ABAJOUES
— Encycl. Archit. Vitruve explique que les œci, les triclinia, les exedrs et autres salles doivent avoir en longueur le double de leur largeur. Les salles appelées ceci, dit Vitruve, sont de deux genres : il y a celles qu'on nomme corinthiennes et il y a les tétrastyles qu'on nomme égyptiennes. Le3 proportions de la largeur k la longueur sont les mêmes que celles des iriçlinia ou Salles à manger; mais les colonnes dont on les orne obligent à leur donner plus d'étendue. Voici en quoi sont différentes ces deux espèces de salles. La salle corinthienne n'a qu'un seul ordre de colonnes placées sur un socle ou simplement k terre ; elles sont surmontées d'une architrave et d'une corniche soit en bois, soit revêtue de stuc, d'où part et s'élève une couverture en voûte circulaire. Au contraire, dans la salle égyptienne, de l'architrave du premier rang de colonnes partent des plates- bandes qui vont reposer sur le mur d'enceinte et reçoivent un assemblage de planches et un promenoir à découvert tout alentour. Sur l'architrave et à l'aplomb des colonnes dont on a parlé s'élève un second ordre, moins haut d'un quart que l'ordre inférieur et dont la corniche reçoit sa couverture et ses ornements. Entre les petites colonnes du haut sont placées les fenêtres, ce qui fait que cette sorte de salle ressemble à une basilique plutôt qu'à la salle corinthienne. Les Grecs ont des salles qu'ils appellent cizyrènes, ajoute Vitruve; on les tourne ordinairement vers le nord et de manière qu'on y ait la vue des jardins ; leur porte s'ouvre dans le milieu ; elles doivent avoir en longueur et largeur assez d'espace pour qu'on puisse y placer commodément deux tables, l'une eu regard de l'autre. Adroite et à gauche, il y a des fenêtres en guise de portes, pour que de dessus les lits on puisse jouir du coup d'oeil des jardins. On leur donne en hauteur une fois et demie leur largeur. • II ne serait guère possible, dit Quatremère de Quincy, d'assigner dans l'architecture moderne aux salles les plus remarquables ni forme particulière ni caractère général susceptible de devenir la base d'une théorie. II se trouve sans doute, dans beaucoup d'éditices publics, de grandes et belles salles pour plus d'une destination; mais ni leurs formes ni leurs destinations ne sont assujetties à des règles déterminées. »
Le moyen âge éleva dans les palais, les châteaux et près des cathédrales des salles
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qui pouvaient contenir un. grand nombre de personnes et qui servaient de tribunal ou de parquet, ainsi que pour les grandes réunions. Parmi celles qui ont été conservées jusqu'à nos jours, on peut citer : 1° la salle synodale de l'archevêché de Sens, qui date du règne de saint Louis, de 1240 environ; sa longueur est de 40 mètres et sa largeur de 15 mètres. En 1263, la tour méridionale de la cathédrale tomba sur les voûtes qui couvrent cette salle et les effondra ; on. se contenta de réparer le dommage et de couvrir la salle avec une charpente. De nos jours, sur l'avis de la commission des monuments historiques, on l'a réparée complètement, les voûtes ont été refaites, ainsi que les piliers. Cette restauration, dans laquelle on a conservé une assez grande quantité de fragments pour servir de preuves à l'appui, a coûté 44">,00Q francs; î« la grande salle du château de Btois, qui date du xme siècle et dans laquelle fuient tenus les états sous Henri III ; 3" la grande salle du château de Pierrefonds, construit par Louis d'Or^ lêansdans les premières années du xve siècle et réparé dans ces dernières années; cette salle a environ 60 mètres de longueur sur 10 mètres de largeur. Ces salles du moyen âge étaient richement décorées; non-seulement des peintures, des boiseries et des tapisseries couvraient leurs parois, mais encore on y suspendait des armes, des trophées recueillis dans les combats- Un genre de monuments publics fut toutefois pendant longtemps, c'est-à-dire à partir du moyen âge jusqu'à nos jours, celui qui offrit 1 usage le plus constant de vastes salles