V. Zanobi
STRATA (Maria-Vittoria FoRNARl), fondatrice de l'ordre des Aunonciades célestes. V. Fornari.
STRATAGÉMATIQUE adj. (stra-ta-jé-mati-ke — rad. stratagème). Qui a le caractère d'un stratagème. U Vieux mot.
STRATAGÈME s. m. (stra-ta-jè-mc — du cr. slratagéma, tactique militaire, puis ruse de guerre; de stralégia, art de conduire une armée). Ruse de guerre, feinte qui a pour but de tromper l'ennemi : Ce général est fertile en stratagèmes.
— Ruse en général, feinte ayant pour but de tromper quelqu'un : Inventer, imaginer un stratagème. liecourir à un stkatagèmk.£'j«ployer divers stratagèmes.
Voila de mon amour l'innocent stratagème.
Racine.
La besoin est docteur en stratagèmes.
La Fontaînb.
Le cerf, ingénieux dans ses frayeurs extrêmes, Varie en cent façons ses adroits stratagèmes.
Delili.e-
— Encycl. Les stratagèmes ne tiennent plus aujourd'hui une grande place dans l'art militaire ; mais il n'en était pas de même autrefois, et les histoires anciennes sont pleines d'exemples d'avantages remportés sur l'ennemi par des combinaisons où la ruse tenait le premier rôle. Quant à la légitimité des stratagèmes, elle n'a jamais été mise en question. Thucydide admet sans difficulté que le meilleur généra! est celui qui est le plus fertile en expédients de ce genre. Homère dit qu'il faut faire le plus de mal qu'on peut a. son ennemi et qu'avec lui la tromperie, de quelque espèce qu'elle puisse être, est toujours permise. Grotius parait être du même avis. Dans son traité De jure pacis et belli, il accumule un grand nombre d'autorités respectables et très-favorables aux ruses et fourberies militaires. Tout est permis à un général, tout, jusqu'au mensonge. Bon nombre de théologiens, et même quelques saints, entre autres Chrysostome, n'hésitent pas à déclarer que les empereurs qui avaient usé de Surprise, de ruse et d'artifice pour réussir dans leurs desseins étaient très-louables. Et ils ont bien raison ; l'Ecriture n'est-elle pas toute remplie de stratagèmes et de ruses de guerre? La victoire qui s'acquiert par la force et la supériorité du nombre est ordinairement l'ouvrage du soldat ; mais celle qu'on remporte par la ruse et par l'adresse est uniquement due au général. Tout général qui n'est pas rusé est un pauvre général. (Ch. de Folard.) "Voici, à cet égard, l'opinion de Frédéric II : « On se sert alternativement, dans la guerre, de la peau du lion et de celle du renard. La ruse réussit où la force échoue. Il est donc absolument nécessaire de se servir de l'une et de l'autre, paisque souvent la force est repoussée par la force ; au lieu que plusieurs lois la force est repoussée par la ruse. Le nombre des stratagèmes est infini ; je n'ai pas envie de les citer ici. Ils ont tous le même but, qui est d'engager l'ennemi à faire les fausses démarches qu on souhaite qu'il fasse. On les emploie pour cacher le vrai dessein et pour lui faire illusion, en affectantdes vues qu'on n'a pas. »
Tous les stratagèmes cependant ne peuvent et ne doivent pas être permis. Nous sommes complètement de l'avis de Lachesnaye des Bois quand il recommande la probité dans leur emploi. «Chaque général, dit-il, a ses ruses, et il y en a que le temps, les lieux font naître et que l'on ne doit pas négliger. Mais, en fait de ruses, on ne doit employer que celles où il entre de l'esprit, et du savoir, et non celles
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où la trahison entre pour quelque chose. 11 y en a qui prétendent que tout est permis à la guerre et que l'on peut se procurer par tels moyens que ce soit la réussite de ce qu'on entreprend. C'est de quoi ne tombent pas d'accord les auteurs qui ont écrit du droit des gens. Il faut que la probité et la grandeur d'âme paraissent dans toutes les actions humaines. Il peut y avoir des stratagèmes plus permis les uns que les autres. •
■ On a considérablement écrit sur les nues et les stratagèmes ; Frédéric II lui-même en a traité. L'art de ruser est la grande ressource des petites armées et le principal secret do la petite guerre. On plaçait nuitamment des mèches d arquebuses là où il n'y avait pas d'arquebuses ; on répandait des noix sous un orgue de mort; on recourait à un faux cri de guerre. Ces mesquines ressources sont tombées dans un tel oubli, que le mot ruso luimême s'elFace de la langue des armes. Dans l'état actuel de la guerre, il n'y a plus de ruses qui puissent être méditées ou enseignées comme principes. C'est au génie du général d'armée à deviner ce que la circonstance demande, ce que le succès exige, » (Généra! Bardin.)
Deux auteurs anciens, à peu de temps de distance l'un de l'autre, ont écrit sur lesîfratagèmes, Frontin, sous Trajan, et Polyen, sous les successeurs d'Adrhm et d'Antonio. Le premier, homme consulaire, avait été préteur de Rome sous le consulat de Yespasieu et de Titus; il avait fait la gueneen l'île de Bretagne, où il subjugua les Silures; le second était un orateur macédonien, qui suivait la cour dûs empereurs. Frontin, qui a écrit plus en homme de guerre, ne dorme que cinq cent soixante-trois stratagèmes, rassemblés en quatre livres; Polyen en donne neuf cents, divisés en huit livres. Nous emprunterons quelques exemples à ces duux auteurs.
Le plus ancien stratagème est celui que les Grecs employèrent, d'après le conseil de Pallas, pour s'emparer à? Troie. Nous voulons parler du fameux cheval de bois, connu de tout le monde. V. chbval dk Troib.
■ Bacchus, dans son expédition des Indes, afin d'être reçu plus aisément dans les villes, ne marchait pas armé à découvert. Ses troupes étaient vêtues de robes légères et de peaux de cerf. Les javelots étaient ombragés de lierre, et l'on ne voyait pas la pointe dont les thyrses étaient garnis. Les sonnettes et les tambours tenaient lieu de trompettes, et les ennemis, domptés par le vin, ne s'occupaient que de la danse. En un mot, tous les mystères auxquels on a donné le nom d'orgies ne sont qu'une représentation des stratagèmes dont Bacchus s'était servi pour assujettir les Indiens et les autres peuples de l'Asie. » (Polyen, les Muses de guerre, trad, de Lobineau.)
A la bataille d'Arbelles, Alexandre, voyant que les Perses lui opposaient une grande résistance et craignant la défaite des Macédoniens, lit tout à coup apparaître le devin Aristandre. Celui-ci, revêtu d'une robe blanche et un laurier à la main, s'écria, comme saisi d'un saint enthousiasme, qu'il voyait planer un aigle au-dessus de la tête du roi. Les Macédoniens, transportés, ne tardèrent pas à enfoncer leurs ennemis.
« Philippe donna l'escalade aux murs de Méthone et lit monter un grand nombre de ses Macédoniens pour prendre la ville. Quand il les vit sur les murs, il ht ôter les échelles, afin que ses gens, n'ayant plus d'espérance de descendre, eussent plus d'ardeur à se rendre maîtres des murs et de la place. » (Polyen, Jtuses de guerre, tiad. de Lobineau.)
« Leptinès de Syracuse, en la guerre contre les Carthaginois, ayant mis une partie de ses troupes en embuscade, envoya les autres battre la campagne et mettre le feu partout. Les Curthuginois, croyant que c'étaient de leurs gens, les suivirent pour les soutenir et tombèrent dans l'embuscade. • (Stratagèmes de Frontin, trad, de d'Ablancourt.)
« Annibal , à la journée de Trasimène, comme les Romains, enfermés de toutes parts, faisaient des merveilles, lit ouvrir ses bataillons pour leur donner passage, puis, les chargeant en queue, les délit, sans peine et sans danger.» (Stratagèmes de Frontin, trad. de d'Ablancourt.)
Annibal, cerné par le prodictateur Q. Fabius, ne pouvait échapper à son adversaire qu'en franchissant un défilé conduisant à Casilin; mais les Romains s'étaient déjà emparés des hauteurs qui dominaient ce défilé. Les Carthaginois ne pouvaient cependant penser à reculer, car derrière eux se trouvaient des sables arides et des marais affreux, Fabius était déjà sûr de sa proie, lorsque Annibal fit rassembler près de deux mille bœufs pendant la nuit, fil attacher des fagots à leurs cornes et, mettant le feu à ces fagots, chassa les animaux affolés du côté des ennemis. Les Romains, frappés d'un spectacle aussi nouveau qu'inattendu, furent saisis de terreur, et pendant qu'ils délibéraient, qu'ils attendaient l'attaque des Carthaginois, ceuxci, en silence et eu ordre, opéraient leur retraite par le défilé.
L'an 89 av. J.-C, Sylla était engagé dans un défilé, près d'Esernia, en présence d'une armée samnite très-supérieure en nombre. Il fait rétrograder ses troupes à la faveur de la nuit, ne laissant au camp qu'un trompette chargé de sonner, selon 1 usage, le coranieu-
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cernent de chaque veille, de trois heures en trois heures: puis, tournant la position de l'ennemi, il 1 attaque au moment ou il s'y attendait le moins et le met dans une déroute complète.
"Voici quelques autres exemples de stratagèmes empruntés à l'histoire uu moyen âge ou à l'histoire moderne :
A la bataille de Soissons, livrée entre les armées de Childebert et do Frédégonde, le général de cette dernière, Landry, lit prendre aux premiers rangs de ses solats de grandes branches d'arbres verts, en sorte qu'au lever de l'aurore les troupes de Childebert, croyant n'Hpercevoir qu'un bois, qu'un rideau de verdure, vinrent donner au milieu de l'ennemi avec une confiance et une sécurité qui leur devinrent fatales.
A la bataille d'Amblef, en 716, un soldat de Charles-Martel offrit de mettre, seul, en fuite i'armée de Chilpéric II, Charles-Martel ayant accepté cette proposition si étrange, lo soldat, effaré, l'épée à la main, se précipita dans le camp des Neustriens, criant d'une voix formidable : » Fuyez, fuyez 1 Voici Charles avec ses troupes 1 • La panique fut si grande, que ce dernier n'eut qu'à chasser les ennemis devant lui comme uu troupeau de moutons.
Le 19 mai 1364, trois jours avant le sacre de Charles V, Du Guesclin , qui commandait en Normandie une armée envoyée contre les Anglais et les Navarrais, feignit de décamper pour faire quitter à ceux-ci un poste avantageux qu'ils occupaient. Les Anglais le suivirent. Lorsque Du Guesclin les vit dans une position défavorable, il tit rebrousser chemin à ses troupes, et, tombant à l'improviste sur eux, il les défit complètement.
En 1437, comme les remparts, les fossés et tous les environs de la ville de Pontoise étaient couverts de neige, Talbot fit envelopper de draps blancs les plus braves do ses soldats, qui parvinrent, avec ce déguisement, à escalader les murailles et à s'emparer de la ville. i
Au siège de La Rochelle en 1573, un sol- [ dat de l'Ile de Ré, du nomdeBarbot, se trouvait un soir seul à défendre un moulin appelé la Brande. Ce moulin est attaqué par un détachement et deux coulevrines. Barbot résiste, tire rapidement plusieurs coups d'arquebuse sur les assiégeants, varie les inflexions de sa voix pour faire croire à un assez grand nombre de défenseurs ; bref, il fait si bien qu'il obtient une capitulation honorable. L'ennemi fut bien surpris de voir toute la garnison en sa personne.
En 1597, a Amiens, un officier espagnol, du nom de llernandès Tello-Porto-Carrero, fit déguiser un certain nombre de soldats en paysans conduisant des chariots chargés do denrées. Les chariots arrivent à la porte de la ville. On lève la herse ; au moment où l'une des voitures se trouve sous U herse, il délie, sans être remarqué, un sac de noix qui se répandent à terre ; et les gardiens du poste de se mettre aies ramasser. Pendant qu'ils sont occupés à cette besogne, d'autres Espagnols, embusqués, se réunissent aux premiers, tombent sur les gardiens, s'emparent de la porte et introduisent dans la ville 700 k 800 combattants, que Hernandès avait échelonnés derrière lui.
