‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 702 sur 1059 · V. Huoo · texte numérisé non relu

V. Huoo

La strophe de quatre vers n'est pas susceptible de beaucoup de variété. Voici les combinaisons généralement employées dans l'ode.

Quutre alexandrins à rimes croisées :

Celui dont la balance équitable et sévère Sait peser l'homme au poids de la réalité, En payant son tribut aux vertus qu'il révère, Peut braver les regards de la postérité.

J.-B. Roussgau.

Quatre alexandrins, dont les deux vers intérieurs riment entre eux. :

Sur l'oreiller du mal, c'est Satan Trismégisle Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

Cil. Baudelaire.

Cette combinaison force ie poète ii prendre l'ordre inverse des rimes pour lu strophe suivante, ce qui rompt la monotonie de cette suite de quatrains; elle n'a été employée que par les romantiques et surtout pour les strophes de vers de huit pieds :

Il était un roi de Thulé,

A qui son amante fidèle

Légua, comme souvenir d'elle,

Une coupe d'or ciselé;

C'était un trésor plein do charmes.

Où son amour se conservait,

Et chaque fois qu'il y buvait,

Ses yeux se remplissaient de larmes.

Géuard de Nerval,

Quatre vers a rimes croisées , dont trois alexandrins et un vers de six pieds :

Déjà de tous cOtés s'avançaient les approches ; Ici courait Mimas, là Typhon se battait, Et la suait Euryte à détacher les roches Qu'Encelade jetait.

MALiieuBt:,

Quatre vers à rimes croisées, dont trois alexandrins et un vers de huit pieds : De leurs douces chansons, instruits par la nature, Mille tendres oiseaux font résonner les airs; Et les nymphesdes bois, dépouillant leur ceinture, Dansent au bruit de leurs concerts.

J.-B. Rousseau.

Deux alexandrins à rimes féminines croisées, avec deux vers de huit pieds a rimes masculines :

Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,

Et vous, riant exil des bois, Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature, Salut pour la dernière fois!

Gilbert.

Ce mètre est celui de l'ïambe.

Les mêmes strophes existent en vers de six, sept ou huit pieds; ce sont les plus faciles de toutes. On en relève le goût en ni: donnant que deux, trois ou quatre pieds à l'un des vers, le dernier ou l'avunt-dernier : Dans Venise la rouge.

Pas un bateau qui bouge, Pas un pécheur dans l'eau.

Pas un falot!

A. de Musset.

C'était pendant la brume, Sur le clocher jauni

La lune.

Comme un point sur un i.

A. de Musset.

Avec ce içenre de strophes, on entre dans

STRO

le domaine illimité de la fantaisie, et nous ne nous y aventurerons pas.

Les strophes de nombre impair, cinq ou sept vers, s'obtiennent en triplant l'une des rîmes; il y en a des exemples dans tous les mètres :

Le soleil, dont la violence Nous a fait languir si longtemps, Arme de feux moins éclatants Les rayons que son char nous lance, Et, plus paisible dans son cours, Laisse la céleste Balance Arbitre des nuits et des jours.

J.-B. Rousseau.

J'ai vu que leurs honneurs, leur gloire, leur richesse Ne sont que des filets tendus à leur orgueil; Que le port n'est pour eux qu'un véritable écueil, Et que ces lits pompeux où s'endort leur mollesse Ne couvrent qu'un affreux cercueil.

J.-B. Rousseau.

Do tes accents mortels j'ai perdu la mémoire; Nous ne chanterons plus qu'une éternelle gloire Au seul digne, au seul saint, au seul grand, au seul Mes jours ne seront plus qu'un éternel délire, [bon; Mon àme qu'un cantique , et mon cœur qu'une lyre, Et chaque souffle enfin que j'exhale ou j'aspire, Un accord à ton nom!

Lamartine.

Les strophes dont nous venons de parler sont toutes usitées dans l'ode et la chanson ; les strophes des poèmes de longue haleine sont autrement construites ; on conçoit, en effet, que trois ou quatre cents vers, ou plus, jetés uniformément dans le moule des odes, seraient fatigants a. lire. Les strophes des poëines, généralement composées d'alexandrins ou de vers de huit pieds, ont d'ordinaire des entrelacements de rimes qui empêchent la monotonie. Nous nous contenterons de citer : la strophe de six vers sur deux rimes, k rimes croisées au hasard, dont Alfred de Musset a fait un si bon usage dans Namouna et quelques autres de ses petits poèmes; c'est la strophe usitée par Byron, Pulci, etc. :

Le sofa sur lequel Hassan était couché Etait dans son espèce une admirable chose; Il était de peau d'ours, mais d'un ours bien léché, Moelleux comme une chatte et frais comme une rose. Hassan avait, d'ailleurs, une très-belle pose: Il était nu comme Eve à son premier péché.

(Namouna.)

La strophe de huit vers de huit pieds, sur trois rimes, dont une quadruple ; elle est excessivement difficile, et c'est pourtant sur ce rhythme que Villon a écrit son Grand et son Petit Testament, des Ballades, etc. : La royne, blanche comme ung lys, Qui chantoit à voix de sereine, Berthe au grand pied, Biétris, Allys, Harembourges, qui tint le Maynu, Et Jehanne, la bonne Lorraine, Qu'Anglais brûlèrent a, Rouen, Où sont-ils, vierge souveraine?

Mais où sont les neiges d'antan?

La strophe de douze vers, a rimes croisées dans un ordre toujours le même, composée de onze alexandrins et close par un vers de huit pieds :

Ce poème homérique et sans égal au monde Offre une allégorie admirable et profonde; Mais, pour sucer la moelle, il faut qu'on brise l'os, Pour savourer l'odeur, il faut ouvrir le vase, Du tableau que l'on cache il faut tirer la gaze, Lever, le bal fini, le masque aux dominos. J'aurais pu clairement expliquer chaque chose, Clouer à chaque mot une savante glose : Je vous crois, cher lecteur, assez spirituel Pour me comprendre. Ainsi, bonsoir; fermez la porte, Donnez-moi la pincette et dites qu'on m'apporte Un tome de Pantagruel.

Tu. Gautier.

STROPHÉSIE s. f. (stro-fé-zî). Moll. Genre de mollusques brachiopodes, du groupe des térébratules.

STROPHIDIE s. f. (stro-fi-dî — du gr.

strophe, cercle; idea, forme). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des géomètres.

STROPHION s. m. (stro-fi-onn — gr. strophion ; de strepho, je tourne). Antiq. gr. Sorte de ruban dont les Grecs se ceignaient la tête. [1 Bande roulée que les jeunes femmes, chez les Grecs et chez les Romains, portaient audessous de leurs seins, pour les soutenir, quand elles se livraientk quelque exercice violent. Il La forme latine est strOphium.

— Encycl. Le slrophium des Romains serrait la poitrine de façon à contenir les mouvements du sein ; il était large, ordinairement en cuir, et se plaçait sur la tunique intérieure, vêtement analogue à la chemise moderne.

Catulle, dans sa pièce sur les Noces de Théiisei de Pétée, montre Ariane, dans son désespoir du départ de Thésée, ne voilant plus sa poitrine d un vêtement léger, ne liant plus par le strophium sa"gorge indocile :

iVon contacta levi vefalum pectits amiclu. Non tereti strophio luctanies vùicta pajjillas.

On donnait aussi le nom de slrophium à un ruban dont on se eeignait les cheveux. Nous en trouvons un exemple dans Prudence (Cathemerinon) : « Couronnée de la gloire de Lieu, lie tes cheveux d'un slrophium; » ..... Liga strophio, Lande Dei redimita, comas.

STROPHIOSTOME s. m. (stro-fl-o-sto-mo

STRO

— du gr. strophio», cordon; stoma, bouche). Bot. Syn. de myosotis.

STROFHITE s. m. (stro-fi-te — du gr. strophe, cercle). Moll. Genre de mollusques acéphales, formé aux dépens des anodontes.

STROPHIUM s. m. (stro-fi-omm). Antiq.

gr. V. STKOPHION.

STROPHOCHEILE s. m. (stro-fo-kè-le — du gr. strophos, tourné ; cheilos, lèvre). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pulmonés, du groupe des hélices.

STROPHOCONE s. ni. (stro-fo-kô-ne — du gr. strophos, tourné, et de cdiie). Foram. Genre de foraminifères ou rhizopodes, du groupe des uvellines.

STROPHODE s. m. (stro-fo-de). Ichthyol.