destinées à de nombreuses réunions; ce sont les hôtels de ville. La grande sn/(e de réunion était la partie principale de ces édifices. L'Hôtel de ville de Paa-is possédait avant sa destruction (mai 1871) plusieurs grandes salles. Beaucoup d'autres hôtels de ville possèdent des salles remarquables, entre autres celui d'Amsterdam, bâti par van Campen. Le Palais de justice à Paris contient une vaste et célèbre salle à deux nefs collatérales, œuvre de Jacques de Brosse, connue ( sous le nom de salle des pas perdus, et qui est un des plus grands vaisseaux qui aient été construits; elle fut en pat lie détruite en mai 1871, mais elle a été restaurée depuis. Au palais Vieux, à Florence, on remarque la salle de la Seigneurie où se tenaient les assemblées politiques. La grande salle du Sénat, à Gènes, est un des plus beaux et des plus riches ouvrages modernes de ce genre. Presque toutes les vastes salles des parlements, en France, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, se recommandent par leurs dimensions et la richesse de leur décoration. Dans les palais et les hôtels, un grand nombre de pièces prennent d'ailleurs le nom de salle et reçoivent une désignation particulière tirée ue leur destination ; ainsi l'on dit : salle des gardes, salle du conseil, salle du trône, salle d'Apollon, salle de bal, etc.
Pour les grandes salles de réunion, la hauteur est généralement égale à la largeur. Dans les salles à manger, pour que les domestiques circulent facilement autour de la table, la distance qui la sépaie des murs de la salle doit être de 0,90 à 1 mètre à ses extrémités, et de 1,25 à 1,35 latéralement. Pour une salle de billard, il faut un espace de i mètres entre le billard et les murs de la salie. D'après Mandar, la superficie en mètres carrés des salles à manger doit être pour un petit appartement de 13">,3Ô à 18^,99; pour un appartement moyeu , de as10^ à 37m,99; pour un grand appartement, de 4Sm,5s à 6âm.3S. Dans les satles de spectacle, pour que les spectateurs ne soient pas gênés, il faut compter sur un espace de 0ra,50 en largeur et 0m,75 en longueur par personne, c'est-k-dire que la distance d'axe en axe de deux banquettes consécutives doit être de O'o^S. Pour que tous les spectateurs voient bien ce qui se passe sur la scène, le parterre doit aller en s'élevant de 010,10 à 0!",13 par banquette, et, pour les galeries, une droite s'appuyant sur les arêtes des banquettes doit venir rencontrer l'arête de l'avant-scène , et même passer au-dessus ' si cela est possible.
— Econ. domest. Les salles à manger des anciens contenaient toujours au moins deux tables, l'une chargée des vivres solides, l'autre des boissons et des coupes. Quant k la forme de ces tables, il y en eut de rondes, de carrées, d'ovales; quelques-unes étaient en forme de fer k cheval. Sous le règne de Théodose, on préférait les tables en demicroissant.
Denys d'Halicarnasse, qui nous donne la description des repas des Romains, nous apprend qu'avant la décadence et l'introduction du luxe les conquérants du inonde n'eurent que des tables d'un bois commun et sans ornements. Jusqu'à la seconde guerre punique, on s'assit devant ces tables sur de simples bancs da bois. Scipion apporta de Cartilage l'usage de ces petits lits que l'on appela long-temps punicani ou archaici, lits bas et reinbourrés de paille ou de foin et couverts de peau de chèvre ou de mouton. Peu après, on s'habitua k ne plus s'asseoir sur ces lits, mais à s'y étendre mollement.
Lors de la décadence, on eut des tables d'un prix immense ; elles étaient recouvertes de riches tapis, et Cicéron nous apprend,
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dans sa seconde Philippique, qu'à son époque ces tapis étaient souvent de pourpre. Pline parle d'un de ces meubles qui avait coûté 1,400,000 sesterces, c'est-à-dire plus de 300,000 francs. Ces tables étaient souv<;n* enrichies de mosaïques, d'ivoire, d'écaillé de tortue, de racine de buis, d'érable Ou de citronnier, de plaques de cuivre, d'argent, d'or et même de pierres précieuses.
