‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 68 sur 1059 · RÉVÉRENCE · texte numérisé non relu

RÉVÉRENCE

— Encycl. Théol. cathol. Jésus a dit souvent qu'il était venu chercher et sauver ce qui était perdu. Le salut qu'il apportait consistait dans l'amour de Dieu et du prochain, dans la pureté, dans la miséricorde, dans lu

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renoncement, dans l'humilité. Ms.is, pour avoir une théorie plus développée lu salut, il faut descendre jusqu'à saint Paul, qui est beaucoup plus systématique. D'apràs Paul, l'homme est par lui-même incapable de faire son salut; par le fait de son péché, il est irrévocablement condamné devant Dieu. Il faut donc que ce soit Dieu qui soit l'auteur du salut, qui donne à l'homme le moyen de l'accomplir. Ainsi, la meilleure prrt dans cette œuvre vient de la grâce. Si nous saisissons cette grâce par la foi, nous entrons dans la voie du salut ; bien pl*is, nous, le possédons, nous en jouissons dès le moment présent; mais nous pouvons le perdre si nous ne persévérons pas, et nous ne jouirons du salut dans sa plénitude, nous ne serons Sauvés d'une manière définitive que dans l'autre vie, si nous mourons en état de grâce. Il ne faut donc pas s'étonner si, dans la pensée de presque tous les chrétiens, faire son ,:alut signifie faire les œuvres nécessaires peur éviter l'enfer et pour gagner le paradis. Mais il n'en est pas moins vrai que Jésus a Souvent parlé du salut comme s'il pouvait être réalisé dans cette vie même. C'est là évidemment ce qu'il voulait dire quand, à la question du pharisien qui lui demandait à quelle époque devait venir le royaume de Dieu, il répondit : « Le royaume de Dieu ne vien., point dans une forme visible; on ne dira point : il est ici ou il est là; le royaume de Dieu est au dedans de vous.»

Nous n'avons pas besoin de dire, en finissant, que l'expression « faire son salut » n'a de sens qu'en théologie. En phiiosoph e morale, on peut être plus ou moins vertueux, mais on ne fait point son salut.

— Liturg. On emploie le mot salut en liturgie comme synonyme de salutation, et il exprime, dans ce cas, un office qui se fait ordinairement le soir, après compiles, dans l'Eglise catholique. Cet office a pour objet de saluer et d'adorer le saint sacrement exposé sur l'autel dans l'ostensoir ou dans le saint ciboire. On y chante des hymnes et diverses prières, selon les fêtes et les circonstances. Les saluts ont été introduits dans la liturgie, à une époque relativement très-moderne, par les confréries et les communautés religieuses, et ils se sont multipliés à l' jxeès dans certaines églises. Les jours de grande fête, toutes les pompes du cuite son: déployées pour le salut qui termine tous Us offices de la journée, et l'on y entend quelquefois des morceaux de musique composés par les plus grands maîtres et exécutés par d'habiles artistes.

— Mythol. La déesse Salut [Salus) était la déesse de la santé, tille d'Eseulape, la mémo que les Grecs nommaient Hygie. Rome lui avait élevé plusieurs temples et entretenait un collège de prêtres consacrés à son cilte. Ces prêtres prétendaient avoir seuls le droit de prier les dieux pour la santé de l'empire et des particuliers; ils en prenaient les augures avec beaucoup de solennité k la fin des rares années pacifiques pendantlesquilles aucune année n'était sortie des murs. Ils jetaient alors, entre autres cérémonies, un morceau de pâte dans la mer, en disant à ses flots de le porter à Arêthuse, en Sicile. La déesse Salât était représentée sous les traits d'une jeune fille assise sur un trône, couronnée d'herbes médicinales, tenant de sa main droite une patère et de sa main gauche un serpent. Un second serpent, la tête sur un autel, s'enroulait en cercle à ses côtés.

— Discip. milit. Le salut militaire peut s'adresser à des villes, à des pavillons, à un drapeau, à des signes vénérés, à de ha tts fonctionnaires, à des supérieurs et menu à Un égal. Au temps où l'on portait un chapeau rabattu à la Henri IV, la politesse exigeait qu'on ne le quittât pas ; s'en débarrasser eût été une impolitesse de la part d'un inférieur envers un chef ; moins on était élevé en grade, plus le chapeau devait rester enfoncé. C'est de cette époque que date l'habitude d'élever la main pour saluer un supérieur. En Prusse, le soldat qui rencontre un officier s'arrête, fait face, reste droit et immobile et garde sa coiffure. En Autriche, en Hongrie, pays dont le shako est originaire, le soldat ne saluait qu'on y appliquant le dos de la main droite. Dans la milice anglaise, le salut forme le premier chapitre, la première leçon de l'exercice enseigné aux recrues; on y attache une haute importance.

Parmi les différentes espèces de saluts militaires, nous distinguerons :

1° Le salut à feu, qui consiste dans des détonations d'artillerie en l'honneur d'un personnage, d'un vaisseau, d'une forteresse, d'un port. Du temps de Henry Estienne, le mot saine, qui venait d'être emprunté à l'italiei , prenait à peu près le même sens, mais il donnait l'idée d'une simultanéité de coups, tandis que le salut a lieu coup par coup.

2" Le salut avec armes, celui qu'une troup 3 d'infanterie en armes^une sentinelle adressent à un supérieur qui-les rencontre ou le; inspecte. Il consiste dans certaines batterie.; do tambours, dans le port ou dans la présentation des armes. Les sentinelles sont averties par la consigne quand et à qui elles Hûi • vent donner le salut. Le salut de l'espontor. appartient au règne de Louis XIV. C'était une espèce de tour d'adresse de baladin. I/ol'ficier d'infanterie défilait demi-courbé, gesticulant d'une main avec son esponton

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et tenant de l'autre son petit tricorne à peu de distance de sa volumineuse perruque à la brigadière. Le salut d'épée, d'après de nombreuses ordonnances qui s'étendent de 1731 à 1831, n'est permis qu'aux officiers supérieurs. Ils doivent présenter et abaisser la laine, soit de pied ferme, soit en défilant.

3o Le salut de drapeau, celui que le portedrapeau est tenu de faire, en défilant, aux princes et aux maréchaux et dans les revues passées sur le terrain par les généraux. Il s'exécute en inclinant le drapeau presque jusqu'à terre.

4° Le salut sans armes. C'est le salut exécuté par un inférieur, soit dans les chambrées, soit à l'extérieur. L'ordonnance du l or juillet 1788 exigeait que les bas officiers pour saluer un supérieur ôtassent leur chapeau, en le tenant abattu du coté droit, sans inclinaison do tête ni de corps. En vertu de cette même ordonnance, lorsqu'un officier général entre dans une chambrée et qu'il est en tenue, les hommes de troupe doivent se lever, se placer au pied de leur lit et lever la main à la hauteur de la tête, jusqu'à ce que le chef d'escouade leur fasse le commandement : repos! Pour tous les autres officiers, les hommes de la chambrée doivent se tenir debout, sans quitter leur place. Les hommes de troupe rencontrant au dehors des militaires de quelque grade que ce soit saluent sans s'arrêter, mais en portant une main à plat sur le côté du casque ou du shako.

— Diplom. La formule de salutation placée en tête des diplômes, lettres patentes, etc., a plusieurs fais varié. Dans les lettres des papes, surtout depuis le xio siècle, on trouve la. formule : Salut et bénédiction apostolique (Salutem et apostolicam beuedictionem). Les édits et lettres patente^ des rois de Franco commençaient ainsi : N., par ta grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir salut; ou A tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Ces formules de salut sont une imitation de celles que les Romains employaientmême dans leurs lettres particulières. La salutation terminait les lettres. Les papes, jusqu'au xie siècle, conservèrent la salutation finale des Romains, Dene valete (Portez-vous bien), qu'ils ajoutaient de leur main aux bulles et brefs. Elle fut quelquefois remplacée par la formule : Deus te incolumem servet ou custodiat (Que Dieu vous garde ou conserve sain et sauf), formule qui s'est conservée dans celle des rois de France : Que Dieu vous conserve en sa suinte et digne garde. Les salutations terminant les lettres particulières ont varié à l'infini. A l'époque de la Révolution, on remplaça lus formules obséquieuses de l'ancienne société par ces mots : Salut et fraternité.

Snlut public (le), journal politique, dont le premier numéro parut le 16 mai 1871 et le dernier le 23 du même mois. Cette feuille, qui avait pour rédacteur en chef Maroteau et pour collaborateurs Sauton, Dillon et Ravanagh, défendit avec une ardeur passionnée la Commune expirante. Dans le numéro du si, le Salut public annonça « une nouvelle victoire de Dombrowski sur les Versaillais.» Le dernier numéro, consistant en un placard sutune simple feuille, contenait un appel aux armes dans lequel on lisait : « Aux armes 1 aux armes! Pas de pitié 1 Fusillez ceux qui pourraient leur tendre la mainl Si vous étiez défaits, ils ne vous épargneraient point. Malheur à ceux qu'on dénoncera comme les soldats du droit; malheur à ceux qui auront de la poudre aux doigts ou de la fumée sur le visage. Feul Feu! ■

SALDT (îles du), îles de la Guyane française. Ces îles, situées à la hauteur de la rivière de Kourou, à 7 milles en mer et à 27 milles N.-N.-O. de Cayenne , sont au nombre de trois : 10 l'île Royale, de A à 5 milles de longueur, située par 5° 15' 10'' de latit. N. et 54» 52' 30'' de longit. 0.; 20 l'îlo Saint-Joseph et 30 l'île du Diable, chacune d'une étendue da 3 milles environ. Toutes trois sont boisées, d'un aspect riant et no sont séparées que par un étroit chenal. Elles servent de lieu de dépôt pour les transportés à leur arrivée dans les eaux de la colonie. Les navires que leur tirant d'eau ne permet pas de conduire à Cayenne trouvent là un ancrage sûr, à portée de toutes les communications.

SALUTAIRE adj. (sa-lu-tè-re — lat. salutaris; de salus, salut). Utile pour le salut, pour la conservation ou l'acquisition d'un bien et particulièrement de la santé : Ilemède, médicament salutaire. Avis salutaire. Lois Salutaires. Conseil salutaire. Instruction salutaire. Prévoyance salutaire. Crainte salutaire. (Acad.) Vous ne sauriez comprendre combien une dose d'adversité est quelquefois salutaire. (Bussy-Rabutin.) Joindre l'emportement d la correction, c'est ajouter du poison à un remède salutaire. (Mme M011marson.) Les petits-maîtres tireraient un suc salutaire des fleurs des meilleurs écrits, si les papillons pouvaient devenir abeilles. (J.-J. Rouss.) La justice, et non la multiplicité des châtiments, produit seule une teneur vraiment Salutairk. (Bignon.) Les secousses politiques sont une gymnastique salutaire qui soutient l'énergie sociale. (Virey.) La science est toujours salutaire, comme l'ignorance est toujours funeste. (B. Constant.) Celui qui n'est soumis à aucune loi est privé de l'arme

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défensive la plus salutaire. (H. Heine.) De tous les repos, le plus salutaire et le plus complet est le sommeil. (L. Cruveilhier.) Un exemple salutaire ne saurait être rendu trop saisissant. (L. Blanc.) Le conseil le plus prompt est le plus salutaire.