Genre de poissons cartilagineux, du groupe des cestracions, comprenant de nombreuses espèces fossiles des divers étages des terrains secondaires.

STROPHOMÈNE s. m. (stro-fo-mè-ne — du gr. strophos, tourné; mène, croissant). Moll. Genre de mollusques brachiopodes fossiles, qui parait devoir être réuni aux productus.

STROPHOPAPPE S. m. (stro-fo-pa-pe — du gr. strophos, tordu; pappos, aigrette). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des composées, tribu des vernoniées, dont l'espèce type croit au Brésil.

STROPHOSÛME s. m. (stro-fo-so-me — du gr. strophos, tordu; soma, corps), lïntom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, tribu des brachydérides, comprenant une quarantaine d'espèces, presque toutes d'Europe ou d'Amérique.

STROPHOSTOME s. m. (stro-fo-sto-ine — dn gr. strophos, tordu ; stoma, bouche). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pulmonés, voisin des cyclostomes, appelé aussi férussine, et comprenant quatre espèces fossiles des terrains tertiaires.

STROPHOSTYLE s. m. (stro-fo-sti-le — du gr. strophos, tordu, et de style). Bot. Genre 3e plantes, de la famille des légumineuses, réuni par plusieurs auteurs aux haricots.

STROPHULUSs. m. (stro-fu-luss— dirain: du lat. strophus, gr. strophos, bandelette). Pathol. Inflammation cutanée fréquente chez les enfants à la mamelle, à l'époque de la première dentition. Il On dit aussi strophule.

— Encycl. Le strophulus , vulgairement feux de dents, n'est autre chose que le lichen ' apparaissant chez les enfants à la mamelle, pendant le travail de la dentition, à la face, au cou et sur la poitrine. Il est. caractérisé

Ear des papules prurigineuses rouges ou lanches d'un volume variable, se terminant toujours par résolution ou par desquamation. 11 porte les petits enfants à se gratter et à s'écorcher, et les démangeaisons dont il s'accompagne augmentent le malaise inséparable de la dentition. L'apparition des premières dents est sa cause la plus fréquente mais souvent aussi l'alimentation de l'enfant' quand elle est trop forte, amène son développement en même temps qu'elle produit une irritation gastro-intestinale. Le strophulus s'accompagne quelquefois d'un léger mouvement fébrile; s'il guérit dans un point, il n'est pas rare de le voir reparaître dans un autre ; mais chaque papule en particulier ne dure guère plus de sept à dix jours. Le meilleur traitement est celui qui consiste à. administrer quelques bains de son gélatineux ou alcalins, et au befoin à saupoudrer d'un peu d'amidon les surfaces malades. On devra aussi surveiller attentivement l'alimentation de l'enfant et le lait de la nourrice.

STROPPIANA, bourg du royaume d'Italie, province et à 27 kilotn. S.-O. de Novare district de Verceil, chef-lieu de mandement ■ 2,729 hab.

STROSSMAYBR (Georges), prélat croate, né à Essek (Slavonie) en 1815. Son père, reconnaissant en lui de rares aptitudes, le destina à la carrière ecclésiastique, le mit au gymnase d'Essek, puis l'envoya au séminaire de Diakovar et à l'université de Pesth, où il se fit recevoir docteur en philosophie. Strossmuyer alla étudier ensuite la théologie à Vienne, où il prit le grade de docteur, entra dans les ordres, puis devint successivement professeur au séminaire de Diakovar, directeur des études, professeur de droit canon ù l'Académie théologique de Vienne (1845) et enlin évêque de Diakovar (lS49).Strossmayer se donna pour mission de civiliser les populations incultes de laCroatie. Il groupa autour de lui toutes les forcestvives de la nation. Ses immenses revenus, il les employa à fonder des institutions d'éducation populaire et de haut enseignement, des écoles, des académies, des églises ; il donna 100,000 florins pour créer l'université d'Agram, acheta à ses frais la bibliothèque académique, fit construire la cathédrale gothique de Diakovar. Très-instruit, d'une tolérance qu'on n'est point habitué à trouver chez lesprèlats catholiques, M. Strossmayer a su mettre au service de ses convictions une énergie indomptable. Cet homme remarquable n'était guère connu qu'en Allemagne, lorsqu'il alla siéger au concile du Vatican en décembre 1869. Là, il s'est acquis une grande réputation en se posant en adversaire déclaré da l'infaillibilité papale et de?

STRO

articles du Sylhbus qui condamnent la civilisation moderne. Ayant osé, le 82 mars 1870, parler en faveur de la tolérance, prendre la défense des protestants, citer Leibniz et dire que peu de catholiques sont capables d'écrire une apologie du christianisme comme l'a fait M. Guizot, il excita contre lui une véritable tempête et ne put achever son discours. Après avoir voté contre l'infaillibilité du pape, il revint en Croatie. Vers le mois d'avril 1872, la cour de Rome voyant qu'il n'avait pas encore publié dans son diocèse lé nouveau dogme de l'infaillibilité, le menaça des foudres de l'Eglise s'il persistait dans son attitude hostile. 11 céda. Au mois de janvier 1873, il flt ua voyage en Italie pour rétablir sa santé altérée, se rendit à Rome et eut avec le papelune entrevue courte et froide. Pie IX ayant fait plusieurs fois allusion à sa prétendne captivité, sans doute pour sonder l'évêque sur la question du pouvoir temporel, celui-ci garda le silence et 1 entretien Unit presque aussitôt.

STROTHA (Charles-Adolphe de), général allemand, né à Frankenstein (Silésie) en 1792, mort en 1870. Entré de bonne heure dans l'armée prussienne, il prit part aux diverses campagnes contre la France, fut promu, pendant la longue période de paix qvii suivit 1815, à divers grades, et, en dernier lieu (1836), à celui de général d'une brigade d'artillerie; le 8 novembre 1848, il fut appelé à Berlin en qualité? de ministre de la guerre. 11 laissa le général Wransel pénétrer dans cette ville et y proclamer l'état do siège, et prit les mesures les plus énergiques pour apaiser par la force des armes l'insurrection à Dresde, dans le grand-duché de Bade et dans le Paiatinat. 1! déposa son portefeuille en 1850, fut promu, la même année, lieutenant général et commandant de la deuxième inspection d'artillerie et prit sa retraite en 1854. Il ne s'occupa plus dès lorsque de travaux scientifiques, dont les résultats se trouvent consignes dans deux ouvrages importants, publiés l'un et l'autre en 1868. Ils bout intitulés : l'Artillerie à cheval prussienne et Histoire de la troisième brigade d' artillerie.

STROUD, ville d'Angleterre, comté de Glocester, sur ta Frotue et le petit canal de son nom, à 17 kilom. S. de Glocester; 47,000 hab. Cette ville populeuse et industrielle est regardée comme le centre des manufactures de draps de l'Angleterre occidentale. En I8G2, on y comptait 23 fabriques de draps mues par la vapeur, 392 métiers à la main ; il y a, en outre, des foulonneries, teintureries, manufactures d'épingles, etc. On y remarque l'église de Saint-Laurent, surmontée il un clocher fort élevé, et un bel hôtel de ville de construction moderne.

STROUM s. m. (stro-oumm). Formule sacrée en usage chez les Indous.

— Encycl. Les Indous donnent le nom do mantram, en général, a un certain nombre de prières ou de formules consacrées, qui ont la prétendue vertu d'enchaîner le pouvoir des dieux : ces mantraras servent ou a invoquer, ou à évoquer, ou à conjurer; ils sont conservateurs ou destructeurs, utiles ou nuisibles, salutaires ou malfaisants; il n'est enlin sorte d'effets qu'on ne puisse produire par leur moyen : envoyer le démon dans le corps do quelqu'un, l'en chasser; inspirer de l'amour ou de la haine, causer les maladies ou les guérir; procurer la mort ou en préserver, faire périr une aimée entière ; il y a des mautrutns particuliers infaillibles pour tout cela, et pour bien d'autres choses encore. Mais de tous ces mantrams, les moins puissauts ne sont pas ceux qu'on appelle du nom générique de bidja-akch'trtas ou lettres séminales (radicales) ; le mautruiu stroum est do ceux-là. Pour ceux qui possèdent la vraie prononciation de ces mantrams d'une nature particulière, et qui savent en faire la combinaison et l'application, il n'est rien d'impossible, rien de surnaturel qu'ils ne puissent exéeuter ad libitum. Voici, â ce propos, une petite histoire tirée des livres indous et qu'on nous pardonnera de reproduire, ne fut-ce que pour montrer jusqu à quel point les Indous poussent l'extravagance et l'aberration de l'esprit : Siva avait enseigné tout ce qui a rapport au mantram stroum et aux autres mantrams bidja-akehartas à un petit bâtard, né d'une veuve de la caste bra.hme, auquel l'ignominie de sa naissance occasionna l affront d'être honteusement chassé d'un festin de noce où un grand nombre de personnes de cette tribu avaient été invitées. Il s'en vengea en prononçant seulement deux ou trois des bidjas-akehurtas à travers une fente de l'appartement où les convives étaient réunis ; aussitôt, par la vertu de ces mots merveilleux, tous les mets préparés pour la repas furent convertis en grenouilles. Ce prodige occasionna, comme on peut bien se l'imaginer, la plus grande rumeur dans l'assemblée ; personne ne douta que ce ne fût un tour du petit bâtard; et dans la crainte unanimement partagée qu'il n'arrivât pis encore, on courut vite lui ouvrir la porte. Après qu'on lui eut fait force excuses pour ce qui s'était passé, il entra et ne lit que prononcer les mêmes paroles au rebours; soudain, les grenouilles s'éclipsèrent, et l'on vit, non sans un certain plaisir, reparaître sur la table les gâteaux et autres mets dont elle était couverte auparavant.