On rangeait trois lits autour d'une table carrée, d'où est venu le nom de triclinium donné à la table et k la salle à manger. Un des côtés de la table restait donc libre pour le service. Chacun des lits était élevé d'environ quatre ou cinq pieds et pouvait tenir trois, quatre et quelquefois cinq convives. On se servait de plusieurs tables. La première était réservée aux services de viandes et de poissons, et l'on changeait de table a chaque service. L'arrivée de la "dernière, sur laquelle se trouvaient les fruits, donnait le signal des chants et des bruyantes conversations.
Après les Romains, l'usage de s'asseoir à table ayant été progressivement abandonné, les dimensions et les formes de ce meuble furent naturellement modifiées. La forme quadrangulaire prévalut généralement. Mais une disposition qui mérite une mention toute spéciale est celle qu'introduisit la distinction des rangs, et par laquelle l'une des extrémités de la table fut exhaussée de plusieurs gradins et prit le nom de haut bout, qui est resté dans la langue. Notre siècle égalitaire a supprimé radicalement ces distinctions et, pour en effacer même toute trace, a fini par adopter la forme ronde pour les tables k manger.
Notons un singulier accessoire de la table usité au siècle dernier et qui s'appelait la garantie ; c'était une pièce de laine épaisse appelée drap de capucin. Aux lisières étaient cousues, de distance en distance, de fortes agrafes qui s'accrochaient k de petits pitons fixés au dos de toutes les chaises; on faisait asseoir les convives, on attachait la garantie aux pitons et elle faisait ainsi le tour de tous les sièges. L'avantage de cette enveloppe était d'intercepter le vent, de garantir les jambes des convives, d'entretenir sous la table une douce chaleur qui facilitait la digestion.
Les modifications apportées de nos jours aux tables des satles à manger sont toutes motivées par la nécessité d'économiser l'espace dans nos étroits appartements. Divers mécanismes plus ou moins ingénieux permettent aujourd hui de réduire presque à rien les dimensions des tables en dehors des heures de repas.
De nos jours, la salle k manger, que l'Académie définit « grande pièce dans un appartement, » est le plus souvent la plus petite pièce de l'appartement. Etant donné même qu'une salle est une grande pièce, on se demande comment les Parisiens ont pu décorer du nom de salle k manger ces réduits de quelques pieds carrés où ils s'entassent pour manger. Est-ce une de ces ironies familières à ce peuple spirituel? Cela se peut; mais, quoi qu'il en soit, que les étrangers se le tiennent pour dit, la salle k manger parisienne n'a rien de commun que le nom avec la salle des pas perdus du Palais de justice ou la salle des séances du Corps législatif. Quand trois, quatre ou cinq chaises sont disposées autour de la table de ces prétendues salles, il est absolument impossible d'y circuler autrement que sous la table; mais il est vrai que la circulation est inutile, car la cuisinière, rien qu'en tendant le bras et sans se déplacer, peut porter directement les plats de son fourneau au milieu des convives.
Nous ne disons pas, cependant, qu'il n'existe quelque part k Paris, dans les quartiers aristocratiques, quelques salles à manger un peu moins exiguës et où il est absolument possible de circuler autour de la table. Chez les personnes' qui peuvent se permettre un pareil luxe, il est reçu, quel que soit l'espace dont on dispose, que cette pièce doit être toujours meublée avec une sorte de simplicité austère.
La salle à manger, dans les appartements où logent les personnes jouissant d'une certaine aisance, doit toujours être meublée d'une table au jnilieu, d'un buffet ou dressoir auquel on peut ajouter, si l'espace le permet, une table de service ou k découper et un ehauffe-assiettes. La table de service est placée dans l'angle le plus rapproché de la porte qui mène à la cuisiue; les dressoirs seront placés, autant que possible, en face des flancs de la table k manger. D'ailleurs, la salle et le mobilier doivent être tenus dans un état de propreté irréprochable, bien aérés pour ue pas conserver l'odeur du repas. Le mode d'éclairage qu'il faudra préférer sera celui d'une lampe coiffée d'un réflecteur et suspendue au plafond perpendiculairement an centre de la table.