Faites choix d'un censeur solide et salutaire. Que la raison conduise et le savoir éclaire.

Boileau.

— Hist. anc. Il s'est dit de certaines divisions de provinces, qu'on faisaitlorsque cellesci étaient trop grandes pour n'en former qu'une : La Macédoine Salutaire. La Phrygie Salutaire. |] Lettre salutaire, La lettre A qui, inscrite sur la tablette des juges, marquait un vote d'absolution, étant la première du mot absolvo, j'absous.

— s. m. Anc. théol. Sauveur.

SALUTAIREMENT adv. (sa-lu-tè-re- man — rad. salutaire). D'une façon salutaire, utile, avantageuse : Cela a été salutairemknt invenlé, institué, établi. (Acad.) Jamais on n'a mieux-usé du journal, 111 plus salutairement, que Franklin. (Ste-Beuve.)

SALUTATEUR s. m. (sa-lu-ta-teur — lat.

salutator; de salutare, saluer). Antiq. rom. Nom que l'on donnait à celui qui faisait métier de remplir, à l'égard d'un citoyen riche, les devoirs extérieurs d'un client, et qui gagnait sa vie à ce métier.

— Encycl. Dès les commencements de la république, chaque patricien fut le patron d'un certain nombre de plébéiens , appelés ses clients. Jusque vers le milieu du dernier siècle avant notre ère, la situation relative des patrons et des clients fut honorable. Si le client défendait son patron sur le champ de bataille et le soutenait aux comices dans la recherche des honneurs, le patron, de son côté, employait son crédit en faveur du client, le défendait en justice, lui expliquait la loi. Peu à peu, il y eut dans leurs rapports mutuels plus de servilité d'une part, plus de hauteur de l'autre. Les clients se changèrent en courtisans, et, pour mieux fuire la cour au patron, ils allaient lui rendre visite cha^ que matin, à la première heure, et étaient reçus dans l'atrium. Au chant du coq, il frappaient à la porte, comme le dit Horace (Satires, I, 1) :

Sub galli eantum consulter ubi oslia puisât...

D'ordinaire le patron recevait ses clients, et, renseigné par le nomeucluteur, il faisait à chacun d'eux un accueil proportionné à sa condition. Cette réception du matin était nommée salutation, et de là vint le nom do salutaleur , qui bientôt remplaça celui do client. En outre, les clients, pour donner plus de marques de leur respect et de leur dévouement, accompagnaient en troupe le patron quand il sortait de sa demeure, et de même l'y reconduisaient.

Cette sorte d'esclavage volontaire provenait surtout de la manière dont s'était recruté le peuple romain pendant les trois siècles qui précédèrent les Gracques. Il s'était recruté dans l'esclavage et n'était plus qu'un mélange des affranchis du monde entier. On a calculé que, de l'an 421 à l'année 210 avant notre ère, il était entré ;ru moins cent mille affranchis dans la société romaine. Rome envoyait ses citoyens dans les provinces comme légionnaires, publicains, agents des gouverneurs, intendants des riches ou aventuriers cherchant fortune ; et, en échange, elle recevait des esclaves, bientôt aifranchis, qui lui apportaient : l'esclave grec, les vices des sociétés mourantes ; l'esclave espagnol , thrace, gaulois, ceux des sociétés barbares. De là, il résulta qu'il y eut une foule immense de pauvres, et au-dessus quelques nublcs plus riches et plus fiers que des rois, La république devint, suivant le mot de Catilina, un corps sans tête et une tète sans corps. ■ Une classe entière avait disparu, dit un historien, la classe intermédiaire, la classe moyenne, qu'un siècle de guerres, de pillages et de corruption avait anéantie, et avec elle s'en étaient allés le patriotisme, la discipline et l'austérité de l'ancienne Rome. L'Etat avait perdu l'équilibre qui le maintenait en paix, la classe qui contenait, en servant do lien entre eux, les grands et les petits, les riches et les pauvres. Désormais livré aux réactions sanglantes des partis, il oscillera entre Je despotisme de la foule et celui des grands, jusqu'au jour où tous, nobles et prolétaires, riches et pauvres, trouveront le repos sous un maître. » Ce ne fut pas seulement la classe moyenne, la bourgeoisie, qui disparut; ce fut l'ouvrier libre. Et voilà précisément ce qui changea le client véritable en salutaleur. Quand les grands propriétaires eurent envahi presque tout le toi, que les terres de labour furent converties en terres à prairie et que des ateliers d'esclaves furent organisés pour tous les métiers, les hommes libres se trouvèrent dans l'impossibilité de vivre <ie leur travail ; ils assiégèrent la porto des grands, ils s'habituèrent à vendre pour quelque faible récompense leur voix et leur témoignage. Ou essaya u'abord de lutter pour revenir à la situation ancienne, au morcellement des propriétés, à la possibilité de s'enrichir par le travail; on menaça les opulents détenteurs des terres publiques. « Cédez quelque peu de votre richesse, s'écriait Tiberius Graechus, si vous ne voulez pas vous voir

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tout ravir un jour- eh quoi! les bêtes sauvages ont leurs tanières, et ceux qui versent leur sang pour l'Italie ne possèdent rien que l'air qu'ils respirent I Sans toit où s'abriter, sans demeure fixe, ils errent avec leurs femmes et leurs enfants. Les généraux les trompent quand il les exhortent à combattre pour les temples des dieux, pour les tombeaux de leurs pères. De tant de Romains en est il un seul qui ait un tombeau, un autel domestique? Ils ne combattent, ils ne meurent que pour nourrir le luxe et l'opulence de quelquesuns. On les appelle les maîtres du monde, et ils n'ont pas en propriété une-motte de terre. « Ces menaces et ces plaintes furent vaines. La foule affamée ne fit que s'accroître. Au temps de Jules César, sur 450,000 citoyens, 320,000 vivaient aux dépens du trésor, c'est-à-dire que les trois quarts du peuple romain mendiaient. Le séuat, pour apaiser ces plébéiens qui avaient pris l'habitude de la paresse avec celle de la mendicité, leur jetait de temps en temps un peu de blé en pâture. Mais c'était surtout en faisant la cour aux riches qu'ils vivaient. Des flots de salutateurs, suivant l'expression de Virgile, envahissaient le matin leurs maisons :

Mane salutantum totis vomit xdibus undam.

Quelquefois le patricien se dérobait k ces hommages intéressés, en sortant par la porte de derrière, tandis que la foule attendait dans l'atrium, comme le dit Horace :

Atria tervantem poslico faite clientem.

Le plus souvent les salulateitrs étaient reçus; mais le patron, ne les invitait jamais à venir le soir partager son repas, coimne on le faisait presque chaque jour pour quelques clients aux beaux siècles de la république. On avait fini par trouver cette coutume gênante. Cependant, on ne voulut pas se priver du plaisir qu'on éprouvait à se faire voir entouré d'un grand nombre de courtisans. L'invitation à souper se changea donc en une distribution de vivres, faite d'ordinaire le matin aux salutateurs qui venaient accomplir leur visite. Cette distribution se faisait dans une petite corbeille, nommée sporlula; d'où l'on a dit justement que les salutateurs eurent la sportule. On trouve assez souvent, dans ce sens, le mot de client au lieu de salutateur. C'est une confusion de mots qui peut amener une confusion dans les choses, et que par conséquent il faut éviter. Quand la sportule fut établie, le client n'existait plus, dans la signification primitive et vraie du mot. Le client, en effet, ne faisait pas que recevoir, soit des conseils, soit des services, Soit des invitations; il donnait aussi de son côté. Non-seulement, comme nous l'avons dit, il soutenait son patron aux comices et le défendait sur le champ de bataille, mais encore il l'aidait de ses deniers à établir ses iilles ; il concourait à son rachat, quand il était prisonnier de guerre, au pavement de ses amendes, quand il avait été condamné, et à lui fournir l'argent nécessaire pour ses magistratures et ses autres dépenses publiques. De tels rapports établissaient entre le patron et le client des liens d'intimité, des liens de famille, pour ainsi dire. Rien de pareil dans la condition des salutateurs. Il y en avait parmi eux qui rendaient des services au patron par leur activité d'agents d'élection aux comices; mais le caractère qui distinguait ces services était un intérêt bas et servile. Le plus grand nombre mettaient leur adresse à flatter la vanité de ceux dont ils assiégeaient les portes. Sous l'empire, la distribution de vivres fut remplacée, en général, par une distribution d'argent. Les noms des salutateurs étaient inscrits sur un registre, et chacun d'eux était appelé à son tour pour recevoir la sportule. On prenait cette précaution pour éviter les fraudes et ne pas permettre l'introduction de mendiants qui n'auraient pas eu même le titre, si facile à obtenir cependant, de salutaieur.

SALUTATION s. f. {sa-lu-ta-si-on — lat.

sahitatio; de salulare, saluer). Action ou manière de saluer : D'obséquieuses salutations. Je l'ai rencontré dans la rue et il m'a fait de grandes salutations. Il m'a fait une profonde salutation. (Acad.)

— S'emploie dans diverses formules par lesquelles on termine les lettres : Recevez mes salutations, mes salutations respectueuses, mes très-humbles salutations.

— Hist. relig. Salutation angélique, Paroles qu'un ange, d'après l'Evangile, adressai la vierge Marie , en lui annonçant qu'elle concevrait, et dont l'Eglise a fait une invocation sous le nom à'Aue Maria.

— Diploinatiq. Formule qui terminait une lettre.

— Encycl. Mœurs et coût. De la manière de saluer en usage chez les différents peuples. On a dit avec raison que le caractère des peuples se trahit à la manière de saluer. En Orient, les formules de salutation respirent un parfum de simplicité primitive; elles Sont presque toutes basées sur un sentiment religieux et expriment, en forme de prière, le vœu que la personne à qui elles s'adressent jouisse de la paix, le souverain bien, le premier des besoins et des désirs dans de tels pays et de telles conditions d'existence. C'est la paix, cet inestimable bienfait pour lin peuple pastoral, entouré partout d'ennemis, qui forme dans la Bible le fond des salutations (salem). Les Bédouins, de nos jours, ont ia

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même formule. L'islamisme n'apporta probablement que peu de changements dans les habitudes des tribus chez lesquelles il fut d'abord introduit. Aussi trouvons-nous dans les phrases suivantes le même ton religieux nuancé d'une teinte de fatalisme : « Puisse votre matinée être bonne, dit l'Arabe. Peutêtre seras-tu un heureux t Que Dieu t'accorde ses faveurs. Si Dieu le veut, tu es bien. » L'orgueil, la gravité et le laconisme de l'Ottoman se peignent bien dans ces salutations commençant par : < Si Dieu le veut, » ou autres formes analogues, qui renferment une sorte de réserve, mais qui témoignent en même temps d'une ferme confiance dans le succès du voeu exprimé. Les Turcs ont une haute idée de la Providence et l'invoquent dans les .relations sociales comme dans les circonstances les plus solennelles; mais leurs phrases paraissent froides et décolorées lorsqu'on les compare à ces torrents de compliments hyperboliques dont vous accable le verbeux et facile Persan. Une formule de ceux-ci : « Puisse ton ombre ne jamais diminuer ! » caractérise assez bien la pensée dominante de l'homme dans ces contrées brûlantes où il n'a devant les yeux qu'une lumière ardente et d'épaisses ombres, ces contrées où l'éventail et le parasol sont devenus les emblèmes et les insignes du rang suprême. Les Egyptiens ont une formule de salutation qui gst aussi parfaitement en rapport avec, leur climat : « Comment va la transpiration? Transpirez- vous abondamment? » Et, en effet, sous ce ciel de feu, la transpiration, c'est la vie. La salutation des Chinois est délicatement gastronomique :

« Avez-vous mangé votre riz ? Votre estomac est-il en bon ordre?»

