‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 63 sur 1059 · RANTE · texte numérisé non relu

RANTE

SALLERANT s. m. (sa-le-ran — rad. salle). Techn. Ouvrier chargé, dans la chambre ou salle d'apprêt, des diverses manipulations auxquelles on soumet le papier, après le travail à la cuve, dans les usines où la fabrication se fait à la main : C'est te sallkbant qui veille au collage, à l'étendage, à la mise en mains et en rames, ainsi qu'à l'empaquetage. Il Ou écrit aussi salleran.

SALLERANTE s. f. (sa-!e-ran-te). Techn.

Ouvrière chargée de l'apprêt du papier, sous la direction du sallerant : Les étendeuses, la jeteuse et les trieuses sont des sallisrantes. Il On dit ausssi sallkkank.

SALLERTALNE, bourg et comm. de France (Vendée), cant. de Chalians, arrond. et à 50 kilom. N.-O. des Sables-d Olonne, sur le canal du Grand-Etier; pop. aggl., 1,604 hab.

— pop. tôt., 2,192 hab.

SALLES, bourg de France (Gironde), cant. de Belin, arrond. et à 40 kilom. N.-O. de Bordeaux, au bord d'une forêt de pins, sur la rive droite de la Leyre; pop. aggl., 601 hab.

— pop. tôt., 4,015 hab. Commerce de laine et de résine. Aux environs, antiquités galloromaines.

SALLES-CURAN, bourg de France (Aveyron), ch.-l. de cant., arrond. et à 36 kilom. N.-O. de Milhau, près d'un petit afriuent du Viaur; pop aggl., 679 hab. — pop. tôt., 2,602 hab. L'église paroiss.ale, de construction ancienne, possède quelques vitraux curieux.

SALLES-SUR-L'HERS, bourg de France (Aude), ch.-l. de canton, arrond. et à 22 kilom. S.-O. de Castelnaudary ; pop. aggl., 589 hab. — pop. tôt., 1,135 hab. Commerce de bestiaux et de céréales.

SALLES-LA- SOURCE, bourg et commune de France (Aveyron), canton de Marcillac, arrond. et à 13 kilom. N.-O. de Rodez, dans un vallon fertile; pop. aggl., 2,158 hab. — pop. tôt., 2,832 hab. Fabrication de cadis peluché; minoteries, filatures de laine. Commerce de bestiaux et produits agricoles. On y voit : deux belles églises du style ogival ; l'église paroissiale, dédiée à saint Paul, qui est du commencement du xve siècle; un ancien château féodal, flanqué de tourelles, assez bien conservé. Aux environs, belles cascades et vaste grotte renfermant de superbes cristallisations.

SALLES (Jean-Baptiste), homme politique

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français, né en Lorraine vers 1760, décapité à Bordeaux le ÏO juin 1794. Il était médecin à Vézeiise en 1789. Elu député aux états généraux par le tiers état de Nancy, il se montra zélé partisan des idées nouvelles, tout en faisant une opposition très-vive aux détracteurs de la tonne monarchique. Comme on agitait la question de la déchéance après l'arrestation de Louis XVI à Varennes (juin s179l), il s'écria à la tribune : » On me poignarderait plutôt que de me faire consentir à •ce que le gouvernement passât entre les ■mains de plusieurs I » Toutefois, il vota contre le veto absolu, se prononça contre une chambre unique et se rangea presque constamment du côté du parti le plus modéré. Réélu par ses compatriotes k la Convention, Salles siégea avec les girondins. Ce fut lui qui, dans 'le but de sauver Louis XVI, proposa, lors de son procès, l'appel au peuple, puis le sursis à l'exécution. Néanmoins il reconnut la culpabilité du roi, mais il demanda qu'il fût détenu jusqu'à la paix. Adversaire ardent des montagnards, il dénonça Marat à la tribune, demanda qu'on poursuivît les auteurs des mas- . sacres de septembre et fut enveloppé dans la proscription des girondins le 31 mai 1793. Mis hors la loi le 28 juillet, il erra dans les départements de l'Eure et du Calvados, puis en Bretagne, d'où il passa par mer dans la Gironde. Après s'être longtemps caché, il fut arrêté chez le père de son collègue Guadet le 19 juin 1794, conduit à Bordeaux et exécuté le lendemain.

SALLES (Eusèbe-François, comte de), orientaliste français, né k Montpellier en 1796, mort dans la même ville en 1872. Il fit ses études de médecine, passa son doctorat, puis se rendit à Paris (1817) et s'adonna à l'étude des langues orientales. M. de Salles apprit le persan, te turc, l'indoustani, l'arabe, fut attaché, comme interprète, k l'expédition envoyée contre Alger en 1830 et devint cinq ans plus tard professeur d'arabe à Marseille. Après avoir enseigné pendant plus de trente ans cette langue, M. de Salles retourna dans sa ville natale, où il mourut. Il avait fait à diverses reprises des voyages en Orient, notamment en Turquie, en Egypte, ensuite en Syrie, etc. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Traduction et commentaire du traite' de hhazès sur ta variole (1828) ; AU le renard ou la Conquête d'Alger (1832, 2 vol. in-8°); Sakountala ou une Chaîne (1833,' in-is), roman; Mahomet considéré comme homme privé, ar- .liste et politique (1833) ; Histoire générale de la médecine légale (1835), dans l'encyclopédie de Bayle; Mazdac, réformateur socialiste et communiste de la Perse sassanide (1840) ; Pérégrinations en Orient ou Voyage pittoresque, historique et politique en Egypte, Nubie, Syrie, Turquie, Orèce, pendant les années 1837, 1838 et l&M (1840, 2 vol. in-so) j Nouvelles idées sur les pyramides ou Réfutation des hypothèses de M. F. de Persigny (1845); Histoire générale des races humaines ou Philosophie ethnographique (1849, in-12), ouvrage dans lequel l'auteur se montre un défenseur acharné de l'unité de l'origine humaine ; Œuvres choisies, poésies (1805, in-12).

SALLES (Charles-Marie, comte de), général français, cousin du précédent, né à la Martinique en 1803, mort k Mornas en 1858. A sa sortie de l'Ecole de Saint-Cyr, il entra dans le corps de l'état-major, devint lieutenant eu 1827, lit la campagne de Morée en 1828, et assista à. la conquête d'Alger en 1830. Revenu en France capitaine, il Ut partie de l'armée qui assiégea Anvers en 1832. Arrivé en Algérie en 1837, H fut aide de camp du général Vallée, puis colonel lors de lu guerre contre les Arabes ; en 1848, il fut promu au grade de général de brigade et, le 7 mars 1852, à celui de général de division. En 1855 il commanda une des divisions de l'armée qui assiégea Sébastopol. En juin 1856, il fut nommé membre du Sénat; il était grand officier de la Légion d'honneur.

SALLES (Bertrand-Isidore de), administrateur et journaliste français, né à Sainte-Marie (Landes) en 1821. Lorsqu'il eut terminé ses études k Aire, il se rendit à Paris, entra dans le journalisme et publia, sous le pseudonyme d'Isidore S. de Go»«e, un grand nombre d'articles littéraires et scientitiques. Il se lit connaître par un petit livre extrêmement spirituel et piquant, intitulé : Histoire naturelle, drolatique et philosophique des professeurs du Jardin des plantes, des aides naturalistes, préparateurs, etc., avec des annotations de M. F. Gérard (1846, in-iï), par Isidore S. de Gosse. Cet opuscule, dans lequel-il signalait des abus administratit'Sjdes traversde professeurs,etc., eut un succès très-vif. M. de Salles devint cette même année secrétaire de M. Achille Fould. Après la révolution de 1848, sousl'adinuusiraiioii du général Cavaignac, il fut nommé sous-préfet de Dax, puis il remplit les mêmes -fonctions à Villefranche (1849) et à Bar-sur-Aube (1852). Appelé au ministère de l'intérieur, en 1856, M. de Salles y occupa le poste de chef de la division de la presse et de la librairie jusqu'en 1859. A cette époque, il devint préfet de la Creuse, d'où il passa à la préfecture de l'Aube. La révolution de 1870 l'a rendu à la vie privée. M. de Salles avait été nommé en 1864 officier de la Légion d'honneur,

SALLET (Frédéric de), poète allemand, d'origine française, né a Neisse (Silésie) en

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1812, mort en 1843. Elève de l'Ecole des cadets de Breslau et de celle de Berlin, il fut envoyé, en 1829, comme lieutenant à Mayence; mais bientôt, dégoûté du service, il écrivit en 1830 sur la vie militaire une nouvelle satirique qui le fit condamner par un conseil de guerre a la dégradation et a une détention de dix ans dans une forteresse. Cette peine fut commuée en deux ans de prison par un second conseil de guerre, et le roi de Prusse la réduisit à deux mois. A l'expiration de sa peine, Sallet fut envoyé à Trêves , d'où il revint en 1834 à l'Ecole militaire de Berlin. Il s'y occupa surtout de l'étude de l'histoire et de la philosophie de Hegel, et prit "sa retraite en 1838 pour se donner tout entier à la littérature. On a" de lui : Poésies (Berlin, 1835); Etincelles, reeueil d'épigrammes ( Trêves , 1838) ; la Bouteille en démence, épopée héroïque (Trêves, 1838) ; l'Evangile des laïques, son œuvre la plus remarquable (Breslau, 1861, 6» édit.); la Belle Jrla (Breslau, 1838); Poésies complètes (Breslau, 1843). Après sa mort, on publia d'après ses manuscrits : l'Explication de la seconde partie du Faust de Gosthe à l'usage des femmes (Breslau, 1844) et une brochure intitulée : les Athées et les impies de notre temps (1844 ; Hambourg, 1852, 2e édit.), dans laquelle il qualifie le piétisme de véritable" athéisme. Ses Œuvres complètes furent réunies en cinq volumes (Breslau, 1845). Sallet avait montré dès sa première enfance de remarquables dispositions pour la poésie; plus tard, il sut allier aux tendances de l'école sentimentale et romantique celles de l'école humoristique et satirique; mais l'étude sérieuse qu'il avait faite de Schiller et de Gœthe, son penchant pour l'histoire et la philosophie exercèrent sur lui une influence qui ne fit que s'accroître avec le temps, et, dans les dernières années de sa vie, sa préoccupation continuelle fut la recherche de la vérité, Surtout en matière de religion, ainsi que le prouve son Evangile des laïques, dans lequel il combat les idées traditionnelles de l'Eglise sur le christianisme et la morale. On peut consulter à son sujet l'ouvrage intitulé : la Vie et les œuvres de Frédéric de Sallet (Breslau, 1845).

SALUER (Claude), philologue français, né à Saulieu en 1685, mort k Paris en 1761. Il fit ses études au collège de sa petite ville natale, suivit des cours de philosophie et de théologie à Dijon, se fit ordonner prêtre et vint k Paris, où il se perfectionna dans les langues latine, grecque, syriaque, hébraïque et apprit les langues modernes. La réputation qu'il se créa dans les lettres et dans les sciences lui ouvrit les portes de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et lui valut successivement les places de lecteur et de professeur d'hébreu, de garde de la bibliothèque du roi, enfin sa nomination k l'Académie française. On doit k ce savant modeste de nombreuses dissertations publiées dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions, plusieurs volumes du Catalogue de la bibliothèque royale et la première édition complète et authentique de l'Histoire de saint Louis, de Joinville (1761, in-fol.).

SALL1ER-CHAMONT (Gui-Marie) , littérateur français, né à La Roche - eu - Breuil (Bourgogne) vers 1750, mort vers 1840. Ses études terminées, il fut nommé conseiller au parlement et se montra l'un des plus fougueux opposants aux mesures arbitraires de la cour. Pendant la Révolution et l'Empire, il vécut dans la retraite et ne reparut qu'en 1814 pour recevoir le titre de maître des requêtes. On lui doit les ouvrages suivants : l'Ane au bouquet de roses (Paris, 1802, 2 vol. in-18); Essais pour servir d'introduction à l'histoire de la Révolution française (1819, in-8°) ; Annales françaises depuis' te commencement du règne de Louis XVI (1813, in-8°); Annales françaises (1832, 2 vol. in-8°).

SALLIN (Maurice), sculpteur et graveur, né en Savoie en 1760, mort le 22 juin 1809. Né de parents pauvres, il les quitta pour se rendre en France, où il commença par être ramoneur, puis fondeur. Il eut alors le mérite de conquérir par ses seuls efforts des connaissanceslittérairesetartistiquesà l'aide desquelles il eut bientôt des amis et des admirateurs. On a de lui divers morceaux de sculpture etune gravure représentant J.-Em. Gilibert, gravure placée en tête des ouvrages de ce célèbre médecin.

SALLIOR ( Marie - François ) , littérateur français, né à Versailles en 1740, mort à Paris en 1804. Etabli avocat dans cette dernière ville au moment de la Révolution, il se montra patriote assez modéré, se tint k l'écart pendant la Terreur et reparut après le 9 thermidor pour occuper les fonctions d'inspecteur au collège de Saint-Cyr et du Pry-i tanée français. On a de lui : Manuel chronologique (Paris, 1791); les Fruits de mon jardin (Paris, 1798) ; Corbeille des fleurs de mon jardin (Paris, 1798).

SALLO (Denis de), seigneur de La Coudbayk, littérateur français, né à Paris en 1626, mort dans la même ville en 1669. Ses études de droit terminées, il succéda k son père au parlement. Ses goûts littéraires le poussèrent k fonder un journal ou revue hebdomadaire exclusivement consacrée aux lettres, et, en 1665, parut le Journal des savants, sous le nom du sieur de Hédouville. L'âpreté de sa critique souleva tellement la

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rancune des beaux esprits de l'époque, qu'à force d'intrigues ils obtinrent le retrait de son privilège et la suppression de son journal, qui fut repris en 1666 par l'abbé Gallois. Malgré cette disgrâce, Salto conserva la faveur de Colbert, qui faisait le plus grand cas de son intelligence et le consultait tant sur les affaires littéraires que sur certaines matières politiques. On n'a imprimé de cet écrivain qu'un traité : Des noms et surnoms, publié dans le tome III du Recueil de pièces de Granet, et un autre traité : Des légats à latere, k la suite de l'Origine des cardinaux, par du Peyrat (Cologne, 1665, in-12).

SALLUSTE (Caïus Sallustius Crispus), célèbre historien latin, né k Amiterne, dans la Sabine, en 86 av. J.-C, mort en 34 av. J.-C. Il appartenait k une famille plébéienne, mais riche, et reçut l'instruction des enfants de patriciens. Sa jeunesse fut déshonorée par les plus scandaleux désordres, ce qui ne l'empêcha pas de prendre part aux affaires publiques et de donner les premiers gages de ses aptitudes littéraires ; mais il se sentit détourné de ses études par l'ambition ■. A quo incepto studio me an\bitio mala detiuuerat, dit-il. Il parvint, k l'àgeJe vingt-sept ans, k la charge de questeur, puis k celle de tribun du peuple, et prit une part active aux troubles de cette époque (58-52 av. J.-C.). Il appartenait au parti démagogique et fut un des sectateurs les plus violents de Clodius dans la lutte de celui-ci contre Milon. Salluste avait d'ailleurs pour haïr ce dernier des raisons toutes personnelles ; amant de la femme de Milon, Fausta, il avait été surpris k un rendez-vous adultère, fustigé d'une rude façon par les esclaves et mis k rançon par lo mari. Chassé du sénat pour son infamie et ses débauches, il devint l'un des agents de César, qui lui fit rendre la questure et sa place au sénat, puis le fit nommer préteur. Ce fut en cette qualité qu'il conduisit en Afrique les légions de César. Après la victoire de Tnapsus, le dictateur lui donna le gouvernement de la Numidie avec le titre de proconsul (45). Il commit dans sa province des déprédations tellement criantes, qu'elles le firent comparer k Verres. Parti ruiné de Rome, il y revint avec des richesses immenses, subit quelques accusations, mais fut absous par Cé,sur, k qui il abandonna des sommes considérables. Il renonça dès lors k la vie publique, et, du fruit de ses rapines, il fit construire sur le mont Quirinal un palais splendide qui fut, dans la suite, habité par plusieurs empereurs, et où il entassa tous les chefs-d'œuvre de la statuaire et de la peinture ; les vastes jardins qui entouraient cette habitation somptueuse sont cités par les anciens comme la plus délicieuse promenade de Rome, ~et le lieu qu'ils occupaient est encore désigné aujourd nui sous le nom de jardins de Salluste. Il acheta, en outre, de vastes domaines et la belle maison de César k Tïbur (Tivoli). C'est au milieu d'un luxe royal, du sein de cette fastueuse retraite, que cet illustre concussionnaire, accusé par tout un peuple, composa ses chefs-d'œuvre historiques et immortalisa sa honte en remplissant ses livres de déclamations vertueuses contre ceux qui s'enrichissent par des voies coupables.

« Le premier en date des véritables historiens de Rome, dit M. Benlœw, est Salluste. Adhérent de César, il a pourtant su se placer k une certaine distance des événements qu'il décrit, et il a obtenu ainsi d'heureux effets de perspective. Mais il a gardé les pussions du témoin oculaire et de l'homme de parti. De la complicité de César dans la conspiration de Catilina, il ne laisse subsister qu'une nuance ; il efface autant qu'il peut le rôle et diminue le mérite du consul Cicéron. Dans son Jugurlha, il concentre l'intérêt principal sur Marius, le chef populaire qui, indirectement, a peut-être le plus contribué k l'avènement de l'empire. D'ailleurs, il a su choisir avec tact et avec goût les sujets qui convenaient k son talent. Nul n'a esquissé les caractères d'une manière plus pittoresque ni dramatisé plus vivement les événements. Il a peint aussi en traits de feu la profonde corruption de son temps, qui rendait la chute de la république inévitable. Il devait bien décrire ce qu'il connaissait si bien. >

Salluste a laissé une réputation aussi brillante sous le rapport du talent que décriée sous celui des mœurs et de la conduite. Il nous reste de lui deux ouvrages entiers : la Conjuration de Catilina, qu'il écrivit après son exclusion du sénat, et la Guerre de Jugurtha, qu'il composa après son retour d'Afrique. Ces deux morceaux sont considérés comme des chefs-d'œuvre. 11 avait écrit une Histoire de Rome depuis la mort de Sylta dont il ne reste que des fragments. On lui attribue aussi deux Lettres à César qui renferment de belles idées et d'énergiques peintures, mais qui respirent la flatterie et l'esprit de parti. Les meilleures éditions de Salluste sont celles d'EIzevir ( Amsterdam , 1634), de Burnouf (Paris, 1821). L'une des plus remarquables traductions françaises est celle de M. Moucour (1855, in-8°).

Dussault a formulé sur cet historien le jugement suivant : « Salluste est l'écrivain le plus précis, le plus concis, le plus nerveux qu'ait produit la littérature latine, sans en excepter Tacite lui-même. Son goût est plus

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pur que celui de l'historien des empereurs , son expression plus franche, sa pensée plus dégagée de toute subtilité... Salluste n'est pas seulement un grand peintre d'histoire, il est encore un moraliste admirable; rien n'est plus imposant que le ton dont il flétrit le vice et dont il honore et recommande la vertu ; son goût le portait vers ces éloges éloquents de la vertu , vers ces censures véhémentes de la corruption , qui donnent tant de poids et de gravité aux compositions historiques ; on lui a même reproché de les avoir prodigués avec trop peu de retenue et d'avoir quelquefois emprunté le vieux langage de Oaton le Censeur pour répandre sur ses tableaux de morale le colons austère de ce vertueux personnage et la teinte respectable des temps antiques. Mais on lui fuit un reproche beaucoup plus grave : on l'accuse de n'a-voir pas soutenu ses discours par ses exemples... La Conjuration de Catilina et l'Histoire de la guerre de Jugurlha sont deux morceaux complets; quelques critiques préfèrent le second au premier, quoique celui-ci soit beaucoup plus connu, parce que le sujet en est beaucoup plus intéressant. Ce sont, au reste, deux tableaux achevés.

Un autre critique compétent, M. Pierron, apprécie ainsi qu'il suit le talent de l'historien de Jugurtha :

» Les anciens ont porté sur Salluste des jugements divers. Quelques contemporains, tels que César et Pollion, étaient vivement choqués de son affectation d'archaïsme. C'étaient pourtant des amis de l'historien. Ses amis insistaient sur ce point vulnérable, et ils ne voulaient voir en lui qu'un plagiaire des vieux auteurs. On connaît l'épigramme citée quelque part dans l'ouvrage de Quintilien : « O toi qui as tant volé les mots du » vieux Caton, Crispus, écrivain de l'histoire > de Jugurtha! » Sénèque, qui compare Salluste à Thucydide et qui donne la préférence k l'historien latin, nous apprend que Tite- Live était d'un avis tout contraire au sien et qu'il reprochait à Salluste de gâter Thucydide en l'imitant. Tacite proclame Salluste 1b plus florissant écrivain des choses romaines. Martial l'appelle le premier de tous les historiens romains. Quiiuilien vante avec complaisance cette admirable rapidité qui fut l'éminente qualité de Salluste. 11 s'en réfère aussi au jugement du grammairien Servilius Nonianus, qui déclarait Salluste et Tite-Live plutôt égaux que semblables. Aulu- Gelle caractérise Salluste comme un écrivain savant en brièveté, un novateur en fait de ■mots ; il loue la beauté et l'élégance de son style; il dit que, si ses ouvrages ont été l'objet de certains reproches assea fondés, la plupart des critiques de ses détracteurs étaient sans raison et sans justesse. Quelquesuns distinguaient chez lui lenarrateur de Y orateur et préféraient ses récits k ses harangues. Cette opinion est singulière. Salluste, quoi qu'en disent Sénèque et CassiusSeverus, n'est jamais inférieur k lui-même : c'est lo même art et le même talent qu'il a déployés partout; ses récils valent ses harangues, ni plus ni moins, et ses harangues valent ses récits, a

SALLUSTE (Secundus Sallustius Promotius), surnommé Je Pbiiotophe , préfet des Gaules sous Constance et consul avec Julien. Il était né dans les Gaules vers le commencement du ive siècle et mourut vers 370. Julien l'honora d'une constante amitié, dont il se montra digne par ses talents et sa fidélité. Quoique attaché au paganisme, il se distingua par une généreuse tolérance envers les chrétiens. Après la mort de l'empereur, qu'il avait suivi dans son expédition contre les Perses, il refusa la pourpre, que lui offrait l'armée, et favorisa l'élection de Valentinien. On lui attribue généralement le traité grec Des dieux et du monde, remarquable par le style et les pensées, publié avec une version latine d'Allatius et des notes de Holstenius, par G. Naudé (Rome, 163S), traduit en français par Formey (Berlin, 1748).

SALLDSTE, le dernier des philosophes cyniques, né dans la ville d'Emèse,en Syrie, au vis siècle. Il étudia le droit, l'éloquence et la philosophie, et successivement fut le disciple d'Eunoius, de plusieurs autres sophistes d'Alexandrie et entin de Proclus, philosophe platonicien. D'après les conseils d'Athéuodore, il se convertit k la doctrine des cyniques et propagea dès lors la philosophie de Diogène, ce qui le fit plusieurs fois accuser d'impiété, accusation qui n'eut pour lui aucune suite fâcheuse. Citons une repartie piquante qu'on attribue k Salluste le Cynique. Painprepius, personnage éminent, mais dont la conduite était loin de paraître irréprochable, lui demandait la différence des dieux aux hommes : • Tu n'ignores pas, lui répondit Salluste, que je ne suis pas plus un dieu que tu n'es un homme.» On a attribué à Salluste le traité De diis etmundo; cet ouvrage est plutôt, selon Brucker, l'ouvrage de Salluste, le philosophe gaulois. Pour les autres écrivains du nom ae Salluste, voir la Bibliographie grecque de Fabricius (ch. xm, p. 644). SALI], nom de deux comtés de l'ancien empire d'Allemagne, autrefois indépendants : le Haut Salin (en allemand Ober-Salm), dans les Vosges, sur les frontières de l'Alsace et de la Lorraine, ch.-l. Senones; le Bas Salin (Nieder-Salm), dans les Pays-Bas, sur les frontières des provinces de Liège et de

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Luxembourg, ch.-l. Salm ou Viel-Salm, petite ville comprise aujourd'hui dans le Luxembourg belge, ii 40 kilom. S.-E. de Liège, sur une petite rivière de son nom ; 3,000 hab. La maison de Salm , qui possédait , outre ces deux comtés, plusieurs autres domaines sur la rive gauche du Rhin, remonte au rx« siècle et forma deux, lignes dès 1040 : la ligne aînée, dont la branche directe s'éteignit au xvno siècle, et dont une branche collatérale forma les maisons de Salm-Sulm, de Salm- Kyrbourg et de Salm-Horstmar. De la ligne cadette, dont la branche directe s'éteignit en 1413, sortirent les maisons de Salm-ReifFerscheidt, Salm-Krautheim, Salm-Hainspach, Salm-Raitz et Salm-Dyck. Tous les princes de Salm ont été médiatisés en 1802 et 1810,

Les personnages les plus connus de cette maison sont les suivants :

SALM (Wolfgang, comte de), prélat allemand, ne en 1508, mort à Passau le 5 décembre 1555. Chanoine de Passau en 1536, te comte de Salm fut élu évêque de ce diocèse en 1540 et fut plénipotentiaire de l'empereur dans plusieurs diètes, notamment en 1545 et 154e, a Ratisbonne, et en 1552 à Passau , où l'on conclut la convention dite de Passau. En même temps qu'évèque, Wolfgang était le prince séculier de ses diocésains , qui lui durent plusieurs mesures administratives et fiscales fort sages. Jl fonda dans son palais épiscopal une petite Académie dont nient partie les principales célébrités catholiques. On y cultivait le grec, le latin et, en outre, ce qui était une innovation pour l'époque, les littératures française, italienne et espagnole.

SALM (François-Xavier, comte d'AltsaLm), prélat allemand, né à Vienne en 1749, mort à Ylaiip, en Moravie, le 19 avril 1822. A la mort de son père, Salm, qui se destinait jusque-là à la carrière militaire, céda à son frère cadet son droit de primogéniture et se rendit a Rome, où il fut ordonné prêtre par le pape Pie VI. Devenu, en 1784, évêque de Gurk, en Carinthie, il sut gagner la faveur de Joseph II et empêcha la création d'un métropolitain pour l'Autriche entière; l'empereur avait d'abord voulu investir l'évêque de Seckau de cette dignité. François-Xavier protégea l'industrie métallurgique de la Carinthie, embellit la résidence épiscopale de Gurk et la ville deKIagenfurt. En 1806, le nouveau pape Pie VII le nomma prélat domestique du sainc-Mége. Lors du soulèvement du Tyrol en igoo, il se mit à la tête de la landwehr de Villach et deKIagenfurt et remplit lui-même les fonctions d'aumônier au combat de Volanos (24 avril). On lui doit. un certain nombre de sermons en latin, en allemand et en italien, le plan d'une Académie nationale de traduction, etc.

SALM-DYCK (Joseph, prince de), botaniste allemand, né en 1773. En 1802, lois du traité de Lunéville, il perdit ses Etats, qui furent réunis à la France et donnés à la Prusse en 1814. Botaniste distingué, on lui doit la fondation du jardin botanique de Dyck, près de Dusseldorf.

SALM-DYCK (Constance-Marie de Theis, dame Pipelet, plus tard princesse de), femme de lettres française, épouse du précédent, née à Nantes en 1767, morte à Paris en 1845. Son père, Alexandre de Theis, maître des eaux et forêts, appartenait à une ancienne et noble famille de Picardie; il aimait les lettres, les cultivait, et il se plut à diriger lui-même le goût naissant de su fille pour la poésie. A peine âgée de quinze ans, Mlle Je Theis parlait plusieurs langues. Elle lit insérer en 1785, dans le Journal de France, un rondeau et un sonnet et commença dès lors ù fixer l'attention du public lettré. En 1789, Mtto de Theis épousa M. Pipelet de Leuri , membre de l'Académie de chirurgie, fils d'un secrétaire du roi. Ce mariage, eu l'appelant à Paris, offrait à la jeune femme un moyen de vivre dans une atmosphère littéraire qui allait imprimer un nouvel essor à son talent. Quelque temps après son mariage, elle publia

filusieurs pièces de vers où se manifestait l'aliance de la grâce facile aveu la force des pensées, qualités qui ia firent surnommer par M.-J. Chétiier la Huie <ie la raison. En décembre 1794, elle lit représenter lu tragédie lyrique de Supho. Un plan habilement conçu, 4es situations fortes, un intérêt soutenu, un style cônes, naturel, révélèrent un talent fait pour honorer la scène. Le compositeur Martini, déjà dans un âge avancé, couronna dignement sa carrière en prêtant à cet ouvrage ses inspirations mélodieuses. Sapho eut plus de cent représentations.

Bientôt parut VEpitre aux femmes, réponse à des stances que Lebrun avait publiées dans la Décade philosophique et où se trouvait ce vers, souvent répété depuis :

L'encre sied mal aux doigta de rose...

Mme Pipelet lut elle-même sonépltre dans le Lycée où professait Laharpe. L'intérêt et la nouveauté du sujet, le charme de la poésie, la gjâceet Ja chaleur de la diction, l'éclat de la jeunesse et de la beauté, la dignité du sexe et du talent, tout concourut à produire uu vif enthousiasme chez les auditeurs.

C'est en cette année que Mme Constance Pipelet fut appelée à faire partie du Lycée des arts, dont aucune femme avant elle n'avait été membre. C'est pour cette société

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qu'elle composa la plupart de ses notices et de ses éloges en prose. Parmi ces éloges, il faut remarquer surtout ceux du comique Sedaine et de l'astronome Lalande ; le premier est plein de naturel et de simplicité ; le second présente cette particularité que le célèbre astronome avait demandé à Mme de Salm de parler de lui après sa mort et que, pour lui faciliter cette tâche, il lui avait remis toutes les notes qui devaient la guider et l'éclairer.

En 1799, notre auteur fît représer ter au Théâtre-Français un drame sous le titre A' Amitié et imprudence, qui obtint peu de succès. L'année suivante , elle publia deux Epilres à Sophie ou Avis à une jeune personne qui veut se marier, puis, et successivement , des poésies diverses, parmi lesquelles il faut remarquer : Epitre aux femmes, la Liberté à Nice, le Méchant, la Jeune mère, le Divorce.

Mme Constance Pipelet avait divorcé d'avec son mari en 1799 ; en 1803, elle épousa le prince de Salm-Dyck, qui lui-même avait rompu une première alliance avec la comtesse de Hatzfeld. Ce prince, dès lont-temps français par goût et par caractère, ami zélé des sciences et des lettres, se fil bientôt luimême un nom célèbre parmi les plus savants botanistes.

Le nouveau rang de la princesse de Salm ne changea en rien ses habitudes litté.-aires. Elle conciliait facilement les charges de sa position sociale et les doux travaux, aliments et gloire de sa vie, dit de Pongerville, C'est ainsi que, l'année même de son mariage, la princesse de Salm publia une épltre : Indépendance des gens de lettres, dont le sujet avait été proposé par l'Académie française. Ce poëme était digne de disputer le prix, obtenu par l'auteur de l'Amour maternel , à'Emma et de la Chute des feuilles. A cette pièce succéda VEpitre sur la campagne. Peu après parut VEpitre sur la rime, où l'auteur soutient cette thèse littéraire que la rime pouvait ne pas être toujours riche, et lu perfection même avec laquelle cette éplti-e est rimée prouve que Mme de Salm pouvait, quand elle le voulait, vaincre toutes les difficultés sans altérer l'éclat de son style. Une autre épître Sur la philosophie est âigie de son sujet. A cette époque parut la cantate sur le Mariage de Napoléon : puis Mme de Salm publia des vers sur la Mort de Girodet, des stances sur la Perle des illusions de la jeunesse et plusieurs autres pièces, toutes également empreintes du cachet de son talent. Ces poésies furent recueillies dans l'édition publiée en 1811.

Dans les années qui suivirent la chute de l'Empire, inspirée par l'indignation que lui faisait éprouver la bassesse des intrigants titrés qui spéculaient sur les désastres de la patrie, la princesse de Salin composa VEpitre à un honnête homme qui veut devenir intrigant. Presque aussitôt parut VEpitre sur l'esprit de l'aveuglement au siècle, que l'on regarde généralement comme l'un de ses meilleurs ouvrages.

En 1817, Mme de Salm composa un Discours sur l'étude. Le sujet avait été proposé par l'Institut, qui accorda une mention particulière à cette œuvre de goût. Quelque temps après, elle publia son Epitre aux souverains absolus. M<°e de Salm, qui, jusqu'en 1814, avait paru se consacrer presque entièrement à la poésie, déploya un véritabla talent de prosateur dans 1 ouyrage intitulé : Vingt-quatre heures d'une femme sensible, espèce de roman sans intrigue, sans événements et où néanmoins l'auteur a su mettre le plus vif intérêt.

Pour ajouter la gloire du moraliste à celle de l'écrivain, M">b de Salm publia ses Pensées, ouvrage qui fut accueilli avec empressement et traduit dans toutes les langues de l'Europe.

Mme de Salm a retracé sa vie entière clans le poème intitulé : Mes soixante ans. Ce grand tableau des révolutions politiques, morales et littéraires est tracé d'une main ha bile et ferme; la grandeur du sujet, l'intérêt otla variété des scènes attachent vivement le lecteur, qui passe avec plaisir de la gravité des événements publics à l'agréable narration des scènes de la vie littéraire de 1 auteur. Un homme de mérite a dit que ce po ime offrait les souvenirs d'une belle âme et les impressions d'un grand talent.

Nous donnons la liste à peu près complète des productions de M«>e de Salm : Mes soixante ans ou Mes souvenirs politique.! et littéraires, poeiue (Paris, 1833, in-S<>) ; les Vingt-quatre heures d'une femme sensinle; Pensées (au nombre de cent soixante-sei;:e) ; Eloge historique de Sedaine ; Eloge historique de Gaviniès; Eloge historique de Lalande; fragments d'un ouvrage intitulé : Des Allemands comparés aux Français dans Uurs mœurs, leurs usages, leur vie intérieure et sociale ; Poésies (Paris, isn,in-s°; 3eédit., Paris, 1835, 2 vol.in-18) ; Oiscourssur lesvoya^es ; Discours sur le bonheur que procure l'étude; Cantate sur le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie- Louise; Sur la mort de Girodet; Poésies diverses; Chants patriotiques, au nombre de trois; le Kniaz Michel Gliuslci, chant historique polonais, imité de Niemcewicz; Happort sur les fleurs artificielles de la citoyenne Iloux-Montagnac; Sapho, trngédie mêlée de chants, trois actes, en

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vers (Paris, 1795, in-8<>); Camille ou Amitié et imprudence, pièce tirée du roman de Samuel Constant, intitulé : Camille ou Lettres de deux filles de ce siècle, et jouée le 6 mars 1800 au Théâtre-Français (cet ouvrage n'a point été imprimé) ; Vers sur les vers de société et de fête (Paris, 1800, in-12). D'après la biographie Michaud, la Biographie universelle doit à Mme de Salm les articles Sedaine et Theis (Marie -Alexandre). Parmi quelques écrits inédits laissés par elle, nous citerons : les Droits , épltre politique ; deux épltres inédites à Sophie; Mémoires littéraires, dans lesquels elle se proposait de donner te tableau de la littérature et de la société de son temps et d'insérer aussi, avec notes, une partie de sa correspondance avec divers savants et littérateurs. En 1841, elle publia quelques lettres extraites de sa correspondance générale de 1805 à 1810; ce volume, tiré à un très-petit nombre d'exemplaires, n'a pas été mis dans le commerce.

La princesse de Salm était membre des sociétés savantes de Marseille, de l'Ain, du Vaucluse, de Nantes, de Lyon, de Caen, de Livourne, de la Société de statistique, de la Société d'encouragement de Paris, etc.

La biographie de la princesse de Salm a été écrite bien souvent; nous citerons celles de MM. de Pongerville, de Ladoucette, d'Albert Montémont, de Villenave, de Michel Béer, de Mme Achille Comte, dont le travail fut couronné par l'Académie française eu 1856. Ou peut encore consulter la notice de M. Bignan dans le Moniteur du 15 avril 1845.