Lorsqu'on visite un ancien château , on n'est pas peu étonné du soin que nos ancêtres apportaient à tous les détails de la vie intérieure. Les deux plus vastes salles du manoir étaient la salle d'armes et la suite k manger. Cette dernière surtout se distinguait par la richesse de son ameublement. A l'une des extrémités était le dressouer ou buffet sur lequel on plaçait les bassins et les vases enrichis de pierres précieuses. Parmi ces vases, on admirait un petit coffret appelé nef
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a cause de sa forme, qui était celle d'un vaisseau. On y serrait les couteaux, les cuillers, les hanaps, les serviettes, les cure-dents, etc. Les murs de la salle à manger étaient recouverts de longues tapisseries ou peints à fresque par des artistes qui se plaisaient à représenter des scènes tirées des fabliaux ou des romans de chevalerie; le parquet était jonché de foin, de nattes tressées, ou semé de fleurs suivant la saison et les ressources du propriétaire.
— Administr. Salles d'asile. V. asile.
— Administr. milit. Salle de police. Avant le ministère de Choiseul, les soldats fautifs étaient jetés en prison ou au cachot; mais cette méthode offrait de graves inconvénients, parce qu'il n'était guère possible de punir un militaire de la prison pour des Vétilles ; et pourtant la susceptibilité des supérieurs est si grande, à l'armée, que, dans les temps de paix principalement, on voyait arriver en foule aux prisons des soldats ayant commis de ces fautes légères que nous appelons peccadilles. Les ministres ne tardèrent pasà s'apercevoir que ces punitions, trop sévères pour des fautes si peu graves, indisposaient l'armée tout entière. On avait a choisir entre une loi fixant les cas où le soldat méritait la prison, et l'établissement d'une prison de corps où le coupable irait payer sa faute. Ce fut ce dernier choix que l'on fit et les salles de police furent créées. Dans ces salles de discipline, il est défendu de fumer, de faire du feu et de se procurer de la lumière; aucune boisson enivrante n'y peut être introduite; toute entrée et toute sortie doivent être l'objet d'un ordre écrit. Tout ofticier, sous-officier ou caporal est en droit de punir de la salle de police tout homme de troupe de son corps. Ce sont des caporaux de police qui sont chargés de l'exécution des corvées des hommes punis qui leur sont remis par les caporaux de semaine. Ces salles sont munies d'un large lit en planches sur lequel les soldats doivent essayer de dormir tant bien que mal. 11 est inutile de dire qu'il n'existe de salles de police que dans les garnisons et qu'en campagne les supérieurs sont forcés, a. leur grand désespoir, d'en revenir à la vraie méthode militaire qui ne veut de punition que pour les véritables fautes; aussi peut-on dire que le militaire n'est véritablement soldat qu'en temps de guerre, et c'est pour cela que l'armée ne demande qu'à faire des campagnes. On a remarqué, d'ailleurs, que les troupes où l'on n'a pu établir sur une grande échelle le système des salles de police sont généralement les meilleures en guerre; les zouaves en sont un exemple frappant. Certes, ce n'est pas là un de ces corps où l'obéissance, dépassant les limites de la passivité, tombe dans la stupidité ; mais ces soldats, que l'on ne punit guère que pour des fautes graves, sont de bons soldats.
