue maternelle, rit et pleure à tour de rôle. Il fait par instinct ce que l'art conseille. Sa gaieté native se tempère à propos par une idée sérieuse et son allégresse finit par une larme. Pathétique et spirituel, plein de verve et de goût, d'élévation et do patience, simple, naïf, sobre, gracieux, passionné et habile, jamais imitateur, Jasmin réunit dans ses vers les contrastes les plus heureux. On l'a comparé à Béranger; mais Jasmin n'a rien de vulgaire, rien d'apprêté; il n'a ni fausse sensibilité, ni manière, ni arrière-pensée. Il est homme du peuple tout de bon. Il sent vivement la nature. Sa pensée, sous sa forme légère, a toujours une portée morale. On a appelé Jasmin le dernier des troubadours. On a eu tortj le coiffeur agenais n'est pas un érudit : il n a connu que de nom ses ancêtres en poésie, et grâce à son ignorance, il a conservé son originalité. Fidèle à l'idiome de sa province, il n'admet ni archaïsmes ni gallicismes. Sur des pensers nouveaux il ne fuit pas des vers antiques : ses vers sont vivants, clairs, rapides. Jasmin a quelques traits de Pétrarque, de Marot et de La Fontaine.
Souveuirs, ouvrage curieux de Pierre-Nicolas Berryer, père du célèbre avocat légi-
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timiste, Pierre-Antoine Berryer. Le livre des Souvenirs, qui parut en 1839 (î vol. in-S°), comprend 1 histoire du barreau de 1774 k 1838, et donne des détails intéressants et peu connus sur l'organisation judiciaire sous 1 ancien régime. Le palais de justice d'aujourd'hui ne ressemble pas a ce qu'il était il y a un siècle; et nous ne pouvons nous faire une idée du nombre de juridictions diverses qu'il renfermait, ni de la prodigieuse affluonce de parties intéressées qui Je remplissaient chaque jour. Chaque fois qu'une grande famille avait un procès , et la chose arrivait souvent, les salles étaient inondées par la foule de parents et d'amis qui venaient les soutenir de leur présence. La sollicitation existaitalors sur un grand pied ; toutle inonde sollicitait, aussi bien les ministres que les Seigneurs les plus puissants. L'office de solliciteur était un métier, comme l'est aujourd'hui celui d'avoué, et, la plupart du temps, la victoire restait, non à celui qui avait le meilleur droit, mais à celui qui jouiss lit des plus hautes protections. La cour du p:ilais était alors encombrée de bon tiques, d'échoppes, de bureaux d'écrivains, entassés pêle-mêinesur les degrés du grand escalier, et dont Boileau a fait une peinture si pittoresque dans les chants du Lutrin. L'auteur conte l'aventure de c<? paysan de Sologne, qui, voyant entrer un homme de robe chargé de sacs de procès, lui demanda quel était ce beau bâtiment. « C'est un moulin, lui répondit le robin , qui voulait rire. — J'aurais bien dû le deviner, répliqua le paysan,' en ^voyant tous les ânes qui y portent leur sac. » La grand'chambre offniit un spectacle d'une majesté imposante, quand les cent soixante conseillers et les ducs et pairs s'y trouvaient rassemblés. Tous les souverains étrangers qui venaient à Paris ne manquaient pas d assister à une séance de ce parlement, aussi célèbre dans l'Europe que l'Aréopage l'avait été dans la Grèce. L'empereur Joseph II, Gustave III, roi de Suède, le roi de Danemark, Pierre le Grand, y étaient venus au siècle dernier, et Henri IV y avait conduit le duc de Savoie pour lui faire entendre lo fameux avocat Lemaistre. Le parlement, a lui seul, formait plusieurs divisions; il 3' avait la Tournetle, pour les affaires criminelles; les trois chambres des enquêtes, qui ne jugeaient les procès que par écrit et sur rapport; la chambre des requêtes, investie des contestations où figuraient les commensaux de la maison royale et autres fonctionnaires royaux, et, enfin, la grand chambre , où étaient plaidées les causes civiles, et qui tenait jusqu'à trois audiences par jour. Le rôle des avocats était loin d'être aussi brillant, aussi considérable qu'il l'est aujourd'hui. Il n'y avait pas de nombreuses gazettes pour reproduire leurs discours et jeter leur nom à la publicité. Aussi étaient-ils peuconnusdu public, et entièrement à la discrétion des procureurs, entre les mains de qui étaient toutes les affaires. Berryer donne d'intéressants détails surlelonget ennuyeux stage qu'il fallait faire dans ces études poudreuses. « Ni l'ordre, ni lo travail de ce temps, dans les études de procureur surtout, ni celui des repas, ne sont suivis de nos jours. La vie active d'un clerc commençait à six heures du matin l'été, àsept heures 1 hiver; le déjeuner, toujours frugal, servi à neuf heures, s'expédiait en quelques minutes. On dînait à deux heures après midi. Une heure de rùcréation était à peine laissée aux jeunes gens, qui retournaient au travail jusqu'à neuf heures du .soir. Le souper, rarement indigeste, clôturait cette journée trop tard pour qu'on pût profiter du spectacle, tous les théâtres fermant à peu près alors entre neuf et dix heures du soir. » Comme on le voit, une assez grande différence sépare les étudiants en droit d'aujourd'hui de ceux d'autrefois, diiférence qui s'étend à la procédure et à la marche des procès, qui étaient d'une longueur à désespérer les plaideurs les plus enragés, a On comptait maints procès qui étaient éternels, ajoute Berryer; ils passaient du titulaire qui les avait entamés à son successeur, souvent mêjue à plusieurs générations de successeurs, à l'instar de patrimoines exploitables. Cela s'appelait des fonds d'études, et entrait en forte considération du prix des charges. » Le seul moyen de réussir, de sortir de cette obscurité à laquelle tout débutant était condamné, était de plaider une cause importante, d'être choisi pour conseil par une grande maison; car toutes en avaient à cette époque, comme elles avaient des intendants et des aumôniers. Berryer dit que c'est à une circonstance de ce genre qu'il dut sa première notoriété, ayant eu le bonheur d'être choisi pour avocat de la belle duchesse de Mazarin ; il raconte comment celle-ci le reçut à sa toilette, selon l'usage de cette époque, et la vive impression qu'il en ressentit. De nombreuses anecdotes, rapportées par lui, nous aident à faire la comparaison de ce temps-là avec lo nôtre. A cette époque , comme jusqu'en 1867, époque a laquelle la contrainte par corps fut abolie en France pour les dettes contractées ■vis-à-vis de civils, il y avait des prisonniers pour dettes, qui aimaient mieux manger leur urgent en prison que le donner à leurs créanciers pour en sortir. Lord Magereen serait mort à la Conciergerie, si la Révolution ne l'eût délivré, comme 1 Américain Swan, qui resta vingt-deux ans à Sainte-Pi,layi(,) plutôt que de payer une dette qu'il regardait comme injuste, et qui, quoique riche de plus de 5 millions, n'en serait jamais
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sorti sans la révolution de 1830. Dans tous les procès plaides par l'auteur se retrouvent des mœurs et des habitudes dont nous sommes déjà loin ; ainsi, un de ses clients est rois à la Bastille, par le moyen d'une lettre de cachet, pour s'être marié sans le consentement de son père. La Révolution abolit l'ordre des avocats, comme elle avait aboli les parlements. Il n'y eut plus dès lors que des défenseurs officieux, espèce d'agents d'affaires, sans talent comme sans probité. La plupart des avocats étaient dans les tribunaux créés par la Convention. C'est en 1810 seulement que le barreau fut réorganisé. Berryer parle de tous les grand9 procès de l'Empire et de la Restauration ; mais ils appartiennent à l'histoire contemporaine, et sont connus de tous. La partie la plus intéressante et la plus originale de ses Souvenirs est celle où il dépeint les mœurs judiciaires du siècle passé, auxquelles nous sommes aussi étrangers que si nous en étions séparés par l'espace de plusieurs siècles.