« VieillevilJe était à Toul en 1552. Son caractère ne lui permettant pas d'être oisif, il forme le projet de surprendre Pont-à-Mousson. Un espion, qui joignait beaucoup d'intelligence, de finesse, U'activité à un air de bonne foi et de simplicité capables d'en imposer aux plus soupçonneux, est l'instrument dont il se détermine à se servir. Cet homme, qui était parvenu à gagner la confiance d'Alphonse d'Arbolongua et de Fabrice Colonna, commandant pour Charles-Quint dans la place, les avertit un jour que Vieilleville doit partir le lendemain, à la pointe du jour, pour Condésur-la-Moselle et qu'il n'amènera avec lui, pour son escorte, qu'environ 120 chevaux. Aussitôt Fabrice prend les armes, sort de la ville à la tête de 300 chevaux d'élite et s'avance sur te chemin que devait tenir Vieilleville.
» L'officier français paraît, en effet, avec les forces qu'on lui supposait. Se voyant chargé par Fabrice, il recule, au petit pas, jusqu'à un bois où il a placé ses embuscades. Elles tombent toutes à la fois sur Fabrice, lui tuent presque tous ses gens et le font luimême prisonnier. A l'instant , Vieilleville substitue les enseignes des ennemis aux siennes et prend la route de Pout-à-Mousson. Pour mieux tromper les impériaux, il se fait précéder par son confident Saligny, qui porte sa cornette, ses banderoles, ses armes et fait retentir tous les lieux de ces mots : « Victoire ! Vieilleville est prisonnier ; Fa- » brice l'amène avec 40 Français 1 •
> La ruse réussit.Aux premières apparences du succès, d'Arbolongua sort de la ville et, trompé par la vue de ses drapeaux, se livre à Vieilleville, qui le force de prendre sa propre cornette et de concourir à la surprise de sa place en criant : Victoire I De cette manière, les Français entrent sans résistance dans Pont-a-Mousson. Don Alphonse, malgré tous les soins que prirent les vainqueurs pour le consoler, donna les marques du plus violent désespoir et fut trouvé mort le lendemain dans son lit. » (Panckoucke.)
i L'armée française faisant une marche de nuit en Alsace pour aller à Landau, un partisan ennemi se glissa avec 40 hommes dans
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un ravin, entre les d«vrx jolonnes, et fit faire feu sur les deux en même temps; chaque colonne, se voyant attaquée, répondit au feu du côté qu'il venait; le partisan, charmé du désordre qu'il avait causé, se retira, laissant les deux éolonnes aux prises l'une contre l'autre. L'erreur ne parut qu'avec le jour et l'on fut bien surpris du grand nombre des morts et des blessés.» (Carlet de La Rozière, Stratagèmes de guerre!)
« L'an Vil (6 nivôse), le général Abbé, jugeant utile à l'année française ia possession de Novare, fait monter 8 grenadiers dans deux voitures de poste, arrive au galop et obtient l'entrée de la ville en se disant envoyé du général en chef. Sous les voûtes de la porte il s'arrête, saute à terre, met le sabre à la main, s'empare du poste et donne le temps à une troupe embusquée d'accourir pour faire mettre bas les armes à la garnison. » (Général Bardin.)
• Une colonne, tranquille, s'avançaitoomme à tâtons dans un bois épais, quand tout à coup, à quelques pas devant elle, une vive lueur et plusieurs coups de canon éclatent dans la figure des hommes du premier rang. Saisis de frayeur, ils croient que c'en est fait, qu'ils sont coupés, que voilà leur terme, et ils tombent terrifiés ; le reste, derrière eux, se mêle et se culbute. Ney, qui voit tout perdu, se précipite ; il fait battre la charge, et comme s'il eût prévu cette attaque, il s décrie: « Compagnons, voilà l'instant; en • avant I ils sont à nous! » A ces paroles, ses soldats, consternés et qui se croyaient surpris, croient surprendre : de vaincus qu'ils étaient, ils se relèvent vainqueurs ; ils courent sur l'ennemi, qu'ils ne trouvent déjà plus et dont ils entendent au travers des forêts la fuite précipitée. » (Comte de Ségur, Histoire de Napoléon et de la grande armée.)
Stratagème; recueil historique de Polyen, écrivain grec du ne siècle de notre ère. Cet ouvrage contient neuf cents stratagèmes répartis en huit livres. L'auteur ne s est pas renfermé dans le cadre qu'il s'était tracé, et, parmi un grand nombre de ruses de guerre, il a recueilli, chemin faisant, quelques paroles mémorables, des traits héroïques, des exemples de vertu et de modération, etc. Il cite bon nombre d'apophthegmes et d'actions qui n'ont rien de commun avec le titre de l'ouvrage. Quelquefois même il mentionne des traits de bassesse dignes des plus vils scélérats ou des expédients que peut inspirer à l'homme le plus borné le soin de sa propre conservation. Polyen a le tort de classer parmi les stratagèmes ou ruses de guerre permises des injustices atroces et des exemples de déloyauté auprès desquels la foi punique serait presque de la bonne foi.
Le tout ensemble fait un mélange dont la variété n'est pas désagréable et dont la lecture est fort intéressante. Comme exactitude, Polyen n'est pas à l'abri de tout reproche ; négligeant de remonter aux sources pour vérifier les faits, il a parfois attribué il l'un ce qui concernait l'autre ; comme style, 'il est incorrect et tout à la fois sec et prétentieux. Ce qui donne, en dépit de ces défauts, une grande valeur à ses Stratagèmes, c'est qu'on y trouve certains faits qu'on chercherait vainement ailleurs, et qui ont servi à éclaircir plusieurs points controversés de l'histoire grecque et de l'histoire romaine.
Stratagème* de l'amour (T.ES), opéra-ballet
en trois actes, avec un prologue, paroles de Roy, musique de Destouches; représenté par l'Académie royale de musique, le jeudi 26 mars 1726. Dans le prologue, composé à l'occasion du mariage de Louis XV, on voyait lo temple de la Gloire. Ce monarque y était placé au milieu des rois, ses prédécesseurs les plus célèbres. La première entrée a pour titre Scamandre, la seconde les Abdérites et la troisième la Fête de Philatis. M'1*8 Antier, Le Maure, les sieurs Chassé, Thévenard, Muraire et Tribou en furent les principaux interprètes. Fuzelter et d'Orne val en firent une spirituelle parodie.
Strate s. f. (stra-te — du lat. stratus, étendu). Miner. Couche de terrain de sédiment.
STRATEGE s. m. (stra-té-je — gr. strategos; dostratos, armée, et àcagâ, je conduis). Antiq. gr. Général d'armée, chez les Athéniens. Il On dit aussi stratègue.
— Antiq. égypt. Commandant des forces militaires d'un nome, sous les Ptolémées.
— Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des lamellicornes, tribu des scarabéides, comprenant cinq ou six espèces.
— Encycl. Antiq. gr. Tous les ans, les Athéniens élisaient dix stratèges pour commander leurs armées, et cette élection se faisait dans le Pnyx, en même temps que celle des magistrats. Le mot stratège avait deux significations, l'une militaire et l'autre civile. C est dans cette dernière signification qu'il est employé sur les médailles des viiles grecques, pour désigner un magistrat dont la charge pouvait correspondre à celle des préteurs romains. En IoniB, beaucoup de villes avaient des stratèges pour magistrats au. lieu d'archontes. Dans le plus grand nombre. de; cités, les fonctions d archonte et de stratège étaient deux magistratures distinctes; cotte dernière était généralement annuelle et il existait plusieurs stratèges dans chaque ville, A
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Syracuse, après avoir recueilli les suffrages, les stratèges qui finissaient leur année proclamaient aussitôt leurs successeurs.
STRATÉGIE s. f. (stra-té-ji— gr. stralégia; de stratos, armée, et àeagô, je conduis). Art de conduire les opérations militaires : La stratégie consiste dans les vastes mouvements qui ont pour but d'occuper la meilleure ligne d'opérations. (Thiers.)
— Fig. Moyens combinés avec art pour atteindre un résultat : Pourquoi la paix, comme la guerre, n'aurait-elle pas sa stratégie; ? (E. de Gir.)
— Encycl. Quand une nation déclare la guerre k une autre nation, elle choisit les points d'attaque, les frontières par lesquelles on pénétrera en pays ennemi, et partant le théâtre de la guerre, c'est-à-dire 1 ensemble des contrées dans lesquelles les deux partis iront vider une querelle dont les motifs sont souvent des plus futiles. Le gouvernement indique à ses généraux en chef le but qu'il se propose, les résultats qu'il veut obtenir, organise ses armées, les réunit, les masse pour les remettre entre les mains de ceux qu'il désignera pour les commander et fait en quelque sorte le plan général de la campagne.
■ L'ensemble des contrées où deux puissances belligérantes peuvent s'attaquer forme donc le premier des théâtres sur lesquels les armées sont appelées à opérer; on 1 appelle théâtre de la guerre. L'art de répartir les armées sur ce théâtre, de déterminer le rôle de chacune d'elles, de les relier ensemble foTme une première partie de l'art militaire, que l'on appelle la politique de la guerre et qui rentre dans les attributions du gouvernement. Elle appartient au diplomate ou à l'homme d'Etat plutôt qu'à l'homme de guerre. Un général en chef peut cependant avoir à s'en occuper quand des pouvoirs diplomatiques lui ont été délégués par son gouvernement, comme à Bonaparte en 1796, ou bien quand il est à la fois, comme Napoléon, général et souverain. ( Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
Quand le général en chef a pris le commandement de son armée, quand il entre en campagne, là commence la stratégie. C'est à lui d'étudier son théâtre d'opérations.
«Le théâtre d'opérations appartient à une armée distincte et indépendante, ou plutôt à deux armées : l'armée offensive et l'armée défensive. Pour la première, le théâtre d'opérations est le pays qu'elle veut envahir; pour la seconde, c'est le pays qu'elle veut couvrir.
» Le théâtre d'opérations d'une armée s'appelle aussi son échiquier. • L'échiquier est
■ bien embrouillé, dit l'empereur au maré- » chai Marmont, quelques jours avant Leip-
■ zig; il n'y a que moi qui puisse m'y recon- » naître. (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
Son théâtre d'opérationsbien étudié, le général fait son plan de campagne ; puis il s avance, fait exécuter à ses troupes les marches stratégiques qui doivent les conduire en présence de 1 ennemi, et là les marches tactiques succèdent aux marches stratégiques. La stratégie abandonne à la tactique le sort de la bataille, qu'elle prépare par ses manœuvres.
« Quand une armée se trouve en présence de l'armée ennemie et qu'elle se prépare à un engagement, elle doit évidemment rassembler toutes ses forces afin de combattre avec le plus de chances possible. Mais, quand elle n'est plus en présence, quand elle est, par exemple, à vingt ou trente lieues, de l'ennemi, elle doit s'étendre, au contraire, afin de vivre plus facilement, de marcher plus commodément et enfin d'occuper les points principaux du terrain. Il y a ainsi pour une armée en campagne une alternative de déploiements et de concentrations qui, suivant les circonstances, rapprochent ou éloignent ses différents éléments.
■ C'est \nslrutetjie qui préside à l'exécution de ces divers mouvements ; c'est elle qui règle les relations que l'on, doit établir entre les divers corps de l'armée, relations que l'on appelle relations stratégiques ; c'est elle qui indique les principes des combinaisons et des manœuvres à exécuter sur le théâtre d'opérations et que l'on appelle combinaisons stratégiques et manœuvres stratégiques.» (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
« Aujourd'hui, c'est par la stratégie qu'un chef qui dirige une campagne embrasse par la pensée le théâtre des opérations, traverse les lignes de son adversaire, découvre les côtés faibles de sa base ou de ses points «'appui, enchaîne ses volontés et anéantit souvent jusqu'à ses derniers moyens dans une seule bataille, qu'il sait amener d'après 'es règles de la stratégie et livrer selon les règles de la tactique.» (Archiduc Charles.)