SALM-KYRBOURG (Frédéric, prince de), maréchal de camp au service de la France, né à Limbourg en 1746, décapité à Paris en 1794. Il résida une partie de sa vie à Paris, où il se fit construire un magnifique hôtel, qui est aujourd'hui le palais de la Légion d'honneur. M™e Du Défiant rapporte dans ses Lettres une anecdote qui donne une idée médiocre du courage de ce prince. Kn 1787, il se fit donner par M. de Calonne une mission auprès des Hollandais insurgés ; mais, s'étant renfermé dans Utrecht, il laissa prendre la ville par les Prussiens. Arrêté comme suspect pendant la Terreur, ses sentiments hautement manifestés en faveur de la Révolution ne purent lé soustraire à l'échafaud.

SALM-KYRBOURG (Frédéric-Ernest-Otto, prince du), fils unique de Frédéric III et d'une princesse de Hohenzollern , officier français, né à Paris en 1789, mort à Paris en 1835. Il reçut de Bonaparte, en 1803, une principauté en Allemagne comme indemnité des biens de sa famille confisqués sous la Révolution-, Napoléon lui reprit ensuite cette principauté et, en échange, gratifia le prince d'une inscription de 400,000 francs de rente sur le grand-livre, somme dont les Bourbons refusèrent de continuer le payement en 1815. En 1806, le jeune prince de Salm-Kyrbourg s'échappa de l'Ecole militaire de Fontainebleau et rejoignit l'armée française en Pologne. Il se signala par un courage hors ligne, eut un avancement rapide, interrompu par une captivité de neuf mois en Espagne. Le prince de Salm-Kyrbourg était membre de la Légion d'honneur et colonel à la chute de l'Empire, En 1831, il se présenta comme candidat au trône de Belgique et publia à cette occasion une brochure intitulée : De la régence et ses dangers imminents pour la Belgique (Bruxelles, 1831, in-8°). 11 mourut sans laisser de postérité, et eu lui s'éteignit la branche des princes de Salm-Kyrbourg, famille très-dévouée à la France.

SALM-REIFFERSCIIE1UT (Nicolas, comte de), capitaine allemand, né à Salm en 1458, mort à Vienne en 1530. Il assista aux batailles de Granson et de Morat, servit ensuite contre les Vénitiens, les Français, se signala à Pavie et battit en Hongrie les partisans de Jean Zapoly. C'est lui qui dirigea la défense de Vienne assiégée par les Turcs et, dans un assaut, il reçut une blessure à laquelle il succomba.

SALH - RB1FFERSCHB1DT - KRAUTHB1M

(Constantin Dts Nikdër-Salm, prince de), né à Kiautheim en 1821, où il mourut le 20 février 1856. U échangea une partie de son territoire avec le royaume de Wurtemberg, fonda à la Nouvelle-Krautheim un château remarquable par une collection d'antiquités et d'armures, château qui fut dévasté en 1846 et 1849. Le prince était de droit membre de la première Chambre badoise.

SALM (van), peintre hollandais. Les historiens de l'art en Hollande ne donnent ni la date de sa naissance ni celle de sa mort; toutefois, on le croit élève de Bonaventure Meester. Ce peintre employait un procédé particulier : il ne se servait que du blanc et du noir, qui donnent à ses toiles l'aspect de dessins à la plume. Il a peint exclusivement des marines et des ports de mer, et si ses compositions n'ont ni la grâce de Van der Velde et de Backhuysen, ni la délicatesse de Meester, au moins se distinguent-elles par leur vigueur, leur exactitude et leur fini, qui les font rechercher des amateurs.

SALM, général français, né à Lianville, près de Neufehàteau, en 1768, mort en 1811.- Simple soldat avant la Révolution, il commandait déjà, eu 1794, l'avant-garde de l'armée du Nord, sous Pichegru, et s'empara d'Utrecht. Grièvement blessé a la prise de Malt-

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ries, il força néanmoins Grave après deux mois de siège; mais il partagea la disgrâce de Pichegru, Réintégré dans son grade en 1798, il alla combattre en Italie, où il fut blessé à laTrebbia, puis prit part, en 1802, à la funeste expédition de Saint-Domingue, Revenu eu France, Salm obtint un commandement dans la grande armée, et passa en Espagne, où il fut blessé, en 1810, sous les murs de Tarragone. Presque aussitôt après sa guérison, il fut tué au siège d'Oliva en mai 1811.

SALMA s.f. (sal-ma). Métrol. Ancienne mesure de capacité usitée dans plusieurs contrées méridionales, principalement en Sicile, et valant 276 Ht. 69 à Messine, 87 lit. 36 à Malte. Il Salma grosso, Mesure usitée en Sicile, et qui valait 344 litres.

SALMAC1DE s. f. (sal-ma-si-de). Bot. Syn.

de SPIROGYRE.

SALMACIS s. f. (sal-ma-siss). Echin. Genre d'échinides, formé aux dépens des oursins, et comprenant sept espèces vivant dans la mer des Indes, ou fossiles des terrains tertiaires.

— Bot. Syn. de spirogyre, genre d'algues. SALMACIS, fontaine de Carie, près d'Hali-

carnasse , ou plutôt nymphe carienne qui présidait à une fontaine de ce nom. Un jour que le bel Hermaphrodite, fils d'Hermès, Mercure, et d'Aphrodite, Vénus, se baignait dans les eaux calmes et limpides de Salmacis, la trop sensible naïade s'éprit subitement de ses charmes. Mais Hermaphrodite repoussa impitoyablement son amour et ses caresses brûlantes, suppliant les dieux de le délivrer des embrassements de la nymphe. Salmacis, l'étreignant plus étroitement encore, conjura au contraire ces mêmes dieux de la rendre inséparable de celui qu'elle aimait et d'unir leurs deux corps en un seul. Su prière fut exaucée, et aussitôt Salmacis et Hermaphrodite se transformèrent en un corps unique d'une beauté accomplie, mais d'uu sexe un peu équivoque.

Leurs charmes douteux réunis

D'Amour excitent la surprise.

Le berger enflamme croit brûler pour Gvpris,

La bergère pour Adonis,

Et rou^issent^le leur méprise,

Demoustier. Les anciens prétendaient que les eaux de Salmacis conservaient depuis la singulière propriété d'opérer la même înélainorphose sur tous ceux qui s'y baignaient, ou tout au moins de les rendre mous et efféminés.

Ovide {Métam,, liv. IV) a raconté fort poétiquement cet épisode mythologique,

— Iconogr. La fable de Salmacis, une des nombreuses glorifications que l'antique mythologie nous a laissées de la puissance de l'amour, a inspiré plusieurs artistes modernes. Le Louvre possède un tableau de l'Albane sur ce sujet; on y voit la nymphe assise sous des ombrages touffus et contemplant avec admiration le jeune et bel Hermaphrodite qui, se croyant seul, dépose ses vêtements et a déjà un pied dans l'eau. Cette composition a été gravée par Colinet au xvino siècle et dans les recueils de Laudor, et de Filhol. Un tableau de P. Mutlei, qui a fait partie de l'ancienne galerie du Palais- Royal et qui a été gravé par Romanet, représente Salmacis cherchant à retenir dans l'eau Hermaphrodite qui résiste ; c'est la situation décrite dans ce vers d'Ovide :

Pugnantemque tenel, luctantiaque oscula carpit.

D'autres compositions ont été peintes par P.-J. Cazes (gravé par Joseph Maillet), J. Pinas (gravé par Madeleine de Passe, 1623), Abr. Diepenbeeck (gravé par C. Bloemaert, 1655), R. de La Fuge (gravé par Ch. de La Haye), Chaplin (lithographie par Lemoiue, Salon de 1806), Baader (Salon de 18C8), P. -A. Uot (Salon de 1868), H. de Callias (Suion de 1870), etc.

Des statues de la nymphe Salmacis ont été sculptées par Thorwaldsen (gravé par J.

beruardi.daus la galerie Aguado), Bozio (Salon de 1837), Chambard (Salon de 1852). G. Planche a dit de la statue de Bosio ; > Quoique la Salmacis soit très-loin de mériter les éloges dont on l'a comblée, elle révèle chez M. Bosio un désir sincère de lutter avec la nature. Cet ouvrage est d'une réalité mesquine, d'un caractère grêle et chélif ; mais il a fallu, pour obtenir ce résultat, sinon un grand talent, du moins une rare patience, une attention soutenue ; il est évident que M. Bosio a donné, dans ce morceau, la mesure complète de ses facultés. ■ Un groupe en marbré de Salmacis et Hermaphrodite, par M. Joseph Croff, a *paru à l'Exposition universelle de 1855.

SALMALIE s. t. (sal-ma-11). Bot. Genre d'arbres, de la famille des sterculiacées, tribu des bombacées, originaire de l'Asie tropicale.

SALMAISASAR, nom de plusieurs rois d'Assyrie. L'un d'eux régna de 873 à 869 av. J.-C. et fut constamment occupé à réprimer les soulèvements de ses sujets, 11 fit plusieurs expéditions en Arménie et en Syrie et eut à lutter, vers la fin de sa vie, contre son fils Sardanupale, qui s'était révolté contre lui. — Un autre Salmanasar régnade725 à721 av. J.-C. Ce fut lui qui détruisit le royaume d'Israël et emmena en captivité la plus grando partie de la nation juive, qu'il remplaça par des colonies assyriennes. Ces peuples mêlé-

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rent l'adoration du Dieu d'Israël k leurs croyances nationales et formèrent plus tard, par leur croisement avec les Juifs restés dans le pays, le peuple samaritain. Salmanasar soumit aussi la Phéuicie, mais il échoua devant Tyr, qui conserva son indépendance jusqu'à Nabuehodonosor.

SALMANTICA, ville de l'Espagne ancienne, appelée aujourd'hui Salamanqub.

SALMARE s. m. (sal-ma-re — du lat. sal, sel; mare, mer). Nom proposé pour désigner le sel marin.

SALMARINE s. f. (sal-ma-rï-ne — du lat. salmo, saumon ; marinus, marin). Ichthyol. Espèce de saumon,

— Encycl. La salmarine a le corps allongé et arrondi, couvert d'écaillés petites et adhérentes ; la tête arrondie, à museau court et obtus; la gueule de grandeur médiocre, mais munie de nombreuses dents ; le dos orangé, moucheté de taches jaunes; les côtés et le ventre d'un rouge pâle ; les nageoires d'un rouge plus vif, ainsi que la queue, qui est large- et fourchue. Ce poisson, qui dépasse rarement le poids de 1 kilogramme, se trouve communément aux environs.de Trente ; il se plaît dans les eaux courantes ou dormantes, mais fraîches et à fond caillouteux, et fraye au commencement de l'été. Sa chair est tendre et aussi agréable au goût que celle de la truite; • on en permet l'usage aux convalescents. Mais elle ne se garde pas longtemps et on est obligé de la saler, d'où le nom de salmarino donné à l'espèce dans le pays.

SALMAS1E s. f. (sal-ma-zl). Bot, Syn. de

TAÇHIBOTE.

SALMÉE s. f. (sal-mé — de Salm, botan. belge). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des composées, tribu des astérées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent en Amérique, principalement aux Antilles.

SALMEGGIA (Eneo), dit il Talpiuo, peintre italien, né à Bergame, mort en 1G26. Il travailla sous la direction de Campi et de Procaccini, puis il se rendit k Rome, consacra quatorze années à l'étude de l'œuvre de Raphaël et devint un des plus habiles imitateur de ce maître, dont il n'a pu cependant acquérir le *iyle grandiose et l'entente de composition. Parmi ses plus belles toiles, on cite : le Saint Victor, 'pour le couvent des Olivétains de Milan; le Jésus-Christ au jardin des Oliviers et la Flagellation, h l'église de la Passion de la même ville; Jésus- C/trist dans une gloire, k Bergame. Salmeggia a aussi écrit, en 1607, un Traité sur la peinture.

SALM E RI N s. m. (sal-rae-rain). Syn. de

SALMARINE.

SALMERON (Alphonse), théologien espagnol, un des six premiers disciples d'Ignace de Loyola, né a Tolède en 1515, mort à Naples en 1585. Saint Ignace le choisit pour un de ses coopéra teurs dans l'établissement de la Société de Jésus. Il signala son talent pour la controverse en divers pays de l'Europe, fut nommé nonce apostolique en Irlande et orateur du saint-siége au concile de Trente. 11 a laissé des commentaires sur l'Ecriture et des écrits théologiques d'un style facile, mais diffus.

SALMERON (Cristoval-Garcia), peintre espagnol, né à Cuença en 1603, mort en 1666. Elève d'Orrente, il est connu par son Combat des taureaux, où il s'est peint lui-même, et par la Nativité du Sauveur, que l'on voit dans l'église de Saint-François, à Cuença. — Son frère, François Salmekon, né à Cuença en 1608, est l'auteur de plusieurs tableaux, dont la plupart n'ont pas quitté sa ville natale et qui sont remarquables par une grande vivacité de coloris. François Salmeron est mort avant l'âge de vingt-quatre ans.

SALMERON (Nicolas), homme d'Etat espagnol contemporain. Il lit partie, sous le régne d'Isabelle, du petit nombre des républicains qui espérèrent régénérer l'Espagne eu provoquant l'avènement d'un gouvernement démocratique. Après la révolution de 1868, qui aboutit à l'élection d'Amédée comme roi d'Espagne, il siégea aux cortés, où il se fit remarquer par son éloquence et par l'élévation de ses idées. Toutefois, il ne fit point partie du comité directeur républicain, à la tête duquel se trouvaient Pi y Murgal, Castelar et Figueras. Lorsque Ainédée abdiqua, M. Salmeron fut nomme par les.cortês membre du gouvernement provisoire de la république (il février 1873) et reçut le portefeuille de grâce et de justice. 11 se démit de ces fonctions, qu'il remplit avec beaucoup d'habileté, en même temps que Figueras se démettait de la présidence du conseil. Elu président des cortés constituantes le 13 juin suivant, il déclara, en prenant possession du fauteuil, que la démocratie ne représentait pas la domination d'un parti et s'attacha à tranquilliser les conservateurs en les engageant à ne pas redouter l'avènement de la république démocratique. Pi y Marg'al ayant donné sa démission de chef du pouvoir exécutif le 18 juillet, M. Salinerou fut désigné par les cortés pour lui succéder; on se trouvait dans les circonstances les plus difficiles. En ce moment, en effet, l'insurrection carliste s'étendait dans le nord de l'Espagne, où venait d'arriver le prétendant don Carlos, pendant que dans le Midi les intransigeants

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s'insurgeaient et propageaient la guerre civile. Dans un éloquent discours-programme qu'il prononça aux cortés le 19 juillet, M. Salmeron déclara qu'il était républicain fédéral, mais qu'il voulait rétablir l'empire de la loi et qu'il combattrait à la fois la démagogie et les carlistes. Il prit, en effet, des mesures énergiques pour comprimer les désastreuses insurrections carliste et cantonaliste et pour réorganiser l'armée. Répondant, le 30 août, à M. Orense, qui demandait qu'on amnistiât les insurgés : « J'estime, dit-il, que l'art de gouverner n'est point l'art de transiger et de permettre à tout le monde de suivre ses caprices, mais que gouverner c'est soumettre tout le peuple à l'empire de la loi. Si vous accordiez l'amnistie à ces rebelles qui se sont levés sottement, lâchement, pour blesser la république au cœur, si vous amnistiez ces hommes, vous exposeriez la liberté aux colères de l'absolutisme et feriez le vide autour de nous. » Toutefois, il se refusa, parce qu'il avait toujours été partisan de l'abolition de la peine de mort, à approuver des sentences capitales prononcées contre des soldats et considérées comme nécessaires pour rétablir la discipline. Lorsque, le 4 septembre, les cortés rejetèrent l'amendement de M. Navarrete, supprimant la peine de mort dans la loi militaire, il donna sa démission (5 septembre). Castelar lui succéda alors comme chef du pouvoir exécutif, et M. Salmeron fut élu, le 7, président des corLès, poste qu'il occupa avec une grande distinction jusqu'au jour où cette assemblée fut violemment dissoute par suite du coup d'Etat du général Pavia (3 janvier 1874). Depuis cette époque, M. Salmeron a vécu dans la retraite. Républicain austère, convaincu, orateur éloquent, voulant une démocratie grande et pure, Al. Nicolas Salmeron a mérité l'estime de tous les partis.

SALMIAG s. m. (sal-mi-ak — abréviation de sel ammoniac). Ane. comm. Nom marchand du sel ammoniac.

SALMIE s. f. (sal-mî — de Salm, botan. belge). Ilot. Syn. de cahludovique et de sanséviére.

SALMIGONDIS s. m. (sal-mi-gon-dî — peut-être du mot salmis, amplifié du latin r.onditus, accommodé, assaisonné). Art culin. Ragoût de plusieurs sortes de viandes réchauffées : Il fil un salmigondis de toutes les viandes gui étaient restées de la veille. (Acad.)

— Fain. Réunion de choses entassées sans ordre : Ce livre-est un salmigondis où il y a quelques bonnes choses parmi cent pauvretés. (Acad.) li II se dit également des événements, ainsi que des actions des hommes : Le comte de Brion avait été deux fois capucin et faisait un salmigondis perpétuel de dévotion et dépêchés. (Cal de Retz.) C'est un Salmigondis d'événements réels et d'inventions fantastiques. (P. de St-Victor.)

— Hist, Nom ironique donné, pendant la Révolution, à un club qui se forma à l'hôtel de Salin.

SALMIS s. m. (sal-mi. — Scheler demande si ce mot ne reproduirait pas un type saïgamicius, du latin salgama, chose confite dans la saumure; de sal, sel). Art culin. Ragoût fait avec des pièces de gibier déjk cuites k la broche : Salmis de perdrix. Salmis de bécasses.

— Encycl. L'un des meilleurs salmis se fait avec le perdreau; le salmis chaud de perdreau s'obtient en pilant les débris dans un mortier, en les plaçant dans une casserole, avec bouillon, échalotes, laurier, persil, bourre et farine. Lorsque cette sauce est bien cuite, on pusse au tamis. On fait chauffer les morceaux, ailes, cuisses, estomac, croupion, et on verse la sauce par-dessus.

Pour obtenir le salmis froid, on verse la sauce sur les morceaux sans faire chauffer ces derniers. Les salmis des autres gibiers se font à peu près de la même manière.

— Salmis du chasseur. Ce salmis se fait avec un canard sauvage sorti de la broche; on lui enlève les cuisses et les filets pour les mettre de côté, on jette les débris dans une casserole, on les saute en y ajoutant du sel, du poivre, une ou deux cuillerées d'huile à manger, un ou deux verres de vin de Bordeaux ou d'un autre vin spiritueux et aromatique, et l'on aiguise le tout avec le jus d'un citron qu'on exprime dessus au moment de servir.

— Salmis du bernardin. La recette du salmis du bernardin avait été donnée à Grimod de La Reynière par le procureur d'une abbaye de bernardins ; ce célèbre gourmand, après avoir annoncé qu'il possédait cette recette, crut devoir en réserver la connaissance à ses amis les plus intimes; mais bientôt, pressé par les sollicitations de tous ses lecteurs, il livra sa recette à la publicité dans les termes suivants:

« C'est une de ces compositions aimables et faciles dont la table est le berceau, qu'on prépare- au milieu même du festin et sous les yeux des convives, qui la trouvent d'autant meilleure que, témoin attentif de tous les procédés, chacun croit qu'elle est son ouvrage.

» En général, la cuisine a cela de commun avec les lois, qu'il ne faut pas la voir faire pour la trouver bonne. Ce salmis, au contraire, ne redoute ni les regards ni la déli-

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catesse des spectateurs, et la propreté qui préside à sa confection n'est pas un des moindres charmes qui le distinguent. Il s'applique indistinctement à toute espèce de gibier noir et à sang froid des plaines, des furets, des marécages et des montagnes... Prenons ici pour exemple les bécasses ; il sera facile d'appliquer le même procédé à d'autres oiseaux, et, quant aux doses, on se réglera sur le nombre et la grosseur des pièces.

» On prend trois bécasses "ou quatre bécassines, rôties a la broche, mais peu cuites; on les divise selon les règles de l'art, ensuite on coupe en deux les ailes, les cuisses, l'estomac et le croupion; on range, à mesure, ces morceaux sur une assiette.

» Dans le plat sur lequel on a fait la dissection, et qui doit être d'argent, on écrase les foies et les déjections de l'oiseau, et l'on exprime le jus de quatre citrons bien en chair et les zestes coupés très-mince d'un seul. On dresse ensuite sur ce plat les membres découpés qu'on avait mis à part, on les assaisonne avec quelques pincées de sel blanc et de poudre d'êpices fines (à défaut de cette poudre, on mettra du poivre fin et de la muscade), deux cuillerées d'excellente moutarde et un demi-verre de très-bon vin blanc. On met ensuite le plat sur un réchaud à l'espritde-vin, et l'on remue pour que chaque morceau se pénètre de l'assajsonnement et qu'aucun ne s'attache.

» On a grand soin d'empêcher le ragoût de bouillir; mais lorsqu'il approche de ce degré de chaleur, on l'arrose de quelques filets d'excellente huile vierge. On diminue le feu et l'on coutinue de remuer pendant quelques instants. Ensuite on descend le plat et l'on sert tout de suite et à la ronde, sans cérémonie, ce salmis devant être mangé très-chaud, »

SALMON (Pierre), surnommé le Fi-uiciîer,

écrivain français qui vivait dans la seconde moitié du xive siècle et au commencement du xve. Secrétaire et confident de Charles VI, il fut chargé de plusieurs missions importantes, notamment auprès du roi d'Angleterre, auprès du pape et auprès du roi de Bourgogne. 11 a laissé : les Demandes faites par le roi Charles VI touchant l' Estai et le gouvernement de sa personne, avec les réponses de Salmon, et les Lamentations et épistres de Pierre Salmon. La Bibliothèque de Paris possède deux manuscrits de cet ouvrage, l'un orné de miniatures, l'autre sur papier sans aucun ornement. La première partie des Demandes de Salmon a été publiée en 1833 par Crapelet (tome II de la Collection des anciens monuments de l'histoire et de la langue française) ; neuf des miniatures du premier des manuscrits de la Bibliothèque de Paris y sont reproduites.

SALMON, médecin français qui vivait dans la première moitié du xvne siècle. On doit à ce savant un ouvrage intitulé : Bibliothèque des philosophes chimiques (Paris, 1672-1678, 3 vol.), qui renferme les principaux écrits alchimiques des maîtres de la science hermétique. On y trouve notamment des œuvres de Nicolas Flamel, de Bernard le Trévisau, de Denis Zélaire, ainsi que les fameux écrits anonymes connus sous le nom de Fourbe des philosophes et Véritable Phitalèthe. Malgré de nombreuses éditions successives qui en ont été faites, cet ouvrage est aujourd'hui d'une excessive rareté.

SALMON (Thomas), écrivain musical anglais, mort vers 1710. Professeur au collège de la Trinité, k Oxford, il s'est fait connaître par les ouvrages suivants : Essay to the advancement of music (Londres, 1672, in-8°); A proposai to perform music in perfect and mat/tematical proportions (Londres, 1G88, in-4o)..Dans ces ouvrages, il propose un nouveau système pour simplifier la musique, par l'adoption d'une notation universelle, par la suppression de la diversité des clefs, et il imagine d'indiquer par des lettres romaines les notes sur la portée.

SALMON (Nathanael), antiquaire anglais, né à Mepsall vers 1676, mort à Bishop's sitoiford en 1742. Il suivit la carrière ecclésiastique, puis il résigna sa cure, étudia la médecine et exerça pendant toute sa vie à Bishop's Storfortl. Les ouvrages qu'il a publiés sont exclusivement consacrés aux antiquités nationales. Citons, entre autres : Survey of the Boman stations in England (Londres, 1726, in-8°) ;IIistory of Hertfordshire (1728, in-fol.); Lives of the English bishops (l~33,i u-8°) ; The antiquilias of Surrey (1736, in-8°) ; The history and aniiquities of Essex (1740, iu-fol.).

SALMON (Thomas), littérateur anglais, frère du précédent, né à Mepsall, mort à Londres en 1743. Successivement marin, négociant dans les Indes, maître de café à Cambridge, il vint à Londres mettre sa plume aux gages des libraires et publia, entre autres ouvrages : Modem history or présent state of ail nations (Londres, 3 vol. in-fol.) ; The state of the universities and of the five adjacent counties (1744, in-8°) ; The chronological kisiorian (2 vol. in-8°) ; Éislory of England (12 vol. in-8°) ; General description of England (2 vol. in-8°) ; Essay on marriage (in-8°), etc.

SALMON (François), érudit, né a Paris en 1676, mort à Chaillot en 1736. Il se fit recevoir docteur en théologie en 1702. Son érudition et sa connaissance spéciale de la langue hébraïque lui valurent le titre de bibliothécaire de la Sorbonne. On lui doit : Traité

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de l'élude des conciles et de le'urs collections (Paris, 1724, in-40).

SALMON (l'abbé), poste français, mort en 1782. Il a publié des Poésies sacrées avec les Distiques moraux de Caton traduits en vers françois (Paris, 1715, in-12; 2e édit., 1752, in-12); la traduction des Distiques a été publiée de nouveau par M. Boulard en 1798 et en 1803, L'abbé Salmon a traduit en entier, en vers, les œuvres d'Horace : Œuvres d'Horace traduites en vers françois, etc. (Paris, 1752, 5 vol. in-12).

SALMON (Marie), née vers 1761, morte à une date inconnue. Le nom de Marie Salmon rappelle un procès célèbre, une de ces erreurs judiciaires si fréquentes depuis les ordonnances de François 1er et de Louis X.IV, et dont notre législation criminelle s'est inspirée à son insu. Voici les faits : En 1780, un jour du mois d'août, une jeune paysanne d'environ dix-neuf ans, nommée Marie Salmon , vint à Caen pour s'y -placer comme servante; grâce k d'excellentes recommandations, elle entra dans une famille bourgeoise composée de sept personnes. Cinq jours après son entrée à la maison, le chef de la famille, âgé de quatre-vingt-six ans, expirait à la suite de vives douleurs qui firent supposer un empoisonnement. Une autopsie fut ordonnée, et le procès-verbal attribua la mort à la présence de l'arsenic, mêlé k du vin. Le lendemain de cette constatation, d'autres personnes de la famille se plaignirent d'avoir éprouvé des souffrances semblables. On chercha quel pouvait être l'auteur de cette criminelle tentative, et les soupçons s'arrêtèrent sur Marie Salmon. Aussitôt, le procureur du roi près le bailliage de Caen la fit conduire en prison, ordonna qu'elle fût mise au secret, et, k la suite de longs débats, l'accusée fut condamnée • k la question préalable, > puis elle devait être « attachée k un , poteau avec une chaîne de fer, pour être brûlée vive, son corps réduit en cendres, etc. »

Le 17 mai 1782, cette sentence fut confirmée au parlement de Rouen.

C'était k Caen que la jeune fille devait être exécutée. Elle était déjà dans la chambre de la torture, d'où elle allait être conduite au bûcher préparé sur la place publique, lorsque, ne voyant plus aucun autre moyen de retarder son supplice, elle eut recours à la déclaration qu'autorise encore aujourd'hui l'article 27 du code pénal. Ce mensonge, que lui avait inspiré la crainte de la mort, ne pouvait toutefois prolonger longtemps sa vie. Deux mois après, le 29 juillet 1782, on la conduisit de nouveau au bûcher. Cette fois, il n'y avait plus pour elle aucune chance de salut. Il fallait se résigner à mourir. Tout à coup arrive de Versuilles un ordre du roi qui suspend l'exécution de l'arrêt.

Un avocat de Rouen, nommé Le Cauchois, ayant examiné attentivement la procédure, avait conçu des doutes sur la culpabilité de Marie Salmon et avait eu heureusement assez de crédit pour obtenir l'ordre royal. Les protecteurs de Marie Salmon profilèrent de ce premier succès pour faire délivrer des lettres de révision qui furent adressées au parlement de Rouen. La révision dura trois ans. Pendant ce temps, Marie Salmou resta enfermée idans la prison. Le 12 mars 1785, un arrêt du parlement de Rouen annula la sentence du bailliage de Caen et ordonna un plus ample informé. Mais le roi annula ce nouvel arrêt et renvoya le procès au parlement de Paris. Un des plus célèbres avocats -du temps, Fournel, demanda, au nom de sa cliente, la nullité de la procédure, la décharge des accusations et la permission de prendre à partie les officiers du bailliage de Uaen.ll publia une consultation remarquable, où il établit que Marie Salmon était entièrement innocente du crime dont elle avait été déclarée coupable. Pendant trois jours, les 21, 22 et 23 mai, l'affaire fut délibérée en parlement. Le 23, un arrêt fut rendu qui mettait au néant la sentence du bailliage de Caen, ordonnait la mise en liberté de la fille Salmon et l'autorisait k poursuivre ses dénonciateurs.

La Gazette des tribunaux de l'année 1786 (t. XXI, n° 16), après avoir rapporté le dispositif entier de l'arrêt, donne les détails suivants : « Il est difficile d'exprimer la sensation que cet arrêt produisit dans le public, qui s'était porté en foule du côté de la Tournelle. La fille Salmon, au sortir de l'interrogatoire qu'elle avait subi, avait été conduite dans la chambre de Saint-Louis pour y attendre son jugement; mais, aussitôt que la nouvelle de l'arrêt d'absolution eut été annoncée, un applaudissement universel manifesta la joie publique. Tout le monde voulut voir cette infortunée. Pour la soustraire k des empressements qui auraient pu lui faire courir un nouveau danger, des personnes prudentes la filent entrer dans l'intérieur du barreau, où elle se trouva défendue contre l'affluence des spectateurs qui se pressaient autour d'elle, mais dans une situation assez favorable pour n'être point dérobée aux regards du public. La satisfaction générale éclata alors de nouveau par des applaudissements et des libéralités abondantes.

» C'est un usage au palais qu'un prisonnier déclaré innocent est reconduit par la grande porte, dite belle porte, et qui donne sur le grand escalier de la cour du Mai, Lorsque les gardes qui devaient accompagner la

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fille Salmon se furent mis en devoir de la conduire, la foule qui se précipita sur sa route rendit sa marche si lente qu'il fallut plus d'une heure pour arriver au grand escalier, au bas duquel on avait fait venir un carrosse de place. L'escalier et toute la cour du palais se trouvèrent en un instant garnis d'une si grande multitude que ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que la fille Salmon put parvenir à là voiture. Alors, la cour du palais offrit un spectacle aussi étrange que nouveau : une jeune fille, d'une figure intéressante et modeste, descendait lentement les marches du temple delà Justice, environnée de fusiliers et d'hommes en robe, à travers un cortège nombreux. »

Nous avons encore d'autres témoignages de l'émotion que causa cet événement dans toute la France. Quoique d'un prix élevé, presque tous les exemplaires de la belle gravure de Patas, représentant le moment où l'innocence de Marie Salmon avait été proclamée, furent enlevés en peu de mois. L'histoire de la pauvre servante fut fidèlement exposée au théâtre dans un drame qui attira tout Paris, et les mémoires du temps nous apprennent cette particularité curieuse que l'héroïne elle-même assista à l'une des représentations. Ajoutons que, dès le lendemain de l'arrêt du parlement, plusieurs jeunes enthousiastes l'avaient demandée en mariage^ et que, trois mois après, le 26 août 1786, elle avait épousé un nommé Savary.

Le procès de Marie Salmon soulève des réflexions assez tristes. C'est presque un miracle qu'elle ait échappé à la mort. Si l'avocat Le Cauchois eût été un homme indifférent, elle était brûlée vive, et l'on aurait déclaré la justice satisfaite. 11 est impossible de ne pas frémir à la pensée des nombreuses erreurs qui ont dû être commises en France pendant plusieurs siècles, sous l'influence désastreuse du système d'instruction criminelle consacré par les ordonnances de François 1" et de Louis XIV. Les mêmes erreurs, il est vrai, se sont présentées de nos jours sous une législation différente, mais préoccupée uniquement du souci de trouver un coupable quand même. Lesurqueset la femme Doise, pour ne citer que ceux-lk, sont des exemples frappants du vice de ce système,

SALMON (Robert) , mécanicien anglais, né à Stratford-sur-Avon (comté de Warwick) en 1763, mort à Woburn le 9 octobre 1821. Il montra dans son enfance de grandes dispositions pour la mécanique. Conducteur des travaux à Carlton-House, puis à Woburn- Abbey, il devint, grâce k la protection du duc de Bedford , architecte et mécanicien dans cette dernière ville. En 1794, il se lit connaître par l'habileté avec laquelle il construisit une maison sans pierres, avec de la paille hachée et mêlée de terre, et publia un traité pour recommander la taille des hautes futaies. Décoré d'un grand nombre de médailles et de récompenses , il a imaginé un grand nombre de machines, parmi lesquelles nous citerons : un hache-paille à lames droites ; un semoir qui, malgré les mouvements du cheval, n'a d'autre déviation que celle qu'on veut bien lui imprimer; plusieurs machines à faucher le foin, à couper le blé, k le battre, à le vanner, dont quelques-unes sont décrites dans le recueil de la Société des arts et dessinées dans l'Encyclopédie de Rees/Salmon a, en outre, inventé un piège à homme pour arrêter, sans leur faire grand mal, les voleurs qui pénètrent dans les enclos; un procédé pour transporter sur toile les peintures détachées des murs ou des boiseries endommagées ; une balance ; une machine mue par un cheval pour retirer les objets tombés dans les eaux profondes ; enfin un bandage pour les hernies, qui s'est beaucoup vendu à Paris et à Londres, et au sujet duquel Salmon a fait paraître : Analysis of the gênerai construction of trusses (1807, in-8»).

SALMON (Urbain-Pierre), médecin français, né k Beaufort, dans le Maine, vers 1707, mort le 3 janvier 1805. Reçu docteur en 1700, il entra comme grenadier dans un bataillon de volontaires; nommé chirurgien-major en 1791, il suivit les années françaises en Italie et fut attaché k plusieurs hôpitaux. 11 se suicida dans un accès de désespoir. On a de lui : Topographie médicale de Pactoue (1797, in-8J), avec un plan de la ville; Mémoire sur un fragment de basalte volcanique, tiré de Borghetto (Rome, 1800, iii-s0); Lettre sur ta nature des monts Euganéens et la nature des laves compactes (Vérone, 1801, in-8°) ; enfin des Observations chimiques. Desgenettes a publié une notice sur Salmon dans la Bévue philosophique (janvier 1807).

SALMON (André), archéologue français, né à Tours, mort dans cette ville le 25 octobre 1856. 11 lit ses études à l'Ecole des chartes, fui nommé bibliothécaire honoraire de Tours et laissa k sa mort une belle bibliothèque qui fut vendue aux enchères en 1857. Il a fuit paraître dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes quelques mémoires, parmi lesquels n dus citerons : Notice sur l'abbaye de Saint- Court; Sur la clironique du siège d'Orléans (3e série, tome 111) ; Sur un essai de puison fait sur un chien par ordre de Louis XI (4>; série, tome 1er).

SALMON (Charles-Auguste) , magistrat et homme politique français, né à Riche (Meurthej en 1805. Il étudia le droit à Paris, où il

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se fit recevoir avocat, et exerça pendantquelque temps cette profession. Sous le règn 3 de Louis-Philippe, il entra comme substitut tans la magistrature et se fit remarquer par le zèle qu'il déploya pour répandre 1 instruction primaire. 11 organisa dans le département de la Meuse des conférences pour les ins ituteurs et publia un remarquable écrit sur les devoirs des maîtres d'école. M. Salmon, qui était procureur du roi à Saint-Mihiel lorsque éclata la révolution de 1848, fut élu, peu après, représentant du peuple à la Coistituante dans le département de la Meuse. Il fit partie du comité de l'instruction publque, vota la constitution républicaine, mas se montra peu sympathique k l'établissement du nouveau régime. Après l'élection de Louis Bonaparte comme président de la République, il appuya sa politique à l'exemple do M J>ufaure, dont il parut vouloir adopter touws les idées, et fut réélu k l'Assemblée législative (1849). Il continua k voter avec la majorité ■et rentra dans la vie privée après le coup d'Etat du 2 décembre 1851. S'étant rallié à l'Empire, il devint successivement procireur impérial au tribunal de Charleville, arocat ■général à la cour de Metz, conseiller à cette cour (1855) et premier président de la cour de Douai. En 1874 , M. Salmon a été nommé officier de la Légion d'honneur, conseiller k la cour de cassation et, le 11 avril de la même année, l'Académie des sciences inorales l'a appelé à succéder à M. Demetz, comme correspondant. Nous citerons, Jurmi Ses ouvrages ; Questions de morale pratique (1842, in-18) ; Conférences sur les devoi-s des instituteurs primaires (1842, in-12), plusieurs fois rééditées; De la construction des maisons d'école, de leur conservation et de celle des mobiliers d'école (I860,in-12); Etude sw M. le comte de Serre (1864, in-8°), etc.