Quelque ridicule que soit cette histoire, li

STRO

n'est pas un Indou qui ne se fasse un scrupule d'en i évoquer en doute la véracité. Il n y a pas, du reste, que les croyances indoues qui nous offrent des niaiseries de cette espèce ; car toutes les religions traînent avec elles un cortège de superstitions qui ne le cèdent en rien a celle que nous venons de relater. Quoique lesbrahmes soient réputés les dépositaires uniques des bidjas-akchartas et autres mantrams, bien d'autres qu'eux se mêlent aussi d'en réciter ; il y a même des professions auxquelles ils sont indispensablement nécessaires ; celle de médecin, par exemple, et celle (le sage -femme. Mais les plus habiles dans cette espèce de science et en même temps les plus redoutés, ce sont les charlatans qui passent pour être initiés à tout le grimoire des sciences occultes, tels que les sorciers, les magiciens, les devins, etc.

STROUMA, rivière de la Turquie d'Europe, V, Strvmon.

STROOMN1TZA, rivière de Turquie. V. Ra-

DOVICHH.

STROUSBERG (Bethel-Henry), célèbre banquier contemporain, surnommé le Roi des chemina do ter, né à Neidenburg, petite ville de la Prusse orientale, en 1823. Il était fils d'un marchand juif et reçut lesprénomsde Baruch- Hirseh. Devenu orphelin à l'âge de douze ans, au moment où il allait terminer ses études au gymnase de Kœnigsberg, il se rendit chez ses oncles, commissionnaires eu marchandises à Londres. Occupé toute la journée, il passait ses nuits a étudier, apprit plusieurs langues, la géographie, l'histoire , travailla le droit , fut reçu docteur en droit et entra au journal le Times, où il fut chargé des comptes rendus des séances parlementaires. H épousa une femme belle, mais pauvre, et, ayant peu d'espoir dans l'avenir de la carrière qu'il avait embrassée, il alla, en 1848, chercher fortune en Amérique. Il commença par donner des leçons d'allemand ; puis il eut occasion d'acheter à trèsbon marché une cargaison avariée et d'en tirer un excellent profit. Ce fut là son premier capital. De retour à Londres en 1850, il

fonda plusieurs journaux. En 1856, il quitta Angleterre et vint à Berlin, où il fut pendant sept ans agent général d'une compagnie d'assurance anglaise.

Jusque-là, il ne possédait encore qu'une modeste aisance ; mais k 'partir de 1864 ,sa furtune prend un brillant essor, et bientôt le docteur Strousberg devient un nouveau marquis de Carabas. Par suite de son long séjour en Angleterre, il avait quelques relations avec l'ambassade anglaise à Berlin; c'est Ce qui le mit en rapport avec les capitalistes anglais qui soumissionnèrent la construction du chemin de fer de Tilsitt â Insterbourg. Dès ce moment, il ne s'arrête plus dans cette nouvelle voie, et, dans l'espace de six ans, il dirige la construction d'une douzaine de chemins de fer, entre autres ceux de Roumanie, menant de front avec tous ces travaux, que plus de 100,000 ouvriers exécutent sous ses ordres , les entreprises industrielles et agricoles les plus vastes. 11 fonde des usines à Hanovre , Dortmund et Neustudt, bâtit des quartiers neufs à 'Berlin , à Anvers, achète dix domaines en Prusse, un comté en Pologne, etc.

Dans l'intervalle, il se fait construire pour lui-même dans la Wilhemsstrasse, à Berlin, un palais somptueux, décoré par les premiers artistes, et dont l'aménagement intérieur est un modèle de bon goût, bien que le luxe en dépasse celui de la résidence impériale.

En même temps, l'heureux spéculateur aime a frapper l'imagination populaire par de grandioses oeuvres de bienfaisance : en hiver, il fait distribuer aux pauvres de Berlin 10,000 soupes par jour et pour 50,000 francs de bois. Lors de la famine dans la Prusse orientale, il y expédia des trains entiers de grains et de pommes de terre.

Naturellement, il a des journaux à lui; il se fait nommer député ; les grands ie choient ; les petits l'admirent sans trop d'envie, mais les banquiers sont devenus ses ennemis irréconciliables. Strousberg était pour eux un rival terrible. Il était arrivé à une telle puissance financière qu'il dédaignait leur concours et leur appui et qu'il « n'empruntait, disait-il , d'argent qu'à lui-même. ■ Tout à coup les journaux annoncent que le roi des chemins de fer vient de faire faillite (1875) et qu'il a été arrêté en Russie. « Il n'a pas voulu, dit la Nouvelle P7'esse de Vienne, s'arrêter à temps et liquider peu a peu ses immenses entreprises. Cependant tout le monde est sûr d'avance qu'il aura gardé une et même plusieurs poires pour la soif. »

STROYNAT ou TROÏNAT, roi de Lithuanie duxmo siècle. Il possédait le duché de Samogitie comme fief dépendant de Mendog, roi de Lithuanie. Il souleva les Lithuaniens contre Mendog, qui fut mis à mort avec ses deux fils en 1264. Devenu roi de Lithuanie, Stroynat s'empara du duché de Polotzk et fut, peu de temps après, tué par ses propres soldats.

Stroynat est, bien entendu, un des principaux personnages du drame Mendog, du pcëte polonais Jules Slowacki.

STROZZI, illustre famille patricienne de Florence, qui a fourni un grand nombre d'hommes distingués dans les armes, la politique,

STRO

les sciences et les lettres. Ses membres les plus connus sont les suivants :

STROZZI (Pallas), érudit, homme d'Etat, diplomate italien, né a Florence en 1372, mort à Padoue en 1462. Il consacra son immense fortune au progrès des lettres, ouvrit des écoles, entretint des savants, notamment Manuel Chrysoloras, qu'il attira à Florence pour professer le grec, et fit recueillir une foule de manuscrits en Grèce et à Constantinople. C'est à lui qu'on doit VAlmageste de Ptolémée, les Vies de Plutarque, les Œuvres de Platon, la Politique d'Aristote, etc. Chargé de diverses missions politiques, envoyé comme négociateur aux congrès de Ferrare et de Sienne, il fit briller des talents de premier ordre. En 1428, il fut placé à la tête de l'université et eut la gloire de la relever de son abaissement. Attaché aux libertés de sa patrie, il lutta contre l'usurpation de Cosme de Médicis et fut exilé. 11 alla su fixer alors à Padoue, où il continua ses travaux d'érudition avec Argyropoulos, et traduisit avec lui en latin plusieurs auteurs grecs.

STROZZI (Titus-VespasienJ, administrateur et poète italien, né à Ferrare vers 1422, mort eu 1505. Il était fils de Jean Strozzi, qui, exilé de Florence, s'était retiré à Ferrare, où il commanda les troupes du duc Nicolas III et acquit une grande fortune. Titus- Vespasien eut pour précepteur Guarini, et, sous la direction de ce maître, il fit de rapides progrès dans les lettres. Successivement honoré de l'amitié des ducs d'Esté Borso et Hercule 1er, il fut nommé gouverneur de la Polésine de Iîovigo, puis président du grand conseil des Douze. Odieux k la population de Ferrare, par suite des contributions extraordinaires qu'il leva, Strozzi se retira dans une maison de campagne, où il termina son existence. Ses principaux écrits sont : Strozzi poetm pater et filins (Venise, 1513, in-8°); Oratio ad Innocentem VIII.