« La stratégie opère sur de vastes surfaces géographiques; elle prépare ses combinaisons d'après des cartes générales; elle demande plusieurs jours pour leur exécution.
«La tactique opère sur une surface de quelques lieues carrées; elle prépare ses mouvements d'après des cartes particulières, ou plutôt d'après des plans topogrophiques ; elle les accomplit, en quelques heures.
i La stratégie répartit les troupes sur le théâtre d'opérations et las rassemble au moment décisif sur le champ de bataille. La tactique les y engage.
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• Nous citerons, comme exemples de mouvements stratégiques : les marches d'Alexandre à travers l'Asie, depuis les rives de l'Asie Mineure jusqu'aux bords de l'Indus ; celles d'Annibal a travers l'Espagne, la Gaule et l'Italie ; celles de César dans les vallées du Rhône, de la Seine, du Rhin, en Espagne ou en Grèce ; celles de Frédéric dans les vallées de l'Elbe et de l'Oder; enfin, celles de Napoléon en 1805, manoeuvrant autour d'Uhn et se portant ensuite sur Vienne et Austerlitz. » (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
De ce préambule nécessaire ressort la division de notre article. Nous traiterons donc des théâtres d'opérations, des plans de campagne et des marches stratégiques.
Nous n'avons cependant pas la prétention d'enseigner la stratégie; le meilleur moyen d'étudier cet art serait évidemment de lire et de méditer les campagnes les plus célèbres et notamment celles qui ont été faites en Europe depuis le commencement du xixe siècle. Encore faudrait-il, dans cette étude, se préoccuper surtout des plus récentes campagnes, l'armement nouveau et les chemins de fer ayant totalement changé les règles qui pouvaient être posées il y a quarante ans. Les principes que nous allons résumer sont le fruit d'observations faites en partie sur les dernières campagnes qui ont eu lieu en Europe.
— Théâtre d'opérations. L'étude du théâtre d'opérations est l'étude de ses divers accidents, Ces accidents sont de deux espèces : les points stratégiques et les lignes stratégiques.
> Les points et les lignes stratégiques sont inséparables, et les uns n'existent pas sans les autres, car un point n'a d'importance pour les opérations militaires qu'autant qu'il est accessible à toutes les armes, et, d'un autre côté, l'on ne regarde une ligne comme avantageuse qu'autant qu'elle conduit à un but. » (Archiduc Charles.)'
On nomme points stratégiques les points dont l'occupation augmente la puissance d'action d'une armée et lui procure des avantages pour les grandes opérations. Généralement sur les cartes les points stratégiques sont marqués de sabres en croix. On peut, si l'on veut, diviser les points stratégiques en six classes : 1° les grands centres de population, et partant les centres de ressources et de richesses, qui comprennent : les capitales do royaume et les grandes places, comme Vienne en 1797, 1800, 1805, 1809, et Paris en 1814; les capitales de province, les chefs-lieux de département, tels que Augsbourg, Munich et Salzbourg en 1805, Nancy, Troyes et Châlons en 1814; enfin, les villes secondaires, les gros bourgs, les gros villages, comme Chaumont et Meaux en 1814; 20 les points de passage des cours d'eau, dont l'importance stratégique s'accroît encore s'ils se trouvent au confluent de deux rivières, ponts de pierre, de bois, ponts de bateaux, ponts suspendus et même bacs et gués : on peut citer les ponts de Kehl et de Mayence sur le Rhin, le pont de Lintz sur le Danube, le pont de Soissons, qui sauva l'armée de Silésie, etc.; Ulm (1805), au confluent de l'Hler et du Danube , Montereau (1814), au confluent de la Seine et de l'Yonne, sont des points de passage de cours d'eau dont on reconnaît immédiatement l'importance, à cause de leur position, qui permet de s'étendre sur trois zones différentes; 3° les cols des montagnes, surtout ceux qui donnent accès dans plusieurs vallées; 4" les nœuds de communication, les points d'intersection de plusieurs routes ou chemins, tels que Champaubert (1814), à Ta rencontre de la route de Nogent à Epernay et de celle de Châlons à La Ferté ; Ligny (isi5),sla rencontre des routes de Uharleroi, de Bruxelles, de Wavre, de Liège et de Namur, etc. ; 5<> les positions militaires, celles dont ia forme et les accidents de terrain présentent à des troupes certains avantages défensifs; 6« les places fortes, dont il est inutile de faire ressortir l'importance ; 7» les lignes de chemins de fer, dont l'importance est capitale pour le ravitaillement des armées ou la prompte expédition d'un corps de troupe sur tel ou tel point ; 8° enfin les lignes télégraphiques, ou au moins les points de jonction de ces lignes.
L'importance des points stratégiques varie avec la nature des pays. Dans un pays cultivé, coupé, comme la France, l'Italie, la Belgique, il faudra surtout s'assurer des points de rencontre des routes, sans quoi l'on s'exposerait à des mouvements difficiles, sinon impossibles. Dans un pays marécageux, les chaussées et les ponts seront les points stratégiques les plus importants. Dans un pays de montagnes, tel que la Suisse, e'est des cols, des intersections des vallées qu'il faudra se hâter de s'emparer. En Afrique, où le premier besoin est celui de l'eau, où l'on peut s'avancer dans toutes les directions, les oasis sont évidemment les meilleurs points stratégiques. Il est des points stratégiques qui ont une importance réelle â cause de leur situation, indépendamment de la position des troupes sur le théâtre d'opérations; on pourrait les appeler des points stratégiques géographiques. Il en est d'autres, au contraire, qui acquièrent surtout de l'influence Sur les événements militaires, influence relative si l'on veut, mais réelle, à cause des différentes positions, de la répartition des troupes, de la
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facilité qu'ils offrent dans l'exécution des manœuvres; on pourrait les nommer points stratégiques de manœuvres.
Les points stratégiques servent aux armées d'appui ou de but. Les premiers servent à couvrir les magasins, les hôpitaux, les lieux d'approvisionnement, etc., facilitentles mouvements, assurent la ligne de retraite, etc. Les seconds sont le but des opérations militaires d'une armée et ont reçu le nom d'objectifs.
On distingue encore les objectifs géographiques et les objectifs de manœuvres.
Les objectifs géographiques sont des points matériels de terrain, par exemple une place forte dont on veut s'emparer.
« L'objectif de manœuvres est un résultat que l'on veut obtenir et qui s'applique particulièrement aux troupes opposées ; c'est, par exemple, de frapper sur leur centre pour les séparer en deux parties; c'est encore de tourner une de leurs ailes pour s'emparer de leurs communications. Il y a toujours un point matériel que Von cherche k atteindre, mais ce point n est pas fixé d'une manière absolue ; il peut se déplacer suivant les manœuvres. C'est ainsi qu'en 1813 l'objectif des alliés était le quartier général de Napoléon, qui se déplaça à plusieurs reprises dans le mouvement rétrograde de Dresde sur Leipzig. An début d'une campagne, les points stratégiques de l'échiquier sont généralement au pouvoir de l'armée défensive ; ils lui servent de points d'appui. L'armée offensive cherche à s'en emparer; ils sont ses objectifs successifs, et, nu fur et à mesure qu'elle les possède, elle les transforme à son tour en points d'appui de ses opérations.» (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
Les lignes stratégiques se divisent, comme les points stratégiques, en lignes territoriales et lignes de manœuvres. Les premières comprennent les cours d'eau, les chaînes de montagnes, formantdes obstacles continus, capables de couvrir des années;' les secondes, les routes et les voies de communication, reliant entre eux les points stratégiques. Cette division est due au général Joiuini. Il y a trois espèces distinctes de lignes territoriales :
îo La base d'opérations, portion de terrain couverte, défendue par un obstacle matériel, qui sert d'appui à une opération de guerre et sur laquelle on réunit les ressources nécessaires à une armée en campagne. Cette base d'opérations est nécessaire, parée que, contrairement à la coutume des anciens, les années modernes ne portent avec elles des munitions que pour une bataille et des vivres pour huit a quinze jours au plus. L'armée doit donc toujours être liée à sa base d'opérations, pour pouvoir en tirer ses approvisionnements de toute nature et s'y retirer en cas d'échec ou de défaite. Une bonne base d'opérations est celle qui est située en arrière d'un obstacle naturel, appuyée a ses extrémités par des obstacles naturels, comprenant un certain nombre de places ou de points fortifiés qui protègent les établissements, dépôts, magasins et hôpitaux; elle doit présenter une certaine profondeur, être sillonnée de routes commodes pour les mouvements des troupes, liée en arrière à l'intérieur du pays par ses voies de communication et avoir plusieurs ;débouchés donnant accès dans le territoire ennemi.
Du temps dH premier Empire, le Rhin remplissait parfaitement ces conditions. Le Rhin était pour nous une base principale, servant de point de départ à nos armées quand elles prenaient l'offensive. Mais à mesure que nos armées, le plus souvent victorieuses, s'avançaient sur le territoire ennemi, elles étaient obligées de se créer, de quarante lieues en quarante lieues environ, des bases secondaires, constituées d'après les mêmes principes que la base principale et destinées à appuyer convenablement les opérations et à protéger les approvisionnements et lesétablisseinents. Parfois aussi nos troupes, voulant accomplir une série d'opérations particulières, étaient obligées de se créer des bases d'opérations particulières, des bases accidentelles, qu'elles abandonnaient après le succès, pour reprendre leurs premières bases d'opérations, leurs bases naturelles.
2" Les lignes défensives. Dans la défensive comme dans l'offensive, toute armée qu'on attaque prépare, eu arrière de sa position, des bases successives, des lignes défensives, d'où elle tirera sesopprovisionnements et qui lui serviront successivement de refuge durant les différentes périodes de la campagne. Les bases d'opérations ont, par rapport aux lignes défensives qui leur correspondent, des directions variables; elles peuvent être parallèles à ces lignes, obliques à ces lignes, ou constituer des lignes brisées, en partie parallèles, en partie obliques aux lignes de défère.
3° Le front d'opérations. C'est l'ensemble des points occupés par les têtes de colonne d'une armée qui sont liées les unes aux autres/C'est généralement une ligne droite. Le front d'opérations est tout à fait distinct de la base; il est mobile et s'avance avec l'armée; tandis que la base a quarante ou cinquante lieues, par exemple, le front d'opérations n'a au plus que deux journées de marche de longueur. Diins un front d'opérations, les troupes doivent être bien liées entre elles. Les extrémités du front doivent s'appuyer a. des
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obstacles naturels; il doit couvrir les lignes de retraite et avoir à sa portée une forte position militaire, servant de point de ralliement en cas d'attaque imprévue.
Le front d'opérations peut être parallèle ou oblique, par rapport à celui de l'ennemi.
Les lignes de manœuvres se divisent en lignes d opérations et lignes de communication.
1° La ligne d'opérations est un faisceau de routes, de voies conduisant une armée de sa base à la position qu'elle veut oscuper pour commencer les hostilités. La ligne d'opérations prend aussi les noms de route de l'arT mée, ligne de marche ou ligne de retraite. Là ligne d'opérations d'une armée se constitue au fur et à mesure que l'armée avance. Elle relie successivement la buse principale aux bases secondaires, et les bases secondaires entre elles. Un courant continuel, dans deux sens opposés, s'établit sur cette ligne. : convois, renforts, bataillons en marche, ordonnances, estafettes, courriers, blessés, prisonniers, canons et drapeaux conquis et dirigés sur la capitale. Tout ce mouvement d'hommes et de matériel doit être protégé par des postes établis toutes les six ou huit lieues; ces postes sont des postes de campagne, avec des magasins de vivres , un service sanitaire et une petite garnison ; par des têtes de pont, dans les passages de rivière; par des débouchés occupés militairement à droite et k gauche de la ligne d'opérations-, enfin, par tous les moyens de défense qu'un général habile peut imaginer.