La salutation grecque était tout affectueuse et joviale : > Xoctpe, réjouis-toi. » Oui, chaque moment de l'existence du Grec lui semblait devoir être rempli de joie, et il ne trouvait pas de meilleur souhait à faire. Ce seul mot, jra'ift, nous fait mieux connaître ce peuple que tous les livres. Cette formule s'employait même dans les lettres : «Kûpoi; Kualjipi), xa'f, Cyrus à Cyaxare, salut. » On ne rencontre pas dans Homère une grande variété de salutations; tout le monde paraît se connaître au milieu de la mêlée, car ses héros préludent toujours à leurs rencontres par d insultantes et majestueuses apostrophes. Quant aux Grecs modernes, n'ayant plus de nationalité bien distincte, ils n'ont conservé rien de véritablement original dans leur langue. Il est évident que le Ti kaneis? Que fais-tu? a été emprunté par eux aux Romains; ce peuple, plus bavard que laborieux, n'a pu trouver tout seul une telle formule.

La salutation des Romains primitifs, comme leur caractère social, leurs moeurs, leurs institutions, était basée sur l'idée de force corporelle, de vigueur, d'aptitude à la guerre : » Salve, vale, Sois en bonne santé, sois fort ! » C'est aussi frappant que le xoiçt et le salem. Quel ton de gravité, de franchise, de rudesse militaire respire dans le vieux langage de Rome! Maison peut remarquer combien, à mesure que Rome s'éloigne de la Oarbara simplicitas, les salutations romaines deviennent de plus en plus ingénieuses :

Quid agis, dulcissime reruin ?

— Suaviter, ut mine est, inquam, et cupio omnia

[guis vis.

Ce dulcissime rerum, le plus doux des objets, est une preuve frappante de dégénérescence. Un Romain du temps de Camille qui aurait employé un pareil langage aurait été traîné devant le censeur et châtié comme corrupteur des moeurs. Le « Quid agis? Qne fais-tu? » est beaucoup plus ancien et porte la véritable empreinte du caractère national, franchise et activité.

On retrouve dans les langues dérivées du latin les mêmes nuances : « Sanita e guadagno, Santé et gain, » disaient les Génois du moyen âge, formule qui réunit admirablement les deux éléments de leur caractère. .Mais les Italiens ont été métamorphosés depuis l'époque des marchands princes et du Livre d'or. Creseite in santita , dit le Napolitain dévot. « Je suis votre esclave, « murmure le Piémontais, qui se pique de libéralisme. C'est-ià une formule servile, comme notre « très-humble serviteur, » qui tend à disparaître. Généralement, les Italiens disent : « 6'ome sta? Comment va? » Notre banal • Adieu I » formule dans laquelle nous ne pensons pas le moins du inonde à recommander k Dieu la personne que nous quittons, est plus accentuée dans la formule espagnole : « Vaya con Dios, Allez avec Dieu. » En outre, les Espagnols aiment à se souhaiter d'heureux jours et de longues années : Felicissimas (sous entendu jornadas) elMuc/tos anos, beaucoup d'années (sous-entendu : Vivez), sont les formules ordinaires de salutation.

Nous disons, en abordant un ami : « Comment vous portez-vous? « Cette petite phrase renferme, dit un anonyme anglais dont la boutade est curieuse à citer, l'essence du caractère français et toute l'histoire du pays. « Le Français a adopté la formule comment et non pas que; il s'occupe surtout des formes et de 1 apparence des choses; aussi comment est-il le trait saillant de cette épreuve photographique qu'il tire cinquante fois par jour. Et puis ce vous portez-vous, tout extérieur, superficiel, sans substance I Ne voyez- vous pas là l'être impressionnable, vif, ardent,

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toujours prêt a faire l'amour ou k entonner : « iJourir pour la patrie! » Ce peuple vaniteux et démonstratif, sur qui les petites choses et les grandes produisent des impressions également fortes et également fugitives , qui rit ordinairement de tout, excepté des bagatelles, et qui n'est jamais plus irrésistiblement comique que lorsqu'il fait tous ses efforts pour être sérieux, par exemple lorsqu'il joue à la constitution. Dans ce Comment vous portez-vous? on reconnaît aussi le caractère théâtral de la nation. Et comme toute la tangue est bien l'image du peuple ! chaque phrase hérissée d'une multitude de petites particules, mobiles et sautillantes comme l'esprit français, et cependant formant dans son ensemble un inimitable interprète, non pas pour la poésie, ni pour l'éloquence, ni pmir la philosophie, mais pour la conversation légère, dans laquelle excellent les Français. » Nous ne donnons pas ce morceau comme un chef-d'oeuvre de bon sens, mais seulement pour faire voir comment on nous juge à l'étranger.

La salutation ordinaire de l'allemand est Wie geht's? Comment va-t-il? non pas comment allez-sous, mais il. En allemand, comme en italien et en espagnol, on parle toujours à la troisième personne ; on ne donne du vous qu'aux domestiques et aux intimes. On peut appliquer la même observation à la formule d'adieu : « Leben sie xeohl! Qu'il vive bien I » où perce, en même temps, de la bonhomie et une pointe de sensualité souriante.

La salutation authentique du Hollandais est : « Hoc vaart's ge? Comment voyagezvous? » formule qui caractérise bien l'esprit commercial de ce peuple. En Suède, indépendamment de la formule universelle : ■ Gud dag, Bonjour, » on dit : Hur marni, littéralement : « Comment pouvez-vous? » c'est-àdire : « Etes-vous dispos et vigoureux I « On dit encore : t Cad sei /du," Dieu soit loué! » et pour adieu : « Fa?- wâi ! Portez-vous bien 1 s taudis que les Danois emploient la formule : « Leo-vel, Vivez bien, » qui semble indiquer des habitudes plus positives que celles de leurs voisins.

L'Anglais, en qui se sont fondues tant de races diverses, a dérobé quelque chose à chaque langue. Son dialecte éclectique a gagné en vigueur et en abondance beaucoup plus qu'il n'a perdu en originalité apparente. Les caprices mêmes de cet idiome, les anomalies de son orthographe et de sa prononciation sont autant de preuves de sa perfection; ce sont, en effet, ces irrégularités de grammaire et de syntaxe qui donnent la mesure de la valeur et de la beauté d'une langue. On en rencontre beaucoup plus dans le grec que dans le latin , dans les langues européennes que dans l'idiome de Taïti et de Tonga- Tabou. Le « Hôte do you do, Comment faites- vous? » e't le « How are you, Comment êtes-vous?» de John Bull renferment, dit l'écrivain humoristique anglais que nous nous plaisons à citer, toute l'essence de l'existence productrice nationale et individuelle. Faire, c'est la théorie et la pratique de la vie, c'est la vie même, et ce faire est tellement universel chez les Anglo-Saxons des deux mondes, c'est chose si bien reconnue et acceptée, que nous ne demandons pas à un homme, comme les Allemands : « Que fais-tu? Was machst du? » mais « Comment le fais-tu? s Faire, il le faut, cela va de soi; la seulo question possible est de savoir comment on le fait. Remarquez aussi la valeur et la portée de cette autre phrase : « How are you ? Comment êtes-vous? » Comme cette formule est pratique, large, universelle ! Elle va droit au but, comme une flèche, et pourtant elle vous mènera loin, pour peu que vous vouliez prendre la peine de la suivre. « Comment êtes-vous? » C'est là, à vrai dire, la question capitale, la question par excellence; c'est le résumé de toutes les sciences et connaissances humaines ; car tous les efforts de la raison, de la pensée, de l'imagination n'ont d'autre objet que de savoir cette chose, cette seule chose, « comment nous sommes 1 »

L'Ecossais dit : • Hoo's a' wï ye.? Comment tout est-il chez vous? » Il y a la un mélange de cordiale hospitalité et de circonspection. On reconnaît bien là l'homme qui vous inviterait volontiers trois fois à diner par jour, et qui regarderait à deux -fois votre signature avant de l'escompter. Il y a un caractère non moins marqué dans le ■ Longue vie à votre honneur I Puissiez-vous faire votre lit en gloire 1 » du paysan irlandais, où se réfléchit l'enthousiasme exagéré d'un peuple doué d'une vivacité d'esprit et d'une impressionnabilité particulières, modifiées par l'influence d'une religion qui s'adresse aux sens et à l'imagination plus qu'à la raison.

La race slave a pour formule de salutation ordinaire le mot a nui, paix, » emprunté directement au salem ou salam de la Bible et des Turcs. La salutation plus moderne eu usage dans la vaste étendue de l'empire russe est itZdraslom, Soyez bien. • C'est une formule vague et peu caractéristique. D'autres salutations :« Rabevash, Votre esclave; K/tolo'p vash, Votre serf, • sont beaucoup trop humbles. Un exemple assez curieux du changement qui s'opère quelquefois dans le sens u'une expression originairement religieuse est l'exclamation : « Bogo toboï, Dieu soit avec toi ! » Aujourd'hui , cette formule de bénédiction signifie quelque chose comme : «Le diable t'emporte!» Ou peut en dire à peu

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près autant de notre ■ Dieu vous bénisse ! » employé le plus fréquemment comme antiphrase.

Chjez les Polonais, dans la petite noblesse, on emploie, en parlant à un supérieur, une formule qui peut être considérée comme le née plus ultra du génie à demi oriental du slavisme. C'est : Do nog upadam t littéralement : « A vos pieds nous tombons 1 ■> L'échange ordinaire de salutation est:*Wiech bedsic panbog pochwalomy! Le Seigneur Dieu soit loué I No voieki wiekow, amen! In secula seculorum, amenl » est la salutation des ecclésiastiques.

Mais la salutali on ne consiste pas seulement en formules; elle se complique aussi de gestes qui diffèrent suivant les peuples et dans lesquels, chez le même peuple, il y a uno foule de nuances destinées à marquer les distances et les rangs. La poignée de main et le coup de chapeau distinguent aussi sûrement que le langage uu Occidental d'un Oriental, Et que de nuances séparent encore le salut hautain et sec du protecteur du salut obséquieux et servile du quémandeur, du parasite I En dehors et au-dessus de ces nuances, nous trouvons dans l'histoire deux manières différentes de saluer, et ces deux manières correspondent aux deux branches humaines qui, depuis les âges historiques, se sont parallèlement développées dans la route de la civilisation et du progrès.