SALMON (Louis-Adolphe), graveur et aquarelliste français, né k Paris en 1806. Elève d'Ingres et d'Henriquel-Dupont, il sa distingua de très-bonne heure à l'Ecole des beaux-arts et remporta le second grand prix en 1830, puis le premier en 1834. Il étudia très-sérieuseinent les illustres graveurs de la Renaissance durant son séjour k la villa Médicis, et, comme il cultivait en même temps l'aquarelle, il essaya de mêler ces deux procédés différents dans plusieurs compositions d'un grand effet, où le lavis est vigoureusement accentué par des tailles profondes et des grenés au crayon noir. De retour en France, il exposa, au Salon de 1847, ces aquarelles de nouveau genre, et elles furent tres-remarquées, surtout des artistes , qui en comprenaient toute la valeur. Il envoya une œuvre à chacun des Salons qui suivirent et exposa successivement : une Vierge, d'après Léonard de Vinci; Hérodiade , d'après Pordenone ; la Galatée, d'après Raphaël (Salon de 1852) ; la Fortune, d'après le Guide (Salon de 1852); le Joueur de violon, d'aprbs Raphaël (Salon de 1852) ; Portrait de la princesse Vittoria Colonna, d'après Michel-Ange (Salon de 1852) ; Portrait d'André Dorxa, doge de Gênes, d'après Sébastien del Pioinjo (Salon de 1852) ; enfin deux splendides grivures, colorées, vigoureuses, d'un modelé puissant, d'une rare élégance, Barlhold et ïialdus , d'après Raphaël, et le Portrait de Sebastien del Piombo, d'après le Rosso (1853). .VI. Salmon obtint une seconde médaille en 1853 et un rappel de médaille en 1855; il avait réuni à l'Exposition universelle de cette année les sept aquarelles mentionnées plus haut. Il eut des rappels de médaille en 1857, 1859, 1863, une nouvelle médaille de 2« classe en 1867 et, cette même année, la croix de la Légion d'honneur. Il avait exposé, en 1S57, la Madone de Foligno, d'après Raphaël; la Poésie, la Théologie , la Justice, d'après le même ; .rt/me Dora d'Jstria, d'après Schiavone; le Portrait de Schneider, d'après P. Delaroche ; en 1859, le Portrait de M"1" la comtoise d'Argoult et de sa fille, fac-similé d'un dessin de Ingres ; l'illustre auteur du Ptafonc'. d'Homère et de la Source a rarement été aussi bien compris et aussi fidèlement traduit; en 1863, la Charité, d'après Andréa dtlSarto; en 1865, un Jules César, gravé égalenent d'après le dessin original de Ingres et q d figure en tête du premier volume de Y Un loire de Jules César; en 1867, un Christ, d'après Ary Scheffer ; c'est la gravure du tableau intitulé : Laisses venir à moi les petits enfants; en 1869, un second Christ, d'après le mémo maître, et, en 1874, Y Apothéose d'Homère, d'après Ingres, et un Portrait de Victor Cousit , d'après M. Lehmann.

SALMON (Jean-Baptiste), écrivain français. V. Salemon.

SALMON (don Manuel-Gonzalès), diplomate espagnol. V. Salismon.

SALMON (Jean), poëte latin moderne. V.

Macrin.

SALMON (Louis et Yvan), littérateurs français. V. Noir (Louis et Victor).

SALIVIONS s. m. (sal-mo-ne — du lit. salmo, saumon). Ichthyol. Syn. de saumon.

— s. m. pi. Famille de poissons malacoptérygiens, ayant pour type le genre salinone.

— Encycl. Les salmones sont caiactérisés par un corps oblong et de forme élégante , couvert d'écaillés dures et rudes au toucher, disposées régulièrement, et surtout par leurs nageoires dorsales, dont la premier) est gar-

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nie de rayons mous et la seconde adipeuse, c'est-à-dire formée d'une certaine quantité de matière grasse , interposée dans l'épaisseur d'un simple prolongement de la peau et dépourvue de rayons. Ils ont encore des dents, non-seulement sur les maxillaires, mais encore sur les palatins et le vomer, et quelquefois jusque sur Sa langue; les ouïes fendues jusqu'à la gorge et les nageoires ventrales situées en arrière des pectorales. A l'intérieur, ils présentent un estomac dilaté en forme de sac, un intestin muni de nombreux appendices pyloriques, une vessie natatoire simple et des ovaires dépourvus d'oviducte, de telle sorte que les œufs mûrs, pour sortir, tombent d'abord dans la cavité abdominale.

Ces poissons ne sont pas moins remarquables par leurs mœurs et surtout par leur vie vagabonde. «A l'époque de leur frai, dit A. Guichenot, ils ne se contentent pas de quitter la profondeur des eaux pour gagner les rivages et y déposer leur ponte: ils entreprennent des voyages considérables, et, s'engageant dans les courants qui aboutissent au bassin qu'ils préfèrent ordinairement, ils en parcourent toutes les sinuosités et les remontent ainsi jusqu'à leur source. Mais ils n'entrent pas indistinctement dans toutes sor- | tes de rivières; ils choisissent une eau claire . et limpide avec un fond sablonneux ou ro- | cailleux. Lorsqu'ils l'ont trouvée telle qu'ils j la désirent, ils se mettent en route et rien ne , peut alors arrêter leur impétuosité , leur ar- ■ deur; ils franchissent des cataractes de 15 à 20 pieds de hauteur poifr arriver au but de I leur voyage ; de cette manière, il leur est facile de s'élever jusqu'au sommet des plus hautes montngnes, et, arrivés près des sources, ils creusent un trou et y déposent leurs œufs, qu'ils recouvrent de terre afin que les courants ne les entraînent pas. La ponte terminée, ils reviennent sur ieurs pas et rentrent dans leur séjour ordinaire. Ces courses vagabondes durent le plus souvent six mois; de sorte que la moitié de la vie des salmones se passe à voyager , et que l'autre moitié est employée à réparer les pertes et les fatigues qu'ils ont éprouvées pendant leur voyage.»

Parmi ces poissons, il en est qui, dans leurs migrations, hantent successivement les eaux douces et salées. Ils sont très-voraces. Leur chair, très-délicate et de très-bon goût, leur a fait donner les noms de poissons fins ou poissons nobles. Cette famille comprend les genres saumon, éperlan, lodde, ombre, lavaret, argentine, characin, curimate, anostome, serpe, piabuque, tétragono,/tèro, serrasalme, mylète, eitharine, scopèle , aulope, etc.

SALMONE, nom ancien du cap Salmon, sur la côte orientale de l'Ile de Crète.

SALMONÉ, ÉE adj. (sal-mo-né). Ichthyol.

Syn. de salmonidé.

— s. f. Ichthyol. Nom vulgaire d'une espèce de truite.

SALMONÉE, roi de Thessalie, puis du Péloponèse, où il fonda une ville à laquelle il donna son nom. Il était fils d'Eole, et, voulant passer pour l'égal de Jupiter, il imitait la foudre en lançant des torches enflammées du haut d'un char qu'il faisait rouler sur un pont métallique. Le maître de l'Olympo punit sa vanité en le foudroyant. 11 le relcgua alors dans le Tartaro , où le feu céleste lu brûlait sans le consumer.

SALMONIDÉ, ÉE adj. (sal-mo-ni-dé — du lat. salmo, saumon, et du gr. eidos, aspect). Ichthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte au saumon.

— a. m. pi. Famille de poissons malacoptérygiens, ayant pour type le genre saumon.

SALMONIE s. f. (sal-mo-nî — de Salmon, n. pr.) Bot. Syn, de vochySik.

SALMORIUM, nom latin de Saumur.

SALMYOESSE , ville de la Thrace orientale, sur le Pbnt-Euxin, où elle avait un beau port. C'est aujourd'hui Midiah, dans la Roumélie. On y voit encore de curieuses constructions souterraines.

SALNAVE (Sylvain), président de la république d'Haïti, né au Cap vers 1827, fusillé à Port-au-Prince en janvier 1870. A l'âge de dix-sept ans, il entra comme cavalier dans le corps des chevau-légers et devint chef d'escadron en 1859. En 1864, le général Longuefosse, son ami, fit, k Saint-Raphaël, une tentative d'insurrection pour renverser le présisident Geffrurd , fut arrêté et livré à une cour martiale. Pour le sauver, Salnave tenta, à son tour, une prise d'armes dans la ville du Cap, mais il échoua et se réfugia chez les Dominicains, pendant que Longuefosse était fusillé. Salnave, devenu l'implacable ennemi de Gelirard, qu'il accusait de tyrannie, prépara une nouvelle insurrection qui éclata au Cap le 7 mai 1805. Le mouvement prenait un caractère menaçant pour le président de la république haïtienne, lorsque Salnave s'attira I hostilité d'un navire de guerre anglais qui stationnait au Cap. Le navire bombarda la ville, et Salnave dut regagner Saint-Domingue. Condamné à mort par contumace par une cour martiale (18CC), il vécut pendant longtemps errant et traqué par des émissaires de Gelfmrd, auxquels toutefois il échappa. L'administration de Geffrurd ayant excité un grand mécontentement, Salnave résolut de se mettre k la tête d'une nouvelle insurrection ; mais, cette fois, il attaqua le pré-

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sident par la voie de mer, se rendit aux lies Turques et appela aux armes les habitants de Port-au-Prince, qui le saluèrent, dans la nuit du 22 février 1867, au cri de : Viu« Salnave/ D'abord malheureuse, cette prise d'armes réussit enfin et Gefîrard dut quitter Haïti. La général Salnave convoqua alors une assemblée constituante, qui vota une constitution très-démocratique, restreignit les pouvoirs du président de la république et limita la durée de son mandat k quatre ans. Le président élu fut naturellement Salnave, dont les débuts firent espérer une ère de prospérité pour la république. Il s'attacha k faire renaître l'agriculture, à réaliser des économies et k amener un apaisement général. Mais il ne tarda pas à se trouver en présence d'un parti puissant, formé des partisans du pouvoir déchu et, qui agita vivement le pays, puis en appela aux armes. Pour rétablir 1 ordre et empêcher la guerre civile de se propager, Salnave manifesta l'intention de faire voter par une nouvelle constituante des modifications à la constitution, qui rendissent son pouvoir plus fort et lui permissent d'employer des moyens énergiques. Ces prétentions soulevèrent contre lui de nouveaux ennemis parmi les défenseurs de la constitution. La guerre civile se généralisa. Sous le prétexte de sauver la société, Salnave se fit proclamer dictateur k vie. 11 remporta sur les insurgés quelques avantages. Port-au-Prince s'étant soulevé, il le bombarda et incendia une partie delà ville. Mais bientôt après, il était battu par le général Sngel. Forcé de fuir, il fut arrêté sur la frontière de Saint-Domingue, ramené à Port-au- Prince et condamné à mort par un tribunal militaire, pour crimes de trahison, de violation de la constitution, de pillage, d'incendie, etc. Le soir même , il fut passé par les armes. Le général Saget lui succéda comme président de la république.

SALNOVE (Robert de), écrivain cynégétique français, né k Luçon au commencement du xvno siècle, mort vers 1670. D'abord page de Henri IV, puis de Louis XIII, il devint ensuite écuyer de Christine do France, duchesse de Savoie. Apres le mariage de cette princesse, il la suivit en Piémont et gagna la f iveur de Victor-Amédée I", qui le nomma gentilhomme de sa chambre. Robert ne revint en France qu'après la mort du duc, à la cour duquel il avait passé dix -huit ans. Louis X11I le nomma alors conseiller, maître d'hôtel ordinaire de sa maison et lieutenant de la grande louveterie. On lui doit un traité savant et estimé, intitulé : la Vénerie royale, dioisée en IV parties, qm contiennent les chasses du cerf, du lièvre, du chevreuil, du sanglier, du loup et du renard (Paris, 1655, in-4"), et plusieurs fois réédité, en dernier lieu à Niort en 1870.

Quoique l'ouvrage de Salnove contienne deux sortes de chasses de plus que la Vénerie de Du Fouilloux , il est cependant beaucoup moins recherché que celui de ce dernier. Il est vrai qu'une grande différence existe entre ces deux personnages. On sait que Du Fouilloux fut licencieux et libertin, tandis que Salnove peut être offert aux chasseurs comme un modèle de conduite convenable et même chrétienne. Son livre est donc plus sérieux que relui d« Du Fouilloux et n'est nullement a facétieux et récréatif, » selon l'expression de René de Maricourt. N est-ce pas pour cela qu'il est inoins lu? Toutefois, il faut dire que 1 ouvrage de Du Fouilloux est préférable, sous certains rapports, à la Vénerie royale.

SALODUUCM, nom latin de la ville de So-

LEURE.

SALO, ville du royaume d'Italie, province et à 26 kilom. N.-E. de Brescia, chef-lieu de district et de mandement, sur la rive occidentale du lac de Garde; 5,140 hab. Gjmmise; culture d'oliviers, orangers, citronniers, mûriers et vignes; commerce de fruits, fil de lin, toiles, soie, huile, bestiaux. Belle église construite sur l'emplacement U'un tmipie antique ; hôtel de ville remarquable ; rentes d'anciennes murailles et d'un vieux château. Prise par les Français sur les Autrichiens en 1796.

SALOIR s. m. (sa-loir — rad. saler). Econ. domest. Vaisseau de bois dans lequel on met le sel : // reste peu de sel dans te saloir.

— Vaisseau dans lequel on met les viandes qu'on veut saler : Mettre des flèches de lard dans un saloir. (Acaa.j Lorsqu'il s'agit de retirer la viande du saloir, on peut se dispenser de jeter la saumure, quoique toute colorée par le sang dont elle est imprégnée. (De Morogues.)Z.e saloir est un ustensile essentiel du ménage; il doit être fait en bois de chêne et tenu dans une extrême propreté. (Parmeutier.)

— Encycl. Le saloir doit être fait avec la meilleur bois, principalement en chêne ou avec du bois provenant de vieux tonneaux et ayant 1 pouce d'épaisseur, avec un couvercle de même force. Pour que \e saloir &o\t plus solide, on conseille d'en fortifier li-s angles par de longues equerres en bois. Avant de se servir du saloir, on fait bouillir un instant deux ou trois poignées de graines de genièvre ou la même quantité de thym ou de romarin dans un chaudron plein d'eau, et cette eau aromatique, versée bien chaude dans le saloir, où elle séjourne un ou deux ours,' imbibe le bois et lui communique son

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odeur. On lave ensuite le saloir avec de l'eau fraîche et on le laisse sécher avant d'y mettre les salaisons. Lorsque les saloirs sont pleins, il faut avoir soin de les visiter souvent, afin de s'opposer, avec du suif ou du mastic, au suintement qui pourrait se faire par les jointures.

Le saloir à presse a été inventé pour accélérer et faciliter la. salaison; il se compose d'un tronc de cône qui repose sur sa plus large base. Lorsque la viande salée est dans cette sorte de demi- tonneau, on couvre la face supérieure avec un plateau en bois; une vis, également en bois, faisant descendre deux douves sur le plateau, presse la viande et active l'opération.

SALOME, sœur d'Hérode le Grand, née vers 60 av. J.-C, morte l'an 2 de l'ère chrétienne. Elle sut prendre sur son frère un empire absolu et parvint même à se faire sacrifier Mariamne , qu'Hérode aimait passionnément.

Quand celle-ci eut été menée au supplice, Salomé ne s'arrêta pas là. Mariamne avait laissé deux, fils, Alexandre et Aristobule, qui pouvaient un jour venger leur mère. La sœur d'Hérode résolut de s'en défaire en usant contre eux des mêmes artifices. Aidée de quelques complices, eile fit courir le bruit que ces princes reprochaient à leur père d'avoir les mains teintes du sang de Mariamne, et, d'un autre côté, par un double jeu, elle ne cessait d'irriter ceux-ci et d'exciter en eux le désir de la vengeance. Par ordre d'Hérode, Aristobule avait dû épouser une fille de Salomé. « Mais la haine de Salomé pour le fils de sa victime était si extraordinaire, dit Jo- Sèphe, qu'elle ne pouvait souffrir que sa fille vécût en paix avec son mari; elle l'obligeait à lui rapporter les entretiens les plus secrets qu'ils avaient ensemble, et, s'il arrivait entre eux quelque petite contestation, au lieu d'adoucir son esprit, elle l'aigrissait et cherchait par tous les moyens à le lui- rendre odieux et la portait à lui découvrir ce qui se passait entre les deux frères. Ainsi, cette jeune princesse lui rapporta que, lorsqu'ils étaient seuls, ils parlaient de leur mère, et de l'aversion qu'ils avaient pour leur père ; disaient que, s'ils arrivaient jamais à la couronne, ils ne donneraient point d'autre emploi aux fils qu'Hérode avait de ses autres femmes que des charges de greffier dans des villages; qu'enfin lorsqu'ils voyaient ies femmes d'Hérode se parer des ornements de la reine, leur mère, ils projetaient de ne leur donner pour tous habits que des cilices et de les faire enfermer dsins des lieux d'où elles lie verraient jamais le soleil. Salomé ne manquait pas de rapporter toutes ces choses à Hérode. » Elle fit tant, qu'Hérode ordonna le supplice d'Alexandre et d'Aristobule.

Salomé, a cette époque, était déjà deux fois veuve; ses deux maris avaient été les victimes de la cruauté d'Hérode. Silleus, ministre d'Obodas, roi d'une partie de l'Arabie, l'ayant vue un jour qu'il soupait avec Hérode et l'ayant trouvée à son gré, forma le projet de devenir son troisième mari, et il en parla à Hérode, qui parut disposé à y consentir; niais le mariage n'eut pas lieu, parce que Silleus refusa d'adopter la religion juive et de se faire circoncire. Salomé fut, à quelque temps de là, obligée par Hérode d'épouser un certain Alexas. Cette femme artificieuse sut jusqu'au dernier jour garder sur Hérode tout son empire. Par son testament, Hérode lui donna, outre cinq cent mille pièces d'argent monnayé, les gouvernements de Jaraoia, d'Azot, de Phazaélite. Auguste confirma cette clause du testament et y ajouta même un palais dans Ascalon. Salomé survécut peu à celui dont elle avait été la digne sœur; elle mourut deux années après la naissance du Christ, laissant de grandes richesses à sa fille Julie.

SALOMÉ, la Danseuse, princesse juive, fille d'Hérode Philippe et nièce d'Hérode Antipas, morte vers l'an 72 de notre ère. Suivant le Nouveau Testament, elle céda aux instigations de sa mère, Hérodiade, en sollicitant de sou oncle, qu'elle avait charmé par ses danses, la tète de saint Jean-Baptiste (an 32). Elle épousa d'abord son grand-oncle, le tétrarque Philippe, qui mourut vers l'an 33 de notre ère, puis Aristobule, qui devint roi de la Petite Arménie, grâce à Néron, l'an 54, puis reçut sous Vespusien le royaume de Chaluis, que possédait son père, Hérode. Salomé eut trois fils d'Aristobule. L'historien grec Nieéphore Calliste raconte que, pendant un voyage, Salomé tomba dans une rivière prise par les glaces et mourut.

. — Iconogr. L'article iconographique que bous avons consacré à la Décollation de saint Jean- Baptiste (v. décollation, t. VI, p. 248 et suiv.) nous dispense d'entrer ici dans des explications au sujet de la manière dont les peintres qui ont retracé cette scène y ont figuré Salomé, la fille d'Hérodiade. A la liste que nous avons donnée des compositions représentant Salomé, tenant ou recevant des mains du bourreau la tète du Précurseur, il faut ajouter les tableaux de Rubans (musée de Dresde), Th. van Thulden (gravé par y. Marck), Titien (musée de Madrid), auquel cous consacrons ci -après un article spécial ; une estampe de Th. Gaspard de l'urstenber^, etc. Etienne Guntrel a gravé, d'après Sébastien Le Clerc , Salomé présentant à sa mère la tête de saint Jean-Baptiste.' Mous

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consacrons ci-après un article spécial a la figure de Salomé peinte par Henri Regnault. Dans l'une des célèbres fresques des Actes de saint Jean-Baptisle (v. Jean-Baptiste, t. IX, p. 928), exécutées parDomenicoGhirlandajo, à Santu-Mariii-Novella (Florence), on voitSalomé dansant devant Hérode. Le même sujet a été peint par Baudry dans le foyer de l'Opéra, à Paris : Salomé, vêtue d'une légère draperie blanche qui laisse à découvert le côté droit du corps, pirouette sur elle-même, les bras levés, la tête renversée en arrière, les cheveuxnattés et voltigeant derrière les épaules; elle a le dos tourné, mais elle montre sou visage, à l'expression lascive et provocante ; une femme, assise au pied d'une colonne, accompagne Ja danseuse en jouant d'un instrument; le roi, étendu et accoudé sur son lit, a l'air maladif et blasé; près de lui, Hérodiade, coiffée d'un diadème d'or, tend un bassin à un esclave et lui dit d'apporter la tête de saint Jean. Cette composition est ordonnée et dessinée avec beaucoup de science et de goût. Salomé a une tournure des plus élégantes et des plus voluptueuses.

Salomé, tableau de Léonard de Vinci; galerie de Vienne, Salomé, debout près d'une table massive supportée par des griffons, désigne d'un air satisfait la tête de saint Jean- Buptiste, qu'un esclave dépose dans un plat d'or. C'est à tort qu'on a donné le nom. d'Hérodiade à ce sujet, puisque ce n'est pas elle qui y est représentée, mais sa fille Salomé. « Léonard, dans ce tableau, dit Duehesne, a montré un grand talent dans l'expression de ces deux figures. La tête du bourreau laisse voir l'affliction que lui cause l'action abominable dont il vient d'être l'instrument, tandis que Salomé, par son sourire, montre une froide cruauté. Les deux figures sont d'un faire admirable et très-soigné; elles se détachent sur un fond entièrement noir et qui n'est pas d'un effet très-heureux, en ce qu'il donne un peu de dureté aux contours.» C'est une erreur commune de croire que ce tableau a fait partie de Ja collection du cardinal Mazaïin ; il ne se trouve pas sur son inventaire. Peint sur bois, il a été gravé par P.-J. Eisener et lithographie par Zwinger. Réveil l'a aussi gravé au trait.

Salomé, tableau du Titien ; musée del Rey, à Madrid. Dans ce tableau célèbre, qui provient de l'Escurial, l'artiste a peint Salomé élevant sur sa tête le plat d'argent dans lequel elle porte à sa mère, Hérodiade, la tète de saint Jean-Baptiste. Ce tableau, selon M. Viardot, est le plus beau, le plus étonnant, le plus merveilleux de son auteur. « Jamais, dit le même critique, Titien, si fort, si vrai, si magistral, n'a montré plus de force, de vérité, de maestria. C'est devant cette Salomé qu'on se rappelle et qu'on accepte le mot si pittoresque de Tintoret, qui disait de Titien : « Cet homme peint avec de la chair » broyée, » C'est de la chair, en effet, mais de la chair animée, vivante, qu'il trouvait sur sa palette et dont il imprégnait ses toiles impérissables. » Cette œuvre, certainement une des plus remarquables du Titien, citée par Vasari, Ridolfi, Liruti,Zandonella, Ticozzi et les autres biographes du Titien, n'a jamais été gravée ni lithographiée.

Salomé, tableau de Henri Regnault; Salon de 1870. Cette peinture, commencée à Rome au printemps de 1SG9, fut terminée un an plus tard à Tanger, d'où Regnault l'envoya au Salon; elle y obtint uu succès retentissant et est demeurée une des œuvres capitales du célèbre artiste. Elle a été inscrite au catalogue du Salon de 1870 sous ce titre : Salomé, la Danseuse, tenant le bassin et le couteau qui doivent servir à ta décollation de saint Jean. La fille d'Hérodiade vient d'achever sa danse' lascive; elle laisse tomber à terre son voile de gaze, brodé d'or comme sa jupe, prend le couteau et le bassin et s'assied vis-à-vis d'Hérode, à qui elle présente eu souriant, en minaudant, sa féroce requête : « Donnez-moi ici, sur ce bassin, la tête de Jean-Baptiste. » Tel est le motif historique choisi pur l'artiste; mais ce motif n'a été pour lui qu'un prétexte à peindre, suivant ses propres expressions, une femme d'une férocité caressante, une sorte de panthère noire apprivoisée , mais restée toujours sauvage. » C'est bien , en effet, la plus étrange et la plus inqualifiable figure qu'on puisse imaginer. Sa chevelure abondante, noire et crépue déborde sur sa nuque, sur ses joues, sur se3 tempes et fait à son front un magnifique diadème. Ses grands yeux humides, voluptueux, félins, lancent des regards aigus et provocants à (a fois, qui donnent Je frisson comme ferait le contact d'une lame d'acier. Un sourire lascif entrouvre ses lèvres et laisse voir les perles de sa bouche. Le costume ne rappelle aucune époque, aucun pays ; il est de fantaisie pure et tel que peut l'arranger le caprice d'une danseuse : une chemisette jaune pâle" s'agrafe sur l'épaule droite par une fibule d'argent ciselée et enrichie de perles, laissant la poitrine nue jusqu'à la naissance des seins; une écharpe rose saumon est jetée sur l'autre épaule ; une ceinture violette, à larges piis, se noue au- .tour des reins; une jupe de gaze, rayée transversalement de vert et toute brochée d'or, et un burnous blanc rejeté en arrière complètent cette toilette de courtisane et de danseuse. Au bras droit, qui est nu et dont lu main est renversée sur la hanche, s'enroule

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nn bracelet de jade vert en forme de serpent. La main gauche caresse un yatagan à manche d'ivoire, à fourreau de velours rouge brodé d'argent, au-dessus d'un bassin de cuivre posé sur les genoux. Les jambes se laissent deviner à travers la jupe, qui descend un peu au-dessous des genoux. Les pieds, souples et nerveux, posés l'un sur l'autre, jouent dans des babouches violettes doublées d'écarlate. A terre, sous ces pieds mignons, une peau de tigre est étendue sur un tapis oriental. Derrière cette créature bizarre, si bizarrement accoutrée, se déploie un rideau de soie jaune clair, légèrement agité et que le soleil moire d'une lumière éclatante.

Ce rideau jaune éblouissant, au milieu duquel se détache hardiment Ja chevelure noire de Salomé, ne contribue pas peu à l'aspect original du tableau. « Rien, dans l'art, a dit Th. Gautier, ne ruppelle cette manière d'une nouveauté paradoxale, d'une originalité absolue et d'une outrance qui ne semble pas pouvoir être dépassée. Chose rare , cette étrangeté est pleine de charme; elle étonne mais ne choque pas. Une science réelle justifie ces audaces, servie par une exécution merveilleuse. M. Regnault est un coloriste de premier ordre, ce qui ne l'empêche pas de bien dessiller. Il voit non-seulement le ton juste, mais le ton rare, tin, exquis, inattendu, qui ne se révèle qu'aux privilégiés, et du contraste des deux nuances il fait jaillir des éblouissements. Il ne ressemble ni à Titien, ni à Véronèse, ni à Rubens, ni à Rembrandt, ni à Veluztfuez, ni à Delacroix ; sa palette lui appartient; il la charge de couleurs spéciales, qu'on ne connaissait pas avant lui, et il en obtient des effets qu'on n'aurait pas crus possibles si on ne les voyait réalisés avec une aisance prodigieuse. »

Un autre critique, M. Paul de Saint-Victor, a tempéré par beaucoup de restrictions les éloges qu'il a faits de la Salomé de Regnault : « Cette belle fille, au rire lascif, aux yeux fous, n'est qu'une aimée mauresque rapportée de quelque bazar oriental. Elle se détache eu clair sur un immense rideau jaune, comme sur une toile d'apothéose. C'est un vrai tour de magie blanche obtenu par un visible artifice. Pour faire ressortir cette tète lumineuse sur un fond radieux, l'artiste l'a empaquetée dans une toison de négresse.

Mais ce relief s'arrête au buste qui, privé de ce repoussoir, paraît mince et vide en comparaison. Tout est caprice, d'ailleurs, vision et prestige dans la Salomé de M. Regnault. Ses chairs lactées et diaphanes ne sont pas celles de ses cheveux d'encre et de son type barbaresque. On dirait une gitana déguisée sous une peau d'Anglaise. » 11 est bien certain que cette figure n'a rien de biblique, et, cependant, elle est plus vraie d'expression et même de type que la plupart de celles qui nous ont été données jusqu'ici pour des représentations de la fille d'Hérodiade. Si, comme il en a eu un instant l'idée, Regnault avait, à l'exemple des anciens maîtres, placé la tête livide de saint Jean dans le plat tenu par Salomé, la critique pédante eût été sans doute désarmée par ce poncif. « Elle aurait acclamé ce tableau, a dit M. Cnaumelin, comme une des œuvres les plus originales, les plus hardies, les plus 'éblouissantes, les plus attrayantes de l'art contemporain. Elle aurait admiré la vie qui règne dans les yeux, qui fleurit et s'épanouit sur le visage, qui palpite et frémit dans tout le corps. Elle aurait vanté l'élégance et la souplesse du cou qui s'attache si finement aux épaules; l'exquise pureté de forme de la main gauche qui joue avec le cimeterre; la pénombre merveilleuse de la main droite et du poignet avivée par des reflets orangés d'une rare puissance; les tons nacrés de la poitrine, dont l'épidémie diaphane laisse voir les réseaux bleuâtres des veines ; la légèreté et la transparence de la jupe de gaze, dont on croit entendre bruire les paillons d'or. Elle aurait loué, sans ré- Serve, l'habileté consommée de l'exécution, la justesse et la vivacité des tons locaux, l'harmonie intense et, pour ainsi dire, vibrante de l'ensemble, et ce tour de force qu'un artiste sûr de sa palette pouvait seul tenter et qui consiste à détacher une figure claire et lumineuse sur un fond plus clair, plus lumineux encore. Elle aurait reconnu enfin que l'auteur de cette peinture est le praticien le plus adroit, le plus séduisant et, eu même temps, l'intelligence la plus vive, la plus originale, la plus personnelle de notre jeune école. »

Payée 15,000 francs à Regnault par un marchand, la Salomé a été achetée pour une somme deux ou trois fois plus considérable par M"i6 de Cassin, à qui elle appartenait lors de l'exposition posthume des œuvres de l'artiste, en 1872. Eile a été gravée plusieurs fois, notamment à l'eau-forte par Paul-Ad. Rajon.

SALOMÉ , femme de Zébédée , mère de Jacques le Majeur et de Jean l'Evangéliste. C'est un des personnages que l'Eglise appelle les saintes femmes, et elle figure avec Marie-Madeleine et Marie Cleophas, mère de Jacques le Mineur, dans quelques scènes des Evangiles. Ces femmes, toutes trois Galiléennes, qui avaient quitté leur foyer pour suivre Jésus et qui l'accompagnaient dans ses pérégrinations, se dévouèrent à lui jusqu'au moment de son supplice et apportèrent dans Ja secte nouvelle un élément a'enthousiasme

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ot de merveilleux. On ne connaît de Salomé qu'un seul trait qui lui soit particulier. Saint Matthieu rapporte qu'un jour Solomé demanda à Jésus que ses deux rils, Jacques et Jean, fussent assis l'un à sa droite et l'autre à sa gauche lorsqu'il serait dans son royaume -, le maître répondit, non à elle, mais à ses fils eux-mêmes, que ce n'était pas à lui, mais à son père, de les faire asseoir à sa droite et à sa gauche.

Dans les autres scènes, lu descente de croix, l'ensevelissement, elle figure seulement à côté des deux autres femmes. Lors de la résurrection , le rôle principal appartient a Madeleine; Salomé, comme Marie Cleophas, crut seulement apercevoir dans le caveau, un homme blanc qui lui dit : « Il n'est plus ici, retournez en Galilée, il vous y précédera, vous l'y verrez. »

C'est, en effet, en Galilée que s'enfuirent les disciples de Jésus, hommes et femmes, après la mort de leur maître. « Les femmes, dit Renan, avaient poussé plus que personne à ce retour, qui était pour elles un besoin du cœur. Ce fut leur dernier acte dans la fondation du christianisme. A partir de ce moment, on ne tes voit plus paraître. Fidèles à leur amour, elles ne voulurent plus quitter le pays où elles avaient goûté leur grande joie. On les oublia vite, et, comme le christianisme galiléeu n'eut guère de postérité, leur souvenir se perdit complètement dans certaines branches de la tradition.... Ces yciies fondatrices du christianisme passèrent à l'état de saintes délaissées. Saint Paul ne les connaît pas. »

D'après de vieilles traditions, Salomé était sœur de la Vierge. » Outre Marie Cleophas, la tradition populaire, dit Tillemont, a trouvé à la Vierge une seconde sœur, savoir Salomé, à laquelle on a donné aussi le nom de Marie; et, sur cela, l'Eglise a fait autrefois la fête des trois sœurs et des trois Marie. Nous avons quelques mémoires de l'église d'Evreux où l'on voit particulièrement qu'on les faisait toutes trois filles de sainte Anne, mais de différents pères. Claude de Saintes a changé cet offico et a laissé la fête, qui se fait encore le 22 octobre et s'appelle la fête des Marie. Mais nous ne voyons aucun fondement à dire que Salomé fut sœur do la sainte Vierge.

« Le martyrologe romain met la fêta de sainte Salomé à Jérusalem, par où il semble condamner quelques modernes, qui prétendent, sans en alléguer aucune preuve considérable, qu'elle est morte en Provence et que son corps y est encore. Ce martyrologe semble en cola avoir voulu suivre les anciens, qui joignent la fête de sainte Salomé avec celle de saint Marc, évêque de Jérusalem. On ne sait pourquoi le martyrologe romain l'appelle Marie .Salomé ; car on ne trouve ni dans l'Evangile, ni dans aucun auteur, qu'elle s'appelât Marie; Baronius ne dit rien de tel dans ses Notes et, dans ses Annales, il ne l'appelle que Salomé. C'est une erreur venue d'une de ces légendes qui nous ont donné les trois Marie, Marie, mère de Jésus, Marie, mère de Jacques, et Marie Salomé, comme ayant été trois sœurs. Nous ne nous arrêterons pas non plus aux nouveaux Grecs qui font sainte Salomé fille de Joseph. Saint Epiphane donne véritablement à saint Joseph une fiJJe nommée Salomé, mais il ne dit point que ce fût la femme de Zébédée.

» Et, à propos des reliques de la sainte, Bollandus rapporte amplement ce que l'on dit dus reliques de sainte Marie, mère de Jacques le Mineur, et de sainte Salomé, mère de saint Jacques le Majeur, soit à Veroli, dans la campagne de Rome, soit aux Trois- Marie, dans la Camargue, en Provence. Je pense qu'on aurait bien de la peine à trouver l'ien de certain dans ces sortes de traditions. » Nous sommes de l'avis de" Tillemont; mais il en est de même de toutes ies histoires de saints et de reliques.

SALOMON s. m. (sa-lo-mon — nom d'un roi juif)- Roi recommandable par sa sagesse : Les catholiques ont fait de Pkiippe II un Salomon. (Peyrat.)

— Sciences occultes. Anneau de Salomon, Anneau magique forgé par Salomon, selon les Orientaux. Il Sceau de Salomon, Sceau qui porte le vrai nom de la divinité et qui ne peut être brisé par aucune puissance.