Dans, chaque campagne, on trouve une ligne d'opérations constituée et assurée. En 1813, pour la campagne de Russie, la ligne d'opérations était la route de Kœnigsberg à Moscou, parWilna, Smolensk, Dorogobouje, Winzma et Mojajsk. En 1859, dans la campagne d'Italie, nous avions deux lignes d'opérations, l'une se dirigeant de SSuze sur Alexandrie, l'autre se dirigeant de Gênes sur la même ville d'Alexandrie. A notre entrée en Lombardie, notre ligne s'allongea d'Alexandrie sur Verceil, Novare, Milan et Brescia. Les trois conditions principales que doit remplir une ligne d'opérations sont: la viabilité, la sûreté et la richesse. La ligne d'opérations doit présenter assez de voies pour que les mouvements des troupes et du matériel soient faciles; elle doit, autant que possible, avoir ses flancs appuyés à des obstacles naturels, montagnes ou cours d'eau, piiur que ces mouvements s'effectuent sans danger; elle doit traverser un pays riche, pour que l'année puisse trouver, en cas de besoin, dans le pays envahi de quoi s'entretenir. La ligne d opérations peut se rattacher au centre de la base d'opérations, ou à. l'une quelconque de ses extrémités, et peut avoir une direction oblique ou perpendiculaire à la direction de cette base.
La longueur d'une ligne d'opérations est généralement proportionnelle k celle de la base; elle est plus longue si la base est plus longue. Quand elle n'est pas en rapport avec l'étendue de cette base, l'armée fait ce qu'on nomme une pointe, et ses communications sont aventurées.
Outre la ligne d'opérations principale, celle qui est suivie par la masse de l'armée et sur laquelle s'accomplissent les faits décisifs d'une campagne, il y a encore les lignes d'opérations secondaires et les lignes d'opérations accidentelles. Les premières sont suivies par des corps d'armée accomplissant des opérations secondaires, et les secondes sont colles dont on se sert pour poursuivre un but particulier et que l'on abandonne une fois le but atteint.
Les lignes d'opérations sont également employées, il est inutile de le dire, par une armée sur la défensive et par une armée sur l'offensive.
2° Lignes de communication. Ces lignes sont perpendiculaires aux lignes d'opérations, qui vont généralement de la frontière d'un pays à sa capitale. Elles sont donc, en général, parallèles à la frontière. Les lignes de communication peuvent servira relier entre elles deux lignes d'opérations éloignées, à faciliter les mouvements journaliers quand elles sont sur des bases secondaires, ou à relier des débouchés formant par leur réunion une ligne d'opérations. Une ligne de communication doit remplir les mêmes conditions de viabilité, de sûreté et de richesse qu'une ligne d'opérations.
— Plans de campagne. Le plan de campagne est l'ensemble des combinaisons et des manœuvres uu moyen desquelles un général croit pouvoir arriver k un but déterminé. «Rien ne s'obtient à la guerre que par le calcul. Dttns une campagne, tout ce qui n'est pas profondément médité dans ses détails ne produit aucun résultat; toute expédition demande k être faite d'après un système ; le hasard seul ne peut réussir.» (Lettre de Napoléon à Joseph, 6 juin 1806.)
On doit distinguer le plan de campagne général ou plan de guerre et le plan de compagne proprement dit.
Le premier est établi par le gouvernement, qui décide sur quelles frontières on attaqueru l'ennemi, où l'on prendra l'offensive, où l'on prendra la défensive, qui organise ses armées en conséquence et qui leur assigne à chacune son rôle. Ainsi, en 1706, nous voyons Louis XIV envoyer une armée en Flandre,
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une seconde en Allemagne et une troisième en Italie. Les trois généraux en chef se concertent avec lui, à Paris, avant d'aller prendre leurs commandements, et le roi assigne à chacun d'eux son rôle ; il établit ainsi le plan de campagne général, le plan de la guerre.
«Après le plan de la guerre vient le plan de campagne proprement dit, qui rentre plus directement dans le domaine de la stratégie et qui s'applique alors aux opérations d'une seule armée.
» Les bases générales de ce plan, c'est-àdire l'attitude à prendre, offensive ou défensive, ainsi que le but a atteindre, sont indiquées parle gouvernement. Mais l'étude des moyens d'exécution appartient au général en chef, qui les met en rapport avec son caractère propre, avec ses talents particuliers et avec sa manière de faire la guerre. Un gouvernement qui voudrait imposer des plans de campagne à ses généraux pourrait amener ainsi la défaite de ses armées; car ces plans, établis dans le cabinet, loin du théâtre de la guerre, peuvent ne convenir ni aux hommes, ni au terrain, ni aux circonstances.» (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.) On attribue nos revers en Espagne a ce que Napoléon commandait de Paris. Le conseil aulique, qui imposait des plans de campagne aux généraux, fut une des causes des défaites des armées autrichiennes durant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Les plans de campagne de Napoléon, ceux qu'il traçait et exécutait lui-même, seront toujours considérés comme des modèles. Ils allaient jusqu'à fixer l'époque de la bataille décisive de la campagne; ils prévoyaient tout. » Un jour, couché sur ses cartes, y posant des signes de différentes couleurs pour figurer la position des corps français et autrichiens, le premier consul disait devant son secrétaire, qui I'écoutait avec surprise et curiosité : «Ce pauvre M. de Mêlas passera » par Turin, se repliera sur Alexandrie... Je » passerai le Pô. Je le rejoindrai sur la route • de Plaisance, dans les plaines de la Scri- » via, et je le battrai la...» En disant ces mots, il posait un des signes à San-Giuliano.» (Thiers.) Bonaparte, à l'inspection d'une carte, annonçait ainsi Marengo de son cabinet des Tuileries.
* En 1805, Napoléon dicte de Boulogne, à la lin d'avril, le plan des opérations qu'il doit suivre contre l'armée autrichienne pendant le mois d'octobre. Tout le monde sait qu'il le réalisa de point en point. En 1806, au commencement de septembre, Napoléon prévoit encore la guerre contre Ja Prusse. Il prépare son plan de campagne, et, un mois après, il l'exécute avec une précision mathématique.» (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
Cette prévoyance et cette précision ne veulent pas dire qu'il faille, pour faire un plan de campagne, écrire un journal qui prescrive k chaque corps les manœuvres que chaque jour il aura à exécuter. Le plan de campagne n'est que le canevas des principales opérations.
Un plan de campagne doit en outre remplir un certain nombre de conditions. Les principales sont les suivantes, dont nous empruntons l'énumèration au prince de Ligne et à Napoléon : 1° il doit indiquer clairement le but des opérations; 2" il doit estimer les moyens et les ressources de l'ennemi, et ne les estimer ni trop haut ni trop bas; 3° il doit être basé sur une connaissance parfaite des hommes, des circonstances et du pays ; 4o il doit prévoir tous les cas , les succès pour en profiter, pour n'en pas être étonné, les revers pour y parer; il doit prévoir par conséquent toutes les manœuvres que l'ennemi peut faire et contenir en lui-même les moyens de les déjouer; 5° il doit réunir l'exactitude des calculs préparatoires à Ja correction des mouvements d'exécution ; 6° il doit être fondé sur des moyens proportionnés k l'importance du but que l'on se propose.
11 y a deux espèces de plans de campagne : les plans de campagne offensifs, dans lesquels ou se propose d'occuper les points les plus importants de l'échiquier, surtout les objectifs, après en avoir chassé l'ennemi; et les plans de campagne défeusifs, dans lesquels on couvre ces mêmes points, en arrêtant l'ennemi. Ces différents plans reposent sur l'étude d'éléments de trois sortes : les éléments géographiques, qui sont donnés par dus cartes sur lesquelles on examine le rôie que pourront jouer les différents accidents de terrain du théâtre d'opérations, et sur lesquelles aussi on l'ait le calcul de la durée des marches, suivant les différentes lignes d'opérations; les éléments historiques, qui, en apprenant au général ce que ses devanciers ont fait sur le même théâtre d'opérations, le mettent à même de mieux faire, car il profitera de leurs fautes et de leurs succès ; les renseignements statistiques, ressources du pays en hommes, chevaux, argent, approùsionnements, etc.
bans un plan de cmnpagiie offensif, on connaît le but, l'objectif; on se renseigne par des espions ou par les habitants sur la force et la position des ennemis, sur leurs moyens de résistance ; on établit alors lu combinaison stratégique qui semble la plus favorable. On ne prévoit pas tout, bien entendu. Napoléon disait qu'il fallait donner les deux tiers des «.hances au calcul et un tiers au hasard. La combinaison stratégique choisie, déterminée,
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on indiquera la hase et la ligne d'opérations, faisant le calcul des marches et examinant les divers fronts d'opérations par lesquels l'armée devra successivement passer. Ce plan contiendra donc tout ce qui se rapporte à l'ensemble de la campagne ; on aura soin pourtant d'établir particulièrement la première combinaison stratégique dirigée contre la première position do l'ennemi; on eu étudiera les manœuvres avec le plus de soin possible. Les autres périodes de la campagne seront indiquées par leurs traits principaux, car il faut se réserver les moyens de les modifier suivant les circonstances. Un modèle de plan de campagne offensif est celui de la campagne d'Italie en 1796.
Le plan de campagne défensif porte aussi le nom de plan de défense. Ce plan doit indiquer les points à couvrir, les objectifs que l'on veut protéger ; c'est ordinairement la capitale d'un pays: ainsi Lisbonne en 1810, Moscou en 1812. Ces capitales sont les objectifs principaux; mais en avant se trouvent toujours des objectifs secondaires, dont les défenses marquent les différentes périodes de la campagne. Connaissant le bat que doit se proposer l'ennemi, il ne reste qu à prendre des renseignements sur ses forces, sur les positions qu'il occupe; on établit alors suivant ces données les combinaisons stratégiques de la défense.
Comme il y a deux sortes de défense, la défense directe et la défense indirecte, le plan de défense doit les préparer toutes les deux. La défense directe est une retraite lente et méthodique ; durant cette retraite, l'armée offensive s'affaiblit de jour en jour, et l'armée défensive, au contraire, se renforce en se retirant sur ses réserves. Dans la défense indirecte, on agit sur les derrières de l'ennemi, on menace ses communications. On emploie presque toujours ces deux défenses simultanément ; aussi avons-nous dit que le plan de campagne dét'ensif devait les préparer toutes les deux. La campagne de 1811 offre un exemple de l'emploi simultané de la défense directe et de la défense indirecte. La défense indirecte se prépare au moyeu de corps de l'armée active, ou de partisans si la guerre est nationale. Dans tous les cas, le plan de défense « doit présenter l'étude des lignes de défense de l'échiquier, que l'on emploiera successivement, et en même temps les détails de leur organisation. Ces ligues sont généralement appuyées par des places fortes qui jouent toujours un grand rôle dans la guerre défensive. En arrière de ces lignes de défense, il faut enfin préparer le réduit de l'échiquier, grande piace ou grand camp retranché, comme celui de Wellington à Torres-Vedras, dans la guerre d'Espagne; c'est là que se passera le dernier acte de la campagne, que viendra échouer l'attaque ou expirer la défense. » {Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
— Marches stratégiques. Les marches stratégiques servent à exécuter les combinaisons stratégiques ; elles ont lieu sur le théâtre des opérations et conduisent l'armée en présence de l'ennemi, sur le champ de bataille, amenant ainsi les marches tactiques ou marches manœuvres. V. tactique.