La race aryenne ou indo-européenne traduit son caractère dans sa manière de saluer. Vive, affectueuse, cordiale, expansive, mais aussi noble "digne, indépendante, elle reçoit ses hôtes, aborde ses amis et les étrangers avec une noble politesse, sans sécheresse ni servilité'. La race sémitique, au contraire, a gardé quelque chose de l'adoration et du prosteruement auxquels les Orientaux ont été et sont encore obligés vis-à-vis de leurs supérieurs. Si la formule de salutation est humble, le geste qui l'accompagne est plus humble encore. L'Arabe, malgré sa, fierté native, ne salue pas son supérieur; il se prosterne devant lui, il met le front et les mains dans la poussière.

Nous n'avons conservé de la mimique de l'adoration orientale que la légère révérence ou inclinaison en avant du haut du corps, que les prétentieux et les imbéciles seuls peuvent exagérer. La manière de saluer témoigne des instincts des individus comme de ceux des peuples. Les hommes hautains ou méprisants donnent à leur légère inclinaison tout le caractère du mépris ou du défi; les hommes de bon ton, sobres de gestes et de protestations, saluent avec dignité et sympathie; les pieds plats, les courtisans, les solliciteurs, les parasites laissent voir ce qu'ils sont rien que par leur manière de mettre chapeau bas et de courber piteusement l'échiné.

Terminons cette revue par une citation qui achèvera de compléter le tableau, citation empruntée au Courrier des familles ; « Si l'on réunissait dans une vaste plaine des habitants des diverses contrées de la terre et que chacun d'eux saluât à sa manière celui qu'il aborderait, il en résulterait des scènes infiniment plaisantes.

> L'insulaire de Lemurec, près des Philippines, et l'habitant de Palaos se prendraient le pied réciproquement et s'en frotteraient le visage.

> L'insulaire de Socotora baiserait sur l'épaule celui qu'il voudrait honorer, et l'habitant de Home se coucherait le ventre contre terre.

» Le Marianais passerait la main sur l'estomac de l'Ayenis, et celui-ci lui soufflerait dans l'oreille, tandis que l'habitant des grandes Cyclades lui jetterait de l'eau sur la tête.

» Une femme de la côte d'Or arriverait et, voulant saluer l'assemblée, ôterait le peigne à deux dents qu'elle porte à ses cheveux. Un Japonais détacherait ses pantoufles. Un nègre du cap Lopès mettrait un genou à terre et, levant les mains à la hauteur des épaules, les frapperait trois fois l'une contre l'autre. Un Lapon lui appliquerait fortement son nez sur le front. Un grand de Loango agiteterait ses bras et ferait deux ou trois sauts en avant et en arrière. Un Chinois l'approcherait en remuant ses deux mains collées sur la poitrine, et, en baissant un peu la tête, il lu: dirait : Tsin, isin.

d Ils riraient sans doute les uns des autres. Chacun croirait que sa manière de saluer est la plus simple et la plus naturelle. Et nous, à qui ces différents usages paraissent si ridicules^nous les regarderions comme très-raisonnables si nous en connaissions le véritable esprit. •

— Relig. Salutation angélique. Cette prière est composée des paroles que l'archange Gabriel adressa à Marie lorsqu'il vint lui annoncer le mystère de l'incarnation ; de celles que proféra Elisabeth, femme du prêtre Zacharie, lorsqu'elle reçut la visite de Marie; enfin" de celles qu'emploie l'Eglise pour implorer son intercession et qui passent pour avoir été composées au concile de Chalcédoine. On récite souvent cette prière dans l'Eglise catholique et presque toujours après l'Oraison dominicale. Les exercices de dévotion connus sous les noms de chapelet et de rosaire se réduisent presque uniquement à une répétition monotone et fastidieuse de la Salutation angélique.

Salutation angélique (la), tableau de Fra

SALV

Bartolommeo, dit II Baceio; musée du Louvre, n« 64. La Vierge, un livre à la main, est assise sur une estrade placée dans un enfoncement en forme de niche, et contemple l'archange Gabriel, qui paraît dans les airs portant une branche de lis. Saint Jean-Baptiste, saint Paul, saint Jérôme et saint François se tiennent debout de chaque côté de la Vierge. Sainte Marguerite à gauche et sainte Madeleine à droite sont à genoux sur le devant du tableau, la première ayant une croix, la seconde un vase. Ce tableau de l'un des peintres les plus remarquables de l'école florentine, et dont les rares ouvrages atteignent souvent un prix très-élevé, se fait remarquer, malgré tout le mérite de l'exécution, par la symétrie et la bizarrerie de la composition, défauts qui se rencontrent chez les plus grands peintres de la même époque.» 11 faut, dit Landon, qu'un ouvrage renferme bien des beautés pour faire oublier toutes ces inconvenances de composition. Le plus grand mérite de celui-ci est dans la vigueur de l'effet général, dans la richesse du ton et le relief que présentent les objets; les draperies, peintes largement, sont ajustées d'une manière savante; on désirerait plus de légèreté dans les carnations. Le dessin de Bartolommeo est quelquefois faible dans les nus; mais l'ensemble de ses figures est toujours d'un bon style. Les têtes d'hommes ont le caractère historique qui leur convient; le trait de ses femmes est pur et gracieux et rappelle les obligations qu'il eut k Raphaël. ■> On connaît, sous le même titre, trois toiles remarquables, l'une de Vasari, l'autre d'un Flamand, Abraham Bloemaert, et enfin celle de Raphaël. Celles-ci ont été gravées par Landon, au trait.

Saluiaifou augclique (la) OU l'AunoDciation,

tableau de Lesueur; Paris, musée du Louvre, n°516. A la différence de la Vierge du Guide qui, saluée par l'ange, joint ses belles mains et plaît par la douceur attachante de ses regards, la Vierge modeste de Lesueur baisse les yeux en croisant les mains sur sa poitrine, signe expressif de l'humilité et du recueillement. C est une des plus belles productions de l'école française.

SALV A (François), médecin espagnol, né à Tortose eu 1747, mort en 1808. Etabli à Barcelone, où il jouissait d'une grande réputation, il introduisit l'inoculation dans la Catalogne et triompha, non sans peine, de l'envie, des préjugés et de la superstition. Ses principaux ouvrages sont : Procès de t'inoculation présenté aux gens éclairés (Barcelone, 1777, in-4») ; Lettres à don Vincent Ferrer sur l'inoculation (1785, in-8<>) ; Dissertation sur l'influence du climat dans la yuérisay des maladies (1777, in-8«)'; Dissertation sur la salubrité des fruits (1777). Salva est, en outre, auteur de plusieurs mémoires sur la physique, la chimie et la botanique.

SALVA Y PEREZ (don Vincent), écrivain et homme politique espagnol, né à Valence vers 1780, mort eu 1851. Il étudia à l'université de sa ville natale la philosophie, la théologie et la jurisprudence, mais s'appliqua surtout aux langues grecque et hébraïque avec une ardeur et un succès tels , qu'à l'âge de vingt ans il fut nommé professeur de grec à 1 université d'Alea)a-de-Hénarès. L'invasion française le força, en J808, à revenir à Valence, où il ouvrit une librairie l'année suivante. Il s'adonna particulièrement, à dater de cette époque, à l'étude des langues vivantes et surveilla lui-même la publication des ouvrages les plus importants qui parurent dans sa librairie. Après le rétablissement de la constitution de Cadix, il fut élu, en 1820, député aux cortès et lit preuve dans cette assemblée d'opinions si libérales, qu'après la restauration de 1823 il dut éiuigrer à Londres. Là, il fonda une librairie, dont le catalogue , publié en 1826 et en 1829 , est fort recherché des bibliophiles à cause des précieuses remarques bibliographiques et critiques qu'il renferme. En 1830, des embarras huaneiers le forcèrent à venir s'établir à Paris, ou il poursuivit la publication des chefs-d'œuvre classiques de la littérature espagnole et fit paraître plusieurs ouvrages originaux, d'une grande utilité pour l'étude de sa langue maternelle, notamment : une Grammaire de la langue espagnole telle qu'elle se parle aujourd'hui (Paris, 1830), en espagnol, souvent rééditée ; une Grammaire élémentaire, extraite de la précédente (Paris, 1852, 5e édition); une édition, enrichie de plus de 20,000 articles, du Dictionnaire de l'Académie espagnole (Paris, 1846); une édition considérablement augmentée du Dictionnaire latin-espagnol de Balbuena; enfin une traduction , avec remarques , de Cornélius Nepos (Paris, 1844, 20 éuït.). En 1833, il fut autorisé à rentrer dans sa patrie ; mais il déclara qu'il n'accepterait cette faveur que si elle était aussi accordée à ses compagnons d'exil, et ce ne fut qu'après l'amnistie de 1S35 qu'il Se décida à retourner à Valence. L'année suivante, il fut réélu aux sortes, dont il devint le secrétaire, et vécut dès lors alternativement à Valence, à Madrid et à Paris, où il fonda, avec laide de ses fils, une librairie espagnole. Outre les ouvrages que nous avons déjà cités, on lui doit encore des éditions, avec remarques, des classiques espagnols et d'autres ouvrages utiles, tels que : le Romancero de Depping (Londres, 1825) ; VJUistoire des guerres

SALV

de Grenade de Mendoz a (Valence, 1830); lo Dictionnaire anglo-espagnol de Soano, elc. Enfin il avait fourni à divers journaux, notamment au Lice.o Valenciano, de remarquables articles sur la littérature et la bibliographie espagnoles.

SALVADOR (SAN-), nom d'une république et de différentes villes d'Amérique. V. San- Salvador.

SALVADOR Y BOSCA (docteur don Jum), né à Calella en 1598, mort en 1681. Il a collaboré à l'ouvrage publié par Dalècham sur beaucoup de plantes rares de Montserrat et du royaume de Valence.

SALVADOR Y PEDROL (Jacques), fils du précédent, et que les Espagnols appellent le Salvador par excellence, botaniste, né à Barcelone en 1649, mort en 1740. Il lit de huilantes études, et, pou ries compléter, voyagea en France, à Montpellier, a Marseille et à Toulouse, où il se lia inlimementavec Chicoyneau, Magnole et Nissolle. Revenu en Espagne, Salvador y Pedrol reçut la visite de Tournefort; ils herborisèrent ensemble en 1681 et en 1688, dans le royaumedeValer.ee et en Catalogne. Salvador, resté depuis lors l'ami de Tournefort, correspondit avec un grand nombre d'autres célébrités scientifiques de divers pays, entre autres avec Jean Ruys, Boerhaave, etc., et réunit plus U.rd chez lui, pendant le séjour des escadres anglaise, hollandaise et portugaise à Barcelone, un grand nombre de médecins célèbres espagnols et étrangers, tels que Garelli, Lotigobardo, Orosco, Poda, Lakaen, Freind, etc. Salvador entra aussi en relation avec les médecins de Philippe V, auxquels il dor na souvent des conseils sur le traitement à prescrire k leur royal client. En 1637, Salvador avait été élu membre du conseil de Barcelone, lia analysé plusieurs eaux thermales et a laissé des manuscrits qui nous ont été conservés par ses descendants.

