‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 698 sur 1059 · V. Huao · texte numérisé non relu

V. Huao

Après cette strophe, la plus usitée est la strophe de six vers; on peut lui donner la plus grande variété par l'entrelacement, des rimes et le mélange de divers mètres. Construite en vers alexandrins, avec deux rimes plates féminines au début et un quatrain dans lequel deux rimes masculines encadrent les deux secondes rimes féminines; cette strophe a une grande solidité :

L'homme en sa propre force a mis sa confiance; Ivre de ses grandeurs et de son opulence. L'éclat de sa fortune enfle sa vanité.

Mais, 0 moment terrible, 4 jour épouvantable, Où la mort Eaisira ce fortuné coupable, Tout chargé des liens de son iniquité!

J.-B. Rousseau.

On lui donne plus d'accent eu conservant le même ordre des rimes et en plaçant, comme avant-dernier vers, un vers de six pieds : Deux fois l'Europe a vu leur brutale furie , De trois cent mille bras armant la barbarie, Faire voler la mort au milieu de nos rangs; Et deux fois on a vu leurs corps sans sépulture

Devenir la pâture Des corbeaux affamés et des loups dévorants. J.-B. Rousseau.

On termine aussi très-harmonieusement cette strophe par le vers de six pieds, au lieu de le placer comme dans l'exemple précédent; il'est alors à rime masculine :

0 toi! d'un feu divin précieuse étincelle, De ce corps périssable habitante immortelle, Dissipe ces terreurs : la mort vient t'affranchir. Prends ton vol, 6 mon àme 1 et dépouille tes chaînes : Déposer le fardeau des misères humaines, EBt-ce donc là mourir?

Lamartine.

La combinaison des deux strophes précédentes en produit une troisième, dont les deux derniers vers ont six pieds seulement:

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre. D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de » [flatteurs;

Et tombent avec eux d'une chute commune Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs.

Maliier.be.

Malherbe a aussi terminé cette strophe par trois vers de six pieds :

Son nom même est détruit; le tombeau I* dévore Et si le faible bruit s'en fait entendre encore, On dira quelquefois: il régnait, il n'est plusl Elogts funéraires De tant de rois vulgaires Dans la foule perdus!

Toute en vers de six pieds, cette strophe a

STRO

une légèreté extrême, mais elle ost alors plus usitée dans la chanson que dans l'ude :

Ça, page, ma lyre;

Je veux faire bruira

Ses languettes d'orl

La divine grâce

Des beaux vers d'Horace

Me platt bien encor.

Ronsard.

Le mélange dans un certain ordre des vers de douze et de six pieds produit d'excellents effets. Les poètes lyriques em ploient fréquemment la strophe de six vers, avec le même agencement de rimes que dans tous les exemples précédents, en ne donnant que six pieds aux vers à rimes masculines placés l'un le troisième et l'autre le sixième :

Tel que le vieux pasteur des troupeaux de Neptune, Protée, & qui le Ciel, père de la Fortune,

Ne cache aucuns secrets, Sous diverse figure, arbre, flamme, fontaine, S'efforce d'échapper a, la vue incertaine

Des mortels indiscrets.

J.-B. Rousseau.

Enfin, après trois jours d'une course insensée Après nvoir franchi fleuves a. l'eau glacée,

Steppes, forêts, déserts, Le cheval tombe aux cris de mille oiseaux de proie. Et son ongle de fer sur la pierre qu'il broie

Eteint ses quatre éclairs.

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