On distingue dans une marche sa préparation ou son ouverture, et son exécution. Les ouvertures sont faites par les états-majors sur les cartes du pays, d'après des reconnaissances faites ou des renseignements pris auprès des habitants de la contrée. > Ouvrir une marche, c'est préparer les ordres do départ, en indiquant les routes à suivre, la composition des colonnes et les divers points sur lesquels elles doivent marcher ; c'est calculer le temps nécessaire k chacune d'elles pour parcourir la distance entre le point de départ et celui d'arrivée, en tenant compte du matériel qu'elle traîne à sa suite ; c'est encore prévoir les positions k prendre en cas d'apparition de l'ennemi, les moyens de subsistance des troupes, les villages où Von devra cantonner le soir, les travaux matériels à exécuter pour la réparation des mauvais pas et l'élargissement des défilés; enfin, c'est quelquefois jalonner la roule au moyen de poteaux indicateurs, de petits drapeaux, de bouchons de paille ou de petits postes qui se relèvent de division en division. ' (Vial.)
On voit que l'ouverture d'une marche se résume en deux opérations principales : le choix des débouchés, c'est-à-dire des routes, des directions que suivront les armées ou corps d'armée, et l'indication et la composition des colonnes.
On choisit évidemment parmi les débouchés ceux qui sont, praticables aux différentes armes et le plus facilement couverts contre les attaques de l'ennemi-; ceux qui sont le mieux liés entre eux. Le meilleur, le plus sûr et le plus court des débouchés doit être choisi pour le débouché principal; il sera suivi par la colonne centrale, les parcs et les bagages. Autrefois, jusque daus le siècle dernier, on créait les débouchés : les pionniers étaient chargés de les ouvrir, parallèles entre eux ou à peu près. C'était une opération matérielle qui retardait nécessairement les marches. De nos jours, on utilise les débouchés existants, sans s'ustreindre à un semblant de parallélisme; on veut surtout de la rapidité dans l'art de la guerre.
Il n'y a rien de précis à dire sur l'indication et la composition des colonnes. Nous
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donnerons seulement quelques règles générales, qui seront bonnes k consulter, et desquelles on pourra tirer quelque manière d'ordonner une marche. L'armée ne peut pas former une seule colonne ; elle trouverait trop difficilement k vivre et marcherait trop lentement. Elle ne peut non plus se former en colonnes de régiment et se transporter parallèlement à elle-même, les têtes île colonnes à la même hauteur, toujours prêtes k se déployer ; cela supposerait un terrain nu, découvert, partout horizontal , un terrain imaginaire, en un mot. On prend donc une formation moyenne. Une armée se formera en trois, quatre ou cinq colonnes, ni trop fortes, ni trop faibles, et composées d'après ce principe de Napoléon : ■ 30,000 hommes peuvent toujours rester réunis et ne suivre qu'une route ; c'était la force d'une armée consulaire. » Cette armée consulaire est l'unité stratégique moderne, le corps d'armée.
Une armée en marche est toujours précédée d'une avant-garde, qui suit le débouché principal, et qui est ordinairement composée de cavalerie légère, deux divisions de hussards par exemple, soutenues par une division ou une brigade d'infanterie, parquelques batteries d'artillerie et des compagnies de sapeurs.
Les divers détails de la marche d'une armée sont indiqués dans l'ordre de marche. a Cet ordre résume tout ce qui a rapport k l'ouverture de la marche.... Il est établi par l'état-major de l'armée; il est ensuite envoyé aux maréchaux commandant les corps, au commandant du grand quartier général, à l'officier qui dirige les parcs et les bagages, assez k temps pour que dans chaque corps on puisse prendre toutes les dispositions préparatoires. • (Vial.)
Alors commence l'exécution de la marche. L'avant-garde générale part une journée ou une demi-journée avant l'armée; puis chaque colonne part k l'heure et dans la direction indiquées. Chaque corps d'armée a une avant-garde particulière, qui le' précède de deux ou trois heures et dont la force varie du dixième au vingtième de la colonne et dépend de la nature du pays et du genre d'opérations. Le service d'avant-garde étant très-fatigant, on relève fréquemment les troupes employées. Cette avant-garde a elle-même une petite avant-garde ou pointe d'avantgarde, qui fait fouiller le terrain par des patrouilles formées de 3 ou 4 hommes. Elle est couverte par un réseau d'éclaireurs se reliant aux éclaireurs du corps d'armée.
L'ordre de marche d'un corps de bataille est ordinairement le suivant : les trois divisions d'infanterie avec leurs pièces, en colonnes par pelotons à distance entière, séparées entre elles par des distances d'un quart d'heure ou d'une demi-heure de marche. Puis viennent les bagages et ensuite la cavalerie. La cavalerie, excepté celle qui est déployée en éclaireurs, ne précède jamais l'infanterie. L'arrière-garde clôt la marche, ramassant les traînards et les déserteurs ; elle est composée de cavalerie et de gendarmerie. Des flanqueurs marchent à droite et à gauche du corps d'armée.
La longueur d'une marche stratégique est la même que celle d'une marche de route , 6 à 8 lieues. Les haltes ont lieu toutes les heures ; il y a une grande halte au milieu de la journée, au point le plus favorable. Le général en chef marche presque toujours à lu tète de la colonne principale, se portant souvent k l'avant-garde, pour mieux juger do ce qui se passe. « Tel est l'ensemble de la marche d'un corps d'armée. Les dispositions de chaque corps varient évidemment suivant la place qu'il occupe par rapport aux autres corps. Le corps de droite, par exemple, s'éclairera particulièrement sur la droite ; celui de gauche, particulièrement sur la gauche; les corps placés en seconde ou en troisième ligne pourront prendre des précautions beaucoup moins complètes et assurer seulement leur liaison avec les autres corps. » (Vial,)
On divise les marches stratégiques en marches de front, de flanc et marches rétrogrades, suivant que l'on présente la tête, le flanc ou la queue des colonnes aux troupes adverses.
— Marches stratégiques de front. On les emploie pour porter des troupes d'une position k une autre plus avancée, concentrer une armée k l'approche d'une bataille, poursuivre un ennemi en déroute. Dans le premier cas, les directions suivies par l'armée sont en général parallèles, dans le second cas convergentes, et dans le troisième divergentes. Nous citerons, comme exemples de ces marches : celle de ta grande armée, partant de l'Inn et se portant, en trois .colonnes, sur la Traun (du 29 au 31 octobre 1805), et la marche de l'armée française pour entrer eu Prusse en 1806; elle s'avançait aussi sur trois colonnes.
— Marches stratégiques de flanc. Elles s'exécutent presque toujours k portée de l'ennemi sur le théâtre d'opérations. Elles ont de nombreux inconvénients, sans parler de celui de présenter le flanc des colonnes à l'adversaire ; elles découvrent les lignes de retraite et s'opèrent en géuéral par de3 chemins de traverse, plus difficiles que les routes. On les emploie pourtant assez fréquemment, soit pour s'établir sur une aile ou sur les derrières de l'ennemi, soit pour tourner
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une position inabordable de front, soit pour s'échapper latéralement, quand on craint d'être tourné, soit enfin pour changer sa ligne d'opérations et se porter sur une autre ligne. « Deux principes sont indispensables k observer dans la préparation des marches stratégiques de flanc. Il faut d'abord couvrir la marche par un corps détaché qui manœuvre devant 1 ennemi et soit toujours prêt à faire front dans la direction de son attaque; il faut ensuite éviter de faire marcher les équipages avec les troupes, pour ne pas tomber, en cas d'attaque, dans le même désordre que l'armée prussienne devant Iéna. » (Général Mathieu Dumas.)
Les marches stratégiques de flanc que l'on peut rappeler sont : la marche de Dumouriez (1792) se portant de Sedan k Grandpré, pour -changer sa ligne d'opérations ; la marche de Davoust (1809), de Katisbonne à Abensberg, pour se joindre au reste de l'armée et éviter d'être coupé; la marche assez maladroite et très- malheureuse du maréchal Mac-Mahon, de Châlons à Sedan (1870), pour rejoindre le maréchal Bazaine.
— Marchesrétrogradesouretraites. Ce sont des marches dans lesquelles on laisse une position pour en prendre une autre en arrière et plus éloignée de l'ennemi. V. retraitb.
STRATÉGIQUE adj. (stra-té-ji-ke — rad.
stratégie). Artmilit. Qui appartient k la stratégie ; qui concerne la stratégie : Etudes stratégiques. Opérations stratégiques, h Points stratégiques), Points principaux d'une ligne d'opérations.
STRATÉGIQUEMENT adv. (stra-té-ji-keman — rad, stratégique). D'après les règles de la stratégie.
STRATÉGISTE s. (stra-té-ji-ste — rad.
stratégie). Celui qui connaît la stratégie : Un habile stratégiste. A les entendre, le plus pressant intérêt de l'Europe est de réparer la faute commise par les hommes d'Etat à courte vve et les stratégistes inexpérimentés de Vienne. (Proudh.) Il Celui qui écrit sur la stratégie.
STRATÉGUE s. m. (stra-tè-ghe), V. stratège.
STRATFORD, ville d'Angleterre, comté et k 14 kilom. S.-O. de Warwick, sur l'Avon, le canal de Birmingham et le chemin de fer de Moreton ; 5,200 hab. Commerce de grains. Patrie de l'immortel Shakspeare et de Jean de Stratford , régent d'Angleterre sous Edouard III. La maison où naquit le dramaturge célèbre est située dans Henley street. Dans un jardin voisin est un mûrier, rejeton de celui qui fut planté par le poète, dont le buste se trouve dans le chœur de l'église et le portrait dans une des salles de l'hôtel de ville,
STRATFORD DE REDCL1FFE (lord Canning, vicomte), diplomate anglais, né k Londres le 6 janvier 1788, cousin du célèbre Canning. 11 fit ses études à Eton et entra en 1807 au ministère des affaires étrangères. 11 accompagna, comme attaché, M. Adair en Turquie, où il fut nommé l'année suivante secrétaire d'ambassade. Il revint peu après en Angleterre, où il termina son éducation k l'université de Cambridge. En 1814, malgré sa jeunesse, envoyé en Suisse comme ministre plénipotentiaire, il assista au congrès de Vienne en 18t5 et fut chargé, cinq ans plus tard, de régler un différend qui s'était élevé entre l'Angleterre et les États-Unis: ses conclusions n'ayant point été ratifiées, il revint en Angleterre et fut envoyé, l'année qui suivit son retour (1824), à Saint-Pétersbourg pour ouvrir avec le gouvernement russe des négociations relatives à la Grèce. En 1825, sir Stratford fut nommé ambassadeur auprès de la Porte; il déploya les qualités d'un diplomate consommé pour tâcher de résoudre les difficultés survenues entre, la Russie et la Turquie, et ne se retira qu'après la bataille de Navarin, lorsque tout espoir d'accommodement eut été perdu. Ses relations avec le parti whig l'éloignèrent des affaires jusqu'au ministère de lord Grey. Chargé en 1831 des négociations relatives k la délimitation des frontières de la Grèce, il remplit avec beaucoup de tact un rôle purement conciliateur. En 1833, il fut nommé ambassadeur k Saint- Pétersbourg; mais le czar ayant refusé d'accepter ses lettres de créance, il revint en Angleterre et, de 1855 k 1842, siégea comme représentant à la Chambre des communes.
Vers la fin de 1851, sir Stratford reprit le poste de ministre plénipotentiaire en Turquie, fonctions qu'il a conservées jusqu'en 1858, époque de sa retraite. Il s'est trouvé naturellement mêlé aux événements qui ont précédé et suivi la guerre d'Orient, et il a joué durant cette période un rôle diplomatique très-importaut. En 1862, il a été nommé parla reine vicomte de Redcliffe, titre qui lui donnait entrée k la Chambre des pairs d'Angleterre. En novembre 1SG9, il a été fait chevalier de la Jarretière. Il a publié en 1866 un recueil de poésies intitulé : les Ombres du passé.
STHATHAVEN, ville d'Ecosse, comté et à 17 kilom. O. de Lanark; 5,000 hab. Tisseranderies ; fabrication de coton. Commerce de chevaux et de bestiaux. Ancien château d'Evandale, bâti au xve siàiile.