SALVADOR "(Jeun), fils du précédent, ni à Barcelone en 1683, mort en 1726. Botaniste comme son père et son grand-père, il recueillit de nombreuses observations scientifiq jes pendant ses voyages en Italie et en France, où il se lia avec un grand nombre de axvauts. Il fut, en 1715, nommé membre de l'Académie royale des sciences de Paris, }ui le chargea, en 1706, d'aller, avec les deux Jussieu, herboriser en Espagne ei eu Poitugal aux frais du gouvernement. Jean Salvador a laissé plusieurs manuscrits dont l'an, intitulé Botanomasticon, est perdu aujourd'hui. — Joseph Salvadok, frère du précédent, mort en 1771, s'est également livré à l'étude de la botanique. Il a été membre de l'Académie royale médicale d'Espagne. — Les Salvador ont tous contribué k la formation de la bibliothèquo et du musée qui partent leur nom et qui sont une des curiosités de Barcelone.

SALVADOR (Joseph), écrivain français, né à Montpellier en 1796, mort à Paris en 1873. Il appartenait à une famille juive qui, forcée de quitter l'Espagne ù la fin du xv« siècle pour échapper à la persécution, s'était réfugiée en France. Joignant à une très-remarquable intelligence une extrême ardeur au travail, Salvador fit rapidement ses études, g 'attachant de préférence aux sciences et i. la philosophie, puis il suivit les cours de l'Ecole de médecine et fut reçu docteur dans sa ville natale à vingt ans. U avait pris pour si jet de sa thèse : l'Application de ta physiolog e à la pathologie (1816). Peu après, Salva lor quitta Montpellier et se rendit à Paris. A partir de ce moment, il se consacra entièrement à des travaux ayant pour objet le peuple juif, ses origines, son histoire. Très-versé dans la langue hébraïque, puisant aux sojrces, il fit paraître des ouvrages systématiques, mais extrêmement remarquables par 1 élévation des vues, par la nouveauté Jes aperçus et par une érudition qui montre combien il était versé dans les sciences les plus abstraites. ■> Sa critique philosophique, dit uu écrivain, s'écartait île la marche suivie Jar l'érudition allemande et qui a été acclimatée en France par des écrivains d'un rare niér.te. Salvador procédait par synthèses et par inductions. 11 n'attachait qu'uue importance secondaire k la composition des mots et ;. la date relative des textes. Il était dominé ;ar l'idée d'une pensée directrice, d'une Providence divine, tandis que l'exégèse allemande se préoccupe plutôt de chercher le secret de la destinée des peuples dans l'étude des instincts d'une race et dans la lutte de ces mêmes instincts contre les races rivales. Aissi Salvador ne supportait-il qu'impatiemment la contradiction. Comme l'a fait remarquer M. Franck, il semblait craindre que les objections produites contre lui n'atteignissent la vérité et peut-être Dieu lui-même. » On doit k ce savant écrivain les ouvrages tuivants : la Loi de Moïse ou Système religieux et politique des Hébreux (1822, in-8°); histoire des institutions de Aloïse et du peuple hébreu (1828, 3 vol. in-8°), remarquable ouvrage qui a eu trois éditions et auquel naus avons consacré un article (v. institutions de Moïse). C'est à l'occasion de ce livre et de ce que dit Salvador de la procédure hébraïque au sujet du jugement de Jésus-Christ que Oupin aîné publia sa piquante et curieuse brochure, intitulée : Jésus deoant Caïphu et Pilule. Salvador a fait paraître, en out.-e ;

SALV

Jésus et sa doctrine (1838, 2 vol. in-8°), ouvrage qui a jeté des jours nouveaux sur l'œuvre et les idées du fils du charpentier et sur les origines du christianisme; Histoire de la domination romaine en Judée et de la ruine de Jérusalem (1840, 2 vol. in-8°) ; Paris, Home, Jérusalem oulaQuestion religieuse auTHxfi siècle (1859, 2 vol. in-12), ouvrage fort remarquable par la largeur des aperçus et dont la lecture intéresse, bien que certaines vues de l'auteur puissent être justement critiquées.

SALVADORACÉ, ÉE adj. (sal-va-do-ra-sé — rad. salvadore). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à la salvadore.

— s. f. pi. Famille de plantes dicotylédones, ayant pour type le genre salvadore.

— Encycl. La famille des salvadoracées renferme des arbrisseaux à feuilles opposées, un peu charnues; les fleurs, réunies en grappes terminales, présentent un calice et une corolle k quatre divisions; quatre étamines alternant avec ces dernières; un ovaire à une seule loge uniovulée, surmonté d'un stigmate simple et sessile; le fruit est une baie, renfermant une seule graine globuleuse, revêtue d'un arille calleux, a embryon dépourvu d'albumen. Cette petite famille a des uflinités avec les plombuginées, aux dépens desquelles elle a été formée ; ello ne renferme que le genre salvadore. Les espèces qu'elle comprend croissent dans les régions

• chaudes de l'Asie et de l'Afrique orientale. Elles possèdent des propriétés assez énergiques; leurs racines sont acres et vésicantes, leurs feuilles purgatives ; quelques espèces ont des fruits comestibles.

SALVADORE s. f. (sal-va-do-re — de Salvador, n. pr.). Bot. Genre d'arbrisseaux, type de la famille des salvadoracées, dont l'espèce unique croît dans l'Asie et l'Afrique tropicales.

— Encycl. La salvadore de Perse ' est un arbrisseau à feuilles opposées, un peu charnues, à fleurs blanches, petites, réunies en grappes à l'extrémité des rameaux; les fruits sont des baies jaunâtres, de la grosseur d'un pois, renfermant une graine globuleuse, entourée d'un arille calleux. Cet arbrisseau croît non-seulement en Perse, comme son nom l'indique, mais dans plusieurs autres contrées de l'Orient, dans l'Inde, l'Arabie, la haute Egypte, etc. ; on le trouve même au Sénégal. Son écorce, fraîchement cueillie, est employée comme vésicante ; le bois, convenablement découpé, sert k faire des brosses; on broie ses feuilles pour les appliquer en cataplasmes résolutifs ; enfin, ses fruits sont alimentaires. Ce végétal a été célébré par les poètes arabes comme le remède le plus puissant contre les poisons et les morsures des serpents venimeux.

SALV AGE s. m. (sal-va-je — du lat. salvare, sauver). Ane. mar. Droit de saluage, Droit qui se perçoit Sur ce qu'on a sauvé d'un bâtiment naufragé, il On dit aujourd'hui droit de sauvetage.

— Hist. Lettres de salvage, Lettres par lesquelles le roi commandait à ses officiers de mettre les vieillards et les veuves sous sa protection.

SALV AGES (Iles), petit groupe d'îles inhabitées de l'Atlantique, entre les Canaries au S. et Madère au N., par 30» 7' do latit. N. et 18° il' de longit. O. Ce groupe, qui fuit partie des possessions espagnoles dans les eaux de l'Atlantique, se compose de plusieurs îlots, dont les plus importants sont la Gruude-Salvage au N. et le Grand-Piton au S.; elles sont entourées de rochers et do nombreux écueils, ne produisent que de l'orseille et sont peuplées de cormorans et d'autres oiseaux de mer, dont la chasse est très-suivie.

SALVAGIO (Porchetti), en latin Do Salvaiicli, hébraïsam italien. V. Porchetti.

SALVAGNAC, bourg de France (Tarn), chef-lieu de canton, arrond. et à 21 kiloin. O. de Gaillac, près de la rive gauche du Tescon ; pop. aggl.,433 hab. — pop. toi., 1,845 hab.

SALVAGNOLI (Vincent), homme d'Etat et écrivain italien, né près d'Einpoli (Toscane) en 1802, mort à Pise en 1861. Il fit ses études au collège de Colle et suivit ensuite les cours de droit à l'université de Pise. Après avoir fuit à Florence son stage chez un avocat, Salvagnoli exerça sa profession, à partir de 1S26, avec un éclat toujours croissant, d'abord à Empoli, puis à Florence. Toutefois, ses succès au barreau ne lui faisaient point oublier les principes de liberté politique, religieuse et économique qu'il avait puisés dans les leçons de ses maîtres de Pise et qu'il partageait avec la plupart de ses amis. Emprisonné pendant quelque temps en 1833 pour ses idées libérales, il prononçu en 1837, à l'Académie des Georgophites dont il était membre, VEloge de J. Poggi, dans lequel il représentait le régime fédératif connue le meilleur régime politique pour l'Italie. Les mêmes idées reparaissent dans sou discours sur l'Elut politique de la Toscane (Lugano, 1847). C'était là une opinion partagée alors par beaucoup de bons esprits eu Italie. (Quelque temps après, il fonda avec ses amis, le bâton Ricasoli et l'abbé Lambruschini, le journal la Patria, dont il prit la direction et qui est resté célèbre parmi les organes les plus remarquables d'alors. Elu député d'Empoli au parlement toscan (juin 1848), il fut uu des

SALV

premiers orateurs et l'un des membres lo» plus influents du centre gauche, c'est-à-dire du parti constitutionnel, partisan de l'hégémonie piémontaise. Pendant les agitations démocratiques de 1849, Salvagnoli quitta la Toscane et vint habiter Nice. Rentré en Toscane après un exil volontaire de plusieurs mois, il passa les dix années de régime autrichien qui suivirent dans la méditation et le travail. Il publia un Essai sur Pierre Verri {Saggio civile sopra Pielro Verri), le meilleur peut-être de ses écrits ; un Discours sur le monument de Victor Alfieri, dont la lecture fut interdite par la police k l'Académie de Pistoia en 1857; De l'indépendance italienne (Dell' indipendeitza d'Iialia), brochure publiée en 1859 k la suite d'un voyage de l'auteur à Paris et à Londres, et dans laquelle il établissait la nécessité de l'alliance française pour expulser les Autrichiens de la Péninsule. U faillit être emprisonné pour cet écrit ; mais la révolution du 27 avril vint mettre lin aux velléités de persécution. Après l'expulsion des princes toscans, Salvagnoli fut envoyé en mission à Alexandrie auprès de Napoléon, avec lequel il était lié d'amitié depuis les conspirations de 1831, et ii son retour a Florence il fut nommé ministre des cultes. Il débuta dans ces fonctions par une remarquable circulaire aux évêques toscans sur les affaires de Pérouse et termina son laborieux ministère d'une année par l'abolition du dernier concordat que l'ex-grand-duc avait eu la faiblesse de souscrire avec Rome. Après cet acte excellent, qui souleva contre lui les colères du clergé, Salvagnoli, depuis longtemps miné par la maladie et épuisé par le travail, fut nommé sénateur du royaume, mais il ne put se rendre k Turin : la mort le fruppa à Pise.

SALVAING DE BOISSIEU (Denis), diplomate et magistrat fiançais. V. Boissieu.

SALVALEON, l'ancienne Interamnium, ville d'Espagne, province et à 40 kiloin. S.-E. de Badajoz ; 3,000 hab. Minoterie; fabrication de bouchons de liège. Ruines d'un vieux château.