Salle d'armes (la), roman, par Alexandre Dumas (1S3S), réédité plus tard sous le titre de Pauline (2 vol. in-8°, 1840). Pauline, une jeune fille charmante, douée de tous les dons de la nature et de la fortune, a épousé le comte de Beuzeval, un véritable héros de roman. Un sentiment étrange, comme produit par une espèce de fascination magique, un amour mêlé d'épouvante, avait entraîné, presque malgré elle, cette pure et douce jeune lilte dans les, bras du comte. Un tel époux était bien fait pour inspirer de l'effroi , sans parler des bruits étranges qui couraient sur son compte. M. de Beuzeval avait des habitudes et des manières qui n'étaient guère propres à rassurer une jeune femme. Il ne se couchait jamais sans avoir à Ja portée de sa maÎD une paire de pistolets chargés, et un cheval sellé nuit et jour semblait indiquer que son maître pouvait d'un moment à l'autre être obligé de fuir. De plus le comte avait deux amis, Henri et Max, chez lesquels on remarquait les mêmes habitudes. Sauf ces singularités, le comte était un homme charmant et le meilleur des époux. Peu de temps après son mariage, il annonce à sa femme qu'il est obligé de la quitter, bien à regret, pendant un ou deux mois; mais un engagement pris étant garçon le force de recevoir deux de ses amis pendant l'époque des chasses dans son château de Burcy, inusure à demi ruinée, inhabitable pour une femme. 11 résiste aux supplications de Pauline, qui veut l'accompagner. A peine Beuzeval et ses deux amis sont-ils arrivés au château de Burcy que de fréquents et audacieux assassinats épouvantent la contrée et remplissent les journaux. Pauline inquiète prend le parti d'aller rejoindre son mari et urrive au château de Burcy, où l'on était loin de l'attendre et surtout de la désirer, car les auteurs des crimes qui ont jeté partout la terreur n'étaient autres que son mari, Max et Henri. Toutefois, le comte l'accueille avec amour. Une partie engagée pour les jours suivants force le comte à quitter sa femme le lendemain même de son arrivée ; il s'excusa de la laisser seule et promet que dorénavant ses lointaines excursions ne se renouvelleront plus. Seule dans son château isolé, Pauline a peine à surmonter les craintes qui l'agitent ; sou oreille, que l'effroi tient éveillée, est frappée de bruits de pas, de portes fermées ; elle a vu pendant la nuit la tête de son mari penchée au-dessus de son lit comme pour s'assurer qu'elle est endormie. Il n'est donc pas parti, il se cache; quel effrayant mystère I Le hasard lui fait découvrir une
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Forte secrète qui aboutit a un escalier îont existence lui est inconnue. Pauline a le courage de s'engager dans cet escalier, et, après avoir descendu plusieurs étages, elle entend les voix de son mari et de ses amis. Elle avance vers le lieu d'où partent ces voix; à travers les fentes d'une porte mal jointe, elle aperçoit les trois amis à table, au milieu du désordre d'une orgie. Mais ils ne sont pas seuls; dans le fond de la pièce, sur un mauvais lit, est étendue une femme attachée par les quatre membres et demi -nue. Henri et Max se disputent à qui l'aura, et la querelle est sur le point de se vider à coups de poignard, lorsque le comte met les deux rivaux d'accord en envoyant adroitement une jalle dans le cœur de la femme convoitée par les brigands. Pauline pousse un cri et s'évanouit. Elle se réveille dans un souterrain. Devant elle sont une lampe prête à s'éteindre, une lettre et un verre d'eau. Par la lettre le comte apprend à sa femme qu'il l'adore, mais qu'elle doit mourir, puisqu'elle a surpris son secret. Tout ce qu'il peut faire pour elle, c'est de lui épargner les angoisses d'une longue agonie et le verre d'eau empoisonnée qu'elle t. devant elle est le dernier gage de son amour. Pauline lutte deux jours contre la mort, et à la fin, vaincue par le désespoir et la souffrance, elle porte le poison à ses lèvres. A ce moment, par un de ces coups de la Providence qu'on ne rencontre que dans les romans, survient un jeune homme qui l'aimait avant son mariage, Alfred de Nerval, qui aie bonheur de la délivrer. Le monde la croyait mor.e; le comte de Beuzeval avait eu l'adresse défaire passer le cadavre de la femme assassinée pour celui de Pauline, et il jouissait en paix de la haute position que lui procurait son heureuse habileté. Peut-être en eût-il joui jusqu'à la fin de ses jours, lorsqu'un inc dent imprévu vint mettre fin à ses crimes. Il demanda la main de la sœur d'Alfred de Nerval. A la nouvelle du malheur qui menaçait sa famille, Alfred accourt, révèle au comte la miraculeuse résurrection de Pauline, le provoque et le tue après avoir été blessé lui-même. Il garde vis-à-vis de Pauline le plus profond silence sur la part qu'il a eue dans la mort de son mari, mais elle a deviné la vérité et, après quelques mois de souffrances, elle s'éteint dans les bras de celui qu'elle aime, mais dont elle n'a pu récompenser l'amour, parce que le cadavre de son mari se dressait entre eux.