STROZZI (Hercule), poète italien, fils du

firécédent, né à Ferrare en 1471, mort dans a même ville en 1508. Il eut pour maître Guarini, Aide l'Ancien, Bembo et enfin son père, Titus-Vespasien, qui l'associa k ses fonctions publiques. Après la mort de son père, il quitta la présidence du conseil des Douze et se maria. Cette union causa sa mort, prétendent les historiens contemporains : il fut assassiné par un amant de sa femme, qu'on croit être Alphonse d'Esté. Les poésies latines d'Hercule Strozzi ont été réunies a celles de son père, éditées k Venise en 1513.

STROZZI (Philippe), dit l'Ancien, banquier italien, né en 1426, mort à Florence en 1491. Forcé de fuir sa patrie lorsque, en 1434, les Médicis confisquèrent l'énorme fortune de son père, Matteo, il se rendit à Païenne, où il entra chez un banquier, et fonda bientôt lui-même & Naples une maison de banque qui, grâce a son intelligence, lit de grandes affaires. Devenu extrêmement riche, il se fit remarquer par sa générosité, par une probité rare, et prêta des sommes considérables à Ferdinand de Naples. Ce prince s'entremit en sa faveur auprès des Médicis, et, en 1466, Philippe Strozzi put revenir à Florence, où il vécut en simple particulier. Ce fut lui qui commença la construction dans cette ville du palais Strozzi, regardé comme un des chefsd'œuvre de l'architecture de la Renaissance.

STROZZI (Jean- Baptiste ; dit Philippe), homme politique italien, fils du précédent, né à Florence en 1488, mort dans cette ville en 1538. Puissamment riche, il s'allia en 1508 aux Médicis par son mariage avec Clarisse, fille de Pierre, alors proscrit, mais il ne s'en montra pas moins opposé aux prétentions de cette famille, refusa de participer au rétablissement de son autorité, et, bien qu'à la suite de son mariage il eût été condamné à l'amende et k un exil temporaire pour s'être allié à un proscrit, il ne voulut point entrer dans un complot fomenté par Jules II pour renverser le gonl'alonier Soderini, instigateur des mesures prises contre lui. Strozzi était trésorier de la chambre apostolique, à Florence, lorsque, pendant un voyage à Rome, en 1526, Clément VII le remit à Moncaile comme otage, en garantie de l'exécution d'un traité qu'il venait de conclure avec l'empereur et qu'il ne tarda pas à violer. Moueade n'en remit pas moins en liberté Strozzi, qui, de retour à Florence, eut, avec Cupponi, Valori et les autres chefs du parti républicain, la plus grande part à la révolution de 1527 ; mais il manqua de la fermeté nécessaire à l'achèvement de cette oeuvre. Ennemi du despotisme, mais ayant peu de goût pour le gouvernement populaire , il quitta sa patrie, sous le prétexte d'aller surveiller une grande maison de commerce qu'il possédait à Lyon. En 1528, il revint à Florence, où il se tint soigneusement à l'écart des affaires publiques, puis se rendit à Rome (1530), où Clément VII le poussa à contribuer à établir k Florence le pouvoir d'un bâtard des Médicis, le duc Alexandre. Non-seulement Strozzi aida h cette coupable entreprise, mais encore il fournit au nouveau prince, qui ! avait détruit le gouvernement républicain, l'argent nécessaire pour élever une citadelle destinée k comprimer tout soulèvement. Il reçut, en échange de sa lâche complaisance, le titre de sénateur; mais il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait implanté dans sa patrie «n odieux tyran, tout disposé k s'empa-

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rer sous le moindre prétexte de son immense fortune. En 1533, le pape le chargea d'accompagner sa parente, Catherine de Médicis, à la cour de France, où il séjourna quelque temps en qualité de légat du saint-siége. Cependant, en apprenant que son fils Pierre était persécuté à Florence parle duc Alexandre, il se repentit d'avoir contribué à l'établissement de cette tyrannie , se concerta avec les bannis, mais, voyant l'impossibilité de réussir, il se réfugia à Venise. Il y vivait occupé de travaux littéraires , lorsque la meurtre d'Alexandre lui donna de nouveau l'espoir de rétablir la liberté florentine, au moment même où Charles-Quint faisait proclamer Cosme duc de Florence. Strozzi accourut à Bologne (janvier 1537), se mit à la tête des exilés; mais, vaincu et fait prisonnier k Montemerlo (2 août 1538), il lut envoyé à la citadelle de Florence, mis à la torture et se tua dans sa prison pour se soustraire k une nouvelle épreuve (18 septembre). Très-versé dans la littérature ancienne, Ph. Strozzi a travaillé à l'épuration du texte de Suétone et de Pline.

STROZZI (Pierre), maréchal de France, fils du précédent, mort en 1558. Il suivit d'abord la carrière ecclésiastique; mais Clément VII ne lvii ayant point donné le chapeau de cardinal, qu'il lui avait promis, il déposa la soutane, fit un voyage en France (1536), puis alla se battre, avec le grade de colonel, dans les troupes commandées en Italie par le comte de Ranzone et se fit aussitôt remarquer par sa bravoure. Lorsque, peu après, son père se ' mit k la tête des républicains, qui voulaient I chasser de Florence Cosme de Médicis, il alla le rejoindre, prit le commandement de l'armée; mais, surpris et défait à Montemerlo (2 août 1538), il parvint non sans peine k s'échapper et gagna la France, où il apprit la fin tragique de son père. Strozzi résolut de le venger, et, voulant donner à sa patrie l'appui d'une nation puissante, il entra au service de la France. S'étant distingué dans plusieurs campagnes, il fut envoyé en Italie en 1544, puis en 1551, échoua k La Mirandole, essaya de secourir Sienne , assiégée par Cosme de Médicis (1554), et litune incursion hardie à travers toute la Toscane ; vaincu k Lusignano, mais fort de su haine contre le bourreau de son père, il n'en continua pas moins pendant une année encore une lutte inégale. Nommé maréchal de France en 155fi, il fut chargé peu après d'aller k la tête d'une armée française débloquer Rome, attaquée par les Espagnols, et réussit dans son entreprise. De retour en France, il contribua k la prise de Calais, où il était parvenu à s'introduire pour en étudier les fortifications, puis il aida à la prise de Guines. Strozzi venait de se rendre devant Thionville pour coopérer k l'attaque de cette ville, lorsqu'il fut tué d'un coup de mousquet.

Srozzi était un fort habile tacticien. t'.C'estoit, dit Brantôme, l'homme du monde qui arrangeoit et ordonnoit mieux les batailles et bataillons en toutes formes et le plus soudainement, et qui les savoit mieux loger à son avantage. > Dans ses loisirs, il cultivait les lettres et la poésie. On lui doit : Sianze sopra la rabbia di Macone, qui ont été publiées pour la première fois k Bassano (1808, in-8"), et une traduction en grec des Commentaires de César.

STROZZI (Philippe), général au service de la France, fils du précédent, né k Venise en 1541, mort en 1582. Il était tout enfant lorsque son père l'amena en France et lui fit donner une éducation soignée. Placé comme enfant d'honneur auprès du dauphin de France (depuis François II), il s'enfuit k quinze ans pour rejoindre l'armée en Piémont, obtint à son retour le grade de capitaine, fut naturalisé Français (1558) et reçut cette même année la seigneurie d'Eperuay. Strozzi ne tarda pas a se signaler comme un des plus vaillants capitaines de son temps. Après avoir pris part aux sièges de Calais, de Guines (1558), de Leith, k la prise de Blois (1562), il lut promu mestre de camp (1564). Les talents militaires dont il fit preuve aux batailles de Suint-Denis (1567), de Jarnac (1569) lui valurent d'être nommé colonel général de l'infanterie française. Strozzi donna de nouvelles preuves de sa valeur au combat de La Roche-Abeille, à Moncontour, au siège de La Rochelle (1573) et força la ville du Brouage k se rendre. En 1581, ayant cédé à Epernon, sur la demande de Henri III, la charge de colonel général, il fut nommé en échange lieutenant général de l'armée navale et reçut 50,000 écus d'or. A la tête d'une flotte, il lut envoyé, en 1582, au secours de dom Antoine, reconnu roi de Portugal, et fut fait prisonnier à la bataille navale des Açores par l'amiral espagnol Santa-Cruz, qui eut la barbarie de le faire jeter à la mer. Il avait été grièvement blessé dans le combat, et de Thou affirme qu'il était dujk mort quand ou le porta à l'amiral.