STRAT1CO (Simon, comte), mathématicien italien, né k Zara en 1733, mort k Milan en 1824. 11 étudia la médecine à. Padoue et pro-
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fessa à l'université de cette ville dès l'âge de vingt-cinq ans-, puis, vers 1761, il visita l'Angleterre en qualité d'attaché d'ambassade, revint à Padoue remplacer Poloni dans la chaire de mathématiques et de navigation, et enfin suppléa Volta dans son cours de physique à Pavie. Il devint ensuite membre du comité d'instruction publique, président de la junte pour les travaux hydrauliques du duché de Modène, directeur des ponts et chaussées du royaume d'Italie et sénateur. Ses principaux ouvrages sont : lïaccolta di proposizioni d'idrostatica et d'idraulica (Padoue, 1791, in-go); Teoria compiuta délia costruzione e del managgio de' baslimenti (177S, in-8°); Vocabolnrio di marina (Milan, 1813, 3 vol. in-4°); Bibliografia di marina (Milan, 18E3, in-4°).
STRATIFICATIONS, f. (stra-ti-fi-ka-si-on , — rad. stratiper). Action de stratifier des substances, de les disposer par couches superposées.
— Anat, Disposition par couches de certains organes.
— Agric. Opération qui consiste à disposer les graines par couches séparées l'une de l'autre par de la terre ou du sable, afin qu'elles conservent plus longtemps leur faculté germinative : Beaucoup de graines germent pendant leur stratification, lorsqu'elle n'a pas été faite assez profondément. (Bosc.) La stratication se pratique d'ordinaire à l'automne et en hiver. (Vilmorin.) La stratification constate à placer alternativement une couche de yraines sur une couche de tgrre ou de sable bien sec, dans un tonneau que l'on met à la cave pour le garantir de la gelée. (Raspa.il.)
— Géol. Disposition des terrains en couches superposées : A partir de la craie, on a observé que les couches terrestres se succèdent généralement en stratifications concordantes. (A. Maury.) Les géologues distinguent, à très-juste raison, entre le terrain primitif et celui de stratification. (Toussenel.)
— Encycl. Agric. Stratification des graines- Ce moyen est employé pour conserver la faculté de germer a certaines graines d'arbres ou de plantes qui la perdent promptement à l'air, ou qui sont avidement recherchées des oiseaux pillards, pies, geais, corbeaux, ou des quadrupèdes rongeurs, rats, souris, mulots.
• En général, dit Deterville, toutes les graines qu'on ne sème pas peu de temps après leur chute de l'arbre gagnent à être stratifiées ; mais l'embarras de l'opération fait qu'on n'y assujettit que celles pour qui elle est indispensable. Voici la liste des plus communes de ces dernières :
Arbres indigènes.
Cornouiller. Lauréole.
Noisetier. Lyciet.
Châtaignier. Genévrier.
Hêtre. Laurier.
Chêne. Phyllïrea.
Prunier. Bourgène.
Pommier. Groseillier.
Poirier. Sorbier.
Néflier. Sureau.
Micocoulier. If.
Aubépine. Tilleul.
Bois-joli.
Arbres exotiques acclimates.
Marronnier d'Inde. Azédarac.
Pécher. Epines d'Amérique,
Abricotier. Mûrier.
Amandier. Olivier.
Noyer. Pistachier. »
Magnolier.
La stratification s'opère dans un trou en plein air, ou dans un vase, tonneau, caisse, terrine ; ces derniers récipients sont aujourd'hui les plus employés. La paroi inférieure du vase est percée de trous et recouverte de pierrailles, sorte de drainage que l'on garnit d'une forte couche de terre sablonneuse. Un lit de graines, placées les unes à côté des autres, sans être pressées, est étendu au-dessus; puis une couche de terre, puis un nouveau lit, et ainsi de suite jusqu'à cinq lits. On transporte le vase dans un lieu sombre.
Très-souvent on se. contente de creuser un trou dans la terre; on y dépose les couuhes et on recouvra le tout d'un pied de terre.
Dans tous les cas, on arrose une fois ou deux, à peu près au milieu de la période du temps consacré a la stratification; l'époque de cette dernière est calculée d'après la facilité de germination de la semence.
Lorsqu'on a affaire à des semences rares, à des végétaux délicats, on doit avoir recours à la serre à multiplication et y porter le vase où l'on stratifié ; c est le meilleur moyen d'obtenir la germination.
Une personne exercée n a qu'à jeter un coup d'œil sur une graine pour juger si elle est dans le Cas ou non d'être stratifiée.
Lorsqu'on stratifié, on peut avoir deux buta bien opposés : faire germer certaines semences à 1 abri de tout accident, ou conserver ces semences, qu'elles germent ou non, soit pour les planter en temps voulu, soit pour lés expédier au loin. Dans ce dernier cas, la stratification, bien qu'indispensable, n'est pas sans inconvénient, parce que les semences germent souvent sans qu'on puisse prévenir ni même prévoir cet acte tout naturel ; alors leurs radicules et leurs plantules s'entrelacent, ce qui occasionne la perte de beaucoup 4e pieds.
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« Les graines qui peuvent rester plusieurs - années en stratification, dit Deterville, sont celles qui se conservent saines dans la terre pendant le même temps. ■
— Géol. L'ensemble des conditions relatives à la posî tion et à la pu issance d'une masse minérale déterminent l'allure de cette masse. Les couches successives des différents dépôts sédimentaires qui se sont formés les uns après les autres ont une allure particulière ; ces terrains se sont, en effet, déposés en masses beaucoup plus étendues dans le sens de leur longueur et de leur largeur que dans celui de leur épaisseur, masses qui sont placées les unes au-dessus des autres, sans en croiser ni en couper d'autres ; ces différentes couches portent le nom de strates, et on désigne sous le nom de stratification l'arrangement des terrains sédimentaires qui ont succédé aux diverses périodes géologiques de l'histoire du globe. Dans les intervalles qui ont séparé les dépôts de ces terrains, il s'est produit de nombreux soulèvements qui ont fortement modifié en certains points l'allure des terrains stratifiés ; aussi, dans les dépôts que l'on rencontre aux différentes profondeurs du sol, il convient de distinguer deux sortes de stratification : l'une horizontale, qui est la stratification naturelle suivant laquelle toutes les matières de transport se déposent sous les eaux et dans laquelle il faut comprendre, en général, les couches légèrement inclinées sur l'horizon; l'autre, plus ou moins inclinée ou relevée, celle des couches que les soulèvements terrestres ont rendues fortement inclinées sur l'horizon ou même verticales. Dans les stratifications relevées, il faut distinguer l'angle formé avec l'horizon et le point de l'horizon vers lequel plongent les couches. Cette dernière partie de l'observation, comme le fait remarquer M. Reudant, détermine nettement la direction de la crête des couches, qui est toujours perpendiculaire au sens d'inclinaison et qui est la direction du mouvement de soulèvement par lequel la stratification a été relevée.
Si l'on examine plusieurs systèmes de couches en contact, dont chacun a une stratification particulière, il peut arriver que les différents dépôts de ces terrains conservent leur parallélisme; on dit alors que ces systèmes sont en stratification concordante. Ce fait a lieu indépendamment de la position des dépôts, qui peut être horizontale ou inclinée, et de leur forme qui peut être plane, ondulée, convexe ou concave. Les stratifications concordantes convexes sont dites à forme de manteau; la stratification concordante concave est connue sous le nom de fond de bateau, et on en trouve de fréquentes applications dans les strates du terrain houiUer.
Lorsque deux terrains stratifiés se succèdent sous des inclinaisons différentes sur la verticale, on dit qu'il y discordance dans les stratifications : tantôt les couches de l'un des systèmes sont horizontales et viennent butter contre des couches inclinées; tantôt ce sont deux systèmes inclinés en sens inverse sur la verticale.
Lorsqu'un système supérieur, dépassant les limites du système inférieur, s'étend sur plus d'un système, on dit que la stratification est transgressive, soit qu'il y ait concordance ou discordance dans l'inclinaison.
Lorsqu'on veut établir les rapports de stratification de plusieurs dépôts, il convient d'apporter la plus grande attention au développement général de ces dépôts et à la structure particulière des couches qui peuvent, en certains cas, induire en erreur. Il y a, par exemple, des cas de discordance où les couches sont parallèles; c'est ce qui a lieu lorsqu'un dépôt horizontal, après avoir été dégradé do différentes manières par les eaux, se trouve recouvert en totalité par un dépôt du même genre qui remplit tous les bas-fonds, comme on le voit fréquemment entre le terrain parisien et les dépôts des étages supérieurs.
Un dépôt peut présenter des divisions générales qui lui donnent la forme de couches en stratification concordante avec un terrain inférieur, et cependant avoir en même temps des divisions particulières de second ordre discordantes avec les premières. C'est principalement dans l'étude des terrains schisteux que l'on peut avoir à trancher ces difficultés, car ces terrains offrent des divisions dans tous les sens, et parfois les plus apparentes ne sont pas celles de la stratification. Il est quelquefois très - difficile de se prononcer; on peut cependant s'appuyer sur la remarque suivante ; les joints de dislocation sont le plus souvent des fentes unies et bien déterminées ; parfois même elles forment des interstices, tandis que les joints de stratification sont ondulés et que les strates adhèrent entre elles. 11 arrive du reste fréquemment, notamment en France, dans les Ardennes et dans le Forez, que les strates véritables sont, dans leurs ondulations les plus irrégulières, traversées pur la structure schisteuse, qui n'en est nullement altérée. Ces divisions sont communément désignées sous le nom de fausses stratifications, et l'on peut conclure de pareils faits qu'elles sont postérieures à la véritable stratification et constituent un métamorphisme particulier des terrains,
La discordance de certaines strates appartenant à des groupes d'âges divers fournit une preuve concluante de l'action des
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forces souterraines du globe à toutes les époques. Sir Lyell, dans ses Principes de géologie, en donne plusieurs exemples remarquables: ■ Nous citerons, dit-il, les lits schisteux de l'ancien système silurien, qui, sur les limites du paya de Galles et du Shropshire, se montrent contournés et verticaux, tandis que les couches de schiste carbonifère et de grès qui leur sont superposées sont horizontales. Tous les géologues s'accordent à admettre que, dans ce cas, le groupe de couches le plus ancien a subi une forte dislocation avant que le dépôt des lits plus récents ou carbonifères se soit formé. D'un autre côté, il y a tout lieu de croire que le dérangement du groupe le plus ancien n'a été que local, puisque nulle part, pas plus dans le pays de Galles qu'ailleurs, toutes les roches de cet âge ne se rencontrent ni contournées ni en position verticale. Les couches houillères que nous signalions tout à l'heure comme se montrant horizontales sur les confins du pays de Galles deviennent verticales dans les collines de Mendip (Somersetshire), où les lits sus-jacents du nouveau grès ronge sont horizontaux. Dans les Wolds du "Yorkshire, ce dernier grès, à son tour, se recourbe et se développe en lits inclinés qui servent d'appui à des bancs de craie horizontaux. Enfin cette craie, se redressant sur les flancs des Pyrénées, présente une assise verticale aux couches tertiaires qui la recouvrent en stratification discordante. »
De nos jours, les couches supérieures des terrains stratifiés subissent en certains points des relèvements très-remarquables sous l'action des masses de glace qui viennent échouer contre des bancs sous-marins placés à une grande profondeur dans l'eau. En Suède, en Ecosse, on rencontre des lits de sable, de glaise et de gravier verticaux ou repliés et contournés de la manière la plus compliquée, tandis que les couches sous-jacentes, quoique forméesde matières aussi peu résistantes, sont horizontales. On peut également attribuer (Lyell) la courbure de ces strates meubles aux alternances répétées de couches de gravier et de sable avec celles de neige et de glace, lesquelles, par leur fusion, auraient fait prendre aux Uts intercalés d'une manière indestructible la position anomale qu'ils occupent actuellement.