C'est là une épouvantable histoire, qui rap-
f>elle les combinaisons d'Anne Radoliffe et es Mystères du château d'Udolpfie. Ce roman fantastique et horrible n'a qu'une mine 3 valeur, et, fort heureusement pour lui, Dumas père en a fait d'autres.
SALLE (La et db La). Pour tous le» personnages de ce nom, V. La Salle.
SALLE (Jean-Baptiste-Louis-Nicolas,', comédien français , né à Troyes en 1669, mort à Paris en 1706. 11 était fils d'un avocat. Se croyant de la vocation pour l'état monastique, il balança quelque temps entre les divers ordres religieux, et celui des capucins lui parut mériter la préférence. Il alla en conséquence se présenter dans un couvent de cet ordre où il offrit ses services au gardiea, qui le reçut en qualité de frère lai. Cet état ne fut pas longtemps de son goût; obligé de mener une vie assez dure, il changea de resolution, quitta le froc, revint dans sa famille et, comme il savait fort bien la musique, se mit à l'enseigner. On ignore par quel hasard et en quelle année Salle devint acteur ; en 1697, il remplissait avec un grand succès les rôles de basse-taille au théâtre de Rouen. L'année suivante, il vint à Paris s'enrôler dans une troupe de comédiens français qu'Auguste, roi de Pologne et électeur de Saxe, taisait former pour Varsovie. Afin d'essayer ses talents devant le public parisien, il obtint un ordre de début pour la Comédie- Française, où il parut , le 23 août 1698 , dans Manlius, tragédie, et dans le Deuil, conédie. Il fut accueilli avec faveur, 'mais comme son engagement était signé, il partit néanmoins pour Ja Pologne et ne revint à Paris qu'en 1701. Sullé débuta pour la seconde fois au mois d'août suivant, d'une manière brillante. Il réussissait autant dans la tragédie que dans la comédie et excellait surtout dans l'emploi des rois et dans celui des Gascons, des ivrognes, des petits-maîtres et même des amoureux. Il avait la voix souple et d'une grande étendue, aussi le faisait-on souvent chanter dans les pièces à divertissement. En 1704, il créa le rôle de Saiil, dans la tragédie de ce nom, de l'abbé Nadal. Dans la scène de l'évocation, l'altération des traits de Salle et sa terreur furent si frappantes, qu'elles ef rayèrent la pythonisse elle-même et produisirent un coup de théâtre très-remarquable et qui a fait tradition. Cet artiste se signala aussi dans divers rôles tragiques de l'ancien répertoire.
SALLE (Françoise Thoury, dame) , femme du précèdent, comédienne française, morte à Saint-Germain-en-Laye en 1715. Cette jolie personne chantait l'opéra en province lorsque Salle l'épousa. Elle le suivit à Paris et débuta à l'Académie de musique au mois d'août 1702. On trouva en elle plus de prétention que de talent, et son succès ne fut pas duraole. Au mois de mai 1704, M""- Salle débuta à la Comédie-Française, dans les rôles de confidente, et fut reçue au mois de juin
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suivant ; elle remplit cet emploi modeste avec intelligence pendant dix-sept ans. Fidèle aux devoirs de sa profession, elle ne refusait aucun rôle, si effacé qu'il parût, et sa beauté prêtait du charme à chaque personnage. Avec un peu de travail et de volonté, Mme Salle aurait pu briller davantage, mais elle était très-paresseuse. Elle quitta le théâtre le 30 mars 1721.