SALVANDY (Narcisse-Achille comte de) , homme d'Etat et littérateur français, né ù Condom (Gers) le 11 juin 1795, mort au château de Graveron (Eure) le 15 décembre isriO.^ U fit, comme boursier, ses études au lycée Na-* poléon, à Paris, s'engagea en 1813 dans les gardes d'honneur, prit part aux campagnes de Saxe et de France en 1813 et 1814, et reçut le grade d'adjuilant-major. A la première Itestuuration, il entra dans la maison militaire du roi et suivit les cours de l'Ecole de droit. Pendant les Cent-Jours, il fit paraître plusieurs brochures libérales qui passèrent inaperçues. En mars 1816, de Salvandy lança, sous ce titre : la Coalition et la France, un écrit chaleureux contre l'occupation étrangère. Les alliés demandèrent l'arrestation de l'auteur; mais le duede Richelieu refusa avec fermeté et récompensa même de Salvandy, après la libération de notre territoire, en 1819, en lui donnant la place de maître des requêtes au conseil d'Etat. A cette époque, il publia des articles dans le Journal des Débats et des brochures dans lesquelles il se prononçait en faveur de la politique quelque peu libérale suivie par le duc Decaaes, et contre les tendances des ultra-royalistes. Aussi, lors de la constitution du cabinet réactionnaire de 1821, M. de Peyronnet le destitua de ses fonctions de maître des requêtes. Peu après, de Salvundy se maria avec M Ho Feray et, en 1823, il donna sa démission du grade d'officier d'état-major qu'il occupait depuis 1815. Tant que dura le ministère Villèle; il lui fit une guerre acharnée , soit dans le Journal des Débais, soit dans de nombreuses brochures qui eurent du succès. Un roman historique, Don A/ohïo(v. Don Alonzo), qu'il publia en 1824, dut aux circonstances, bien plus qu'au mérite de l'ouvrage, une vogue extraordinaire. En 1828, le ministère Marlignac le nomma conseiller d'Etat et le chargea de soutenir le projet de code militaire devant ta Chambre des pairs ; mais, à l'avènement du ministère Polignac, il se retira pour engager une polémique vigoureuse contre les idées réactionnaires qui dominaient dans les conseils du gouvernement, et écrivit à cette occasion a Charles X une lettre dans laquelle il essaya vainement de l'éclairer sur les périls de la situation.

Au mois de juin 1830, le duc d'Orléans donna à son beau-frère, le roi de Naples, alors à Paris, et au roi Charles X une fête magnifique au Palais-Royal. Da Salvandy, qui y assistait, s'entretint avec un des membres du ministère des dangers de la lutte engagée contre l'opinion publique par l'autorité royale. «Nous ne reculerons pas d'une semelle, lui dit le ministre. — Eh bien 1 lui répondit de Sulvandy, le roi et vous reculerez d'une frontière. ■ Passant quelques instants après devant le duc d'Orléans, qui recevait de nombreux compliments sur sa fête, il lui adressa celui-ci devenu bientôt célèbre : « C'est une fête toute napolitaine, monseigneur ; nous dansons sur un volcan. » La métaphore de de Salvandy était une prophétie qui ne tarda pas à s'accomplir. Un mois plus tard, le volcan faisait éruption.

De Salvandy resta simple spectateur de la révolution de juillet 1830 et se rallia sans aucune difficulté k la monarchie de Louis- Philippe. U reprit sa place uu conseil d'Etat,

SALV

réorganisé le 20 août, et fut élu député, deux mois plus tard, par le collège électoral de lia Flèche. A la Chambre, il se jeta aussitôt dans le parti de la réaction, manifestant une horreur singulière pour toutes les propositions inspirées par l'espritdéinocratique,et attaqua avec une extrême ardeur le ministère pour avoir manqué d'énergie pendant les journées du 13 et du 14 février 1831. Non réélu aux élections générales de cette année, il publia des brochures pour attaquer le parti révolutionnaire et plaider la cause des derniers ministres de Charles X.Kn 1833,1e collège électoral d'Evreux l'envoya à la Chambre des députés, où il fut rapporteur de la loi dite de disjonction, et vota avec le parti conservateur. Le 19 février 1835, il succéda à Parseval-Grandmaison comme membre de l'Académie française. Lors de la formation du cabinet Mole, le 15 avril 1837, de Salvandy y prit le portefeuille de l'instruction publique, qu'il conserva jusqu'en mars 1839. Pendant le temps qu'il resta à la tête de ce département ministériel, il améliora le sort des professeurs et des maUres d'étude, institua des chaires de littérature étrangère dans les départements et donna jusqu'à la profusion des encouragements de toute nature aux professeurs et aux gens de lettres. Après sa sortie du ministère , il devint un des vice-présidents de la Chambre, où il représenta l'arrondissement de Nogent-le-Rotrou, puis celui de Lectoure. Nommé en 1841 ambassadeur en Espagne, il combattit, pendant uu voyage qu'il rit en France, la politique du ministère au sujet du droit de visite. Au mois de novembre 1843, il passa à l'ambassade de Turin; mais il revint peu après pour prendre part aux débuts de l'adresse, vota contre cette adresse, dans laquelle un paragraphe infligeait un blâme aux députés légitimistes qui étaient allés rendre visite au comte de Chambord à Belgrave-Square (1340), et donna alors sa démission de ses fonctions diplomatiques. Louis-Philippe, après lui avoir tenu pendant quelque temps rigueur, consentit, le 1" février 1845, k lui donner de nouveau le portefeuille de l'instruction publique. Il reconstitua le conseil d'instruction publique, créa l'Ecole d'Athènes, restaura l'Ecole des chartes et présenta divers projets de loi sur la réorganisation des Ecoles de ilroitet de médecine, sur l'enseignement secondaire, etc. La révolution de 1848 rendit de Salvandy k la vie privée. Après avoir passé quelque temps hors de France, il habita tantôt Paris, tantôt son château de Graveron, s'occupant de littérature, d'agriculture et de politique. Ecarté des Chambres législatives sous la Kéublique, il continua à rester en relation avec es chefs de l'ancien parti conservateur qui lit une guerre acharnée à la liberté et aux institutions nouvelles. On le vit alors prendre part aux menées ayant pour objet la fusion des deux branches des Bourbons, et cet homme, qui avait contribué pour sa part au renversement de la branche aînée, se posa comme un des champions de la légitimité. De Salvandy était, lorsqu'il mourut, président de la Société d agriculture de l'Eure. 11 s'était fuit, comme écrivain, une réputation fort exagérée et qui ne lui a pas survécu. Disciple de Chateaubriand, dont it exagéra les défauts, il tombait dans l'afféterie, aimait les images ampoulées, et son style se ressentait vivement de la tournure théâtrale de sou esprit. Ce qu'il y incontestablement de meilleur lans son oeuvre, ce sont ses articles de jourîaux et quelques-unes de ses brochures politiques. Indépendamment de nombreux articles publiés dans le Journal des Débats, le Courrier français, la Bévue contemporaine, le Dictionnaire de la conversation,le Livre d'honneur de l'Université, le Livre des cent et un, le Keepsake des hommes utiles, etc., on lui doit : Mémoire à l'empereur sur les griefs et les vœux du peuple français (1815); Opinion d'un Français sur l'acte additionnel (1815); Observations critiques sur le champ de Mai (1815) ; la Coalition et la France (1816) ; Dangers de la situation (1819); Vues politiques (1819); Du parti à prendre envers l'Espagne (1824); le Ministère et la France (1824); le Nouveau règne et l'ancien ministère (1824) ; Don Alonzo ou l'Espagne, histoire contemporaine (1824, 2 vol. iu-S°); les Funérailles de Louis X VIII (1824, in-8») ; Islaor ou le Barde chrétien (1824, iu-12); De l'émancipation de Saint-Domingue (1825, in-S°); la. Vérité sur les marchés Ouvrard (1825, in-8<>) ; Discussion de la loi du sacrilège (1825, ù>S°) ; les Amis de la liberté de la presse (I827,in-S°) ; Que font-ils? (1827, in-8«); Insolences de la censure (1S27, in-8°) ; Histoire de Pologne avant el sous le roi Sobieski (1827-1829, 3 vol. in-8") , ouvrage rempli d'inexactitudes et qui atteste une connaissance tout à fait insuflisante du sujet; Seize mois ou la Dévolution de 1830 et les révolutionnaires (1831, iu-â°), réimprimé eu 1832 sous le titre de : Vingt mois , Paris, Nantes et la session (1832, in-8") ; Lettres de la girafe au pacha d'Egypte (1834, in-8°) ; Discours prononcé pour la réception de Victor Hugo à l'Académie française (1841, in-S°) ; /{apport au roi sur l'état des travaux exécutes depuis 1835 jusqu'à 1847 pour le recueil et la publication des documents inédits relatifs à l'histoire de Fiance (1847, in-8»), etc.

SALVANDY (le comte Paul de), dis du pKscedent, uè a Paris vers 1830. ÉiU député île 1 Euro le 8 février 1871, il se lit inscrire

le

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dans la réunion Feray, fît partie du centre gauche, vota pour la paix, soutint la politique de M. Thiers et se joignit aux députés résolus à fonder une république conservatrice. Après le renversement de M. Thiers (24 mai 1873), M. Paul de Salvandy entra dans l'opposition et se prononça pour la République dans une lettre qu'il écrivit au mois d'octobre suivant, lors des tentatives faites pour restaurer la monarchie de droit divin. Le 19 novembre 1873, il vota contre le septennat, contribua à la chute du ministère de Broglie le 16 mai 1874, appuya les propositions faites en juillet suivant par MM. Périer et Maleville pour demander l'organisation des pouvoirs publics et la dissolution et vota, le 25 février 1875, la constitution qui établit le gouvernement républicain.

SALVANOS s. m. (sal-va-nôss — du lat.

salua, sauve ; nos, nous). Mar. Bouée de sauvetage.

SALV AT (Jean-François-Xavier) , homme politique et agronome, né à Peyruis (Basses- Alpes) en 1791, mort en 1859. 11 se destinait au barreau; mais, en 1812, il s'engagea dans l'armée française et lit la campagne de Russie. Il se rendit ensuite à l'île Maurice, où il exerça sa profession d'avocat. En 1824, il lit un voyage aux Indes orientales. Revenu eu France en 1825, Salvat s'occupa d'agronomie et devint président de la Société d'agriculture de son département. Envoyé à l'Assemblée constituante de 1848, il fit partie de la gauche modérée et combattit la politique présidentielle. Elu membre de l'Assemblée législative, il fut un des adversaires de la loi du 31 mai 1850, restrictive du suffrage universel. Après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, Salvat retourna à ses occupations agricoles.

SALVATELLB s. f. (sol-va-tè-ie — du lat.

salvare, sauver, parce que la saignée de cette veine était autrefois préconisée dans les maladies du l'oie). Anat. Veine de la surface dorsale des doigts de la main.

— Encycl. La salvatelle est située ■'* l'extrémité supérieure du quatrième espace interosseux, et formée pur un grand nombre de radicules qui viennent de l'annulaire, du médius et de l'index. Elle monte vers la partie interne de l'avunt-bras, où elle prend le nom de veine cubitale postérieure. Les anciens recommandaient de saigner cette veine dans certaines maladies et attribuaient à cette saignée la guérisoii des malades.