— Bot. Sceau de Salomon, Nom vulgaire du muguet anguleux, plante de la famille des polygonées, u Grand sceau de Salomon, Autre plante de lu famille des polygonées.

SALOMOfV (îles), appelées aussi Terre des Arsacides ou Nouvelle-Géorgie, groupe d'îles de l'Océanie, dans la Mélanèsie, à i'E. de la Papouasie, s'étendant sur deux rangées du N.-O. au S.-E., entre 4<> et 12» de latit. S. et entre 152° et 161° de longit. E. Quoique découvert depuis 1567 par l'Espagnol Mendana, qui lui donna le premier de ces noms, cet archipel est encore peu connu. Il fut visité, en 1767, par Carteret, en 1768 par Bouguiuvilla et en 1769 par Surville, qui lui donna le nom de Terre des Arsacides, à cause delà perfidie des habitants. Shortiaud, qui le visita en 1782, le nomma Nouvelle-Géorgie. D'Entrecasteaux compléta la découverte de cet archipel vers la fin du siècle dernier. Les principales îles de l'archipel Salomon sont : Bouka, Bougainville, Choiseul , Sainte-Isabelle, Géorgie, Carteret, les Arsacides, Guadalcanar, Rennal

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et Saint-Christoval. Les côtes en pont généralement hantes et escarpées, entourées de récifs et de bancs madréporiques, qui rendent la navigation dangereuse dans leurs parages. L'intérieur est entrecoupé de montagnes boisées et de vallées fertiles, dont quelques-unes sont assez bien cultivées. Plusieurs de ces montagnes sont élevées et volcaniques ; tel est le pic Laminas, dans l'île de Guadalcanar, haut de 4,000 mètres. Les palmiers à cncos, les bananiers, la canne à sucre , le giroflier , le gingembre et une quantité d'arbres résineux et aromatiques s'y élèvent a des ultitudes inconnues en Europe, et l'on croit voir des corbeilles de fleurs et de verdure quand on aborde à ces îles dangereuses. Les forêts sont peuplées de magnifiques perroquets, de serpents, de crapauds volumineux et d'une foule d'insectes. On y trouve une population très-compacte de nègres de l'Australie, qui paraissent être parvenus à un état de civilisation plus avancé, notamment sous le rapport de l'agriculture, que ceux de l'Ouest. Leur nombre est approximativement évalué à 100,000. Déliants, sanguinaires, perfides, ils sont, en outre, anthropophages et mangent leurs prisonniers. Extrêmement lâches, ils n'attaquent qu'à la dérobée, évitent la lutte il découvert et se plaisent dans le meurtre et le massacre. Dans un rapport sur une croisière dans les îles de la Polynésie et particulièrement dans les lies Salomon, le commandant anglais Simpson a raconté, en 1873, que, dans un des villages de l'île Sainte-Isabelle, les marins virent suspendus à la maison d'un des chefs vingt-cinq têtes d'ennemis qui avaient été tués par derrière trois semaines auparavant, puis mangés. Pour échapper aux attaques du dehors et aux serpents venimeux qui sont très-nombreux, les habitants des îles Salomon construisent le plus souvent leurs cabanes dans les branchages des arbres les plus élevés. Le commandant Simpson raconte que, dans la même lie Sainte- Isabelle, il trouva sur le sommet d'une montagne, à 800 pieds au-dessus du niveau de la mer, un véritable village perché dans les arbres. « La cime de la montagne, dit-il, était formée d'une masse d'énormes roches entre lesquelles saillissaient les arbres gigantesques dont les branches soutenaient les maisons. Le tronc de ces arbres était parfaitement lisse et ne portait aucune branche jusqu'à une hauteur de 80 à 120 pieds. Une de ces maisons, qui s'élevait a. 80 pieds de terre, n'avait d'autre accès qu'au moyen d'une échelle faite de sarments pareils h ceux de nos vignes. Cette échelle est attachée à la maison et peut se retirer à volonté. Ces habitations originales, très-solidement bâties, sont assez spacieuses pour contenir une douzaine de personnes. Les habitants y passent la nuit et sont ainsi garantis contre des attaques du dehors; on y garde des amas de grosses pierres que les indigènes savent lancer avec beaucoup d'adresse et de prestesse. Une autre cabane adossée au pied de l'arbre sert d'habitation pendant le jour. »

SALOMON, roi des Juifs, fils de David et de Bethsabée, né l'an 1016 av. J.-C. Il succéda à son père h l'Age de dix-sept ans. Ce roi a laissé dans l'Orient une immense réputation de luxe et de magnificence, et son nom rappelle, dans les légendes de ces contrées, la sagesse, la puissance, la science et la prospérité. Il porte, au reste, même en s'en tenant au récit de la Bible, tous les caractères d'un monarque oriental. En montant sur le trône, il fit périr son frère Adonias ainsi que ses partisans et dépouilla Abiathar du sacerdoce. Le Seigneur, pour le récompenser des mille victimes qu'il lui avait immolées, lui apparut en songe et promit de lui accorder ce qu'il lui demanderait. Salomon demanda la sagesse et l'obtint. L'occasion de manifester ce divin présent ne tarda pas à se présenter. On connaît le stratagème qu'il employa pour découvrir la véritable mère entre deux femmes qui se disputaient le même enfant. Il bâtit ensuite le magnifique temple de Jérusalem, les muraillesde la même ville, des palais somptueux, la ville de Palmyre et des forteresses dans toute l'étendue de son royaume, soumit au tribut divers peuples ennemis des Juifs, équipa des flottes qui lui rapportaient les plus riches productions de l'Orient ainsi que l'or ri'Ophir, et répandit sa renommée, dit la Bible, dans toutes les contrées de la terre. La problématique reine de Saba vint du fond de l'Afrique à Jérusalem pour le visiter. Cette prospérité le perdit en l'enivrant. Oubliant les conseils de la sagesse, il se plongea dans les abîmes du vice, eut jusqu'à. 1,000 femmes dans ses harems, adora toutes les divinités des idolâtres, depuis Astarté jusqu'à Moloch, et déshonora par toutes les turpitudes un règne commencé avec splendeur. Pour le punir, Dieu divisa son royaume après sa mort entre Roboam, son liis, et Jéroboam. Les écrivains turcs, arabes et persans ne tarissent pas en récits merveilleux sur ce prince, qu'ils nomment Soléiman ou Solimanben-Daoud, c'est-à-dire fils de David. On lui attribue : le Cantique des cantiques {Sir Hasirim), chaut nuptial, épithalame composé, diton, a l'occasion de son mariage avec la fille du roi d'Egypte. Les commentateurs chrétiens ont vu dans ce chant d'amour plein de grâce et de passion, mais tout empreint de la lasciveté orientale, le symbole du mariage de Jésus-Christ avec l'Eglise. Quoi qu'il en soit,

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les Juifs ne permettaient pas qu'on mît ?ette peinture énergique sous les yeux de la jeunesse, et Origène, saint Jérôme et d'aitres docteurs approuvent cette réserve; l'Ecclésiaste ( Cokeleth ), poème qui respire une doctrine purement épicurienne, dans le sens qu'on attache ordinairement à ce mo:. Le Talmud npus apprend que des rabbins faisaient difficulté de l'admettre dans le canon. L'examen du style et de la langue de cet écrit a fait penser à beaucoup de savants qu'il est d'une époque poster eure" à Salomon ; les Proverbes (Misle), recueil d'adages moraux rassemblés après coup et dont un certain nombre ne semblent pas intéresser directement la religion. On lui a également attribué le livre de la Sagesse, qui paraît bien postérieur et dont on n'a qu'un texte grec, que beaucoup considèrent ccmiue l'original. Tous ces livres font partie dt. canon de la Bible.

Mais on a attribué à Salomon beaucoup d'autres livres composés à différentes époques. On comprend que la réputation d 3 sagesse de Salomon a dû inviter les faussaires à mettre sous l'abri de son nom les opi lions et les docrines des sectes auxquelles ils appartenaient. Parmi les écrits qu'on lui a attribués sont d'abord deux lettres qu'il aurait écrites au roi d'Egypte, "Vaphra, et aux rois de Tyr, de Sidon, de la Phénicie pour leur demander des ouvriers afin de l'aider dans la construction du temple de Jérusalem. Fabricius les a insérées dans son recueil. Il les a extraites d'un livre d'Eusèbe. Les scuverains, comme on le conçoit, n'ont*point laissé sans réponse les missives de Salomon ; chacun donc lui promet de lui envoyer 80,000 ouvriers. Selon Josèphe, le roi de Tyr, pour, éprouver Salomon, lui aurait adressé des questions éiiigmatiques que celui-ci aurait résolues sans peine. On a ensuite attribué à Salomon des livres ayant pour objet la démonologie, la magie, l'interprétation des songes, l'explication des vertus des pierres et des plantes. Il y a à la Bibliothèque nationale un manuscrit qui contient le testament de Salomon ; on n'y trouve rien autre chose qu>; des considérations cabalistiques sur les espiitset les diables. Ce testament a été cité par Du Cunge,idans ses notes sur l'historien Zouiras, et par Gaulmin, dans ses notes sur le traité de Psellus, De operalionibus dmmonum. Au ne et au 1116 siècle de notre ère, on publia sous le nom de Sutomoa des odes et des poèmes qui étaient les œuvres de quelques gnostiques. M. Ohampollion, dans le Magasin encyclopédique de 1815, a fait sur ces odos et ces poëiues un article fort curieux (1815, tome II, p. 388). Au moyeu âge, Salomoi , qui avait la réputation d'un grand devineur de songes, figura dans un colloque avec le fou Mareulphe ou Marcou , ou encore Morolf.

C'est une composition très -célèbre que ce dialogue entre le sage roi et le fou, oi ils échangent entre eux des questions et des sentences bizarres et grotesques. Marcou. qui n'est cependant qu'un rustre et un bouffon grossier, ne laisse pas d'embarrasser quelquefois le fils de David. Ce caprice de l'esprit du moyen âge a eu de nombreuses édition::. La lin du xv« siècle vit paraître beaucoup d'éditions latines de cet opuscule, sous ce t tre : Cuilationes ou Dyalogus Salomonis et Jlarculfi. Il en existe plusieurs éditions françaises, dont l'une fut publiée en 1832 à Paris. M. Crapelet l'a édité, dans ses Provertus et dictons populaires (1832), d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale. Un tutre texte en cent trente-six strophes a été également publié pur Méon, dans son Recueil de fabliaux. Enfin, it existe en anglo-saxon, pour faire pendant au dialogue du fou et du roi, un dialogue entre Saturne et Salomon, qui a été publié par M. Kemble, tout récemment.

Les écrivains font souvent allusion au jugement célèbre dans lequel Salomon fit éclater sa sagesse.

« Devant un danger général, toute ambition personnelle doit disparaître; en cel:i, le patriotisme se reconnaît comme on reconnut la maternité dans un jugement célèbre. Vous vous souvenez de ces deux femmes réclanant le même enfant; à quel signe reconnut-on les entrailleSide la véritable mère? Au renoncement à ses droits que lui arrache le péril d'une tête chérie. Que les partis qui ainent la France n'oublient pas cette sublime leçon. »

Louis-Napoléon Bonaparte.

« Maintenant, madame la comtesse, à nous deux 1 lui dit Thadéus en riant à faire frémir. C'est encore la querelle des deux mères, n'est-ce pas?... Un autre jvgement de Szlomon? Où est-il, Salomon ? qu'il nous jugi I... Etes-vous donc déjà blasée sur le reste, belle dame? C'est de l'amour maternel qu'il vous faut à présent I Le caprice vous en prend trop tôt vraiment!... Bonne mère! son entant était volé depuis trois mois, elle n'en savait rien. »

Michel Masson.

« En fonctionnaire bien appris, le préfet était debout sur son perron, prêt à faiie à son successeur les honneurs de la résidence administrative. La chaise de poste s'arrêta,

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et il en descendit un homme d'un âge mûr, enveloppé d'une écharpe aux trois couleurs. Presque aussitôt arriva une seconde voiture, et il en descendit un deuxième personnage aux trois couleurs, long et maigre, comme l'autre était gros et court. Les deux écharpes se rencontrèrent sur le perron et le gravirent à la fois, celle-ci par la droite, cellelà par la gauche. Le préfet s'arrêta étonné; des deux parts on lui tendait un pli revêtu d'un sceau qui lui était familier. Auquel croire? auquel remettre ses pouvoirs? it ne pouvait les couper en deux; depuis Salomon, jamais homme ne s'était trouvé dans une position aussi délicate. »

Louis REYBAtJD,

SALOMON, d'après la légende musulmane.

Pour composer sa religion, Mahomet a, comme onsait, beaucoup emprunté au judaïsme etau christianisme. Il a emprunté non-seulement des dogmes et des prescriptions mprales, mais encore des légendes historiques ou miraculeuses, qu'il travestissait selon ses vues et faisait servir à ses desseins. Le Coran contient beaucoup de récits dont le fond est tiré de la Bible. Plusieurs de ses disciples recoururent au même mode d'enseignement, et, grâce à l'amour des- Orientaux pour le merveilleux, il se forma parmi la race musulmane un cycle de récits traditionnels où, sur un fond biblique, la fantaisie arabe a dessiné d'étonnants ornements et des fables prodigieuses. M. Weil a publié en 1845, à Francfort, un curieux recueil de ces légendes ; celle de Salomon, que nous résumons ici d'après cet écrivain, est une des plus remarquables.

«Lorsque Salomon eut rendu les derniers devoirs à son père, il s'arrêta dans une vallée entre Hébron et Jérusalem. Là, il vit venir à lui huit anges qui avaient des ailes innombrables de toutes formes et de toutes couleurs ; c'étaient les anges chargés de gouverner les vents; ils venaient, par l'ordre de Dieu, faire hommage à Salomon et lui donner plein pouvoir sur eux et sur les vents dont ils disposaient ; ils remirent au grand roi une pierre précieuse sur laquelle étaient gravés ces mots : «Dieu est la force et la » grandeur.' Et ils lui dirent : «Quand tu au- » ras besoin de nous, tourne cette pierre vers » le ciel et nous accourrons pour te servir. »

» Dès que ces anges se furent retirés, il en vint quatre autres d'un aspect tout différent. Le premier ressemblait à une monstrueuse baleine, le second à un aigle, le troisième à un lion et le quatrième à un serpent. « Nous » commandons, dirent-ils, à toutes les créa- > tures vivantes de la terre et de l'eau, et » nous venons par ordre de notre Seigneur 1 te rendre hommage; dispose de nous selon

• ta volonté, » Un des anges présenta à Salomon une pierre sur laquelle étaient gravés ces moy : «Que toutes les créatures louent » le Seigneur.» Et ils lui dirent : «Il te suf- » fira de poser celte pierre sur ta tête pour » que nous nous rendions près de toi à toute » heure.» Salomon voulut les mettre à l'œuvre aussitôt; il leur ordonna de lui apporter un couple de tous les animaux vivant dans l'air, dans les eaux et sur la terre. Un instant après, Salomon vit rangés autour de lui les animaux de toute sorte, depuis l'éléphant jusqu'au plus petit insecte. Il les interrogea l'un après l'autre sur leur manière de vivre et écouta leurs plaintes. Puis il choisit pour ses compagnons le faucon et le coq. Il ordonna aux pigeons, en leur posant la main sur la tête, de demeurer dans le temple qu'il allait faire bâtir. Quelques années après, par l'effet de l'attouchement de Salomon, ces pigeons avaient une progéniture si nombreuse que tous ceux qui venaient au temple, des quartiers les plus éloignés, pouvaient marcher à l'ombre de leurs ailes.

» Quand Salomon se retrouva seul, il vit venir un ange dont la partie supérieure ressemblait à la terre et la partie inférieure à l'eau ; c'était l'ange chargé de faire connaître la volonté de Dieu à l'eau et à la terre. « Quanu tu l'ordonneras, dit-il, les plus hautes « montagnes s'aplaniront, les mers et les fiau- » ves desséchés se transformeront en terres » fructueuses, et les terres'deviendront des

I lacs et des mers.' Et il lui remit une pierre précieuse sur laquelle on lisait : «Le ciel et » la terre sont les serviteurs de Dieu.»

» Enfin, un autre auge apporta à Salomon une quatrième pierre sur laquelle étaient graves ces mots : «Il n'y a point de Dieu a hors le seul Dieu, et Mahomet est son pron phète.i — «Par la vertu de cette pierre, » dit-il au roi, tu commanderas au monde des » esprits, bons ou mauvais, qui habitent entre

• le ciel et la terre.» De retour chez lui, Salomon fit faire avec les quatre pierres un anneau au moyen duquel il pouvait à toute heure exercer son autorité sur le monde des esprits, des animaux, sur la terre, l'eau et les vents. Son premier soin fut de soumettre les mauvais esprits, les djinns et les démons.

II les lit paraître devant lui, et passant son anneau sur chacun d'eux, il leur imprima ainsi le signe de l'esclavage. Il leur imposa ensuite l'obligation de construire un temple sur le modèle de celui qu'il avait vu dans un de ses voyages à La Mecque, mais dans des proportions beaucoup plus grandioses et avec plus de spleudeur. Les femmes des djinns furent chargées de préparer les aliments, de

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filor la laine, la soie et de tisser des étoffes que Salomon faisait distribuer aux pauvres. Les aliments qui sortaient des cuisines étaient placés sur des tables qui occupaient un espace d'un mille carré, et tout le peuple était invité à ces banquets gratuits.

« Un jour, Salomon demanda à Dieu la faveur de pouvoir nourrir une fois toutes les créatures du monde. «Tu désires l'impossible, n répondit le Seigneur; mais, pour te satis- ■> faire, commence demain seulement avec les d animaux de la mer.i Salomon ordonna aux djinns de charger de grains cent mille chameaux, cent mille mulets et de les conduire au bord de la mer. Les poissons de toute sorte nagèrent à la surface de l'eau, prirent le grain que Salomon leur jetait et'se retirèrent. Tout à coup apparut une baleine dont la tête ressemblait à une montagne. Sulomon lui fit jeter des sacs de grains, puis d'autres, puis d'autres encore ; mais l'insatiable baleine en demandait toujours. Le roi s'informa s'il y avait dans la mer beaucoup de poissons de la même sorte : «11 y en a, répondit la bail leine, soixante-dix mille espèces, dont la » plus petite est d'une telle taille que ton corps » ne tiendrait pas plus de place dans ses en- » trailles qu'un grain de subie dans le dé- « sert.» Alors le roi se jeta la face contre terre, pleura et pria le Seigneur de lui pardonner son vœu téméraire.

» Les djinns continuaient de travailler à la construction du temple, et ils faisaient avec leurs truelles et leurs marteaux un tel vacarme que les habitants de Jérusalem ne pouvaient plus s'entendre. Salomon demanda s'il n'y avait pas un moyen de couper les métaux sans produire un tel bruit. «Le moyen, » répondit un djinn, n'est connu que du puis- » sant Sachz, le plus fort de nous tous, qui a » su se soustraire à ton autorité. Sachz vient a chaque mois boire à une source dans le pays • de Hidjz. Peut-être pourras-tu trouver là a le moyen de le soumettre. » Le roi ordonna alors à une troupe de djinns de voler vers cette source, de la mettre à sec, d'eu remplir le bassin d'un vin enivrant et d'attendre que le génie y arrivât. Sachz but sans défiance, s'enivra et s'endormit. Alors les djinns le lièrent avec d'énormes câbles et allèrent chercher Salomon, qui arriva au moment où Sachz ouvrait déjà les yeux. Il lui appliqua son anneau sur les épaules, et Sachz poussa un tel cri de douleur que la terre en trembla. «Ne crains rien, puissant djinn, lui dit Sa- » lomon, je te rendrai la liberté dès que tu » m'auras indiqué le moyen de couper sans » faire de bruit les métaux. — Je l'ignore, » dit Sa'.hz, mais le corbeau pourra te l'in- » diquer. Prends les œufs de son nid, placea les sous un vase de cristal, et tu verras ce a que la mère fera pour rompre cette enve- » loppe.» Le conseil du djinn fut suivi. Le corbeau voltigea quelques instants autour de ses œufs, puis, voyant qu'il ne pouvait les atteindre, prit son vol et revint portant dans son bec une pierre appelée samur. En touchant avec cette pierre le vase de cristal, it le fendit en deux. « Où as- tu trouvé cette a pierre? demanda Salomon. — Bien loin, » bien loin, dans une montagne de l'Occident.» Le roi ordonna à une troupe de djinns de s'en aller avec le corbeau jusqu'à cette montagne. Ils en rapportèrent une provision de Sainurs, et dès ce jour les ouvriers purent poursuivre leurs travaux sans faire le moindre bruit.

» Salomon se fit aussi construire un palais dans lequel furent prodigués l'or, l'argent, les pierres précieuses. Plusieurs salles avaient un parquet et un plafond de cristal. Son trône fut fait avec du bois de santal couvert d'or et de diamants, pendant qu'on travaillait à cet édifice, il entreprit, sur le dos des djinns, un voyage à l'antique ville de Damas, dont les environs sont un des quatre merveilleux jardins de la terre. Dans Ce voyage il lui arriva plusieurs aventures singulières. Il traversa un pays inconu où il vit une quantité immense de fourmis grosses comme des loups; Salomon conversa avec leur reine et reçut leurs hommages. En revenant, sur la frontière delà Palestine, il entendit une voix qui disait : «Mon Dieu, toi qui as choisi Abra- » ham pour ton ami, délivre-moi de cette vie a de malheurt» Il mit pied k terre et aperçut un homme ridé, courbé, dont les membres tremblaient. «Je suis un Israélite de la tribu » de Juda, lui dit ce vieillard; une nuit j'ai » vu une étoile filante, et j'ai formé le souhait » insensé de ne pas mourir avant de m'être d trouvé en face du plus grand prophète. De » longues unnées, des siècles se sont écoulés » depuis cette époque, et, infortuné que je » suis, la mort ne veut pas de moi 1 — Tu es a au terme de ton attente; prépare -toi à la » mort, dit le roi, car je suis le prophète Sa- » lomon, à qui Dieu a donné un pouvoir que » jamais humain n'avait eu.» Aussitôt l'ange de la mort descendit des airs et enleva l'âme du vieillard.

» Ce voyage à Damas fatigua tellement le roi, qu'à son retour à Jérusalem il se fit tisser parles génies de forts tapis en soie assez larges pour qu'il pût s'y placer avec tous les gens de sa suite et tout le service de sa maison. Lorsqu'il voulait se mettre en route, il faisait étendre mi de ces tapis devant la ville, ordonnait aux vents de l'enlever, puis, s'asseyaut là sur son trône, au milieu de son escorte, il dirigeait les vents comme des chevaux qu'on tient par la bride ; les génies et les démons volaient devant lui, et les oiseaux,

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se tenant au-dessus, devaient l'ombrager de leurs ailes. Or, un jour qu'il était en voyage, Salomon s'aperçut, à un rayon luisant sur le tapis, qu'un oiseau avait déserté son poste : c'était le faucon. Salomon entra dans une violente colère; il ordonna à l'aigle de chercher le fugitif et de le lui amener. L'aigle s'élança dans l'espace et rapporta le malheureux oiseau dans ses serres. «Souviens- toi,

• ô prophète ! dit le faucon tremblant de tous o ses membres, que tu devras un jour com- » paraître devant le tribunal de Dieu; ne me " JuSe l)£ls avant de m'avoir entendu.»

■ Il apportait des renseignements sur une contrée et sur une reine dont Salomon n'avait jamais entendu prononcer le nom : le royaume de Saba et la reine Balkis, dont il raconta des choses extraordinaires : «Le » royaume de Saba est comme un diamant au » front du globe. Aujourd'hui une jeune reine,

• nommée Balkis, le gouverne ; elle s'y fait » admirer par son intelligence, chérir par sa » justice. Cachée par un rideau qui la sous- » trait aux regards des hommes, elle assiste » aux conseils de ses ministres, assise sur un » trône d'or et de pierres précieuses. Mais, o de même que les autres rois de cette con- » trée, elle adore le soleil. — Nous allons » voir, dit Salomon, situ dis la vérité ou si » tu es un menteur.» Il se fit indiquer une source, fit ses ablutions, ses prières, puis écrivit ces lignes :

« Salomon, fils de David et serviteur de Dieu, à Balkis, reine de Saba. Au nom du » Dieu de miséricorde, du Dieu tout-puissant, » salut à celui qui suit une sage direction; » rendez- vous a mon invitation et soyez du » nombre des croyants. » II scella cette lettre de son sceau et la remit au faucon en lui disant : «Porte cette lettre à la reine Balkis, » puis retire-toi à l'écart, de façon à observer » ce qu'elle fera. » L'oiseau partit comme une flèche, portant la lettre à son bec, et le lendemain matin il entrait dans le conseil du royaume de Saba et présentait la lettre à la reine. Dès qu'elle vit le sceau de Salomon, elle le brisa avec précipitation et lut avec empressement cette missive inattendue, qu'elle montra ensuite à ses ministres et à ses généraux. «Avant de m'engager dans une » guerre, dit-elle, je veux envoyer des pré- » sents à Salomon et voir de quelle façon il » recevra mes ambassadeurs. S'il se laisse » séduire par mes présents, il n'est rien de » plus que les autres rois soumis à notre pou- » voir; s'il les rejette, c'est un vrai prophète » et nous devons nous convertir à sa religion.» Elle fit alors préparer mille tapis brodes d'or et d'argent, une couronne formée d'hyacinthe et des plus fines perles, une cargaison d'ambre, d'aloès et d'autres produits précieux de l'Arabie du Sud. Elle y joignit une petite cassette fermée qui renfermait une perle non percée, un diamant traversé par un trou tortueux et un vase de cristal. «Il faudra, dit- » elle, que Salomon devine ce qui est ren- » fermé dans cette cassette, qu'il perce la » perle, fasse passer un fil à travers le dia- » inant et remplisse ce vase d'une eau qui ne a viendra ni du ciel ni de la terre. » Puis elle dit à ses ambassadeurs : «Si Salomon vous » reçoit avec fierté et arrogance, ne vous » laissez pas intimider, ce serait un signe de o faiblesse. S'il vous accueille avec bonté, » soyez sur vos gardes, car vous aurez afi faire à un grand prophète.» Le faucon prit son vol et revint apprendre à Salomon ce qui s'était passé.

» Le roi ordonna aux djinns de lui faire un tapis qui, de son trône, descendrait du côté du sud sur un espace de neuf parasanges ; à l'est il fit élever une muraille d'or, à l'ouest une muraille d'argent ; de chaque coté de son tapis il lit réunir une quantité d'animaux curieux, de djinns et de démons. Les ambassadeurs furent étrangement surpris de l'aspect d'une telle splendeur; ils furent plus surpris encore lorsque Salomon, les ayant accueillis avec un gracieux sourire, leur dit : «Je sais » ce que renferme la lettre de la reine Balkis ; » je sais de même ce qui est caché dans la ■ cassette que vous tenez à la main. Avec » l'aide de Dieu je percerai la perle, je ferai » passer un fil par le trou tortueux du dia- » mant; et d'abord je veux remplir votre » vase de cristal avec une eau qui ne vient <-ni de la terre ni du ciel.» Il ordonna à un esclave de prendre un jeune et fringant coursier, de le faire courir de toutes ses forces dans le camp et de le ramener au galop. Quand l'esclave fut de retour, des flots de sueur découlaient des flancs du coursier et le vase de cristal eu fut rempli en un instant. Salomon perça ensuite la perle avec la pierre que le corbeau lui avait découverte. Le plus difficile était de faire passer un fil à travers le trou tortueux du diamant; mais un démon lui apporta un ver qui s'insinua dans l'ouverture de la pierre, traînant après lui un fil de soie. L'opération achevée, le roi déniai.da au ver comment il pourrait le récompenser. Le ver le pria de lui donner pour demeure un bel arbre à fruit. Le roi lui assigna le mûrier qui, depuis ce jour, protège et nourrit les vers à soie. La reine Balkis se déclara vaincue; elle abjura le culte du Soleil. Salomon l'épousa, et il allait la voir chaque mois dans sou royaume.

■ Après une longue suite d'années glorieuses, l'ange de la mort apparut à Salomon : il avait six visages. Le roi lui ayant demandé ce que signifiaient ces six faces: «Avec le vi-

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« sage de droite, répondit l'ange, je recueille » les âmes des habitants de l'Orient; avec ■ celui de gauche, celles de l'Occident; avec » celui qui est sur ma tête, les âmes des hait bitants du ciel; avec le visage inférieur, je » prends les djinns dans les entrailles de la » terre ; avec celui de derrière, les âmes des » peuplades de Jadjudi et de Madjudi ; avec » celui de devant, les âmes des croyants, et » la tienne est du nombre.

■ — Laisse-moi vivre jusqu'à ce que mon » temple soit achevé, car, après ma mort, les » djinns cesseront de travailler.

» — Ton heure est venue; il n'est pas en » mon pouvoir de la prolonger d'une se- » conde.

» — Eh bien, suis-moi dans ma salle de » cristal.»

» L'ange y consentit. Salomon fit sa prière, puis s'appuya sur un bâton et invita l'ange à lui enlever son âme dans cette posture. Il mourut ainsi, et sa mort resta secrète pendant une année. Les djinns ne la connurent que lorsque le temple fut achevé, lorsque- le bâton, rongé par les vers, tomba sur le parquet de cristal avec le cadavre qu'il soutetenait. Les anges emportèrent le corps de Salomon avec l'anneau magique dans une grotte secrète, où ils le garderont jusqu'au jour du jugement dernier. »

Salomon. Iconogr. Parmi les images de rois de l'Ancien Testament, sculptées ou peintes, qui décorent plusieurs cathédralesdu moyen âge, on reconnaît Salomon à la magnificence de son costume, et quelquefois, mais plus rarement, au livre du Cantique des cantiques qu'il tient à la main. Une belle figure de ce monarque a été gravée par Edelinck, d'après Philippe de Champaigne. Raphaël a peint à fresque, dans les loges du Vatican, le Sacre de Salomon : en présence du peuple, le grand-prêtre Zadock oint le fils de David ; sur le devant est un Pleuve couché, ayant un tigre auprès de lui; cette figure allégorique, qui symbolise ordinairement le Tigris, doit caractériser ici le Jourdain. Le Sacre de Salomon est représenté aussi dans une gravure de Gérard de Lairesse, datée de 1688 et dont il y a une copie par Philippe-André Kilian. John Murphy a gravé, d'après G. van den Eeokhout, Salomon recevant les présents d'Biram, roi de Tyr. L'épisode de Satomon recevant la reine de'Saba a été retracé par un grand nombre d'artistes ( v. Saba). Ph. Galle a gravé, d'après Pr. Floris, Salomon ordonnant de bâtir le temple de Jérusalem. Dans les loges du Vatican, Raphaël a représenté la Construction du temple (v. construction, t. IV, p. 1053) ; cette fresque a été gravée en couleur par Demeulemeester. Gérard Audran a gravé, d'après le Dominiquin, Satomon faisant asseoir Bethsabée sur son trône. Au Louvre est un tableau de Sébastien Bourdon, Salomon sacrifiant aux idoles : le roi, entouré de plusieurs femmes, est agenouillé au pied de la statue de la déesse des Sidoniens, devant laquelle de l'encens brûle sur un trépied. Cette peinture se voyait autrefois à l'hôtel de Toulouse, à Paris. Le même sujet a été peint par Lucas Cranach le vieux (musée de Dresde) et a été traité en gravure par Altdorfer, Hans Brosamer (1545), Nicolas de Bruyn, Hans Burgkmair, Edme Jeanrat (d'après Nicolas Vleughels, 1723), L.-J. le Lorrain (d'après J.-B.-F. de Troy), G.-Penckz, etc.

Le Jugement de Salomon est uns des scènes de l'Ancien Testament que les artistes ont le plus fréquemment retracées. Dans les loges, Raphaël a représenté le roi assis sur son trône, ordonnant au soldat qui tient l'enfant de remettre l'épée au fourreau et prononçant sa sentence. Les assistants, groupés à droite, sont saisis d'admiration. Le même sujet a été traité d'une façon plus remarquable par Raphaël dans la chambre délia Signaiura : ici, le roi vient de prononcer le jugement; un jeune homme, vu de dos, tient de la main gauche l'enfant qu'il s'apprête à couper en deux; sur le devant, la fausse mère est à genoux, tandis que la vraie mère accourt pour empêcher l'exécution de la sentence. Cette dernière composition a été gravée par Remy iVuibert (1G35), P. Scalberg (eau-forte, 1637), N. -F. Boccjuet (1690), Anderloni (1845). F. Giangiacomo (au trait). Des peintures sur le même sujet ont été exécutées par A. Coypel (gravé par G. Audran), Jérôme Franck (anciennement dans la galerie Fesch) , Fùhrich (gravé par F. Stober), L. Giordano (musée de Madrid), le Giorgione (muséedes Offices), J. Jordaens (musée de Madrid), Lesueur (vente Ménageot, 1778), A. Mantegna (grisaille peinte sur toile, au Louvre), Andréa Micheii dit le Vicentino (aux Offices), Poussin (musée du Louvre ; v. ci-après), G. Stella (musée du Belvédère), Rubens (gravé par Bolswerl), H.-P. Schopin (Expos, univ. de 1855), Steinle (gravé par Schaefîer), J.-B.-F. de Troy (gravé par L. Cars, par J. Beauvarlet et par L.-J. te Lorrain), Valentin (gravé par Jacques Bouillard et dans le recueil de Réveil), Paul Véronèse (galerie Ellesmère, à Londres, gravé par F. Bartolozzi), Adr. van der Werff (musées de Munich et de Florence). Citons encore les estampes d'Aldgrever (1555), Fr. von Bocholt, Campion de Tersan, Jean Dnghet, H. Hondius (d'après Carel van Mander), Ph. Kantzhammer , Jean Lepautre, G.

Pencz, etc.

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Salomon (le jugement de), tableau de N.- Poussin ; musée du Louvre, no 422.

Au second plan et au milieu de la composition, Salomon, assis sur un trône élevé, étend les mains et vient de prononcer la sentence. Au premier plan, devant le trône, les deux mères sont agenouillées : l'une fait un geste de terreur à la vue de son enfant, qu'un soldat armé d'un glaive tient par le pied; l'autre, portant le cadavre de l'enfant mort, réclame avec énergie l'exécution du jugement. Un soldat, appuyé sur un bouclier, détourne la tête. Du côté de la mauvaise mère, deux hommes, trois femmes et un enfant expriment leur étonnement et leur effroi. Cette très-célèbre toile fut peinte par Poussin en 1849 pour M. Pointe!, et appartint ensuite au procureur général Achille de Harlay. Le peintre s'y est conformé au récit de Flavius Josèphe. « Il est difficile d'atteindre, par la seule expression des figures, au plus haut degré du pathétique, et cependant, dit Maria Graham dans sa vie de Poussin, l'artiste a su l'atteindre sans artitice de composition, par l'observation de la nature et par la seule force de son génie. La fureur peinte dans les yeux de la mauvaise mère, l'effroi de la véritable, l'impassiblitê du juge suprême et jusqu'à la pitié de ce soldat qui détourne la tête, tout est juste, conforme: à la vérité et par cela franchement dramatique. « Ce tableau a été très-souvent frravé, entre autres par Dughet, Chasteau, Testa, Villeroy, Normand, Baudet et Morel.

SALOMON 1er, duc ou roi de la Bretagne Armorique. Petit-fils de Conan, il succéda, vers 421, à son aïeul. Son règne fut trèsagité ; il tenta de réformer les mœurs de ses sujets et périt dans une révolte (434), a PIoudivi (Léon).

SALOMON II, duc ou roi de la Bretagne, quatrième iils de Hoël III, auquel il succéda l'an 612. Il mourut sans postérité et fut enterré dans l'abbaye de Sainte-Melaine de Renne3.

SALOMON III, roi de Bretagne, mort assassiné en 872. Il parvint a régner malgré les prétentions de son cousin Erispoè, qu'il massacra sur les marches de l'autel (857). Il se ligua avec Charles le Chauve contre les Normands et contribua à leur reprendre Angers (872). Deux ans après, 11 périt dans une révolte.