STROZZI (Léon), amiral italien au service de la France, oncle du précédent et frère du maréchal Pierre, né à Florence en 1515, tué près de Pioinbino en 1554. Il entra dans l'ordre de Malte, devint prieur de Capoue et fit sur mer la guerre aux Turcs. Strozzi s'était déjà fait remarquer comme uu marin aussi brave qu'expérimenté, lorsque la mort de son père (1538) l'engagea k entrer au service de la France, qui, par ses prétentions sur l'ita-

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lie et sa rivalité avec la maison d'Autriche, semblait la seule puissance capable d'abaisser les Médicis. Nommé chef descadre, il fut envoyé en Ecosse par Henri II avec une flotte, pour secourir Marie Stuart contre Elisabeth (1547). Il s'acquitta habilement de sa mission et fut mis quelque temps après k la tête de la flotte française dans la Méditerranée. Croisant sur les côtes d'Espagne, il résolut d'attaquer André Doria, qui conduisait l'archiduc k Barcelone . Doria, ne voulant pas exposer le prince aux chances d'un combat, rétrograda, et Strozzi alla s'emparer par un stratagème de quelques vaisseaux dans le port de Barcelone, où il tira des coups de canon sur la ville (1551). Disgracié pour cette expédition, Strozzi se rendit à Malte, ne put obtenir un commandement et fit alors pour son compte des courses dans la Méditerranée contre les Turs et même contre les chrétiens. Le roi de France , ayant recommencé la guerre en Italie, reprit k son service Strozzi, qui alla prendre à Porto- Ercole le commandement d'une flotte. Il venait de mettre le siège devant Scarlino, lorsqu'il fut tué d'un coup de mousquet,

STROZZI (Laurent), cardinal, frère du précédent, né à Florence en 1523, mort & Avignon en 1571. 11 s'était fait recevoir docteur en droit k Padoue, lorsqu'il vint en France et prit du service dans l'armée ; mais peu après, il entra dans les ordres, et, grâce à Catherine de Médicis, il fut nommé successivement abSé de Staffarde, en Piémont; de Saint-Victor, à Marseille; évêque de Béziers (1548), conseiller d'Etat, cardinal (1557), enfin archevêque d'Albi (1561), puis d'Aix (1566),

STROZZI (Ciriaco), érudit italien, né k Capalla, près de Florence, en 1504, mort kPise en 1565. Après avoir terminé ses études à Florence, il parcourut l'Europe et revint ouvrir à Florence une académie de philosophie (1530). Strozzi alla en 1537 enseigner la langue grecque k Bologne, et enfin il occupa k Pise, à partir de 1545, une chaire dans laquelle il s'attacha k exposer les idées d'Aristote, dont il était un enthousiaste admirateur. On a de lui : De republica lia. II (Florence, 1562, in-4»), ouvrage dans lequel il essaya de compléter en grec le traité d Aristote et qui a été traduit en français par Morel (1600, in fol.), et Orationes (Paris, 1599, in-4»), sur l'éthique de ce philosophe.

STROZZI (Laurence), religieuse et femme savante italienne, sœur du précédent, née k Capalla, près de Florence, en 1514, morte k Florence en 1591. Elle fut élevée au monastère de Saint-Nicolas-del-Prato. de l'ordre de Saint-Dominique, et elle y prit Je voile. Laurence employa le temps qui n'était point occupé par des exercices de piété k apprendre le grec, le latin, l'hébreu, la théologie, la philosophie et la musique. Elle composa en vers latins un recueil d'hymnes et d'odes sur les fêtes de l'Eglise et le dédia k Laetance, évêque de Pistoie. Ce recueil, qui a été publié sous le titre de In singula totius anni solemnia hymni (Florence, 1588, in-8»), a été mis en musique par J. Mauduit et traduit en vers français par Simon Pavillon.

STROZZI (Jean-Baptiste), littérateur italien, né k Florence en 1551, mort dans la même ville en 1634. Il était neveu du maréchal Pierre Strozzi. Sa longue carrière fut entièrement consacrée k l'étude. Protecteur intelligent des lettres, humain, prodigue même, il Secourait les écoliers pauvres sans s'occuper de la diminution de sa fortune ; aussi son nom était-il vénéré dans toute l'Italie. Strozzi vécut dans l'intimité de Ferdinand et de Cosme II et fit, en 1623, un voyage k Rome, sur la demande d'Urbain VIII qui désirait le voir. Comme écrivain, il eut aussi une certaine réputation pour l'élégance de son style. On cite principalement, parmi ses ouvrages : Essequits di Francesco I de' Medici (Florence, 1587, in-4<>); Madriyali (Florence, 1593, in-4<>); Délia famiglia de' Medici (Florence, 1610, in-4").

STROZZI (Pierre), érudit italien, né à Florence en 1575, mort k Pise vers 1640. 11 étudia la philosophie, les mathématiques, les arts, l'architecture, et, sous Léon XI, son parent, il devint secrétaire des brefs ad principes. Fatigué des tracasseries que lui soulevait la jalousie de ses collègues, il donna sa démission et revint occuper k Pise une chaire de philosophie. On a de lui : Synoda- Uu Cluddxorum (Rome et Cologne , 1617, in-4»); De origine et dngmatibus Cluild&arum (Borne et Cologne, 1617, in-4°).

STROZZI (Bernardo), dit il Cappuciuo, peintre italien né k Gènes en 1581, mort à Venise en 1644. Jeune encore, après avoir reçu des leçons de peinture de P. Sarri, il entra dans un couvent de capucins, d'où il sortit pour se livrer k la peinture, afin de venir en aide k sa famille. Ayant été réintégré de force k son couvent et îms en prison, Strozzi parvint k s'enfuir à Venise, où il exécuta de belles fresques et des toiles qui lui assurèrent un rang distingué dans la peinture. Ses oeuvres sont surtout remarquables par la vigueur du coloris et par la venté de l'expression des têtes. Strozzi excellait dans le portrait. Parmi ses nombreuses productions, nous citerons, k Gênes : la Charité, Saint François, Saint Paul, Saint Jean- Baptiste, la Sainte Famille, l'Incrédulité de suint Thomas, d'un brillant coloris, au palais Brignole; la Vierge uuec saint

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Félix, à l'église des Capucins; Madone, au palais public ; une Madone et Sainte Barbe, au palais royal ; le Christ mort, Jésus et la Samaritaine, Jésus portant la croix, la Femme adultère, Cincinnatus, Sainte Catherine, à la galerie Spînohi; Saint Joseph et Saint Jean, à la galerie Balbi ; Jésus et la Samaritaine, au palais Faragina; Saint François et une Vierge, au palais Pallavicini ; l'Assomption, Saint François recevant les stigmates, au palais Grillo-Cattaneo ; à Venise : Saint Roch, à la Scuola-di-San-Rocco; Saint Laurent Giustiniani distribuant ses biens aux pauvres; a Florence : Descente de croix, le Dernier César, dans la galerie publique; à Modène : Saint François adorant le crucifix, au musée ; un Mariage de la Vierge, dans l'église Saint- Charles ; à Brescia : Sainte Thérèse, à Sau.t- Pierre-in-OIiveto; à Turin : un excellent portrait de Religieux, au musée ; a Munich : le Denier de César, dans la pinacothèque ; au musée de Dresde : Esl/ier devant Assuérus, Eliézer et Rébecca, David avec la tète de Goliath ; au musée de Vienne : le Prophète Ehe, Saint Jean le Précurseur, le portrait du Doje Trizzo ; nu musée du Louvre : Saint Antoiie de Padoue, Madone sur les nuages, etc.

STROZZI (Jules), poète italien, né à Venise en 1583, mort dans la même ville en 1660. Après avoir mené dans sa ville natale une existence orageuse et s'être exercé aux genres de poésie les plus divers, il se rendit à Kome et fonda, en 1608, dans la maison du cardinal Deti, qui le patronnait, l'Académie des Onorati. Devenu protonotnire apostolique, Strozzi laissa déchoir cette institution et retourna, vers 1615, à Venise, où il forma une autre Académie dite des Unisoni. Il a écrit de nombreuses pièces de théâtre, parmi lesquelles on cite : Erotilla, Proserpina rapita, La Tinta pazza o Achille in Sciro, liomnlo e Remo, Le Nozze di Peleo e Teti, et deux pofimes, Venesia edificala (Venise, 162-1, in-fol.), Il Darbarigo ovvero l'Amicosollevato (Venise, 1626, in-4»). Le style de ses œuvres se ressent du mauvais coût du temps. Stroîzi avait adopté une jeune hlle, Barbara Stroz/!!, qui s'adonna avec succès à la musique et composa des morceaux réunis sous le titre le Cnntate, ariette e duelti (Venise, 1653, in-4'1).