SALLE (Mlle), célèbre danseuse française du xvme siècle. C'est à Voltaire qu'elle doit la plus grande partie de sa renommée. En novembre 1730, ii lui donna des lettres de recommandation pour lord Bolingbrocke , pour la duchesse de Queensbury, et elle débuta à Londres, au théâtre de la Reine, avec un grand succès. Lorsqu'elle revint à l'Opéra en 1734, Voltaire fêta son retour par une jolie pièce de vers :
Les Amours, pleurant votre absence, Loin de nous s'étaient envolés; Enfin les voila rappelés Bans le séjour de leur naissance.
On connaît aussi les vers suivants où il la célèbre en même temps que la Camargo :
Ahl Camargo, que vous êtes brillante!
Mais que Salle, grands dieux, est ravissante! Que vos pas sont légers et que les siens sont doux; Elle est inimitable et vous toujours nouvelle! Les nymphes sautent comme vous Et les Grâces dansent comme elle.
MUC Salle inspira à un ami de Voltaire , Thiriot, une passion qu'elle ne voulut jamais partager. Les auteurs des Annales dramatiques (1811, 8 vol. in-8°) en ont conclu bien à tort qu'elle était d'une vertu farouche. L'épigramme suivante montre que ses contemporains en jugeaient autrement :
Sur la Salle la critique est perplexe : L'un va disant qu'elle fait maint heureux; L'autre soutient qu'elle en veut à son sexe, Un tiers prétend qu'elle en veut a tous deux; Mais c'est a tort que chacun la dégrade; De sa vertu, pour moi, je suis certain ; Rosnel soutient que c'est une tribade, La Grognet dit que c'est une catin.
Elle retourna à Londres en 1741, revint, quelques années après, danser à l'Opéra et s'éteignit dans l'obscurité. Elle dansait surtout dans la perfection les chaconnes et les musettes.
Les auteurs de l'Encyclopédie méthodique, dans leur article ballet, l'inscrivirent au nombre des grandes célébrités de l'Opéra, à côté de M110 Lang. « Mlle Lang, disent-ils, a effacé toutes celles qui brillaient par la beauté , la précision , la hardiesse de leurs exécutions ; c'est la première danseuse de l'univers ; mais on n'a point oublié l'expression naïve de Mlle Salle ; ses grâces sont toujours présentes; la minauderie des danseuses de ce genre n'a pu éclipser cette noblesse et cette simplicité harmonique des mouvements tendres, voluptueux, mais toujours décents, de cette aimable danseuse. >
SALLE (Jacques- Antoine), jurisconsulte, né k Paris en 1712, mort dans la même ville en 1778. Il s'était fait inscrire au barreau en 1736, mais sa timidité le fit renoncer à l'exercice de la parole, et il se borna aux travaux du cabinet. Nommé avocat consultant de la Congrégation de Saint Maur, puis bailli de la cominanderie de Saint- Jean -de- Latran, il donna sa démission et ferma son cabinet, lors de l'édit du chancelier Maupeou qui désorganisait la magistrature (1771). Après la réorganisation des parlements, il devint bailli du prieuré de Saint -Martin -des- Champs.
Salle fut un des jurisconsultes les plus savants de son temps. Ses ouvrages, pleins d'érudition, sont remarquables par la clarté de la méthode, par la sûreté du jugement, par l'habileté avec laquelle il savait porter la lumière dans les questions les plus embrouillées. Des observations qu'il fit paraître sur le code Frédéric, dont il critiqua plusieurs dispositions, frappèrent le roi de Prusse, qui le nomma membre associé de l'Académie de Berlin. On lui doit : Esprit des ordonnances de Louis XIV (Paris, 1758, 2 vol. in-4°); Esprit des ordonnances de Louis X V ( Paris, 1759, 3 vol. in- 12); Traité des fonctions des commissaires du Châlelet (Paris, 1760, 2 vol. in-4°) ; Nouveau code des curés (Paris, 1780, . 4 vol. in-12). Salle a collaboré en outre, en 1740, à des ouvrages critiques sur la peinture et la sculpture, pour lesquelles il avait un goût très-vif. Il a laissé en manuscrit un Abrégé chronologique de l'histoire de Malte et donné des éditions annotées de divers ouvrages, sans y mettre son nom.