Souvenirs d'un enfant du peuple, roman
de Michel Masson (1841, in-S<>). Le récit qui fait le fond de ce tableau est, dit-on, réel, et le titre de Souvenirs est exact, car l'auteur n'a fait que revêtir de la forme du roman certaines scènes de sa jeunesse. Un jeune ouvrier faïencier, Jean-Baptiste, tombe amoureux de la fille de M. Dumont, son patron. Le père, vieil avare, refuse de la lui donner en mariage et le chasse de chez lui; mais l'apprenti fait si bien que la belle Pilasse Dumont jette sur lui un œil favorable. Une fois assuré du cœur de celle qu'il aime, Jean-Baptiste revient audacieusement renouveler sa demande et se fait accepter de M. Dumont, comme ouvrier et comme futur gendre, à condition de lui consacrer son travail et de lui en abandonner le profit. Après six mois d'épreuves, sommé de tenir sa promesse, M. Dumont retire sa parole en disant à Jean-Baptiste que, s'il aime véritablement Filasse , il doit la céder à un meilleur parti. Désespéré, Jean-Bap- . tiste quitte son ingrat patron. Quelques jours après, ii voit arriver M. Dumont, qui l'aceaile de coups en l'accu3ant d'avoir séduit sa fille; il le repousse, on les sépare; M. Dumont succombe frappé d'une attaque d'apoplexie, et le jeune ouvrier est traîné en prison. Après deux mois de captivité, il vole auprès de Filasse qu'il trouve enceinte. Elle jure qu'elle est innocente et lui raconte qu'elle a été enlevée dans le parc de Versailles, endormie, déshonorée, puis reportée sur le chemin, sans avoir vu ses ravisseurs. L'amour est plein de confiance; Jean-Baptiste, convaincu de la réalité de ce lâche attentat, l'épouse, il promet de se montrer bon père envers Jeau-Christophe, l'enfant du crime. Ce sacrifice est au-dessu3 de ses forces , il maltraite dans deux circonstances ce pauvre enfant d'une telle façon que sa mère l'envoie à Paris, où il devient le secrétaire du comte de Marthetiois. Ce grand seigneur est arrêté comme coupable d'un complot politique ; Jeau- Christophe est jeté en pruon et croit reconnaître dans le comte son père, avant trouvé dans ses meubles une cassette ou était renfermée une boucle de cheveux de sa mère avec l'inscription : Filasse, l"t niai 1783; c'était la date du déshonneur de la malheureuse femme. M. de Marthenois découvre à Jean-Christophe que son père est un aventurier nommé Bernard, actuellement agent de police et l'un des chefs de la conspiration. Bernard a reconnu son fils; il a honte de jouer devant lui le rôle de mouchard et s'empoisonne plutôt que de dénoncer ses complices. Rendu à la liberté, Jean-Christophe apporte à Jean-Baptiste les preuves de l'innocence de sa mare, et Jean-Baptiste lui voue dès ce moment une véritable affection de père.
Cette histoire toute simple, malgré le mystère qui en fait tout l'intérêt, est écrite avec beaucoup de naturel. On sent parfaitement que l'auteur raconte des impressions personnelles et qu'il se laisse entraîner par son sujet, sans se préoccuper du style. Un croirait entendre une conversation, tant ses personnages populaires parlent bien le langage qui leur convient.
Souvenirs d'un aveugle OU Voyage autour du monde, par Jacques Arago (1842, i vol. in-S»;. Le Voyaye autour du monde est la première partie des Souvenirs d'un aveugle, dont la seconde porte le titre de Zambala l'Indien et n'est autre chose qu'une magnifique étude sur Londres. Nulle relation directe d'ailleurs entre les deux ouvrages. Embarqué à 7 'ilon en 1817, sur la corvette l'Uranie, pour un voyage de circumnavigation scientifique, Jacques Arago ne rentrait à Cherbourg qu'eu 1819, après avoir vu successivement les Baléares, Gibraltar, Ténériife, les Canaries, le Brésil, le Cap, 111e de France, Bourbon, la Nouvelle-Hollande, Timor, Ombay, où il faillit être dévoré par les sauvages, qui avaient mangé huit jours auparavant une douzuino de blancs naufragés, et ne dut son salut qu'à sa présence d'esprit et à ses réminiscences de prestidigitation , puis les Moluques, Kawack, les lies Marianues, les lies Carolines, les îles Sandwich, la Nouvelle- Hollande, l'j cap Uorn, où il fit naufrage et qui garda la pauvre Uranie; le.s lies Malouines, le Paraguay et de nouveau le Brésil, d'où il s'embarqua pour la France. C'est cetto circumnavigation de trois années que Jacques Arago, dt-jk avancé eu âge et devenu
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aveugle, a racontée d'une manière si saisissante dans son Voyage autour du monde.
Vingt-sept ans, une santé robuste, un caractère d'élite, de plus dessinateur, physicien, poète, tel était le voyageur. Ses Souvenirs, consignés dans ses notes, dans ses albums, nous garantissent la. véracité de l'auteur, et ceux qu'après un temps si long il retrouve dans sa mémoire ne sont ni les moins vrais ni les moins originaax. Au milieu des renseignements généraux sur les lieux et les hommes qu'il a visités , renseignements précieux venant d'un tel explorateur, intervient souvent l'auteur lai-mime, et le lecteur ne s'en plaint pas, car le paysage et la scène n'en sont que plus animé:!. Arago, dans cette tournée scientifique, fut le héros d'une foule d'aventures extrêmement intéressantes, et le charme avec lequel il tes raconte nous fait regretter qu'il ne parle pas davantage « de ce jeune homme d'élite dictant au vieil aveugle, p selon la spiriti elle expression de M. Jules Janin dans une Préface qu'il a consacrée à ce livre intéressait et remarquable, préface dont le résumé servira de conclusion à cet article : • Les quatre volumes du Voyage autour dumonde sont tous remplis de variété, d'intérêt, de passons infinies, d'accidents inattendus. Le dialogue, la narration, la description, le drame, la poésie, l'histoire, se donnent la main dans cette vaste arène qui est le monde entier. L'auteur, jeune, intelligent, enthousiaste, intrépide, a voulu s'emparer, comme on no l'avait pas fait encore, de l'univers des navigateurs, et il l'a parcouru à sa façon; façon brutale, violente, peu logique, prime-sautière, mais, à tout prendre, pleine d'agrément et d'intérêt. Quand parfois la parole lui manque pour se faire comprendre, quand sa plume fatiguée s'arrête, n'en pouvant plus, aussitôt il prend le crayon et, ce qu'il ne peut pas écrire, il le dessine. De cette course lointaine, il a rapporté tout ce qu'il a pu rappoiter, des crânes, des habits, des dictionnares, des portraits, des paysages, des chans.ons, des cris de guerre, des plantes, des coquillages, des ossements, des peaux de bêtes, des restes de cimetière ; et de tout cela, pétr , mêlé, broyé, confondu, il a composé un livre. Et, si vous -saviez quelle force d'âme il a fallu à ce pauvre homme pour se souvenir pendant quatre volumes de tous les ébloi issements de sa jeunesse I Certes, vous resteriez étonné, comme ja l'ai été moi-même, de la grâce limpide, de la parfaite et excellente néthode, du style animé, de la vive passion, âe l'intérêt tout-puissant de ce livre, roman piquant et vrai pour qui n'a point quitté son petit coin de ciel natal, histoire fabuleuse al. pleine de charme pour les plus hardis et les plus savants navigateurs. »
Souvenirs d un aveugle, Zambala J Indien OU Londres a, vol d'oiseau , par J. AragO
(1845). L'auteur explique en quelque sorte la composition de son livre, lorsqu'il écrit dans sa préface : «Nous l'avons point fait de fantasmagorie, nous a^ons cherché la vérité, la lumière au fond du chaos qui nous isole du monde; nous avons jeté un peu de drame au milieu de notre histoire. Si vous vous sentez émus des misères humaines, si nous avons flétri quelques vices, signalé quelques ridicules, stigmatisé quelques hontes, nous croirons avoir bien rempli notre tâche; Bélisaire est quêteur, il n'est' pas mendiant; Bélisaire est pauvre, il ne de:uande pas mieux qu'on lui tende la main , mais il veut que le eœur avance avec elle. » Zambala est, en effet, en même temps un livra d'érudition , d'étude de mœurs et un livre d'imagination ; la roman y côtoie continuellemant la réalité. C'est un tableau consciencieusement fouillé de la vie à Londres, et à la fiis un drame émouvant; on doit remarquer surtout la vigueur des tons de la description proprement dite de cette ville, où, suivant un touriste, « il y a huit mois d'hiver et quatre mois de mauvais temps. » Naus cédons la plume à J. Arago : « Comme l'immenshé, Londres est partout. Londres n'a ni commencement ni fin. Lorsque Londres, assoupie sous les frimas, se réveille à la joie, au mouvement, au luxe, au théâtre; lorsque la noblesse, écrasée sous les fatigues de ses chasses, de ses pérégrinations et de son repos, se :'ait postillon pour regagner plus vite la cité brumeuse, envieuse de la posséder; lorsque le soleil de la Grande- Bretagne se lève, presque aussi brillant que la lune de Naples, sar les pavés brillants de Regent's Street; loisque chaque jour quatre rangs serrés de magnifiques équipages volent sans se briser auprès de ces trottoirs larges comme nos rues et dans ces rues vastes comme nos places publiques..., oh ! alors Londres est Londres; c'est la fiancée parée de ses plus riches atours. Les clubs déserts se remplissent, les parcs se sillonnent , les bazars s'appauvrissent d'étoffes, de bijoux et s'enrichissent de gainées... Oh! alors vous voyez Londres trôner sur toutes les capitales du monde, et vous vous inclinez pour 1 admiration, quand vous vous rappelez la despote impérieuse qui voudrait courber toutes les nations sous son trident et qui s'indigne contre elle-même de ne pouvoir coloniser la lune et les autres planètes. Les airs lui appartiennent par ses brouillards, la terre par ses profondes officines dû s'engloutit la partie la plus active de sa population, et les mers par toutes les carènes dmt elle fatigue les flots.