Strozxi (Luisa), roman italien, par G. Rosini (1834, 2 vol. in-8°). Le but de l'auteur a été d'exposer l'état politique et social de Florence pendant le règne d'Alexandre tle Médicis, qui recueillit, en 1537, le fruit de la guerre dirigée par Charles VIII et Clément VII contre le gouvernement indépendant de sa patrie et qui expia par une mort sanglante les excès de tout genre dont sa courte domination avait été souillée. Florence était akrs le centre le plus brillant de la civilisation italienne ; la république avait à la fois dans la péninsule la plus grande influence politique, artistique et militaire. Bien que l'ambition des Médicis eût déjà miné à Florence les bases de la liberté républicaine, c'était encore pour les habitants de cette ville un titre qu'ils prenaient avec honneur et fierté que celui de citoyens de la métropolç toscane. L'invasion . de l'Italie par Charles' VIII et les révolutions qui en furent la suite eurent pour Florence des effets désastreux. Alexandre de Médicis , muni de l'investiture impériale, prit ouvertement les rênes du gouvernement en l'année 1531. C'est à ce moment que commence l'histoire racontée autant qu'inventée par le romancier italien, car les circonstances imaginaires qui s'y entrelacent avec art n'en altèrent pas le fond, scrupuleusement conforme aux récits les plus authentiques. L'action , trop longue et trop compliquée pour pouvoir être racontée en peu de mots, se lie d'une manière tn:svraisemblable aux événements politiques qui marquèrent le règne d'Alexandre; l*auteu:y présente dans une vive lumière les hommes qui figuraient alors au premier rang; des incidents habilement amenés conduisent le lecteur k Pise, à Sienne, dont les tableaux xes plus animés sont mis sous ses yeux, à la ccur d'Urbin et même a celle de François 1er. On passe du palais des Médicis aux cloîtres de Saint-Marc et à l'atelier de Michel-Ang e ; on est entraîné quelques moments par I irrésistible gaieté de Cellini, par la spirituelle bouffonnerie deBerni ; mais bientôt on reviont à de plus nobles et de plus sympathiques émotions en suivant les progrès de l'amour malheureux de Francisco et en voyant s'approcher la mort violente de l'héroïne, dont le caractère pur et élevé excite un intérêt d'autant plus profond que cette triste fin de Luisa Strozzi est encore conforme à la vérité historique.

Ce roman peut être comparé à une fresque aux vastes proportions, où les détails épisodiques concourent tous à établir l'unité de l'ensemble. Il en est de même de tous les bons et rares romans produits par l'Italie moderne. A première vue, il semble que ce soit ici le roman historique popularisé par W. Scott. Il n'en est rien ; le génie méridonal procède tout autrement que le génie des races du Nord, des peuples protestants. Le roman anglais, allemand, danois vit de détails, d'observations intimes, d'étude morale ; il s'occupe en effet de l'individu, de l'homme, et non de la masse. Le roman de3 peuples méridionaux s'intéresse, au contraire, à, l'extérieur de l'homme; la place publique l'attire plas fortement que le foyer domestique; le

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spectacle de la rue et le pittoresque des mœurs générales le frappent pbis vivement que la lutte intérieure des sentiments et des passions subjectives ; par une inclination naturelle qu'il a reçue de l'esprit gréco-romain, il vise à composer des ensembles aux lignes harmonieuses bien plus qu'à pénétrer dans l'infinie variété, dans la profondeur des événements du cœur. D'emblée, il fait de la synthèse, ne se doutant pas que l'analyse doit marcher la première. De là l'infériorité manifeste de toutes les productions modernes de la littérature méridionale. Et bien que le roman de G. Rosini, digne de ses autres ouvrages, ait obtenu un succès flatteur dans la patrie même de W. Scott, charmée d'y trouver la vive peinture des magnificences de l'art et du ciel de l'Italie, il n'est qu'une œuvre factice, un tableau archaïque ; une littérature qui oublie le présent pour contempler le passé abandonne la vie pour la mort. Ce roman a été traduit en plusieurs langues étrangères.

STRUCHIUM s. m. (stru-ki-omm). Bot.

Syn. de sparqmàovhoke, genre de composées.

STRUCTEUR, TBICE adj. (stru-kteur, trise — lat. structor; de struo, je construis). Qui élève, qui construit, qui bâtit. Il Peu usité.

— s. m. Antiq. rom. Esclave qui, chez le3 Romains, était chargé d'ordonner les repas et de disposer la table.

STRUCTURE s. f. (stru-ktu-re — latin structura ; de struere, construire, qui correspond au russe stroiti, bâtir, construire, arranger, accorder, d'où stroenie, bâtisse. Comparez l'ancien slave stroiti, administrer, ustroiti, préparer, etc. Le corrélatif sanscrit est star, étendre, d'où aussi upa-star, préparer; le grec storeà, stronnuô, j'étends; le latin stemo, même sens ; le gothique siranjan, anglo-saxon streowian, allemand streuen, anglais to strew, étendre; l'ancien slave postlati, po-slilnti, strieli, même sens). Manière dont un édifice est bâti : La structure de ce bâtiment est agréable. Ce palais est d'une structure solide.

Ds tous ses amis morts, un seul ami resté Le mine en sa maison, tfe superbe structure.

Boileau.

— Construction, bâtisse : Quelques restes d'arches et de structures antiques, des temps grecs ou romains, confirment ici tes traditions. (Lamart.)

— Par anal. Manière dont les parties d'un corps organisé sont arrangées entre elles : La structure du corps humain. La structure d'une plante. Les ânes ressemblent fort aux cheoaux pour la structure intérieure. (Buff.) |] Manière dont sont disposées les parties constitutives d'un tout : L'Etna parait avoir une structure beaucoup plus simple que celte du Vésuve. (L. Figuier.) La craie blanche, examinée au microscope, montre une trèscurieuse structure globuliforme. (L. Figuier.)

— Fig. Ordre, disposition, arrangement : La structure! d'un discours, d'un poëme. En examinant la structure de ce discours, on reconnaît l'habile orateur. (Acad,) La mauvaise structurb est un vice contre ta netteté du discours. (Vaugelas.)

STRUDEL (Pierre), peintre et sculpteur tyrolien, ne à Clez (Tyrol) en 1648, mort à Vienne en 1714 ou 1717. Il étudia sous la direction de son père, puis sous celle de Charles Lotti. Ses tableaux se répandirent dans toute l'Italie, En 1680, il se rendit à Vienne et y obtint la faveur de l'empereur Léopold, qui lui conféra le droit de changer son nom de Strudel en celui de baron de Strudelhof. Il fut nommé en 1704 et resta jusqu'à sa mort directeur de l'Académie des beaux-arts, que l'empereur venait de créer à Vienne. On doit à Strudel les tableaux des maîtres-autels des églises de Vienne Saint-Roch et Saint- Sébastien, Saint-Laurent et des Augustins. On trouve aussi des tableaux de Strudel dans le couvent de Klosterneuburg. La galerie de Dusseldorf possède une Bacchanale, un Ecce homo, un Saint Jean l'Evangéliste et une Sainte Famille de ce maître. Strudel est moins connu comme sculpteur que comme peintre. Lui et ses frères, Paul et Dominique, ornèrent de sculptures l'église de la Sainte-Trinité, à Vienne.

STRUENSÉE (Adam), théologien allemand, né à Neuruppin (Brandebourg) en 1708, mort à Rendsbourg en 1791 . Primitivement destiné au commerce de draps qu'exerçait son père, il s'adonna à la théologie, et sa piété lui lit un tel renom que Zinzeiidorf, chef des frères moraves, tenta de l'attacher à sa communauté. Struensée refusa et devint successivement pasteur de plusieurs églises de Halle, professeur de théologie à l'université de cette ville, prévôt de l'église d'Altona (1757), surintendant ecclésiastique des duchés de Slesvig et de Holstein (1761). Ses principaux écrits sont : Recueil d'écrits édifiants tendant à un christianisme sincère (Halle, 1755,3vol.in-8°); Cours de morale théologique (Flensbourg, 1765, in-4«) ; Dissertation théologique (Altona, 1765, in-8°) ; instruction biblique pour raffermir les esprits dans le vrai christianisme (Halle, 1768, in-8«).