Quelques historiens croient que le saint Salomon honoré d'un culte public en Bretagne n'est autre que Salomon III.

SALOMON, roi de Hongrie, né en 1045, couronne en 1050, mort en 1087. Détrôné par Bêla, son oncle, il ressaisit la eouronne (1063); mais vaincu par Ladislas, fils de Bêla, il vit son cousin couronné par les grands du royaume. Après deux vaines tentatives pour recouvrer son trône, il alla mourir dans une caverne près de Pola, en Istrie.

SALOMON, évêque de Bassora au xiii= siècle, né en Arménie, dans la ville de Khelath. Ilestconnu par son ouvrage appelé l'A beille (en syriaque Debourito) , dont il existe deux exemplaires dans la bibliothèque Vaticane à Rome, et qui est consacré à l'étude de l'Ancien et du Nouveau Testament et à d'autres sujets de piété. Cet ouvrage, qui contient des anecdotes et des faits curieux,, est utile à- consulter pour celui qui désirerait étudier l'état intellectuel et religieux de la Syrie au xitie siècle ; on y trouve aussi quelques curiosités théologiques. Les autres ouvrages de Salomon ne sont point parvenus jusqu'à nous.

SALOMON (François-Henri), littérateur français, né à Bordeaux en 1620, mort dans la même ville en 1670. Il était avocat général au grand conseil et consacrait ses loisirs aux lettres, quand l'Académie française lui fit le triste honneur de le préférer à Pierre Corneille. On se fonda sur cette raison que Corneille habitant la province ne pourrait assister aux séances du docte corps, et on choisit Salomon pour sa future exactitude à remplir ses devoirs d'académicien. Salomon resta cependant à Bordeaux sans se déranger et y devint lieutenant général du sénéchal de Guyenne, puis président à mortier au parlement. Il reçut même le cordon de Saint- Michel en récompense de son zèle royaliste pondant la Fronde. On lui doit : Discours d'Etat à Groiius sur l'histoire du cardinal Bentivnglio (Paris, 1640, in-8°) ; De judiciis et pœuis, et de officiis vils civilis Roinanorum (Bordeaux, 1665, in-12).

SALOMON (Jean-Pierre), musicien allemand, né à Bonn en 1745, mort en 1S15. Attaché, jeune encore, au prince Henri de Prusse, il composa à la demande de ce prince plusieurs opéras français. En 1781, il se rendit à Paris, puis il passa en Angleterre où, dès 1791, il donna une suite de concerts qui établirent sa réputation. En 179S, il fit représenter l'oratorio de la Création et, en 1801, plusieurs autres oratorios. On doit à iSalomon plusieurs morceaux de musique assez appréciés, parmi lesquels deux soios de violon et deux grands concertos arrangés pour piano.

SALOMON (Gotthold), savant israélite allemand, né à Sondersleben (Anhalt-Dessau) en 1784. Neveu d'un rabbin qui, dès son enfance, lui fit faire une étude approfondie du Talmud, il compléta son instruction au gymnase isiéalite de Dessau, y professa de 1802 à 1817 et devint ensuite rabbin à Hambourg, où ses tra-

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vaux ont éminemment contribué au développement moral et intellectuel de ses coreligionnaires. On a de lui : les Prophètes Haggée et Zacharie traduits (en allemand), avec commentaire (Dessau, 1805); Lettres à une honnête femme de chambre appartenant à la religion juive (insérées en 1810-1811 dans le journal hébreu Sulœmith ) ; Biographie de Moïse Philippson, professeur à l'école de Dessau (Dessau, 1814); le Caractère du judaïsme avec des éclaircissements sur les écrits récemment publiés contre les juifs par Ituhs et Fries (Dessau, 1817, 2& édit. ) ; Monument érigé d Moïse Mendelssohn (Hambourg, 1829) ; Biographies bibliques (Hambourg,1835-1840, 3 parties) ; Lettres d' Helgoland (Hambourg, 1835); Bible du peuple et des écoles, traduite d'après le texte masorétique (Altona, 1837); plusieurs recueils de Sermons, etc. Salomon a, en outre, collaboré à différents journaux hébreux et allemands et fondé à Stuttgardt, en collaboration avec Meyer, le Magasin de sermons Israélites.

SALOMON (Joseph), mathématicien allemand, né à Wurtzbourjr en 1793, mort à Vienne en 1856. On ne connaît aucune particularité sur son existence privée; on sait seulement qu'il était professeur de mathématiques à l'Ecole polytechnique, et secrétaire de la Société générale des assurances sur la vie. Ses principaux ouvrages sont : Manuel d'arithmétique et d'algèbre (Vienne 1821); Géométrie élémentaire (Vienne 1822); Tableaux métriques des poids, mesures et monnaies des divers Etats (1823) ; Manuel de la trigonométrie plane et spliérigue (1824); Essai d'enseignement populaire de l'arithmétique (1825) ; Table des logarithmes (1827, in-40); Afomiei des mathématiques élémentaires pour les classes usuelles supérieure* (1854).

SALOMON (Antony-Samuel Adam-), sculpteur français. V. Adam-Salomon, au 5up plément.

SALOMON DE CAUS, ingénieur et mécanicien français. V. CaUS.

SALOMON DE ZAMOSC, hébraïsant polonais, mort vers 1777. Il fut rabbin à Chelm ei à Lemberg et se distingua par ses connaissances étendues en théologie, en mathématiques et en histoire. On a de lui, entre autres écrits : Markebet-ha-Myschnet, études sur l'ouvraga de Maimonide intitulé : Jad - ha - Chzakach ( Francfort-sur-1'Oder, 1751-1777 , 3 vol. ) : Schulchan Ace Schilim, traité des trente-neuf genres de travaux interdits les jours de sabbat et de fête; Chidusche Gepet, études talmudiques; Leb Scltlomoh, recueil de réponses rabbiniques; Schaare-Neïmah, traité sur les accents et les signes toniques des trois livres bibliques, Job, les Proverbes de Salomon et les Psaumes de David.

SALOMONIB s. f. (sa-lo-mo-nl — de Salomon, n. pr.). Bot. Genre de plantes, de la. famille des polygalées, dont l'espèce type croît eu Chine.

SALOMON'S FORK, rivière des Etats-Unis d'Amérique, dans le Kausas. Elle coule àl'E. et se jette dans te Republican-Fork, au fort Riley, après un cours de 750 kilom,

SALOMOS (Denis), poète grec, né dans l'île de Zante en 1798, mort à Corfou en 1857. Il rit ses études à Venise et à l'université de Pavie, puis revint dans sa patrie et se mit à chanter les efforts de ses compatriotes pour reconquérir leur indépendance, h' Hymne à la liberté, qu'il composa en 18£3, est considéré comme une des pins belles inspirations du génie grec moderne. Il a laissé trois poèmes inédits : Missolonghi, la Fraternité, lMmbro.

SALON s. m. (sa-lon — dimin. de salle). Pièce d'appartement qui sert à recevoir compagnie : Beau salon. Grand salon. Salon de musique. Salon d'hiver. Salon d'été. (Acad.) Lucutlus, le plus fastueux des Romains, avait plusieurs salons à chacun desquels il donna le nom d'une divinité , et ce nom était pour son maître d'hôtel le signal de la dépense qu'il voulait faire pour régaler ses hôtes. (Sallentin.) Le salon d'un restaurateur est l'Eden des gourmands. (Brill. -Savarin.) En France, l'honorabilité consiste, chez beaucoup de gens, d avoir un salon splendide, quitte à coucher dans un galetas. (Ê. Texier.)

Dans un coin du sn/on, voyez ces deux parleurs, Qui n'écoutent jamais de discours que les leurs.

De LILLE.

— Compagnie de gens du grand monde, réunis pour converser : H a lu son ouvrage dans tous les salons. On débite cette nouvelle dans les salons. Il faut se défier des succès de salon. C'est avec l'hôtel de Rambouillet que commence véritablement l'histoire des salons. (De Noailles.) Le jeu est la honte des salons, l'immoralité du bon ton et le triomphe des imbéciles. (Boitard.) Les clubs, cette singerie anglaise, ont achevé la ruine de nos salons. (M">e S. Gay.) C est un monde qu'un salon; tous les systèmes et tous les caractères y sont représentés. (Ch. de Rémusat.) Dans un salon, le bon goût est d'éteindre ou d'adoucir toute chose. (Ste-Beuve.) Sans vouloir médire des salons, ils ne peuvent avoir d'importance réelle que sous le gouvernement despotique. (T. Delord.) La plupart des salons d'aujourd'hui sont des salons oïl tout est mort, la conversation, l'esprit et l'ameublement. (E. Texier.)

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On voit dans les salons des çotis fort honorables. Qui seraient en prison étant nés misérables.

PONSARD

— Galerie du Louvre où se faisaient autrefois les expositions artistiques. 11 Palais où l'on expose périodiquement les ouvrages des artistes vivants : Ce peintre, ce sculpteur a mis plusieurs ouvrages au Salon. L'ouverture, ta clôture du Salon. (Acad.) Vous êtes architecte ou peintre, soit: niais il faut faire connaître votre talent. Pensez-vous aller de but en blanc exposer un ouvrage au Salon V (J.- J. Rouss.) Il Exposition annuelle d'ouvrages d'art : Le Salon de 1S75. Il n'a pas exposé au dernier Salon.

— Arehit. Salon à l'italienne, Salon qui comprend deux étages dont un attique, et qui tire son jour de l'étage supérieur ou d'une espèce de coupole.

— Turf. Salon des courses, Etablissement où se font et se règlent les paris.

— Hoi'tic. Salon de verdure. Svn. de salle

DK VERDURE.

— Miner. Vaste chambre qui sert d'atelier de dissolution, dans les exploitations de sel gemme, il Ou dit aussi lac.

— Encycl. Mœurs. En France, où a toujours brillé l'art de la conversation, le salon a longtemps joué un rôle très-important dans les lettres et la politique. Il ne nous paraît pas que cette sorte d'institution sociale, ce moyen d'action sur l'opinion publique qui a pré cédé et préparé le rôle de la presse, ait des racines bien marquées dans la société ancienne. La raison, du reste, en est facile à saisir : les Romains, les Grecs surtout avaient tout ce qu'il faut pour faire de spirituels causeurs ; mais ils n'avaient que faire de méditer dans le secret du salon ce qu'ils pouvaient faire au grand jour sur l'Agora et le Forum. Le climat et les mœurs s'aucordaient à rejeter la conversation dans les jardins et sur la place publique. Le salon avait besoin, pour se fonder, de l'inclémence de notre climat et de la perte delà liberté. On se réunit sous le manteau de la cheminée pour échapper aux rigueurs du froid et aux oreilles indiscrètes de la police.

Toutefois, il n'est pas absolument impossible de retrouver dans l'histoire ancienne quelques indications qui rappellent nos salons modernes. Sous le nom d exëdre, les Grecs avaient, parmi les dépendances de leurs gymnases, une pièce qui semble correspondre plus ou moins à l'idée d'un salon. L'exèdre était une spacieuse enceinte, quelquefois à ciel ouvert, quelquefois couverte d un toit. C'était la chambre d'assemblée, une sorte de salon de conversation. C'est dans l'exèdre que se réunissaient et venaient converser les philosophes, les poètes. Là, plus d'une question d'esthétique sociale ou artistique était débattue j mais cela, avouons-le, ressemble à mi cercle plutôt qu'à un salon. Cela manque du principal'caractère du salon : l'intimité. Les riches maisons particulières avaient souvent un exèdre. Les Romains en prirent l'idée aux Grecs et en établirent dans la plupart de leurs thermes à Rome. L'exèdre était souvent construit avec une abside circulaire autour de laquelle couraient des rongées de sièges destinés à la compagnie. Winck cite, dans ses curieux travaux historiques, un bas-relief de la villa Albani, représentant une discussion entre plusieurs philosophes dans un exèdre antique, et la forme de cet exèdre est en effet celle que nous venons d'indiquer. Le cubiculum des Romains avait aussi avec notre salon moderne un rapport plus marqué, car ici la réception était tout intime. Les Romains se retiraient dans le cubiculum nonseulement pour prendre leurs repas , pour faire la sieste, mais aussi pour recevoir leurs amis. Toutefois, ils n'ont pas connu ce que nous entendons par un salon dans le présent article, c'est-à-dire les réunions littéraires , philosophiques , politiques ou sociales.

Dans les temps modernes, la plupart des salons ont une sorte de reine, une femme supérieure par ses grâces ou son esprit, autour de laquelle se groupent des hommes distingués par leur intelligence ou leurs pré tentions. Mais, on le sait, la femme n'a pas atteint du premier coup, dans la société, le rang1 qu'elle y occupe aujourd'hui ; aux temps antiques, la mère de famille se renfermait dans sou intérieur et se confinait dans un rôle voisin de la domesticité. La femme d'un citoyen qui eût ouvert chez elle une assemblée de philosophes et d'artistes, un salon en un mot, eût produit un immense scandale. Mais comme, maigre les conventions sociales qui varient, la nature ne perd jamais ses droits, les anciens admettaient dans leur ordre social, à côté de leurs femmes, une classe importante, celle des courtisanes, femmes libres, dominant les lois sociales de toute l'inlluence de la beauté et de l'esprit, qui attiraient autour d'elles tout ce que la société possédait d'hommes distingués. On peut dire, en un sens, que le premier salon fut l'appartement d'Aspasie, a Athènes. Plutarque, dans la Vie de Périclès, s'exprime ainsi : « Pour Aspasie, on dit que Periclès s'attacha à elle à cause de son savoir et de ses connaissances en politique ; Soerate lui-même allait la voir quelquefois avec ses amis, et ceux qui la fréquentaient le plus y menaient souvent leurs femmes pour l'entendre, quoiqu'elle fit uu métier peu

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honnête et qu'elle eût dans sa maison plusieurs courtisanes... Platon, dans son Ménéxène, avance comme un fait positif que plusieurs Athéniens allaient chez elle jour y prendre des leçons de rhétorique. » A Périclés, son amant, à Soerate, il faut ajouter, parmi les habitués du salon d'Aspasie, Alcibiade. Dans ce salon s'agitaient les questions les plus élevées de la philosophie ou de la politique. Aspasie, on le sait, fut accusée d'impiété, c'est-à-dire de libre pensée. Le salon d'Aspasie exerça une influence capitale sur la société de son temps. On chercherait inutilement quelque chose de semblablj chez les austères Romains ; mais la société du Bas- Empire eut ses salons, ses réunions de poëtes, de musiciens et autres artistes. Les grands bouleversements sociaux qui suiviren; laissèrent la femme complètement dans l'ombra. Son règne véritable ne commence qu'au moyen âge. Au xvie siècle et surtout au début du xvii» siècle, elle est l'objet d'un respect, d'une admiration qui diffère peu d'un culte; une société d'adorateurs se forme autour d'elle; le véritable salon est fondé. Nous ne pouvons esquisser son histoire sans tonner un souvenir à Marguerite d'Ecosse et à Marguerite de Navarre, les deux reines lettrées qui se tirent une cour de poëtes et de savants. C'est là qu'il faut chercher les ancêtres véritables des illustrations féminines qui, depuis l'hôtel de Rambouillet, ont gouverné les salons de Paris.

Nous avons nommé l'hôtel de Ramborillet; c'est eu effet un des satons les plus illustres, sinon le plus illustre. Nous n'avons pas à entreprendre ici l'histoire de cette cojr du bel esprit, que nous racontons ailleurs (v. Rambouillet) ; mais nous devons une mention à celui de Mme Paulet, la célèbre lionne (comme on l'appelait à cause de son opulente chevelure blonde) qui, dès l'âge de quinze ans, recevait chez son père, Charles lraulet, uu des secrétaires de Henri IV, une compagnie nombreuse, recrutée parmi les premières illustrations de la noblesse et de ta littérature. Le salon de Mmi! Paulet fut rapideinentà la mode. « Elle était si jolie, disent les chroniqueurs contemporains , que les peintres qui faisaient son portrait tombaient amoureux d'elle. » Henri IV en fit aatant, s'il faut en croire certains chroniqueurs qui attribuent au roi vert-galant la lettre! suivante : « Ma mignonne, je vous irai voir tantôt avec mon filsdeVendôme. Le petit pendard ne se veut pas former, et cependant il touche à ses quinze ans. Il est sauvage comme un jeune loup et craint autant les femmes que je les aime. Vous nous ferez de la musique et vous nous direz des drôleries pour familiariser un peu ce petit ours avec votre méchant sexe. Je vous apporterai des primeurs de Touraine. Je vous baise un million de f jis les mains. »

Un salon moins connu, celui de la coi itesse de Bourdonné, au Palais-Royal, mérite d'être rappelé à cause d'une anecdote assez piquante. Le maréchal de Gassion, au retour d une brillante campagne, se trouvait à Saint-Germain. Il était universellement connu par son dédain pour les femmes. Attiré dans le salon de Mme (]e Bourdonné comme dans un guetapens, il s'y vit l'objet des sollicitatio.is les plus comiques et les plus risquées. La maltresse de la maison n'hésita pas à lui témoigner le désir qu'elle avait de mettre au nonde un petit Gassion ; Gaull're offrit bravement au maréchal sa propre femme, qui était fort jolie, etc., etc. Gassion s'enfuit, persuade qu'il sortait d'une maison de fous, et l'on ne peut affirmer qu'il se trompait beaucoup. Tels étaient les salons du grand monde, au temps même où trônait MU|U de Rambouillet. Ceux qui affirment que la politesse française a disparu avec les salons aristocratiques nous semblent se faire une singulière idée de la politesse. La bourgeoisie, qui n'avait pas , à cette époque, grand renom de politesse et d'élégance, avait cependant accès dans qutlques salons, où l'on prisait plus les lettres que la naissance. M11* de Scudéri, l'auteur du drand Cyrus, habitait près du Temple, dans une petite rue nommée rue de Beauoe. C'est làiu'elle recevait, le samedi. Parmi ses habitués", nous trouvons : Chapelain, le célèbre auteur de la Pucelle; trois beaux esprits oubliés, ds Doneville, Isarn et de Raincy. Les feiiiu es "de Ce salon sont plus connues : Mme de Sévigné, Mme de La Fayette et une jeune femme que les hôtes de M"e de Scudéri avaient surnommée la belle Indienne, et dont le vrai nom, qu'elle devait échanger contre ur. plus illustre, était pour lors Mu« Scarron. lu autre intime de MU" de Scudéri fut Sa.asin. Puis vient Pellisson, l'ancien ami de Fouquet, Mme Coiuuel et plusieurs autres fe nmes aujourd'hui inconnues :Mni>!» Legeudre. Marguerite Legendre, M'ie Robiueau, M"*» Arragonais et sa lille, Mm d'Aligre et M110 Bc quel. Les samedis de M"e de Scudéri étaient célèbres. On s'y entretenait sur les choses du jour, on s'y faisait des confidences sur les ouvrages auxquels on travaillait, on y lisait et on y improvisait des vers. Salon de précie jx et de précieuses quelque peu ridicules en vérité, mais tellement en possession de la faveur publique que l'impitoyable Molière, en stigmatisant le genre d'esprit auquel on s'y livrait , crut devoir faire des réserve;; expresses eu faveur des deux grands salo is, eu déclarant qu'il n'avait pas l'intention dt s attaquer aux véritables précieuses : « Les plus

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excellentes choses, dit-il, sont sujettes à être copiées par de mauvais singes qui méritent d'être bernés. Les ridicules imitations de ce qu'il y a de plus parfait ont été de tout temps la matière de la comédie... Aussi, les véritables précieuses auraient tort de se piquer lorsqu'on joue les ridicules qui les imitent mal.o Il fallait que l'autorité des deux réunions de beaux esprits fût bien grande pour inspirer à Molière cette restriction ; car de croire que Molière prenait au sérieux l'esprit des hôtels du Temple et de Rambouillet, il n'y a vraiment aucune apparence. Le salon de Mlle de Scudéri, du reste, perdit peu à peu sa vogue. Tallemant des Réaux écrit en 1657 que « Chapelain et quelques autres y avoient mené des gens ramassés de tous côtés, » et il ajoute : < Je ne crois pas que cela dure plus longtemps. ■ De fait, quelques années après, les samedis de MUe de Scudéri, au lieu de se tenir chez cette dernière, se tenaient chez son amie, Mlle Boquet, et la société y était assez mélangée.

Les tristes années qui terminèrent le siècle de Louis XIV n'étaient guère propres aux conversations des salons. La Régence fut une explosion; une nouvelle ère commençait, et, le premier moment de folie et d'exubérance une fois passé, les salons se rouvrirent plus brillants que jamais. A vrai dire, c'est du xvuie siècle que datent oes grandes réunions qui devaient exercer une si puissante influence. Au xvne siècle, les salons étaient des réunions assez inoffensives de précieuses et de beaux esprits ; au xvme, l'esprit nouveau y pénètre par toutes les portes, y fermente, s'y développe et prépare, par cette sorte d'incubation, la grande rénovation sociale.

Un des premiers salons qui apparaissent à cette époque est celui de l'hôtel Sully, rue Saint-Antoine, qui compte parmi ses hôtes Mme de Flamarens, M°>e de Gontaut et Voltaire. C'est à la porte de cet hôtel Sully que le jeune Arouet reçut du chevalier de Rohan l'outrage qui décida peut-être de sa destinée. Citons aussi l'hôtel de Duras et l'hôtel de Villars, ce dernier surtout, rendez- vous, jusqu'en 1763, de la première noblesse. Le salon de la maréchale de Luxembourg, ouvert en 1750, avait pour habitués le comte de Bissy, Laharpe, Gentil-Bernard, etc. Un salon rival fut celui de la maréchale de Beauvau. Les baauvau furent célèbres par leur complète indépendance, leur fidélité à M. de Choiseul, le ministre disgracié par les intrigues de la Du Barry, et àNecker, et à Brienne qu'ils soutinrent courageusement jusqu'au bout. La maréchale d'Anville avait aussi son salon , tout aussi fréquenté que celui des Beauvau par la haute société parisienne. Ce salon fut un des premiers où la philosophie eut ses coudées franches. C'est à Mme la maréchale d'Anville que Voltaire s'adressait pour avoir un sauf-conduit; ce fut cette femme distinguée qui se montra toute dévouée aux idées et à la fortune de Turgot. Un autre salon non moins célèbre fut celui de la duchesse d'Aiguillon, autre asile ouvert aux philosophes persécutés. Le portrait que nous ont transmis les historiens de cette reine de salon n'est rien moins que séduisant: bouche enfoncée, nez de travers, regard égaré, tel est son signalement physique ; avec cela, une parole inspirée, une magnifique intelligence, une irrésistible puissance d'imagination. A côté de ces salons de philosophes, nous citerons celui de la princesse de Robecq, rendez-vous, point de ralliement des protestations du passé. C'est dans ce salon que Palissot esquissa les premiers traits de sa comédie, les Philosophes. Le salon de la comtesse de La Marck, sœur du duc de | Nouilles, ouvert à la même époque, était lui aussi un salon dévot, quoique moins intolérant. Vient ensuite le salon de Mu'« de Sègur mère, tille naturelle du Uégent, qui, malgré ses cheveux blancs, se plaisait parmi les jeunes et faisait avec sa belle-tille, femme du maréchal de Segur, les honneurs de son salon. Un autre salon, celui de la comtesse de Noisy, est demeuré célèbre par les combats qui s'y livrèrent entre le prince de Conti et le lieutenant de police, M. de Marville. Le salon de Mme de Brionne, place du Carrousel, comptait parmi ses hôtes Marmontel. Uu autre salon, celui de Mme de Mazarin, réunissait dans des fêtes splendides une nombreuse société. Le salon de ta princesse de Bouillon, quai Malaquais, n'était guère moins fréquenté. C'étaient là des satons purement mondains. Celui de la duehesse de Villeroy, sœur du duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre, avait un caractère plus littéraire ; on y causait, ou y jouait la comédie. Dans le salon du duc de Choiseul, « ce ministre des philosophes, • connue un l'appela, les splendides soupers absorbaient et au delà les 8uu,tiu0 livres de rente du duc. A côté du salon ue M. de Choiseul, il faut mentionner celui de sa sœur, M"ae de Grammont, que les cancans de l'époque accusent d'avoir essayé de supplanter Al"'" Du Barry. Ce salon de la spirituelle duchesse était comme un ministère occulte, où chacun venait faire son rapport et discuter les affaires publiques. Lesttton de M"" de Grammont fut le premier salon vraiment politique. Celui de la belle duchesse de Braiioas était un salon littéraire, dont les honneurs furent faits par la mattresse de la maison et par la duchesse de Cossé. La comtesse de Tessê recevait, a Pa-

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ris, dans son hôtel, et h Ghaville dans son château splendide. Etre reçu chez M">o de Tessé était, en ces temps licencieux, un brevet de vertu ou, selon les mauvaises langues, un simple brevet de pruderie. Avant Mme de Tessé, la marquise de Mauconseil avait donné l'exemple des réceptions à la campagne, dans sa maison de Bagatelle, au bois de Boulogne. En 1756, les fêles magnifiques qu'elle avait offertes au roi de Pologne avaient fait grand bruit. Chaque année elle organisait, en l'honneur du maréchal de Richelieu, d'autres fêtes non moins remarquables, que Favart imaginait la plupart du temps et dont les scénarios, minutieusement détaillas, ont été conservés en manuscrit à la bibliothèque de l'Arsenal. Vers le mémo temps, MmB de Boufflers quittait le Temple, à la mort du prince de Conti, et ralliait ses amis à la campagne, dans sa jolie maison d'Auteuil.

M'»e ite Boufllwrs, maîtresse du prince de Conti, avait été l'âme de la société du Temple. Le prince de Conti l'avait connue alors qu'elle était dame d'honneur de sa sœur, la duchesse d'Orléans, au Palais-Royal. Aimable, jolie, spirituelle, M'°e de Boufflers faisait les honneurs du salon du Temple avec un charme unique. Un tableau du musée de Versailles, signé d'Olivier, nous a laissé un précieux souvenir de ce grand salon du Temple, aux boiseries blanches, aux rideaux de soie rose ; c'est le salon dit des Quatre glaces. MM. de Goncourt ont pris la photographie de la société qui peuplait cet élégant salon:' Ici, c'est la princesse de Beauvais, habillée de violet tendre, un fichu noir au cou. Celle-là, qui laisse traîner derrière elle la queue de son immense robe rouge, cette vieille grande dame de si belle mine sous son petit bonnet rabattu par devant, est la comtesse d'Egmont, la mère. Non loin de la maréchale de Luxembourg, en robe de satin blanc garni de fourrures, M1'0 de Boufflers, les cheveux à peine poudrés, vêtue de rose, les épaules Couvertes de gaze blanche, apparaît dans la vapeur d'un matin de printemps. La maréchale de Mirepoix, en noir, porte une fanchon noire sur la tête et au cou un fichu blanc bouffant attaché à la ceinture. La daine en pelisse bleu de ciel est M'"o de Vierville. Cette charmante femme au bonnet blanc et rose, au fichu blanc, k la robe d'un rose vif, au tablier à la bavette de tulle uni, mettant sur le rose la trame blanche d'une rosée, cette jolie servante qui sert de ce plat posé sur ce réchaud, s'appelle la comtesse de Boufflers. N'oublions pas, là-bas, auprès du guéridon, Mlle Bogarotli.dont le prince de Conti payera les dettes. Mais au milieu de toutes il en est une qui appelle le regard ; c'est cette petite personne qui passe au premier plan dû tableau portant un plat, tenant une serviette. Avec son petit chapeau de paille aux bords relevés, ses rubans d'un violet pâle au chapeau, au cou, au corsage, au bras, son fichu blanc, sa robe d'un gris tendre, son grand tablier de dentelle, elle semble un s bergère d'opéra sur le chemin du petit Trianon ; c'est la comtesse d'Egmont la jeune, née Richelieu. Çà et là, entre les femmes, au milieu d'elles, on voit aux tables ou la main sur le dossier d'une chaise Mu'0 de Chabrillant et le mathématicien d'Ortous de Muiruu, les comtes de Jarnac et de Chabot, le président Hénault, dont le vêtement noir se détache d'un paravent de soie ruse à fleurs; Pont de Veyle, le prince d'Hénin, le chevalier de La Laurency et le prince de Beauvau qui lit une brochure. Le maître de la maison luimême, si connu pour sa répugnance à se laisser peindre, est là représenté; par grande faveur, il a permis au peintre, pour que le tableau fût complet, de montrer sa perruque et de le faire ressemblant de dos, tandis qu'il, cause avec Tiudaine. Du côté du prince de Conti uu clavecin est ouvert, que touche un enfant tout petit sur un grand fauteuil. Cet enfant sera Mozart; près de l'entant, Jéliolte chante en «'accompagnant de la guitarre. • Le Temple était le salon du plaisir et de l'intimité sans façon : musique de chambre, thé à l'anglaise, et, charmante innovation , absence de laquais, remplacés par des servantes alertes eu tablier blanc. A côté de Mme de Boufflers, et faisant avec elle aux invités les honneurs du salon , il faut citer une jeune et Julie femme, la comtesse Amélie de Boufflers, belle-tille de la comtesse, singulier mélange de naïveté apparente et d'esprit tres-mulin. Elle était uu des uttruits du salon par son charme et par sa verve. A tous ces habitués du Temple, il fautajouterencore : la duchesse de Lauzun, la princesse de Pons, Mon d'Hunolstein, la comtesse de Vaubau, le vicomte de Segur, le prince de Pons, le duc de Guines, l'archevêque de Toulouse, etc. Outre les réceptions intimes, le salon du Temple avait ses grandes réceptions , ses soupers du lundi, ou se pressaient tous les hommes et toute» les femmes de la cour, au nombre de près de deux cents.

11 nous reste encore à nommer quelques salons de la noblesse du temps : te salon de la comte-se de Valbelle, à Courbevoie, salon de jeu enrage, où la compagnie, si nous en croyons les lettres do Mma Du Deffant, était détestable ; le salon de la marquise de Marigny, femme du frère de M1"» ue Pompaduur, séparée de son mari et retirée à l'Abbaye-au- Bois. Le celebi'u cardinal ue Rolian est l'fiabitué le plus assidu de ce salon. hima de Rochefort tient au Luxembourg uu salou où les

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nouvelles politiques sont en grande faveur et qui exerce quelque influence sur les affaires d'Etat. Amie du duc de Nivernais, cette bégueule spirituelle, comme on appelaitMme de Rochefort, afin de conserver cet habitué de son salon, parvint à lui l'aire refuser le ministère qu'on lui offrait àlamortdeLouisXV. Le salon de la comtesse d'Houdetot, un nom cher aux amis de la philosophie, ne doit pas être oublié. Enfin le salon de Mme de Montesson ferme la marche. Le duc d'Orléans en était l'hôte le plus assidu.

Dans cette nomenclature des salons du xvme siècle, nous avons négligé la finance, cette puissance nouvelle, mais déjà irrésistible.

La finance aussi eut ses salons qu'il est nécessaire de mentionner. C'est d'abord celui de Samuel Bernard, salon de gros jeu et de bonne chère. C'est le salon de Law, où l'on se pressait autour de la femme du financier, véritable héroïne de roman qu'il avait enlevée en Angleterre. Le salon de M'ne de Piéneuf, cette femme que Saint-Simon déclare faite pour fendre la nue à l'Opéra et y faire admirer la déesse, était également fort couru. Elle en faisait les honneurs avec sa tille, qui devait être Mme de Prie, « la fleur des pois du siècle, » suivant l'expression d'Argenson. Le ce salon, le principal attrait était la musique, et l'idée des concerts date de là. Un autre salon de l'aristocratie financière était celui de Grimod de La Reynière, le père du fameux gastronome. Un salon plus modeste, mais tout aussi prisé pour le moins, c'était celui de Trudaine, dit le salon du garçon philosophe. Deux grands dîners par semaine'et un souper tous les soirs y amenaient des ducs et pairs, des ambassadeurs, des étrangers de distinction, et aussi et surtout tout ce que Paris avait de plus marquant dans l'aristocratie de l'intelligence. Mme Trudaine tenait ce salon avec grand éclat. C'était un de ceux où l'on annonçait sans épouvante la convocation des états généraux. Le salon de de Laborde, par sa tenue parfaite, par le charme un peu sévère de la maltresse de la maison, par ses concerts très-goùtés et par sa table, une des plus somptueuses de Paris, attirait une société nombreuse. Enfin nous citerons deux autres salons de finance : celui do Mme Dumoley, véritable salon de Mme Turcaret dans sa splendeur. Là on était reçu avec des égards proportionnés à son nom, à sa richesse, à son crédit, à sa mise. Le philosophe sans dentelle était absolument dédaigné. L'autre salon de haute finance était celui de La Popelinière, à Passy, splendide rendez-vous de plaisirs et de fêtes, où Gossec et Gaïffre conduisaient les concerts; où Deshayes, le maître des ballets de la Comédie-Italienne, réglait les divertissements; où l'on jouait la comédie avec machines, décors et mise en scène; où logeait tout un peuple d'artistes, d'hommes de lettres, de virtuoses, de danseuses, maison hospitalière aux arts s'il en fut jamais. « Ce n'était point assez, dit un historien, que les jours de spectacle et ces grandes réceptions du mardi où venaient d'Ohvet, Rameau, Mme Riccoboni, Vaucanson, le poëte Bertin, Vanloo et sa femme, la chanteuse à la voix de rossignol; la maison avait encore ses dimanches, où Paris arrivait dès lematin pourlamesse en musique de Gossec, arrivait plus tard pour le grand dîner, arrivait à cinq heures pour le couvert dans la grande galerie, arrivait à neuf heures pour le souper, arrivait après neuf heures pour la petite musique particulière où jouait Mondonville. » La reine de ce salon était Mme de La Popelinière, la fille de Dancourt, femme spirituelle et charmante, mais emportée de bonne heure par une maladie cruelle. Le vieux fermier général se remaria et épousa M'i» deMondran,sur la réputation de ses talents; maisles mémoires du temps s'accordent à dire que, dès ce jour, le salon du fermier déchut complètement.

Le salon du Palais-Royal est certainement un des plus intéressants à étudier pour la haute qualité de ses hôtes et la profonde canaillerie de leurs mœurs. Ce salon célèbre était ouvert à toutes les personnes présentées, qui pouvaient y venir souper, sans invitation, tous les jours de représentation d'opéra. Les petits jours étaient réservés aux intimes, au nombre d'une vingtaine environ. A ces réunions, on voyait le plus souvent Mme de Beauvau, Mme de Bouftters, M™e <je Luxembourg, Mmes de Ségur mère et bellefille, la baronne de Talleyrand, la marquise de Fleury. Le haut du salon était tenu par Mme de Blot, jolie femme qui devait ce crédit à une passion qu'elle avait inspirée au duc d'Orléans et dont sa vertu avait triomphé; le duc s'était réduit, de guerre lasse, à faire succéder à son amour une sérieuse amitié qui ne se démentit jamais. Auprès d'elle brillait la vicomtesse de Cleimont-Gallerande, une des femmes les plus spirituelles de ce temps, célèbre par les saillies qu'elle décochait comme un feu roulant. Les autres femmesqui s'y pressaient d'ordinaire étaient : Mme de Barbantane, Mlne de Rochambeau, Mme <Je Montnuban, vieille femme qui donnait à ce salon le spectacle curieux de sa gourmandise, de ses étourderies et de son amour effréné du jeu; la marquise de Polignac, aussi spirituelle que laide et qui faisait les délices du Salon par la brusquerie de ses manières , par ses excentricités, ses malices souvent impitoyables et son amour pour le

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comte de Maillebois, qu'elle était la première à tourner en ridicule. Enfin, nommons encore la jolie et spirituelle marquise de Fleury, mais d'un orgueil aristocratique poussé jusqu'au ridicule. Mfflî de Genlis tenait aussi une place importante dans le salon du Palais- Royal. Parmi les hommes, il faut citer le duc de Genlis, le comte de Lauragitais, Laclos, le célèbre chevalier de Saint-Georges.