SALLE DE CHOUX (le baron Etienne- François), homme politique et magistrat français , mort vers 1830. Il était en 1789 avocat du roi à Bourges et fut élu député du tiers état du Berry aux états généraux de 1789. En 1800, il fut nommé président du tribunal d'appel du Cher, et l'année suivante premier président de la cour de Bourges ; il adhéra en 1814 à la déchéance de l'empereur et présida en 1815 le collège électoral de Bourges.
SALLENG11E (Albert-Henri de), littérateur, né à La Haye en 1694, mort dans la même ville en 1723. Issu d'une famille originaire du Hainaut, il était fflsd'un receveur général de la Flandre wallonne et de la sœur du poëte
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hollandais Rotgam. Après avoir étudié a Leyde, il fut reçu avocat à la cour de Hollande, visita la Prance à deux reprises, puis alla en Angleterre (1719), où il fut admis parmi les membres de la Société royale de Londres; enfin il devint conseiller de la princesse de Nassau et commissaire des finances des états généraux. On lui doit les ouvrages suivants : Eloge de l'ivresse (La Haye, 1714, in-12), livre agréable, réimprimé plusieurs fois, traduit on Hollandais et dont la dernière édition, donnée par Méger (Paris, 1798, in-12), contient un grand nombre d'additions et de changements; Histoire de Pierre de Montmaur (La Haye, 1715, 2 vol, in-so), recueil de pièces relatives à ce célèbre gourmand ; Mémoires de littérature (La Haye, 1715-1717, 2 vol. in-8°), choix de singularités bibliographiques, continué par Goujet et Desmolets; Novus thésaurus autiquitatum romanarum (La Haye, 1716-1719, 3 vol. in-fol., fig.), recueil de pièces dont quelques-unes sont rares; Essai d'une histoire des Provinces- Unies, pour l'année 1621 (La Haye, 1728, in-40). Sallengre a collaboré au Journal littéraire de La Haye (1713-1722) et au Chef-d'œuvre d'un inconnu. Il a traduit de l'anglais \ Etat présent de l'Eglise romaine (1716, in-8°) de Richard Steele. Il a édité les Poésies de La Monnoye (La Haye, 1716, in-8°), édition incomplète, faite k I insu de l'auteur des Pièces échappées au feu, en prose et en vers (1717, in-8°); Pétri Daniclis Uuetii Commentarius de rebits ad eum perlinentibus (1718, in-12) et le Traité de la faiblesse de l'esprit humain, du même auteur (1723, in-12).
SALLENGKOS (A.-Benolt-François), homme politique français, mort en 1816. Avocat et conseiller municipal à Maubeuge, ii fut élu député du Nord à l'Assemblée législative en 1791 et à la Convention nationale en 1792. Il siégea a la Montagne, vota la mort de Louis XVI et se rallia k la révolution du 9 thermidor. Il proposa, le 16 octobre 1794 et le 27 janvier 1795, l'ouverture d'un canal destiné à mettre en communication la Sambre avec l'Oise. 11 rentra dans la vie privée après la session. En 1814, il était héraut d'armes de Napoléon I".
SALLENT1N (Louis), littérateur français, né à Saint-Maxence en 1746, mort vers 1S30. Il était curé d'un village du Beauvoisis lorsque éclata la Révolution. Bien qu'il eût prêté le serment exigé des prêtres constitutionnels, il fut inquiété en 1793 et donna sa démission. Il vint alors à Paris, fît des compilations littéraires et obtint ensuite un emploi dans les bureaux de la Gazette de France, qu'il signa comme éditeur responsable jusqu'en 1820. Il a publié un recueil littéraire intitulé : l'Improvisateur français (Paris, 1804, 21 vol. in-12).
SALLERAN s. m. (sa-le-ran). V. sali.k-