STRUENSÉE DE CARLSBACH (Charles- Auguste), économiste allemand, fils du pré-

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■ cèdent, né à Halle en 1735, mort à Berlin en 1804. Après avoir étudié à Halle la théologie, la physique, les mathématiques, il devint professeur de philosophie à 1 Académie des nobles de Liegnitz. Appelé à Copenhague en 1770 par son frère, le comte de Struensée, pour y occuper l'intendance des finances, il fut enveloppé dans la disgrâce de ce dernier, emprisonné, puis mis en liberté. Struensée revint alors en Prusse, puis fut nommé directeur de, la? banque succursale d'Elbingen (1777) et conseiller supérieur des finances à Berlin (1782). Il obtint en 1787, de Frédéric VI de Danemark, des lettres de noblesse en dédommagement des injustes persécutions qu'il avait subies. En 1791, Frédéric-Guillaume de Prusse confia à Struensée le département des finances, avec la direction des douanes et du commerce. On doit à cet économiste, entre autres écrits : Eléments d'artillerie (1760, in-8»); Eléments d'architecture militaire (Liegnitz, 1767-1773, 3 vol. in-8<>) -, Recueil de mémoires sur l'économie politique (1776,2 vol. in-8°); Description abrégée du commerce des grands Etats de l'Europe (1778,

2 vol. in-8°) ; Mémoires sur des objets essentiels de l'économie politique (Berlin, 1800,

3 vol. in-8<>), recueil intéressant et estimé.

STRUENSÉE (Jean-Frédéric, comte de), homme d'Etat danois, frère du précédent, né à Halle le 5 août 1737, décapité le 25 avril 177î. La dévotion outrée de ses parents lui inspira pour le christianisme, dès ;;a jeunesse, une aversion que confirmèrent ses études en médecine et la lecture des philosophes français. Reçu docteur en médecine à dix-neuf ans, il fut emmené à Altona par son père, qui devait y occuper le poste de principal pasteur. Mais la, les opinions matérialistes qu'il affichait ouvertement obligèrent son père à se séparer de lui. Il avait pourtant des qualités qui le faisaient aimer. « Il était d une figure agréable, rapporte Reverdil, d'un commerce doux ; il aimait à rendre service. Joyeux convive , beau joueur, empresssé auprès des femmes, chasseur et voyageur infatigable, il eut beaucoup de vogue comme médecin, > Il rédigea quelque temps la Gazette d' Altona, où il fit paraître notamment un mémoire sur les obstacles à l'accroissement de la population, puis il eut un instant l'idée de se rendre à Malaga pour y fonder une école de médecine ; enfin les relations des voyageurs sur les trésors de l'Inde ayant échauffé son imagination, il allait s'embarquer pour explorer les mines d'or et de diamants, lorsqu'un événement imprévu vint changer sa fortune. Le roi de Danemark, Christian VlIJeunehommedontla constitution physique et intellectuelle avait été affaiblie pur les excès, manifesta l'intention de promener sa langueur dans les principales contrées de l'Europe. A Altona, le délabrement de sa santé lui tir sentir la nécessité d'un médecin comme compagnon de voyage.

Struensée lui fut présenté par le comte de Rantzau et par Mmû de Berkentien; son extérieur prévenant, ses manières aimables, ses talents d'agrément, son esprit et l'art qu'il avait d'amuser un valétudinaire dévoré par le spleen, lui conquirent l'amitié et la confiance du roi, auquel il devint indispensable. 11 l'accompagna en France et en Angleterre, et, dès ce moment, il vit s'ouvrir devant lui un brillant avenir. Dj retour à Copenhague, il fut nommé conseiller de confiance et lecteur du roi ; puis il gagna les bonnes grâces de la reine Mathilde dans les circonstances suivantes : Christian s'était rapproché de la reine, dont il était devenu subitement amoureux, et il lui avait, paraît-il, communiqué une maladie qui mettait en péril sa santé. Le premier mouvement de Mathilde fut de se séparer de son indigne époux et de se retirer en Angleterre ; mais l'adroit Struensée iui démontra qu'elle laissait ainsi le champ libre à ses ennemis et qu'il lui faudrait se séparer de son enfant, La reine céda et accepta l'appui d'un homme maître d'un si pénible secret. Mathilde se montra faible par reconnaissance et pour se venger de son époux. Struensée eut bientôt fait taire ses derniers scrupules. Dès lors, il fut tout-puissant à la cour; sans avoir le titre légal de premier ministre, il en remplit toutes les fonctions.

Le roi -était tombé dans un état voisin de l'imbécillité ; tel était son abrutissement qu'il se livrait k ses vices en présence de ses domestiques. Struensée gouvernait à sa guise ce fou couronné. Cependant l'aristocratie danoise luttait de toutes ses forces contre l'ascendant du nouveau favori. Cette aristocratie était surtout représentée par les cinq membres du conseil privé : Bernstorf, Thott, Rosencrantz, Moltke et Reventlow; mais des défiances réciproques les affaiblissaient, et d'ailleurs leur système de gouvernement, oppressif et dilapidateur, les rendait impopulaires. Struensée l'emporta; il abolit malgré eux la censure des journaux et des livres et osa même supprimer le conseil privé par un . acte royal du 27 décembre 1770, « afin de rétablir dans sa pureté le pouvoir monarchique tel qu'il a été confié à nos ancêtres par la nation et dans le sens où la nation le leur a donné. » C'était une véritable révolution ; les ■ effets de cet acte subsistent encore en Danemark. En 1771, Struensée se lit donner le titre de ministre du cabinet et obtint un ordre du roi pour que tous les départements de l'administration lui fussent soumis, sans qu'il fût nécessaire de produire la signature du souve-

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rain. En même temps, la dignité de comte lui fut conférée, ainsi qu'à son ami Brandt.

Le nouveau ministre se signala par une politique habile à l'extérieur et des réformes libérales à l'intérieur. Il s'attacha d'abord à délivrer le Danemark de l'influence russe. Il rechercha l'alliance de la Suède et se concilia aussi la sympathie du gouvernement français. Son administration intérieure s'inspira des idées philosophiques et politiques qui avaient été celles de sa jeunesse : diminuer les impôts, briser les entraves qui paralysaient l'industrie et le commerce, prévenir les disettes, abaisser l'aristocratie, adoucir les formalités, réformer la justice, améliorer le sort des paysans et diminuer le nombre des corvées, telles furent les principales innovations qui recommandent le nom de Struensée à l'estime de la postérité, mais qui lui attirèrent la haine de la noblesse et causèrent sa perte. Ses ennemis profitèrent de la liberté qu'il avait donnée à la presse pour le perdre dans l'opinion pi blique ; il avait irrité le clergé en abolissant les défenses qui empêchaient le mariage entre cousins, entre beauxfrères et belles-sœurs, en révoquant les lois barbares qui punissaient de mort l'adultère, en défendant les enterrements pendant le jour dans l'intérieur des villes. Il avait aussi introduit à la cour une liberté de mœurs qui mécontentait la pruderie danoise. La presse l'invectiva et le ridiculisa de toutes façons. Un parti puissant, à la tête duquel se trouvaient la reine douairière Julie et le comte de Rantzau, ancien protecteur de Struensée, complotait sans cesse contre lui, suscitait des émeutes; la première fut celle des matelots norvégiens qui avaient été réformés et demandaient leur paye. Struensée, paraît-il, manqua de fermeté en cette circonstance; il ne sut prendre aucune résolution et céda. Il fit preuve de la même faiblesse lors de l'émeute des gardes à pied, dont il avait prononcé l'incorporation dans la ligne. Ces gardes s'emparèrent du château et n'en sortirent qu'au bout de vingt-quatre heures, après avoir obtenu individuellement un congé honorable, signé du roi lui-même ; enfin, l'orage éclata. Dans la nuit du 16 janvier 1772, on donnait à la cour un bal masqué. Tout le monde montrait la gaieté la plus grande et une cordialité parfaite. A quatre heures du matin, comme le roi était rentré dans sa chambre à coucher, la reine Julie, son fils et Rantzau pénètrent chez lui, le font éveiller par ' un valet de chambre, lui révèlent un prétendu complot, ourdi par la reine Mathilde, le comte Struensée et Brandt, et pressent le monarque de donner l'ordre d'arrêter les coupables. Le roi hésite, frappé de terreur; à peine a-t-on surpris dans ses traits, dans ses paroles entrecoupées et jusque dans son silence quelques signes d'approbation , que Rantzau, suivi de crois officiers, s'élance, le sabre nu, dans l'appartement de la reine, la force brusquement de quitter son lit et, malgré ses pleurs et ses sanglots, sans lui permettre d'achever de s'habiller, la livre aux sbires qui l'entraînent prisonnière au fort de Cronenbourg, ainsi que sa fille Louise, qu'elle allaitait, et lady Mostyn, sa dame d'honneur. La même nuit, Brandt et Struensée sont jetés dans un cachot et chargés de fers. Le lendemain, le roi se laisse traîner dans une calèche découverte, attelée de huit chevaux blancs, comme un triomphateur qui venait de sauver le pa3's. Le soir, la capitale est illuminée; le même jour, les temples luthériens retentissent d insultes contre la reine et le ministre déchu. Le peuple, avide de nouvelles, ajouté une foi aveugle à la conjuration imaginée par le parti vainqueur; enfin une horde soudoyée se précipite dans les rues et démolit ou pille soixante ou cent maisons appartenant à Struensée ou à ses amis. Le but de la conjuration atteint, les vainqueurs procèdent à l'instruction du procès. Struensée subit l'interrogatoire dans son donjon, ayant les fers aux pieds et aux mains et le cou emprisonné dans un collier de fer scellé à la muraille. La plupart des charges élevées contre lui tombaient d'elles-mêmes ou furent complètement réfutées par son conseil; mais sa perte était décidée. Déclaré coupable des prétendus crimes qu'on lui imputait, il fut condamné à mort, ainsi que son ami Brandt. Tous deux moururent avec courage. On a prétendu que Struensée avait, dans ses derniers jours, abjuré ses doctrines matérialistes et s'était converti au christianisme, mais ce fait n'est rien moins qu'établi. Un revirement à son sujet se fit dans l'opinion quelque temps après sa mort, et peu à peu l'on rendit justice à cet esprit supérieur,