Nous avons à dessein omis de parler des salons philosophiques proprement dits : salons de Mme d'Epinay, de Mme oa Défiant, etc. Ceux-là, comme l'hôtel de Rambouillet, méritent des articles spéciaux et ont été étudiés 'aux noms des femmes célèbres qui présidèrent ces réunions de philosophes et de gens d'esprit. Il nous suffira donc de signaler quelques réunions moins célèbres, qui font le passage du salon au club.

En 1789, le premier salon de Paris se tenait chez une femme sans naissance, mais dont le nom était déjà illustre, Mme Necker, la femme du banquier genevois devenu ministre. Les jeudis de Mn>e Necker étaient en grande vogue. Là venaient Sieyès, Parny, Condorcet, Talleyrand, etc. Une fille de vingt-trois ans , au visage empourpré; aux traits masculins, faisait les honneurs du salon, jetant de temps en temps dans la conversation un mot plein de vigueur et de brusquerie ; cette fille devait être un jour Mme de Staël, et nous retrouverons son salon quand nous aurons doublé le cap de 1793. Les grands jeudis de Mme Necker étaient les réceptions officielles, quasi publiques de son salon; les mardis, une réunion plus intime avait lieu, ""qui se terminait par un souper d'une quinzaine de couverts. A ces réunions privées, on voyait l'abbé Delille, qui y venait déclamer ses vers sur les catacombes et avait soin, soucieux à l'excès de la mise en scène, de faire éteindre les lumières. On y voyait aussi la duchesse de Lauzun, une des plus ardentes et des plus dévouées amies de Necker.

Lemierre était aussi un des habitués du salon genevois. Mais, à onze heures, la physionomie des mardis change d'aspect. Les domestiques sont congédiés, les portes sont soigneusement closes; ladiscussion politique est ouverte. Plus d'un a essayé là le discours par lequel il se proposait, le lendemain, de frapper un grand coup sur l'Assemblée. Ce salon vécut jusqu'au 10 août, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la royauté.

I Un autre salon avait quelque vogue en | 1789; c'était celui de M1!>e de Beauharnais, dont Dorut-Cubières a écrit :» L'Egalité et la Liberté y président; la Liberté et l'Egalité sont les dames d'atour de Mme de Beauharnais. » Dans ce salon de la rue de Tournon se coudoyaient les dernières gloires du xvme siècle : Dorât, le poète précieux, tout dépaysé dans cette société nouvelle que traversait un vent révolutionnaire ; Colardeau, Collé, pauvres écrivains dramatiques, déjà délaissés par la foule ; Pezay, Bonnard,Crébillon, Gudin, Dusaulx, Biiaubé, Dudoyer, Cailhava, Bailly, l'abbé Barthélémy, Mubly, BulTon, Jean-Jacques sont venus s'asseoir quelquefois dans ce même salon. Voici Brizurd, l'acteur de la Comédie - Française ; voiui Mercier, l'auteur du Tableau de Paris; voici Rétif de La Bretonne, Vicq-d'Azyr, Rabaut Saint-Etienne. Dans ce salon se produisent certaines originalités bien différentes, mais également curieuses ; c'est le chevalier Michel de Cubtères, le secrétaire de la maîtresse de la maison, le disciple enthousiaste de Dorât , et Anaoharsis Cloots. Là vinrent aussi le prince dépossédé de Gonzague- Castiglione et Alexandre de Beauharnais, le neveu de la maison. Ainsi débute, en ouvrant ses portes toutes grandes aux idées nouvelles, ce salon dont les hôtes devaient s'attacher à la fortune du plus cruel ennemi de la liberté et de l'esprit moderne.

A la même époque, Mme de Genlis avait aussi son salon, la même Mme de Genlis que nous avons déjà rencontrée dans un lieu plus que suspect, au Palais-Royal. Mais elle est maintenant vieille et presque dévote. Elle tient école de bonnes mœurs. Laclos vient chez elle tout confit en religion. Là venait jadis Bernardin de Saint -Pierre, qui est parti comme suspect d'hérésie. 11 a été remplacé par Brissot et Camille Desmuulins, qui, il faut se hâter de le dire, ne font que passer chez Mme de Genlis.

Après le salon bleu de l'ex-gouvernante du duc de Chartres, nous devons un souvenir au salon de la mère d'Helvétius, à Auteuil. C'est là que se réunissaient Sieyès, Volney, Bergasse, Manuel ; c'est là que Ghamfort apportait sa verve intarissable et mordante. Là venait aussi Cabanis, dont Mme Helvétius disait en l'écoutant parler : n Si la doctrine de la transmigration est vraie, je serais tentée de croire que l'âme de mon lils est passée dans le corps de Cabanis. » Nommons encore l'abbè Laroche. Les honneurs de ce salon étaient faits par la maltresse du lieu et par ses deux tilles. Franklin , lors de son voyage en France, vint passer quelques heures dans le salon d'Auteuil.

Un autre salon, uniquement littéraire celui-là, était celui de M'ue Pauekoucke, dont les dîners du jeudi réunissaient Mannontel, Sedaine, Laharpe, Fontaues, Baculard d'Arnaud, un original oublié , Garât, etc. Barère s'y introduisit aussi et avec lui l'élément révolutionnaire, dont pas un salon ne pouvait

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se dire exempt à cette époque. Un salon fort curieux était celui de Mme de Sabran.

MM. de Boufflers et de Ségur continuaient, sans souci de l'orage qui s'amassait, à y venir lire de petits vers démodés. On y raillait les bourgeois parvenus en style tout à fait aristocratique. Citons, comme opposition , le salon d'Adrien Duport, qui a plutôt le caractère d'un club que celui d'un salon. C'était là que Mirabeau, Target, lïœderer se donnaient rendez-vous. L'abbé Morellet, lui aussi, a son salon où se réunissent Laborde, Pastoret, Trudaine le jeune, Lacretelle, et qui a vu, avant eux , Mme Suard , Mme Saurin , leurs maris, d'Alembert, Grétry, Marmontel , Delille, le chevalier de Chatellux. Dans le salon de Julie Talma, l'adorable femme de l'acteur illustre, rue Chantereine , viennent se coudoyer : Vergniaud, Ducis, Chénier, Greuze, Lavoisier, Roucher, Roland, Lebrun, Legouvé, Lemercier, Bitaubé, Riouffe, etc.; salon artistique s'il en fut, que celui deTalina, tout orné de trophées, de yatagans, d'armes anciennes. C'est de là que, plus tard, Bonaparte dirigea son coup d'Etat du 18 brumaire. Ce fut dans ce même salon de Julie Talina qu'eut lieu la célèbre scène de Marat venant demander compte à Dumouriez de sa conduite à l'armée du Nord. Voici, à l'hôtel de la Monnaie, le salon de M'ne de Condorcet, amie de Julie Talma. Ce salon, comme dit Michelet, était ie centre naturel de l'Europe pensante:

« Toute nation, comme toute science, avait là sa place. Tous les étrangers distingués, après avoir reçu les théories de la France, venaient là en chercher, en discuter l'application. C'étaient l'Américain Thomas Payne, l'Anglais Williams, l'Ecossais Mackintosh, le Genevois Dumont, l'Allemand Anachuisis Cloots, Cabanis. Au-dessus d'eux planait la gracieuse figure de la maîtresse du lieu, Mme de Condorcet. Nommons enfin les salons de Mme. de Laval, de Mme d'Astorg, de la baronne d'Escars, de Mme de Coigny, de Mme de Simiane, de Mme de Vauban, de Mme de Murinet, de Mme de Bercheny, de Mme de Gontaut. Les salons de Mme d'Angivillers, de la comtesse de Tessé, de la marquise de Chambonas, quartier général des rédacteurs des Actes des apôtres, sont les derniers salons que nous devons mentionner avant la Révolution.

Le club, avons-nous dit, vint, dès 1790, détrôner le salon à son profit. Les salons, produit d'une société raffinée, rendez-vous privilégié d'un petit nombre, devenaient absolument insuffisants aux besoins du moment. Le dernier saton, salon tout politique, fut celui de Mme Roland. Nous n'avons pas à refaire ici ce grand chapitre de la Révolution, il doit nous suffire de le mentionner. Le premier salon que nous retrouvons à 1 Paris après le 9 thermidor, c'est celui de la fille de Necker, deveuue baronne de Staël. Mme de Staël était rentrée en France avec son mari, ambassadeur de Suède, Son salon, qui représentait comme opinion les tendances monarchiques constitutionnelles, formait la nuance intermédiaire entre les cordeliers et les girondins. On y rencontrait Benjamin Constant, Barbé-Alarbois, Boissy d'Auglas, Garât, le chanteur à la mode, M""5 de lirudner et Recamier. Le salon de Mme de Staël recevait plusieurs des hommes qui préparèrent la journée du 18 fructidor; elle se défendit d'y avoir trempé elle-même. Dès l'avénement du premier consul au pouvoir, le salon de Mme de Staël devint un foyer d'opposition. Ce fut là que les membres du tribunat, frappés par le décret qui leur interdisait la parole, se réunirent pour se venger à coups de bons mots. Mais on y voyait aussi beaucoup de personnes attachées au gouvernement : les frères du premier consul, les ministres, les rédacteurs des journaux dévoués au pouvoir. Les émigrés , tels que le duc Matthieu de Montmorency, le duc Adrien de Laval, le comte Louis de Narbonne, le chevalier de Boufflers, le comte de Sabran, y coudoyaient les célébrités nées de la Révolution : Ducis, Chénier, Lemercier, Arnault, Legouvé, Talleyrand, Regnaud de Saint-Jean d'Angely, Camille Jourdan, Andrieux, etc. Une femme d'esprit a en quelques lignes caractérisé excellemment ce saton célèbre, où tous les partis fraternisaient dans un pittoresque pêle-mêle : " La différence des opinons, ait Mme Sophie Gay, cédait au besoin de se communiquer, de se plaire; car l'admiration éclairée des gens de l'ancien régime éjait nécessaire aux hommes du nouveau, et ces soutiens de l'aristocratie tempérée, curieux ministres du bon goût, aimaient à voir l'influence que leurs arrêts avaient encore sur les jeunes talents démocrates. Chacun des deux partis, -consolé par ce qui manquait à l'autre, ne pensait pas à s'en humilier ; également neutralisés par le pouvoir qui surgissait, les royalistes et les républicains jouaient ensemble sans s'aimer, sans se craintlre, comme joueraient de pauvres chiens édentés avec des chats sans griffes, » Le salon de Mme de Staël "était une des inquiétudes du dictateur; en vain Regnaud de Saint- Jcaud'Angely essaya de ie défendre contre un acte arbitraire : Bonaparte professait pour toute femme d'esprit une antipathie profonde, et cette antipathie aboutit à un ordre d'exil.

Les revers de 1814 rouvrirent le salon de l'illustre femme, et l'on y revit avec Benjamin Constant son éternel compagnon, l'abbé de Pradt, La Fayette, Fouché et même, peu-

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dant un instant, le duc do "Wellington. Cet instant, quelque court qu'il ait été, a été justement reproché à Mme de Staël; il commença la déchéance de son salon.

Mme Tallien n'est pas comparable à Mme fie Staël ; cependant un nom appelle l'autre, et force nous est d'accorder un coup d'oeil à cette figure qui remplit tout le Directoire de tout son éclat un peu criard. « Quand elle se promène triomphalement par les rues dans son carrosse sang de bœuf, dit un historien, blanche et vêtue d'un nuage, Paris s'incline comme devant l'âme, le génie et la fortune du Directoire. »

Cette reine un peu tapageuse trônait au Luxembourg; elle était 1 amie de Barras et tout le Paris élégant se pressa dans son salon. C'était un salon de plaisir, pâle réminiscence de la Régence, rappelant, sous un régime qui avait encore une étiquette républicaine, les temps les plus honteux de la monarchie.

Deux salons moins en vue, mais qu'il serait injuste d'oublier néanmoins, existaient vers le même temps : ceux de Suard et de Mme de Pastoret. Suard, alors secrétaire perpétuel de l'Académie française, réunissait chez lui un petit monde de gens de lettres et d'hommes du monde. Le salon de M'"e de Pastoret était devenu, dès 1797, le rendezvous d'un grand nombre de députés dits cliehiens, dont M. de Pastoret partageait les opinions et que le 18 fructidor frappa cruellement. Parmi les habitués de ce salon, nous citerons : Mme d'Houdetot, si célèbre par l'amour de J.-J. Rousseau ; la jeune duchesse de Noailles, l'abbé de Montesquiou et .M. de Talleyrand. Nommons encore le salon de Mme de Beaumont, fille de M. de Montmorin , ministre des affaires étrangères sous Louis XVI, le premier salon où fut présenté- Chateaubriand à son retour en France (1801). Ce salon était situé rue de Luxembourg. On y voyait Joubert, de Fontaues, de Bonald, Mole, Pasquier et CliênedoUé, Mme de Vintimille, etc., etc. Nous sommes arrivés à l'Empire; la France a perdu toutes les libertés, même celle de la conversation. Le vrai salon, le salon français, le salon spirituel, caustique, frondeur n'existe plus. Il n'est plus guère permis de se réunir que pour célébrer nos victoires. Le salon de M'!e Contât, l'actrice célèbre de la Comédie-Française, réunissait, il est vrai, le comte de Narbonne, le marquis de Jaucourt, le marquis de Gontaut, MM. Vigée, Desprez, Parny, Collin d'Harleville, Dupaty, tant de fois victime de la censure impériale; mais que de prudence il fallait y déployer pour échapper à la susceptibilité impériale I « Tu me parais fâchée, écrivait Napoléon à Joséphine, du mal que je dis des femmes. Il est vrai que je hais les femmes intrigantes au delà de tout. Je suis accoutumé à des femmes bonnes, douces et conciliantes; ce sont celles que j'aime. » Napoléon aimait les femmes souples et les écrivains de même. On devine dès lors quel dut être le caractère des salons de son temps. La beauté des femmes, beauté froide, rendue plus dure encore par le costume romain adopté à cette époque, en devint l'unique attrait. Nous nous bornerons à nommer les salons de la duchesse de Bassano, de la comtesse Duchâtel, de Mme Regnaud de Saint- Jean-d'Angely, de la duchesse de Vicence, de Mme Visconti, etc., etc. 11 faut arriver aux premières années de la Restauration pour voir les vrais salons se rouvrir. Les salons, à cette époque, ont joué en France un rôle tellement important qu'écrire l'histoire des salons français, c'est presque écrire l'histoire de la société française. Nous sommes contraints d'abréger.

Deux salons forment le trait d'union entre les salons de l'Empire et ceux de la Restauration : ce sont ceux de deux artistes célèbres, de deux grands peintres, Mmu Lebrun et le baron Gérard. Déjà, avant la Révolution, les soirées de Mme Lebrun avaient appelé la foule. A la Restauration, son salon devint le rendez-vous du vieux parti légitimiste. La musique était le principal attrait de ces réunions, où se faisait entendre le plus souvent M1'10 Grassini. Parmi les habitués, on comptait : le comte de La Tour du Pin do La Charee, le marquis de Boufflers, le comte de Langeron et le comte de Saint- Priest, émigrés fiançais qui avaient pris du service en Russie ; le marquis de Custine, tout un monde enfin attaché au passé et que 1830 vint surprendre, mais non disperser. Un grand nombre de portraits peints par la maîtresse du lieu ornaient le salon de Mme Lebrun, notamment ceux de lady llamilton, en bacchante, les cheveux épura; de M. de Calonne, de Paisiello, de l'impératrice Catherine II, de Ponimowski, dés financiers Boutin et Beaujon, etc., etc. Le salon de Mme Lebrun fut ouvert jusqu'en 1842, époque de sa mort.

Le baron Gérard habitait une modeste maison dans la rue Bonaparte actuelle, presque en face de Saint-Geiniain-des-frés. Il y recevait tout ce que Paris avait de plus brillant. Les soirées avaient lieu le mercredi. Les honneurs étaient faits par M"e Godefroy, élève de Gérard , femme déjà âgée, pleine de talent et d'esprit, Quant à Mme Gérard, elle occupait au whist les habitués graves, et Gérard causait. Mrao Ancelot était une des habituées du salon. On y voyait aussi M. de Humboldt, l'illustre auteur du Cosmos; l'abbé de Pradt, le comte de Forbin, type de

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gentilhomme artiste ; le peintre Guérin, Pozzo Si Borgo, le comte de Saint-Aignan et Heim, autre peintre célèbre.

Le modeste appartement de Gérard se composait de quatre pièces dans lesquelles s'éparpillait la société, qui se formait en quatre groupes. Un de ces groupes mérite une mention particulière : on y comptait Mérimée, Eugène Delacroix et Stendhal. On y comptait, parmi les femmes , Mme Ancelot et Mlto Delphine Gay, ordinairement accompagnée de sa mère. Stendhal était, sans contredit, la figure la plus originale de ce groupe. Personne ne lisait ses livres, et il était fier d'être ignoré. « Que voulez-vous, disait-il un soir en plein salon de Gérard, on est trop bête k présent en France pour me comprendre. « M«e Ancelot eut toutes les peines du monde à se procurer son livre de l'Amour, et après y être enfin parvenue, comme elle exprimait à l'original écrivain son étonnement de cette rareté : » Madame, répondit gravement Stendhal, cela s'explique d'une manière bien simple. L'exemplaire que vous avez fini par vous procurer à prix d or est le seul qui existe; tout le reste de l'édition a été cédé par mon éditeur k un navire marchand en guise de lest, i II faut nommer encore, parmi les habitués du salon de Gérard : Ancelot, plus célèbre par sa femme que par ses œuvres ; M. Bertin, l'autocrate du Journal des Débats, alors une puissance ; MM. de Feletz,' Hoffmann, Dussault, Boutard, en un mot toute la rédaction de la même feuille et un grand nombre de membres de l'aristocratie que 1830 dispersa. On y voyait encore, après comme avant 1830, avec les écrivains et les artistes que nous avons déjà cités, Macères, . Delaville de Miremont, l'auteur du Folliculaire; Delécluze, M. Patin, Alfred de Vigny. Les révolutions amenèrent chez Gérard une foule d'illustres réfugiés ; nous nommerons, parmi eux, la princesse Belgiojoso, le savant Orioli, le comte Pepoli, le marquis Ricci et le comte Mamiani délia Rovere. Indépendamment de ses mercredis de Parie, Gérard avait à sa maison d'Auteuil des lundis d'un caractère plus intime, où Rossini, jeune encore, venait chanter sans façon les airs principaux à'il Barbiere.

Nous avons déjà nommé Mme Ancelot. Son salon était, vers la tin de la Restauration, comme une succursale et pour quelques-uns une porte d'entrée de l'Académie française. Là se donnaient rendez-vous toutes les illustrations de la littérature du temps passé et aussi de la nouvelle littérature, fourvoyées là un peu comme des loups dans une bergerie. Mme Ancelot, à la fois poète et peintre, a su retracer dans quelques toiles heureuses les différentes physionomies de son salon sous les divers régimes politiques qu'il a traversés. La première de ces toiles nous offre le tableau d'une lecture de Philippe- Auguste, poème épique par M. Parseval de Grandmaison. A côté de l'auteur, le tableau de Mme Ancelot nous présente Baour-Lormian, Auger, Lacretelle, Campenon, Saintine, Soumet, Guiraud, M. d'AUenheim, gendre de Soumet, dont son spirituel beau-père disait : « C'est un homme de mérite ; il se tait en sept langues; « Mennechet, lecteur de Louis XVIII et de Charles X, Lemontey, Victor Hugo, le grand révolté ; Alfred de Vigny, Emile Deschamps, Pichat (de son vrai nom Pichald). Parmi les femmes, nous distinguons : M™* de Bawr, M""> Sophie Gay, Delphine Gay, Mme Hugo, etc., etc. A cette époque venait aussi chez Mme Ancelot Soulié, encore inconnu, cherchant sa voie et débitant ses premiers essais tragiques. A une de ces lectures, d'un ennui mortel, un des auditeurs, le jeune comte de Roche fort, neveu de Mme de Genlis et un des habitués du salon, ne put, un soir, s'empêcher de s'endormir. Le poète feignit de ne pas s'en apercevoir et continua sa lecture. Quelques minutes après, la bonne de M1»6 Ancelot, étant entrée sans bruit dans le salon, dit tout bas à la maîtresse de la maison que sa petite fille, alors au berceau, criait et ne voulait pas s'endormir : « Ah ! votre fille ne dort pas? dit Frédéric Sonlié en se penchant vers M"ne Ancelot; eh î bien, que sa bonne l'apporte ici I a II ne faut pas oublier, parmi les notes du salon de M1"6 Ancelot, le maréchal Marmont, duc de Raguse. Dans ce premier tableau a été oublié Stendhal. Sa première entrée chez Mme Ancelot mérite néanmoins d'être rappelée. 11 se fit annoncer sous le nom de César Bombay ; puis, allant droit à la maîtresse de la maison, lui tint ce discours que Mm<i Ancelot nous fait connaître : « Madame, j'arrive trop tôt; c'est que moi je suis uu homme occupé; je me lève à cinq heures du matin; je visite les casernes pour voir si mes fournitures sont bien conditionnées, car, vous le savez, je suis le fournisseur de l'armée pour les bas et les bonnets de coton. Ah! que je fais bien les bonnets de coton! C'est ma partie, et je puis dire que j'y ai mordu des ma plus tendre jeunesse et que rien ne m'a distrait de cette honorable et lucrative occupation. Oh! j'ai bien entendu dire qu'il y a des artistes et des écrivains qui mettent lie la gloriole k leurs tableaux I à des livres! Bah! qu'est-ce que c'est que cela en comparaison de la gloire de chausser et de coiffer toute une armée, de manière k lui éviter les rhumes de cerveau, et de la façon dont je fais avec quatre fils de coton une iiouppe de deux pouces au moins , etc. >

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On juge l'effet de ce discours sur des lettrés, la plupart académiciens ou destinés k le de- , venir I Ils eurent ensuite à essuyer le feu roulant des plaisanteries du prétendu fabricant de chaussettes pour l'armée. Stendhal , ne tarda pas à se rendre insupportable i ans , cette réunion de gens posés, et sa nom na- I tion au consulat de Civita-Vecchia vint k ' point pour délivrer les hôtes de Mme Ancelot de ses plaisanteries saugrenues. Le second tableau de MmB Ancelot nous fait voir Kachel récitant des vers du rôle d'HermiDne. Autour de la tragédienne, le peintre a groupé . Chateaubriand , Mme Récamier, le prince Czartoryski, Tocqueville, Jouffroy, le Ct>mte de Pastoret, Considérant, le général dt, La Rue, etc., et, parmi les femmes, Mme Reybaud. Le salon de Mme Ancelot a brillé longtemps, et les habitués s'y sont fréquemment renouvelés. Mais-, dans le groupe qui le composa depuis 1854 , nous distinguons Ponsard, Philarète Chastes, Léon Gozlan, Dupin, le prince de Polignac, Nadaud, le marquis de Valori, Lachaud, Auguste Villie.-s de L'Isle-Adam, Louis-Xavier de Ricard, Léonce de Lamquet, etc. Mm" Ancelot nous a conduit au milieu de la nouvelle génération, et nous sommes contraint, en la quittant, de remonter assez loin en arrière. Aux dernières années de la Restauration, nous re mouvons le salon de Charles Nodier, rendez-vous, lui aussi, de toutes les illustrations du temps, mais surtout de l'école nouvelle. C'est dans ce salon que se réunissaient le plus souvent Victor Hugo, Alfred de Musset, Alexandre Dumas, Antony et Emile Deschamps, l 'rancis Wey, etc., et autres romantiques, occupés k l'envi à exaspérer les classiques égarés dans ce guêpier. Nodier, lui, riait des uns et des autres. Les classiques ont gardé ongtemps un amer souvenir de ces soirées où s'est préparée leur défaite définitive. L'un d'eux en a même fait le récit burlesque : « Quand Hugo, dit-il, avait fini de par.er, il se faisait un silence de quelques ins.ants. Puis on se levait, on s'approchait ave3 une émotion visible, on lui prenait la main st on levait les yeux au ciel. La foule écoutait. Un seul mot se faisait entendre, à la grande surprise de ceux qui n'étaient pas initiés, et ce mot retentissant dans tous les coi.is du salon, c'était ; Cathédrale! Puis l'oiateur retournait k sa place; un autre se leviit et s'écriait : Ogive! Un troisième, après avoir regardé autour de lui, hasardait : Pyramide d'Egypte 1 Alors l'assemblée applaudissait et se tenait ensuite dans un profond recueillement; mais il ne faisait que précéder une explosion de voix qui, toutes, répétaient en chœur les mots sacramentels qui venaient à'ètre prononcés chacun séparément. » M mu Mennessier-Nodier, la fille du poëte, qui 1 aidait à faire les honneurs du salon, nous en a laissé le tableau complet.

Quelqu'un a écrit : « Dans le salon de Nodier, on causait; dans le salon de Victor Hugo, on hurlait. » C'est qu'on était en 1829, l'année à'Hernani, l'année de la bataille déîisive. Dans ce salon désormais célèbre de la rue Notre-Dame-des-Champs, transféré plus tard dans le magnifique appartement de la place Royale, on voyait: Balzac, Eugène Deldcroix, Louis Boulanger, Musset, Sainte-Beuvt, Gustave Planche, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny, les Deschamps, Mérimée, Soulié, Soumet, Mme Tastu. Parmi eux, il en était de très-graves ; mais les ardents, les violents, les jeunes y dominaient, et Théophile Gautier surtout, qui a bien ri depuis de ses excentricités romanesques de cette heureuse époque. Le salon de Victor Hugo était dans la rue de Notre-Damc-des-Champsle tombeau des classiques, la terreur des bourgeois glabres. ;omme on disait alors. La victoire calma quelc ue peu ces têtes volcaniques. On était bien plus sage à la place Royale. On y fit de la littérature jusqu'en 1848 ; mais alors la tribune pr.t toute la vie du poète; son salon devint purement politique, et l'on sait le crime qui le ferma (2 décembre 1S51).

Nous avons négligé jusqu'ici le selon de Mm« Récamier. Nous n'avons presque rien à en dire, car l'histoire de cette femme célèbre (v. Récasuer) est l'histoire de son salon. Contentons-nous donc de rappeler ici les noms de ses habitués, de la foule des admirateurs, des adorateurs, des viptimes do la maîtresse de la maison : Chateaubriand, Ballanshe, de Fresnes, un musicien oublié, Ampère, le duc de Noailles, le comte de Vérac, Loménie, Tocqueville, Saivandy, Pasquier, le poëte Lebrun, Montalembert, Falloux. L'intimité de Mme Récamier n'admettait, comme on voit, que des gens graves. On restait, k i'Abbayeau-Bois, plongé dans une demi-obscurité,; on y parlait a voix basse ; une occupation suffisait aux habitués : regarder, admirer, adorer. Les jeunes et les ardents ne s'accommodaient guère de cette contemplation silencieuse, et le salon de Mme Récamier, tant admiré des fidèles, n'attira guère qu'une fois en passant les Sainte-Beuve et les Stendhal, qui eurent la curiosité d'aller y contempler le grand lama, comme ce dernier appelait Chateaubriand.

Nous ne pouvons oublier, dans cette revue rapide des salons contemporains, celui de la duchesse d'Abrantès. Elle habitait, dans le haut de la rue Rochechouart, un appartement où elle recevait un petit nombre de notabilités de la noblesse impériale et de la littérature contemporaine. Dans la première

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catégorie, nous citerons la princesse Lucien Bonaparte; dans la seconde Balzac. Ici, les réunions n avaient pas ce cachet de roideur que nous venons de constater dans celles de 1 Abbaye-au-Bois : c'était un salon artistique par excellence. La duchesse d'Abrantès aimait le luxe et les fêtes; elle aimait aussi les arts, les gens de lettres, les hommes de guerre, les jeunes beaux qui dansent bien, le talent, la réputation, l'esprit et la gloire sous toutes leurs formes. Le duc d'Abrantès, fils de la duchesse, qui abrégea sa vie dans des dissipations extravagantes, aidait, avec ses deux jeunes sœurs, la duchesse à faire les honneurs de son salon. C'est le jeune duc d'Abrantès jùi, montrant un jour une feuille de papier timbré sur laquelle il se disposait à apposer sa signature, disait plaisamment : « Vous voyez ce papier blanc? Cela vaut 0 fr. 25 : eh bien I quand j'aurai mis ma signature dessus, cela ne vaudra plus rien du tout. » Balzac avait en quelque sorte fait son quartier général dusatou de la duchesse d'Abrantès. Il donnait de son admiration pour elle des raisons qui nous paraissent aujourd'hui singulières : » Cette femme, disait-il, cette femme a vu Napoléon enfant ; elle l'a vu jeune homme , encore inconnu ; elle l'a vu occupé des choses ordinaires de la vie, puis elle l'a vu grandir, s'élever et couvrir le inonde de son noml Elle est pour moi comme un bienheureux qui viendrait s'asseoir à mes côtés, après avoir vécu au ciel tout près de Dieu. » Un autre personnage de ce sinon disparu, le marquis d'Aligre, que son avarice et ses singularités d'esprit ont rendu célèbre, mérite aussi un souvenir. Les dépenses exagérées de la duchesse la conduisirent à la ruine. Longtemps elle lutta contre la nécessité évidente de fermer son salon. Mais le jour vint où les créanciers saisirent et vendirent tout dans la maison, et la duchesse mourut seule, loin des siens, dans une mansarde de la banlieue de Paris, sur un grabat.

Nous arrivons à un salon d'un caractère tout différent, celui du vicomte d'Arlincourt, l'auteur si profondément inconnu aujourd'hui du Siège de Paris et du Renégat. Le vicomte d'Arlincourt habitait rue Neuve-des-Capucines et y donnait de splendides fêtes, dont les railleurs mêmes de son talent ne manquaient pas de prendre leur part. Le vicomte d'Arlincourt était un excellent homme, tellement bienveillant qu'il écrivit un livre intitulé YEtoile polaire, destiné uniquement à louer ceux qui 1 invitaient de leur côté à des bals ou k des fêtes. Une seule chose tourmenta sa vie : ce fut son ambition constante d'égaler Chateaubriand.

Le salon du vicomte d'Arlincourt fut un des derniers de la monarchie de Juillet; il traîna même son existence sous la république de 1848, bien plus à cause des excentricités de son auteur qu'à cause de sa valeur et de son influence, bien qu'il ait eu sa vogue pendant un moment.

Le salon de M. de Custine avait une couleur spéciale : le romantisme légitimiste. Lamartine, Victor Hugo y étaient assidus. Chopin et Duprez venaient s'y faire entendre. Le salon du marquis de Custine, avec son grand jardin de plain-pied. était un des plus élégants et des plus recherchés de Paris.

Un salon célèbre nous servira de transition entre ta monarchie de Juillet et la république de 18-18 : celui de Mme de Girardin. Les hommes de la génération actuelle se souviennent encore d'une sorte de petit temple grec entouré de jardins et qui semblait se cacher sous les arbres , à l'angle de l'avenue des Champs-Elysées et de la rue de Chaillot. Depuis, une lourde bâtisse a remplacé ce petit sanctuaire qui fut si longtemps Je point de ralliement de la littérature aimable des dernières années de Louis-Philippe, et où plus d'une fois Victor Hugo et Lamartine sont venus s'asseoir. Les habitués étaient : Théophile Gautier, Méry, Gozlan, Jules Sandeau.

Au lendemain de la révolution de Février, les salons n'existaient plus. Un eut alors des cercles intimes, de petits comités, où chacun apportait les nouvelles du dehors, l'écho des événements du jour.

Après l'insurrection de Juin, quelques salons se rouvrent, mais ce sont des salons purement politiques, parmi lesquels nous citerons celui de M. de Klavigny , rue des Saussaies. M. de Flavigny était député a l'Assemblée nationale. Son salon réunissait, indépendamment d'un certain nombre de ses ■ collègues, quelques diplomates étrangers, M. de Viel-Castel, MM. de Montalembert, de Chasseloup-Laubat, de Gabriac, etc. Le coup d'Etat du 2 décembre ramena les salons officiels ; niais on conçoit que ces sortes de salons sortent trop de notre cadre et offrent, d'ailleurs, trop peu d'intérêt pour nous arrêter. Nous nous bornerons à citer le salon des affaires étrangères, dont Mme Drouyn de Lhuys fit longtemps les honneurs; le salon du ministère d'Etat, sous M. Fould; le salon de la présidence du Corps législatif, très-brillant au temps du duc de Morny. L'Empire ne changea pas grand'chose k cela. Nous citerons seulement de cette période néfaste les salons de Mme de Metternich, à l'ambassade d'Autriche ; du comte de Bouille, de Mercy-Argenteau, de Wladitnir de Montesquiou, du marquis de Tulhouet, du baron James de Rothschild, de Rossini, de Mme Schickler, de la comtesse de Béhague, etc. Une meution est plus que suffisante pour toutes ces réunions

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d'une fadeur tout à fait aristocratique. Un seul salon tranche sur ce fond d'uniforme ennui : c'est celui de Mme Swetchino, quartier général des légitimistes et des cléricaux. Par une tolérance de bon goût, Mme Swetchine ne distinguait pas entre les cléricaux purs et les cléricaux libéraux. Il est vrai qu'elle n'avait pas, pour la gêner dans cet éclectisme, un acte pontifical, le Sj/llnbits, qui eût peut-être embarrassé la célèbre grande dame russe, Lacordaire et quelques autres habitués du salon. Nous disons peutêtre, car ceux qui ont pu vivre dans l'intimité des Falloux pourraient n'être pas loin de s'entendre contre la liberté.

Les salons sont morts. Quelques personnes les regrettent, déplorant ce qu'ils appellent la perte de l'esprit de conversation. S il faut entendre par là l'art de débiter des riens en st\le élégant, l'art de perdre ennuyeusement son temps, nous serons les derniers à nous plaindre que l'esprit français se soit enfin tourné vers les affaires et les pensées sérieuses.

— B.-arts. Chez les Grecs, il arriva souvent que des artistes exposèrent publiquement leurs ouvrages ; Pline nous apprend qu'Apelle ne manquait jamais de soumettre ainsi ses peintures à l'appréciation du public, estimant que le jugement de tout le monde était plus exact que le sien propre (mdgum diligentiorem judicem quam se prxfercns). A Rome, les chefs-d'œuvre de 1 art grec enlevés aux cités vaincues furent placés dans les portiques qui servaient de promenoirs publics, et Agrippa fit un discours pour engager les riches- amateurs à exposer aux regards du peuple les tableaux précieux dont ils étaient possesseurs. En Italie, les grands seigneurs se sont montrés de tout temps empressés à ouvrir leurs galeries' aux curieux. Dans tous les pays et k toutes les époques, on a ainsi compris combien il importait, pour la gloire des artistes et pour le perfectionnement des arts, de donner la plus grande publicité possible aux œuvres des peintres et des sculpteurs. Mais c'est k la France que revient l'honneur d'avoir institué les expositions pé • riodiques des artistes vivants, expositious qui ont eu une si grande influence sur les progrès dos beaux -arts et qui sont devenues de véritables fêtes de 1 intelligence et du goût.