De nos jours, à l'embouchure des grands fleuves, dans les deltas qu'ils forment par leurs bouches diverses, on observe des dépôts stratifiés quelquefois très-nets, dus aux variations de vitesse du courant. Cette vitesse, si elle augmente , amoncelle dans le fleuve des dépôts de toutes sortes, et, si elle diminue, les laisse se déposer doucement au fond du lit. D'une année' à l'autre, ces dépôts, formés en général pendant la période des pluies, ont le temps d'acquérir une consistance suffisante pour se distinguer facilement les uns des autres.
STRATIFIÉ, ÉE (stra-ti-fi-é) part, passé du v. Stratifier. Mis par couches superposées : Graines stratifiées.
— Géol. Se dit d'une masse de terrain qui se compose de couches superposées : Le terrain stratifié se compose de couches apposées l'une sur l'autre, comme les pierres d'un édifice. (Toussenel.)
STRATIFIER v. n. ou tr. (stra-ti-fi-é — du lat. stratum, couche ; facere, faire. Prend deux i de suite aux deux pr. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du subj. prés. : Nous slrali fiions ; que vous strati fiiez). Chim. Disposer par couches superposées : On stratifié (es chiffons découpés par lits alternatifs avec le fumier; on a ainsi un bon engrais. (M. de Dombasle.) Immédiatement après la récolte, on s'occupe de stratifier les semences gui perdent le plus aisément leurs facultés germinatives. (Raspail.)
— Agric. Stratifier des graines, Les disposer par couches alternées avec des couches de terre ou de sable : Il serait encore plus utile de stratifier toutes les graines provenant de pays lointains. (Bosc.)
STRATIFORME adj. (stra-ti-for-me — du lat. xtratiim, couche, et de. forme). Miner. Qui a la forme de couches superposées : On trouve dans ce terrain des dépôts stratiformks de matières très-argileuses. (A. Maury.)
STRATIGRAPHIE s. f. (stra-ti-gra-fî.— du lut. stratum, couche, et du gr. graphù, je décris). Partie de la géologie qui concerne l'étude des roches stratifiées.
STRATIGRAPHIQUE adj, (stra-ti-gra-fi-ke — rad. stratigraphie). Géol. Qui a rapport k la stratigraphie : Etudes stratigraphiques.
STRATIGRAPHIQUEMENT adv. (stra-tigra-ti-ke-man — rad. stratigraphie). Géol. Selon les règles de la stratigraphie.
STRATIOME s. m. (stra-ti-o-me). Entom.
Altération de StratiomyiB.
STRATIOMYDE adj. (stra-ti-o-mi-de — rad.
stratiomyie). Entom. Qui ressembla ou qui se rapporte à la stratiomyie.
— s. m. pi. Tribu d'insectes diptères, de la famille des notacanthes, ayant pour type le genre stratiomyie : Les habitudes connues des stratiomydes se bornent à vivre le plus souvent sur les fleurs et à se nourrir du sue des nectaires. (H. Lucas,)
— Encycl. Les stratiomydes ont pour caractères ' un c >rps ordinairement large; la
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lèvre supérieure échancrée ; les soies maxillaires paraissant ordinairement nulles ; les palpes insérées sur la base de la trompe ; le troisième article des antennes le plus souvent de cinq ou six anneaux, le dernier ordinairement terminé par un style ; les yeux à facettes plus grandes dans la moitié supérieure que dans 1 inférieure; l'abdomen déprimé, souvent arrondi; les nervures des ailes peu distinctes, n'atteignant pas ordinairement 1 extrémité. Ces insectes sont les derniers des notacanthes, au point de vue physiologique ou organique, et particulièrement en ce qui concerne la conformation de la trompe, dont les soies maxillaires sont rudimentaires ou nulles.
Les stratiomydes, bien qu'assez peu nombreux, ont une organisation qui se modifie, dans ses diverses parties, d'une manière assez remarquable. Le corps, en général large et de couleurs ternes, s'ailonge et devient trèsbrillant dans les chrysocblores. La trompe, ordinairement courte, s'étend et se loge dans une saillie de l'épistome chez les nérnotèles. Les antennes ont le premier article long chez les stratiomyies; le troisième varie dans sa forme et se3 divisions; dans les ptilocères, il est muni de quelques filets rayonnants. Le style, qui d'ailleurs ne se montre pas toujours, est plus ou moins long, épais ou sétacé. Les yeux, souvent ornés de lignes pourprées, ne sont pas toujours contigus chez les mâles et se couvrent quelquefois de poils. Le thorax et l'écusson portent, dans beaucoup de genres, des épines qui varient de nombre et de disposition. Enfin, les nervures des ailes offrent des modifications dans le nombre des cellules postérieures, qui est de cinq ou de quatre.
On connaît peu les mœurs des stratiomydes ; ils vivent en général sur les fleurs, dont ils pompent les sucs; toutefois, quelques genres ne se reposent que sur les feuilles. Leurs métamorphoses, bien qu'elles n'aient pas été observées dans tous les genres, présentent une diversité plus grande encore. Toutes les larves connues ont la tête écailleuse et se transforment en nymphes dans leur propre peau, qui conserve sa forme première-, mais là s'arrêtent à peu près les ressemblances.
Chez les pachygastres,les larves sont allongées, fort déprimées, d'un gris roussàtre et marquées de trois bandes obscures; le corps est composé de onze segments distincts, portant de chaque côté une soie allongée ; la tête est conique, obtuse, beaucoup plus étroite que le corps, munie d'une très-petite pointe à l'extrémité supérieure ; un petit corps blanc semble occuper l'ouverture de la bouche, qui parait entourée d'un rebord; chaque côté de la tête présente un ocelle noir ; le dernier segment du corps est grand, arrondi, noir et bordé de soies. « Ces larves, dit M. H. Lucas, se trouvent dans le détritus de l'orme ; tant qu'elles prennent de la nourriture, elles se tiennent dans la partie basse et humide ; avant de devenir nymphes, elles s'élèvent vers la surface et y restent immobiles jusqu'à la dernière transformation. » Les larves (ies éphippies paraissent vivre aussi dans les bois décomposés; du moins on cite une femelle ayant déposé ses œufs dans le terreau qui remplissait le creux d'un cerisier sauvage. Celles des sargues sont oblongues et munies de deux crochets ; on les a observées dans les bouses de vache.
Les larves des stratiomyies et des odontomyies ont le corps ovale allongé, formé de douze segments recouverts d'une membrane peu flexible; la tête petite, ob!ongue; la bouche munie de deux crochets, de quatre petites pointes et de deux sortes de palpes élargies et munies de soies recourbées ; les trois derniers segments du corps sont allongés, étroits et forment une queue terminée par un stigmate entooré d'une touffe de poils à barbe. Ces larves sont aquatiques ; l'action rapide et habituelle de leurs palpes, qui met l'eau en mouvement, semble indiquer qu'elles se nourrissent de petits animaux que l'agitation du liquide amène k leur bouche. D'un autre côté, eUes mettent les poils de leur queue en contact avec l'air pour respirer, en se tenant souvent suspendues à la surface de l'eau ; les poils s'épanouissent alors et semblent ne servir qu'à écarter les corps qui pourraient obstruer l'ouverture du stigmate, bien qu'ils ressemblent fort aux panaches qui, dans les larves des tipulaires aquatiques, sont l'organe même de la respiration. La nymphe occupe la pointe antérieure de la peau de la larve et flotte sur l'eau jusqu'à son état parfait.
Cette tribu comprend les genres stratiomyie, odontomyie, éphippie, chrysochlore, sargue, iiémolète, ptilocère, pachygastre, etc.
STRATIOMYE s. f. (stra-ti-o-rol). Entom.
Altération du mot stratiomyib,
STRATIOMYIE s. f. (stra-ti-o-mi-1 — du gr. stratos, armée; muta, mouche). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des notacanthes, type de la tribu des stratiomydes, comprenant une douzaine d'espèces qui habitent l'Europe. « On dit aussi stratiomye,
STRATIOMYS OU STRATIOME.
— Encycl. Les stratiomyies sont caractérisées par des antennes beaucoup plus longues que la tête, terminées en fuseau ou en massue étroite et allongée ; la trompe courte, charnue, rétractile et cachée dans la cavité buccale; la cête hémisphérique; le corps pu-
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bescent; le corselet ovale, velu ou même cotonneux; l'écusjon semi-circulaire; l'abdomen blanc et un peu velouté; les ailes lancéolées et les pattes assez grêles. Les larves ont le corps long, aplati, revêtu d'une peau coriace et assez solide; la tête écailleusa, petite, oblongue, munie d'un grand nombre d'appendices et de crochets qui leur servent à ngiter l'eau où elles vivent. Elles y respirent en tenant le bout de leur queue suspendu à la surface du liquide, et une ouverture, située entre les poils de son extrémité, donne passage à l'air. Leur peau devient la coque de la nymphe. Elles ne changent point de tonne, mais elles deviennent roides et incapables de se replier et de se mouvoir. l,a queue fait souvent un angle avec le corps; elle flotte sur l'eau. La nymphe n'occupe qu'une des extrémités de sa capacité intérieure. L'insecte parfait en sort par une fente qui se fait au second anneau, Se repose sur sa dépouille, où son corps se raffermit et achève de se développer. Ce genre comprend une douzaine d'espèces qui, presque toutes, habitent L'Europe. La straliomyie caméléon a près de 0m,02 de longueur totale ; elle est noire, 'avec les ailes bleuâtres, des taches jaunes sur la face, l'éeussou et l'abdomen, et des poils de cette couleur sur le corselet. Cette espèce est assez commune aux. environs de Paris; on la trouve au mois de mai, notamment sur les fleurs de l'aubépine et du populage, et en été sur les plantes aquatiques.
STRATIOWYS s. m. (stra-ti-o-miss). Entom. Altération du mot steatiomyik.
STRATIOTE s. m. {stra-ti-o-te — du gr.
slraiiotês, soldat, parce que cette plante, ayant la réputation d'arrêter le sang, était employée pour guérir les blessures faites par les armes). Bot. Genre de plantes, de la famille des hydrocharidées, dont l'espèce type croît dans les eaux douces des Pays-Bas : Nous ne connaissons aucun emploi usuel du stratiote. (F. Hœfer.) li On trouve quelquefois ce mot employé au féminin.
— Encycl. Le stratiote aloés est une plante vivace, à feuilles d'un vert transparent, brunâtre ou olivâtre, toutes radicales, ensi formes, disposées en rosette compacte et à fleurs dioïques, blanehes, jaunâtres à la base. Cette plante croît dans les eaux douces de l'ancien continent, submergée ou flottant librement à lu surface du liquide. On la cultive dans les jardins, moins poursa beauté que pour l'étrangeté de son port, qui rappelle celui des aloès ou des ananas. Elle se développe rapidement et se propage au moyen des bourgeons qui naissent à la base des fe \illes et qui, en se détachant, ne tardent pas à émettre des racines qui vont chercher la terre à une profondeur quelquefois assez considérable. Elle peut servir à orner les aquariums d'appartement. On a vanté autrefois la décoction des feuilles de cette plante comme un remède souverain contre les blessures, les plaies, lesérysipèlos, et, chez les anciens, elle était considérée comme ayant la vertu d'arrêter le sang; aussi en faisait-on grand usage dans les armées.
Le stratiote croit abondamment dans le Nil et dans les marais formés par ce fleuve sur ses rives; de telle sorte que, lorsque vient la crue des eaux et que le fleuve se répand dans ce qu'on appelle la plaine de l'inondation, il soulève et emporte des marais ontiers couverts de stratiotes, semblables à des Iles flottantes qui, surnageant à la surfuoe du fleuve et se répandant ça et la avec ses eaux, paraissent, de loiD, porter des animaux vivants et se mouvoir par elles-mêmes.
STRATIOTIQUE s. ni. (stra-ti-o-ti-ke).Hist. relig. Nom donné à des sectaires valentiniens du a» siècle.