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Quoique pareille à l'univers, dont le Cfntro est partout et la circonférence nulle p»rt, Londres a sa tête ici, dictant ses arrêts par la volonté de ses 658 membres qui, dans des causeries intimes , décident du destin dis peuples : mais ses bras sont partout : dans cette Afrique sauvage, dont elle a vingt fois vainement essayé la conquête; là-bas, au nord, dans le Canada; à l'ouest, dans laBarbade, qui lui ouvre ses portes; ici, sur la côte de Guinée, et, plus loin, à Sainte-Hélène, qui lui sert d'échelle protectrice, comme elle lui a servi naguère de gibet et de tombe. Le Cap de Bonne-Espérance est à elle ; à elle aussi la ville de Table-Bay et sa rade tempétueuse ; et, lorsque vous êtes entré dans l'océan Indien, vous vous sentez profondément blessé au cœur d'entendre son idiome retentir dans une île jadis à nous, dans une gracieuse cité où tout est français, les costumes, les usages, mais surtout le cœur et les sentiments. Vous piquez au nord: voici Calcutta, la ville des palais; c'est Londres dans l'Inde, ou plutôt l'Inde accapareuse de Londres. Courez à l'est, vous mouillez dans la rade de Samarang, Ja cité des épices; et, si vous cinglez vers un autre océan, vous voyez encore Londres protectrice aux Sandwich, c'est-àdire maltresse absolue et souveraine de quelques îles voisines de l'empire chinois, qui tremblent sous ses commodores, ses fusées et ses matelots. Kst-ce tout? Nonl non 1 chaque point du globe a son antipode, et Londres veut que les deux pôles sachent la couleur de son pavillon. Le voici planté à Sydney, cette ville rivale des plus belles villes euroropéennes, k Hobart-Txrwn, qu'il vient de civiliser; à la Nouvelle-Zélande, où l'on ne dévore plus les Européens protégés dans Kororareka. Voyez cette Tamise turbu - ■lente, dont les lames terreuses sont de larges et profondes routes qui marchent; n'est-ce pas Londres encore 7 Voyez ces ponts majestueux qui semblent enchaîner deux mondes , ce tunnel cyclopéen sur lequel se balance une mer et se promènent des flottes. C'est une immense foret de cutters, de sloops, de bricks, de goélettes frétillantes, de matelots cosmopolites qui s'appellent et qui se serrent la main avec cordialité après sa l'être donnée naguère au Japon ou au Bengale, et qui vous parlent des colonies australes cosjnme vous le feriez, vous, de la maison du voisin ou de la promenade quotidienne du parc. Londres est encore là, grande, imposante, majestueuse. Toujours et toujours Londres 1 Et maintenant pénétrez avec moi dans la Cité, ce chaos brûlant où s'engouffrent tant de richesses, où s'enflamment tant d'ambitions, où se dévorent tant de fortunes, où se creusent tant de désespoirs. Les millions s'y entassent prêts a s'envoler au premier signai de la spéculation toujours éveillée, toujours aux écoutes; la Cité, oùtrône la splendide basilique de Saint- Paul, enchâssée pourtant dans des rues étroites et sinueuses, appauvrie du contact do maisons sales et décrépites; la Cité, qui vous semble stationnaire et dont le regard explorateur envahit les horizons; la Cité enfin, où la puissante etbien-aimèe reine de la Grande- Bretagne ne peut pénétrer sans la permission d un marchand d© plâtre ou d'un fabricant de porter. La Cité de Londres, c'est la capitale du inonde 1 »
Après un tableau aux proportions aussi colossales dans leur réalité, les choses d'imagination paraissent pâles. Nous n'en essayerons pas moins d'esquisser la partie romanesque de l'ouvrage qui nous occupe. Zambala, un prince indien, a été sauvé des flots par George Oxley, un pauvre policeman déporté pour avoir osé épouser Emmeline B*", une jeune fille noble qui l'avait enlevé. Il le fait évader et l'accompagne à Londres pour l'aider à se venger de la société gangrenée qui l'a si injustement et si odieusement frappé. C'est un duel à mort entre lui et la famille B"* ; il fera mourir le père de frayeur et poignardera le fils; George retrouve une de ses soeurs, qui est devenue folle après avoir été violée par le fils de lord B . Malgré Son état, la pauvre Betzy est adorée par un gentleman accompli, William Karrton, dont elle .méconnaît le dévouement, tandis qu'elle s'éprend de passion pour Zambala. C'est 1k le ressort principal de l'action. Zambala, qui l'aime aussi, la cédera-t-il à William pour assurer son bonheur ou la gardera-t-il pour l'épouser? Après bien des luttes, l'Indien remporte une glorieuse victoire sur lui-même et marie Betzy à William. La jalousie étouffe la reconnaissance chez ce dernier, dont la conduite envers Zambala est quelque peu équivoque. L'Indien dissimule son ressentiment ; mais, du jour où il a fait retrouver à George sa femme, il couve sa vengeance. Il emmène Betzy faire une promenade sur mer et la précipite dans les flots pour que, s'il ne peut la posséder, son mari ne puisse pas non plus jouir de son amour. William désespéré se précipite dans les flots, et l'on n'entend plus parler de Zambala.
Tel est, dégagé des épisodes et des personnages secondaires, le fond de ce roman. Le caractère de Zambala est magnifique dans sa sauvage énergie; les mœurs anglaises sont copiées sur nature. Zambala est un ouvriige fort remarquable, écrit avec verve, force et un style propre à l'auteur.
Souvenirs contemporains d'histoire et de littérature, par Villeinain (1854, 2 vol. in-8°).