Louis XIV, conseillé par Colbert, manifesta aux membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture le désir qu'ils fissent jouir chaque année le public des œuvres qu'ils produisaient. Ce corps décida, le 2i décembre 1G63, qu'il y aurait tous les ans, dans le courant d'avril, pour célébrer l'anniversaire de sa fondation, une exposition publique à laquelle ses membres seraient tenus de participer. Mais une letire de Colbert, du 9 janvier 1066, régla que ces solennités artistiques n'auraient lieu que bisannuellement, pendant la semaine sainte, pour donner aux membres de l'Académie le temps de produire de nouvelles œuvres, d'une exposition à l'autre. La première exposition eut lieu en 1667, du 9 au 23 avril, et fut visitée par Colbert. Telle fut l'origine d'une institution qui devait avoir par la suite des résultats si importants, et au fondateur de laquelle Diderot rendait , un siècle plus tard, cet hommage bien mérité : <■ Bénie soit k jamais la mémoire de celui qui, en instituant cette exposition publique des tableaux, excita l'émulation entre les artistes, prépara k tous les ordres de la société, et surtout aux hommes de goût, un exercice utile et une récréation douce, recula parmi nous la décudence de la peinture et ivndit la nation plus instruite et plus diflirile en ce genre!... Pourquoi les anciens eurent-ils de si grands peintres et de si grands sculpteurs ? C'est que les récompenses et les honneurs éveillèrent les talents et que le peuple, accoutumé k regarder la nature et à comparer les productions des arts, fut un juge redoutable! •

La deuxième exposition eut lieu du 28 mars au 20 avril 1609, dans la galerie du Palais- Royal et dans la cour du palais Brion ou hôtel Richelieu, situé sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le Théâtre-Français ; elle fut également visitée par Colbert. La troisième fut tenue dans les mêmes lieux , k partir du 20 avril 1671. La quatrième fut retardée jusqu'au M août 1673 et reçut la visite du premier ministre le 25 auût, jour de la fête du roi ; elle fut close le 4 septembre. Pour la première fois, il fut publié cette année-là un livret. La cinquième exposition fut également ouverte vers l'époque de la Saint-Louis en 1673. Il n'y eut nas d'exposition en 1677 et en 1679, l'Académie ne s'étant pas trouvée en mesure de supporter les frais que ces solennités occasionnaient. La sixième exposition eut lieu en 1681; on eut beaucoup de peine à réunir un nombre d'ouvrages suffisant.,. Lemoyno avait été chargé de la décoration du local. La septième exposition, retardée par la mort de la reine, n'ouvrit qu'en septembre 1683. Elle fut suivie d'une longue interruption qui paraît devoir être attribuée aux nombreux déplacements qu'éprouva l'Académie, à l'insuffisance de ses ressources et aussi au défaut d'un local convenable. En 1699, du 20 auût au 16 septembre, eut lieu la huitième exposition ; elle fut tenue dans la grande galerie du Louvre et le livret fut publié par Perrault. Deux autres expositions eurent lieu dans le même local, sous le règne de Louis XIV ; l'une fut

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ouverte du 12 septembre au 8 novembre 1704; l'autre ne dura qu'un jour, le 25 août 1706.

Le règne de Louis XV fut marqué par vingt-cinq expositions, de 1725 à 1773. Elles furent généralement ouvertes le jour de la Saint-Louis et furent organisées dans le grand Salon carré du Louvre, d'où vint le nom de Salon sous lequel on prit l'habitude de désigner cette solennité artistique. La onzième et la douzième exposition eurent lieu en 1725 et en 1727. Après une interruption de dix années, à partir de 1737 jusqu'en 1751, il y eut un Salon tous les ans, excepté en 1744 et en 1749. Pendant cette période, la rédaction du livret fut confiée à Reydellet et la décoration du local à Stiémart, puis à Portail. Depuis 1751 jusqu'en 1795, le Salon fut bisannuel et continua, d'ailleurs, sous Louis XVI, comme sous Louis XIV et sous Louis XV, à s'ouvrir le jour de la fête du roi. En 1777, invitation fut faite à la commission chargée de l'examen des œuvres présentées de veiller avec soin à ce qu'aucun ouvrage de nature a blesser la décence ne fût admis ; cette mesure avait été provoquée par les excès pornographiques des peintres sortis de l'école de Boucher. Le nombre des ouvrages qui figuraient en ce temps-lk aux Salons était fort restreint, si on le compare à la production fiévreuse de l'école contemporaine. La treizième exposition, qui eut lieu en 1737, comprit 286 ouvrages présentés par 69 artistes seulement, savoir : 49 peintres, 10 sculpteurs, Sgraveurs en tailledouce et 2 graveurs en médailles. En 1739, il y eut 49 exposants et 119 ouvrages; en 1742, 51 exposants et 186 ouvrages; en 1745, 53 exposants et 21* ouvrages; eu 1747,65 exposants et 146 ouvrages; en 1743, 48 exposants et 158 ouvrages (110 peintures, 17 sculptures et 31 gravures); en 1757, 57 exposants et 225 ouvrages (148 tableaux, 33 sculptures et 44 gravures) ; en t7Cl, 53 exposants et 238 ouvrages; en 1703, 57 exposants et 300 ouvrages (240 peintures, 30 sculptures, 29 gravures et l tapisserie des Gobelins); en 1765, 70 exposants et 432 ouvrages; en 1771, 70 exposants et 532 ouvrages; en 1781, 72 exposants et 536 ouvrages; en 1787, 76 exposants et 402 ouvrages ; en 1789, 89 exposants et 453 ouvrages; en 1791, 71 exposants et 426 compositions. Comme on le voit par ces chiffres, les artistes qui prirent part aux expositions sous l'ancienne monarchie n'atteignirent jamais le nombre de cent; cela tenait à ce que les académiciens, les professeurs, les professeurs adjoints et autres affiliés à 1 Académie royale de peinture et de sculpture avaient seuls le droit d'exposer. La Révolution détruisit ce privilège, comme tant d'autres, et ouvrit toutes grandes les portes du Salon. On peut lire dans YJJistoire de l'art sous la Hëvolution, de M. Renouvier, d'intéressants détails sur la composition des premiers Salons qui eurent lieu sous la République. L'illustre David fut un des premiers promoteurs de la destruction des privilèges et des abus qui existaient dans le monde des arts ; devenu membre de la Convention, il appuya, dans la séance du 11 novembre 1792, une pétition des artistes libres demandant la suppression de l'Académie. Dès 1791, la commission d'examen qui avait été instituée, en 1746, pour admettre ou refuser les ouvrages présentés au Salon fut modifiée dans un sens libéral : aux officiers de l'Aeadémie, qui jusqu'alors avaient eu le privilège de constituer cette commission, on adjoignit en nombre égal de simples académiciens tirés au sort (6 académiciens et 6 officiers). En 1785, une innovation utile avait été apportée dans l'arrangement même du Salon : au milieu de la période affectée à l'exposition, on déplaça un certain, nombre de tableaux, de manière à mettre dans un meilleur jour ceux de ces ouvrages qui n'avaient pas été suffisamment bien partagés à cet égard jusque-là. Cet usage s'est maintenu depuis.

Après avoir eu lieu chaque année, sous la première République, le Salon redevint bisannuel sous l'Empire. Le nombre des exposants et celui des ouvrages admis ne firent d'ailleurs que croître d'année en année ; on en jugera par les chiffres suivants : en 1801, il y eut 268 exposants et 485 ouvrages admis ; en 1802, 291 exposants et 557 compositions; en 1804, 315 exposants et 701 ouvrages ; en 1806, 360 exposants ef699 ouvrages; en 1808, 411 exposants et 802 ouvrages ; en 1810, 534 exposants et 1,171 ouvrages; en 1812, 557 exposants et 1,299 ouvrages; en 1814, 507 exposants et 1,359 ouvrages. Cette dernière exposition s'ouvrit après la rentrée des Bourbons : on imposa aux artistes qui avaient peint des batailles de l'Empire l'obligation de substituer, sur la coiffure des soldats, la cocarde blanche h, la cocarde tricolore; nul peintre ne voulut consentir à commettre cet anachronisme ridicule. Sous la Restauration, comme sous l'Empire, les expositions eurent lieu au musée du Louvre ; le mouvement de progression dans les chiffres des exposants et des œuvres exposées se continua. Après trois ans d'interruption, le Salon fut rouvert en 1817 et comprit 1,064 compositions et 458 exposants, savoir : 809 peintures, 135 sculptures, 11 projets ou dessins d'architecture, 107 cadres de gravures, l console peinte à l'imitation de la mosaïque et 1 table en marqueterie. En 1819, il y eut 628 exposants et 1,702 compositions; en 1822, 585 exposants et 1,802 compositions; en 1824, 790 exposants et 2,371 sujets (parmi lesquels 88 lithographies, genre admis pour la première fois); en 1827 (seule année

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du règne de Charles X où il y eut un Salon), 732 exposants et 1,834 ouvrages. A côté des expositions officielles, le désir des artistes de se répandre, la vogue croissante des œuvres d'art et la spéculation des marchands de tableaux avaient déterminé l'organisation de fréquentes expositions libres; il s'en fit également plusieurs à l'occasion de certains événements ; c'est ainsi qu'en 1830, année où il n'y eut pas de Salon, une exposition d'oeuvres d'art fut organisée au palais du Luxembourg au profit des blessés de Juillet.

Toutes les années du règne de Louis-Philippe, à l'exception de 1832, époque de la première invasion du choléra en France, ont été marquées par une exposition des beauxarts. Le.Sa/ûH de 1831 dépassa de beaucoup les précédents sous le double rapport du nombre des exposants, qui s'éleva à 1,180, et de celui des œuvres, qui fut de 3,21 1. En 1833, il y eut 1,190 exposants et 3,318 ouvrages admis. En 1843, nous rencontrons les chiffres les plus faibles des seize expositions qui eurent lieu £ûus Louis-Philippe : 999 exposants et 1,597 compositions; les chiffres moyens des autres années sont 1,100 exposants et 2,200 ouvrages. La sévérité ou pour mieux dire la partialité du jury académique fut, durant cette période, un grand obstacle, sinon au développement des arts, qui ne furent jamais plus florissants , du moins à l'extension des expositions annuelles; en 1846, sur 4,357 ouvrages présentés, le jury n'en admit que 2,371 : 1,833 tableaux, 237 miniatures, aquarelles ou dessins, 133 sculptures ou gravures en médailles, 39 dessins d'architecture, 89 gravures, 40 lithographies. Avant de dire comment procédait le jury de cette époque et quelles colères il souleva, il n'est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur les originesde cette institution.

Nous avons dit qu'en 1746 une commission avait été chargée d'examiner les œuvres présentées; mais il s'agissait bien moins déjuger de leur valeur artistique que d'écarter celles qui pouvaient sembler de nature à causer quelque scandale au point de vue des moeurs, de la religion ou de la politique. Les exposants d'alors étant tous affiliés à l'Académie, on conçoit que les académiciens n'osaient guère se manger entre eux. A l'Exposition du 8 septembre 1791, tous les artistes français, membres ou non de l'Académie, furent admis à présenter leurs œuvres, en vertu d'un décret de l'Assemblée nationale qui confiait au Directoire du département de Paris la direction et la surveillance du Salon, quant à l'ordre, au respect dû aux lois et aux moeurs. Le 18 juillet 1793, la Convention, ayant supprimé toutes les Académies, avait institué la commune générale des arts, que David fit transformer presque immédiatement en un jury des arts chargé déjuger les concours de peinture, sculpture, architecture ouverts par l'Etat. Ce jury spécial fut nommé le 15 novembre de la même année. Il était composé de soixante membres, artistes, magistrats, savants, acteurs, hommes de lettres, hommes de guerre et hommes de toute profession. On y remarque Pache, le maire de Paris ; Hébert (le père Duchesne) ; Fleuriot, le substitut de 1 accusateur public; le fameux Ronsin, général do l'armée révolutionnaire ; André Thouin, ex-jardinier du roi ; Cels, cultivateur, et même le patriote Hazard, cordonnier; parmi les littérateurs, Laharpe, Lebrun, Taillasson; parmi les savants, Monge; parmi les acteurs, Monvel, Lays, Michaud et Talma; parmi les sculpteurs, Julien, Boichot, Chaudet; parmi les peintres, Pragonard, Gérard et Prudhon. La Convention exigeait que chaque membre du jury, en votant, donnât par écrit les motifs de son opinion. Le procès-verbal de la première* séance a été imprimé. La loi du 25 octobre 1795, en créant l'Institut national des sciences et des arts, abolit naturellement ce jury transitoire ; mais le nouveau corps académique n'avait aucun droit sur les admissions des œuvres d'art au Salon. Un jury de censure fut institué sous l'Empire ; il comprenait six membres : le directeur des musées, deux amateurs et trois artistes nommés par le gouvernement. La même institution arbitraire persista sous la Restauration, les nouveaux exposants étant seuls soumis à l'examen du jury. Les autres artistes, académiciens, médailles ou décorés, en étaient dispensés et entraient d'emblée au Salon. Il ne paraît pas d'ailleurs que les six dictateurs aient abusé de leur omnipotence. Au moment où commençait la lutte romantique , en 1824 et en 1827, les portes n'ont pas été complètement fermées aux novateurs.

Au lendemain de la révolution de 1830, on parla beaucoup de rendre la liberté aux beaux-arts. Invités par le gouvernement à discuter les questions qui les intéressaient spécialement, les artistes se réunirent en assemblée générale et nommèrent une commission qui, après de longs débats, finit par adopter un projet d'adresse au roi pour demander « l'organisation d'un jury spécial des beaux-arts, composé d'artistes élus eu assemblée générale et renouvelé à chaque époque d'exposition, lequel jury serait appelé : a juger tous les concours de l'Ecole des beauxarts; à désigner les candidats pour les places de professeur; à admettre et placer les ouvrages d'art aux Salons; à proposer les encouragements et les récompenses; enfin, à juger les concours pour les travaux commandés par l'E-

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tat. » On laissa dormir cette adresse dans les cartons du ministère de la maison du roi, et la réforme consista à conférer à la quatrième classe tout entière de l'Institut les attributions dont quelques membres seulement de -ce corps académique avaient été investis jusqu'alors. Ainsi commença pour l'Académie des beaux-arts une autocratie à laquelle plusieurs de ses membres les plus éminents, il faut leur rendre cette justice, refusèrent noblement de s'associer, mais que beaucoup d'autres furent trop heureux d exercer, sans se soucier des protestations que leurs décisions soulevaient dans le monde artiste et des critiques acerbes de la presse. A l'ocoasion-des rigueurs déployées par cet aréopage en 1840, Gustave Planche écrivait : « Chaque année, le jury du Louvre soulève des plaintes nombreuses; sans admettre que tous les ouvrages refusés aient des droits à l'estime publique, nous sommes forcé cependant de croire qu'il se trouve, parmi ces ouvrages, plus d'un morceau recommandable. Il est arrivé, en effet, à des artistes éminents qui ne partagent pas les convictions du jury de se voir exclus des galeries du Louvre. Il y aurait un moyen bien simple d'imposer silence à toutes les plaintes, ce serait d'admettre indistinctement tous les ouvrages présentés ; et pour circonscrire l'exposition dans des bornes raisonnables, on ne permettrait pas aux peintres et aux statuaires de présenter plus de deux ouvrages. Tant qu'on n'adoptera pas le système que nous indiquons, les artistes seront exposés à d'inévitables injustices. Il est impossible, en effet, que M. Blondel approuve la peinture de M. Delacroix ; et pourtant, malgré ses défauts, M. Delacroix est un peintre éminent, tandis que M. Blondel est un peintre absolument nul, bien qu'il siège dans la quatrième classe de l'Institut. M. Bidault ne peut approuver les paysages de M. Huet ou de M. Rousseau, et pourtant MM. Huet et Rousseau ont une valeur inconstestable, tandis que M. Bidault ne signifie rien dans l'histoire de son art, quoiqu'il siège dans la quatrième classe de l'Institut. Le système que nous indiquons est donc le seul que la raison avoue, le seul qui puisse contenter tout le monde et qui soit sans danger pour le développement de l'art. » Dans son Salon de 1846, Th. Thoré a pris spirituellement à partie le jury et est arrivé aux mêmes conclusions que G. Planche : « Les vieux académiciens continuent, sans scrupule et sans responsabilité, de donner carrière à leurs jalousies ou à leurs caprices... Cette année, vingt membres de l'Académie ont assisté aux opérations du jury : MM. Bidault, Abel de Pujol, Hersent, Picot, Couder, Granet, Blondel, Heim, Garnier, peintres ; Ramey, Nanteuil, Petitot, Lemaire, Duret, Dumont, sculpteurs; Gatteaux, graveur en médailles; Fontaine, architecte de la place du Carrousel ; Huvé, architecte de la Madeleine ; Lebas, architecte de Notre-Dame-de-Lorette ; Debret, architecte de Saint-Denis. M. Fontaine aurait mieux fait de paver sa place qui s'enfonce; M. Huvé, de méditer sur l'architecture moderne; M. Lebas, d'entreprendre la décoration d'un café ; M. Debret, de consolider sa tour qui s'écroule. On s'est rassemblé quatorze fois, pendant quatre heures environ, pour examiner près de cinq mille ouvrages ; soit à peu prés cent par heure, deux tableaux par minute. C'est juste le temps de passer devant la file des tableaux sans s'arrêter, en supposant qu'ils fussent rangés en ordre. Si le nombre des exposants vient à augmenter, il faudra employer des machines à vapeur. La chaise curule de chaque académicien sera fixée sur une locomotive. Quelque habitude qu'on ait de la peinture, il est impossible, avec la plus honnête impartialité, de ne pas décider au hasard dans une pareille précipitation. Les exclusions ont été nombreuses, comme d'habitude. Elles ont atteint des hommes que leur réputation et leurs travaux antérieurs recommandent à l'attention publique : Decamps, Diaz, Corot, Gudin, et parmi les sculpteurs Duseigneur, Fratin, Maindron et les seize élèves de tiude. On sait que Rude, un de nos meilleurs statuaires, n'est pas très-bien avec l'Institut ; l'animosité du jury est trop évidente. En vérité, M. Bidault, le paysagiste, n'est pas compétent pour juger la peinture de Decamps, ni M. Abel de Pujol pour juger Diaz, ni AI. Rumey pour juger Duseigneur. Supposons un jury composé de vrais peintres, d'amateurs éclairés comme MM. Maison, de Morny et autres, de gens de lettres et de critiques comme Béranger, Eugène Sue, Delécluze, Gautier et autres, d'hommes influents dans les arts comme MM. Cave, Taylor, Mérimée, etc., le scandale de ces proscriptions ne se renouvellerait pas. Il suffirait peut-être que cette magistrature distinguée surveillât l'ordre du Salon, le respect du aux lois et aux mœurs, comme disait la Constituante. >

La révolution de 1848 vint balayer le jury qui s'était illustré en proscrivant Decamps, Rousseau, Diaz, Corot et tant d'autres maîtres de l'école contemporaine. Liberté pleine et entière fut accordée aux exposants; les 5,180 ouvrages présentés au Salon furent admis sans examen ; on se borna à en confier l'arrangement et le placement à une commission nommée par le suffrage universel des artistes. Ce Salon de 1848 offrit un spectacle excessivement curieux, une collection de morceaux des plus

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disparates où des œuvres importantes étaient enchâssées au milieu de peintures véritablement grotesques. Les partisans du système des expositions restreintes n'épargnèrent pas les railleries à ce Salon envahi par la démocratie artistique. Dans un article du 27 mars, le républicain Thoré fit au sujet do cette exposition a mêlée » les remarques les plus judicieuses : o II y a au Salon de 1848 des tableaux comme on n'en a jamais vu chez les vitriers de campagne, comme on en voyait cependant quelques-uns à chacun des précédents Salons, admis par le jury de la liste civile ; car l'ancien jury s'occupait bien plus volontiers à exiler ses ennemis qu'à examiner le mérite de la peinture. Il n'y a de changé aujourd'hui que le nombre prodigieux de ces images excentriques. Mais l'enseignement de la publicité sera bon, et l'on peut espérer que l'accueil fait par la foule à plusieurs centaines de toiles barbouillées décidera des barbouilleurs à embrasser une autre profession. Hier, je veux dire il y a un siècle, sous le règne du dernier Bourbon, les pauvres travailleurs égarés dans les arts pouvaient crier à la persécution et à l'étouffeinent et s'imaginer qu'il leur manquait seulement un rayon de lumière? Après l'avertissement du ridicule, pourquoi d'estimables citoyens persisteraientils a forcer l'entrée du monde poétique, quand la société républicaine leur offrira la truelle au lieu du pineeau? Pour ma part, malgré la bouffonnerie du Salon actuel, je ne suis pas absolument édifié sur la nécessité d'un jury quelconque, si ce n'est pour le rangement. J'approuverais encore, aux prochaines expositions nationales, l'essai de ta liberté illimitée, à condition qu'un comité intelligent séparât les oeuvres d'art de toutes ces ordures inqualifiables. Le premier crétin a le droit de parler sur la place publique, sauf à être sifflé par la foule et réduit au silence par les vrais orateurs. La liberté est encore le meilleur moyen d'ordre et de justice. • Le jury d'examen fut rétabli pour le Salon de 1849, mais l'élection en fut confiée aux artistes mêmes qui présentèrent des ouvrages a l'exposition ; les choix furent d'ailleurs excellents pour la plupart. En peinture, les jurés furent Léon Cogniet (élu par 508 voix sur 646 votants), Paul Delaroche, Decamps, Eugène Delacroix (424 voix), Horace Veruet, Ingres (375 voix), Robert Eleury, Eugène Isabey, Meissonier, Corot (217 voix), Abel de Pujol (213 voix), Picot; en sculpture, Rude (89 voix sur 114 votants), J. Debay, Dantan aîné, Toussaint, Damnas, de Nieuwerkeike, Duînont (40 voix); en architecture, Labrouste, Duban, Caristie, Vaudoyer, Achille Leclère; en gravure, Henriquel-Dupont et Ach. Lefèvre; en lithographie, Mouilleron; eu gravure en médailles, Gatteaux et Oudiné. Cette année-là, le nombre des oeuvres admises fut de 2,586 (2,093 peintures, 265 sculptures, etc). L'exposition fut organisée dans le palais des Tuileries. A la séance de la distribution des récompenses qui eut lieu le 13 septembre, Louis Bonaparte, président de la république, fit un petit discours dans lequel il trouva le moyen de rappeler « l'Empereur ■ et qu'il termina par cette banalité : i Encourageons, honorons les beaux-arts, car ce sont eux qui adoucissent les mœurs, élèvent l'âme, consolent dans les mauvais jours et embellissent les jours prospères. » Le jury d'admission fut élu eu 1850, dans les mêmes conditions qu'il l'avait été en 1849; mais, pour le choix des œuvres dignes d'être récompensées, le gouvernement institua un jury spécial dont une partie, mais la plus faible, était prise dans le jury d'admission, tandis que l'autre était nommée directement par le ministre de l'intérieur. Le Salon de 1850 eut lieu dans les appartements du Palais-Royal et dans do vastes galeries construites tout exprès dans la cour de cet édifice; il y figura 3,923 ouvrages (3,150 peintures, 466 sculptures, 100 projets d'architecture, etc.) ; cette annéelà, comme on l'avait fait pour la première fois en 1849, on perçut le jeudi un droit d'entrée de 1 franc applicable à l'achat d'ouvrages d'art. Le Sa'on de 1850, ouvert dans les derniers jours de décembre, se prolongea dans les premiers mois de 185!.

En 1852, l'homme de décembre ayant assassiné la République, F. de Persigny étant son ministre de l'intérieur, et le sculpteur de Nieuwerkerke, favori de la princesse Mathilde , ayant été nommé directeur général des musées, d'importantes modifications furent apportées dans l'organisation du Salon. Le jury chargé de statuer sur l'admission des ouvrages présentés fut composé moitié de membres élus par les artistes déposants ayant eu des ouvrages admis aux expositions précédentes (excepté celle de 1848), moitié de membres choisis par l'administration; parmi ces derniers figuraient MM. de Morny, Mérimée, de Caumont, le comte Turpin de Crissé, Raoul-Rochette, de Longpérier, le marquis Maison, Villot, Reiset, de Laborde, de Mercey ,etc. La prérogative qui avait été précédemment accordée aux inédaillistes de faire admettre leurs ouvrages sans les soumettre préalablement au jury d'examen fut réservée aux membres de l'institut et aux artistes d,écorès. Au lieu de la faculté qu'ils avaient eue jusqu'alors d'envoyer à l'Exposition autant d'objets d'art qu'ils pouvaient en produire dans une année, les artistes durent se soumettre à l'obligation de n'en présenter que trois au plus chacun. Le droit d'entrée au

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Salon fut fixé à 1 franc pour le jeudi et à S francs pour le lundi; les autres jours de la semaine, l'entrée demeura gratuite. Une des meilleures innovations qui se produisirent alors consista en ce que toutes les œuvres récompensées et celles désignées favorablement par le jury furent de nouveau exposées séparément pendant la semaine qui suivit la distribution des récompenses. A" la séance où eut lieu cette distribution, le ministre Persigny célébra avec ivresse les avantages et les bienfaits du gouvernement du prince Louis - Napoléon et son dévouement pour les arts : a Vous ne devez pas craindre, messieurs, que ses préoccupations pour le développement de la richesse publique le détournent jamais de ce qu'il doit aux artistes. Si un gouvernement qui a son origine, son principe même dans le sentiment poétique (1) des masses, dédaignait le culte des arts pour le culte de la matière (Ht), il manquerait luimême aux conditions de son existence et méconnaîtrait le génie de son pays. » Le discours que fit ensuite le comte de Nieuwerkerke pour expliquer les modifications apportées au règlement du Saton contient quelques sages pensées : « Les expositions annuelles ne sont pas destinées à servir de bazar aux œuvres quelconques de tous ceux qui portent le titre d'artiste ou qui y prétendent. Elles ne doivent pas être un lieu de dépôt institué pour faciliter le placement de tous les produits de l'art moderne, ou consacré à recevoir le trop-plein des uteliers. Par le local même qui leur est affecté dans un des palais de l'Etat, les expositions confèrent à ceux qui y sont admis une première récompense qui atteste le mérite de l'exposant, comme, au concours pour le grand prix de Rome, l'admission en loge est déjà la constatation d'un certain talent. »

Les expositions artistiques, il est juste de le reconnaître, ont pris sous l'Empire un développement extraordinaire. En 1855, au palais de l'Industrie, et, en 1S07, au Champ-de- Murs, on a vu rassemblées des milliers d'œuvres d'art dues aux maîtres de toutes les écoles contemporaines; jamais, on peut le dire, pareil spectacle n'avait été organisé. Les Salons ont été bisannuels de 1353 à 1863 et sont redevenus annuels depuis cette dernière date. Diverses modifications furent apftortées au règlement durant cette période ; e principe de l'ingérence de l'administration dans la composition du jury fut mainienu; mais on réduisit le nombre des membres ainsi choisis; aux termes du règlement de 1863, le jury fut composé, pour les trois quarts, de membres élus par les artistes exposants et déjà récompensés, et, pour le dernier quart, de membres désignés par l'administration ; les artistes appelés à prendre part à l'élection du jury furent d'ailleurs exempts de l'obligation de soumettre leurs œuvres à l'examen de ce jury. En 1869, le jury fut composé pour les deux tiers de membres nommés à l'élection, et, pour le dernier tiers, de membres nommés directement par l'administration. En 1870, M. Maurice Richard, ministre des beaux-arts, restitua aux artistes le droit d'élire le jury tout entier. Les élus furent, en peinture , MM. Daubigny, Corot, Bonnat, Gérome , Comte, Millet, Fromentin, Gleyre, Robert-Fleury, Cabane], Pils, Cabat, Delaunay, Meissonier, de Chennevières, Dubufe, Ziem ; en sculpture, MM. Paul Dubois, Guillaume, Barye, Soitoux, Carpeaux, Perraud, Cabet, Jouifroy, Marcellin, Allassour, Cavelier, Falguière. Les différents jurys qui ont été appelés depuis 1853 à statuer sur l'admission des œuvres présentées au Salon n'ont pas commis les excès de partinlité qu'on peut reprocher à l'ancien jury académique ; il n'est pas douteux que dans le nombre des œuvres qu'ils ont repoussées il s'en soit trouvé quelques-unes à l'égard desquelles .on eût pu réclamer d'eux plus d'indulgence; mais il est bien certain aussi qu'aucune page vraiment remarquable n'a éto écartée des expositions pendant cette période. On a pu en juger d'après les ouvrages qui ont figuré aux Salons dits des refusés , que l'administration a eu le bon esprit d'ouvrir a côté du Salon officiel, en 1S63 et 1864 , au palais de l'Industrie. En 1863, on put regretter de trouver parmi ces refusés des paysages de Chintreuil, Harpignies, Lansyer, Vollon et quelques autres toiles, sinon vraiment belles, du inoins empreintes d'une certaine originalité; mais, en dehors d'une vingtaine de morceaux qui eussent pu sans inconvénient figurer à l'Exposition officielle, il n'y avait là que des productions insignifiantes quant au fond , ou trèsfaibles quant à la forme, des niaiseries prétentieuses ou des trivialités grotesques. La contre-exposition de 1864 fut beaucoup plus vide encore. Le grand tort des règlements qui ont été adoptes depuis 1855 a été , selon nous, de tolérer la présence au Salon officiel d'une quantité d'ouvrages excessivement médiocres, «exempts» de l'examen du jury d'admission, parce qu'ils avaient été exécutés par des artistes décorés ou médaillés aux précédentes expositions, membres de l'institut ou anciens prix de Rome; il eût été juste que la règle fût la môme pour tous, pour les vétérans comme pour les débutants. Eu 1872, sous la direction de M. Charles Blanc, le privilège de l'exemption fut supprimé, mais le nombre des électeurs du jury, qui comprenait, en 1870, tous les artistes précédemment admis aux expositions, fut limité aux artistes

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français ayant obtenu au moins une médaille ou le prix de Rome. En 1874, M. le marquis de Chennevières, successeur de M. Cliarles Blanc et ancien collaborateur de M. de Nieuwerkerke, rétablit l'exemption, conféra de nouveau l'électorat artistique aux me libres de l'Institut, aux décorés, aux médaillés et aux prix de Rome, et reprit, pour l'administration, le singulier privilège de désigner une partie des jurés. Plein de bonne volon .é, d'ailleurs, et animé du désir d'innover, M. de Chennevières institua un pria; du Salon en faveur du jeune peintre désigné par le jury comme « présentant les qualités les plus propres à profiter d'un séjour de trois années à Rome ■> (v. école de Romb). Il eut aussi la pensée fort libérale de confier à une association générale des artistes le soin d'organiser les Salons, de désigner les ayants droit ajx récompenses, de proposer à l'administration toutes les mesures qui paraîtraient utiles pour l'avancement et la prospérité des arts; mais les artistes n'ont pas montré grand empressement à se charger de gérer ainsi leurs propres intérêts, et le projet de M. de Chennevières a fini par tomber dans l'eau.

Quelques chiffres montreront quels dételoppeuients extraordinaires les Salons ent pris depuis une vingtaine d'années, depuis le moment surtout ou ils ont pu être organisés dans les vastes salies du palais de l'Industrie. Le Salon de 1853, ouvert dans les bâtiments et dépendances de l'ancien hô.el des Menus -Plaisirs, au faubourg Poissonnière, comprenait 1,768 compositions; ce.ui de 1857, ouvert au palais de l'Industrie, comf ta 3,474 objets. En 1859, il y eut 4,099 ouvrages; en 1861, 4,097; en 1863, 2,919 (et 781 au Salon des refusés); en 1864, 3,035 (et 397 ajx refusés); en 1865,3,554; en 1866, 3,297; en 1867, 2,745; en 1868, 4,213; en 1869, 4,230; en 1870, 5,434 (le chiffre le plus élevé qui ;iit jamais été atteint) ; en 1872, 2,067 ; en 1S"4, 3,657; en 1875, 3,862. L'accroissement Ju chiffre des œuvres exposées et du uoinLre des artistes démontre bien que jamais l'industrie des images peintes, sculptées ou autres, n'a été plus florissante en France que depuis vingt ans; mais il ne prouve malheureusement pas que l'art se soit élevé et lit grandi.

Salon* (les), de Diderot (1796, in-8°). On les a réunis, dans cette édition, aux A'ssais sur la peinture. Les Essais sur la peînti re sont des lettres ou des dissertations adressées à Grimm, et les Salons, où Diderot a f lit l'application des principes qu'il a dévelop[és dans les Essais, furent écrits pour le même Grimm, le correspondant littéraire de plusieurs cours d'Allemagne. Le premier chapitre contient, sur le dessin, des idées que I Diderot appelle lui-même bizarres et qui, en effet, paraissent singulières. Il prétend, far exemple, que, dans une ligure humaine, le plus petit défaut dans l'organisation affecte d'abord les parties voisines et, de proche en proche, le système entier du corps; que, si l'on pouvait présenter à la nature les pieds ou les mains seulement d'un aveugle ou d'un bossu, elle dirait sans hésiter : « Voilà les pieds, les mains d'un aveugle ; voilà les pieds, les mains d'un bossu. » Tout cela peut paraître exagéré et les conséquences que Uu.erot déduit de cette proposition appellent bei.ucoup d'objections. Au reste, le philosophe se réfute lui-même dans la suite de l'ouvrage, qui semble fait pour démontrer cette règle générale : que tout être organisé qui n'a riun de plus, rien de moins que ce qu'il lui faut pour remplir avec le plus de facilité possible toutes les fonctions auxquelles il est astre nt par ses besoins est le modèle du beau dans son espèce. L'idéal est, par conséquent, absent de ce système.

Diderot blâme l'usage où sont les jeunes élèves en peinture de dessiner plusieurs ani nées d'après le modèle. • C'est là et peudunt ' ces cruelles années, dit-il, qu'on prend la manière dans le dessin. Toutes ces positions académiques, contraintes, apprêtées, arrangées ; toutes ces actions froidement et gauchement exprimées par un pauvre diable, et toujours pur ie même pauvre diable, gagé pour venir trois fois la semaine se déshabiller et se faire manuequiuer par un professeur, qu'ont-elles de commun avec les positions et les actions de la nature?... Aulre chose est une attitude, aulre chose une action. Toute attitude est fausse ot petite, tot.te uction est belle et vraie. » Diderot propose donc des changements à cette méthode; il conseille surtout aux jeunes artistes d'êire observateurs dans les rues, dans les promenades, dans les marchés et partout où ils peuvent étudier les mouvements naturels de l'homme. C'est par l'observation des scènes populaires que les maîtres sont parvenu!, à meure tant de relief, de vérité, de naïveté dans les actions de leurs figures. Il est regrettable que les idées si justes de Dideiot n'aient pas prévalu; car la décadence de notre peinture, nous ne parlons pas, bien entendu, de l'école paysagiste, n'a d'autre cause que le manque absolu d observation et l'élu Je exagérée des modèles.

En traitant de la couleur, de l'expressisn et surtout de la composition, Diderot préseï te des aperçus frappants; il s'anime, il est original ; il s'emporte contre le despotisme des règles de l'école. < C'est le dessin, dit-il, çui donno la forme aux êtres; c'est la couleur

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qui leur donne la vie. » I! accorde la préférence au grand coloriste. Ainsi que le poate, il doit son talent à la nature, rarement au travail. S'il n'a pas un sentiment inné de la couleur, il faudra qu'il imite ceux qui ont obtenu de la réputation en cette partie; il ne sera plus aussi vrai, aussi vigoureux; il ne sera plus qu'un copiste. L'auteur explique les 1 raisons physiques et morales en vertu desquelles chaque peintre a son coloris particulier. « Soyez s-ûr, finit-il par conclure, qu'un peintre se montre dans son ouvrage autant et plus qu'un littérateur dans le sien. • Le clair-obscur inspire à Diderot des réflexions dont tous les artistes devraient se pénétrer :

• Le clair-obscur est la juste distribution des ombres et de la lumière; problème simple et facile lorsqu'il n'y a qu un objet régulier ou qu'un point lumineux, mais problème dont la difficulté s'accruît à mesure que les formes de l'objet sont variées, à mesure que la scène s'étend, que les êtres s'y multiplient, que la lumière y vient de plusieurs endroits et que les lumières sont diverses... » Diderot ajoute une foule de réflexions non moins intéressantes sur la perspective, sur les couleurs que les ombres doivent avoir, car les ombres ont aussi leurs couleurs, sur l'harmonie dans les tableaux, etc. Le chapitre le plus profondément pensé est peut-être celui où 1 auteur traite de l'expression; il annonce dans le titre même qu'il va dire quelque chose que tout le monde ne sait pas. Il commence par poser cet axiome, que tout peintre qui n'est pas physionomiste est un pauvre peintre. Et, en effet, un bon peintre connaît tous les signes des passions sur la figure humaine; il sait le changement que tel ou tel sentiment de l'âme produit sur la forme des traits et même sur leur ensemble, Diderot explique l'action et la réaction qui ont dû exister du poète sur le statuaire ou le peintre, de l'un et de l'autre sur les êtres tant animés qu'inanimés de la nature.