STRATOCÉRYCE s, m. (stra-to-sé-ri-se — gr. stratokérux ; de stratos, armée, et de kêrux, héraut). Antiq.gr. Un des ofrieiers inférieurs attachés à chaque hécatonturchie.
STBATOCRAT1E s. in. (stra-to-kra-sl — du gr. siralos, armée; kratos, puissance). Gouvernement militaire. Il Peu usité.
STRATOCRAT1QUE adj. (stra-to-kra-ti-ke — rad. stratucratie). Qui appartient à la stratocratie. Il Peu usité.
STRATOGRAPHE s. m. {stra-to-gra-fe — rad. stratoyraphie). Celui qui s'occupe de stratographie, il Peu usité.
STBATOGRAPH1E s. f. (stra-to-gra-fl — du gr. stratos, armée ; graphe, je décris). Description d'une aimée et de tout ce qui se rattache à ses opérations. Il Peu usité,
STRATOGRAPBIQOE adj. (stra-to-gra-rïko — rad. stratographie). Qui u rapport à la stratographie.
STRATOÏDE adj. (stra-to-i-de — du lat.
ilnilum, couche, et du gr. eûîos,aspcct). Miner. Qui est formé de couches superposées.
STRATON s. tn. (stra-ton). Entoin. Nom vulgaire de l'altelabe bacchus.
STB.ATON, surnommé le Pbyaieltn, philosophe grec, né à Lampsuque, mort, vers 270 avant notre ère. Disciple de Théophraste, il lui succéda comme chef du Lycée vers 2S9. Ptolémée Philadelphe , roi d Egypte, avait voulu être initié par lut aux secrets de la philosophie. Son surnom lui vint de ce qu'il s'était attaché surtout à l'étude des lois de la nature. Les anciens l'ont, avec raison, con-
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sidéré comme matérialiste. Il niait les causes premières et les causes Anales, assimilait la nature a un être universel doué de sentiment, cause aveugle de toute génération, dans lequel l'existence se maintient à l'aide de poids et de mouvements, et identifiait la sensation avec l'âme. Deux passages de Cicéron et de Plutarque nous apprennent que ce philosophe attribuait à ta nature la puissance génératrice sans lui accorder l'intelligence. Il n'était pas nécessaire, suivant lui, de recourir aux dieux pour expliquer le monde; la création et l'économie do 1 univers ne sont que l'aecomplissament des lois de la physique et de la mécanique. Au reste, bien des jugements contradictoires ont été portés sur Straton, dont il ne reste que des fragments insignifiants et insuffisants pour juger de l'ensemble de sa doctrine.
STRATON, poète grec, no à Sardes. Il vivait dans la n« siècle de notre ère. On ne sait rien de sa vie. 11 fit choix, dans les Anlhotonies déjà connues, d'un certain nombre d'épigrainmes erotiques et souvent licencieuses, auxquelles il adjoignit quatre-vingt-dix-huit pièces nouvelles, et en composa tin recueil de deux cent cinquante-huit pièces, qui a été publié par Car. Klotz sous ce titre : Stratonis aliorumque pectarum grscorum epigrammata (Altenburg, 1764, petit in-80); quelques-unes de ces pièces ont été insérées dans divers recueils.
STRATONICE, fille de Démétrius, roi de Macédoine, et femme de Séleucus Nicator, roi de Syrie. D'une éblouissante beauté, Stratonice inspira une passion violente au fils de son mari, à Antiochus Soter; le jeune prince n'osait avouer cet amour, qui le torturait et menaçait de le mener au tombeau. Le mô-. decin de Séleucus, Erasistrate, cherchant à deviner quel mal dévorait Antiochus, épiait sa vie, chacune de ses actions, chacun de ses mouvements; or, un jour, ayant remarqué son agitation extrême lorsque était apparue tout à coup à ses yeux la reine Stratonice, il devina le secret du cœur et de la maladie du jeune homme. Mais, dit Ségur, aussi prudent que pénétrant, il usa d'une sage précaution pour communiquer sa découverte au roi, et lui dit que la femme de son médecin était l'objet de la passion d'Antiochus et serait probablement la cause de sa mort. Séleucus, brûlant du désir de sauver son fils, offrit tous ses trésors a Erasistrate pour l'engager à céder sa femme au prince. Le médecin, après avoir résisté quelque temps, découvrit par degrés au roi la vérité tout entière, en l'invitant à prendre pour lui-même le conseil qu'il lui avait donné. Le roi, réduit à la nécessité de renoncer à sa femme ou de perdre son fils, sacrifia l'amour conjugal à l'amour paternel, rompit ses liens avec iilratonice et lui permit d'épouser son fils.
Sur ce sujet, Ingres a peint un magnifique tableau et Mébul a écrit une de ses plus belles partitions.
— Iconogr. La passion d'Antiochus pour la femme de sou uère et l'abnégation tout à fait antique de celui-ci ne pouvaient moins faire que d'inspirer les artistes en quête de sujets romanesques. Une composition de Cortone, représentant Antiochus et Stratonice, a. été gravée par Ferdinando Gregori. Un tableau de la Maladie d'Antiochus, par Gérard de Lairesse, appartient au musée d'Amsterdam. Le moment choisi par l'artiste est celui ou Séleucus, accompagné de sa jeune femme, annonce a son fils que, voulant qu'il lui doive une seconde fois la vie, il lui cède a la fois son épouse et son trône. Le vieux roi, coiffé d'un turban et revêtu d'un riche costume, regarde Antiochus avec tendresse et lui montre, d'une main, le sceptre et la couronne, taudis qu'il appuie l'autre main sur l'épaule de Stratonice. Celle-ci met la main sur son cœur, comme pour acquiescer à la cession qui est faite de sa personne ; elle a le front ceint du diadème royal, etune jeune fille soutient la traîne de son manteau d'hermine. Derrière elle, le médecin Erasistrate semble se réjouir de la bonne tournure que les choses prennent pour son malade ; plus loin, des femmes et des soldats s'entretiennent à voix basse, a La composition de ce tableau est riche et bien ordonnée, a dit M. Guizot. L'attitude et l'expression d'Antiochus sont remplies de charme ; ses yeux baissés, ses mains croisées sur sa poitrine, pour retenir le vêtement qui s'échappe de dessus- ses épaules, annoncent avec une grâce infinie la timide pudeur qui convient au caractère de la passion du jeune homme prêt à mourir plutôt que de laisser échapper son secret. Stratonice y répond par un embarras presque égal au sieu. Leurs têtes sont d'un assez bon style. La figure de Séleucus est pleine de dignité. L'appartement est magnifiquement iléeoré. » Ce tableau, peint sur bois, a figuré au Louvre sous le premier Empire ; il a été gravé dans le Musée Napoléon et dans les recueils de Eilhul et de Réveil. Une composition d'Adrien van der Werff sur le même sujet se voit encore au Louvre : Séleucus, levant vers le ciel des regards baignés de larmes, pose sa couronne sur la tête lie son fils et lient par la main Stratonice, qui u Ja gorge nue et qui s'incline coquettement ; Antiochus, assis sur son lit et les deux mains posées surson cœur, lève timidement et amoureusement les yeux vers lu jeune femme. ErasUtrale et un soldat se montrent au second plau. Un négrillon soutient le manteau de la
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reine et deux petites filles s'appuient à une balustrade recouverte d'un riche tapis, sur le devant du tableau. Cette peinture, datée de 1721, a fait partie de la collection de l'Anglais Grégoire Page. Elle a été gravée dans les recueils de Filhol et de Réveil.
Le tableau qui valut à Louis David le grand prix de peinture, en 1775, représentait les Amours d Antiochus et de Stratonice. Le même sujet a été lithographie par Loche, d'après Girodet. Une statue de Stratonice, en terre cuite, par M. Chambârd, a figuré au Salon de 1858, et il en a paru une reproduction en marbre au Salon de 1857.
Sfratoufce OU la Maladie d'Anilocluis, tableau d'Ingres; collection du duc d'Aumale. La composition dans laquelle le maître français a représenté ce sujet d'histoire si délicat est bien supérieure en dignité et en noblesse aux tableaux de Gérard de Lairesse et de Van der Wertf. Le jeune Antiochus, par un mouvement admirable, ramène son bras gauche sur sa tête maladive et effarée pouv ne pas voir Stratonice qui passe, pensive, au pied du lit. Erasistrate, le médecin, debout derrière lui, le couvre de sa protection et fait un geste d'étonnement; il devine en ce moment la cause de la maladie. Par une délicatesse de composition qui est un trait de génie, le père d'Antiochus, le mari de Stratonice, prosterné sur le lit, la tête cachée dansles draperies, n'aperçoit rien de cedrmne mystérieux, et Stratonice elle-même se tient debout et détournée, dans l'attitude d'une rêverie mélancolique. » Cette figure de Stratonice, u dit T. Thoré, est admirable de simplicité et de calme. La tête est appuyée sur la main droite, à la manière des statues antiques qui symbolisent la pensée ou la méditalion intime. La draperie, d'un bleu fin argenté, est d'un ensemble très-gracieux, quoiqu'elle ne laisse pas assez transparaître le modelé de la forme. Par malheur, le bras gauche est perdu et la maiTi vient on ne sait d'où. A gauche, un jeune garçon verse des parfums dans une cassolette â trépied ; sa tète est fine, et l'attache de sa main est très-distinguée. A droiie, un jeune homme, en manteau violet, vu de dos, est collé au lambris comme une draperie suspendue a un clou, comme lu draperie bleue jetée négligemment surlachaisedu premier plan ; on devine encore, du même côté, un fruginent de figure de femme assise sous un guéridon et écrasée par une colonne ; car c'est le relief qui manqua aux corps dans cette singulière peinture. 11 faut y regarder à, deux fois pour soupçonner qu il y a un homme sous le manteau du père agenouillé contre le lit. J'ai vu des amateurs qui l'ont pris pour une couverture drapée. Mais avec quel acharnement sont terminés tou3 les détails du mobilier, la frise du lit, les colonncttes des portes, les décorations copiées sur l'antique l M. Ingres n'a pas su faire le sacrifice des accessoires pour concentrer l'intérêt sur ce drame de famille, si bien compris et si bien ordonné. Au contraire, il a sacrifié la pensée à des minuties locales, qui peuvent avoir l'approbation des archéologues, mais qui détruisent tout l'effet principal. ■ Malgré ses défauts, que du reste le critique a singulièrement exagérés, la Strctonice est certainement une des rcsilleures productions d'Ingres.
Exécuté a Rome , en 1840 , pour le duc d'Orléans, ce tableau fut acquis, en 1853, par le prince Demidoff au prix de 03,000 frimes. Il a été racheté depuis par le duc d'Aumute. U a été gravé au trait par Réveil et la figure seule de Stratonice a été lithographiée par R. Balze. Iugres a fait deux répétitions de ce tableau avec de nombreux changements, l'une en 1800 pour le comte Duohâtel, l'autre en 18SS. Une belle reproduction de la Stratonice a été exécutée au burin par Léopold Flamengpoiirla Société française de gravure (Salon de 1809).
Siruioufcc, drame lyrique en un acte et en vers, paroles de Hoffmann, musique de Mébul; représenté, pour la première fois, a Feydeau, le 3 mai 1792, et ù l'Académie de musique, avec les récitatifs de Dassoigne, neveu de Méhul, le 20 mars 1821. Cette pièce est une de celles qui font le plus honneur au talent littéraire d'Hoffmann, et Mèlml était bien capable non-seulement d'en sentir les beaux vers, iuais.de les faire admirablement valoir. Stratonice est son troisième ouvrage ; ce fut celui qui consacra sa réputation. Le quatuor a une noblesse et une ampleur do style qui l'ont fait ranyer au nombre des chefs- u'oeuvre. Quant à, l'air : Venez tous vos chagrins dans le sein paternel, après le succès de la scène il a obtenu celui des concerts et des salons, interprété surtout par Ponchard, dont il était le morceau de prédilection.