SALV AT1EBRA, ville du Mexique, dans l'Etat de Mechoacan, à 146 kilom. N.-Û. de Mexico; 7,000 hab. Récolte abondante et commerce de fruits et de melons renommés.

SALVATION s. f. (sal-va-si-on — lat. salvalio; de salvare, sauver). Action de sauver, salut, rédemption : Le Verbe s'est fait chair dans te but de l'affranchissement de tous, d'une fraternité universelle et d'une salvatioh immense. (Chateaub.)

— Scolast. Dernière réplique de celui qui soutenait une thèse.

— Ane. mar. Bref, brevet de salvation, Saufconduit dont se munissaient les marins qui se rendaient dans le Ponant, et qui les préservait du pillage en cas de naufrage.

— s. f. pi. Ane. pratiq. Ecritures par lesquelles on répondait aux réponses k griefs : Fournir des Salvations. 1[ Satvations de témoins, Arguments par lesquels on réfutait des reproches formulés contre des témoins.

SALVATOR s. m. (sal-va-tor — mot lat. qui sigmf. sauveur). Erpét. Nom scientifique des sauvegardes, genre de reptiles.

SALVATOR UOSA, célèbre peintre de l'école napolitaine, graveur, poëte et musicien, né à L Arenella, près de Naples, le 20 juiu 1615, d'une famille pauvre, mort à Rome 1b 15 mars 1673. Son père était un arpenteur qui le lit élever chez les Pères somasques. Tout enfant, Salvator montra des aptitudes singulières pour la poésie, la musique et le dessin. On raconte qu'après avoir couvert de barbouillages au charbon les murs de la maison de son père, il voulut en faire autant daus le couvent des somasques. Ayant subi à ce sujet une correction, il s'enfuit du couvent, où il dut revenir après avoir erré dans la campagne, en vivautde fruits sauvages. Entraîné par une irrésistible vocation pour les beauxarts, il apprit à jouer du luth, composa des morceaux de musique, reçut des leçons de dessin de son oncle Paolo Greco, puis apprit la peinture dans l'atelier de son beaufrère, François Fruncanzano. Pendant une partie de sou temps, il parcourait les environs de Naples, étudiant la nature, les ruines, les paysages abruptes. On raconte que, pendant une ue ses excursions, il fut pris par des bandits des Abruzzes et qu'il vécut quelque temps au milieu d'eux, partageant leur genre de vie; mais ce fait, qui a servi de thème uu roman et à la peinture , ne repose sur aucun document positif. Ce qu'il y a de certain, c'est que, pendant toute sa jeunesse, il connut les étreintes de la misère. Il avait dix- huit ans lorsqu'il perdit son père. Sans ressources, chargé de subvenir aux besoins de sa mère et de ses sœurs, il peignait de petits tableaux qu'il vendait ensuite à vil prix. Sou génie eu prit ce caractère sombre, orageux et tourmenté qu'où remarque daus ses œuvres. 11 végétait, exploité par les bro-

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canteurs, après avoir vu sa famille dispersée, lorsque le peintre Lanfranc, se trouvant à Naples, aperçut chez un brocanteur un des tableaux du jeune artiste : Agar dans le désert. Très-frappé des qualités de cette peinture, il l'acheta et voulut en connaître l'auteur. Il engagea'Salvator à persévérer dans sa voie, lui acheta plusieurs paysages et lui conseilla d'aller se perfectionner à Rome. A cette -époque, Salvator se lia avec Antonio Falcone, qui le présenta à Ribera. Pendant quelque temps, il suivit les leçons de ce dernier maître ; mais il te quitta bientôt pour recouvrer sa liberté.

Salvator Rosa avait vingt ans lorsqu'il partit à pied pour Rome, avec un de ses camarades d'atelier. De nouvelles misères l'y attendaient. Le jeune artiste étudia les œuvres de Michel-Ange et du Titien, et surtout les ruines de Rome, qui lui inspiraient une vive admiration. Mais bientôt, par suite des fatigues etdes privations qu'il avait endurées, il tomba gravement malade et fut envoyé à l'hôpital. En sortant de ce lieu, il dut regagner Naples, sur l'ordre des médecins, pour y rétablir sa santé. Il y retrouva son ami Falcone et se mita peindre des batailles, genre dans lequel il devait exceller. Quelque temps après, un de ses amis, Girolamo Slercuri, lui proposa d'accompagner k Rome le cardinal Brancaccio. Salvator "s'empressa d'accepter; mais bientôt le cardinal dut quitter celte ville pour aller prendre possession de l'évêcbé de Viterbe, et le jeune artiste, qui n'av;àt aucune ressource, se décida à le suivre. Brancaccio lui rit exécuter des peintures dans son palais épisconal,puis un grand tableau pour l'église délia Morte, Saint Thomas mettant le doigt dans la plaie du Sauveur. Ce tableau était une œuvre extrêmement remarquable, qui commença à taire connaître le grand artiste. Poussé par sou humeur aventureuse et romanesque, Salvator Rosa ne tarda pas à quitter Viterbe pour retourner a Naples. Mais son talent y fut peu apprécié, et, ne pouvant parvenir à percer, il retourna à Rome (1639). Là, il fut plus heureux ; un tableau représentant Prométhée, qu'il avait envoyé de Naples, venait d'avoir un très-grand succès dans une exposition faite au Panthéon. A son arrivée, il essaya, mais sans succès, de se faire admettre kl Aeudémie de Saint-Luc. Ce fut une circonstance toute particulière qui attira enlin complètement l'attention sur lui. « Pendant le carnaval de 1639 , dit M. Breton , un char richement orné, traîné par des bœufs aux cornes dorées et rempli d'une troupe masquée, parut sur le Corso. Cette troupe chantait de délicieuses cantates, puis, comme intermède, le principal personnnage, s'unnonçant sous le nom de signor Formica, acteur napolitain, et portant le costume du charlatan Coviello, répandait à (lots les plus mordantes épigrammes, les lazzi les plus bouffons, distribuant à pleines mains des remèdes et des ordonnances contre les calamités publiques et les maux de la société. Bientôt, daus Rome entière, il ne fut question que du signor Formica et de ses brillantes parades. Le dernier jour, il se démasqua et montra aux regards étonnés lo visage de Salvator.» L'audace, et l'originalité qu'il avait montrées dans cette farce de carnaval, la satire spirituelle qu'il avait fuite des puissants et de Ses rivaux le mirent tout à coup à. la înpde, mais lui firent en inéine temps beaucoup d'ennemis. A dater de ce moment, ses œuvres furent recherchées, et pour lui l'aisance succéda à la plus profonde misère. Il put s'installer dans une maison confortable, où il reçut tous les beaux esprits de Rome et où il monta un petit théâtre, sur lequel il fit jouer des pièces satiriques, Mais le fougueux artiste n'était pas fait pour le repos. Lorsque Masauiello se mit à la tête d'une insurrection contre les Espagnols (1647), Salvator Rosa accourut à Naples, prit part au ïuouvemeut populaire et entra dans la compagnie de la Mort, que commandait son ami Falcone. Après la chute du gouvernement populaire, il se vit contraint de fuir et retourna k Rome. Ce fut alors qu'il exécuta la Fragilité humaine et la Fortune distribuant aveuglément ses faveurs, tableaux satiriques qui lui attirèrent les poursuites de l'inquisition. Forcé de fuir (1651), il alla se réfugier à Florence, où il reçut le plus brillant accueil du grand-duc Ferdinand II. Là, il put mener 1 existence la plus brillante, qui le dédommagea des vicissitudes passées. Il fonda l'Académie théâtrale des Percossi, où il joua des pièces de sa composition, et passa plusieurs années dans la belle villa de Monte-Ruffoli, partageant son temps entre la peinture et la poésie. Cependant, le temps avait affaibli les naines qu'il avait laissées k Rome, et il lui fut enlin possible de retourner dans cette ville vers 1063. Il acheta une maison sur le monte Pincio et contiuua jusqu'à la lin de sa vie k mener l'existence d'uu grand seigneur. Il peignit alors une foule de tableaux qu'il vendait à des prix" très-élevés, et parmi lesquels se trouve sou Apparition de l'ombre de Samuel à Saùl, que possède le musée du Louvre. A cette époque, Salvator avait atteint la maturité de sou talent et le plus grand développement de son génie. Quelque temps après , sa vue s'alfaiulit; il lut atteint d'une hydropisie et il mourut n'ayant encore que cinquante-huit ans. Ses restes furent dépusés dans l'église Notre- Uame-des-Anges.

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Le caractère de la peinture de Salvator Rosa est une sorte de grandeur sauvage, d'âpreté et d'orageuse mélancolie ; sa touche est large, énergique et iière ; son coloris est plein de vigueur et d'éclat; il excellait à peindre les scènes violentes, les batailles, les brigands, les paysages sévères, les scènes à effet.

Quand on lui demandait de fixer d'avance le prix d'un tableau, il répondait : « Je ne sais pas ce que mon pinceau sera capable de faire, et je ne vous tromperais pas en. vous disant qu'en ce moment il ne le sait pas lui-même ; attendez que mon travail soit terminé , et alors nous conviendrons du prix. » Il n'aimait pas, d'ailleurs, que l'on marchandât.

o Son imagination, ardente comme le ciel

âui l'avait vu naître, dit M. de Angeiis, se rééchissait, pour ainsi dire, dans tous ses ouvrages. Ses compositions sont pleines de chaleur et d'énergie. Il dessinait avec plus de grandeur que de correction ; ses figures surtout laissent à désirer un peu plus u'élégance, mais s'a touche est mâle, rapide et spirituelle; elle porte partout la lumière, la couleur, l'expression et la vie. Ses ouvrages paraissent créés en un instant; rien n'y sent la contrainte; une verve brillante en vivilie toutes les parties. Uu torrent se brisant sur des rochers, quelques arbres disséminés sur le rivage, une plaine aride, des monts sourcilleux, de vieux guerriers étendus sur le Sable lui suffisent pour produire le plus grand effet. Son styie lui appartient tout entier; il ne l'a emprunté à personne et personne peutêtre ne parviendra à l'imiter, u M. Louis Viardot juge comme il suit le talent du célèbre artiste : « C'est à Caravage que ressemble Salvator Rosa, nou par l'imitation servile assurément, mais par sa vie aventureuse, son caractère mobile et emporté qui réagissait sur son talent , et aussi par sa manière de voir et de reproduire la nature. Malgré les lourds et frappants défauts de Caravage, Salvator ne l'égala point lorsqu'il voulut essayer da la haute histoire, parce que, sans avoir un style beaucoup plus noble, il neput acquérir ni autant de clarté dans la composition ni autant de vigueur dans lo rendu des objets et des personnages. Si l'on ôtait, par exemple, à son Apparition de l'ombre de Samuel d Saûl le titre qu'elle porte, on n'empêcherait point pour cela, tout en marquant la défaut de noblesse, de sainteté, de style propre, que ce ne lut une composition très -confuse et de très-faible exécution. Salvator, il faut l'avouer contre l'orgueilleuse opinion qu'il avait de lui-même, a pleinement échoué dans les sujets historiques, même ceux qui ont joui d'une célébrité temporaire, comme la Conjuration de Catilina du palais Pitti. C'est dans le paysage animé qu'on trouve tout sou talent. Pour montrer quelque repaire de bandits, une nature sauvage et tourmentée, des rochers abrupts, des torrents écumeux, des arbres plies sous le vent ou frappés de la foudre, il se sent k l'aise et déploie ses vraies qualités. »