Les poètes-, comme les peintres, peuvent profiter des leçons de Diderot sur la composition. Un poème n'est, après tout, qu'une suite de tableaux. Simplicité et unité, voilà le premier principe. L'homme n'est capable que d'une certaine durée d'attention et n'a qu'une certaine mesure de capacité ; il ne prend intérêt et plaisir qu'aux scènes qui l'émeuvent sans exiger de lui de l'étude, du travail, une trop grande tension d'esprit. Cependant il faut que la scène soit variée. L'homme de génie trouve moyen de changer la perspective sans nuire à la simplicité, sans détourner l'attention. Le tort de beaucoup de peintres est d'employer à cet effet et de multiplier les contrastes dans les attitudes, dans les expressions, dans le costume, etc. o Le seul contraste que le goût puisse approuver est celui qui résulte de la variété des énergies et des intérêts. Il n'en faut point d'autre. » Dans une composition, tous les personnages qui n'ont pas une part véritable à l'action nuisent à l'effet général. Cette action perd du coté de l'intérêt ce qu'elle gagne du côté de la variété. « Il s'agit vraiment bien de meubler sa toile de figures I II faut que ces figures s'y placent d'elles-mêmes, comme dans la nature. Il faut qu'elles concourent toutes à un effet commun , d'une manière forte, simple et claire ; sans quoi, je dirai comme Fontenelle à la sonate : « Figure, que

• me veux-tu? n Rien ne déplaît tant à Diderot que le mélange des êtres allégoriques avec les êtres réels. Il se plaint amèrement du peu d'imagination des peintres français, de leur défaut de verve. Il voudrait aussi que les productions des artistes eussent, comme celles des poètes, un but moral. Il serait curieux de rapprocher cette opinion de Diderot des théories émises de nos jours, théories dont M. Maxime Du Camp s'est fait l'interprète, exagéré peut-être, dans sa préface des Chants modernes. Après tous ces préceptes sur la composition, il ditson mot sur l'architecture, mais ce n'est qu'un mot en passant.

Les Salons, qui font suite à ces dissertations théoriques, sont le compte rendu des Expositions des beaux-arts de 1765-1766-1767." On les regarde comme autant de modèles du genre, et ils sont l'un des principaux titres littéraires de Diderot. Le critique passe en revue les peintres, sculpteurs, graveurs de son temps. Chacun d'eux reçoit, en passant, u,n éloge ou une épigramme, plus souvent une épigramme. Dideiot a fait souche d'imitateurs. Le moindre Salon suscite aujourd'hui vingt-cinq ou trente volumes de critique et d esthétique.

Saluai célèbres (les), par M™e Sophie Gay (1828). L'empire des salons a passé avec celui des femmes, et il nous serait bien difficile de donner à la France nouvelle une idée de l'influence qu'exerçaient autrefois sur les affaires d'Etat et sur le choix des ministres certains salons célèbres. Avoir un salon n'était pas chose facile, parce que les conditions requises pour arriver à ce pouvoir redouté se trouvaient rarement réunies. La première de toutes était dans l'esprit et le caractère de la femme chargée de faire les honneurs de ce salon; il fallait que, sans être vieille, cette femme eût passé l'âge où l'on ne parle à une jolie personne que de sa beauté ou de sa parure. La seconde condition d'un Saton était un maître de maison poli, nul ou ' absent. La troisième était de se inoutrer dif- , tlcile sur le choix des personnes admises. Il

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fallait à la maîtresse de la maison un goût décidé pour la supériorité en tous genres et l'absence totale des petits sentiments envieux qui empêchent souvent de recevoir la femme à la mode ou l'auteur à succès. Il fallait savoir mettre les ennemis en présence, les talents en valeur, les ennuyeux à la porte; toutes choses qui demandent de l'adresse et du courage. Il fallait, de plus, s'imposer la réclusion d'un dieu dans son temple, toujours présent pour recevoir les fidèles. Il fallait surtout savoir s'oublier à propos pour faire briller les autres.

Quelques personnes ont seules possédé ce rare assemblage de qualités; aussi les salons célèbres se comptent-ils. M'ie Sophie Gay a voulu nous donner un aperçu des plus connus pendant la Révolution, le Consulat et la Restauration. Elle nous introduit dans ceux de Mm» de Staël, de M"o Contât, du baron Gérard, de la comtesse Merlin et de l'impératrice Joséphine. Elle nous procure le plaisir d'entendre les conversations spirituelles ou les mots marquants des hommes célèbres de l'époque. On n'analyse pas de semblables impressions; aussi renverrons-nous les lecteurs au livre lui-même, dont nous citerons une anecdote pour leur en donner un avantgoût .* « Peu de temps après avoir quitté le ministère, M. de Narbonne, qui n'en avait nullement profité pour rétablir sa fortune, se vit poursuivi avec acharnement par ses créanciers. Un ami indiscret apprend à Mm« do Staël que M. de Narbonne va être conduit le même jour en prison s'il ne peut se procurer à l'instant la somme de 30,000 francs. Alors, cédant au mouvement d'une amitié passionnée, Mme de Staël va trouver son mari, lui peint l'affreuse situation du comte Louis et lui demande s'il n'aurait pas un moyen de le sauver, • Ah 1 vous me comblez de joie , » s'écria M. de Staël; puis, tirant d'un portefeuille la somme qui devait assurer la liberté de M. de Narbonne, il la remet à sa femme et ajoute, d'un ton pénétré : « Jugez de mon ■ bonheur, je le croyais votre amant I ■ Ce mot du baron de Staël vaut tous ceux de sa femme.

Salon de lady Betiy (le), par Mme Desbordes - Valmore (1836). Le salon de lady Betty Melvil, à Londres, était, à cette époque, le rendez-vous des personnes les plus aimables et les plus distinguées de la société anglaise. Des causeries vives et animées, des anecdotes piquantes, des observations et des critiques sur les ridicules du temps remplissaient d'ordinaire tous les instants de ces réunions, où les charmes de la bonne compa-

fnie étaient rehaussés par le rare attrait d un eureux abandon. Dans ces conversations délicieuses, chacun rivalisait de gaieté, de verve et d'à-propos. La soirée se terminait rarement sans qu'une ou deux personnes de la société payassent leur écot. Or, payer son écot, c'était raconter une anecdote, une nouvelle, dont le sujet était emprunté d'ordinaire aux mœurs de la Grande-Bretagne. Lady Melvil, à laquelle on avait manifesté le désir d'initier les Français à cette peinture si vivante et si intime des mœurs anglaises, voulut bien tracer le canevas des nouvelles les plus attachantes contées dans son salon. Ce sont ces nouvelles que Mmo Desbordes-Valmore a modifiées et développées sous le titra de Salon de lady Betty, Elles ont revêtu, sous sa plume, des couleurs si brillantes que cet écrivain s'est approprié, pour ainsi dire, le fond par la richesse et la nouveauté de la forme. Néanmoins , les usages et diverses scènes de la vie anglaise sont retracés avec finesse et bonheur. La manière des romanciers et des peintres anglais, si habiles à faire connaître les détails et les nuances, est reproduite avec esprit par M116 Desbordes-Valmore , qui s est élevée jusqu'au sentiment dramatique le plus saisissant dans quelques-unes de ces nouvelles, entre autres dans le Smogler. Le Smogler est un jeune homme, beau, riche et brave, qui commande un cutter de contrebandier. Il adore Jane Darcey, et la vie qu'il mène est le seul obstacle à ce que le père de Jane consente à leur mariage. Vaincu par l'amour et les prières de Jane, il jure de renoncer à son dangereux métier lorsqu'il aura terminé une dernière tournée que l'honneur lui commande de faire pour son matelot, cloué par la fièvre sur son lit. En vain Jane le conjure de renoncer à ce projet; la seule promesse qu'elleobtient de lui, c'est qu'il ne versera pas le sang. Le voyage s'accomplit sans encombre jusqu'au retour, où le Smogler est attaqué et frappé par un lieutenant douanier qui cherche à le tuer. Franck ne verse pas le sang de son adversaire, il l'étouffé, opère heureusement son débarquement etvole chez Jane. « As-tu tenu ton serment? lui demande-t-elle, — Ouil» répond-il en pâlissant. Au même instant la porte s'ouvre et on apporte le cadavre du douanier. C'était le frère de Jane, qui pousse un cri déchirant et tombe morte à ses côtés.

Salon* d'auir«foU (les), par Mme de Bassanville (1858-1864 ,111-8"). Mme de Bassanville a tenté de faire revivre dans son livre ces salons d'autrefois que rien ne nous rendra et dont nous retrouvons avec plaisir chez elle une image et un écho. On a tant parlé en France depuis cinquante ans, que l'on n'y cause presque plus, et la causerie est l'aliment de la chronique j aussi nos chroniqueurs

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inventent-ils plus qu'ils ne racontent ; nous vivons sur la réputation de nos pères. Mnie de Bassanville, qui voulait raconter et non pas inventer, a donc été obligée de remonter quelques années en arrière et de se placera une des époques critiques de l'histoire de la société française; elle y a trouvé le sujet d'un livre que personne n eût su rendre plus aimable ni plus piquant. L'heureux à-propos de sa naissance l'avait placée sur les limites de deux inondes, au moment où la vieille société qui tombait se trouvait en face de la société nouvelle qui s'apprêtait à lui succéder, à une époque de transition où les types se dessinent dans toute leur vigueur.

Dans un ouvrage comme les Salons d'autrefois, dont la trame est légère, qui vaut surtout par la broderie et où la forme n'est pas moins importante que le fond, on sent que la question d'art est beaucoup, et Mme de Bassanville a une façon à elle, tout à fait originale, que le lecteur aimera. Il goûtera singulièrement ce style plein de netteté et de franchise, qui coule d'une veine facile, égale, exempte de toute manière. Mme de Bassanville sait ce qu'elle veut dire et elle le dit; elle n'a point l'horreur du mot propre; loin de le fuir, elle le cherche et l'emploie avec à-propos et justesse ; sa phrase est jetée dans un moule vraiment français, et son esprit ne l'est pas moins. Pour mieux faire apprécier son genre , nous lui empruntons une anecdote, a Un jour, des élèves du peintre David étaient allés entendre à la Chambre l'abbé Maury. Les voilà dans ce lieu redoutable ; mais au lieu d'entendre un discours, ils assistèrent à une discussion si peu parlementaire qu'à la halle on l'aurait appelée une dispute. Nos jeunes gens, fort indignés du manque de dignité des représentants du pays, en témoignaient assez hautement leur indignation, quand tout à coup elle changea de but et se porta sur un gros monsieur fort laid qui les regardait en souriant d'un air de pitié moqueuse. « Qui vous donne le » droit de rire de nous?» lui demanda d'un air furieux le plus belliqueux de la bande, en brandissant le poing d'une façon fort significative. « Votre jeunesse, mes amis, fit le «moqueur sur le même ton; et votre naïveté «surtout, car les lois sont comme les sauces, »il ne faut jamais les regarder faire. = Puis il saluadu geste et s'éloigna, laissant nos jeunes gens stupéfaits. Le laid et gros monsieur, dont le conseil sentait son Brillât-Savarin, n'était autre que Mirabeau. »

Salmis et souterrains, par Méry (1860, in-8<>). Méry connaissait à fond les catacombes de Paris, leur structure, leur histoire et leurs légendes. Au lieu de présenter le résultat de ses recherches sous une forme scientifique qui aurait pu effrayer le lecteur, il a encadré les renseignements les plus précis sur les demeures souterraines de la capitale dans les scènes d'un drame plein d'intérêt. Trois jeunes gens, Rousselin, Lecerf et Benoist, ont formé entre eux une association pour conquérir la fortune et ont choisi les catacombes pour siège de leurs réunions. L'âme de la société est Rousselin, plus âgé et plus pervers que ses deux camarades. Par ses habiles menées, il arrive à faire épouser à Lecerf une jeune fille, Clémence d'Aubigny, aussi riche en laideur qu'en millions. Mais, une fois marié, Lecerf refuse de partager avec lui la dot de sa femme. La vengeance de Rousselin est atroce; il perd son complice dans les souterrains, comptant bien l'y laisser mourir de faim. A cette nouvelle, Benoist, qui redoute les suites d'une rupture avec un scélérat aussi peu scrupuleux, délivre Lecerf, et tous deux, ayant fait tomber Rousselin dans un piège, lui appliquent la peine du talion. Mais Rousselin était trop familier avec les souterrains pour s'y égarer; il réussit'à s'échapper, se fait passer pour mort et laisse condamner aux galères Benoist et Lecerf, accusés de l'avoir assassiné. Clémence, qu'on pourrait appeler l'ange du dévouement, fait évader Benoist et se résigne à vivre avec son indigne mari dans un souterrain. Le hasard les met sous terre en présence de Rousselin en train de préparer un nouveau crime ; ils s'emparent de lui, font reconnaître l'innocence de Benoist et, tous les trois de compagnie, vont vivia heureux en province. Les épreuves qu'il a traversées ont révélé à Lecerf quels trésors de bonté se cachaient sous l'ingrate enveloppe de sa femme, et l'estime a fait naître en son cœur l'amour pour celle qu'il n'avait épousée que grâce à sa fortune, j Quant à Rousselin, le scélérat des ténèbres, il trouve la mort sur le théâtre même de ses crimes. Un jour qu'il parcourait les souterrains, les eaux s'engouffrent subitement avec violence sous ces voûtes obscures et ballottent son cadavre pendant plusieurs heures.

Les Salons et souterrains, comme roman, renferment un drame intéressant, mais pas toujours vraisemblable; comme étude historique, ils dénotent des recherches aussi profondes que consciencieuses. Comme style, c'est toujours la touche chaude, colorée et imagée du poëte marseillais.

SALON (Salona), ville de France (Bouchesdu-Khône), ch.-l. de cant., arrond. et à 33 kilora. N.-O. d'Aix, dans une belle plaine, à l'entrée de la vallée de Pé lisanne ; pop. aggl., 4,522 hab. — pop. tôt., C.959 hab. Tissage et moulhiage de la soie; filature de laine; coin-

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merce important d'huile d'olive, de soie, do chardons, de fourrages et de fruits.

— Histoire. Des fouilles récentes pratiquées sur le territoire de Salon établissent d'une manière indubitable que cette localité était déjà, habitée à l'époque de la conquête romaine, Néanmoins Salon ne commença à devenir un important centre de population qu'après la destruction du bourg voisin de Pisavis. En 1144, la seigneurie de Salon passa aux évêques d'Arles qui y élevèrent un château, rebâti à la fin du xine siècle. Deux siècles plus tard, le roi René, en y faisant ouvrir plusieurs routes, et Adam de Craponne en y amenant les eaux de la Durance, achevèrent d'imprimer à Salon un essor de prospérité qui ne s'est guère ralenti qu'à l'époque de la Révolution.

Aujourd'hui Salon se divise en deux parties : la ville vieille et la ville nouvelle; la première forme la partie centrale et a conservé quelques restes de ses anciens remparts, une tour crénelée et plusieurs vieilles maisons dont on admire l'architecture. L'église, dédiée à saint Michel et bâtie par les templiers, date du xme siècle. Un boulevard planté d'arbres, dit boulevard Nostradamus, et un cours, ditcours de la Bourgade, séparent la vieille ville de la ville nouvelle, dont les rues sont régulières, bien bâties et ornées de huit fontaines alimentées par un seul aqueduc. Le principal monument de la ville nouvelle est l'ancienne collégiale, aujourd'hui église paroissiale de Saint-Laurent, construite en 1344 et classée récemment au nombre des monuments historiques. Elle possède un bénitier fort curieux, orné d'une figure de saint Laurent et donnée, dit-on, par Charlemagne ; une Vierge en albâtre, un groupe en pierre, d'un seul bloc, représentant ['Ensevelissement du Christ et datant, suivant toute apparence, du xive siècle ; enfin, le tombeau du célèbre Michel de Nostredame, dit Nostradamus, jadis placé dans l'église des Franciscains. Il faut encore mentionner l'hôtel de ville, reconstruit en partie au xvne siècle et où l'on peut voir une pierre milliaire (monument historique) provenant de l'ancienne voie Aurélienne et remontant à l'époque de Valentinien II. La prison actuelle occupe les bâtiments de l'antique château visité jadis par Grégoire XI," Charles IX et par plusieurs autres princes. Il est situé à l'extrémité de la ville, sur un rocher escarpé qui domine la Crau.

— Célébrités. Salon a vu naître Adam de Craponne et le bailli de Suffren. Bien qu'ayant son tombeau dans la ville, Nostradamus n'est pas de Salon; il y a seulement habité pendant plusieurs années.

SALON , petite rivière de France. Elle prend sa source dans le département de la Haute-Marne, au village de Saule, à 22 kilom. S.-E. de Langres, coule au S.-.E., entre dans le département de la Haute-Saône, arrose Champlitte et Dampierre et se jette dans la Saône, à 3 kilotn, S.-E. de Dampierre, après un cours de 41 kilomètres.

SALONE, en latin Salona, ville de l'empire romain, capitale de l'ancienne Dalmatie, chez les Autariates, au N., sur le Jader. C'était une importante place de guerre, qui fut la patrie et le lieu de retraite de l'empereur Dioclétien. On voit les ruines de Salone près de la ville moderne de Spalatro.

SALON1NA (Publia Licinia Julia Cornelia), impératrice romaine, femme de Gallien, dans le IIIe siècle. Elle épousa l'empereur Gallien vers l'an 240, dix années environ avant l'avénement de ce prince à l'empire. Elle favorisa les savants et fut savante elle-même. Sa philosophie lui fit voir sans dépit les infidélités de Gallien, qui, d'ailleurs, la respecta toujours et qui se loua plusieurs fois de ses conseils. Elle l'accompagnait dans ses expéditions militaires et peu s'en fallut qu'elle ne fût faite prisonnière par les Goths lorsque Gallien les chassa d'illyrie. S'étant arrêtée, au retour, auprès de Milan, où le tyran Auréole avait levé l'étendard de la révolte, elle fut enveloppée dans une conjuration formée contre Gallien et périt dans la même nuit que son époux et un des princes de la famille impériale, le 20 mars 266.

Salonioa fut si zélée pour la philosophie de Platon, que lui avait enseignée Plotin, qu'elle obligea, raconte Moreri, d'après Baronius , l'empereur son mari à permettre que Plotin bâtit une ville où il pût établir une république que l'on gouvernerait selon les maximes de Platon. Ce fait paraît plus que douteux.

SALOMQOE (Therma et Thessalonica des anciens), ville de la Turquie d'Europe, ch.-l. du pachalik auquel elle a donné son nom. Elle est située au fond d'un golfe, à 520 kilom. O. de Constantinople, par 40° 38' de latit. N. et par 20° 36' de longit. E.; 70,000 hab. Bon port de commerce. Siège d'un métropolitain grec, d'un grand mollah musulman, d'un grand hakem israélite et de consuls français, anglais et autrichien. Salonique est la ville la plus florissante de la Turquie d'Europe après Constantinople ; son industrie consiste en fabriques de soie, tapis, maroquins, et en tanneries. Commerce actif de ble, d'orge, de maïs, de coton, de tabac, de bois de charpente, de fer, de plomb. L'ensemble de son commerce maritime atteignait en 1860 une valeur de 17,518,000 francs, dont

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9,817,000 francs à l'importation et le reste à l'exportation.

— Histoire. Salonique dut son nom primitif de Therma aux nombreuses sources d'eaux minérales dont on retrouve encore aujourd'hui trace aux environs. Lors de son projet de conquête, Xerxès, roi des Perses, campa dans cette ville. Les Athéniens s'emparèrent de Therma dès les commencements de la guerre du Péloponèse. La ville, prise et reprise par les généraux d'Alexandre, fut presque complètement reconstruite en 315 par Cassandre, qui changea son nom contre celui de Thessalonique, sœur d'Alexandre, qu'il avait épousée. A l'époque de la conquête romaine, Thessalonique, autant par 1 excellente situation de son port que par ses innombrables relations extérieures, était devenue une des cités les plus florissantes de ta côte; les nouveaux conquérants en firent le chef-lieu de leur domination en Macédoine. Plus tard, le sénat et le parti de Pompée s'y retranchèrent. Après la mort de César, Thessalonique se déclara pour Octave et Antoine contre Brutus et Cassius; devenu empereur, Auguste récompensa cette conduite en accordant à la ville le rang de cité libre. L'ère chrétienne trouva Thessalonique affermie dans sa prospérité ; elle était alors la capitule de tout le territoire compris entre l'Adriatique et la mer Noire et sa population atteignait, au moment de la fondation de Constantinople, environ 220,000 habitants. Cette fondation, qui semblait devoir l'écraser, ne lui causa aucun préjudice, et c'est encore à Thessalonique qu'on songea lorsqu'au me siècle il s'agit de mettre une digue aux invasions barbares. Elle fut alors érigée en colonie romaine et soutint dignement le choc. Ici se place le sombre épisode connu sous le nom de Massacre de Thessalonique ; on en trouvera ailleurs le récit dans tous ses détails. Nous nous bornerons à en rappeler le criminel auteur, qui ne fut autre que l'empereur Théodose; suint Ambroise lui imposa à cette occasion une pénitence publique extraordinaire. Cependant les invasions barbares avaient brisé la barrière qu'on leur opposait; au vio siècle, nous trouvons Thessalonique en lutte avec les Slaves. Deux siècles après (904 environ) a lieu la première apparition des Sarrasins, qui s'emparent de la ville et la mettent à feu et a sang. En 1179, Manuel Comnène la donna, avec son territoire, à Renier de Montferrat. Aux Sarrasins succèdent les Normands (1185) qui, commandés par Tancrède, recommencent le pillage et massacrent la plus grande partie de la population Au xiii« siècle, la ville, échue aux marquis de Montferrat , devint la capitale d'un petit empire, dit empire de Thessalonique. Enfin, après avoir été vendue aux Vénitiens par les empereurs de Constantinople, Thessalonique tomba, en 1430, au pouvoir des Turcs; elle n'a pas cessé depuis cette époque de faire partie de l'empire ottoman. Indépendamment de son rôle politique dont le rapide résumé qui précède suffit à marquer l'importance, Thessalonique en joua un autre non moins considérable dans l'ordre religieux , aux premiers temps du christianisme. Deux épltres de saint Paul sont adressées aux 'i'hessaloniciens. « Enfin, dit un écrivain contemporain, Thessalonique, regardée commu la capitale du christianisme en Orient, fut appelée la ville orthodoxe. Sous le règne de Léon l'Isaurieii, les provinces dépendantes de celte ville furent les premières à rejeter l'autorité de Rome et donnèrent le signal du grand schisme d'Orient. Eusthatius, le célèbre commentateur de Vlliade et de ['Odyssée, était évêque de Thessalonique eu 1185. »

Salonique est une ville percée de rues étroites et irrégulières; mais ses maisons étagées aux flancs de la colline sont d'un aspect trèspittoresque. La ville est entourée de murailles bâties au moyeu âge, mais assises sur des fondations eyelopéennes. Ces murailles, d'une étendue de plus de 8 kilomètres, sont crénelées, garnies de grosses tours, et forment à la ville une ceinture d'un blanc éclatant. Les murailles de Salonique formaient jadis avec la citadelle, dite aussi château des Sept- Tours, un redoutable système de défense; la fondation de la citadelle est contemporaine de la domination vénitienne. Son nom indique sa forme architecturale. On conserve à l'intérieur divers fragments de colonnes de marbre antique, paraissant provenir d'un ancien temple de Jupiter, et les débris d'un arc de triomphe érigé, sous le règne de Marc-Aurèle, en l'honneur d'Antouin le Pieux et de sa fille Faustine.

— Monuments. Indépendamment de ses murailles et de sa citadelle, Salonique possède encore un certain nombre d'édifices qui méritent une mention ; ce sont : l'ancienne église chrétienne de Sainte-Sophie, aujourd'hui convertie en mosquée. Bien que sur une échelle moins vaste, elle a été conçue sur un plan identique à celui de Sainte-Sophie de Constantinople. Sa fondation, attribuée à l'architecte Anthémius, remonte au règne de Justinien. La chaire de marbre vert antique, dans laquelle on prétend que saint Paul a fait entendre ses prédications lors de son passage à Thessalonique, n'a aucune authenticité.

Des deux autres mosquées de la ville, l'une, la mosquée d'Eski-Djaina, occupe l'emplacement du temple de Vénus Thermaïque; l'au-

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tre, la mosquée de Saint-Dimîtri, n'est autre que l'ancienne église métropolitaine, La première conserve encore six colonnes doriques du pronaos, enclavées dans le mur; la seconde, une belle rangée double de colonnes en marbre vert antique.

Enfin, parmi les monuments antiques ou ruines, il faut citer deux arcs de triomphe et surtout le Suretk-Maley ou Propylées de l'hippodrome, a Ces ruines remarquables , dit M. Jeanne, se composent de quatre colonnes corinthiennes dont l'architravo supporte des cariatides. Les juifs croient que ces figures ont été pétrifiées par enchantemeut et les appellent les incantadas. « Les deux arcs de triomphe sont : l'arc de Constantin, construit en briques recouvertes de plaques de marbre sculptées de bas-reliefs ; il fut, comme son nom l'indique, érigé en l'honneur de Constantin, en souvenir de sa victoire sur Licinius ou sur les Sarmates; le second arc, dont la base disparaît aujourd'hui dans le sol, d'une hauteur de 5 mètres sur une largeur de 3 mètres, présente un bas-relief, très-bien conservé, figurant un Romain couvert de sa toge et debout près de son cheval. Ailleurs, sur une plaque de marbre, se lit une liste des politarques ou chefs de la ville à l'éptique de l'érection du monument. Cette érection paraît contemporaine de la bataille de Philippes, et l'are de triomphe eut sans doute pour objet d'en immortaliser le souvenir. Mentionnons enfin, en terminant, la Rotonde, ancien temple bâti sous Trtijan et dédié par lui aux dieux Cabires. Déforme circulaire, rappelant le Panthéon de Rome et recouvert d'un dôme orné de curieuses mosaïques, cet édifice est, comme les autres églises et temples dont nous avons parlé, converti en mosquée depuis longtemps.

Le musée impérial turc de Sainte-Irène vient de s'enrichir de la découverte faite à Salonique de trois bas-reliefs remarquable- ■ ment sculptés et dans un très-bon état de conservation. Ils faisaient originairement partiedu portique de Constantin, qui fait face à l'entrée de l'est du bazar moderne de Salonique et se trouve près de l'ancienne via Ignatia; ils ont été, à ce qu'il paraît, détachés du monument par mesure de précaution pour empêcher qu'ils ne fussent enlevés du pays, comme cela est arrivé pour tant d'autres débris de l'art grec et romain.

Les bas-reliefs qui viennent de s'ajouter à la collection turque sont de si grande dimension qu'il a fallu les déposer provisoirement dans la cour de Sainte-Irène. Les sculptures représentent la célèbre fable de la chasse de Calydon. Sur le premier bas-relief figure un guerrier qui, suivant M. Dethier, directeur du musée turc, représente Méléagre chassant le sanglier. Le héros est à cheval, quoique dans d'autres sculptures où cette chasse est décrite il soit ordinairement représenté à pied. La main droite est fermée et élevée comme pour lancer un javelot. Cependant aucune arme n'existe sur le bas-relief.

Le second bas-relief nous montre un serpent enroulé autour d'un arbre derrière lequel s'avance un sanglier, présentant ses défenses comme s'il allait se précipiter sur un ennemi. C'est sans aucun doute le monstre que Diane, irritée des dédains du roi de Calydon, envoya ravager son pays. Le serpent symbolise probablement la surveillance, ordinairement dépeinte par les anciens sous cette forme. Dans le troisième bas-relief figurent deux guerriers à pied; ils ont la tête nue, portent des tuniques attachées à la ceinture par des baudriers, et des sandales ; ils sont armés de courts javelots et marchent ensemble avec précaution, dans l'attitude d'hommes qui cherchent l'ennemi. Ce sont des chasseurs, on le suppose, de la suite de Méléagre. Ces bas-reliefs forment un intéressant spécimen du style de sculpture > composite » spécial à l'époque de Constantin, et, à ce titre, ils sont dignes de l'attention des antiquaires.

SALONNIER s. m. (sa-lo-nié — rad. salon). Ecrivain qui rend compte des Salons, des expositions artistiques : Un spirituel sa.- •lonniek.

SALOP s. m. (sa-lopp). Bot. Ancien nom du salep. V. ce mot.

SALOP.comté d'Angleterre. V.Surevsbury.

SALOPE s. f. (sa-lo-pe. — C'est probablement un dérivé de sale, bien qu'il soit assez difficile d'expliquer la désinence. On peut aussi présumer que salope est pour slop et correspond à l'anglais sloppy , fangeux). Femme très-sale.

— Femme qui a des mœurs ignobles : Il croit passer pour un bel esprit de bonne compagnie, parce que quelques salopes l'appellent chevalier de La Morande au lieu de Maraude. (Lauraguais.)

— Mar, Marie-salope. V. ce mot. ■

— adj. Sale, malpropre : Cet enfant est bien salope. || Peu usité.

SALOPEMENT adv. (sa-lo-pe-man — rad.

salope). D'ans manière sale, tout à fait malpropre : Manger salopemiint. ii Peu usité.

SALOPERIE s. f. (sa-lo-pe-rî — rad. salopa). Grande malpropreté : Il n'y a pas moyen de manger dans cette auberge, tout y est d une saloperie dégoûtante. (Acud.)

— Chose sale, malpropre : C'est une salo-

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perie que ce plat-là. Quelle saloperie que cette marchandise !

— Discours, propos ordurier : Dire des saloperies.

— Chose vile, de mauvaise • qualité : Ce marchand de vin ne vend que de la salo-

PEKIB.

SALORGE s. m. (sa-lor-je — du lat. sal, sel). C'oimn. Amas de sel.

SAIOUEN ou TIISAN-LOUEN, fleuve de l'Inde transgangétique. Il prend sa source dans les montagnes duThibet, où il prend le nom d'Oïr-Tchou, baigne lu province chinoise d'Yuri-Nan, où il porte le nom de Lou-Kiang, coule ensuite du N. au S., sous le nom de Salouen, entre l'empire Birman et le royaume de Siam ; puis il arrose les provinces anglaises de Pégou et de Murtaban, et se jette dans l'océan Indien, à la baie de Martaban. Le cours de ce fleuve n'est encore que trèsimparfaitement connu, surtout dans sa partie Bupérieure.

SALOUM, territoire du Sénégal, traversé par la rivière de ce nom et défendu par le poste de Kaolakh. Ce pays est habité par des Djolofs et des Mandingues; il s'étend jusqu'à la Gambie. Le Saloum était, il y a quelques années, le centre d'un commerce actif; aujourd'hui, on n'y traite plus d'affaires. Cela tient à ce que le gouverneur, M. Pinet-Laprade, battu sur toute la ligne dans une guerre contre les indigènes qu'il voulait soumettre à payer des impôts, n'a pas eu d'autre ressource, pour sauver nos établissements, que de fomenter une guerre civile entre les noirs. De là la conflagration du Saloum, qui dure encore et prive notre commerce de comptoirs importants, notre marine d'un port sûr.

Le royaume de Saloum, situé dans la partie occidentale de la Sénégambie, mesure à peu près 230 kilom. de longueur sur 100 kilom. de largeur; on évalue la population à 300,000 hab. La capitale de l'Etat est Iiahon.

SALOUM, rivière de la Sénégambie, qui sert de ligne de démarcation entre le Sin et le Barra, c'est-à-dire entre las Yoloffs et les Mandingues. Une barre et de nombreux Ilots en rendent l'entrée difficile; mais, cette entrée franchie, la navigation en est très-facile. Ses rives sont découpées de marigots qui forment des Iles basses et couvertes de mangliers. La Saloum est très-poissonneuse. Elle a donné son nom au pays qui la borde.

SALPA s. m. (sal-pa). Moll. Genre de tuniciers.

— Encycl. Le genre salpa, connu aussi sous les noms de bifore ou biphore, est caractérisé par un corps oblong, cylindracé, tronqué le plus souvent aux deux extrémi-

. tés, près desquelles se trouvent deux ouvertures, dont l'antérieure est la bouche et l'autre l'anus. Ce corps est renfermé dans une double enveloppe, dont l'intérieure parait être la véritable peau ; l'extérieure, plus épaisse, membraneuse ou presque cartilagineuse, transparente, se détachant facilement de la première et désignée sous le nom de manteau, serait plutôt un corps excrété. Les viscères forment un nucléus presque toujours coloré k ses deux extrémités. Les branchies, en forme d'écharpe linement striée en travers, se portent obliquement du nucléus à la partie postérieure. L ensemble du corps est très-mou et plus ou moins diaphane. On ne connaît pas bien les organes de la génération chez ces tuniciers, qui paraissent être hermaphrodites, et encore moins leur système nerveux.

Les salpas s'attachent les uns aux autres dans un ordre régulier; si on les sépare, ils continuent k vivre, mais ne peuvent plus se réunir. Ceux qui sont agrégés dans leur jeunesse se séparent toujours avec les progrès de l'âge. D'après les observations et les théories les plus récentes, il y aurait chez ces animaux une véritable génération alternante, les individus libres donnant naissance à des groupes, et réciproquement; on observe, d'ailleurs, de très-grandes différences entre les individus d'une même espèce, suivant qu'ils sont libres ou agrégés. La réunion se lait tantôt en rosaces, tantôt en cordons simples ou multiples, diversement disposés, mais toujours de manière que les deux ouvertures soient libres.

« Ces animaux, dit Al. Rousseau, ont une progression lente qui leur est propre; elle est due au passage de l'eau dans le Canal médian; le liquide contenu est chassé par l'ouverture postérieure, et, à l'aide d'une contraction du manteau, elle ne peut prendre une autre direction, la valvule de l'ouverture antérieure s'y opposant; la force avec laquelle le liquide est chassé au dehors détermine le fluide ambiant à devenir un obstacle, et l'animal s'avance, la sortie de l'eau agissant comme une nageoire. Par un mouvement de relâchement du manteau, le canal se remplit de nouveau par l'ouverture antérieure, et une nouvelle contraction détermine un nouveau mouvement en avant de l'animal. »

Les espèces de ce genre sont assez difficiles k distinguer et les auteurs ce sont pas d'accord sur leur nombre. La plupart se trouvent dans la zone tropicale et quelques-unes dans les régions tempérées. Toutes habitent

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la haute mer, où elles sont complétenr ent immergées à des profondeurs variables. Pendant Ips temps calmes, elles viennent près de la surface de l'eau, et, comme elles sont phosphorescentes, elles dessinent souvent, pendant la nuit, de longs rubans lumineux. Nous citerons les salpas géant, confédéré et penné, des mers d'Europe.

SALPE s. f. (sal-pe). Ichthyol. Syn. de

SAOPfi.

SALPÊTBAGE s. m. (sal-pê-tra-je — rad.

salpélrer). ïechn. Formation du salpêtre dans les nitrières artificielles : Le plâtre favorise le salpêtragb des murs. (Maquïl.)

SALPÊTRE s. f. {sal-pê-tre — du lut. sal, sel ; peine, de pierre). Chim. Azotate de potasse :

J'apprends qu'en Germanie autrefois un bot. prêtre Pétrit pour s'amuser du soufre et du salpêtre.

Il Salpêtre terreux, Azotate de chaux qu'on trouve enefflorescence sur les murs humides.

Il Salpêtre du Chili, Azotate de soude.

— Poéliq. Poudre de guerre ou de chasse : Du salpêtre en fureur l'air s'embrase et s'allume.

Boile.hj.

Bans ces globes d'airain le salpêtre enflamma Yole avec la prison qui le tient enfermé.

Voltaii.e.

Souvent d'un plomb subtil que te salpêtre enbrase Vous irei insulter le sanglier glouton.

J.-B. Rousseau.

— Fam. Personne très-vive, trés-prempte à s'enflammer : Patience donc, salpêtrb ! (Balz.)

— Faire péter le salpêtre, Faire beaucoup de décharges d'armes a feu : A la naissance de ce prince, à cet exercice, on a bien fait

PÉTER LE SALPÊTRE. (Acad.)

— Constr. Résidus de vieux plâtras ot de vieux mortiers qu'on a lessivés pour en extraire le salpêtre, et qu'on emploie ensuite pour sceller les pavés.

— Encycl. Chim. V. NiTRB et azotat.3 de

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