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Le premier volume est consacré à la biographie de M. de Narbonne, et Villemain a su rattacher avec art à ce personnage, ministre de Louis XVI en 1792 et premier aide de camp eîe l'empereur en 1809, de pittoresques tableaux, de la Révolution et de l'Empire. Ce livre fourmillé d'anecdotes finement racontées, de portraits tracés d'une main ferme et heureuse, qui reproduisent avec une vérité singulière la physionomie des principaux personnages d un temps encore bien voisin de nous, depuis les ministres et les généraux de Napoléon jusqu'aux orateurs et aux hommes de lettres de la Restauration, depuis la cour impériale de Fontainebleau jusqu'aux salons de Mme de Duras et de Mme de Montcalm; on y assiste à ces grandes scènes de politique, où s'agitaient Tes destinées du inonde, suspendues au projet de l'expédition de Russie, â la volonté de Napoléon. La plupart des faits qui composent ce livre, le meilleur et le plus élevé qui soit sorti de la plume de son auteur, sont tombés depuis dans le domaine public et ont suffi pour défrayer un grand nombre de monographies. A l'époque où il parut, il y avait quelque courage à le publier. La presse se débattait sous l'étreinte d'une législation draconienne, et les doctrines libérales, professées par l'auteur avec modération, mais avec fermeté, l'indépendance avec laquelle il jugeait la politique intérieure et extérieure du « grand homme, » étaient une audacieuse nouveauté. Ce furent les sentiments libéraux, les inspirations généreuses . qui animent les Souvenirs contemporains de Villemain qui en firent le succès ; car c'étaient les échos éloquents et fidèles de ce que tout le monde pensait et disait tout bas. L'appréciation par Villemain de la politique gigantesque au dehors et impérieuse au dedans de Napoléon est très-finement rendue. Lespapiers de M. de Narbonne lui ont, en effet, fourni des notes très-précieuses sur les points les plus difficiles de la politique. Il nous retrace spirituellement les conversations de M. de Narbonne avec l'empereur, et si, comme tout porte à le croire, ces conversations sont exactes, il est regrettable que le despote n'ait pas écouté plus souvent un si sage conseiller. Pourtant Napoléon goûtait singulièrement l'esprit fin, la conversation spirituelle, la raison élevée de son aide de camp ; il voyait qu'en le contredisant quelquefois, M. de Narbonne l'admirait et l'aimait, et c'est cette tendre fidélité de M. de Narbonne pour l'empereur, empreinte dans les pages de Villemain, qui jette sur son livre un intérêt triste et touchant.
Dans le second volume, on assiste à la chute de l'Empire ; les souvenirs sont plus personnels, quoique l'auteur ne se fasse pas le centre de son récit et qu'il s'efforce, au contraire, de s'effacer derrière les personnages qu'il met en scène. Il n'abdique néanmoins ni son jugement ni sa passion ; ces souvenirs de jeunesse l'émeuvent on l'exaltent, l'agitent de crainte ou d'espérancs.; témoin des péripéties d'un drame imposant, il croit encore en être le spectateur. Villemain cause ot discute, observe et crayonne. Il mêle à l'exposition des faits l'expression des idées et des sentiments qu'ils ont provoqués. C'est, de sa part, sincérité et non partialité. Sans s'inquiéter outre mesure de la sévérité de l'histoire, il raconte avec verve et fraîcheur ce qu'il a vu et entendu dans les années 18M et 1815. Villemain touche à tout : politique, guerre, diplomatie, littérature. Bien qu'il n'y paraisse pas, Napoléon est son principal personnage. Mais on voit ici le Napoléon des mauvais jours, le demi-dieu doutant de luimême et jouant avec sa fortune son dernier coup de dé. Un portrait, touohè'avec délicatesse et précision, est celui de M. de Talleyrand. On assiste aux travaux diplomatiques et aux spirituels entretiens de ce personnage a Vienne, où la belle et jeune duchesse de Dino, sa nièce, joue admirablement, à l'insu de Meiternich, le rôle de premier secrétaire d'ambassade. Ce récit est une intéressante exposition des préliminaires du congrès de lJrague; la duplicité de la politique autrichienne, masquant les préparatifs de guerre sous des simulacres de dispositions pacifiques, s'y dévoile honteusement. Villemain &e fait au besoin historien militaire; mais il décrit les batailles a grands traits, sans termes techniques, et il en signale les résultats plutôt que les incidents. Il juge les hommes et leurs actes suivant les principes du juste et du bien, non d'après un système politique préconçu. Cette société de 1815, si mêlée et si remplie de contrastes, ne peut pas passer sous un niveau égalitaire. Elle a un caractère sympathique. Dans ces salons, la politique coudoie la littérature, la science, l'éloquence. Ce monde-là aime les lettres et honore les écrivains. La Fayette, B. Constant, N. Lemercier, Arago, Cuvier, Mme de Staël, le générai Foy,M. de Feletz, M">« de Duras, Barthélémy, Delille, Saint-Lambert, Chamfort, Beaumarchais, Chateaubriand, Abel Rémusat, Daunou, Laîné, de Bausset, de Humboldt, les uns riches d'années et d'avenir, les autres à peine éteints, passent devant le regard observateur de l'historien, dont le burin ingénieux esquisse en quelques lignes ces ligures si diverses, Elans une Visita à l Ecole normale, on trouve des jugements de Napoléon sur Corneille, Bossuet, Montesquieu, Thomas, exprimés en un style pittoresque et fier. Dans un morceau sur Déinos-
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thène et le général Foy, on lit une appréciation neuve et éloquente de l'orateur athé- 'nien. Ailleurs, on trouve une peinture chaude et enlevée de la jeunesse de 1825. Cette vivacité des impressions, cette vérité dramatique font le charme du récit ou du dialogue. Des anecdotes familières jetées en passant, des traits délicats, des allusions malicieuses sous un air innocent, un esprit prodigue, uDe verve de causeur relèvent ou animent l'intérêt. Des résumés à la manière de Tacite comblent les lacunes que l'historien ne pouvait laisser dans la trame du récit. Villemain a la phrase cicéronienne, mais resserrée, qui se prête a tous les styles. Vivant par l'ardeur de la pensée et du sentiment, le livre de Villemain, où la perfuction littéraire de la forme est remarquable, constitue un de ses meilleurs ouvrages.
Souvenirs d un vieillard OU la Dernière
étape, par Emile Souvestre (1854). Ce livre est, pour ainsi dire, le testament littéraire de l'auteur. Persuadé que, « lorsqu'on arrive à la dernière étape, c'est le moment de réfléchir et de regarder autour de soi, « M. Souvestre, dans la dernière année de sa vie, voulut « transcrire les impressions des dernières journées, recueillir, à cette heure de déclin et d'adieux, ce qui réjouit, ce qui soulage ou ce qui fortifie. • Il inscrivit jour par jour, pour son propre enseignement et pour l'enseignement de ceux qui viendraient après lui, d les occupations d un travailleur dont la tâche est finie; les plaisirs d'une vieillesse sans force et sans opulence; les consolations d'un foyer dont le veuvage avait fait une solitude. » Telle est l'origine des Souvenirs d'un vieillard, dans lesquels l'auteur, versant sur les clessures de l'âge le baume de la patience et de la résignation, nous montre le bonheur caché dans la modération des désirs. Il relève une à une les compensations semées en foule à nos pieds et qui n'attendent que notre bonne volonté pour fleurir et pour nous consoler, renouvelant dans sa compassion pour nos maux cette pure et douce philosophie oultivée par les sages de tous les temps. Les événements ne sont donc dans ce récit que les simples incidents d'une paisible vieillesse dont rien ne trouble la fin, et cependant chacun d'eux apporte avec lui, comme chaque lettre de Sénèque à Lucilius, sa petite moralité, souvent profonde sous son apparente simplicité. Ainsi, l'auteur ouvre un tiroir qui ne renferme que des quittances : i D'abord, dit-il, leur aspect me réjouit. Toutes sont rangées par ordre, par année; elles semblent proclamer ma prudence et inu régularité ; mais une réflexion arrête court mon orgueil... Si je les relisais, combien d'entre elles constateraient ma négligence ou mes caprices I Que de dépenses mal faites I Que d'achats infructueux 1 Que de folles expériences ? De tout l'argent porté sur ces mémoires, qu'il en est peu qui ait sérieusement tourné à mon utilité ou à mon plaisir ! Combien de ressources gaspillées par irréflexion I Je crois lire au dos de chacune de ces quittances un mot accusateur tracé par la main qui écrivait sur les murs de la salle du festin de Balthasar : Vanité I sottise I sensualité I Je n'en veux pas lire davantage et je renferme brusquement ces impertinentes, >