Salvator Rosa a laissé un nombre considérable de tableaux. Nous citerons de lui : à Rome , le Géant Titius et trois Batailles, au palais Corsini; un- Paysage avec bestiaux, un Saint Jean- Baptiste, au palais Colonna; Bélisaire, Saint lloch blessé et un Paysage, au palais Doria; deux Paysages rk lu. villa Torlonia; un Satyre et un philosophe, une Bataille, au palais Chigi; k Naples, Jésus discutant avec les docteurs, Saint François de Puule, une Bataille, Jérémie tiré de ta fosse, Daniel dans la fosse aux lions, Saint Bach, Jésus marchant sur les eaux, Jésus marchant dans les limbes, huit Paysages, au musée degli Studj ; k Milan, les Ames du purgatoire, Saint Paul ermite, au musée Brera; k Florence, Conjuration de Catilina, Diogène brisant sa tasse, deux superbes Marines, une grande Bataille, Paysage, Portrait d'homme, Portrait de Salvator Bosa , au palais Pitti; Portrait de Salvator Bosa, au musée degli Oflici ; à Berlin, un Paysage, une Marine et uu Portrait; k Cologne, un Paysage; k Munich, les Soldats de Oédéon étauchant leur soif, Bandits tenant un conseil, quatre Paysages, k la pinacothèque ; Saint Jérôme dans le désert et deux Paysages, k la galerie du palais de Schleissbeim ; à Vienne, Combat de cavalerie romaine, Saint Guillaume couché sur le dos, deux Paysages, deux Episodes de la bataille de Constantin contre Maxence, Portrait d'un guerrier, au musée ; deux beaux Paysages, au palais d'Eté; Paysage, Saint Jérôme, a la galerie du comte Harrach ; Béro et Léandre. Soldats avec des pêcheurs, œuvre extrêmement remarquable, k la galerie du prince de Lichtenstein ; au musée de Dresde, une Marine et un Portrait d'homme; à Darmstadt, trois Paysages; à Madrid, Vue du golfe et de la ville de Saterne; k Sèville, deux Paysages; k Londres , Mercure et le bûcheron, k la National Gallery; Moïse faisant jaillir l'eau d'un rocher, Balle de soldats, k llaiiipton-Court, et de nombreux tableaux dans des galeries particulières; k La Haye, Prométhée et son vautour, Sisyphe et son rocher, quatre Paysages, deux TaOleaux de moines ; k Rotterdam, AI oine en méditation; k Saint-Pétersbourg, l'Enfant prodigue, Nausicaa offrant des vêtements a Ulysse, Trois soldats jouant aux dés, deux Ports cte mer, deux Paysages, deux Portraits; k Copenhague , Cudmus semant tes dents du serpent ; au in usée d u Louvre , l'Ange

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RaphaSl et le jeune Tobie, Apparition de l'ombre de Samuel à Saûl, Bataille antique, présent d'un nonce du pape à Louis XIV en 1652 , Paysage; k Angers , une petite Marine; à Arles, deux Paysages; à Avignon, deux Paysages; à Besançon, Annonciation delà venue du Messie aux bergers; à Bordeaux , Repos de soldats, Paysage; à Marseille, un Ermite contemplant une tête de mort ; à Montpellier, Marine; à Toulouse, Jésus au jardin des Oliviers, Résurrection de Jésus, le Quos ego de Neptune (Enéide) ; à Nantes, Halle de soldais, Jason endormant des dragons. Citons enfin, parmi les tableaux de Sulvator Rosa qui ne se trouvent pas dans les musées d'Europe : Y Enfant prodigue , la Mort de Socrate, le Purgatoire , l'Assomption , le Triomphe de David, Heraclite et Démocrite, Socrate buvant la ciguë, Régulits enfermé dans nn tonneau, Jouas prêchant dans JVinive, l'Ombre de Catilina, Tobie tirant le poisson, etc.

Sulvator Rosa gravait à l'eau-forte d'une manière supérieure, et il a reproduit ainsi plusieurs de ses peintures. La collection de ses eaux-fortes comprend quatre-vingt-quatre pièces, outre un livre représentant des habillements militaires, des bandits, des soldats. Comme musicien, il composa un assez grand nombre de morceaux, dont plusieurs sont devenus populaires en Italie et dont Burney a publié quelques-uns dans son Histoire de la musique. Enfin, comme poëte, on a de lui des sonnets, des cantates et surtout des satires pleines de véhémence et d'originalité, parmi lesquelles on remarque : Babylona, où il fait un tableau de la hideuse corruption de la Rome papale; la Musique, la Poésie, la Peinture, la Guerre et l'Envie. La meilleure édition de ses poésies, publiées pour la première fois à Amsterdam (1719, in-8°), est celle de Florence (1770, in-S°).

Salvator Rosa, fantaisie par Hoffmann, (1816). Le sujet de cette singulière histoire sert à mettre en relief l'imagination vive et hardie de l'homme de génie dont elle porte le nom. On a fait souvent de Salvator Rosa !e héros de sombres légendes. Hoffmann a voulu au contraire lui faire jouer le premier rôle dans une histoire plaisante, dont le fond rappelle le Barbier de Sévilte. Antonio Scacciati, un ami du célèbre artiste, adore Marianna, la nièce de Pasquale Capuzzi, une seconde édition du docteur Bartholo. 11 s'agit de souffler sa pupille au vieux tuteur amoureux, et c'est Salvator qui se charge de rendre ce service à Antonio. A cette époque, un certain Nicolo Musso réunissait tous les soirs l'élite de la société romaine à son théâtre, où l'on ne représentait que de petites bouffonneries improvisées. Cette vogue était due principalement au talent merveilleux d'un acteurnommé Formica, personnage mystérieux qui avait su déjouer toutes les ruses de la curiosité qui cherchait à le connaître. Salvator Rosa, qui avait de secrètes relations, paralt-il, avec la troupe de Nicolo, fit représenter dans une pièce Capuzzi au naturel, avec son avarice et ses ridicules prétentions comme musicien. Enflammé de fureur, Capuzzi s'élance sur la scène pour prendre son Sosie aux cheveux, et pendant ce temps Antonio enlève Marianna. Lorsque la colère du vieux tuteur fut un peu calmée, H s'aperçut de la disparition de sa nièce. Le tour était joué. Mais ce n'était pas encore assez pour Salvator Rosa. 11 s'était juré de forcer Capuzzi à donner son consentement au mariage de sa nifce avec Antonio. Une seconde soirée chez Nicolo compléta sa victoire. Effrayé à la vue du spectre de sou frère qui lui reprochait d'être cause de la mort de sa fille, le vieillard s'évanouit et, trop heureux, en revenant à lui, de retrouver Marianna vivante, lui ouvrit ses bras ainsi qu'à l'heureux Antonio. Lorsque tous les trois voulurent exprimer leur reconnaissance à Formica, l'auteur de leur bonheur commun, quel ne fut pas leur étonnement en reconnaissant sous son masque les traits de Salvator Rosa lui-même. Le grand artiste se vengeait de l'injustice des Romains envers "le peintre en les forçant d'applaudir tous les soirs l'acteur qui se moquait d'eux avec autant de talent que d'esprit.

Cette fantaisie est menée avec beaucoup de vivacité et d'entrain; les scènes comiques y abondent, et ce serait un charmant sujet de vaudeville à traiter pour un auteur qui posséderait l'originalité et l'esprit d'Hoffmann. Ordinairement le plus.diffioile à trouver c'est le sujet; cette fois, par exception, ce serait l'auteur.

Sniïoior Rom, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Grange et Trianon, musique de M. Duprato ; représenté à l'Opéra- Comique le 30 avril 1861. Parmi les morceaux agréables qui composent la partition, on a distingué la chanson de Salvator au premier acte : Sans regret et sans envie; le chœur dansé : Au son des guitares et des ta7itbouiins, et la chanson de l'ermite. Joué par Crosti, Warot, Nathan, Lemaire et Mlle Saint-Urbain.

Saivatore ( ermitage de), célèbre ermitage d'Italie, situé à 2 kiloin. N.-O. du Vésuve, sur un coteau peu élevé, vis-à-vis de l'ancien cratère de la Somma, cultivé et planté de vignes. C'est lk qu'on est le mieux placé pour observer les éruptions du Vésuve, entendre les détonations et enfin jouir de ce magnifique spectacle. La vue s étend de lit ù la fois sur le mont et sur la vaste étendue

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des campagnes qui l'environnent. Aux matières près, qui sont jetées au loin par les éruptions et qui tombent sur l'ermitage comme ailleurs, il n'y a rien à craindre ni des tcrrents de feu ni même des tremblements de terre; car la chapelle, qui est assez grance, et les petits logements de l'ermitage, quoique d'ancienne construction, n'ont rien souffert jusqu'ici d'aucun des mouvements convuls fs de cette terre volcanique.

Un Français habitait cet ermitage dans le dernier siècle; il a laissé quelque souverir dans le pays ; il exerçait la profession le mendiant. C'était un très-singulier persoinage, grand hâbleur de son métier, qui avait voulu se donner pour un homme à miracles; qui d'abord par ses intrigues avait acquis une sorte de crédit et s'était fait connaître même à la cour ; mais, comme sa conduite ne répondait pas exactement à l'idée qu'il avait voulu donner de sa sainteté, il avait été obligé de renoncer à sa prédication et à ses miracles, pour s'en tenir k son état de mendiant, qu'il exerçait avec beaucoup d'assurance.

Le vin du coteau sur lequel est construit l'ermitage est de très-bonne qualité ; il ressemble pour le goût et la couleur au lacrymaehristi, et souvent on le vend pour tel.

Martial a chanté ce coteau dans son IV« livre, épigramme XLIV :

Hic est pampineis , vividis modo Vesuîus mnbris,

Presserat hic madidos nobilis uva lacus. Bscjuga, quam iVisœ coites plus Bacchus amavit

lioc, nuper Satyri monte dedere choros.

Ilic Veneris sede3, Laccd&mone,gratior illi,

Eic locus Herculeo nomine clarus erat. Cuncta jacent flammis, et trisii mersa favilîa,

jVec superi vellent hoc licuisse sibi.

SALVATORE (SAN-).V. San-Salvatore.

SALVE s. f. (sal-ve — du latin salve, porte toi bien, impératif de salvere, se bien porte:-. Le verbe saloere est la forme intransitive de salvnre, sauver, lequel est rattaché par Eichholf à la racine sanscrite saiv, aider, assister). Décharge de plusieurs armes à feu faite en l'honneur de quelqu'un ou en signe de réjouissance : Des salves demousgueterie, d'artil/erie.

Salves d'adieu, retentissez dans l'air, Couvrez la voix de son enfant qui crie.

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