V. Hugo
SUBJACENT, ENTE adj. (su-bja-san, unis— lat. subjacens ; de sub, sous, et jacere, être situé). Placé au-dessous : La couche de cailloux et de boue interposée entre le glacier et le roc Subjacent, voilà l'émeri, (L. Figuier.)
SUBJECTIF, IVE adj. (su-bjè-ktiff, i-ve — lat. subjectivus ; de subjectus, placé dessous). Philos. Qui est dans le sujet, dans le moi : Certitude SUBJECTIVE. Réalité subjective.
Vous ne pouvez pas oblitérer la portion objective de ma vie sans me blesser dans ma vie subjective. (P. Leroux.) De tout ceci, il ne faut pas conclure que l'artiste soit purement subjectif ; il est aussi objectif; il donne et reçoit. (Th. Gaut.) La musique, l'art subjectif par excellence, est le seul que les Sémites aient connu. (Renan.) il Méthode subjective, Méthode philosophique qui prend pour point de départ de ses déductions les conceptions pures de l'esprit.
— Gramm. Voix subjective, Voix active, par opposition k la voix objective ou passive, il Cas subjectifs, Nom que l'on donne quelquefois au nominatif et au vocatif qui peuvent servir de sujet au verbe.
— s. m. Ce qui est subjectif.
— Encycl. Philos. V. objectif.
SUBJECTIFICATION s. f. (sn-bjè-kti-fl-casi-on — d'un verbe inus. subjectifier, formé du lat. subjectum, sujet, et facere, faire). Rhétor. Figure qui consiste à attribuer à un mot dépendant du sujet ce qui ne convient proprement qu'au sujet lui-même.
SUBJECTION s. f. (su-bjè-ksi-on — lat.
subjectio; de sub, sous, et jacio, je jette). Rhétor. Figure consistant à s'interroger, à interroger son adversaire ou son auditeur, et à faire soi-même la réponse : Par la subjection, l'orateur se fait la question à lui-même et se charge d'y répondre. (A. Didier.)
— Encycl. Uasubjection a quelque ressemblance avec la prolepse, autre ligure par laquelle on suppose aussi une objection pour la réfuter à l'avance; elle en diffère par la forme interrogatoire que la prolepse n'a pas nécessairement , et surtout en ce qu'elle prend corps à corps l'adversaire et le pousse, pur une série d'interrogations, jusqu'en ses derniers retranchements. La subjection est donc plus pressante que la prolepse; elle a plus de mouvement et d'intérêt. Nous en donnons plusieurs exemples qui, par leur diversité, en feront comprendre le rôle et l'importance. En voici un tiré de Massillon : « Or, entru ces deux penchants, pourquoi l'impie décide-t-il que celui qui nous pousse vers les sens est plus conforme à la nature de l'homme? Est-ce parce qu'il est le plus violent? Mais sa violence seule prouve son dérèglement, et ce qui vient de la nature doit être plus modéré. Est-ce parce qu'il est le plus fort? Mais il est des âmes justes et lidèles en qui il est toujours soumis à la raison. Est-ce parce qu'il est le plus agréable? Mais une preuve que ce^ plaisir n'est pas fait pour rendre l'homme heureux, c'est que le dégoût le suit de près et que, de plus, pour l'homme de bien, la vertu a mille fois plus de charmes que le vice. Est-ce enfin parce qu'il est plus
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digne de l'homme? Vous n'oseriez la dire» parce que c'est par là qu'il se confond avec la bête. »
Loyseau de Mauléon , dans son mémoire pour les Calas, presse par des questions redoublées ceux qui prétendaient que le temps du fanatisme était passé : « Dites-moi de quel nom vous appellerez ce forfait, dont le peuple chargeait les Calas? Un père, une mère et un frère ont été accusés d'avoir mis à mort leur enfant pour le punir du dessein d'abjurer. Quel nom, encore une fois, donnerez-vous à ce crime? Me nierez-vous que ce ne soit là, de tous les fanatismes, le plus terrible? Il est donc trop vrai qu'il en existe nécessairement un dans cette affaire, soit de la part des père et mère, s'ils ont étranglé leur fils, soit de la part du peuple, s'il a, par ses extravagantes calomnies, fourni ces prétendus indices qui ont porté le plus tendre des pères sur la roue. Or, duquel des deux côtés le chercherons-nous? Est-ce dans le coeur du père? Est-ce ce fanatisme, le moins vraisemblable, le plus rare, celui plutôt dont on n'a point d'exemples, celui enfin dont la fausseté est évidemment établie? Est-ce celui-là qu'il faut admettre de préférence à ce fanatisme populaire , le plus ordinaire, le plus concevable et, pour tout dire, si bien prouvé? Ah I si Calas eût étranglé son fils, ce lunatique aurait-il protesté jusqu'au dernier soupir qu'il n'en était point le bourreau? N'eût-ce pas été plutôt sur l'écliafaud que, déployant tout son enthousiasme et sa joie, il eût fait vanité de son meurtre? Eùt-il voulu, échouant au port, perdre, par un mensonge impie , cette couronne d'immortelle gloire qu il croyait due à son forfait? Mais si ce n'est pas le cœur de Calas que le fanatisme enflamme , c'est donc celui du peuple? Et de quel peuple? Son zèle outré fut reconnu dans tous les temps. Ouvrirai-je les fastes de l'histoire? Avec quelle ostentation Toulouse s'y glorifie d'avoir, plus que toute autre ville, des lois de sang contre l'hérésie I... •