A côté de cette morale tirée d'un fait particulier, veut-on connaître la morale générale du livre î « Tout homme et toute existence se résume dans la célèbre entrevue de Napoléon et de Pie VIL L'empereur, qui veut se faire sacrer par le pontife romain, joue d'abord le respect et la piété. Commeditmte (comédien) ! murmure le pape. Alors le héros s'emporte, il crie, il menace. Tragediante (tragédien) I reprend le vieillard. Hélas ! les deux mots peuvent s'appliquer à tous les vivants : la jeunesse et l'âge înùr flottent perpétuellement entre la tragédie et la comédie ; le calme arrive à peine vers les derniers jours, au moment où le rideau va se baisser. »
Il émane des Souvenirs d'un vieillard un parfum d'honnêteté, de vertu et de bonté. On y reconnaît partout l'homme qui cherchait, non la réputation littéraire, mais < à être aimé pour son oeuvre. >
Souvenirs d'un musicien , par Adolphe
Adam (1857, iu-18). Ce volume se compose de deux parties; la première contient le sommaire de la vie de l'auteur, la seconde des notices ou des anecdotes curieuses sur de célèbres musiciens ou d'itlustres chanteurs. Boieldieu, Hérold, Lulli, Dalayrae, Chollet, J.-J. Rousseau, Rameau viennent tour à tour figurer sur la scène, chacun avec sa physionomie particulière. Néanmoins, ,1e ton général de l'ouvrage est celui de la plaisanterie ; si l'auteur connaît quelque scène divertissante sur son héros, il n'a garde de l'oublier et la raconte en termes fort agréables. Nous citerons comme exemple ce trait peu connu sur J.-J. Rousseau. < La sauvagerie affectée de J.-J. Rousseau cédait lorsqu'on laissait entrevoir qu'on n'était pas dupe de ce moyen facile de se faire une réputation d'étrangeté. A un dîner chez Mme d'ft. pinay, Rousseau, nouvellement installé à l'Ermitage, dit qu'il ne manquerait rien à son bonheur s'il possédait une épiuette. Un des convives, grand amateur de musique, lui en fit porter uno le lendemain, sans se faire connaître. Rousseau manifesta sa joie de posséder cet instrument, sans s'inquiéter d'où il
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pouvait venir. Un jour, il vint plus soucieux que d'habitude chez Mme d'Epinay. « Qu'a- ■ vez-vous, lui dit-on ? — Hier, répondit-il, il » est tombé du haut d'une armoire une pile de » livres sur mon épinette, et, depuis cette corn- » motion, l'instrument est tellement discord » que je ne puis m'en servir. — Eh bien I dit ' le donateur anonyme qui était présent, ce » n'est rien, demain je vous enverrai mon ac- » cordeur. — C'est donc vous qui m'avez donné » cette épinette? reprit Rousseau. — Ma foi, « oui, répondit l'autre en riant. — Eh quoi ! » monsieur, s'écria Rousseau, seriez-vous un » de ces hommes cruels qui par leurs orgueil- » leuses attentions insultent a ma misère ? Rei prenez votre instrument et ne me parlez ja- » mais. — Je vous parlerai encore une fois, » reprit l'amateur indigné, et ce sera pour vous » dire que je ne suis pas votre dupe. Vous vou- » lez faire leDiogène et vous n'êtes qu'un jon- » gleur. » Rousseau s'étaitsoudain calmé à ces vives paroles. A dater de ce moment, il fut rempli de prévenances pour celui qui lui avait si bien répondu. • Une telle anecdote fait mieux connaître Rousseau que vingt pages de commentaires.
La première partie, contenant des détails biographiques, n'est pas moins intéressante et nous prouve que la volonté et le talent finissent toujours par triompher de la mauvaise fortune. Peu d'hommes, en effet, ont eu une vie plus agitée qu'Adolphe Adam; peu d'hommes ont vu leurs espérances ruinées de fond en comble au moment où ils touchaient au but, comme ce courageux athlète; mats peu d'hommes aussi ont lutté aussi courageusement pour vaincre l'adversité et conquérir à la fois renommée, gloire et fortune.
Souvenirs do la Restauration, par M. Alfred Nettement (1858, in-18). Comme tous ceux de l'auteur, ce livre témoigne de ses vives sympathies pour le système monarchique qui triompha deux fois en une année par le double renversement de l'Empire, pour être emporté quinze ans plus tard par trois jours de révolution. Sans partager sa manière de voir, nous aimons la franchise des opinions de M. Nettement; au milieu du dédale des événements politiques et des revirements à l'ordre du jour, il est bon de savoir qui l'on a pour guide. D'ailleurs, les sympathies si clairement manifestées dans les Souvenirs de la Restauration ne vont pas jusqu'à la violence qui déclame ou jusqu'à la passion qui aveugle. Il voit les fautes de ses amis et, loin de les dissimuler, les signale et les blâme. Par ses souvenirs personnels, il jette un jour nouveau sur les luttes intérieures du parti royaliste. 11 contient en outre des études intéressante.» sur des hommes tels que le duc Decazes, Chateaubriand, de Villèle, et d'assez nombreuses anecdotes sur les personnages les plus marquants de l'époque, qui donnent à ces Souvenirs tout l'attrait de révélations rétrospectives. Ce sont d'agréables mémoires, où le moi ne se montre pas trop envahisseur, modestie qui contribue au charme de l'ouvrage, parfaitement écrit d'ailleurs.
Souvenirs de vingt années d'enseignement, par M. Dainiron (1859, in-go). Après avoir rempli comme professeur à la Sorbonne une longue et paisible carrière, M. Ph. Damirou n'a pas voulu prendre sa retraite sans laisser un gage spécial de son dévouement à ses fonctions. Il a recueilli en un volume ses principaux discours d'ouverture, qui, pour la plupart, avaient déjà été publiés séparément. Us traitent de diverses matières de morale et de théodicée. M. Damiron est un de ces hommes que le côté pratique et religieux de la philosophie a plus préoccupé que les questions métaphysiques. 11 demande avant tout à ta raison d exercer une influence morale sur lui-même et il s'efforce de l'étendre aux autres. Il donnerait volontiers la science pour ■ la moralité ; car elle ne lui semble pas un élément essentiel de la philosophie. Los bons sentiments sont au-dessus des brillantes pensées ; la lumière de la conscience vaut mieux que celle du génie.
M. Damiron , dans cet ouvrage , s'efforce, sans y parvenir, de prouver l'immortalité de l'âme et le gouvernement de la Providence. Il emprunte à la religion catholique quelquesuns de ses dogmes, et même il fait une théorie philosophique de la grâce. Une assez longue introduction précède ce recueil : c'est le récit de toute sa vie intérieure, un chapitre de confession, une autobiographie philosophique. M. Damiron raconte, non-seulement ses idées, mais aussi les circonstances antérieures qui en ont déterminé le courant. Il donne des détails sur sa famille, sur son éducation, son passage à l'Ecole normale, ses reL.tions avec des maîtres illustres,ses débuts dans l'enseignement, l'origine et la direction de ses travaux. Il y a, dans ces pages écrites sur lui-même par un homme modeste, une naïveté, une simplicité , une droiture d'âme remarquables. Nous ne dirons rien des discussions philosophiques qu'elles renferment ; car l'auteur se contente de rééditer des lieux communs, sans originalité. La pa'rtie autobiographique a une bien plus grande valeur; on y sent un parfait honnête homme, tout dévoué à la profession qu'il avait embrassée.