Struensée, roman par MM. V. Fournier et Arnould (1834, in-8°). Ce livre est un des rares romans qui, après avoir fait sensation lors de leur apparition, ont vu leur succès se continuer. Sa valeur tient au mélange habile et heureux de l'histoire et de l'imagination, si bien confondues qu'on ne saurait discerner leur part respective. Le sujet est tiré des annales du Danemark. En 1769, la cour y était agitée par les plus odieuses intrigues. Le roi Christian VII se voyait poursuivi par l'ambition jalouse de Marie-Julie, sa bellemère, qui empiétait sur son autorité, en attendant qu'elle pût l'usurper entièrement pour la transmettre à son fils. Dans ce but, elle a corrompu le cœur et l'esprit de Christian, livré sa jeunesse sans expérience à tous

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les excès de la débauche, et elle est parvenue à ruiner sa santé et ses facultés intellectuelles. Le nmlh ureux prince n'a que trop bien prêté les mains à la réussite de ce complot; il s'est abandonné aux plus grossiers plaisirs ; il a chassé outrageusement la belle et vertueuse Mathilde, son épouse, et éloigné- un fidèle serviteur, le comte de Kantzau. Christian, miné par les excès, est amené chez un obscur docteur allemand, nommé Struensée. Touché de la situation du roi qui le consulte, Struensée pense qu'il f;iut guérir l'être moral tout autant que l'être physique, et ses sages conseils font impression sur l'esprit du monarque, qui s'abandonne h lui. Christian se réconcilie avec Mathilde, lui rend ses droits de reine et met en pratique toutes les améliorations sociales que Struensée avait rêvées dans sa solitude. Toutes ces réformes indisposent les nobles, dont la reine mère attise les ressentiments. Struensée, quoique philosophe, est passionné et surtout imprudent dans ses passions. Il n'avait pas réussi a guérir complètement le roi de ses goûts dépravés ; la reine le surprend dans une rechute sciuidaleuse. Elle est ■\eune et belle, et Christian semble ne pas s'en apercevoir. Cette conduite désespère Mathilde et enhardit Struensée, qui l'aime éperdutnent. La reine cède à son amour, qu elle partage, après de nombreuses luttes contre sa passion, luttes qui sont décrites avec beaucoup de naturel et de charme. La reine mère connaît bientôt le secret de leurs cceurs, et, pour exciter la vengeance de Christian, elle invente une calomnie. Christian a un fils, sur la légitimité duquel elle lui inspire des soupçons. Le roi est sur le point do le déshériter au profit de l'enfant de Marie-Julie. Lorsqu'il vient signifier sa volonté à Muthilde, il la trouve auprès du berceau rie son fils. Sa colère éclate, il se laisse emporter aux transports les plus furieux ; mais sa femme, forte de sa conscience et de ses droits de mère,; invoque le témoignage de l'enfant lui-même, en le plaçant entre les bras de son père. Cette scène, pleine de mouvement, de chaleur et d'éloquence, prépare bien le dénouaient. Struensée est puni de mort, Mathilde expie sa faute dans l'exil, mais son fils régnera. Marie-Julie n'aura que les remords de sa méchanceté sans en recueillir le fruit.

L'action de ce" drame est conduite avec art ; le caractère de Struensée est doué d'une

Î>uissante originalité et fortement dessiné; es événements sont amenés avec une grande vraisemblance; le style est nerveux, animé et plein de chaleur.

Su-sensée, tragédie allemande, de Michel Béer (1829), le frère de l'illustre Meyerbeer. Suivant l'ordre d'idées qu'il avait déjà inauguré dans \e Paria, Michel Béer montre avant tout dans Struensée le propagateur enthousiaste des doctrines du xviiio siècle. II en a fuit un personnage intéressant, qu'on ne peut que plaindre. Les caractères sont franchement dessinés, les situations sont vraies ; la drame, qui se noue sans efforts, s'avance, se prolonge, arrive aux scènes d'intrigue, aux entretiens d'amour, aux conjurations et à la catastrophe par une pente rapide, mais naturelle. Struensée, pour l'auteur, n'est pas un coureur d'aventures, uniquement occupé de ses bonnes fortunes et aveuglé par le rang élevé auquel il est parvenu. C'est l'homme du peuple, comme 1 histoire nous le représente. Vainement il a revêtu l'habit de courtisan ; même sur les marches du trône, il se souvient de son pauvre père, de son. Village et de son humble vie d'étudiant. C'est un tribun hardi qui, par ses talents et par son courage, proteste contre les privilèges du blason et les honneurs héréditaires; humilié par la noblesse, à son tour il veut lui faire sentir le poids de son mépris; mais il préjuge trop de ses forces, et sa franchise, sa confiance aussi en ceux qui l'entourent causent sa perte. La reine Mathilde, douce et timide, ne pouvant compter sur l'affection des courtisans et ne trouvant pas un appui dans le caractère faible de son époux, s abandonne aux conseils du seul homme dévoué qu'elle rencontre. Le poète a eu soin de ne pas en faire une femme galante et sentimentale ; il

aussi fort heureusement introduit dans la pièce le père de Struensée, modeste pasteur de village, qui parait une première fois pour représenter à son rils la voie dangereuse dans laquelle il s'égare et pour entendre de lui l'aveu de son amour pour Mathilde, puis ne revient plus qu'à la lin du drame, pour lui donner les dernières consolations de la religion. Struensée fut représenté à Munich, à Katisbonne et sur quelques uutres théâtres de la Bavière; mais l'ambassadeur du Danemark réclama tout aussitôt, au nom de son gouvernement, et par son influence Ja pièce fut défendue. Elle obtint à la lecture d'autant plus de succès. M. de Saint-Aulaire la traduisit en français, et il est probable qu'elle ne fut pas étrangère à l'idée qu'eut Scribe d'écrire Jierlrand et Raton. Meyerbeer a écrit pour !e drame de son frère, lors de la reprisa qui eut lieu à Berlin en 1846, d'excellents morceaux de partition, qu'on exécutait pendant les entractes et dont la couleur s'adaptait d'une manière originale aux principales situations de la pièce. Ils ont un caractère généralement triste et religieux. Telle est wrtout la magnifiqu ' ouverture, peut-être la

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plus remarquable symphonie de Meyerbeer.

La marche, dont l'orchestration est brillante, est devenue promptement populaire en Allemagne. La scène de la conspiration au second acte, est précédée de plusieurs airs danois traités avec cette supériorité qu'on admire chez Meyerbeer. La polonaise de Struensée est un morceau célèbre à juste titre, par l'originalité du rhythme et par l'harmonie piquante et variée des détails.

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