Le discours où Vergniaud se défend de3 accusations portées contre lui et les autres girondins par Robespierre n'est presque, du commencement à la lin, qu'une suite île subjections : « Nous sommes des meneurs! Robespierre a- t-il voulu dire que nous dirigeons tes travaux de la Convention nationale, que nous influençons ses décisions, que nous ne désemparons pas de ta tribune, que nous faisons rendre les décrets? Mais c'est là une imposture dont toute la Convention peut rendre témoignage... Nous sommes des intrigants I Et où avons-nous intrigué? Dans Jes sections? Nous y a-t-on vus exciter les passions du peuple par des discours bien féroces et des motions bien incendiaires?. Le flatter pour usurper sa faveur et le précipiter dans un abîme de misères, en le poussant à des excès destructeurs du commerce, des arts et de l'industrie? Non, nous n'avons pasété jaloux de cette gloire; nous l'avons laissée à nos adversaires. Est-ce dans le sein de la Convention, pour faire passer tel ou tel décret, nommer tel ou tel président, tel ou tel secrétaire? Eh bien I s'il est un membre dans cette assemblée dont il me soit arrivé, dans une seule occasion, de Solliciter le suffrage, Suit pour une opinion, soit pour une personne, qu'il ose se lever et m'aceuserl... Nous sommes îles modérés I Mais au prorit de qui avons-nous montré celte grande modération? Au profit des émigrés? Nous avons adopté contre eux toutes les mesures de rigueur que commandaient également et la justice et l'intérêt national. Au profil des conspirateurs du dedans? Nous n'avons cessé d'appeler sur leur tête le glaive de la loi... ■
SUBJECTIVEMENT adv. (su-bjè-kti-vemau — rad. subjectif). D'une manière subjective : Objectivement , la certitude est la réalité; suujgctivkment, elle est ta conviction. D'ordinaire, ceux qui errent sont subjectivement certains que leur erreur est une vérité. (Ventura.)
SUBJECTIVER v. a. ou tr. (su-bjè-kti-vé
— rad. subjectif). Philos. Rendre subjectif; considéier comme subjectif; faire dépendre du sujet : L'idéalisme subjective l'objectif.
SUBJECTIVISME s. ni. (su-bjè-kti-vi-sme
— rad. subjectif). Philos. Système des philosophes qui n'admettent que la réalité subjective.
SUBJECTIVITÉ s. f. (su-bjè-kti-vi-té).
Philos. Caractère de ce qui est subjectif : Dans ta théorie de Ktint sur le droit naturel, le droit réel est comme étouffé sous la subjectivité de l'homme. (Lerminier.) Je ne fais aucun cas de la politique de subjectivité , et goàlepeu te gouvernement personnel. (Proudh.)
SUBJONCTIF, IVE adj. (su-bjon-ktitf, i-ve
— lat. subjunctivus ;i\esub, sous, et àejunctus, joint). Gramm. Qui appartient au mode appelé subjonctif : Mode subjonctif. Forme
SUBJONCTIVE.
— s. m. Mode des verbes exprimant un rapport de dépendance, et qui n est jamais employé que dans une propo.-siiion dépendant d'une antre proposition : Après les verbes qui expriment la volonté, le doute, le désir, le second verbe se met au subjonctif. Les Latins emploient fréquemment le subjonctif au lieu de l'impératif, et nous faisons de piéme pour la troisième personne seulement,
— Encycl. Gramm, Le mode subjonctif appartient à la conjugaison d'un grand nombre
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de langues, et particulièrement à celle de la plupart des langues indo-européennes, où ii possède souvent plusieurs temps. Certaines langues ont même, pour ainsi dire, deux subjonctifs; outre le subjonctif ordinaire, elles possèdent un autre mode appelé optatif, qui exprime spécialement une idée de vœu, mais qui n'est très-souvent aussi qu'une sorte de subjonctif marquant la subordination d'une proposition a une autre. D'un autre côté , l'idée de vœu se traduit très-facilement par un subjonctif dans les langues qui n'ont pas l'optatif. V. OPTATIF.
En latin, le subjonctif sert aussi de conditionnel, comme ,1 optatif en grec et eu sanscrit.
Le français a quatre temps à son subjonctif ■• un présent, un imparfait, un passé et un plus-que-parfait. Notre présent du subjonctif provient du présent du subjonctif latin. Le tableau suivant, que nous empruntons a Chevallet, explique cette dérivation pour les trois principales conjugaisons, en indiquant les tonnes intermédiaires du vieux français :