Souvenirs et réflexions politiques d'un journaliste , par M. Saint - Marc Girardiu (1859, iu-12). Cet ouvrage contient le résumé de plus de trente années de participation de son auteur aux luttes politiques. Au lieu de
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recueillir, comme la plupart de ses confrères, tout ce qui est sorti de sa plume, Saint-Marc Girardin a fait un choix et ne nous a donné que le dessus du panier. En outre, il a pensé cjiie des pages écrites au jour le jour, au milieu de la lutte et dans le feu des événements, avaient besoin, aujourd'hui que l'ardeur est refroidie et les événements mêmes oubliés, d'une sorte de présentation particulière. Avant de transcrire un article ou un fragment, il le prépare, il l'explique, souvent même il l'atténue, et ce commentaire perpétuel, qui tient autant de place que les textes reproduits, leur donne une sorte d'unité factice , commode toutefois pour le lecteur. M. Saint-Marc Girardin a expliqué lui-même les procédés et surtout l'esprit général de son livre dans une ingénieuse préface. 11 rappelle la diversité des temps qu'il a traversés; il voit revivre ces beaux jours du journalisme où la plume était une arme puissante et honorée, où existait une opinion publique à laquelle eu appelaient chaque jour avec une rivalité de talent le gouvernement et l'opposition. Que ces temps sont loin do nous et comme l'oubli envahit rapidement le passé ! Voici, d'après le témoignage même d'un des plus ardents lutteurs, combien est fugitif le souvenir Je ces sortes de luttes : « C'est un grand honneur pour un article de défrayer la causerie du matin ; si l'on en parle le soir, c'est presque encore de la gloire. I! y a dans la première partie de ce recueil deux ou trois articles dont on m'a loué, même au bout de plusieurs jours. J'étais tenté de les croire immortels ; en les relisant, je me suis aperçu que je ne m'en souvenais même plus moi-même. » Malgré cet oubli, l'auteur ne croit pas à l'inutilité de la polémique politique. Il défend le gouvernement constitutionnel contre les railleurs qui l'appellent un jeu de collin-maillard , « gouvernement où, au inoins, il était permis d'exprimer sa peuséel Hélas I que faisons-nous tous ici-bas, sinon de chercher à. tâtons le droit et la raison? Dans le gouvernement despotique, nous déclarons que nous avons trouvé la raison et nous la mettons dans un homme; grande fiction qui dure tant qu'elle ne paraît pas trop invraisemblable. Dans les gouvernements libres, nous cherchons la raison par la liberté et nous la cherchons pour chaque question et pour chaque circonstance ; laborieuse enquête assurément, mais qui, malgré ses embarras et ses fatigues, fait la force et l'honneur des peuples qui savent comprendre que le gouvernement de soi-même, le self-goueritment, ne consiste pas à n'être gouverné par personne, mais à se gouverner et à se régler soi-même. »
M. Saint-Marc Girardin a divisé ses Souvenirs d'un journaliste en deux périodes inégales et qui présentent dans sa vie un intérêt bien différent : la première va seulement de 1827 à 1830; la seconde s'étend de 1830 à 1848, sans compter les réflexions qui appartiennent par anticipation à des événements plus rapprochés de nous. Une troisième partie, sous le titre de Mirabeau, Louis XVI et Marie-Antoinette, consiste en un travail assez étendu sur les origines et les obstacles du gouvernement représentatif en France en 1789. Ecrit en 1851, à l'occasion du livre de M. de Baeourt, Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck, en 1789, 1790 et 1791, il est le résumé des réflexions de l'auteur sur la marche de la Révolution, ses causes politiques et morales et ses résultats; ce qui y domine, c'est le sentiment de la liberté de l'homme, au milieu des événements qui semblent le plus fortement marqués du caractère de la fatalité.
Pendant les trois premières années de sa carrière, M. Saint-Marc Girardin fait partie de l'opposition libérale et combat la politique de la Restauration avec une ardeur qui change de caractère ou de degré sous les ministères de Villèle, de Martiguac et de Poliguac. Les tendances ultra-catholiques du gouvernement de Charles X trouvent en lui un adversaire très-décidé, et ce qu'on appelait alors la congrégation est l'objet de ses plus vives attaques. On remarque surtout dans cette période son premier article politique à l'occasion des émeutes de la rue Saint- Denis, si peu graves et comprimées si violemment par le ministère. Grand sujet d'étonnement ou de scandale pour nos habitudes de réserve et de timide langage : l'ennemi, le ministère, s'appelle Tartufe. Tartufe su cache, Tartufe se mortifie, Tartufe se venge. A cette époque, on pouvait écrire impunément « qu'il faisait beau de voir nos soldats prendre la rue aux Ours, s'emparer de la rue Grénetat, marcher au pas de charge dans la rue Saint-Denis, tourner la rue Mauconseil, s'élancer sur le passage du Grand-Cerf, tirer sur les fenêtre gabiounées de pots de fleurs, tout cela à la lueur des réverbères, à défaut du soleil d'Austerliiz ! Voyez cette cavalerie victorieuse qui court à plein galop. Garel Laissez passer la victoire I Gare aussi pour ces civières chargées de blessés qu'on porte à l'Hôtel-Dieu I Ce sont aussi des trophées, et le bulletin de la grande bataille est affiché à la Morgue ! » Quel journaliste eût osé en écrire autant en décembre 18j1î Do 1827 à 1848, M. Saint-Marc Girardin s'est un pou éloigné de son point de départ libéral pour y revenir, à peu de chose près, sous le^second Empire ot s'en écarter dès qu'il approche du pouvoir en 1870. Il avoue volontiers ses chan-
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gements. Quand tout se transforme autour do nous, quand les luttes changent d'objet ou de caractère, quand les intérêts des partis se déplacent, quand ies principes de l'ordre et de la liberté s'entendent ou se combattent tour à tour, on peut dire :
L'homme absurde est celui qui ne change jamais.
Le chef de la manifestation des bonnets à poil a largement usé de la latitude que semble accorder cet adage aux hommes politiques, et, quoi qu'en dise cet alexandrin, nous n'hésitons pas a qualifier sévèrement la conduite politique, dernière manière, de l'auteur des Souvenirs.
Souvenir* et Indiscrétions , par Sainte- Beuve, édités par M. Jules Troubat (1872, in-12). Le secrétaire da Sainte-Beuve s'est donné la tâche de publier les dernières études du maître restées manuscrites; il a pensé avec raison que le public devait s intéresser aux divers souvenirs, aux petites notes personnelles, a quelques lettres familières de l'éminent critique. Ce sont ces souvenirs, ces notes qui composent le volume.
Plusieurs anecdotes piquantes et racontées avec charme sont éparses ça et la. On lit avec plaisir l'histoire des premiers débuts de Sainte-Beuve au Globe. Le jeune homme suivait les cours de l'Ecole de médecine quand on l'informa, en 1824, que le journal se fondait. « J'allai voir M.Dubois, dit-il , qui m'y appliqua aussitôt et m'y essaya à quantité de petits articles. Ils sont signés S.-B., et il est facile à tout biographe d'y suivre mes tâtonnements et mes commencements. A un certain jour, M. Dubois me dit: ' Maintenant, vous savez écrire, et vous
■ pouvez aller seul. » Sainte-Beuve entreprit alors une série d'articles littéraires qui furent aussitôt remarqués. Il se mêla au groupe romantique et alla chez Victor Hugo. Un soir qu'il avait été chez ce dernier, vers 1827, et qu'il y avait récité des vers, il remarqua pour la première fois un jeune homme de dix-huit ans qui parlait peu. Le lendemain matin, le jeune homme arrive chez le critique; n'était Alfred de Musset, o II me dit en entrant, raconte Sainte-Beuve : « Vous avez
■ hier récité des vers; eh bien, j'en fais et je » viens vous les lire. » Il m'en récita de charmants, un peu dans le goût d'André Chénier. Je m'empressai de faire part à Hugo de cette heureuse recrue poétique. On lui demanda désormais des vers à lui-même, et c'est alors que nous lui vîmes faire ces charmantes pièces de YAndalouse et du Départ pour la chasse. »
Outre ces anecdotes et des confidences personnelles, on trouve dans le volume publié par M. Troubat divers renseignements curieux sur la famille de Sainie-Beuve, sur sa fortune, sur les amis du critique et l'intérieur de son ménage. Saint-Beuve possédait à sa mort 6,000 francs de rente, plus une maison. II avait hérité de près de 4,000 francs de sa mère, ainsi que de sa maison. Il a donc ajouté à ses revenus 2,000 francs de rente. C'est bien peu si l'on songe à cette vie laborieuse qu'il mena constamment; il n'avait de plus ni le goût du luxe ni celui de la dépense ; il se contentait de son modeste intérieur, dans sa maison de la rue Montparnasse, au milieu d'une société toujours la même, composée de quelques amis, de sa gouvernante, de ses livres et de ses trois chattes. Car il avait trois chattes affectionnées , dont les noms méritent de passer à la postérité. Klïes s'appelaient la Jolie, la Vieille et la Maigriotte. Elles étaient soignées sur les genoux de la gouvernante, ministre des finances de la maison. Malheureusement leur fin fut triste; elles disparurent l'une après l'autre pendant le terrible siège de 1870. Peu d'amis tutoyaient Sainte-Beuve. M. Troubat n'en a entendu que trois : M. Londierre, camarade d'enfance, avec lequel le critique se querellait beaucoup sur les matières de philosophie et d'antiquité grecque et latine ; Nestor Roqueplan, le comédien C'h. Potier et aussi un quatrième, Th. Gautier. Mais c'était entre eux deux, du neveu Théo à l'oncle Beuve, une réminiscence du passé, une sorte de parenté et de lien littéraire, d'artiste à artiste, d* poète à poète, un signe de francmaçonnerie romantique.
En somme, le titre d'Indiscrétions mis en tête du volume trompe un peu le lecteur qui, à propos d'un écrivain mêlé discrètement à tant de monde, hôte assidu de plusieurs salons h la mode sous le second Empire, avait certainement le droit de s'attendre à des révélations plus piquantes.
Souvenir* d'une Cosaque, par Robert Frantz (1874, in-12). Ce livre, quia fait quelque bruit à son apparition, a dû sa vogue moitié à sou style pittoresque et coloré, moitié a ses indiscrétions qui frisent le scandale. Sous le pseudonyme de Robert Frantz, la critique parisienne a reconnu une grande dame, dont elle s'est gardée toutefois de dire le nom, et qui est en même temps l'auteur et l'héroïne au livre. Quant au héros, il est aisé de reconnaître Listz dans ce virtuose célèbre, aimé des femmes, que son admirable talent jette dans tous les désordres de la passion. Le portrait que la grande dame russe en trace n'est pas flatté, et le virtuose apparaît à la fin comme un prodige d'égoïsmej mais ce portrait est vivant.
La grande dame russe ou cosaque, dont
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Robert Frantz est censé transcrire les souvenirs, n'a pas de nom dans ce roman ; c'est elle qui parle, derrière le masque. Les premières pages sont consacrées à sa jeunesse et à son éducation ; une jeunesse turbulente et une éducation bizarre. Elevée dans le fond de l'Ukraine, elle ne sait que monter à cheval, chasser au loup et lire des romans ; elle crève beaucoup de chevaux, dévore toute une bibliothèque et se marie, à quinze ans au premier venu, pour être plus libre. Le lendemain de son mariage, elle divorce en abandonnant à son mari d'une nuit la moitié de sa fortune et se met à courir le inonde. Lasse des plaisirs, elle se réfugie dans la musique. C'est alors qu'à force d'entendre parler du génie d'un grand virtuose qui a quitté le monde et pris la robe de prêtre, elle est possédée du désir intense de le connaître. Il habite Rome; elle lui écrit et demande à devenir son élève; le grand artiste se laisse toucher ; elle prend aussitôt la poste et arrive à Rome. C'est là la partie la plus intéressante du roman, ou de la confession, comme on voudra. L'héroïne décrit ainsi le personnage de l'artiste ; « C'était un homme de haute taille, de grand port et de grandes manières; laid, avec une abondance de beaux cheveux presque blancs qu'il portait longs et rejetés eu arrière ; des yeux très-profonds, pensifs, durs à l'occasion, et un sourire, un Sourire qui était la clarté d'un rayon de soleil 1 » Ce sourire et le génie musical du pianiste achèvent de dompter la b«ile Russe, déjà plus qu'à demi vaincue avant d'être arrivée à Rome; i elle joue d'abord la hauteur et l'orgueil, puis s'humilia jusqu'à s'offrir. Le prêtre résiste bien un peu, par coquetterie, mais il finit par s'adoucir, tout en laissant voir qu'il ne fait pour elle que ce qu'il a fuit pour bien d'autres, car toutes les femmes l'adorent. Elle veut le garder pour elle et lui fait des scènes de jalousie; il s'en amuse et la prie d'être l'amie de ses rivales, comme d'une chose toute naturelle. I! ne voie, en effet, dans ses triomphes qu'autant de satisfactions pour sa vanité. • Ces femmes sont bonnes 1 lui dit -il dans un moment d'épanchement. Une chose frappante et que tu n'as pas l'air de voir, tous ceux qui me connaissent sympathisent entre eux. On s'aime en moi. « Mais la belle Russe, cette sauvage de l'Ukraine, met trop de violence dans la passion pour souffrir le partage ; elle se révolte, quitte l'ingrat et va en Amérique tâcher de refaire sa fortune. Elle achève de se ruiner, et le souvenir de ses amours à Rome la poursuit sans relâche. Elle revient près du grand virtuose, munie d'un poison foudroyant et bien décidée à le tuer d'abord, puis à se tuer après. • Monsieur, je viens pour vous tuer, » lui écrit-elle dans un billet laconique. L'artiste, qui connaît si bien les femmes, lui répond qu'il est prêt à la recevoir. L'entrevue suprême a lieu ; mais, au moment de verser à l'infidèle le poison foudroyant, l'héroïne, magnétisée par son regard et, par son sourire, faiblit ; elle s'empoisonne toute seule, et n'en meurt pas, puisque c'est elle qui raconte l'aventure. 11 y a, en effet, un contre-poison. Avant de le prendre, elle fait jurer à l'artiste, « sur un os de saint François, » de revenir U elle ; l'autre jure. Mais, le contre-poison avalé, il lui déclare nettement qu'il n'a que faire de son amour. « Je n'ai plus rien , je suis ruinée , répliqua Ja malheureuse; je vous ai sacriiié ma famille, ma réputation, ma fortune. — Il vous reste, répond le virtuose, le talent que je vous ai donné. Allez le faire valoir. • — « Ces paroles monstrueuses entrant dans mon cœur, continue la narratrice, venaient d'y détruire le mal qui le dévorait. Mon amour était mort. » Ce sont les derniers mots du livre, a Une telle confession est hardie, dit M. Amédée Achard ; quelques-uns pourront dire impudente. Mais elle a été faite par cette Cosaque en une langue chaude, colorée, saisissante, qui n'est pas l'un des moindres éfonnements de son livre étrange, i
Souvenirs e* correspondance lire* des papiers de Mm° Récamter. V. RÉCAMIKR.
Souvenirs, de Mme Vigée-Lebrun (1835, 3 vol. in-8°). V. Lebrun.
Souvenirs de Maie de Covlu. (1770). V.
Cavlus (Souvenirs de Mme ue).
Souvenirs et anecdotes du eomie de Ségur. V. SÉGUR.
Souvenirs d'une favorite, roman d'Alex.
Dumas, faisantsuite a la San-Felice.Y. San- Felice.
Souvenirs de Lafleur (LES), opéra-comique en un acte , paroles de Carmouche et de Coure/, musique de Halévy; représenté â l'Opéra-Comique le 4 mars 1833. Le livret reproduit une pièce du Gymnase intitulée : la Vieillesse de Frontin. Lafleur, valet de comédie, n'est plus jeune; il a vieilli en même temps que son maître, et tous deux charment leurs loisirs en racontant leurs antiques prouesses. Le neveu du maître de Lafleur a une maltresse, et des dettes; pour le dérober aux suites de ses folies, son oncle le confine dans son château, et prépose Lafleur à la garde du prisonnier. Le geôlier trompe les ennuis de sa captivité en lui contant ses anciens tours. Il fournit au jeune homme, sans en avoir l'air, les moyens de faire payer ses dettes par son oncle et d'épouser celle qu'il aime. Ce fut le célèbre chanteur Martin qui chanta le rôle de Latleur avec un organe d'une
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fraîcheur et d'ur. charme merveilleux pour son âge; il obtint un grand succès dans son grand air, très-bien conçu par le compositeur et approprié au genre de talent du chanteur ; acteur excellent, il fut très-applaudi dans la scène où Lafleur déclare a son maître que son imagination n'est pas refroidie et qu'il saura tirer son neveu d'embarras. Martin avait alors soixante-sept ans. Il n'y a pas d'exemple d'une carrière aussi longue au théâtre. Thévenaid, qui chanta pendant quarante ans les opéras de Lulli et de Rameau, prit sa retraite a l'âge de soixante-deux ans. Halévy a composé pour cet opéra-comique une musique, charmante, instrumentée avec élégance et discrétion pour ne pas couvrir la voix du doyen des chanteurs français.
Souvenirs (lës), tableau de Célestin Nanteuil (Exposition de 1855). Un homme, plutôt vieilli que vieux, iist assis, dans un intérieur misérable, sur un fauteuil délabré, et fourgonne quelques rentes de braise sous les cendres; il rêve,
Car que faire en un gîte, a moins que l'oit ne songe,
non pas à l'avenir, à cet âge on ne regarde guère devant soi, mais au passé, et l'essaim des souvenirs seco je ses ailes dans la brume vaporeuse. La vie écoulée Se reconstruit en tableaux fantastiques : l'école buissonnière, les premières amojrs, l'orgie au cabaret, le duel, les scènes d'î la vie militaire ; tout ce drame si usé, si rebattu, qu'il ne vaut pas la peine d'être conté, et que pourtant chacun trouve neuf. « La Jolie romance en deux cents couplets I dit M. E. About; il n'y manque que des paroles. » Cette ingénieuse composition, que la pensée philosophique n'empêche pas d'être peinte très-largement et d un trèsfin sentiment de couleur, a été popularisée par la délicieuse lithogrî.phie qu'en a faite M. Nanteuil lui-même, un de ces artistes privilégiés qui ont dépensé la monnaie d'un riche talent dans la lithographie et l'illustration , sans pourtant s'appauvrir par cette prodigalité.
SOUVENT adv. (sou-van — latin subinde, mot qui signifie immédiatement après, successivement, coup sur coup, et qui est formé du préfixe sub, en composition avec la préposition inde, de là. Dez fait remarquer, à propos de l'italien soven'.e, l'irrégularité du changement de d en r, e; il est disposé à y voir quelque souvenir de!i mots repente, fréquente, tmmalinente. Pour le / final du mot français,il n'est pas plus étrange que dans le vieux français ent, venu .ui aussi du latin inde). Fréquemment, un grand nombre de fois en peu de temps : Aller souvent au spectacle. Cela arrive souvent, assez souvent, trètsouvent, trop souvent. C'est un reproche que je vous ai fait souve.it. La magistrature n est souvent qu'un titre d'oisiveté. (Fléch.) On fait souvent vanité ces passions même les plus criminelles. (LaRochef.) La bonté est une qualité que les grands ne connaissent guère et ne pratiquent pas souvent. (Mme de Motte ville.) En voulant mieux fai'e, on fait souvent plus mal. (Mm|! de Sév.) Les gens qui ont beaucoup d'esprit tombent souvent dans le dédain de tout. (Montesq.) On est souvent trompé par la confiance ; muis on se trompe soi-même par la méfiance. (Prince de Ligne.) Fn politique, Un démenti vaut très - souvent un aveu. (Mme Roland.) La faiblesse prend souvent des résolutions plus violentes que l'emportement. (Mme deGenlis ) La folie n'est souvent qu'un égoïsme impétueux. (Mme de Staël.) Les peux pleurent plus souvent que la bouche ne sourit. (Chateaub.) L<ts yeux entendent souvent mieux que les oreilles. (La Rochef.- Doud.) Il y a toujours entre les extrêmes un milieu que l'on néglige souvent aux dépens de la vérité.(Gévuzez.) Lavotonté combat souvent le désir, comme souvent aussi elle y cède. (V. Cousin.) L'économie consiste souvent o dépenser beaucoup. (Mie h. Chev.) Manger peu et souvent, c'est bien plus profitable que de manger rarement et beiueovp à la fois. (Raspail.) Souvent il ne reste rien des services qu'on a reçus ; il resté toujours quelque chose de ceux qu'on a rendus. (J. Droz.) Combattre des objections, ce n'est souvent détruire que des fantômes. (J. Joutert.) Pour apprendre, l'enfant doit bien souvent croire avant de savoir. (Vacherot.) On a souvent besoin d'un ;>lus petit que soi.
La Fontaine.
Souvent notre amour-propre éteint notre bon sens.
Voltaule.
L'excès des attentats en est souvent le terme.
Lahakpe. Un ami vrai souvent peut guérir bien des maux.
Desfokobs.
— Le plus souvent, Four l'ordinaire, .dans les cas les plus fréqusnts ; L'amour commence le plus souvent par les yeux. (J. Simon.)
— Fop. Plus souvent, Jamais, pas du tout : Plus souvent que je '-ui confierai mon argent J
— Syn. Souvent , fréquemment. V. FRÉ- QUEMMENT.
SODVENTÉ, ÉE adj. ( sou-van-tô — de sous, et de vent). Mar. t.e dit d'un bâtiment, d'une embarcation qui se trouve sous le vent, qui passe sous le vent.
SOUVENTEFOIS ou SOUVENTES FOIS
adv. (sou-van-te-foi — de souvent, et de fois). Souvent, plusieurs fois, il Mot vieilli.
SOUV
SOUVERAIN, AINE adj. (sou-ve-rain, ène — d'un type latin superanus, qui est provenu de la préposition super, sur, au-dessus, comme le type antianus, en français ancien, de la préposition anle, avant). Suprême, qui atteint le plus haut degré : L'Etre souverain. Le souverain bien. La souveraine félicité. La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix des choses. (La Rochef.) C'est une folie de chercher ici-bas le souverain bien. (St-Kvrein,) C'est la parfaite alliance de l'art et de la nature qui fait la souveraine perfection. (Boileau.) La vertu, comme la santé, n'estpas le souvkrain bien, (Chamfort.) Le sens commun, jadis juge souverain et infaillible, trébuche à chaque pas. (Proudh.) Ce sont les idées qui sont les vraies et souveraines faiseuses de langues. (V, Hugo.) Ce n'est que dans une bonne conscience qu'existe le souverain bien. (Giratid.)
Le fabricateur souverain Nous créa besaciers tous de même manière.
La Fontaikb.
— Qui s'exerce sans contrôle, sans restriction ; qui exerce une puissance suprême, sans contrôle, sans restriction : Puissance souveraine. Autorité souveraine. Prince souverain. Princesse souverains. Souverain sei-
I gneur. Souverain maitre. Le peuple souvs- | bain. // n'y a rien de plus odieux à la souveraine puissance que de vouloir la forcer. (Boss.) Un pouvoir souverain ne saurait trop soigneusement se garder d'aliéner sa liberté. (E. de Gir.) On ne partage point la grandeur souveraine.
Racine.
Le roi n'éclata point ; les cris sont indécents A la majesté souveraine.
La Fontaine.
— Remède souverain, Remède d'une efficacité infaillible : Cet élixir est un remède souverain contre les maux d'estomac, contre les coliques.
— Cour souveraine, Tribunal qui juge en dernier ressort, il Jugement souuerain, Jugement rendu par une cour souveraine.
— Substantiv. Personne ou être moral qui possède, qui exerce le pouvoir suprême : Le peuple est l'unique souverain légitime. Ce n'est pas le souverain, c'est ta loi qui doit régner sur les peuples. (Mass.) Un souverain est encore plus redoutable par ses qualités personnelles que par sa puissance. (Barlbél.) Carlsbad est le rendez-vous ordinaire des souverains ; ils devraient bien s'y guérir de la courenne, pour eux et pour nous. (Chateaub.) Les souverains ne veulent jamais convenir des fautes qu'ils ont commises. (Aime Campan.) La tyrannie des souverains est la principale source des maux qui attaquent l espèce humaine. (Azaïs.) Le souverain qui tenterait de rétablir le despotisme serait la première victime de celle tentative. (Jlme de .Blessington.) La dime est la quote-part à laquelle le souverain céleste consent à limiter son droit de suzeraineté. (Proudh".4) Lorsqu'un souverain est maitre absolu, il se proclame le seul législateur. (Franck.)
Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine.
Racine.
Hélas! les souverains, si fiers du diadème. Sont les esclaves nè"s de leur grandeur suprême.
Ducis.
— Kig. Ce qui possède une puissance, une influence comparable à celle des monarques : L'or est le souverain des souverains. (Rivaroi.)
— Poétiq. Souuerain du monde, Dieu. Il Souverain des dieux, Souverain des hommes et des dieux, Jupiter, il Souverain des ondes, Neptune. Il Souverain des enfers, du sombre royaume, des sombres bords, de l'empire des morts, Pluton.
— Ane. coût. Chef, président : Le souverain du Trésor. Le souverain du parlement.
— s. ni. Métrol. Monnaie d'or d'Angleterre, d'Autriche, de Milan, valant : en Angleterre, 35 fr. 20 ; en Autriche , 17 fr. 58 ; dans l'ancien duché de Milan, 35 fr. 16.
....... . , . L'or est en Souverains,
Bons quadruples pesant sept gros trente-six grains, Ou bons doublons au moro